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	<title>Lieux Communs</title>
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	<description>D&#233;mocratie directe &#8212; Red&#233;finition collective des besoins &#8212; &#201;galit&#233; des revenus</description>
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		<title>Lieux Communs</title>
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		<title>Le malaise dans la d&#233;mocratie</title>
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		<dc:subject>Lasch C.</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;cence commune</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Introduction au livre de Christopher Lasch, &#171; La R&#233;volte des &#233;lites et la trahison de la d&#233;mocratie &#187; (1994), Climats, 1999. R&#233;&#233;dit&#233; chez Flammarion, repris du site ami Les Amis de Bartleby. D'une fa&#231;on ou d'une autre, l'essentiel de mes travaux r&#233;cents tourne autour de la question de l'avenir possible de la d&#233;mocratie. Je pense que nous sommes beaucoup de gens &#224; nous demander ainsi si la d&#233;mocratie a un avenir. Les Am&#233;ricains voient beaucoup moins l'avenir en rose qu'autrefois, et &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-220-decence-commune-+" rel="tag"&gt;D&#233;cence commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction au livre de Christopher Lasch, &#171; La R&#233;volte des &#233;lites et la trahison de la d&#233;mocratie &#187; (1994),
Climats, 1999. R&#233;&#233;dit&#233; chez Flammarion, repris du site ami &lt;a href=&#034;https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2026/02/16/christopher-lasch-la-revolte-des-elites/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les Amis de Bartleby&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D'une fa&#231;on ou d'une autre, l'essentiel de mes travaux r&#233;cents tourne autour de la question de l'avenir possible de la d&#233;mocratie. Je pense que nous sommes beaucoup de gens &#224; nous demander ainsi si la d&#233;mocratie a un avenir. Les Am&#233;ricains voient beaucoup moins l'avenir en rose qu'autrefois, et &#224; bon droit. Le d&#233;clin de l'activit&#233; industrielle et la perte d'emplois qui en r&#233;sulte ; le recul de la classe moyenne ; l'augmentation du nombre des pauvres ; le taux de criminalit&#233; qui monte en fl&#232;che ; le trafic de stup&#233;fiants en plein essor ; la crise urbaine &#8211; on n'en finirait pas de peindre le tableau le plus noir. Personne n'a de solution vraisemblable &#224; apporter &#224; ces probl&#232;mes inextricables, et pour l'essentiel ce qui tient lieu chez nous de d&#233;bat politique ne s'y int&#233;resse m&#234;me pas. On assiste &#224; des batailles id&#233;ologiques furieuses sur des questions annexes. Les &#233;lites qui d&#233;finissent ces questions ont perdu tout contact avec le peuple. (Cf. chapitre 2 : &#171; La r&#233;volte des &#233;lites &#187;). Le caract&#232;re irr&#233;el et artificiel de notre vie politique refl&#232;te &#224; quel point elle s'est d&#233;tach&#233;e de la vie ordinaire, en m&#234;me temps que la conviction secr&#232;te que les vrais probl&#232;mes sont insolubles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tonnement de George Bush voyant pour la premi&#232;re fois un lecteur de codes-barres &#224; la caisse d'un supermarch&#233; a r&#233;v&#233;l&#233; spectaculairement l'ab&#238;me qui s'est ouvert entre les classes privil&#233;gi&#233;es et le reste de la nation. Il y a toujours eu une classe privil&#233;gi&#233;e, m&#234;me en Am&#233;rique, mais elle n'a jamais &#233;t&#233; aussi dangereusement isol&#233;e de son environnement. Au xixe si&#232;cle, le cas de figure typique &#233;tait celui d'une famille riche install&#233;e depuis plusieurs g&#233;n&#233;rations dans un lieu immuable. Dans une nation sans cesse en mouvement, la stabilit&#233; de ce lieu de r&#233;sidence assurait une certaine continuit&#233;. Les vieilles familles n'&#233;taient reconnaissables en tant que telles, en particulier dans les villes historiques de la c&#244;te Est, que parce que, &#224; contre-courant de la manie migratoire, elles s'&#233;taient enracin&#233;es. Le primat accord&#233; au caract&#232;re sacro-saint de la propri&#233;t&#233; &#233;tait mod&#233;r&#233; par le principe selon lequel les droits de propri&#233;t&#233; n'&#233;taient ni absolus ni inconditionnels. La fortune &#233;tait comprise comme comportant des obligations civiques. Biblioth&#232;ques, mus&#233;es, parcs publics, orchestres, universit&#233;s, h&#244;pitaux et autres am&#233;nagements publics, ces fondations &#233;taient autant de monuments &#224; la magnificence des classes sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait pas de doute que cette g&#233;n&#233;rosit&#233; avait un versant &#233;go&#239;ste : publiant le statut seigneurial des riches, elle attirait de nouvelles industries et contribuait &#224; promouvoir la ville qui servait de base &#224; telle famille contre ses rivales. Les &#233;quipements et le progr&#232;s urbains &#233;quivalaient &#224; de l'int&#233;r&#234;t bien compris dans une &#233;poque de concurrence virulente entre grandes villes, o&#249; chacune aspirait &#224; la premi&#232;re place. Toutefois, l'important &#233;tait que la philanthropie impliquait les &#233;lites sociales dans la vie de leurs prochains et dans celle des g&#233;n&#233;rations &#224; venir. La tentation de se retirer dans un monde &#224; part, qui leur serait r&#233;serv&#233;, se trouvait battue en br&#232;che par le sentiment persistant, qui dans certains cercles devait survivre m&#234;me &#224; l'esprit de facilit&#233; d&#233;brid&#233;e de l'&#194;ge du Toc (1870-1896)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La formule, invent&#233;e par Mark Twain, d&#233;signe les trente ans qui suivent la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que &#171; tous ont tir&#233; des avantages de leurs anc&#234;tres &#187;, selon la formule d'Horace Mann en 1846, et que, pour cette raison, &#171; tous sont engag&#233;s, comme par un serment, &#224; transmettre ces avantages, et m&#234;me dans un &#233;tat am&#233;lior&#233;, &#224; la post&#233;rit&#233;. &#187; Seul un &#171; &#234;tre isol&#233;, solitaire&#8230; qui n'avait aucune relation avec une communaut&#233; autour de lui &#187;, pouvait souscrire &#224; la &#171; doctrine arrogante de la possession absolue &#187; d'apr&#232;s Mann, qui en cela ne parlait pas pour lui seul, mais repr&#233;sentait un corpus d'opinions consid&#233;rable dans les grandes villes historiques du pays, dans la plus grande partie de la Nouvelle-Angleterre et dans les d&#233;pendances culturelles de la Nouvelle-Angleterre dans les vieux &#201;tats du Nord-Ouest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce au d&#233;clin des vieilles fortunes et de l'&#233;thique de responsabilit&#233; civique qui leur &#233;tait propre, les all&#233;geances locales et r&#233;gionales se retrouvent aujourd'hui pitoyablement affaiblies. La mobilit&#233; du capital et l'&#233;mergence d'un march&#233; plan&#233;taire concourent au m&#234;me effet. Les nouvelles &#233;lites sociales, o&#249; ne figurent pas seulement les dirigeants des entreprises, mais toutes les professions qui produisent et manipulent l'information &#8211; le sang et la vie de ce march&#233; mondial &#8211; sont bien plus cosmopolites, ou du moins plus vagabondes et migrantes, que leurs pr&#233;d&#233;cesseurs. De nos jours, il faut pour progresser dans les affaires et les professions intellectuelles &#234;tre dispos&#233; &#224; suivre le chant des sir&#232;nes de l'opportunit&#233; partout o&#249; il voudra nous mener. Ceux qui restent dans leurs pantoufles abdiquent toute occasion d'ascension sociale. Jamais la r&#233;ussite n'a &#233;t&#233; plus &#233;troitement associ&#233;e &#224; la mobilit&#233;, concept qui ne figurait que marginalement dans la d&#233;finition de l'opportunit&#233; au XIXe si&#232;cle (cf. chapitre 3 : &#171; Opportunit&#233;s dans la terre promise &#187;). Son av&#232;nement au xxe si&#232;cle est en soi une indication importante de l'&#233;rosion de la d&#233;mocratie : la perspective n'est plus en gros l'&#233;galit&#233; des conditions sociales, mais simplement la promotion s&#233;lective des non-&#233;lites dans la classe professionnelle-manag&#233;riale (&lt;i&gt;professional-managerial class&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme professionals recouvre nos professions lib&#233;rales ainsi qu'un vaste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ambitieux comprennent donc que le prix &#224; payer pour l'ascension sociale est un mode de vie itin&#233;rant. C'est un prix qu'ils sont heureux de payer puisqu'ils associent l'id&#233;e de domicile fixe aux parents et aux voisins inquisiteurs, aux comm&#233;rages mesquins et aux conventions hypocrites et r&#233;trogrades. Les nouvelles &#233;lites sont en r&#233;bellion contre &#171; l'Am&#233;rique du milieu &#187; (&lt;i&gt;Middle America&lt;/i&gt;) telle qu'elles se l'imaginent : une nation technologiquement arri&#233;r&#233;e, politiquement r&#233;actionnaire, r&#233;pressive dans sa morale sexuelle, petite-bourgeoise dans ses go&#251;ts, repue et contente d'elle-m&#234;me, ennuyeuse et ringarde. Ceux qui aspirent &#224; appartenir &#224; la nouvelle aristocratie des cerveaux tendent &#224; se regrouper sur les deux c&#244;tes, tournant le dos au pays profond, et cultivant leurs attaches avec le march&#233; international par l'argent hyper-mobile, le luxe, la haute couture et la culture populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander s'ils se pensent encore comme Am&#233;ricains. Il est clair en tout cas que le patriotisme ne se situe pas tr&#232;s haut dans leur &#233;chelle de valeurs. D'un autre c&#244;t&#233;, le &#171; multiculturalisme &#187; leur convient parfaitement, car il &#233;voque pour eux l'image agr&#233;able d'un bazar universel, o&#249; l'on peut jouir de fa&#231;on indiscrimin&#233;e de l'exotisme des cuisines, des styles vestimentaires, des musiques et de coutumes tribales du monde entier, le tout sans formalit&#233;s inutiles et sans qu'il soit besoin de s'engager s&#233;rieusement dans telle ou telle voie. Les nouvelles &#233;lites sociales ne se sentent chez elles qu'en transit, sur le chemin d'une conf&#233;rence de haut niveau, de l'inauguration de gala d'un nouveau magasin franchis&#233;, de l'ouverture d'un festival international de cin&#233;ma, ou d'une station touristique encore vierge. Leur vision du monde est essentiellement celle d'un touriste &#8211; perspective qui a peu de chances d'encourager un amour passionn&#233; pour la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon dernier livre, &lt;i&gt;The True and Only Heaven&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le seul et vrai paradis&lt;/i&gt;), j'ai essay&#233; de r&#233;cup&#233;rer une tradition de pens&#233;e d&#233;mocratique &#8211; que l'on appellera populiste, faute d'un meilleur terme &#8211; qui est tomb&#233;e en d&#233;su&#233;tude. J'ai &#233;t&#233; surpris par un critique qui trouvait que l'ouvrage n'avait rien &#224; dire sur la d&#233;mocratie (j'esp&#232;re bien avoir fait justice de ce malentendu dans le chapitre IV du pr&#233;sent livre, intitul&#233; &#171; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1182-La-democratie-merite-t-elle-de-survivre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La d&#233;mocratie m&#233;rite-t-elle de survivre ?&lt;/a&gt; &#187;). Que l'on puisse &#224; ce point se m&#233;prendre sur le sens du livre en dit long sur le climat culturel qui r&#232;gne en ce moment. Nous voyons en effet combien la signification de la d&#233;mocratie s'est brouill&#233;e, combien nous nous sommes &#233;loign&#233;s des pr&#233;misses sur lesquelles ce pays a &#233;t&#233; fond&#233;. Le mot en est arriv&#233; &#224; servir simplement de description &#224; l'&#201;tat-th&#233;rapeute. Aujourd'hui, quand nous parlons de d&#233;mocratie, nous renvoyons le plus souvent &#224; la d&#233;mocratisation de l'&#171; estime de soi &#187;. Les scies qui ont cours &#224; l'heure actuelle &#8211; diversit&#233;, compassion, (re)prise de pouvoir, (re)prise de statut &#8211; expriment l'espoir indistinct que l'on pourra surmonter les divisions profondes de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine &#224; force de bonne volont&#233; et discours aseptis&#233;. On nous demande de reconna&#238;tre que toutes les minorit&#233;s ont droit au respect non pas en vertu de ce qu'elles ont accompli, mais de ce qu'elles ont souffert dans le pass&#233;. On nous explique qu'en pr&#234;tant attention avec compassion &#224; ce qu'elles font et disent, nous aboutirons, sans bien savoir comment, &#224; am&#233;liorer l'opinion qu'elles ont d'elles-m&#234;mes ; l'interdiction des &#233;pith&#232;tes raciales et autres formes de discours de haine est cens&#233;e faire des merveilles pour leur moral. Dans cette obsession pour les mots, nous avons perdu de vue les dures r&#233;alit&#233;s qu'il est impossible d'adoucir en se contentant de flatter l'image que les gens se font d'eux-m&#234;mes. Quel avantage les habitants des bas-fonds du Bronx retirent-ils de l'application stricte des codes de discours sur les campus des universit&#233;s de l'&#233;lite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, la plupart des gens r&#233;fl&#233;chissant un peu &#224; la question supposaient que la d&#233;mocratie devait reposer sur une large distribution de la propri&#233;t&#233;. Ils comprenaient bien que des &#233;carts extr&#234;mes entre riches et pauvres seraient mortels pour l'exp&#233;rience d&#233;mocratique. Leur peur de la populace, que l'on a pu interpr&#233;ter &#224; tort parfois comme du d&#233;dain aristocratique, se basait sur l'observation selon laquelle une classe laborieuse d&#233;grad&#233;e, &#224; la fois servile et pleine de ressentiment, manquerait des qualit&#233;s d'esprit et de caract&#232;re essentielles &#224; la citoyennet&#233; d&#233;mocratique. Ils pensaient que la meilleure mani&#232;re d'acqu&#233;rir des habitudes d&#233;mocratiques &#8211; autonomie et confiance en soi, responsabilit&#233;, initiative &#8211; &#233;tait d'exercer un m&#233;tier ou la gestion d'un bien de petite taille. Le mot de &#171; comp&#233;tence &#187; qu'ils employaient couramment dans ce contexte d&#233;signait &#224; la fois ledit bien et l'intelligence ainsi que l'esprit d'entreprise n&#233;cessaires &#224; sa bonne gestion. Il &#233;tait donc logiquement &#233;vident que la d&#233;mocratie fonctionnait au mieux quand les biens se trouvaient r&#233;partis aussi largement que possible entre les citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de formuler cette id&#233;e en termes plus g&#233;n&#233;raux : la d&#233;mocratie fonctionne de mani&#232;re id&#233;ale quand les femmes et les hommes agissent par et pour eux-m&#234;mes, avec l'aide de leurs amis et de leurs proches, au lieu d'&#234;tre d&#233;pendants de l'&#201;tat. Non que la d&#233;mocratie doive &#234;tre identifi&#233;e &#224; un individualisme pur et dur. Autonomie et confiance en soi ne signifient pas autarcie et autosuffisance. Ce que je soutiens dans les chapitres 5 (&#171; Populisme ou communautarisme ? &#187;), 6 (&#171; La conversation et les arts de la cit&#233; &#187;) et 7 (&#171; Politique et race &#224; New York &#187;), c'est que ce ne sont pas les individus qui constituent les unit&#233;s de base de la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, mais les communaut&#233;s se gouvernant elles-m&#234;mes. C'est le d&#233;clin de ces communaut&#233;s qui, plus que tout le reste, remet en cause l'avenir de la d&#233;mocratie. Les centres commerciaux de la p&#233;riph&#233;rie r&#233;sidentielle ne peuvent se substituer aux quartiers d'autrefois. La m&#234;me formule de d&#233;veloppement s'est r&#233;p&#233;t&#233;e ville apr&#232;s ville avec, &#224; chaque fois, les m&#234;mes r&#233;sultats d&#233;courageants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fuite vers les banlieues r&#233;sidentielles, suivie par l'exode de l'industrie et des emplois, a laiss&#233; nos grandes villes dans le d&#233;nuement. Avec le r&#233;tr&#233;cissement de la base fiscale, les services publics et les installations municipales disparaissent. Les tentatives pour faire revivre la ville en y &#233;difiant des palais des congr&#232;s et des installations sportives visant &#224; attirer les touristes ne font qu'accro&#238;tre le contraste entre richesse et mis&#232;re. La ville devient un vaste march&#233;, mais les produits et les services de luxe expos&#233;s dans ses boutiques, ses h&#244;tels et ses restaurants r&#233;serv&#233;s aux privil&#233;gi&#233;s sont hors de port&#233;e des moyens de la plupart des habitants. Certains se tournent vers la d&#233;linquance comme unique moyen d'acc&#233;der &#224; ce monde scintillant que l'on vend avec tous les proc&#233;d&#233;s du marketing moderne sous l'&#233;tiquette du r&#234;ve am&#233;ricain. Pendant ce temps, ceux dont les aspirations &#233;taient rest&#233;es plus modestes se trouvent exclus par les loyers inabordables, les campagnes de r&#233;habilitation qui homog&#233;n&#233;isent vers le haut la population et des politiques qui se fourvoient en croyant contribuer &#224; d&#233;faire des quartiers &#224; population mono-ethnique, cens&#233;s faire obstacle aux progr&#232;s de l'int&#233;gration raciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vision que j'en ai, le populisme n'a jamais &#233;t&#233; uniquement une id&#233;ologie agrarienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons en effet que le populisme est, dans l'histoire politique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il envisageait une nation compos&#233;e non exclusivement de paysans, mais aussi d'artisans et de commer&#231;ants. Et il n'&#233;tait pas non plus implacablement oppos&#233; &#224; l'urbanisation. Dans le demi-si&#232;cle qui va de la guerre de S&#233;cession &#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale (1865-1917), la croissance acc&#233;l&#233;r&#233;e des grandes villes, l'afflux des immigrants et l'institutionnalisation du travail salari&#233; constitu&#232;rent pour la d&#233;mocratie un d&#233;fi redoutable, mais des r&#233;formateurs urbains de l'aune de Jane Addams, de Fr&#233;d&#233;ric C. Howe et de Mary Parker Follett avaient la conviction qu'ils pourraient adapter les institutions d&#233;mocratiques aux nouvelles conditions de la vie urbaine. Howe saisit ce qui &#233;tait l'essence du mouvement qu'il est convenu d'appeler &#171; progressiste &#187; en qualifiant la grande ville d'&#171; espoir de la d&#233;mocratie &#187;. Il paraissait que les quartiers de la grande ville recr&#233;aient les conditions de vie de la petite ville, associ&#233;es &#224; la d&#233;mocratie par le XIXe&#8239;si&#232;cle. La grande ville soutenait des formes nouvelles d'association qui lui appartenaient en propre, en particulier le syndicat ouvrier, ainsi qu'un ardent esprit civique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit entre ville et campagne, exploit&#233; par les d&#233;magogues nativistes qui peignaient la grande ville sous les traits d'un cloaque d'iniquit&#233;, &#233;tait pour une bonne part illusoire. Les meilleurs esprits ont toujours bien compris que la ville et la campagne sont compl&#233;mentaires, et que c'est un salutaire &#233;quilibre entre l'une et l'autre qui constitue la condition pr&#233;alable &#224; la soci&#233;t&#233; id&#233;ale. C'est seulement quand, apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, la grande ville est devenue m&#233;galopole que cet &#233;quilibre s'est rompu. La distinction entre ville et campagne est devenue inop&#233;rante, quand la forme dominante d'habitat n'a plus &#233;t&#233; ni urbaine ni rurale, et encore moins une synth&#232;se des deux, mais un conglom&#233;rat amorphe et d&#233;mesur&#233; sans fronti&#232;res clairement identifiables, sans espace public ni identit&#233; locale. Robert Fishman a soutenu de fa&#231;on convaincante que l'on ne pouvait m&#234;me plus ad&#233;quatement d&#233;crire la nouvelle configuration comme suburbaine puisque le faubourg (&lt;i&gt;suburb&lt;/i&gt;) qui &#233;tait auparavant une annexe r&#233;sidentielle de la grande ville a maintenant r&#233;cup&#233;r&#233; la plupart de ses fonctions. Les grandes villes conservent une importance r&#233;siduelle comme domiciliation de grands cabinets juridiques, d'agences de publicit&#233;, de soci&#233;t&#233;s d'&#233;dition, d'entreprises de loisirs et de mus&#233;es, mais les quartiers de la classe moyenne, qui entretenaient une culture municipale vigoureuse, sont rapidement en train de dispara&#238;tre. Simples reliquats, nos grandes villes se polarisent de plus en plus ; les membres des professions intellectuelles de la riche bourgeoisie, avec les employ&#233;s de services qui pourvoient &#224; leurs besoins, maintiennent une emprise pr&#233;caire sur les beaux quartiers dont l'immobilier flambe, en se barricadant contre la mis&#232;re et la d&#233;linquance qui menacent de les submerger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tout ceci n'est de bon augure pour la d&#233;mocratie, mais le pronostic devient encore plus sombre si nous consid&#233;rons la d&#233;t&#233;rioration du d&#233;bat public. La d&#233;mocratie demande un &#233;change vigoureux d'id&#233;es et d'opinions. Comme la propri&#233;t&#233;, les id&#233;es doivent &#234;tre distribu&#233;es aussi largement que possible. Pourtant, bon nombre des &#171; gens de bien &#187;, selon l'id&#233;e qu'ils se font d'eux-m&#234;mes, ont toujours &#233;t&#233; sceptiques quant &#224; la capacit&#233; des citoyens ordinaires &#224; saisir des probl&#232;mes complexes et &#224; produire des jugements critiques. De leur point de vue, le d&#233;bat d&#233;mocratique ne d&#233;g&#233;n&#232;re que trop ais&#233;ment en une foire d'empoigne o&#249; il est rare que la voix de la raison se fasse entendre. Horace Mann, qui &#233;tait un sage dans tant de domaines, n'a pas vu que la controverse politique et religieuse &#233;tait &#233;ducative par elle-m&#234;me et c'est pourquoi il a essay&#233; de laisser les questions conflictuelles &#224; la porte de ses &#233;coles pour tous (&lt;i&gt;common schools&lt;/i&gt;) (chapitre 8 : &#171; Les &#233;coles pour tous &#187;). Son z&#232;le &#224; &#233;viter les querelles partisanes et religieuses est bien compr&#233;hensible, mais il a laiss&#233; un h&#233;ritage qui contribue peut-&#234;tre &#224; expliquer la nature ti&#232;de, insipide et abrutissante de l'enseignement public aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journalisme a &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233; par des r&#233;serves assez semblables sur les facult&#233;s de raisonnement des femmes et des hommes ordinaires (chapitre 9 : &#171; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1180-L-art-perdu-de-la-controverse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'art perdu de la controverse&lt;/a&gt; &#187;). Selon Walter Lippmann, l'un des pionniers du journalisme moderne, le &#171; citoyen omnicomp&#233;tent &#187; &#233;tait un anachronisme dans une &#233;poque de sp&#233;cialisation. Il pensait qu'en tout cas la plupart des citoyens se souciait fort peu de la substance des d&#233;cisions politiques publiques. La t&#226;che du journalisme n'&#233;tait pas d'encourager le d&#233;bat public, mais de fournir aux experts des informations sur lesquelles ils puissent fonder des d&#233;cisions intelligentes. Il soutenait, par opposition avec John Dewey et d'autres v&#233;t&#233;rans du mouvement progressiste, que l'opinion &#233;tait un roseau fragile. Elle &#233;tait davantage fa&#231;onn&#233;e par l'&#233;motion que par un jugement raisonn&#233;. Le concept m&#234;me de public &#233;tait suspect. Le public qu'id&#233;alisaient les progressistes, un public capable de diriger intelligemment les affaires publiques, &#233;tait un &#171; fant&#244;me &#187;. Il n'existait que dans l'esprit de d&#233;mocrates sentimentaux. Walter Lippmann &#233;crivait : &#171; L'int&#233;r&#234;t du public pour un probl&#232;me se limite &#224; ceci : qu'il y ait des r&#232;gles&#8230; Le public s'int&#233;resse &#224; la Loi, pas aux lois ; &#224; la m&#233;thode du droit, pas &#224; sa substance. &#187; On pouvait laisser en toute s&#233;curit&#233; les questions de substance aux experts, qui, par leur acc&#232;s &#224; la connaissance scientifique, &#233;taient immunis&#233;s contre les &#171; symboles &#187; et les &#171; st&#233;r&#233;otypes &#187; &#233;motionnels qui dominaient le d&#233;bat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argumentation de Lippmann reposait sur une distinction bien tranch&#233;e entre opinion et science. Il pensait que seule cette derni&#232;re pouvait pr&#233;tendre &#224; l'objectivit&#233;. L'opinion, quant &#224; elle, reposait sur des impressions vagues, des pr&#233;jug&#233;s et des illusions consolantes. Ce culte du professionnalisme a eu une influence d&#233;cisive sur le d&#233;veloppement du journalisme moderne. Les journaux auraient pu servir &#224; prolonger et &#233;largir les assembl&#233;es communales. Au lieu de quoi, ils ont adh&#233;r&#233; &#224; un id&#233;al fallacieux d'objectivit&#233; et ont d&#233;fini leur but comme la diffusion d'informations fiables &#8211; autrement dit, du type d'information qui tend non pas &#224; promouvoir le d&#233;bat, mais &#224; y couper court. Le trait le plus curieux de tout ceci est, bien s&#251;r, que si les Am&#233;ricains se trouvent inond&#233;s d'informations, gr&#226;ce aux journaux, &#224; la t&#233;l&#233;vision et aux autres m&#233;dias, les enqu&#234;tes rapportent r&#233;guli&#232;rement que leur connaissance des affaires publiques est constamment en d&#233;clin. En cet &#171; &#226;ge de l'information &#187;, le peuple am&#233;ricain est notoirement mal inform&#233;. L'explication de cet apparent paradoxe cr&#232;ve les yeux, m&#234;me si on l'&#233;nonce rarement : une fois exclus effectivement du d&#233;bat public pour motif d'incomp&#233;tence, la plupart des Am&#233;ricains n'ont que faire des informations qui leur sont inflig&#233;es en de si grandes quantit&#233;s. Ils sont devenus presque aussi incomp&#233;tents que leurs critiques l'ont toujours pr&#233;tendu &#8211; ce qui nous rappelle que c'est le d&#233;bat lui-m&#234;me, et le d&#233;bat seul, qui donne naissance au d&#233;sir d'informations utilisables. En l'absence d'&#233;change d&#233;mocratique, la plupart des gens n'ont aucun stimulant pour les pousser &#224; ma&#238;triser le savoir qui ferait d'eux des citoyens capables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette distinction trompeuse entre savoir et opinion r&#233;appara&#238;t, sous une forme quelque peu diff&#233;rente, dans les controverses qui ont r&#233;cemment agit&#233; l'Universit&#233; (chapitre 10 : &#171; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?461-le-pseudo-radicalisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le pseudo-radicalisme universitaire&lt;/a&gt; &#187;). Ces controverses sont &#226;pres et ne d&#233;bouchent sur rien parce que les deux camps ont en commun la m&#234;me pr&#233;misse implicite : que la connaissance doit reposer sur des fondements indiscutables si elle doit avoir le moindre poids. L'une des factions &#8211; qui s'identifie &#224; la gauche quoique son point de vue n'ait que peu de ressemblance avec la tradition qu'elle pr&#233;tend d&#233;fendre &#8211; adopte comme position que l'effondrement du &#171; fondationnalisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le &#171; fondationnalisme &#187; (foundationalism) d&#233;signe aux &#201;tats-Unis la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; rend possible pour la premi&#232;re fois de voir que la connaissance n'est qu'un d&#233;guisement du pouvoir. Les groupes dominants &#8211; les hommes blancs eurocentriques, pour reprendre la formulation habituelle &#8211; imposent au reste du monde leurs id&#233;es, leur corpus et leurs lectures int&#233;ress&#233;es de l'histoire. Le pouvoir qu'ils ont d'&#233;touffer les points de vue concurrents est cens&#233; les mettre en mesure de revendiquer pour leur id&#233;ologie particulariste le statut de v&#233;rit&#233; transcendante universelle. La d&#233;molition critique du &#171; fondationnalisme &#187;, selon la gauche universitaire, met &#224; nu ce que ces pr&#233;tentions ont de creux et permet &#224; des groupes jusqu'&#224; pr&#233;sent priv&#233;s de statut de contester l'orthodoxie pr&#233;valente au motif qu'elle ne sert qu'&#224; maintenir les femmes, les homosexuels et les &#171; gens de couleur &#187; &#224; leur place. Ayant discr&#233;dit&#233; la conception du monde dominante, les minorit&#233;s sont en position de la remplacer par une qui leur est propre ou du moins de s'assurer d'un temps de parole &#233;gal pour des &lt;i&gt;black studies, des feminist studies, des gay studies, des Chicano studies&lt;/i&gt;, et autres id&#233;ologies &#171; alternatives &#187;. Une fois que l'on a d&#233;clar&#233; que savoir et id&#233;ologie &#233;taient &#233;quivalents, il n'est plus n&#233;cessaire de d&#233;battre avec vos adversaires sur un terrain intellectuel ou d'entrer dans leur mani&#232;re de voir. Il suffit de les diaboliser comme &#233;tant eurocentriques, racistes, sexistes, homophobes &#8211; autrement dit, politiquement suspects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui critiquent ce qui se passe dans l'Universit&#233; d'un point de vue conservateur et que d&#233;range, on les comprend, ce rejet global de la culture occidentale, ne peuvent trouver d'autre moyen de la d&#233;fendre qu'en faisant appel &#224; la pr&#233;misse m&#234;me dont l'effondrement entra&#238;ne cet assaut contre les classiques : &#224; savoir que reconna&#238;tre certains principes axiomatiques est la condition pr&#233;alable d'un savoir fiable. Malheureusement pour leur cause, il est impossible, au point o&#249; nous en sommes dans l'histoire, de ressusciter les absolus qui semblaient autrefois fournir des fondements assur&#233;s pour &#233;difier des structures de pens&#233;e cr&#233;dibles. La qu&#234;te de la certitude, devenue dans la pens&#233;e moderne un th&#232;me obs&#233;dant quand Descartes a essay&#233; de fonder la philosophie sur des propositions indubitables, &#233;tait d&#232;s le d&#233;part mal orient&#233;e. Comme l'a fait remarquer John Dewey, elle a d&#233;tourn&#233; notre attention de ce qui est l'affaire v&#233;ritable de la philosophie, la tentative pour arriver &#224; &#171; des jugements concrets&#8230; sur les fins et les moyens dans la r&#233;gulation de la conduite pratique. &#187; Dans leur poursuite de l'absolu et de l'immuable, les philosophes ont contract&#233; une opinion p&#233;jorative du temporel et du contingent. Comme l'a dit Dewey, &#171; l'activit&#233; pratique &#187; est devenue &#224; leurs yeux &#171; quelque chose qui &#233;tait intrins&#232;quement d'esp&#232;ce inf&#233;rieure &#187;. Dans la conception du monde de la philosophie occidentale, le savoir en est venu &#224; &#234;tre d&#233;tach&#233; du faire, la th&#233;orie de la pratique, l'esprit du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence persistante de cette tradition marque la critique conservatrice de l'Universit&#233;. Selon les conservateurs, le &#171; fondationnalisme &#187; fournit la seule d&#233;fense possible contre le relativisme moral et culturel. Soit la connaissance repose sur des fondements immuables, soit les hommes et les femmes sont libres de penser tout ce qu'ils veulent. &#171; Les choses tombent en morceaux ; le centre ne peut tenir ; c'est la pure anarchie qui est l&#226;ch&#233;e sur le monde. &#187; Les conservateurs ne se lassent pas de citer ces vers de Yeats pour montrer ce qui arrive quand les principes axiomatiques perdent leur autorit&#233;. Toutefois, les probl&#232;mes dans l'enseignement sup&#233;rieur ne proviennent pas de l'absence de fondements assur&#233;s, mais de la croyance (partag&#233;e, il faut le r&#233;p&#233;ter, par les deux camps de cet affrontement) qu'en leur absence la seule issue possible est un scepticisme si profond qu'il devient impossible de le distinguer du nihilisme. Il aurait &#233;t&#233; clair d'abondance pour quelqu'un comme Dewey que telle n'est pas de fait la seule issue possible, et le retour du pragmatisme comme objet d'&#233;tude historique et philosophique &#8211; l'un des rares points positifs dans un tableau autrement catastrophique &#8211; nous offre quelque espoir de sortir de cette impasse acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La qu&#234;te de la certitude a un int&#233;r&#234;t qui d&#233;passe simplement l'Universit&#233;. Elle fait &#233;galement partie de la controverse anim&#233;e qui entoure le r&#244;le public de la religion. Ici encore, il s'av&#232;re souvent que les deux camps partagent la m&#234;me pr&#233;misse, en ce cas que la religion fournit un roc de s&#251;ret&#233; dans un univers impr&#233;visible. Selon les critiques de la religion, c'est l'effondrement des vieilles certitudes qui rend impossible (impossible du moins pour ceux qui sont expos&#233;s &#224; l'influence corrosive de la modernit&#233;) de prendre la religion au s&#233;rieux. Les d&#233;fenseurs de la religion tendent &#224; partir de la m&#234;me pr&#233;misse. Ils disent que sans un ensemble de dogmes indiscut&#233;s les gens perdent leurs rep&#232;res moraux. Il devient plus ou moins impossible de distinguer le bien et le mal ; tout est permis ; et l'on d&#233;fie en toute impunit&#233; les vieux commandements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas que des pr&#233;dicateurs &#233;vang&#233;liques qui avancent de tels arguments, mais &#224; l'occasion des intellectuels la&#239;ques, que d&#233;range la menace de l'anarchie morale (cf. chapitre 12 : &#171; Philip Rieff et la religion de la culture &#187;). &#192; bon droit, ces intellectuels d&#233;plorent que la religion soit devenue une affaire priv&#233;e, que les probl&#232;mes religieux aient disparu du d&#233;bat public. Toutefois, leur argumentaire souffre de deux failles s&#233;rieuses. D'abord, il est impossible de faire rena&#238;tre la foi religieuse pour la seule raison qu'elle est socialement utile. La foi vient du c&#339;ur ; elle ne peut &#234;tre convoqu&#233;e &#224; la demande. En tout cas, on ne saurait attendre de la religion qu'elle fournisse un code de conduite g&#233;n&#233;ral et final qui r&#233;glerait tous les diff&#233;rends et r&#233;soudrait tous les doutes. Assez curieusement, c'est ce postulat m&#234;me qui conduit &#224; r&#233;duire la religion &#224; une affaire priv&#233;e. Ceux qui veulent maintenir la religion hors de la vie publique soutiennent qu'il est de la nature des choses que la croyance religieuse lie le croyant &#224; des dogmes indiscutables qui &#233;chappent &#224; la comp&#233;tence du d&#233;bat rationnel. Eux aussi, ces sceptiques voient la religion comme un corpus de dogmes en acier qu'il est interdit aux fid&#232;les de mettre en doute. Les m&#234;mes qualit&#233;s qui rendent s&#233;duisante la religion &#224; ceux qui regrettent son d&#233;clin &#8211; l'assurance qu'elle est cens&#233;e offrir contre le doute et la confusion, le bien-&#234;tre que ses adeptes sont suppos&#233;s retirer de son syst&#232;me &#233;tanche qui ne laisse rien au myst&#232;re &#8211; la rendent insupportable &#224; l'esprit la&#239;que. De plus, les adversaires de la religion soutiennent qu'elle nourrit n&#233;cessairement l'intol&#233;rance puisque ceux qui y adh&#232;rent s'imaginent &#234;tre en possession de v&#233;rit&#233;s absolues, exclusives, qui ne peuvent &#234;tre r&#233;concili&#233;es avec d'autres pr&#233;tentions &#224; la v&#233;rit&#233;. Si on leur en donne l'occasion, ils chercheront invariablement &#224; faire que tout le monde se conforme &#224; leurs fa&#231;ons de voir. Bref, ceux qui m&#233;prisent la religion d'un point de vue cultiv&#233; soup&#231;onnent que l'expression &#171; tol&#233;rance religieuse &#187; est une contradiction de termes &#8211; r&#233;alit&#233; que vient soutenir en apparence la longue histoire des guerres de religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait pas de doute que cette vision n&#233;gative de la religion, qui n'a rien d'une nouveaut&#233; chez nous, renferme une part non n&#233;gligeable de v&#233;rit&#233;. Mais elle ne voit pas le d&#233;fi que la religion vient lancer &#224; l'autosatisfaction, d&#233;fi qui constitue le c&#339;ur et l'&#226;me de la foi (chapitre 13 : &#171; L'&#226;me humaine sous le r&#232;gne de la la&#239;cit&#233; &#187;). Au lieu de d&#233;courager la recherche morale, une inspiration religieuse peut tout aussi ais&#233;ment la stimuler en attirant l'attention sur la dissociation entre professions de foi verbales et pratique, en r&#233;p&#233;tant que l'observance routini&#232;re de rituels prescrits ne suffit pas &#224; assurer le salut et en encourageant les croyants &#224; mettre en question leurs motivations &#224; tout moment. Loin de mettre d&#233;finitivement en sommeil les doutes et les angoisses, la religion a souvent pour effet de les intensifier. Elle juge plus durement celui qui professe sa foi que le non-croyant. Elle use &#224; son &#233;gard de crit&#232;res de conduite si exigeants qu'il est in&#233;vitable que bon nombre de ces croyants s'y montrent inf&#233;rieurs. Elle n'a aucune patience pour ceux qui cherchent &#224; se trouver des excuses &#8211; art dans lequel les Am&#233;ricains sont pass&#233;s ma&#238;tres. Si elle pardonne en dernier ressort &#224; la faiblesse et &#224; la folie des hommes, ce n'est pas parce qu'elle les ignore ou les attribue exclusivement aux non-croyants. Pour ceux qui prennent la religion au s&#233;rieux, bien loin d'&#234;tre la revendication pharisienne d'un statut moral privil&#233;gi&#233;, la croyance est un fardeau. Il se peut bien, de fait, que le pharisa&#239;sme soit plus &#224; l'honneur chez les sceptiques que chez les croyants. L'essence m&#234;me de la religion est de proposer une discipline spirituelle contre le pharisa&#239;sme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'une soci&#233;t&#233; la&#239;que ne saisit pas le besoin d'une telle discipline, elle se m&#233;prend sur la nature de la religion, qui est de consoler, mais tout d'abord de contester et d'attaquer de front. D'un point de vue la&#239;que, la pr&#233;occupation spirituelle primordiale n'est pas le pharisa&#239;sme, mais &#171; l'estime de soi &#187; (Chapitre 11 : &#171; L'abolition de la honte &#187;). L'essentiel de notre &#233;nergie spirituelle est pr&#233;cis&#233;ment consacr&#233;e &#224; une campagne contre la honte et la culpabilit&#233; qui a pour objet de faire que les gens &#171; aient bonne opinion d'eux-m&#234;mes &#187;. Les &#201;glises elles-m&#234;mes se sont jointes &#224; cet exercice th&#233;rapeutique, dont les b&#233;n&#233;ficiaires principaux sont, du moins en th&#233;orie, les minorit&#233;s souffrantes que des si&#232;cles d'oppression acharn&#233;e ont priv&#233;es syst&#233;matiquement d'estime de soi. Ce dont ces groupes ont besoin, selon le consensus en vigueur, c'est de la consolation spirituelle que fournit l'affirmation dogmatique de leur identit&#233; collective. On les encourage &#224; r&#233;cup&#233;rer leur h&#233;ritage ancestral, &#224; faire rena&#238;tre des rites abandonn&#233;s et &#224; c&#233;l&#233;brer au nom de l'histoire un pass&#233; mythique. Que cette version euphorisante de leur pass&#233; particulier satisfasse ou non en r&#233;alit&#233; aux normes admises de l'interpr&#233;tation historique est une consid&#233;ration secondaire ; ce qui compte, c'est de savoir si elle contribue &#224; l'image de soi positive qui est suppos&#233;e assurer une &#171; (re)prise de pouvoir &#187;. On croit que ces m&#234;mes avantages qui &#233;taient associ&#233;s de mani&#232;re erron&#233;e &#224; la religion &#8211; s&#251;ret&#233;, bien-&#234;tre spirituel, d&#233;livrance dogmatique du doute &#8211; d&#233;coulent d'une politique th&#233;rapeutique de l'identit&#233;. De fait, la politique identitaire en est arriv&#233;e &#224; servir de succ&#233;dan&#233; de religion &#8211; ou du moins d'ersatz de ce sentiment pharisien que l'on confond si commun&#233;ment avec la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;veloppements jettent une lumi&#232;re suppl&#233;mentaire sur le d&#233;clin du d&#233;bat d&#233;mocratique. &#171; La diversit&#233; &#187; &#8211; slogan qui semble s&#233;duisant &#224; premi&#232;re vue &#8211; en est arriv&#233;e &#224; signifier le contraire de ce qu'elle semble vouloir dire. Dans la pratique, la diversit&#233; sert &#224; l&#233;gitimer un nouveau dogmatisme, dans lequel des minorit&#233;s rivales s'abritent derri&#232;re un ensemble de croyances qui &#233;chappe &#224; la discussion rationnelle. La s&#233;gr&#233;gation physique de la population dans des ghettos racialement homog&#232;nes et referm&#233;s sur eux-m&#234;mes a pour pendant la balkanisation de l'opinion. Chaque groupe essaye de se claquemurer derri&#232;re ses propres dogmes. Nous sommes devenus une nation de minorit&#233;s ; il ne manque que leur reconnaissance officielle en tant que telle pour achever le processus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le caract&#232;re vague de ce concept rend impossible aux d&#233;cideurs de tomber (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette parodie de &#171; communaut&#233; &#187; &#8211; terme fort &#224; la mode, mais qui n'est pas tr&#232;s bien compris &#8211; charrie avec elle le postulat insidieux selon lequel on peut attendre de tous les membres d'un groupe donn&#233; qu'ils pensent de la m&#234;me mani&#232;re. L'opinion devient ainsi fonction de l'identit&#233; raciale ou ethnique, du sexe ou de la pr&#233;f&#233;rence sexuelle. Des &#171; porte-parole &#187; autod&#233;sign&#233;s de la minorit&#233; appliquent ce conformisme en frappant d'ostracisme ceux qui d&#233;vient de la ligne du parti &#8211; par exemple ces Noirs qui &#171; pensent blanc &#187;. Combien de temps encore l'esprit de libre examen et de d&#233;bat ouvert peut-il survivre dans de telles conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des r&#233;dacteurs du magazine &lt;i&gt;The New Republic&lt;/i&gt;, Mickey Kaus, a avanc&#233; une interpr&#233;tation du malaise dans la d&#233;mocratie sous le titre provocateur et l&#233;g&#232;rement trompeur de &lt;i&gt;The End of Equality &lt;/i&gt; (&lt;i&gt;La Fin de l'&#233;galit&#233;&lt;/i&gt;) (1992), interpr&#233;tation qui a beaucoup de choses en commun avec celle que j'avance moi-m&#234;me dans les pages qui vont suivre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le titre de Kaus est ambigu parce qu'on ne sait pas absolument s'il propose (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon Kaus, la menace la plus s&#233;rieuse contre la d&#233;mocratie &#224; notre &#233;poque ne provient pas tant de la r&#233;partition injuste des richesses que du d&#233;clin ou de l'abandon des institutions publiques dans le cadre desquelles les citoyens se rencontrent en &#233;gaux. Il soutient que l'&#233;galit&#233; des revenus est moins importante que le but, &#171; plus accessible &#187;, de l'&#233;galit&#233; sociale ou civique. Il nous rappelle que les observateurs &#233;trangers avaient coutume de s'&#233;merveiller de l'absence de snobisme, de d&#233;f&#233;rence et de conscience de classe aux &#201;tats-Unis. Selon les mots de Werner Sombart en 1906, il n'y avait &#171; rien d'opprim&#233; ou de soumis &#187; dans l'ouvrier am&#233;ricain. &#171; Il porte la t&#234;te haute, marche d'un pas souple et arbore une expression aussi ouverte et gaie que n'importe quel membre de la classe moyenne. &#187; Quelques ann&#233;es plus tard (1931), R.H. Tawney remarquait que l'Am&#233;rique &#233;tait &#171; de fait marqu&#233;e par une in&#233;galit&#233; &#233;conomique consid&#233;rable, mais aussi par une &#233;galit&#233; sociale consid&#233;rable. &#187; C'est cette culture du respect de soi que, selon Kaus, nous sommes en danger de perdre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, le probl&#232;me de notre soci&#233;t&#233; n'est pas seulement que les riches ont trop d'argent, mais que leur argent les isole, beaucoup plus que par le pass&#233;, de la vie commune. &#171; L'acceptation banale des professions intellectuelles comme constituant une classe s&#233;par&#233;e &#187; constitue aux yeux de Kaus une &#233;volution mena&#231;ante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que leur &#171; m&#233;pris plein de morgue pour ceux qui sont d&#233;mographiquement leurs inf&#233;rieurs &#187;. J'ajouterais qu'une partie du probl&#232;me est que nous avons perdu notre respect pour le travail manuel honn&#234;te. Nous avons du travail &#171; cr&#233;atif &#187; l'image d'une s&#233;rie d'op&#233;rations mentales abstraites, accomplies dans un bureau, de pr&#233;f&#233;rence avec l'aide d'ordinateurs, et non pas celle de la production de nourriture, d'un toit et des autres n&#233;cessit&#233;s. Les classes intellectuelles sont fatalement &#233;loign&#233;es du c&#244;t&#233; physique de la vie &#8211; d'o&#249; leur d&#233;risoire tentative de compenser cet &#233;loignement en adh&#233;rant &#224; un r&#233;gime astreignant d'exercices physiques purement gratuits. Leur seul rapport avec le travail productif est en tant que consommateurs. Elles n'ont pas l'exp&#233;rience de la cr&#233;ation de quoi que ce soit de substantiel ou de durable. Elles vivent dans un monde d'abstractions et d'images, un monde virtuel consistant en mod&#232;les informatis&#233;s de la r&#233;alit&#233; &#8211; une &#171; hyper-r&#233;alit&#233; &#187; comme on l'a appel&#233;e &#8211; par opposition &#224; la r&#233;alit&#233; physique imm&#233;diate, palpable, qu'habitent les femmes et les hommes ordinaires. Leur croyance &#224; la &#171; construction sociale de la r&#233;alit&#233; &#187; &#8211; dogme central de la pens&#233;e postmoderne &#8211; refl&#232;te l'exp&#233;rience de leur vie dans un milieu artificiel d'o&#249; a &#233;t&#233; rigoureusement banni tout ce qui r&#233;siste au contr&#244;le humain (ainsi que, c'est in&#233;vitable, tout ce qui est familier et rassurant). Le contr&#244;le est devenu leur obsession. Dans leur &#233;lan pour s'isoler du risque et de la contingence &#8211; pour se pr&#233;munir des al&#233;as impr&#233;visibles qui affligent la vie de l'homme &#8211; les classes intellectuelles se sont s&#233;par&#233;es non seulement du monde commun qui les entoure, mais aussi de la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La meilleure fa&#231;on de comprendre les conflits culturels qui ont boulevers&#233; l'Am&#233;rique depuis les ann&#233;es soixante est d'y voir une forme de guerre des classes, dans laquelle une &#233;lite &#233;clair&#233;e (telle est l'id&#233;e qu'elle se fait d'elle-m&#234;me) entreprend moins d'imposer ses valeurs &#224; la majorit&#233; (majorit&#233; qu'elle per&#231;oit comme incorrigiblement raciste, sexiste, provinciale et x&#233;nophobe), encore moins de persuader la majorit&#233; au moyen d'un d&#233;bat public rationnel, que de cr&#233;er des institutions parall&#232;les ou &#171; alternatives &#187; dans laquelle elle ne sera plus du tout oblig&#233;e d'affronter face &#224; face les masses ignorantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Kaus, les choix des pouvoirs publics ne devraient pas chercher &#224; d&#233;faire les effets du march&#233; (qui in&#233;vitablement promeut des in&#233;galit&#233;s de revenus), mais de limiter son domaine &#8211; &#171; de restreindre la sph&#232;re de la vie o&#249; l'argent est important &#187;. Empruntant &#224; l'ouvrage de Michael Walzer, &lt;i&gt;Spheres of Justice&lt;/i&gt;, il soutient que le but du lib&#233;ralisme civique, par opposition au &#171; lib&#233;ralisme financier &#187;, est &#171; de cr&#233;er une sph&#232;re de vie dans laquelle l'argent est d&#233;valu&#233;, d'emp&#234;cher ceux qui ont de l'argent de conclure qu'ils sont sup&#233;rieurs &#187;. Walzer se soucie de la m&#234;me mani&#232;re de limiter &#171; l'extraction non seulement de richesse, mais de prestige et d'influence du march&#233; &#187;, selon sa formule. Il traite le probl&#232;me de la justice comme un probl&#232;me de fronti&#232;res et de &#171; r&#233;vision des fronti&#232;res &#187;. L'argent, encore davantage que d'autres bonnes choses telles que la beaut&#233;, l'&#233;loquence et le charme, a tendance &#224; &#171; s'immiscer &#224; travers les fronti&#232;res &#187; et &#224; acheter des choses qui ne devraient pas &#234;tre &#224; vendre : des exemptions du service militaire ; l'amour et l'amiti&#233; ; les charges politiques elles-m&#234;mes (gr&#226;ce au co&#251;t exorbitant des campagnes politiques). Walzer affirme que la meilleure mani&#232;re de servir le principe d'&#233;galit&#233; n'est pas d'assurer une distribution &#233;gale des revenus, mais de fixer des limites &#224; l'imp&#233;rialisme du march&#233; qui &#171; m&#233;tamorphose en marchandise tous les biens sociaux &#187;. &#171; Ce qui est en cause, poursuit-il&#8230; c'est la domination de l'argent en dehors de sa sph&#232;re. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des pr&#233;occupations similaires ont &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;es bien plus t&#244;t, dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans ces paroles beaucoup de sagesse, et ceux qui attachent du prix &#224; la d&#233;mocratie feraient bien de les &#233;couter. Mais il est &#233;galement important de se souvenir &#8211; chose que ne nieraient ni Walzer ni Kaus en derni&#232;re analyse &#8211; que l'in&#233;galit&#233; &#233;conomique est intrins&#232;quement ind&#233;sirable, m&#234;me quand elle est born&#233;e &#224; la sph&#232;re qui lui convient. Le luxe est moralement r&#233;pugnant et son incompatibilit&#233; avec les id&#233;aux d&#233;mocratiques a &#233;t&#233; en outre reconnue sans aucune exception dans les traditions qui fa&#231;onnent notre culture politique. La difficult&#233; de limiter l'influence de la richesse sugg&#232;re que la richesse elle-m&#234;me demande &#224; &#234;tre limit&#233;e. Quand l'argent parle, tout le monde est condamn&#233; &#224; &#233;couter. Pour cette raison, une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique ne peut autoriser une accumulation illimit&#233;e du capital. L'&#233;galit&#233; sociale et civique pr&#233;suppose que l'on s'approche au moins en gros de l'&#233;galit&#233; &#233;conomique. La &#171; pluralit&#233; des sph&#232;res &#187;, selon la formule qu'utilise Walzer, est &#233;minemment d&#233;sirable et nous devrions faire tout ce qui est en notre pouvoir pour faire respecter les fronti&#232;res qui les s&#233;parent. Mais nous devons aussi nous rappeler que les fronti&#232;res sont perm&#233;ables, en particulier quand l'argent est de la partie, qu'une condamnation morale des grandes fortunes doit informer toute d&#233;fense de la libert&#233; du march&#233;, et que cette condamnation morale doit s'appuyer sur une action politique efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bon vieux temps, les Am&#233;ricains &#233;taient d'accord, du moins en principe, pour refuser aux individus la pr&#233;tention de revendiquer un droit &#224; une richesse de beaucoup sup&#233;rieure &#224; leurs besoins. La persistance de cette croyance, m&#234;me si elle n'est plus, certes, qu'une composante mineure dans le concert qui c&#233;l&#232;bre de nos jours la richesse au risque d'&#233;touffer toutes les valeurs concurrentes, nous offre quelque espoir que tout n'est pas encore perdu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La formule, invent&#233;e par Mark Twain, d&#233;signe les trente ans qui suivent la fin de la guerre de S&#233;cession, marqu&#233;s par l'av&#232;nement de la puissance industrielle am&#233;ricaine et une corruption politico-financi&#232;re sans pr&#233;c&#233;dent, sous la domination presque sans partage du parti R&#233;publicain. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le terme professionals recouvre nos professions lib&#233;rales ainsi qu'un vaste secteur d'activit&#233;s intellectuelles, telles que l'enseignement et la recherche universitaires, la publicit&#233; etc. On emploiera par la suite le terme de &#171; professions intellectuelles &#187;. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rappelons en effet que le populisme est, dans l'histoire politique am&#233;ricaine de la fin du xixe si&#232;cle, un mouvement de r&#233;volte des agriculteurs du Sud et de l'Ouest contre le protectionnisme douanier et l'&#233;talon-or. Le parti populiste pr&#233;senta un candidat &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1892 et fit cause commune avec les D&#233;mocrates en 1896 pour soutenir William Jennings Bryan, qui, bien que vaincu par le r&#233;publicain William McKinley, fit une campagne rest&#233;e l&#233;gendaire, inaugurant l'&#200;re progressiste. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le &#171; fondationnalisme &#187; (&lt;i&gt;foundationalism&lt;/i&gt;) d&#233;signe aux &#201;tats-Unis la pr&#233;tention de l'Universit&#233; traditionnelle &#224; d&#233;fendre l'existence d'&#233;l&#233;ments fondamentaux constituant les fondations de la connaissance. On verra au chapitre 10 (&#171; Le pseudo-radicalisme universitaire &#187;) la port&#233;e de cette position dans les d&#233;bats entourant la d&#233;finition d'un canon litt&#233;raire. Les partisans du &#171; &lt;i&gt;&#8239;politically correct&lt;/i&gt; &#187; donnent &#224; ce terme un sens p&#233;joratif. On sait que, pour eux, dire, par exemple, que W. Shakespeare est un auteur plus important que Barbara Cartland ne peut que constituer une discrimination ill&#233;gitime (dans ce cas pr&#233;cis &#224; connotation sexiste). (N.d.E.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le caract&#232;re vague de ce concept rend impossible aux d&#233;cideurs de tomber d'accord sur une liste de minorit&#233;s sp&#233;cifi&#233;es ayant droit &#224; une compensation pour des si&#232;cles d'oppression. C'est &#224; l'&#233;poque du New Deal que les experts en sciences sociales ont commenc&#233; &#224; parler de minorit&#233;s au sens actuel du terme. Il renvoyait aux groupes qui avaient &#233;t&#233; &#171; isol&#233;s&#8230; pour un traitement diff&#233;rentiel et in&#233;gal &#187;, selon la formule de Louis Wirth. Alors qu'&#224; la m&#234;me &#233;poque en Europe les minorit&#233;s nationales &#233;taient en g&#233;n&#233;ral d&#233;nonc&#233;es comme agressives et belliqueuses, les minorit&#233;s am&#233;ricaines &#233;taient per&#231;ues comme des victimes plut&#244;t que comme des pr&#233;dateurs. D&#232;s le d&#233;but, le statut de minorit&#233; donnait donc &#224; ceux qui pouvaient le revendiquer une certaine force morale et politique. Si &#171; le simple fait d'&#234;tre g&#233;n&#233;ralement d&#233;test&#233;&#8230; est ce qui d&#233;finit un groupe minoritaire &#187;, selon l'explication d'Arnold et Caroline Rose, l'avantage moral r&#233;sidait invariablement du c&#244;t&#233; de la &#171; minorit&#233; &#187; (m&#234;me si elle constituait statistiquement une majorit&#233; de la population). Les pressions exerc&#233;es pour une extension de la cat&#233;gorie, avec la perte de pr&#233;cision qui en d&#233;coulait, se sont av&#233;r&#233;es irr&#233;sistibles. Au cours des ann&#233;es soixante-dix, elle en est arriv&#233;e &#224; comprendre non seulement divers groupes raciaux et ethniques mais aussi les femmes (sauf quand elles &#233;taient distingu&#233;es verbalement par la formule absurde &#171; les femmes et les minorit&#233;s &#187;), les homosexuels et les groupes (tels que les sourds, par exemple) trait&#233;s auparavant par les sciences sociales comme &#171; d&#233;viants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'arr&#234;t rendu par la Cour supr&#234;me en 1978 dans l'affaire Bakke, qui constitue sa d&#233;claration ultime mais embrouill&#233;e en ce qui concerne la discrimination positive (&lt;i&gt;affirmative action&lt;/i&gt;), le juge Lewis Powell a proclam&#233; que &#171; les &#201;tats-Unis &#233;taient devenus une nation de minorit&#233;s &#187;. Il a toutefois reconnu que le terme &#233;tait d'une impr&#233;cision d&#233;courageante. Tout groupe pouvant &#171; revendiquer une histoire pass&#233;e de discrimination exerc&#233;e &#224; son encontre &#187; pouvait affirmer son statut de minorit&#233; et son titre aux &#171; droits &#187; nouvellement cr&#233;&#233;s que les tribunaux conf&#233;raient dans leur interpr&#233;tation large de la discrimination positive. Il &#233;tait toutefois &#233;galement clair que &#171; tous ces groupes ne pouvaient pas recevoir un traitement pr&#233;f&#233;rentiel &#187;, car alors &#171; la seule &#8220;majorit&#233;&#8221; restante serait la nouvelle minorit&#233; des protestants blancs anglo-saxons. &#187; Dans ce cas, comment d&#233;ciderait-on exactement des groupes qui pouvaient &#234;tre candidats &#224; un traitement compensatoire ? Il serait difficile de s'opposer &#224; la conclusion de Powell selon laquelle &#171; il n'existe pas de fondement principal pour d&#233;cider des groupes qui m&#233;riteraient &#8220;une sollicitude judiciaire accrue&#8221; et de ceux qui ne la m&#233;riteraient pas &#187;.
En d&#233;pit de son &#233;vidente impr&#233;cision, le concept de minorit&#233; a eu une &#233;norme influence sur la prise de d&#233;cision dans le domaine social. Un d&#233;bat public approfondi ne pourrait que renforcer l'opposition populaire &#224; la politique de discrimination positive et &#224; la notion de minorit&#233;s qui la sous-tend. En l'absence d'un tel d&#233;bat, les pouvoirs publics se trouvent dans la position peu enviable de tenter d'appliquer des politiques qui ne sont soutenues par aucun semblant de consensus social. Passant en revue de mani&#232;re attentive le concept de minorit&#233;, Philip Gleason observe qu'&#171; un traitement diff&#233;rentiel&#8230; demande sans doute une reconnaissance et un d&#233;bat plus explicites que ceux dont il a fait l'objet jusqu'&#224; pr&#233;sent &#187; &#8211; bel euph&#233;misme s'il en f&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le titre de Kaus est ambigu parce qu'on ne sait pas absolument s'il propose d'abandonner la lutte contre l'in&#233;galit&#233; ou bien si le but ou l'objet (la &#171; fin &#187;) propre d'une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire, tel qu'il le voit, est une vie civique riche, accessible &#224; tous, et non pas un nivellement des revenus. Il s'av&#232;re que c'est la seconde lecture qui est la bonne. Ce qui n'exclut pas toutefois la possibilit&#233; qu'une certaine proportion d'&#233;galit&#233; &#233;conomique soit un moyen important, ou une condition pr&#233;alable, de la fin que constitue l'&#233;galit&#233; civique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Des pr&#233;occupations similaires ont &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;es bien plus t&#244;t, dans le travail de sociologues plus ou moins rattach&#233;s au mouvement progressiste, en particulier dans l'ouvrage de Charles Horton Cooley, &lt;i&gt;Social Process&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1907. Cooley &#233;crivait : &#171; La motivation p&#233;cuniaire exclut des provinces si vastes de notre vie que nous avons bien le droit de nous interroger sur l'&#233;tendue de notre confiance dans le processus du march&#233;. &#187; De son point de vue, &#171; les valeurs p&#233;cuniaires n'arrivent pas &#224; exprimer la vie sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; &#187;. Le contrepoids au march&#233; &#233;tait &#224; trouver dans des activit&#233;s entreprises pour elles-m&#234;mes et non pas en vue de r&#233;compenses ext&#233;rieures &#8211; dans l'art, la comp&#233;tence professionnelle et le professionnalisme. &#171; Le plaisir du travail cr&#233;atif et le partage de ce plaisir par ceux qui en appr&#233;cient le produit&#8230; &#224; la diff&#233;rence du plaisir de poss&#233;der des choses que nous arrachons aux autres&#8230; augmente d'autant plus que nous le partageons, car il nous fait sortir de l'atmosph&#232;re &#233;go&#239;ste de la concurrence quotidienne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Castoriadis, penser l'&#233;poque</title>
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&lt;p&gt;Transcription des &#233;missions &#233;ponymes des 1er et 15 juin 2025 du podcast &#171; H&#233;r&#233;tiques &#187;. | Il y a un an, nous invitions Boualem Sansal, dont la libert&#233; de parole a peu &#224; peu transform&#233; en h&#233;r&#233;tique. Cela fait maintenant plus de six mois que pour cette m&#234;me libert&#233;, il est embastill&#233; dans les cachots alg&#233;riens. Boualem Sansal est d&#233;fendu par tous ceux qui, d'o&#249; qu'ils soient, refusent la tyrannie. Mais, chose moins &#233;vidente, il ne l'est pas par ceux-l&#224; qui, &#224; gauche, se pr&#233;tendent &#234;tre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-54-mai-68-+" rel="tag"&gt;Mai 68&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-135-radicalisme-creux-+" rel="tag"&gt;Insurrectionnalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-217-islamogauchisme-+" rel="tag"&gt;Islamogauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/pq3yngnvx44vqtkjydjmu0gsp5cpt5hqilatkd4g_400x400.jpg?1763843375' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
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&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Il y a un an, nous invitions Boualem Sansal, dont la libert&#233; de parole a peu &#224; peu transform&#233; en h&#233;r&#233;tique. Cela fait maintenant plus de six mois que pour cette m&#234;me libert&#233;, il est embastill&#233; dans les cachots alg&#233;riens. Boualem Sansal est d&#233;fendu par tous ceux qui, d'o&#249; qu'ils soient, refusent la tyrannie. Mais, chose moins &#233;vidente, il ne l'est pas par ceux-l&#224; qui, &#224; gauche, se pr&#233;tendent &#234;tre l'avant-garde des combats pour l'&#233;mancipation. Il n'y a au fond rien de surprenant. Le XXe si&#232;cle est celui o&#249; la gauche s'est m&#233;tamorphos&#233;e, passant de soutien au mouvement ouvrier &#224; compagnons de route, les plus grands massacreurs de prol&#233;taires, de paysans et d'opposants aux quatre coins de la plan&#232;te. Derri&#232;re les bons sentiments les tr&#233;molos et les tralala, il y a aujourd'hui quelques questions qui permettent de faire tomber les masques qu'il faut poser afin de savoir qui l'on a en face de soi. Et l'une d'elles est : soutenez-vous Boualem Sansal ?&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_1996 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_document_avec_legende spip_document_player spip_documents_player spip_doc_player&#034; data-legende-len=&#034;68&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
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&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Seconde partie :&lt;/p&gt;
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&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Quentin B&#233;rard est fondateur et animateur du site &lt;i&gt;Lieux Communs&lt;/i&gt;, s'inscrivant dans un projet politique de d&#233;mocratie directe. Enseignant de biologie et d'ethno-&#233;cologie, il est l'auteur du &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;livre &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8211; Pour une refondation&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; pour lequel nous l'&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1117-Impasses-et-promesses-de-l-ecologie-politique-1-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;avions invit&#233; il y a deux ans et demi&lt;/a&gt;, et revient aujourd'hui pour discuter de ses textes sur Cornelius Castoriadis, r&#233;unis en &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1200-Parution-de-la-brochure-Lire-et-comprendre-Castoriadis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;brochure &#171; Lire et comprendre Castoriadis &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette &#233;mission est un peu particuli&#232;re puisqu'en fait nous nous auto-invitons, en quelque sorte &#8211; on l'a d&#233;j&#224; fait une fois. Une autre particularit&#233;, c'est que l'on va parler d'un intellectuel qui s'appelle Cornelius Castoriadis, &#224; l'occasion de la sortie d'une brochure &#233;dit&#233;e par &lt;i&gt;Lieux Communs&lt;/i&gt;. Alors ma premi&#232;re question sera : qu'est-ce que le collectif &lt;i&gt;Lieu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;x&lt;/i&gt;&lt;i&gt; Commun&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors &lt;i&gt;Lieu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;x&lt;/i&gt;&lt;i&gt; Commun&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;, c'&#233;tait un collectif qui a &#233;t&#233; fond&#233; il y a une vingtaine d'ann&#233;es maintenant, qui s'est &#233;tiol&#233; au fil du temps, et depuis quelques ann&#233;es je suis tout seul, j'ai donc gard&#233; juste l'appellation, et je travaille sous cette &#233;tiquette. Il y a un site qui s'appelle &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;collectiflieuxcommuns.fr&lt;/a&gt; et qui publie r&#233;guli&#232;rement des textes de moi ou d'autres personnes syst&#233;matiquement autour des th&#232;mes de la d&#233;mocratie directe et toutes les questions aff&#233;rentes, les questions un peu plus profondes en termes de philosophie, d'anthropologie, d'&#233;cologie, d'histoire, etc. Et je sors &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; peu pr&#232;s tous les ans des brochures auto-&#233;dit&#233;es&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la page &#171; Brochures &#187; : https://collectiflieuxcommuns.fr/++cs_INTERRO++-100&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, distribu&#233;es &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?531-Points-de-diffusion-et-de-vente-de&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans des librairies&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Points de diffusion et de vente &#187; : https://collectiflieuxcommuns.fr/++cs&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et l&#224;, en f&#233;vrier dernier, j'ai sorti un recueil de quatre textes sous le titre &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1200-Parution-de-la-brochure-Lire-et-comprendre-Castoriadis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Lire et comprendre &lt;/i&gt;&lt;i&gt;C&lt;/i&gt;&lt;i&gt;as&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt;oriadis. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;D&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e quelques tentatives de penser notre &#233;poque&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parution de la brochure n&#176;29 : Lire (et comprendre) Cornelius Castoriadis. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Castoriadis : de la dissidence trotskiste &#224; la d&#233;mocratie directe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour commencer, est-ce que tu peux d&#233;crire les grandes lignes du parcours politico-intellectuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un retour autobiographique : &#171; De la dissidence marxiste au projet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de Castoriadis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis est n&#233; en 1922 et mort en 1997, donc il y a une trentaine d'ann&#233;es maintenant. C'est un grec d'origine, n&#233; &#224; Ath&#232;nes, qui a grandi l&#224;-bas. Il s'est politis&#233; donc assez t&#244;t &#224; travers le marxisme et particuli&#232;rement le trotskisme. Il entre dans la r&#233;sistance grecque tr&#232;s t&#244;t, il entre aussi en dissidence avec le trotskisme l&#224;-bas. On ne va pas rentrer dans les d&#233;tails, mais il arrive en France en 1945. Il a une vingtaine d'ann&#233;es, poursuit ses &#233;tudes &#224; Paris et tr&#232;s rapidement, il est condamn&#233; par contumace en Gr&#232;ce pour ses activit&#233;s politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au sein d'un parti trotskiste, c'&#233;tait &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il entre au PCI [Parti Communiste Internationaliste]. Et en 1946, il rompt avec la direction du PCI sur la question de l'URSS &#8211; c'&#233;tait la grande question &#224; l'&#233;poque qui animait toute la gauche, la nature du r&#233;gime en URSS. Et Castoriadis rentre en dissidence avec les positions trotskistes. Alors on ne va pas rentrer dans le d&#233;tail mais il fonde avec Claude Lefort le groupe-revue &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ou&lt;/i&gt;&lt;i&gt;B &lt;/i&gt; &#187; en abr&#233;viation, qui va &#234;tre un groupe-revue actif durant 20 ans et tr&#232;s productif, tr&#232;s fertile, puisqu'ils vont produire une analyse de l'URSS et des soci&#233;t&#233;s occidentales en g&#233;n&#233;ral, extr&#234;mement int&#233;ressante, et qui sera reconnue dans les ann&#233;es 70 lors du d&#233;gel intellectuel en quelque sorte, lorsque le stalinisme aura reflu&#233;. Ils sont reconnus comme les fondateurs de la gauche antitotalitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'apr&#232;s ce que j'ai compris, parce qu'il y a une forte r&#233;putation de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;S&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ocialisme ou &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;B&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;arbarie&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; dans les milieux libertaires ou m&#234;me gauchistes, c'est aussi une critique du gauchisme aussi, &#231;a ne s'arr&#234;tait pas seulement &#224; la critique du stalinisme &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;qu'il&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; peut y avoir chez les trotskistes&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'&#233;tait vraiment le dernier groupe vivant se r&#233;clamant du mouvement ouvrier du XVIIIe au XIXe si&#232;cle et qui s'est &#233;puis&#233; au XXe si&#232;cle. C'est un groupe qui &#233;tait essentiellement constitu&#233; d'intellectuels, mais tous de tr&#232;s bon niveau, donc Castoriadis et Claude Lefort qui &#233;taient en gros les t&#234;tes du groupe, mais il y avait par exemple Jean-Fran&#231;ois Lyotard, Jean Laplanche, le psychanalyste, Guy Debord &#8211; on en parlait en &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; avant l'&#233;mission &#8211; y est pass&#233; et s'est politis&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le texte de B. Quiriny : &#171; Socialisme ou Barbarie &#187; et &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de gens qui y sont pass&#233;s ont &#233;t&#233; marqu&#233;s par leurs analyses, d'une tr&#232;s grande lucidit&#233; effectivement [notamment par leurs analyses des insurrections anti-totalitaires comme &#224; Berlin en 1953 ou en Hongrie en 1956]. Cela a &#233;rig&#233;, de fait, un mythe et un mod&#232;le pour beaucoup de groupes qui ont suivi, et pour de bonnes raisons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Guy Fargette, 2008 : &#171; Socialisme ou Barbarie &#187;, ou la r&#233;sistance &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, parce que &lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ou&lt;/i&gt;&lt;i&gt;B&lt;/i&gt; est rentr&#233; tr&#232;s rapidement en dissidence avec les &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;, toutes les doctrines qui avaient cours &#224; l'&#233;poque, aussi bien les doctrines du stalinisme classique que du trotskisme, que de toutes les lectures marxistes ou anarchistes pour, en gros, aboutir &#224; l'&#233;laboration d'une analyse tr&#232;s particuli&#232;re de la soci&#233;t&#233; russe, comme une soci&#233;t&#233; de type nouveau, une nouvelle soci&#233;t&#233;, dirig&#233;e par une classe nouvelle, qui &#233;tait une classe bureaucratique, et cela obligeait &#224; relire Marx. Donc c'est un groupe qui s'est &#233;chin&#233;, et particuli&#232;rement Castoriadis, &#224; relire Marx tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment. En fait, toute cette d&#233;marche les a amen&#233;s &#224; remettre beaucoup de choses en cause, aussi bien la lecture de Marx que la conception qu'ils avaient des soci&#233;t&#233;s, parce qu'ils &#233;taient marxistes mais en rupture avec le marxisme, et relire aussi les soci&#233;t&#233;s occidentales comme en proie au ph&#233;nom&#232;ne de &lt;i&gt;bureaucratisation&lt;/i&gt; : ils observaient une d&#233;l&#233;gation de pouvoirs g&#233;n&#233;ralis&#233;es dans la soci&#233;t&#233;, et particuli&#232;rement dans les organisations ouvri&#232;res, les partis, les syndicats, les groupes, les revues, les groupuscules. Ce que Castoriadis a appel&#233; la division entre dirigeants et dirig&#233;s. Et, &#224; partir de l&#224;, le vrai conflit n'&#233;tait plus un conflit de classe, n'&#233;tait plus un conflit sur des bases &lt;i&gt;&#233;conomiques&lt;/i&gt;, mais des conflits sur des bases &lt;i&gt;politiques&lt;/i&gt;, entre les dirigeants et les dirig&#233;s. Cela ouvrait, au fond, l'horizon d'une gestion ouvri&#232;re, ce qu'ils appelaient &#224; l'&#233;poque la gestion ouvri&#232;re, autrement dit une autogestion, donc la d&#233;mocratie directe. En gros, c'est un parcours qui se r&#233;approprie, apr&#232;s &#234;tre pass&#233; par le marxisme, des positions de type libertaire, mais extr&#234;mement &#233;labor&#233;es, tr&#232;s fond&#233; intellectuellement, et qui aurait d&#251; r&#233;ensemencer le monde libertaire en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; libertaires qui, en fait, ont tr&#232;s peu repris les travaux de Castoriadis. Ils ne le renient pas, c'est-&#224;-dire que chez les libertaires, il est encore populaire et m&#234;me je pense qu'il est disponible dans les librairies libertaires c'est possible, mais c'est tr&#232;s peu mis en avant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est populaire absolument, il est connu mais il n'est pas reconnu et, surtout chez les libertaires, il n'est pas lu et s'il est lu il n'est pas compris et s'il est compris il n'est pas retenu&#8230; Globalement, on le cite, c'est une des motivations qui m'a pouss&#233; &#224; &#233;crire la brochure, on le cite non pas &#224; contre-emploi mais syst&#233;matiquement de mani&#232;re &#224; l'&#233;dulcorer, de mani&#232;re &#224; ce qu'il alimente l'id&#233;ologie classique ou ce qu'on appelle la bien-pensance, ou le gauchisme culturel, ou les doctrines vaguement anarchistes [ou lib&#233;rale-libertaire], de gauche, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Autonomie et psychanalyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On reviendra sur son utilisation, mais il y a aussi deux particularit&#233;s que je voulais aborder. Castoriadis est grec, donc il y a toute cette tradition aussi de la d&#233;mocratie en Gr&#232;ce, l'histoire de la d&#233;mocratie commence en Gr&#232;ce. Et [d'autre part] il s'est int&#233;ress&#233; aussi &#8211; je ne sais pas si c'&#233;tait avant ou apr&#232;s &lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ocialisme ou &lt;/i&gt;&lt;i&gt;B&lt;/i&gt;&lt;i&gt;arbarie&lt;/i&gt; &#8211; &#224; la psychanalyse, et c'est aussi assez particulier puisqu'il utilise la psychanalyse dans la politique, ce n'est pas s&#233;par&#233; pour lui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, parce qu'en fait &#8211; on peut rentrer un peu dans les d&#233;tails &#8211; il aboutit &#224; mettre en avant cette histoire de gestion ouvri&#232;re, d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, de d&#233;mocratie directe, ce qu'il appelle au fil du temps &lt;i&gt;l'auto-institution explicite &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[de la soci&#233;t&#233;]&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire une soci&#233;t&#233; qui s'auto-institue, qui se met en place, qui se revitalise explicitement, elle le dit, elle le met en acte. Alors toutes les soci&#233;t&#233;s s'auto-instituent, que ce soit des tribus, que ce soit des empires, que ce soit des royaumes ou des r&#233;publiques, ce sont des soci&#233;t&#233;s qui &#233;mergent des adultes qui les fondent. La particularit&#233; d'une d&#233;mocratie est que cette auto-institution, se fait &lt;i&gt;explicitement&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire que les gens le savent : les lois auxquelles ils ob&#233;issent, les r&#232;gles, les valeurs, &#233;manent de leurs d&#233;cisions. Donc c'est une auto-institution &lt;i&gt;explicite&lt;/i&gt;. Et c'est ce que Castoriadis entend par le terme d'&lt;i&gt;autonomie&lt;/i&gt;, cette capacit&#233; d'autonomie, &lt;i&gt;autos-nomos&lt;/i&gt; :on fait ses r&#232;gles soi-m&#234;me. C'est cette capacit&#233; &#224; s'auto-instituer lorsqu'on est une collectivit&#233; et lorsqu'on est un individu, &#224; ne fonder ses r&#232;gles et ses d&#233;cisions qu'apr&#232;s un examen approfondi de soi. Donc on voit bien que c'est un concept qui est politique et, j'ai parl&#233; d'individu, on peut l'appliquer imm&#233;diatement au psychisme d'un individu, parce qu'un individu peut ne pas &#234;tre autonome, &#233;videmment, le contraire &#233;tant l'h&#233;t&#233;ronomie, et le but de la psychanalyse est de rendre l'individu autonome. Castoriadis, lui, a commenc&#233; une analyse au d&#233;but des ann&#233;es 60, certainement pour des raisons tr&#232;s personnelles &#8211; et aussi, on peut supposer, parce qu'il &#233;tait en train de rompre avec Marx, et que pour quelqu'un qui &#233;tait passionn&#233; par le marxisme, qui &#233;tait imbib&#233; de cette pens&#233;e, cette rupture a d&#251; beaucoup l'&#233;branler &#8211; donc il est entr&#233; en analyse et il est devenu psychanalyste, je crois au d&#233;but des ann&#233;es 70. Et il a pratiqu&#233; jusqu'&#224; sa mort en 97. Et il a pas mal &#233;crit, il a beaucoup r&#233;fl&#233;chi &#224; la psychanalyse aussi, il a contribu&#233; &#224; fonder le Quatri&#232;me Groupe, un groupe psychanalytique, qui cherchait &#224; d&#233;passer le sectarisme de Lacan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me groupe au sein de quoi ? Au sein de &lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ou&lt;/i&gt;&lt;i&gt;B&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, le quatri&#232;me groupe, c'est un groupe &#224; part enti&#232;re qui s'appelle &#171; le IVe groupe &#187;, parce que c'est l'histoire de la quatri&#232;me analyse du contr&#244;le du contr&#244;le &#8211; c'est un peu compliqu&#233;, mais c'est un groupe psychanalytique &#224; part enti&#232;re &#8211; donc l&#224;, ce n'est plus du tout de la politique. C'est un groupe qui existe toujours et qui adopte des principes d'autogestion : r&#233;guli&#232;rement, ils font ce qu'ils appellent une r&#233;-institution, donc ils ont repris le terme, ils se r&#233;instituent. En fait, c'est tout b&#234;te &#8211; enfin je pense, je ne suis pas membre &#8211; mais c'est l'&#233;quivalent d'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale dans une association. Qu'est-ce que c'est, en fait, qu'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale dans une association ? Ce sont les gens qui r&#233;instituent l'association r&#233;guli&#232;rement, ils se demandent au moins une fois par an &#8211; c'est dans les statuts, normalement &#8211; ils se demandent &#171; est-ce que ce qu'on a fait cette ann&#233;e est bien ? &#187;, &#171; qu'est-ce qu'on fait l'an prochain ? &#187;, &#171; quelles r&#232;gles on met en place ? &#187;, &#171; qui on accepte ? &#187;, &#171; qui on refuse ? &#187;, etc. Elle se r&#233;institue explicitement. Le principe de l'association est une cr&#233;ation ouvri&#232;re, d'ailleurs, l'association de loi 1901, ce sont des exemples m&#234;me d'auto-institutions explicites [d'une collectivit&#233;].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Autonomie et h&#233;t&#233;ronomie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s, on a un peu parl&#233; de l'autonomie. Il y a trois choses qui reviennent souvent dans les textes de Castoriadis, c'est anomie, autonomie, h&#233;t&#233;ronomie. Autonomie, on va dire, c'est celui qui est le plus utilis&#233;. Les deux autres termes, est-ce qu'on peut les d&#233;finir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah oui, j'aurais m&#234;me d&#251; commencer, c'est plus simple, par d&#233;finir l'h&#233;t&#233;ronomie. L'h&#233;t&#233;ronomie, c'est donc, &#233;tymologiquement, &lt;i&gt;h&#233;t&#233;ro-&lt;/i&gt; l'autre, &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;- la loi : la Loi &#224; laquelle on ob&#233;it vient d'un autre. C'est le cas classique de toutes les soci&#233;t&#233;s traditionnelles qui ob&#233;issent &#224; des lois qui viennent des anc&#234;tres, qui viennent de Dieu, qui viennent d'un livre sacr&#233;, qui viennent d'un pass&#233; qui est sacralis&#233;, etc. C'est vraiment l'h&#233;t&#233;ronomie la plus caract&#233;ris&#233;e. Au niveau individuel, l'h&#233;t&#233;ronomie, ce serait un individu &#8211; on l'est tous plus ou moins &#8211; n&#233;vros&#233; : l'individu n&#233;vros&#233;, c'est un individu qui est d&#233;termin&#233; par un traumatisme de l'enfance qu'il n'a pas d&#233;pass&#233; et son comportement est dict&#233; par les r&#233;actions qu'il a eues &#224; cette &#233;poque-l&#224;. Il est ali&#233;n&#233;, en r&#233;alit&#233;, &#224; lui-m&#234;me, &#224; un choix qu'il a fait lorsqu'il &#233;tait petit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dont il n'a pas conscience.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, c'est une h&#233;t&#233;ronomie qui est inconsciente, bien s&#251;r. Ou, plus classiquement, un individu qui est sous la domination d'un autre, que ce soit une femme sous la domination de son mari ou l'inverse. Les enfants sont dans des situations d'h&#233;t&#233;ronomie qui sont passag&#232;res. Un groupe restreint aussi peut l'&#234;tre, par exemple, une secte, c'est typiquement une situation h&#233;t&#233;ronome : le collectif est sous domination d'un gourou. &#199;a peut &#234;tre dit et &#231;a peut ne pas &#234;tre dit, aussi ; tout &#224; l'heure, on discutait de la diff&#233;rence entre les gauchistes et les anarchistes, et il a &#233;t&#233; dit que les anarchistes &#233;taient beaucoup plus hypocrites, parce qu'ils pr&#233;tendaient que leur groupe est autonome et en r&#233;alit&#233;, on voit assez clairement dans les groupes anarchistes, libertaires, &#233;merger des leaders. Ce qui est un ph&#233;nom&#232;ne naturel, mais ils refusent de le reconna&#238;tre &#224; cause de leur id&#233;ologie. Donc on est dans une h&#233;t&#233;ronomie qui est pire encore parce qu'elle est tue, elle est d&#233;ni&#233;e. Et dans ces cas-l&#224;, on a &#233;videmment du mal &#224; s'en sortir. Donc l'h&#233;t&#233;ronomie, en fait, c'est la d&#233;pendance d'un groupe &#224; une source &lt;i&gt;extra-sociale&lt;/i&gt; &#8211; c'est un fantasme, &#233;videmment. On croit que le groupe, ses r&#232;gles, ses valeurs, ses r&#232;glements, ses lois, viennent d'un autre, d'un ailleurs, que ce soit un ailleurs surnaturel ou tr&#232;s concret, &#231;a peut &#234;tre un parti politique, par exemple, dans une soci&#233;t&#233; actuelle. Est-ce qu'on peut dire que nos soci&#233;t&#233;s actuelles sont h&#233;t&#233;ronomes ? Pas vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En th&#233;orie, on est autonome.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En th&#233;orie, on est autonome absolument parce qu'on vient d'une histoire tr&#232;s anim&#233;e par l'autonomie collective. Dans la r&#233;alit&#233;, des fois on peut parler d'h&#233;t&#233;ronomie lorsqu'on parle de la d&#233;pendance aux march&#233;s, puisqu'on parle des march&#233;s un peu comme des institutions transcendantes. Mais ce n'est pas une h&#233;t&#233;ronomie qui est stricte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et apr&#232;s, par exemple, la d&#233;finition id&#233;ale de la R&#233;publique, c'est l'autonomie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument, tout &#224; fait. C'est la d&#233;finition id&#233;ale de la R&#233;publique. En fait, l'autonomie collective, c'est vraiment la d&#233;mocratie, c'est l'autre nom de la d&#233;mocratie. Castoriadis parle aussi d'&lt;i&gt;auto-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;limitation&lt;/i&gt;, se donner des r&#232;gles, se donner des limites, ce qu'on refuse de faire, ce qu'on ne va pas faire &#224; l'&#233;chelle individuelle [ou collective]. L'autonomie, c'est ce qu'on peut appeler l'&#233;mancipation, &#224; l'&#233;chelle individuelle. C'est la capacit&#233; d'un individu &#224; se prendre en charge lui-m&#234;me et &#224; reconna&#238;tre ses propres d&#233;sirs, &#224; reconna&#238;tre ses envies de viol, ses envies de meurtre, ses envies de destruction, ses envies de suicide &#8211; et se les refuser. C'est la capacit&#233; &#8211; c'est la maturit&#233; de l'&#234;tre humain &#8211; &#224; regarder en face sa propre existence et les r&#232;gles qui vont la d&#233;terminer. Alors, Dosto&#239;evski [fait dire &#224; un de ses personnages : &#171; si Dieu n'existe pas, alors tout est permis &#187; &#8211; c'est, pour Castoriadis qui prend cet exemple, exactement le point de d&#233;part de l'autonomie, l'absence de r&#232;gles ext&#233;rieures &#224; l'&#234;tre humain]&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; c'est se limiter, mais pas en disant &#171; &#231;a se fait pas &#187;, il s'agit d'avoir conscience aussi, d'avoir r&#233;fl&#233;chi aux cons&#233;quences de ses actes, etc. au bien commun. &#199;a suffirait pas de dire &#171; je m'auto-limite parce que ma religion ne me le permet pas &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, vous venez de dire &#171; ma religion ne me permet pas &#187; &#8211; c'est une h&#233;t&#233;ronomie, d'embl&#233;e, on est dans autre chose. Alors, l'autonomie, &#231;a ne veut pas dire non plus de ne pas tenir compte de l'ext&#233;riorit&#233; &#8211; il y a beaucoup de termes aujourd'hui qui sont tr&#232;s galvaud&#233;s &#8211; tous les termes importants en r&#233;alit&#233; : l'autonomie, ce n'est pas du tout ne pas tenir compte de la vie [ou de l'avis] des autres, &#231;a ne veut rien dire. Ce n'est pas du tout de s'arracher &#224; tout ce qui existe, ce n'est pas du tout vivre dans un monde en suspension, dans une autarcie absolue, &#231;a ne veut rien dire. &#202;tre autonome, c'est &#234;tre enracin&#233;, c'est faire partie d'une soci&#233;t&#233;, c'est reconna&#238;tre la vie en soci&#233;t&#233; [la r&#233;alit&#233; de la sociabilit&#233; ou le langage ou les d&#233;terminismes sociaux, mais aussi toute l'organisation mat&#233;rielle de la soci&#233;t&#233; qui nous fait vivre biologiquement]. Ce sont les enfants qui croient qu'ils sont capables de vivre tout seuls. C'est aussi reconna&#238;tre un h&#233;ritage moral, c'est reconna&#238;tre un h&#233;ritage religieux, m&#234;me s'il est implicite : nous, nous sommes d'h&#233;ritage jud&#233;o-chr&#233;tien, il faut le savoir, regarder les choses en face et peser le pour et le contre et d&#233;lib&#233;rer le plus souvent possible quant &#224; ce que l'on croit, ce que l'on veut faire e qu'on est capable de faire, ce qu'on se refuse de faire, en notre &#226;me et conscience. Et &#231;a, &#231;a demande une capacit&#233; d'autonomie qui n'est pas simple du tout, d'o&#249; l'existence de la psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8230; et l'anomie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et donc, il y a le troisi&#232;me terme, qui &#233;tait l'anomie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors h&#233;t&#233;ronomie et autonomie, Castoriadis les reprend de Kant, c'est le philosophe Emmanuel Kant qui a pos&#233; ces termes-l&#224;, et Castoriadis les reprend. Et anomie, en fait, Castoriadis [le reprend de Durkheim et] en parle de temps en temps, mais il ne le met pas en triptyque. L&#224;, c'est moi plut&#244;t qui l'avance, donc j'en prends la responsabilit&#233;. Et je trouve que &#231;a correspond vraiment &#224; quelque chose. Anomie, donc &#171; a &#187; privatif, &lt;i&gt;a-nomos&lt;/i&gt; ; il n'y a plus de r&#232;gles, il n'y a plus de valeur, il n'y a plus de direction, ni individuelle, ni collective. Et je trouve que &#231;a forme un triptyque qui est tr&#232;s &#233;clairant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que c'est le chaos, ou la d&#233;finition commune d'anarchie, pas la d&#233;finition politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, voil&#224;, c'est la tendance au chaos, l'anomie, quand on a une situation qui est anarchique, elle est anomique. Le terme a &#233;t&#233; utilis&#233; dans l'histoire [par Durkheim, pour caract&#233;riser les causes du suicide dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines]. Et la situation d'anomie est en fait une situation interm&#233;diaire entre l'autonomie et l'h&#233;t&#233;ronomie, et je pense que c'est la situation que nous sommes en train de vivre : nous ne sommes d&#233;j&#224; plus dans une situation de soci&#233;t&#233; qui tend &#224; l'autonomie &#8211; Castoriadis dit qu'il y a une &lt;i&gt;&#233;clipse&lt;/i&gt; de ce projet d'autonomie dans nos soci&#233;t&#233;s, on ne tend plus &#224; l'autonomie &#8211; mais on n'est pas encore retomb&#233; dans l'h&#233;t&#233;ronomie : l'islam peut &#234;tre un horizon, ou un regain du christianisme, ou une dictature militaire, etc. on n'y est pas encore, on n'est pas du tout dedans. On est plut&#244;t dans une forme d'anomie l&#233;g&#232;re, mais qui est visible partout. Vous sortez dans la rue, il y a une sorte d'anomie vestimentaire, par exemple, on le voit, on peut s'habiller &#224; peu pr&#232;s n'importe comment aujourd'hui, et on s'habille &#224; peu pr&#232;s n'importe comment. Je parle de tendance, ce n'est pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n'est pas que chacun est autonome de son habillement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, alors, Castoriadis a par exemple une id&#233;e annexe, qui est tr&#232;s int&#233;ressante : il dit que nous ne vivons pas du tout dans des soci&#233;t&#233;s individualistes. Pour lui, une soci&#233;t&#233; individualiste, c'est un horizon qui est tr&#232;s d&#233;sirable, c'est une soci&#233;t&#233; qui est constitu&#233;e d'individus, de gens qui sont autonomes, qui sont capables de peser leurs d&#233;cisions, de d&#233;lib&#233;rer, d'&#234;tre au contact de leurs d&#233;sirs, de les mettre en &#339;uvre autant que faire se peut. Et ce n'est pas du tout ce que l'on voit aujourd'hui. Lui, il voit au contraire ce qu'il appelle &#171; &lt;i&gt;l'&#233;poque du conformisme g&#233;n&#233;ralis&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Nous vivons une &#233;poque o&#249; les personnes se conforment de plus en plus &#224; ce qu'on attend d'elles en fonction de leur origine &#8211; ethnico-religieuse maintenant &#8211; en fonction de leur classe sociale, en fonction de leur lieu de fr&#233;quentation, en fonction de leur univers &#8211; s'ils sont dans des villes, des campagnes, la France p&#233;riph&#233;rique, etc. &#8211; de leur vie professionnelle, vie familiale, etc. On a un retour d'un d&#233;terminisme avec un manque d'originalit&#233; assez extraordinaire, que l'on voit aussi bien dans l'habillement que dans la cr&#233;ation artistique, etc. Donc l&#224;, on est, pour Castoriadis, au niveau individuel, en train de retomber dans une h&#233;t&#233;ronomie qui n'est pas dite, qui est le conformisme de groupe, en fait. Donc, pour vous r&#233;pondre, en termes vestimentaires, on ne vit plus du tout dans l'originalit&#233;, parce que ce que l'on voit, ce sont ou des tenues traditionnelles, des djellabas, des kurtas, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; qui r&#233;pondent &#224; une h&#233;t&#233;ronomie du groupe&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; qui r&#233;pondent &#224; une h&#233;t&#233;ronomie, l&#224;, pour le coup, du groupe, c'est du communautarisme. Ou alors on a l'uniforme, le jean, la chemise, le pull, etc., qui n'ont absolument aucune originalit&#233;, c'est du &lt;i&gt;normcore&lt;/i&gt;, pourquoi pas, c'est ce qu'il y a de moins pire. Et puis on a tout l'esth&#233;tique de la mode am&#233;ricaine, avec le d&#233;braill&#233;, le jean d&#233;chir&#233;&#8230; qui a plus de 50 ans ! Les jeunes aujourd'hui arrivent &#224; des jeans d&#233;chir&#233;s, &#231;a a l'air d'&#234;tre original ou subversif &#8211; on va parler d'ailleurs de la fausse subversion tout &#224; l'heure &#8211; c'est en fait un retour de la tradition pseudo-subversive. Donc l&#224;, on est plut&#244;t dans une forme d'anomie, ou de multiple h&#233;t&#233;ronomie. Cette anomie se retrouve aussi sur des terrains plus importants, le terrain l&#233;gislatif, le terrain moral &#8211; o&#249; on a un opportunisme g&#233;n&#233;ralis&#233; &#8211; le terrain artistique &#8211; o&#249; on a &#224; peu pr&#232;s n'importe quoi&#8230; Donc &#231;a c'est plus personnel, mais je pense que Castoriadis ne serait pas en train de s'insurger contre ce que je dis.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Castoriadis et la Gr&#232;ce&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je reviens un peu sur une question &#224; laquelle on n'a pas r&#233;pondu, c'est sur les origines grecques de Castoriadis. Donc, effectivement, il y a le c&#244;t&#233; la naissance de la d&#233;mocratie, mais au moment o&#249; Castoriadis a v&#233;cu en Gr&#232;ce, c'est tr&#232;s diff&#233;rent, ce n'est pas du tout une d&#233;mocratie id&#233;ale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, absolument pas. Et Castoriadis a un entretien, qu'on a traduit d'ailleurs &#224; &lt;i&gt;Li&lt;/i&gt;&lt;i&gt;eu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;x&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;C&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ommun&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt; [et tr&#232;s bien annot&#233; par les copains grecs du groupe], il y a une dizaine d'ann&#233;es, un entretien sur la Gr&#232;ce contemporaine o&#249; il est extr&#234;mement dur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Consid&#233;rations sur la Gr&#232;ce moderne &#187; (1975-1984-1994) (https://collectiflieux&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il a quitt&#233; la Gr&#232;ce &#224; l'&#226;ge de 22-23 ans, il est tr&#232;s content de l'avoir quitt&#233;e, il n'y a aucun regret l&#224;-dessus. C'est un immigr&#233; qui est venu en France, qui voulait vivre en France, c'&#233;tait vraiment la patrie, pour lui, de la r&#233;volution, du savoir, de la culture, etc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple Entretien (Le Bon Plaisir) avec Katharina von Bulow sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Donc pour lui, c'&#233;tait vraiment important. Et il n'a pas du tout de nostalgie ou d'attachement, en tout cas, &#224; la Gr&#232;ce contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, mais c'est beaucoup plus tardif, effectivement, il a mis la Gr&#232;ce antique au centre de ses pr&#233;occupations, dans son travail sur la d&#233;mocratie directe, mais c'est vraiment un travail purement intellectuel. Il dit &#224; plusieurs reprises que la Gr&#232;ce antique n'a rien &#224; voir avec la Gr&#232;ce contemporaine donc c'est pas du tout &#8211; parce qu'on lui reproche un hell&#233;no-centrisme &#8211; ce n'est pas du tout un ethnocentrisme, c'est tr&#232;s clair. Il a &#233;t&#233; condamn&#233; par contumace, je l'ai dit, lorsqu'il a quitt&#233; la Gr&#232;ce, c'est un vrai r&#233;fugi&#233; politique, et s'il est rentr&#233; en tant que fonctionnaire international &#224; l'OCDE assez peu de temps apr&#232;s son arriv&#233;e en France, c'&#233;tait notamment parce que &#231;a lui offrait une immunit&#233; internationale qui n'a &#233;t&#233; lev&#233;e que dans les ann&#233;es 1970. D&#232;s que sa condamnation a &#233;t&#233; lev&#233;e avec la chute des colonels en Gr&#232;ce, d&#233;but des ann&#233;es 70, il a d&#233;missionn&#233; de l'OCDE imm&#233;diatement. C'est un vrai r&#233;fugi&#233; politique, Castoriadis, il a connu des conditions de vie tr&#232;s difficiles en Gr&#232;ce dans sa jeunesse et il n'a pas cherch&#233; &#224; y revenir &#8211; bon j'imagine qu'il avait des maisons de vacances, etc. c'est quand m&#234;me un m&#233;diterran&#233;en malgr&#233; tout, il est amoureux de la m&#233;diterran&#233;e, mais il a beaucoup de recul par rapport &#224; sa Gr&#232;ce natale &#231;a c'est assez &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas le lien qu'il a avec la Gr&#232;ce antique est tr&#232;s fort parce qu'il se r&#233;clame du projet d'autonomie. Il voit dans l'histoire se d&#233;ployer ce qu'il appelle un &#171; projet d'autonomie &#187;, qui est d'abord n&#233; en Gr&#232;ce, en -700 avant J&#233;sus-Christ, notamment &#224; Ath&#232;nes, et qui a disparu ensuite, en partie &#224; cause de ce qu'il appelle la &#171; barbarie chr&#233;tienne &#187;, qui a mis &#224; bas tout ce mouvement d'autonomie de la Gr&#232;ce antique et qui a explos&#233; avec ce qu'on a appel&#233; &#171; le Miracle Grec &#187; &#8211; aussi bien la d&#233;mocratie directe dans la cit&#233; d'Ath&#232;nes que la cr&#233;ation artistique, philosophique &#233;videmment, scientifique, etc. Et cette autonomie-l&#224; est n&#233;e &#224; nouveau 1 500 ans plus tard, dans le haut Moyen &#194;ge, en Europe, &#224; travers les cit&#233;s m&#233;di&#233;vales, o&#249; les gens ont commenc&#233; &#224; s'auto-organiser dans les bourgs, c'&#233;tait la proto-bourgeoisie, ce qu'on a appel&#233; &#171; la r&#233;volution du XIIIe si&#232;cle &#187;, et puis &#231;a a &#233;t&#233; le d&#233;but de l'apparition en Europe de cette autonomie, de cette recherche d'autonomie, de ce projet d'autonomie, &#224; travers la Renaissance, les Lumi&#232;res, les r&#233;volutions classiques &#8211; r&#233;volutions am&#233;ricaines, hollandaises, anglaises, fran&#231;aises &#8211; puis le mouvement ouvrier, &#233;videmment, et puis derri&#232;re, les mouvements &#233;cologistes et f&#233;ministes, la lutte des immigr&#233;s, etc., dont on va parler. Tout &#231;a, c'est ce qu'on appelle le projet d'autonomie, et c'est plut&#244;t mal vu de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le naufrage de la gauche&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et justement, pourquoi la gauche, selon vous, se trompe au sujet de Castoriadis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, la gauche consid&#232;re que Castoriadis est un alli&#233;, &#224; la fois &#224; raison et &#224; tort. Elle a raison parce que Castoriadis est un r&#233;volutionnaire, et l'est rest&#233; jusqu'&#224; la fin de sa vie. Il veut instituer une soci&#233;t&#233; autonome, constituer un individu autonome, autrement dit, il reprend la vis&#233;e d'&#233;mancipation qui a fond&#233; la gauche. &#199;a, c'est absolument &#233;vident, irr&#233;futable. Son dernier texte, en 1997-1996, est une profession de foi r&#233;volutionnaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Son dernier texte : &#171; La &#171; rationalit&#233; &#187; du capitalisme &#187;, 1996 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Donc l&#224;-dessus, il n'y a absolument aucun doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la gauche en fait aussi une semi-ic&#244;ne, elle en parle mais sans trop en parler, recouvre en fait la sp&#233;cificit&#233; de ce qu'il a &#224; dire, parce que ce qu'il a &#224; dire est tr&#232;s d&#233;rangeant pour la gauche d'aujourd'hui. Pour lui, la gauche aujourd'hui, c'est un parti, enfin c'est m&#234;me pas un parti, c'est un camp d'arracheurs de dents qui a menti en r&#233;alit&#233; depuis au moins l'instauration de l'URSS. Je vous rappelle que c'est un antitotalitaire, et que durant des d&#233;cennies, il a lutt&#233; contre les mensonges que la gauche fran&#231;aise relayait &#224; propos de la &#171; Patrie du socialisme &#187; que devait &#234;tre l'URSS, alors que c'&#233;tait le pire des r&#233;gimes de l'histoire de l'humanit&#233;, avec l'instauration en r&#233;alit&#233; d'un esclavagisme industrialis&#233;, &#224; travers les goulags, la terreur, l'id&#233;ologie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est connu pour sa phrase&#8230; &#171; quatre mots, quatre mensonges &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Nous sommes dans l'&#232;re de l'imitation, du rafistolage, du syncr&#233;tisme, du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre lettres, quatre mensonges : U.R.S.S&#8230; Effectivement : ce n'est pas une &#171; Union &#187; des r&#233;publiques, c'est une prison des peuples ; ce ne sont pas des &#171; R&#233;publiques &#187;, &#233;videmment, parce que c'est une dictature abominable ; ce ne sont pas des r&#233;publiques &#171; Sovi&#233;tiques &#187;, puisqu'il n'y a pas de soviets l&#224;-bas &#8211; les soviets, je le rappelle, ce sont des assembl&#233;es du peuple, des conseils, ce sont des conseils ouvriers, normalement, les soviets, ce sont donc des organes de d&#233;mocratie directe, et on est tr&#232;s tr&#232;s loin des d&#233;mocraties directes. Et ce n'est pas &#171; Socialistes &#187;, &#233;videmment, si Marx arrivait en URSS, il serait absolument effondr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc la gauche, c'est &#231;a, pour lui, c'est d'abord le parti des menteurs. Il a un texte de 76, qu'il faut absolument lire si vous &#233;coutez cette &#233;mission, qui est sur le site &lt;i&gt;Lieux Communs&lt;/i&gt;, qu'on a renomm&#233;, &#171; L'autogestion de la mystification &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'autogestion de la mystification &#187; (1978-1979) : https://collectiflieuxcommun&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; il d&#233;crit le militant de gauche comme &#233;tant effectivement en situation d'autogestion &lt;i&gt;de sa propre mystification&lt;/i&gt; : il n'a m&#234;me plus besoin qu'on lui raconte n'importe quoi, il se raconte lui-m&#234;me n'importe quoi pour continuer &#224; croire dans son parti &#8211; et on a l'impression qu'il parle de la LFI et de ses &#233;pigones. Evidemment tout le monde a &#231;a en t&#234;te parce que les mensonges sont tellement &#233;vidents que M&#233;lenchon n'a m&#234;me plus besoin de mentir, les militants se mentent &#224; eux-m&#234;mes imm&#233;diatement, ils m&#233;tabolisent automatiquement leur propre mystification, c'est absolument &#231;a. Donc Castoriadis est vent debout contre la gauche radicale, qui en fait reprend les sch&#233;mas de Marx que lui a r&#233;fut&#233;s, qu'il consid&#232;re &#234;tre en fait des sch&#233;mas de type capitalistes puisque dans Marx, il distingue plusieurs &#233;l&#233;ments, et notamment un &#233;l&#233;ment proprement rationaliste, m&#233;caniste, syst&#233;mique, qui est congruent avec l'imaginaire capitaliste, et au fond qui a une mythologie jud&#233;o-chr&#233;tienne, avec une minorit&#233; de militants qui est cens&#233;e &#234;tre en contact avec la V&#233;rit&#233; Divine et qui va amener l'Humanit&#233; &#224; son terme &#224; travers la Parousie du Communisme gr&#226;ce aux &#201;vangiles du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; et au Proph&#232;te Marx, etc. Tout &#231;a, c'est une mythologie avec laquelle il a rompu d&#232;s les ann&#233;es 1950 et qu'il voit se d&#233;ployer encore jusque dans les ann&#233;es 1990 et qu'on voit aujourd'hui continuer &#224; labourer les cerveaux de nos militants contemporains. Donc l&#224;-dessus, il est tr&#232;s tr&#232;s dur. Et puis la gauche plus assagie, on va dire, le PS ou ses lambeaux aujourd'hui ce qu'il en reste, c'est la gauche bureaucratique et &#233;videmment, il n'y a rien &#224; chercher l&#224;-dedans. Ce ne sont pas du tout des gens qui veulent changer la soci&#233;t&#233;, il n'y a aucun projet de soci&#233;t&#233;, il n'y a plus aucun contact r&#233;ellement avec le monde populaire. Leur horizon est d'&#233;largir l'assise de la consommation &#224; la plan&#232;te enti&#232;re, il n'y a absolument aucun int&#233;r&#234;t. Alors Castoriadis est en rupture avec la gauche, et il est en rupture avec la droite : il n'est pas question de d&#233;fendre la droite qui, pour lui, est un faux conservatisme. Pourquoi c'est un faux conservatisme ? Parce que dans un syst&#232;me qui est soumis aux m&#233;canismes capitalistes, il n'y a pas de conservatisme qui tienne. Ce n'est pas possible de vouloir &#233;duquer les enfants &#224; la tradition en leur donnant un smartphone &#224; 6 ans. C'est toute l'hypocrisie fondamentale de la droite avec laquelle on peut se gargariser sur Europe 1 ou CNews, la rechristianisation, etc. On est dans la tartufferie la plus totale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'absurdit&#233; du clivage Gauche / Droite et les Gilets jaunes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et est-ce que, justement, le concept de gauche et droite, on met souvent des guillemets sur le site &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ieu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;x&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;C&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ommun&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;, est-ce qu'il a encore un sens, en fait, m&#234;me pour Castoriadis, dans les ann&#233;es 1960-70 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Castoriadis, il n'a aucun sens, et tr&#232;s t&#244;t. D&#232;s les ann&#233;es 1960-70, pour lui, la question n'est pas gauche ou droite, puisque ce sont de toute fa&#231;on des mouvances qui sont int&#233;gr&#233;es &#224; cette soci&#233;t&#233;-l&#224; et qui, au fond, n'ont aucune envie de la changer. Et l'accession de la gauche au pouvoir en 1981 l'a tr&#232;s bien montr&#233; et, depuis, on a une alternance qui ne change absolument rien. Donc la diff&#233;rence de la gauche et de la droite, d&#233;j&#224; dans les ann&#233;es 1960, n'a pas de pertinence pour Castoriadis. La question n'est pas du tout &#234;tre de gauche ou &#234;tre de droite : la question est &#171; Quelle soci&#233;t&#233; vous voulez ? &#187;. Et pour Castoriadis, c'est clair qu'il veut une soci&#233;t&#233; de d&#233;mocratie directe. Et je crois qu'effectivement le vrai clivage est l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on l'a vu, nous, tr&#232;s concr&#232;tement, il y a quelques ann&#233;es, lors du mouvement des Gilets jaunes. On a vu tr&#232;s clairement des gens de gauche infiltrer le mouvement des Gilets jaunes au bout de 3-4 mois. Le mouvement a commenc&#233; &#224; la fin novembre et nous, sur le terrain, on a vu une infiltration en janvier &#8211; en f&#233;vrier, c'&#233;tait quasiment fini&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir particuli&#232;rement la brochure n&#176;24bis ; juin 2019 : &#171; Le mouvement des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tous les gauchistes &#233;taient rentr&#233;s dans les assembl&#233;es, avaient vir&#233; les gens qui n'&#233;taient pas politiquement corrects, ils avaient pris le pouvoir, c'&#233;tait r&#233;gl&#233;. Le mouvement des Gilets jaunes a dur&#233; 3-4 mois. La question est tr&#232;s claire quant relativement au mouvement des Gilets jaunes : Est-ce que vous voulez aider ces gens-l&#224; ? ou plut&#244;t : est-ce que vous vous reconnaissez dans leur d&#233;marche ? Moi c'&#233;tait mon cas. Leur expression &#233;tait maladroite, confuse &#8211; on est d'accord &#8211; h&#233;t&#233;rog&#232;ne, t&#226;tonnante, h&#233;sitante, mais on pouvait aider &#224; cette expression populaire et tenter d'articuler une parole collective. Ou bien est-ce que vous arrivez &#8211; et &#231;a c'est toute la gauche &#8211; avec vos lubies, vos grilles de lecture, vos mots d'ordre ? Et puis vous &#233;liminez les gens que vous voulez &#233;liminer, vous mettez en avant les gens que vous pouvez manipuler, et puis vous amenez le mouvement l&#224; o&#249; vous voulez qu'il arrive, c'est-&#224;-dire &#224; sa perte, parce qu'elle a horreur du peuple, la gauche &#8211; la droite aussi, il n'y a pas de bon point &#224; distribuer. Mais la gauche est beaucoup plus hypocrite, puisqu'elle se r&#233;clame du peuple, et &#231;a dure depuis le putsch du parti bolchevique de 1917, qui s'est r&#233;clam&#233; de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et apr&#232;s, le probl&#232;me de la d&#233;mocratie, c'est que le peuple ne veut pas forc&#233;ment ce qui &#233;tait dans les programmes, par exemple de la LFI, o&#249; &#231;a peut &#234;tre contradictoire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toute la question. Le mouvement des Gilets jaunes, globalement, n'&#233;tait pas du tout politiquement correct. Tout le courage est d'arriver &#224; aller vers ces gens-l&#224;, de les reconna&#238;tre comme des &#233;gaux, de discuter avec eux de la mani&#232;re la plus ouverte possible, la moins id&#233;ologique possible, et de voir ce qu'ils sont capables de faire ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et aussi d'admettre que&#8230; Par exemple, c'est la majorit&#233;, donc c'est &#224; eux de d&#233;cider, m&#234;me si &#231;a ne nous pla&#238;t pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument, et de consid&#233;rer que le peuple, de toute fa&#231;on, doit avoir le dernier mot, m&#234;me s'il se trompe, c'est le principe, le pari de la d&#233;mocratie directe : m&#234;me si le peuple se trompe, il faut qu'il fasse l'exp&#233;rience de sa propre libert&#233;. C'est comme un individu : tu fais ce que tu veux de ta vie, peut-&#234;tre que tu te trompes, mais c'est ton destin. C'est ce qu'on appelle la libert&#233;, c'est ce qu'on appelle l'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; Castoriadis et &#224; la gauche, il est donc en d&#233;saccord total avec la plupart des gens qui [aujourd'hui] le citent et qui en font l'&#233;loge. Il est en d&#233;saccord avec les pacifistes, il est en d&#233;saccord avec les n&#233;o-f&#233;ministes, qui sont des confusionnismes, avec tout ce qu'on appelle le wokisme en fait. Il est tr&#232;s critique vis-&#224;-vis des &#233;cologistes, vis-&#224;-vis, &#233;videmment, des gauchistes. Quand il dit qu'il est critique, ce n'est pas du tout qu'il en d&#233;saccorde sur le fond : il est &#233;cologiste, il est f&#233;ministe, il est r&#233;volutionnaire, mais tout ce qu'il voit dans ces mouvements-l&#224;, c'est en fait des simulacres, et de plus en plus un &#171; n'importe quoi &#187;. Et sans parler des nouvelles questions qui ont surgi depuis 30 ans : la question de l'immigration, la question de l'islam, la question du multiculturalisme. L&#224;-dessus, Castoriadis est politiquement &lt;i&gt;incorrect&lt;/i&gt; au possible et serait aujourd'hui trait&#233; de tous les noms, si vraiment les gens le lisaient. Alors, dans ma brochure, il y a un article, justement, &#171; Castoriadis et les bien-pensants &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Castoriadis et les bien-pensants &#187; : https://collectiflieuxcommuns.fr/++cs_INT&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, o&#249; je montre quelques citations qui sont tr&#232;s faciles &#224; trouver, qui sont en de multiples endroits dans son &#339;uvre, o&#249; il prend des positions qui sont extr&#234;mement h&#233;t&#233;rodoxes. Mais ce ne sont pas simplement des opinions de la part d'un philosophe, comme un philosophe pourrait avoir des opinions &#224; propos d'un sujet qui ne regarde pas du tout sa philosophie : ce sont des positions qui sont ancr&#233;es dans ces positions philosophiques. Par exemple, la question de l'islam d&#233;coule imm&#233;diatement de la question de l'autonomie. Pour l'autonomie bien comprise, vous consid&#233;rez que toutes les religions, et particuli&#232;rement l'islam &#8211; qui est quasiment de ce point de vue-l&#224; une caricature, en tout cas qui est tr&#232;s virulente aujourd'hui, qui est la religion la plus agressive &#8211; vous mettez &#233;videmment en question la croyance en Mahomet et la pratique de ses fid&#232;les. C'est &#233;vident, on ne peut pas s'accommoder en disant que c'est une passade et qu'ils s'en d&#233;barrasseront spontan&#233;ment un jour ou l'autre. L'emprise de la religion est une ali&#233;nation qui est tr&#232;s forte. M&#234;me chose &#224; propos du multiculturalisme. Castoriadis est culturaliste [c'est un philosophe de la cr&#233;ation, pour qui l'univers humain est une cr&#233;ation &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt; et chaque soci&#233;t&#233; une cr&#233;ation unique]. C'est-&#224;-dire que l'autonomie n'est pas un &#233;l&#233;ment &lt;i&gt;naturel&lt;/i&gt; qui serait pr&#233;sent dans l'&#234;tre humain, c'est une chose qui est construit. Il n'y a eu que deux moments dans l'histoire o&#249; l'autonomie a &#233;clat&#233; de mani&#232;re importante et a perdur&#233; dans l'histoire. Il y a eu des tendances &#224; l'autonomie &#224; peu pr&#232;s dans toutes les civilisations, mais &#231;a a &#233;t&#233; assez superficiel et assez court&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple les travaux de David Cosandey, repris dans &#171; L'horizon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'y a que deux endroits o&#249; &#231;a a dur&#233; r&#233;ellement : la Gr&#232;ce antique et l'Europe moderne, et c'est par hasard. &#199;a a inform&#233; &#233;videmment les cultures, donc la culture occidentale est impr&#233;gn&#233;e de ces tendances &#224; l'autonomie. Elle est ambivalente, la culture occidentale : elle comporte aussi un &#233;l&#233;ment, on en reparlera un petit peu, l'&#233;l&#233;ment capitaliste, l'&#233;l&#233;ment de la ma&#238;trise, l'&#233;l&#233;ment du contr&#244;le rationnel des individus qui a abouti au totalitarisme, mais [la culture occidentale] est aussi la source de la d&#233;mocratie et de l'autonomie, de l'&#233;mancipation. De ce point de vue-l&#224;, en face d'autres cultures, il y a un conflit, un conflit de cultures qui est important, que ce soit en face de la culture musulmane, en face de la culture hindouiste, de la culture russe, de la culture africaine, tout ce que vous voulez. Castoriadis constate l'incompatibilit&#233; des cultures. Ce n'est pas simple du tout de faire cohabiter les cultures les unes avec les autres, parce que ce sont des univers tr&#232;s particuliers, tr&#232;s singuliers, et qu'un multiculturalisme ne peut pas avoir lieu de mani&#232;re simple et heureuse. Donc, sur de multiples points que j'&#233;graine dans mon article, Castoriadis est politiquement incorrect. Et beaucoup de gens &#224; gauche, &#224; l'extr&#234;me droite ou &#224; l'extr&#234;me gauche continuent de le citer comme une r&#233;f&#233;rence mais sans vraiment le lire. Et s'ils le lisaient vraiment, ils seraient horrifi&#233;s en criant qu'il est d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est aussi r&#233;cup&#233;r&#233; &#224; l'extr&#234;me droite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, je n'ai jamais vu. Mais &#231;a pourrait ne pas tarder, parce que, comme d'habitude, ce que la gauche abandonne, la droite le r&#233;cup&#232;re : la gauche a abandonn&#233; la la&#239;cit&#233;, la gauche l'a r&#233;cup&#233;r&#233; ; la gauche a abandonn&#233; le travail&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; on a beaucoup de mal avec cette d&#233;finition droite-gauche.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais en tout cas, &#231;a c'est ph&#233;nom&#233;nologique, la la&#239;cit&#233; aujourd'hui n'est plus &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La droite est l'ancienne gauche.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il y a quelque chose de cet ordre-l&#224;. Donc ce ne serait pas &#233;tonnant du tout que Castoriadis, un jour ou l'autre, soit cit&#233;, revendiqu&#233; par un opportunisme de droite. Alors ce ne sera pas difficile :il suffira l&#224; aussi de lui faire lire Castoriadis et il se retrouvera devant une contradiction. Castoriadis est condamn&#233; &#224; ne parler qu'&#224; l'intelligence des gens et vu que l'intelligence n'est pas une valeur tr&#232;s cot&#233;e en ce moment, il est un peu condamn&#233; &#224; rester sous les radars. Bon, on le cite de loin en loin, il y a des &#233;missions de radio, il y a des revues, il y a des colloques. Les gens qui nous &#233;coutent en ont tr&#232;s certainement entendu parler, de loin en loin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel rapport &#224; un penseur et sa pens&#233;e ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, quel pourrait &#234;tre le rapport &#224; entretenir avec un penseur et sa pens&#233;e ? Parce qu'il y a diff&#233;rentes approches : il est cit&#233; dans des colloques, mais &#231;a peut rester une sorte d'adoration, de sacralisation de ses textes. Et ce n'est pas comme &#231;a que tu l'envisages, en tout cas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, c'est un peu toute la question, effectivement. Le rapport aux penseurs, en gros, est de deux types. Ou alors, on en fait des proph&#232;tes, et c'est ce qui s'est pass&#233; avec le marxisme, tr&#232;s classiquement ; Marx est devenu un proph&#232;te pour ses partisans &#224; son d&#233;triment. Sa philosophie &#8211; qui &#233;tait une philosophie vivante, est pluridisciplinaire ; c'est de la philosophie, c'est de l'&#233;conomie, c'est de l'histoire &#8211; est r&#233;duite &#224; un dogme ridicule, la fondation quasiment d'un quatri&#232;me monoth&#233;isme. Et souvent les &#233;pigones des penseurs deviennent des disciples, en r&#233;alit&#233; des disciples disciplin&#233;s, que ce soit des disciples d'Heidegger, que ce soit des disciples de Foucault, de Deleuze, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'ailleurs il y a une esp&#232;ce de lien avec la th&#233;ologie, c'est qu'en fait les marxistes d&#233;battent uniquement &#224; savoir si Marx avait pens&#233; &#231;a et &#231;a, et &#231;a exclut ou &#231;a inclut une pens&#233;e de mani&#232;re magique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument. On est vraiment dans la reproduction, dans le d&#233;ploiement d'une religion la&#239;que, d'une pseudo-religion la&#239;que, de micro-religions la&#239;ques, o&#249; on fait de l'ex&#233;g&#232;se en fait, comme on fait l'ex&#233;g&#232;se des &#201;critures, l&#224;, on fait l'ex&#233;g&#232;se d'un texte. On tombe n&#233;cessairement dedans lorsqu'on &#233;tudie un auteur, il y a quelque chose de passionnant, parce qu'on circonscrit un champ de recherche qui est tr&#232;s restreint, et puis on travaille intens&#233;ment dessus, donc on a l'impression de dominer, enfin, un endroit du cosmos, certes futile et ridicule, mais au moins, on ma&#238;trise ce c&#244;t&#233;-l&#224;, parce qu'en r&#233;alit&#233; la r&#233;alit&#233; fuit de partout. Mais c'est st&#233;rile, &#233;videmment. Ce n'est pas de la pens&#233;e. L'autre posture c'est de refuser, c'est d'avoir vu cette chose-l&#224;, qui est assez courante dans les ann&#233;es 1970, un peu moins aujourd'hui, et d'avoir un mouvement de refus, et de chercher &#224; &#233;viter de tomber dans l'escarcelle d'un ou d'un autre penseur. Mais dans ces cas-l&#224;, on risque de faire ce que j'appelle la &#171; pens&#233;e &#233;clat&#233;e &#187;, c'est-&#224;-dire on prend &#224; gauche, on prend &#224; droite, sans trop tenter une coh&#233;rence, et finalement on se retrouve &#224; vivre avec &#233;norm&#233;ment de contradictions et &#224; vivre ce que les gens, le quidam, le tout-venant, vit, lui, dans tous les cas, c'est-&#224;-dire qu'il pense en fonction des circonstances, il n'y a pas de coh&#233;rence du tout, et &#231;a c'est une pens&#233;e &#233;clat&#233;e. Alors il y a une impression de libert&#233;, mais en r&#233;alit&#233;, on pense toujours la pens&#233;e de quelqu'un. C'est tr&#232;s rare la pens&#233;e, en r&#233;alit&#233;, dans une vie humaine, on pense [tr&#232;s rarement]&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne pourrait pas utiliser un bout de Castoriadis qui nous serait utile dans la pens&#233;e bo&#238;te &#224; outils ? C'est-&#224;-dire, je prends un bout de Castoriadis, je prends un bout de George Orwell, et je forme mon id&#233;e. Qu'est-ce qui nous emp&#234;cherait de faire &#231;a, en fait ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut le faire, d'abord, il faut le faire, &#231;a, c'est tr&#232;s clair. C'est important, parce que c'est un mouvement aussi&#8230; Je crois que c'est Foucault qui parle de la pens&#233;e &#171; bo&#238;te &#224; outils &#187;. Il voulait donc penser en &#233;laborant des bo&#238;tes &#224; outils pour les gens et effectivement, ils prennent ce qui leur pla&#238;t, ce qui ne leur pla&#238;t pas&#8230; C'est une r&#233;action contre l'esprit de syst&#232;me, &#233;videmment, dont je viens de parler, pour &#233;viter de tomber dans un syst&#232;me tout fait, clos. Le probl&#232;me est que [le monde des] id&#233;es, ce n'est pas un magasin o&#249; on d&#233;ambule avec un caddie et o&#249; on prend les articles les uns apr&#232;s les autres : ce sont des choses qui doivent &#234;tre articul&#233;es les unes aux autres. On peut prendre l'&#233;cologie comme image : on ne peut pas arracher une esp&#232;ce &#224; son &#233;cosyst&#232;me, on ne peut pas arracher une id&#233;e de la matrice qu'il a g&#233;n&#233;r&#233;e &#8211; &#231;a va demander des modifications, &#231;a va demander de la repenser, &#231;a va demander un vrai travail. Sinon, on va se retrouver en face d'incoh&#233;rences, de contradictions, et on &#233;vitera de les penser par peur, parce que c'est tr&#232;s emb&#234;tant de penser des contradictions, c'est fatigant, donc on ne va pas les penser. L'exemple, je l'ai cit&#233;, c'est la gauche qui cite le terme d'autonomie de Castoriadis, qui y fait r&#233;f&#233;rence mais qui, derri&#232;re, vous parle d'&#171; islamophobie &#187;&#8230; Si vous pensez l'autonomie, vous ne pouvez qu'&#234;tre contre les religions, &#231;a ne veut pas dire pers&#233;cuter les musulmans, &#233;videmment, mais c'est-&#224;-dire que, au fond, vous visez un monde o&#249; il n'y a plus de religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s, c'est aussi un sujet dont je voulais parler, c'est que l'anomie et l'h&#233;t&#233;ronomie&#8230; Souvent, c'est la gauche qui en fait la promotion, malgr&#233; elle, peut-&#234;tre de mani&#232;re inconsciente. Mais souvent, en plus avec ce mot ambigu d'anarchie, qui est souvent un militant anarchiste cons&#233;quent, il va comprendre ce que veut dire ce mot, c'est vraiment la d&#233;mocratie directe, etc. Mais il y a aussi les anarcho-punks qui, pour eux, c'est foutre le bordel. Et en fait, c'est l'ambigu&#239;t&#233; du terme qui renforce un peu &#231;a. Et du c&#244;t&#233; gauchiste, si on consid&#232;re qu'il y a une diff&#233;rence entre l'anarchisme et le gauchisme, il y a carr&#233;ment, c'est le culte du chef. &#199;a ne va pas tr&#232;s loin. Comme on dit, ils sont pour la d&#233;mocratie, mais d&#232;s que l'ouvrier ou la personne qu'ils ont en face pense mal, il faut l'emp&#234;cher de parler ou alors il faut la manipuler pour arriver &#224; ce qu'elle pense bien. Et souvent, ils basculent finalement de l'anomie &#224; l'h&#233;t&#233;ronomie en disant &#234;tre ceux qui ont l'autonomie et qui la d&#233;fendent plus que tous.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, vous avez tr&#232;s bien r&#233;sum&#233;, c'est exactement &#231;a. On oscille en permanence entre l'anomie et l'h&#233;t&#233;ronomie. Parce que l'autonomie est tr&#232;s difficile. Et le terme d'anarchie, entre parenth&#232;ses, m'a toujours paru tr&#232;s ambigu : &#231;a ne veut pas dire grand-chose, &#171; an-archie &#187; &#8211; absence de pouvoir&#8230; [Cela vient, historiquement, du monde ouvrier o&#249; les ateliers, les cha&#238;nes d'usines, formaient un embryon d'auto-organisation spontan&#233;e, que l'on voulait &#233;tendre de mani&#232;re utopique, &#224; toute la soci&#233;t&#233;, c'est le point de d&#233;part du marxisme. Mais sans ces conditions, et plus encore en l'absence d'un mouvement populaire sur le long terme, la notion d'anarchie n'a pas de sens]. Dans une d&#233;mocratie directe, il y a un pouvoir. Dans un groupe, aussi restreint soit-il, il y a un pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a beaucoup de groupes qui se d&#233;finissent comme communistes libertaires, en opposition &#224; communistes autoritaires qui &#233;tait une fa&#231;on de r&#233;pondre &#224; &#231;a.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, pourquoi pas, mais l&#224; encore, il faut rentrer dans les d&#233;tails. Par exemple, Castoriadis a beaucoup inspir&#233; un courant dans les ann&#233;es 1960-70, les institutionnalistes. C'est comme &#231;a, d'ailleurs, que j'ai rencontr&#233; la pens&#233;e de Castoriadis, par la p&#233;dagogie institutionnelle, la psychoth&#233;rapie institutionnelle, l'analyse institutionnelle qui s'occupaient beaucoup de la dynamique des groupes et de la dynamique r&#233;elle des groupes par rapport &#224; leur discours. Et chez les anarchistes, c'est &#233;vident qu'il y a toujours des pouvoirs qui sont invisibilis&#233;s. Et un pouvoir est d'autant plus efficace et fort qu'il est invisible et qu'il se nie lui-m&#234;me. Et &#231;a, c'est une ali&#233;nation qui est terrible, absolument terrible. L'autre c&#244;t&#233;, &#233;videmment, l'impasse &#8211; c'est exactement homologue &#224; la posture vis-&#224;-vis des penseurs &#8211; on a d'un c&#244;t&#233; la pens&#233;e &#233;clat&#233;e, le groupe pseudo-lib&#233;r&#233; mais en fait compl&#232;tement ali&#233;n&#233;, et de l'autre on a le proph&#233;tisme ou la secte avec un leader qui pr&#233;tend amener le groupe &#224; son autonomie. Alors l&#224;-dessus, il y a plusieurs choses &#224; dire. Castoriadis cite une tr&#232;s belle phrase de Freud, qui dit qu'il y a trois &#171; m&#233;tiers impossibles &#187; : le m&#233;tier d'&#233;ducateur, de th&#233;rapeute et de leader politique. Et on pourrait ajouter le m&#233;tier de penseur &#233;galement. Alors pourquoi est-ce que ce sont des m&#233;tiers impossibles ? Parce que ce sont des m&#233;tiers qui sont en surplomb &#8211; vous pensez au th&#233;rapeute et son patient, l'&#233;ducateur et l'&#233;duqu&#233;, l'enfant ou l'adulte, le leader politique et le reste du groupe, il y a un surplomb, il y a une influence, il y a un pouvoir, il y a une possibilit&#233; de contrainte &#8211; et cette influence-l&#224;, il faut qu'il l'exerce pour amener l'individu qu'il a en face de lui &#224; s'&#233;manciper, c'est-&#224;-dire &#224; pouvoir se passer de lui. Le but d'un th&#233;rapeute, ce n'est pas d'&#234;tre pr&#233;sent tout au long de la vie de la personne, c'est de l'aider durant un moment difficile pour l'amener &#224; se passer de lui-m&#234;me. L'&#233;ducateur, que ce soit un parent ou une m&#232;re &#8211; le m&#233;tier le plus difficile c'est d'&#234;tre une m&#232;re &#8211; c'est d'amener l'enfant &#224; son &#233;mancipation et &#224; son autonomie r&#233;elle de mani&#232;re &#224; pouvoir se passer de son tuteur. Un leader politique, c'est &#231;a exactement &#231;a, r&#233;ellement, c'est &#231;a que &#231;a implique ; c'est une influence aupr&#232;s des gens de mani&#232;re &#224; aider les gens &#224; s'auto-organiser de fa&#231;on &#224; ce qu'ils puissent ensuite se passer de leader. C'est le principe &#8211; &#231;a a &#233;t&#233; compris tr&#232;s t&#244;t &#8211; de l'&#201;tat qui doit &#234;tre &#171; biod&#233;gradable &#187; sous L&#233;nine, la phase de transition d'un &#201;tat qui est tr&#232;s fort, mais de mani&#232;re &#224; s'effacer au fil du temps dans l'&#233;tape ultime qu'est le communisme. Donc la question n'est pas avoir un leader ou ne pas en avoir, la question est quel rapport on a avec ce leader-l&#224; ? Est-ce que ce leader, est-ce que ce chef, est-ce que ce penseur vous aide, vous, &#224; penser, vous aide &#224; s'en passer ? Ou est-ce qu'au contraire, il vous entretient dans cette d&#233;pendance et cette ali&#233;nation ? C'est &#231;a la vraie question, au fond.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'anciennet&#233; du wokisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout &#224; l'heure, vous avez parl&#233; de Castoriadis oppos&#233; au wokisme&#8230; Il faut y revenir un peu : il est mort en 1997, donc la notion de wokisme, le wokisme, n'existait pas. Qu'est-ce que vous entendiez par l&#224;, en fait ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, j'ai &#233;t&#233; un petit peu rapide dans ma formulation parce que &#231;a fait &#233;cho au deuxi&#232;me article de la brochure, o&#249; je parle de Castoriadis qui anticipait le wokisme : &#171; Le wokisme &#224; lecture de Castoriadis &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le wokisme &#224; la lecture de C. Castoriadis &#187;, novembre 2024 : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est effectivement un anachronisme mais, en r&#233;alit&#233;, le wokisme tel qu'on le conna&#238;t aujourd'hui, n'est en fait que la r&#233;surgence, la resuc&#233;e de postures militantes qui &#233;taient l&#224; depuis au moins les ann&#233;es 60. Et c'est &#231;a que Castoriadis a vu tr&#232;s t&#244;t. La critique de Castoriadis de ces mouvements-l&#224; est saignante, parce qu'il est un r&#233;volutionnaire, pas un conservateur. La critique du wokisme du point de vue de droite, conservateur, on conna&#238;t, elle peut &#234;tre int&#233;ressante, elle est entendable en tout cas, mais elle a peu d'impact. Par contre cette critique de Castoriadis est d&#233;vastatrice de ce point de vue-l&#224; et d'autant plus qu'il a d&#233;mont&#233; les mystifications de ces subversions ou pseudo-subversions &lt;i&gt;in situ&lt;/i&gt; dans les ann&#233;es 60 et 70, et qu'aujourd'hui on voit une r&#233;p&#233;tition d&#233;grad&#233;e de &#231;a. On le voit par exemple avec les n&#233;o-f&#233;ministes ou pseudo-f&#233;ministes. Tous les exc&#232;s que l'on a vus aujourd'hui, que l'on voit, ne sont pas les exc&#232;s, ce sont des catastrophes, parce qu'elles sont en train de tuer le f&#233;minisme, et on l'a vu, au moins en germe, dans les ann&#233;es 70, c'est vraiment le &#171; &lt;i&gt;scum manifesto&lt;/i&gt; &#187; &#8211; je ne me souviens plus de sa date [1967 !], mais c'est devenu une r&#233;f&#233;rence aujourd'hui : tout cela ne date pas d'hier. Peut-&#234;tre que l'&#233;l&#233;ment nouveau est l'&#233;cologie radicale contemporaine, mais m&#234;me le mouvement des communaut&#233;s &#233;tait connu depuis longtemps. Les mouvements gauchistes, alors l&#224;, encore pire&#8230; On pourrait croire nouveau le d&#233;colonialisme, le communautarisme ou le racialisme, ce que j'appelle l'obscurantisme, mais ce n'est en r&#233;alit&#233;, finalement qu'une resusc&#233;e, une radicalisation du tiers-mondisme, qui est apparu dans la lign&#233;e des mouvements de d&#233;colonisation, et repris aujourd'hui jusqu'&#224; l'absurde [puisque les mouvements de d&#233;colonisations sont fini depuis deux g&#233;n&#233;rations]. Parce que les d&#233;coloniaux &#8211; ceux qui se r&#233;clament aujourd'hui d&#233;coloniaux &#8211; ne sont pas du tout des d&#233;coloniaux, c'est absurde : La d&#233;colonisation, c'est quand on chasse l'&#233;tranger de chez soi, et les d&#233;coloniaux sont des &#233;trangers qui sont ici &#8211; on est dans la d&#233;bilit&#233; la plus totale. Mais dans tous les cas, la question n'est pas d'en discuter, mais de voir qu'il n'y a pas du tout de nouveaut&#233;s dans leur posture. Ils reprennent, en les faussant, des discours de Fanon, ils reprennent les discours, en tout cas les postures, de Khadafi, les postures de Che Guevara, etc. Bon, l&#224;-dessus, il n'y a vraiment rien de nouveau, &#224; part une radicalisation, on pousse un peu plus loin la b&#234;tise et l'obscurantisme, notamment en se connectant &#224; quelque chose de nouveau, l&#224; pour le coup, qui est l'islam. &#199;a, c'est effectivement nouveau, mais Castoriadis, tr&#232;s t&#244;t, l'a senti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a aussi l'intersectionnalit&#233;, il y a des concepts assez nouveaux, le queer, le transactivisme, etc.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le transactivisme, c'est nouveau, tout &#224; fait. Mais en fait, c'est une confusion qui s'approfondit. et cette confusion-l&#224;, au fond, n'a rien de nouveau. C'est en &#231;a que Castoridis r&#233;fute le wokisme &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;. D&#232;s les ann&#233;es 70, il d&#233;crit ce qu'il appelle &#171; le n'importe quoi &#187;. Il dit que la subversion, d'aujourd'hui, c'est du &lt;i&gt;n'importe quoi&lt;/i&gt;. Et en m&#234;me temps c'est du n'importe quoi, et c'est d&#233;risoire, parce que ce sont dans des milieux qui n'ont aucune prise r&#233;elle sur le cours des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est plus la subversion du wokisme qu'il a vu venir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fausse subversion. Et le n'importe quoi. Le n'importe quoi, c'est-&#224;-dire le fait que plus personne n'est tenu &#224; aucune rigueur intellectuelle. Et &#231;a, il bataille durant longtemps avec ce qu'il appelle &#171; les divertisseurs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les divertisseurs &#187;, 1977 : https://collectiflieuxcommuns.fr/++cs_INTERRO++6..&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire les intellectuels les plus en vue de l'&#233;poque, les Sartres, les structuralistes, les Althusser, les Barthes, les Deleuze, les Foucault, etc. qui l'abhorrent, en r&#233;alit&#233;, et auxquels il reproche de dire et faire n'importe quoi et de pousser &#224; jeunesse dans ce n'importe quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pourtant, dans le mouvement wokisme, c'est aussi, parmi les nouveaux concepts, il y a le c&#244;t&#233; &lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt;, ce qui est en fait une sorte d'&#233;mancipation, d'autonomie. Ils se revendiquent encore un peu, comme les gauchistes dont on parlait, ils se revendiquent &#234;tre, ceux qui vont amener &#224; l'autonomie de l'individu. Apr&#232;s, c'est plus l'individu, effectivement, c'est pas la soci&#233;t&#233;. Mais comment vous voyez &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme d'habitude : la pire des oppressions est celle que se r&#233;clame de l'&#233;mancipation. &#199;a, on l'a vu depuis le putsch bolchevik de 1917 qui arrive apr&#232;s la r&#233;volution de f&#233;vrier, qui &#233;tait populaire, qui &#233;tait authentique, qui &#233;tait mod&#233;r&#233;e. Et on a eu, depuis durant 70 ans, un r&#233;gime qui se r&#233;clamait du communisme, du socialisme, de l'horizon d'&#233;galit&#233;, de justice sociale. On vit au fond, syst&#233;matiquement, la m&#234;me chose. C'est-&#224;-dire qu'il suffit de se r&#233;clamer d'un horizon d'&#233;mancipation pour faire le contraire. Donc &lt;i&gt;l'empowerment&lt;/i&gt;, ce qu'on entend l&#224;, &#231;a d&#233;pend &#224; quoi on l'applique, mais c'est en r&#233;alit&#233; tenter de prendre le pouvoir pour contraindre les autres. Que ce soit les gens de votre clan qu'il faut en enr&#233;gimenter, les idiots utiles qu'il faut endormir, ou les ennemis r&#233;solus qu'il faut asservir. Voil&#224;, c'est ce que l'on appelle &lt;i&gt;l'empowerment&lt;/i&gt;, effectivement. Le cas le plus pouss&#233;, le plus paradoxal, le plus quotidien, c'est celui de la femme voil&#233;e dans la rue. Le voile musulman, effectivement, ce sont des femmes qui s'affirment contre 80% de la population. C'est un &lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt;. Ce sont des femmes qui militent pour leur propre asservissement. L&#224;, on est dans le &lt;i&gt;double bind&lt;/i&gt;, c'est vraiment une attitude qui rend fou et qui rend les choses difficiles &#224; penser. Mais &#231;a, &#231;a a un si&#232;cle : c'est un h&#233;ritage de la gauche, de retourner les choses, d'inverser syst&#233;matiquement les concepts et les postures de mani&#232;re &#224; d&#233;sarmer l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, d'&#234;tre en contradiction aussi, parce que la convergence des luttes, l'intersectionnalit&#233; voudrait que la femme voil&#233;e soit alli&#233;e du trans, de l'&#233;cologiste, etc. De faire une esp&#232;ce de convergence des luttes plus-plus. Et &#231;a, dans un projet d'autonomie, c'est difficile.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est absurde. Et vous avez l&#226;ch&#233; le terme de convergence des luttes. &#199;a ne date pas d'hier, la convergence des luttes. &#199;a date du moment o&#249; les luttes ont &#233;clat&#233;, en gros, les ann&#233;es 60. Et l'id&#233;e, qui est tr&#232;s profonde, c'est d'essayer de les rassembler &#8211; il n'y a rien de tr&#232;s extraordinaire&#8230; Aujourd'hui, c'est &#233;videmment l'alliance de la carpe et du lapin, puisqu'on a des &lt;i&gt;queers&lt;/i&gt; qui militent avec des islamistes &#8211; des poulets qui militent pour KFC. On est l&#224;, dans la plus grande d&#233;bilit&#233;. Castoriadis en a parl&#233; &#233;galement de la convergence des luttes en disant &#171; mais qu'est-ce que c'est que ces assemblages h&#233;t&#233;roclites ? &#187; d&#232;s les ann&#233;es 80, des ann&#233;es 80 et 90. &#199;a ne veut rien dire. Il faut tenter de construire un horizon en commun, tenter de faire de la politique ensemble, tenter de faire de la politique tout simplement. L&#224;, on ne fait pas de la politique, on fait ce qu'il appelle du &#171; r&#233;voltisme &#187;, c'est-&#224;-dire qu'on se r&#233;volte en permanence contre le m&#233;chant, le m&#233;chant Occident, le m&#233;chant &#201;tat, le m&#233;chant racisme, etc., sans aucune volont&#233; r&#233;elle de transformation sociale concr&#232;te et tangible. Donc pour lui, on est dans n'importe quoi, et c'est difficile de lui donner tort.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Hypercontestation et d&#233;sertion de la vie publique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par contre, ce qui est int&#233;ressant dans la lecture qu'il fait de la subversion des ann&#233;es 50 &#8211; et je crois que c'est une chose que j'ai trouv&#233;e personnellement qui est originale. La seule chose originale que je pense avancer dans cette brochure, c'est le fait que tr&#232;s t&#244;t, d&#232;s les ann&#233;es 50, Castoriadis lie la contestation des gens &#224; leur retrait de la sph&#232;re publique. En r&#233;alit&#233;, il constate une bureaucratisation de la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral : il y a de plus en plus de postes de pouvoir qui sont occup&#233;s dans les associations, dans les syndicats ou les partis et il y a de moins en moins d'activit&#233;s des gens eux-m&#234;mes, et plus les gens sont ali&#233;n&#233;s par des dirigeants qui ne les &#233;coutent plus, plus ils se retirent de la vie politique et puis &#233;videmment les appareils de pouvoir se renforcent. Donc il y a une sorte de cercle vicieux qui fait que les gens d&#233;sertent de plus en plus la vie publique. Cette d&#233;sertion de la vie publique, elle ne se fait pas avec le sourire, elle s'accompagne d'un mouvement de contestation. &#171; On vote avec ses pieds &#187;, comme on dit, on se retire parce qu'on a marre, il y en a marre des manigances, il y en a marre du pouvoir, il y en a marre de ci, il y en a marre de &#231;a. Donc en fait, tr&#232;s rapidement dans ses analyses, Castoriadis lie la d&#233;politisation et l'hyperpolitisation. Et, en fait, le mouvement woke, c'est &#231;a, en grande partie : ce sont des gens qui sont d&#233;politis&#233;s tout en voulant &#234;tre hyperpolitis&#233;s, c'est-&#224;-dire qu'ils sont tr&#232;s critiques contre la soci&#233;t&#233;, mais ils refusent de participer &#224; la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, parce qu'en fait, on a &#233;t&#233; un peu rapide en comparant la convergence des luttes et l'intersectionnalit&#233;. La grande diff&#233;rence avec l'intersectionnalit&#233;, c'est que c'est quelque chose de personnel en fait, on accumule des esp&#232;ces de point, comme on est blanc, comme homme, h&#233;t&#233;ro, etc. on perd des points par rapport &#224; celui qui est handicap&#233;, noir, etc. Je r&#233;sume un peu de mani&#232;re caricaturale, mais c'est uniquement sur l'individu alors que la convergence des luttes, il y avait quand m&#234;me des mouvements, un mouvement d'ouvriers qui va converger avec un mouvement, par exemple, de comme victimes de l'homophobie et qui vont faire des manifestations en commun. Il y avait quand m&#234;me une volont&#233; collective. L&#224;, on est quand m&#234;me dans l'individualit&#233;, dans quelque chose d'assez n&#233;gatif, et sur l'identit&#233;, sur sa propre identit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors Castoriadis ne vous dirait pas qu'on est dans l'individualit&#233;, on est plut&#244;t dans l'atomisation, parce qu'on n'a pas des individus, les gens vont tous vous raconter &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me chose, ils vont s'auto-mystifier avec des &#171; tutos &#187; YouTube&#8230; Donc on est plut&#244;t dans un n'importe quoi, d'individus tr&#232;s peu socialis&#233;s, en m&#234;me temps hyper-socialis&#233;s, c'est une grande contradiction &#8211; et une insignifiance. C'est son terme, il parle de &#171; la mont&#233;e de l'insignifiance &#187; ; un langage qui perd de plus en plus de son pouvoir, de plus en plus de son impact, des gens qui se mobilisent en utilisant des slogans qui ne veulent &#224; peu pr&#232;s rien dire, sans horizon politique et des mobilisations qui se confondent avec l'opportunisme des gens &#8211; c'est vraiment dans leur petit int&#233;r&#234;t propre, donc on est vraiment au niveau z&#233;ro. Et tout &#231;a, pour Castoriadis, est entretenu par l'&lt;i&gt;intelligentsia&lt;/i&gt; pseudo-subversive, notamment ce qu'on appelle la &lt;i&gt;French Theory.&lt;/i&gt; Ce mouvement-l&#224;, qui reste minoritaire malgr&#233; tout au sein de la soci&#233;t&#233;, est apparu apr&#232;s l'&#233;chec de Mai 68. Castoriadis insiste sur l'&#233;chec de mai 68, &#233;chec rationalis&#233; par ces id&#233;ologues de l'&#233;poque expliquant que finalement, ce que les insurg&#233;s ont fait, c'est tr&#232;s bien, mais qu'il fallait qu'ils s'arr&#234;tent : Ils ont eu raison de ne pas prendre le pouvoir, ils ont eu raison de ne pas s'auto-organiser, ils ont eu raison de ne pas tenter de fonder des organisations, etc. C'est-&#224;-dire que la r&#233;volte vaut pour elle-m&#234;me, en quelque sorte, il n'y a plus d'horizon politique : &#171; Tout pouvoir est mauvais &#187; comme dit Foucault : &#231;a ne sert &#224; rien de se constituer en contre-pouvoir, &#231;a ne sert &#224; rien de tenter de fonder une autre soci&#233;t&#233;&#8230; Et &#231;a, c'est le r&#244;le des intellectuels : maintenir les gens dans l'illusion &#8211; le r&#244;le &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt;, ce ne sont pas des d&#233;mons, mais &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt;, ce sont des gens dont la fonction est de maintenir les gens dans l'illusion, dans cette illusion-l&#224;. Et on en a &#233;videmment pl&#233;thore aujourd'hui, ils se multiplient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'elle implique en r&#233;alit&#233;, cette analyse de Castoriadis, c'est qu'on ne va pas se d&#233;barrasser du wokisme avec des beaux discours. Et &#231;a je pense que c'est tr&#232;s important, parce que la critique du wokisme et de l'obscurantisme &#8211; de l'islamisme, du racialisme, du communautarisme &#8211; vient &#171; de droite &#187;, de la droite conservatrice qui aimerait bien que tout &#231;a n'existe pas et que la soci&#233;t&#233; continue &#224; tourner comme elle fonctionne. Par exemple, on a des amis universitaires, c'est leur position en fait, ils sont tr&#232;s contents de l'universit&#233;, ils voudraient juste enlever les wokes, qui sont tr&#232;s p&#233;nibles. L'analyse de Castoriadis est fondamentalement importante parce qu'elle montre que le wokisme est li&#233; intrins&#232;quement, &#233;merge, du fonctionnement de notre soci&#233;t&#233;. Et qu'en &#233;tant d&#233;poss&#233;d&#233;s du pouvoir, en &#233;tant d&#233;poss&#233;d&#233;s des significations importantes de nos vies, on a l'&#233;mergence de ce n'importe quoi. Et que si on veut contrer le wokisme, il faut imp&#233;rativement r&#233;instituer cette soci&#233;t&#233;. Ce qui n'a pas &#233;t&#233; fait, notamment, &#224; l'occasion des Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc pour vous, les wokes seraient juste un sympt&#244;me, pour reprendre le terme de Castoriadis, du d&#233;labrement de la soci&#233;t&#233; occidentale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument. C'est non seulement un sympt&#244;me, mais c'est m&#234;me un &#233;l&#233;ment essentiel, catalytique en quelque sorte. Le d&#233;labrement de la soci&#233;t&#233; cr&#233;e les wokes, et les wokes rationalisent le d&#233;labrement. Castoriadis prend l'exemple &#8211; alors l&#224;, on est dans les ann&#233;es 70 &#8211; du rapport entre hommes et femmes, et il parle d'une confusion impressionnante et sans pr&#233;c&#233;dent, le r&#244;le des hommes et des femmes est devenu incernable. Alors, dit-il, on ne va pas regretter ce qui s'est pass&#233; avant, on ne veut pas revenir au r&#244;le fig&#233; des hommes, des femmes &#224; la maison, etc. Mais il se trouve l&#224; que les mouvements f&#233;ministes, qui impliquent les hommes aussi, ont abouti &#224; une confusion. Et cette confusion, aujourd'hui, 50 ans apr&#232;s, on la voit rationalis&#233;e : les wokes nous expliquent que c'est tr&#232;s bien, cette confusion-l&#224;. Et en r&#233;alit&#233;, le r&#244;le des wokes, c'est d'expliquer que ce qui se passe est tr&#232;s bien. Il y a une islamisation de la France : c'est tr&#232;s bien, au fond, c'est un progr&#232;s. Il y a un d&#233;labrement des savoirs &#224; l'universit&#233;, il n'y a plus aucune rigueur intellectuelle, etc. : eh bien, c'est tr&#232;s bien.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La rationalisation du d&#233;labrement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est vrai qu'on peut le d&#233;cliner sur &#224; peu pr&#232;s tout : On est gros, c'est tr&#232;s bien ; On est fou, c'est bien &#8211; il y a m&#234;me la psychophobie&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait. Donc, au fond, c'est tr&#232;s op&#233;ratoire, parce que &#231;a permet de comprendre ce qui se passe. C'est une id&#233;e fondamentale de Castoriadis : notre soci&#233;t&#233; est en train de se d&#233;labrer tr&#232;s profond&#233;ment &#8211; et je pense que plus personne ne le nie aujourd'hui, c'&#233;tait une h&#233;r&#233;sie il y a 30 ans, l&#224; aujourd'hui c'est assez &#233;vident &#8211;, c'est tr&#232;s dur &#224; vivre, et pour le vivre, on se raconte des histoires, on se raconte que c'est tr&#232;s bien. D'o&#249; le succ&#232;s des wokes aussi, il y a quelque chose de rassurant quand on se dit que, finalement, c'est d&#233;sirable ce que l'on vit, on s'en plaint, mais c'est d&#233;sirable, c'est juste une mutation, il suffit de muter&#8230; &#201;videmment, la surprise est que &#231;a va &#234;tre une catastrophe absolue et particuli&#232;rement douloureuse. Donc, &#224; partir de l&#224;, &#233;videmment, si on veut contrer les wokes, il ne suffit pas d'avoir un contre-discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est pareil si on peut revenir entre la collectivit&#233; o&#249; il fallait ing&#233;rer un mensonge commun. L&#224;, chacun ins&#232;re son propre mensonge.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, en quelque sorte. Son &lt;i&gt;soma&lt;/i&gt; pour reprendre &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e meilleur des mondes&lt;/i&gt; [de Aldous Huxley], qui permet d'aller mieux et de se raconter que finalement, ce n'est pas plus mal. Donc en fait, c'est un m&#233;canisme social. Si on veut se d&#233;barrasser du wokisme, ce n'est pas un contre-discours qu'il faut reposer, c'est un changement de soci&#233;t&#233;. Parce que qu'est-ce que c'est que le wokisme ? C'est au fond la haine de la soci&#233;t&#233;. Derri&#232;re la haine de l'Occident, il y a la haine de la soci&#233;t&#233;, la haine de la vie en soci&#233;t&#233;. Castoridais en parle tr&#232;s bien, il se demande si que l'homme actuel veut vraiment vivre en soci&#233;t&#233; ? Ou est-ce qu'il vit la soci&#233;t&#233; comme une contrainte n&#233;cessaire pour manger ? Et c'est &#233;vident : c'est la derni&#232;re occurrence. On vit de plus en plus la soci&#233;t&#233; comme une contrainte. Et le wokisme &#233;mane de &#231;a, rationalise cette posture. Si on veut balayer le wokisme, il faut r&#233;instituer la soci&#233;t&#233; et recr&#233;er une envie d'y vivre en commun, des valeurs en commun, redonner un sens au travail, c'est une chose dont personne ne parle. Il faut absolument redonner un sens au savoir, &#224; l'&#233;ducation, &#224; l'existence d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale. Alors, &#231;a ne va pas se faire du jour au lendemain, &#231;a ne va pas se faire en claquant des doigts, mais encore une fois, les Gilets jaunes auraient pu &#234;tre l'occasion, auraient pu &#234;tre un levier d'une r&#233;institution ou en tout cas d'un mouvement qui aurait pu permettre &#224; la soci&#233;t&#233; Fran&#231;aise de bouger un petit peu et de changer de l'int&#233;rieur &#8211; sans parler de r&#233;volution, de grand soir, etc. &#199;a aurait pu &#234;tre l'occasion, malheureusement, les tactiques gauchistes et puis la haine de classe aussi &#8211; parce qu'on a eu un d&#233;ferlement de haine de classe &#8211; a emp&#234;ch&#233; toute possibilit&#233; d'&#233;voluer. Donc on est en fait aujourd'hui en train de vivre un d&#233;labrement &#224; la soci&#233;t&#233;. Et Castoriadis disait qu'il &#233;tait sans horizon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je propose justement, comme on parle d'horizon de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;soci&#233;t&#233;, de passer &#224; la derni&#232;re partie de la brochure qui parle d'un autre penseur qui s'appelle &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Ibn&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; Kald&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;o&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;un, un penseur d'une autre &#233;poque, assez diff&#233;rent&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, puisque c'est&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Q&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;uel&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;le&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; p&#233;riode d'ailleurs ? &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Le&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; Moyen &#194;ge ?&#8230; Le XIVe si&#232;cle. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;C'est u&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n penseur tunisien qui est tr&#232;s connu en Tunisie, qui est l'inventeur de la sociologie, et qui a pens&#233;, &#231;a fait l'objet d'une autre brochure, qui a pens&#233; le concept de l'Empire, avec une d&#233;finition bien pr&#233;cise aussi, et la fin des Empires, puisque c'est un penseur qui a connu plus ou moins la fin de l'Empire arabe, qui &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;est all&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; jusqu'en &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Andalousie, en &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Espagne et qui est revenu en Tunisie un peu &#224; la fin de cet empire-l&#224;, et de la cr&#233;ation d'un nouvel empire, l'Empire Ottoman.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, absolument. C'est &#224; la fin, le dernier article &#171; De Castoriadis &#224; Ibn Kahldoun et retour &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; De Castoriadis &#224; Ibn Khaldoun (et retour) &#187;, f&#233;vrier 2025 : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Donc je tente, apr&#232;s avoir montr&#233; que Castoriadis n'&#233;tait pas politiquement correct, et apr&#232;s avoir montr&#233; qu'il &#233;tait un penseur de notre &#233;poque, un penseur du wokisme notamment et du d&#233;labrement de la soci&#233;t&#233;, je le confronte ou, plut&#244;t, je le frotte &#224; Ibn Khaldoun &#8211; que j'ai connu, par ailleurs, par l'interm&#233;diaire de Guy Fargette&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance &#187;, 2006 : https://collectiflieuxcomm&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que je dois citer ici, un des penseurs contemporains et vivants importants et que l'on a invit&#233; ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a deux &#233;missions qui sont en lien avec Ibn Khaldun sur &lt;i&gt;H&#233;r&#233;tique&lt;/i&gt;&#8230; Et il y a effectivement Guy Fargette sur &#171; Les stalino-gauchistes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Origines et m&#233;tamorphoses du stalino-gauchisme (avec Guy Fargette) &#187; &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais qui parle aussi de &#231;a.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord Gabriel Martinez-Gros, &#171; La marche &#224; l'Empire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La marche &#224; l'empire (avec Gabriel Martinez-Gros) &#187; &#8211; Podcast H&#233;r&#233;tiques, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, historien m&#233;di&#233;viste islamologue qui est un sp&#233;cialiste d'Ibn Khaldun que j'ai d&#233;couvert &#224; travers lui &#8211; je connaissais Ibn Khaldun j'avais lu, mais je n'avais pas retenu particuli&#232;rement &#8211; et Martinez-Gros montre que c'est un penseur tr&#232;s important qui nous permet de penser la situation contemporaine. Dans cet article, moi, je tente de montrer en quoi Castoriadis pr&#233;pare aux id&#233;es d'Ibn Khaldun &#8211; en gros, mon parcours personnel, et je m'&#233;mancipe aussi, puisque je vais montrer l'exemple, de la pens&#233;e de Castoriadis ; je n'en suis pas prisonnier non plus, m&#234;me si je n'ai pas besoin d'en faire la preuve. L&#224;, je montre que Castoriadis m'a donn&#233; le go&#251;t de penser, et que j'essaie maintenant de penser avec et sans lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, en quoi Castoriadis et Ibn khaldoun ont des choses &#224; se dire ? Parce que Castoriadis nous d&#233;crit la fin d'un monde, en r&#233;alit&#233;, il nous d&#233;crit la fin du projet d'autonomie dont je parlais au d&#233;but, qui a travers&#233;, qui a fond&#233; l'Occident. Et il dit, voil&#224;, ce projet d'autonomie-l&#224;, qui fonde la vis&#233;e de d&#233;mocratie directe, la vis&#233;e d'&#233;mancipation, la vis&#233;e de justice sociale, est en train de dispara&#238;tre, en tout cas, c'est une &#233;clipse. On ne sait pas si c'est d&#233;finitif ou pas &#8211; il a une philosophie anti-d&#233;terministe &#8211; mais en tout cas, ce que l'on voit, c'est que l'&#233;mancipation parle de moins en moins aux gens. Les gens sont en train de tendre &#224; autre chose, ils tendent au bonheur. Et le bonheur, ce n'est pas du tout la libert&#233; ; il y a des esclaves heureux, il y en a de plus en plus, d'ailleurs. Il nous d&#233;crit la fin de la modernit&#233;, en r&#233;alit&#233;. Et Ibn Khaldoun ? Lui &#233;tait un penseur du Moyen &#194;ge, du XIVe si&#232;cle, du Maghreb, effectivement. C'est tr&#232;s d&#233;paysant, il vit dans un monde qui est tr&#232;s diff&#233;rent du n&#244;tre d'aujourd'hui. Et pourtant, lui nous d&#233;crit un monde d'empire, il d&#233;crit une dynamique imp&#233;riale qui est tr&#232;s parlante aujourd'hui et qui rentre, en quelque sorte, qui s'imbrique avec le monde que d&#233;crit Castoriadis, ce monde finissant, cr&#233;pusculaire, qui est le n&#244;tre aujourd'hui. Alors en quoi ? Parce que Castoradis nous d&#233;crit un monde, une soci&#233;t&#233; o&#249; il y a de moins en moins de luttes sociales. Les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes, occidentales, voient un d&#233;clin des luttes sociales depuis des d&#233;cennies, depuis l'apr&#232;s-guerre en gros : d&#233;clin de la contestation, de la subversion r&#233;elle, puisque ce dont on vient de parler, le wokisme, l'obscurantisme, c'est un simulacre de subversion. Il y a de moins en moins, en r&#233;alit&#233;, de conflits [sociaux] dans la soci&#233;t&#233;, c'est une soci&#233;t&#233; qui est en train de s'apaiser, en apparence, qui est en train, en r&#233;alit&#233;, de se r&#233;signer &#224; vivre dans le monde dans lequel on vit. Cette soci&#233;t&#233; qui se r&#233;signe, c'est pour Ibn Khaldun la soci&#233;t&#233; des s&#233;dentaires, c'est-&#224;-dire les populations productives du centre de l'Empire, qui vivent sans aucun horizon de transformation sociale, qui sont tax&#233;s par un imp&#244;t de l'&#201;tat imp&#233;rial surplombant. Cet &#201;tat, au fil du temps, il s'affaiblit, il devient vuln&#233;rable aux attaques des marges qui entourent l'Empire. Ces marges-l&#224; vont p&#233;n&#233;trer l'Empire, le refonder, et ces tribus b&#233;douines vont devenir un &#201;tat qui, &#224; son tour, va traire les s&#233;dentaires &#224; travers l'imp&#244;t, se s&#233;dentariser et s'affaiblir, et le cycle va continuer. Alors c'est tr&#232;s d&#233;paysant, &#231;a ne nous parle pas du tout. Nous on vit dans un monde o&#249;, on a v&#233;cu, dans un monde de nations, un polycentrisme europ&#233;en, et pas du tout un monde unifi&#233; de l'Empire. On a v&#233;cu dans un monde o&#249; les populations &#233;taient en armes, elles se d&#233;fendaient elles-m&#234;mes, alors que les s&#233;dentaires sont d&#233;sarm&#233;s absolument, ils sont incapables de se battre. Et on habite, encore plus ou moins, dans un monde relativement d&#233;mocratique, avec une souverainet&#233; populaire, avec une population qui a des choses &#224; dire, qui est acteur de l'histoire &#8211; durant un mill&#233;naire en Occident, les populations &#233;taient actrices de leur histoire &#8211; et le peuple est en train de se retirer de la sc&#232;ne. Et Ibn Khaldun nous donne la cl&#233; de ce qui est en train de se passer : il n'est pas difficile de voir [s'installer] le bassin des s&#233;dentaires, nous sommes en train de devenir des s&#233;dentaires. Et de plus en plus, nous voyons des marches barbares, des marges b&#233;douines, dont parle Ibn Khaldoun, qui sont en train de p&#233;n&#233;trer l'Empire &#8211; un peu comme &#224; la fin de l'Empire romain &#8211; et on peut les lister : nous avons des islamistes, des gangs, on a des narcos maintenant, qui sont en train de prendre possession de territoires, de prendre leur souverainet&#233; sur des portions du territoire europ&#233;en, et auxquels l'&#201;tat est incapable de r&#233;pondre r&#233;ellement. Donc une des solutions, ce sera notamment de les embaucher, de les recruter dans les forces de police, dans les forces de perception de l'imp&#244;t, dans les forces de coercition, pour contr&#244;ler ces s&#233;dentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s globalement, je r&#233;sume assez rapidement le tableau, mais je tente de montrer dans cet article que Castoriadis ne nous montre pas ce que le monde est en train de devenir : il nous dit juste que la modernit&#233; est en train de s'affaisser. Et Ibn Khaldun nous dit, &#224; plusieurs si&#232;cles de distance, que nous sommes en train de vivre un retour &#224; la normalit&#233;, parce que l'humanit&#233; a fonctionn&#233; depuis 3 000 ans sous un r&#233;gime d'empire et qu'en r&#233;alit&#233;, l'Occident, cet Occident si cher &#224; Castoriadis, c'&#233;tait en r&#233;alit&#233; une exception dans l'histoire de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, on pourrait me demander : mais est-ce que Castoridis est encore pertinent ? Est-ce qu'il faut lire Castoriadis ? La r&#233;ponse est oui, absolument, parce que l'histoire n'est pas jou&#233;e, et que si on veut arriver &#224; sauver quelque chose, c'est Castoriadis qu'il faut lire. Parce qu'il nous parle de l'Occident, mais dans cet Occident-l&#224;, il y a des choses &#224; garder et des choses &#224; jeter. C'est &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; penseur de l'Occident. Il nous d&#233;crit un horizon possible, un horizon d'autonomie, individuel et collectif, et qui est le propre de l'Occident et cet h&#233;ritage-l&#224;, on peut le communiquer &#224; d'autres cultures. Les autres cultures sont capables de s'y approprier, &#231;a a &#233;t&#233; vu, &#231;a se verra encore. C'est un horizon d'universalit&#233;, et c'est &#231;a qu'il y a &#224; sauver dans l'Occident. C'est certainement pas ce que la droite essaie d'en sauver, c'est-&#224;-dire la recherche de puissance, l'emballement technique et au fond la d&#233;r&#233;liction que nous sommes en train de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En m&#234;me temps, c'est un peu en contradiction avec ce qu'on avait dit avant, c'est-&#224;-dire que si on se base que sur Castoriadis, on est un peu dans le culte de l'auteur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, oui, vous avez raison, je me suis un peu emport&#233;&#8230; Par l&#224;, je voulais dire que c'&#233;tait un penseur vraiment capital, et que &#8211; c'est difficile, je n'ai pas la culture pour &#233;valuer son importance &#8211; mais je pense que dans le XXe si&#232;cle, il fait partie des principaux penseurs. Et je pense qu'il n'y en a pas &#233;norm&#233;ment, deux, trois peut-&#234;tre, mais il a comme une amplitude et une profondeur que je n'ai retrouv&#233;es chez aucun auteur. Alors, ceci &#233;tant dit, &#233;videmment, si on veut faire vivre une vie intellectuelle et d&#233;mocratique, &#231;a ne peut pas d&#233;pendre d'une seule personne, f&#251;t-il g&#233;nial, et c'est pour &#231;a que je participe notamment &#224; &lt;i&gt;H&#233;r&#233;tique&lt;/i&gt;, et que nous invitons une multitude de personnes qui nous semblent avoir des choses &#224; dire, avec lesquelles on n'est pas d'accord. C'est peut-&#234;tre la premi&#232;re &#233;mission o&#249; je suis d'accord avec l'invit&#233;&#8230; Le reste du temps, c'est quand m&#234;me assez difficile, mais l'id&#233;e est de faire vivre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; la deuxi&#232;me &#233;mission&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; oui, la deuxi&#232;me &#233;mission &#8211; la premi&#232;re je pense que c'&#233;tait en janvier 2023&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Impasse de l'&#233;cologie politique (avec Quentin B&#233;rard) &#187; &#8211; podcast (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; Bref nous tentons de rassembler les gens qui sont des h&#233;r&#233;tiques, c'est-&#224;-dire qui tentent de penser contre les dogmes, non pas comme principe, mais parce qu'aujourd'hui nous &#233;touffons dans un certain nombre d'id&#233;ologies qui sont tr&#232;s p&#233;nibles, et que, peut &#234;tre, une r&#233;surrection de la d&#233;mocratie et de la vie intellectuelle, qui sont indissociables, ne pourra avoir lieu qu'&#224; partir d'une confrontation d'id&#233;es et d'une vie intellectuelle vivante. &#199;a, c'est &#233;vident. Donc il y a de multitude d'auteurs qui vont aider. J'ai parl&#233; de Guy Fargette, de Claude Lefort, qui a &#233;t&#233; un compagnon de Castoriadis durant longtemps, m&#234;me s'ils ne sont pas d'accord, m&#234;me si je trouve que sa pens&#233;e, qui est tr&#232;s forte, est beaucoup plus limit&#233;e que celle de Castoriadis &#8211; notamment parce que, entre parenth&#232;ses, Castoriadis a une exp&#233;rience de la psychanalyse qui donne aussi une profondeur que d'autres n'ont pas. Mais on peut parler d'Edgar Morin aussi, je sais qu'il est d&#233;cri&#233;. Moi je suis venu &#224; Castoriadis &#224; travers Edgar Morin, et je pense que ses cinq tomes de &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a &lt;/i&gt;&lt;i&gt;M&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;thode&lt;/i&gt;, c'est un chef-d'&#339;uvre, c'est une chose vraiment &#224; lire absolument, &#231;a concerne la science &#8211; l&#224; on est dans un autre domaine, mais la science aussi est en train de se scl&#233;roser, et il y aurait n&#233;cessit&#233; de la faire revivre. On parle d'Hannah Arendt, on peut parler d'Orwell. Il y a beaucoup d'autres penseurs qui sont contemporains ou qui ne sont plus l&#224;, qui aideraient &#224; &#231;a. &#201;videmment, ce n'est pas une entreprise solitaire. Et tout &#231;a devrait &#234;tre connect&#233;, si possible, avec une vie populaire : on revit des insurrections des peuples sous le signe du populisme, mouvement tr&#232;s ambigu, j'ai parl&#233; un petit peu des Gilets jaunes, il y a le trumpisme aujourd'hui, &#233;videmment, c'est tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;ne, c'est tr&#232;s ambivalent, il y a un c&#244;t&#233; d&#233;sesp&#233;rant, et en m&#234;me temps, il y a quelque chose, la soci&#233;t&#233; n'est pas morte, ce que disait Castoriadis &#233;galement, l'Occident n'est pas mort, la modernit&#233; n'a pas encore disparue, il est encore possible de faire quelque chose.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir la page &#171; Brochures &#187; : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#171; Points de diffusion et de vente &#187; : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?531-Points-de-diffusion-et-de-vente-de&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?531-Points-de-diffusion-et-de-vente-de&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Parution de la brochure n&#176;29 : &lt;i&gt;Lire (et comprendre) &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Cornelius Castoriadis. De quelques tentatives de penser notre &#233;poque&lt;/i&gt; , f&#233;vrier 2025 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1200-Parution-de-la-brochure-Lire-et-comprendre-Castoriadis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1200-Parution-de-la-brochure-Lire-et-comprendre-Castoriadis&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour un retour autobiographique : &#171; De la dissidence marxiste au projet d'autonomie &#187;, 1973 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?108-de-la-dissidence-marxiste-au&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir le texte de B. Quiriny : &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?120-socialisme-ou-barbarie-et-l' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Socialisme ou Barbarie &#187; et &#171; L'internationale situationniste &#187; : Note sur une &#171; m&#233;prise &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Guy Fargette, 2008 : &#171; Socialisme ou Barbarie &#187;, ou la r&#233;sistance &#224; la tenaille historique &#187; : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?140-socialisme-ou-barbarie-ou-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Consid&#233;rations sur la Gr&#232;ce moderne &#187; (1975-1984-1994) (&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?536-considerations-sur-la-grece&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?536-considerations-sur-la-grece&lt;/a&gt;), publi&#233; dans la brochure n&#176;18 &lt;i&gt;Le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe - &#171; Le mouvement des places &#187; du printemps 2011 dans la crise mondiale&lt;/i&gt;, premi&#232;re partie (2011) et repris dans &lt;i&gt;Ecrits politiques 1945-1997&lt;/i&gt;, Tome III &amp; IV, &lt;i&gt;Quelle d&#233;mocratie ?&lt;/i&gt;, 2013, Sandre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?Le-bon-plaisir-de-C-Castoriadis' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Entretien (&lt;i&gt;Le Bon Plaisir&lt;/i&gt;) avec Katharina von Bulow sur France culture (1996)&lt;/a&gt; - &#224; partir de 2h 6' 35''.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Son dernier texte : &#171; La &#171; rationalit&#233; &#187; du capitalisme &#187;, 1996 (&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?790-la-rationalite-du-capitalisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?790-la-rationalite-du-capitalisme&lt;/a&gt;) ; cf. note suivante sa derni&#232;re interview et ici sa derni&#232;re intervention publique : &#171; La capacit&#233; de reconna&#238;tre les soci&#233;t&#233;s autres va de pair avec la mise en question de ses propres institutions &#187; (1997) (&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1115-La-capacite-de-reconnaitre-les-societes-autres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1115-La-capacite-de-reconnaitre-les-societes-autres&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Nous sommes dans l'&#232;re de l'imitation, du rafistolage, du syncr&#233;tisme, du contre-plaqu&#233; &#187; (1997) : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?50-nous-sommes-dans-l-ere-de-l&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?5...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; L'autogestion de la mystification &#187; (1978-1979) : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?741-L-autogestion-de-la-mystification&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?7...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir particuli&#232;rement la brochure n&#176;24bis ; juin 2019 : &lt;i&gt;&#171; Le mouvement des gilets jaunes &#187;, seconde partie Chantiers de l'auto-organisation et cl&#244;tures id&#233;ologiques : &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?976-quatrieme-de-couverture-no24bis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?9...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Castoriadis et les bien-pensants &#187; : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1154-Castoriadis-et-les-bien-pensants&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. par exemple les travaux de David Cosandey, repris dans &#171; L'horizon imp&#233;rial &#187;, mars 2018 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?965-L-horizon-imperial-1-4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?9...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Le wokisme &#224; la lecture de C. Castoriadis &#187;, novembre 2024 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1190-Le-wokisme-a-la-lecture-de-C-Castoriadis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Les divertisseurs &#187;, 1977 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?684-Les-divertisseurs-1-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?6...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; De Castoriadis &#224; Ibn Khaldoun (et retour) &#187;, f&#233;vrier 2025 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1199-De-Castoriadis-a-Ibn-Khaldoun-et-retour&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1199-De-Castoriadis-a-Ibn-Khaldoun-et-retour&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance &#187;, 2006 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?181-La-quatrieme-guerre-mondiale-s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?181-La-quatrieme-guerre-mondiale-s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Origines et m&#233;tamorphoses du stalino-gauchisme (avec Guy Fargette) &#187; &#8211; Podcast H&#233;r&#233;tiques, mars 2024 : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2024/03/01/origines-et-metamorphoses-du-stalino-gauchisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2024/03/01/origines-et-metamorphoses-du-stalino-gauchisme/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; La marche &#224; l'empire (avec Gabriel Martinez-Gros) &#187; &#8211; Podcast H&#233;r&#233;tiques, janvier 2024 : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2024/01/01/la-marche-a-lempire-avec-gabriel-martinez-gros/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2024/01/01/la-marche-a-lempire-avec-gabriel-martinez-gros/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Impasse de l'&#233;cologie politique (avec Quentin B&#233;rard) &#187; &#8211; podcast H&#233;r&#233;tiques, janvier 2023 : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2023/01/01/impasse-de-lecologie-politique-1-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2023/01/01/im...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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		<title>De Castoriadis &#224; Ibn Khaldoun (et retour)</title>
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		<dc:subject>Immigration</dc:subject>
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		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;29 : Lire (et comprendre) Castoriadis De quelques tentatives de penser notre &#233;poque (f&#233;vrier 2025) Cette brochure est disponible &#224; la vente pour 3 &#8364; dans nos librairies ainsi que par correspondance et est int&#233;gralement t&#233;l&#233;chargeable dans la rubrique brochures. Les achats permettent notre auto-financement et constitue un soutien aux rares librairies encore ind&#233;pendantes. Sommaire : Introduction Un parcours politique &#224; partir de C. Castoriadis (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/couv29bis-5.png?1743750029' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='135' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;29 :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lire (et comprendre) Castoriadis&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quelques tentatives de penser notre &#233;poque&lt;/strong&gt; (f&#233;vrier 2025)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cette brochure est disponible &#224; la vente pour 3 &#8364; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?531-Points-de-diffusion-et-de-vente-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans nos librairies ainsi que par correspondance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et est int&#233;gralement t&#233;l&#233;chargeable &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans la rubrique brochures&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les achats permettent notre auto-financement et constitue un soutien aux rares librairies encore ind&#233;pendantes.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_gris2&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1850 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;Brochure n&#176;29 Lire (et comprendre) Castoriadis&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:138.88888888889%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/couv29-fb9dc_1_.png&amp;taille=144&amp;1771799846' alt='Brochure n&#176;29 Lire (et comprendre) Castoriadis' data-src='IMG/png/couv29-fb9dc_1_.png' data-l='144' data-h='200' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couv29-fb9dc_1_.png&amp;#38;taille=144&amp;#38;1771799846 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couv29-fb9dc_1_.png&amp;#38;taille=144&amp;#38;1771799846 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-1850 '&gt;&lt;strong&gt;Brochure n&#176;29 Lire (et comprendre) Castoriadis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire :&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1200-Parution-de-la-brochure-Lire-et-comprendre-Castoriadis' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?346-Un-parcours-politique-a-partir-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un parcours politique &#224; partir de C. Castoriadis&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1154-Castoriadis-et-les-bien-pensants' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis et les bien-pensants&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1190-Le-wokisme-a-la-lecture-de-C-Castoriadis' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le wokisme &#224; la lecture de C. Castoriadis&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;De Castoriadis &#224; Ibn Khaldoun (et retour)&lt;/strong&gt; &#8212; ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1200-Parution-de-la-brochure-Lire-et-comprendre-Castoriadis' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Id&#233;es, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ici &lt;/i&gt;&lt;i&gt;actualis&#233;es et &#233;toff&#233;es, pr&#233;sent&#233;es une premi&#232;re fois &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#224; la librairie &lt;/i&gt;&lt;i&gt;parisienne&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; La lucarne des &#233;crivains &#187;, le 23 mai 2018 &lt;/i&gt;&lt;i&gt;lors d'une soir&#233;e-d&#233;bat intitul&#233;e&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://lalucarnedesecrivains.wordpress.com/2018/05/23/mercredi-23-mai-2018-a-19-h-30-soiree-politique/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Vivons-nous dans l'empire ?&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt; &#187; consacr&#233;e &#224;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;pr&#233;sentation&lt;/i&gt;&lt;i&gt; de la brochure&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?L-horizon-imperial-1-4,965&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Horizon imp&#233;rial &#8211; Soci&#233;t&#233;s chaotiques et logique d'empire&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;n&#176;23, mars 2018&lt;/i&gt;&lt;i&gt;)&lt;/i&gt;. Texte publi&#233; &lt;a href=&#034;https://www.mezetulle.fr/de-castoriadis-a-ibn-khaldoun-et-retour/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le 22 f&#233;vrier 2025 sur le site de Mezetulle.fr&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Cr&#233;ation &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt;, cr&#233;ation de la forme, ne veut pas dire cr&#233;ation &lt;i&gt;cum nihilo&lt;/i&gt;,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;sans 'moyens' et sans conditions, sur une table rase. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cornelius Castoriadis, &#171; Individu, soci&#233;t&#233;, rationalit&#233;, histoire &#187;, 1998, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons d'embl&#233;e le propos du pr&#233;sent texte : Castoriadis diagnostique la fin de la sp&#233;cificit&#233; de l'Occident, le &#171; &lt;i&gt; tarissement &lt;/i&gt; &#187; de cette cr&#233;ativit&#233; sociale-historique qui explosa dans tous les domaines de l'activit&#233; humaine europ&#233;enne &#224; partir des XIe-XIIIe si&#232;cles. Bien plus que la fin d'une p&#233;riode appel&#233;e &#171; modernit&#233; &#187;, sur laquelle on glose depuis longtemps, il s'agit pour lui d'un v&#233;ritable basculement civilisationnel, qu'il ne nomme pas &#224; proprement parler sinon par d&#233;faut, et dont il n'entrevoit pas la direction. La th&#232;se ici d&#233;fendue est que son approche, fonci&#232;rement ouverte, interrogative et naturellement inachev&#233;e, pousse &#224; prendre au s&#233;rieux l'univers d&#233;crit par Ibn Khaldoun, penseur arabo-musulman du XIIIe si&#232;cle qui a d&#233;crit avec force un monde imp&#233;rial qui poss&#233;derait sa logique propre, &#224; laquelle nos soci&#233;t&#233;s occidentales semblent r&#233;pondre de plus en plus. Il est donc question ici de la transition entre l'&#233;puisement de notre modernit&#233; et l'aube d'une pr&#233;-modernit&#233;, soit du passage logique du monde de Cornelius Castoriadis &#224; l'univers Ibn Khaldoun &#8211; c'est-&#224;-dire, dans les termes castoriadiens, la m&#233;tamorphose de soci&#233;t&#233;s travers&#233;es par l'&lt;i&gt;autonomie&lt;/i&gt;, versant dans une &lt;i&gt;anomie&lt;/i&gt; conduisant progressivement &#224; l'&lt;i&gt;h&#233;t&#233;ronomie&lt;/i&gt; et, dans la langue khaldounienne, le retour &#224; un monde articulant &lt;i&gt;b&#233;douins&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;s&#233;dentaire&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt; apr&#232;s cette parenth&#232;se anthropologique qu'aura &#233;t&#233; l'histoire europ&#233;enne durant mille ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;fin&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; de la modernit&#233; chez Castoriadis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; &#224; Ath&#232;nes en 1922, Castoriadis entre en politique comme dissident trotskiste pendant la guerre et fondera en 1946 avec Claude Lefort le mythique groupe-revue &lt;i&gt;Socialisme ou barbarie,&lt;/i&gt; notamment &#224; partir de la question de la bureaucratisation des organisations ouvri&#232;res, r&#233;sonnant avec la nouvelle forme sociale-historique qui avait &#233;merg&#233; en URSS autour d'un pouvoir &lt;i&gt;total&lt;/i&gt; &#8211; totalitaire, dira-t-on, ou encore, en anticipant sur ce qui suit, proto-imp&#233;rial. D&#232;s le d&#233;but son interrogation porte, en termes contemporains, sur la fin des mouvements ouvriers visant l'auto-organisation populaire, au profit d'organes de direction s'affranchissant de la volont&#233; populaire &#8211; partis, syndicats, associations, etc. &#8211;, soit une verticalisation hi&#233;rarchique progressivement &#233;tendue &#224; tous les domaines de la vie sociale, ce qu'on pourrait appeler une &lt;i&gt;oligarchisation &lt;/i&gt;&lt;i&gt;g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;/i&gt; des soci&#233;t&#233;s occidentales. C'est, plus concr&#232;tement, une baisse globale de la conflictualit&#233; organis&#233;e autour du monde du travail (gr&#232;ves, manifestations, syndicalisation, etc.), au profit de jeux d'appareils mettant en place d'abord un corporatisme, puis un client&#233;lisme, avec, en toile de fond, la disparition de tout projet de soci&#233;t&#233; coh&#233;rent, de toute alternative radicale ou r&#233;volutionnaire, de toute utopie, qui avaient jusqu'ici irrigu&#233; les cultures occidentales depuis la Renaissance. Ce processus fondamental est, au fond et selon sa philosophie de la cr&#233;ation, sans cause derni&#232;re, l'institution humaine comme cr&#233;ation &#233;chappant &#224; tout d&#233;terminisme strict. Il pointe par contre des &#171; causes &#187; interm&#233;diaires, telle la soci&#233;t&#233; de consommation comme &#233;tablissement d'une certaine opulence qui fait taire, sans y r&#233;pondre, les revendications d'&#233;galit&#233; politique et de justice sociale ou, de l'autre c&#244;t&#233;, l'enfer terrestre qu'aura &#233;t&#233; le totalitarisme communiste, comme si la seule alternative politique ne pouvait &#234;tre qu'une instauration, ou une restauration, imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution, que Cornelius Castoriadis d&#233;crit inlassablement jusqu'&#224; sa mort en 1997, se r&#233;v&#232;le un v&#233;ritable basculement civilisationnel dont on peut d&#233;cliner les principaux aspects : les peuples europ&#233;ens, qui s'&#233;taient &#233;rig&#233;s en acteurs principaux de leur histoire sociale et politique depuis au moins le XVIIe si&#232;cle, subissent un d&#233;sarmement id&#233;ologique, organisationnel (la solidarit&#233; et la combativit&#233; populaires disparaissent) et r&#233;el ; l'auto-organisation populaire villageoise ou bourgeoise, paysanne et ouvri&#232;re se fond dans une d&#233;l&#233;gation g&#233;n&#233;ralis&#233;e de pouvoir au profit d'organes de commandement oligarchiques ; la notion d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral incarn&#233;e dans les communes, le syndicat, la classe ou la nation se dissout dans la r&#233;signation d'une soci&#233;t&#233; fatalement divis&#233;e en classes sociales, mais aussi en lobbys, en corporations ou en clans en rivalit&#233; permanente ; la vis&#233;e d'&#233;mancipation individuelle et collective laisse place &#224; une v&#233;ritable fin de l'histoire &#233;rigeant comme mod&#232;le une prosp&#233;rit&#233; pacificatrice contr&#244;l&#233;e par un &#201;tat surplombant. Ce monde nouveau est en r&#233;alit&#233; rien de moins qu'une sortie tendancielle de l'Occident tel qu'il s'&#233;tait auto-constitu&#233; depuis peut-&#234;tre mille ans, et c'est peut-&#234;tre hors de sa sph&#232;re d'influence qu'il faudrait alors trouver des crit&#232;res d'intelligibilit&#233; pour donner sens &#224; ce &#171; d&#233;labrement de l'Occident &#187; que d&#233;crivait Castoriadis, et qui pourrait se r&#233;v&#233;ler &#234;tre une authentique m&#233;tamorphose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exception occidentale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est chez un autre auteur que nous trouvons une analyse compl&#233;mentaire de cette sp&#233;cificit&#233; occidentale en sursis sur laquelle insistait Castoriadis. Gabriel Martinez-Gros, historien contemporain de l'islam m&#233;di&#233;val, d&#233;crit une p&#233;ninsule europ&#233;enne o&#249;, depuis l'an Mil, se forment exceptionnellement (de m&#234;me que dans la Gr&#232;ce Antique, pourrait-on ajouter) des soci&#233;t&#233;s singuli&#232;rement structur&#233;es &#224; la fois par un polycentrisme politique entre royaumes ou entre nations, des peuples &#224; la fois acteurs, productifs et en armes, des &#233;conomies d&#233;centralis&#233;es, que l'on dira &#171; capitalistes &#187;, ainsi qu'un d&#233;ploiement de souverainet&#233;s populaires puis de projets d&#233;mocratiques. S'y d&#233;roulent certes des pouss&#233;es unificatrices, pseudo-imp&#233;riales, en premier lieu les ambitions de l'&#201;glise, le Saint Empire romain germanique, les conqu&#234;tes coloniales, la domination napol&#233;onienne ou, plus pr&#232;s de nous, les &#233;pisodes totalitaires russe puis allemand &#8211; mais toutes &#233;chouent &#224; &#233;tablir un unique &#201;tat surplombant. Font corps avec cet univers occidental d'une exceptionnelle cr&#233;ativit&#233; ces nouveaut&#233;s civilisationnelles radicales que sont l'&#233;vacuation des divinit&#233;s, le changement progressif de la place des femmes, l'horizon de justice sociale, la sortie des h&#233;t&#233;ronomies h&#233;rit&#233;es, etc. C'est cette modernit&#233; qualifi&#233;e par Castoriadis d'&lt;i&gt;auto-institution explicite&lt;/i&gt; qu'il voit s'&#233;puiser depuis l'apr&#232;s-guerre en analysant avec une grande finesse &#8211; et un accablement non moins grand &#8211; les cahots de nos &#171; soci&#233;t&#233;s &#224; la d&#233;rive &#187;, selon son expression, d&#233;rive qui semble nous diriger vers un tout autre horizon, imp&#233;rial, et qui reste &#224; cerner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La logique imp&#233;riale d'Ibn Khaldoun&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre de l'Occident, c'est, pour Gabriel Martinez-Gros, les dynamiques imp&#233;riales d&#233;crites par Ibn Khaldoun (1332-1406) et dont il se fait l'excellent lecteur contemporain. Ses travaux, pourtant cruciaux, ne rencontrent pas d'&#233;cho &#224; la mesure de leur importance si ce n'est &#224; travers les analyses pr&#233;coces et brillantes d'un Guy Fargette&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que &#187; et &#171; La quatri&#232;me guerre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, encore plus m&#233;connu &#8211; mais la pens&#233;e, presque clandestine aujourd'hui, semble cantonn&#233;e aux interstices. Servi par une &#233;rudition impressionnante, Martinez-Gros d&#233;c&#232;le dans la logique imp&#233;riale d'Ibn Khaldoun une authentique pens&#233;e politique qu'il applique en 2006 &#224; l'empire arabo-musulman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibn Khaldoun ou les sept vies de l'islam, &#233;d. Actes Sud&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; puis, en 2014, &#224; l'histoire universelle depuis l'antiquit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Br&#232;ve Histoire des empires. Comment ils naissent, comment ils s'effondrent, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des Assyriens aux Britanniques en passant par les Mac&#233;doniens, les Chinois, les Romains, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance de cette logique imp&#233;riale khaldounienne repose sur une dialectique entre la peur de la violence et l'app&#226;t du gain, dont l'articulation cyclique engendre deux types de collectivit&#233;s, les &lt;i&gt;s&#233;dentaires&lt;/i&gt; d'un c&#244;t&#233; et les &lt;i&gt;b&#233;douins&lt;/i&gt; de l'autre. Les premiers sont ces populations d&#233;sarm&#233;es peuplant le c&#339;ur de l'empire surplomb&#233; par un &#201;tat imp&#233;rial qui monnaye sa protection &#224; travers l'extorsion de l'imp&#244;t, principe unique de l'accumulation &#233;conomique. L'empire est universel, sans rival dans le monde connu, domin&#233; par une &#233;lite ethnico-religieuse g&#233;rant le troupeau des peuples et des cultures, bigarr&#233;s et hi&#233;rarchis&#233;s selon les rapports de force &#8211; on peut parler de multiculturalisme &lt;i&gt;r&#233;ellement existant.&lt;/i&gt; Aux p&#233;riph&#233;ries de l'empire, ou quelquefois &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me, existent ou se constituent les marges b&#233;douines, tribus brutales, arm&#233;es et soud&#233;es par une solidarit&#233; organique (la &lt;i&gt;&#8216;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;asabiya&lt;/i&gt;), convoitant l'opulence de l'empire qu'elles harc&#232;lent, pillent, infiltrent. Cette r&#233;serve de violence est &#224; la fois combattue et instrumentalis&#233;e par l'&#201;tat imp&#233;rial, contre d'autres barbares du &lt;i&gt;limes&lt;/i&gt; ou pour mater jacqueries et r&#233;voltes fiscales. Ces peuples des confins, ces tribus des &lt;i&gt;marches&lt;/i&gt; obtiennent finalement le monopole de la violence et s'instituent &#224; terme comme nouvel &#201;tat imp&#233;rial, fondant une nouvelle dynastie en spoliant, &#224; leur tour, les populations domestiqu&#233;es. Mais, au contact de la vie urbaine, de la prosp&#233;rit&#233; et du raffinement des &#233;lites d&#233;chues, ces barbares se civilisent en adoptant leur culture et, au fil des g&#233;n&#233;rations, se pacifient, perdent leur capacit&#233; de violence, donc celle de lever l'imp&#244;t comme celle de d&#233;fendre la ville imp&#233;riale des assauts des nouvelles marges pr&#233;datrices et jalouses qui surgissent in&#233;vitablement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sch&#233;ma, ce cycle, cette m&#233;canique aux multiples variations &#171; collent &#187; &#233;tonnamment &#224; l'histoire d&#232;s qu'une masse d&#233;mographique est d&#233;pass&#233;e : c'est ainsi que le Maghreb d'Ibn Khaldoun n'est d&#233;j&#224; plus dirig&#233; par les Arabes, naissant sous domination berb&#232;re, mourant sous le d&#233;but du r&#232;gne des mamelouks circassiens &#8211; tout comme, par exemple, les empereurs &#171; romains &#187; ne sont rapidement plus romains ou italiens, comme les empereurs &#171; chinois &#187; sont en r&#233;alit&#233; Mandchous, Mongols, etc. La grille de lecture khaldounienne est tout aussi stimulante intellectuellement que celles de Tocqueville, de Marx ou de Hegel, et &#233;claire, certes d'une lumi&#232;re lugubre, nos m&#233;tamorphoses pr&#233;sentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mutations de la vie culturelle, sociale et politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que les constats dress&#233;s par Castoriadis d&#232;s les ann&#233;es 1950-1960, et pr&#233;c&#233;demment &#233;voqu&#233;s, prennent un sens tout &#224; fait singulier : la disparition du mouvement ouvrier, c'est la fin de la &lt;i&gt;&#8216;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;asabi&lt;/i&gt;&lt;i&gt;y&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a&lt;/i&gt; populaire, l'&#233;tablissement d'un monde de s&#233;dentaires r&#233;gent&#233;s et ponctionn&#233;s par un &#201;tat &#233;tranger d&#233;poss&#233;dant ses populations domin&#233;es et sans aucune perspective ni coh&#233;sion. C'est dans la vie sociale, par exemple, le constat de la d&#233;socialisation, de la rupture des liens &#224; l'&#233;chelle du collectif de travail, de la famille, du voisinage, etc., parall&#232;lement &#224; ce qu'il appelle la &#171; &lt;i&gt; privatisation &lt;/i&gt; &#187; de l'existence, le repli sur la sph&#232;re dite &#171; priv&#233;e &#187; &#8211; ce que l'on appelle couramment l'&#171; individualisme &#187;. Castoriadis r&#233;fute fermement ce terme : il n'y a plus d'individu posant des choix originaux et singuliers, s'aventurant hors des normes en s'affrontant &#224; ses d&#233;sirs, comme les mondes grecs puis occidentaux en ont produit pendant des si&#232;cles &#8211; s'y substitue son contraire ; une masse conformiste (l'&#233;poque est celle du &#171; &lt;i&gt; conformisme g&#233;n&#233;ralis&#233;&lt;/i&gt; &#187;), &#233;go&#239;ste et indiff&#233;rente, l'industrie publicitaire promettant &#224; &#171; chacun &#187; tous les moyens de se d&#233;marquer des &#171; autres &#187; par la distinction consum&#233;riste, la &#171; &lt;i&gt;rat race&lt;/i&gt; &#187; tendant &#224; devenir le seul liant social &#8211; &lt;i&gt;better than the Jones&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expression populaire anglo-saxonne illustrant ce que David Riesman a appel&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est alors une &#171; mutation anthropologique &#187; qui s'effectue, le type d'&#234;tre humain fa&#231;onn&#233; par les soci&#233;t&#233;s occidentales abandonnant son &lt;i&gt;intranquil&lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;it&#233;&lt;/i&gt;, ses conflits et ses responsabilit&#233;s pour s'adonner, le plus naturellement du monde, au divertissement permanent, &#224; la consommation ostentatoire et &#224; ses hobbys, accompagnant cette &#171; &lt;i&gt;mont&#233;e de l'insignifiance&lt;/i&gt; &#187;. On retrouve cette derni&#232;re dans la vie intellectuelle et culturelle, o&#249; s'installe le r&#232;gne du &#171; &lt;i&gt;n'importe quoi&lt;/i&gt; &#187;, dissolvant peu &#224; peu tous les rep&#232;res permettant &#224; la pens&#233;e de s'orienter et de nourrir l'action politique. Il &#233;crivait, par exemple, en 1977 lors de l'entr&#233;e en sc&#232;ne des &#171; nouveaux philosophes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les divertisseurs &#187;, 1977.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce qui donne donc la possibilit&#233; &#224; Bernard-Henri L&#233;vy de parler et de publier, par exemple ? Comment se fait-il qu'il peut faire du marketing de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;philosophie&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, au lieu d'&#234;tre huiti&#232;me parfumeur dans le harem d'un sultan &#8211; ce qui serait peut-&#234;tre davantage dans &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ordre des choses ?&lt;/i&gt; &#187;. L'allusion ici au monde imp&#233;rial est bien s&#251;r pol&#233;mique, mais n'en est pas moins parlante, tout comme l'est sa d&#233;n&#233;gation en 1997, lors de sa derni&#232;re intervention publique : &#171; &lt;i&gt;Alors est-ce que cette situation est durable ? Est-ce que c'est passager ? Et combien durable, etc. ? On ne peut pas le dire, en tout cas je ne fais pas m&#233;tier de proph&#233;tie dans ce genre d'affaires. La soci&#233;t&#233; actuelle n'est certainement pas une soci&#233;t&#233; morte : on ne vit pas dans Byzance ou dans Rome du V&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle ap. J.-C., il y a toujours quelques mouvements, il y a des id&#233;es qui sortent, qui circulent, des r&#233;actions, etc., elles restent tr&#232;s minoritaires et tr&#232;s fragment&#233;es par rapport &#224; l'&#233;normit&#233; des t&#226;ches qui sont devant nous&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La capacit&#233; de reconna&#238;tre les soci&#233;t&#233;s autres va de pair avec la mise en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Inutile de d&#233;velopper en quoi l'immobilisme imp&#233;rial vers lequel nous tendons contraste violemment avec l'explosion g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'inventivit&#233; occidentale depuis le haut Moyen &#194;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vide politique, vide social et vide intellectuel, Castoriadis le condense dans une formule : la &#171; &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; des hobbys et des lobbys&lt;/i&gt; &#187; &#8211; qu'il est tentant de traduire par le plus c&#233;l&#232;bre &#171; panem et circenses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Insignifiance et nouveaux obscurantismes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant disparu il y a plus d'un quart de si&#232;cle, Castoriadis rend pensable l'&#233;mergence, sur ce vide envahissant, du wokisme d'un c&#244;t&#233; et des obscurantismes exog&#232;nes de l'autre, que l'on confond souvent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B&#233;rard Q. &#171; Wokisme et obscurantisme : articulations et compl&#233;mentarit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est ainsi f&#233;cond de rapprocher ses critiques impitoyables des mouvances pseudo-subversives des ann&#233;es 1960 aux ann&#233;es 1990 de celles d'aujourd'hui : on y retrouve la m&#234;me radicalit&#233; absurde, la m&#234;me absence de toutes perspectives politiques, les m&#234;mes mythologies d&#233;lirantes et le m&#234;me avachissement de la pens&#233;e, le tout rationalis&#233; et encens&#233; par ces intellectuels, ces &#171; &lt;i&gt; divertisseurs &lt;/i&gt; &#187; &#224; la mode, dont la fonction est bien de faire &#171; &lt;i&gt;penser &#224; c&#244;t&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B&#233;rard Q. &#171; Le wokisme &#224; la lecture de C. Castoriadis &#187;, site Mezetulle.fr, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parall&#232;lement, h&#233;rit&#233;e de son analyse en profondeur des apories marxistes qui l'avait &#233;videmment immunis&#233; contre leurs grands recyclages dans le tiers-mondisme, on ne peut que constater l'actualit&#233; frappante de sa f&#233;roce lucidit&#233; quant aux cultures extra-europ&#233;ennes, &#224; l'immigration, &#224; l'islam ou au multiculturalisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B&#233;rard Q. &#171; Castoriadis et les bien-pensants &#187;, site Mezetulle.fr, 12 et 13 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, lorsqu'on conna&#238;t aujourd'hui le caract&#232;re invasif de ces th&#233;matiques. Wokisme et obscurantisme prennent sous nos yeux des significations tr&#232;s particuli&#232;res dans notre cadre proto-imp&#233;rial : le premier est devenu une v&#233;ritable id&#233;ologie imp&#233;riale intimidante, visant la pacification des peuples domin&#233;s, quasi-religion de la caste dominante qui se substitue &#224; leur capacit&#233; d'agir, comme l'ont &#233;t&#233; le christianisme dans l'empire romain et le bouddhisme dans l'empire chinois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour reprendre les th&#232;ses tr&#232;s stimulantes du m&#234;me Martinez-Gros dans son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tandis que le second est l'appel (la &lt;i&gt;dawa&lt;/i&gt;) des b&#233;douins infiltrant les villes imp&#233;riales et menant le troisi&#232;me assaut historique sur le vieux continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, l'insignifiance qu'il diagnostiquait n'est plus de mise : elle s'est transform&#233;e en une sur-signifiance : que l'on pense aux passions &#8211; bien mauvaises &#8211; voire aux hyst&#233;ries &#8211; plus ou moins int&#233;ress&#233;es &#8211; que d&#233;clenchent des mots qui, jusqu'&#224; une date r&#233;cente, ne soulevaient pas une paupi&#232;re, comme &#171; la&#239;cit&#233; &#187;, &#171; race &#187;, &#171; colonisation &#187;, &#171; identit&#233; &#187;, etc. Il faudrait rajouter &#171; femme &#187;, &#171; proph&#232;te &#187;, &#171; Blanc &#187;, &#171; Juif &#187;, etc. Comme si ces mots acqu&#233;raient de nouveau un sens, mais un sens r&#233;solument nouveau, lourd et mena&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;&#201;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;clipse prolong&#233;e&lt;/i&gt; &#187; du projet d'autonomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus fondamentalement, Castoriadis d&#233;finit l'Occident comme issu d'une double ontologie, dont on n'a jamais mesur&#233; la puissance heuristique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; D'un c&#244;t&#233;, le &#171; &lt;i&gt;projet d'autonomie&lt;/i&gt; &#187;, apparu en Gr&#232;ce antique, r&#233;invent&#233; dans l'Europe m&#233;di&#233;vale, visant l'&#233;mancipation individuelle et collective contre l'h&#233;t&#233;ronomie, c'est-&#224;-dire l'auto-institution &lt;i&gt;explicite&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233; sous la forme de la d&#233;mocratie, l'interrogation illimit&#233;e irriguant la philosophie et la science, la cr&#233;ativit&#233; sociale-historique. Il voit ce projet se d&#233;ployer dans l'histoire, dans toutes les dimensions ouvertes par l'auto-gouvernement des villes franches contre les pouvoirs seigneuriaux, les m&#233;tamorphoses de la Renaissance, les Lumi&#232;res, les r&#233;volutions classiques (hollandaise, anglaise, am&#233;ricaine, fran&#231;aise) puis les mouvements ouvriers auto-organis&#233;s et insurrectionnels, se dispersant au XXe si&#232;cle dans les mouvements f&#233;ministes, &#233;cologistes, r&#233;gionalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; De l'autre c&#244;t&#233;, l'autre noyau ontologique occidental, ce qu'il a nomm&#233; l'&#171; &lt;i&gt;expansion illimit&#233;e de la (pseudo) ma&#238;trise (pseudo) rationnelle&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire ce prurit d'accumulation, de contr&#244;le, de puissance, d'instrumentalisation de l'existant, que l'on retrouve &#224; la fois dans l'&#233;conomisme capitaliste (et communiste), l'inflation techno-scientifique, l'emprise des pouvoirs oligarchiques (notamment gouvernementaux ou patronaux), avec comme point culminant l'institution du totalitarisme, en germe dans la Terreur r&#233;volutionnaire, amen&#233;e &#224; un point in&#233;gal&#233; par le stalinisme puis le mao&#239;sme et leurs funestes avatars. Deux dynamiques singuli&#232;rement occidentales, distinctes et oppos&#233;es mais que l'on voit entrelac&#233;es autour des notions de raison, de lib&#233;ralisme, de technique, d'utopie ou de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans surprise, au vu de ce qui pr&#233;c&#232;de, Castoriadis voit un affaissement gravissime de ce projet d'autonomie gr&#233;co-occidental, une &#171; &lt;i&gt;&#233;clipse prolong&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. La dynamique, quasi-mill&#233;naire, d'&#233;mancipation sociale des diff&#233;rentes h&#233;t&#233;ronomies s'estompe depuis le mitan du XXe si&#232;cle, et l'activit&#233; consciente des peuples cesse d'&#234;tre l'acteur principal de l'histoire. Leur retrait cong&#233;die la perspective de soci&#233;t&#233;s autonomes instaurant des d&#233;mocraties directes. Le r&#233;gime occidental actuel, le syst&#232;me repr&#233;sentatif, d'&#171; &lt;i&gt;oligarchie lib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187;, se g&#233;n&#233;ralise mais, faute de perspective, s'effrite et s'enraye, les multiples droits conquis de haute lutte au fil des si&#232;cles se voyant progressivement rong&#233;s par une reprise des m&#233;canismes classiques d'arbitraires bureaucratiques politico-&#233;conomiques. Il en va de m&#234;me pour la vie de l'esprit, o&#249; l'engourdissement culturel dans le &#171; &lt;i&gt; touristico-mus&#233;ique&lt;/i&gt; &#187; st&#233;rilise peu &#224; peu tous les domaines o&#249; elle s'&#233;tait d&#233;velopp&#233;e. Pire : la r&#233;flexivit&#233;, la capacit&#233; de critique et d'auto-interrogation se pervertissent en autod&#233;nigrement, culpabilit&#233;, repentance et haine de soi &#8211; que Castoriadis comprend comme refus fondamental de la socialit&#233; comme telle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Les racines psychiques et sociales de la haine &#187;, 1996.&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; qui rationalisent ce &#171; &lt;i&gt;d&#233;labrement de l'Occident&lt;/i&gt; &#187; et constituent aujourd'hui la colonne vert&#233;brale de l'id&#233;ologie de l'&#233;lite, dominante et minoritaire. La rupture de cette histoire presque mill&#233;naire nous fait changer non seulement de soci&#233;t&#233; mais de monde, de civilisation, et il ne semble pas difficile de voir en quoi cette fin du projet d'autonomie, m&#234;me si des r&#233;actions populaires viennent r&#233;guli&#232;rement rappeler qu'il n'est peut-&#234;tre pas compl&#232;tement mort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B&#233;rard Q. &#171; Les gilets jaunes face &#224; l'empire &#187;, site collectiflieuxcommuns.&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pointe vers l'univers imp&#233;rial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;tamorphose de l'&#171; &lt;i&gt;expansion illimit&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; d&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; la ma&#238;trise rationnelle&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose est plus compliqu&#233;e concernant le &#171; noyau imaginaire &#187; de l'expansion illimit&#233;e de la (pseudo) ma&#238;trise (pseudo) rationnelle. Loin d'&#234;tre d&#233;clinante, elle semble changer de nature m&#234;me si les &#233;crits de Castoriadis restent allusifs. Il y a cette &#233;tatisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'existence, l'ali&#233;nation presque compl&#232;te de la soci&#233;t&#233; aux r&#233;seaux de pouvoirs, proportionnelle &#224; l'absence notable d'auto-organisation populaire &#8211; ou sans suite. Cette &#233;tatisation, et c'est capital si l'on peut dire, atteint &#233;videmment la sph&#232;re &#233;conomique : tr&#232;s loin de la fable d'un &#171; lib&#233;ralisme triomphant &#187; que la gauche entonne rituellement, Castoriadis, en bon &#233;conomiste, identifie clairement l'&#201;tat comme occupant le centre de la vie &#233;conomique, caract&#233;risant l&#224;, spectaculairement, un trait imp&#233;rial de premi&#232;re importance, &#224; l'oppos&#233; d'une dynamique d'accumulation ind&#233;pendante de tout pouvoir qui est au c&#339;ur des m&#233;canismes capitalistes. Il y aurait d'autant plus lieu de s'interroger sur la nature ou l'existence du &#171; capitalisme &#187; actuel que Castoriadis, pour &#233;voquer un capitalisme sans les contrepoids et r&#233;sistances qu'ont &#233;t&#233; les mouvements populaires formels ou diffus l'obligeant pendant des si&#232;cles &#224; se r&#233;former contin&#251;ment, &#233;voque &#171; &lt;i&gt;un animal social-historique &lt;/i&gt;&lt;i&gt;totalement diff&#233;rent&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'&#233;poque du conformisme g&#233;n&#233;ralis&#233; &#187;, 1989 et &#171; Marxisme-l&#233;ninisme, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; Effectivement, nombre d'observateurs notent la g&#233;n&#233;ralisation d'un &#171; capitalisme &#187; r&#233;pondant de moins en moins aux crit&#232;res classiques et adoptant des traits d'une accumulation &#171; f&#233;odale &#187; ou &#171; antique &#187; &#8211; consommation ostentatoire, logiques renti&#232;res, ententes et n&#233;potisme g&#233;n&#233;ralis&#233;s, pr&#233;dations et d&#233;pendances, etc. &#8211; c'est-&#224;-dire des formes sociales pr&#233;-modernes. Bien s&#251;r, les soci&#233;t&#233;s occidentales sont encore loin de la st&#233;rilit&#233; imp&#233;riale et la surench&#232;re technologique s'acc&#233;l&#232;re, mais Castoriadis avait not&#233; depuis longtemps que les grands paradigmes scientifiques, dont certains datent de plus d'un si&#232;cle, ne connaissent aucune r&#233;volution malgr&#233; les crises profondes qui traversent toutes les disciplines, &#224; l'image de la vie artistique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Transformation sociale et cr&#233;ation culturelle &#187;, 1978 et surtout &#171; Science (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout se passe comme si, emport&#233; par une inertie sociale-historique et coup&#233; de tout ressort cr&#233;atif, l'univers technologique s'&#233;tait auto-constitu&#233; et poursuivait sa course sans but&#233;e ni contre-tendances&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B&#233;rard Q. &#171; D&#233;veloppement technique et configuration g&#233;opolitique &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question du totalitarisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question importante, et li&#233;e, ne peut &#234;tre ici qu'esquiss&#233;e : celle de l'actualit&#233; du totalitarisme. Si Castoriadis le qualifiait dans les ann&#233;es 1950-60 de &#171; &lt;i&gt;capitalisme bureaucratique total&lt;/i&gt; &#187; (oppos&#233; &#224; celui, &#171; &lt;i&gt; fragment&#233; &lt;/i&gt; &#187;, des soci&#233;t&#233;s occidentales), il le d&#233;crit par la suite comme une soci&#233;t&#233; o&#249; l'expansion illimit&#233;e de la (pseudo) ma&#238;trise (pseudo) rationnelle se d&#233;ployait librement en l'absence d'institution socio-politique h&#233;rit&#233;e d'un projet d'autonomie historique &#8211; cas de la Russie, de la Chine, etc. Cet h&#233;ritage &#233;tant progressivement rogn&#233; en Occident, la question de l'actualit&#233; de dynamiques totalitaires se pose s&#233;rieusement, d'autant que se d&#233;veloppent au sein de nos soci&#233;t&#233;s deux dynamiques ind&#233;pendantes mais convergentes : d'un c&#244;t&#233; la puissance des capacit&#233;s de surveillance, de contr&#244;le et de manipulation fournies par les technologies num&#233;riques, et de l'autre les r&#233;flexes authentiquement proto-totalitaires que reprennent les franges stalino-gauchistes aujourd'hui au service des mouvances communautaristes, racialistes et islamistes en plein essor. Mais le totalitarisme reste une &#233;manation typiquement moderne, en tant qu'id&#233;al de ma&#238;trise absolue, notamment des &#226;mes &#8211; l'emprise imp&#233;riale se satisfaisant d'une domination sans partage, &#171; suffisamment quant &#224; l'usage &#187;, pour reprendre une expression aristot&#233;licienne. Consid&#233;rer le totalitarisme comme l'expression moderne de pouss&#233;es imp&#233;riales permet de comprendre son &#233;mergence princeps au cours de l'histoire dans des r&#233;gions semi-occidentalis&#233;es et d'envisager les formes hybrides qui surgiront &#224; l'avenir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les destin&#233;es du totalitarisme &#187;, 1981, cf. aussi B&#233;rard Q. &#171; Islamisme, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis &#224; la lumi&#232;re d'Ibn Khaldoun&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de lire sur ce point Castoriadis &#224; la lumi&#232;re des th&#232;ses d'Ibn Khaldoun, et d'&#233;clairer anthropologiquement ces deux &#171; &lt;i&gt;noyaux imaginaires&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi Castoriadis, voyant les pr&#233;misses de cette &#171; &lt;i&gt;expansion illimit&#233;e de la ma&#238;trise rationnelle &lt;/i&gt; &#187; dans la bureaucratie eccl&#233;siastique m&#233;di&#233;vale tardive, et celle-ci &#233;tant un reliquat nostalgique de l'empire romain, il ne semble pas impertinent de la consid&#233;rer comme une forme modernis&#233;e, c'est-&#224;-dire rationalis&#233;e, technicis&#233;e et illimit&#233;e de la domination structurant les empires historiques, ontologiquement totalisants, centralis&#233;s et autoritaires. De mani&#232;re compl&#233;mentaire, si Castoriadis s'en tenait aux moments grec et europ&#233;en pour d&#233;crire le &#171; &lt;i&gt;projet d'autonomie &lt;/i&gt;&lt;i&gt;individuelle et collective&lt;/i&gt; &#187;, il pouvait conc&#233;der l'existence de proto-autonomies extra-occidentales : sans doute alors pourrait-on le concevoir comme une syst&#233;matisation, une radicalisation et une institutionnalisation de ces moments anti-imp&#233;riaux, progressivement interstitiels, de polycentrisme g&#233;opolitique o&#249; la rivalit&#233; et l'&#233;mulation entre entit&#233;s stables (cit&#233;s-&#201;tats, royaumes, nations) font surgir une cr&#233;ativit&#233; tous azimuts, un r&#233;alisme pratique et une tendance &#233;galitaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette dialectique, on lira David Cosandey, Le secret de l'Occident, pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ne serait, d&#232;s lors, pas illogique que cette dialectique, cristallis&#233;e dans la civilisation occidentale qui aura repris en les m&#233;tamorphosant deux tendances de l'histoire universelle, accouche, en se d&#233;faisant, d'une logique imp&#233;riale, forc&#233;ment particuli&#232;re, hors de laquelle elle s'&#233;tait institu&#233;e dix si&#232;cles durant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dimensions g&#233;opolitiques du basculement imp&#233;rial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier point de comparaison : l'&#233;chelle g&#233;opolitique. Notoirement lucide sur les &#171; socialismes r&#233;ellement existants &#187;, Castoriadis n'a jamais &#233;t&#233; dupe des r&#233;gimes non-occidentaux issus des d&#233;colonisations aux barbaries plus ou moins sanglantes, et encore moins complaisant envers les internationalismes masquant de &#171; nouveaux &#187; imp&#233;rialismes. Mais il est un pan de son travail particuli&#232;rement m&#233;connu : celui relatif &#224; l'analyse de la Russie post-stalinienne. Il n'a &#233;t&#233; ainsi que tr&#232;s rarement fait &#233;tat de son id&#233;e de &#171; &lt;i&gt; stratocratie &lt;/i&gt; &#187;, organisation sociale structur&#233;e autour de l'institution militaire, et de sa formule &#171; &lt;i&gt;la Force Brute pour la Force Brute&lt;/i&gt; &#187;, alors qu'elles pr&#233;figuraient de mani&#232;re extraordinaire l'actuelle Russie poutinienne et sa tentative de restauration du tsarisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B&#233;rard Q. &#171; Islamisme, totalitarisme,&#8230; &#187;, op. cit. ainsi que Raffaele (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cette pr&#233;dominance de l'institution de la violence arm&#233;e est peut-&#234;tre une des caract&#233;ristiques les plus constantes du monde imp&#233;rial &#8211; &lt;i&gt;imperium&lt;/i&gt;, le pouvoir du glaive &#8211; et de ses guerres permanentes. S'il serait abusif de voir une quelconque prescience dans les mises en garde de Castoriadis face au danger russe et &#224; l'impuissance occidentale, notamment europ&#233;enne, qui ont donn&#233; lieu &#224; d'infinis malentendus et moqueries, elles m&#233;riteraient, tout comme son travail concomitant et tr&#232;s cons&#233;quent sur la guerre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la reprise de ses &#233;crits dans Guerre et Th&#233;ories de la guerre (&#201;crits (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'&#234;tre aujourd'hui reconsid&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Objections castoriadiennes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inversons, pour finir, la question pour nous demander ce qui, dans l'&#339;uvre de Castoriadis, s'opposerait &#224; l'hypoth&#232;se d'un horizon imp&#233;rial pour nos soci&#233;t&#233;s. Cette question semble ne recevoir qu'une r&#233;ponse : c'est le fond de sa philosophie, ce qu'il jugeait son apport principal dans le domaine de la philosophie politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La capacit&#233;&#8230; &#187;, op. cit.&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'id&#233;e que les soci&#233;t&#233;s humaines &#233;manent d'un imaginaire radical, et qu'en tant qu'institutions &lt;i&gt;imaginaires&lt;/i&gt;, elles sont des cr&#233;ations humaines &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt; &#8211; alors que la logique imp&#233;riale est un d&#233;terminisme plein, qui plus est transhistorique. &#192; cela une r&#233;ponse s&#233;rieuse existe, sans doute la seule, tir&#233;e de sa m&#234;me philosophie : les d&#233;terminismes s'imposent dans la mesure exacte o&#249; la cr&#233;ativit&#233; sociale-historique se tarit, o&#249; la volont&#233; d'&#233;mancipation s'estompe, o&#249; le projet d'autonomie recule face &#224; l'&#233;ternel retour de l'h&#233;t&#233;ronomie, &#171; &lt;i&gt;pente naturelle&lt;/i&gt; &#187; de l'&#234;tre humain, lorsque plus rien ne s'oppose &#224; la cl&#244;ture sur elles-m&#234;mes des significations sociales &#8211; et tel &#233;tait le quotidien du psychanalyste qu'il &#233;tait, confront&#233; &#224; la r&#233;p&#233;tition n&#233;vrotique du sujet. La logique imp&#233;riale, en tant que fonctionnement spontan&#233; des grandes soci&#233;t&#233;s qui perdure dans de multiples institutions comme dans la transmission de types anthropologiques, serait la pente naturelle des soci&#233;t&#233;s humaines. On pourrait alors se demander pourquoi, conscient comme personne de ce lent effondrement occidental, qu'il comparait &#224; celui, plus brutal, du &#171; bloc de l'Est &#187;, il ne s'est pas, de lui-m&#234;me, pench&#233; sur ce retour possible de la logique imp&#233;riale. D'autant que, grec d'origine, il s'&#233;tait arrach&#233; &#224; un monde encore largement pr&#233;-moderne, naissant au moment pr&#233;cis (1922) o&#249; la p&#233;ninsule hell&#233;nique s'&#233;mancipait enfin de quatre si&#232;cles de tutelle de l'empire ottoman. Sans doute que, ayant embrass&#233; t&#244;t la patrie de la modernit&#233; qu'&#233;tait la France &#224; ses yeux, il n'a jamais pu se r&#233;soudre &#224; envisager que cet Occident, qu'il voulait voir se d&#233;passer lui-m&#234;me dans une autonomie collective ou d&#233;mocratie directe, puisse d&#233;valer aussi rapidement cette pente historique par un mouvement acc&#233;l&#233;r&#233;, au point de s'offrir aussi rapidement au retour d'un n&#233;o-obscurantisme g&#233;n&#233;ralis&#233; qu'il osait croire rel&#233;gu&#233; d&#233;finitivement dans un pass&#233; r&#233;volu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avril 2018 &#8211; d&#233;cembre 2024&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cornelius Castoriadis, &#171; Individu, soci&#233;t&#233;, rationalit&#233;, histoire &#187;, 1998, in &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe III&lt;/i&gt;, Seuil, 1990, r&#233;ed. 2000, p.67.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?551-Renaissance-d-un-imperialisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que&lt;/a&gt; &#187; et &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?181-La-quatrieme-guerre-mondiale-s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance&lt;/a&gt; &#187;, respectivement dans le bulletin &lt;i&gt;Le cr&#233;puscule du XX&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle&lt;/i&gt;, n&#176;13 de 2005 et n&#176;16 de 2006, repris dans livre in&#233;dit &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1055-Crepuscule-de-l-Occident-ou-du-XXe-siecle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XX&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle ?&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (2019, 260 p.), p. 7 et 17. On lira, pour une synth&#232;se, &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1121-Cites-Empires-Nations&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cit&#233;s, Empires, Nations&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le cr&#233;puscule du XX&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle&lt;/i&gt; n&#176;38-39, mai 2021. Textes disponibles sur le site &lt;i&gt;collectiflieuxcommuns.fr&lt;/i&gt;. &#201;voquons aussi, pour &#234;tre complet, les interventions d'Aur&#233;lien Marq dans les colonnes de &lt;i&gt;Causeur.fr.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibn Khaldoun ou les sept vies de l'islam&lt;/i&gt;, &#233;d. Actes Sud&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Br&#232;ve H&lt;/i&gt;&lt;i&gt;istoire des empires. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Comment ils naissent, comment ils s'effondrent&lt;/i&gt;, &#233;d. Seuil, o&#249; l'on trouvera le mieux d&#233;crit le contraste Occident / monde imp&#233;rial &#233;voqu&#233; au paragraphe pr&#233;c&#233;dent. On lira &#233;galement son synth&#233;tique et tr&#232;s incisif &lt;i&gt;Fascination du Djihad&lt;/i&gt;, 2016, Puf.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Expression populaire anglo-saxonne illustrant ce que David Riesman a appel&#233; en 1950 dans &lt;i&gt;La foule &lt;/i&gt;solitaire (Arthaud, 1964) la personnalit&#233; &#171; extro-d&#233;termin&#233;e &#187; (&#171; other-directed &#187;) prise dans la course aux signes ext&#233;rieurs de r&#233;ussite, anticipant ainsi le diagnostic d'un retour &#224; des civilisations de la honte, et plus de la culpabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?684-Les-divertisseurs-1-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les divertisseurs&lt;/a&gt; &#187;, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1115-La-capacite-de-reconnaitre-les-societes-autres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La capacit&#233; de reconna&#238;tre les soci&#233;t&#233;s autres va de pair avec la mise en question de ses propres institutions&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B&#233;rard Q. &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1112-Wokisme-et-obscurantisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Wokisme et obscurantisme : articulations et compl&#233;mentarit&#233;s&lt;/a&gt; &#187; revue en ligne &lt;i&gt;Frontpopulaire.fr&lt;/i&gt;, 11 juillet 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;B&#233;rard Q. &#171; &lt;a href=&#034;https://www.mezetulle.fr/le-wokisme-a-la-lecture-de-c-castoriadis-par-quentin-berard/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le wokisme &#224; la lecture de C. Castoriadis&lt;/a&gt; &#187;, site &lt;i&gt;Mezetulle.fr&lt;/i&gt;, 25 novembre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;B&#233;rard Q. &#171; &lt;a href=&#034;https://www.mezetulle.fr/castoriadis-et-les-bien-pensants-par-quentin-berard-1re-partie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Castoriadis et les bien-pensants&lt;/a&gt; &#187;, site &lt;i&gt;Mezetulle.fr&lt;/i&gt;, 12 et 13 d&#233;cembre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour reprendre les th&#232;ses tr&#232;s stimulantes du m&#234;me Martinez-Gros dans son ouvrage ult&#233;rieur &lt;i&gt;La tra&#238;ne des empires, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;impuissance et religion&lt;/i&gt;, Pass&#233;s compos&#233;s, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?6-Les-racines-psychiques-et-sociales&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les racines psychiques et sociales de la haine&lt;/a&gt; &#187;, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B&#233;rard Q. &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?999-Les-gilets-jaunes-face-a-l-empire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les gilets jaunes face &#224; l'empire&lt;/a&gt; &#187;, site &lt;i&gt;collectiflieuxcommuns.fr&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; L'&#233;poque du conformisme g&#233;n&#233;ralis&#233; &#187;, 1989 et &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?981-L-effondrement-du-marxisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marxisme-l&#233;ninisme, la pulv&#233;risation&lt;/a&gt; &#187;, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?62-transformation-sociale-et-creation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Transformation sociale et cr&#233;ation culturelle&lt;/a&gt; &#187;, 1978 et surtout &#171; Science moderne et interrogation philosophique &#187;, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B&#233;rard Q. &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1066-Developpement-technique-et-configuration-geopolitique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; D&#233;veloppement technique et configuration g&#233;opolitique &#187;&lt;/a&gt;, site &lt;i&gt;collectiflieuxcommuns.fr&lt;/i&gt;, ao&#251;t 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Les destin&#233;es du totalitarisme &#187;, 1981, cf. aussi B&#233;rard Q. &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?870-Islamisme-totalitarisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Islamisme, totalitarisme, imp&#233;rialisme&lt;/a&gt; &#187;, site &lt;i&gt;collectiflieuxcommuns.fr&lt;/i&gt;, ao&#251;t 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur cette dialectique, on lira David Cosandey, &lt;i&gt;Le secret de l'Occident, pour une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du progr&#232;s scientifique&lt;/i&gt;, 2008 Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B&#233;rard Q. &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?870-Islamisme-totalitarisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Islamisme, totalitarisme,&lt;/a&gt;&#8230; &#187;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; ainsi que Raffaele Alberto Ventura, &#171; &lt;a href=&#034;https://legrandcontinent.eu/fr/2022/02/25/castoriadis-devant-la-guerre-en-ukraine/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Castoriadis devant la guerre en Ukraine&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Grand Continent&lt;/i&gt;, 25 f&#233;vrier 2022. On mentionnera, pour l'histoire, qu'il ne semble n'y avoir que Guy Fargette qui reprit pr&#233;cocement ces analyses pour comprendre l'effondrement de l'URSS, cf. &lt;i&gt;Les mauvais jours finiront&#8230;&lt;/i&gt; Bulletin n&#176;9, &#171; Synth&#232;se de la situation en URSS &#187;, juin 1989, n. 12, pp.19-21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir la reprise de ses &#233;crits dans &lt;i&gt;Guerre et Th&#233;ories de la guerre (&#201;crits politiques, 1945-1997, VI)&lt;/i&gt;, &#201;d. du Sandre, Paris, 2016&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1115-La-capacite-de-reconnaitre-les-societes-autres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La capacit&#233;&lt;/a&gt;&#8230; &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Aux sources du Totalitarisme (ce stalino-gauchisme qui ne passe pas) (2/2)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1164-Aux-sources-du-Totalitarisme-2-2</link>
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		<dc:subject>Fargette G.</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
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		<dc:subject>Article</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) III. Les principes de l'activisme des intellocrates Voici les rep&#232;res propres &#224; l'activisme des intellocrates, qui reprennent de plus en plus volontiers l'&#233;tiquette scandaleuse d'&#8220;engag&#233;s&#8221; : *L'acharnement avec lequel ils s'efforcent de rabaisser leur propre culture s'appuie sur une amplification sans retenue de la capacit&#233; d'autocritique occidentale, qui a toujours tranch&#233; sur l'&#233;go&#239;sme sacr&#233; des autres civilisations. *L'instance juridique est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-48-fargette-g-+" rel="tag"&gt;Fargette G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-217-islamogauchisme-+" rel="tag"&gt;Islamogauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1163-Aux-sources-du-Totalitarisme-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. Les principes de l'activisme des intellocrates&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici les rep&#232;res propres &#224; l'activisme des intellocrates, qui reprennent de plus en plus volontiers l'&#233;tiquette scandaleuse d'&#8220;engag&#233;s&#8221; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*L'acharnement avec lequel ils s'efforcent de rabaisser leur propre culture s'appuie sur une amplification sans retenue de la capacit&#233; d'autocritique occidentale, qui a toujours tranch&#233; sur l'&#233;go&#239;sme sacr&#233; des autres civilisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*L'instance juridique est instrumentalis&#233;e pour devenir une machine de guerre contre les autres pouvoirs. Le caract&#232;re formel du droit est pouss&#233; jusqu'&#224; inventer des leviers qui lui donnent la pr&#233;s&#233;ance sur la loi et l'ex&#233;cutif. Toutes les organisations supra-nationales se sont empar&#233;es de ce retournement, en faisant pr&#233;valoir une axiomatique qui entend dissoudre les corps politiques de citoyens, qui sont au fondement des nations. L'op&#233;ration consiste &#224; d&#233;placer les droits des individus sur les groupes, ce qui interdit toute int&#233;gration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Mamou, dans Le grand abandon, les &#233;lites fran&#231;aises et l'islamisme, &#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*L'&#201;tat-providence, produit d'un compromis politico-social implicite mais pr&#233;gnant (protection &#233;conomique et sociale en &#233;change d'une passivit&#233; politique entretenue par une industrie du divertissement dont le d&#233;ploiement exc&#232;de tout ce qu'avait invent&#233; la r&#233;publique romaine finissante), est ouvert sans condition &#224; tous les nouveaux venus. Ceux-ci peuvent ainsi s'incruster sans pour autant contribuer &#224; la mutualisation des efforts. Aucune soci&#233;t&#233; dot&#233;e d'un &#201;tat-Providence ne peut supporter une telle immigration de masse aimant&#233;e par les subventions &#233;tatiques. Cette infiltration colonisatrice suit une logique de passager clandestin, qui condamne le dispositif d'&#201;tat-providence &#224; la faillite terminale, ardemment souhait&#233;e par les oligarchies &#233;conomiques. C'est parce que les &#201;tats-Unis du XIXe si&#232;cle &#233;taient d&#233;pourvus de ce type de dispositif, qu'ils pouvaient exiger des nouveaux arrivants un effort rigoureux et non n&#233;gociable d'adaptation aux r&#232;gles du tissu &#233;conomique et social. L'origine principalement occidentale des immigrants en Am&#233;rique du Nord a facilit&#233; cette int&#233;gration de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*L'anticolonialisme s'est mu&#233; en entreprise syst&#233;matique de colonisation &#224; rebours des pays occidentaux. Ce retournement d&#233;rive directement de l'anti-imp&#233;rialisme s&#233;lectif, qui d&#233;non&#231;ait d&#233;j&#224; les demi-empires coloniaux europ&#233;ens au profit de v&#233;ritables empires, musulmans, russes ou chinois, o&#249; la &#8220;repentance&#8221; et m&#234;me l'autocritique ont toujours &#233;t&#233; inexistantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*L'antiracisme sert, de la m&#234;me fa&#231;on, &#224; flatter et syst&#233;matiser un v&#233;ritable racisme contre les Occidentaux (qualifi&#233;s de &#8220;Blancs&#8221;). Les dispositifs destin&#233;s &#224; endiguer l'expression publique de l'antis&#233;mitisme et du &#8220;racisme&#8221; permettent maintenant d'assister l'extr&#233;misme musulman en favorisant la constitution d'une Inquisition musulmane (le pr&#233;tendu &lt;i&gt;&#8220;Collectif contre l'islamophobie en France&#8221;),&lt;/i&gt; qui peut tra&#238;ner n'importe qui devant les tribunaux gr&#226;ce &#224; l'imposture des lois &#8220;antiracistes&#8221;. L'arriv&#233;e massive en Europe de millions d'admirateurs de Hitler vise, entre autres choses, &#224; &#8220;terminer le travail&#8221;, en terrorisant les Juifs et en les chassant du continent. Ceux-ci constatent qu'ils subissent une fois de plus une entreprise de domination monstrueuse destin&#233;e &#224; s'&#233;tendre &#224; toute la population locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Tout &#8220;migrant&#8221;, n&#233;ologisme qui permet de noyer le tsunami migratoire en un brouillard indistinct, aurait des &#8220;droits&#8221; imp&#233;ratifs sur les populations occidentales qui voient d'un coup s'effacer la r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#233;galit&#233; statutaire formelle, pourtant caract&#233;ristique des r&#233;volutions occidentales r&#233;ussies. Les &#8220;migrants&#8221; les plus hyst&#233;riques conseillent publiquement aux Occidentaux, et avec une jubilation extr&#234;me, de partir si ce &#8220;multiculturalisme&#8221; unilat&#233;ral leur d&#233;pla&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Les ing&#233;nieries fond&#233;es sur la &#8220;discrimination positive&#8221; sapent toute notion de m&#233;rite individuel et verrouillent le sch&#233;ma des logiques in&#233;galitaires li&#233;es &#224; des privil&#232;ges selon l'origine et la religion. Le domaine du sport, en particulier du football, est le secteur o&#249; cette op&#233;ration va le plus loin en France (les &#233;coles de formation favorisent les extra-europ&#233;ens, dans le but de produire un symbole, le remplacement des Occidentaux dans des &#233;quipes m&#233;diatiques-phares, qualifi&#233;es par antiphrase de &#8220;nationales&#8221;). Quelques vedettes pr&#233;fabriqu&#233;es y gagnent leur ticket d'entr&#233;e dans l'oligarchie pr&#233;datrice. Ce petit nombre d'&#8220;&#233;lus&#8221; joue le m&#234;me r&#244;le que les gagnants d'une loterie, que leur public r&#234;ve d'imiter avec l'illusion de pouvoir tous un jour b&#233;n&#233;ficier de leur sort. Les nouveaux venus en Europe retiennent la seule le&#231;on de l'avidit&#233; sans frein, point g&#233;om&#233;trique de convergence entre les pr&#233;dateurs de l'oligarchie &#233;conomico-financi&#232;re et les loups colonisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*L'intention r&#233;currente d'accorder le droit de vote aux &#8220;non-nationaux&#8221; amplifierait le proc&#233;d&#233;, puisqu'il n'est jamais envisag&#233; de donner aux Occidentaux un droit analogue dans le pays d'origine de ces &#8220;migrants&#8221;, droit qui demeurerait de toute fa&#231;on virtuel, alors que les peuples europ&#233;ens se sont accord&#233;s de tels droits en toute r&#233;ciprocit&#233;. Mais la distribution de plus en plus automatique de la &#8220;nationalit&#233;&#8221; aux nouveaux venus obtient le m&#234;me effet, bien plus directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*La d&#233;nonciation de l'in&#233;galit&#233; que subissent les femmes est s&#233;lective. Les dizaines de millions d'Occidentaux qui depuis un si&#232;cle au moins se sont montr&#233;s complices de leur &#233;mancipation sont gomm&#233;s de l'histoire, alors que les envahisseurs extra-europ&#233;ens sont excus&#233;s par avance de leur volont&#233; dominatrice et de leur agressivit&#233;. Leur misogynie d&#233;fie toute analyse classique. Les femmes se trouvent confront&#233;es tout &#224; coup et sans m&#233;diation &#224; la perte de toute protection contre la barbarie mol&#233;culaire caract&#233;ristique des despotismes orientaux. Les femmes musulmanes qui s'alignent de plus en plus sur des r&#232;gles comme le port du voile esp&#232;rent vainement d&#233;tourner vers les femmes occidentales l'immense brutalit&#233; du machisme musulman. L'ensemble des femmes, &#224; l'instar des Juifs, constitue ainsi une cat&#233;gorie sacrifiable, la plus &#233;tendue, v&#233;ritable tribut en nature offert d'avance aux conqu&#233;rants comme l'exposent les affiches de la propagande du &#8220;vivre ensemble&#8221; : une femme occidentale accueillant avec un enthousiasme publicitaire le colonisateur-de-couleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*La &#8220;libert&#233; sexuelle&#8221;, devenue religion du sexe, a &#233;t&#233; encourag&#233;e au point de donner aux pr&#233;dateurs une position de force. Le Parti vert allemand r&#233;percutait d&#233;j&#224; la &#8220;cause&#8221; p&#233;dophile dans les ann&#233;es 1970. Les mariages de fillettes sont d&#233;sormais avalis&#233;s en Allemagne et ailleurs comme cons&#233;quence du tsunami migratoire, ainsi que la polygamie (qui prolif&#232;re en France chez les immigr&#233;s de l'Afrique colonis&#233;e par l'islam). La pr&#233;dation sexuelle des migrants est sous-estim&#233;e et excus&#233;e par morale id&#233;ologique, si bien que l'exacerbation r&#233;cente de la d&#233;nonciation du harc&#232;lement sexuel &#233;pargne soigneusement ceux qui pratiquent, par &#8220;devoir religieux&#8221;, une haine rabique des femmes et imposent &#224; celles-ci, quartier apr&#232;s quartier, un statut de semi-esclavage, conforme &#224; l'orthodoxie musulmane. Il faudrait avoir des &#233;gards pour ce genre de &#8220;trait culturel&#8221; ! Comme on le voit en Grande-Bretagne dans des dizaines de villes (Rotherham, Telford, Rochdale, Tesco, etc.), des milliers de femmes et de fillettes occidentales ont &#233;t&#233; livr&#233;es &#224; des gangs de prox&#233;n&#232;tes musulmans depuis trente ans d&#233;j&#224;. Mais ce pays n'est sans doute pas le seul concern&#233;. On assiste depuis plusieurs ann&#233;es en France &#224; l'apparition d'une prostitution d'adolescentes (il y aurait plus de 70 affaires en cours d'instruction, qui concernent &#224; chaque fois une multiplicit&#233; de cas). L'identit&#233; des maquereaux &#233;tant soigneusement tue, le diagnostic d'un d&#233;veloppement analogue &#224; celui que conna&#238;t l'Angleterre est hautement vraisemblable. Ces d&#233;tachements pr&#233;dateurs passent ainsi au hachoir, en toute tranquillit&#233;, les populations occidentales en d&#233;truisant leur dignit&#233; et en les avilissant de fa&#231;on syst&#233;mique. Ce qu'ils font aux femmes est en effet consid&#233;r&#233; dans leur &#8220;culture&#8221; comme ce qui peut &#234;tre fait de pire &#224; une &#8220;communaut&#233;&#8221;. Comment ne pas y voir une &#233;tape pr&#233;liminaire &#224; la r&#233;duction en esclavage de populations occidentales &#233;tendues ? Les pr&#233;tendus &#8220;Indig&#232;nes de la R&#233;publique&#8221; et divers aboyeurs du rap le revendiquent en toute tranquillit&#233;, quand ils ne parlent pas d'extermination pure et simple des &#8220;Blancs&#8221;. La consistance de ces op&#233;rations se v&#233;rifie au fait que ces criminels b&#233;n&#233;ficient de complicit&#233;s institutionnelles consid&#233;rables (services de police locale, services sociaux, &#233;lus locaux, etc., qui assurent trembler &#224; l'id&#233;e de passer pour &#8220;raciste&#8221;). Cette entreprise d'asservissement, comme toute l'envahissante d&#233;linquance musulmane, rencontre une indulgence de principe, parce qu'il s'agit de leviers sociologiques producteurs de domination ethnique et religieuse sur les &#8220;Blancs&#8221;. C'est l&#224; que se condense au jour le jour la texture m&#234;me de la IVe guerre mondiale en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*L'inventivit&#233; technique permanente qui caract&#233;rise l'Occident et sa capacit&#233; &#224; mettre au point de nouvelles utilisations industrielles prom&#233;th&#233;ennes produit d&#233;sormais de nouveaux dispositifs de contr&#244;le qui renforcent la r&#233;gression. Si on peut rire de tout sauf de l'islam, d&#233;clar&#233; au-del&#224; de toute critique, c'est que nous subissons d&#233;j&#224; une forme de terreur politico-religieuse qui ira en s'aggravant sans cesse. Cette atmosph&#232;re asphyxiante est relay&#233;e par des organisations qui paralysent la r&#233;sistance en Occident : la censure d&#233;localis&#233;e de Facebook et de Twitter, produits prosa&#239;ques d'une ing&#233;nierie californienne aux motivations tout aussi utopiques que les lubies &#8220;progressistes&#8221; sur le vieux continent, constitue le levier plan&#233;taire d&#233;pourvu de la moindre l&#233;gitimit&#233;, qui soutient cet arbitraire despotique d'un nouveau genre. L'islam exige d'&#234;tre m&#233;nag&#233; alors qu'il ne constitue pas une &#8220;religion&#8221;, c'est-&#224;-dire une &#233;thique personnelle (sens adopt&#233; en Europe au XVIIIe si&#232;cle), mais un mouvement politico-militaire aspirant ouvertement au despotisme universel. Avec les &#8220;Fr&#232;res musulmans&#8221;, ils ont appris depuis les ann&#233;es 1920 comment greffer les ing&#233;nieries totalitaires sur leur id&#233;ologie religieuse fig&#233;e depuis le XIIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Le sort des homosexuels est pris dans une double illusion : ils sont affich&#233;s comme une norme de r&#233;f&#233;rence, puisqu'ils sont d&#233;sormais d&#233;terminants dans la mise en forme juridique du mariage et de la filiation, afin de satisfaire l'infime lobby qui assure les &#8220;repr&#233;senter&#8221;. Mais leur statut est particuli&#232;rement illusoire car ils ne peuvent esp&#233;rer de protection contre la haine assassine que les extra-europ&#233;ens leur vouent ouvertement. Ils sont eux aussi sacrifiables apr&#232;s avoir servi &#224; cristalliser l'h&#233;g&#233;monie institutionnelle des &#8220;minorit&#233;s&#8221; contre la majorit&#233;, qui se trouve criminalis&#233;e d&#232;s qu'elle ose s'affirmer comme occidentale et sexu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Cette structuration d'in&#233;galit&#233;s statutaires est m&#233;caniquement confort&#233;e par le contr&#244;le diff&#233;rentiel que l'&#201;tat exerce inexorablement contre les populations occidentales, alors qu'il se montre express&#233;ment laxiste avec les infiltr&#233;s, qui n'acceptent que les avantages, jamais les devoirs. La population occidentale est de plus en plus consid&#233;r&#233;e comme le troupeau passif charg&#233; d'entretenir les populations nouvelles, dispositif proto-imp&#233;rial typique qui doit tout naturellement amener un effondrement de la socialit&#233; propre aux nations. Celles-ci sont incit&#233;es, de fait, &#224; se transformer en micro-empires, avec une gamme d'in&#233;galit&#233;s de richesses et de statuts qui rejoint celle des si&#232;cles les plus obscurs, bien plus sinistres que la l&#233;gende noire du Moyen-Age. Les manipulateurs des leviers &#233;tatiques et financiers y voient une &#233;tape pr&#233;liminaire &#224; la constitution d'une forme imp&#233;riale continentale, voire mondiale, pour les plus illumin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV. Les m&#233;thodes du sabordage institutionnel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;ni officiel et m&#233;canique oppos&#233; aux lanceurs d'alerte devant cette r&#233;gression g&#233;n&#233;ralis&#233;e s'appuie sur un appareil de propagande m&#233;diatique, politique et judiciaire inconnu des &#233;poques ant&#233;rieures aux r&#233;gimes totalitaires. Sa fonction de d&#233;r&#233;alisation et de mensonge politico-social repose sur l'activit&#233; d'un personnel militant form&#233; depuis un si&#232;cle &#224; la technique du mensonge de granit. Le marxisme-l&#233;ninisme, inventeur du premier r&#233;gime de ce genre, imit&#233; par le national-socialisme, s'est litt&#233;ralement condens&#233; en un ersatz de IVe monoth&#233;isme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+l'histoire correspondrait &#224; une entit&#233; divine (toujours moniste)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+le &#8220;prol&#233;tariat&#8221; r&#234;v&#233; (la &#8220;race&#8221; des nazis), au messie collectif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-L. Amselle signale l'origine raciologique des &#171; classes &#187; chez Guizot, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+les id&#233;ologues, aux intercesseurs sournois, avides de pouvoir ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+le monde situ&#233; au-del&#224; de l'horizon temporel (l'avenir), &#224; l'autre monde merveilleux et parfait destin&#233; &#224; venir fusionner avec le monde concret imparfait pour le r&#233;dimer dans une ambiance de mill&#233;narisme triomphal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dispositif fictionnel n'a subi qu'une retouche dans les 30 derni&#232;res ann&#233;es : le &#8220;messie&#8221; de synth&#232;se a chang&#233; et serait incarn&#233; par les &#8220;migrants&#8221; musulmans, tandis que d'autres populations, bien plus maltrait&#233;es, comme les ath&#233;es, les chr&#233;tiens, les y&#233;zidis, etc., sont ignor&#233;es le plus longtemps possible. Ces &lt;i&gt;cibles&lt;/i&gt; ne sont en effet d'aucune utilit&#233; pour d&#233;sagr&#233;ger les soci&#233;t&#233;s occidentales. Et le miracle constamment proclam&#233; et toujours retard&#233; de la techno-science promet l'av&#232;nement du monde infantile et magique qui ferait oublier ce naufrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le christianisme n'est entr&#233; dans sa trajectoire triomphale qu'&#224; partir du moment o&#249; il est devenu religion d'empire, &#224; la fin du IVe si&#232;cle de l'&#232;re dite &#8220;chr&#233;tienne&#8221;. Paul Veyne a d&#233;crit avec une grande acuit&#233; l'aspect &#233;trangement contingent et fortuit de ce succ&#232;s rencontr&#233; par une croyance religieuse bizarre, auquel n'adh&#233;raient alors que 5 % de la population de l'empire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chr&#233;tien (312-394), Paris, Albin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ce support imp&#233;rial a fait d&#233;faut &#224; la partie occidentale du christianisme d&#232;s les d&#233;cennies qui ont suivi la proclamation de son statut de religion officielle. La curie romaine n'a cess&#233;, tr&#232;s logiquement et pendant des si&#232;cles, de favoriser des formes imp&#233;riales sur lesquelles elle esp&#233;rait s'appuyer (l'&#8220;empire&#8221; carolingien, puis la r&#233;activation de son fant&#244;me par Othon avec le &#8220;Saint-Empire romain germanique&#8221;). Le Vatican et cet &#8220;Empire&#8221; ont fini par admettre leur &#233;chec irr&#233;m&#233;diable lors de la longue &lt;i&gt;&#8220;Querelle des Investitures et de l'Empire&#8221;, &lt;/i&gt;ouvrant bien involontairement la voie &#224; la cristallisation des nations souveraines. Tout se passe comme si le catholicisme institutionnel s'effor&#231;ait aujourd'hui d'en finir avec cet Occident si profond&#233;ment r&#233;tif aux logiques imp&#233;riales, en exaltant le d&#233;lire consistant &#224; pr&#233;tendre qu'un chr&#233;tien doit se consid&#233;rer comme coupable imm&#233;diat de tout mal advenant dans le monde. La plupart des &#233;glises &#233;vang&#233;liques suivent la m&#234;me d&#233;rive, ce qui confirme la connexion profonde des terreaux id&#233;ologiques catholiques et protestants. On voit donc se renforcer constamment la conjuration imb&#233;cile et monomaniaque des monoth&#233;ismes, depuis le deuxi&#232;me (christianisme), le troisi&#232;me (islam) jusqu'au quatri&#232;me (marxisme-l&#233;ninisme d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, faute de religion routini&#232;re de repli, en gauchisme culturel et en multiculturalisme, et m&#234;me en radicalit&#233; creuse). Le premier monoth&#233;isme &#233;tant la cible consensuelle de cette conjuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme-l&#233;ninisme et ses versions d&#233;grad&#233;es (castrisme, sandinisme, sectes maoistes, trotskistes, etc., sans oublier les fossiles du type Badiou ou Todd), d&#233;guis&#233;s en gauchisme culturel (la poussi&#232;re des agitateurs universitaires comme Bourdieu, Boucheron, H&#233;ran, etc.) qui sert de caution aux chamanes de la pieuvre m&#233;diatique (Plenel, Bourdin, Cohn-Bendit, etc.) ne constituent pas seulement le socle d'une attitude et d'une pratique conspirative qu'ils assument tout en la traquant chez les autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien que la plupart des activistes organis&#233;s en 68 aient pr&#233;tendu r&#233;cup&#233;rer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils sont l'expression d'un dispositif sociologique propre &#224; cette intelligentsia ren&#233;gate : aucun d&#233;bat n'est autoris&#233; sur l'Occident, puisqu'il ne m&#233;riterait pas d'exister. Orwell avait per&#231;u d&#232;s 1937, dans &lt;i&gt;Le Quai de Wigan,&lt;/i&gt; &#224; quel point ces intellectuels doctrinaires ambitionnent de se faire pr&#234;tres et contr&#244;leurs de la &#8220;th&#233;orie&#8221;, en se consid&#233;rant comme les seuls vrais membres du &#8220;Parti&#8221; appel&#233; &#224; orienter l'histoire. Ils n'ont jamais compris comment les bureaucrates et les oligarques de l'&#233;conomie finissent toujours par les prendre de vitesse... Cette posture s'est aggrav&#233;e avec le temps, en proportion du naufrage exponentiel de leurs hallucinations, conform&#233;ment &#224; la logique de dissonance cognitive par laquelle les croyances religieuses parviennent &#224; se conforter malgr&#233; les d&#233;mentis factuels massifs qu'elles rencontrent. Le principal motif de leur acharnement est assez simple : ne pouvant reconna&#238;tre l'&#233;normit&#233; de l'&#233;chec du &#8220;socialisme&#8221;, attest&#233; par la d&#233;sertion g&#233;n&#233;rale du monde ouvrier, si maltrait&#233; sur toute la plan&#232;te par ces technocrates de l'histoire, ils sont incapables de se d&#233;faire de leurs illusions. Comme pour toute religion ratiocinante et radoteuse qui pr&#233;tend avoir d&#233;couvert la nature du divin et l'acc&#232;s &#224; l'autre monde qu'elle invente, il ne leur reste qu'&#224; contaminer de nouveaux adeptes par cette obsession de l'exactitude &#8220;quand m&#234;me&#8221; de leurs proph&#233;ties rat&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs th&#232;ses se sont ainsi confort&#233;es au fil de la longue s&#233;rie de catastrophes qu'elles induisaient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+le socialisme a garanti l'enfer sur un tiers des terres &#233;merg&#233;es ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+l'anti-imp&#233;rialisme, promu par la seule force imp&#233;riale s&#233;rieuse du XXe si&#232;cle, la sovi&#233;tique, n'a pas permis la rencontre et la coalition de tous les opprim&#233;s du monde, au contraire. La renaissance fantomatique et bancale des empires s'affirme aujourd'hui partout en dehors de l'Occident. Le chauvinisme imp&#233;rial est infiniment plus compact et f&#233;roce que la r&#233;f&#233;rence nationale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+le tiers-mondisme qui pr&#233;tendait annoncer un nouveau type de fonctionnement des soci&#233;t&#233;s sorties de la situation coloniale s'est dissous soit dans des r&#233;gimes pires que les r&#233;gimes coloniaux, soit dans une imitation sournoise des m&#233;canismes capitalistes, mais sans les correctifs institutionnels destin&#233;s &#224; m&#233;nager la soci&#233;t&#233; civile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'enfer routinier musulman, pr&#233;-industriel, s'est diffus&#233; pendant 14 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces r&#233;gimes se font &#8220;nation&#8221; de fa&#231;ade, tout en pratiquant un retour &#224; une verticalit&#233; imp&#233;riale ou en subissant une d&#233;sagr&#233;gation chaotique : l'histoire a montr&#233; depuis 4000 ans au moins que ces deux situations alternent de fa&#231;on syst&#233;mique dans les zones imp&#233;riales, dont le cours ressemble &#224; la course d'un hamster cavalant dans sa roue. Une zone imp&#233;riale finit toujours par se fragmenter en caricatures d'empires-bonza&#239; rivaux, avant de se lancer dans des tentatives ravageuses de r&#233;unification provisoire, qui durent rarement plus de trois g&#233;n&#233;rations comme l'avait constat&#233; Ibn Khaldoun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces intellocrates occupent la niche sociopolitique des compagnons de route agglutin&#233;s autour du nouveau totalitarisme, islamiste, ancr&#233; dans son substrat anthropologique mortellement hostile &#224; l'Occident depuis 14 si&#232;cles. Ils ne savent ni ne peuvent avoir d'autre projet que l'action naufrageuse contre les soci&#233;t&#233;s occidentales. Les pratiques criminelles des socialistes du goulag perdurent comme r&#233;sidu d'une utopie en ruine, qui guide chacun de leurs pas : &lt;strong&gt;tout ce qui se rattache au socialisme et au communisme ayant connu un naufrage absolu, il faudrait que l'Occident, qui n'existe que par ses nations, disparaisse puisqu'il constitue une base de comparaison insupportable&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le vote pour le Brexit au Royaume-Uni, l'&#233;lection de Trump aux &#201;tats-Unis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 30 d&#233;cembre 2018&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Yves Mamou, dans &lt;/i&gt;Le grand abandon, les &#233;lites fran&#231;aises et l'islamisme, &lt;i&gt;&#233;d. L'Artilleur, sept. 2018, souligne le r&#244;le pr&#233;curseur du Gisti, fond&#233; en 1972 par quatre &#233;narques impr&#233;gn&#233;s de &#8220;l'esprit de 68&#8221;, pour la mani&#232;re dont il a provoqu&#233; une manipulation juridique dans la politique de l'immigration (p. 52-55). Cet ouvrage d&#233;taille comment les &#8220;grands corps&#8221; de l'&#201;tat, notamment le Conseil d'&#201;tat, ont relay&#233; cette d&#233;marche consistant &#224; bouleverser les institutions par le &#8220;droit&#8221; : &lt;/i&gt;&#8220;Une r&#233;volution par le droit, orchestr&#233; par le haut de la soci&#233;t&#233;, une r&#233;volution d'&#233;lites non &#233;lues, ind&#233;boulonnables, qui utilisent la loi et le r&#232;glement comme outil de transformation politique, d&#233;mographique et social&#8221;, (p. 157). &lt;i&gt;Le projet d'Union europ&#233;enne a amplifi&#233; cette op&#233;ration :&lt;/i&gt; &#8220;L'immigration dit en r&#233;alit&#233; la v&#233;rit&#233; du projet europ&#233;en&#8221;, &lt;i&gt;ibid. Si Montesquieu d&#233;fendait l'&#233;quilibre des pouvoirs comme crit&#232;re du bon gouvernement, l'histoire a fourni de nombreux exemples d&#233;sastreux de la pr&#233;dominance de l'ex&#233;cutif et un peu plus rarement des d&#233;fauts propres aux &#8220;r&#233;gimes d'assembl&#233;e&#8221;. Jamais une telle domination arbitraire de l'instance juridico-constitutionnelle n'avait &#233;t&#233; rencontr&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'affaire du Pacte de Marrakech mis en place en d&#233;cembre 2018 &#224; l'ONU suit tr&#232;s exactement ce type de proc&#233;dure, et s'inscrit dans une logique de couverture r&#233;troactive des mesures impos&#233;es par Merkel en 2015, contre les r&#232;gles officielles de l'Union europ&#233;enne. Cette &#8220;Organisation des Nations Unies&#8221; man&#339;uvre ouvertement pour aboutir &#224; la destruction des nations.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;J.-L. Amselle signale l'origine raciologique des &#171; classes &#187; chez Guizot, la source de Marx sur le sujet &lt;/i&gt;(Vers un multiculturalisme&lt;i&gt; &lt;/i&gt;fran&#231;ais,&lt;i&gt; r&#233;&#233;dit&#233; chez Champs en 2001). Ce racialisme sous-jacent a explicitement envahi les discours bolch&#233;viks des ann&#233;es 1920, jusque dans les Congr&#232;s de l'Internationale communiste. Cette ambigu&#239;t&#233; native rend moins surprenante la mani&#232;re dont la &#8220;lutte des races&#8221; est aujourd'hui mise en avant par les multiculturalistes racialistes. La transposition terme &#224; terme des formulations de la th&#233;ologie marxiste rencontre la complaisance de tous les tenants du gauchisme culturel, leurs h&#233;ritiers intransigeants.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Paul Veyne,&lt;/i&gt; Quand notre monde est devenu chr&#233;tien (312-394), &lt;i&gt;Paris, Albin Michel, &#171; Id&#233;es &#187;, 2007. r&#233;&#233;d. Paris, Le Livre de Poche, 2010.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bien que la plupart des activistes organis&#233;s en 68 aient pr&#233;tendu r&#233;cup&#233;rer fid&#232;lement l'&#233;motion collective, ils n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; revendiquer leur filiation l&#233;niniste et souvent directement stalinienne. La gauche culturelle, qui a regroup&#233; les transfuges de cette faune et les activistes un peu moins momifi&#233;s, a affect&#233; de se d&#233;barrasser de la carapace stalinienne, mais pour en garder la logique fondamentale : d&#233;truire les soci&#233;t&#233;s occidentales. La grande caract&#233;ristique de ceux qui ont surnag&#233; apr&#232;s 68, et b&#226;ti leur carri&#232;re sur un pass&#233; en perp&#233;tuelle r&#233;&#233;criture est leur volont&#233; de d&#233;truire leur propre soci&#233;t&#233; ne la remplacer par rien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'enfer routinier musulman, pr&#233;-industriel, s'est diffus&#233; pendant 14 si&#232;cles, et par sauts : conqu&#234;tes du VIIe si&#232;cle de l'islam sur le Proche-Orient, l'Afrique du nord et l'Espagne, ainsi que le monde iranien, puis invasion turque sur l'Anatolie (XIIe si&#232;cle) et les Balkans (XVe-XVIe si&#232;cles), et enfin sur l'Inde du nord (du XIe au XVIe si&#232;cles). Seuls les Europ&#233;ens ont r&#233;ussi &#224; le faire reculter en le boutant hors d'Espagne et d'une grande partie des Balkans. La domination musulmane s'est av&#233;r&#233;e infiniment pire que le r&#233;gime colonial induit par les dominations europ&#233;ennes, en ceci que l'islam parvient presque toujours &#224; interdire &#224; ses victimes la conscience de soi ou &#224; la mutiler d'une fa&#231;on atroce. C'est le contraire de ce qu'a toujours fait l'Occident, qui a fourni les outils d'&#233;mancipation &#224; ceux qu'il a colonis&#233;s ! Les soci&#233;t&#233;s occidentales semblent constitutivement inaptes &#224; la cr&#233;ation de v&#233;ritables empires, ce qui renvoie &#224; leur sp&#233;cificit&#233; fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le vote pour le Brexit au Royaume-Uni, l'&#233;lection de Trump aux &#201;tats-Unis (pr&#232;s de 50 % des Occidentaux sont anglophones), ou le sursaut des &#201;tats du groupe de Visegrad en Europe centrale, comme le cours politique en Autriche et en Italie, voire en Bavi&#232;re, montrent que des pans importants et m&#234;me d&#233;cisifs de l'Occident ont commenc&#233; &#224; r&#233;agir en profondeur depuis 2015, en se conformant &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#224; un instinct collectif de survie. Ces r&#233;actions demeurent assur&#233;ment t&#226;tonnantes, mais l'orientation de cette dynamique est indiscutable. L'appareil parasitaire de l'Union europ&#233;enne, cette d&#233;sunion fractale programm&#233;e, ne sait plus comment r&#233;agir devant le r&#233;veil des soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes. La volont&#233; de faire de l'anglais la langue de r&#233;f&#233;rence de cette &#8220;Union&#8221;, alors qu'il resterait moins de 2 % d'anglophones dans ses limites, symbolise la d&#233;rive hors sol de cette structure bureaucratique et technocratique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Aux sources du Totalitarisme (ce stalino-gauchisme qui ne passe pas) (1/2)</title>
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&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;37, janvier 2019, repris dans livre in&#233;dit &#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187; (2019), 260 p. Sommaire Avant-propos : D&#233;truire l'Occident, disent-ils Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance Violences et banlieues fran&#231;aises L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001 La motivation actuelle du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-48-fargette-g-+" rel="tag"&gt;Fargette G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-217-islamogauchisme-+" rel="tag"&gt;Islamogauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;37, janvier 2019, repris dans livre in&#233;dit &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1055-Crepuscule-de-l-Occident-ou-du-XXe-siecle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (2019), 260 p.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1734 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' arial-label=&#034;&#034; class=&#034;fond mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034; data-photo-w=&#034;822&#034; data-photo-h=&#034;1178&#034; &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:143.30900243309%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;taille=300&amp;1709039886' alt='' data-src='IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' data-l='822' data-h='1178' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1709039886 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=600&amp;#38;1709039886 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1193-Detruire-l-Occident-disent-ils' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Avant-propos : &lt;strong&gt;D&#233;truire l'Occident, disent-ils&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1160-Le-XXIe-siecle-comme-crepuscule-du-XXe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?551-Renaissance-d-un-imperialisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?181-La-quatrieme-guerre-mondiale-s' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?301-Violences-et-banlieues-francaises' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Violences et banlieues fran&#231;aises&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?569-L-affaire-des-caricatures-plus' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?563-La-motivation-actuelle-du-stalino' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La motivation actuelle du stalino-gauchisme et des &#8220;bien-pensants&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1157-L-injection-goutte-a-goutte-du-poison-de-la-charia' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'injection goutte-&#224;-goutte du poison de la charia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1024-Liste-provisoire-des-faits-de-Charia-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Liste provisoire des faits accomplis de Charia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1161-Apotheose-des-Nique-la-France-a-Marseille' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premier octobre 2017 : Apoth&#233;ose des &#171; Nique-la-France &#187; &#224; Marseille&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1162-L-islam-a-la-lumiere-de-la-poesie-sans-rivage' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Recension : l'islam &#224; la lumi&#232;re de la po&#233;sie sans rivages&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1026-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'acharnement &#224; liquider les nations&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1053-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Annexe sur le personnage Hitler&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aux sources du totalitarisme (ce stalino-gauchisme qui ne passe pas)&lt;/strong&gt; &#8212; ci-dessous...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Comment le XXe si&#232;cle contamine le XXIe &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes du &lt;i&gt;Cr&#233;puscule du XX&#232;me si&#232;cle&lt;/i&gt; constituent des bouteilles &#224; la mer, o&#249; se trouvent formul&#233;s divers bilans sur les aspects cruciaux du si&#232;cle pass&#233;. Il appara&#238;t ainsi que l'un de ses traits majeurs, l'id&#233;e de &#8220;r&#233;volution&#8221;, ce &#8220;grand op&#233;rateur du changement historique&#8221; par lequel devait advenir un &#8220;monde nouveau et merveilleux&#8221;, y a trouv&#233; son tombeau. Parmi les r&#233;volutions &#224; pr&#233;tention &#233;mancipatrice, seules celles survenues en Occident jusqu'au XIXe si&#232;cle ont parfois rencontr&#233; le succ&#232;s, et entra&#238;n&#233; des cons&#233;quences remarquables qui sont all&#233;es bien au-del&#224; du pays o&#249; elles s'&#233;taient produites. Les moments r&#233;volutionnaires n'ont donc pas &#233;t&#233; n&#233;cessaires partout, la propagation par capillarit&#233; se communiquant lentement &#224; partir des centres d'innovation historiques. Leur caract&#233;ristique d&#233;cisive fut en tout cas de fonder de longues p&#233;riodes de cr&#233;ation collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutions du XXe si&#232;cle situ&#233;es hors d'Occident ont en revanche eu des r&#233;sultats plus effroyables et plus calamiteux que tout ce qui avait pu avoir lieu dans l'histoire humaine. Au lieu de dictatures transitoires finalement amend&#233;es et confortant une partie d&#233;cisive des aspirations initiales (&#233;galit&#233; de statuts, fin des privil&#232;ges de naissance, lib&#233;ration des &#233;nergies collectives et individuelles), un type d'oppression durable d'un genre jusque-l&#224; inconnu s'est &#233;tabli sur des territoires immenses. L'&#233;chec historique du mythe du XXe si&#232;cle, qui postulait une extension des logiques occidentales au reste du monde, est &#224; la mesure de la faillite des religions qui se sont &#233;lev&#233;es puis &#233;teintes dans la vanit&#233; d'hallucinations collectives toutes plus irr&#233;elles les unes que les autres. L'aspiration &#224; une refondation concert&#233;e et r&#233;fl&#233;chie de la soci&#233;t&#233; a &#233;t&#233; saccag&#233;e &#224; partir des th&#233;ories &#8220;socialistes&#8221; issues de la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, selon une modalit&#233; totalement inattendue : utiliser les valeurs humanistes comme v&#233;hicule d'un despotisme inou&#239;, dans le cadre d'un volontarisme d&#233;mesur&#233;. Pr&#233;tendant amplifier l'&#233;lan de la r&#233;volution fran&#231;aise chez les artisans et les ouvriers, dans le but d'en r&#233;aliser les attentes maximalistes, elles assuraient que l'instauration d'une &#233;galit&#233; sociale absolue constituerait la condition d'une prosp&#233;rit&#233; raisonnable pour tous. Mais lorsqu'on veut diriger le cours du temps, il faut briser tout ce qui peut surgir &#224; l'improviste, c'est-&#224;-dire l'histoire elle-m&#234;me, en tentant de r&#233;duire le &#8220;lien social&#8221; &#224; un statut d'objet manufactur&#233;. A chaque fois que les partisans du &#8220;socialisme&#8221; ont pu agir &#224; leur guise, et ne se sont pas content&#233;s de pallier les injustices les plus criantes, la glaciation du flux historique a converg&#233; tout naturellement avec les logiques d'empire despotique, qui repose sur la m&#234;me obsession de fin de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aspiration &#8220;socialiste&#8221; une fois au pouvoir n'a produit qu'une r&#233;alisation barbare aux d&#233;pens des populations ouvri&#232;res et paysannes cens&#233;es en b&#233;n&#233;ficier. Elle s'est tr&#232;s logiquement retourn&#233;e contre l'Occident tout entier. Ces r&#233;gimes ont amplifi&#233; l'in&#233;galit&#233; au moyen de leviers non mon&#233;taires, comme la cr&#233;ation de &lt;i&gt;nomenklaturas,&lt;/i&gt; les fusillades de masse, les famines organis&#233;es et le &lt;i&gt;goulag&lt;/i&gt;. Le projet d'abolition de toute in&#233;galit&#233; a donc servi &#224; justifier une in&#233;galit&#233; infinie entre la bureaucratie de la terreur et la masse humaine indiff&#233;renci&#233;e. D&#232;s le milieu des ann&#233;es 1920, le n&#233;ologisme de &#8220;totalitarisme&#8221; commen&#231;a &#224; rendre compte de leur fonctionnement sid&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;gimes ont domin&#233; et saccag&#233; le &#8220;premier XXe si&#232;cle&#8221; (1917-1956), tandis que le c&#339;ur anglo-saxon de l'Occident parvenait finalement &#224; les contenir et m&#234;me &#224; r&#233;pondre durant le &#8220;second XXe si&#232;cle&#8221; (1957-1991) &#224; une partie importante des attentes formul&#233;es depuis le XIXe si&#232;cle. Les r&#233;alisations sont all&#233;es bien au-del&#224; des promesses du &#8220;socialisme&#8221;, sans tomber dans un &#233;galitarisme m&#233;canique et st&#233;rilisant, m&#234;me si une r&#233;ussite historique remarquable peut au fil du temps, une fois de plus, se d&#233;grader, comme le montrent l'emballement des pollutions les plus diverses et la r&#233;gression in&#233;galitaire qui l'entretient depuis une quarantaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;gimes totalitaires, forme in&#233;dite de despotisme industrialis&#233; inflig&#233; &#224; une soci&#233;t&#233; largement pr&#233;-industrielle et ext&#233;rieure &#224; l'Occident, se sont distingu&#233;s par un arsenal d'hallucinations sp&#233;cifiques. Leur imitation par le fascisme italien et plus encore par le national-socialisme allemand constitua un sympt&#244;me terrible d'affaiblissement de l'Occident. Malgr&#233; l'effondrement terminal du r&#233;gime sovi&#233;tique en 1991, 46 ans apr&#232;s l'&#233;crasement de ses imitateurs complices et concurrents, son arsenal id&#233;ologique demeure actif, tout en se travestissant sans cesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de mettre en lumi&#232;re l'activit&#233; sp&#233;cifique de ceux qui continuent d'&#339;uvrer au projet instinctif de destruction des soci&#233;t&#233;s occidentales, en se montrant toujours plus intoxiqu&#233;s par une volont&#233; hors sol de r&#233;volution. Le volontarisme d&#233;brid&#233; appuy&#233; sur un moralisme &#224; g&#233;om&#233;trie variable demeure leur signature. On ne peut leur conc&#233;der la moindre na&#239;vet&#233;. Ils savent ce qu'ils font, mus par un objectif pr&#233;cis : d&#233;truire les seules soci&#233;t&#233;s qui aient pu d&#233;finir des libert&#233;s concr&#232;tes, donc partielles, tant individuelles que collectives. Ces soci&#233;t&#233;s seraient d'autant plus impardonnables qu'elles se sont tiss&#233;es sur l'h&#233;ritage d'&#233;poques exceptionnelles (Cit&#233;s grecques des VIe-IVe si&#232;cles av. J.-C., Renaissance des XIIe-XVe si&#232;cles, Europe westphalienne de 1648 &#224; 1914)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis le XIVe si&#232;cle, les r&#233;volutions survenues dans l'aire occidentale ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; tout en les prolongeant de fa&#231;on particuli&#232;rement vivante. Cet Occident toujours multipolaire, &#224; l'exception de l'&#233;poque imp&#233;riale romaine qui pr&#233;para une terrible r&#233;gression, constitue la seule civilisation ayant atteint un rayonnement mondial du XVIe au XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une intelligentsia occidentale naufrageuse cultive depuis plus de 80 ans le sabordage socialiste en assurant y voir un avenir prometteur. Elle s'efforce constamment d'inspirer une gamme d'ing&#233;nieries collectives, p&#233;riodiquement justifi&#233;es par des modes universitaires, telles que le &#8220;post-modernisme&#8221;, la &#8220;th&#233;orie du genre&#8221;, etc., v&#233;ritables justifications th&#233;ologiques du naufrage esp&#233;r&#233;, qui consistent &#224; exiger des Occidentaux qu'ils se d&#233;nigrent sans cesse, la &#8220;d&#233;construction&#8221; leur &#233;tant exclusivement r&#233;serv&#233;e. Il est coh&#233;rent qu'il en r&#233;sulte une soumission sans phrase &#224; des formes de terreur venues d'outre-Europe : quand on d&#233;sint&#232;gre ce qui fait tenir ensemble une soci&#233;t&#233;, comment ne la rendrait-on pas vuln&#233;rable &#224; ses ennemis absolus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une g&#233;n&#233;ralisation de la posture carac-t&#233;ristique des intellocrates &#233;tasuniens d&#233;crite par Harold Rosenberg : &lt;i&gt;&#8220;Ces canailles &#233;taient en g&#233;n&#233;ral des carri&#233;ristes bourgeois, ferm&#233;s &#224; la discussion, autant qu'&#224; l'&#233;vidence, qui n'aimaient pas la pens&#233;e, des psychopathes du conformisme r&#233;volutionnaire. L'&#8220;id&#233;alisme&#8221; de ces conglom&#233;rats de philistins, qui ne se distinguent de leurs cong&#233;n&#232;res que par un contentement de soi et une malignit&#233; plus &#224; la page, ne peut &#234;tre respect&#233; que par ceux qui ignorent que cet id&#233;alisme sert &#224; leur cacher le cynisme qui endurcit leur esprit contre toute consid&#233;ration d'humanit&#233; et tout t&#233;moignage embarrassant pour le Parti. D&#233;lirant &#224; l'id&#233;e de jouer un r&#244;le sur la sc&#232;ne de l'histoire, ils accomplirent avec ardeur les atrocit&#233;s intellectuelles qu'on leur commanda, ne perdant pas de vue le poste qu'ils esp&#233;raient dans le Pouvoir international, mais ne l&#226;chant pas non plus la bonne place dans le gouvernement, l'universit&#233;, Hollywood et la presse actuels. Fabriquant des arguments et fomentant des boycotts sociaux pour couvrir les agissements du Parti, ils compl&#233;taient dans leur domaine le terrorisme des assassins du GPU&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Harold Rosenberg, La Tradition du Nouveau, &#233;d. de Minuit, 1962, p. 235.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces intellectuels, loin de se situer en marge du monde officiel, y ont am&#233;nag&#233; un territoire &#224; part. Et alors que l'opinion publique a fini par savoir &#224; quoi s'en tenir sur les r&#233;gimes totalitaires, le territoire sociologique de ces intellocrates s'est paradoxalement &#233;tendu dans les pays occidentaux jusqu'&#224; contr&#244;ler l'appareil des m&#233;dias, les officines publicitaires, les universit&#233;s, et a contamin&#233; en profondeur le personnel judiciaire et enseignant, ainsi que les fonctionnaires d&#233;l&#233;gu&#233;s au contr&#244;le mental&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Cette inclination pour le carri&#233;risme que manifestent les intellectuels de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gamme de contorsions id&#233;ologico-sociales nourrit une pr&#233;tention effarante : les soci&#233;t&#233;s occidentales sont d&#233;sormais somm&#233;es par les gardiens de la doxa humanitariste de financer leurs colonisateurs et d'accepter de s'&#233;teindre sans murmurer. &lt;i&gt;Tiers-mondialiser &lt;/i&gt;les pays occidentaux permet de r&#233;duire les couches sociales inf&#233;rieures &#224; une mis&#232;re oubli&#233;e, qui est cens&#233;e para&#238;tre tout &#224; fait supportable aux nouveaux arrivants extra-europ&#233;ens en regard des conditions des m&#233;galopoles du Tiers-monde, qui croulent sous le poids de leur d&#233;mographie incontr&#244;l&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Castel Volturno, situ&#233; &#224; 20 km au nord de Naples en Italie appara&#238;t comme le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une situation plan&#233;taire o&#249; seul le 1 % le plus riche peut accro&#238;tre d&#233;mesur&#233;ment ses richesses promet un avantage diff&#233;rentiel &#224; ceux qui &#233;chapperaient simplement au laminage social : les id&#233;ologues du progressisme m&#233;canique ne veulent pas accomplir l'histoire, mais la violer. Ils s'imaginent pouvoir d'autant plus demeurer &#224; l'abri du d&#233;sastre qu'ils l'encadreront et le canaliseront pour le concentrer sur les peuples d'Occident, ce qui va tr&#232;s exactement au-devant des attentes des couches r&#233;gnantes. Seules les populations extra-occidentales agressives suscitent la compassion officielle, c'est-&#224;-dire celles qui refusent de se transformer en citoyens, autrement dit en co-auteurs de la loi (blasph&#232;me majeur dans l'univers des &#8220;vrais musulmans&#8221;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus est aggrav&#233; par l'&#233;chec de plus en plus accablant du n&#233;o-lib&#233;ralisme. La crise de 2007-2008 a constitu&#233; un moment de v&#233;rit&#233; : il n'y aura pas de succ&#233;dan&#233; n&#233;o-lib&#233;ral aux d&#233;funts leviers keyn&#233;siens. Seule se profile une aust&#233;rit&#233; &#224; perp&#233;tuit&#233; entrecoup&#233;e de sursauts &#233;ph&#233;m&#232;res, en attendant que finissent de s'&#233;puiser les ressources &#233;nerg&#233;tiques qui ont permis la &#8220;r&#233;volution industrielle&#8221; et son &#233;tape d&#233;multipli&#233;e par les mesures keyn&#233;siennes fond&#233;es sur l'&#233;nergie de bouclage exceptionnelle que fut le &#8220;p&#233;trole conventionnel&#8221;. Il est significatif que tous les courants &#8220;socialistes&#8221;, jusqu'aux travaillistes britanniques, aient initialement d&#233;nonc&#233; ces mesures en affirmant qu'elles &#8220;d&#233;tourneraient&#8221; les ouvriers du socialisme, lui qui n'a jamais produit que des d&#233;sastres aux&#173;quels ont &#233;chapp&#233; les pays occidentaux, du moins pour ceux qui purent &#233;viter l'occupation militaire par l'empire sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette faillite terminale du n&#233;o-lib&#233;ralisme est frapp&#233;e d'un v&#233;ritable interdit politico-religieux. Il ne faudrait jamais mettre en doute la perspective de l'abondance toujours croissante pour tous. Les instances m&#233;diatico-politiques encouragent et cultivent l'aveuglement des populations asphyxi&#233;es par un festivisme qui leur tient lieu de m&#233;taphysique. L'historien Polybe (IIe si&#232;cle av. J.C.) avait d&#233;j&#224; constat&#233; dans sa r&#233;flexion sur les soci&#233;t&#233;s grecques d&#233;clinantes que la prosp&#233;rit&#233; les avait terriblement min&#233;es et qu'il y avait l&#224;, sans doute, une r&#232;gle &#233;tonnante. La &#8220;soci&#233;t&#233; de consommation&#8221; r&#233;p&#232;te cette m&#233;saventure &#224; une &#233;chelle aggrav&#233;e. Les soci&#233;t&#233;s occidentales seront-elles capables de s'&#233;manciper de cette prosp&#233;rit&#233; toxique ? Contrairement au discours qui s'installe d&#233;sormais (justifier par l'&#233;cologie l'aust&#233;rit&#233; impos&#233;e aux plus pauvres, en prot&#233;geant les plus gaspilleurs au sommet de la pyramide sociale), les mesures de sauvegarde ne pourraient devenir efficaces que si les couches faisant fonction d'&#233;lite donnaient enfin l'exemple d'une sobri&#233;t&#233; effective, avec ce que cela implique de r&#233;duction consid&#233;rable de l'&#233;chelle des in&#233;galit&#233;s, sans pour autant tomber dans l'&#233;galitarisme abstrait qui concentre la soif d'in&#233;galit&#233; vers des terrains non mon&#233;taires, en la rendant encore plus implacable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. La IVe guerre mondiale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2002 paraissait un recueil d'articles intitul&#233; &lt;i&gt;Les Territoires perdus de la R&#233;publique&lt;/i&gt; sous la direction d'E. Brenner, pseudonyme de G. Bensoussan. Cette th&#233;matique fut instantan&#233;ment mise sous le boisseau par les rh&#233;toriques dominantes. Le sens attribuable &#224; l'adjectif &#8220;perdu&#8221; est crucial. Avec l'aggravation de la situation, la r&#233;alit&#233; a fini par percer dans les discours officiels, mais de fa&#231;on invers&#233;e : la R&#233;publique fran&#231;aise aurait abandonn&#233; ces territoires par simple n&#233;gligence coupable, forc&#233;ment coupable. Cette d&#233;faillance suppos&#233;e de l'administration &#233;tatique est m&#234;me imput&#233;e aux couches populaires nationales, syst&#233;matiquement accus&#233;es de &#8220;racisme inconscient&#8221; irr&#233;m&#233;diable et, d'autant plus impardonnable. La psychanalyse d&#233;grad&#233;e en logrrh&#233;e manipulatrice contribue puissamment &#224; la logique des naufrageurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrage fut suivi en 2015 d'un autre, intitul&#233; &lt;i&gt;Une France soumise&lt;/i&gt;, qui constatait l'aggravation de la r&#233;gression. La plupart des intervenants y ont publi&#233; sous pseudonyme, tant le risque de repr&#233;sailles devait &#234;tre pris au s&#233;rieux. Une traque judiciaire contre G. Bensoussan a &#233;t&#233; rapidement engag&#233;e par l'Inquisition musulmane, assist&#233;e par des procureurs naufrageurs. Sur le terrain judiciaire, ils ont &#233;chou&#233;, mais ce g&#234;neur s'est vu marginalis&#233; et chass&#233; des secteurs o&#249; il exer&#231;ait ses qualit&#233;s, selon la logique si famili&#232;re &#224; la gauche fondamentale : interdiction professionnelle et mort sociale avant liquidation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Y. Mamou, Le grand Abandon, &#233;d. l'Artilleur, sept. 2018, p.354.&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces territoires, la R&#233;publique ne les a pas abandonn&#233;s, mais &#8220;perdus&#8221; au sens militaire du terme, dans une guerre litt&#233;ralement innommable, men&#233;e d'un seul c&#244;t&#233;. L'effet du champ magn&#233;tique de la IVe guerre mondiale mol&#233;culaire et asym&#233;trique perce l&#224;, tirant profit de la mise &#224; bas pr&#233;ventive des fronti&#232;res de l'Europe. Cette disparition &#233;tait cens&#233;e faciliter les d&#233;placements des peuples europ&#233;ens avec l'arri&#232;re-pens&#233;e technocratique de brouiller et dissoudre les nations. Comme celles-ci persistent, les oligarchies et leurs suppl&#233;tifs favorisent un autre facteur initi&#233; depuis les ann&#233;es 1970 : l'invasion d&#233;mographique, chronique et d&#233;sormais massive, gr&#226;ce &#224; l'effacement artificiel des fronti&#232;res ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nouveau conflit mondial est polaris&#233; par la question musulmane : l'islam est en effet en guerre syst&#233;mique avec toutes les autres formations social-historiques (parler de &#8220;soci&#233;t&#233; musulmane&#8221; serait un abus de langage, tant une &#8220;soci&#233;t&#233;&#8221; exige une &#8220;association&#8221; volontaire et non un regroupement gr&#233;gaire). Il est notoire que ses propres variantes sectaires s'affrontent avec une f&#233;rocit&#233; croissante, selon une s&#233;lection du pire. Conform&#233;ment au principe totalitaire pleinement appliqu&#233;, le n&#233;o-islam est le premier tueur de ses adeptes et de ses recrues, comme du r&#233;servoir humain dans lequel il pr&#233;tend puiser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce trait est l'un des rares aspects du totalitarisme, que ni le fascisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La logique de guerre s'infiltre partout en Occident en b&#233;n&#233;ficiant de la complaisance m&#233;thodique de la technocratie, des oligarchies &#233;conomiques et des chamanes de l'id&#233;ologie. Depuis l'entr&#233;e en implosion de divers r&#233;gimes arabes &#224; partir de 2011, les &#8220;territoires incontr&#244;l&#233;s&#8221; en Occident s'organisent et se relient pour former un &#8220;archipel de la charia&#8221;, qui conna&#238;t une expansion et un approfondissement constants. Tout cela a lieu dans un cadre n&#233;buleux : la diminution du nombre d'attentats de masse ne tient pas seulement &#224; la d&#233;sint&#233;gration militaire du califat-croupion, mais &#224; l'association discr&#232;te des r&#233;seaux islamistes &#224; la gestion de l'&#201;tat. Ils se chargent de contribuer &#224; la surveillance diffuse et en incitant &#224; donner l'alerte, tout en proc&#233;dant sans encombre au &lt;i&gt;&#8220;djihad silencieux&#8221;&lt;/i&gt; conqu&#233;rant les territoires, avec la b&#233;n&#233;diction des technocrates qui n'osent affronter le p&#233;ril qu'ils ont favoris&#233;. Ceux-ci s'imaginent conjurer son surgissement militaire en le retardant seulement, alors que la division du travail entre islamistes et djihadistes est syst&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mafia des id&#233;ologues (journalistes, publicitaires, sondeurs, universitaires, etc.) tient entre ses mains l'immense appareil propagandiste de la pieuvre m&#233;diatique qui s'est tiss&#233;e dans les pays occidentaux depuis une quarantaine d'ann&#233;es. Si les journalistes &#233;mettant des v&#233;rit&#233;s embarrassantes sont l'objet de r&#233;pressions brutales et d&#233;complex&#233;es dans les r&#233;gimes imp&#233;riaux laborieusement renaissants, comme ceux de Russie, de Turquie (40 000 prisonniers politiques au moins), d'Egypte, d'Iran, d'Inde ou de Chine, il en va tout autrement dans cet Occident, o&#249; ce sont les journalistes constitu&#233;s en corps politique qui r&#233;pandent les mensonges officiels, et s'appuient sur des artifices judiciaires de plus en plus partiaux, afin de d&#233;truire la vie des dissidents par de v&#233;ritables interdictions professionnelles, et les d&#233;signer comme cibles aux massacreurs et aux &#233;gorgeurs... Les id&#233;ologues du &#8220;progressisme&#8221; manient les leviers m&#233;diatico-judiciaires afin de retourner l'&#201;tat contre la population, trait nodal des r&#233;gimes totalitaires dont ces intellocrates multiculturalistes ou gauchistes culturels se montrent les ex&#233;cuteurs testamentaires appliqu&#233;s. Les lois &#224; pr&#233;tention antiraciste et m&#233;morielle constituent ainsi le grand levier juridique d&#233;l&#233;t&#232;re dont la port&#233;e d&#233;sastreuse est taboue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Philippe Nemo, La re&#769;gression intellectuelle de la France, Texquis. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bref, il est devenu aussi dangereux de critiquer l'islam que &#231;a l'&#233;tait autrefois de d&#233;noncer le &#8220;socialisme r&#233;ellement existant&#8221; en URSS. &lt;/strong&gt;Toute remarque envers un certain &#8220;proph&#232;te&#8221; ou ses sectateurs entra&#238;ne un p&#233;ril mortel et une traque pseudo-judiciaire pour crime imaginaire d'&#8220;islamo&#173;phobie&#8221;. Cette atmosph&#232;re de terreur musulmane est encourag&#233;e et assist&#233;e par les techniques de falsification h&#233;rit&#233;es du marxisme-l&#233;ninisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une d&#233;cision r&#233;cente de la Cour Europ&#233;enne (de Destruction) des Droits de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Leurs porteurs sont parvenus &#224; ce r&#233;sultat dans les cinquante derni&#232;res ann&#233;es en perfectionnant leur m&#233;thode d'intimidation que r&#233;sumait l'accusation d'&#8220;anticommunisme primaire&#8221;. Leur proc&#233;d&#233; se r&#233;sume en une formule : &lt;strong&gt;non pas combattre ouvertement les libert&#233;s occidentales, mais les pousser syst&#233;matiquement jusqu'&#224; leur point de d&#233;sint&#233;gration.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit au fond d'une g&#233;n&#233;ralisation de la f&#233;lonie qui &#233;tait au principe du Pacte germano-sovi&#233;tique d'ao&#251;t 1939, cette alliance entre Moscou, la Mecque &#8220;antifasciste&#8221;, et Hitler. Elle &#233;tait destin&#233;e &#224; pulv&#233;riser dans un premier temps la Pologne et les pays baltes, et dans un second l'Europe occidentale tout enti&#232;re. Avec le recul, la mutilation de l'Europe occidentale et centrale appara&#238;t terrible, &#224; peu pr&#232;s irr&#233;parable, m&#234;me si les gangs totalitaires se sont us&#233;s et d&#233;compos&#233;s dans l'op&#233;ration. La r&#233;gression suit les sentiers de la veulerie id&#233;ologique, solution de facilit&#233; qui s'est communiqu&#233;e &#224; toutes les variantes politiques de gauche, et jusqu'&#224; des courants franc-ma&#231;ons, qui s'associent &#224; ce f&#233;tichisme de la trahison au nom d'une &#8220;morale&#8221; m&#233;canis&#233;e. Toutes les vari&#233;t&#233;s de progressisme auto-proclam&#233; ont d&#233;sormais roul&#233; dans la fosse de l'imposture invent&#233;e par le socialisme du goulag. Pourquoi les populations musulmanes n'assisteraient-elles pas avec jubilation &#224; ce sabordage, qui leur promet de r&#233;gner sur les d&#233;combres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1164-Aux-sources-du-Totalitarisme-2-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Depuis le XIVe si&#232;cle, les r&#233;volutions survenues dans l'aire occidentale ont laiss&#233; un h&#233;ritage immens&#233;ment fertile, malgr&#233; leurs errements et leurs redoutables tribulations, cf Martin Malia, pour une analyse de cette sp&#233;cificit&#233; : &lt;/i&gt;Histoire des R&#233;volutions,&lt;i&gt; &#233;d. Tallandier, 2008. Les Bolcheviks se sont r&#233;gl&#233;s sur ce qu'ils croyaient avoir compris de la R&#233;volution fran&#231;aise, ce qui explique que les tares sovi&#233;tiques empruntent tant aux pires c&#244;t&#233;s de cette R&#233;volution, au point qu'une remarque d'un E. Waresquiel est saisissante de pertinence : &lt;/i&gt;&#8220;La R&#233;volution [fran&#231;aise] n'en finira jamais d'assumer tout son pass&#233; et cela est encore vrai aujoud'hui, plus de deux si&#232;cles apr&#232;s son av&#232;nement&#8221;&lt;i&gt; (in &lt;/i&gt;Fouch&#233; ou les silences de la pieuvre,&lt;i&gt; p. 484, r&#233;&#233;dition Texto, juillet 2018).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Harold Rosenberg, &lt;/i&gt;La Tradition du Nouveau, &lt;i&gt;&#233;d. de Minuit, 1962, p. 235.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#8220;Cette inclination pour le carri&#233;risme que manifestent les intellectuels de gauche en tant que classe sociale est un ph&#233;nom&#232;ne &#224; l'&#233;chelle mondiale&#8221;,&lt;/i&gt; Harold Rosenberg, ibid. p. 250&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Castel Volturno, situ&#233; &#224; 20 km au nord de Naples en Italie appara&#238;t comme le &#8220;mod&#232;le d'avenir&#8221; : l'&#201;tat italien y a disparu et la mafia nig&#233;riane Black Axe a m&#234;me &#233;radiqu&#233; la Camorra locale. La moiti&#233; de la population est d&#233;sormais constitu&#233;e de migrants nig&#233;rians qui vivent de trafics et de prostitution &#224; grande &#233;chelle. La zone conna&#238;t une bidonvillisation gigantesque en r&#233;alisant une tiers-mondialisation concr&#232;te de l'Europe.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Y. Mamou, &lt;i&gt;Le grand Abandon, &lt;/i&gt;&#233;d. l'Artilleur, sept. 2018, p.354.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ce trait est l'un des rares aspects du totalitarisme, que ni le fascisme italien ni le national-socialisme allemand n'ont pratiqu&#233; &#224; grande &#233;chelle, ce qui est coh&#233;rent avec leur nature d'imitation incompl&#232;te du sovi&#233;tisme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir Philippe Nemo, &lt;/i&gt;La re&#769;gression intellectuelle de la France,&lt;i&gt; Texquis. 2011. Il souligne p.37 que, d&#232;s l'ann&#233;e 1993, un d&#233;cret a ins&#233;r&#233; dans le nouveau Code p&#233;nal (article R. 625-7), trois infraction typiquement inquisitoriales de diffamation, d'injure et de provocation &#224; la discrimination non-publique !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Une d&#233;cision r&#233;cente de la Cour Europ&#233;enne (de Destruction) des Droits de l'Homme, contraignante pour tous les pays de l'Union europ&#233;enne et ceux adh&#233;rant au &#8220;Conseil de l'Europe&#8221;, a jug&#233; que&lt;/i&gt; &#171; les critiques formul&#233;es contre Mahomet &#233;taient constitutives d'une incitation &#224; la haine et ne pouvaient &#234;tre prot&#233;g&#233;es par le droit &#224; la libert&#233; d'expression &#187; &lt;i&gt;(arr&#234;t du 25 octobre 2018). Il y va de la d&#233;finition m&#234;me du terme de &#8220;p&#233;dophilie&#8221;, puisque la biographie officielle de Mahomet assure qu'il aurait pris pour quatri&#232;me femme &#8220;l&#233;gitime&#8221; (les esclaves sexuelles et prisonni&#232;res de guerre ne comptant pas) une enfant avec laquelle il aurait eu des rapports sexuels d&#232;s l'&#226;ge de 9 ans pour celle-ci. Curieusement, cette CE(d)DH ne condamne pas cette biographie officielle, mais ceux qui y font &#233;cho sans &#234;tre musulmans ! Comment ne pas y voir un jugement pr&#233;liminaire pr&#233;parant l'abaissement drastique de l'&#226;ge du mariage pour les femmes, ce qui impliquera en passant l'amnistie pure et simple du crime de p&#233;dophilie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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	<item xml:lang="fr">
		<title>Apoth&#233;ose des &#8220;Nique-la-France&#8221; &#224; Marseille</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1161-Apotheose-des-Nique-la-France-a-Marseille</link>
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		<dc:date>2024-10-16T10:09:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Islam</dc:subject>
		<dc:subject>Islamogauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>An&#233;antissement / G&#233;nocide</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;35, avril 2018, repris dans livre in&#233;dit &#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187; (2019), 260 p. Sommaire Avant-propos : D&#233;truire l'Occident, disent-ils Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance Violences et banlieues fran&#231;aises L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001 La motivation actuelle du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-217-islamogauchisme-+" rel="tag"&gt;Islamogauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-118-aneantissement-+" rel="tag"&gt;An&#233;antissement / G&#233;nocide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;35, avril 2018, repris dans livre in&#233;dit &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1055-Crepuscule-de-l-Occident-ou-du-XXe-siecle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (2019), 260 p.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1734 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' arial-label=&#034;&#034; class=&#034;fond mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034; data-photo-w=&#034;822&#034; data-photo-h=&#034;1178&#034; &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:143.30900243309%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;taille=300&amp;1709039886' alt='' data-src='IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' data-l='822' data-h='1178' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1709039886 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=600&amp;#38;1709039886 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1193-Detruire-l-Occident-disent-ils' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Avant-propos : &lt;strong&gt;D&#233;truire l'Occident, disent-ils&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1160-Le-XXIe-siecle-comme-crepuscule-du-XXe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?551-Renaissance-d-un-imperialisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?181-La-quatrieme-guerre-mondiale-s' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?301-Violences-et-banlieues-francaises' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Violences et banlieues fran&#231;aises&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?569-L-affaire-des-caricatures-plus' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?563-La-motivation-actuelle-du-stalino' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La motivation actuelle du stalino-gauchisme et des &#8220;bien-pensants&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1157-L-injection-goutte-a-goutte-du-poison-de-la-charia' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'injection goutte-&#224;-goutte du poison de la charia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1024-Liste-provisoire-des-faits-de-Charia-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Liste provisoire des faits accomplis de Charia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premier octobre 2017 : Apoth&#233;ose des &#171; Nique-la-France &#187; &#224; Marseille&lt;/strong&gt; &#8212; ci-dessous...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1162-L-islam-a-la-lumiere-de-la-poesie-sans-rivage' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Recension : l'islam &#224; la lumi&#232;re de la po&#233;sie sans rivages&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1026-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'acharnement &#224; liquider les nations&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1053-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Annexe sur le personnage Hitler&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1163-Aux-sources-du-Totalitarisme-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Aux sources du totalitarisme (ce stalino-gauchisme qui ne passe pas)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les actes terroristes actuels que les &#201;tats occidentaux s'efforcent de traiter avec des moyens de police toujours insuffisants ne cessent de gagner en force symbolique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traiter ces crimes de guerre par de simples moyens de police constitue un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. N'importe quel &#233;nergum&#232;ne pr&#233;tend s'arroger un droit de vie et de mort sur ceux qu'il cible. Les &#201;tats occidentaux europ&#233;ens ayant volontairement abdiqu&#233; l'exercice de la violence l&#233;gitime ultime, comment s'&#233;tonner que ce droit de vie et de mort erre et se diffuse dans toute la soci&#233;t&#233;, et surtout dans les milieux qui pr&#233;tendent imposer une domination verticale absolue, c'est-&#224;-dire &lt;strong&gt;imp&#233;riale&lt;/strong&gt; ? Cette caract&#233;ristique rencontre la complaisance silencieuse de tous les pouvoirs et constitue le secret public de la marge de man&#339;uvre envahissante accord&#233;e aux islamistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le double assassinat de Marseille&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;gorgement et l'&#233;ventration de deux jeunes cousines, le 1er octobre 2017 sur le parvis de la gare Saint-Charles de Marseille concentrent cette progression &#224; un point si manifeste que l'appareil du mensonge m&#233;diatique a d&#251; d&#233;ployer tous ses moyens pour &lt;strong&gt;faire passer &lt;/strong&gt;d&#233;tail apr&#232;s d&#233;tail ce qui s'&#233;tait produit. Leur savoir-faire sp&#233;cifique d'industriels de la propagande s'est illustr&#233; comme jamais. On a pu v&#233;rifier cette fois encore l'abasourdissement tenace des populations cibl&#233;es, qui ne savent que dire : &lt;strong&gt;&#8220;on croyait que cela pouvait se produire &#224; Paris, &#224; Nice&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(liste &#224; allonger &#224; chaque nouveau forfait), &lt;strong&gt;mais pas chez nous&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(pour des gens venus de petites communes de la r&#233;gion lyonnaise)&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#8220;expert&#8221; qui passe pour avoir &#233;t&#233; un pr&#233;cepteur &#233;ph&#233;m&#232;re du fils de l'&#233;mir du Qatar, Mathieu Guid&#232;re (pseudonyme francis&#233; de ce Tunisien naturalis&#233; ?)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2012, ce personnage se r&#233;pandait dans les m&#233;dias pour vanter le r&#244;le des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a aussit&#244;t tent&#233; de minimiser le double crime en s'effor&#231;ant de le banaliser sous l'expression affreuse de &#8220;fait divers&#8221;. Pour un &#8220;vrai musulman&#8221;, en effet, un tel acte ne m&#233;rite rien d'autre qu'un bref communiqu&#233; &#224; la rubrique des chiennes occidentales &#233;cras&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'impudence d'une Sonia Nour, employ&#233;e de la mairie communiste de La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bien que ce double meurtre soit directement politique et que toutes ses dimensions confirment cette analyse, la ligne officielle s'est align&#233;e &#224; t&#226;tons sur ce constat &#8220;performatif&#8221; &#233;mis par Guid&#232;re l'&#8220;islamologue&#8221;, sp&#233;cialit&#233; qui rime par la duplicit&#233; et la c&#233;cit&#233; avec les &#8220;sovi&#233;tologues&#8221; de sinistre m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les techniques d'escamotage m&#233;diatico-politiques qui tissent, plus qu'une mise en spectacle, &lt;strong&gt;une v&#233;ritable industrie de l'oubli public, &lt;/strong&gt;n'ont pas &#233;t&#233; sur le moment inf&#233;rieures &#224; ce qu'elles sont d'habitude. Mais l'effet du double meurtre a &#233;t&#233; tel qu'il a fallu sacrifier quelques jours plus tard le pr&#233;fet de Lyon, dont les services avaient laiss&#233; en libert&#233; le tueur qu'ils tenaient la veille m&#234;me de la double agression sanglante. Le gouvernement macronien, que l'on finira par qualifier de &lt;strong&gt;cro-manien,&lt;/strong&gt; a solennellement promis une mesure fant&#244;me : l'ajout de 200 postes pour les services de traitement des migrants &#224; Lyon. Comme l'ancien ministre Sapin l'a rappel&#233; avec un sourire (ce sont gens du m&#234;me monde...), cette d&#233;cision avait &#233;t&#233; prise l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente ! Cette pure gesticulation du pouvoir trahit la d&#233;termination gouvernementale &#224; &lt;strong&gt;ne rien changer au cours d&#233;sastreux des choses&lt;/strong&gt;. Les agressions et meurtres islamiques doivent relever de la m&#233;t&#233;orologie, et la population n'a d'autre choix officiel que de l'admettre, de s'y r&#233;signer et de subir ! L'indiff&#233;rence du sommet envers le sort de la population est, l&#224; aussi, d'une nature typiquement imp&#233;riale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Bryan Ward-Perkins, &#8220;La chute de Rome, fin d'une civilisation&#8221;, &#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et non plus nationale...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trajectoire de l'&#233;gorgeur de Marseille, touriste sexuel en Italie, puis clandestin infiltr&#233; en France, et r&#233;guli&#232;rement interpell&#233; pour des actes d&#233;lictueux depuis 7 ans, souligne &#224; quel point les fronti&#232;res ont cess&#233; d'exister. Les instances ma&#238;trisant les leviers de l'&#201;tat ont pour objectif d'abolir leur justification premi&#232;re, &lt;strong&gt;la protection&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Une repr&#233;sentante d'un syndicat de commissaires de police, C&#233;line Berthon, a d'ailleurs rappel&#233; que depuis la loi du 31 d&#233;cembre 2011, &lt;strong&gt;le fait d'&#234;tre en s&#233;jour irr&#233;gulier sur le territoire national n'est plus qualifi&#233; de d&#233;lit, mais d'&#8220;infraction&#8221; !&lt;/strong&gt; La Cour de Justice europ&#233;enne et la Cour de D&#233;fense des Droits de l'Homme sont l&#224; pour verrouiller non les fronti&#232;res mais leur liquidation. Leur inconsistance doit rejoindre celle des fronti&#232;res africaines, afin de rendre impossible toute expulsion de pr&#233;dateur ou de soldat &#233;tranger venu pour commettre des crimes de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}On ne peut &#233;lucider le fait que cet infiltr&#233; ill&#233;gal ait &#233;t&#233; rel&#226;ch&#233; la veille m&#234;me &#224; Lyon que par un constat : l'&#201;tat se d&#233;fait, m&#234;me si quelques instances de s&#233;curit&#233;, toujours plus sollicit&#233;es et maltrait&#233;es, s'efforcent de colmater les br&#232;ches laiss&#233;es b&#233;antes. Le choix h&#233;ro&#239;que du lieutenant-colonel de gendarmerie Beltram &#224; Tr&#232;bes traduit la situation des forces de s&#233;curit&#233;, qui semblent n'avoir plus de solution que de se laisser immoler &#224; la place des otages (en fait, il a tent&#233; une op&#233;ration tr&#232;s risqu&#233;e qui a partiellement r&#233;ussie, puisque l'islamomaniaque a &#233;t&#233; neutralis&#233; sans pouvoir faire plus de d&#233;g&#226;ts, mais la pieuvre m&#233;diatique s'est gard&#233;e de l'expliquer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Encha&#238;nement organique des attentats islamomaniaques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque au couteau du 1er octobre 2017 condense et prolonge :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; les agressions de masse contre les femmes occidentales &#224; Cologne et dans diverses villes europ&#233;ennes dans la nuit du 1er janvier 2016,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; les &#233;gorgements de 2016 (du P&#232;re Hamel et de Jessica Schneider), qui constituent des forfaits pr&#233;curseurs,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; les deux attaques de femmes par un m&#234;me &#8220;camion radicalis&#233;&#8221; &#224; Marseille en ao&#251;t 2017, sur des arr&#234;ts de bus, par un certain Idriss H., dont le nom exact semble constituer un secret d'&#201;tat.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;L'attentat &#224; la voiture &#8220;radicalis&#233;e&#8221; visant des femmes &#224; Toulouse-Blagnac le 10 novembre 2017 s'inscrit dans cette continuit&#233;, avec son abjection tout aussi &#233;tudi&#233;e. Ce dernier forfait confirme le tropisme obs&#233;dant de ces agresseurs appartenant &#224; l'islam &#8220;r&#233;ellement existant&#8221; : les trois victimes &#233;tant toutes des femmes d'origine chinoise, il est remarquable que la dimension raciste &#233;clatante ait &#233;t&#233; soigneusement &#233;lud&#233;e par les instances m&#233;diatico-politiques. L'insolence provocatrice du conducteur se revendiquant &#8220;schizophr&#232;ne&#8221;, mais affirmant avoir pr&#233;par&#233; son acte depuis un mois (!), ne trompe que ceux qui veulent s'aveugler. Son empressement &#224; se pr&#233;senter comme &#8220;malade&#8221; r&#233;v&#232;le une pr&#233;tention tranquille &#224; une auto-amnistie !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La multiplication de tels alibis incite d'ailleurs le pays r&#233;el &#224; consid&#233;rer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes &#233;tant les cibles pr&#233;f&#233;r&#233;es de ces &lt;strong&gt;surmusulmans&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Fethi Benslama, &#8220;Un furieux d&#233;sir de sacrifice, le surmusulman&#8221;, &#233;d. du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pourquoi se g&#234;neraient-ils : 80 % des &#8220;convertis&#8221; ne sont-ils pas des femmes ? Du fond de leur misogynie rabique, ces assassins et leurs admirateurs consid&#232;rent que, quoi qu'ils leur fassent, elles en redemanderont...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard, le fr&#232;re du &#8220;schizophr&#232;ne&#8221; auto-d&#233;clar&#233;, un islamiste particuli&#232;rement d&#233;termin&#233;, a &#233;t&#233; interpell&#233; pour l'emp&#234;cher de commettre une agression contre un voisin. Le policier qui &#233;tait intervenu dans cette affaire annexe a vu son identit&#233; communiqu&#233;e par la proc&#233;dure &#224; l'int&#233;ress&#233;, &lt;strong&gt;d&#233;j&#224; remis en libert&#233;&lt;/strong&gt;. Ce type de cafouillages peut-il &#234;tre accidentel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Meurtres rituels&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#233;gorgement rel&#232;ve de la cat&#233;gorie de meurtre rituel, inverse absolu mais sym&#233;trique du virtuel, cette version de l'industrie m&#233;diatique sous-culturelle o&#249; tout demeurerait permis mais sans cons&#233;quence, ni culpabilit&#233;, ni responsabilit&#233;. L'&#233;ventration de la deuxi&#232;me jeune fille assume un aspect de viol si absolu que les &lt;strong&gt;aficionados&lt;/strong&gt; de Sade, si nombreux chez les sectateurs de la gauche culturelle, y ont n&#233;cessairement trouv&#233; la source d'un frisson de plaisir inavouable. Tout cela est terriblement coh&#233;rent avec leur complaisance pour les barbares, dont les points de rep&#232;re se r&#233;sument &#224; ce que d&#233;signe ce terme de &#8220;niquer&#8221; : violer et mutiler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hasard objectif terrible, le pr&#233;nom &#8220;Maurane&#8221;, si proche de celui de &#8220;Marianne&#8221; qui symbolise la r&#233;publique fran&#231;aise, ach&#232;ve de donner la mesure de ce double crime qui constitue &lt;strong&gt;un moment d'apoth&#233;ose intens&#233;ment narcissique des &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Nique-la-France&#8221;. &lt;/strong&gt;Les militants de cette th&#233;matique, rappeurs-aboyeurs, racailles au cerveau rong&#233; par les hallucinog&#232;nes, id&#233;ologues esclavagistes du PIR, d&#233;put&#233;e stalino-gauchiste r&#234;vant d'un messie collectif enturbann&#233;, sont tous co-responsables et complices des monstruosit&#233;s qui en d&#233;rivent, sans exception aucune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assassin de Marseille, d&#233;chet tunisien issu d'une famille visiblement pathog&#232;ne, dont deux de ses fr&#232;res ont longuement fricot&#233; avec le Califat-croupion, et dont m&#234;me son pays ne voulait &#233;videmment plus, a mis en pratique ce dont r&#234;vent tous les loups impatients de d&#233;truire l'Occident, civilisation qui, seule, a invent&#233; les libert&#233;s individuelles et collectives, auxquelles ils ne comprennent rien. Ils l'abhorrent, puisque la libert&#233; implique d'abord le respect de celle des autres. Ces petits m&#226;les assoiff&#233;s de sang ne supportent pas de n'&#234;tre pas ma&#238;tre du monde. Cette &#8220;impuissance&#8221;, ils la qualifient d'&#8220;humiliation&#8221;, sous les yeux attendris des commissaires politiques du gauchisme culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux jeunes filles du 1er octobre ont &#233;t&#233; massacr&#233;es &lt;strong&gt;parce qu'il n'y avait rien &#224; leur reprocher&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;L'&#233;gorgeur les a cibl&#233;es, l'une apr&#232;s l'autre, pour leur allure, leur gr&#226;ce, leur finesse tranquille, indiscutables, qui laissaient transpara&#238;tre leur aspiration &#224; aider autrui, ce que confirment les m&#233;tiers auxquelles elles se destinaient, infirmi&#232;re et m&#233;decin. Leur portrait diffus&#233; apr&#232;s leur mort frappe par leur &#233;clat si particulier. Elles se montraient fran&#231;aises jusqu'au bout des ongles, probablement sans m&#234;me en avoir conscience, puisque l'&#233;ducation officielle interdit pr&#233;cis&#233;ment ce type de fiert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur naturel les pla&#231;ait tellement hors d'atteinte du pr&#233;dateur assoiff&#233; de sang, intoxiqu&#233; par des hallucinog&#232;nes et les litanies djihadistes hypnotiques du &lt;strong&gt;Nash&#238;d&lt;/strong&gt; pass&#233;es en boucle sur son t&#233;l&#233;phone portable, qu'il ne lui restait qu'une chose &#224; sa port&#233;e : &lt;strong&gt;faire de la politique au couteau&lt;/strong&gt;. Plenel, ce tch&#233;kiste id&#233;ologique d&#233;guis&#233; en ersatz m&#233;diatique de Zola, a d&#251; &#233;prouver un moment d&#233;licieux, conforme &#224; ses racines de commissaire politique, typiques du premier totalitarisme de l'histoire. Accuser pr&#233;ventivement, d&#232;s 2014, les Occidentaux, tous les Occidentaux, des forfaits dont ses prot&#233;g&#233;s de pr&#233;dilection allaient se faire les praticiens assidus est le type d'inversion dont vivent depuis un si&#232;cle toutes les vari&#233;t&#233;s de marxisme-l&#233;ninisme et leurs rejetons. La d&#233;nonciation d'un Occident ma&#238;tre du monde, de l'histoire, de l'univers, etc., est en soi un appel &#224; exterminer les Occidentaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plenel, Pour les Musulmans, 2014, o&#249; il osait d&#233;tourner Zola : &#8220;Ne fa&#238;tes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Man&#339;uvres gauches, donc sinistres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au grand embarras des &lt;strong&gt;immigrationnistes,&lt;/strong&gt; ce double assassinat a publiquement expos&#233; la bestialit&#233; de l'islam conqu&#233;rant, que ses partisans les plus cyniques aiment &#224; &#233;taler, et avec enthousiasme, quand ils se sentent en confiance. A Marseille, la nature rituelle de l'&#233;gorgement a &#233;t&#233; officiellement euph&#233;mis&#233;e par le brouillard m&#233;diatique la confondant &#224; demi-mot avec la fureur de l'&#233;ventration, et r&#233;ciproquement... Un forfait occultant l'autre, les deux cousines sont &#224; jamais jumelles dans un malheur que tout &#8220;vrai musulman&#8221;consid&#232;re avec satisfaction, tout en conservant un silence officiel sournois. Les id&#233;ologues du gauchisme culturel, pourtant intoxiqu&#233;s de psychanalyse, se sont instantan&#233;ment d&#233;tach&#233;s de leurs obsessions ratiocinantes pour &#233;luder la port&#233;e de ce double meurtre. Les techniques de double-pens&#233;e leur tiennent lieu depuis si longtemps de langue maternelle que cela passe sans effort...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, le laxisme diff&#233;rentiel dont b&#233;n&#233;ficient les d&#233;linquants musulmans est particuli&#232;rement frappant quand il s'agit d'&#233;gorgeurs dont la liste est beaucoup plus longue que les cinq cas officiellement d&#233;clar&#233;s depuis 2016. Les autres sont catalogu&#233;s &#224; la rubrique &#8220;faits divers&#8221;, pr&#233;cis&#233;ment, o&#249; les noms et les circonstances se perdent dans une esp&#232;ce d'&lt;strong&gt;omert&#224;&lt;/strong&gt; de plus en plus &#233;paisse. La volont&#233; de leur offrir un statut sup&#233;rieur &#224; celui des vulgaires Occidentaux est l&#224; encore manifeste. Cet objectif majeur de tous les partisans de l'islam &#8220;r&#233;ellement existant&#8221; prend de plus en plus de consistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences sont consid&#233;rables, et notamment celle-ci : toute femme &#8220;voil&#233;e&#8221;, en persistant &#224; int&#233;rioriser l'injonction islamo-n&#233;vrotique de se concevoir comme &lt;strong&gt;impure&lt;/strong&gt; &#224; jamais, se fait complice passive, &#233;ternellement mineure, des &#8220;grands fr&#232;res&#8221; assoiff&#233;s de domination et de meurtre. Non seulement le port du voile est de moins en moins &#8220;innocent&#8221;, mais il constitue, par une l&#226;chet&#233; consciente et d&#233;termin&#233;e, une v&#233;ritable manifestation de solidarit&#233; avec ce type d'agression sacralis&#233;e. Aucune religion ne cultive la haine des femmes autant que l'islam, haine primale, archa&#239;que, principielle et en perp&#233;tuelle surench&#232;re. Celles qui acceptent de composer avec cela c&#232;dent &#224; un chantage central du m&#226;le musulman : contre la fausse promesse d'amoindrir cette pression sinistre, elles contribuent &#224; concentrer l'horreur de la misogynie musulmane sur les femmes occidentales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le f&#233;tichisme infantile des textes &#8220;sacr&#233;s&#8221; caract&#233;risant l'islam se mesure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'y aurait-il &#224; comprendre &#224; ces &#8220;djihadistes&#8221;, &lt;strong&gt;sacs &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;de haine hant&#233;s des d&#233;mons de l'Orient &lt;/strong&gt; ? Venus pour profiter d'allocations aveugles et d'un tourisme sexuel qui ne se cache m&#234;me pas, ils cultivent une id&#233;ologie religieuse mill&#233;nariste de plus en plus primitive, tout en y int&#233;grant d'instinct les simplifications invent&#233;es par le marxisme-l&#233;ninisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Milan Kundera avait r&#233;sum&#233; ce m&#233;canisme dans ses remarques sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un tel primitivisme est une condition de leur efficacit&#233; myope. Leur incapacit&#233; &#224; se montrer &#224; la hauteur du monde contemporain les submerge sans rem&#232;de, et leur d&#233;s&#233;ducation islamiste ne leur laisse que cette issue d'une col&#232;re assassine de plus en plus f&#233;roce. Ils pr&#233;tendent tout simplifier par le couteau et l'explosif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un nombre consid&#233;rable de musulmans s'abstient de cette coh&#233;rence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qu'ils regardent, ils le salissent,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qu'ils touchent, ils le mutilent,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qu'ils agressent, ils le profanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'instar de la tradition mill&#233;nariste stalino-gauchiste, ils n'ont pour perspective que d'&#233;tendre leur abjection aux bornes du monde afin de faire dispara&#238;tre tout point de comparaison. L'Occident est le grand socle qui les hante tous et les met en fureur. Il a tant invent&#233;, tant modifi&#233; les termes m&#234;mes de la condition humaine, que les partisans de l'islam r&#233;ellement existant et leurs admirateurs &#224; pr&#233;tention multi-culturelle communient dans la m&#234;me suffocation de ne pouvoir &lt;strong&gt;rien&lt;/strong&gt; pr&#233;senter en regard. Seule l'&#233;radication absolue de cet Occident, jusqu'&#224; son souvenir, pourrait les soulager, au terme de plusieurs si&#232;cles de destructions et de refoulement collectif laborieux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi ce magma d'incoh&#233;rences, de haine, de meurtres, peut-il trouver un ancrage dans la r&#233;alit&#233; ? Comme le montrent les divers foyers de guerre civile qui aimantent les fous de djihad, leur milieu de d&#233;ploiement d&#233;pend d'une forme de chaos historique qu'il leur faut tr&#232;s logiquement aggraver sans cesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apocalypse, cette &#8220;annonce&#8221; d'une irruption mat&#233;rielle du monde invisible fantasm&#233; comme &#8220;parfait&#8221;, que les mill&#233;naristes esp&#232;rent voir fusionner avec le monde visible toujours imparfait, donne l'occasion aux puissances destructrices de la psych&#233;, si famili&#232;res et si ignor&#233;es, de se d&#233;ployer sans limites. Il est donc tout &#224; fait coh&#233;rent que le terme d'&#8220;apocalyptique&#8221; soit connot&#233; aux catastrophes : pour employer un terme moderne qui exprime un pouvoir mortif&#232;re inh&#233;rent, le contact avec ce monde obscur est toujours &#8220;radioactif&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule perspective de succ&#232;s pour l'islam &#8220;r&#233;ellement existant&#8221; serait que le monde connaisse un effondrement &#233;conomique et &#233;cologique produisant un chaos g&#233;opolitique insoluble. Seule une telle d&#233;gradation peut nourrir le vivier de l'islam offensif, &#224; la mani&#232;re dont les s&#233;quelles de la longue guerre entre l'empire perse et l'empire byzantin permirent sa cristallisation progressive tout au long des VIIe et VIIIe si&#232;cle. &lt;strong&gt;L'islam appara&#238;t comme la seule religion qui a appris &#224; prosp&#233;rer par la liquidation et la cannibalisation de populations immenses&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'intelligentsia ren&#233;gate de l'Occident, si prompte &#224; pister les plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;, ce que certains pressentent aujourd'hui sous l'expression de &#8220;grand remplacement&#8221;, &lt;/strong&gt;cette gigantesque catastrophe au ralenti qu'il ne faut jamais nommer.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats nationaux occidentaux se d&#233;font, &#224; l'initiative m&#234;me des gouvernants cens&#233;s les servir et les incarner au moins temporairement. Le processus est si avanc&#233; que ces &#201;tats sont de moins en moins en mesure d'assurer leurs &lt;strong&gt;fonctions structurantes&lt;/strong&gt;. Combien &#233;loquent est le sort des pompiers, des personnels hospitaliers, des postiers, des enseignants, etc., dans les zones gangren&#233;es par les tentacules de &lt;strong&gt;l'archipel de la charia,&lt;/strong&gt; si souvent imbriqu&#233;es aux territoires domin&#233;s par les trafics qui doivent leur servir de financement, &#224; l'instar des mafias italiennes ou sud-am&#233;ricaines qui ont toujours su verser au dernier du culte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la complicit&#233; et les calculs imb&#233;ciles des couches r&#233;gnantes, assist&#233;es par les lubies de la contre-&#233;lite d'ob&#233;dience post-marxiste, le processus suit son cours. La p&#233;riph&#233;rie musulmane du monde europ&#233;en a spontan&#233;ment retrouv&#233; les racines de son atavisme civilisationnel, &lt;strong&gt;le grignotage imp&#233;rial vers le centre&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On ne dira jamais assez l'utilit&#233; des ouvrages de G. Martinez-Gros qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 09 avril 2018&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Traiter ces crimes de guerre par de simples moyens de police constitue un paradoxe qui trahit un tropisme propre &#224; un fonctionnement imp&#233;rial, cf Gabriel Martinez-Gros : &lt;/i&gt;&#8220;Fascination du Djihad, Fureurs islamistes et d&#233;faite de la paix&#8221;, &lt;i&gt;p. 95-96 :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;L'empire n'a pas d'histoire, pas d'identit&#233;, pas de combat &#224; mener, puisqu'il n'a, par d&#233;finition, ni rival, ni ennemi. Il est le monde &#8212; la communaut&#233; internationale. Il peut identifier la d&#233;linquance &#8212; des hommes arm&#233;s sur des v&#233;hicules civils qu'on a d&#233;tourn&#233;s de leur usage&#8212;, mais pas un ennemi. L'empire admet les op&#233;rations de police, mais la guerre est impensable&#8221;. &lt;i&gt;Les pouvoirs en place baignent d&#233;j&#224; dans un univers mental imp&#233;rial, alors que la r&#233;alit&#233; est encore tr&#232;s loin d'y correspondre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En 2012, ce personnage se r&#233;pandait dans les m&#233;dias pour vanter le r&#244;le des Fr&#232;res musulmans en Egypte et en Tunisie, alors que leur r&#244;le dans le renversement des despotes avait &#233;t&#233; inexistant, tant les mouvements spontan&#233;s d'une soci&#233;t&#233; indisposent les organisations &#8220;fr&#233;ristes&#8221;. Leur activit&#233; s'est montr&#233;e constamment pernicieuse pour toutes les formes de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'impudence d'une Sonia Nour, employ&#233;e de la mairie communiste de La Courneuve et se d&#233;finissant comme &#8220;militante communiste et d&#233;coloniale&#8221;, m&#233;rite d'&#234;tre not&#233;e : en qualifiant de &#8220;martyr&#8221; l'&#233;gorgeur du 1er octobre &#224; Marseille, elle a publiquement sacralis&#233; le principe du meurtre rituel : &lt;/i&gt;&#8220;Quand un martyr &#233;gorge une femme et poignarde une autre l&#224; &#231;a fait du bruit. Terrorisme, du sang, civilisation Bla, Bla, Bla.. Par contre que le terrorisme patriarcal nous tue tous les 2 jours on l'entend moins votre grande gueule.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'expression de &#8220;terrorisme patriarcal&#8221; trahit la transfusion du venin stalino-gauchiste aux soldats de l'islam. Loin d'&#234;tre trait&#233;e comme quelqu'un faisant l'apologie d'un meurtre rituel, elle a &#233;t&#233; r&#233;int&#233;gr&#233;e en novembre. Selon un porte-parole de la mairie : &lt;/i&gt;&#8220;Le tribunal (administratif de La Courneuve) a bien d&#233;cid&#233; d'annuler sa suspension et demande &#224; ce qu'elle soit r&#233;int&#233;gr&#233;e, en attendant que la proc&#233;dure disciplinaire aboutisse&#8221;. &lt;strong&gt;Qui peut croire que celle-ci &#8220;aboutira&#8221; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir Bryan Ward-Perkins, &lt;/i&gt;&#8220;La chute de Rome, fin d'une civilisation&#8221;, &lt;i&gt;&#233;d. Champs histoire, p. 103 : &lt;/i&gt;&#8220;L'Empire ne voyait aucun inconv&#233;nient &#224; &#8220;vendre&#8221; ses sujets provinciaux lorsqu'il pensait en retirer un b&#233;n&#233;fice politique et militaire &#224; court terme&#8221;&lt;i&gt;. Et l'auteur rappelle comment Clermont fut livr&#233;e en 475 aux Wisigoths dans l'espoir que ceux-ci &#233;pargneraient Arles et Marseille. Un an plus tard, les Wisigoths annexaient ces deux villes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La multiplication de tels alibis incite d'ailleurs le pays r&#233;el &#224; consid&#233;rer que l'islam, en ambiance occidentale, est une &#233;cole de d&#233;rangement mental profond.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir Fethi Benslama, &lt;/i&gt;&#8220;Un furieux d&#233;sir de sacrifice, le surmusulman&#8221;, &lt;i&gt;&#233;d. du Seuil, mai 2016.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Plenel, &lt;/i&gt;Pour les Musulmans, &lt;i&gt;2014, o&#249; il osait d&#233;tourner Zola : &lt;/i&gt;&#8220;Ne fa&#238;tes pas de la politique au couteau !&#8221;, &lt;i&gt;en insultant gratuitement et impun&#233;ment l'ensemble des Occidentaux. On ne le dira jamais assez : ce proc&#233;d&#233; d'inversion pr&#233;ventive de l'accusation, h&#233;rit&#233; du marxisme-l&#233;ninisme, constitue le noyau le plus caract&#233;ristique de cette pratique historico-criminelle. Il est repris avec enthousiasme par toutes les vari&#233;t&#233;s d'islamisme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le f&#233;tichisme infantile des textes &#8220;sacr&#233;s&#8221; caract&#233;risant l'islam se mesure &#224; un indice : quel Chr&#233;tien pourrait aujourd'hui, sans perdre aussit&#244;t toute cr&#233;dibilit&#233;, reprendre les vaticinations d'un Tertullien, premier th&#233;ologien du christianisme, au IIe si&#232;cle, sur la n&#233;cessit&#233; du port du voile pour les &#8220;vierges&#8221; (en plus des &#8220;femmes mari&#233;es&#8221;), question &#224; laquelle il consacra tout un texte (voir un extrait significatif reproduit page 15). En Occident, &lt;strong&gt;on ne se prosterne devant rien ni personne et on marche &#224; visage d&#233;couvert&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Milan Kundera avait r&#233;sum&#233; ce m&#233;canisme dans ses remarques sur les &#8220;m&#233;diologues&#8221;. Partant de th&#232;ses d&#233;j&#224; simplistes, ils se r&#233;fugient dans une poign&#233;e de mantras, une dizaine de sourates ou de citations de Marx leur suffisant &#224; mettre le monde &#224; feu et &#224; sang, et enfin &#224; quelques formes symboliques imag&#233;es encore plus condens&#233;es charg&#233;es de d&#233;clencher des r&#233;flexes pavloviens. Si des Occidentaux br&#251;laient le drapeau noir de Daesh apr&#232;s chaque attentat du Califat de plus en plus fant&#244;me, on verrait des hordes d'islamistes &#8220;mod&#233;r&#233;s&#8221; tenter de lyncher les indign&#233;s occidentaux. Et les fonctionnaires-journalistes inviteraient des experts stalino-gauchistes pour excuser ces op&#233;rations de lynchage politico-religieux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Un nombre consid&#233;rable de musulmans s'abstient de cette coh&#233;rence sanguinaire, tant il leur reste, &#224; contre-courant de l'islam, un fond d'humanit&#233;. Mais pourquoi sont-ils si peu nombreux &#224; sortir de la prison de l'islam ? Le r&#244;le des id&#233;ologues de la gauche culturelle joue l&#224; un r&#244;le monstrueux : tout &#224; leur activit&#233; professionnelle de diviseurs des soci&#233;t&#233;s occidentale, ils ne cessent d'offrir des excuses &#224; tous les musulmans, quels que soient les coups de force islamistes et djihadistes. &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Cette gauche intoxiqu&#233;es dans toutes ses composantes par le socialisme du goulag constitue un relais spontan&#233; indispensable &#224; la terreur musulmane en Occident&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Le discours de Macron &#224; Abou Dhabi est align&#233; sur cette posture. Il a os&#233; prononcer la phrase : &lt;/i&gt;&#8220;ceux qui veulent faire croire o&#249; que ce soit dans le monde que l'islam se construit en d&#233;truisant les autres monoth&#233;ismes sont des menteurs et vous trahissent&#8221;. &lt;i&gt;Non seulement le terme &#8220;trahissent&#8221; pr&#233;sente une tonalit&#233; bassement flatteuse (toute critique de l'islam serait une &#8220;trahison&#8221; ?), mais cette phrase en formulant une inversion exacte de la r&#233;alit&#233; invoque tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment la v&#233;rit&#233; qu'elle veut conjurer !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'intelligentsia ren&#233;gate de l'Occident, si prompte &#224; pister les plus infimes m&#233;faits des marges de sa propre civilisation et &#224; les grossir sans cesse, s'abstient soigneusement de rappeler que le plus grand g&#233;nocide historique fut corr&#233;l&#233; &#224; la conqu&#234;te musulmane de l'Inde, o&#249; il est question de 80 millions de morts, &lt;/i&gt;sans choc bact&#233;riologique&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;On ne dira jamais assez l'utilit&#233; des ouvrages de G. Martinez-Gros qui analysent cette dimension (le premier r&#233;dig&#233; avec Lucette Valensi).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Islam, l'islamisme et l'Occident,&lt;i&gt; Points Histoire, 2004 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ibn Khald&#251;n et les sept Vies de l'Islam,&lt;i&gt; Actes Sud-Sindbad, 2006&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Br&#232;ve Histoire des Empires,&lt;i&gt; Seuil, 2014 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fascination du Djihad, &lt;i&gt;PUF, 2016&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La d&#233;mocratie m&#233;rite-t-elle de survivre ?</title>
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		<dc:subject>Lasch C.</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Chap 4 &#233;ponyme du livre de Christpher Lasch &#171; La r&#233;volte des &#233;lites &#187; [1995], Climats 1996, pp. 89-100. L'isolement croissant des &#233;lites signifie entre autres choses que les id&#233;ologies politiques perdent tout contact avec les pr&#233;occupations du citoyen ordinaire. Le d&#233;bat politique se restreignant la plupart du temps aux &#171; classes qui d&#233;tiennent la parole &#187; , comme on a eu raison de les d&#233;crire, devient de plus en plus nombriliste et fig&#233; dans la langue de bois. Les id&#233;es circulent et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-149-lasch-c-+" rel="tag"&gt;Lasch C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-220-decence-commune-+" rel="tag"&gt;D&#233;cence commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chap 4 &#233;ponyme du livre de Christpher Lasch &#171; La r&#233;volte des &#233;lites &#187; [1995], Climats 1996, pp. 89-100.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'isolement croissant des &#233;lites signifie entre autres choses que les id&#233;ologies politiques perdent tout contact avec les pr&#233;occupations du citoyen ordinaire. Le d&#233;bat politique se restreignant la
plupart du temps aux &#171; classes qui d&#233;tiennent la parole &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Talking classes, par opposition &#224; la majorit&#233; silencieuse. (N. d. E.)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme on a eu raison de les d&#233;crire, devient de plus en plus nombriliste et
fig&#233; dans la langue de bois. Les id&#233;es circulent et recirculent sous
forme de scies et de r&#233;flexes conditionn&#233;s. La vieille querelle droite-
gauche a &#233;puis&#233; sa capacit&#233; &#224; clarifier les probl&#232;mes et &#224; fournir une
carte fiable de la r&#233;alit&#233;. Dans certains secteurs, l'id&#233;e m&#234;me de la
r&#233;alit&#233; est mise en cause, peut-&#234;tre parce que les classes qui d&#233;tiennent la parole habitent un monde artificiel dans lequel des simulations de la r&#233;alit&#233; remplacent la r&#233;alit&#233; proprement dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, les id&#233;ologies, de droite comme de gauche, sont &#224;
pr&#233;sent tellement rigidifi&#233;es que les id&#233;es nouvelles ne font que peu d'impression sur leurs partisans. Une fois qu'ils se sont herm&#233;tiquement ferm&#233;s aux arguments et aux &#233;v&#233;nements qui pourraient
remettre en question leurs convictions, les fid&#232;les n'essaient plus de
provoquer leurs adversaires dans un d&#233;bat. Pour l'essentiel, ils ne lisent que des ouvrages &#233;crits d'un point de vue identique au leur. Au lieu d'affronter des arguments qui ne leur seraient pas familiers, ils se satisfont de les cat&#233;goriser en arguments orthodoxes ou h&#233;r&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des deux c&#244;t&#233;s, la d&#233;nonciation des d&#233;viations id&#233;ologiques absorbe
une &#233;nergie qui pourrait mieux s'investir dans l'auto-critique, et cette disparition de la capacit&#233; &#224; l'auto-critique constitue le signe le plus
certain du caract&#232;re moribond d'une tradition intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'affronter les &#233;volutions politiques et sociales qui tendent &#224; remettre en cause les idoles conventionnelles, les id&#233;ologues
de droite et de gauche pr&#233;f&#232;rent s'envoyer des accusations de socialisme et de fascisme &#8212; ceci en d&#233;pit de la r&#233;alit&#233; &#233;vidente que ni le
socialisme ni le fascisme ne repr&#233;sentent le mouvement de l'avenir
Leur vision du pass&#233; est tout aussi d&#233;form&#233;e que celle des chose &#224;
venir. Ils se sont appliqu&#233;s &#224; fermer leurs oreilles aux analyses
sociales p&#233;n&#233;trantes fa&#231;onn&#233;es &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XIXe
si&#232;cle, lorsqu'il est devenu &#233;vident que la petite propri&#233;t&#233; disparaissait et que les gens commen&#231;aient &#224; se demander si les vertus associ&#233;es au statut de petit propri&#233;taire pouvaient &#234;tre sauv&#233;es, sous une
autre forme, dans des conditions &#233;conomiques qui semblaient
rendre ce statut intenable.
Avant la Guerre de S&#233;cession, il y'avait g&#233;n&#233;ralement accord
dans un large &#233;ventail de l'opinion politique pour dire que la d&#233;mocratie n'avait pas d'avenir dans une nation de travailleur &#224; gages.
L'&#233;mergence d'une classe permanente de salari&#233;s apr&#232;s la guerre fut
un d&#233;veloppement profond&#233;ment d&#233;rangeant, qui troubla les commentateurs de la vie politique am&#233;ricaine bien plus largement que
nous ne nous en sommes rendus compte. Les mouvements agrariens qui connurent leur apog&#233;e dans le parti du peuple (ou parti
populiste) n'&#233;taient pas les seuls &#224; tenter de sauver la petite production par le biais de coop&#233;ratives d'achat et de vente. Des lib&#233;raux
comme E. L. Godkin, r&#233;dacteur en chef influent de &lt;i&gt;The Nation&lt;/i&gt;
du &lt;i&gt;New York Evening Post&lt;/i&gt;, soutinrent aussi les mouvements coop&#233;ratifs jusqu'&#224; ce qu'ils s'aper&#231;oivent que ces mouvements avaient
besoin pour r&#233;ussir de r&#233;glementation par l'&#201;tat du cr&#233;dit et des
banques. Dans les premi&#232;res ann&#233;es du XXe si&#232;cle, en Europe, le syndicalisme r&#233;volutionnaire et le socialisme des guildes proposaient
des solutions hardies et imaginatives (m&#234;me si elles s'av&#233;raient en
d&#233;finitive inapplicables) au probl&#232;me du salariat, &#224; un moment o&#249;
la social-d&#233;mocratie capitulait devant la &#171; logique de l'histoire &#187; &#8212; le
mouvement r&#233;put&#233; inexorable vers la centralisation et la r&#233;duction
correspondante du citoyen &#224; un consommateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me aux &#201;tats-Unis o&#249; ne s'est jamais d&#233;velopp&#233; un puissant
mouvement syndicaliste-r&#233;volutionnaire, les questions que soulevaient les syndicalistes r&#233;volutionnaires engendr&#232;rent n&#233;anmoins
beaucoup de r&#233;flexions au cours de l'&#233;poque dite progressiste [1900-
1916]. Si la pens&#233;e progressiste &#233;tait vivante et suggestive, c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que, pour une si large part, elle s'opposait aux orthodoxies politiques associ&#233;es &#224; l'id&#233;e de progr&#232;s. Un certain nombre de
progressistes importants refusaient d'accepter que le prix &#224; payer
pour le progr&#232;s soit la division de la soci&#233;t&#233; entre une classe cultiv&#233;e
et une classe laborieuse. Et ils n'adh&#233;raient pas non plus &#224; l'assistanat d'&#201;tat comme unique moyen de prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts des travailleurs. Ils reconnaissaient la force de l'objection des conservateurs, pour lesquels les programmes d'assistance allaient promouvoir
un &#171; sentiment de d&#233;pendance &#187;, selon la formule d'Herbert Croly,
mais ils rejetaient leur affirmation selon laquelle &#171; le seul espoir du
salari&#233; est de devenir propri&#233;taire &#187;. Croly soutenait qu'une partie
des responsabilit&#233;s du &#171; fonctionnement du m&#233;canisme &#233;conomique
de la vie moderne &#187; devrait &#234;tre transf&#233;r&#233; &#224; la classe ouvri&#232;re &#8212; ou
plut&#244;t, arrach&#233; par les ouvriers &#224; leurs employeurs, puisque leur
&#171; ind&#233;pendance... ne serait pas grand chose &#187;, si elle leur &#233;tait
&#171; remise par l'&#201;tat ou par les associations patronales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sagesse conventionnelle, commune &#224; la gauche aussi bien qu'&#224;
la droite, veut que nous vivions dans une soci&#233;t&#233; inter-d&#233;pendante,
dans laquelle la vertu d'autonomie et de confiance en soi est devenue tout aussi anachronique que la production artisanale. La tradition populiste, telle que je la comprends du moins, s'en prenait &#224;
cette vision des choses. Le mot de passe populiste &#233;tait ind&#233;pendance et non pas inter-d&#233;pendance. Les populistes consid&#233;raient
l'autonomie et la confiance en soi (qui bien s&#251;r n'emp&#234;chent pas la
coop&#233;ration dans la vie civique et &#233;conomique) comme l'essence de
la d&#233;mocratie, une vertu qui n'a jamais cess&#233; d'&#234;tre requise. Ce qu'ils
reprochaient &#224; la production de masse et &#224; la centralisation
politique &#233;tait qu'elles affaiblissaient l'esprit d'autonomie et la
confiance en soi, et dissuadaient les gens d'assumer la responsabilit&#233;
de leurs actions. Ce qui sugg&#232;re que ces critiques sont plus convaincantes que jamais, c'est le culte de la victime et sa pr&#233;dominance
dans les campagnes r&#233;centes en faveur des r&#233;formes sociales. Par
contraste, la force du mouvement pour les droits civiques, que l'on
peut comprendre comme appartenant &#224; la tradition populiste, c'est
justement qu'il s'est toujours refus&#233; &#224; revendiquer une position
morale privil&#233;gi&#233;e pour les victimes de l'oppression. Martin Luther
King &#233;tait un lib&#233;ral dans sa th&#233;ologie de l'&#233;vangile social, mais
c'&#233;tait un populiste quand il soutenait que les Noirs devait assumer
la responsabilit&#233; de leur vie et quand il faisait l'&#233;loge des vertus
petites-bourgeoises : travailler dur, rester sobre, chercher son progr&#232;s
int&#233;rieur. Si le mouvement pour les droits civiques a &#233;t&#233; un
triomphe pour la d&#233;mocratie, c'est parce que sous la direction de
King un peuple rabaiss&#233; s'est m&#233;tamorphos&#233; en citoyens actifs, fiers
d'eux-m&#234;mes, qui, tout en d&#233;fendant leurs droits constitutionnels,
ont atteint une dignit&#233; nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;King avait une compr&#233;hension plus int&#233;grale de la d&#233;mocratie
que bien des d&#233;mocrates, et cette compr&#233;hension &#233;largie fait aussi
partie de l'h&#233;ritage populiste. Lorsqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1920,
Walter Lippmann commen&#231;a &#224; soutenir l'id&#233;e que l'opinion
publique est n&#233;cessairement mal inform&#233;e et qu'il vaut mieux laisser
le gouvernement entre les mains des sp&#233;cialistes, c'est &#224; juste titre
que John Dewey a contredit cette conception. Pour Lippmann, la
d&#233;mocratie ne signifiait rien de plus que l'acc&#232;s universel aux
bonnes choses de la vie. Pour Dewey, il fallait qu'elle repose sur &#171; la
prise de responsabilit&#233; &#187; par les hommes et les femmes ordinaires,
sur un &#171; d&#233;veloppement stable et &#233;quilibr&#233; de l'esprit et du
caract&#232;re &#187;. Ce qu'il n'expliquait pas, c'est comment exactement
dans un monde domin&#233; par des organisations g&#233;antes et les communications de masse, l'esprit de responsabilit&#233; pouvait prosp&#233;rer.
Les th&#233;oriciens classiques de la d&#233;mocratie doutaient que le gouvernement direct du peuple par lui-m&#234;me puisse fonctionner de
mani&#232;re tr&#232;s efficace au-del&#224; du niveau local &#8212; ce qui est la raison
pour laquelle ils voulaient conf&#233;rer autant de pouvoir que possible
au niveau local. Dewey lui-m&#234;me esp&#233;rait &#171; un mouvement de
retour... dans les patries locales de l'humanit&#233; &#187;, mais il ne pouvait
dire &#224; ses lecteurs comment devait se produire ce retour, puisqu'il
tenait pour admis que la centralisation &#233;tait in&#233;vitable, et aussi &#171; la
d&#233;sint&#233;gration de la famille, de l'&#233;glise et du quartier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;change Dewey-Lippmann pose la question d&#233;rangeante de
savoir si la d&#233;mocratie pr&#233;suppose des normes &#233;lev&#233;es de conduite
personnelle. &#192; la diff&#233;rence de beaucoup de lib&#233;raux contemporains, Dewey pensait clairement que o&#249;. Dans &lt;i&gt;The Public and Its Problems&lt;/i&gt; (1927), il remarquait avec inqui&#233;tude que &#171; les all&#233;geances
qui tenaient autrefois les individus, qui leur apportaient appui,
direction et unit&#233; de vision sur la vie, ont pour ainsi dire disparu. &#187;
Le probl&#232;me auquel renvoyait son titre &#233;tait la mani&#232;re de les
reconstituer, Comme d'autres penseurs progressistes, particuli&#232;rement Charles H. Cooley, Dewey avait &#224; c&#339;ur de r&#233;futer ceux qui
accusaient la d&#233;mocratie d'encourager la m&#233;diocrit&#233;, l'auto-satisfaction, un amour excessif du bien-&#234;tre, le laisser-aller dans le travail et
un conformisme timor&#233; avec l'opinion dominante. L'id&#233;e qu'il y a
incompatibilit&#233; entre d&#233;mocratie et excellence, que les crit&#232;res &#233;lev&#233;s
sont &#233;litistes (ou, comme nous dirions aujourd'hui, sexistes, racistes,
et ainsi de suite) de mani&#232;re inh&#233;rente &#224; toujours &#233;t&#233; le meilleur
argument contre la d&#233;mocratie. Malheureusement, de nombreux
d&#233;mocrates partagent cette opinion secr&#232;tement (ou moins secr&#232;tement) et sont donc incapables d'y r&#233;pondre. Au lieu de cela, ils se
replient sur l'affirmation que les hommes et les femmes d'une
d&#233;mocratie compensent par la tol&#233;rance ce qui leur manque en
caract&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La toute derni&#232;re variante de ce th&#232;me familier, qui le pousse
jusqu'&#224; l'absurde, est que, par respect de la diversit&#233; culturelle, nous
n'avons pas le droit d'imposer les crit&#232;res des groupes privil&#233;gi&#233;s aux
victimes de l'oppression. Cette id&#233;e est si clairement le s&#251;r moyen
d'arriver &#224; l'incomp&#233;tence universelle (ou du moins &#224; une fracture
d&#233;sastreuse entre les classes comp&#233;tentes et les classes incomp&#233;tentes) qu'elle est rapidement en voie de perdre le peu de cr&#233;dibilit&#233;
qu'elle a pu avoir quand notre soci&#233;t&#233; (&#224; cause de son abondance de
terre et d'autres ressources naturelles jointe &#224; son d&#233;ficit chronique
de main-d'&#339;uvre) laissait une marge plus g&#233;n&#233;reuse &#224; l'incomp&#233;tence. Les signes croissants qu'inefficacit&#233; et corruption sont largement r&#233;pandues, le d&#233;clin de la productivit&#233; am&#233;ricaine, la
recherche de profits sp&#233;culatifs aux d&#233;pens de l'activit&#233; industrielle,
la d&#233;t&#233;rioration des infrastructures mat&#233;rielles de notre pays, les
conditions de vie mis&#233;rables dans nos centres urbains accabl&#233;s de
criminalit&#233;, la mont&#233;e inqui&#233;tante et honteuse de la pauvret&#233;, et la
disparit&#233; qui s'&#233;largit entre richesse et pauvret&#233;, disparit&#233; &#224; la fois
moralement obsc&#232;ne et politiquement explosive &#8212; ces &#233;volutions
dont on ne peut plus ignorer ou dissimuler qu'elles repr&#233;sentent
une menace dangereuse ont rouvert le d&#233;bat historique sur la d&#233;mocratie. Au moment o&#249; elle triomphe avec &#233;clat du communisme,
voici que la d&#233;mocratie se trouve soumise chez nous au feu de violentes critiques, critiques qui ne manqueront pas de s'aggraver si la
situation continue de se d&#233;grader au rythme actuel. Des institutions
de forme d&#233;mocratique ne garantissent pas un ordre social qui fonctionne, comme nous l'apprennent les exemples de l'Inde et de
l'Am&#233;rique latine. Les conditions de vie dans les grandes villes am&#233;ricaines commen&#231;ant &#224; se rapprocher de celles du Tiers Monde, la
d&#233;mocratie va devoir enti&#232;rement refaire ses preuves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lib&#233;raux ont toujours eu comme position que la d&#233;mocratie
pouvait se passer de la vertu civique. Dans cette mani&#232;re de penser,
ce sont des institutions lib&#233;rales, et non pas le caract&#232;re des citoyens,
qui font fonctionner la d&#233;mocratie. La d&#233;mocratie est un syst&#232;me
juridique qui permet aux gens de vivre avec leurs diff&#233;rences. Toutefois, la crise de la comp&#233;tence et de la confiance civique qui nous
menace jette un doute particuli&#232;rement terrible sur le postulat com-
mode selon lequel les institutions, par opposition au caract&#232;re, apportent toute la vertu qu'il faut &#224; la d&#233;mocratie. La crise de la comp&#233;tence sugg&#232;re que nous avons besoin d'une interpr&#233;tation
r&#233;visionniste de l'histoire am&#233;ricaine, qui mette l'accent sur la mesure
dans laquelle la d&#233;mocratie lib&#233;rale a v&#233;cu sur le capital emprunt&#233;
aux traditions morale et religieuse ant&#233;rieures &#224; l'av&#232;nement du
lib&#233;ralisme. Un second &#233;l&#233;ment de ce r&#233;visionnisme est un respect
accru pour des traditions de pens&#233;e jusqu'&#224; pr&#233;sent n&#233;glig&#233;es, qui
d&#233;coulent du r&#233;publicanisme classique et de la th&#233;ologie protestante
des origines o&#249; il n'y a jamais eu d'illusions sur le peu d'importance
de la vertu civique. Plus nous en viendrons &#224; mesurer la valeur des
all&#233;geances qui autrefois apportaient aux individus &#171; appui, direction et unit&#233; de vision sur la vie &#187;, plus il nous faudra nous retourner comme guides vers des penseurs &#8212; Ralph Waldo Emerson, Walt
Whitman, Orestes Brownson, Nathaniel Hawthorne, Josiah Royce,
Charles H. Cooley, John Dewey, Randolph Bourne &#8212; qui avaient
compris que la d&#233;mocratie doit repr&#233;senter quelque chose de plus
exigeant que l'int&#233;r&#234;t personnel &#233;clair&#233;, &#171; l'ouverture d'esprit &#187; et la
tol&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'est pas simplement de savoir si la d&#233;mocratie peut
survivre. Cela seul suffit &#224; donner une urgence nouvelle aux probl&#232;mes que nous avons toujours mis tellement de z&#232;le &#224; &#233;viter. Mais
il est &#233;vident que la question en profondeur est de savoir si la d&#233;mocratie m&#233;rite de survivre. Quels que soient ses attraits intrins&#232;ques,
la d&#233;mocratie n'est pas une fin en soi, Elle doit &#234;tre jug&#233;e &#224; l'aune de
sa r&#233;ussite &#224; produire des biens sup&#233;rieurs, des &#339;uvres d'art et de
savoir sup&#233;rieures, un type de caract&#232;re sup&#233;rieur. Walt Whitman
&#233;crivait dans ses &lt;i&gt;Democratic Vistas&lt;/i&gt; (1871) : &#171; La d&#233;mocratie ne
pourra jamais faire ses preuves &#224; l'exc&#232;s de toute argutie que quand
elle aura fond&#233; et fera cro&#238;tre avec luxuriance ses propres formes
d'art &#187;, son propre &#171; caract&#232;re religieux et moral &#187;, les &#171; personnalit&#233;s parfaites &#187; qui feront de &#171; notre monde occidental une nationalit&#233; sup&#233;rieure &#224; toutes celles connues jusque l&#224; &#187;. Whitman croyait
que le test de la d&#233;mocratie &#233;tait de savoir si elle pourrait produire
un &#171; agr&#233;gat de h&#233;ros, de caract&#232;res, d'exploits, de souffrances, de
prosp&#233;rit&#233; ou de malheur, de gloire ou d'infamie, communs &#224; tous,
typiques de tous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux &#224; qui est cher l'id&#233;al d'un esprit ouvert (m&#234;me s'il
s'av&#232;re que c'est un esprit vide), ces propos o&#249; il est question de
h&#233;ros, d'exploits, de gloire et d'infamie sont automatiquement
suspects &#8212; de fait, ils sont effrayants. L'appel &#224; des mod&#232;les
d'h&#233;ro&#239;sme &#171; communs &#224; tous &#187; semble menacer le pluralisme des
engagements &#233;thiques que la d&#233;mocratie est oblig&#233;e de prot&#233;ger.
Toutefois, faute de normes communes, la tol&#233;rance devient indiff&#233;rence, et le pluralisme culturel d&#233;g&#233;n&#232;re en spectacle esth&#233;tique o&#249;
l'on savoure avec le plaisir du connaisseur les &#233;tranges coutumes de
nos voisins. Cependant, en tant qu'individus, nos voisins eux-m&#234;mes
ne sont jamais expos&#233;s au moindre type de jugement. La suspension
de tout jugement &#233;thique, dans la compr&#233;hension, ou l''incompr&#233;hension, du pluralisme qui a cours aujourd'hui, rend m&#234;me d&#233;plac&#233;
de parler simplement d'&#171; engagements &#233;thiques &#187;. Dans les d&#233;finitions de la diversit&#233; culturelle qui sont aujourd'hui en vigueur, tout
ce &#224; quoi on peut pr&#233;tendre, c'est &#224; de l'appr&#233;ciation esth&#233;tique. Les
questions qui sont cens&#233;es nous diviser au-del&#224; de tout espoir de
compromis s'av&#232;rent &#234;tre des questions de mode de vie, selon la
phras&#233;ologie actuelle. Comment dois-je m'habiller ? Que dois-je
manger ? Qui dois-je &#233;pouser ? Qui dois-je choisir comme ami (e) s ?
Dans ce contexte, la question qui compte v&#233;ritablement --- Comment
dois-je vivre ? &#8212; devient aussi affaire de go&#251;t, de pr&#233;f&#233;rence personnelle, d'idiosyncrasie, au mieux d'identification religieuse ou eth-
nique. Mais si elle est bien comprise, cette question plus profonde et
plus difficile demande que nous parlions de vertus impersonnelles
comme le courage physique, l'amour du travail bien fait, le courage
moral, l'honn&#234;tet&#233; et le respect pour les adversaires. En outre, si nous
croyons &#224; ces choses, nous devons &#234;tre pr&#234;ts &#224; les recommander &#224;
tout le monde comme conditions morales pr&#233;alables au bonheur.
Renvoyer tout le monde &#224; une &#171; pluralit&#233; d'engagements &#233;thiques &#187;
signifie que nous n'exigeons rien de personne et ne reconnaissons &#224;
personne le droit d'exiger rien de nous. Logiquement, suspendre
tout jugement nous condamne &#224; la solitude. &#192; moins d'&#234;tre pr&#234;ts &#224;
exiger des choses les uns des autres, nous ne pourrons conna&#238;tre que
la forme la plus rudimentaire de vie commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si nous ne pouvons tomber d'accord sur la d&#233;finition du
bonheur &#8212; et on pourrait soutenir que nous n'en avons pas encore
s&#233;rieusement fait l'effort &#8212; nous pouvons sans doute l'&#234;tre sur des
normes minimales de savoir-faire, de culture &#233;l&#233;mentaire et de comp&#233;tence g&#233;n&#233;rale. Sans ces normes, nous n'avons pas de base &#224; partir
de laquelle exiger ou accorder le respect. Des normes communes
Sont absolument indispensables &#224; une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. Ce
sont des soci&#233;t&#233;s organis&#233;es autour d'une hi&#233;rarchie du privil&#232;ge qui
peuvent se permettre des normes multiples, mais pas une d&#233;mocratie. Des normes &#224; g&#233;om&#233;trie variable signifient une citoyennet&#233; &#224;
deux vitesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconnaissance de l'&#233;galit&#233; des droits est une condition
n&#233;cessaire mais non suffisante de la citoyennet&#233; d&#233;mocratique. Si
tout le monde n'a pas acc&#232;s &#233;galement aux moyens de comp&#233;tence
(comme nous pourrions les d&#233;signer), l'&#233;galit&#233; des droits ne conf&#232;re
pas le respect de soi. C'est pourquoi c'est une erreur de fonder la
d&#233;fense de la d&#233;mocratie sur la fiction sentimentale qui veut que
les gens soient tous pareils. En fait, les gens n'ont pas tous les m&#234;mes capacit&#233;s (ce qui, bien s&#251;r, ne nous emp&#234;che pas de pouvoir
entrer par l'imagination dans la vie des autres). Comme l'a fait
remarquer Hannah Arendt, les Lumi&#232;res ont compris les choses &#224;
l'envers. C'est la citoyennet&#233; qui conf&#232;re l'&#233;galit&#233; et non pas l'&#233;galit&#233; qui cr&#233;e un droit &#224; la citoyennet&#233;. L'identit&#233; n'est pas l'&#233;galit&#233;
et, ajoute Hannah Arendt, &#171; pour cette raison, l&#233;galit&#233; politique
est le contraire m&#234;me de l'&#233;galit&#233; devant la mort. ou de l'&#233;galit&#233;
devant Dieu. &#187; L'&#233;galit&#233; politique &#8212; la citoyennet&#233; &#8212; met &#224; &#233;galit&#233;
des gens qui autrement sont in&#233;gaux dans leurs capacit&#233;s, et l'universalisation de la citoyennet&#233; doit donc &#234;tre accompagn&#233;e non
seulement par une formation th&#233;orique dans les arts de la citoyennet&#233; mais par des mesures con&#231;ues pour assurer la distribution la
plus large de la responsabilit&#233; &#233;conomique et politique, dont l'exercice est encore plus important qu'une formation th&#233;orique pour
enseigner &#224; bien juger, &#224; parler de mani&#232;re claire et convaincante, &#224;
avoir la capacit&#233; de d&#233;cider et &#224; &#234;tre pr&#234;t &#224; accepter les cons&#233;quences de nos actions. C'est en ce sens que la citoyennet&#233; universelle implique tout un monde de h&#233;ros. La d&#233;mocratie a besoin
d'un tel monde si la citoyennet&#233; ne veut pas devenir une formalit&#233; vaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie demande aussi une &#233;thique plus stimulante que la
tol&#233;rance. La tol&#233;rance, c'est bien joli, mais ce n'est que le commencement de la d&#233;mocratie, non sa destination. De nos jours, la
d&#233;mocratie est plus s&#233;rieusement menac&#233;e par l'indiff&#233;rence que par
l'intol&#233;rance ou la superstition. Nous sommes devenus bien trop
experts en bonnes raisons pour nous-m&#234;mes &#8212; pire encore, en
bonnes raisons pour les &#171; d&#233;favoris&#233;s &#187;. Nous sommes si occup&#233;s &#224;
d&#233;fendre nos droits (droits pour l'essentiel conf&#233;r&#233;s par d&#233;cision
judiciaire) que nous accordons peu de r&#233;flexion &#224; nos responsabilit&#233;s. Nous disons rarement ce que nous pensons, par crainte de blesser ou de choquer. Nous sommes r&#233;solus &#224; respecter tout le monde,
mais nous avons oubli&#233; que le respect doit se gagner. Le respect n'est
pas synonyme de tol&#233;rance ou de prise en compte de &#171; modes de vie ou communaut&#233;s diff&#233;rents &#187;. Il s'agit l&#224; d'une approche touristique
de la morale. Le respect est ce que nous &#233;prouvons en pr&#233;sence de
r&#233;ussites admirables, de caract&#232;res admirablement form&#233;s, de dons
naturels mis &#224; bon usage. Il implique l'exercice d'un jugement discriminant et non d'une acceptation indiscrimin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233; peine, en proie &#224; deux grandes peurs paralysantes : le
fanatisme et la guerre raciale. Ayant tardivement d&#233;couvert la contingence de tous les syst&#232;mes de croyance et de toutes les id&#233;ologies, nous
sommes hant&#233;s par les terreurs qui naissent quand on tient pour universelles des v&#233;rit&#233;s partielles. En un si&#232;cle qu'ont domin&#233; le fascisme et
le communisme, cette peur est compr&#233;hensible, mais il est sans aucun
doute possible actuellement de soutenir que la menace totalitaire
recule sans &#234;tre accus&#233; d'un exc&#232;s de confort intellectuel. Il n'est pas
vrai non plus, comme on nous l'affirme si souvent, que le fondamentalisme islamique soit un danger &#233;quivalent. Ceux qui se font trop de
soucis &#224; propos du fanatisme id&#233;ologique tombent souvent dans un
conformisme intellectuel qui leur est propre, ce que nous voyons particuli&#232;rement chez les intellectuels lib&#233;raux. Tout se passe comme s'ils
&#233;taient les seuls &#224; comprendre le danger de l'universalit&#233; mal plac&#233;e, la
relativit&#233; de la v&#233;rit&#233; et le besoin d'une suspension du jugement. Ces
intellectuels qui font profession de leur ouverture d'esprit se voient
comme une minorit&#233; civilis&#233;e dans un oc&#233;an de fanatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'enorgueillissant de s'&#234;tre &#233;mancip&#233;s de la religion, ils la comprennent
&#224; tort comme un ensemble de dogmes arr&#234;t&#233;s et absolus, qui r&#233;siste &#224;
toute esp&#232;ce d'&#233;valuation intelligente. Ils ne voient pas la discipline
contre le fanatisme que constitue la religion elle-m&#234;me, La &#171; qu&#234;te de
la certitude &#187;, comme disait Dewey, n'est nulle part condamn&#233;e avec
une passion aussi implacable que dans la tradition proph&#233;tique commune au Juda&#239;sme et au Christianisme : elle nous met en garde encore
et encore contre l'idol&#226;trie, y compris contre l'idol&#226;trie de l'&#233;glise. De
nombreux intellectuels supposent que la religion satisfait le besoin de
s&#233;curit&#233; morale et &#233;motionnelle &#8212; id&#233;e qui serait an&#233;antie par la
connaissance la plus passag&#232;re de la religion. Il semble qu'il y ait des
limites m&#234;me &#224; l'ouverture de l'esprit ouvert, limites qui se r&#233;v&#232;lent
vite quand la conversation en vient &#224; la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de l'intol&#233;rance raciale est &#233;troitement li&#233; au fanatisme. Ici encore, il y a une bonne dose de complaisance et de pharisa&#239;sme qui se m&#234;lent dans la peur de l'intol&#233;rance. Les classes intellectuelles semblent souffrir de l'illusion qu'elles sont les seules &#224;
avoir triomph&#233; des pr&#233;jug&#233;s raciaux. Selon elles, le reste du pays
demeure incorrigiblement raciste. Leur z&#232;le &#224; ramener bon gr&#233; mal
gr&#233; toutes les conversations &#224; [a question de la race suffit en soi &#224;
inciter au soup&#231;on que l'investissement qu'elles ont dans cette question va au-del&#224; de tout ce qui est justifi&#233; par l'&#233;tat r&#233;el des rapports
entre les races. La monomanie n'est pas un sympt&#244;me de bon jugement. Mais qu'il naisse du pharisa&#239;sme, de la panique ou des deux
m&#233;lang&#233;s, le postulat selon lequel la plupart des Am&#233;ricains demeurent racistes au fond d'eux-m&#234;mes ne saurait r&#233;sister &#224; un examen
attentif. L'am&#233;lioration des attitudes raciales est l'une des quelques
&#233;volutions positives de ces derni&#232;res d&#233;cennies. Non pas que le
conflit racial se soit apais&#233;, mais c'est une grave erreur d'interpr&#233;ter
tous les conflits comme des indices de la vision r&#233;trograde de l'Am&#233;ricain ordinaire, comme un retour de l'intol&#233;rance historique qui &#224;
jou&#233; un si grand r&#244;le dans l'histoire de notre pays. Le nouveau
racisme est r&#233;actif plut&#244;t que r&#233;siduel, et je ne dis m&#234;me pas r&#233;surgent. C'est une r&#233;action, m&#234;me si elle est incorrecte et choquante,
aux crit&#232;res in&#233;gaux de justice raciale qui apparaissent, aux yeux de
la plupart des Am&#233;ricains, comme d&#233;raisonnables et injustes.
Puisque l'on rejette banalement comme raciste toute opposition &#224;
l'in&#233;galit&#233; &#171; positive &#187; des normes, une des r&#233;actions &#224; cette insulte,
de la part des ouvriers, des gens modestes, accabl&#233;s par la discrimination positive et le &lt;i&gt;busing&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour parfaire le combat contre la s&#233;gr&#233;gation scolaire, entam&#233; en 1954, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#224; pr&#233;sent de la part des &#233;tudiants harcel&#233;s par les tentatives pour imposer une langue et une pens&#233;e politiquement correctes est d'accepter comme un titre de gloire
l'&#233;tiquette de &#171; raciste &#187;, de s'en targuer, avec un sens raffin&#233; de la
provocation, devant ceux qui veulent faire du racisme et des droits
des minorit&#233;s le seul sujet de d&#233;bat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue des gens qui sont obs&#233;d&#233;s comme d'une id&#233;e
fixe par le racisme et le fanatisme id&#233;ologique, la d&#233;mocratie ne
peut vouloir dire qu'une seule chose : la d&#233;fense de ce qu'ils appellent la diversit&#233; culturelle. Mais il y a des questions bien plus importantes qui sont pos&#233;es aux amis de la d&#233;mocratie : la crise de la comp&#233;tence ; la diffusion de l'apathie et d'un cynisme &#233;touffant ; la paralysie morale de ceux qui mettent au-dessus de toutes les valeurs &#171; l'ouverture d'esprit &#187;. Dans les ann&#233;es 1870, Walt Whitman &#233;crivait : &#171; Jamais peut-&#234;tre n'y eut-il plus de vide dans le c&#339;ur qu'il n'en existe &#224; pr&#233;sent et ici aux &#201;tats-Unis. La croyance authentique semble nous avoir quitt&#233;s. &#187; Ces mots sont toujours aussi actuels.
Quand donc serons-nous pr&#234;ts &#224; les &#233;couter ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Talking classes&lt;/i&gt;, par opposition &#224; la majorit&#233; silencieuse. (N. d. E.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour parfaire le combat contre la s&#233;gr&#233;gation scolaire, entam&#233; en 1954, et s'efforcer
d'obtenir l'int&#233;gration raciale dans les classes, malgr&#233; le r&#232;gne de la s&#233;gr&#233;gation dans l'habitat,
l'administration Johnson avait d&#233;cid&#233; une nouvelle action &#171; affirmative &#187;, ent&#233;rin&#233;e par la
Cour Supr&#234;me en 1971 : dans un district scolaire donn&#233; les cars de ramassage scolaire (&lt;i&gt;school
buses&lt;/i&gt;) transporteront les enfants noirs vers les &#233;coles jusque-l&#224; blanches et r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Violence gratuite : &#171; Ghetto&#239;sation &#187; ou clan ?</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1178-Violence-gratuite-Ghettoisation-ou-clan</link>
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		<dc:date>2024-08-06T09:23:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Psychiatrie</dc:subject>
		<dc:subject>Multiculturalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Progressisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Banlieue</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;meutes</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chapitre 7 du livre &#171; &#171; Ghetto&#239;sation &#187;, ou clan ? &#187;, pp. 67-87 du livre de Maurice Berger &#171; Sur la violence gratuite en France : Adolescents hyper-violents, t&#233;moignages et analyse &#187; (2019, L'Artilleur). 1) Qu'est-ce qu'un clan ? Un exemple dont beaucoup de Fran&#231;ais se souviennent va nous &#233;clairer. Les &#233;v&#233;nements suivants eurent lieu en 2015, &#224; Moirans, petite ville fran&#231;aise qui propose depuis de nombreuses ann&#233;es une aire d'accueil pour les gens du voyage, communaut&#233; gitane &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-71-psychiatrie-+" rel="tag"&gt;Psychiatrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-124-banlieue-+" rel="tag"&gt;Banlieue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-92-emeutes-+" rel="tag"&gt;&#201;meutes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre 7 du livre &#171; &#171; Ghetto&#239;sation &#187;, ou clan ? &#187;, pp. 67-87 du livre de Maurice Berger &#171; Sur la violence gratuite en France : Adolescents hyper-violents, t&#233;moignages et analyse &#187; (2019, L'Artilleur).&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Qu'est-ce qu'un clan ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un exemple dont beaucoup de Fran&#231;ais se souviennent
va nous &#233;clairer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements suivants eurent lieu en 2015, &#224;
Moirans, petite ville fran&#231;aise qui propose depuis de
nombreuses ann&#233;es une aire d'accueil pour les gens du
voyage, communaut&#233; gitane &#224; fonctionnement clanique.
Un de ses membres, un jeune homme, est emprisonn&#233;
pour des faits graves. Peu apr&#232;s, les membres de sa communaut&#233; exigent qu'il puisse sortir de son &#233;tablissement
p&#233;nitentiaire afin d'assister aux obs&#232;ques de son fr&#232;re, tu&#233;
dans un accident survenu avec une voiture vol&#233;e apr&#232;s
un cambriolage. Le refus du juge d&#233;clenche une &#233;meute,
le clan commet imm&#233;diatement d'&#233;normes d&#233;gradations
dans la ville &#224; la stup&#233;faction des habitants tr&#232;s choqu&#233;s.
Un an apr&#232;s, la confiance n'est pas r&#233;tablie de la part de
la population alors qu'il n'y avait pas eu de probl&#232;me
de cohabitation auparavant. Lors de son jugement, &#224;
l'audience, la manifestante la plus &#226;g&#233;e, grand-m&#232;re de
trois petits-enfants, d&#233;clare : &#171; J'avais la rage, la haine, je vous le dis franc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les causes souvent avanc&#233;es pour expliquer la
violence, le terme de &#171; ghetto&#239;sation &#187; revient de mani&#232;re
quasi automatique dans les discours de la plupart des
m&#233;dias, des sociologues et des politiques. Certaines
populations n'auraient pas d'autre choix que de vivre
dans certains quartiers &#171; sensibles &#187; pour des raisons &#233;conomiques, voire de racisme. &#171; Ghetto&#239;sation ? &#187; Eh bien,
non, les choses sont beaucoup plus compliqu&#233;es que cela,
et un nombre important de familles de jeunes violents
sont incapables de vivre autrement que dans une grande
proximit&#233; des uns avec les autres et donc de s'&#233;loigner
du quartier difficile en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Parce que ces familles pr&#233;sentent ce que
j'appelle un fonctionnement clanique, qui peut &#234;tre &#224;
l'origine de violences importantes. Il s'agit d'un mode
particulier de vie en groupe qui nous para&#238;t difficile
&#224; comprendre tant qu'on ne l'a pas rencontr&#233; dans la
r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Clan &#187;, mot ga&#233;lique qui vient du latin planta, signifie une origine commune d'o&#249; partent des rejetons. Un
clan est un groupe qui fonctionne comme un corps.
Ce corps a une t&#234;te, le plus souvent un patriarche,
parfois une matriarche (Ma Dalton...). Chaque personne qui en fait partie est un membre de ce corps.
Si elle s'&#233;loigne, c'est comme si le corps-groupe &#233;tait
amput&#233;, c'est donc litt&#233;ralement insupportable. Cet
&#233;loignement intol&#233;rable peut &#234;tre physique, comme
aller vivre &#224; distance ; ou psychologique, comme penser diff&#233;remment. Les groupes les plus fr&#233;quemment
concern&#233;s par ce mode de fonctionnement sont certaines familles du pourtour du bassin m&#233;diterran&#233;en
ou originaires d'Albanie, du Kosovo, ainsi que les gens
du voyage ou certaines familles de Roms, mais certaines familles fran&#231;aises de longue date peuvent avoir
un fonctionnement proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondement de l'organisation clanique est une
modalit&#233; particuli&#232;re d'appartenance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Qu'est-ce que l'appartenance ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que nous le voulions ou pas, nous appartenons tous
&#224; un ou plusieurs groupes : groupe familial, culturel,
religieux, politique ou national, et ceci d&#232;s notre naissance et sans que nous ayons eu le choix. Nous avons
construit notre personnalit&#233; sans nous en rendre compte
en nous appuyant sur ce groupe qui nous a transmis ses
mani&#232;res d'&#234;tre et de se comporter, ses int&#233;r&#234;ts et ses
valeurs : &#171; c'est un Dupont. &#187; On ne peut pas ne pas
appartenir &#224; un groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un groupe familial en g&#233;n&#233;ral, l'appartenance
prend la forme d'une sorte de lien &#171; inconditionnel &#187;
de chacun des membres &#224; l'&#233;gard des autres membres,
et, m&#234;me si l'un d'eux a commis un acte grave, on lui
apportera des oranges en prison. La famille est le lieu
o&#249; on revient l&#233;cher les plaies que le monde ext&#233;rieur
peut nous infliger. Il est exceptionnel d'&#234;tre banni de
son groupe familial dans la dur&#233;e, et malheur &#224; celui
qui subit cet exil ! L'exemple en est donn&#233; par Sakina,
adolescente maghr&#233;bine photographi&#233;e souriante et la
poitrine nue par une camarade qui met ensuite cette
photo sur les r&#233;seaux sociaux sans la pr&#233;venir. Ceci
porte atteinte &#224; l'honneur de sa famille, qui d&#233;cide de
bannir l'objet de sa honte. Cette jeune fille, par ailleurs fortement battue par son p&#232;re dans son enfance et
tr&#232;s violente elle-m&#234;me, flotte maintenant sans aucune
attache, comme une bulle, &#224; la merci de tout adolescent
ou adulte mal intentionn&#233;, mais auquel elle pourrait se
relier. Son d&#233;part du CER &#224; la fin de son s&#233;jour, o&#249; elle
s'est attach&#233;e &#224; son assistante familiale, a une tonalit&#233;
dramatique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3) Mouvement double&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, on peut remarquer que le mot &#171; appartenir &#187; a un double sens, qui renvoie &#224; un double mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Actif : s'approprier ses origines, choisir une appartenance pr&#233;cise.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Passif : &#234;tre la propri&#233;t&#233; de, &#234;tre poss&#233;d&#233; par.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ce double mouvement se joue en toute personne,
mais, dans le clan, on appartient au groupe sans choix
possible.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4) Deux mani&#232;res d'appartenir &#224; une famille ou &#224; un groupe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les familles non claniques, l'appartenance au
groupe est un fond sur lequel un sujet s'appuie pour
construire son autonomie. Le but de l'&#233;ducation d'un
enfant est alors qu'il apprenne le plus possible &#224; penser
par lui-m&#234;me et qu'il soit capable de quitter le foyer
de ses parents, de s'en &#233;loigner pour se construire un
projet de vie personnel. Dans cette d&#233;marche &#233;ducative,
chacun apprend &#224; penser en l'absence de l'autre, chacun peut &#234;tre en &#171; dialogue &#187; silencieux avec lui-m&#234;me
ou avec autrui. Penser &#224; l'autre quand il n'est pas l&#224;
est une mani&#232;re de maintenir un lien qui permet en
m&#234;me temps de supporter la distance physique. Chaque
membre du groupe acquiert donc cette capacit&#233; pr&#233;cieuse
qui consiste &#224; pouvoir tol&#233;rer un certain niveau de solitude sans angoisse et sans ennui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les familles &#224; fonctionnement clanique, c'est
l'inverse, le groupe a plus d'importance que l'individu.
Le but n'est pas que l'enfant acqui&#232;re une capacit&#233; de
penser par lui-m&#234;me, c'est m&#234;me une similitude de
pens&#233;e qui est souhait&#233;e ou impos&#233;e plus ou moins
explicitement. Le but n'est pas non plus que l'enfant
s'&#233;loigne du groupe familial, qui aurait alors le sentiment
d'avoir un membre en moins. La moiti&#233; des adolescents
maghr&#233;bins du CER m'indiquent avoir comme projet de vie &#224; l'&#226;ge adulte de vivre dans un appartement
situ&#233; &#224; c&#244;t&#233; de celui de leur m&#232;re, voire chez leur m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, ne pas avoir de pens&#233;e personnelle est en soi
une entrave &#224; l'&#233;loignement. &#192; la similitude de pens&#233;e
s'ajoute donc le besoin de proximit&#233; physique. Il faut
que chacun per&#231;oive l'autre auditivement lorsqu'il n'est
pas dans un endroit bien rep&#233;r&#233; (&#233;cole, travail). J'ai ainsi
souvent remarqu&#233; que dans le TGV, certaines personnes
se mettent en lien t&#233;l&#233;phonique avec un membre de leur
famille d&#232;s le d&#233;part du train et maintiennent la conversation jusqu'&#224; l'arriv&#233;e, m'obligeant &#224; leur demander
d'aller t&#233;l&#233;phoner sur la plate-forme comme le stipule
le r&#232;glement, plate-forme o&#249; elles restent pendant tout
le trajet. D&#233;sormais, Snapchat, qui permet de transmettre des photos &#224; tout moment (&#171; Je suis dans tel
magasin &#187;, etc.), ajoute la possibilit&#233; de maintenir un
lien visuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On devine les grandes difficult&#233;s, et m&#234;me les dangers,
auxquels se heurtent les professionnels lorsqu'ils doivent
retirer un enfant d'une famille clanique pour le prot&#233;ger
de n&#233;gligences ou de maltraitances importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fonctionnement clanique implique similitude de
pens&#233;e, ce qui a pour cons&#233;quence non seulement une
organisation tr&#232;s sp&#233;cifique des liens entre les membres
d'un groupe familial, mais aussi une repr&#233;sentation
de ces liens les emp&#234;chant d'envisager un autre fonctionnement. Dans toute culture &#224; fonctionnement
clanique, il existe plus de risques de comportements
violents de la part de ses membres, selon diff&#233;rentes
modalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5) Diff&#233;rentes modalit&#233;s de comportements violents&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour explorer ces diff&#233;rentes modalit&#233;s, j'ai choisi d&#8216;&#233;voquer ici l'organisation de certaines familles originaires du Maghreb&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une autre &#233;tude pourrait &#234;tre faite concernant les cons&#233;quences du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en partant de la phrase de l'&#233;crivain
Tahar Ben Jelloun : &#171; Le Maghreb, c'est la famille, le
groupe, le clan. &#187; Je pr&#233;cise que beaucoup de familles
maghr&#233;bines ne sont pas prisonni&#232;res du fonctionnement clanique qui va &#234;tre d&#233;crit ici. Il serait int&#233;ressant
d'effectuer une recherche sur le cheminement qui am&#232;ne
&#224; trouver un &#233;quilibre entre appartenance groupale et
autonomie de chaque membre d'une famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ce choix ? Parce qu'en tant que m&#233;decin je
raisonne en termes &#233;pid&#233;miologiques, ce qui consiste &#224;
chercher les facteurs communs qui peuvent d&#233;terminer
des probl&#232;mes de sant&#233;. En 2013, 60 % des enfants de
moins de 12 ans hospitalis&#233;s dans mon service pour violence &#233;taient d'origine maghr&#233;bine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;4% venaient d'autres pays et 8 % &#233;taient originaires de familles fran&#231;aises (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et il en est de m&#234;me
pour 88 % des adolescents admis au CER en 2018. Il
est possible que cette proportion soit li&#233;e au lieu d'implantation de ces structures, dans la r&#233;gion Rh&#244;ne-Alpes,
mais d'autres CER donnent un chiffre sup&#233;rieur &#224; 50 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de remarquer que 38 % de ces jeunes
sont n&#233;s dans leur pays d'origine ou peu apr&#232;s l'immigration de leurs parents, alors qu'on &#233;voque souvent la
pr&#233;dominance d'un effet &#171; troisi&#232;me g&#233;n&#233;ration &#187; chez
des familles install&#233;es en France depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour avancer dans ma r&#233;flexion, j'ai fait appel aux
travaux de plusieurs psychologues d'origine maghr&#233;bine.
Les indications des professionnels du CER, dont 55 % sont de la m&#234;me origine, m'ont aussi beaucoup aid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6) La violence clanique exerc&#233;e sur la pens&#233;e : les contraintes li&#233;es &#224; la similitude&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'exemple suivant montre ce qu'est l'obligation de
similitude de pens&#233;e pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me. Afin d'&#234;tre en
s&#233;curit&#233;, Karim X., 14 ans, est envoy&#233; par un juge des
enfants dans le CER o&#249; je travaille, car cet &#233;tablissement
est situ&#233; loin de sa ville. Dans son quartier d'origine,
il vient d'&#234;tre l'objet d'une tentative d'&#233;crasement par
une voiture pour ne pas avoir respect&#233; certaines r&#232;gles
en lien avec le trafic de drogues. Son fr&#232;re a&#238;n&#233; a &#233;t&#233;
tu&#233; pour avoir voulu une ascension trop rapide dans
ce trafic. Son p&#232;re a d&#233;cid&#233; de faire justice lui-m&#234;me
et suite &#224; de fausses informations, il a tu&#233; un homme
innocent. La famille de cet innocent a alors assassin&#233;
ce p&#232;re. Mme X. demande &#224; ses deux fils et &#224; sa fille
de ne pas chercher &#224; venger la mort de leur p&#232;re et
elle d&#233;veloppe, comme c'est souvent le cas dans ces
situations, une forte angoisse de perdre Karim, auquel elle t&#233;l&#233;phone r&#233;guli&#232;rement lorsqu'il est au pied de
leur immeuble avec des amis. Il dort maintenant dans
la m&#234;me chambre qu'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de son s&#233;jour au CER, il appara&#238;t que Karim pr&#233;sente une grande et ancienne hyperactivit&#233; avec trouble
attentionnel. Il est incapable de rester concentr&#233; plus de
quelques secondes sur des activit&#233;s physiques ou intellectuelles, &#224; tel point qu'une mise en stage d'apprentissage,
incluse dans le projet du CER, est impensable. On sait
que ce trouble peut &#234;tre d&#251; &#224; des soins trop discontinus
ou &#224; de la n&#233;gligence pendant la petite enfance (il peut
aussi &#234;tre d'origine neurod&#233;veloppementale, c&#233;r&#233;brale et
survenir chez un enfant &#233;lev&#233; dans un milieu familial
stable). Dans le cas de Karim, seul un traitement par
du m&#233;thylph&#233;nidate (Ritaline) peut lui procurer une
certaine continuit&#233; de pens&#233;e et lui permettre d'entrer
dans les apprentissages. J'en parle &#224; sa m&#232;re, re&#231;ue seule,
sans omettre les &#233;ventuels effets secondaires, et elle est
convaincue de la n&#233;cessit&#233; de cette m&#233;dication. Je la
re&#231;ois ensuite avec Karim et son fr&#232;re Rachid, &#226;g&#233; de
17 ans, visiblement d&#233;ficient intellectuel, scolaris&#233; depuis
longtemps en institution sp&#233;cialis&#233;e. Rachid d&#233;clare :
&#171; On ne cachetonnera pas mon fr&#232;re &#187;, bien que j'aie
expliqu&#233; que ce traitement ne donnait pas de somnolence. Karim reprend : &#171; Je refuse d'&#234;tre cachetonn&#233;. &#187;
Et, surprise ! Mme X. encha&#238;ne : &#171; Je ne veux pas qu'on
cachetonne mon enfant. &#187; Je souligne qu'en l'absence de
ce traitement il sera impossible de proposer un projet
professionnel &#224; Karim et qu'il n'aura donc pas d'autre
choix que de vivre du trafic de drogues, donc de risquer d'&#234;tre tu&#233; comme son fr&#232;re a&#238;n&#233;. Tous, l'un apr&#232;s l'autre, maintiennent leur refus que Karim soit &#171; cachetonn&#233; &#187;.
Je crains que le nom de ce jeune ne figure prochainement dans les journaux comme nouvelle &#171; victime d'un
r&#232;glement de comptes &#187; dans son quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Karim, il est donc plus violent de se diff&#233;rencier
de son fr&#232;re Rachid que de se faire tuer. Mais, en outre,
Mme X. ne peut pas penser que sa parole de parent
devrait avoir plus de poids que celle de ses enfants,
donc il n'y a plus de diff&#233;rence entre les g&#233;n&#233;rations.
Ce type de fonctionnement groupal abolit ainsi toute
r&#233;flexion sur l'origine. On peut aussi remarquer la fr&#233;quente absence de curiosit&#233; de la part de jeunes issus des
groupes &#224; fonctionnement communautaire concernant
l'histoire personnelle de leurs parents, le village et le pays
d'o&#249; vient leur famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'aspect positif du clan est la tr&#232;s forte solidarit&#233;
de ses membres entre eux, l'aspect n&#233;gatif est donc
qu'un tel syst&#232;me ne permet pas &#224; ses membres d'avoir
une pens&#233;e diff&#233;rente de celle de leur groupe originel.
Rouchdi Chamcham&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chamcham R., &#171; L'enfant imaginaire dans la famille immigr&#233;e d'origine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, psychologue et psychanalyste
marocain, souligne qu'en arabe, c'est le m&#234;me mot,
&lt;i&gt;Bid'&#224;&lt;/i&gt;, qui signifie &#171; h&#233;r&#233;sie &#187; et &#171; nouveaut&#233; &#187;, ce qui
montre l'interdit de penser diff&#233;remment de la tradition
groupale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais un troisi&#232;me sens de ce mot est &#171; merveilleux &#187;, donc il existe en m&#234;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Penser par soi-m&#234;me dans certains domaines
serait v&#233;cu par le sujet comme une menace de perdre
ses liens avec ce groupe, d'&#234;tre rejet&#233;, d'&#234;tre isol&#233;. Mais
ne pas avoir de pens&#233;e personnelle est une entrave &#224; la
scolarit&#233;, et, nous l'avons constat&#233;, ne pas &#234;tre capable
de critiquer est un terreau fertile pour diverses croyances
collectives, dont les th&#233;ories du complot qui sont alors
non contestables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nogaret A. S., &#171; Quartier libre pour la hallalisation des esprits &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s souvent, lorsqu'un jeune appartenant &#224; un clan
est en face de moi, je le vois comme un sujet parce qu'il
est seul face &#224; moi, alors qu'il se ressent d'abord comme
un membre de son clan. Je pense qu'il me voit comme
un sujet, alors qu'il me per&#231;oit comme un membre
d'un autre clan. En effet, au cours des entretiens avec
les adolescents du CER, j'ai souvent comme r&#233;ponse &#224;
mes questions : &#171; Vous ne pouvez pas comprendre, vous
n'&#234;tes pas comme nous &#187;. Ses termes &#171; VOUS &#187; et &#171; NOUS &#187;,
nous d&#233;signent, lui et moi, comme deux groupes au
fonctionnement impossible &#224; relier. Et il est difficile de
faire &#233;merger chez certains jeunes une position de sujet
ayant un minimum de pens&#233;e personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7) La violence clanique exerc&#233;e dans le couple et sur le couple&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Certes, comme je l'ai dit pr&#233;c&#233;demment, selon les sessions, entre 62 et 69 % des adolescents admis au CER ont
&#233;t&#233; expos&#233;s &#224; des sc&#232;nes de violences conjugales pendant
les deux premi&#232;res ann&#233;es de leur vie, sc&#232;nes qui se sont
imprim&#233;es dans leur cerveau sous la forme d'une m&#233;moire
traumatique et qui peuvent resurgir dans certaines circonstances les rappelant. Cette violence conjugale &#233;voque
ce qu'Abdessalem Yahyaoui, professeur de psychologie,
d&#233;crit comme un des organisateurs de certaines familles
maghr&#233;bines : l'in&#233;galit&#233; homme-femme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yahyaoui A., Exil et d&#233;racinement, Paris, Dunod, 2010.&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, m&#234;me s'il
s'agit d'un facteur important, on ne peut pas s'en contenter, et effectivement, d'autres dimensions sont en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yahyaoui d&#233;crit un autre organisateur de la famille
maghr&#233;bine : le &#171; grouple &#187;. Il signifie par ce terme que le
groupe familial inclut le couple qui ne dispose que d'un
espace propre limit&#233;, et le groupe peut m&#234;me d&#233;cider qui
fera couple avec qui. Quand je sugg&#232;re aux jeunes qui
souhaitent vivre chez leur m&#232;re &#224; leur majorit&#233; que leur
compagne pourrait peut-&#234;tre avoir envie d'habiter dans
un appartement plus ind&#233;pendant, r&#233;serv&#233; &#224; leur couple,
soulevant ainsi implicitement la question de l'intimit&#233;,
la r&#233;ponse est : &#171; Si elle veut &#231;a, elle d&#233;gage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un t&#233;moignage poignant, une jeune femme
alg&#233;rienne souligne le poids &#233;norme du groupe : &#171; Tu
ne te marie pas avec la personne avec qui tu as envie,
mais avec celle qui est reconnue int&#233;ressante par l'ensemble du groupe &#187;, d&#233;clare-t-elle. Elle parvient cependant &#224; avoir une vie sexuelle assez libre, mais au prix
de l'utilisation de drogues (&#171; ce n'est plus moi &#187;). Elle
termine son t&#233;moignage en d&#233;clarant : &#171; Je pr&#233;f&#232;re n'&#234;tre
sans aucune identit&#233; culturelle plut&#244;t que de m'ali&#233;ner &#224;
une culture, quelle qu'elle soit. Je n'ai nullement envie
de conserver des racines avec quoi que ce soit. C'est
important, le refus du lien affectif. Pas de patrie, pas de
religion, pas de nationalit&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La description compl&#232;te de cette situation, transmise gracieusement par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le prix qu'elle doit payer
est lourd pour se sentir &#234;tre une personne autonome :
se couper de son groupe familial et culturel, et de toute
appartenance en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;8) La violence clanique exerc&#233;e sur les membres du groupe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cet interdit de penser diff&#233;remment s'accompagne
souvent d'une violence intrafamiliale importante puisque
les divergences ne peuvent pas &#234;tre n&#233;goci&#233;es par la
parole. Cette violence n'est pas r&#233;v&#233;l&#233;e aux personnes
ext&#233;rieures, d'autant plus que les parents/patriarches sont
incritiquables en pens&#233;e et en parole. C'est l'omerta, le
silence lorsque la police vient enqu&#234;ter sur un crime
intraclanique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;9) La violence du clan exerc&#233;e sur les personnes ext&#233;rieures au groupe familial&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme le clan emp&#234;che d'imaginer toute autre forme
d'organisation du groupe, le monde lui appara&#238;t organis&#233;
sous forme de groupes claniques, sans hi&#233;rarchie. La police
n'est qu'un groupe parmi d'autres, g&#234;nant pour le trafic de
drogues, mais pas un ensemble de professionnels auxquels
la soci&#233;t&#233; a d&#233;l&#233;gu&#233; le r&#244;le de garantir la s&#233;curit&#233; de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, tout fonctionnement clanique produit une
dimension de pers&#233;cution par rapport &#224; l'ext&#233;rieur. Lorsqu'un membre du clan se trouve seul en difficult&#233; relationnelle, il ne peut pas voir autrui comme un individu
avec qui il serait possible de discuter, de n&#233;gocier, mais
comme le membre d'un groupe oppos&#233; au sien, l'autre
est alors ressenti comme membre d'un groupe hostile,
et le sujet ameute ou rameute un contre-groupe, son
groupe familial violent, ce qui donne : &#171; Mon p&#232;re (ou
mes fr&#232;res) va (ou vont) venir te tuer. &#187; Le groupe, pr&#233;venu par t&#233;l&#233;phone portable, peut rapidement venir en
meute, frapper et parfois tuer, sans m&#234;me chercher &#224;
comprendre comment l'&#233;ventuelle altercation &#224; d&#233;but&#233;
et quels en sont les enjeux. Ainsi, Medhi, 10 ans, hospitalis&#233; &#224; temps complet pour sa grande violence, d&#233;clare,
en mena&#231;ant avec un couteau une assistante sociale qui
essaie de le calmer : &#171; Vous, les Fran&#231;ais... &#187; Plus tard,
il me dira admirer les nazis. Ce sentiment repose-t-il sur
un fond d'antis&#233;mitisme ? Non, quand je lui demande
les raisons de cette admiration, il me r&#233;pond que c'est
&#171; parce qu'ils ont tu&#233; beaucoup de Fran&#231;ais &#187;. De nombreuses violences se sont produites &#224; l'int&#233;rieur de sa
famille, allant jusqu'au meurtre, mais aucun de ses
membres ne peut &#233;mettre de r&#233;serve sur ce fonctionnement : seuls les services sociaux sont critiquables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une famille o&#249; chacun a pu se construire un
minimum de pens&#233;e individuelle, les interdits coh&#233;rents
sont accept&#233;s et int&#233;rioris&#233;s parce que les parents transmettent, parmi leurs valeurs : &#171; Ne fais pas &#224; autrui ce
que tu ne voudrais pas qu'on te fasse. &#187; Au contraire,
dans un clan, ce sont des codes d'appartenance qui sont
transmis en priorit&#233; par rapport aux r&#232;gles de vie en
soci&#233;t&#233;, souvent avec peu de conscience morale &#224; l'&#233;gard
des personnes ext&#233;rieures au groupe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;10) Le clan et l'endogamie : une violence physique exerc&#233;e sur la descendance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, nous ne savons pas quelle prise en
charge proposer &#224; Sofiane, 15 ans. Il multiplie les vols
sous l'influence d'autres jeunes qui le mettent au d&#233;fi
de r&#233;aliser des d&#233;lits et fugue sans arr&#234;t du CER pour
retourner &#224; son domicile tout en disant vouloir rester dans
notre &#233;tablissement, ce que souhaitent aussi ses parents.
Il ne supporte pas qu'on lui dise &#171; non &#187; et devient alors
agressif. Il peut mettre de gros cailloux dans un carton
qu'il lance sur les &#233;ducateurs, ce qui oblige &#224; le contenir
au sol, et il est impossible de reprendre avec lui ce qui s'est
pass&#233;, car il n'&#233;coute rien. Dans son dossier, il est indiqu&#233;
qu'il ne sait ni lire ni &#233;crire, qu'il pr&#233;sente une hyperactivit&#233; avec trouble attentionnel apparue d&#232;s la marche,
qu'il a frapp&#233; tr&#232;s t&#244;t. Surtout, son quotient intellectuel
est &#224; 54, alors que la norme se situe entre 90 et 110,
ce qui signifie qu'il pr&#233;sente une d&#233;ficience intellectuelle
importante. Sa s&#339;ur a dit &#224; une &#233;ducatrice du CER que
son fr&#232;re &#233;tait handicap&#233; et ne comprenait rien, comme
leur p&#232;re qui occupe un emploi de travailleur handicap&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je le re&#231;ois avec sa m&#232;re, il demande toutes les
deux minutes si la discussion est termin&#233;e, puis se l&#232;ve pour
sortir, ce que sa m&#232;re et l'&#233;ducatrice l'emp&#234;chent de faire,
mais il r&#233;ussit finalement &#224; ouvrir rapidement la fen&#234;tre et
&#224; partir, ce qui provoque la fin pr&#233;matur&#233;e de l'entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#232;re a quand m&#234;me le temps de me pr&#233;ciser que
son fils n'a march&#233; qu'&#224; 22 mois (l'&#226;ge normal d'acquisition est entre 12 et 17 mois) et d&#233;clare spontan&#233;ment que
tous les enfants de sa famille &#233;largie ont des difficult&#233;s de
ce genre, en &#233;num&#233;rant les troubles de ses beaux-fr&#232;res,
de ses cousins, de ses neveux, de ses ni&#232;ces et autres,
avant d'ajouter : &#171; C'est g&#233;n&#233;tique. Mon mari est mon
cousin, et cela fait cinq g&#233;n&#233;rations que nous ne nous
marions qu'entre cousins germains en Tunisie. On ne
savait pas que cela donnait des probl&#232;mes. &#187; Elle n'&#233;tait
pas d'accord quand son p&#232;re lui a impos&#233; ce mariage alors
qu'elle connaissait &#224; peine son futur mari, mais &#171; il est
obligatoire de respecter son p&#232;re. On m'a mis une alliance
&#224; l'&#226;ge de 12 ans. &#187; Cette femme, qui a une volont&#233; et
une vitalit&#233; remarquables, d&#233;clare qu'elle est heureuse, elle
et son mari sont parvenus &#224; acheter une maison, ils ont
de quoi manger. Pour cela, elle a travaill&#233; en maisons de
retraite, a essay&#233; d'installer un &#233;tal sur un march&#233;, mais
cela a &#233;chou&#233;, car elle n'avait pas de chambre froide, et
elle est actuellement en discussion avec P&#244;le Emploi pour
s'acheter une camionnette qui lui permettrait de faire de
la restauration rapide sur une place publique. Cependant,
lors de la visite &#224; domicile de l'&#233;ducatrice du CER, la fille
de ce couple, &#226;g&#233;e de 17 ans et demi, explique qu'on va
la marier &#224; son cousin qu'elle n'aime pas. Elle n'est pas
d'accord, mais va devoir accepter &#224; cause de la famille.
Je pense alors &#224; une autre m&#232;re, alg&#233;rienne, mari&#233;e
de force &#224; 14 ans avec un cousin violent et alcoolique.
Lorsqu'elle est parvenue &#224; en divorcer malgr&#233; les menaces
de mort, son p&#232;re lui a dit : &#171; Tu renies ta race, tu le
paieras un jour ou l'autre &#187;, ce qui montre le risque de
perte d'appartenance lorsqu'un sujet se met &#224; penser et
&#224; d&#233;cider par lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans qu'on en sache toutes les raisons, on constate
l'existence fr&#233;quente d'un fonctionnement endogamique
entre les membres d'un clan. Environ 20 % des adolescents admis au CER sont n&#233;s d'un mariage entre cousins
germains souvent &#171; arrang&#233; &#187; ou forc&#233;. Dans les pays
d'Afrique du Nord, on consid&#232;re que ce mariage entre
cousins germains est la forme la plus parfaite d'union,
qualifi&#233;e de mariage royal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans une &#233;mission de Cinq Colonnes &#224; la une de 1960 consacr&#233;e aux conditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; partir de ses recherches
men&#233;es entre 1935 et 1938, au cours desquelles elle a
reconstitu&#233; la g&#233;n&#233;alogie de familles endogamiques dans
l'Aur&#232;s, l'ethnologue et future r&#233;sistante Germaine Tillion insiste sur la dimension de protection du patrimoine.
&#171; En fait, il s'agit de la terre &#224; laquelle les paysans sont
tr&#232;s attach&#233;s. Il y a un probl&#232;me d'h&#233;ritage, dramatique,
car, au moment de l'h&#233;ritage, la fille peut revendiquer
une part de la terre et, si elle &#233;pouse un &#233;tranger, celle-ci
pourra appartenir &#224; cet &#233;tranger. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien pour l'&#233;mission &#192; voix nue avec Germaine Tillion, janvier 1997, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi penser que l'endogamie est li&#233;e &#224; la
difficult&#233; de rencontrer un(e) partenaire autre que dans
la famille &#233;tant donn&#233;e la stricte s&#233;paration des hommes
et des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Germaine Tillion ajoute : &#171; L'endogamie est inqui&#233;tante
pour la sant&#233; des enfants. &#187; Effectivement, concernant
notre sujet, il est possible que ce type d'union favorise
une certaine dimension g&#233;n&#233;tique de l'impulsivit&#233;, le
temp&#233;rament. &#206;l est &#224; noter aussi que la schizophr&#233;nie a
une dimension g&#233;n&#233;tique reconnue, et l'impact d'unions
consanguines sur plusieurs g&#233;n&#233;rations est un r&#233;el facteur de risque &#224; ce niveau. Ce probl&#232;me est bien connu
par les psychiatres d'adultes fran&#231;ais, mais ils consid&#232;rent
qu'il serait trop politiquement incorrect d'en parler publiquement. Nous sommes donc face &#224; un tabou absolu.
Pourtant, cette coutume permet de r&#233;pondre partiellement aux questions concernant les troubles mentaux de
certains sujets radicalis&#233;s, dont beaucoup ont &#233;t&#233; rapidement qualifi&#233;s de &#171; loups solitaires &#187;, alors qu'on peut se
demander si leurs troubles psychiatriques n'en faisaient
pas des personnes particuli&#232;rement influen&#231;ables et manipulables par Daech. J'insiste sur le fait qu'il n'est pas
question ici de &#171; race &#187; : n'importe quel groupe humain
pratiquant des mariages consanguins sur plusieurs g&#233;n&#233;rations serait confront&#233; aux m&#234;mes probl&#232;mes. Un exemple
fameux est celui du mariage de Louis XIV avec sa cousine Marie-Th&#233;r&#232;se d'Autriche. J'ajoute &#233;galement que la
g&#233;n&#233;tique n'explique pas tout, mais c'est un facteur de
risque suppl&#233;mentaire parmi ceux que je d&#233;cris.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;11) Penser en termes de ghetto&#239;sation est donc une erreur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, affirmer qu'une ghetto&#239;sation de certaines parties
de la population en France est &#224; l'origine de la violence
et du communautarisme est inexact, car tr&#232;s &#233;loign&#233; des
processus en jeu. On est enferm&#233; par autrui dans un
ghetto alors qu'au contraire, dans toute appartenance
avec obligation de similitude de pens&#233;e et fonctionnement perceptif pr&#233;dominant, on est contraint d'y vivre,
mais la contrainte est int&#233;rieure, elle est autos&#233;cr&#233;t&#233;e,
car c'est l'&#233;loignement qui est angoissant, &#233;loignement
en pens&#233;e, mais aussi &#233;loignement physique hors de son
territoire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ceci n'est pas exclusif des difficult&#233;s de logement qui peuvent d&#233;terminer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;voque volontiers les probl&#232;mes pos&#233;s par le ch&#244;mage dans les quartiers difficiles, mais sans les mettre
en lien, pour des raisons id&#233;ologiques, avec le fait que
la France manque de travailleurs saisonniers au point
de faire intervenir chaque ann&#233;e des milliers d'ouvriers
agricoles des pays de l'Est. Il y a environ une quinzaine
d'ann&#233;es, un organisme public, la Soci&#233;t&#233; nationale des
chemins de fer fran&#231;ais dans mes souvenirs, avait d&#233;cid&#233;
de r&#233;server des postes &#224; des personnes habitant les quartiers difficiles, une forme de discrimination positive.
Pour faciliter les d&#233;marches, le bureau d'information
pour les embauches avait &#233;t&#233; install&#233; en plein milieu
d'un de ces quartiers. Pour environ 350 postes, seulement 230 personnes &#233;taient venues se renseigner. Postuler aurait signifi&#233; se trouver seul, loin du groupe de
ses semblables et sur un lieu inconnu, loin du territoire
du groupe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2018, le pr&#233;sident Macron a dit &#224; un ouvrier en horticulture qui se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me, certains adolescents du CER ne
veulent aller en stage d'apprentissage que dans un lieu
qui se trouve dans leur quartier ou &#224; proximit&#233; imm&#233;diate. Le raisonnement du pr&#233;sident Macron, qui mise
sur la croissance &#233;conomique pour diminuer le ch&#244;mage
et les probl&#232;mes dans les banlieues difficiles, se heurtera
&#224; ce mode de fonctionnement et &#224; ce besoin de s&#233;curit&#233;
incontournables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Lagrange, sociologue, indique que, dans les quartiers populaires, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seule une personnalit&#233; extr&#234;mement
forte parvient &#224; se distancier d'un groupe clanique sans
perdre le lien avec sa communaut&#233; d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode de relation entre mineurs dans le quartier est-il en partie une &#171; reproduction &#187; &#224; risque du fonctionnement familial clanique, un de ses avatars ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Une autre &#233;tude pourrait &#234;tre faite concernant les cons&#233;quences du fonctionnement groupal/tribal en Afrique subsaharienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;4% venaient d'autres pays et 8 % &#233;taient originaires de
familles fran&#231;aises dites de &#171; souche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Chamcham R., &#171; L'enfant imaginaire dans la famille immigr&#233;e d'origine maghr&#233;bine : de &#8220;l'enfant endormi&#8221; &#224; &#8220;l'enfant
messie ou MAHD &#187;, conf&#233;rence au CMPP de Firminy (42), 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Mais un troisi&#232;me sens de ce mot est &#171; merveilleux &#187;, donc
il existe en m&#234;me temps une attirance vers cette nouveaut&#233; inter-
dite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nogaret A. S., &#171; Quartier libre pour la hallalisation des
esprits &#187;, in &lt;i&gt;Causeur&lt;/i&gt;, 16 janvier 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Yahyaoui A., &lt;i&gt;Exil et d&#233;racinement&lt;/i&gt;, Paris, Dunod, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La description compl&#232;te de cette situation, transmise gracieusement par Rachid Doulyazal, se trouve dans &#171; Voulons-nous
des enfants barbares ? &#187;, page 156, Berger, 2008, Ed. Dunod.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans une &#233;mission de &lt;i&gt;Cinq Colonnes &#224; la une&lt;/i&gt; de 1960 consacr&#233;e aux conditions de vie des travailleurs immigr&#233;s en France, les membres du couple mari&#233; interview&#233; expliquaient &#234;tre des cousins
germains. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les chiffres sont impressionnants. Dans le Quotidien du M&#233;decin, un article explique que
60 % des mariages &#233;tant consanguins dans les &#201;mirats arabes unis,
les autorit&#233;s religieuses, pourtant tr&#232;s traditionalistes, autorisent
maintenant une consultation pr&#233;nuptiale afin de limiter le nombre
de maladies g&#233;n&#233;tiques trop fr&#233;quentes dans le pays (thalass&#233;mie, etc.). Une enqu&#234;te du &lt;i&gt;Reproductive Health&lt;/i&gt; (Tadmouri G. et al, &#171; Consanguinity and Reproductive Health Among Arabs &#187;,
in &lt;i&gt;Reproductive Health&lt;/i&gt;, 6:17, 8 octobre 2009) indique 70 % de
mariages consanguins au Pakistan, 67 % en Arabie saoudite, 64 %
aux &#201;mirats arabes unis, 39 % en Tunisie, 34 % en Alg&#233;rie et
28 % au Maroc. Les probl&#232;mes li&#233;s &#224; cette pratique ont &#233;t&#233; soulev&#233;s dans un article paru dans la tr&#232;s s&#233;rieuse revue m&#233;dicale,
&lt;i&gt;The Lancet&lt;/i&gt;, en 2011, qui montre que les mariages consanguins
fr&#233;quents dans la communaut&#233; pakistanaise de Grande-Bretagne
multiplient par deux le risque d'apparition de maladies g&#233;n&#233;tiques
chez les enfants (Eamonn S. et 44, &#171; Risk Factors for Congenital Anomaly in a Multiethnic Birth Cohort : an Analysis of
the Born in Bradford Study &#187;, in &lt;i&gt;The Lancet&lt;/i&gt;, 382:9901, 19-25
octobre 2013, p. 1350-1359). Cet article a &#233;t&#233; repris et comment&#233;
par Marine Perez dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; du 6 septembre 2013 (Perez M.,
&#171; Les mariages consanguins sont risqu&#233;s pour les descendants &#187;, in
&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, 6 septembre 2013, accessible en ligne : sante.lefigaro.
fr/actualite/2013/09/06/21 204-mariages-consanguins-sont-risques-pour-descendants).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Entretien pour l'&#233;mission &lt;i&gt;&#192; voix nue&lt;/i&gt; avec Germaine Tillion,
janvier 1997, rediffus&#233; par&lt;i&gt; France Culture&lt;/i&gt; le 19 avril 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ceci n'est pas exclusif des difficult&#233;s de logement qui peuvent
d&#233;terminer des choix de lieu d'habitation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En 2018, le pr&#233;sident Macron a dit &#224; un ouvrier en horticulture qui se plaignait de ne plus avoir de travail qu'&#171; il suffisait
de traverser la rue pour en trouver &#187;, ce qui est impossible pour
certaines personnes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Lagrange, sociologue, indique que, dans les quartiers
populaires, l'autonomie individuelle &#224; perdu du terrain au profit
d'une organisation gr&#233;gaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le XXIe si&#232;cle comme cr&#233;puscule du XXe</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Fargette G.</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Progressisme</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;lectoralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin n&#176;09 &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, 2005, repris dans livre in&#233;dit &#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187; (2019), 260 p. Sommaire Avant-propos : D&#233;truire l'Occident, disent-ils Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe &#8212; Ci-dessous Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance Violences et banlieues fran&#231;aises L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001 La motivation actuelle du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-48-fargette-g-+" rel="tag"&gt;Fargette G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-115-electoralisme-+" rel="tag"&gt;&#201;lectoralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin n&#176;09 &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, 2005, repris dans livre in&#233;dit &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1055-Crepuscule-de-l-Occident-ou-du-XXe-siecle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (2019), 260 p.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1734 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' arial-label=&#034;&#034; class=&#034;fond mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034; data-photo-w=&#034;822&#034; data-photo-h=&#034;1178&#034; &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:143.30900243309%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;taille=300&amp;1709039886' alt='' data-src='IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' data-l='822' data-h='1178' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1709039886 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=600&amp;#38;1709039886 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1193-Detruire-l-Occident-disent-ils' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Avant-propos : &lt;strong&gt;D&#233;truire l'Occident, disent-ils&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe&lt;/strong&gt; &#8212; Ci-dessous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?551-Renaissance-d-un-imperialisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?181-La-quatrieme-guerre-mondiale-s' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?301-Violences-et-banlieues-francaises' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Violences et banlieues fran&#231;aises&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?569-L-affaire-des-caricatures-plus' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?563-La-motivation-actuelle-du-stalino' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La motivation actuelle du stalino-gauchisme et des &#8220;bien-pensants&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1157-L-injection-goutte-a-goutte-du-poison-de-la-charia' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'injection goutte-&#224;-goutte du poison de la charia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1024-Liste-provisoire-des-faits-de-Charia-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Liste provisoire des faits accomplis de Charia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1161-Apotheose-des-Nique-la-France-a-Marseille' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premier octobre 2017 : Apoth&#233;ose des &#171; Nique-la-France &#187; &#224; Marseille&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1162-L-islam-a-la-lumiere-de-la-poesie-sans-rivage' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Recension : l'islam &#224; la lumi&#232;re de la po&#233;sie sans rivages&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1026-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'acharnement &#224; liquider les nations&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1053-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Annexe sur le personnage Hitler&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1163-Aux-sources-du-Totalitarisme-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Aux sources du totalitarisme (ce stalino-gauchisme qui ne passe pas&lt;/strong&gt;)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; l'euph&#233;misme d'une soci&#233;t&#233; &#224; plusieurs vitesses, qui pouvait &#234;tre, &#224; la rigueur, valide dans une &#233;poque de croissance &#233;conomique et sociale g&#233;n&#233;ralis&#233;e, nous vivons bel et bien dans une soci&#233;t&#233; &#224; plusieurs &#233;tages. Sous des apparences de grande fluidit&#233;, nous en sommes revenus &#224; des structures hi&#233;rarchiques particuli&#232;rement rigides. Dans la mesure o&#249; la dynamique du jeu des classes sociales fondait le dynamisme des nations, comment s'&#233;tonner de l'usure que celles-ci trahissent ?&#8200;La disparition des tendances r&#233;volutionnaires et plus encore l'&#233;vanouissement de l'esprit public&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les derni&#232;res tentatives r&#233;volutionnaires en Occident se sont manifest&#233;es &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sont infiniment significatifs. Mais cette r&#233;alit&#233; b&#233;n&#233;ficie d'un travestissement qui h&#233;rite de toutes les techniques de mensonges d&#233;velopp&#233;es au cours du XX&#232;me si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La technique industrielle du mensonge exige que certains s&#700;emparent de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;tat des soci&#233;t&#233;s contemporaines est aujourd'hui dict&#233; par celui de leurs pr&#233;tendues &#233;lites. La disparition des r&#233;sistances organis&#233;es &#224; leurs men&#233;es ne pouvait que modifier en profondeur la nature m&#234;me de ce que l'on appelait autrefois la &#8220;classe dominante&#8221;. Celle-ci supposait dans son existence imm&#233;diate comme dans son &#234;tre profond la pr&#233;sence d'un adversaire antagoniste.&#8200;Et cet antagonisme constituait le pivot plus ou moins cach&#233; de la formation sociale tout enti&#232;re. L'&#233;lan de l'&#201;tat-nation n'&#233;tait pas concevable sans l'&#233;nergie de la lutte de classes, dont il se nourrissait. Les secteurs socialement dominants n'&#233;chappent pas &#224; la fragmentation g&#233;n&#233;rale, bien qu'ils demeurent les seuls capables de d&#233;finir un mode de coop&#233;ration collectif qui ne sombre pas instantan&#233;ment dans l'incapacit&#233;. La mafia, cette structuration r&#233;gressive des rapports sociaux, ce retour des liens client&#233;listes verticaux aux d&#233;pens des rapports de classe horizontaux, est le mod&#232;le de moins en moins secret sur lequel se recompose ce qu'il faut bien appeler une oligarchie, qui ne se sent plus li&#233;e par aucun contrat social, m&#234;me de fa&#231;ade. Seules comptent pour elle les alliances tactiques imm&#233;diatement profitables. La r&#233;sistance ouverte du monde du travail s'est mu&#233;e en d&#233;robades de moins en moins assum&#233;es. Le glissement du tandem gr&#232;ve-maladie chez les salari&#233;s vers un strict absent&#233;isme &#224; alibi sanitaire, illustre bien la mani&#232;re des dissidences actuelles : presque toujours biais&#233;es, masqu&#233;es, pour &#233;viter de d&#233;fier frontalement ce qui se pr&#233;sente comme une autorit&#233; sans r&#233;plique. Si le XIX&#232;me si&#232;cle a &#233;t&#233; celui des soci&#233;t&#233;s de classes, le XX&#232;me les a liquid&#233;es sans les d&#233;passer, et ce d&#233;sastre commande tous les autres. La trilogie officielle, le bourgeois, le militaire et le pr&#234;tre, a fait place &#224; celle de l'oligarque, du juge et du psychiatre. Le policier et le militaire sont toujours l&#224;, tapis dans les coulisses de la soci&#233;t&#233;, pr&#234;ts &#224; bondir sur tout ce qui bouge, mais ces personnages ne se tiennent plus en premi&#232;re ligne, sauf dans les fictions envahissantes de l'industrie du divertissement. Ce serait consid&#233;r&#233; comme une maladresse de &#8220;gouvernance&#8221;. Ce dispositif r&#233;sume la nature de la &#8220;d&#233;mocratie r&#233;ellement existante&#8221;, toute d'apparence. Une affiche publicitaire pour un magazine quelconque a formul&#233; la question rh&#233;torique : &#171; Sommes-nous tous en libert&#233; surveill&#233;e ? &#187;, sans se rendre compte que la poser, c'&#233;tait d&#233;j&#224; y r&#233;pondre. L'oligarchie, &#224; l'instar de la bureaucratie, pr&#233;tend ne pas exister comme groupe actif et pr&#233;dateur, mais elle ne cesse d'osciller entre l'affirmation de sa diff&#233;rence et un d&#233;sir d'invisibilit&#233;.&#8200;Elle se d&#233;voile par raccroc dans les scandales de &#8220;corruption&#8221; qui esquissent ses contours, en trahissant les lignes de force de ce qui s'impose dans la p&#233;nombre des rapports de pouvoir effectifs. Et si les sinistres personnages de viveurs vampires ne sont pas difficiles &#224; trouver en son sein&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me si les Berlusconi, Tapie, Fabius, Strauss-Kahn pullulent, ils semblent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les saigneurs du monde, &#224; l'instar des dignitaires nazis qui n'assumaient leurs crimes qu'en petit comit&#233;, ne se sentent jamais tout &#224; fait pr&#233;sentables. L'oligarchie fran&#231;aise est tent&#233;e par l'image d'une coll&#233;gialit&#233; grise de cadres compass&#233;s, ce qu'un Jospin repr&#233;sente avec une &#233;tonnante ad&#233;quation, mais il y a l&#224; aussi une source d'incoh&#233;rence.&#8200;Les puissants veulent en g&#233;n&#233;ral un symbole un peu plus clinquant pour les repr&#233;senter devant la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question r&#233;sume donc toutes les autres : quand finira le cr&#233;puscule historique qui prolonge ce XX&#232;me si&#232;cle de cauchemar ? L'histoire, de plus en plus profond&#233;ment enlis&#233;e sur la face sombre d'un temps qui a cess&#233; de tourner, n'est plus anim&#233;e que de soubresauts destin&#233;s &#224; faire un peu plus diversion d'une r&#233;alit&#233; que l'on ne veut pas voir. La nature m&#234;me des couches dirigeantes actuelles confirme que le cours g&#233;n&#233;ral de l'histoire est &#8220;verrouill&#233;&#8221; sur un objectif calamiteux.&#8200;Seul un hasard, un authentique accident, pourrait mettre un terme effectif au XX&#232;me si&#232;cle, cet immense et interminable avortement historique. Le XXI&#232;me si&#232;cle s'annonce comme le cr&#233;puscule ind&#233;fini du pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 12 juin 2001&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les derni&#232;res tentatives r&#233;volutionnaires en Occident se sont manifest&#233;es &#224; sa p&#233;riph&#233;rie, en Hongrie en 1956&#8200;et en Espagne en 1936.&#8200;Le Mai 68 fran&#231;ais n&#700;en a repr&#233;sent&#233; qu&#700;une esquisse nostalgique, vite dissip&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La technique industrielle du mensonge exige que certains s&#700;emparent de l&#700;apparence de la critique officielle. Cette fausse critique a ses professionnels, sociologues comme Bourdieu, journalistes comme S.&#8200;Halimi, cin&#233;astes plus ou moins dissidents tels que P.&#8200;Carles, etc. Les &#8220;r&#233;publicains des deux rives&#8221; ou &#8220;souverainistes&#8221; ont tent&#233; d&#700;allier une influence populaire &#224; un discours institutionnel autoritaire. Leur faiblesse, c&#700;est d&#700;&#234;tre des imp&#233;rialistes d&#233;&#231;us, qui r&#234;vent d&#700;une &#233;poque o&#249; l&#700;&#201;tat fran&#231;ais pouvait ravager l&#700;Europe ou l&#700;Afrique et qui butent sur l&#700;&#233;normit&#233; de son d&#233;clin historique. L&#700;analyse de cette fausse critique pr&#233;sente un grand int&#233;r&#234;t, mais on peut d&#233;j&#224; se r&#233;f&#233;rer &#224; un livre de L.&#8200;Janover, malgr&#233; son titre ridicule &#8220;Thermidor mon amour&#8221;, pour un tour d&#700;horizon pr&#233;liminaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M&#234;me si les Berlusconi, Tapie, Fabius, Strauss-Kahn pullulent, ils semblent condamn&#233;s &#224; des triomphes pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>P&#233;dopsychiatrie : la fabrique des barbares</title>
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		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

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&lt;p&gt;Retranscription de l'&#233;mission du podcast &#171; H&#233;r&#233;tiques &#187; diffus&#233; les 1er et 15 mai 2024 sous un titre &#233;ponyme. Jusqu'ici cantonn&#233;s &#224; des milieux jug&#233;s d&#233;pressifs ou nostalgiques, les discours alarmants sur le d&#233;labrement de nos soci&#233;t&#233;s se sont r&#233;pandus. Ils sont maintenant cautionn&#233;s par le sommet de l'&#201;tat, qui &#233;voque ouvertement &#171; l'effondrement &#187; et la &#171; d&#233;civilisation &#187;. C'est que les effets concrets en sont de moins en moins escamotables : chacun peut vivre, &#224; sa petite &#233;chelle, la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-71-psychiatrie-+" rel="tag"&gt;Psychiatrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-67-psychotherapie-+" rel="tag"&gt;Psychoth&#233;rapie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-286-Elmansour-Sofia-+" rel="tag"&gt;Elmansour Sofia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/27n5boicitcun1kboadir3npk6btujgxsma1k656_400x400.jpg?1763457514' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Retranscription de l'&#233;mission &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1052-Podcasts' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;du podcast &#171; H&#233;r&#233;tiques &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; diffus&#233; &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2024/05/01/pedopsychiatrie-la-fabrique-des-barbares-avec-sofia/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;les 1er et 15 mai 2024 sous un titre &#233;ponyme&lt;/strong&gt;.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici cantonn&#233;s &#224; des milieux jug&#233;s d&#233;pressifs ou nostalgiques, les discours alarmants sur le d&#233;labrement de nos soci&#233;t&#233;s se sont r&#233;pandus. Ils sont maintenant cautionn&#233;s par le sommet de l'&#201;tat, qui &#233;voque ouvertement &#171; l'effondrement &#187; et la &#171; d&#233;civilisation &#187;. C'est que les effets concrets en sont de moins en moins escamotables : chacun peut vivre, &#224; sa petite &#233;chelle, la d&#233;gradation continue de ses conditions de vie et l'irruption, &#224; pr&#233;sent quotidienne, d'une violence feutr&#233;e ou meurtri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'univers m&#233;dico-social est peut-&#234;tre la pointe avanc&#233;e de cette d&#233;liquescence, &#224; la crois&#233;e de la &#171; crise &#187; de l'&#233;ducation, de l'avachissement de la psychiatrie, de la surench&#232;re technologique, de la politique gestionnaire et du changement de nature de l'immigration. Les institutions de soin et d'&#233;ducation, cens&#233;es former et accompagner des individus libres et responsables, deviennent progressivement des fabriques de barbares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sofia, animatrice, institutrice puis psychop&#233;dagogue exp&#233;riment&#233;e d&#233;crit cette catastrophe permanente avec la justesse des praticiens de base pour en appeler &#224; la renaissance de l'int&#233;r&#234;t collectif et la fin de la b&#234;tise savante.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Premi&#232;re partie :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_1999 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_document_avec_legende spip_document_player spip_documents_player spip_doc_player&#034; data-legende-len=&#034;82&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
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&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Seconde partie :&lt;/p&gt;
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&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sofia, vous &#234;tes institutrice sp&#233;cialis&#233;e et &#234;tes venue nous parler du diagnostic tr&#232;s sombre que vous portez sur le milieu m&#233;dico-social. Votre parcours est int&#233;ressant parce que vous avez commenc&#233; la carri&#232;re dans l'animation en tant qu'animatrice, et vous &#234;tes devenue ensuite directrice de centres de loisirs et de vacances, durant des ann&#233;es. &#192; la suite de &#231;a, vous &#234;tes partie dans l'&#233;ducation nationale en tant qu'institutrice et vous avez int&#233;gr&#233; de multiples &#233;tablissements &#8211; vous en avez tir&#233; d'ailleurs des textes, on va en parler juste apr&#232;s &#8211; et vous &#234;tes pass&#233;e maintenant dans le monde de la p&#233;dopsychiatrie depuis une dizaine d'ann&#233;es, o&#249; &#233;galement vous avez eu un parcours assez g&#233;n&#233;ral en passant d'institutions en institutions. Vous avez &#233;tabli &#224; peu pr&#232;s &#224; chaque moment des diagnostics, des textes, notamment, il y a une vingtaine d'ann&#233;es, le texte, l'article &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?296-C-est-pire-que-si-il-n-y-avait' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; C'est pire que s'il n'y avait rien [Exp&#233;rience de d&#233;crochage en classe relais exp&#233;rimentale] &#187;&lt;/a&gt; qui relatait vos aventures dans un &#233;tablissement d'&#233;ducation sp&#233;cialis&#233;, et puis &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?837-en-banlieue-l-islamisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; En banlieue, l'islamisme &#233;l&#233;mentaire &#187;&lt;/a&gt;, sur l'entr&#233;e de l'islamisme dans les &#233;coles primaires, puis, sp&#233;cifiquement sur l'immigration et l'islam, &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?589-Nous-immigres-arabes-face-a-nos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Nous immigr&#233;s arabes face &#224; nos choix politiques &#8211; Double culture : source d'ali&#233;nations ou force &#233;mancipatrice ?&#8230; &#187;&lt;/a&gt;, et une &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?681-islamisme-islamophobie-islamo' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Br&#232;ve histoire de l'islamisme &#187;&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Est-ce que vous pourriez nous parler un peu de votre parcours ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez fait mention de textes autour de la th&#233;matique de l'islamisme. D'abord, je voudrais pr&#233;ciser que je suis issue d'une famille d'immigr&#233;s issus du Maghreb. Je suis n&#233;e en France au d&#233;but des ann&#233;es 1970. Mi-m&#234;me, j'ai &#233;t&#233; scolaris&#233;e en France, et que &#231;a a &#233;t&#233; pour moi un moment de ma vie qui m'a permis de m'&#233;manciper d'&#233;norm&#233;ment de choses, mais pas que &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; l'&#233;cole, &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; l'&#233;ducation populaire aussi. Donc assez rapidement, tr&#232;s jeune, vers les 17 ans, j'ai voulu &#224; mon tour avoir une fonction d'animatrice et transmettre ce qu'on m'avait transmis et participer &#224; la formation des nouvelles g&#233;n&#233;rations dans un milieu qui me paraissait moins corset&#233; que le milieu de la classe ou de l'&#233;cole. On pouvait s'y permettre &#233;norm&#233;ment de libert&#233; et on pouvait transmettre beaucoup de choses qui allaient au-del&#224; du simple savoir scolaire &#8211; que je ne d&#233;nigre absolument pas &#233;videmment. Donc &#224; ce moment-l&#224;, je suis devenue animatrice, puis assez rapidement directrice, tout en me formant aux p&#233;dagogies dites alternatives, notamment &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle, dont une des r&#233;f&#233;rences, mais pas que, fut Fernand Oury, fr&#232;re du psychiatre Jean Oury, dont je reparlerais peut-&#234;tre un petit peu plus tard. Donc formation &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle, formation aussi bien universitaire que de terrain. C'est-&#224;-dire que rapidement, j'ai voulu mettre en pratique tous ces concepts qu'on me transmettait, notamment la question de l'articulation du collectif et de la Loi, qui me paraissait une question fondamentale et que j'ai essay&#233; de travailler de diff&#233;rentes mani&#232;res en mettant cela en pratique. Dans des colos o&#249; on bricolait, o&#249; &#231;a marchait plus ou moins bien, &#231;a d&#233;tonnait par rapport &#224; ce qui se faisait &#224; l'&#233;poque o&#249;, en g&#233;n&#233;ral, je parle du milieu des ann&#233;es 1990, on avait plut&#244;t des centres de vacances type UCPA, o&#249; tout &#233;tait d&#233;j&#224; ficel&#233;, etc.n je ne m'&#233;tendrai pas trop sur ces exp&#233;riences. Tout &#231;a pour dire que j'en venais en tant qu'enfant et que j'y accordais &#233;norm&#233;ment d'importance, &#231;a me paraissait un outil d'&#233;mancipation indispensable et que &#231;a a &#233;t&#233; vraiment une passion. Voil&#224;, &#231;a m'a pris assez jeune et que &#231;a a &#233;t&#233; vraiment une passion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais c'est un milieu que vous avez quitt&#233;, finalement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, c'est un milieu que j'ai quitt&#233; au milieu des ann&#233;es 2000, parce que c'est un milieu qui commence &#224; &#234;tre gangren&#233; d'animateurs &#171; j'm'en foutiste &#187;, au pire, on avait des directeurs tr&#232;s carri&#233;ristes, qui visaient la mont&#233;e dans la hi&#233;rarchie, notamment municipale. Une infiltration, aussi, de ce qu'on appellerait aujourd'hui les indig&#233;nos, enfin, les indig&#233;nistes, des animateurs issus des quartiers&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les grands fr&#232;res&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, grands fr&#232;res, enfin&#8230; Moi, je n'appellerais pas &#231;a des grands fr&#232;res, parce qu'ils ne jouaient m&#234;me pas le r&#244;le de grands fr&#232;res. Un grand fr&#232;re, &#231;a peut &#234;tre tr&#232;s structurant, &#231;a peut jouer un r&#244;le de substitut parental quand les parents sont d&#233;faillants. L&#224;, non, c'&#233;tait vraiment les copains, c'&#233;tait le mod&#232;le identificatoire de la racaille. C'&#233;tait des gens qui pouvaient aussi v&#233;hiculer une certaine pratique de l'islam rigoriste, petit &#224; petit, par petites touches. D'ailleurs, c'est marrant de revenir dessus parce, pas plus tard qu'hier, j'ai eu une ancienne amie directrice de centre de loisirs, qui tient encore, sur la ville de N&#238;mes, et qui me racontait que l&#224;, elle avait eu vent dans une maternelle d'enfants qui avaient fait le ramadan. En maternelle&#8230; Un petit groupe d'enfants qui avaient d&#233;cid&#233; de faire le ramadan. Et dans cette maternelle, la directrice &#233;tait musulmane, les animateurs &#233;taient tous musulmans et pas du tout investis, le seul investissement qu'ils avaient, c'&#233;tait de v&#233;rifier lors des repas que les gamins ne mangent pas de viande, parce que la viande n'&#233;tait pas encore &lt;i&gt;halal&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En maternelle, on a 5-6 ans.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Donc moi j'appelle &#231;a de la maltraitance. Je ne comprends pas que &#231;a n'ait pas &#233;t&#233; signal&#233;. Alors les petites gamines qui voulaient faire le ramadan, ont pr&#233;text&#233; qu'elles devaient faire le ramadan parce que sinon elles n'allaient pas avoir de cadeaux. Moi, j'en viens de cette culture-l&#224;, je la connais tr&#232;s bien. Le ramadan, ce n'est pas avant la pubert&#233;, les premi&#232;res r&#232;gles pour les filles en g&#233;n&#233;ral. Donc l&#224;, c'est vraiment du grand n'importe quoi. J'ai d&#233;crit assez bien cette infiltration de l'islamisme dans l'&#233;cole, mais aussi dans le milieu de l'animation, dans &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?837-en-banlieue-l-islamisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;les textes auxquels vous faites r&#233;f&#233;rence&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc rapidement, je me retrouve &#224; l'&#233;ducation nationale en tant qu'enseignante en &#233;l&#233;mentaire. Je fais des remplacements au d&#233;but et, au fil des ann&#233;es, peut-&#234;tre au bout de 2-3 ans, je me rends compte que ce que j'ai fui au sein de l'animation me rattrape au sein de l'&#233;ducation nationale. Tant en termes de recrutement que d'infiltration : de gens qui n'ont rien &#224; foutre l&#224;. Ou alors, s'ils sont l&#224;, ce n'est pas pour &#234;tre des hussards de la R&#233;publique, mais des hussards cherchant &#224; abattre la R&#233;publique de l'int&#233;rieur. Je suis rest&#233;e l&#224; peut-&#234;tre 7-8 ans et j'ai &#233;t&#233; confront&#233;e aussi &#224; ce que j'appellerais des pathologies, qui m'interrogeaient au sein des classes m&#234;me dans lesquelles je travaillais. Au-del&#224; de l'inclusion d'&#233;l&#232;ves handicap&#233;s ou autistes, il y avait vraiment une question de rapport &#224; l'adulte, de rapport au cadre, de rapport &#224; la Loi, qui &#233;tait tr&#232;s probl&#233;matiques. De plus en plus d'enfants violents, de plus en plus d'enfants rois &#8211; enfin c'est ce qu'on appelle des &#171; enfants rois &#187;, mais on pourra revenir sur ce terme-l&#224;. Donc j'&#233;tais de moins en moins &#224; l'aise. J'ai quitt&#233; l'&#233;ducation nationale au bout de 5-6 ans, peut-&#234;tre 7 ans, au moment des attentats de Charlie Hebdo, du massacre du comit&#233; de r&#233;daction de Charlie Hebdo, parce que l&#224; &#231;a devenait dangereux aussi bien physiquement pour moi que psychiquement. J'avais du mal &#224; tenir. Alors bon, il y a eu &#233;norm&#233;ment de&#8230; Je ne vais pas y revenir parce que je pense que c'est une banalit&#233; de dire que les enseignants &#233;taient compl&#232;tement isol&#233;s. Pour moi &#231;a se doublait d'un rapport particulier du fait que moi j'&#233;tais issue du monde musulman donc assign&#233; &#224; l'islam, alors que je suis apostate. Donc &#231;a devenait&#8230; j'&#233;tais tr&#232;s mal &#224; l'aise, voire de plus en plus flipp&#233;e d'aller travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous en parliez justement dans l'article &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?837-en-banlieue-l-islamisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; L'islamisme &#233;l&#233;mentaire &#187;&lt;/a&gt; qui avait eu un certain succ&#232;s parce que vous racontiez l'entrisme islamiste dans l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire et puis la d&#233;mission du cadre, de tous les cadres en fait, du haut en bas de la hi&#233;rarchie, ce qui maintenant est devenu un lieu commun.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, c'est ce que j'allais dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; Pas de vague &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la hi&#233;rarchie qui n'est pas du tout derri&#232;re vous, ou alors dans des injonctions contradictoires qui rendent encore plus fou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et vous &#234;tes entr&#233;e en p&#233;dopsychiatrie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, donc je suis rentr&#233;e en p&#233;dopsy il y a 6-7 ans, 6 ans. Et j'ai fait le tour de pas mal d'institutions : des h&#244;pitaux de jour pour enfants tr&#232;s jeunes, de 3 &#224; 6 ans, puis pour enfants de 6 &#224; 12 ans, et aussi pour adolescents o&#249; l&#224;, &#231;a pouvait aller de 12 ans &#224; 18-19 ans. Mais &#233;galement ce qu'on appelle des CESAD &#8211; c'est catastrophique la situation dans ce type de structure. CESAD, l'acronyme, c'est le Centre d'&#201;ducation Sp&#233;cialis&#233; et d'Aide &#224; Domicile &#8211; je reviendrai sur ces exp&#233;riences dans ce type de structure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la p&#233;dopsychiatrie ? Parce que, d&#233;j&#224;, j'avais besoin de sortir de mon isolement dans le milieu enseignant, j'avais vraiment besoin d'&#234;tre &#233;tay&#233; par une &#233;quipe, comme on dit. Et surtout je me disais, peut-&#234;tre na&#239;vement, que l&#224; j'allais rencontrer des gens r&#233;ellement engag&#233;s. On sait, par exemple, que dans les coll&#232;ges o&#249; il y a beaucoup de violence, beaucoup de probl&#232;mes, en g&#233;n&#233;ral, les &#233;quipes sont soud&#233;es. Il peut y avoir un travail d'&#233;quipe, en tous les cas, on peut s'appuyer sur les coll&#232;gues. Et je me disais, dans un h&#244;pital de jour ou dans une classe dans un h&#244;pital de jour, je serai dans une &#233;quipe et on se soutiendra. Et en tous les cas, je serai avec des gens s&#233;rieux et engag&#233;s. Je pense que ces deux notions, l'engagement et le s&#233;rieux, sont ce qui m'a le plus manqu&#233; et sont ce qui fait le plus d&#233;faut de fa&#231;on dramatique, aussi bien &#224; l'&#233;cole que dans le milieu de la psychiatrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et aussi peut-&#234;tre parce que toute relation &#233;ducative implique l'&#233;ducateur de mani&#232;re intime, quel que soit l'&#226;ge de l'enfant, et que &#231;a demande une r&#233;flexivit&#233;, une capacit&#233; de retour sur soi, une introspection minimale, et que c'est une chose qui est de plus en plus rare dans les milieux &#233;ducatifs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, ne serait-ce que reconna&#238;tre la place de &lt;i&gt;l'inconscient dans la classe&lt;/i&gt;, pour reprendre le titre d'un ouvrage de Francis Imbert, ce n'&#233;tait pas &#233;vident. On &#233;tait aussi, dans les ann&#233;es o&#249; j'ai int&#233;gr&#233; l'&#233;ducation nationale, dans un mouvement anti-psychanalyse f&#233;roce, le &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ivre noir de la psychanalyse&lt;/i&gt;, etc. Donc vous parliez d'inconscient, vous &#233;tiez&#8230; On vous flinguait, quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez suivi une analyse, vous, personnellement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, oui. J'ai suivi une analyse qui m'a &#233;t&#233; d'un grand secours, d'ailleurs, quand j'ai commenc&#233; en p&#233;dopsychiatrie. Je pense que je me serais assez vite effondr&#233;e si &#231;a n'avait pas &#233;t&#233; le cas. Donc ces questions d'inconscient, mais aussi de Loi, de limites, d'incarnation de la loi symbolique, pouvaient se poser &#8211; dans la na&#239;vet&#233; qui &#233;tait la mienne &#224; ce moment-l&#224; &#8211; dans les services de p&#233;dopsychiatrie, c'&#233;tait le boulot, c'&#233;tait leur outil de travail principal &#8211; de ce que je me disais &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et, en r&#233;alit&#233;, la d&#233;mission que vous avez rencontr&#233;e dans l'animation, que vous avez rencontr&#233;e dans l'&#233;ducation nationale, vous la rencontrez aussi aujourd'hui en p&#233;dopsychiatrie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Pour moi, on vit la fin de la psychiatrie, de la psychiatrie en g&#233;n&#233;ral et de la p&#233;dopsychiatrie en particulier. Je ne mets pas la psychiatrie ou la p&#233;dopsychiatrie en dehors d'autres institutions qui sont en &#233;tat dee d&#233;labrement sur lesquelles de nombreuses personnes commencent &#224; &#233;crire &#8211; le voile commence &#224; &#234;tre lev&#233; sur de nombreux dysfonctionnements, pour ne pas dire effondrements, de nombreuses institutions, que ce soit l'&#233;cole, que ce soit l'h&#244;pital en g&#233;n&#233;ral, que ce soit les services publics, etc. Donc des institutions qui autrefois avaient pu jouer leur r&#244;le, avaient pu &#234;tre structurantes, devenaient pathologiquement d&#233;structurantes, voire destructrices. Alors les raisons de cet &#233;tat de d&#233;labrement, de d&#233;r&#233;liction de ces institutions, Jean-Pierre Le Goff a pu en parler dans &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a Barbarie douce&lt;/i&gt; : l'arriv&#233;e du n&#233;o-management. de ce qu'a pu appeler Jean Oury la &#171; Peste manag&#233;riale &#187;, qui pose de r&#233;els probl&#232;mes dans la pratique, au quotidien, pour les professionnels qui essayent de se d&#233;brouiller, de se d&#233;patouiller avec tout &#231;a comme ils peuvent. Mais il y a aussi une question d'adh&#233;sion &#224; ce n&#233;o-management. Il y a aussi une question d'adh&#233;sion &#224; l'anomie g&#233;n&#233;rale. Il y a des salari&#233;s dans les h&#244;pitaux de jour ou dans les IME (Instituts M&#233;dico-&#201;ducatifs), qui abordent ce travail comme s'ils travaillaient dans une banque ou dans une assurance. C'est-&#224;-dire que ce sont des salari&#233;s, moi, je les appelais les fonctionnaires &#8211; ils n'&#233;taient pas fonctionnaires, c'&#233;tait souvent des CDI de droits priv&#233;s &#8211; mais voil&#224;, &#231;a peut &#234;tre une planque aussi la p&#233;dopsychiatrie. On dit souvent qu'ils sont submerg&#233;s, et c'est vrai : je ne voudrais g&#233;n&#233;raliser &#224; partir de mes quelques exp&#233;riences dans une dizaine de structures. Mais moi j'ai vu des infirmi&#232;res ou des cadres qui pouvaient ne rien faire de la journ&#233;e ou remplir un tableau Excel et &#234;tre pay&#233;s 2000-3000 euros, tranquillement, il n'y avait pas de probl&#232;me, et &#231;a ne leur posait pas de probl&#232;me de conscience. C'est-&#224;-dire que, au fond, on est dans un moment de l'histoire de notre soci&#233;t&#233; o&#249; il n'y a plus vraiment de mouvement mobilisateur, ni en th&#233;orie, ni en pratique, et on est soit dans une sorte de &#171; chacun pour soi &#187;, on se bricole sa petite niche et puis hop on a la paix, soit dans un mouvement moralisateur. Il n'y a plus rien qui mobilise, mais tout est moraline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment &#231;a se traduit concr&#232;tement dans la pratique au jour le jour ? Vous, vous y &#233;tiez en tant qu'institutrice d&#233;tach&#233;e, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;onc ce sont des &#233;quipes qui sont pluridisciplinaires, o&#249; on a des psychiatres, on a des psychologues, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;des &#233;ducateurs, &#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; Des assistantes sociales&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et vous, vous y &#233;tiez syst&#233;matiquement dans cette douzaine d'&#233;tablissements en tant qu'institutrices d&#233;tach&#233;es pour s'occuper de l'aspect &#233;ducatif, de l'instruction de ces enfants-l&#224;, pour ne pas qu'il y ait de rupture dans leur parcours.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une nuance que j'aimerais apporter : en fonction des h&#244;pitaux de jour &#8211; et je pense &#224; une exp&#233;rience notamment o&#249; &#231;a a vraiment &#233;t&#233; le cas &#8211; les instituteurs, dans ce type de structure, sont consid&#233;r&#233;s comme soignants. C'est-&#224;-dire qu'on a une posture de soignant, plus que de petite ma&#238;tresse qui bricole dans sa classe et qui aurait une salle et qui ne ferait que des bilans psychop&#233;dagogiques ou scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est le principe de la psychoth&#233;rapie institutionnelle &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;o&#249; t&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ous les encadrants, m&#234;me la femme de m&#233;nage, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;font&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; partie du soin parce que c'est de la vie quotidienne et qu'il y a interaction&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; entre le patient, quel que soit l'&#226;ge, et puis l'encadrement, de toute fa&#231;on. Donc une femme de m&#233;nage ou un infirmier, donc tout au bas de l'&#233;chelle, peut soigner autant que le psychiatre qui administre et qui fait des entretiens.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, dans le milieu, on parle de constellation transf&#233;rentielle, c'est-&#224;-dire que tout le monde a un r&#244;le et est support de projection des enfants et tout &#231;a est articul&#233; dans des moments collectifs o&#249; chacun va apporter quelque chose : &#171; Moi, il me voit comme &#231;a &#187; ; &#171; Moi, il me voit plut&#244;t comme ci &#187; ; &#171; Moi, j'arrive &#224; faire &#231;a avec lui &#187; ; &#171; Moi, je n'y arrive pas du tout &#187;&#8230; Bref, &#231;a travaille collectivement. Et notamment pour les profils schizophr&#232;nes, je trouve que c'est parfaitement adapt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais ce n'est pas ce que vous voyez sur le terrain.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est malheureusement pas ce que j'ai vu sur le terrain, sauf exception qui tendait vers &#231;a. Moi, ce que j'ai vu, c'est plut&#244;t&#8230; Un des points que je n'ai pas soulign&#233; sur la fin de la psychiatrie, c'est que c'est un secteur qui est submerg&#233; quantitativement, il y a &#233;norm&#233;ment de demandes, qui ont d'autant plus explos&#233; apr&#232;s la p&#233;riode de confinement, plut&#244;t apr&#232;s que pendant d'ailleurs, o&#249; il y a eu pas mal de d&#233;compensations, etc. Mais aussi au niveau qualitatif, c'est-&#224;-dire que l&#224;, on a affaire &#224; des pathologies in&#233;dites et qui trouvent leur source dans une esp&#232;ce d'&#233;tat confusionnel, o&#249; plus personne ne sait qui il est, o&#249; on ne sait pas o&#249; on va, o&#249; le p&#232;re ne veut plus &#234;tre P&#232;re, la m&#232;re veut &#234;tre M&#232;re mais coll&#233;e &#224; l'enfant, voire &#234;tre l'enfant, il y a une inversion des r&#244;les, et o&#249; plus personne ne veut vraiment poser de limites. Et &#231;a c'est dramatique pour moi, aussi bien &#224; l'&#233;cole que dans le milieu de la p&#233;dopsychiatrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et concr&#232;tement, en quoi se traduit ce refus de poser des limites ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, un des derniers accrochages que j'ai eu avec une &#233;quipe, c'est un jeune dans un &#233;tablissement sp&#233;cialis&#233; priv&#233;, qui arrive dans une salle commune et qui hurle &#171; Heil Hitler ! &#187;. Un jeune maghr&#233;bin, 17 ans. Donc moi j'&#233;tais dans ma classe avec un autre jeune, donc je n'ai pas interrompu ma s&#233;ance. Il se trouve que quand ce gamin crie &#171; Heil Hitler ! &#187;, il y a cinq adultes autour de lui, trois &#233;ducateurs, une infirmi&#232;re et je ne sais plus quel autre professionnel, entre guillemets professionnel. Et personne ne r&#233;agit. Personne ne r&#233;agit. Il y a quelques gloussements de rire, il y a quelques postures un peu g&#234;n&#233;es. Moi je vois &#231;a parce que j'ai une baie vitr&#233;e depuis ma classe, je vois cette salle commune. &#192; part un &#233;ducateur libanais qui lui dit &#171; non, j'aime pas ce que tu dis &#187; &#8211; bon, c'est pas la question, &#171; j'aime pas ce que tu dis &#187;, c'est une question de Loi, l&#224;. &#199;a tombe sous le coup la loi : un propos antis&#233;mite &#8211; pardon &#8211; c'est sanctionn&#233; par la loi. Donc moi, je reprends en &#233;quipe cette transgression grave, pour moi, lors d'une r&#233;union. Et on me dit : &#171; oui, mais non&#8230; mais il ne sait pas, il ne conna&#238;t pas l'histoire&#8230; il dit &#231;a, c'est une provocation&#8230; &#187;&#8230; Le profil du gamin, ce n'&#233;tait pas un schizophr&#232;ne, il n'&#233;tait pas dans une forme de psychose infantile ou quoi, c'&#233;tait un trouble du comportement, en gros, un d&#233;linquant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, parce qu'on m&#233;lange, en fait, dans ces institutions, des malades diagnostiqu&#233;s graves psychiatriquement avec des cas qui rel&#232;vent beaucoup plus de la crise d'adolescence, de la d&#233;sh&#233;rence, de la d&#233;pression m&#234;me l&#233;g&#232;re. C'est &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, et c'est assez terrible comme spectacle. Moi, &#231;a m'a beaucoup touch&#233;e de voir des enfants qui avaient juste des petits probl&#232;mes psychologiques &#8211; comme des parents qui divorcent, le gamin qui est un petit peu un objet de jouissance entre le p&#232;re et la m&#232;re divorc&#233;s, etc. C'est des choses qui pouvaient se r&#233;gler avec une psychologue scolaire ou quelques s&#233;ances &#8211; et qui l&#224; se retrouvent balanc&#233;s en h&#244;pital de jour avec des enfants autistes tr&#232;s r&#233;gress&#233;s, non-verbaux et qui hurlent, des psychotiques qui d&#233;compensent, des crises clastiques&#8230; Moi j'ai pu voir la terreur dans les yeux de ces petits qui n'avaient rien &#224; foutre l&#224;. Alors il y a des enjeux financiers : accueillir tout ce petit monde, faire ce m&#233;lange&#8230; et puis il y a un enjeu financier autour de l'autisme, ce sont des prises en charge, des forfaits-jours : accueillir un gamin autiste c'est entre 700 et 900 &#8364; par jour. Le nombre d'autistes explose, le nombre de diagnostiqu&#233;s autistes, c'est une explosion, tout le monde est autiste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne va pas entrer dans l'extension de l'autisme parce que l'autisme est un probl&#232;me, rien que le mot est un probl&#232;me extraordinaire, on ne sait pas de quoi on parle&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais su ce que c'&#233;tait. Six ans de p&#233;dopsychiatrie, je ne sais toujours pas ce que c'est que l'autisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est le nom d'un d&#233;sordre dans la psychiatrie elle-m&#234;me plut&#244;t que dans l'ordre psychiatrique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour revenir &#224; ce cas de transgression grave d'un adolescent qui sait tr&#232;s bien ce qu'il fait, qui est dans un milieu o&#249; le quartier est antis&#233;mite, ses potes sont antis&#233;mites, sa culture est antis&#233;mite, le Coran est antis&#233;mite, il se r&#233;clame musulman, il fait le ramadan&#8230; Quand il rentre et qu'il gueule &#171; Heil Hitler ! &#187; comme &#231;a &#224; la tronche des adultes, il demande quelque chose. C'est une demande en acte, implicite, de limite. C'est &#171; retenez-moi ! &#187; ; &#171; Est-ce qu'il y a un mur quelque part ? &#187; ; &#171; Est-ce qu'il y a quelque chose ? &#187;. Il n'y a rien. On est &#224; 30 m&#232;tres d'un commissariat, on peut aller d&#233;poser une main courante, rien que &#231;a. Je soumets l'id&#233;e en r&#233;union et donc, effectivement, on m'explique que &#171; Ben non, c'est un jeune&#8230; &#187;, c'est il y a la th&#233;orie de l'excusisme, &#171; Oui, mais il ne sait pas, mais non, mais&#8230; &#187; Et puis on ne fait rien quoi. Il ne se passe rien. Donc le gamin dispara&#238;t dans la nature. Il revient, il vient se faire tripoter par la psychoth&#233;rapeute &#8211; parce qu'il y a &#231;a aussi : il y a des dispositifs avec des jeunes femmes&#8230; J'ai vu des situations dramatiques, o&#249; des jeunes filles qui sortaient de l'&#233;cole de psychomotricienne&#8230; Ce m&#234;me jeune est pris en charge par une psychomotricienne qui a &#224; peine 5 ans de plus que lui, dans une salle en sous-sol, toute seule, une salle am&#233;nag&#233;e en salle de psychomotricit&#233;, donc avec des matelas, une lumi&#232;re douce&#8230; Et elle fait de la psychomotricit&#233; avec lui, qui consiste &#224; faire des s&#233;ances de relaxation&#8230; Vous pouvez bien imaginer qu'au bout de trois s&#233;ances de relaxation, le gamin lui demande&#8230; un massage. Il ne demande pas tout de suite une fellation &#8211; il lui demande un massage. J'apprends &#231;a, je croise la jeune femme qui est mal &#224; l'aise, qui est toute rouge, qui remonte de sa s&#233;ance, c'&#233;tait lourd. Et elle me dit : &#171; Oui, il vient de me demander un massage, je suis emb&#234;t&#233;e, je ne sais pas si je vais continuer la prise en charge &#187;&#8230; Donc moi, je la regarde un peu brutalement, je lui dis : &#171; Il veut baiser avec toi &#187;. Il n'y a pas de secret : tout dans le dispositif l'am&#232;ne &#224; &#231;a. C'est un adolescent, il est en pleine pouss&#233;e libidinale, et puis son rapport aux femmes est tel qu'une femme qui s'occupe de lui comme &#231;a, qui le met en relaxation&#8230; pour lui c'est un salon de massage, ce n'est pas une salle de psychomotricit&#233;, c'est un salon de massage. C'est repris en r&#233;union. C'est mal interpr&#233;t&#233;&#8230; Alors c'est une structure priv&#233;e o&#249; il y avait une directrice extr&#234;mement castratrice, dominatrice, rien ne pouvait se faire sans son accord et elle &#233;tait compl&#232;tement incoh&#233;rente, enfin bref, elle dit : &#171; Oui, non, la prochaine fois, vous serez accompagn&#233;e. Sofia vous voulez descendre avec elle ? &#187;. Non. Ce n'est pas mon boulot. Dans un autre cadre, j'aurais accept&#233;. Mais l&#224;&#8230; Bon, la psychomotricienne en question, au bout d'une semaine, se met en arr&#234;t maladie. On ne la revoit plus. Et &#231;a, des histoires comme &#231;a&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En r&#233;alit&#233;, la proc&#233;dure normale est d'en discuter lors d'une r&#233;union g&#233;n&#233;rale, lors de ce qu'on appelle supervision, vous nous en parliez en &lt;i&gt;off,&lt;/i&gt; o&#249; le groupe discute avec l'&#233;ducateur, l'&#233;ducatrice en question, la psychomotricienne, et lui fait prendre conscience qu'elle-m&#234;me a des envies, a des pulsions, et c'est normal, et que toute relation de p&#233;dagogie avec un enfant, quelle qu'elle soit, de th&#233;rapie, implique un &#233;rotisme diffus, n&#233;cessairement, et ne pas en avoir conscience, que ce soit en maternelle ou &#224; l'universit&#233;, c'est ouvrir les vannes, effectivement, &#224; ce genre d'effusion, qui sont courantes. Vous avez &#233;t&#233; t&#233;moin assez souvent de cette mani&#232;re de maternage, d'&#233;vitement du conflit, d'&#233;vitement de la limite et en m&#234;me temps du maternage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, alors vous prononcez le mot de maternage&#8230; Moi c'est vrai qu'arrivant dans ces lieux de p&#233;dopsychiatrie, je suis enseignante, je ne suis pas forc&#233;ment &#224; l'aise avec cette question de maternage. Je comprends tr&#232;s bien, je n'arrive pas vierge de tout savoir en p&#233;dopsychiatrie, comme je disais tout &#224; l'heure, j'avais d'abord fait une analyse, j'avais aussi &#233;t&#233; form&#233;e &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle, donc j'avais lu des choses de psychologie du d&#233;veloppement, donc je n'arrive pas compl&#232;tement d&#233;munie en termes de savoir. Quoique, en termes de pratique, je n'&#233;tais jamais intervenue auparavant en p&#233;dopsychiatrie. Donc on m'explique que, oui, le maternage, c'est tr&#232;s important, le portage, le &lt;i&gt;holding&lt;/i&gt;, Winnicott, etc. Sauf qu'il y a tout un blabla de psy, des termes, des concepts, qui sont employ&#233;s &#224; tort et &#224; travers, mais qui ne font que rationaliser une non-ma&#238;trise de ce qui se passe. C'est-&#224;-dire qu'on va vous parler de maternage, on va laisser une &#233;ducatrice laisser libre cours &#224; ces pulsions p&#233;dophiles, l&#224; pour le coup je l&#226;che le mot, sous pr&#233;texte que cet enfant a une rupture dans le lien, qu'il faut le faire r&#233;gresser, retraverser toutes les &#233;tapes qui se sont mal pass&#233;es ou qu'il n'a pas pass&#233; du tout. Alors, c'est un argument que j'entends compl&#232;tement. Je vous dis, je n'avais pas de r&#233;sistance particuli&#232;re, m&#234;me si &#231;a met &#224; mal la posture d'enseignant qui est aux antipodes de &#231;a &#8211; vous pensez bien que c'est le contraire : nous, le but, c'est que le gamin tienne debout tout seul, notre boulot ce n'est pas de le porter. Mais je comprends : en analyse, quiconque a fait une analyse sait bien qu'il y a une p&#233;riode, une phase de r&#233;gression tout &#224; fait normale, mais qui, normalement, ouvre sur une r&#233;-&#233;laboration. L&#224;, c'&#233;tait la r&#233;gression pour la r&#233;gression, et tous en c&#339;ur. Et on y va. Donc, moi, j'ai assist&#233; &#224; des sc&#232;nes proprement obsc&#232;nes, d'&#233;ducatrices qui portaient sur elles, couchaient sur leur corps, dans un hamac, un autiste r&#233;gress&#233;, enfin tr&#232;s malade, un enfant de 8-9 ans, tr&#232;s tr&#232;s malade, et elle le tripotait, et lui il &#233;tait dans une jouissance, et elle &#233;tait dans une jouissance. Alors, il se trouve que ces exp&#233;riences-l&#224;, je les ai v&#233;cues aussi bien dans des h&#244;pitaux de jour qui fonctionnaient &#224; peu pr&#232;s, avec un noyau dur, une &#233;quipe investie et engag&#233;e &#8211; l&#224; pour le coup &#8211; et o&#249; &#231;a a pu se r&#233;gler. &#199;a a donn&#233; lieu &#224; une crise, une discussion, vous parliez de supervision tout &#224; l'heure, effectivement dispositif fondamental, outil en or &#8211; enfin moi c'&#233;tait impossible de travailler sans &#231;a. La supervision c'est n&#233;, c'est venu d'une pression syndicale des soignants dans les services de soins palliatifs de fin de vie, c'est ce personnel-l&#224; qui a impos&#233; de pouvoir d&#233;poser des choses, &#233;laborer des choses collectivement, parce que c'&#233;tait extr&#234;mement lourd ce qu'ils pouvaient vivre. Et &#231;a s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;, c'est tr&#232;s bien, dans les services de psychiatrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi &#231;a consiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc &#231;a consiste en l'intervention d'une personne totalement ext&#233;rieure au service et &#224; l'&#233;quipe, en g&#233;n&#233;ral un psychanalyste, mais &#231;a peut &#234;tre aussi un psychosociologue &#8211; quoique c'est les moins bons : moi, les meilleurs que j'ai eus, c'&#233;tait les psychanalystes, notamment dans un psychanalyse du Quatri&#232;me groupe. Sans vouloir d&#233;velopper cet aspect-l&#224;, c'est des gens qui viennent et qui font une analyse de groupe, qui permettent au groupe d'&#233;changer sur les probl&#232;mes qu'ils ont de transfert et de contre-transfert avec tel enfant, les probl&#232;mes relationnels de l'&#233;quipe, les probl&#232;mes institutionnels et hi&#233;rarchiques. &#199;a permet d'affronter et de d&#233;nouer des crises, ou parfois simplement de les poser. Rien que &#231;a, &#231;a fait du bien. Donc l&#224;, &#231;a a pu &#234;tre &#233;labor&#233;. On &#233;tait plusieurs &#233;ducateurs et personnels &#224; &#234;tre g&#234;n&#233;s par ces sc&#232;nes, personne n'osait trop intervenir, on a tent&#233; par l&#224;, par li, on a essay&#233; de parler &#224; l'&#233;ducatrice qui &#233;tait tr&#232;s mal &#8211; &#233;ducatrice nouvellement convertie &#224; l'islam&#8230; qui avait &#233;t&#233; convertie &#224; l'islam suite &#224; une soir&#233;e dans un club de chichas&#8230; &#8211; bref qui avait des probl&#232;mes. On a tous des probl&#232;mes, il se peut que de surcro&#238;t, comme disait l'autre, on r&#232;gle des choses en travaillant dans ce type d'endroit et avec ce type d'enfants, mais l&#224; c'&#233;tait du lourd. Donc on parlait du maternage : effectivement elle avait compl&#232;tement int&#233;gr&#233; le truc du maternage et, &#231;a tombe bien, elle pouvait donner libre cours &#224; ses pulsions maternantes, elle avait envie d'avoir un enfant elle pouvait pas, ou elle voulait, ou c'&#233;tait pas encore le moment&#8230; Bon, bref : donc &#231;a a pu &#234;tre stopp&#233;, nomm&#233; et stopp&#233;. Moi, j'ai l&#226;ch&#233; le mot p&#233;dophilie. &#199;a a donn&#233; quasiment lieu &#224; une d&#233;compensation de l'&#233;ducatrice &#224; ce moment-l&#224;, en pleine s&#233;ance. Donc, merci au psychanalyste de groupe qui &#233;tait l&#224; et qui a tr&#232;s bien accompagn&#233; les choses. Mais dans d'autres institutions, &#231;a continue et &#231;a ne pose pas de probl&#232;me. Et ce n'est pas plus mal, au moins on a la paix&#8230; Voil&#224;, et on laisse faire, et on ferme les yeux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est m&#234;me pire parce que vous dites qu'il y a une rationalisation : on va expliquer le fait en disant que c'est th&#233;rapeutique, qu'il faut que tout le monde r&#233;gresse, et il y a malgr&#233; tout des r&#233;unions de supervision dans ces cas-l&#224;. Mais on est dans le simulacre, l&#224;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, des r&#233;unions de supervision qui sont, quand c'est du simulacre, et c'est la plupart du temps le cas, malheureusement, servent plus aux, entre guillemets, psychanalystes de groupe qui est l&#224;, &#224; capter des informations pour rapporter &#224; la direction ce qui se dit l&#224;&#8230; C'est une catastrophe &#231;a : normalement c'est un lieu d'o&#249; rien ne sort, un peu comme en analyse &#8211; lors d'une psychanalyse, ce qui se dit l&#224; reste l&#224;. Ici &#8211; derni&#232;re exp&#233;rience &#8211; j'apprends que la pseudo-psychanalyse de groupe qui est l&#224; est pay&#233;e 520 &#8364; la s&#233;ance, c'est deux heures, pour faire quoi ? Pour faire un travail de balance. Je le dis comme je l'ai ressenti et comme c'&#233;tait ressenti par l'&#233;quipe. Et l'&#233;quipe le savait. Donc vous imaginez la libert&#233; de parole qu'il peut y avoir dans ces moments-l&#224;&#8230; Une &#233;quipe terroris&#233;e, j'ai rarement vu &#231;a&#8230;. Des gens de 50 ans flipp&#233;s par cette directrice, un turn-over extraordinaire dans cette structure qui amenait cette directrice libanaise, en l'occurrence, &#224; recruter au sein de sa famille&#8230; On avait comme &#231;a un &#233;ducateur &#8211; v&#233;ridique ! &#8211; d&#233;barqu&#233; du Liban au moment de l'incendie, de l'explosion du port de Beyrouth, un ou deux ans apr&#232;s, le type arrive, c'est son cousin, c'est le cousin de la directrice, il parle un fran&#231;ais que personne ne comprend. Il est en CDI, &#233;ducateur, il n'a m&#234;me pas de papier, il n'a rien encore&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est ce qu'on retrouvait aussi dans votre article sur l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, o&#249; on se retrouve avec des instituteurs aussi, notamment ceux qui viennent de l'&#233;tranger, qui n'ont aucune comp&#233;tence et qui pourtant sont balanc&#233;s l&#224;, ou au niveau de CM2 o&#249; il faut enseigner de mani&#232;re un peu s&#233;rieuse, ou alors m&#234;me au niveau maternel&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pire : moi ce que j'ai vu c'est en maternelle, un instituteur contractuel, donc recrut&#233; &#224; la va-vite, balanc&#233; dans une classe de maternelle avec des petites sections. Et j'apprends au cours d'une conversation avec lui lors d'une r&#233;cr&#233;ation que le lendemain il n'est pas l&#224; parce qu'il a rendez-vous &#224; la pr&#233;fecture&#8230; &#171; Ah bon mais pourquoi tu as rendez-vous &#224; la pr&#233;fecture ? &#187; &#171; Je vais renouveler mon visa &#233;tudiant &#187; &#171; Ah bon tu es &#233;tudiant ? &#187; le mec est &#233;tudiant en master je ne sais pas quoi&#8230; Donc il d&#233;barque d'Afrique subsaharienne, il n'a jamais vu un gamin et on lui confie des petites sections &#8211; et les petites sections ils font la sieste. Bon. Voil&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effectivement, on cr&#233;e des conditions qui ne sont pas tr&#232;s &#233;ducatives&#8230; Et en p&#233;dopsy, c'est vraiment une inflation de termes, ce que vous d&#233;crivez, mais qui ne recouvrent aucune pratique, ou qui ne font rationaliser une pratique qui est compl&#232;tement vide et qui n'est pas du tout soignante, qui est m&#234;me r&#233;gressive aupr&#232;s des enfants&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Moi par exemple, maintenant, quand j'arrive quelque part et qu'on me dit &#171; Ici, on fait de l'institutionnel &#187;, eh bien dans les dix minutes que j'ai pass&#233;es dans le couloir, je suis capable de dire &#171; Bon, ok, l&#224; on se raconte des histoires, vous faites du n'importe quoi, mais vous ne faites pas de l'institutionnel &#187;. Je pense que personne ne fait de l'institutionnel aujourd'hui. C'est un peu radical de dire &#231;a, mais&#8230; On peut tendre vers &#8211; et je vous dis en six ans, je n'ai eu qu'une exp&#233;rience dans un h&#244;pital de jour o&#249; on tendait vers &#231;a, parce qu'il y avait un noyau dur dans l'&#233;quipe, sur la dizaine de personnes, il y avait cinq personnes, &#231;a tenait parce qu'ils savaient ce qu'ils foutaient l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le simulacre : par exemple, on parle beaucoup des th&#233;ories de l'attachement. Donc, les th&#233;ories de l'attachement, &#231;a part du principe qu'il y a eu, dans ce qu'on appelle l'anamn&#232;se, c'est-&#224;-dire l'histoire de la naissance, de la conception et de la naissance d'un enfant, il y a eu quelque chose qui s'est mal pass&#233; entre la m&#232;re et l'enfant ; la m&#232;re ne l'a pas port&#233; ; la m&#232;re a refus&#233; de le regarder, etc. Il y a eu quelque chose qui s'est pass&#233; qui n'a pas permis qu'un lien se noue entre l'enfant et la m&#232;re, un lien fondamental, primordial et premier. On parle beaucoup de &#231;a comme source de &#8211; on explore encore, comme vous disiez tout &#224; l'heure, l'autisme, on ne va pas en une heure explorer ce domaine-l&#224; qui est tr&#232;s compliqu&#233;, tr&#232;s complexe et tr&#232;s flou. Mais &#231;a fait partie des hypoth&#232;ses de d&#233;veloppement de postures autistiques que ce trouble de l'attachement. On a parl&#233; de la question de la r&#233;gression par rapport &#224; refaire vivre &#224; l'enfant ce qu'il n'a pas pu vivre avec sa m&#232;re, soit qu'on se pose en tant qu'&#233;ducateur ou th&#233;rapeute en substitut de la m&#232;re, soit, moi de ce que j'en sais, on &#233;tait plus dans une guidance de la m&#232;re pour qu'elle puisse apprendre &#224; porter son enfant, le regarder progressivement ; l&#224; vous allez le porter 5 minutes, quand vous en avez marre vous posez le gamin, on prend le relais, etc. L&#224;, c'&#233;tait carr&#233;ment aux &#233;ducateurs de jouer ce r&#244;le-l&#224;, et on en a parl&#233; tout &#224; l'heure avec toutes les d&#233;rives, quand il n'y a pas de contr&#244;le et qu'il n'y a pas de vis&#233;e &#224; tout &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, c'est des th&#233;ories qui sont annonc&#233;es comme des choses nouvelles, extraordinaires, qui vont tout r&#233;volutionner, sauf que c'est des th&#233;ories, c'est des gens qui r&#233;inventent l'eau chaude. ; Freud en avait d&#233;j&#224; parl&#233; ; M&#233;lanie Klein, premi&#232;re psychanalyste d'enfants a abord&#233; cette question-l&#224; ; Winnicott en a parl&#233; aussi. Donc, c'est des choses qui ne sont pas nouvelles non plus. Alors, on affine : il y a des tableaux qui permettent de rep&#233;rer les regards de l'enfant, les gestes de la m&#232;re, etc Je ne dis pas qu'il n'y a rien, mais il n'y a rien de nouveau, de fondamentalement nouveau, d'innovant ou de particulier. Donc tout &#231;a, si vous voulez, c'est des rationalisations de comportements qui sont ravageurs, de comportements inad&#233;quats. Par exemple, quand Winnicott parle de la &#171; m&#232;re suffisamment bonne &#187;, c'est pas la m&#232;re &#171; suffisamment bonne &#187;, c'est une mauvaise traduction : on parle de m&#232;re &lt;i&gt;ad&#233;quate&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Good enough&lt;/i&gt;, en anglais, c'est &lt;i&gt;ad&#233;quate&lt;/i&gt;, ordinaire. Ce n'est pas une m&#232;re extraordinaire, ce n'est pas une bonne maman &#8211; &#171; Bonne maman &#187;, c'est une marque de confiture pour moi &#8211; ce n'est pas ce qu'avait &#224; l'esprit Winnicott quand il a avanc&#233; cette notion, ce concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a fait penser un peu &#224; la &lt;i&gt;Common Decency&lt;/i&gt; de George Orwell, c'est-&#224;-dire la d&#233;cence ordinaire qui n'est pas des super pouvoirs, qui n'est pas un comportement extraordinaire vis-&#224;-vis des autres, mais simplement une bienveillance de base, un amour minimal, qui permet au fonctionnement social de continuer, de tourner, d'&#234;tre agr&#233;able &#224; vivre. Et ce n'est pas du tout une valeur superlative.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez tout &#224; fait raison. Quand je parlais tout &#224; l'heure de d&#233;structuration, c'est effectivement ces adultes, ces &#233;ducateurs qui sont cens&#233;s accompagner l'enfant, qui sont cens&#233;s lui refaire faire un parcours qui a &#233;t&#233; dysfonctionnel &#224; un moment, probl&#233;matique, et qui donne lieu &#224; une forme de pathologie, s&#233;v&#232;re ou plus ou moins intense, et finalement, que fait cette &#233;ducatrice quand elle donne libre cours &#224; ses pulsions sexuelles envers cet enfant ? Elle le d&#233;sorganise un petit peu plus au niveau psychique, elle rajoute de la d&#233;sorganisation aux pulsions de l'enfant qui sont d&#233;j&#224; tr&#232;s mis &#224; mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ce sont des r&#233;gressions que vous voyez chez l'enfant ? Qui sont mesurables ? Que vous pouvez &#233;tayer, concr&#232;tement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, par exemple, souvent je r&#233;cup&#232;re des enfants, soit apr&#232;s une s&#233;ance avec une &#233;ducatrice, soit apr&#232;s une s&#233;ance de psychomotricit&#233; et c'est tr&#232;s difficile pour moi, ne serait-ce que de le faire asseoir sur une chaise, alors que je pouvais y parvenir. Alors je trouve des strat&#233;gies : par exemple, une prise en charge que j'avais &#224; 13h30, j'essaie de la faire en sorte de la d&#233;placer et de l'avoir &#224; 9 h du matin, o&#249; il n'y a personne avant moi. Le gamin n'aura pas &#233;t&#233; pris dans les genoux pendant trois heures avant d'arriver dans mon espace p&#233;dagogique. Je bricole et je fais ce que je peux, mais des fois, je ne peux pas, ett je le vois, et c'est rageant. Des enfants qui, effectivement, ne peuvent plus s'asseoir sur la chaise, me demandent de les porter&#8230; Alors, je trouve des subterfuges, je leur mets une poup&#233;e entre les mains, j'essaie d'inverser la demande. Mais ce n'est pas simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi des questions, on va peut-&#234;tre l'aborder, des technologies, des nouvelles technologies, mises entre les mains de ces enfants. Pareil, une &#233;ducatrice&#8230; Si vous voulez, tout le monde a des caprices. Donc on laisse on accorde des caprices aux gamins, on ne met plus de limites. Travailler le d&#233;sir d'un enfant, ce n'est pas lui accorder un blanc-seing, lui permettre de d&#233;lirer, lui permettre de r&#233;pondre &#224; tous ses caprices. L&#224;, les &#233;ducateurs aussi ont des caprices, des lubies. Donc l&#224;, c'&#233;tait en l'occurrence le &lt;i&gt;light painting&lt;/i&gt;. Alors le &lt;i&gt;light painting&lt;/i&gt; consiste en quoi ? C'est une activit&#233; artistique, para&#238;t-il, qui consiste &#224; peindre avec un stylo virtuel sur un mur &#8211; enfin, un vrai stylo, pardon, sur un support virtuel&#8230; Donc on trace des traits, mais avec de la lumi&#232;re, des traits avec un faisceau de lumi&#232;re. &#199;a produit des effets, des traces sur les murs, mais ce n'est pas permanent, &#231;a ne reste pas. Pour des enfants qui ont un probl&#232;me de psychose, de rapport schizoparano&#239;de, des pathologies graves, de rapport au r&#233;el, &#224; la r&#233;alit&#233;, qui ne font pas de distinction : moi leur enseignante, je peux &#234;tre une chaise, un singe, un chien ou un chat, ils sont dans l'indiff&#233;renciation anim&#233;-inanim&#233;. Vous pouvez imaginer les ravages que ce type d'activit&#233; peut avoir sur des psychismes d'enfants malades comme &#231;a. Donc moi, tr&#232;s concr&#232;tement, j'avais une gamine comme &#231;a qui avan&#231;ait bien, notamment sur le trac&#233; : Elle avait peur de tracer les choses&#8230; C'&#233;tait une gamine qui progressait bien dans le fait de laisser une trace et tracer des courbes, donc 5-6 ans, je lui apprenais &#224; tracer des courbes, on &#233;tait dans l'entr&#233;e dans l'&#233;crit. Cette gamine participe &#224; cette activit&#233; en milieu d'ann&#233;e scolaire. Eh bien, r&#233;gression totale. Elle n'arrive plus &#224; tracer les courbes qu'elle me faisait parfaitement au bout d'une dizaine de s&#233;ances de travail autour de &#231;a, avec diff&#233;rents outils, diff&#233;rents mat&#233;riels. En gros, j'avais gal&#233;r&#233; quand m&#234;me, je partais de loin avec cet enfant et j'&#233;tais quand m&#234;me assez contente et elle &#233;tait contente aussi ; elle pouvait observer aussi ses traits. On parle de permanence de l'objet, mais vous imaginez ce type d'activit&#233; ? Je dessine un truc, &#231;a dispara&#238;t, hop, c'est dans le n&#233;ant, &#231;a n'existe plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On en parlait, dans la derni&#232;re &#233;mission : les grands dirigeants des GAFAM mettent leurs enfants dans des &#233;coles sp&#233;cialis&#233;es o&#249; il n'y a aucun &#233;cran, il y a des crayons de couleur. Et justement, c'est tr&#232;s important, avant de voir le virtuel, de conna&#238;tre le r&#233;el.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et oui, c'est une &#233;tape fondamentale et c'est d'autant plus important quand cette construction du rapport au r&#233;el a &#233;t&#233; dysfonctionnelle, si j'ose dire, en tous les cas, a &#233;t&#233; entrav&#233;e. Et vous avez tout &#224; fait raison, il y a aussi une question de classes sociales. C'est-&#224;-dire que je pense notamment aussi &#224; la question de l'hyper-sexualisation des petites filles, &#231;a concerne les classes populaires surtout. Pareil, les tablettes num&#233;riques, la surench&#232;re de nouvelles technologies, en l'occurrence, toutes les exp&#233;riences que j'ai pu avoir d'enfants qui avaient la tablette jusqu'&#224; 1h du matin dans leur lit, ce n'&#233;taient pas des enfants d'ing&#233;nieurs, ce n'&#233;taient pas des enfants de professeurs. C'&#233;tait des enfants d'ouvriers ou de ch&#244;meurs. Il y a cette question de classes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, les psychiatres qui trouvaient tr&#232;s amusant d'introduire la tablette num&#233;rique au sein de l'h&#244;pital de jour, qui trouvaient &#231;a &#171; sympa &#187;, leurs gamins n'avaient pas de tablette, ils ne connaissaient pas l'objet avant leurs 12 - 13 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est ce qui se voit aussi dans l'&#233;ducation nationale o&#249; il y a un d&#233;ferlement technologique : des tableaux num&#233;riques, une multitude de gadgets, qui progresse d'ann&#233;e en ann&#233;e, mais qui masquent au fond une absence totale de p&#233;dagogie, et qui ne r&#233;solvent absolument rien &#224; la question du niveau. L&#224;, c'est la m&#234;me chose, mais dans le domaine de la psychiatrie, o&#249; il est question de la conception de la r&#233;alit&#233; m&#234;me, c'est extr&#234;mement d&#233;licat, j'imagine.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Et vous nous disiez en &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; que cette petite fille-l&#224; &#8211; quel &#226;ge d&#233;j&#224; ?&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq ans et demi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinq ans et demi. Elle avait aussi &#233;t&#233; con&#231;ue par PMA, elle avait une histoire assez technologique aussi&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, une famille relativement pauvre, venue de Chine, de Sichuan je crois, avec le p&#232;re assez &#226;g&#233;, il devait avoir une cinquantaine d'ann&#233;es, par rapport &#224; l'&#226;ge de l'enfant, con&#231;ue assez tardivement, via une PMA alors qu'ils &#233;taient sans papiers&#8230; Avec la psychologue qui &#233;tait dans le service, on se demandait comment la m&#232;re avait pu avoir acc&#232;s &#224; une PMA &#8211; avec donneur, c'est le p&#232;re qui &#233;tait st&#233;rile. Donc, une gamine elle-m&#234;me con&#231;ue via une technologie, artificielle, et puis, une histoire d'immigration et d'exil assez lourde et c'est une famille asiatique qui avait atterri dans un quartier maghr&#233;bin. Donc, la gamine avait effectivement une psychose de type schizoparano&#239;de, elle voyait des ennemis partout, elle &#233;tait en permanence pers&#233;cut&#233;e&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc l&#224;, la question psychiatrique est multiple, parce que vous cumulez les probl&#232;mes, et en plus, les solutions n'en sont pas, finalement, vous utilisez des moyens qui ne sont pas du tout adapt&#233;s, voire qui d&#233;structurent compl&#232;tement, d'apr&#232;s ce que vous d&#233;crivez.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui d&#233;structurent compl&#232;tement&#8230; Et si vous voulez, ce type d'enfant&#8230; Par exemple, moi il m'a &#233;t&#233; reproch&#233; une fois par une inspectrice p&#233;dagogique dans une de mes classes &#8211; parce que des fois on est inspect&#233; mais &#231;a reste relativement rare &#8211; dans une de mes classes sp&#233;cialis&#233;es au sein d'un h&#244;pital de jour. Moi j'ai &#224; c&#339;ur de confronter, de mettre les enfants en contact avec des &#339;uvres picturales, de l'art du Van Gogh, du Picasso, du figuratif, pas d'abstrait, surtout pas avec ce type d'enfant : des choses, des paysages. Par exemple, j'ai des tableaux qui illustrent les diff&#233;rentes saisons avec diff&#233;rents tableaux de ma&#238;tres de la peinture occidentale. Une inspectrice me disait : &#171; Ah oui, mais l&#224;, vous les sur-stimulez ! ce type d'enfant, il faut qu'il y ait le moins de choses possibles au mur, le moins d'images possibles au mur &#187;&#8230; Bon, en m&#234;me temps, allez dans la salle d'en face, c'est la tablette, allez dans la salle d'&#224; c&#244;t&#233;, c'est le &lt;i&gt;light &lt;/i&gt;&lt;i&gt;painting&lt;/i&gt;, et sortez dans la rue, c'est la sur-stimulation, les lumi&#232;res, les McDo, les machins, les publicit&#233;s. Quand je parle aussi d'institutions malades, dans une soci&#233;t&#233; malade&#8230; Les murs de la ville, ce n'est m&#234;me pas qu'ils &#233;duquent plus, c'est qu'ils rendent fou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et cette sorte de techno-solutionnisme, en fait, o&#249; on cherche dans la technique une solution syst&#233;matique &#224; tous les probl&#232;mes &#8211; ce qui fait na&#238;tre d'autres probl&#232;mes &#8211; on la trouve aussi dans la th&#233;orie. Vous parliez tout &#224; l'heure de blabla th&#233;orique, de recouvrement &#224; l'aide de mots ronflants, qui recouvrent des pratiques qui sont compl&#232;tement r&#233;gressives. Est-ce qu'on retrouve ce type de techno-obsession dans la th&#233;orie qui ont cours dans les &#233;tablissements que vous avez fr&#233;quent&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, alors depuis un peu plus d'une dizaine d'ann&#233;es maintenant, il y a un mouvement tr&#232;s fort de lobby, qui a des relais au sein du gouvernement, qui a une grande influence sur les autorit&#233;s de sant&#233;, qui est le mouvement des comportementalistes, des cognitivo-comportementalistes. Un mouvement qui s'est d&#233;velopp&#233; par rapport &#224; toutes les d&#233;rives des orientations plut&#244;t psychanalytiques &#8211; parce que je n'ai pas pr&#233;cis&#233;, mais en g&#233;n&#233;ral, 99 % de ces structures, h&#244;pitaux de jour, instituts m&#233;dicaux &#233;ducatifs, CESAD, se placent dans une orientation psychanalytique. C'est du flan, on l'a bien vu, c'est juste une pose, une posture, mais &#231;a ne recouvre aucune r&#233;alit&#233; autre que ravageuse, comme on a pu le d&#233;crire. Donc effectivement, il y a eu des collectifs de parents qui se sont constitu&#233;s, qui ont vu leur enfant r&#233;gresser encore plus en &#233;tant hospitalis&#233; en h&#244;pitaux de jour. Il y a eu des choses discutables, effectivement, par exemple, je ne vais pas rentrer dans ce d&#233;bat qui est tr&#232;s pol&#233;mique, la question du &lt;i&gt;packing&lt;/i&gt;, donc de l'enveloppement dans du linge humide, une th&#233;rapie qui a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e en France par le professeur Delion, un psychiatre, qui s'en est pris plein la tronche, effectivement, parce que c'&#233;tait assimil&#233; &#224; de la maltraitance pour certains enfants. Alors tout d&#233;pend comment &#231;a a &#233;t&#233; fait, moi, je ne peux pas en parler, je ne pr&#233;f&#232;re pas m'avancer parce que je n'ai eu qu'une fois cette exp&#233;rience-l&#224;. Mais bon, voil&#224;, des situations o&#249; on ne savait pas trop ce qu'on faisait avec leur enfant et les parents r&#233;cup&#233;raient des enfants dans un &#233;tat lamentable, encore pire que quand ils &#233;taient entr&#233;s en h&#244;pital de jour. Au bout de trois mois d'h&#244;pital de jour, c'&#233;tait encore pire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et sont arriv&#233;s des &#201;tats-Unis ces m&#233;thodes comportementales de type ABA &#8211; je ne sais plus l'acronyme, il faudrait peut-&#234;tre le rechercher, je m'excuse [Applied Behaviour Analysis, ou analyse comportementale appliqu&#233;e] &#8211; donc des m&#233;thodes de quasi-dressage, on va dire, des enfants. Des m&#233;thodes qu'on dit &#233;ducatives, mais qui sont pour moi r&#233;-&#233;ducatives. Alors pourquoi pas, effectivement ? Un autiste tr&#232;s r&#233;gress&#233;, moi j'entends la d&#233;tresse d'une m&#232;re qui voudrait bien que son enfant apprenne juste &#224; mettre ses chaussettes tout seul &#224; 12 ans. Moi j'ai eu le cas d'une m&#232;re &#224; la fin de la prise en charge, &#224; la fin de l'ann&#233;e scolaire, le lien s'&#233;tait bien &#233;tabli avec elle, on avait vraiment avanc&#233; ensemble, de fa&#231;on quasiment clandestine par rapport &#224; la direction et &#224; la psychiatre en chef, ett elle me demandait conseil : &#171; Voil&#224;, j'ai une institution ABA qui a une place pour mon enfant. Qu'est-ce que vous pensez que je devrais le mettre ? Qu'est-ce que vous en pensez ? Parce que j'ai peur, parce que je ne sais pas &#187;. C'est un enfant qui &#233;tait accompagn&#233; en classe quelque trois heures par semaine, il avait trois heures de classe par semaine puisqu'on les inclut de plus en plus &#8211; c'est la soci&#233;t&#233; inclusive pour le meilleur et pour le pire &#8211; et il &#233;tait accompagn&#233; par une AVS, une assistante en classe, qui venait d'une association priv&#233;e mont&#233;e par des parents et qui formait des AVS &#224; leur pratique comportementaliste. Au lieu d'un recrutement classique d'AVS par l'&#233;ducation nationale, en gros, c'&#233;tait ces jeunes filles qui &#233;taient &#233;tudiantes en psychologie et qui accompagnaient ces enfants. Donc, elle trouvait que ce n'&#233;tait pas mal ce que cette jeune fille faisait &#224; l'&#233;cole avec son enfant et elle me disait, je vais le faire rentrer dans une institution o&#249; il sera pris en charge &#224; 100 % selon ces m&#233;thodes &#233;ducatives-l&#224;. J'&#233;tais embarrass&#233;e. En m&#234;me temps, je voyais bien que ce qu'on faisait ici &#233;tait d'une indigence quasi criminelle et en m&#234;me temps, je n'ai pas trouv&#233; d'autre r&#233;ponse que &#171; Soyez vigilante &#224; ce que votre enfant ne devienne pas un robot &#187;. C'&#233;tait un enfant qui &#233;tait tr&#232;s humain, qui exprimait des &#233;motions, qui &#233;tait vivant, ce n'&#233;tait pas non plus un autiste tr&#232;s mutique ou catatonique, il y avait un lien quand m&#234;me, il soutenait les regards. Donc je n'ai rien trouv&#233; d'autre &#224; lui dire que, en tant que m&#232;re, soyez vigilante &#224; ce qu'il ne devienne pas un robot. Pourquoi ? Parce que c'est des m&#233;thodes qui vont fonctionner &#224; base de demandes, ex&#233;cution de la demande, r&#233;compense. Donc l&#224;, on n'est pas loin du dressage d'un chien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et on est surtout dans une conception du soin qui est &#224; mille lieues des fondamentaux de la psychanalyse, o&#249; le but n'est pas de rendre l'individu ad&#233;quat &#224; sa soci&#233;t&#233;, mais de le rendre autonome.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, l&#224; c'est fonctionnel, rendre le gamin fonctionnel. Moi j'en ai vu des gamins qui sortaient, qui en venaient ou qui &#233;taient pris en charge par ce type de m&#233;thode &#224; 100 % de leur temps, J'en ai crois&#233;, c'est terrible. Ils vous disent bonjour, vous avez l'impression que c'est une intelligence artificielle qui vous parle. Il y a une prosodie, un &#171; bon-jour-ma-da-me &#187; &#171; au-re-voir &#187; &#171; je-veux &#187; &#171; moi-veux &#187;&#8230; Alors effectivement, les autistes ont ce qu'on appelle l'inversion des pronoms, c'est-&#224;-dire qu'au lieu de dire &#171; je &#187;, ils vont dire &#171; tu &#187; : &#171; tu ramasses &#187; en parlant d'eux, &#171; tu vas chercher &#187;, &#171; tu dors &#187;, &#171; tu manges &#187;, alors qu'ils n'ont pas acc&#232;s&#8230; ils ne s'identifient pas, ils n'utilisent pas le pronom &#171; je &#187;. Alors, l&#224;, ils utilisent le pronom &#171; je &#187;, il n'y a pas de probl&#232;me, mais c'est un robot qui vous parle. C'est dur &#224; voir. Et en m&#234;me temps, l'enfant arrive &#224; faire certaines choses. Donc moi, de ma position de p&#233;dagogue, qui je suis pour dire &#224; une m&#232;re &#171; Non, laissez-le, jusqu'&#224; 18 ans, il ne saura pas faire ses lacets, dire bonjour, rentrer dans une salle sans s'effondrer &#187;&#8230; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On peut retrouver, si je peux faire un parall&#232;le un peu audacieux, la chose dans le monde juridique, o&#249; on se retrouve en face d'un chaos judiciaire, o&#249; on ne sait pas du tout quelles vont &#234;tre les sanctions. On a r&#233;guli&#232;rement des faits divers qui se concluent par des non-lieux ou par des relaxes ou des peines qui sont compl&#232;tement disproportionn&#233;es. Et on a aussi l'effet inverse, c'est-&#224;-dire des actes qui sont d&#233;lictueux mais ridicules et qui sont sur-sanctionn&#233;s. En r&#233;alit&#233;, il y a un refus, c'est comme s'il y avait un refus dans toute la soci&#233;t&#233; d'affronter la difficult&#233; &#224; juger, mais de mani&#232;re tr&#232;s g&#233;n&#233;rale, &#224; juger les choses. La psychanalyse, m&#234;me la th&#233;rapie en g&#233;n&#233;ral, &#231;a fait partie de ce que Freud appelle les m&#233;tiers impossibles. Le m&#233;tier de th&#233;rapeute, de politique et d'&#233;ducateur, c'est-&#224;-dire on prend la personne et on tente de la mener &#224; un niveau d'autonomie tel que ce soit capable de se passer de nous. C'est extr&#234;mement difficile, extr&#234;mement d&#233;licat, c'est un m&#233;tier impossible d'apr&#232;s Freud. Mais plut&#244;t que d'affronter cette difficult&#233;, on retombe dans des solutions de facilit&#233; o&#249; on simplifie &#224; l'extr&#234;me.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, &#231;a devient une question de technique. Il y a un mode d'emploi. Moi, j'ai vu des instituts m&#233;dico-&#233;ducatifs dans lesquels je suis aussi intervenu &#8211; mais alors de fa&#231;on tr&#232;s courte dans la dur&#233;e, parce que je me suis tir&#233;e tr&#232;s rapidement, c'&#233;tait infernal &#8211; o&#249; je suis arriv&#233;e, j'ai eu deux psychologues en face de moi, deux femmes &#8211; donc c'&#233;tait une gyn&#233;c&#233;e encore, l&#224;, que des nanas &#8211; elles m'ont pr&#233;sent&#233; chaque cas d'enfant. J'avais un classeur d'une trentaine de pages : &#171; conduite &#224; tenir &#187;, &#171; avant la crise &#187;, &#171; pendant la crise &#187;&#8230; Un mode d'emploi, je vous assure, c'&#233;tait un mode d'emploi pour chaque gamin, avec l'histoire des renforcateurs : &#171; s'il fait &#231;a, lui donner &#231;a &#187;, &#171; s'il fait ci, le priver de &#231;a &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, il y a un juste milieu, effectivement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors entre la psychanalyse effectivement qui cherche l'&#233;mergence du sujet mais qui est dans des d&#233;rives catastrophiques et le mode d'emploi&#8230; C'est une chose tr&#232;s complexe, et sur la dur&#233;e, c'est long, c'est un travail qui est long, qui est lent, qui est fait d'avanc&#233;es, de r&#233;gressions. Alors, l&#224;, vous mettez votre gamin dans une structure ABA, effectivement&#8230; les progr&#232;s sont &#171; miraculeux &#187;, &#171; extraordinaires &#187; &#8211; en trois semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est un mouvement de balancier. Parce qu'aujourd'hui il n'est plus question de remettre en cause les parents, alors que la psychanalyse, ou m&#234;me les th&#233;rapies groupales, par d&#233;finition, impliquent toute la totalit&#233; des acteurs autour. Il y a un grand moment, depuis une dizaine d'ann&#233;es, effectivement, de basculement, avec il y a un refus de culpabiliser les parents, de culpabiliser la m&#232;re. Et on consid&#232;re que le probl&#232;me de l'autiste est d&#251; &#224; l'autiste et que &#231;a n'a rien &#224; voir avec l'environnement ou la famille, etc.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais c'est un mouvement de balancier extr&#234;me parce qu'on ne pose plus la question en termes de culpabilit&#233; &#8211; et c'est tr&#232;s bien, je me souviens du livre de Bettelheim, &lt;i&gt;La forteresse vide&lt;/i&gt;, c'&#233;tait une violence inou&#239;e pour les parents et surtout pour les m&#232;res &#8211; mais on est pass&#233; &#224; une question de g&#232;ne, c'est une question de machin, donc plus de responsabilit&#233;. Mais entre culpabilit&#233; et responsabilit&#233;, il y a un monde et c'est celui de l'apparition du sujet qui se pose : &#171; oui, l&#224; j'ai merd&#233; &#187; ; &#171; l&#224; j'ai pas merd&#233; &#187; ; &#171; j'en sais rien &#187; ; ou &#171; c'est du fait de mon histoire &#187;, etc. C'est-&#224;-dire qu'il n'y a plus besoin d'auto-reflexivit&#233;, en gros, de r&#233;fl&#233;chir sur soi-m&#234;me, sur ce qu'on a mis en place, sur pourquoi on a voulu cet enfant, sur qu'est-ce qui s'est pass&#233;&#8230; Enfin bref, quelque chose d'humain, mais qui reste une responsabilit&#233;. L&#224;, on a trouv&#233; la cause : c'est les pesticides, c'est la D&#233;pakine, ou je ne sais plus quel nom de m&#233;dicament, qu'on met aussi en cause comme hypoth&#232;se de source de d&#233;veloppement de spectre autistique, ou autre chose&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez un discours qui n'implique pas du tout un manque de moyens, alors que c'est une revendication qu'on entend sourdre de toute la soci&#233;t&#233;. Tous les secteurs de la soci&#233;t&#233; racontent qu'il y a un manque de moyens. D&#232;s qu'il y a le moindre probl&#232;me : les paysans, on balance des milliards ; les Gilets Jaunes on balance des milliards&#8230; sans rien r&#233;soudre. Quel est votre point de vue quant au manque de moyens du monde m&#233;dico-social ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, au risque de faire hurler les &#233;ducateurs, effectivement, il y a &#233;norm&#233;ment de moyens. Tant en termes de masse salariale, pour parler comme un patron : il y a &#233;norm&#233;ment de personnel, ce sont des &#233;quipes, c'est pas moins de 20-30 personnes pour l'accueil d'une trentaine d'enfants, avec des s&#233;ances, des demi-journ&#233;es, o&#249; ils sont 8-10 maximum sur la structure, donc 20 personnes pour 8 enfants pr&#233;sents par demi-journ&#233;e. C'est des r&#233;unions&#8230; &#192; un moment j'&#233;tais enseignante r&#233;f&#233;rente, donc enseignante r&#233;f&#233;rente c'est un poste &#224; cheval entre l'&#233;ducation nationale et la maison des handicap&#233;s, la MDPH, qui g&#232;re les dossiers des enfants, la mise en place des aides, etc. Je me suis retrouv&#233;e dans des r&#233;unions o&#249; on &#233;tait pas moins de 30 personnes, psychologues, m&#233;decins psychiatres, instituteurs ou professeurs, professeurs principaux quand c'&#233;tait des coll&#233;giens, bref &#233;norm&#233;ment de monde. Donc, au-del&#224; du co&#251;t en termes de salaire, toutes ces personnes qui &#233;taient l&#224;, pour trois personnes qui allaient parler en trois heures de r&#233;union, c'&#233;tait toujours les quatre, cinq personnes qui allaient s'exprimer, toutes les autres, elles &#233;taient l&#224;, bon, elles faisaient leurs heures, il n'y a pas de probl&#232;me. Vous imaginez, donc c'est des r&#233;unions o&#249; les jeunes ou les enfants sont convi&#233;s &#224; &#234;tre pr&#233;sents. Vous imaginez l'effet sur un gamin : il y a 30 personnes l&#224; qui, pendant 3 heures, discutent de mon cas. Donc soit je suis super important &#8211; imaginez le schizo, il est le centre du monde, tout vient de lui, une pathologie o&#249; d&#233;j&#224; le gamin est d&#233;j&#224; dans la toute puissance. Ou au contraire, un gamin qui doit se dire &#171; je dois &#234;tre sacr&#233;ment malade pour qu'on s'occupe autant de moi, je dois vraiment &#234;tre barr&#233;e, je dois vraiment avoir un gros probl&#232;me &#187;&#8230; Alors que des fois c'est vraiment, comme je disais tout &#224; l'heure, des probl&#232;mes non pas psychiatriques, mais psychologiques b&#233;nins qui pourraient se r&#233;gler ailleurs et simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc &#233;norm&#233;ment de moyens. Il faut savoir que dans les h&#244;pitaux de jour, la plupart du temps, les enfants viennent en taxi. &#199;a, c'est pris en charge &#224; 100 % par la S&#233;curit&#233; sociale. Au point que certaines fois, les parents ne sont pas contents parce que le taxi est en retard&#8230; Le boulot du cadre dans un h&#244;pital de jour, &#231;a fait en grande partie de g&#233;rer le planning des taxis, donc il a ses tableaux Excel, il est content, il rentre ses horaires, ses prises en charge, etc. Des gens qui peuvent &#234;tre l&#224; aussi et ne rien faire, puisqu'on est tr&#232;s nombreux pour pas grand monde. Je parlais de l'engagement tout &#224; l'heure, moi j'ai vu des infirmi&#232;res, c'&#233;tait une caricature du sketch des &#171; Inconnus &#187;. Alors &#231;a m'arrache un peu la tronche de le dire, mais la plupart du temps c'&#233;tait des immigr&#233;s ou des descendants d'immigr&#233;s, des Antillaises, qui pouvaient passer devant un gamin prostr&#233; qui &#233;tait l&#224; dans le couloir depuis deux heures, et m&#234;me pas lui adresser un regard, et se diriger vers son bocal et faire ses recherches sur les soldes ou son prochain billet d'avion pour le bled ou j'en sais rien&#8230; Donc quand je parlais d'engagement tout &#224; l'heure, il y a aussi tout ce c&#244;t&#233; humain, il suffit pas de grand-chose : un gamin qui est prostr&#233; dans un couloir, juste se mettre &#224; sa hauteur, le regarder, il peut se passer un truc de quelques secondes, et t'as fait le boulot. T'as pas fait une r&#233;volution mais t'as fait bouger quelque chose. Non, l&#224;, elle pouvait passer, ne pas les regarder, ou faire &#171; pfou ! encore lui ! &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En fait, vous d&#233;crivez un monde qui se rapproche de plus en plus du Tiers-monde, c'est-&#224;-dire des institutions qui ne marchent plus, auxquelles plus personne ne croit, o&#249; il n'y a plus de notion d'int&#233;r&#234;t commun.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, il n'y a plus d'int&#233;r&#234;t commun. Il n'y a plus que des gens qui se font leur petite niche l&#224;, leur petite carri&#232;re, qui ne sont pas d&#233;rang&#233;s. C'est un boulot, si vous n'&#234;tes pas d&#233;rang&#233;, c'est que vous n'avez rien fait, vous avez travers&#233; l'h&#244;pital, vous auriez pu travailler dans une banque, &#231;a aurait &#233;t&#233; pareil. Moi, &#231;a m'a fait bouger, les premi&#232;res exp&#233;riences, notamment, ont &#233;t&#233; extr&#234;mement douloureuses et m'ont fait avancer, m'ont permis de comprendre d'autres choses, tant de par ce que les enfants malades vous renvoient que l'&#233;quipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est un engagement intime.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Et quand on est pr&#233;sent, ce n'est pas du pr&#233;sentiel. C'est une r&#233;elle pr&#233;sence. On parlait tout &#224; l'heure des supervisions, je vous le disais : 520 euros les deux heures. Vous imaginez ? Autre exemple, moi, le dernier poste que j'ai occup&#233;, dernier poste en date, j'&#233;tais pay&#233;e pour travailler 28 heures, je pouvais avoir des semaines et &#231;a a &#233;t&#233; la constante sur les neuf mois o&#249; je suis intervenue dans cette structure priv&#233;e &#8211; donc avec cette directrice castratrice, omnipr&#233;sente, qui a recrut&#233; ses cousins libanais, etc., tout un trafic de prise en charge, elle traficotait le nombre de gamins qui &#233;taient pris en charge, du coup, elle avait les sous de la s&#233;cu qui tombaient&#8230; C'&#233;tait de la corruption, m&#234;me pas voil&#233;e, c'&#233;tait quasiment assum&#233; : &#171; Et quoi ? &#187;&#8230; Bref moi, j'&#233;tais pay&#233;e 1 700 euros pour faire 28 heures et en gros, j'ai eu un &#233;l&#232;ve. 30 minutes. Par semaine. Donc &#233;videmment, j'ai fait remonter, comme on dit, &#224; ma noble hi&#233;rarchie, tout &#231;a. Mais il ne s'est rien pass&#233;. Alors ce sont des structures qui commencent &#224; &#234;tre inspect&#233;es un petit peu plus, et notamment, il est question de retirer les enseignants de ces endroits-l&#224;. Ben, oui, tu parles ! Moi, on me payait 28 heures, je travaillais 30 minutes, j'&#233;tais pas bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et quel est le r&#244;le de l'immigration dans tout ce m&#233;canisme que vous avez &#233;voqu&#233; ? Il y a une partie des patients, des enfants, qui sont issus de migration, donc &#231;a pose des probl&#232;mes particuliers, y compris, et aussi, d'un autre c&#244;t&#233;, dans la hi&#233;rarchie, on a des gens qui, effectivement travaillent ici comme on travaille dans le tiers-monde. Le post-modernisme rejoint le pr&#233;-modernisme. Quel est pour vous l'impact de l'immigration ? Comment vous voyez l'interaction entre la p&#233;dopsychiatrie et l'immigration ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les structures dans lesquelles j'ai travaill&#233;, c'&#233;tait &#224; 80 % des enfants issus de l'immigration, soit r&#233;centes, soit de deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration. La plupart du temps, j'ai eu beaucoup de cas d'enfants consanguins, issus d'unions consanguines. L&#224; aussi, on n'interroge pas, c'est tr&#232;s mal vu, m&#234;me en r&#233;union entre nous, entre soignants, d'interroger le fait qu'une m&#232;re qui a d&#233;j&#224; trois enfants pris en charge en psychiatrie, en p&#233;dopsychiatrie &#8211; pour des troubles s&#233;v&#232;res, des maladies mentales s&#233;v&#232;res, vraiment des trucs lourds, voire des maladies g&#233;n&#233;tiques type trisomie&#8230; &#8211; qui encha&#238;nent la quatri&#232;me grossesse all&#232;grement avec son cousin. &#199;a ne s'interroge pas c'est du &#171; racisme &#187; &#8211; et si ce n'est pas du racisme, dans tous les cas, je n'ai pas &#224; juger de la volont&#233; du d&#233;sir d'enfant de cette femme, je n'ai pas &#224; interroger le fait qu'elle se soit mari&#233;e avec son cousin. Les psychiatres sont des m&#233;decins &#8211; c'est ce que je leur raconte, moi je suis instit' &#8211;, ils savent tr&#232;s bien, ils ont fait de la g&#233;n&#233;tique, c'est un secret de polichinelle que lors de mariages consanguins le risque est multipli&#233; par je ne sais pas combien d'avoir un enfant [malade]&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour le coup, l&#224; c'est une barbarie qui est couverte par la th&#233;orie de l'attachement et tout ce que vous racontiez auparavant&#8230; c'est-&#224;-dire qu'on d&#233;culpabilise les m&#232;res, on refuse de responsabiliser les parents, on ne fait qu'accompagner, etc. C'est coh&#233;rent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est coh&#233;rent, c'est tr&#232;s coh&#233;rent. Il y a aussi la question de&#8230; Maurice Berger a &#233;crit un livre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les S&#233;parations &#224; but th&#233;rapeutique, Dunod, 2011, 224 p.&#034; id=&#034;nh10-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; il y a quelques ann&#233;es tr&#232;s int&#233;ressant l&#224;-dessus, sur la s&#233;paration dans le milieu p&#233;dopsychiatrie ou de l'ASE, l'Aide Sociale &#224; l'Enfance, et toutes les pol&#233;miques auxquelles &#231;a donnait lieu de placer ou non un enfant, de le s&#233;parer de sa famille. Il y a un truc, moi, en p&#233;dopsychiatrie qui m'a passablement &#233;nerv&#233;e &#8211; et que je n'ai pas retrouv&#233; &#224; l'&#201;ducation Nationale d'ailleurs, l&#224;, pour le coup, c'&#233;tait un point positif au sein de l'&#201;ducation Nationale &#8211; : C'est-&#224;-dire que nous, le boulot, les instituts, on le faisait, on faisait des signalements, et souvent on disait : il faut enlever cet enfant de cette famille, il est battu, il est maltrait&#233;, le p&#232;re est alcoolique, ou la gamine &#224; 6 ans est voil&#233;e, ou des cas de maltraitance physique ou psychique&#8230; Les instits en g&#233;n&#233;ral le font, souvent &#231;a vient de l'&#233;cole, les signalements. L&#224;, non, il y avait un truc, c'&#233;tait la sacro-sainte alliance avec les familles. Sous pr&#233;texte d'un truc, un nom pompeux, on appelle &#231;a la &#171; syst&#233;mique &#187;, on travaille le &#171; syst&#232;me &#187;, la cellule familiale, c'est presque religieux comme truc, c'est-&#224;-dire que c'est La Famille, c'est l'Unit&#233;, la cellule premi&#232;re de la soci&#233;t&#233;. On n'y touche pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n'est peut-&#234;tre pas faux th&#233;oriquement, mais &#231;a a plut&#244;t l'air d'&#234;tre l'occasion de ne rien faire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ne rien faire, de se d&#233;charger, l&#224; encore, de se d&#233;sengager. On parlait d'engagement, l&#224; c'est une fa&#231;on de se d&#233;sengager. On ne va pas mettre le gamin dans une institution o&#249; &#231;a va &#234;tre un &#233;ducateur, une &#233;quipe qui va devoir s'en occuper 24 heures sur 24, mais on va le laisser dans sa famille, bon on va l'accueillir deux ou trois fois par deux heures par semaine, il y a ce qu'on appelle les VAD, les Visites &#192; Domicile qui vont &#234;tre mises en place &#8211; il y a des fois, ce n'est pas possible les visites &#224; domicile parce que c'est des familles tellement d&#233;structur&#233;es que ce n'est pas possible. Mais bon, on rationalise &#231;a, encore une fois, en disant &#171; oui, mais le lien entre l'enfant et sa famille, c'est important &#187;. Mais l'enfant, il est en train d'&#234;tre bousill&#233; l&#224;. On le voit, il n'y a pas besoin d'&#234;tre devin. L&#224;, vous allez faire un psychopathe, c'est un enfant battu, il va battre quelqu'un, d&#232;s qu'il aura la force physique, il ira d&#233;foncer quelqu'un, ou agresser quelqu'un dans la rue. Il y a une fabrique du psychopathe l&#224;, pour moi. On voit tout venir, on voit tout arriver, on a tous les &#233;l&#233;ments, toutes les pi&#232;ces du puzzle sont l&#224;. Et on laisse faire et on recouvre &#231;a d'un discours aussi de ce que Daniel Sibony, &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2023/06/01/loccident-et-sa-culpabilite-narcissique/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;que vous avez re&#231;u, je crois, au sein de ce podcast&lt;/a&gt;, appelle la &#171; culpabilit&#233; narcissique &#187;. C'est-&#224;-dire qu'il y a un &#171; excusisme &#187; hallucinant : c'est-&#224;-dire qu'on excuse &#224; peu pr&#232;s tout au nom de la Culture qui est diff&#233;rente, au nom de l'Alt&#233;rit&#233; &#8211; mais qu'en r&#233;alit&#233; on d&#233;nie, qu'on ne veut pas affronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ou qu'on refuse de reconna&#238;tre comme responsable d'elle-m&#234;me, avec tous ses d&#233;fauts. C'est &#231;a la culpabilit&#233; narcissique : tous ses d&#233;fauts vont &#234;tre attribu&#233;s &#224; notre comportement &#224; nous, nous avons &#233;t&#233; mauvais, nous sommes mauvais, nous recevons mal les gens, nous soignons mal, etc. Donc c'est notre faute.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, par contre, toutes ses qualit&#233;s sont reconnues et ne rel&#232;vent pas de nous, entre guillemets, Blancs, ou de la science du Blanc. Par exemple, la question de l'ethnopsychiatrie, c'est une th&#233;orie &#233;labor&#233;e par Georges Devereux, de m&#233;moire apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale. Il a fond&#233; cette th&#233;orie en disant qu'il y a &#233;norm&#233;ment de pathologies qui sont dues &#224; l'exil, &#224; l'exp&#233;rience de l'exil, que c'est une exp&#233;rience traumatique &#8211; et c'est vrai, que c'est une exp&#233;rience traumatique &#8211; et que pour soigner ces personnes, il faut prendre en compte leur culture. Donc on est dans ce que Hugues Lagrange appelle le &#171; D&#233;ni des cultures &#187;, mais l&#224; on n'&#233;tait pas l&#224;-dedans, on admettait qu'il y avait des cultures diff&#233;rentes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; Et qui fa&#231;onnent les psychismes&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; Qui fa&#231;onnent les psychismes. Alors l&#224;, &#231;a commence &#224; &#234;tre confirm&#233; de plus en plus par des &#233;tudes statistiques, des pr&#233;valences plus importantes en fonction du pays d'origine, de l'ethnie ou de la culture d'origine. On sait par exemple qu'il y a plus de cas de schizophr&#233;nie chez les Antillais. Georges Devreux &#233;chafaude toute une th&#233;orie &#224; propos de &#231;a, mais ne la met pas en pratique &#224; ma connaissance, en tous les cas, ne la met pas en pratique en France. Et c'est plus tard, Tobie Nathan qui ouvre le premier lieu de consultation en France dans les murs d'une universit&#233;, en l'occurrence Paris VIII Saint-Denis-Vincennes. C'est la premi&#232;re exp&#233;rience en France, il n'y en avait jamais eu. Et donc, il met en place ce qu'on appelle les consultations transculturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est tr&#232;s int&#233;ressant. Vous avez assist&#233; &#224; ce genre de choses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai assist&#233; &#224; cinq s&#233;ances autour d'un enfant que je suivais dans un h&#244;pital de jour. Et c'&#233;tait, l&#224; encore, les bras m'en sont tomb&#233;s parce que moi j'avais des a priori plut&#244;t positifs. Je me disais &#171; enfin ! &#187;, parce que jusqu'ici le discours c'&#233;tait&#8230; soit on &#233;tait dans le d&#233;ni de la culture, et on ne prenait pas &#231;a en compte, ou on c&#233;dait &#224; toutes les demandes des parents : un repas th&#233;rapeutique, il y a une maman qui dit : &#171; Mon enfant ne mange pas de viande &#187; &#8211; c'est un repas collectif et th&#233;rapeutique : si si, il va manger de la viande ! Non, en face, la psychiatre ne tient pas&#8230; &#171; Oui, non&#8230; &#187;, bref il ne mange pas de viande, il fait des crises classiques pendant le repas, d&#233;brouillez-vous. Bon, parenth&#232;se. Donc, j'ai assist&#233; &#224; une s&#233;ance avec un enfant autiste de 16 ans, non-verbal, qui marchait sur la pointe des pieds, enfin qui avait toutes les st&#233;r&#233;otypies d'un autiste s&#233;v&#232;re. 16 ans, malien. La m&#232;re malienne qui l'&#233;levait toute seule. Il avait une petite s&#339;ur de 15 ans. Et donc tout ce beau monde se r&#233;unit, une trentaine de personnes, traducteurs de sonink&#233;, sociologues, psychologues, il y avait des gens, je ne savais m&#234;me pas quelle &#233;tait leur fonction, des gens dipl&#244;m&#233;s, d'autres non&#8230; mais qui avaient peu ou prou des liens avec la culture d'origine de cette dame. Tout cela sous l'&#233;gide d'une psychologue patronnesse qui accueille tout ce beau monde. Et donc cette femme, la m&#232;re de cet enfant, Mamadou en l'occurrence, commence &#224; exprimer les choses sur son enfant en fran&#231;ais. Elle est tout de suite interrompue. Alors une psychologue qui interrompt quelqu'un qui commence &#224; parler, d&#233;j&#224;, &#231;a me d&#233;frise un peu, &#231;a me g&#234;ne beaucoup&#8230; Bon, elle l'interrompt, elle lui dit : &#171; Non, non, vous parlez en sonink&#233; &#187;. La femme parlait fran&#231;ais relativement correctement, elle avait un accent, elle cherchait ses mots, mais elle faisait l'effort de parler fran&#231;ais et c'&#233;tait important pour elle. Donc nous, on &#233;tait l&#224; avec l'&#233;quipe de jour. Tous les entretiens qu'on a eu avec cette femme, c'&#233;tait en fran&#231;ais, &#231;a se passait bien. Bon bref, la dame patronnesse psychologue, la couple, elle lui dit Non, non, vous parlez en sonink&#233;. Autre parenth&#232;se, le traducteur sonink&#233; est pay&#233; 300 euros la s&#233;ance, donc il faut bien l'utiliser &#224; bon escient &#8211; m&#234;me si, bon, il pourrait dormir aussi&#8230; La m&#232;re explique tr&#232;s bien en quoi l'h&#244;pital de jour a fait progresser son enfant &#8211; l&#224; pour le coup, je vous le dis, c'est dans cet h&#244;pital de jour o&#249; j'ai tr&#232;s bien travaill&#233; avec une &#233;quipe motiv&#233;e et impliqu&#233;e &#8211; : L'enfant a appris &#224; faire ses lacets, le jeune a appris quelques gestes d'autonomie de la vie quotidienne et la m&#232;re en est satisfaite. Elle explique que tout au long du parcours de cet enfant, il est all&#233; voir le p&#232;re qui est en Afrique, qui fait des va-et-vient, qui a plusieurs femmes, qui ne vit plus avec eux, a impos&#233; &#224; la m&#232;re d'aller voir un sorcier, que le sorcier en Afrique &#231;a a &#233;t&#233; catastrophique, et que l'h&#244;pital de jour, dis donc, &#231;a avait &#233;t&#233; quand m&#234;me le jour et la nuit par rapport &#224; ce que le sorcier avait fait &#224; son enfant. Qu'elle &#233;tait tr&#232;s malheureuse de voir que son enfant avait souffert et qu'elle le voyait souffrir m&#234;me pendant la s&#233;ance de, entre guillemets, d&#233;senvo&#251;tement. C'&#233;tait une souffrance pour elle de voir son enfant ainsi manipul&#233; par un homme, ce sorcier, et l&#224; de nouveau la dame patronnesse la coupe en lui disant : &#171; Non non le sorcier c'est bien, vous ne pouvez pas dire que l'h&#244;pital de jour c'est mieux, non mais &#231;a se tient, c'est une fa&#231;on de soigner aussi, il a soign&#233; votre enfant aussi &#187;&#8230; avec un discours d'hyper id&#233;alisation de la pratique de ce sorcier que la m&#232;re elle-m&#234;me d&#233;non&#231;ait et disait avoir v&#233;cu comme une souffrance, au-del&#224; des effets nuls de cette pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est une assignation identitaire, chimiquement pure.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compl&#232;tement. Moi, &#231;a m'a r&#233;volt&#233;e. J'en ai rediscut&#233; ensuite avec la m&#232;re, on a repris les choses &#8211; j'en avais besoin. Mais c'est une assignation identitaire. Et c'est terrible parce que ce n'est plus soigner &#224; partir d'&#233;l&#233;ments culturels de la personne, en prenant en compte les &#233;l&#233;ments culturels de la personne, mais avec les th&#233;rapies de la culture d'origine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc c'est l'enfermer en fait dans son univers culturel. Alors qu'elle est immigr&#233;e ici, peut-&#234;tre que la m&#232;re a envie de France, a envie de parler fran&#231;ais, a envie que son enfant devienne fran&#231;ais&#8230; Peut-&#234;tre qu'elle demandait quelque chose en venant ici&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une anecdote : la petite s&#339;ur de Mamadou commen&#231;ait &#224; frayer avec l'islam radical, portait le voile noir. La m&#232;re &#233;tait catastroph&#233;e, voulait que sa fille finisse son CAP de coiffeuse. L&#224; aussi : &#171; Non, mais c'est une fa&#231;on de retrouver ses racines&#8230; &#187; La m&#232;re expliquait tr&#232;s bien que c'&#233;tait pas son islam &#224; elle, qu'elle n'avait jamais pratiqu&#233; ce type d'islam-l&#224;, que &#231;a lui faisait peur, qu'elle culpabilisait aussi parce qu'elle se disait que sa fille a &#233;t&#233; trop investie dans son r&#244;le d'aide aupr&#232;s de son fr&#232;re&#8230; C'&#233;tait une maman aussi, encore une fois, qui voulait se s&#233;parer de son enfant pour son bien &#224; elle, pour le bien de sa fille et pour le bien de l'enfant. Donc elle attendait une place en institution &#8211; en Belgique, en l'occurrence &#8211; elle &#233;tait tr&#232;s volontaire et tr&#232;s investie pour que son enfant puisse partir en Belgique : elle lui faisait faire r&#233;guli&#232;rement ce qu'on appelle des s&#233;jours de r&#233;pit, c'est-&#224;-dire une semaine &#224; la campagne en province, dans une institution sp&#233;cialis&#233;e. Donc voil&#224;, une m&#232;re qui &#233;tait partante pour s'int&#233;grer, partante pour avancer&#8230; Eh bien non ! On la laisse un peu dans sa merde et on lui dit que sa merde, elle est bien &#8211; pardonnez-moi le vocabulaire, mais c'est des choses qui m'ont proprement r&#233;volt&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ici encore, on rationalise un comportement r&#233;gressif qui est le communautarisme, tout simplement. Et avec une discipline qui pourtant est tr&#232;s prometteuse, l'ethnopsychiatrie est passionnante dans son ambition, et profond&#233;ment existentielle : est-ce que le psychisme est le m&#234;me de culture en culture ? Jusqu'o&#249; il y a des diff&#233;rences ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors Tobie Nathan, lui, a r&#233;gl&#233; la question [&lt;a href=&#034;https://www.psychologies.com/Therapies/Toutes-les-therapies/Therapeutes/Interviews/Tobie-Nathan-l-ethnopsy-qui-travaille-avec-les-djinns-et-les-esprits&#034; class=&#034;spip_out&#034; title=&#034;Tobie Nathan, l'ethnopsy qui travaille avec les djinns et les esprits&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voir son interview :&lt;/a&gt; ]] : les psychismes sont diff&#233;rents, l'&#338;dipe c'est du n'importe quoi, &#231;a n'existe pas, le complexe d'&#338;dipe, ha ha ha&#8230; Il [cite] une &#233;tude danoise qui a demand&#233; &#224; des enfants en maternelle avec qui ils aimeraient se marier : 80 % ont r&#233;pondu avec mon copain de classe. Donc, ils n'ont pas r&#233;pondu avec mon papa ou avec ma maman. Donc, il n'y a pas d'&#338;dipe. Voil&#224; l'argument scientifique d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On est au niveau z&#233;ro de la r&#233;flexion.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tobie Nathan soigne les schizophr&#232;nes en leur expliquant qu'il y a une instance ext&#233;rieure qui leur en veut effectivement, donc on va convoquer un sorcier et on va attraper son ennemi ext&#233;rieur, cette une entit&#233; ext&#233;rieure qui lui en veut, et c'est pour &#231;a qu'il entend des voix, elle lui parle, et c'est pour &#231;a qu'elle lui dit de faire des choses. Et on va convoquer encore un th&#233;rapeute [traditionnel].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais &#231;a peut &#234;tre efficace, pourquoi pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je pense que pour un schizophr&#232;ne &#231;a peut &#234;tre ravageur, d'accompagner ces formes de crises schizoparano&#239;de en lui disant que tout &#231;a vient de l'ext&#233;rieur, &#231;a le d&#233;responsabilise totalement. Il n'est plus sujet de sa maladie, il n'est plus que l'objet d'une instance ext&#233;rieure. La g&#233;n&#233;alogie de la famille Nathan, c'est des rabbins th&#233;rapeutes. C'est pour moi une tr&#232;s grande r&#233;gression aussi d'une discipline qui &#233;tait tr&#232;s prometteuse, comme vous disiez, et l&#224; encore, on retourne sur des formes traditionnelles de pratiques dites th&#233;rapeutiques qui sont extr&#234;mement violentes pour des gens qui sont peut-&#234;tre dans un processus d'assimilation. Dans certains cas, c'est la m&#233;decine musulmane, c'est des s&#233;ances de d&#233;senvo&#251;tement, parce que la gamine a 16 ans, commence &#224; avoir une libido, veut avoir un petit copain, alors on ram&#232;ne le sorcier et, limite, on la met dans une posture de quasi-viol collectif, cette gamine. Vous voyez comment &#231;a peut aussi faire le lit du d&#233;veloppement de certaines pratiques probl&#233;matiques, pour le moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et finalement, est-ce que vous avez suivi des enfants qui sont pass&#233;s par ces institutions et que vous avez vu r&#233;gresser ,ou ne pas progresser au mieux, dans leur parcours de soins ? Est-ce que vous avez eu vent quant &#224; ce qu'ils sont devenus ou leur parcours ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors&#8230; Pas tellement. Je n'en ai pas suivi, pour tout vous avouer, dans l'apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notamment, je pense &#224; des primo-d&#233;linquants ou des jeunes qui &#233;taient destin&#233;s psychologiquement &#224; la d&#233;linquance &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ou qui &#233;taient&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; d&#233;j&#224; engag&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; l&#224;-dedans ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais qu'il y a des jeunes que j'ai eus qui &#233;taient d&#233;j&#224; en cours de proc&#233;dure judiciaire pour des faits de d&#233;linquance, de violences sur personnes notamment, et qui &#233;taient emprisonn&#233;s apr&#232;s. Donc les faits devaient &#234;tre graves puisque depuis la r&#233;forme Belloubet, les peines inf&#233;rieures &#224; un mois [ne sont pas ex&#233;cut&#233;es], &#231;a aussi c'est catastrophique comme r&#233;forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#224; aussi on est dans l'absence de limites.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Les magistrates c'est aussi beaucoup des gyn&#233;c&#233;es, la magistrature c'est beaucoup des femmes : on materne, on excuse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#233;voqu&#233; deux fois les gyn&#233;c&#233;es : vous voyez un manque de mixit&#233; dans les &#233;quipes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Et ce n'est pas tant un probl&#232;me de manque de mixit&#233; : il se peut que dans une &#233;quipe, il n'y ait que deux hommes, ou peut-&#234;tre qu'un seul, ou m&#234;me pas du tout &#8211; l&#224;, c'est quand m&#234;me probl&#233;matique quand il n'y en a pas du tout &#8211; mais cette fonction paternelle peut &#234;tre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; Pardon, c'est quoi une gyn&#233;c&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un groupe, chez grecs, c'&#233;tait un lieu o&#249; il n'y avait que des femmes. Effectivement, des &#233;quipes o&#249; il n'y a que des femmes ou un seul homme mais qui va souvent &#234;tre castr&#233; et qui va devoir &#234;tre une m&#232;re parmi les m&#232;res, et occuper une fonction maternante. Moi, souvent dans ces &#233;quipes-l&#224;, d'ailleurs, j'occupais une fonction paternelle, symbolique. Les gamins &#233;taient &#224; la limite de m'appeler &#171; monsieur &#187;&#8230; J'incarnais la Loi et j'en prenais plein la figure souvent parce que je voulais poser des sanctions. Alors c'est toujours tr&#232;s d&#233;licat : &#231;a se discute avec des enfants de ce profil-l&#224;. Avec d'autres, &#231;a ne se discutait pas : je voyais tr&#232;s bien que l'enfant &#233;tait en capacit&#233; de comprendre la sanction et d'en faire quelque chose, et elle &#233;tait importante &#224; poser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parlait tout &#224; l'heure du rapport &#224; la Loi, mais c'est pareil dans le traitement de la d&#233;linquance aujourd'hui, o&#249; on a aussi une &lt;i&gt;Big Mother&lt;/i&gt; comme l'appelait Michel Schneider, o&#249; toutes les institutions m&#234;me dans celle dans laquelle il peut y avoir des hommes, sont des mamelles. C'est la mamelle maternante, c'est la mamelle nourrissante, c'est la CAF qui tombe, les Aides sociales, on enveloppe les gens, on les prend, tout est fait en sorte pour qu'ils soient dans leur petit ut&#233;rus, tranquilles, et qu'ils ne rencontrent jamais, jamais la Loi, et les cons&#233;quences de la transgression de la loi. Maurice Berger en parle tr&#232;s bien, je vous renvoie vraiment &#224; ses &#233;crits parce qu'il en parle mille fois mieux que moi qui suis un peu encore &#233;vasive. Moi je trouve &#231;a terrible qu'un enfant qui, en acte, ou qu'un jeune qui, en acte, demande une sanction, demande &#224; &#234;tre arr&#234;t&#233; et on lui dit : &#171; Bah, continue &#187;. Le message envoy&#233; par l'institution judiciaire dans 80 % des cas aujourd'hui, c'est : &#171; tu viens de violer une femme ? Bon, t'as pas les codes, tu viens d'une culture diff&#233;rente. Au mieux on va te mettre un petit bracelet &#233;lectronique et puis tu te prom&#232;neras avec et tu continueras de violer. Au pire, tu vas faire des travaux d'int&#233;rim g&#233;n&#233;raux &#187;. C'est primordial que ces jeunes rencontrent &#224; un moment donn&#233; dans leur vie la Loi, et une loi qui soit compr&#233;hensible, qui soit li&#233;e et proportionnelle aux actes commis, &#224; la transgression commise, et qui rencontrent autre chose que la violence d'un syst&#232;me &#8211; puisque pour moi, le maternage, &#231;a va peut-&#234;tre vous choquer, mais le quasi-inceste f&#233;minin envers les enfants ou les jeunes dans les postures maternantes abusives et pulsionnelles d&#233;go&#251;tantes, pour moi c'est presque aussi violent qu'une violence physique paternelle. C'est-&#224;-dire que ce sont des gamins, l&#224; encore Maurice Berger en parle tr&#232;s bien : les jeunes africains qui sont souvent des enfants battus par leur p&#232;re africain qui n'ont jamais rencontr&#233; qu'une loi arbitraire, indiscutable ou incoh&#233;rente, ou des figures incoh&#233;rentes dans l'exercice de leur autorit&#233;, qu'ils puissent rencontrer &#224; un moment une loi rationnelle, comme je disais tout &#224; l'heure, o&#249; les actes sont sanctionn&#233;s proportionnellement aux d&#233;lits commis, c'est tr&#232;s important et &#231;a a des effets extr&#234;mement positifs. L&#224; encore, on fabrique un barbare si on ne le fait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est la phrase de G&#233;rard Mendel : &#171; &#192; celui qu'on emp&#234;che de grandir, il ne reste plus qu'&#224; d&#233;lirer &#187;. Et on se retrouve aujourd'hui avec des arm&#233;es de djihadistes, des jeunes qui cherchent la Loi et qui la trouvent dans la mort finalement &#8211; qui est l'ultime limite&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un espace tr&#232;s structurant pour ces jeunes-l&#224;, s'ils ont des chances de s'en sortir et de ne pas vriller compl&#232;tement dans la d&#233;linquance ou l'autodestruction, parce que &#231;a peut &#234;tre des toxicomanes, des SDF, des crack&#233;s &#8211; ils sont tous pass&#233;s par des institutions du type de celles que je d&#233;cris &#8211; ils peuvent aussi rencontrer la mosqu&#233;e du coin qui va extr&#234;mement les cadrer, qui va leur faire &#233;norm&#233;ment de bien, et un jour, quelqu'un d'un peu plus malin qu'eux, dans cette mosqu&#233;e, leur mettra une ceinture autour de la taille. Et paf quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est pour &#231;a qu'aujourd'hui on se retrouve avec des terroristes, entre guillemets, qui sont diagnostiqu&#233;s d&#233;s&#233;quilibr&#233;s. Et on a un micmac entre l'engagement dans la religion et le d&#233;s&#233;quilibre psychiatrique. Les deux sont tr&#232;s vrais et c'est tr&#232;s certainement des jeunes qui sont pass&#233;s par le type d'institution que vous avez d&#233;crit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merah, c'&#233;tait le cas, Nemmouch c'&#233;tait le cas&#8230; c'est le cas d'&#233;norm&#233;ment de terroristes. Ils sont tous plus ou moins pass&#233;s par l'Aide Sociale &#224; l'Enfance. Ils ont tous &#233;t&#233; &#224; un moment donn&#233; signal&#233;s, que ce soit par une instit, une assistante sociale, voire fait des tout petits s&#233;jours en centre &#233;ducatif ferm&#233; ou des choses comme &#231;a&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc l&#224;, pour le coup, on a des jeunes pour qui la notion d'institution a &#233;t&#233; compl&#232;tement discr&#233;dit&#233;e. L'Occident appara&#238;t comme un &#233;norme vide &#224; coloniser. Et si ,au d&#233;but, ils n'&#233;taient pas violents ou psychopathes, effectivement, d'apr&#232;s ce que vous avez d&#233;crit, les &#233;tablissements les fabriquent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fabriquent en quelque sorte, pour moi, dans la mesure o&#249; ils n'y ont jamais [rencontr&#233;s une Loi structurante], par culpabilit&#233; narcissique, mais aussi par confort, ou par fain&#233;antise, ou par je-m'en-foutisme, ou parce que c'est trop dur &#8211; parce que c'est dur, je ne voudrais pas non plus donner l'image de quelqu'un qui prend les gens de haut et qui dit que c'est facile. C'est extr&#234;mement dur. Passez une heure dans une salle avec un psychotique, revenez me voir apr&#232;s : vous &#234;tes en lambeaux. D'o&#249; les supervisions, ces moments d'analyse collective pour d&#233;poser des choses. Mais le travail n'est pas simple, je ne suis pas en train de dire qu'il suffirait de&#8230; qu'il y aurait qu'a&#8230; Je dis simplement : oui, l&#224; o&#249; il y a une demande explicite de limite, il faut y r&#233;pondre, c'est primordial d'y r&#233;pondre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb10-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les S&#233;parations &#224; but th&#233;rapeutique&lt;/i&gt;, Dunod, 2011, 224 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'injection goutte &#224; goutte du poison de la Charia (3/3)</title>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



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&lt;p&gt;Voir la partie pr&#233;c&#233;dente (&#8230;/&#8230;) VIII. Qu'est-ce qu'une charia ? On peut comptabiliser &#224; ce jour 57 &#8220;l&#233;gislations&#8221; pr&#233;tendant &#224; ce titre, puisque chaque entit&#233; &#233;tatique musulmane dans le monde affecte une telle r&#233;f&#233;rence. Ind&#233;pendamment des divergences loufoques entre ces nombreuses variantes officielles, toutes ont pour point commun d'institutionnaliser le principe de terreur musulmane sur laquelle repose le monoth&#233;isme tardif qu'est l'islam. Beaucoup plus que les religions antiques, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1158-L-injection-goutte-a-goutte-du-poison-de-la-charia' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la partie pr&#233;c&#233;dente&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;/&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VIII. Qu'est-ce qu'une &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;charia&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut comptabiliser &#224; ce jour 57 &#8220;l&#233;gislations&#8221; pr&#233;tendant &#224; ce titre, puisque chaque entit&#233; &#233;tatique musulmane dans le monde affecte une telle r&#233;f&#233;rence. Ind&#233;pendamment des divergences loufoques entre ces nombreuses variantes officielles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une commission de l'Organisation de la Coop&#233;ration Islamique, organe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, toutes ont pour point commun d'&lt;i&gt;institutionnaliser &lt;/i&gt;le principe de terreur musulmane sur laquelle repose le monoth&#233;isme tardif qu'est l'islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup plus que les religions antiques, tout monoth&#233;isme se veut &#224; la fois promesse mais aussi &lt;i&gt;terreur&lt;/i&gt; : il substitue &#224; l'angoisse existentielle et au sens du &lt;i&gt;tremendum &lt;/i&gt;des religions antiques une &lt;i&gt;organisation de la terreur&lt;/i&gt;. Ce tandem paradoxal de promesse et de menace r&#233;sulte tr&#232;s logiquement de la pr&#233;tention monoth&#233;iste &lt;i&gt;au monopole exclusif de la relation avec le divin&lt;/i&gt;. Une terreur chr&#233;tienne fondait ainsi le r&#232;gne du catholicisme, sans toujours disposer d'instrument de r&#233;pression &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; (l'Inquisition n'apparut qu'au XIIIe si&#232;cle, par exemple). La terreur musulmane n'a jamais eu besoin dans son histoire du d&#233;tour hypocrite d'un appareil sp&#233;cialis&#233;, tant son principe de f&#233;rocit&#233; est imbriqu&#233; &#224; ses r&#233;f&#233;rences centrales explicites et se trouve par nature d&#233;centralis&#233; dans toute la soci&#233;t&#233; islamique. Le d&#233;lire sur la biographie du Proph&#232;te, &#233;crite et r&#233;&#233;crite dans les deux si&#232;cles qui ont suivi sa mort naturelle suppos&#233;e et pr&#233;sent&#233;e comme le &lt;i&gt;&#8220;beau mod&#232;le&#8221; &lt;/i&gt;&#224; suivre, suffit &#224; activer les comportements de terreur chez tout &lt;i&gt;&#8220;vrai musulman&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'islam se transforme cependant de plus en plus en &lt;i&gt;n&#233;o-islam&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les remarques fr&#233;quentes de Boualem Sansal sur la naissance d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans le but d'unifier des populations extra-europ&#233;ennes, dans son troisi&#232;me assaut historique sur l'Europe et son r&#234;ve de conqu&#234;te mondiale. De m&#234;me que l'islam a vampiris&#233; les monoth&#233;ismes qui l'avaient pr&#233;c&#233;d&#233;, de m&#234;me le n&#233;o-islam emprunte les techniques du IVe monoth&#233;isme, le marxisme-l&#233;ninisme. Celui-ci a bri&#232;vement r&#233;gn&#233; sur un tiers de la plan&#232;te en inventant un nouveau type de r&#233;gime, le totalitarisme, dont tout le syst&#232;me &#8220;judiciaire&#8221; se r&#233;duisait &#224; une vaste Inquisition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Dominique Colas, L&#233;nine, Fayard, 2017, p. 454, qui rappelle que L&#233;nine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve, de plus, que les traditions de l'islam facilitent un tel passage au &lt;i&gt;stade industriel de la terreur&lt;/i&gt;. Le r&#244;le de la chicane juridique, d&#233;velopp&#233; durant la longue p&#233;riode de cristallisation de l'islam r&#233;el (ses deux premiers si&#232;cles), est cardinal. Les conqu&#233;rants arabes, dont le centre de gravit&#233; se tenait &#224; la frange du Croissant fertile, avec M&#233;dine pour arri&#232;re-cour, plut&#244;t que dans la p&#233;ninsule arabique, se trouvaient confront&#233;s au risque d'absorption par des populations &#8220;s&#233;dentaires&#8221; plus nombreuses, comme tous les conqu&#233;rants semi-nomades du Proche-Orient depuis 2 000 ans, d&#232;s lors qu'ils se retrouvaient &#224; la t&#234;te d'un &lt;i&gt;&#201;tat dimorphique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir pour cette notion d'&#201;tat dimorphique : Cultures locales du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le d&#233;veloppement d'une v&#233;ritable ing&#233;nierie institutionnelle fut leur r&#233;ponse originale, avec un droit particuli&#232;rement in&#233;galitaire qui a laiss&#233; des traces tr&#232;s profondes dans ce qui est devenu bien plus qu'une religion, un&lt;i&gt; &#8220;mode de vie total&#8221; &lt;/i&gt;arm&#233; pour endiguer puis laminer l'alt&#233;rit&#233;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Ses porteurs ont r&#233;ussi au fil des si&#232;cles &#224; absorber les populations s&#233;dentaires conquises. Le cas est tout &#224; fait atypique dans l'histoire des rapports entre peuples semi-nomades et s&#233;dentaires. La forme de despotisme oriental qui en est r&#233;sult&#233;e fut la plus m&#233;thodique de toutes, ce qui renseigne sur la puissance d&#233;vastatrice de l'ing&#233;nierie social-historique constitu&#233;e par la &lt;i&gt;Charia,&lt;/i&gt; mot d'ailleurs &#224; peu pr&#232;s absent du Coran, sauf pour une occurrence dans le sens de &#8220;voie&#8221;. Comme la plupart des caract&#233;ristiques de l'islam, ces dispositifs ont donc &#233;t&#233; &#233;labor&#233;s non pas dans une &#8220;r&#233;v&#233;lation&#8221; soudaine, d'un bloc, mais au fil de deux si&#232;cles de t&#226;tonnements dans le cadre de la rivalit&#233; contre l'empire byzantin qui a tenu face &#224; cet assaut. Ce dernier n'est tomb&#233; que huit si&#232;cles plus tard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est instructif que l'empire Abbasside, dans sa p&#233;riode dynamique, n'ait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, au moment o&#249;, &#224; tous &#233;gards sauf militaire, la civilisation islamique &#233;tait devenue largement s&#233;nile sous l'effet des invasions turco-mongoles, cent fois plus ravageuses que les Croisades qui obs&#232;dent tant les anti-colonialistes en Occident. F. Braudel &lt;i&gt;(&#8220;Grammaire des Civilisations&#8221;,&lt;/i&gt; p. 148) a not&#233; que la renaissance de la puissance militaire islamique avec les Turcs s'&#233;tait accompagn&#233;e d'une victoire absolue de l'orthodoxie religieuse (sunnite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IX. Soci&#233;t&#233; &#224; statuts ou soci&#233;t&#233; d'individus ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on prend quelque recul par rapport aux fantasmes id&#233;ologiques des XIXe et XXe si&#232;cle et que l'on observe avec &#233;quit&#233; l'histoire de l'Occident depuis le XIVe si&#232;cle, celle-ci pr&#233;sente une caract&#233;ristique exceptionnelle : toutes les Grandes r&#233;volutions occidentales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Martin Malia, Histoire des R&#233;volutions, &#233;d. Tallandier, 2006.&#034; id=&#034;nh11-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont impliqu&#233; un passage irr&#233;versible d'une &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; &#224; statuts &lt;/i&gt;(o&#249; les individus n'&#233;taient qu'un appendice de leur groupe d'appartenance) &#224; une soci&#233;t&#233; d'individus (d&#233;finissant leurs rapports par des contrats). Cela n'effa&#231;ait pas les in&#233;galit&#233;s sociales, qui sont infiniment plus difficiles &#224; abolir que les in&#233;galit&#233;s de statuts (c'est peut-&#234;tre impossible), mais les premi&#232;res en ont &#233;t&#233; m&#233;tamorphos&#233;es, au point de permettre une fluidit&#233; inconnue des soci&#233;t&#233;s traditionnelles, comme l'&#233;volution des positions sociales l'a montr&#233; depuis deux si&#232;cles en France ou aux &#201;tats-Unis. Cette mutation a surtout concern&#233; la partie occidentale et centrale de l'Europe, sans oublier les &#201;tats-Unis et quelques &#201;tats du Commonwealth. Elle s'est &#233;tendue par capillarit&#233; &#224; des soci&#233;t&#233;s voisines (Scandinavie, pays baltes, Slov&#233;nie, Croatie, etc.). Elle est clairement corr&#233;l&#233;e au substrat anthropologique de deux formes jumelles de christianisme, catholique et protestante, qui ont ouvert la voie vers une sortie de la religion. Ce mouvement continue &#224; s'amplifier dans tout l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette grande caract&#233;ristique moderne est ancr&#233;e dans certaines traditions et principes, qui sont le propre de l'Occident depuis l'Antiquit&#233; : chez Hom&#232;re, pour la premi&#232;re fois appara&#238;t la mise en sc&#232;ne de la tension entre l'individu et le groupe, dans laquelle l'individu poss&#232;de une marge d'expression et d'action autonomes. Cette diff&#233;rence avec les soci&#233;t&#233;s holistes despotiques fut d'embl&#233;e &lt;i&gt;qualitative &lt;/i&gt;et constitue la source de l'immense cr&#233;ativit&#233; historique occidentale. Cette dimension anthropologique sp&#233;cifique de l'Occident a &#233;t&#233; presque totalement sous-estim&#233;e ou ni&#233;e par les mill&#233;narismes inspir&#233;s de l'anarchisme ou du marxisme, au nom d'une surench&#232;re id&#233;ologique pr&#233;tendant r&#233;duire l'histoire de toutes les soci&#233;t&#233;s &#224; des leviers universels manipulables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;'Citoyen' &#233;tait un statut dans la polis grecque, mais &#224; l'int&#233;rieur de ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le marxisme-l&#233;ninisme a ainsi pu r&#233;inventer une forme d'esclavage au nom de l'&#8220;avenir radieux&#8221; qui reculait au fur et &#224; mesure que passaient les ann&#233;es et assumait les caract&#233;ristiques d'un Autre Monde, figure n&#233;cessaire &#224; tous les sc&#233;narios religieux. Bien que ces mill&#233;narismes aient fait faillite dans leurs exp&#233;rimentations &#8220;r&#233;volutionnaires&#8221;, les soci&#233;t&#233;s occidentales qui ont fait vivre un grand nombre de libert&#233;s individuelles et collectives pr&#233;sentent toujours &#224; leurs yeux &lt;i&gt;le tort irr&#233;parable de n'avoir pas instaur&#233; le paradis sur terre !&lt;/i&gt; C'est l&#224; que se trahit le noyau para-religieux des diverses th&#233;ories &#8220;socialistes&#8221; qui ont pr&#233;valu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#232;s lors ais&#233; de r&#233;sumer les grandes caract&#233;ristiques anthropologiques de l'islam :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islam refuse centralement &lt;i&gt;l'isonomie&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire l'&#233;galit&#233; devant la loi. L'in&#233;galit&#233; hommes-femmes et l'in&#233;galit&#233; entre musulmans et tout croyant d'une autre confession (les ath&#233;es &#233;tant vou&#233;s &#224; la mort) sont des conditions du r&#232;gne de l'islam. Le verrouillage de ce dispositif social tient &#224; la priorit&#233; absolue accord&#233;e aux rapports entre communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'isegoria&lt;/i&gt; (droit &#224; une &#233;galit&#233; de parole) et la &lt;i&gt;parrhesia &lt;/i&gt;(la sinc&#233;rit&#233; des opinions politiques et le fait de parler sans arri&#232;re-pens&#233;e) ont d&#233;j&#224; largement disparu, gr&#226;ce &#224; l'activit&#233; de la pieuvre m&#233;diatique, h&#233;riti&#232;re en date des techniques totalitaires de mensonge, ce qui profite automatiquement &#224; l'islam, qui ne supporte pas de tels principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rendre les &lt;i&gt;&#8220;vrais musulmans&#8221;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#8220;co-auteurs de la loi&#8221; &lt;/i&gt;est d&#233;pourvu de sens &#224; leurs propres yeux, puisque celle-ci ne saurait d&#233;river de l'activit&#233; humaine. Quelle que soit la vari&#233;t&#233; d'islam, c'est d'ailleurs un cas particulier d'un dogme plus g&#233;n&#233;ral : &lt;i&gt;rien de ce qui survient de bien dans l'histoire n'est d'&#339;uvre humaine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces caract&#233;ristiques &lt;i&gt;non n&#233;gociables &lt;/i&gt;trouvent fig&#233;es par le fait que chacun n'existe que dans le regard collectif du groupe statutaire. Ainsi, dans l'empire ottoman qui avait pouss&#233; cette logique &#224; un degr&#233; in&#233;gal&#233; avec les &lt;i&gt;millets&lt;/i&gt;(groupes statutaires juridico-religieux officiels), l'individu en tant que tel n'existait pas. Il ne s'agissait que de mettre en rapports des communaut&#233;s juridiques, sous la pr&#233;&#233;minence du &lt;i&gt;millet &lt;/i&gt;sunnite, &#233;videmment &lt;i&gt;plus &#233;gal que les autres,&lt;/i&gt;et directement rattach&#233; au despote d&#233;nomm&#233; Calife&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La communaut&#233; sunnite d'Irak et de Syrie en tirait infiniment avantage, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel &#233;clairage rend compte de certains comportements diffus, comme la fuite visc&#233;rale devant une tension de responsabilit&#233; personnelle. Si seul compte le groupe proche (clan, famille&#8230;), dans un cadre de r&#233;ciprocit&#233; concr&#232;te, la n&#233;cessit&#233; de conscience professionnelle, qui suppose une loyaut&#233; et un sens de la responsabilit&#233; envers l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, perd toute justification et m&#234;me tout sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De fa&#231;on inverse, tout &#233;chec personnel, toute d&#233;ception, sont imput&#233;s &#224; une injustice pr&#233;alable faite au groupe lui-m&#234;me.&lt;/i&gt; Ce n'est que la manifestation en creux de la grande revendication qui r&#233;sume toutes les autres, celle d'un statut communautaire. Quand les th&#233;matiques envahissantes de l'&lt;i&gt;&#8220;islamophobie&#8221; &lt;/i&gt;ou du &lt;i&gt;&#8220;racisme&#8221;,&lt;/i&gt; deviennent les principales cl&#233;s de d&#233;cryptage d'un r&#233;el qui ne se conforme pas aux attentes, il ne s'agit ni d'une simple &#8220;excuse&#8221; ni d'un comportement victimaire &#224; courte vue, mais d'une vision du monde fossilis&#233;e qui fascine les gauchistes. Elle imprime sa marque sur toutes les dimensions du comportement social, tant elle est commode. Tout &#233;chec vient d'ennemis sournois &#224; &#233;radiquer, les autochtones europ&#233;ens, vou&#233;s &#224; constituer un groupe situ&#233; au plus bas de l'&#233;chelle de l&#233;gitimit&#233;, voire &#224; subir une extinction pure et simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication de &lt;i&gt;charia&lt;/i&gt; constitue &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt; une recherche d'&#233;chappatoire dans une soci&#233;t&#233; occidentale, o&#249; il est demand&#233; de faire sans cesse ses preuves &#224; titre individuel. Toute indulgence ou complaisance pour une th&#233;matique de &lt;i&gt;charia &lt;/i&gt;favorise de mani&#232;re catastrophique une attente d'h&#233;g&#233;monie automatique et arbitraire au profit du groupe communautaire musulman. Ses membres se sentent confort&#233;s dans leur aspiration &#224; un acc&#232;s prioritaire aux richesses, aux honneurs, aux carri&#232;res, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fascination croissante, notamment chez les jeunes musulmans, et m&#234;me les convertis, pour un tel raccourci appuy&#233; sur une pression collective arbitraire rencontre un r&#233;flexe reptilien de la gauche fondamentale, dont le go&#251;t d&#233;magogique pour les coups de force collectifs est une seconde nature. Tout membre de la gauche fondamentale se consid&#233;rant comme &#8220;de-gauche&#8221; avant toute autre appartenance, sa &#8220;conception&#8221; du monde est structurellement homog&#232;ne aux visions conspirationnistes qui d&#233;noncent de fa&#231;on obses&#173;sionnelle un &#8220;racisme&#8221; ou une &#8220;islamophobie&#8221; ubiquitaires. Le renforcement paradoxal d'un tel r&#233;flexe dans un contexte d'effondrement des perspectives &#8220;de gauche&#8221; est sans doute l'indice d'une aspiration instinctive &#224; une r&#233;gression statutaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;norme extension des actes &#8220;anti-Blancs&#8221; depuis les attentats de 2015 en France illustre l'alibi circulaire g&#233;n&#233;ral : lors&#173;que des musulmans tuent des Occidentaux, l'islam craint auto&#173;matiquement de subir une atteinte &#224; son image, ce qui est retraduit en &#8220;agression&#8221;, &lt;i&gt;&#8220;raciste&#8221;&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;&#8220;islamophobe&#8221; &lt;/i&gt; selon la marotte de l'id&#233;ologue. Tout attentat &#8220;islamiste&#8221; a pour but de d&#233;clencher un &lt;i&gt;&#8220;djihad d&#233;fensif&#8221; &lt;/i&gt;que rien ne distingue finalement du &lt;i&gt;&#8220;djihad offensif&#8221;&lt;/i&gt;. Le go&#251;t du sang est communicatif dans ces milieux. Le plus remarquable dans toute cette affaire circulaire, c'est que les Occidentaux n'interviennent en rien, sauf comme victimes passives suspect&#233;es de vouloir r&#233;agir un jour &#224; ce qu'on leur fait ! Ce r&#233;flexe spontan&#233;, instinctif, d'une grande partie des musulmans montre qu'ils per&#231;oivent tr&#232;s bien la nature des crimes commis et qu'ils en sont fonci&#232;rement solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islam, quelle que soit sa vari&#233;t&#233;, est redoutablement r&#233;actif quand il est au contact d'une soci&#233;t&#233; occidentale : &#224; beaucoup d'&#233;gards, il fonctionne lui-m&#234;me comme un &lt;i&gt;racisme &lt;/i&gt;puisqu'il affirme &#224; ses partisans qu'ils constituent une &lt;i&gt;&#233;lite absolue, &lt;/i&gt;'ils soient en situation minoritaire ou majoritaire. Le fait que tout individu n&#233; dans une famille musulmane soit d&#233;cr&#233;t&#233; irr&#233;versiblement musulman apporte une dimension biologisante, tr&#232;s commode notamment pour ravaler au statut d'esclave les Africains subsahariens convertis plus r&#233;cents &#224; l'islam, et tous les &#8220;novices&#8221; plus ou moins suspects par nature&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interpr&#233;tation franche de la &lt;i&gt;charia &lt;/i&gt;s'exprime d'ailleurs parfois tr&#232;s directement. Dans un documentaire diffus&#233; &#224; plusieurs reprises sur Arte (dont le 21 octobre 2014), &lt;i&gt;&#8220;Gr&#232;ce : la charia au c&#339;ur de l'Europe&#8221;,&lt;/i&gt; un imam des Pomaks, slaves convertis &#224; l'islam dans la Thrace grecque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces slaves se convertirent au XIXe si&#232;cle pour &#233;viter l'imp&#244;t tr&#232;s lourd (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#233;clare beno&#238;tement que ceux qui ne suivent pas &#8220;la&#8221; &lt;i&gt;charia&lt;/i&gt; se comportent &lt;i&gt;comme des animaux&lt;/i&gt;&#8230; Cette attitude de m&#233;pris compact, biologisant, n'est pas un simple cas d'arri&#233;ration culturelle, mais le reflet fid&#232;le de l'islam pratique, quand il cesse de dissimuler&#8230; Lorsqu'un imam (Rachid El Jay, &#224; Rennes) proclame que ceux qui &#233;coutent de la musique seront chang&#233;s en porcs, il fait une simple variation &lt;i&gt;orthodoxe &lt;/i&gt;sur l'expulsion des non-musulmans de la sph&#232;re de l'humain : ce petit personnage a depuis b&#233;n&#233;fici&#233; de subsides pour am&#233;liorer sa &#8220;formation&#8221;, alors qu'il n'avait nullement le niveau requis pour la suivre. Une fois de plus, l'auteur d'un tel coup de force provocateur s'est vu flatt&#233; et r&#233;compens&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un esprit ind&#233;pendant comme J.-F. Revel avait constat&#233; que la d&#233;marche d'un Michel Foucault qui voyait de &#8220;l'enfermement partout&#8221; dans les soci&#233;t&#233;s occidentales &#233;tait en fait d'une ad&#233;quation parfaite pour d&#233;crire les r&#233;gimes sovi&#233;tiques, &lt;i&gt;dont Foucault ne parlait jamais !&lt;/i&gt; De m&#234;me les 57 r&#233;gimes islamiques, toutes tendances confondues, illustrent minutieusement les th&#233;ories sur le &lt;i&gt;&#8220;racisme d'&#201;tat&#8221;&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;&#8220;sexisme d'&#201;tat&#8221;&lt;/i&gt; que tant d'id&#233;ologues du gauchisme culturel et du multiculturalisme &#224; longueur de th&#232;ses fumeuses s'acharnent &#224; plaquer d&#233;sesp&#233;r&#233;ment sur les soci&#233;t&#233;s occidentales qui font pourtant vivre confortablement ces naufrageurs ! Ils tentent m&#234;me de parler d'&lt;i&gt;&#8220;esclavage g&#233;nocidaire&#8221; &lt;/i&gt;la traite atlantique (o&#249; les pertes en vies humaines &#233;taient importantes, &#224; la hauteur de ce que subissaient les &#233;quipages), mais ils s'abstiennent de mentionner le seul syst&#232;me esclavagiste effectivement g&#233;nocidaire, la traite musulmane sur l'Afrique noire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Tidiane N'diaye, Le G&#233;nocide voil&#233;, Gallimard, 2008.&#034; id=&#034;nh11-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est l&#224; que l'on per&#231;oit la nature tr&#232;s particuli&#232;re de la &#8220;sup&#233;riorit&#233;&#8221; des m&#233;thodes musulmanes : leurs victimes ayant &#233;t&#233; annihil&#233;es au fur et &#224; mesure des g&#233;n&#233;rations, il n'y a pas de descendance revendicative ! Rappeler ce que F. Braudel (ibid., pp 113-114) &#233;crivait : &lt;i&gt;&#8220;l'Islam classique, une civilisation esclavagiste par excellence&#8221;&lt;/i&gt; serait consid&#233;r&#233; comme un pens&#233;e-crime majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces aper&#231;us impliquent une cons&#233;quence gigantesque, que &lt;i&gt;l'intelligentsia &lt;/i&gt;gauchiste ou multiculturelle veut occulter : comment l'islam confront&#233; &#224; l'Occident ne voudrait-il pas &lt;i&gt;revenir mille ans avant la R&#233;volution fran&#231;aise ? &lt;/i&gt;M&#234;me une soci&#233;t&#233; &#224; statuts du type Ancien R&#233;gime des XVIIe et XVIIIe si&#232;cles lui para&#238;trait encore scandaleusement permissive, comme l'atteste un t&#233;moignage d'ambassadeur du Grand Turc &#224; Paris, choqu&#233; des &#233;gards que certaines femmes occidentales recevaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un occidental, la revendication de &lt;i&gt;charia &lt;/i&gt;ne peut appara&#238;tre que comme le signal d'une r&#233;gression civilisationnelle imp&#233;rieuse et gigantesque qui rend d&#233;risoires et infiniment criminels les calculs des couches r&#233;gnantes et de la &lt;i&gt;police mentale&lt;/i&gt;s z&#233;l&#233;e du gauchisme culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;X. Quelle peut &#234;tre la fonction impartie aux djihadistes et &#224; leurs mentors salafistes dans une soci&#233;t&#233; &#8220;occidentale&#8221; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui parmi les musulmans exigent de ne pas s'int&#233;grer aux soci&#233;t&#233;s occidentales, o&#249; ils s'incrustent pourtant avec ardeur, contrevenant ainsi d'eux-m&#234;mes aux principes coraniques, imitent &#224; s'y m&#233;prendre un comportement conqu&#233;rant. Il ne faudrait jamais identifier cette d&#233;marche comme instinctivement coloniale, bien qu'elle plaise immens&#233;ment &#224; la gauche fondamentale, si d&#233;sireuse d'encourager une &#8220;revanche&#8221; imaginaire sur les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes, m&#234;me quand celles-ci n'ont jamais eu de colonies, telles la Su&#232;de ou la Finlande. Comme l'avait remarqu&#233; Fernand Braudel (ibid., p. 79), le colonialisme est par excellence la submersion d'une civilisation par une autre. Les vaincus c&#232;dent toujours au plus fort, mais leur soumission reste provisoire, d&#232;s qu'il y a conflit de civilisation. Il peut y avoir des concessions, des emprunts, mais jamais au-del&#224; d'une certaine limite. Apr&#232;s la double agression perse sur la Gr&#232;ce, la civilisation gr&#233;co-romaine a fini par dominer le Proche-Orient pendant mille ans, d'Alexandre le Grand jusqu'&#224; l'empereur H&#233;raklius, puis l'islam a incarn&#233; un mouvement inverse en colonisant jusqu'&#224; l'Espagne (VIIIe si&#232;cle) puis les Balkans (XVe si&#232;cle). La colonisation d'une partie du monde musulman par l'Europe au XIX&#232;me si&#232;cle a incarn&#233; une inversion spectaculaire du flux. Aujourd'hui, l'islam est bel et bien entr&#233; dans son troisi&#232;me assaut colonial sur l'Europe. Le plus frappant tout au long des 25 derniers si&#232;cles, c'est l'impossibilit&#233; radicale de l'Occident et de l'Orient &#224; fonder une synth&#232;se commune. Leurs pr&#233;suppos&#233;s se d&#233;finissent dans la divergence de l'un vis-&#224;-vis de l'autre. Ils ne peuvent avoir de rapport que colonial&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gauchisme culturel, en voulant encourager une colonisation invers&#233;e au profit de l'islam, prend une tournure de plus en plus schizophr&#233;nique, puisque la quasi-totalit&#233; des occidentaux vivant actuellement n'ont jamais &#233;t&#233; en situation de colonisation&#8230; Un gauchiste culturel trouvera t&#244;t ou tard l'acrobatie permettant une mise en accusation imparable : il est de plus en plus ais&#233; de d&#233;montrer que tout Occidental vivant aujourd'hui n'a &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt; fait contre la colonisation d'autrefois. Ce raisonnement vaut d'ailleurs pour l'absence de combat contre Vichy. &lt;i&gt;Ne pas &#234;tre encore n&#233; &#224; l'&#233;poque n'excuse rien, c'est au contraire la preuve irr&#233;futable de la validit&#233; de l'accusation ! &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette disposition doctrinaire dominante convient parfaitement aux sph&#232;res dirigeantes des oligarchies qui aspirent &#224; transformer le territoire en une mosa&#239;que de ghettos rivaux, afin de rendre irr&#233;versible la dislocation induite par la mondialisation dont elles profitent. Croire qu'une soci&#233;t&#233; complexe peut encore fonctionner dans de telles conditions semble constituer une erreur strat&#233;gique r&#233;currente de l'oligarchie et de sa &lt;i&gt;police mentale&lt;/i&gt;, sauf si ces milieux souhaitent la liquidation des soci&#233;t&#233;s complexes, pour passer &#224; une phase de &lt;i&gt;tiers-mondisation structurelle plan&#233;taire&lt;/i&gt;, qui pourrait d'ailleurs rencontrer la soif &#233;cologiste de d&#233;croissance r&#233;gressive, id&#233;ologie mineure du gauchisme culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient, enfin, de mentionner certaines attitudes pass&#233;es des couches r&#233;gnantes fran&#231;aises face &#224; l'islam dans les colonies. L'&#201;tat fran&#231;ais a permis &#224; tra&#173;vers la colonisation une extension importante de l'isla&#173;misation en Afrique. L'ancien projet anim&#233; par des cercles d'eurocrates surtout fran&#231;ais, dont la revue &lt;i&gt;Eurabia &lt;/i&gt;r&#233;sumait les vues dans les ann&#233;es 1970, confirme qu'une partie d'entre eux &lt;i&gt;demeurent fascin&#233;s par l'id&#233;e de se doter d'un levier religieux de domination&lt;/i&gt;. Le fantasme d'un partenariat &#8220;euro-m&#233;diterran&#233;en&#8221; en est un sous-produit d&#233;guis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 40 ans, le passage de l'immigration de travail &#224; l'immigration de peuplement a aggrav&#233; la pulv&#233;risation des capacit&#233;s de r&#233;sistance sociale. Dans l'hypoth&#232;se o&#249; la plan&#232;te se dirige vers une situation o&#249; 20 % de la population assurerait la production plan&#233;taire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si les sources d'&#233;nergie le permettent, ce qui est plus que douteux, mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il faudrait offrir aux 80 % restant une situation du type &lt;i&gt;&#8220;du pain et des jeux&#8221;.&lt;/i&gt; Une colonisation des couches populaires par une religion asc&#233;tique, ou la disparition de celles qui ne se laisseraient pas islamiser, laisse entrevoir une perspective de diminution du co&#251;t d'une telle &#8220;gestion&#8221;. Cette pente explique les tentatives r&#233;p&#233;t&#233;es de constitution d'une petite &#233;lite &#8220;musulmane&#8221; int&#233;grable au cercle des p&#244;les oligarchiques : une pyramide sociale musulmane englobant tout l'arc des diff&#233;rences sociales constituerait un compromis acceptable aux yeux des oligarques, bien que la dynamique d&#233;mographique, le tsunami migratoire et la nature insatiable des revendications musulmanes sous-tendues par la &lt;i&gt;charia&lt;/i&gt; rendent totalement bancale et illusoire une telle perspective, qui a pris l'allure d'un d&#233;sastre civilisationnel, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'une civilisation n'existe que par une interminable continuit&#233; (Braudel, ibid. p. 80). Les couches r&#233;gnantes fran&#231;aises ont rat&#233; tous leurs paris strat&#233;giques apr&#232;s 1918 et s'enferrent de plus en plus dans des ambitions hors de leur port&#233;e. De m&#234;me que pour Vichy, &lt;i&gt;ce qui a fait faillite face &#224; l'islam, c'est l'&#201;tat, ni la R&#233;publique ni la nation.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s, en France comme dans les pays imm&#233;diatement voisins, se gardent d'agir drastiquement contre les milieux djihadistes infiltr&#233;s ou naissants, tout en parlant de &#8220;guerre&#8221;. Cette incoh&#233;rence trahit une logique particuli&#232;rement pr&#233;occupante. La d&#233;tention ou l'expulsion des ressortissants du &#8220;Califat&#8221; (entit&#233; qui se veut &#224; la fois juridique et id&#233;ologique et non territoriale) constitueraient des pr&#233;alables &#224; toute mesure d'assainissement de la situation. Le r&#233;tablissement des tribunaux militaires y compris pour les r&#233;seaux d'assistance, qui sont qualifiables d'espionnage en temps de guerre, aurait d&#251; &#234;tre imm&#233;diat. Pourquoi tant m&#233;nager ces &#8220;guerriers&#8221; qui promettent de commettre des &lt;i&gt;crimes de guerre et passent effectivement &#224; l'acte d&#232;s qu'ils en ont l'occasion ?&lt;/i&gt; Pourquoi cette soif tr&#232;s 'gauchiste culturel' de perdre du temps en affectant de tenter une &#8220;r&#233;&#233;ducation&#8221; des candidats au djihad ? Qu'une telle inconsistance provienne d'une volont&#233; lucide ou d'une indolence syst&#233;mique, peu importe. En n'accordant pas les moyens n&#233;cessaires aux policiers, gendarmes et militaires pour accomplir leur mission, les couches r&#233;gnantes organisent leur usure m&#233;thodique et les sacrifient aux pr&#233;dateurs de l'islam de combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Garde-t-on en r&#233;serve une force susceptible de servir bien au-del&#224; de sa fonction actuelle, d&#233;j&#224; si commode (&lt;i&gt;t&#233;taniser &lt;/i&gt;les populations occidentales par des menaces intermittentes et impr&#233;visibles) ? D&#232;s lors que la population occidentale, per&#231;ue comme le danger principal par le pouvoir oligarchique, se montrerait trop r&#233;tive au contr&#244;le id&#233;ologique de la gauche culturelle, le recours &#224; une &lt;i&gt;garde pr&#233;torienne djihadiste &lt;/i&gt;une allure d'exp&#233;dient tactiquement habile, quelles qu'en soient les cons&#233;quences &#224; terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle fuite en avant dans l'utilisation des djihadistes serait sans doute, pour cette oligarchie et ses serviteurs, le seul moyen d'&#233;viter de reconna&#238;tre &lt;i&gt;l'&#233;normit&#233; de ce qu'ils ont commis avec acharnement depuis 40 ans&lt;/i&gt;. Cette trahison d&#233;finitive serait b&#226;tie sur la mani&#232;re des dirigeants italiens qui, tout en affirmant lutter contre &lt;i&gt;Cosa nostra,&lt;/i&gt; ont pass&#233; un accord secret avec elle &#224; la fin des ann&#233;es 1990, et abandonn&#233; &#224; leur sort la population et les juges les plus d&#233;termin&#233;s, en levant notamment la protection des &#8220;repentis&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette pr&#233;disposition rend moins &#233;tonnante l'&#233;trange accointance que l'&#201;tat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les oligarques ne peuvent s'emp&#234;cher de naviguer &#224; vue, obs&#233;d&#233;s qu'ils sont par le court-terme, ils ne s'interdisent aucune perfidie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 30 ao&#251;t 2017&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb11-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Une commission de l'Organisation de la Coop&#233;ration Islamique, organe d'islamisation de la plan&#232;te, s'efforce p&#233;niblement depuis des ann&#233;es de corriger ces discordances entre &#8220;charias&#8221; !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir les remarques fr&#233;quentes de Boualem Sansal sur la naissance d'une nouvelle religion &#224; partir de l'islam.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Dominique Colas, &lt;i&gt;L&#233;nine&lt;/i&gt;, Fayard, 2017, p. 454, qui rappelle que L&#233;nine en personne r&#233;digea le Code p&#233;nal sovi&#233;tique en mai 1922, y compris cet article 58 qui devait accabler tant de millions d'innocents.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir pour cette notion d'&#201;tat dimorphique : &lt;i&gt;Cultures locales du Moyen-Euphrate. Mod&#232;les et &#233;v&#233;nements, IIe-Ier mill&#233;naires av. J.-C.&lt;/i&gt;, Maria-Grazia Masetti-Rouault, Subartu VIII, Brepols, Turnhout , 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il est instructif que l'empire Abbasside, dans sa p&#233;riode dynamique, n'ait pas jug&#233; utile d'instaurer une telle charia !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Martin Malia, Histoire des R&#233;volutions, &lt;i&gt;&#233;d. Tallandier, 2006.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;'Citoyen' &#233;tait un statut dans la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; grecque, mais &#224; l'int&#233;rieur de ce statut, les individus intervenaient avec un degr&#233; de libert&#233; inconnu &#224; tous &#233;gards dans les autres soci&#233;t&#233;s antiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La communaut&#233; sunnite d'Irak et de Syrie en tirait infiniment avantage, tandis que certaines communaut&#233;s (comme les Alaouites) subissaient un statut de semi-esclavage encore au d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle. Ce passif historique aide &#224; comprendre le n&#339;ud inextricable qui paralyse les soci&#233;t&#233;s du Proche-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ces slaves se convertirent au XIXe si&#232;cle pour &#233;viter l'imp&#244;t tr&#232;s lourd impos&#233; aux Chr&#233;tiens dans l'empire ottoman et l'enl&#232;vement d'une partie de leurs enfants pour servir de soldats apr&#232;s une conversion forc&#233;e, mais tout cela, le documentaire d'Arte le passe sous silence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir Tidiane N'diaye, &lt;/i&gt;Le G&#233;nocide voil&#233;,&lt;i&gt; Gallimard, 2008.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Si les sources d'&#233;nergie le permettent, ce qui est plus que douteux, mais cette limitation n'est pas prise en compte par les technocrates &#224; la man&#339;uvre. L'id&#233;e d'un monde o&#249; 20 % de la population assurerait la production totale a &#233;t&#233; formul&#233;e par Brzezinski, membre de la commission trilat&#233;rale et ex-conseiller du pr&#233;sident des &#201;tats-Unis Jimmy Carter, pendant la conclusion du premier State Of The World Forum, qui s'est tenu du 27 septembre au 1er octobre 1995 &#224; l'H&#244;tel Fairmont de San Francisco. Brzezinski envisageait la n&#233;cessit&#233; de rel&#233;guer les 80 % restants dans une situation &#8220;du pain et des jeux&#8221; (tittytainment)&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette pr&#233;disposition rend moins &#233;tonnante l'&#233;trange accointance que l'&#201;tat fran&#231;ais et celui d'Obama ont tent&#233; de mettre sur pied avec les djihadistes du groupe Al-Nosra et ses avatars, branche locale d'Al Qa&#239;da, jug&#233;s plus &#8220;mod&#233;r&#233;s&#8221; que l'&#201;tat islamique. Trump a r&#233;cemment fait cesser les livraisons d'armes autoris&#233;es par Obama &#224; ce type de groupes qui ne pouvait s'emp&#234;cher de diffuser sur internet des sc&#232;nes de d&#233;capitation, question de &lt;/i&gt;standing islamiste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'injection goutte &#224; goutte du poison de la Charia (2/3)</title>
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		<dc:date>2024-02-06T06:59:54Z</dc:date>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



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&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) IV. Crise institutionnelle syst&#233;mique en Occident Les r&#233;publiques occidentales sont entr&#233;es dans une crise institutionnelle rampante, mais de plus en plus probl&#233;&#173;matique. Elle r&#233;sulte de la nouvelle &#8220;mondialisation&#8221; qui s'est mise en place avec le d&#233;ploiement des leviers n&#233;o-lib&#233;raux, utilis&#233;s comme succ&#233;dan&#233; des leviers keyn&#233;siens, dont l'&#233;puisement &#233;tait devenu patent au cours des ann&#233;es 1970. Cette mondialisation tend &#224; disloquer les soci&#233;t&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1157-L-injection-goutte-a-goutte-du-poison-de-la-charia' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV. Crise institutionnelle syst&#233;mique en Occident&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;publiques occidentales sont entr&#233;es dans une crise institutionnelle rampante, mais de plus en plus probl&#233;&#173;matique. Elle r&#233;sulte de la nouvelle &#8220;mondialisation&#8221; qui s'est mise en place avec le d&#233;ploiement des leviers n&#233;o-lib&#233;raux, utilis&#233;s comme succ&#233;dan&#233; des leviers keyn&#233;siens, dont l'&#233;puisement &#233;tait devenu patent au cours des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mondialisation tend &#224; disloquer les soci&#233;t&#233;s selon des lignes de fractures tout &#224; fait nouvelles. Les anciennes &#8220;bourgeoisies&#8221; se sont transform&#233;es en p&#244;les oligarchiques dont chacun a un droit de &lt;i&gt;veto&lt;/i&gt;sur toute mesure d'ensemble qui le d&#233;savantagerait, ce qui rend tr&#232;s difficile toute tentative de &#8220;r&#233;forme&#8221; &#233;conomique ou institutionnelle. De leur c&#244;t&#233;, les couches ouvri&#232;res sont mises en concurrence les unes contre les autres &#224; un niveau plan&#233;taire. Les 600 &lt;i&gt;m&#233;tropoles &lt;/i&gt; r&#233;parties sur la plan&#232;te tendent &#224; concentrer la production et la circulation des richesses, tandis que les zones p&#233;riph&#233;riques, &lt;i&gt;au-del&#224; des banlieues, &lt;/i&gt;&#224; parquer une majorit&#233; de la population europ&#233;enne, consid&#233;r&#233;e comme fondamentalement &#8220;trop ch&#232;re&#8221; et tendanciellement superflue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est int&#233;ressant de revisiter un ouvrage de Pierre Souyri, ancien membre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les flux croissants de migrations modifient le fonctionnement de plus en plus d&#233;labr&#233; des villes, tandis que m&#234;me les &#8220;couches moyennes&#8221; en dehors des m&#233;tropoles les plus importantes voient leur sort se d&#233;grader&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lors de l'&#8220;universit&#233; d'&#233;t&#233;&#8221; du Medef, en ao&#251;t 2002, dans une r&#233;union (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les grands p&#244;les urbains manipulent ais&#233;ment les finances publiques par des imp&#244;ts diff&#233;rentiels, de mani&#232;re &#224; ponctionner les r&#233;gions p&#233;riph&#233;riques. La m&#233;tropole londonienne appara&#238;t ainsi comme drainant des ressources de toute l'Angleterre. La m&#233;tropole parisienne aspire la substance du &#8220;grand bassin parisien&#8221; (qui va de la Picardie aux pays de Loire et de la Normandie jusqu'aux confins de la Champagne). La comp&#233;titivit&#233; des grandes m&#233;tropoles d&#233;pend aussi de cette capacit&#233; &#224; drainer les ressources de leurs d&#233;pendances&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;c&#233;dent redoutable, la premi&#232;re &#8220;mondialisation&#8221; a d&#233;fini le terrain (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e incessante de nouvelles couches d'immigrants tend &#224; repousser vers des p&#233;riph&#233;ries de plus en plus lointaines les vagues d'immigrations pr&#233;c&#233;dentes qui, sauf pour les milieux qui seront admis dans les couches moyennes des m&#233;tropoles, n'auront connu qu'un succ&#233;dan&#233; de bien-&#234;tre et attribueront leur sort &#224; la &#8220;m&#233;chante&#8221; soci&#233;t&#233; occidentale, toujours accus&#233;e de tout et de rien. Ce principe du &lt;i&gt;&#8220;dernier arriv&#233;, premier servi&#8221;&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; instaur&#233; d&#232;s les ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les leviers institutionnels de ces R&#233;publiques deviennent si peu efficaces qu'ils commencent &#224; &#233;voquer &lt;i&gt;l'&#233;tat de dysfonctionnement terminal de la R&#233;publique romaine au Ier si&#232;cle av. J-C&lt;/i&gt;. Le trait le plus frappant en est que le moment &#233;lectoral ne semble plus constituer un point de compromis provisoire tol&#233;rable pour l'ensemble de la soci&#233;t&#233; votante, si bien que l'antagonisme perdure et s'approfondit, quel que soit le r&#233;sultat. La qualit&#233; de plus en plus d&#233;grad&#233;e des gouvernants est coh&#233;rente avec ce d&#233;labrement : ce sont les plus superficiels et les plus inconsistants qui surnagent dans une situation o&#249; toutes les politiques semblent vou&#233;es &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. L'invasion chronique s'acc&#233;l&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l'automne 2015, une &lt;i&gt;situation d'invasion de peuplement, &lt;/i&gt;d&#233;j&#224; chronique et capillaire depuis 40 ans, s'est emball&#233;e &#224; la suite d'un v&#233;ritable appel d'air de divers dirigeants europ&#233;ens, dont A. Merkel a &#233;t&#233; la plus v&#233;h&#233;mente et la plus irresponsable. Les R&#233;publiques d'Europe se retrouvent devant la perspective de cumuler une crise institutionnelle syst&#233;mique avec une situation de &lt;i&gt;grandes invasions &lt;/i&gt;type de celles qui ont d&#233;truit la partie occidentale de l'empire romain il y a 1600 ans. Elles commenc&#232;rent souvent par des flux de r&#233;fugi&#233;s ! Dans certaines villes d&#233;j&#224;, comme Rennes, Grenoble ou Montpellier, des bandes de &#8220;migrants&#8221; se pr&#233;sentant comme &lt;i&gt;&#8220;mineurs non accompagn&#233;s&#8221; &lt;/i&gt;&#233;chappant ainsi &#224; toute mesure judiciaire&lt;i&gt; &lt;/i&gt;'efforcent litt&#233;ralement de vivre sur le pays en ran&#231;onnant les populations locales qui ne parviennent pas &#224; se d&#233;fendre par elles-m&#234;mes, notamment parce que cela leur est strictement interdit. La simple vell&#233;it&#233; de mettre en place un r&#233;seau d'observateurs qui pourraient renseigner la police a &#233;t&#233; bloqu&#233; au nom de... &#8220;l'antifascisme&#8221;, &#224; B&#233;ziers. Elle aurait &#233;t&#233; compos&#233;e d'anciens militaires, gendarmes, policiers ou pompiers, b&#233;n&#233;voles et non arm&#233;s ! La tentation de constituer des milices d'auto-d&#233;fense ne peut que s'aggraver, puisque l'&#201;tat refuse toujours plus de satisfaire la demande de protection depuis une quarantaine d'ann&#233;es. Cette tentation est en fait la hantise majeure des couches oligarchiques et de la contre-&#233;lite, soud&#233;es par la gravit&#233; de ce qu'elles ont provoqu&#233; depuis 40 ans. &lt;i&gt;Pour elles, l'ennemi est fonci&#232;rement occidental...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands m&#233;dias ont instantan&#233;ment approuv&#233; et encourag&#233; les flux invasifs &#224; l'automne 2015, en usant sans complexe de tous les artifices &#224; leur disposition. Ils ont notamment impos&#233; le terme &#8220;migrant&#8221; pour confondre dans un m&#234;me ensemble &#8220;moral&#8221; indistinct tous ces flux de r&#233;fugi&#233;s, surtout &#8220;&#233;conomiques&#8221; et de fait &#8220;parasitaires&#8221;, puisque beaucoup, incapables de parler la langue du pays d'arriv&#233;e, esp&#232;rent en fait ne jamais travailler. Cet immense appareil de propagande en invoquant l'urgence a saisi l'occasion qui se pr&#233;sentait. Les couches dominantes retranch&#233;es dans les m&#233;tropoles et avides d'instaurer une situation irr&#233;versible aspirent plus que jamais &#224; imiter les &#201;tats-Unis du XIXe si&#232;cle, sans comprendre les conditions exceptionnelles qui ont permis &#224; ce creuset sa r&#233;ussite historique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour m&#233;moire, cette volont&#233; d'imitation tardive et inavou&#233;e des r&#233;publiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel d'air organis&#233; pour attirer des populations d'outre-m&#233;diterran&#233;e vient de la facilit&#233; avec laquelle les &#201;tats europ&#233;ens d&#233;livrent des papiers et tol&#232;rent l'arriv&#233;e de tout individu qui se pr&#233;sente. L'argument du d&#233;veloppement &#233;conomique qui serait n&#233;cessaire dans leurs pays d'origine (o&#249; en &#233;tait la Cor&#233;e du sud il y a 60 ans ?) comme pr&#233;alable &#224; ce tarissement des migrations est lui-m&#234;me une hallucination, destin&#233;e &#224; accuser les &#8220;Occidentaux&#8221; de ne pas avoir assez fait. Les soci&#233;t&#233;s qui se d&#233;veloppent facilitent &lt;i&gt;au contraire &lt;/i&gt;d&#233;parts, parce que le niveau de vie augmentant, l'entreprise devient plus abordable. A l'oppos&#233; du pr&#233;jug&#233; gauchiste culturel, hant&#233; par un christianisme de P&#232;re No&#235;l, ce sont rarement les plus pauvres qui &#233;migrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;r&#232;glement,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#224; tout point de vue, des soci&#233;t&#233;s d'Europe occidentale et centrale est &#224; l'ordre du jour. Les &#201;tats d'Europe orientale (Pologne, Hongrie, Tch&#233;quie, Slovaquie) et des Balkans, peu intoxiqu&#233;s par le d&#233;lire multiculturaliste et disposant de quelques souvenirs historiques pr&#233;cis, ont, avec l'Autriche, mis tout le reste de l'Union europ&#233;enne devant le fait accompli en bloquant la route terrestre de l'invasion, fin 2015. Mais la situation est pr&#233;caire, puisqu'elle demeure soumise aux provocations du sultanat n&#233;o-ottoman d'Erdogan, qui peut tenter &#224; tout moment de l&#226;cher sur l'Europe des millions d'&#8220;immigrants&#8221;, dont il se poserait ensuite en protecteur ombrageux. Il exige qu'on laisse entrer en Europe, sans limite (sans visa), les ressortissants turcs alors qu'il leur recommande de s'y constituer en corps &#233;tranger. La menace d'un retour du colonialisme imp&#233;rial ottoman sur les Balkans n'a rien d'irr&#233;elle pour les populations qui sont sorties de son emprise entre 1821 et 1913. Cette pression n&#233;o-ottomane est le signe d'un d&#233;but de comp&#233;tition entre les divers p&#244;les musulmans dans leur ru&#233;e sur l'Europe...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VI. La d&#233;composition organis&#233;e des nations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le du gauchisme culturel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a pour fonction socio-politique de cultiver et d'aggraver la d&#233;fiance g&#233;n&#233;ralis&#233;e dans les nations europ&#233;ennes anciennes. Le &lt;i&gt;moralisme &#224; g&#233;om&#233;trie variable &lt;/i&gt;son proc&#233;d&#233; cardinal. Ses partisans ont os&#233; inventer un &lt;i&gt;&#8220;p&#233;ch&#233; originel&#8221; unilat&#233;ral &lt;/i&gt;contre l'Occident, et exigent que celui-ci int&#233;riorise une culpabilit&#233; transhistorique et infinie devenant &#224; la fois collective et h&#233;r&#233;ditaire, donc... biologique ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'infamie d'un Chirac, d&#233;finitivement condamn&#233; pour corruption depuis son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Plus le temps passe, et plus le poids de cette suppos&#233;e culpabilit&#233; est cens&#233; s'alourdir d&#232;s lors que les Occidentaux s'ent&#234;tent &#224; exister. Les n&#233;buleuses id&#233;ologiques du gauchisme culturel et du multiculturalisme sont port&#233;es par une &lt;i&gt;contre-&#233;lite sociale &lt;/i&gt;qui n'a qu'une pr&#233;occupation, faire valoir sa capacit&#233; d'encadrement politique de la soci&#233;t&#233;. Sa composition baroque va des journalistes subventionn&#233;s aux fonctionnaires-artistes, des juges &#8220;rouges&#8221; aux &#8220;p&#233;dagogues&#8221; politis&#233;s, des enseignants-militants aux psychologues-chamanes, etc. Cette &lt;i&gt;contre-&#233;lite&lt;/i&gt; multiculturaliste ou gauchiste n'a gu&#232;re d'ind&#233;pendance strat&#233;gique puisque sa fonction est d'aller au-devant des besoins ou des int&#233;r&#234;ts suppos&#233;s des oligarchies qui organisent la dislocation des soci&#233;t&#233;s nationales dans le cadre de la mondialisation. Il n'est plus question d'une communaut&#233; de destin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le rapport Tuot fut critiqu&#233; officiellement, mais pour sa franchise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces gens ont d&#233;cid&#233; d'oublier que la nation a &#233;t&#233; le berceau du citoyen moderne. Si l'on se r&#233;f&#232;re &#224; une remarque de John Locke&lt;i&gt; (&#8220;Les actes des hommes sont les meilleurs interpr&#232;tes de leur pens&#233;e&#8221;)&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Phrase plac&#233;e en &#233;pigraphe du livre de Malika Sorel-Sutter D&#233;composition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;il est clair que cette contre-&#233;lite est en accord tacite et visc&#233;ral avec les perspectives oligarchiques, dont elle partage la priorit&#233; majeure : liquider le terrain nourricier de l'esprit de citoyennet&#233;, derni&#232;re trace politico-culturelle permettant des r&#233;actions collectives autonomes. Cette liquidation se conforme aux m&#233;thodes de la &lt;i&gt;double-pens&#233;e&lt;/i&gt; d&#233;crite par Orwell, et pr&#233;tend se r&#233;f&#233;rer &#224; un esprit &#8220;citoyen&#8221; (le sabir dominant n'ose plus dire &lt;i&gt;&#8220;civique&#8221; !),&lt;/i&gt; de m&#234;me que le despotisme inou&#239; des r&#233;gimes totalitaires n&#233;s avec l'Union sovi&#233;tique et ses imitateurs (Italie fasciste, Allemagne nationale-socialiste, Chine mao&#239;ste, Cambodge polpotiste, etc.) pr&#233;tendait se fonder sur une r&#233;f&#233;rence fanatique &#224; une &#8220;libert&#233;&#8221; d'un genre nouveau et invers&#233;. De plus, cette d&#233;composition des nations ne doit surtout pas introduire une logique d'appartenance europ&#233;enne : un tel sentiment est si redout&#233; par les autorit&#233;s qu'elles sont all&#233;es jusqu'&#224; r&#233;viser discr&#232;tement les r&#233;f&#233;rences officielles de l'&#8220;Union europ&#233;enne&#8221; en supprimant en 2004 dans le Trait&#233; de Rome &lt;i&gt;la citation du discours de P&#233;ricl&#232;s rapport&#233; par Thucydide&lt;/i&gt;. Non seulement la r&#233;f&#233;rence chr&#233;tienne est escamot&#233;e officiellement, mais les mille ans de civilisation grecque qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent l'av&#232;nement du christianisme comme religion d'empire sont reni&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir David Engels, Le D&#233;clin (la crise de l'Union europ&#233;enne...), &#233;d. du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il faut affecter de se soucier de question sociale, le gauchisme culturel brandit des alibis provisoires et changeants, tels que la th&#233;orie mouvante du &#8220;revenu universel&#8221;, qui &#233;voque le &lt;i&gt;&#8220;panem et circenses&#8221;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;(du pain et des jeux)&lt;/i&gt; qui fut accord&#233; &#224; la pl&#232;be romaine dans la R&#233;publique en phase terminale, afin que les pauvres se tiennent tranquilles. Si une telle mesure &#233;tait mise en place, elle provoquerait in&#233;vitablement un immense d&#233;placement d'activit&#233; vers le &#8220;travail non d&#233;clar&#233;&#8221;, &#224; la mani&#232;re du &#8220;secteur informel&#8221; du Tiers-monde, entra&#238;nant une spirale d'attrition des revenus de l'&#201;tat et un effondrement progressif des services publics, d&#233;j&#224; en cours dans les r&#233;gions p&#233;riph&#233;riques et dans les banlieues. Tout indique que l'&#233;lection du candidat des m&#233;tropoles, Macron, a pour but de sanctuariser celles-ci face &#224; la &#8220;France p&#233;riph&#233;rique&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela correspond &#224; une tendance profonde de la situation, cf Laurent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en esp&#233;rant que les zones de banlieues parasitaires, hors r&#233;publique, resteront li&#233;es au r&#233;gime oligarchique dont elles profitent tant : l'orientation des subventions et des complaisances id&#233;ologiques sera l&#224; strat&#233;gique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le type social qui nourrit le gauchisme culturel se reconna&#238;t &#224; ses leviers id&#233;ologiques de pr&#233;dilection. Il participe de la r&#233;volte des &#8220;&#233;lites&#8221; identifi&#233;e par C. Lasch, mais selon une modalit&#233; originale : ces gens persistent &#224; cultiver leur go&#251;t atavique pour la s&#233;dition, &lt;i&gt;en le retournant&lt;/i&gt; &lt;i&gt;contre les couches populaires d'origine europ&#233;enne et toutes les autres strates europ&#233;ennes qui seront happ&#233;es &lt;/i&gt;&lt;i&gt;par la tiers-mondisation en cours&lt;/i&gt;. Cette intelligentsia se caract&#233;rise par un r&#233;flexe perceptible depuis sa fascination pour les mouvements fascistes des ann&#233;es 1930 et 1940. Ce r&#233;flexe s'est renforc&#233; lors de son ralliement opportuniste comme compagnon de route au sovi&#233;tisme des ann&#233;es 1950-1960. Elle ne peut s'emp&#234;cher de voler au secours du vainqueur qui semble le plus probable, du moment&lt;i&gt; qu'il s'efforce de bricoler une &#8220;soci&#233;t&#233; organique&#8221; dans le sang et la boue, &lt;/i&gt;signature d'un volontarisme vindicatif.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Cette carac&#173;t&#233;ristique pr&#233;sente n&#233;anmoins un aspect constant tr&#232;s curieux : ces grands esprits tr&#232;s s&#251;rs d'eux n'ont cess&#233; de se tromper tout au long du XX&#232;me si&#232;cle sur l'issue des antagonismes historiques et se sont r&#233;guli&#232;rement trouv&#233;s du pire c&#244;t&#233;... qui fut vaincu. Mais la rage de l'intelli&#173;gentsia contre cet Occident qui a surv&#233;cu &#224; tous les totalitarismes en est aggrav&#233;e d'autant. Elle esp&#232;re que l'islam apportera la &lt;i&gt;solution finale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contre-&#233;lite est habit&#233;e par une conception de l'islam qui &#233;voque celle des pro-chinois &#224; propos de la Chine des ann&#233;es 1960, o&#249; l'hyst&#233;rie id&#233;ologique jetait l'interdit sur toute observation raisonn&#233;e de la situation concr&#232;te de ce pays lointain. Le sort fait aux ouvrages de Simon Leys a fort bien r&#233;sum&#233; les t&#226;ches de sang intellectuelles dont vit cette couche de chamanes. &lt;i&gt;Le tour de force vient de ce que d&#233;sormais l'hallucination devrait concerner la texture m&#234;me de la soci&#233;t&#233; o&#249; la population vit.&lt;/i&gt; Le gauchisme culturel doit donc renforcer sans cesse son all&#233;geance &#224; un islamo-gauchisme doctrinaire. Cette rencontre est particuli&#232;rement active en France, o&#249; se conjuguent une p&#233;n&#233;tration plus forte qu'ailleurs de musulmans et un h&#233;ritage stalino-gauchiste intense chez les intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de la pieuvre m&#233;diatique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au cours des ann&#233;es 1980 que le gauchisme culturel a pris le contr&#244;le des m&#233;dias en France et a acc&#233;l&#233;r&#233; leur mutation en pieuvre m&#233;diatico-politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Le Cr&#233;puscule du XXe Si&#232;cle n&#176;26, &#8220;Le bras id&#233;ologique et s&#233;culier de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Celle-ci n'a cess&#233; de se renforcer dans les pays o&#249; les journalistes ne sont pas soumis directement au pouvoir en place. Sans la constitution d'une telle pieuvre qui occupe jalousement le centre de gravit&#233; de l'influence publique, l'h&#233;b&#233;tude serait bien moindre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La remarque : &#8220;Quiconque doute du pouvoir de la r&#233;p&#233;tition est un fou&#8221; (dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette institution particuli&#232;re est travers&#233;e par une multitude d'intrigues dont la boussole est cal&#233;e sur la n&#233;cessit&#233; de tromper le public qu'elle a pour fonction d'abrutir m&#233;thodiquement. Au printemps 2017, cette pieuvre s'est &#8220;unifi&#233;e&#8221; sur un objectif, comme elle l'avait fait &#224; propos du r&#233;f&#233;rendum sur le &lt;i&gt;Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en &lt;/i&gt;en 2005, ou de la loi sur le &lt;i&gt;&#8220;mariage homosexuel&#8221;&lt;/i&gt; en 2013. Un rouleau compresseur compact, associ&#233; aux interventions judiciaires (on peut parler de proc&#233;d&#233;s &lt;i&gt;m&#233;diatico-judiciaires), &lt;/i&gt;a obtenu en 2017 l'implosion de la vieille caste politique, morcel&#233;e et totalement d&#233;consid&#233;r&#233;e. Le paradoxe est que le parti-journaliste, qui use et abuse de tels leviers, jouit d'une r&#233;putation encore plus d&#233;grad&#233;e que ces politiciens &#224; la d&#233;rive. Ils ne supporteraient pas qu'on leur impose de publier leurs revenus, &#224; l'instar des &#233;lus qui y sont d&#233;sormais astreints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette implosion a &#233;t&#233; amplifi&#233;e par l'entr&#233;e en vigueur de certaines mesures, longtemps retard&#233;es, telles que les limites impos&#233;es au cumul de plusieurs fonctions &#233;lectives. L'affaiblissement inexorable des Assembl&#233;es, d&#233;j&#224; secondaires dans la V&#232;me R&#233;publique mais o&#249; comptaient encore les d&#233;put&#233;s ou s&#233;nateurs d&#233;tenant un mandat &#233;lectif local (maire de grande ville, poste de pr&#233;sident de conseil d&#233;partemental), franchit un saut qualitatif : ces &lt;i&gt;baronnies &#233;lectives &lt;/i&gt;disparaissent de ces assembl&#233;es destin&#233;es &#224; se r&#233;duire &#224; de simples chambres d'enregistrement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un amendement retors dans la loi sur la &#8220;Moralisation de la vie publique&#8221; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toute l'affaire a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e comme une op&#233;ration &lt;i&gt;&#8220;Mains propres&#8221;&lt;/i&gt; &#224; la fran&#231;aise. Cette com-paraison est d'autant plus r&#233;v&#233;latrice qu'en Italie Berlusconi finit par sur&#173;nager pendant de longues ann&#233;es dans un syst&#232;me politique &#8220;r&#233;nov&#233;&#8221; en fa&#231;ade et disposant d'un levier d'influence m&#233;diatique exceptionnel, mais toujours imbriqu&#233; aux groupes mafieux : pour Macron aussi, il s'agit bel et bien de &lt;i&gt;&#8220;tout changer pour que rien ne change&#8221;. &lt;/i&gt;Le basculement au sommet de la repr&#233;sentation politique entend conjurer le basculement qui menace la situation politique fran&#231;aise depuis 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macron, pi&#232;tre orateur qui se contredit d'une intervention &#224; l'autre en fonction du public suppos&#233;, a b&#233;n&#233;fici&#233; d'un v&#233;ritable &lt;i&gt;blitz &lt;/i&gt;politico-institutionnel, mais il n'a rien dynamit&#233; par lui-m&#234;me. Divers p&#244;les (magnats de la pieuvre m&#233;diatique, oligarchies &#233;conomiques et financi&#232;res, haute-administration) ont bouscul&#233; les structures vermoulues existantes afin de lui ouvrir la voie qui l'a men&#233; &#224; la Pr&#233;sidence et lui ont apport&#233; une majorit&#233; improbable de d&#233;put&#233;s fant&#244;mes. La cl&#233; de ce bouleversement tient en une formule : &lt;i&gt;la Haute-Administration a d&#233;cid&#233; de prendre directement en main la &#8220;repr&#233;sentation politique&#8221; pour le compte des divers p&#244;les oligarchiques.&lt;/i&gt;C'est au fond la reprise du projet que la candidature d'un Strauss-Kahn aurait d&#251; cristalliser en 2012, avant que les frasques sexuelles de ce personnage pittoresque ne fracassent le projet de carri&#232;re qui lui &#233;tait imparti. Sans la force &#233;lectorale du Front national en 2017, qui permettait de faire gagner automatiquement le seul candidat restant en lice face &#224; lui pour le second tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, cette op&#233;ration n'aurait pu aboutir... L'h&#233;ritage du cynisme mitterrandiste, qui a propuls&#233; et constamment confort&#233; d&#232;s 1983-1984 la pr&#233;sence du Front national pour pi&#233;ger les partis concurrents dits de &#8220;droite&#8221;, a fait sentir ses effets d&#233;vastateurs croissants au fil des d&#233;cennies en ne laissant aux r&#233;actions de dissidence que cette impasse. Le FN s'est tromp&#233; sur l'&#233;poque (il n'obtiendra ni le soutien des couches r&#233;gnantes ni le ralliement de la Haute-Administration) et sur le type d'adversaire qu'il affronte : c'est la pieuvre m&#233;diatique, et non les autres partis, qui compte. Sa d&#233;faite de 2017 est grave en ceci qu'elle d&#233;voile son absence totale de perspectives. Apr&#232;s avoir annonc&#233; l'inconsistance de l'opposition droite-gauche, non sans raisons, le FN semble d&#233;sormais tent&#233; de rechercher une &#8220;union des droites&#8221;, qui vient contredire le centre m&#234;me de l'agitation qu'il a mis en &#339;uvre pendant plus de 30 ans. Mais la droite n'existe plus en tant que telle depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il convient de rappeler une observation faite en 1978-1979 par C. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! Toutes les autres tentatives de constitution de force politique nouvelle ont &#233;t&#233; m&#233;thodiquement asphyxi&#233;es. L'acrobatie m&#233;diatico-&#233;lectorale qui a port&#233; Macron au &#8220;pouvoir&#8221; a pour revers crucial qu'elle ne lui a donn&#233; qu'une base tr&#232;s minoritaire en dehors de l'Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s le &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;coup de pieuvre&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(le terme de &#8220;coup d'&#201;tat&#8221; serait trop flatteur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la d&#233;sinvolture dont le nouveau pouvoir a imm&#233;diatement fait preuve vis-&#224;-vis des m&#233;dias, ceux-ci ont d&#233;ploy&#233; en retour une &#233;nergie implacable pour d&#233;montrer leur capacit&#233; de nuisance. En quelques semaines, les m&#233;dias ont foudroy&#233; les derni&#232;res figures politiques &#8220;classiques&#8221; bien que secondaires (Ferrand, Bayrou, Sarnez) qui avaient servi Macron, indice que la situation n'est nullement stabilis&#233;e. P&#233;nicaud, technocrate, ancienne Directrice des Ressources Humaines de Danone, nomm&#233;e ministre du Travail et organisatrice de la r&#233;union &#224; Las Vegas qui avait initi&#233; la trajectoire de Macron, est d&#233;sormais menac&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La &#8220;French Tech Night&#8221;, en globish caract&#233;ristique, fut organis&#233;e &#224; Las (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La r&#233;gularit&#233; du financement de la campagne pr&#233;sidentielle commence aussi &#224; &#234;tre mise en doute. La derni&#232;re &#233;tape serait le d&#233;voilement d'une &#233;vasion fiscale dont Macron se serait rendu coupable avec ses revenus exceptionnels durant son passage dans le monde de la banque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agissait d'une op&#233;ration financi&#232;re concernant pr&#233;cis&#233;ment Danone. Une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toutes ces failles avaient &#233;t&#233; signal&#233;es avant la s&#233;rie d'&#233;lections de 2017, mais elles furent remis&#233;es &#224; l'arri&#232;re-plan par un d&#233;cha&#238;nement m&#233;diatique et propagandiste d'une intensit&#233; superbement s&#233;lective contre les concurrents de Macron. La pieuvre ne ment pas seulement &lt;i&gt;&#8220;les yeux dans les yeux&#8221;, &lt;/i&gt;elle sait falsifier &lt;i&gt;&#8220;les yeux dans les yeux&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La mani&#232;re dont la pieuvre a trait&#233; la candidature M&#233;lenchon, rescap&#233; du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective demeure d'autant plus incertaine que Macron ne dispose d'aucune marge d'action &#233;conomique, ce qui a mis un terme &#224; sa pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre d&#232;s le d&#233;but du mois de juillet 2017. Ses envol&#233;es brumeuses se sont enlis&#233;es dans les contraintes budg&#233;taires et la facture non provisionn&#233;e laiss&#233;e par le gouvernement pr&#233;c&#233;dent. Macron n'en ignorait rien puisqu'il &#233;tait encore ministre de l'&#201;conomie lorsque ces cadeaux &#233;lectoraux furent d&#233;cid&#233;s en 2016 ! D&#232;s le d&#233;but de juillet 2017, comme son pr&#233;d&#233;cesseur, le path&#233;tique Hollande avec sa d&#233;gaine d'expert-comptable en faillite, il a &#233;t&#233; r&#233;duit &#224; admettre que les quelques maigres promesses &#233;lectorales qu'il avait faites n'&#233;taient pas tenables et devaient &#234;tre &#8220;diff&#233;r&#233;es&#8221; en regard des engagements vis-&#224;-vis de l'Union europ&#233;enne. Ce faisant, il est apparu pour ce qu'il veut effectivement &#234;tre, un &#8220;sous-pr&#233;fet&#8221; &#233;lu pour le district (encore fran&#231;ais) de cette Union administrative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Certains ont tent&#233; de comparer Macron, comme Sarkozy il y a quelques ann&#233;es, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son caporalisme vis-&#224;-vis de la hi&#233;rarchie militaire, entra&#238;nant la d&#233;mission du Chef d'&#201;tat-Major, l'a mis &#224; nu : les comptables de Bercy se sont veng&#233;s des exigences de l'arm&#233;e, si laborieusement satisfaites au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Macron a retenu de Hollande la technique du brouillard m&#233;diatique : toute d&#233;cision suscitant une opposition est suivie de plusieurs correctifs contradictoires pour rendre illisibles les choix qui pr&#233;vaudront. A l'instar de son pr&#233;d&#233;cesseur, il se repose sur la rigidit&#233; des institutions de la V&#232;me r&#233;publique, con&#231;ues pour mettre le r&#233;gime hors d'atteinte de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VII. Le &#8220;soci&#233;tal&#8221; comme diversion syst&#233;matique :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mesures &#8220;soci&#233;tales&#8221; s'imposent pour faire passer au second plan m&#233;diatique les mesures politiques et &#233;conomiques, &lt;i&gt;ou leur absence,&lt;/i&gt;qui d&#233;mentent cruellement les refrains d'une campagne &#233;lectorale informe. Ce d&#233;placement des objectifs gouvernementaux est conforme aux pr&#233;conisations de 2011 de &lt;i&gt;Terra Nova, &lt;/i&gt;se d&#233;finit comme un &lt;i&gt;&#8220;Think Tank progressiste&#8221; &lt;/i&gt;a d&#233;j&#224; inspir&#233; les man&#339;uvres de diversion de Hollande. Comme le &lt;i&gt;Club XXIe Si&#232;cle &lt;/i&gt;agit aupr&#232;s des entreprises, ce &lt;i&gt;&#8220;Think Tank&#8221;&lt;/i&gt;a pour objectif de d&#233;construire la nation en la d&#233;composant en groupes irr&#233;ductibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chemin vers la &lt;i&gt;Procr&#233;ation m&#233;dicalement assist&#233;e, &lt;/i&gt;formellement non autoris&#233;e, tend &#224; s'ouvrir pour toutes les femmes, sans condition, et m&#234;me aux couples m&#226;les, ce qui renversera la derni&#232;re barri&#232;re contre la &lt;i&gt;Gestation pour Autrui&lt;/i&gt;. Le premier stade est de rendre l&#233;gale l'adoption d'enfants naissant dans ces conditions &#224; l'&#233;tranger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Cour de cassation a rendu, le mercredi 05 juillet 2017, un arr&#234;t jugeant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une nouvelle fois, il appara&#238;t que le stade du contrat PACS &lt;i&gt;(Pacte civil de solidarit&#233;)&lt;/i&gt;, puis du &lt;i&gt;&#8220;mariage pour tous&#8221;&lt;/i&gt;, n'&#233;taient pas des points d'aboutissement, mais des &#233;tapes d'un processus menant &#224; de nouvelles mesures d'ing&#233;nierie biologico-sociales tr&#232;s pr&#233;visibles. Les fiers &#8220;anticapitalistes&#8221; du gauchisme culturel acceptent le c&#339;ur l&#233;ger cette marchandisation des ut&#233;rus du Tiers-monde... Et comme ils ne sont jamais en manque d'artifices, ils expliqueront qu'il faut &#8220;encadrer&#8221; ce march&#233; qui n'existe pas officiellement, et sur lequel ils n'auront aucun pouvoir d'intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le rapport avec l'islam devient sym&#233;triquement d'autant plus crucial, &lt;/i&gt;puisque les mesures en faveur des homosexuels heurtent frontalement les pr&#233;jug&#233;s basiques de presque tous les musulmans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec son ton de t&#233;l&#233;vang&#233;liste amateur, Macron a cultiv&#233; les ambigu&#239;t&#233;s d&#233;magogiques vis-&#224;-vis de l'islam d&#232;s sa campagne &#233;lectorale. Sa veule d&#233;claration en Alg&#233;rie, qualifiant la colonisation de &lt;i&gt;&#8220;crime contre l'humanit&#233;&#8221;, &lt;/i&gt;l'esclavagisme musulman dont l'Alg&#233;rois fut le centre avec ses raids sur les c&#244;tes europ&#233;ennes de m&#233;diterran&#233;e jusqu'en 1830 !, fait qu'il ne serait gu&#232;re hostile &#224; une capitulation sur le port du voile dans l'&#233;cole de la R&#233;publique, annonce des trahisons longuement m&#251;ries. Comme l'ont tr&#232;s bien compris les id&#233;ologues de l'islam, la d&#233;claration d'inexistence &#224; ses yeux de la culture fran&#231;aise n'est pas descriptive mais performative : &lt;i&gt;il s'agit bien de l'abolir en gouvernant l'&#233;nergie des souvenirs,&lt;/i&gt; de la gauche fondamentale qui veille simultan&#233;ment &#224; faire la le&#231;on sur le &lt;i&gt;&#8220;devoir de m&#233;moire&#8221;,&lt;/i&gt; avec sa technique de &lt;i&gt;double-pens&#233;e&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains des soutiens de Macron (comme Bariza Khiari, s&#233;natrice PS transfuge) ont la r&#233;putation d'&#234;tre tr&#232;s li&#233;s aux Fr&#232;res musulmans, qui sont les th&#233;oriciens de toutes les formes contemporaines de djihad et de conqu&#234;te musulmane. Cette n&#233;buleuse, consid&#233;r&#233;e comme terroriste en certaines r&#233;gions ou pays (Gaza, &#201;gypte, etc.), pr&#233;f&#232;re souvent la tactique du &lt;i&gt;djihad&lt;/i&gt; progressif, tant que son influence est minoritaire et que l'alliance avec les &#233;lites r&#233;gnantes de toute nature s'av&#232;re profitable. Les F.M. ont int&#233;gr&#233; les techniques de noyautage institutionnel pratiqu&#233;s par leurs mod&#232;les totalitaires. Si le &lt;i&gt;djihad &#8220;offensif&#8221; et la hargne antis&#233;mite ubiquitaire &lt;/i&gt;(&#8220;apports&#8221; de S. Qutb apr&#232;s 1945) demeurent leurs rep&#232;res strat&#233;giques sur le temps long, la cristallisation d'&#233;l&#233;ments de &lt;i&gt;charia&lt;/i&gt; s'inscrit parfaitement dans leurs m&#233;thodes et leurs objec&#173;tifs tout en rencontrant une complaisance &#8220;soci&#233;tale&#8221; illimit&#233;e aupr&#232;s du gauchisme culturel. Le nombre des faits accomplis dans ce domaine est d&#233;j&#224; stup&#233;fiant. C'est d'ailleurs ce qui fait &#233;crire depuis une vingtaine d'ann&#233;es aux provocateurs islamistes que la France commence &#224; faire partie du &lt;i&gt;&#8220;domaine de l'islam&#8221;. &lt;/i&gt;Les musulmans venus d'outre Europe sont souvent effar&#233;s de voir l'ambiance des zones islamis&#233;es dans les R&#233;publiques occidentales, beau&#173;coup plus affirm&#233;e et agressive que dans leurs pays d'origine. La communautarisation du terrain est net&#173;tement plus avanc&#233;e que ne le laisserait supposer l'influence directe des p&#244;les djihadistes et salafistes (voir ci-apr&#232;s le texte &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1024-Liste-provisoire-des-faits-de-Charia-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#8220;Liste provisoire de faits accomplis de charia&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&#8221;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1159-L-injection-goutte-a-goutte-du-poison-de-la-charia' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Derni&#232;re partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb12-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Il est int&#233;ressant de revisiter un ouvrage de Pierre Souyri, ancien membre de &lt;/i&gt; Socialisme ou Barbarie,&lt;i&gt; publi&#233; en 1983 &#224; titre posthume : &lt;/i&gt;&#8220;La Dynamique du Capitalisme au XXe Si&#232;cle&#8221;,&lt;i&gt; &#233;d. Payot. Malgr&#233; un marxisme rigide, Souyri mentionnait p. 256 le rapport d'une commission d'enqu&#234;te sur la mont&#233;e de la violence aux &#201;tats-Unis, qui envisageait une opposition possible, durable et syst&#233;mique entre un r&#233;seau de grandes villes sous contr&#244;le et de secteurs &#224; l'abandon, &#233;chappant &#224; l'&#201;tat. Il n'&#233;tait pas question de choc civilisationnel dans ce sch&#233;ma, mais l'intervention d'un tel param&#232;tre vient aggraver prodigieusement la logique &#224; l'&#339;uvre. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lors de l'&#8220;universit&#233; d'&#233;t&#233;&#8221; du Medef, en ao&#251;t 2002, dans une r&#233;union consacr&#233;e au th&#232;me &lt;/i&gt;&#8220;Entreprendre dans l'incertitude&#8221;, &lt;i&gt;Claude B&#233;b&#233;ar, &#233;minence grise du &#8220;grand capitalisme&#8221; fran&#231;ais (ce serait le successeur d'Antoine Riboud, nous r&#233;p&#233;tait une radio comme Bourse FM), s'&#233;tait lanc&#233; dans une p&#233;roraison qui venait de loin : &lt;/i&gt;&#8220;N'ayez pas peur de d&#233;localiser. Vous cr&#233;erez mille emplois dans des pays qui en ont besoin, alors qu'ici ce ne sera qu'un probl&#232;me sans importance&#8221;. &lt;i&gt;Il explicitait m&#234;me le fonds de sa position : &lt;/i&gt;&#8220;La race blanche, par manque de natalit&#233;, se suicide, il faut recourir &#224; l'immigration&#8221;. &lt;i&gt;Ce B&#233;b&#233;ar a cr&#233;&#233; en 2000 l'Institut Montaigne pour r&#233;pandre les avis orient&#233;s en fonction des besoins de tel ou tel secteur oligarchique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pr&#233;c&#233;dent redoutable, la premi&#232;re &#8220;mondialisation&#8221; a d&#233;fini le terrain d'antagonisme de la Premi&#232;re guerre mondiale et ce facteur qui reposait sur le r&#244;le des &#233;lites r&#233;gnantes fut bien plus d&#233;cisif que l'agressivit&#233; suppos&#233;e des &#201;tats-nations, dont les populations n'imaginaient nullement, quelques jours encore avant la d&#233;claration de guerre, devoir partir pour la boucherie. Il n'y avait pas de leur part de demande de guerre. Pour saisir les racines de l'&#233;puisement des leviers keyn&#233;siens, voir &lt;/i&gt;Le Cr&#233;puscule du XXe Si&#232;cle&lt;i&gt; n&#176;29-30, &lt;/i&gt;&#8220;L'impuissance du keyn&#233;sianisme aujourd'hui&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour m&#233;moire, cette volont&#233; d'imitation tardive et inavou&#233;e des r&#233;publiques europ&#233;ennes se heurte &#224; l'absence des 4 conditions qui furent indispensables au succ&#232;s des &#201;tats-Unis :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; immigrants de provenance civilisationnelle relativement homog&#232;ne,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; tr&#232;s forte d&#233;mographie interne de la soci&#233;t&#233; d'accueil,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; s&#233;lection rigoureuse des arrivants en fonction de leur niveau d'&#233;ducation,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; continent immense &#224; mettre en exploitation.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;On estime &#224; 57 millions le nombre total d'&#233;migrants europ&#233;ens vers le continent nord-am&#233;ricain, sur un si&#232;cle et demi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'infamie d'un Chirac, d&#233;finitivement condamn&#233; pour corruption depuis son d&#233;part en retraite politique, d&#233;clarant en 1995 que &#8220;la France&#8221; militairement occup&#233;e devait assumer la responsabilit&#233; de la d&#233;portation des Juifs &#224; partir de 1942 r&#233;sume le personnage : il s'agissait de &lt;/i&gt;diluer autant que possible la responsabilit&#233; de l'administration et des &#233;lites&lt;i&gt; (donc de l'&#201;tat affirmant rompre avec la R&#233;publique) qui mirent en &#339;uvre ces mesures. Plus il y a de &#8220;coupables&#8221; et moins il y a de responsables. En somme, il faudrait consid&#233;rer que m&#234;me les Juifs fran&#231;ais furent des pro-nazis... Ce coup de force encore r&#233;cemment ass&#233;n&#233; par Macron, lors de la comm&#233;moration en juillet 2017 de la &#8220;rafle du Vel d'Hiv'&#8221;, r&#233;serve le p&#233;ch&#233; originel politique &#224; tous ceux qui ne se situent pas dans une logique de d&#233;sertion de la nation.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le rapport Tuot fut critiqu&#233; officiellement, mais pour sa franchise embarrassante ! Ce logiciel de &#8220;reconfiguration&#8221; de l'identit&#233; fran&#231;aise est un v&#233;ritable mode d'emploi de la liquidation. &lt;/i&gt;Il a presque aussit&#244;t fait l'objet d'une mise en application avec les 5 volets de la refondation &lt;i&gt;(M. Sorel-Sutter, &lt;/i&gt;D&#233;composition fran&#231;aise, &lt;i&gt;Librairie Arth&#232;me Fayard, nov. 2015&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, p. 275-293). Mis en ligne sur le site du premier ministre, ils forment le premier texte officiel formulant express&#233;ment les param&#232;tres de la politique multiculturaliste &#224; l'&#339;uvre. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Phrase plac&#233;e en &#233;pigraphe du livre de Malika Sorel-Sutter &lt;/i&gt;D&#233;composition fran&#231;aise,&lt;i&gt; qui d&#233;taille &#224; quel point les couches r&#233;gnantes n'ont cess&#233; d'&#234;tre lucides sur la d&#233;gradation de la situation depuis des dizaines d'ann&#233;es, tout en refusant soigneusement de prendre les mesures correctives qui auraient d&#251; s'imposer.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir David Engels, &lt;/i&gt;Le D&#233;clin (la crise de l'Union europ&#233;enne...), &lt;i&gt;&#233;d. du Toucan, 2013, p. 27 : &lt;/i&gt;&#8220;le 15 juin 2004, vingt-trois des vingt-cinq ministres europ&#233;ens des Affaires &#233;trang&#232;res ont d&#233;cid&#233; de rayer officiellement Thucydide du Trait&#233; de Rome, d&#233;clarant du m&#234;me coup comme politiquement incorrectes les origines antiques de la d&#233;mocratie...&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cela correspond &#224; une tendance profonde de la situation, cf Laurent Davezies, in &lt;/i&gt;Le nouvel &#233;go&#239;sme territorial&lt;i&gt;, pp 56-57 sur la &#8220;fin du keyn&#233;sianisme territorial&#8221; (La r&#233;publique des Id&#233;es, Seuil, mars 2015).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir &lt;/i&gt;Le Cr&#233;puscule du XXe Si&#232;cle&lt;i&gt; n&#176;26, &lt;/i&gt;&#8220;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?706-le-bras-ideologique-et-seculier-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le bras id&#233;ologique et s&#233;culier de l'oligarchie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&#8221;, sept. 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est frappant que le personnel de l'appareil m&#233;diatique ne dispose de cette nouvelle puissance ni dans les anciens pays de l'Est ni dans les Balkans. Il peut &#234;tre le pion des cliques r&#233;gnantes, il n'y jouit pas d'une autonomie d'encadrement de la soci&#233;t&#233;. Les sp&#233;cialistes de la &#8220;communication&#8221; (nom moderne de la propagande) n'y ont pas pris l'ascendant sur les hommes de pouvoir, &#224; la diff&#233;rence des soci&#233;t&#233;s plus &#224; l'ouest.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La remarque : &lt;/i&gt;&#8220;Quiconque doute du pouvoir de la r&#233;p&#233;tition est un fou&#8221;&lt;i&gt; (dans &lt;/i&gt;Dialectique de la Raison, &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; &lt;i&gt;T. Adorno et M. Horkheimer&lt;/i&gt;) &lt;i&gt;pointe le levier fondamental de l'industrie m&#233;diatique. Cet ouvrage, par son attaque monomaniaque contre les sources m&#234;mes de l'Occident, peut cependant &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une offensive d'un raffinement suicidaire. A vouloir trop prouver contre les racines de la civilisation occidentale, ces auteurs ont totalement manqu&#233; leur cible, identifier les sources de la barbarie d&#233;ploy&#233;e au XX&#232;me si&#232;cle. Leur silence constant sur la nature des r&#233;gimes sovi&#233;tiques, fond&#233; 15 ans avant la prise du pouvoir national-socialiste en Allemagne, constitue une lacune abyssale qu'avait point&#233;e C. Castoriadis. Leur ouvrage, malgr&#233; ses lucidit&#233;s de d&#233;tail, s'inscrit comme un manuel pr&#233;curseur de la strat&#233;gie naufrageuse du gauchisme culturel, dont la seule raison d'&#234;tre est d&#233;sormais le sabordage de la civilisation occidentale.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Un amendement retors dans la loi sur la &#8220;Moralisation de la vie publique&#8221; rend in&#233;ligible quiconque aurait &#233;t&#233; condamn&#233; pour &#8220;provocation &#224; la haine&#8221;, ce qui va permettre d'&#233;liminer toute candidature embarrassante. Le simple fait d'analyser la logique de l'islam ou de refuser de manger halal deviendra-t-il passible d'in&#233;ligibilit&#233; pour dix ans ? Comment dans ce genre de surench&#232;re, les musulmans ne finiraient-ils pas par devenir seuls &#233;ligibles, puisque la haine franche et massive leur est autoris&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Il convient de rappeler une observation faite en 1978-1979 par C. Castoriadis : &lt;/i&gt;&#8220;...la Droite a &#233;t&#233; contamin&#233;e par la Gauche &#8213; apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Ce n'est que depuis lors qu'elle n'ose plus se pr&#233;senter pour ce qu'elle est, et que presque personne ne se dit plus &#8220;de droite&#8221;. Depuis une trentaine d'ann&#233;es, la Droite r&#233;nov&#233;e et &#8220;sociale&#8221; a elle aussi appris le maniement des nouveaux instruments d&#233;magogiques. Mais l&#224; encore, elle ment moins, si l'on peut dire. Car, d'une part, elle ne pr&#233;sente pas les r&#233;formes qu'elle promet comme devant conduire &#224; une changement radical de la condition humaine. Et, d'autre part, elle accomplit effectivement, la plupart du temps, des r&#233;formes. Plus m&#234;me : souvent, elle commence par affirmer que telle disposition serait irr&#233;alisable ou ruineuse &#8213; et finit par l'appliquer elle-m&#234;me quelque temps apr&#232;s&#8221;. &lt;i&gt;(voir : &#8220;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?741-L-autogestion-de-la-mystification' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Illusions et v&#233;rit&#233;s politiques&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&#8221; dans &lt;/i&gt;Quelle d&#233;mocratie ?, &lt;i&gt;tome 2, pp 25-39, &#233;d. du Sandre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La &lt;/i&gt;&#8220;French Tech Night&#8221;, &lt;i&gt;en &lt;/i&gt;globish &lt;i&gt;caract&#233;ristique, fut organis&#233;e &#224; Las Vegas en 2016 selon une proc&#233;dure non conforme (absence d'appel d'offre) et devrait faire l'objet d'une accusation de &#8220;favoritisme et recel de favoritisme&#8221;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il s'agissait d'une op&#233;ration financi&#232;re concernant pr&#233;cis&#233;ment Danone. Une telle offensive m&#233;diatique serait consid&#233;r&#233;e comme intol&#233;rable par la Haute-Administration, puisque Macron aurait dans ce cas utilis&#233; un proc&#233;d&#233; connu des journalistes, qui serait volontiers pratiqu&#233; dans l'Inspection des Finances et qui consisterait &#224; affecter des revenus exceptionnels &#224; des travaux plus ou moins fictifs dans un appartement achet&#233;, que l'on revend ensuite au prix initial, en d&#233;clarant une perte &#233;quivalente aux travaux, si bien que la somme dispara&#238;t des radars fiscaux... Il est &#224; noter que l'op&#233;ration qui a apport&#233; ce gain &#224; Macron en quelques mois correspond au double ou au triple de ce que Fillon aurait r&#233;ussi &#224; gratter en plus de 30 ans de labeur &#233;lectoral. En physique, on parle d'un &#8220;changement d'ordre de grandeur&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La mani&#232;re dont la pieuvre a trait&#233; la candidature M&#233;lenchon, rescap&#233; du stalino-gauchisme d&#233;complex&#233;, est &#233;loquente : elle l'a favoris&#233; de mani&#232;re &#224; saborder le PS agonisant et entraver le FN, tout en le freinant dans les derniers jours afin de le contenir en dessous des deux premiers candidats. Puis elle l'a abandonn&#233; dans les &#233;lections l&#233;gislatives, ce qui l'a ramen&#233; &#224; son socle stalino-gauchiste ordinaire, de 11 %. Enfin, avec la nouvelle Assembl&#233;e, cette pieuvre affirme encore son pouvoir de nuisance en favorisant le petit gang de 17 d&#233;put&#233;s li&#233;s &#224; M&#233;lenchon, pour les faire appara&#238;tre comme la seule opposition capable de protester.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Certains ont tent&#233; de comparer Macron, comme Sarkozy il y a quelques ann&#233;es, &#224; la figure de Louis-Napol&#233;on Bonaparte pour qui fut mis sur pied le &#8220;Second-Empire&#8221;, si mal nomm&#233;. En fait, le r&#233;gime de la V&#232;me R&#233;publique et celui du Second-Empire sont constitutivement des &lt;/i&gt;monarchies pl&#233;biscitaires&lt;i&gt;. Les analogies viennent de l&#224; et non des personnages. L'inconsistance des ectoplasmes qui se succ&#232;dent depuis 1995 (Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron) sont le reflet de la perte inexorable de substance de l'&#201;tat fran&#231;ais dans le cadre de l'Union europ&#233;enne et de la mondialisation. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Cour de cassation a rendu, le mercredi 05 juillet 2017, un arr&#234;t jugeant qu'un enfant n&#233; d'une GPA &#224; l'&#233;tranger pouvait &#234;tre adopt&#233; l&#233;galement par le mari de son p&#232;re biologique, et donc se voir reconna&#238;tre deux parents en France. &lt;/i&gt;&#8220;Une GPA r&#233;alis&#233;e &#224; l'&#233;tranger ne fait pas &#224; obstacle, &#224; elle seule, &#224; l'adoption de l'enfant par l'&#233;poux de son p&#232;re&#8221;,&lt;i&gt; a indiqu&#233;, dans un communiqu&#233;, la plus haute juridiction.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cour fonde sa d&#233;cision sur les &#8220;avanc&#233;es&#8221; de la loi Taubira concernant le &#8220;mariage pour tous&#8221; (source : BFM Tv, 05 juillet 2017).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>L'injection goutte &#224; goutte du poison de la Charia (1/3)</title>
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		<dc:date>2024-01-25T07:58:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Fargette G.</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;33-34, avril 2017, repris dans livre in&#233;dit &#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187; (2019), 260 p. Sommaire Avant-propos : D&#233;truire l'Occident, disent-ils Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance Violences et banlieues fran&#231;aises L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001 La motivation actuelle du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-48-fargette-g-+" rel="tag"&gt;Fargette G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-217-islamogauchisme-+" rel="tag"&gt;Islamogauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-221-empire-+" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-219-demographie-+" rel="tag"&gt;D&#233;mographie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;33-34, avril 2017, repris dans livre in&#233;dit &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1055-Crepuscule-de-l-Occident-ou-du-XXe-siecle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (2019), 260 p.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1734 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' arial-label=&#034;&#034; class=&#034;fond mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034; data-photo-w=&#034;822&#034; data-photo-h=&#034;1178&#034; &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:143.30900243309%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;taille=300&amp;1709039886' alt='' data-src='IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' data-l='822' data-h='1178' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1709039886 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=600&amp;#38;1709039886 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1193-Detruire-l-Occident-disent-ils' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Avant-propos : &lt;strong&gt;D&#233;truire l'Occident, disent-ils&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1160-Le-XXIe-siecle-comme-crepuscule-du-XXe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?551-Renaissance-d-un-imperialisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?181-La-quatrieme-guerre-mondiale-s' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?301-Violences-et-banlieues-francaises' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Violences et banlieues fran&#231;aises&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?569-L-affaire-des-caricatures-plus' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?563-La-motivation-actuelle-du-stalino' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La motivation actuelle du stalino-gauchisme et des &#8220;bien-pensants&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'injection goutte-&#224;-goutte du poison de la charia&lt;/strong&gt; &#8212; ci-dessous...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1024-Liste-provisoire-des-faits-de-Charia-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Liste provisoire des faits accomplis de Charia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1161-Apotheose-des-Nique-la-France-a-Marseille' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premier octobre 2017 : Apoth&#233;ose des &#171; Nique-la-France &#187; &#224; Marseille&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1162-L-islam-a-la-lumiere-de-la-poesie-sans-rivage' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Recension : l'islam &#224; la lumi&#232;re de la po&#233;sie sans rivages&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1026-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'acharnement &#224; liquider les nations&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1053-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Annexe sur le personnage Hitler&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1163-Aux-sources-du-Totalitarisme-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Aux sources du totalitarisme (ce stalino-gauchisme qui ne passe pas)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. La gravit&#233; de la situation et son d&#233;ni&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La port&#233;e des changements de population survenus depuis 40 ans en Europe occidentale tient d'abord &#224; un effet de masse num&#233;rique, m&#233;thodiquement occult&#233; en France o&#249; le mensonge sur les statistiques a pris des allures sovi&#233;tiques. Les statistiques &#8220;ethniques&#8221; sont en effet interdites par l'&#201;tat fran&#231;ais, mais les autorit&#233;s sont formelles, il n'y a rien d'inqui&#233;tant ! La question porte non seulement sur le chiffre absolu des immigrants et de leurs descendants imm&#233;diats mais plus encore sur la dynamique de ces chiffres, rapport&#233;e aux localisations g&#233;ographiques : 40 ans apr&#232;s la mise en &#339;uvre du &#8220;regroupement familial&#8221;, les principales grandes villes n'ont pratiquement plus de couches populaires autochtones. Celles-ci se retrouvent dans les r&#233;gions p&#233;riph&#233;riques. Ces m&#233;tropoles ont subi de fa&#231;on artificielle une r&#233;duction &#8220;ethno-religieuse&#8221; des clivages sociaux, qui favorise une d&#233;magogie redoubl&#233;e. L'ampleur de ces modifications d&#233;mographiques, ni&#233;es officiellement, mais enseign&#233;es comme &#8220;normales&#8221; et &#8220;in&#233;vitables&#8221; dans les cours d'histoire d&#233;livr&#233;s aux &#233;l&#232;ves, confirme la pertinence du conte philosophique proph&#233;tique d'un Jean Raspail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Camp des Saints, Jean Raspail, Robert Laffont, 1973, r&#233;&#233;dit&#233; avec une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui traitait du d&#233;s&#233;quilibre num&#233;rique imminent qui allait surgir &#224; la suite des d&#233;mographies divergentes entre l'Europe et le reste du monde. L'auteur n'avait pas envisag&#233; l'intervention du facteur musulman qui s'efforce d'en accentuer les effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour saisir la nature des leviers historiques agissant aujourd'hui, il suffit de comprendre le rapport entretenu en Europe entre villes et r&#233;gions attenantes. Depuis le Moyen-Age au moins, la d&#233;mographie interne des villes europ&#233;ennes a toujours &#233;t&#233; n&#233;gative, et seule l'immigration venue de l'exode rural leur a permis une progression. Dans la mesure o&#249; la ville semble d&#233;sormais &#234;tre partout o&#249; se trouvent la t&#233;l&#233;vision et l'automobile, l'Europe occidentale et centrale appara&#238;t comme une &lt;i&gt;ville-continent &lt;/i&gt;aux yeux de sa p&#233;riph&#233;rie transcontinentale, c'est-&#224;-dire tout le Moyen-Orient et l'Afrique au moins jusqu'&#224; l'&#233;quateur. Si ces flux de population convergeant vers l'Europe &#233;voquent les exodes ruraux anciens, la quantit&#233; induit &#224; elle seule une mutation qualitative : le nombre d'arrivants de civilisations extra-europ&#233;ennes rend tr&#232;s difficile l'int&#233;gration individuelle, la seule possible. Elle ne pourrait avoir lieu que par une int&#233;gration culturelle au fur et &#224; mesure, ce qui est litt&#233;ralement interdit d&#233;sormais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'atmosph&#232;re dissuasive qui p&#232;se de plus en plus sur la r&#233;flexion et la libert&#233; d'expression, il est donc vital de prendre la mesure des cons&#233;quences de cette situation. Un ouvrage r&#233;cent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La guerre civile qui vient est d&#233;j&#224; l&#224;, Le Guay, &#233;d. du Cerf, 2016.&#034; id=&#034;nh13-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se demande gravement si, par incapacit&#233; de prendre des d&#233;cisions douloureuses, les couches &#8220;dirigeantes&#8221; de la R&#233;publique fran&#231;aise n'ont pas d&#233;j&#224; choisi la &#8220;guerre civile&#8221; comme solution de facilit&#233;. Tout &#224; sa pr&#233;occupation de conjurer cette &#8220;guerre civile&#8221;, dont le titre de l'ouvrage affirme pourtant qu'elle &lt;i&gt;&#8220;est d&#233;j&#224; l&#224;&#8221;,&lt;/i&gt; cet auteur s'interroge sur l'inertie calamiteuse des couches r&#233;gnant en Europe, qui laissent passer toutes les occasions de r&#233;agir. Ce faisant, il suit la m&#234;me logique schizophr&#233;nique qu'un Pierre Manent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Situation de la France, Pierre Manent, &#233;d. Descl&#233;e de Brouwer, 2015.&#034; id=&#034;nh13-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui expose dans un premier temps &#224; quel point la R&#233;publique fran&#231;aise et l'islam sont en rapport d'incompatibilit&#233; existentielle, mais qui dans un second temps se contraint &#224; d'invraisemblables contorsions pour trouver &#224; tout prix un point d'entente, une ligne d'armistice, dont tout indique qu'elle serait imm&#233;diatement ba-fou&#233;e. L'islam est bien plus qu'une religion, c'est un &lt;i&gt;&#8220;mode de vie total&#8221;, &lt;/i&gt;le plus hostile qui soit &#224; toute alt&#233;rit&#233;, structur&#233; de mani&#232;re &#224; ce que tout compromis avec lui ne soit qu'une &#233;tape vers la capitulation. La situation est donc beaucoup plus grave que ne le con&#231;oivent ces auteurs. Les couches r&#233;gnantes qui tiennent les leviers de l'&#201;tat, n'ont de cesse de disloquer la R&#233;publique et la nation par leurs d&#233;cisions politico-&#233;conomiques, leurs atermoiements et leurs h&#233;sitations. Le plus probable est qu'ils ont d&#233;j&#224; choisi la capitulation pr&#233;ventive devant l'islam,&lt;i&gt; &#224; condition qu'elle soit discr&#232;te, &lt;/i&gt;et qu'ils puissent dire :&lt;i&gt; &#8220;c'est trop tard, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;on ne peut plus rien y faire&#8221;&lt;/i&gt;. Cette attitude se retrouve dans les principaux &#201;tats-nations europ&#233;ens, mais les oligarques fran&#231;ais ont pouss&#233; la veulerie plus loin que leurs semblables des pays voisins et se pr&#233;parent &#224; faire encore pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ligne correspond tr&#232;s logiquement &#224; la perspective fondamentale de Macron et de son &#8220;parti&#8221; num&#233;rique d'adh&#233;rents gratuits, car seul le terrain &#8220;soci&#233;tal&#8221; lui permettra quelques mesures concr&#232;tes, pour d&#233;tourner l'attention publique de ses bluffs sur l'&#233;conomie. La source de son succ&#232;s si peu politique a tenu avant tout, comme celui de Hollande en 2012, &#224; sa promesse implicite de trouver une solution indolore &lt;i&gt;qui sauvegarderait une soci&#233;t&#233; de consommation croissante&lt;/i&gt;. Ceux qui persistent &#224; voter sont avides d'optimisme et refusent de percevoir ce qui cr&#232;ve les yeux &#224; tout observateur attentif. Il y a une ligne de flottaison dans la soci&#233;t&#233; : soit on est au-dessus et la consommation personnelle peut augmenter r&#233;guli&#232;rement, soit on est en dessous et on subit stagnation, attrition et appauvrissement. Et cette ligne de flottaison ne cesse de s'&#233;lever, corr&#233;l&#233;e qu'elle est au processus de mondialisation synonyme de p&#233;r&#233;quation plan&#233;taire de la richesse par niveau social. Apr&#232;s quelques dizaines d'ann&#233;es de resserrement de l'&#233;ventail des revenus entre 1950 et 1975, une logique de divergence pr&#233;vaut depuis les ann&#233;es 1980, et personne ne peut dire jusqu'o&#249; ira cette inversion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La multiplication fracassante d'attentats express&#233;ment musulmans dans les pays occidentaux depuis 2004, et surtout 2012, n'est pas une succession de hasards malheureux mais le produit d'une situation pr&#233;visible depuis longtemps et la partie &#233;merg&#233;e d'un iceberg sur lequel s'appuient les organisateurs de l'islamisation de la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle n&#176;17, &#8220;Violences et banlieues fran&#231;aises&#8221;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seule une minorit&#233; de ces op&#233;rations de guerre, parfois d&#233;jou&#233;es, se rattachent au moins vaguement au pr&#233;tendu &#8220;Califat&#8221;. Sa d&#233;faite militaire en Syrie-Irak n'emp&#234;chera nullement les actes terroristes djihadistes en Occident. Peu importe que ce &#8220;Califat&#8221; se transforme ensuite en entit&#233; fant&#244;me ou que chacune des mouvances qu'il fascine suive sa propre trajectoire barbare. Entre 2004 et 2015, de Madrid &#224; Londres, de Paris &#224; Berlin, la catastrophe que repr&#233;sente l'irruption de populations musulmanes en Europe est devenue une &#233;vidence &#233;crasante qui doit rester indicible, ou du moins ne jamais p&#233;n&#233;trer dans la sph&#232;re du langage politique. Ainsi que le constatent les Polonais, les Tch&#232;ques, les Slovaques et les Hongrois, rescap&#233;s d'une occupation militaire de 44 ans par un empire despotique oriental, et attach&#233;s &#224; leur identit&#233; et leur autonomie :&lt;i&gt; l&#224; o&#249; il n'y a pas de musulmans, il n'y a ni salafistes, ni djihadistes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tous les &#8220;antifas&#8221; qui pr&#233;sentent le totalitarisme sovi&#233;tique comme nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islam guerrier n'est que la partie avanc&#233;e d'un ensemble d'activit&#233;s fond&#233;es sur des principes anthropologiques d&#233;termin&#233;s &#224; coloniser le monde entier, conform&#233;ment &#224; ce qui est ouvertement proclam&#233; dans ses textes &#8220;sacr&#233;s&#8221;. Il est sid&#233;rant de voir que l'islam est en conflit partout o&#249; il se trouve au contact avec d'autres civilisations, et que la guerre est m&#234;me la norme entre ses diff&#233;rentes factions. L'&lt;i&gt;&#8220;islam, religion de paix&#8221;&lt;/i&gt; est tout aussi invraisemblable que &lt;i&gt;&#8220;l'anarchie sans le chaos&#8221;&lt;/i&gt; ou le &lt;i&gt;&#8220;socialisme sans le goulag&#8221;.&lt;/i&gt; Mais un v&#233;ritable &lt;i&gt;corps de contr&#244;leurs, &lt;/i&gt; h&#233;ritiers de l'industrie du mensonge marxiste-l&#233;niniste, s'efforce d'interdire jour apr&#232;s jour cette observation lucide de s'exprimer ouvertement dans les derniers lambeaux d'un espace public, soumis aux ravages de l'industrie m&#233;diatique. Une nouvelle utopie, pr&#233;tendant fonder &lt;i&gt;un r&#233;gime multiculturaliste &lt;/i&gt;n'a jamais exist&#233; nulle part s'&#233;vertue &#224; imposer une modification chronique de la perception commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques individualit&#233;s en France parviennent encore &#224; faire entendre une voix de dissidence approximative, bien que leur nombre &#233;voque un &#8220;village gaulois&#8221; qui n'aurait pas voulu capituler devant la conqu&#234;te imp&#233;riale. Si la pieuvre m&#233;diatico-politique ne parvient pas &#224; r&#233;duire au silence les Zemmour ou les Finkielkraut, il y a fort &#224; craindre que les escadrons de la mort djihadistes viennent suppl&#233;er cette carence, comme cela s'est pass&#233; pour la r&#233;daction de &lt;i&gt;Charlie Hebdo &lt;/i&gt;en janvier 2015, pourtant si rarement offensif vis-&#224;-vis de l'islam. Les projets d'attentats islamistes contre le Front National, pour le moment avort&#233;s ou d&#233;jou&#233;s, confirment le caract&#232;re in&#233;luctable de cette pente des &#233;v&#233;nements. La &lt;i&gt;gauche fondamentale &lt;/i&gt;se montrera d'une compr&#233;hension jubilatoire devant l'&#233;radication physique de tous ses opposants, conform&#233;ment &#224; la bonne vieille m&#233;thode bolchevique de l'extermination des r&#233;calcitrants, &lt;i&gt;quelles que soient leurs positions&lt;/i&gt;. L'argumentaire sera, comme pour les r&#233;dacteurs de &lt;i&gt;Charlie-Hebdo,&lt;/i&gt; qu'&lt;i&gt;&#8220;ils l'ont bien cherch&#233;&#8221;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. L'oligarchie et les serviteurs issus de la contre-&#233;lite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la plupart des domaines politiques et sociaux, le r&#233;gime oligarchique s'efforce de geler toute initiative qui viendrait de la soci&#233;t&#233;. Il ne cesse de jouer sur les doses massives de soporifiques produits par la soci&#233;t&#233; de consommation. Le succ&#232;s rencontr&#233; par ce type d'organisation sociale depuis les ann&#233;es 1950 est tel que tout appel au sursaut fait figure d'embarras particuli&#232;rement f&#226;cheux. Moins cette soci&#233;t&#233; de consommation semble viable, et plus les populations qui y ont go&#251;t&#233; s'y raccrochent, sur le mode du &lt;i&gt;&#8220;encore un instant, Mr le bourreau&#8221;.&lt;/i&gt; Cette addiction est telle que les couches r&#233;gnantes doivent m&#234;me biaiser laborieusement avec cette inertie, afin qu'elle ne se transforme pas en sursaut impr&#233;visible. Comment ne pas voir la corr&#233;lation entre l'ouverture de plus en plus large des fronti&#232;res et la volont&#233; imp&#233;rieuse des oligarchies d'obtenir une diminution drastique du niveau de vie pour les couches populaires et moyennes occidentales ? L'abstention nettement majoritaire aux &#233;lections l&#233;gislatives fran&#231;aises du printemps 2017 a valeur de &lt;i&gt;s&#233;cession de fait&lt;/i&gt;. Les Occidentaux des zones p&#233;riph&#233;riques pressentent ce qui les attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les r&#233;publiques d'Europe occidentale vivent aujourd'hui sous un r&#233;gime de terreur musulmane, puisqu'il est interdit sous peine de mort d'&#233;mettre la moindre remarque sur un certain &#8220;proph&#232;te&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme de &#8220;terreur&#8221; est d'autant plus justifi&#233; qu'il s'agit d'inspirer une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : si son statut n'est pas divin, c'est tr&#232;s bien imit&#233;. Cette atmosph&#232;re de menace qui impr&#232;gne les r&#233;publiques ath&#233;es et qui est si contraire &#224; &#8220;l'abolition&#8221; officielle de la peine de mort, ne provoque m&#234;me pas de r&#233;actions d'insubordination massive. Les musulmans ont donc acquis un premier avantage, gigantesque : &lt;i&gt;le monopole de la peine de mort sous pr&#233;texte politico-religieux&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette terreur n'est pas simplement &#8220;exog&#232;ne&#8221;, puisqu'elle est excus&#233;e et relay&#233;e par &lt;i&gt;l'intelligentsia &lt;/i&gt;domin&#233;e par le gauchisme culturel, dont la &lt;i&gt;nomenklatura m&#233;diatique,&lt;/i&gt; avec l'infanterie de choc du parti-journaliste, sont aujourd'hui les rejetons les plus influents : ils reproduisent en les amplifiant les proc&#233;d&#233;s des &lt;i&gt;&#8220;intellectuels progressistes&#8221;&lt;/i&gt; des ann&#233;es 1950 et 1960, qui s'effor&#231;aient d'excuser les bureaucraties totalitaires de l'est-europ&#233;en quand elles &#233;crasaient les r&#233;voltes ouvri&#232;res. Ces intellectuels, auto-proclam&#233;s &#8220;avant-garde&#8221; de la lucidit&#233;, ont alors acquis une habilet&#233; exceptionnelle quand il s'agit de produire des s&#233;ries d'excuses acrobatiques et interminables sur l'air du &#8220;moindre mal&#8221;, ce que leurs ma&#238;tres &#8220;sovi&#233;tiques&#8221; &#233;taient incapables de formuler par eux-m&#234;mes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir C. Lefort, &#8220;La M&#233;thode des Intellectuels progressistes&#8221;, reproduit dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'ambition d'occultation civilisationnelle vient redoubler chez ces h&#233;ritiers l'aveuglement constitutif du marxisme sur la dimension nationale. Les d&#233;mentis que leur inflige la r&#233;alit&#233; historique les incite comme toujours &#224; une surench&#232;re de volontarisme onirique. Chaque &#233;tape du d&#233;labrement est pr&#233;sent&#233;e comme un prix &#224; payer, provisoire, sur le chemin d'un progr&#232;s absolu qu'ils sont seuls &#224; entrevoir. Ils ne veulent pas se souvenir que &lt;i&gt;l'&#233;go&#239;sme sacr&#233; &lt;/i&gt; de la nation, qui les r&#233;vulse officiellement, est peu de chose en regard d'un &#233;go&#239;sme sacr&#233; religieux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ceux qui parlent de l'islam comme &#8220;deuxi&#232;me religion&#8221; de France (tels Todd ou Plenel, ces figures du gauchisme culturel issues en ligne directe du stalino-gauchisme) s'alignent sur l'id&#233;ologie musulmane int&#233;griste, qui ne veut prendre en compte que les populations soumises &#224; une religion, tandis que les autres sont vou&#233;es &lt;i&gt;&#224; la liquidation physique&lt;/i&gt;. Comme &#8220;repr&#233;sentation du monde&#8221; en France, la religion catholique est seconde par le nombre de ses adeptes, et l'islam au mieux troisi&#232;me par ordre d'importance. Cet escamotage impudent des masses fran&#231;aises &#233;mancip&#233;es de l'hallucination religieuse constitue une capitulation enthousiaste destin&#233;e &#224; encourager sans cesse les partisans d'une &lt;i&gt;charia&lt;/i&gt;. La majorit&#233; de la population fran&#231;aise, davantage encore que les autres peuples occidentaux, se dissocie toujours plus de l'ali&#233;nation religieuse. L'effet de divergence avec les musulmans est d'autant plus consid&#233;rable que les populations venant d'outre-m&#233;diterran&#233;e s'efforcent au contraire de r&#233;utiliser la religion (transform&#233;e en id&#233;ologie) comme &lt;i&gt;principe d'organisation sociale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le battage de la police id&#233;ologique dans les m&#233;dias veut rejouer la traque contre quelques criminels nazis apr&#232;s 1945. En croyant mimer le couple Klarsfeld, les stalino-gauchistes expriment leur atavisme politique de procureur par vocation, dont le mod&#232;le est le Vychinski des Proc&#232;s de Moscou, puisqu'ils ne s'affrontent pas aux institutions, mais s'appuient d'embl&#233;e sur les leviers des pouvoirs &#233;tablis en les infl&#233;chissant vers des d&#233;cisions arbitraires. Un bon stalino-gauchiste se r&#234;ve &#8220;chasseur&#8221; d'Occidental comme un &#8220;nazi&#8221; conforme &#233;tait avide de traquer le &#8220;Juif&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec leur pass&#233; de b&#226;tisseurs de goulag, de compagnon de route de toutes les bureaucraties sovi&#233;tiques et leur pedigree de porteurs de valise (id&#233;ologiques ou non), les h&#233;ritiers du stalino-gauchisme n'ont absolument rien contre la r&#233;apparition de l'esclavage que leurs mod&#232;les ont su r&#233;inventer de la Sib&#233;rie aux confins chinois, pourvu que cet esclavage concerne aujourd'hui les Occidentaux des couches inf&#233;rieures. Il y a l&#224; une convergence fondamentale avec le programme du &lt;i&gt;Parti des Indig&#232;nes de la R&#233;publique,&lt;/i&gt; dont le d&#233;lire de la &lt;i&gt;pasionaria&lt;/i&gt; Bouteldja, qui s'obstine &#224; vivre aux crochets de la R&#233;publique fran&#231;aise, a vendu la m&#232;che : les &#8220;Blancs&#8221; et les Juifs sont les cibles de ce projet esclavagiste d&#233;complex&#233;. Cette Bouteldja ne fait que reprendre la tradition de l'Alg&#233;rois, qui organisait les raids esclavagistes musulmans sur toutes les c&#244;tes europ&#233;ennes de la m&#233;diterran&#233;e depuis le XVIe si&#232;cle jusqu'&#224; 1830, ann&#233;e o&#249; l'irruption des troupes fran&#231;aises y mit un terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &lt;i&gt;contre-&#233;lite &lt;/i&gt;des contr&#244;leurs de conscience et des pisteurs oniriques d'arri&#232;re-pens&#233;e est repr&#233;sent&#233;e par des milieux socialement diff&#233;renci&#233;s, mais profond&#233;ment homog&#232;nes par leurs int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels, leurs pr&#233;jug&#233;s et leurs objectifs : ces personnels prot&#232;gent d'instinct et avec acharnement les processus d'h&#233;g&#233;monie musulmane sur la soci&#233;t&#233;, qui leur paraissent les plus susceptibles d'acc&#233;l&#233;rer sa dislocation en communaut&#233;s s&#233;par&#233;es. On sous-estime toujours l'instinct sinistre de cette gauche fondamentale, si apte &#224; dire une chose et faire son exact contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions judiciaires, domin&#233;es par les juges &#8220;de gauche&#8221;, ne cessent d'infl&#233;chir la jurisprudence avec une complaisance et une tol&#233;rance exceptionnelles vis-&#224;-vis de la &lt;i&gt;surd&#233;linquance&lt;/i&gt; musulmane qu'il est &lt;i&gt;interdit de nommer comme telle&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf ce que remarquait tardivement l'ancien cur&#233; des Minguettes, le p&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;et qui assume les caract&#233;ristiques d'un &lt;i&gt;proto-djihad,&lt;/i&gt; auquel il ne manquait que la jonction avec une formulation id&#233;ologique syst&#233;matique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Fascination du Djhad, fureurs islamistes et d&#233;faite de la paix, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'ins&#233;curit&#233; capillaire qui se r&#233;pand depuis 40 ans est surd&#233;termin&#233;e par les effets d&#233;vastateurs de la culture de la brutalit&#233;, cette &lt;i&gt;rh&#233;torique du choc &lt;/i&gt; que l'industrie culturelle banalise &#224; chaque instant, et par la permissivit&#233; rabique impos&#233;e par la gauche fondamentale devant la d&#233;linquance : les Bolcheviks ne qualifiaient-ils pas de &lt;i&gt;&#8220;socialement proches&#8221; &lt;/i&gt; les prisonniers de droit commun du goulag, dont l'activit&#233; verrouillait l'oppression de cette structure concentrationnaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de la bureaucratie artistique, depuis les bonzes du minist&#232;re de la &#8220;Culture&#8221; jusqu'au bas-clerg&#233; des &lt;i&gt;&#8220;intermittents du spectacle&#8221;&lt;/i&gt; agit comme un groupe de pression obsessionnel et acharn&#233; pour justifier cette terreur diversifi&#233;e et capillaire au nom d'un imp&#233;ratif de &#8220;tol&#233;rance&#8221; &#224; sens unique et sans m&#233;moire. Le psychodrame du d&#233;but de 2016 sur la mesure de &#8220;d&#233;ch&#233;ance de nationalit&#233;&#8221; fran&#231;aise, qui a avort&#233; dans la plus grande confusion, d&#233;gage un message de fermet&#233; implacable &lt;i&gt;contre les cibles des actes terroristes :&lt;/i&gt; nous devrions survivre d&#233;sarm&#233;s parmi les loups de l'islam, &#224; jamais. Cette situation &#233;voque la menace ubiquitaire que les autorit&#233;s catholiques impos&#232;rent aux Cathares. Le stalino-gauchisme, de par l'origine catholique des bataillons d&#233;sormais d&#233;catis de pro-chinois form&#233;s dans les ann&#233;es 1960, rel&#232;ve d'un m&#234;me univers mental de f&#233;rocit&#233; cynique. Ils prolongent leur tropisme assassin par d'autres moyens. Le non-surgissement du socialisme spontan&#233; en Russie avait suscit&#233; d&#232;s 1918 un m&#233;pris inexorable des Bolcheviks pour le &#8220;peuple&#8221;, incapable de se hisser &#224; la hauteur des t&#226;ches d&#233;finies par les d&#233;tenteurs auto-proclam&#233;s de la conscience historique. Leurs d&#233;clarations monomaniaques de &#8220;bonnes intentions&#8221; auraient valeur amnistiante de leurs forfaits !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chamanes de l'id&#233;ologie, journalistes, intellectuels universitaires, publicitaires, juges, enseignants, psychologues, etc., assument donc de plus en plus les caract&#233;ristiques d'une &lt;i&gt;police mentale &lt;/i&gt; m&#234;mement d&#233;termin&#233;e. M. Bock-C&#244;t&#233; d&#233;crit avec un luxe de d&#233;tail impressionnant la religion politique qui les anime et qui leur inspire une gamme incroyablement diversifi&#233;e d'ing&#233;nieries sociales exp&#233;rimentales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mathieu Bock-C&#244;t&#233;, &#8220;Le multiculturalisme comme religion politique&#8221;, &#233;d. Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour eux, les soci&#233;t&#233;s sont des rats de laboratoire &#224; d&#233;pecer vivant et &#224; r&#233;assembler comme un m&#233;cano.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le multiculturalisme nord-am&#233;ricain et le gauchisme culturel se compl&#232;tent et convergent pour aggraver le penchant caract&#233;ristique de l'intelligentsia occidentale, bien que celle-ci ne puisse plus se r&#233;f&#233;rer &#224; un syst&#232;me id&#233;ologique monolithique. Les hallucinations nomm&#233;es &lt;i&gt;&#8220;socialisme&#8221;, &#8220;anti-imp&#233;rialisme&#8221;, &#8220;tiers-mondisme&#8221; &lt;/i&gt; toutes fait naufrage sans retour, tout en laissant des s&#233;quelles ind&#233;l&#233;biles chez leurs adeptes, alors que &lt;i&gt;les &#8220;&#201;tats id&#233;ologiques&#8221;, de type national-socialiste ou sovi&#233;tique, ont produit des r&#233;sultats infiniment pires que ceux des &#201;tats-nations occidentaux capables d'utiliser les m&#233;canismes capitalistes.&lt;/i&gt; L'histoire a tranch&#233;, elle ne repasse pas les plats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gauche int&#233;griste vise d&#233;sormais &#224; r&#233;&#233;duquer en profondeur les soci&#233;t&#233;s occidentales, c'est-&#224;-dire &#224; les mutiler sans retour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme &#8220;niquer&#8221;, d'une racine s&#233;mitique d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans l'&#233;gyptien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et les cons&#233;quences promettent d'&#234;tre aussi accablantes que dans le cas du &lt;i&gt;&#8220;socialisme r&#233;ellement existant&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La nouveaut&#233; retorse du proc&#233;d&#233; utilis&#233; consiste aujourd'hui &#224; pousser &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il suffit de voir l'&#233;tat de d&#233;labrement des productions artistiques dans ces pays, ou la d&#233;sint&#233;gration de l'enseignement : en France, le tripatouillage des notes sert &#224; dissimuler le fait que moins de 30 % et non 80 % des &#233;l&#232;ves ont le niveau d'un baccalaur&#233;at des ann&#233;es 1970. Voil&#224; ce qu'est devenu le seuil d'acc&#232;s &#224; l'universit&#233;. Le seul &#8220;niveau&#8221; qui monte est celui des falsifications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. R&#233;ouverture d'une faille g&#233;opolitique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arri&#232;re-plan de tous ces processus est constitu&#233; par une aggravation des fractures g&#233;opolitiques. Il ne s'agit pas d'un &#8220;accident&#8221; qui se r&#233;duirait aux d&#233;cisions &#233;tasuniennes dans la r&#233;gion du Moyen-Orient : la situation du r&#233;gime syrien n'est pas imputable &#224; l'Occident, et l'implosion de 4 &#201;tats musulmans arabes depuis 2011 n'est pas l'effet d'intentions &#8220;hostiles &#224; l'islam&#8221;, mais un produit des contradictions internes intenables de ces soci&#233;t&#233;s. Quoi que fassent ou ne fassent pas les &#201;tats occidentaux, la d&#233;composition des &#201;tats musulmans s'aggrave avec leur d&#233;mographie insupportable et leur incapacit&#233; &#224; se moderniser. L'Afrique subsaharienne, au moins dans sa partie ralli&#233;e &#224; la religion musulmane et qui a subi et relay&#233; le seul esclavagisme effectivement g&#233;nocidaire pendant 14 si&#232;cles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tidiane N'diaye, Le G&#233;nocide voil&#233;, Gallimard, 2008.&#034; id=&#034;nh13-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est dans la m&#234;me nasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le proc&#232;s que la gauche fondamentale dresse inlassablement contre les &#201;tats-Unis et l'Occident tout entier, il y a une occultation syst&#233;matique des moments o&#249; l'Occident est venu prot&#233;ger des populations musulmanes, voire s'allier &#224; elles. Cette monomanie de la r&#233;&#233;criture permanente de l'histoire, m&#234;me imm&#233;diate, demeure l'une des grandes activit&#233;s du stalino-gauchisme de granit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est curieux d'entendre les tirades r&#233;currentes sur les &#8220;deux guerres du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; tout au long des ann&#233;es 1980, les &#201;tats-Unis arment et &#233;quipent la r&#233;bellion afghane contre l'occupation sovi&#233;tique (la fourniture de missiles Stinger fut d&#233;cisive pour annuler l'avantage a&#233;rien des sovi&#233;tiques avec leurs h&#233;licopt&#232;res)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; en 1985-1986, l'&#201;tat fran&#231;ais est cobellig&#233;rant avec l'agresseur arabe irakien contre l'Iran (c'est d'ailleurs la cause de plusieurs attentats &#224; Paris) : des Super-&#201;tendards fran&#231;ais avec des pilotes fran&#231;ais ont particip&#233; aux op&#233;rations de destruction du terminal de Kharg et de tankers p&#233;troliers iraniens, tandis que les &#201;tats-Unis ravitaill&#232;rent secr&#232;tement les Iraniens.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; en 1991, les &#201;tats-Unis entra&#238;nent une action de protection de la p&#233;ninsule arabique et la lib&#233;ration du Kowe&#239;t contre l'arm&#233;e irakienne. &lt;i&gt;C'est d'ailleurs le fait que les &#201;tats-Unis sont venus au secours de cette p&#233;ninsule qui a motiv&#233; la cristallisation d'un djihad anti-occidental. En Orient, il est des cadeaux qui sont consid&#233;r&#233;s comme particuli&#232;rement humiliants quand ils mettent en lumi&#232;re un &#233;tat de faiblesse ou de besoin ! &lt;/i&gt;'univers occidental intoxiqu&#233; de christianisme ben&#234;t ne sait toujours pas identifier ce r&#233;flexe&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; en 1994-1995 et en 1999, l'Otan intervient sous direction &#233;tasunienne pour prot&#233;ger de fa&#231;on efficace les musulmans de Bosnie et du Kossovo (les &#201;tats europ&#233;ens &#233;taient paralys&#233;s par leurs divergences).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'attaque de l'Afghanistan en 2001 r&#233;sulte directement de l'agression djihadiste aux &#201;tats-Unis, mais cette op&#233;ration b&#233;n&#233;ficie d'alli&#233;s dans le pays m&#234;me (Tadjiks et Turkm&#232;nes, mais aussi Chiites, si durement trait&#233;s par les Talibans).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'attaque de l'Irak en 2003 fut bienvenue pour les Kurdes tandis que les Arabes chiites restaient totalement &#8220;neutres&#8221; sur le moment. La politique am&#233;ricaine a &#233;chou&#233; &#224; transformer l'Irak en alli&#233;e parce que cet &#201;tat reposait sur la client&#232;le sunnite du pouvoir de Saddam Hussein, client&#232;le sunnite qui &#233;tait d&#233;j&#224; le relais du pouvoir sous l'empire ottoman. En Afghanistan, comme en Irak, l'objectif &#233;tasunien s'est heurt&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; de &lt;i&gt;soci&#233;t&#233;s &#224; statuts,&lt;/i&gt; r&#233;alit&#233; avec laquelle le monde occidental a radicalement rompu depuis ses grandes R&#233;volutions : sunnites, chiites, Kurdes, etc., sont des communaut&#233;s &#224; peu pr&#232;s &#233;tanches les unes aux autres. Il ne s'agit pas de soci&#233;t&#233;s d'individus, ce qu'&#233;tait rest&#233;e l'Allemagne de 1945 malgr&#233; les tentatives hitl&#233;riennes pour sortir de l'Occident&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hitler et Himmler ont formul&#233; leur profond regret que Charles Martel eut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le Japon, pour sa part, s'est av&#233;r&#233; capable d'une adaptation prodigieuse (et sans doute r&#233;versible) dans la reprise de dimensions social-historiques occidentales. Le danger sovi&#233;tique a facilit&#233; le type de compromis par lequel ces pays sont devenus les alli&#233;s de la puissance victorieuse. C'est tout cela qui n'a pu ni ne pourra &#234;tre r&#233;&#233;dit&#233; dans le monde musulman...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'aide fournie aux insurrections libyennes a r&#233;ussi &#224; renverser le r&#233;gime de Kadhafi, mais les Occidentaux se sont gard&#233;s de vouloir d&#233;finir le r&#233;gime qui suivrait : c'est ce qu'on leur reproche aujourd'hui alors que, pour l'Afghanistan, le reproche est inverse. La Libye comme l'Irak se sont av&#233;r&#233;es incapables de s'organiser de mani&#232;re acceptable pour l'ensemble de leur population. La direction chiite de l'Irak a tenu &#224; se venger des massacres saddamistes et &#224; humilier les populations sunnites qui avaient tant maltrait&#233; les Chiites et les Kurdes (par l'utilisation de gaz de combat contre ces deux populations, et la d&#233;portation de centaines de milliers de Kurdes vers le sud de l'Irak).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; en Syrie, le r&#233;gime baassiste a mis&#233; sur l'exacerbation des haines intercommunautaires et la soci&#233;t&#233; syrienne n'est pas parvenue &#224; trouver une r&#233;ponse unitaire face &#224; la dictature. Il est reproch&#233; aux &#201;tats britanniques et fran&#231;ais de n'avoir rien fait alors qu'ils &#233;taient au bout de leurs capacit&#233;s apr&#232;s l'op&#233;ration libyenne. Ce sont les &#201;tats-Unis d'Obama qui ont d&#233;cid&#233; de rester largement passifs, tout en laissant les soutiens venus d'Arabie et de Turquie armer les djihadistes, mouvements les plus adapt&#233;s &#224; la manipulation des haines interconfessionnelles (le r&#233;gime d'Assad en lib&#233;rant des centaines de djihadistes av&#233;r&#233;s en 2011 a jou&#233; la politique du pire). Les rares unit&#233;s syriennes form&#233;es et entra&#238;n&#233;es par les Occidentaux sont d'ailleurs le plus souvent pass&#233;es avec armes et bagages du c&#244;t&#233; de telle ou telle faction djihadiste, avec un effet dissuasif parfait pour toute aide ult&#233;rieure.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; quant au Y&#233;men, qui a explos&#233; en 3 ou 4 entit&#233;s et que l'Arabie saoudite s'efforce de laminer, le r&#244;le des Occidentaux y est secondaire, m&#234;me s'ils acceptent de ravitailler l'Arabie saoudite pour laquelle le Y&#233;men constitue une hantise puisqu'elle l'a d&#233;j&#224; en partie d&#233;pec&#233; en lui arrachant la r&#233;gion de l'Asir dans les ann&#233;es 1930.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;L'apparition d'un Califat-croupion en 2014 &#224; Mossoul, dans la Djezireh, a aggrav&#233; la r&#233;ouverture d'une &lt;i&gt;&#8220;faille g&#233;opolitique&#8221; &lt;/i&gt;dans le nord de la Syrie et de l'Irak, au carrefour de l'Ancien Monde. L'activation d'une telle faille dans la zone qui court de Chypre jusqu'au Zagros, a souvent &#233;t&#233; corr&#233;l&#233;e &#224; d'immenses r&#233;percussions sur l'ensemble du bassin m&#233;diterran&#233;en, parfois jusqu'&#224; l'Asie centrale. La question kurde pourrait prendre le relais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la fin de l'&#194;ge du Bronze vers -1200, o&#249; une &#8220;temp&#234;te parfaite&#8221; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1158-L-injection-goutte-a-goutte-du-poison-de-la-charia' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb13-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Camp des Saints&lt;/i&gt;, Jean Raspail, Robert Laffont, 1973, r&#233;&#233;dit&#233; avec une pr&#233;face, &#8220;Big Other&#8221; en 2011. Il est particuli&#232;rement remarquable par sa pr&#233;vision de la veulerie des intellectuels et des dirigeants politiques de gauche, tout en pressentant l'inconsistance de ceux de droite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La guerre civile qui vient est d&#233;j&#224; l&#224;,&lt;i&gt; Le Guay, &#233;d. du Cerf, 2016. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Situation de la France, &lt;i&gt;Pierre Manent, &#233;d. Descl&#233;e de Brouwer, 2015.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &lt;i&gt;n&#176;17, &lt;/i&gt;&#8220;Violences et banlieues fran&#231;aises&#8221;, &lt;i&gt;mai-novembre 2006 (voir pp&lt;/i&gt;. 41-64).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Tous les &#8220;antifas&#8221; qui pr&#233;sentent le totalitarisme sovi&#233;tique comme nous ayant sauv&#233;s du &#8220;fascisme&#8221; oublient soigneusement cette Pologne agress&#233;e en 1939 par l'alliance des antifascistes de Moscou avec Hitler (le Pacte Molotov-Ribbentrop), qui d&#233;clencha la Deuxi&#232;me guerre mondiale. Ils escamotent m&#234;me ce que subit la Pologne lors du retour de l'Arm&#233;e sovi&#233;tique en 1944 (il n'y eut pas que les femmes allemandes de viol&#233;es). Voir Anthony Beevor, &#8220;&lt;i&gt;La Chute de Berlin&lt;/i&gt;&#8221;, &#233;d. De Fallois, 2002. Les stalino-gauchistes, ces h&#233;ritiers des cr&#233;ateurs du totalitarisme premier, tiss&#233; d&#232;s 1917-1918, soup&#231;onnent de &#8220;crypto-nazisme&#8221; ontologique tous ceux qui ne se soumettent pas &#224; leurs lubies, bien que ces id&#233;ologues aient &#233;t&#233; les premiers &#224; s'allier en bonne et due forme avec Hitler, convaincus qu'un partage de l'Europe entre les deux totalitarismes &#233;tait devenu possible. L'attitude de la gauche fondamentale est cal&#233;e sur le comportement d'un Thorez, d&#233;serteur en 1939, et appelant depuis Radio-Moscou au d&#233;faitisme face &#224; l'arm&#233;e allemande. Pour faire oublier cette compromission sans exemple, le PCF n'a eu de cesse &#224; partir de juin 1941 de jouer la politique du pire, quitte &#224; sacrifier des milliers de ses militants et &#224; d&#233;multiplier leur nombre dans la propagande. La l&#233;gende des &#8220;75 000 fusill&#233;s&#8221; ne m&#233;rite m&#234;me plus d'&#234;tre r&#233;fut&#233;e aujourd'hui. En 2015 encore, Poutine justifiait le Pacte de 1939, et les Polonais devraient &#234;tre... confiants &lt;i&gt;devant les politiques de ce qu'il faut appeler&lt;/i&gt; l'Urssie, &lt;i&gt;cette Russie qui se refuse &#224; rompre avec l'h&#233;ritage sovi&#233;tique pourtant en ruine !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le terme de &#8220;terreur&#8221; est d'autant plus justifi&#233; qu'il s'agit d'inspirer une crainte envahissante tout en &lt;i&gt;interdisant la moindre expression de cette crainte&lt;/i&gt;. La terreur n'acquiert son plein effet que lorsque ses porteurs sont en mesure d'interdire de &lt;i&gt;seulement la nommer&lt;/i&gt;. Comment ne pas citer &lt;i&gt;Le Testament du Docteur Mabuse&lt;/i&gt; de Fritz Lang, qui fait s'exprimer le criminel, &#224; 59 mn de la version reconstitu&#233;e en 1951 : &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Il convient de terroriser l'&#226;me humaine jusqu'en son tr&#233;fonds, par des crimes &#233;nigmatiques et apparemment gratuits. Des crimes qui ne profitent &#224; personne, et dont l'unique but est de propager la terreur. Car l'ultime vocation du crime est d'instaurer le r&#232;gne absolu du crime. Un &#233;tat d'ins&#233;curit&#233; totale et d'anarchie, b&#226;ti sur les id&#233;aux bris&#233;s d'un monde vou&#233; &#224; sa perte. Quand les hommes seront sous l'emprise de la terreur, glac&#233;s d'effroi, quand le chaos sera la loi universelle, alors viendra l'heure du r&#232;gne du crime !&#8221;. &lt;i&gt;R&#232;gne du crime ou &#8220;r&#232;gne d'Allah&#8221;, les islamistes font en sorte de les rapprocher sans cesse.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir C. Lefort, &#8220;La M&#233;thode des Intellectuels progressistes&#8221;, reproduit dans &#201;l&#233;ments d'une Critique de la Bureaucratie, &lt;i&gt;Gen&#232;ve, Droz, 1971&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;cf ce que remarquait tardivement l'ancien cur&#233; des Minguettes, le p&#232;re Delorme (in &lt;/i&gt;Les Territoires perdus de la R&#233;publique&lt;i&gt;, p. 101).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir &lt;/i&gt;Fascination du Djhad, fureurs islamistes et d&#233;faite de la paix,&lt;i&gt; de Gabriel Martinez-Gros, PUF, 2016, pour la port&#233;e d'une d&#233;linquance se faisant support d'une &lt;/i&gt;a&#231;abiyya&lt;i&gt;, c'est-&#224;-dire d'un esprit de corps pr&#233;dateur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Mathieu Bock-C&#244;t&#233;, &lt;i&gt;&#8220;Le multiculturalisme comme religion politique&#8221;,&lt;/i&gt; &#233;d. Le Cerf, 2016&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le terme &#8220;niquer&#8221;, d'une racine s&#233;mitique d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans l'&#233;gyptien ancien, inspire une tendresse pleine d'empathie &#224; ces chamanes, jusque chez une stalino-gauchiste plus ou moins recycl&#233;e en d&#233;put&#233;e de cette &lt;/i&gt;France Soumise &lt;i&gt;tr&#232;s&lt;/i&gt; 'in', &lt;i&gt;Obono, qui se pr&#233;tend &#8220;f&#233;ministe&#8221; &#224; ses heures. Le terme &#8220;niquer&#8221; (la France) a pour connotation : &lt;/i&gt;&#8220;violer en mutilant&#8221; (la France). &lt;i&gt;Cette fascination pour les brutes rappeuses bien viriles g&#238;t au fond de tous les convertis &#224; une forme de totalitarisme, bolchevisme, fascisme, nazisme, mao&#239;sme ou islamisme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une telle haine autonomis&#233;e contre ce pays a &#233;t&#233; soigneusement cultiv&#233;e d&#232;s les ann&#233;es 1970 par certains produits sous-culturels du gauchisme politique. &lt;/i&gt;&#8220;Hexagone&#8221; &lt;i&gt;du path&#233;tique Renaud ass&#233;nait en 1975 :&lt;/i&gt; &#8220;le roi des cons sur son tr&#244;ne, il est fran&#231;ais, j'en suis s&#251;r&#8221; &lt;i&gt;et s'achevait sur :&lt;/i&gt; &#8220;Si le roi des cons perdait son tr&#244;ne, y'aurait cinquante millions de pr&#233;tendants&#8221;. &lt;i&gt;Quel immigrant voudrait adh&#233;rer &#224; une soci&#233;t&#233; qui se laisse ainsi insulter ? Il se sent encourag&#233; &#224; surench&#233;rir, m&#233;caniquement ne serait-ce que pour se donner une illusion d'existence.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La nouveaut&#233; retorse du proc&#233;d&#233; utilis&#233; consiste aujourd'hui &#224; pousser &#224; l'extr&#234;me les revendications de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;, caract&#233;ristiques de l'Occident, &lt;/i&gt; pour provoquer une inversion d&#233;vastatrice de leurs effets.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Tidiane N'diaye, &lt;/i&gt;Le G&#233;nocide voil&#233;, &lt;i&gt;Gallimard, 2008.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il est curieux d'entendre les tirades r&#233;currentes sur les &#8220;deux guerres du golfe&#8221; (celles de 1991 et 2003), formule d&#233;ficiente destin&#233;e &#224; attribuer aux &#201;tats-Unis la responsabilit&#233; de la situation du Proche-Orient, alors que la premi&#232;re &#8220;guerre du golfe&#8221;, la plus d&#233;vastatrice et dont la r&#233;gion ne s'est jamais remise, opposa l'Irak &#224; l'Iran de 1980 &#224; 1988. Ces deux pays se sont inflig&#233;s une guerre de 1914 qui a dur&#233; 8 ans. Cette technique du mensonge par omission est le proc&#233;d&#233; pr&#233;f&#233;r&#233; de la pieuvre m&#233;diatique, parce que la r&#233;futation en est toujours plus longue que sa formulation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Hitler et Himmler ont formul&#233; leur profond regret que Charles Martel eut endigu&#233; l'invasion musulmane. Il est remarquable que les inscriptions touristiques d&#233;crivant la bataille de Poitiers pour d&#233;plorer son issue (!) reposent sur des extraits d'un ouvrage de Sigrid Hunke, &lt;/i&gt;&#8220;Le soleil d'Allah brille sur l'Occident&#8221;.&lt;i&gt; Cette Sigrid Hunke &#233;tait membre de l'entourage intime de Himmler. Apr&#232;s la guerre, elle partit en &#201;gypte se convertir &#224; l'islam et y &#233;crivit son livre. Les matrices nationale-socialiste et stalino-gauchiste ont tant d'affinit&#233;s qu'elles fusionnent d'instinct assez facilement, chaque fois que la convergence peut se faire &#224; la d&#233;rob&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir la fin de l'&#194;ge du Bronze vers -1200, o&#249; une &lt;/i&gt;&#8220;temp&#234;te parfaite&#8221;&lt;i&gt; provoque un effondrement pour plusieurs si&#232;cles des structures de pouvoir dans tout le Proche-Orient, cf Eric H. Cline, &lt;/i&gt;&#8220;1177 av. J.-C., le jour o&#249; la civilisation s'est effondr&#233;e&#8221;&lt;i&gt;, 2014, trad. Paris, La D&#233;couverte, 2015 ; ou encore les guerres entre empires byzantin et perse au IIIe si&#232;cle : le christianisme &#233;merge du chaos induit par la difficult&#233; extr&#234;me de l'empire romain &#224; tenir simultan&#233;ment la grande fronti&#232;re Rhin-Danube et celle de la M&#233;sopotamie ; le monoth&#233;isme l&#233;galis&#233; en 313 devient en &#224; peine 80 ans la religion de l'&#201;tat imp&#233;rial ; et une nouvelle fois &#224; la fin du VIe si&#232;cle : un mill&#233;narisme se cristallise parmi les Seigneurs de guerre arabes qui appuient l'attaque perse contre l'empire byzantin puis s'autonomisent dans ce conflit inter-imp&#233;rial g&#233;n&#233;ral, en bouleversant la carte des &#201;tats et des civilisations de l'atlantique &#224; l'Asie centrale. Ces Seigneurs de guerre ont fini par se bricoler une religion imp&#233;riale, avec l'aide de nombreux scribes de Syrie, c'est de l&#224; que surgit l'islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire des Croisades, beaucoup moins destructrice que ces temp&#234;tes historiques, est &#233;galement une illustration de l'ampleur des ondes de choc historiques que l'activation de la faille g&#233;opolitique dans cette r&#233;gion nodale est susceptible de provoquer.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Col&#232;re victimaire et fureur destructrice</title>
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		<dc:date>2023-10-25T12:12:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Taguieff P.-A.</dc:subject>
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&lt;p&gt;Texte extrait du chapitre 3 &#171; &#192; travers le &#171; nouvel antiracisme &#187; mondialis&#233; : le racisme anti-Blancs banalis&#233; &#187; du livre de Pierre-Andr&#233; Taguieff, &#171; L'imposture d&#233;coloniale. Science imaginaire et pseudo-antiracisme &#187;, &#233;d. de L'Observatoire 2020, pp. 314-326. Col&#232;re victimaire et fureur destructrice Derri&#232;re leurs slogans victimaires et les rationalisations produites par des intellectuels &#171; compagnons de route &#187;, les mobilisations &#171; antiracistes &#187; trans&#173;nationales sont mues par de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-227-taguieff-p-a-+" rel="tag"&gt;Taguieff P.-A.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-162-extremes-droites-+" rel="tag"&gt;Extr&#234;mes-droites&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-217-islamogauchisme-+" rel="tag"&gt;Islamogauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du chapitre 3 &#171; &#192; travers le &#171; nouvel antiracisme &#187; mondialis&#233; : le racisme anti-Blancs banalis&#233; &#187; du livre de Pierre-Andr&#233; Taguieff, &#171; L'imposture d&#233;coloniale. Science imaginaire et pseudo-antiracisme &#187;, &#233;d. de L'Observatoire 2020, pp. 314-326.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Col&#232;re victimaire et fureur destructrice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re leurs slogans victimaires et les rationalisations produites par des intellectuels &#171; compagnons
de route &#187;, les mobilisations &#171; antiracistes &#187; trans&#173;nationales sont mues par de puissants affects, o&#249; se
m&#234;lent la col&#232;re, l'indignation, le ressentiment et la
volont&#233; de vengeance. Il n'est point de r&#233;volte en effet
sans col&#232;re, r&#233;action affective forte &#224; un fait d&#233;clencheur per&#231;u comme une blessure psychique et qui
s'accompagne d'agressivit&#233;. Aristote associait finement
col&#232;re et d&#233;sir de vengeance en proposant de d&#233;finir
la col&#232;re comme &#171; le d&#233;sir douloureux de se venger
publiquement d'un m&#233;pris manifest&#233; publiquement &#224;
notre endroit ou &#224; l'&#233;gard des n&#244;tres, ce m&#233;pris n'&#233;tant
pas justifi&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote, Rh&#233;torique, II, 2, 1378 a 30. Voir Pierre Aubenque, &#171; Sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans&lt;i&gt; Col&#232;re et temps&lt;/i&gt;, son brillant
&#171; essai politico-psychologique &#187;, le philosophe Peter
Sloterdijk souligne le fait que les humains sont anim&#233;s
par des affects &#171; thymotiques &#187; (fiert&#233;, col&#232;re, ressentiment, d&#233;sir de vengeance) autant que par des affects &#171; &#233;rotiques &#187; (jouissance, possession)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peter Sloterdijk, Col&#232;re et temps. Essai politico-psychologique [2006], tr. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il pr&#233;cise que,
dans ces deux familles d'affects, coexistent le positif et
le n&#233;gatif. Il y a ainsi plusieurs usages de la col&#232;re : elle
peut &#234;tre injuste et dangereuse, mais aussi justifi&#233;e et
f&#233;conde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Erman, Au bout de la col&#232;re. R&#233;flexion sur une &#233;motion contemporaine, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La col&#232;re, appr&#233;hend&#233;e comme une &#171; force
fondamentale dans l'&#233;cosyst&#232;me des affects &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peter Sloterdijk, Col&#232;re et temps, op. cit., p. 315.&#034; id=&#034;nh14-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, surgit
chez ceux qui se sentent exclus ou rel&#233;gu&#233;s, victimes
d'injustices, discrimin&#233;s ou ignor&#233;s. &#192; suivre Sloterdijk, notre &#233;poque se caract&#233;rise par le fait que la
col&#232;re a renonc&#233; &#224; l'intelligence. Cette d&#233;simplication
de la col&#232;re et de l'intelligence favorise l'apparition
sur Internet de capteurs professionnels de la col&#232;re et
du ressentiment. Il s'ensuit que plus personne n'est en
mesure de g&#233;rer la col&#232;re en l'utilisant en tant que carburant pour la r&#233;alisation de grands projets politiques
ou religieux &#224; vis&#233;e universelle. La col&#232;re n'est plus
domestiqu&#233;e : elle met les autres affects &#224; son service,
en &#233;teignant la r&#233;flexion critique sur son sens et ses
cons&#233;quences. Elle n'est plus contr&#244;l&#233;e et exploit&#233;e
massivement que sur les r&#233;seaux sociaux, o&#249; la seule
r&#232;gle est de chercher &#224; &#234;tre &#171; lik&#233; &#187;, sans se soucier
de la v&#233;rit&#233;. Les expressions et les th&#233;&#226;tralisations
publiques de la col&#232;re peuvent &#233;galement &#234;tre mises
au service de la construction d'images permettant &#224;
une personne ou &#224; un collectif d'acc&#233;der &#224; la c&#233;l&#233;brit&#233;.
En t&#233;moigne, au d&#233;but des ann&#233;es 1970, la fabrication
d'un personnage charismatique comme Angela Davis,
dont Assa Traor&#233; constitue, un demi-si&#232;cle plus tard,
une p&#226;le imitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les explosions de col&#232;re ne s'inscrivent
plus dans une perspective d'avenir universellement partageable, elles sont &#224; la fois sans espoir et incontr&#244;lables. Nous observons le surgissement de col&#232;res qui,
pour n'&#234;tre pas apolitiques, sont d&#233;nu&#233;es d'un horizon
d'attente politiquement traduisible. Elles se pr&#233;sentent
souvent comme des contestations pures, et par l&#224; m&#234;me
absurdes, d'o&#249; des &#233;meutes et des actes de vandalisme
qui semblent &#234;tre &#224; eux-m&#234;mes leurs propres fins. Que
ces derniers soient accompagn&#233;s ou non de pillages,
ils expriment une rage sans mode d'emploi politique,
mobilisant surtout les jeunes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la rage chez les adolescents, expression d'un besoin de reconnaissance, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces explosions de fureur
sans d&#233;bouch&#233;s d&#233;finissables marquent l'entr&#233;e dans
l'&#226;ge des col&#232;res impolitiques. Le r&#232;gne de l'impatience
est aussi celui de l'imm&#233;diat et de l'imm&#233;diation, qui
favorise les &#233;ruptions de violence. Dans cette perspective, le vandalisme, illustr&#233; en France par les voitures
incendi&#233;es et les d&#233;gradations de monuments, peut &#234;tre
d&#233;fini comme une col&#232;re qui a &#171; d&#233;finitivement renonc&#233;
&#224; l'intellect &#187;, une col&#232;re qui ne veut ou ne peut rien
apprendre de l'exp&#233;rience et se r&#233;duit &#224; une s&#233;rie monotone de &#171; violences gratuites &#187;, comme on dit &#8211; illustrant le &#171; vandalisme amorphe &#233;pid&#233;mique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peter Sloterdijk, Col&#232;re et temps, op. cit., p. 294.&#034; id=&#034;nh14-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; analys&#233;
par Sloterdijk. Il faut peut-&#234;tre nuancer l'analyse : ces
col&#232;res surgissent sans modes d'emploi religieux (sauf
dans l'islamisme) ou politique (sauf dans les populismes) &#8211; mais l'islamisme est aspir&#233; par l'apocalyptisme
jihadiste et le populisme s'&#233;puise dans le d&#233;gagisme. Et
la sainte fureur ch&#232;re &#224; Jean-Paul Marat s'est transform&#233;e en une fureur morale, voire hypermorale, en une sorte d'indignation rageuse. La &#171; politique de l'impatience &#187; &#233;voqu&#233;e par Sloterdijk est plus exactement une
impolitique dict&#233;e par l'impatience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, avec le pseudo-antiracisme d&#233;colonial
pass&#233; &#224; l'acte, ph&#233;nom&#232;ne observable &#224; la fin des ann&#233;es
2010, est apparu un vandalisme &#224; base id&#233;ologique,
qui se nourrit de slogans vindicatifs visant la &#171; domination blanche &#187; et ses suppos&#233;s vestiges ind&#233;finiment
persistants. Telle est l'origine du vandalisme culturel
justifi&#233; par l'id&#233;ologie postcoloniale-d&#233;coloniale et le
pseudo-antiracisme. Il faut rappeler ici que l'id&#233;ologie n'est pas la pens&#233;e, elle est ce qui la remplace, en
ce qu'elle est &#171; ce qui pense &#224; votre place &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Fran&#231;ois Revel, La Grande Parade. Essai sur la survie de l'utopie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est
aussi ce qui fait dire aux individus ce qu'il faut dire
pour &#234;tre conformes &#224; l'esprit du temps. D'o&#249; le psittacisme d&#233;colonial, ce rab&#226;chage de formules toutes
faites, de mots magiques et de r&#233;f&#233;rences r&#233;v&#233;rencieuses.
Ils sont nombreux ceux qui se satisfont de ce &#171; simplisme confortable &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh14-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par lequel ils s'installent dans
ce qu'ils pensent &#234;tre le sens de l'Histoire, alors m&#234;me
qu'ils sont incapables de le d&#233;finir.
Les col&#232;res identitaires, en d&#233;pit de leurs invocations
incantatoires de l'&#171; intersectionnalit&#233; &#187; (nouveau nom
de l'imaginaire convergence des luttes), ne peuvent
s'int&#233;grer dans un projet politique universellement
partageable. Dans ses analyses critiques du &#171; tournant
identitaire &#187;, Laurent Bouvet a clairement montr&#233; les
limites des mouvements du type Black Lives Matter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, cette revendication identitaire ne s'inscrit
pas dans le cadre d'une &#233;galit&#233; des droits pour tous mais dans une logique de droits sp&#233;cifiques li&#233;s &#224; tel ou tel
crit&#232;re d'identit&#233; &#8211; c'est ce qui sous-tend la demande de
statistiques ethniques. D'un autre c&#244;t&#233;, l'&#233;mancipation de
ces minorit&#233;s suppose qu'elles s'allient pour l'emporter.
Ce qui est impossible, m&#234;me bien organis&#233;es et relay&#233;es
m&#233;diatiquement, comme l'est le Comit&#233; Adama, par
exemple. Ces militants identitaires tentent de donner &#224;
de multiples luttes pour la reconnaissance un semblant
d'unit&#233; en inventant tout un tas de subterfuges conceptuels, comme l'intersectionnalit&#233;. Mais cela ne fonctionne
jamais ; il y a toujours un moment o&#249; l'un des crit&#232;res
d'identit&#233; minoritaire l'emporte sur les autres. Sans compter les r&#233;actions politiques oppos&#233;es, elles-m&#234;mes identitaires&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Laurent Bouvet, &#171; Aux origines du tournant identitaire &#187;, art. cit. (3 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Sloterdijk, &#233;crivant en 2006, la &#171; situation
psycho&#173;politique actuelle du monde &#187; se caract&#233;risait par
l'entr&#233;e &#171; dans une &#232;re d&#233;pourvue de points de collecte
de la col&#232;re et porteurs d'une perspective mondiale &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peter Sloterdijk, Col&#232;re et temps, op. cit., p. 252.&#034; id=&#034;nh14-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
Or, aujourd'hui, l'antiracisme id&#233;ologique semble jouer
ce double r&#244;le. On peut supposer qu'&#224; travers des manifestations pseudo-antiracistes mondialis&#233;es, lanc&#233;es au
nom de la justice raciale, se forme une Internationale
de la col&#232;re et de la vengeance sur la base de la haine
anti-Blancs. L'autodestruction de la culture occidentale peut &#234;tre comprise comme un projet r&#233;volutionnaire r&#233;siduel. Quant &#224; la r&#233;invention antiraciste du terrorisme intellectuel et culturel, elle peut &#234;tre analys&#233;e
comme une pratique barbare des &#171; r&#233;parations &#187;. Mais
cette Internationale informelle de la col&#232;re va de pair
avec un rejet de l'universalisme, r&#233;duit &#224; un instrument
symbolique de la &#171; domination blanche &#187;, du colonialisme et de l'imp&#233;rialisme occidentaux. C'est pourquoi,
comme Sloterdijk le sugg&#232;re, l'optimisme historique
n'est pas de mise : &#171; Si l'une des le&#231;ons du XXe si&#232;cle
a &#233;t&#233; l'id&#233;e que l'universalisme depuis le haut est vou&#233;
&#224; l'&#233;chec, le stigmate du XXIe si&#232;cle pourrait &#234;tre de ne
pas r&#233;ussir &#224; former &#224; temps, depuis le bas, le sens des
situations communes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 259.&#034; id=&#034;nh14-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Repenser l'universalit&#233; comme
fondement ou horizon est en effet un d&#233;fi : &#171; l'universalisme &#187; ne doit plus &#234;tre invoqu&#233; paresseusement
comme une notion toute faite et une potion magique.
Par ailleurs, seraient-ils habill&#233;s de revendications victimaires clinquantes, des affects comme la col&#232;re et le
ressentiment ne peuvent fonder quoi que ce soit. Mais
ils peuvent alimenter la fureur destructrice, qui trouve
toujours des justifications fallacieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face &#224; l'ethnicisation des probl&#232;mes sociaux
et &#224; la menace s&#233;paratiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le printemps 2020, le pr&#233;sident Macron
semble avoir pris conscience du danger repr&#233;sent&#233;
par la progression et la banalisation de l'id&#233;ologie
d&#233;coloniale en France, qui, sous couvert d'un pseudo-antiracisme rageusement vindicatif, s'est install&#233;e dans
un certain nombre d'universit&#233;s et dans le monde de
la culture avant de descendre dans la rue, &#224; l'occasion des rebondissements artificiels de l'affaire Traor&#233;, pour
aggraver la fragmentation conflictuelle de la soci&#233;t&#233;
civile et criminaliser les institutions r&#233;publicaines,
garantes de l'unit&#233; nationale. Ce qui est hautement
pr&#233;occupant, c'est que cette criminalisation s'&#233;tend &#224;
toute l'histoire de la France, &#224; ses grandes figures politiques et &#224; ses grands auteurs, &#224; ses monuments comme
&#224; ses &#339;uvres artistiques ou litt&#233;raires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obsession de la couleur de peau s'est banalis&#233;e dans
les milieux d'extr&#234;me gauche par l'effet de l'endoctrinement d&#233;colonial. Dans ces milieux, le d&#233;codage racial de
la vie politique rel&#232;ve de la r&#233;action r&#233;flexe. La d&#233;put&#233;e
LFI Danielle Obono, proche des Indig&#232;nes de la R&#233;publique, a r&#233;agi &#224; la nomination de Jean Castex au poste
de Premier ministre, le 3 juillet 2020, par un tweet en
&#233;criture inclusive commen&#231;ant ainsi : &#171; Profil : homme
blanc de droite bien techno &amp; gros cumulard. &#187; Voir le
monde humain en noir et blanc : tel est le sch&#232;me perceptif fondamental de l'identitarisme d&#233;colonial. Mais
cette distinction sommaire, Noirs/Blancs, est loin d'&#234;tre
neutre, elle implique un jugement de valeur, qui se traduit par un mode de stigmatisation selon la couleur de
peau : d&#233;crire un homme comme &#171; blanc &#187;, lorsqu'on
suppose qu'il existe un &#171; racisme d'&#201;tat &#187; qui traduit
l'&#171; h&#233;g&#233;monie blanche &#187;, revient &#224; le marquer d'un stigmate. Et, selon cette logique, un &#171; homme blanc &#187; est
doublement &#171; dominant &#187;, en tant que m&#226;le et en tant
que blanc. Cette vision racialiste des rapports sociaux
n'a nullement emp&#234;ch&#233; Danielle Obono, en compagnie d'&#201;ric Coquerel, de Maboula Soumahoro et de
quelques autres figures d'extr&#234;me gauche, d'appeler le
21 ao&#251;t 2020 au lancement d'un &#171; nouvel antiracisme
populaire &#187;, marquant la volont&#233; de LFI de r&#233;cup&#233;rer
politiquement les mobilisations pro-Traor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer un antiracisme qui serait le contraire
m&#234;me d'un programme s&#233;paratiste, il n'est aucun discours plus &#233;mouvant et convaincant que celui qu'a
prononc&#233; Martin Luther King le 28 ao&#251;t 1963 &#224; Washington (&#171; I have a dream &#187;) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je r&#234;ve qu'un jour sur
les collines rousses de Georgie les fils d'anciens esclaves
et ceux d'anciens propri&#233;taires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble &#224; la table de la fraternit&#233;. [&#8230;] Je r&#234;ve
que mes quatre petits enfants vivront un jour dans une
nation o&#249; ils ne seront pas jug&#233;s sur la couleur de leur
peau, mais sur la valeur de leur caract&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les activistes du &#171; nouvel antiracisme &#187;, quant &#224; eux,
veulent &#234;tre jug&#233;s d'abord sur la couleur de leur peau,
et veulent &#233;galement juger les autres avant tout sur
la couleur de leur peau. Ces afro-descendants d&#233;clar&#233;s, mus par un insatiable ressentiment, ne veulent pas
s'asseoir &#224; la m&#234;me table que les &#171; Blancs &#187; dont les
anc&#234;tres auraient &#233;t&#233; des propri&#233;taires d'esclaves. Ces
Noirs identitaires ne se reconnaissent que des &#171; fr&#232;res &#187;
et des &#171; s&#339;urs &#187; de leur couleur de peau, socle racial de
leur identit&#233; communautaire. Disons les choses simplement : lorsqu'ils n'appellent pas &#224; retourner en Afrique,
les nationalistes noirs r&#234;vent d'une forme d'apartheid
dont ils seraient les b&#233;n&#233;ficiaires. Leur politique, comme
celle des salafistes, est s&#233;paratiste : elle vise &#224; cr&#233;er des
enclaves identitaires sur le territoire fran&#231;ais.
Pour les plus extr&#233;mistes, il s'agit de rejeter la posture de la victime exploit&#233;e par les milieux antiracistes
occidentaux et de r&#233;aliser pleinement le programme du
nationalisme noir, impliquant un strict s&#233;gr&#233;gationnisme
et une opposition absolue au m&#233;tissage. Dans son livre
publi&#233; en 2013, &lt;i&gt;Supra-n&#233;gritude&lt;/i&gt;, sorte de br&#233;viaire du
national-racisme noir, l'activiste panafricain &#171; r&#233;volutionnaire &#187; K&#233;mi S&#233;ba se prononce pour la s&#233;paration totale, son communautarisme racial se traduisant par
le rejet de l'Occident et le retour des afro-descendants
en Afrique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La supra-n&#233;gritude [&#8230;] rejette la trop simple auto&#173;nomie, qui n'est qu'une libert&#233; provisoire, et partielle, la
d&#233;pendance, la d&#233;partementalisation de nos territoires.
Son salut se trouve dans la s&#233;paration pure et simple de
l'Occident. [&#8230;] La supra-n&#233;gritude a pour postulat que
nous ne sommes ni pour le marxisme (comme C&#233;saire), ni
pour le socialisme (comme Damas), ni pour l'occidentalol&#226;trie (comme Senghor), mais pour un s&#233;paratisme total et
r&#233;el par rapport &#224; l'Occident, d'un point de vue politique
&#233;conomique, culturel, spirituel et psychologique. [&#8230;] La
supra-n&#233;gritude, c'est donc cela, chercher en nous-m&#234;mes
la clef de notre survie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K&#233;mi S&#233;ba, Supra-n&#233;gritude. Audod&#233;termination, antivictimisation, virilit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il a d&#233;clar&#233;, selon des propos rapport&#233;s par
&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du 11 juin 2020, que &#171; le monde universitaire a &#233;t&#233; coupable &#187;, parce qu'&#171; il a encourag&#233; l'ethnicisation de la question sociale en pensant que c'&#233;tait un
bon filon &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Macron, cit&#233; par Fran&#231;oise Fressoz et C&#233;dric Pietralunga, &#171; Apr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en ajoutant : &#171; Le d&#233;bouch&#233; ne peut &#234;tre
que s&#233;cessionniste. Cela revient &#224; casser la R&#233;publique
en deux &#187;, le pr&#233;sident Macron s'est content&#233; de faire un
constat auquel on ne peut gu&#232;re reprocher que son caract&#232;re globalisant. Ce n'est &#233;videmment pas l'ensemble des universitaires qui a favoris&#233; le recours &#224; des approches
ethno-racialistes dans l'analyse des ph&#233;nom&#232;nes sociaux
ou justifi&#233; des comportements s&#233;cessionnistes, sur la base
du sexe, du genre, de la race ou de la religion. L'endoctrinement racialiste n'a &#233;t&#233; le fait que d'enseignants
confondant leur t&#226;che avec leur engagement politique
dans telle ou telle mouvance indig&#233;niste, postcoloniale ou
d&#233;coloniale, qui, &#171; intersectionnalit&#233; &#187; oblige, implique
un engagement dans le n&#233;of&#233;minisme &#171; radical &#187;, forme
politique contemporaine de la misandrie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;David Benatar, The Second Sexism : Discrimination Against Men and Boys, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mettant allusivement en cause la responsabilit&#233;
de certains universitaires d'extr&#234;me gauche, en particulier nombre de sp&#233;cialistes en sciences sociales &#8211; secteur ayant largement professionnalis&#233; l'enseignement des
&#171; id&#233;es radicales &#187; en tout genre (notamment en &#171; th&#233;orie
du genre &#187;) &#8211;, le pr&#233;sident n'a fait que reprendre &#224; son
compte des analyses critiques formul&#233;es ces derni&#232;res
ann&#233;es sur les d&#233;rives postcoloniales, d&#233;coloniales et indig&#233;nistes de certains secteurs du syst&#232;me universitaire,
d&#233;rives jusque-l&#224; n&#233;glig&#233;es par le pouvoir politique. Il
faut d&#233;sormais se pr&#233;occuper d'un ph&#233;nom&#232;ne en expansion qui &#233;tait impensable il y a une vingtaine d'ann&#233;es :
la multiplication des territoires universitaires perdus de
la R&#233;publique, dans lesquels la libert&#233; acad&#233;mique est
foul&#233;e aux pieds, sous la pression de minorit&#233;s actives.
Cette impr&#233;gnation sectaire des milieux acad&#233;miques
conduit ces derniers &#224; juger justifi&#233;es les entreprises de
destruction du patrimoine culturel &#171; blanc &#187;, ainsi que les
chasses aux fant&#244;mes du pass&#233; ou aux sorci&#232;res mortes depuis longtemps. Ne n&#233;gligeant pas ces d&#233;rives, le chef
de l'&#201;tat a &#233;galement pr&#233;cis&#233;, dans ses propos rapport&#233;s
par &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, qu'il n'&#233;tait pas question de d&#233;boulonner
les statues au nom de la lutte contre le racisme, comme
certains le r&#233;clament pour celle de Colbert &#224; l'Assembl&#233;e
nationale : &#171; Effacer les traces ne traite pas le trauma-
tisme. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Macron, cit&#233; par Fran&#231;oise Fressoz et C&#233;dric Pietra- lunga, &#171; Apr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est l'&#233;vidence m&#234;me, que ne sauraient reconna&#238;tre les furieux iconoclastes contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En intervenant sur ce terrain, le pr&#233;sident Macron
a rompu le silence et op&#233;r&#233; un tournant id&#233;ologico-politique notable. Ceux qui se sont sentis vis&#233;s ont r&#233;pliqu&#233; en haussant le ton, en accusant le pr&#233;sident Macron
d'engager le combat &#171; non pas contre le racisme, mais
contre l'antiracisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;tienne Balibar, Hourya Bentouhami, &#201;ric Fassin, Nacira Gu&#233;nif, Sandra (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais l'indignation, surtout
lorsqu'elle est feinte, n'est pas un argument. Un collectif d'universitaires et de chercheurs a r&#233;pliqu&#233; avec
rigueur et vigueur aux pseudo-antiracistes d&#233;coloniaux
ou marxisants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;rard Bensussan, Yves Charles Zarka, Paul Zawadzki et al., &#171; Non, Emmanuel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le dernier lieu commun sollicit&#233; par les
d&#233;coloniaux et les n&#233;of&#233;ministes consiste &#224; d&#233;noncer les
&#171; angles morts &#187; du r&#233;publicanisme ou de l'universalisme
r&#233;publicain, concernant au premier chef les &#171; in&#233;galit&#233;s identitaires &#187;. Ce nouveau poncif a &#233;t&#233; utilis&#233; pour tenter
de disqualifier les critiques du &#171; communautarisme &#187; et
du &#171; s&#233;paratisme &#187; &#233;mises par divers repr&#233;sentants politiques, notamment par le pr&#233;sident Macron lors de son
allocution du 14 juin 2020&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple l'article fulminant et confus de l'historienne et f&#233;ministe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le vrai probl&#232;me tient dans
l'actuelle instrumentalisation cynique de l'antiracisme,
couvrant des projets et des objectifs n'ayant rien &#224; voir
avec la d&#233;fense de l'&#233;galit&#233; des droits et de l'&#233;galit&#233; des
chances. La n&#233;cessaire lutte contre les discriminations
dans l'emploi ou dans le logement m&#233;rite d'autres porte-
parole que des rescap&#233;s du communisme, des complices
du d&#233;colonialisme, des ennemis de la la&#239;cit&#233; ou des compagnons de route de l'islamisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La responsabilit&#233; de ces intellectuels install&#233;s, b&#233;n&#233;ficiant de postes dans l'Universit&#233; ou la recherche, est
grande : au nom d'un &#171; antiracisme &#187; devenu un simple
alibi utilis&#233; par des minorit&#233;s actives, ils ont encourag&#233;
la racialisation des probl&#232;mes sociaux, justifi&#233; la fragmentation conflictuelle de la soci&#233;t&#233; civile en liant lutte
des classes et lutte des identit&#233;s raciales &#8211; les &#171; non-Blancs &#187; incarnant &#224; leurs yeux le nouveau prol&#233;tariat
porteur de l'&#233;mancipation du genre humain &#8211;, et favoris&#233; les tendances s&#233;cessionnistes qu'on rencontre dans
certains secteurs de la soci&#233;t&#233;, notamment ceux qui sont
travaill&#233;s par la propagande islamiste. En cautionnant
l'imposture des activistes identitaires pro-Traor&#233; invoquant sans vergogne les grands mots, comme &#171; justice
et v&#233;rit&#233; &#187;, ils se sont lanc&#233;s dans la promotion de la
marginalit&#233; d&#233;linquante &#224; visage racial, honteusement h&#233;ro&#239;s&#233;e, en m&#234;me temps qu'ils criminalisaient les forces
de police, accus&#233;es de se comporter comme des agents
du &#171; racisme syst&#233;mique &#187;. Bref, ils se sont comport&#233;s, au sein de la nation r&#233;publicaine qu'est la France,
comme des ennemis id&#233;ologiques de l'int&#233;rieur, engag&#233;s
dans la destruction du pacte r&#233;publicain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, comme le montrent les r&#233;sultats du
sondage Ifop-Fiducial r&#233;alis&#233; les 17 et 18 juin 2020
pour CNews et Sud Radio&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;https://www.ifop.com/publication/po...&#034; id=&#034;nh14-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les positions prises par le
pr&#233;sident sont en phase avec l'opinion majoritaire en
France. Il faut souligner le fait qu'un nouveau clivage
&#233;merge dans l'opinion fran&#231;aise : 47 % des Fran&#231;ais
estiment que le racisme anti-Blancs est une r&#233;alit&#233; (d&#233;j&#224;
en 2014 : &#171; ph&#233;nom&#232;ne assez r&#233;pandu en France &#187;),
alors que 30 % d'entre eux affirment qu'il existe un
&#171; racisme d'&#201;tat &#187; et 32 % qu'il existe un &#171; privil&#232;ge
blanc &#187;. Par ailleurs, 71 % des Fran&#231;ais consid&#232;rent que
les personnalit&#233;s accus&#233;es d'esclavagisme ou de racisme
appartiennent &#224; notre histoire et qu'il ne faut ni retirer
leurs statues ni d&#233;baptiser les rues portant leur nom,
contre seulement 8 % qui pensent que cela serait justifi&#233;. Par ailleurs, 21 % des personnes interrog&#233;es sont
d'avis de d&#233;battre de cette question au cas par cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Fran&#231;ais sont donc loin de se rallier &#224; la pens&#233;e-slogan incendiaire des d&#233;coloniaux et des indig&#233;nistes,
qui ne supportent pas de voir la r&#233;alit&#233; qui d&#233;range leurs
grosses certitudes sur le &#171; privil&#232;ge blanc &#187;, &#224; savoir que
l'&#233;cole et l'Universit&#233; favorisent la promotion sociale,
notamment celle des filles issues de l'immigration qui
recueillent ainsi le double b&#233;n&#233;fice de l'&#233;mancipation
des contraintes communautaires et de l'insertion sociale et professionnelle. C'est l&#224; rappeler que la m&#233;ritocratie
r&#233;publicaine exclut tout racisme ainsi que tout s&#233;paratisme &#224; base religieuse ou ethno-raciale. Mais il faut
relever un paradoxe : le syst&#232;me r&#233;publicain fabrique
aussi des citoyennes qui, telles les scolaris&#233;es Assa Traor&#233;
ou Rokhaya Diallo, se retournent contre la R&#233;publique,
qu'elles accusent de &#171; racisme syst&#233;mique &#187;. Aveuglement
id&#233;ologique ou mauvaise foi ? Certainement, un m&#233;lange
des deux. Peut-&#234;tre est-ce l&#224; l'une des figures d'un paradoxe d&#233;mocratique plus g&#233;n&#233;ral, ainsi formulable : plus
l'int&#233;gration sociale progresse, plus le sentiment d'&#234;tre
discrimin&#233; s'exacerbe. Et le principe vaut pour les minorit&#233;s ethno-raciales comme pour les femmes. Voil&#224; qui
permet de comprendre la fureur antiraciste et antisexiste
qui a pris la figure d'une inquisition mouvementiste, &#224;
travers #MeToo et Black Lives Matter, se traduisant
par la banalisation d'une &#171; justice &#187; de rue et de r&#233;seaux
sociaux, encourageant la d&#233;lation et les accusations mensong&#232;res. Entre &#171; Balance ton porc &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandra Muller, l'initiatrice du hashtag #balancetonporc devenu viral sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#171; D&#233;nonce ton
Blanc &#187;, l'inspiration commune est &#233;tablie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb14-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristote, &lt;i&gt;Rh&#233;torique&lt;/i&gt;, II, 2, 1378 a 30. Voir Pierre Aubenque, &#171; Sur
la d&#233;finition aristot&#233;licienne de la col&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Revue philosophique&lt;/i&gt;, no 147,
1957, p. 300&#8209;317.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Peter Sloterdijk, &lt;i&gt;Col&#232;re et temps. Essai politico-psychologique&lt;/i&gt; [2006],
tr. fr. Olivier Mannoni, Paris, Libella-Maren Sell &#201;ditions, 2007, p. 21&#8209;41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Michel Erman, Au bout de la col&#232;re. R&#233;flexion sur une &#233;motion
contemporaine, Paris, Plon, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Peter Sloterdijk, &lt;i&gt;Col&#232;re et temps, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 315.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur la rage chez les adolescents, expression d'un besoin de reconnaissance, voir Daniel Marcelli, &lt;i&gt;Avoir la rage. Du besoin de cr&#233;er &#224;
l'envie de d&#233;truire&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Peter Sloterdijk, &lt;i&gt;Col&#232;re et temps, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 294.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean-Fran&#231;ois Revel, &lt;i&gt;La Grande Parade. Essai sur la survie de
l'utopie socialiste&lt;/i&gt;, Paris, Plon, 2000, p. 334.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Laurent Bouvet, &#171; Aux origines du tournant identitaire &#187;, art. cit.
(3 juillet 2020). Pour un d&#233;cryptage de la demande de statistiques eth-
niques, voir Gilles Clavreul, &#171; Statistiques ethniques est un euph&#233;misme,
il s'agirait en r&#233;alit&#233; de statistiques raciales &#187;, 25 juin 2020, &lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/vox/societe/statistiques-ethniques-est-un-euphemisme-il-s-agirait-en-realite-de-statistiques-raciales-20200625&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lefigaro.fr/vox/societe...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Peter Sloterdijk, &lt;i&gt;Col&#232;re et temps, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 252.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid., p. 259.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;K&#233;mi S&#233;ba, &lt;i&gt;Supra-n&#233;gritude. Audod&#233;termination, antivictimisation,
virilit&#233; du peuple&lt;/i&gt;, pr&#233;face de Gr&#233;goire Biyogo, s.l., &#201;ditions Fiat Lux,
2013, p. 189&#8209;190, 225.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Emmanuel Macron, cit&#233; par Fran&#231;oise Fressoz et C&#233;dric Pietralunga, &#171; Apr&#232;s le d&#233;confinement, l'&#201;lys&#233;e craint un vent de r&#233;volte : &#8220;Il
ne faut pas perdre la jeunesse&#8221; &#187;, 10 juin 2020, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/06/10/il-ne-faut-pas-perdre-la-jeunesse-l-elysee-craint-un-vent-derevolte_6042430_823448.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/politique/ar...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;David Benatar, &lt;i&gt;The Second Sexism : Discrimination Against Men
and Boys&lt;/i&gt;, Malden/Oxford, Wiley-Blackwell, 2012 ; Pierre-Andr&#233; Taguieff,
&lt;i&gt;Des putes et des hommes. Vers un ordre moral androphobe,&lt;/i&gt; op. cit. ;
id., &#171; Fureurs et mis&#232;res des n&#233;of&#233;ministes &#187;, Revue des Deux Mondes,
juin 2016, p. 69&#8209;78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Emmanuel Macron, cit&#233; par Fran&#231;oise Fressoz et C&#233;dric Pietra-
lunga, &#171; Apr&#232;s le d&#233;confinement, l'&#201;lys&#233;e craint un vent de r&#233;volte : &#8220;Il
ne faut pas perdre la jeunesse&#8221; &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#201;tienne Balibar, Hourya Bentouhami, &#201;ric Fassin, Nacira Gu&#233;nif,
Sandra Laugier, Nadia Marzouki, Sarah Mazouz, Achille Mbembe, Olivier Roy et al., &#171; Emmanuel Macron engage le combat non pas contre le
racisme, mais contre l'antiracisme &#187;, 22 juin 2020, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/06/22/etienne-balibar-sandra-laugier-achille-mbembe-emmanuel-macron-engage-le-combat-non-pas-contre-le-racisme-mais-contre-l-antiracisme_6043686_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/idees/articl...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G&#233;rard Bensussan, Yves Charles Zarka, Paul Zawadzki et al., &#171; Non,
Emmanuel Macron n'est pas l'incarnation du racisme syst&#233;mique &#187;, 7 juillet 2020, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/07/07/non-emmanuel-macron-n-est-pas-l-incarnation-du-racisme-systemique_6045434_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/idees/articl...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple l'article fulminant et confus de l'historienne et
f&#233;ministe radicale Clyde Marlo-Plumauzille, &#171; Quelque chose de pourri
au royaume de l'universalisme r&#233;publicain &#187;, 24 juin 2020, &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/debats/2020/06/24/quelque-chose-de-pourri-au-royaume-de-l-universalisme-republicain_1792300&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.liberation.fr/debats/20...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ifop.com/publication/police-violences-et-racisme-ce-quen-disent-les-francais/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.ifop.com/publication/po...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sandra Muller, l'initiatrice du hashtag #balancetonporc devenu
viral sur Twitter depuis la mi-octobre 2017, a &#233;t&#233; condamn&#233;e le 25 septembre 2019 &#224; 15 000 euros de dommages et int&#233;r&#234;ts pour avoir diffam&#233; l'homme qu'elle acussait de harc&#232;lement sexuel ; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/09/25/l-initiatrice-de-balancetonporc-condamnee-pour-avoir-diffame-l-homme-qu-elle-accusait-de-harcelement_6013008_3224.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/societe/arti...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Guerre, religion et politique</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1111-Guerre-religion-et-politique</link>
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		<dc:date>2022-07-05T09:59:25Z</dc:date>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
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		<dc:subject>Islam</dc:subject>
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&lt;p&gt;Entretien avec Pierre Ysmal (1er mai 1991), paru dans Humanisme. Revue des francs-ma&#231;ons du Grand Orient de France, n&#176; 199/200, septembre 1991, sous le titre : &#171; P&#233;rip&#233;ties et illumination... &#187;. Version dactylographi&#233;e revue par l'auteur. Repris dans le volume &#171; Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive. Entretiens et d&#233;bats 1974-1997 &#187;, Seuil 2005, pp. 223-229. La guerre du Golfe est-elle une p&#233;rip&#233;tie ou une date importante dans les relations Nord-Sud ? La guerre du Golfe n'est assur&#233;ment pas une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Pierre Ysmal (1er mai 1991), paru dans &lt;i&gt;Humanisme. Revue des francs-ma&#231;ons du Grand Orient de France&lt;/i&gt;, n&#176; 199/200, septembre 1991, sous le titre : &#171; P&#233;rip&#233;ties et illumination... &#187;. Version dactylographi&#233;e revue par l'auteur. Repris dans le volume &#171; Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive. Entretiens et d&#233;bats 1974-1997 &#187;, Seuil 2005, pp. 223-229.&lt;/p&gt;
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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre du Golfe est-elle une p&#233;rip&#233;tie ou une date importante dans les relations Nord-Sud ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre du Golfe n'est assur&#233;ment pas une p&#233;rip&#233;tie. Elle fait appara&#238;tre avec &#233;clat certains facteurs fondamentaux de la situation mondiale contemporaine. D'une part, l'&#233;volution &#8211; ou non-&#233;volution &#8211; du tiers monde. Saddam Hussein et son r&#233;gime sont des cas extr&#234;mes, mais aussi typiques. Il existe des tyranneaux et des r&#233;gimes militaires par dizaines en Afrique, dans le Sud-Est asiatique, en Am&#233;rique latine. D'autre part, pour la premi&#232;re fois depuisnle Vietnam, les Occidentaux &#8211; c'est-&#224;-dire les &#201;tats-Unis &#8211; imposent par la force leur conception de l'&#171; ordre mondial &#187; (&#171; nouveau &#187;). Il ne s'agit pas de droit, ou d'humanisme, mais de la constellation des forces &#224; travers la plan&#232;te. Ainsi, personne ne se soucie des innombrables autres violations des droits de l'homme ou des r&#233;solutions de l'ONU, et les &#201;thiopiens peuvent continuer &#224; se massacrer et &#224; mourir de faim sans craindre un d&#233;barquement russe ou am&#233;ricain destin&#233; &#224; remettre de l'ordre. L'op&#233;ration du Golfe n'avait pas tant pour objet le p&#233;trole que de montrer qui est le ma&#238;tre. Cela, dans une r&#233;gion qui est &#224; de multiples titres tr&#232;s importante. Il n'emp&#234;che que, au-del&#224; du court terme, la politique am&#233;ricaine reste aveugle. S'il y a eu un effet psychologique important de l'&#233;crasement de l'Irak, les probl&#232;mes de la r&#233;gion ont &#233;t&#233; exacerb&#233;s (Kurdes, Liban, Palestiniens), et la politique du gouvernement d'Isra&#235;l est devenue encore plus intol&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le colonialisme fut le p&#233;ch&#233; majeur de l'Occident. Toutefois, dans le rapport de la vitalit&#233; et de la pluralit&#233; des cultures, je ne vois pas qu'avec sa disparition on ait fait un grand bond en avant &#187;, affirme Claude L&#233;vi-Strauss dans &lt;i&gt;De pr&#232;s et de loin&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude L&#233;vi-Strauss et Didier Eribon, De pr&#232;s et de loin, Paris, Odile (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Votre appr&#233;ciation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assertion est historiquement fausse. Les Grecs, les Romains, les Arabes ont tous entrepris et r&#233;ussi des op&#233;rations immenses de colonisation. Plus que cela, ils ont assimil&#233; ou converti &#8211; de gr&#233; ou de force &#8211; les peuples conquis. Les Arabes se pr&#233;sentent maintenant comme les &#233;ternelles victimes de l'Occident. C'est une mythologie grotesque. Les Arabes ont &#233;t&#233;, depuis Mahomet, une nation conqu&#233;rante, qui s'est &#233;tendue en Asie, en Afrique et en Europe (Espagne, Sicile, Cr&#232;te) en arabisant les populations conquises. Combien d'&#171; Arabes &#187; y avait-il en &#201;gypte au d&#233;but du VIIe si&#232;cle ? L'extension actuelle des Arabes (et de l'islam) est le produit de la conqu&#234;te et de la conversion, plus ou moins forc&#233;e, &#224; l'islam des populations soumises. Puis ils ont &#233;t&#233; &#224; leur tour domin&#233;s par les Turcs pendant plus de quatre si&#232;cles. La semi-colonisation occidentale n'a dur&#233;, dans le pire des cas (Alg&#233;rie), que cent trente ans, dans les autres beaucoup moins. Et ceux qui ont introduit les premiers la traite des Noirs en Afrique, trois si&#232;cles avant les Europ&#233;ens, ont &#233;t&#233; les Arabes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela ne diminue pas le poids des crimes coloniaux des Occidentaux. Mais il ne faut pas escamoter une diff&#233;rence essentielle. Tr&#232;s t&#244;t, depuis Montaigne, a commenc&#233; en Occident une critique interne du colonialisme, qui a abouti d&#233;j&#224; au XIXe si&#232;cle &#224; l'abolition de l'esclavage (lequel en fait continue d'exister dans certains pays musulmans), et, au XXe si&#232;cle, au refus des populations europ&#233;ennes et am&#233;ricaines (Vietnam) de se battre pour Conserver les colonies. Je n'ai jamais vu un Arabe ou un musulman quelconque faire son &#171; autocritique &#187;, la critique de sa culture &#224; ce point de vue. Au contraire : regardez le Soudan actuel, ou la Mauritanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est l'utilit&#233; de l'ONU ? Lieu de d&#233;cisions ou local pour bavardages ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ONU est un lieu o&#249; les super-puissances s'efforcent, quand cela les arrange, de r&#233;gler leurs diff&#233;rends sans violence. Aussi longtemps que le conflit Am&#233;rique-Russie &#233;tait au premier plan, l'ONU &#233;tait un forum de bavardages ou de d&#233;magogie. Maintenant, avec le recul de la puissance russe, elle s'achemine vers un r&#244;le analogue &#224; celui de la Sainte-Alliance de 1815 &#224; 1848, ou du Concert des puissances apr&#232;s le Congr&#232;s de Berlin de 1878.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le complexe militaro-industriel que vous avez souvent d&#233;nonc&#233; a-t-il encore de beaux jours devant lui ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement. En Russie, apr&#232;s une relative &#233;clipse apr&#232;s 1985, il redresse la t&#234;te et recommence &#224; peser sur les &#233;v&#233;nements. Aux &#201;tats-Unis on n'a pas vu, malgr&#233; l'&#233;norme changement de la situation internationale ces derni&#232;res ann&#233;es, de r&#233;duction significative des d&#233;penses militaires. En France non plus &#8211; et l'on pr&#233;pare un nouvel avion de combat ; contre qui ? Les Alg&#233;riens n'ont pas &#224; manger, mais ils demandent aux Chinois de les aider &#224; construire une usine de traitement de plutonium pour fabriquer leur bombe nucl&#233;aire. Contre qui ? Qui les menace ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'imaginaire islamique et, plus g&#233;n&#233;ralement, l'imaginaire religieux, peuvent-ils accepter l'id&#233;e de progr&#232;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il s'agit de progr&#232;s dans la fabrication des armes, ou d'objets de consommation, certes. Ce qu'ils ne peuvent pas accepter, c'est l'&#233;mancipation humaine, l'autonomie individuelle et sociale. Le mouvement d'&#233;mancipation, le projet d'autonomie &#8211; n&#233; en Gr&#232;ce, repris beaucoup plus amplement en Europe occidentale &#8211; lib&#232;rent la cr&#233;ativit&#233; des individus et de la collectivit&#233;, et rendent ainsi possible leur autoalt&#233;ration r&#233;fl&#233;chie. Or, &#224; cet &#233;gard, les religions ont toujours constitu&#233; un formidable facteur de conservation et de r&#233;action. Cela se comprend, au niveau philosophique, puisqu'elles invoquent toujours une source de la loi et de l'institution ext&#233;rieure &#224; la soci&#233;t&#233;, donc &#233;chappant et devant &#233;chapper &#224; l'action humaine (la religion grecque est, &#224; ma connaissance,une exception unique de ce point de vue). Et cela s'illustre facilement au plan historique. On voit clairement aujourd'hui &#224; quel point la fermeture des soci&#233;t&#233;s islamiques est li&#233;e &#224; leur religion, qui veut toujours r&#233;genter la soci&#233;t&#233; politique et civile au nom d'une loi r&#233;v&#233;l&#233;e. Mais il n'en a pas &#233;t&#233; autrement avec le christianisme. L&#224; o&#249; la th&#233;ocratie chr&#233;tienne n'a pas &#233;t&#233; mise en question, les soci&#233;t&#233;s en payent encore les cons&#233;quences : Byzance, et toute sa descendance (Russie, Balkans, y compris la Gr&#232;ce moderne). En Europe occidentale, l'&#233;volution n'a &#233;t&#233; si diff&#233;rente que parce que l'empereur, les rois, et la plupart des villes ont r&#233;sist&#233; avec acharnement aux pr&#233;tentions de la papaut&#233; &#224; exercer un pouvoir temporel. Mais le vrai christianisme occidental est celui du vrai Moyen &#194;ge &#8212; et la soci&#233;t&#233; du Moyen &#194;ge occidental (Ve - XIe si&#232;cle) est une soci&#233;t&#233; ferm&#233;e. L'histoire y &#233;tait vue comme un processus de d&#233;ch&#233;ance, le nouveau et l'innovation &#8211; &lt;i&gt;novum, novatio&lt;/i&gt; &#8211; &#233;taient des termes de d&#233;nigrement. Lorsqu'un auteur voulait avancer une id&#233;e nouvelle, il s'empressait de l'attribuer, faussement, &#224; un auteur du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, d&#232;s que la pression se rel&#226;che, les vieux d&#233;mons eccl&#233;siastiques rel&#232;vent la t&#234;te. L'archev&#234;que de Paris &#233;met divers bruits sur la la&#239;cit&#233; et d&#233;nonce le film de Martin Scorsese sur le Christ. En Pologne, on r&#233;introduit l'enseignement religieux dans les &#233;coles et l'&#201;glise exige l'interdiction de l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au total, que pensez-vous des religions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaste question ! Les religions ont &#233;t&#233; une pi&#232;ce centrale dans l'institution de toutes les soci&#233;t&#233;s h&#233;t&#233;ronomes &#8211; &#224; savoir, &#224; peu de chose pr&#232;s, de &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les soci&#233;t&#233;s. Elles ont fourni aux institutions une source ext&#233;rieure &#224; la soci&#233;t&#233;, imaginaire, sacr&#233;e, les rendant incontestables ; elles ont &#233;t&#233; &#224; la fois fondement de la validit&#233; des institutions et origine du sens de la vie humaine, du monde, de l'&#234;tre. Mais les religions n'auraient pas pu se maintenir si longtemps et, surtout, susciter et habiter les grandioses cr&#233;ations culturelles qu'elles ont nourries si elles n'avaient pas en m&#234;me temps jou&#233; un autre r&#244;le : pr&#233;senter aux humains, sous diff&#233;rents guises et d&#233;guisements, l'Ab&#238;me, le Chaos, le Sans-Fond qu'est l'&#234;tre. Cet Ab&#238;me, &#224; la fois elles le montrent et elles le recouvrent par leurs simulacres. Le sacr&#233; est le simulacre institu&#233; de l'Ab&#238;me. En ce sens, la religion est toujours une formation de compromis &#8211; et, certes, finalement aussi une idol&#226;trie. Mais sans ce deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment de la religion, il n'y aurait eu ni les cath&#233;drales romanes ou gothiques, ni Giotto, ni le Greco, ni Bach, ni le &lt;i&gt;Requiem&lt;/i&gt; de Mozart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du moment o&#249; &#233;mergent la philosophie et la politique, la dimension illusoire de la religion appara&#238;t clairement. Il devient &#233;vident que la soci&#233;t&#233; et son institution n'ont pas de fondement transcendant, mais que la soci&#233;t&#233; est elle-m&#234;me la source de sa loi. L'auto-institution de la soci&#233;t&#233; (qui a certes toujours eu lieu) devient explicite : nous faisons nos lois. D&#232;s lors aussi appara&#238;t le probl&#232;me central de la d&#233;mocratie, celui de son autolimitation. Il n'y a pas de loi divine, il n'y a pas de norme extra-sociale. Nous devons donc nous imposer &#224; nous-m&#234;mes des limites, qui nulle part ne sont trac&#233;es d'avance. Autonomie veut dire rigoureusement autolimitation. Dans l'Occident contemporain il y a certes un recul immense de la religion ; mais il y a aussi Crise du projet d'autonomie. Le capitalisme a r&#233;ussi &#224; instituer comme unique sens de la vie la consommation (illusoire &#224; beaucoup d'&#233;gards), &#224; d&#233;politiser et &#224; privatiser presque enti&#232;rement les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'une soci&#233;t&#233; autonome ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; dont les institutions, une fois int&#233;rioris&#233;es par les individus, facilitent le plus possible leur accession &#224; leur autonomie individuelle et leur participation effective &#224; tout pouvoir explicite existant dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le communisme existe-t-il toujours ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie communiste (le marxisme-l&#233;ninisme) est pulv&#233;ris&#233;e. Mais les appareils communistes subsistent, parfois au pouvoir (Chine, Cor&#233;e du Nord, Cuba), parfois dans les partis communistes dont on constate l'&#233;trange survie. &#201;trangement aussi, une vague influence id&#233;ologique persiste &#8211; en Am&#233;rique latine, par exemple. En Europe m&#234;me, il y a encore quinze ans, Habermas se proposait comme objectif la reconstruction du mat&#233;rialisme historique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. J&#252;rgen Habermas, Zur Rekonstruktion des historischen Materialismus, F. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le printemps des peuples de l'Europe de l'Est n'a-t-il &#233;t&#233; qu'une illumination ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; une r&#233;volte victorieuse contre la tyrannie totalitaire. Des mouvements spontan&#233;s ont &#233;t&#233; capables, par des manifestations pacifiques, de faire tomber des r&#233;gimes arm&#233;s jusqu'aux dents. Ils ont &#233;t&#233; magnifiques d'audace, d'intelligence strat&#233;gique et tactique. Mais ils ne sont pas all&#233;s plus loin que le renversement de la tyrannie totalitaire. Aucune nouvelle organisation, aucune forme institutionnelle, aucun nouveau pas vers l'autonomie n'est apparu. D&#232;s que la tyrannie a &#233;t&#233; renvers&#233;e, le mouvement s'est volatilis&#233;, laissant la place &#224; une adoption aveugle des institutions du capitalisme lib&#233;ral. Le r&#234;ve d'une soci&#233;t&#233; de consommation&#8230; sans consommation. Comme un signe local de la d&#233;politisation mondiale caract&#233;ristique de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'immigration ne va-t-elle pas devenir le probl&#232;me explosif de la France et de l'Europe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut le devenir. Le probl&#232;me n'est &#233;videmment pas &#233;conomique : l'immigration ne saurait cr&#233;er des probl&#232;mes dans des pays &#224; d&#233;mographie d&#233;clinante, comme les Pays europ&#233;ens, tout au contraire, Le probl&#232;me est profond&#233;ment politique et culturel. Je ne crois pas aux bavardages actuels sur la coexistence de n'importe quelles cultures dans la diversit&#233;. Cela a pu &#234;tre &#8211; assez peu, du reste &#8211; possible dans le pass&#233; dans un contexte politique tout &#224; fait diff&#233;rent, essentiellement celui de la limitation des droits de ceux qui n'appartenaient pas &#224; la culture dominante : Juifs et chr&#233;tiens en terre d'Islam. Mais nous proclamons l'&#233;galit&#233; des droits pour tous (autre chose, ce qu'il en est dans la r&#233;alit&#233;). Cela implique que le corps politique partage un sol commun de convictions fondamentales : que fid&#232;les et infid&#232;les sont sur le m&#234;me pied, qu'aucune R&#233;v&#233;lation et aucun Livre sacr&#233; ne d&#233;terminent la norme pour la soci&#233;t&#233;, que l'int&#233;grit&#233; du corps humain est inviolable, etc. Comment cela pourrait-il &#234;tre &#171; concili&#233; &#187; avec une foi th&#233;ocratique, avec les dispositions p&#233;nales de la loi coranique, etc. ? Il faut sortir de l'hypocrisie g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui caract&#233;rise les discours contemporains. Les musulmans ne peuvent vivre en France que dans la mesure o&#249;, dans les faits, ils acceptent de ne pas &#234;tre des musulmans sur une s&#233;rie de points (droit familial, droit p&#233;nal). Sur ce plan, une assimilation minimale est indispensable et in&#233;vitable &#8211; et, du reste, elle a lieu dans les faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La la&#239;cit&#233; est-elle une valeur perdue ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La la&#239;cit&#233; n'est nullement une valeur perdue, elle est plus importante que jamais. Elle appartient aux fondements philosophiques de la d&#233;mocratie (origine humaine et non divine de la loi) et est un des garants de l'autonomie individuelle : le corps politique s'interdit d'intervenir dans les croyances priv&#233;es. Nous l'avons d&#233;j&#224; dit : elle est mise en danger par le renouveau des pr&#233;tentions politiques de l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le racisme n'est-il pas la peste contemporaine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le racisme existe depuis fort longtemps, sinon depuis toujours. Mais il faut comprendre ce qui renouvelle actuellement sa virulence. Il y a une crise g&#233;n&#233;rale de civilisation, une crise des significations, que le vide de la soci&#233;t&#233; de consommation ne peut &#233;videmment pas surmonter. Les gens cherchent, confus&#233;ment, du sens. Certains retournent vers la religion, d'autres vont vers le racisme. Le non-sens du racisme poss&#232;de une apparence de sens : lorsqu'on ne peut pas se d&#233;finir positivement, on se d&#233;finit par la haine de l'autre. Cela vaut dans le public comme dans le priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voltaire remarque dans son Essai... : &#171; La seule mani&#232;re d'emp&#234;cher les hommes d'&#234;tre absurdes et m&#233;chants, c'est de les &#233;clairer. &#187; En 1991, les hommes sont-ils mieux &#233;clair&#233;s qu'au XVIIIe si&#232;cle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils peuvent &#234;tre plus inform&#233;s ; pas forc&#233;ment plus &#233;clair&#233;s, car &#234;tre &#233;clair&#233; n'est pas un &#233;tat passif. Il faut vouloir &#234;tre &#233;clair&#233;. Les Lumi&#232;res ne peuvent pas &#234;tre dispens&#233;es &#224; partir de quelques phares &#224; une humanit&#233; passive. La r&#233;ception des Lumi&#232;res est tout aussi cr&#233;atrice que leur cr&#233;ation. Il faut que le r&#233;cepteur se secoue suffisamment lui-m&#234;me pour pouvoir &#234;tre &#233;clair&#233;. Aujourd'hui, devant la Suraccumulation d'informations de tous ordres, le public reste la plupart du temps passif &#8211; et l'on ne peut pas l'innocenter purement et simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui incarne la culture Contemporaine ? Cornelius Castoriadis, Michel Serres, Bernard-Henri L&#233;vy ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue sociologique, la culture Contemporaine est dignement incarn&#233;e par B.-H. L&#233;vy, Jean-Edern Hallier, Sulitzer, S&#233;gu&#233;la et Madonna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Tout a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dit. Tout est toujours &#224; redire. Ce fait massif &#224; lui seul pourrait conduire &#224; d&#233;sesp&#233;rer. &#187;. Votre constatation vous a-t-elle transform&#233; en d&#233;sesp&#233;r&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement pas, comme le montre le fait qu'elle introduit &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?750-voie-sans-issue-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;un texte appelant &#224; r&#233;agir contre la course folle de la techno-science autonomis&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Voie sans issue ? &#187; (1987), repris dans Le Monde morcel&#233;. Les Carrefours (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb15-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Claude L&#233;vi-Strauss et Didier Eribon, &lt;i&gt;De pr&#232;s et de loin&lt;/i&gt;, Paris, Odile Jacob,1988 ; r&#233;&#233;d. &#171; Poches Odile Jacob &#187;, 2001&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. J&#252;rgen Habermas, &lt;i&gt;Zur Rekonstruktion des historischen Materialismus&lt;/i&gt;, F. Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 1976, trad. fr. par Jean-Ren&#233; Ladmiral et Marc B. de Launay, Apr&#232;s Marx, Paris, Fayard, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?750-voie-sans-issue-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Voie sans issue ? &#187; (1987), repris dans &lt;i&gt;Le Monde morcel&#233;. Les Carrefours du labyrinthe III&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1990, p. 71-100.&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;lections 2022 : le r&#232;gne oligarchique</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1109-Elections-2022-le-regne-oligarchique</link>
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		<dc:date>2022-06-23T10:06:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;lectoralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Tract</dc:subject>
		<dc:subject>Progressisme</dc:subject>
		<dc:subject>Multiculturalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Empire</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Parti m&#233;diatique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;27 : Pulsions d'empire Pouss&#233;es imp&#233;riales dans les soci&#233;t&#233;s occidentales Sommaire : Introduction &#171; Le voyage vers l'empire a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#187; Les gilets jaunes face &#224; l'empire &#171; Tous les totalitarismes pr&#233;tendent se fonder sur les Lois de la nature &#187; &#201;lections 2022 : le r&#232;gne oligarchique &#8212; Ci-dessous... Wokisme et obscurantisme : articulations et compl&#233;mentarit&#233;s &#171; La paix sociale sexuelle est achet&#233;e au prix du silence&#8230; &#187; Quatri&#232;me de couverture (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-115-electoralisme-+" rel="tag"&gt;&#201;lectoralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-111-tract-+" rel="tag"&gt;Tract&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-221-empire-+" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-Parti-mediatique-+" rel="tag"&gt;Parti m&#233;diatique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/unnamed.jpg?1656434280' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;27 :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pulsions d'empire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouss&#233;es imp&#233;riales dans les soci&#233;t&#233;s occidentales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_gris2&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1653 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:146.66666666667%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/couv27.png&amp;taille=200&amp;1669309685' alt='' data-src='IMG/png/couv27.png' data-l='405' data-h='594' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couv27.png&amp;#38;taille=200&amp;#38;1669309685 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couv27.png&amp;#38;taille=400&amp;#38;1669309685 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire :&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1110-Parution-de-la-brochure-no27' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?925-Le-voyage-vers-l-empire-a-deja' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le voyage vers l'empire a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?999-Les-gilets-jaunes-face-a-l-empire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les gilets jaunes face &#224; l'empire&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1082-Tous-les-totalitarismes-pretendent-se-fonder' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Tous les totalitarismes pr&#233;tendent se fonder sur les Lois de la nature &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#201;lections 2022 : le r&#232;gne oligarchique&lt;/strong&gt; &#8212; Ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1112-Wokisme-et-obscurantisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Wokisme et obscurantisme : articulations et compl&#233;mentarit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1040-La-paix-sociale-sexuelle-est-achetee' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La paix sociale sexuelle est achet&#233;e au prix du silence&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1110-Parution-de-la-brochure-no27' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Concernant les &#233;lections pr&#233;c&#233;dentes, on lira &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?202-2007-l-oligarchie-s-affirme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;2007, l'oligarchie s'affirme&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, ainsi que &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?Elections-francaises-2012-L' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;lections fran&#231;aises 2012 : L'oligarchie &#224; visage humain&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?324-elections-2017-le-coup-d-etat' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;lections 2017 : le coup d'&#201;tat oligarchique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;figure class='spip_document_1620 spip_documents spip_documents_right' style=&#034;max-width:133px;&#034; data-w=&#034;133&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf/elections2022leregneoligarchique.pdf' arial-label=&#034;&#201;lections 2022 : le r&#232;gne oligarchique&#034; title=&#034;&#201;lections 2022 : le r&#232;gne oligarchique&#034; type=&#034;application/pdf&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:139.84962406015%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/tract-2.png&amp;taille=133&amp;1655972683' alt='&#201;lections 2022 : le r&#232;gne oligarchique' data-src='IMG/png/tract-2.png' data-l='133' data-h='186' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;133&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/tract-2.png&amp;#38;taille=133&amp;#38;1655972683&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/tract-2.png&amp;#38;taille=133&amp;#38;1655972683&#034;}}' class='image_responsive' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-1620 '&gt;&lt;strong&gt;&#201;lections 2022 : le r&#232;gne oligarchique
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;a class=&#034;telecharger&#034; href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf/elections2022leregneoligarchique.pdf'&gt;T&#233;l&#233;charger (96.8&#160;kio)&lt;/a&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les &#233;lections fran&#231;aises &lt;/i&gt;&lt;i&gt;suivent depuis des d&#233;cennies une trajectoire en spirale descendante : chaque scrutin &lt;/i&gt;&lt;i&gt;accentu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?324-elections-2017-le-coup-d-etat&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?324-elections-2017-le-coup-d-etat&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;es traits les plus r&#233;gressif&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?324-elections-2017-le-coup-d-etat&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?324-elections-2017-le-coup-d-etat&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?324-elections-2017-le-coup-d-etat&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;d&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?324-elections-2017-le-coup-d-etat&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;u pr&#233;c&#233;dent&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Les non-campagnes &#233;lectorales n'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;arrivent m&#234;me plus &#224; cacher&lt;/i&gt;&lt;i&gt; la nullit&#233; des pr&#233;tendants &lt;/i&gt;&lt;i&gt;tandis que&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;le &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?730-le-delabrement-de-l-occident&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;d&#233;labrement omnipr&#233;sent de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &lt;i&gt;est devenu un fait admis&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;C&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a&#173;ch&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; par une &lt;/i&gt;&lt;i&gt;apparente continuit&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; institutionnelle, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;la crise de r&#233;gime &lt;/i&gt;&lt;i&gt;larv&#233;e &lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&#233;&#173;v&#232;le un&lt;/i&gt;&lt;i&gt; chaos id&#233;olo&#173;gique et so&#173;cial &lt;/i&gt;&lt;i&gt;qui s'appro&#173;fondit &lt;/i&gt;&lt;i&gt;et &lt;/i&gt;&lt;i&gt;nous fait entrer dans un univers de moins en moins fa&#173;milier.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysage politique fran&#231;ais semble se d&#233;cou&#173;per en trois ensembles distincts ; le parti du pou&#173;voir, les partis-zombies et l'ensemble de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le parti du pouvoir &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; le parti &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;unique&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?706-le-bras-ideologique-et-seculier-de&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;m&#233;diatico-oli&#173;garchique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, qui a progressivement &#233;merg&#233; au fil des al&#173;ternances &#233;lectorales depuis au moins quarante ans.&lt;br class='manualbr' /&gt;La d&#233;comp&#173;osition sans fin des partis de &#171; gauche &#187; et de &#171; droite &#187; aura finalement formalis&#233; cette &lt;i&gt;n&#233;buleuse com&#173;posite&lt;/i&gt; autour de E. Macron. Ces cercles &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?659-la-politique-contaminee-par-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;techno-ges&#173;tionnaires&lt;/a&gt;, assujettis aux &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1026-L-acharnement-a-liquider-les&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;organismes transnationaux&lt;/a&gt; (Ue, Otan, Onu, Oms, Giec&#8230;), administrent au jour le jour les af&#173;faires cou&#173;rantes en accompagnant cahin-caha les ten&#173;dances lourdes de notre &#233;poque. Ce clan ne gouverne pas mais &lt;i&gt;r&#232;gne&lt;/i&gt;, sur&#173;plombe une &lt;i&gt;so&#173;ci&#233;t&#233; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;clat&#233;e&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?719-derriere-la-mondialisation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;archipellis&#233;e&lt;/a&gt; en n&#233;gociant au coup par coup entre corporations, lobbies, clans, commu&#173;naut&#233;s et r&#233;seaux sans ligne id&#233;ologique clai&#173;rement identi&#173;fiable. Les sempiternelles accusations de &#171; n&#233;olib&#233;ralisme &#187; pr&#233;&#173;f&#232;rent ignorer l'&lt;i&gt;&#233;norme &lt;/i&gt;&lt;i&gt;techno-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;bureaucratisa&#173;tion&lt;/i&gt; d'une soci&#233;t&#233; presque enti&#232;rement sous perfusion per&#173;manente de finan&#173;cements publics, donc aux ordres. Ce parti se r&#233;clame de l'ordre et de la paix, &#224; mesure qu'il tra&#173;vaille &#224; leur dispari&#173;tion, multipliant les &lt;i&gt;in&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#173;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;jonctions para&#173;doxales&lt;/i&gt; pour instiller une &lt;i&gt;terreur &lt;/i&gt;&lt;i&gt;souriante&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il s'appuie sur les classes les plus ais&#233;es et ceux qui as&#173;pirent &#224; s'y ins&#233;rer, coalition des divers secteurs b&#233;n&#233;ficiaires de la mondialisation et comptant bien le rester, &lt;i&gt;quoi qu'il ar&#173;rive &lt;/i&gt;&lt;i&gt;et quoi qu'il en co&#251;te&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les partis-zombies &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;sont c&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;es n&#233;buleuses &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;mo&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;u&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;vantes&lt;/strong&gt; et arrivistes pr&#233;tendant &#224; l'opposition et &#224; l'alternative.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils cultivent &#224; des&#173;sein le &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?886-effondrement-et-permanence-de-l-ideologie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;faux clivage id&#233;ologique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &lt;i&gt;&#171; gauche-droite &#187;&lt;/i&gt; per&#173;mettant de rabattre l'exasp&#233;ration populaire sur les formes st&#233;riles de l'&#233;lectoralisme. Les ra&#173;vages des totalitarismes ont converti la gauche &#224; la seule conqu&#234;te et &lt;i&gt;gestion de l'&#201;tat&lt;/i&gt; et forc&#233; la droite &#224; incorporer &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?741-c-castoriadis-extraits-de-illusion&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?741-c-castoriadis-extraits-de-illusion&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;fondements du gauchisme culturel&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Cette c&#233;l&#233;bra&#173;tion dans le politique&#173;ment correct entre la &#171; so&#173;cial-d&#233;mocratie &#187; et la &#171; droite lib&#233;rale / n&#233;o-gaulliste &#187; a accouch&#233; du &lt;i&gt;parti du pouvoir&lt;/i&gt;. Mais elle a aussi m&#233;cani&#173;quement en&#173;gendr&#233;, depuis une d&#233;&#173;cennie, la reformation de poses radic&#173;ales sur des bases &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?Elections-francaises-2012-L&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;populistes&lt;/a&gt; &#187;. C'est ici que la confu&#173;sion des mots et des id&#233;es est port&#233;e &#224; incandes&#173;cence : les notions hier &#171; de gauche &#187; comme le &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?428-travail-et-crise-du-conflit&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;travail&lt;/a&gt;, la nation, la la&#239;cit&#233; ou la li&#173;bert&#233; ont &#233;t&#233; &#233;chang&#233;es contre les principes de charit&#233; publique, d'&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?971-Les-lieux-communs-de-l-immigration&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;im&#173;portation de main-d'&#339;uvre&lt;/a&gt;, de &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?689-islamisme-islamophobie-islamo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;soumis&#173;sion religieuse&lt;/a&gt; et de &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1023-Face-aux-nouveaux-inquisiteurs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;censure n&#233;o-mora&#173;lisatrice&lt;/a&gt; ; tandis que &#171; la droite &#187;, histori&#173;quement partisane de l'&#233;li&#173;tisme h&#233;r&#233;ditaire, du s&#233;pa&#173;ratisme culturel ou de &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?978-Immigration-ecologie-et&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mise en concurrence mondiale des tra&#173;vailleurs&lt;/a&gt;, vante aujour&#173;d'hui la m&#233;ritocratie scolaire, l'assi&#173;milation des &#233;trangers et la pr&#233;&#173;f&#233;rence nationale. Ce &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?Ce-que-nous-appelons-extreme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;qui pro quo&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; est verrouill&#233; par la &lt;i&gt;bien-pensance&lt;/i&gt;, et pourri d'anath&#232;mes, de &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?905-sur-les-fondements-ideologiques-et&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;magogie&lt;/a&gt;, de &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?980-Cartographie-de-la-galaxie-des&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;client&#233;lisme&lt;/a&gt; et d'arri&#173;visme o&#249; m&#234;me &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1005-De-la-rhetorique-de-la-reaction-a&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les &#233;l&#233;ments de v&#233;ri&#173;t&#233; sont d&#233;fendus par des men&#173;songes&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Toute recomp&#173;osition populaire des rep&#232;res po&#173;litiques, culturels ou an&#173;thropologiques ne pourra se faire que par la pulv&#233;ri&#173;sation de ce brouillard id&#233;ologique &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?917-la-democratie-directe-et-ses-lieux&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; partir des r&#233;alit&#233;s v&#233;&#173;cues et hors des chantages &#224; l'orthodoxie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La population&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;fran&#231;aise s'est elle-m&#234;me&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; r&#233;sign&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt; au poison d&#233;licieux de la soci&#233;t&#233; de consommation apr&#232;s les massacres totalitaires du XXe si&#232;cle.&lt;br class='manualbr' /&gt;Install&#233;e dans l'ima&#173;ginaire de la croissance du niveau de vie et de la paix ci&#173;vile depuis les mythiques &lt;i&gt;Trente Glo&#173;rieuses&lt;/i&gt;, elle sait avoir tout &#224; perdre des transformations en cours. Les multiples ins&#233;curit&#233;s s'amplifient et se multi&#173;plient, sociales, culturelles et maintenant physiques, effri&#173;tant peu &#224; peu un quotidien v&#233;cu comme l'&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?111-la-fin-de-l-histoire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;aboutissement de l'histoire universelle&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Elle prend len&#173;tement conscience des &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?791-quelle-europe-quelles-menaces&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;basculements de mondes&lt;/a&gt; qui s'op&#232;rent et entra&#238;nent sa dis&#173;parition pure et simple en tant qu'unit&#233; culturelle, acteur politique et sujet de son destin. Du &#171; vote anti-syst&#232;me &#187; ou &#171; flottant &#187; &#224; l'abstention massive, du &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?964-Putsch-gauchiste-a-Commercy&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mouvement des gilets jaunes&lt;/a&gt; aux complotismes multi&#173;formes, ses mul&#173;tiples r&#233;actions expriment un &lt;i&gt;instinct de survie&lt;/i&gt; qui ne semble d&#233;&#173;boucher que sur le d&#233;sespoir et la d&#233;pression.&lt;br class='manualbr' /&gt;Progressivement, son univers se cl&#244;t dans le divertisse&#173;ment et &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?9-la-montee-de-l-insignifiance&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'insigni&#173;fiance&lt;/a&gt;, tissant un ensemble de col&#232;re ren&#173;tr&#233;e, de &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?348-catastrophes-catastrophismes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cynisme angoiss&#233;&lt;/a&gt;, de conformisme apeur&#233; et de d&#233;pendance tech&#173;nologique du berceau &#224; la tombe &#8211; renfor&#173;&#231;ant le monopole d'un pouvoir qui ne &lt;i&gt;compte plus&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;rendre de&lt;/i&gt;&lt;i&gt; comptes &#224; personne&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette situation est l'aboutissement d'un pour&#173;rissement&lt;/strong&gt; depuis deux ou trois g&#233;&#173;n&#233;rations. Elle d&#233;coule, en derni&#232;re analyse, du &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?107-la-question-de-l-histoire-du&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;retrait historique des peuples europ&#233;ensde la sc&#232;ne politique&lt;/a&gt; apr&#232;s avoir m&#233;ta&#173;morphos&#233; leurs soci&#233;t&#233;s m&#233;&#173;di&#233;vales. Les institutions occidentales, notamment r&#233;publicaines, ayant &#233;t&#233; forg&#233;es dans ces conflits multis&#233;cu&#173;laires, si&#173;non mill&#233;naires, ce que l'on appelle crise politique ou institutionnelle est en r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;un r&#233;gime dont les fonde&#173;ments se sont d&#233;ro&#173;b&#233;s&lt;/i&gt;, devenu hors-sol, sympt&#244;me d'un d&#233;labrement ci&#173;vilisationnel. La situation peut &#234;tre qualifi&#233;e de m&#233;ta-stable, ou en surfusion, capable de bascu&#173;ler brusquement. Derri&#232;re cette stabilit&#233; trompeuse, &lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a confusion&lt;/i&gt;&lt;i&gt; se g&#233;n&#233;ralise&lt;/i&gt; dans tous les domaines et la d&#233;sagr&#233;gation sociale se pr&#233;sente comme un &lt;i&gt;embo&#238;tement&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;cercles vicieux&lt;/i&gt; que rien ne pa&#173;ra&#238;t pouvoir enrayer. Il s'agirait alors de comprendre si le chaos qui s'&#233;tend accouchera d'un autre ordre, et lequel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;iff&#233;rentes grilles de lecture &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ont &#233;t&#233; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;avanc&#233;es&lt;/strong&gt; : pro&#173;gressistes contre conservateurs ; bloc &#233;litaire &lt;i&gt;ver&#173;sus&lt;/i&gt; bloc popu&#173;liste ou mondialistes oppos&#233;s aux pa&#173;triotes ; m&#233;tro&#173;poles et banlieues face &#224; la France rurale et p&#233;riph&#233;rique ; etc. En r&#233;a&#173;lit&#233;, et de tous points de vue, le d&#233;litement occidental est d'abord &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?729-la-terreur-de-l-histoire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;la fin de toute cr&#233;ativit&#233; histo&#173;rique et populaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; qui nous arrache au projet d&#233;mocratique pour laisser s'installer &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?L-horizon-imperial-1-4,965&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;un univers de type imp&#233;rial&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, caract&#233;ris&#233; par un &#233;tat autoritaire et sur&#173;plombant, ponc&#173;tionnant un troupeau humain irr&#233;m&#233;diable&#173;ment atomis&#233; en classes, communaut&#233;s, statuts, territoi&#173;res, relig&#173;ions, corpora&#173;tions, lobbies&#8230; Cette &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1076-Demain-l-empire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tendance histo&#173;rique&lt;/a&gt; oriente profond&#233;ment l'&#233;volution du paysage poli&#173;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;tat imp&#233;rial&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;est &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;videmment &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;pr&#233;figur&#233;&lt;/strong&gt; par le par&#173;ti m&#233;diatico-politique, qui s'affranchit progressive&#173;ment de tout dispositif d&#233;mocratique, contr&#244;lant la sph&#232;re &#233;conomique et creusant les &#233;carts de ri&#173;chesse, ran&#231;onnant les fractions de populations sou&#173;mises et d&#233;sarm&#233;es, pro&#173;mouvant et recrutant celles ca&#173;pables d'exercer leur domina&#173;tion, arbitrant la concur&#173;rence g&#233;n&#233;ralis&#233;e des producteurs entre eux, acc&#233;l&#233;&#173;rant leur &#233;miettement social et leur &#233;cla&#173;tement culturel par l'ing&#233;nierie migratoire intra et interna&#173;tionale. La seule direction gouver&#173;nementale de la caste macronienne est cette &lt;i&gt;realpoli&#173;tik&lt;/i&gt;, qui am&#233;nage cette pente vers laquelle tout semble converger et d'abord la pression g&#233;opolitique des aires imp&#233;riales chinoise, russe ou turque entr&#233;es en concurrence mim&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a fausse dissidence&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; est assur&#233;e &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;aujourd'hui&lt;/strong&gt; par les &lt;i&gt;partis-zombies&lt;/i&gt;. Ils &#339;uvrent &#224; rendre inconcevable toute unit&#233; populaire, d'abord en entretenant l'illusion d'une &lt;i&gt;in&#173;compatibilit&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; entre la question sociale et la question iden&#173;titaire&lt;/i&gt; ou nationale, puis en les instrumen&#173;talisant au profit des &lt;i&gt;dynamiques imp&#233;riale&lt;/i&gt;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e cartel des &#171; gauches &#187;&lt;/strong&gt; emmen&#233; par J. L. M&#233;len&#173;chon se pose en rentier des souffrances des d&#233;class&#233;s mais ex&#173;prime plus le &lt;i&gt;consum&#233;risme contrari&#233;&lt;/i&gt;. Il r&#233;&#173;veille les &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?325-les-gilets-jaunes-et-les-millenaristes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tro&#173;pismes mill&#233;naristes&lt;/a&gt; en faisant miroiter un monde d'abon&#173;dance illimit&#233;e, de technologies sal&#173;vatrices et de r&#233;&#173;conciliation universelle. Sinistre h&#233;ri&#173;tier du totalitarisme com&#173;muniste, il en reprend l'ambi&#173;tion : la &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1102-Cartographie-des-mouvances-anti-Lumieres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;destruction par tous les moyens&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt; d&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;inventivit&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;historique occidentale&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?804-breve-histoire-des-empires-et-l&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;profond&#233;ment &#233;trang&#232;re&lt;/a&gt; &#224; la lo&#173;gique imp&#233;riale. Ses moyens sont le &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1058-Des-theories-cyniques&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sabordage de ses re&#173;p&#232;res culturels et anthropologiques&lt;/a&gt; (&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1075-Wokes-diversitaires-executeurs-testamentaires&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;wokisme&lt;/a&gt; &#187;) et l'al&#173;liance avec ses enne&#173;mis mortels que sont &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?870-islamisme-totalitarisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'islamisme,&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?992-Les-pays-occidentaux-sont-un-terrain-de-chasse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le communau&#173;tarisme et le racia&#173;lisme&lt;/a&gt; aujourd'hui connect&#233;s &#224; une d&#233;linquance de gangs devenue envahissante. L'&#233;loge des r&#233;gimes autoritaires, russe ou latinos, rejoint sa &lt;i&gt;com&#173;plaisance pour &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1024-Liste-provisoire-des-faits-de-Charia-1-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;l'imp&#233;ria&#173;lisme capillaire musulman&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Le &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?999-Les-gilets-jaunes-face-a-l-empire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sa&#173;botage du mouvement des gilets jaunes par ces militants&lt;/a&gt; montre que ces mouvances incarnent l'avant-garde de la destruction de l'expression populaire par l'imposition d'une &lt;i&gt;Novlang&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les divers d&#233;bris de la &#171; droite &#187;&lt;/strong&gt; capitalisent facile&#173;ment l'horreur que ces perspectives soul&#232;vent chez un peuple qui refuse son d&#233;pe&#231;age. Les Le Pen et Zem&#173;mour monopolisent la question identitaire ou nationale, profitant de la panique montante face aux monumen&#173;taux bascule&#173;ments d&#233;mographiques et culturels. Leurs diatribes plus ou moins martiales contredisent le &#171; progressisme &#187; techno-capitaliste qu'ils louent mais dont le principe est pr&#233;cis&#233;ment &lt;i&gt;de &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?885-notes-eparses-sur-la-logique-de-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;court-circuiter toute possibilit&#233; d'auto-limitation&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, fronti&#232;&#173;res et tra&#173;ditions en premier lieu. Ces pseudo-conservateurs res&#173;sassant des grandeurs pass&#233;es refusent de distin&#173;guer la &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?804-breve-histoire-des-empires-et-l&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;constitution historique d'une Europe polycentrique&lt;/a&gt; et les &lt;i&gt;pouss&#233;es &lt;/i&gt;&lt;i&gt;unificatrices &lt;/i&gt;&lt;i&gt;imp&#233;riales&lt;/i&gt;, jusqu'ici inabouties et dont ils sont en r&#233;alit&#233; nostal&#173;giques. Ici aussi les trahissent leurs affinit&#233;s avec un &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1098-Dossier-thematique-L-offensive-russe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;gime russe renouant avec ses am&#173;bitions colonisatrices&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les populations fran&#231;aises&lt;/strong&gt;, et plus g&#233;n&#233;ralement eu&#173;rop&#233;ennes et occidentales, ayant tiss&#233; au cours des si&#232;cles de multiples dispositifs de contr&#244;le de l'&#201;tat, se re&#173;trouvent litt&#233;ralement &lt;i&gt;livr&#233;es &#224; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;une &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1040-La-paix-sociale-sexuelle-est-achetee&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;nouvelle sauva&#173;gerie&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Les classes populaires sont prises en tenaille entre une couche domi&#173;nante parasitaire qui la ponctionne et lui interdit toute r&#233;action et la d&#233;mul&#173;tiplication des pr&#233;dations, razzias et terreurs exerc&#233;es par une n&#233;o-barbarie im&#173;port&#233;e. Leur seul horizon pl&#233;biscit&#233; est celui de la &lt;i&gt;souverainet&#233; populaire&lt;/i&gt;, ou &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?819-ce-que-pourrait-etre-une-societe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;mo&#173;cratie&lt;/a&gt;, jus&#173;qu'ici assur&#233;e conjointement par le principe de la &lt;i&gt;nation&lt;/i&gt; et de la &lt;i&gt;justice sociale&lt;/i&gt;. Deux piliers de l'imaginaire occiden&#173;tal que les totalitarismes ont pro&#173;fond&#233;ment discr&#233;&#173;dit&#233; sous la forme du &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?797-une-illusion-constitutive-de-l-union-europeenne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nationalisme&lt;/a&gt; et du &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?981-L-effondrement-du-marxisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;socialisme&lt;/a&gt;. L'&#233;volution an&#173;thropologique mondiale les rend de toute fa&#231;on difficile&#173;ment envisageables : la nation n'est plus &#224; l'&#233;chelle du monde, et le projet d'&#233;galit&#233; sociale est incon&#173;cevable au sein d'un &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?865-la-multiculturalie-comme-principe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;agr&#233;gat &#171; multi&#173;culturel &#187;&lt;/a&gt; qui ne peut plus s'appeler &#171; soci&#233;t&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces consid&#233;rations donnent sens &#224; l'accen&#173;tuation de ph&#233;nom&#232;nes d&#233;j&#224; connus&lt;/strong&gt; : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?603-donner-sa-voix-ou-prendre-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?603-donner-sa-voix-ou-prendre-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;abstention&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt; crois&#173;sante&lt;/i&gt; se r&#233;&#173;v&#232;le ainsi le r&#233;tablissement &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt; du suf&#173;frage censitaire c'est-&#224;-dire l'invisibilisation du pays profond, d&#233;j&#224; consi&#173;d&#233;r&#233; comme &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?671-exclues-les-nouvelles-classes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;minorit&#233; n&#233;gligeable&lt;/a&gt; ; le &lt;i&gt;pouvoir d'achat&lt;/i&gt;, dont l'obsession est savamment entretenue, est en r&#233;alit&#233; consid&#233;r&#233;e comme le dernier &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?910-Les-refugies-de-l-interieur-1-3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sauve-qui-peut&lt;/a&gt; permettant de fuir momentan&#233;ment par l'ascension sociale la pr&#233;cari&#173;sa&#173;tion et l'ensauvagement engendr&#233;s par l'ar&#173;bitraire &#233;tatique ; le &lt;i&gt;vote communautai&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#173;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;re&lt;/i&gt; participe &#224; la recompo&#173;sition des &#233;lec&#173;torats en lobbys eth&#173;no-culturels, l'&#171; extr&#234;me droi&#173;te &#187; incarnant le vote des au&#173;tochtones &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?Nous-immigres-arabes-face-a-nos&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;et assi&#173;mil&#233;s&lt;/a&gt; ; enfin la &lt;i&gt;dissolu&#173;tion de la question &#233;cologique&lt;/i&gt; la d&#233;sa&#173;morce, &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1096-L-ecologie-politique-contre-l-ecologisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;permettant son instru&#173;mentalisa&#173;tion&lt;/a&gt; pour pr&#233;parer l'&#233;ta&#173;blissement d'instances mondiales de gouvernement sous couvert d'&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?997-Climat-la-longue-marche&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;internationa&#173;lisme forc&#233;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De&lt;/i&gt;&lt;i&gt; la &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?55-la-crise-de-la-societe-moderne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;d&#233;composition politique interminable&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt; semble &#233;merge&lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?Le-voyage-vers-l-empire-a-deja-925&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;une logique imp&#233;riale&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;que l'on n'a jamais vu s'installer &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?181-la-quatrieme-guerre-mondiale-s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;sans guerre civile&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Mais l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a crise de r&#233;gime qui s'ouvre enfin pourrait &#234;tre l'occasion d'une clarifica&#173;tion &lt;/i&gt;&lt;i&gt;et d'une&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?45-Il-faudrait-des-paysans-de-la-societe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;recomposition politico-intellectuelle&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Il y aurait &#224; articuler&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;es questions &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?844-In-Actualite-de-la-democratie-directe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;politiques&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?949-Gilets-jaunes-et-democratie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;sociales&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?359-post-scriptum-sur-l-identite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;identitaires&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt; et &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&#233;colo&#173;giques&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, parfaitement indissociables, en direction &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?679-introduction-generale-a-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;cette &#233;mancipation individuelle et collective&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &lt;i&gt;dont l'&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?Qu-est-ce-que-l-Occident&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Occident est encore porteur&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Cela exigerait, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;avant toute chose,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de commencer &#224; lutter contre &lt;/i&gt;&lt;i&gt;la b&#234;tise purulente, qui confine &#224; l'&#233;pid&#233;mie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lieux Communs &#8211; Juin 2022&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;!--[if !IE]&gt;&lt;!--&gt;&lt;iframe src=&#034;spip.php?page=pdfjs&amp;id_document=1620&#034; width=&#034;1000&#034; height=&#034;1500&#034; title=&#034;&#201;lections 2022 : le r&#232;gne oligarchique&#034; class=&#034;spip_document_1620 lecteurpdf lecteufpdf-1620 spip_documents&#034; name=&#034;pdf_1620&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;!--&lt;![endif]--&gt; &lt;!--[if IE]&gt;&lt;iframe src=&#034;IMG/pdf/elections2022leregneoligarchique.pdf&#034; width=&#034;1000&#034; height=&#034;1500&#034; class=&#034;spip_document_1620 lecteurpdf lecteufpdf-1620 spip_documents&#034; title=&#034;&#201;lections 2022 : le r&#232;gne oligarchique&#034; name=&#034;pdf_1620&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;![endif]--&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Demain, l'empire ?</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1076-Demain-l-empire</link>
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		<dc:subject>Engels D.</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Postscriptum du livre de David Engels &#171; Le d&#233;clin. La crise de l'Union Europ&#233;enne et la chute de la r&#233;publique romaine &#8211; quelques analogies historiques &#187; [2013], l'Artilleur 2021. [Parmi la presque quarantaine de notes du texte original, essentiellement des renvois bibliographiques, n'ont &#233;t&#233; retenues que celles qui paraissaient substantielles] Quelles seront les cons&#233;quences de la grave crise identitaire dans laquelle se trouvent aujourd'hui les Europ&#233;ens ? Ceux qui ont suivi (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-269-Engels-D-+" rel="tag"&gt;Engels D.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-221-empire-+" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Postscriptum du livre de David Engels &#171; Le d&#233;clin. La crise de l'Union Europ&#233;enne et la chute de la r&#233;publique romaine &#8211; quelques analogies historiques &#187; [2013], l'Artilleur 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Parmi la presque quarantaine de notes du texte original, essentiellement des renvois bibliographiques, n'ont &#233;t&#233; retenues que celles qui paraissaient substantielles]&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quelles seront les cons&#233;quences de la grave crise identitaire dans laquelle se trouvent aujourd'hui les Europ&#233;ens ? Ceux qui ont suivi jusqu'ici mes arguments auront compris que l'importance des analogies esquiss&#233;es dans les pages pr&#233;c&#233;dentes est loin d'&#234;tre abstraite. Je me doute qu'une partie d'entre eux, notamment dans le rang de mes coll&#232;gues historiens ou dans ceux des politiciens pragmatiques, ne sera pas d'accord avec les pr&#233;visions sugg&#233;r&#233;es ici. Sans doute argumenteront-ils que la chute de la R&#233;publique romaine n'&#233;tait pas structurellement in&#233;vitable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le lecteur aura devin&#233; que l'auteur de ces pages est persuad&#233; que la chute (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou que les similarit&#233;s historiques mises en &#233;vidence n'impliquent nullement une continuit&#233;. C'est l&#224;, certainement, la position scientifique la plus commode : personne n'appr&#233;cie de voir ses r&#234;ves (ou ses int&#233;r&#234;ts) enferm&#233;s dans un d&#233;terminisme historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#224; l'autre partie de mes lecteurs que je m'adresse en les invitant &#224; me suivre dans ce postscriptum, o&#249; la rigueur des comparaisons diachroniques fera place &#224; la sp&#233;culation historique. Car la sym&#233;trie entre le pass&#233; romain du Ier si&#232;cle av. J.-C. et notre situation contemporaine semblant d'une rigueur accablante, comment pourrait-on supposer que la suite de l'histoire europ&#233;enne sera fondamentalement diff&#233;rente du cours qu'a pris le monde romain apr&#232;s la crise de la R&#233;publique ? Et m&#234;me si les parall&#232;les entre le XXI' si&#232;cle europ&#233;en et la fin de la R&#233;publique romaine n'&#233;taient que le r&#233;sultat d'un hasard de l'histoire, une analyse des similarit&#233;s possibles entre l'Union europ&#233;enne du futur et l'histoire romaine post-r&#233;publicaine n'est pas d&#233;nu&#233;e d'int&#233;r&#234;t, ne serait-ce qu'en tant qu'exempte des facteurs qui ont pouss&#233; la R&#233;publique romaine &#224; devenir l'Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout un chacun le sait, l'Empire des C&#233;sars succ&#233;da &#224; la R&#233;publique romaine. Il y a donc fort &#224; parier que l'Union europ&#233;enne &#8211; pour autant que les analogies esquiss&#233;es dans ces pages soient acceptables &#8211; n'&#233;chappe pas &#224; un destin comparable, du moins d'un point de vue structurel. Mais comment imaginer un avenir imp&#233;rial et c&#233;sarien pour l'Union europ&#233;enne en n&#183; d&#233;but de XXIe si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons tout d'abord que la pr&#233;diction d'un tel futur pour l'Occident europ&#233;en n'a, au fond, rien de nouveau. Depuis l'av&#232;nement de Napol&#233;on Ier et surtout celui de Napol&#233;on III, dont le r&#232;gne d&#233;buta en pr&#233;sidence de la IIe R&#233;publique, et fut l&#233;gitim&#233;, jusqu'&#224; la fin, par des pl&#233;biscites &#233;crasants, les constitutionnalistes et les philosophes de l'histoire jug&#232;rent opportun de remettre le sort de la r&#233;publique entre les mains d'un &#233;lu r&#233;guli&#232;rement contr&#244;l&#233; par le suffrage universel. Il devait disposer de larges pr&#233;rogatives ex&#233;cutives et l&#233;gislatives et d'une dur&#233;e de mandat quasi ind&#233;termin&#233;e afin de lui permettre d'&#233;tablir et de surveiller un d&#233;veloppement durable tant au niveau social qu'&#233;conomique, sans risquer le v&#233;to de majorit&#233;s changeantes et chancelantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les avantages d'un tel r&#233;gime sont connus, ses d&#233;savantages et ses d&#233;rives, depuis la &#171; folie des C&#233;sars &#187; qui toucha les Caligula, N&#233;ron, Domitien et consorts, sont &#224; juste titre redout&#233;s. Les avantages valent-ils les inconv&#233;nients ? L'id&#233;al d&#233;mocratique contemporain r&#233;pond &#224; cette question par la n&#233;gative. Pourtant, il semble qu'&#224; Rome au moins, l'instabilit&#233; sociale, politique et &#233;conomique de l'&#201;tat chancelant ait pouss&#233; les citoyens &#224; abandonner la r&#233;publique et &#224; accepter un r&#233;gime autocratique afin de profiter de ses b&#233;n&#233;fices. Compte tenu du manque d'estime dont souffre aujourd'hui la d&#233;mocratie moderne et de la menace d'une crise &#233;conomique et sociale sans pr&#233;c&#233;dent depuis les ann&#233;es 1920, est-il si impossible que les Europ&#233;ens du XXIe si&#232;cle, eux aussi, soient pr&#234;ts &#224; faire ce choix-l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Romains contemporains de la chute de la R&#233;publique accueillirent en tout cas l'&#233;tablissement du principat comme un v&#233;ritable bienfait mettant fin aux incertitudes de la guerre civile, et promettant l'&#233;tablissement d'une soci&#233;t&#233; stable o&#249; chacun aurait une place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le r&#232;gne d'Auguste repr&#233;senta-t-il, pour les plus humbles, le r&#233;tablissement de l'ordre et la garantie d'une aide sociale efficace ; pour les chevaliers, la venue d'une prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique hors du commun ; pour l'&#233;lite s&#233;natoriale, le retour aux valeurs traditionnelles et l'affirmation de leur importance dans le fonctionnement de l'&#201;tat ; pour les Italiques, la fin de guerres civiles incessantes d&#233;vastant leurs terres, pour les provinciaux, l'affirmation d&#233;finitive d'une administration provinciale efficace bas&#233;e sur la collaboration et non plus sur l'exploitation ; et enfin, pour la M&#233;diterran&#233;e en g&#233;n&#233;ral, la cr&#233;ation de la &lt;i&gt;pax Romana&lt;/i&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que la nouvelle monarchie ait &#233;t&#233; effectivement construite sur la r&#233;pression politique et le contr&#244;le du libre jeu des int&#233;r&#234;ts en la personne du prince, peu de contemporains de l'&#233;poque avaient le recul et la connaissance historique n&#233;cessaires pour comparer la nouvelle Constitution avec celle de la R&#233;publique romaine au moment de son apog&#233;e au IIIe et au IIe si&#232;cles. N'ayant connu qu'un r&#233;gime corrompu et affaibli, le principat d'Auguste apparu comme garant d'un progr&#232;s politique ind&#233;niable en comparaison &#224; l'anarchie dans laquelle les nombreuses contraintes structurelles avaient fait basculer la R&#233;publique tardive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, le principat se pr&#233;sentait &#224; ses citoyens comme une forme de monarchie &#8211; une notion politiquement inacceptable pour les Romains &#224; la suite du r&#232;gne de Tarquin le Superbe, dernier roi de Rome &#8211; mais plut&#244;t comme une forme de r&#233;publique &#171; restitu&#233;e &#187; (&lt;i&gt;res publica restituta&lt;/i&gt;), garantie par l'autorit&#233; morale et l'exemple personnel de l'un de ses citoyens qui serait ainsi simplement un &#171; premier entre &#233;gaux &#187;, un &lt;i&gt;primus inter pares&lt;/i&gt;. Cette id&#233;ologie n'&#233;tait d'ailleurs pas une invention augut&#233;enne, puisqu'elle avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e par Cic&#233;ron au milieu des crises que traversa la R&#233;publique tardive. Celui-ci, dans son &#339;uvre &lt;i&gt;De Republic&lt;/i&gt;a, d&#233;fendait une r&#233;publique &#171; temp&#233;r&#233;e &#187;, guid&#233;e par un &lt;i&gt;rector&lt;/i&gt; ou princeps, certes attach&#233; &#224; l'id&#233;al r&#233;publicain et ne transgressant pas les cadres de la Constitution, mais repr&#233;sentant, par son exemple, l'esprit m&#234;me de la r&#233;publique, et capable de passer &#224; l'action &#224; tout moment pour r&#233;tablir les &#233;carts entre la r&#233;publique concr&#232;te et l'esprit qui devait l'animer. D'un point de vue id&#233;ologique, le principat romain n'est donc pas synonyme de monarchie, mais appara&#238;t plut&#244;t comme une r&#233;publique dont le bon fonctionnement, du moins au niveau civil, est garanti par l'autorit&#233; d'un souverain aux pouvoirs civils et militaires extraordinaires, et constamment l&#233;gitim&#233;s par le suffrage universel. Ainsi Auguste prit-il un soin excessif &#224; d&#233;montrer, dans ses comptes rendus, le soutien que lui apportait le peuple. Les historiens ont d'ailleurs retranscrit cette volont&#233; de concorde entre le princeps et ses sujets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Su&#233;tone, Vita Diui Augusti, 58. &#171; Le surnom de P&#232;re de la patrie lui fut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu sous cet angle, la volont&#233; populaire appelant de plus en plus &#224; l'&#233;lection directe d'un pr&#233;sident &#171; fort &#187; pour l'Union europ&#233;enne, et prenant volontairement le risque de voter pour des partis radicaux afin de faire entendre ses souhaits, peut provoquer une situation parall&#232;le &#224; celle de la transition entre la R&#233;publique et l'Empire romain. Peu importe, au fond, la forme constitutionnelle donn&#233;e &#224; cette autorit&#233; centrale : monarchie &#171; &#233;clair&#233;e &#187; august&#233;enne, dictature dans le style de celles des ann&#233;es 1930, protectorat de la r&#233;publique par un ou plusieurs g&#233;n&#233;raux, pr&#233;sidence sans cesse renouvel&#233;e comme dans bon nombre de pays m&#233;ridionaux, jeu de chaises musicales comme dans la Russie de Poutine et de Medvedev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces solutions ne sont que des apparences qui cachent un m&#234;me &#233;tat de fait : la concurrence d&#233;mocratique entre partis et int&#233;r&#234;ts politiques est devenue si dangereuse pour la stabilit&#233; de l'&#201;tat et pour son projet de d&#233;veloppement durable qu'il para&#238;t in&#233;vitable &#224; bon nombre d'Europ&#233;ens de bient&#244;t voir un seul individu op&#233;rer un choix entre diff&#233;rentes options politiques et assurer leur r&#233;alisation dans la dur&#233;e &#8211; et cela, sans en &#234;tre emp&#234;ch&#233; par le partage des pouvoirs, les &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales interminables ou la perspective d'une r&#233;vocation par l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'un tel revirement politique puisse sembler (&#224; juste titre) en d&#233;saccord flagrant avec les valeurs m&#234;mes qui ont contribu&#233; &#224; la formation de l'Union europ&#233;enne est &#233;vident. Mais cette opposition ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un facteur essentiel pour la stabilit&#233; de notre d&#233;mocratie : le principat, lui aussi, &#233;tait &#224; l'oppos&#233; du syst&#232;me r&#233;publicain traditionnel et a pourtant su se positionner comme son garant. Et nous avons vu comment les incoh&#233;rences flagrantes entre les id&#233;aux d&#233;mocratiques officiels et la r&#233;alit&#233; d'un pouvoir technocratique &#233;chappant &#224; l'&#233;lecteur sont aujourd'hui devenues le prix &#224; payer pour maintenir un semblant de stabilit&#233; politique, sociale et culturelle dans l'Union et les &#201;tats qui la composent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, nous pourrions dresser un pronostic bas&#233; sur l'hypoth&#232;se fondamentale que les probl&#232;mes structurels et identitaires &#233;num&#233;r&#233;s au cours de cet ouvrage trouveraient une solution politique concr&#232;te analogue aux r&#233;formes r&#233;alis&#233;es par le syst&#232;me imp&#233;rial d'Auguste et son programme de restauration ou de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, la lente dissolution civique et culturelle du corps politique se trouverait neutralis&#233;e par l'av&#232;nement d'une autocratie charismatique h&#233;r&#233;ditaire ou &#233;lective, bas&#233;e sur la loyaut&#233; et la comp&#233;tence d'une petite &#233;lite gouvernementale ind&#233;pendante du libre jeu des partis politiques, bien que ce dernier puisse &#233;ventuellement &#234;tre maintenu afin de respecter les formes ext&#233;rieures de &#171; libert&#233; &#187; et de &#171; d&#233;mocratie &#187;. Ainsi, Rome tomba dans les mains d'une nouvelle noblesse imp&#233;riale, compos&#233;e de partisans c&#233;sariens, d'aristocrates opportunistes et de techniciens sp&#233;cialis&#233;s, dont la l&#233;gitimit&#233; par le suffrage populaire devint de plus en plus une pure formalit&#233;. Aujourd'hui d&#233;j&#224;, cette &#233;lite trouve son pendant embryonnaire dans la bureaucratie europ&#233;enne, curieux m&#233;lange de m&#233;ritocratie, de technocratie et de n&#233;potisme &#224; peine contr&#244;l&#233; par les instances d&#233;mocratiques. Il est &#224; supposer que cette nouvelle &#233;lite s'imposera de plus en plus comme le v&#233;ritable noyau d&#233;cisionnel du continent &#224; partir du moment o&#249; elle se dotera d'un pouvoir central fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons donc en revue les divers &#233;l&#233;ments identitaires analys&#233;s au fur et &#224; mesure de notre expos&#233;, et imaginons comment la crise actuelle de l'Union europ&#233;enne pourrait trouver une r&#233;solution calqu&#233;e sur le principat august&#233;en qui eut raison de la crise identitaire de la R&#233;publique romaine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ethnie et cosmopolitisme. &#8211; &lt;/strong&gt;La nouvelle &#233;lite gouvernementale, solidement appuy&#233;e par les &#171; march&#233;s &#187; d&#233;sirant avant tout la stabilit&#233; et la croissance, aurait la capacit&#233; de faire face &#224; une situation ethnique de plus en plus pr&#233;occupante. Les grandes directives culturelles et identitaires &#233;manant d'un personnage central fort, les modalit&#233;s pr&#233;cises de l'int&#233;gration des &#233;trangers dans le corps civique et dans l'&#233;lite traditionnelle ne seraient plus sujettes au d&#233;bat public. Les incitations &#224; l'int&#233;gration, tout comme la r&#233;pression de la non-int&#233;gration, formeraient ainsi un ensemble coh&#233;rent, organis&#233; autour de la pr&#233;&#233;minence officielle incontest&#233;e des valeurs culturelles traditionnelles dont le prince serait &#224; la fois le garant et l'exemple. Ainsi, la nouvelle &#233;lite pourrait s'ouvrir lentement &#224; l'influence de nouveaux membres d'origine &#233;trang&#232;re soucieux d'int&#233;gration, parce que la pr&#233;&#233;minence culturelle des couches gouvernementales traditionnelles ne serait pas remise en question. &#192; Rome, tel fut le cas avec l'ascension de provinciaux &#233;manant d'abord des &#233;lites grecques, puis d'autochtones barbares romanis&#233;s, int&#233;grant, souvent par le biais de l'arm&#233;e, les rangs de l'administration provinciale, puis de l'ordre &#233;questre, et finalement de l'&#233;lite s&#233;natoriale. &lt;br class='manualbr' /&gt;En Europe, actuellement, nous observons l'arriv&#233;e d'un nombre croissant de politiciens recrut&#233;s parmi les &#233;lites de l'immigration maghr&#233;bine ou turque qui se caract&#233;risent souvent par une assimilation massive des us et coutumes de l'&#233;lite traditionnelle. Ils s'int&#232;grent g&#233;n&#233;ralement dans les rangs des forces mod&#233;r&#233;es et constituent souvent les piliers id&#233;ologiques d'une int&#233;gration &#171; douce &#187; des &#233;lites &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Famille et d&#233;clin de la population. &#8211; &lt;/strong&gt;En ce qui concerne la d&#233;mographie, le nouveau syst&#232;me tenterait d'en assurer, parfois par l'incitation financi&#232;re, le maintien ou m&#234;me la croissance, bien que l'on puisse douter de l'efficacit&#233; de ces mesures, except&#233; en ce qui concerne la cr&#233;ation d'une image de dynamisme, de jeunesse et de moralit&#233; traditionnelle. &#192; Rome, les lois Juliennes, les&lt;i&gt; leges Iuliae&lt;/i&gt; n'eurent qu'un effet restreint sur la d&#233;mographie du monde romain. Elles eurent n&#233;anmoins le m&#233;rite de sensibiliser l'&#233;lite &#224; sa possible d&#233;sint&#233;gration mat&#233;rielle, et de cr&#233;er une ambiance culturelle o&#249; la moralit&#233; traditionnelle &#233;tait &#224; nouveau valoris&#233;e. Enfin, elles eurent une influence certaine sur la naissance d'un id&#233;al politique bas&#233; sur une r&#233;interpr&#233;tation sto&#239;cienne de la tradition administrative romaine plut&#244;t que sur l'&#233;go&#239;sme des grandes familles. &lt;br class='manualbr' /&gt;En Occident, la chute de la d&#233;mographie a, jusqu'&#224; maintenant, principalement &#233;t&#233; contr&#233;e par l'instauration d'une immigration destin&#233;e &#224; stabiliser la force du travail et de la demande ; n&#233;anmoins, face au risque d'une minorisation des Europ&#233;ens au sein de leurs propres pays, de nombreux &#201;tats occidentaux ont pris des mesures radicales : subsides accord&#233;s en Russie, prime de 5.000 $ par enfant en Australie, nombreuses mesures accord&#233;es dans les pays de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;galit&#233; : couple et individualisme. &#8211; &lt;/strong&gt;En lien &#233;troit avec le point pr&#233;c&#233;dent, le couple et la famille seraient r&#233;tablis comme les valeurs sociales fondamentales du nouvel &#201;tat, et l'&#233;tal conjugal favoris&#233; autant que possible. Selon les&lt;i&gt; leges Iuliae&lt;/i&gt; dans la Rome des C&#233;sars, le mariage &#233;tait obligatoire pour tous les magistrats, et des amendes importantes devaient &#234;tre pay&#233;es pour d&#233;roger &#224; cette r&#232;gle. L'infid&#233;lit&#233; conjugale &#233;tait s&#233;v&#232;rement punie, et ce jusque dans la maison du souverain &#8211; ainsi sa fille, Julie, dut subir la col&#232;re du p&#232;re &#224; cause de sa vie personnelle mouvement&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans le monde occidental, nous constatons, depuis quelques d&#233;cennies, un revirement similaire : un retour en force des valeurs traditionnelles, comme la &#171; fid&#233;lit&#233; &#187; et l'abstinence pr&#233;nuptiale (pensons par exemple aux &#201;tats-Unis et son mouvement &#171; True Love Waits &#187;, de plus en plus influent). Il ne serait pas &#233;tonnant que ces tendances soient bient&#244;t de retour dans le d&#233;bat politique en Europe, qui a d&#233;j&#224; connu une l&#233;gislation directement inspir&#233;e des &lt;i&gt;leges Iuliae&lt;/i&gt; sous les divers r&#233;gimes fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vie sociale et ambition. &#8211; &lt;/strong&gt;l'&#233;panouissement outrageux de l'individu serait officiellement consid&#233;r&#233; comme contraire &#224; l'abn&#233;gation mat&#233;rielle suppos&#233;e des grands anc&#234;tres et oppos&#233; &#224; l'humilit&#233; de la nouvelle &#233;lite et de son souverain. Dans la pratique, par contre, l'exil &#171; interne &#187; et la d&#233;politisation de l'espace public seraient largement favoris&#233;s. Ainsi, &#224; Rome, le &lt;i&gt;princeps&lt;/i&gt; cumulait les principales vertus r&#233;publicaines, comme le montre le bouclier dor&#233; que le S&#233;nat d&#233;cerna &#224; Auguste en r&#233;compense de ses actions politiques, et qui mentionne sa vertu, sa cl&#233;mence, sa justice et sa pi&#233;t&#233; envers la patrie et les dieux &#8211; vertus &#233;minemment collectives qui prouvent que la valeur d'un homme se mesurait &#224; l'accomplissement de ses devoirs politiques et non &#224; ses qualit&#233;s int&#233;rieures. N&#233;anmoins, ces vertus n'&#233;taient pas ouvertes &#224; tous les citoyens. Elles ne concernaient que le prince qui ne tol&#233;rait pas que l'on puisse avoir un avis diff&#233;rent du sien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Outre les cas bien plus graves des relations difficiles entre Tib&#232;re, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, interdisait la publication des comptes rendus du S&#233;nat et envoyait m&#234;me les membres de sa famille en exil s'ils s'opposaient &#224; sa volont&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'est pas difficile de pr&#233;voir qu'une telle ambigu&#239;t&#233; pourrait aussi caract&#233;riser l'Union europ&#233;enne du futur : actuellement, l'&#233;cart entre les diverses valeurs universelles profess&#233;es par l'Union est en contradiction avec le peu de place accord&#233;e &#224; fil participation active des citoyens &#224; l'administration de l'Union, si on consid&#232;re l'exemple repr&#233;sentatif de l'impuissance du Parlement, seule institution d&#233;mocratique de l'Union, face au Conseil et &#224; la Commission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Croyance et rationalisme, &#8211; &lt;/strong&gt;La religion traditionnelle serait remise &#224; une place d'honneur parmi les valeurs identitaires. Elle serait de m&#234;me int&#233;gr&#233;e dans l'id&#233;ologie civique bas&#233;e sur le service &#224; la communaut&#233; et soumise au pouvoir en place. Le prix &#224; payer en serait une scl&#233;rose du culte public. Celui-ci serait alors transform&#233; en une religion de loyaut&#233; politique et culturelle. L'id&#233;ologie august&#233;enne fut accompagn&#233;e d'une alliance intellectuelle entre le sto&#239;cisme politico-philosophique et le traditionalisme religieux, Le nouveau pouvoir prit soin de sauver et de r&#233;former une grande partie de la religion ancestrale. N&#233;anmoins, en tant que &lt;i&gt;pontifex maximus&lt;/i&gt; et membre de la plupart des coll&#232;ges, Auguste contr&#244;la personnellement le fonctionnement administratif de la religion officielle, et favorisa une r&#233;interpr&#233;tation de nombreux cultes, ce qui lui permit de souligner le r&#244;le de sa propre famille dans l'histoire de Rome et de pr&#233;parer le terrain vers sa propre divinisation.&lt;br class='manualbr' /&gt;Consid&#233;rant l'&#233;volution culturelle des pays occidentaux, un retour du religieux est tout &#224; fait probable. Pour s'en rendre compte, il n'est qu'&#224; constater la radicalisation de certains milieux ultra-chr&#233;tiens directement li&#233;s &#224; la d&#233;gradation des relations entre les pouvoirs publics europ&#233;ens et l'Islam. L'importance d'un christianisme superficiel et politis&#233; aux &#201;tats-Unis et la mont&#233;e d'une id&#233;ologie de croisade pourrait pr&#233;figurer des mouvements semblables en Europe. Ceci ouvrirait le chemin d'une l&#233;gitimation religieuse au moins partielle du nouvel &#201;tat imp&#233;rial, comparable aux divers concordats et autres liens intenses qui unirent les r&#233;gimes fascistes &#8211; qui revendiquaient pourtant des id&#233;ologies anticl&#233;ricales &#8211; aux &#201;glises chr&#233;tiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nation et mondialisation, &#8211; &lt;/strong&gt;&#201;troitement li&#233;s aux id&#233;es religieuses par leur histoire partag&#233;e, les valeurs culturelles communes et le pass&#233; historique seraient de nouveau remis &#224; l'honneur. Ils seraient abondamment f&#234;t&#233;s et id&#233;alis&#233;s comme sources de l&#233;gitimation et de solidarit&#233; historique, notamment gr&#226;ce &#224; la propagation d'un nouveau classicisme. N&#233;anmoins, ce retour conscient aux origines &#8211; comme chacun des styles &#171; n&#233;o- &#187; du XIXe si&#232;cle &#8211; ne se lib&#233;rerait pas d'une profonde artificialit&#233;. L'art du futur ne serait d&#233;sormais rien d'autre qu'un pastiche plus ou moins heureux et lourdement r&#233;interpr&#233;t&#233; de l'art du pass&#233;, De surcro&#238;t, il serait ins&#233;parablement li&#233; aux messages id&#233;ologiques du nouveau pouvoir en place d&#233;sireux de l&#233;gitimit&#233; historique. Tel &#233;tait le cas dans la Rome d'Auguste, enti&#232;rement refa&#231;onn&#233;e par l'empereur et curieusement parsem&#233;e de monuments &#224; la gloire d'un pass&#233; r&#233;publicain pourtant aboli par le nouveau r&#233;gime. &lt;br class='manualbr' /&gt;Tel pourrait donc &#234;tre le destin de cette Europe qui s'amorce d&#233;j&#224; &#224; travers de nombreuses tentatives plus ou moins artificielles comme ces gigantesques constructions &#233;rig&#233;es partout dans les capitales de l'Union, inspir&#233;es, &#224; l'image du quartier europ&#233;en de Bruxelles, par un n&#233;o-classicisme &#224; la sym&#233;trie rigide et revisit&#233; par l'art des gratte-ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S&#233;curit&#233; et appel &#224; l'ordre. &#8211; &lt;/strong&gt;La s&#233;curit&#233; de l'individu et du commerce serait assur&#233;e plus intens&#233;ment que jamais gr&#226;ce &#224; l'omnipr&#233;sence et &#224; l'efficacit&#233; des forces militaires, polici&#232;res et judiciaires. Mais la libert&#233; de parole et d'expression de l'individu serait r&#233;duite au minimum n&#233;cessaire. On garantirait le maintien aussi cr&#233;dible que possible de la fiction d'une r&#233;publique r&#233;tablie et consolid&#233;e, tout en id&#233;alisant et rehaussant le r&#244;le personnel du nouveau ma&#238;tre politique. Ce fut le cas dans l'Empire romain des C&#233;sars. &lt;br class='manualbr' /&gt;De nos jours, les lois antiterroristes limitant les libert&#233;s personnelles, la restriction du droit &#224; la gr&#232;ve et les relations de plus en plus difficiles entre manifestants et police t&#233;moignent de la mont&#233;e en force de cette tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Participation politique et apolitisme. &#8211; &lt;/strong&gt;La participation &#224; la politique active serait r&#233;duite &#224; des actes pl&#233;biscitaires acclamant des d&#233;cisions d&#233;j&#224; prises et popularis&#233;es par une efficace propagande d'&#171; information &#187; et donnant aux dirigeants comme aux dirig&#233;s l'impression agr&#233;able d'un soutien et d'une l&#233;gitimation mutuels. M&#234;me si le nouveau syst&#232;me n'autorisait aucune opposition, il guetterait anxieusement l'avis de ses sujets et t&#226;cherait de surfer sur la vague de l'appui populaire. Cette tendance fut caract&#233;ristique du principat romain : les assembl&#233;es populaires furent peu &#224; peu manipul&#233;es, r&#233;duites &#224; des actes d'approbation et finalement d&#233;poss&#233;d&#233;es de leurs pouvoirs, alors que le support populaire n'avait jamais &#233;t&#233; aussi important pour asseoir la l&#233;gitimit&#233; du souverain. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans l'Europe actuelle, les sondages d'opinion permanents exercent une dictature grandissante sur les argumentations politiques, alors que l'abstentionnisme bat des records &#224; chaque &#233;lection et que les r&#233;f&#233;rendums sont de plus en plus &#233;vit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;tat et technocratie. &#8211; &lt;/strong&gt;L'&#201;tat lui-m&#234;me serait profond&#233;ment restructur&#233; et transform&#233; en un ensemble efficace, centralis&#233; et technicis&#233;, suivant &#224; la lettre les ordres donn&#233;s par l'administration centrale et pr&#233;par&#233;s par des sp&#233;cialistes technocrates. La R&#233;publique romaine, sorte d'administration municipale souvent tr&#232;s archa&#239;que oblig&#233;e de g&#233;rer un empire dans toute sa complexit&#233; &#8211; et donc de plus en plus inad&#233;quate &#224; cette t&#226;che &#233;norme &#8211;, donna naissance au centralisme imp&#233;rial, nanti d'une administration abondante et puissante. &lt;br class='manualbr' /&gt;Nous voyons aujourd'hui l'influence &#233;crasante des diverses institutions europ&#233;ennes et de leurs r&#233;gulations sur les aspects les plus infimes de la vie des Europ&#233;ens. Un renforcement politique de l'Union europ&#233;enne n'irait pas sans un accroissement notable des pouvoirs f&#233;d&#233;raux et de leur influence directrice sur les affaires et la constitution des &#201;tats membres, et ceci en d&#233;pit de d&#233;cisions d&#233;mocratiques prises par ses &#201;tats membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Libert&#233; et &#233;galit&#233;. &#8211; &lt;/strong&gt;La libert&#233; civile individuelle dispara&#238;trait au profit de la s&#233;curit&#233; mat&#233;rielle et de l'amusement des masses, d&#233;montrant le caract&#232;re &#171; populaire &#187; du nouveau r&#233;gime. &#201;tant donn&#233; le nombre d&#233;croissant de ceux qui en profiteraient, cette disparition ne serait d&#233;plor&#233;e que par des r&#233;publicains incorrigibles. Qui nierait que cette soci&#233;t&#233; de d&#233;sinvestissement politique et de &lt;i&gt;panem et circenses&lt;/i&gt;, &#171; pain et jeux de cirque &#187;, si caract&#233;ristique de la vie publique de l'Empire romain, s'est d&#233;j&#224; install&#233;e depuis des d&#233;cennies dans les pays occidentaux et leur culture de loisir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Coexistence paisible et domination. &#8211; &lt;/strong&gt;Finalement, le nouvel &#201;tat prendrait soin d'assurer sa stabilit&#233; &#224; l'ext&#233;rieur. Pour ce faire, il m&#232;nerait une politique d'expansion &#233;conomique et militaire raisonnable mais suffisamment efficace pour justifier une propagande de &#171; victoire &#187; visant &#224; atteindre des fronti&#232;res facilement d&#233;fendables et permettant de proclamer la r&#233;alisation de la paix universelle, du moins en ce qui concerne l'int&#233;rieur de son territoire imp&#233;rial. C'est ainsi que naquit l'Empire romain des C&#233;sars, conservant durant presque cinq si&#232;cles les fronti&#232;res acquises sous Auguste sans les &#233;tendre plus loin. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a fort &#224; parier que la naissance d'une Europe imp&#233;riale aille de pair avec une phase d'expansion territoriale permettant de cr&#233;er une zone de s&#233;curit&#233; en M&#233;diterran&#233;e et en Asie Centrale, par la cr&#233;ation d'&#201;tats clients ou m&#234;me de membres de second rang, avant l'&#233;tablissement d'une &lt;i&gt;pax Europaea&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F&#233;d&#233;ration et empire. &#8211; &lt;/strong&gt;L'espace imp&#233;rial, caract&#233;ris&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent par la coexistence de divers mod&#232;les d'association au pouvoir, subirait une centralisation notable. Cette centralisation aurait pour effet une suppression des droits nationaux, vu la dissolution d'institutions r&#233;gionales traditionnelles et leur remplacement par un nouveau pouvoir &#233;manant de l'institution centrale. N&#233;anmoins, le poids politique et &#233;conomique des r&#233;gions, l'homog&#233;n&#233;it&#233; et la transparence croissante de leur administration, et finalement l'int&#233;gration des &#233;lites locales dans l'&#233;lite imp&#233;riale permettraient une identification des populations au pouvoir central et la cr&#233;ation d'un espace administratif coh&#233;rent et efficace. &#192; Rome, on rempla&#231;a un syst&#232;me trop tributaire de l'approche multi-&#233;tatique imp&#233;riale par le syst&#232;me des provinces et la d&#233;politisation de l'administration. Ceci permit d'&#233;tablir un empire fort et g&#233;n&#233;ralement per&#231;u comme salutaire par les habitants des provinces. &lt;br class='manualbr' /&gt;En Europe, un tournant similaire serait &#233;galement dans l'ordre des choses. Non seulement les directives de l'Union empi&#232;tent sur les droits nationaux et pr&#233;figurent un temps o&#249; les nations seraient r&#233;duites &#224; l'administration culturelle, mais des nations enti&#232;res &#8211; la Gr&#232;ce, par exemple &#8211; peuvent tomber dans un &#233;tat de semi-provincialisation et voir leur ind&#233;pendance fortement diminu&#233;e au profit d'une gestion par des repr&#233;sentants de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel pourrait &#234;tre notre avenir proche, si la dynamique culturelle qui semble pour le moment animer l'Union europ&#233;enne continue &#224; dicter son &#233;volution et &#224; la mener dans la m&#234;me direction que la R&#233;publique romaine. &#201;videmment, les perspectives d'une future Europe imp&#233;riale et autoritaire n'ont rien d'enchanteur, car ces &#171; solutions &#187; imp&#233;riales ne feraient que remplacer l'effondrement graduel par l'apparente stabilit&#233; d'un immobilisme peut-&#234;tre bien organis&#233; et &lt;i&gt;aere perennius&lt;/i&gt; (&#171; plus fort que le bronze &#187;), mais d'abord fond&#233; sur la r&#233;pression de la libert&#233; : ce n'est pas par hasard si le fascisme s'est reconnu dans la personne d'Auguste et en a fait la figure de proue de sa &#171; r&#233;volution &#187;. Au vu de ce qui a &#233;t&#233; dit, pouvons-nous vraiment pr&#233;tendre que ces perspectives sont si improbables que cela ? Car ne se sont-elles pas d&#233;j&#224; partiellement r&#233;alis&#233;es, cr&#233;ant ainsi une dynamique complexe de laquelle il sera de plus en plus difficile de s'&#233;chapper ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre monde contemporain, si rationnel et moderne en surface, la naissance d'une soci&#233;t&#233; imp&#233;riale et autoritaire n'est pas impossible. En effet, comme nous l'avons vu tout au long de notre investigation, les fondations d'une future r&#233;volution conservatrice sont d&#233;j&#224; bien &#233;tablies. Au fur et &#224; mesure que s'affirme le rejet d'une identit&#233; politique &#233;motionnellement insatisfaisante, d'un mat&#233;rialisme attis&#233; par la soci&#233;t&#233; de consommation, d'une d&#233;mocratie de plus en plus &#233;loign&#233;e du citoyen, et que s'accro&#238;t la revendication d'un retour aux valeurs traditionnelles, d'une protection accrue contre l'ins&#233;curit&#233; et d'une politique ext&#233;rieure forte, les mouvements politiques &#233;loign&#233;s du consensus d&#233;mocratique gagnent du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci ne concerne pas seulement les radicaux extr&#233;mistes, si d&#233;cri&#233;s, mais plus ou moins marginaux. Cela concerne surtout les nouveaux partis populistes, charismatiques, capables d'user d'un langage politiquement correct en apparence, et rencontrant par leur diction, leur vocabulaire et, surtout, leurs pr&#233;tentions imp&#233;rialistes, le d&#233;sir d'autorit&#233; de l'&#233;lectorat &#8211; comme c'est le cas, par exemple, des n&#233;o-conservateurs am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu du fait que le seul vote des abstentionnistes suffirait &#224; cr&#233;er un poids d&#233;cisif pour les partis qui r&#233;ussiraient &#224; l'activer, le potentiel &#233;lectoral n'a jamais &#233;t&#233; aussi &#233;norme. De plus, la volont&#233; d'une r&#233;forme autoritaire ne se r&#233;duit plus &#224; des citoyens peu inform&#233;s des b&#233;n&#233;fices de la d&#233;mocratie. Elle trouve de plus en plus de partisans au sein m&#234;me des grandes administrations, ainsi que dans le monde de l'&#233;conomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. p. ex. H. M&#252;nkler, &#171; Lahme Dame Demokratie &#187;, Internationale Politik 3, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc douter du fait que le futur r&#233;serve &#224; l'Union europ&#233;enne le privil&#232;ge d'&#233;chapper &#224; ce destin, en apparence d&#233;j&#224; tout trac&#233;, que lui imposerait le paradigme morphologique de la R&#233;publique romaine tardive. D'autant plus qu'&#224; ce point de notre &#233;volution, il semble qu'il n'y ait qu'une seule alternative possible &#224; l'empire europ&#233;en du futur, gu&#232;re attrayante : un retour au nationalisme ou, pire, au r&#233;gionalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel retour &#224; l'id&#233;al traditionnel d'homog&#233;n&#233;it&#233; culturelle et de d&#233;mocratie nationale peut sembler une issue de secours tr&#232;s attrayante pour tous ceux qui sont d&#233;&#231;us des nombreux d&#233;fauts des institutions europ&#233;ennes actuelles. N&#233;anmoins, ceci &#233;quivaudrait &#224; une dissolution implicite de l'Union en tant que force politique et &#224; son d&#233;part d&#233;finitif de la sc&#232;ne internationale &#8211; et on peut douter que m&#234;me des grands &#201;tats comme la France ou l'Allemagne puissent d&#233;velopper &#224; eux seuls un poids politique international comparable &#224; celui de l'Union des 27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De surcro&#238;t, un tel retour &#224; l'&#201;tat-nation ne pourrait, de fait, &#234;tre garanti que par un isolationnisme et donc un appauvrissement &#233;conomique in&#233;vitable, ou bien par la protection politique des nouveaux &#201;tats par un pouvoir h&#233;g&#233;monique ext&#233;rieur comme les &#201;tats-Unis, la Russie ou la Chine, ce qui r&#233;duirait les pays europ&#233;ens au rang de provinces ou de protectorats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me dans ce dernier cas, il serait na&#239;f de croire que l'on pourrait &#233;viter le mod&#232;le de l'ancien monde romain et se lancer dans un renouveau sans analogie historique. Au contraire, si les Europ&#233;ens choisissent d'abandonner l'union et de revenir &#224; l'&#201;tat-nation, ils ne r&#233;aliseront qu'une autre facette du mod&#232;le tardo-r&#233;publicain pr&#233;sent&#233; dans ces pages, et &#233;changeront ainsi la position du dominant &#8211; Rome et l'Italie &#8211; par celle du domin&#233; : les &#201;tats grecs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui lirait superficiellement ces pages me reprochera probablement mon incoh&#233;rence : j'aurais t&#226;ch&#233;, dans ces pages, de d&#233;montrer comme in&#233;vitable la similitude entre l'Union europ&#233;enne et la R&#233;publique romaine, et maintenant, voici que j'accepterais la possibilit&#233; d'une analogie avec les &#201;tats grecs. Mais cette contradiction n'est qu'apparente. Rome et la Gr&#232;ce ne doivent pas &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des soci&#233;t&#233;s ou des mod&#232;les oppos&#233;s, mais plut&#244;t comme deux facettes d'un m&#234;me monde. Ou, pour &#234;tre plus exact, Rome, profond&#233;ment hell&#233;nis&#233;e depuis ses origines, doit &#234;tre vue comme une cit&#233; parmi d'autres en d&#233;pit de son originalit&#233; culturelle. En effet, comme nous le montre l'histoire, son &#233;volution politique et sociale correspond &#224; celle qui caract&#233;risa la plupart des cit&#233;s grecques comparables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, &#224; l'&#233;poque concern&#233;e, Rome &#233;tant devenue la ma&#238;tresse du monde m&#233;diterran&#233;en et le centre structurel d'un ensemble imp&#233;rial, son destin s'est diff&#233;renci&#233; de celui des autres cit&#233;s grecques ou italiques, dont les positions politiques devenaient de moins en moins enviables. Mais cela ne change en rien le fait que, en dehors des probl&#232;mes li&#233;s &#224; la gestion de l'empire, les grandes questions identitaires (d&#233;mographie, famille, syncr&#233;tisme, d&#233;ficit d&#233;mocratique, etc.) y furent autant &#224; l'ordre du jour que dans n'importe quelle autre cit&#233; du monde gr&#233;co-romain. Pour prendre un exemple r&#233;cent : ce n'est pas parce que la Suisse, la Norv&#232;ge ou m&#234;me les &#201;tats-Unis ne font pas partie de l'Union europ&#233;enne qu'ils ne participent pas &#224; la plupart des probl&#232;mes sociaux, culturels, politiques ou &#233;conomiques qui accablent les nations de l'Union et qui r&#233;sultent de l'histoire culturelle de l'Occident, partag&#233;e depuis tant de si&#232;cles. Et si les &#201;tats qui forment aujourd'hui l'Union europ&#233;enne venaient &#224; s'&#233;carter du paradigme romain en ce qui concerne leurs ambitions f&#233;d&#233;ratrices et choisissaient de se s&#233;parer, il est fort &#224; parier qu'ils tomberaient dans le giron d'un ou de plusieurs autres &#201;tats imp&#233;riaux &#8211; la Chine et les &#201;tats-Unis. Ainsi subiraient-ils le sort des peuples domin&#233;s au lieu de celui des dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution serait la m&#234;me que celle de nombreuses cit&#233;s-&#201;tats et petites f&#233;d&#233;rations de la Gr&#232;ce continentale, insulaire et asiatique : soucieux d'acc&#233;der par tous les moyens &#224; l'ind&#233;pendance face au pouvoir mac&#233;donien durant le IIIe si&#232;cle, ces entit&#233;s politiques ne purent devenir des acteurs cr&#233;dibles et efficaces au milieu des tourments du monde hell&#233;nistique et tomb&#232;rent une &#224; une dans le giron du pouvoir romain, tant&#244;t comme client, tant&#244;t comme sujet. Le pouvoir romain, quant &#224; lui, se garda d'abord, selon la vieille devise &lt;i&gt;divide et impera&lt;/i&gt; [diviser pour r&#233;gner], de toucher aux autonomies locales. Alors que Rome s'appr&#234;tait &#224; asseoir sa domination sur la M&#233;diterran&#233;e en d&#233;truisant tour &#224; tour le pouvoir de Carthage, de la Mac&#233;doine et des S&#233;leucides, elle favorisa le morcellement politique de la Gr&#232;ce en proclamant en 196 la &#171; libert&#233; des cit&#233;s grecques &#187; dont elle seule serait le garant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, pendant que l'avenir de la M&#233;diterran&#233;e se jouait &#224; Rome, o&#249; le S&#233;nat tranchait le destin du monde antique et dont les magistrats &#233;taient envoy&#233;s dans des provinces pour y succ&#233;der aux anciens rois, les cit&#233;s grecques se d&#233;chiraient entre elles dans des conflits territoriaux d&#233;risoires. Cela permit &#224; Rome de jouer d'abord &#224; l'arbitre de cette nouvelle Gr&#232;ce &#171; libre &#187; et &#171; autonome &#187;, puis de pr&#233;senter la transformation en province d&#232;s 146 comme seule solution viable &#224; long terme. Certes, une centaine d'ann&#233;es plus tard, la diminution des privil&#232;ges de l'Italie dans le syst&#232;me imp&#233;rial romain et l'accession des &#233;lites grecques au pouvoir r&#233;gional et imp&#233;rial rendit cette domination plus que tol&#233;rable. N&#233;anmoins, le destin du monde se d&#233;cidait d&#233;sormais &#224; Rome et non en Gr&#232;ce. Et ce furent surtout les &#233;lites romaines et la population de la capitale qui b&#233;n&#233;fici&#232;rent largement de la manne de l'Empire, non les habitants de Sparte, d'Ath&#232;nes ou de Corinthe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gionalisme politique ne b&#233;n&#233;ficia donc pas aux Grecs, et leur destin interne ne fut gu&#232;re plus agr&#233;able. Les pouvoirs monarchiques apparurent aux Romains trop importants et potentiellement dangereux. Un gouvernement populaire &#233;tait difficile &#224; contr&#244;ler &#224; cause de ses violentes r&#233;actions patriotiques et de ses nombreux revirements. Les Romains soutinrent donc des syst&#232;mes oligarchiques dans les diff&#233;rents &#201;tats clients. D'un c&#244;t&#233;, parce que c'&#233;tait ce m&#234;me syst&#232;me qui gouvernait Rome ; ils en connaissaient donc le fonctionnement. D'un autre, parce qu'il &#233;tait le plus propice &#224; conserver une certaine loyaut&#233; politique &#224; l'&#233;gard des Romains, garants de la &#171; paix &#187; et donc de la prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique &#8211; cette prosp&#233;rit&#233; dont les masses populaires ne b&#233;n&#233;ficiaient gu&#232;re, si on consid&#232;re les nombreuses r&#233;voltes sociales qui &#233;branl&#232;rent le monde grec au IIe et au Ier si&#232;cle. Une fois de plus, l'oligarchie telle qu'elle &#233;tait exerc&#233;e dans les cit&#233;s grecques ressemblait beaucoup &#224; celle qui gouverna Rome. Mais, alors que l'accession &#224; cette derni&#232;re permit &#224; des hommes politiques comme Cic&#233;ron, un &lt;i&gt;homo novus&lt;/i&gt;, d'influencer le destin de la M&#233;diterran&#233;e, les &#233;lites des cit&#233;s grecques &#233;taient, elles, r&#233;duites aux activit&#233;s &#233;dilitaires et culturelles de leurs petites cit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crainte de voir l'Union europ&#233;enne tomber dans le pi&#232;ge du r&#233;gionalisme politique et de l'&#233;conomie oligarchique comme la Gr&#232;ce au IIe si&#232;cle, et laisser la palme de l'empire &#224; l'une des autres grandes forces politiques contemporaines comme les &#201;tats-Unis, la Russie ou la Chine, est donc bien fond&#233;e. D'une part, en effet, de nombreux &#201;tats de l'Union (la Pologne, l'Espagne ou l'Angleterre) jouent r&#233;guli&#232;rement avec le destin de toute l'institution &#224; des fins &#233;go&#239;stes. Ils se distancient du consensus europ&#233;en et, lors de situations politiques critiques, ils apportent leur appui &#224; des pouvoirs ext&#233;rieurs comme les &#201;tats-Unis, sans doute pour forcer l'Union &#224; racheter leur loyaut&#233; chancelante par la promesse de compensations financi&#232;res, &#233;conomiques ou politiques dans des domaines jusque-l&#224; litigieux. D'autre part, la pression exerc&#233;e par les &#171; agences de notation &#187; &#8211; toutes bas&#233;es en dehors de l'Union &#8211; sur le mode de fonctionnement politique interne de nombreux &#201;tats europ&#233;ens (l'Italie, la Gr&#232;ce ou d'autres) laisse pressentir ce qui pourrait arriver si l'Union europ&#233;enne venait &#224; se dissoudre. T&#244;t ou tard, la dictature de la &#171; stabilit&#233; politique &#187; et de la &#171; croissance r&#233;guli&#232;re &#187; risque de faire dispara&#238;tre toute forme d'expression politique d&#233;mocratique non temp&#233;r&#233;e par des instances oligarchiques, et donc consid&#233;r&#233;e comme trop &#171; changeante &#187;, &#171; instable &#187; et nocive &#224; la &#171; croissance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se demandera donc si le morcellement r&#233;gional et l'asservissement &#233;conomique que subirent les Grecs de l'Antiquit&#233; sont vraiment pr&#233;f&#233;rables au destin imp&#233;rial que v&#233;curent les Romains sous les C&#233;sars. &#192; choisir entre un avenir politique et &#233;conomique exclusivement domin&#233; par des forces ext&#233;rieures &#224; l'Europe, et un destin dont les lignes directrices seraient au moins trac&#233;es par l'autorit&#233; d'une Union europ&#233;enne forte, peu seront ceux qui pr&#233;f&#233;reront la premi&#232;re variante, et ce sans pour autant saluer de plein c&#339;ur la deuxi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a anim&#233; l'Europe depuis la R&#233;volution fran&#231;aise, l'espoir en la libert&#233; et la d&#233;mocratie, dispara&#238;trait de toute mani&#232;re dans les deux cas au profit d'un syst&#232;me antid&#233;mocratique. Mais pour autant que le destin politique de l'Europe se joue en Europe et non ailleurs, et que nous r&#233;alisions vers quel destin notre dynamique culturelle nous porte inexorablement, les Europ&#233;ens garderaient au moins la possibilit&#233; de fa&#231;onner un avenir en ad&#233;quation avec leur pass&#233; culturel et leur dignit&#233; civique &#8211; sans devenir les citoyens d'une multitude de petits &#201;tats-clients d'un futur empire chinois ou nord-am&#233;ricain. Le risque d'une telle &#233;volution est bien r&#233;el, si les int&#233;r&#234;ts nationaux devaient l'emporter sur ceux du continent, mais il n'est pas &#8211; encore &#8211; trop tard&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, par une prise de conscience collective des diverses voies que nous r&#233;serve le futur selon l'analogie avec la chute de la R&#233;publique romaine, le pire &#8211; la guerre civile, comme la connut Rome pendant presqu'un si&#232;cle, ou la d&#233;sint&#233;gration, comme ce fut le destin du monde grec &#8211; pourrait-il &#234;tre &#233;vit&#233;. Acceptons donc comme in&#233;vitable le renforcement du pouvoir central de l'Union europ&#233;enne et favorisons la refonte de sa structure institutionnelle au d&#233;triment du r&#233;gionalisme et du nationalisme. Les dangers d'une domination du politique par les &#171; march&#233;s &#187;, d'une r&#233;volution autoritaire ou d'une guerre interethnique qui se profilent pourraient &#234;tre &#233;vit&#233;s, ou au moins att&#233;nu&#233;s. Se pr&#233;parerait ainsi la gen&#232;se pacifique d'une Europe imp&#233;riale mod&#233;r&#233;e, loin de l'&#233;troitesse chauviniste de l'&#201;tat national anachronique, et des dangers r&#233;els de l'ali&#233;nation de la libert&#233;. Certes, cela n'irait pas sans un abandon de l'id&#233;al universaliste et sans un retour aux valeurs traditionnelles des Europ&#233;ens. Elle se caract&#233;riserait par l'introduction d'un gouvernement central fort, port&#233; par les citoyens et non par les gouvernements nationaux et par l'adoption d'une politique ext&#233;rieure claire et ind&#233;pendante de celle des autres pouvoirs. Enfin, surtout, par une r&#233;duction de l'influence des &#201;tats nationaux dans les prises de d&#233;cision en mati&#232;re de politique ext&#233;rieure et int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il pour autant saluer le revirement autoritaire qui semble de plus en plus in&#233;vitable et risque de renverser le processus d'&#233;mancipation de l'individu ? Non. Mais ce n'est pas une raison pour fermer les yeux devant la r&#233;alit&#233; d'une crise identitaire qui est en train de changer la face du continent &#224; tout jamais. &#171; Mourir pour Dantzig ? &#187; &#8211; telle &#233;tait la parole d&#233;faitiste de ceux qui refusaient d'accepter qu'une guerre mondiale venait d'&#233;clater. Nous connaissons tous la suite de l'histoire. Aujourd'hui, presqu'un si&#232;cle plus tard, en plein milieu d'une crise sans pr&#233;c&#233;dent du syst&#232;me universaliste et au milieu de la ruine &#233;conomique de tout un continent, qui voudra encore &#171; Mourir pour la d&#233;mocratie ? &#187;,si d'autres syst&#232;mes politiques pouvaient garantir la stabilit&#233; politique et la survie mat&#233;rielle qui nous &#233;chappent de plus en plus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les analogies discut&#233;es dans cet ouvrage s'av&#232;rent exactes, ce n'est probablement qu'&#224; ce prix que serait assur&#233;e une transition &#233;quilibr&#233;e vers l'&#233;laboration d'une identit&#233; europ&#233;enne &#224; la fois ancr&#233;e dans le patrimoine culturel et moral et dans les exigences politiques du monde moderne &#8211; un genre de transition calme et ordonn&#233;e vers les bienfaits que connut la M&#233;diterran&#233;e sous le r&#232;gne des empereurs du IIe si&#232;cle apr. J.-C. qui, en d&#233;pit de l'abandon de l'id&#233;al d&#233;mocratique, &#233;tait qualifi&#233; par Edward Gibbon de &#171; plus heureuse et plus productive p&#233;riode de l'histoire humaine &#187;. Est-ce l&#224; du pessimisme ? Sans doute. Mais il y a des &#233;poques dans l'histoire humaine o&#249; tout &#171; optimisme &#187; n'est que l&#226;chet&#233; et aveuglement irresponsable, alors que le &#171; pessimisme &#187; permet de faire face &#8211; honorablement &#8211; &#224; l'in&#233;vitable&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb16-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le lecteur aura devin&#233; que l'auteur de ces pages est persuad&#233; que la chute de la R&#233;publique romaine et sa transformation en un syst&#232;me autoritaire &#233;tait in&#233;vitable ; n&#233;anmoins, signalons simplement que la controverse &#224; ce sujet fait (et fera toujours) rage parmi les historiens et se cristallise surtout dans la discussion sur la personnalit&#233; de C&#233;sar. Certains, comme Christian Meier, estiment que C&#233;sar &#233;tait un acteur politique soumis, au fond, au contexte contemporain d'une R&#233;publique dont la chute aurait &#233;t&#233; in&#233;vitable ; d'autres, comme Werner Dahlheim ou Klaus Martin Girardet, voient dans C&#233;sar un des facteurs importants sans lesquels la R&#233;publique aurait pu survivre ; d'autres encore, comme M. Gelzer, &lt;i&gt;Caesar. Der Politiker und Siaatsmann&lt;/i&gt;, Wiesbaden, 1960 (6e &#233;d. corr.) dans la suite de Mommsen, attribuent &#224; C&#233;sar une vision souveraine de l'histoire et le consid&#232;rent comme celui qui aurait balay&#233; une R&#233;publique romaine inefficace et corrompue pour la transformer en un syst&#232;me monarchique performant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Su&#233;tone, &lt;i&gt;Vita Diui Augusti,&lt;/i&gt; 58. &#171; Le surnom de P&#232;re de la patrie lui fut donn&#233; d'un consentement soudain et universel. Les pl&#233;b&#233;iens lui envoy&#232;rent &#224; ce sujet une d&#233;putation &#224; Antium. Malgr&#233; son refus, une foule nombreuse et couronn&#233;e de lauriers lui offrit encore cette distinction &#224; Rome, au moment o&#249; il entrait au spectacle ; et le S&#233;nat la confirma bient&#244;t, non par un d&#233;cret ni par acclamation, mais par l'organe de Val&#233;rius Messala, (2) qui, portant la parole pour tous, lui dit : 'C&#233;sar Auguste, en te souhaitant &#224; toi et &#224; ta maison ce qui peut tourner &#224; ton bonheur et &#224; son avantage, nous confondons ensemble l'&#233;ternelle f&#233;licit&#233; de la R&#233;publique et la prosp&#233;rit&#233; de ta famille. Le S&#233;nat, d'accord avec le peuple romain, te salue P&#232;re de la patrie.' (3) Auguste, les larmes aux yeux, r&#233;pondit en ces termes que j'ai conserv&#233;s ainsi que ceux de Messala : 'S&#233;nateurs, mes v&#339;ux sont accomplis. Que pourrai-je encore demander aux dieux immortels, sinon qu'ils vous maintiennent dans de tels sentiments pour moi jusqu'&#224; la fin de ma vie ?' &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Outre les cas bien plus graves des relations difficiles entre Tib&#232;re, Caligula ou N&#233;ron avec le S&#233;nat, on pensera ici &#233;galement &#224; l'anecdote selon laquelle Auguste se voyait r&#233;guli&#232;rement contraint de quitter le S&#233;nat au milieu des discussions pour contr&#244;ler sa col&#232;re quand on le contredisait : Su&#233;t., &lt;i&gt;Aug&lt;/i&gt;. 54.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. p. ex. H. M&#252;nkler, &#171; Lahme Dame Demokratie &#187;, &lt;i&gt;Internationale Politik&lt;/i&gt; 3, Mai/Juni 2010, S. 10 - 17 : &#171; Outre la volont&#233; populiste 'd'un petit peu de dictature', il y a le souhait administratif de 'solutions bonapartistes' qui &#233;merge toujours de l'auto-blocage de l'&#201;tat de droit d&#233;mocratique, quand la r&#233;alisation concr&#232;te des d&#233;cisions est toujours boycott&#233;e avec d'autres moyens juridiques, ou quand le groupe d'int&#233;r&#234;t oppos&#233; poss&#232;de la m&#234;me force, provoquant ainsi la non-solution syst&#233;matique des probl&#232;mes. [&#8230;] Cette conception d'une action bureaucratique d&#233;politis&#233;e, purement orient&#233;e vers les choses, est le souhait de tous ceux qui croient avoir de l'influence sur l'administration ou qui partagent ses int&#233;r&#234;ts. Ainsi, les supporteurs des pleins pouvoirs dictatoriaux se recrutent parmi ceux qui esp&#232;rent pouvoir en profiter. Si des managers et des industriels parlent de la Chine avec des yeux luisants, ils ne le font pas parce qu'ils seraient devenus des communistes ou parce qu'ils admireraient la sagesse d'un parti unique dans la gestion de l'&#201;tat, mais parce qu'ils croient pouvoir acc&#233;der eux-m&#234;mes plus vite au pouvoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tiers Monde, tiers-mondisme, d&#233;mocratie</title>
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		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
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		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>

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&lt;p&gt;Intervention au cours du colloque &#171; Le tiers-mondisme en question &#187; organis&#233; par Libert&#233; sans fronti&#232;res, le 24 janvier 1985, repris dans &#171; Domaines de l'homme. Les carrefours du labyrinthe Tome 2 &#187;, Seuil 1999 [1986], pp. 128 &#8212; 137. Je n'ai pas l'intention, contrairement &#224; ce qu'a annonc&#233; le pr&#233;sident de s&#233;ance, d'entrer dans un d&#233;bat contradictoire avec M. Revel. Je pr&#233;senterai seulement quelques r&#233;flexions, g&#233;n&#233;rales et br&#232;ves, sur la question du Tiers Monde et du tiers-mondisme. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention au cours du colloque &#171; Le tiers-mondisme en question &#187; organis&#233; par Libert&#233; sans fronti&#232;res, le 24 janvier 1985, repris dans &#171; Domaines de l'homme. Les carrefours du labyrinthe Tome 2 &#187;, Seuil 1999 [1986], pp. 128 &#8212; 137.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je n'ai pas l'intention, contrairement &#224; ce qu'a annonc&#233; le pr&#233;sident de s&#233;ance, d'entrer dans un d&#233;bat contradictoire avec M. Revel. Je pr&#233;senterai seulement quelques r&#233;flexions, g&#233;n&#233;rales et br&#232;ves, sur la question du Tiers Monde et du tiers-mondisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je voudrais d'abord, pour &#233;viter les malentendus, dire en deux mots d'o&#249; je parle. Je parle comme quelqu'un qui a critiqu&#233; le totalitarisme bureaucratique russe depuis 1945, e les bureaucraties coloniales d'ob&#233;dience communiste d&#232;s qu'elles sont apparues. J'ai men&#233; cette critique au nom et &#224; partir d'un projet politique de transformation sociale dont le contenu essentiel est l'autogouvemement effectif de la soci&#233;t&#233;, articul&#233; dans et par l'autogouvernement des groupes qui la composent &#8211; groupes de producteurs, groupes locaux, etc. Ce projet est toujours le mien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une discussion comme celle qui se d&#233;roule ici, il y a &#233;videmment des pr&#233;suppos&#233;s lourds qui sont, inutile de se le cacher, philosophiques aussi bien que politiques : ils concernent la vue qu'on a de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu en Europe moderne deux vues de l'histoire de l'humanit&#233;, qui forment encore aujourd'hui le noyau des deux id&#233;ologies dominantes, et qui ne sont, au fond, que deux faces du m&#234;me : deux faces du m&#234;me, car les deux invoquent une &#233;volution, un progr&#232;s, comme une tendance immanente, quoi qu'il arrive, de l'histoire humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la premi&#232;re de ces vues, la vue lib&#233;rale, la plus ancienne historiquement, il existe une tendance naturelle de l'&#234;tre humain vers la plus grande libert&#233;, la reconnaissance des droits d'autrui, la d&#233;mocratie. L'histoire conduit, ou doit conduire, vers un &#233;tat canonique de la soci&#233;t&#233;, la r&#233;publique &#171; repr&#233;sentative &#187; plus le march&#233; libre et la concurrence des producteurs, qui assure en m&#234;me temps l'exercice par l'homme de ses droits &#171; naturels &#187; et &#171; inali&#233;nables &#187;. Typiquement et en g&#233;n&#233;ral &#8211; il y a certes des exceptions &#8211; cette vue ne se contente pas de proposer cette forme de soci&#233;t&#233; comme &#171; bonne soci&#233;t&#233; &#187; ou d'appeler &#224; lutter pour les droits de l'homme ; elle affirme qu'il s'agit de la forme vers laquelle l'histoire tend de mani&#232;re intrins&#232;que. On peut le v&#233;rifier chez des penseurs aussi &#233;loign&#233;s l'un de l'autre que Kant, pour qui l'&lt;i&gt;Aufkl&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#228;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rung&lt;/i&gt; est un moment oblig&#233; de l'histoire universelle, et Tocqueville, qui voit la tendance vers l'&#233;galit&#233; dominer toute l'&#233;poque moderne et surmonter invinciblement tous les obstacles qu'elle peut rencontrer, &#233;galit&#233; qui, dit-il, correspond sans doute &#224; un dessein de la Providence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la deuxi&#232;me vue, la vue marxiste, l'affirmation est beaucoup plus claire et ferme : l'histoire se d&#233;veloppe vers des formes toujours plus &#233;lev&#233;es. Ce &#171; toujours plus &#187; revient de fa&#231;on obsessionnelle, &#224; propos de tout, chez Marx comme chez L&#233;nine. Dans ce d&#233;veloppement, on le sait, le facteur d&#233;terminant n'est pas une tendance vers un r&#233;gime politique, mais l'accroissement des forces productives et la succession des modes de production. Les r&#233;gimes politiques ne sont qu'une cons&#233;quence. La domination du capitalisme &#224; l'&#233;poque moderne n'appara&#238;t pas alors comme ce qu'elle est, &#224; savoir cr&#233;ation arbitraire d'une humanit&#233; particuli&#232;re, mais comme phase fatale de tout le mouvement historique, fatale et bienvenue &#224; la fois, puisque c'est le mode de production qui assure la productivit&#233; et l'efficience maximales, et qui, arrachant les hommes aux conditions traditionnelles de vie, &#224; leurs horizons particuliers born&#233;s, &#224; leurs superstitions de tous ordres, les oblige &#224; regarder &#171; avec des sens sobres les conditions de leur vie et leurs rapports avec leurs semblables &#187; (Marx). Ce capitalisme, en fonction de ses &#171; contradictions internes &#187;, est gros d'une r&#233;volution socialiste, qui transformera le mode de production mais aussi, par surcro&#238;t et comme par miracle, r&#233;alisera toutes les aspirations de l'humanit&#233;. De cette r&#233;volution, le capitalisme engendre l'agent et le porteur, le prol&#233;tariat. Mais, dans la version du marxisme qui s'av&#232;re la seule historiquement efficace, le l&#233;ninisme, le prol&#233;tariat est remplac&#233; par le Parti, qui poss&#232;de la conscience socialiste et l'inculque au prol&#233;tariat, qui en tout cas dirige celui-ci et, moyennant sa pr&#233;tendue possession de la &#171; vraie th&#233;orie &#187;, est juge en derni&#232;re instance de ce qui est &#224; faire et &#224; ne pas faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, on le sait, apr&#232;s une certaine p&#233;riode, le prol&#233;tariat cesse de se manifester comme un facteur r&#233;volutionnaire, et appara&#238;t comme de plus en plus int&#233;gr&#233; dans la soci&#233;t&#233; capitaliste. Les espoirs mis par les r&#233;volutionnaires ou certains id&#233;ologues dans le prol&#233;tariat s'affaiblissent ou s'&#233;vanouissent. Cependant, au lieu d'une analyse et d'une critique de la nouvelle situation du capitalisme, ces espoirs sont purement et simplement report&#233;s ailleurs. C'est cela l'essence de ces op&#233;rations supr&#234;mement d&#233;risoires qu'ont &#233;t&#233;, pour les intellectuels d'&lt;i&gt;ici&lt;/i&gt;, le fanonisme, le tiers-mondisme &#171; r&#233;volutionnaire &#187;, le gu&#233;varisme, etc. Et ce n'est &#233;videmment pas un hasard si elles ont eu l'appui de ce paradigme de confusionnisme politique qu'a &#233;t&#233; Sartre, ou d'autres scribes mineurs qui depuis ont, du reste, compl&#232;tement retourn&#233; leur veste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Op&#233;rations d&#233;risoires car elles consistent &#224; simplement reprendre le sch&#233;ma de Marx, en enlever le prol&#233;tariat industriel et lui substituer les paysans du Tiers Monde. Indigence th&#233;orique, absence de toute r&#233;flexion : quelles que soient les critiques que l'on peut adresser &#224; Marx, s'il imputait un r&#244;le r&#233;volutionnaire au prol&#233;tariat c'&#233;tait en vertu de certaines caract&#233;ristiques qu'&#224; tort ou &#224; raison il lui reconnaissait, caract&#233;ristiques qui d&#233;coulent pr&#233;cis&#233;ment de son &#171; &#233;ducation &#187; par la grande industrie et la vie urbaine. Cette substitution ill&#233;gitime ne pouvait avoir aucun r&#233;sultat, si ce n'est &#8211; et c'est l&#224; un aspect essentiel de la question &#8211; de servir de couverture id&#233;ologique &#224; une cat&#233;gorie sociale particuli&#232;re des pays sous-d&#233;velopp&#233;s dans sa marche vers le pouvoir : ces micro-couches ou sous-couches sociales form&#233;es par les &#233;tudiants, les intellectuels, les aspirants &#171; cadres politiques &#187; de ces pays, qui y trouv&#232;rent &#8211; comme elles continuent &#224; trouver dans un marxisme vulgaire et ab&#226;tardi &#8211; un instrument id&#233;ologique pour constituer des organisations sur un mod&#232;le militaro-l&#233;niniste et lutter pour le pouvoir, dont elles se sont empar&#233;es d'ailleurs dans trois ou quatre cas tr&#232;s notoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pense pas utile de revenir ni sur la critique th&#233;orique du marxisme ni sur l'analyse de la r&#233;alit&#233; des r&#233;gimes &#171; marxistes-l&#233;ninistes &#187;. Je pr&#233;sume que tout le monde ici est au clair quant &#224; la r&#233;alit&#233; de la Russie, de la Chine, de Cuba, du Vietnam, de l'&#201;thiopie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, il me para&#238;t indispensable de ramener la discussion &#224; l'autre point, le lib&#233;ralisme. Car, en vertu d'un de ces mouvements pendulaires fonci&#232;rement irrationnels et h&#233;las trop fr&#233;quents dans l'histoire, on assiste &#224; un pur et simple retour dans l'autre direction, comme si la faillite du marxisme &#171; prouvait &#187; que le lib&#233;ralisme est le r&#233;gime id&#233;al ou le seul possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ici pour discuter du Tiers Monde, et je ne m'attarderai pas sur la question du &#171; lib&#233;ralisme &#187; et de l'&#171; individualisme &#187; (termes sous lesquels se cachent d'innombrables malentendus et fallaces) dans les pays riches. Je constate simplement que des r&#233;publiques repr&#233;sentatives ont &#233;t&#233;, formellement, instaur&#233;es dans la plupart des pays d'Am&#233;rique latine depuis plus d'un si&#232;cle et demi et dans le reste de ces pays depuis environ un si&#232;cle. Aussi, que l'Inde depuis son ind&#233;pendance est une r&#233;publique parlementaire. Enfin, que les pays africains, au moment de la d&#233;colonisation, se sont dot&#233;s, &#224; une ou deux exceptions pr&#232;s, de constitutions calqu&#233;es sur les mod&#232;les europ&#233;ens. Et je constate aussi que dans tous ces cas les r&#233;gimes qu'en Europe et en Am&#233;rique du Nord on appelle d&#233;mocratiques, &#224; savoir les r&#233;gimes d'oligarchie lib&#233;rale, n'ont jamais pu y prendre racine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps avant la CIA et les multinationales, les dictatures militaires ou autres occupaient une place de choix dans l'histoire politique de l'Am&#233;rique latine, et les constitutions lib&#233;rales y ont coexist&#233;, &#224; une ou deux exceptions pr&#232;s, avec une situation quasi f&#233;odale, sinon pis, dans les campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Inde a v&#233;cu depuis 1947, &#224; part une br&#232;ve interruption, sous un r&#233;gime de r&#233;publique parlementaire, avec une Constitution garantissant les droits de l'homme, etc. Mais un r&#233;gime de castes aussi rigide que par le pass&#233; est toujours en place, de sorte qu'il y a toujours des parias, lesquels n'entreprennent aucune lutte r&#233;volutionnaire et aucune campagne politique de masse pour modifier par la loi leur situation, mais, dans les cas &#8211; rarissimes &#8211; o&#249; ils veulent par-dessus tout cesser d'&#234;tre des parias, ils embrassent l'islam, parce que l'islam ne conna&#238;t pas les castes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'Afrique, on en conna&#238;t la d&#233;solation. L&#224; o&#249; les apparences &#171; constitutionnelles &#187; sont maintenues, la &#171; d&#233;mocratie &#187; est une farce ; ailleurs, tout est trag&#233;die. L'Europe a fait beaucoup de cadeaux &#224; l'Afrique (mais non pas la traite des esclaves, cadeau des Arabes &#8211; monoth&#233;istes . encore plus rigoureux que les chr&#233;tiens). Entre autres.sa division en pr&#233;tendues nations, d&#233;finies par des m&#233;ridiens et des parall&#232;les. Ensuite, des Jeeps et des mitraillettes moyennant lesquelles un sergent quelconque peut s 'emparer du pouvoir et proclamer une r&#233;volution populaire socialiste pendant qu'il massacre une bonne partie de ses compatriotes ; des t&#233;l&#233;visions aussi, qui permettent &#224; ce m&#234;me sergent ou &#224; ses coll&#232;gues d'abrutir la population. Elle lui a aussi fait cadeau de &#171; Constitutions &#187; &#8211; et de beaucoup de machines industrielles. Mais elle n'a pas pu lui faire cadeau du capitalisme, ni de r&#233;gimes politiques lib&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le capitalisme, comme syst&#232;me productif/&#233;conomique, n'est pas simplement exportable, et le r&#233;gime d'oligarchie lib&#233;rale, fallacieusement appel&#233; &#171; d&#233;mocratie &#187; n'est pas exportable non plus. Aucune tendance immanente ne pousse les soci&#233;t&#233;s humaines vers la &#171; rationalisation &#187; &#224; outrance de la production au d&#233;triment de tout le reste, ni vers des r&#233;gimes politiques acceptant certaines formes ouvertes de conflit intestin et assurant certaines libert&#233;s. Cr&#233;ations historiques, ces deux formes n'ont rien de fatal et leur concomitance historique est, elle aussi, amplement contingente. Le capitalisme, comme syst&#232;me productif/&#233;conomique, pr&#233;suppose en m&#234;me temps qu'il exprime une &lt;i&gt;mutation anthropologique&lt;/i&gt; survenue dans &lt;i&gt;certains&lt;/i&gt; pays d'Europe occidentale, et que les colons de &lt;i&gt;certaines&lt;/i&gt; colonies de peuplement ont emport&#233;e, sur la semelle de leurs souliers. Mais cette mutation n'est pas n&#233;cessairement contagieuse. Elle &lt;i&gt;peut&lt;/i&gt; l'&#234;tre : le Japon en est &#233;videmment l'exemple extr&#234;me, comme les pays sub-sahariens l'exemple extr&#234;me du contraire. Et le capitalisme adopt&#233; &lt;i&gt;n'entra&#238;ne&lt;/i&gt; pas un r&#233;gime politique lib&#233;ral &#8211; comme le montre le Japon encore de 1860 &#224; 1945, ou la Cor&#233;e du Sud depuis la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pas davantage ne sont exportables les r&#233;gimes d'oligarchie lib&#233;rale. Pourquoi parler d'oligarchie lib&#233;rale l&#224; o&#249; journalistes, politiciens et &#233;crivains irr&#233;fl&#233;chis parlent de d&#233;mocratie ? Parce que d&#233;mocratie signifie le pouvoir du &lt;i&gt;d&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;mos&lt;/i&gt;, du peuple, et que ces r&#233;gimes se trouvent sous la domination politique de couches particuli&#232;res : grands financiers et industriels, bureaucratie manag&#233;riale, haute bureaucratie &#233;tatique et politique, etc. Certes, la population y a des droits ; certes, ces droits ne sont pas &#171; simplement formels &#187;, comme on l'a dit stupidement, ils sont seulement partiels. Mais la population n'a pas le pouvoir : elle ne gouverne ni ne contr&#244;le le gouvernement ; elle ne fait ni la loi ni les lois ; elle ne juge pas. Elle peut p&#233;riodiquement sanctionner la partie apparente &#8211; &#233;merg&#233;e &#8211; des gouvernants par les &#233;lections &#8211; c'est ce qui s'est pass&#233; en France en 1981 &#8211;, mais pour ramener au pouvoir d'autres de la m&#234;me farine &#8211; c'est ce qui va se passer probablement en France dans quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces soci&#233;t&#233;s, les institutions comportent une forte &lt;i&gt;composante&lt;/i&gt; d&#233;mocratique ; mais celle-ci n'a pas &#233;t&#233; engendr&#233;e par la nature humaine ni octroy&#233;e par le capitalisme ni entra&#238;n&#233;e n&#233;cessairement par le d&#233;veloppement de celui-ci. Elle est l&#224; comme r&#233;sultat r&#233;manent, s&#233;dimentation de luttes et d'une histoire qui ont dur&#233; plusieurs si&#232;cles. Parmi ces institutions, la plus importante est le type anthropologique du citoyen europ&#233;en : cr&#233;ation historique d'un type d'individu inconnu ailleurs, qui peut mettre en question la repr&#233;sentation d&#233;j&#224; institu&#233;e, et g&#233;n&#233;ralement religieuse, du monde, qui peut contester l'autorit&#233; existante, penser que la loi est injuste et le dire, qui veut et qui peut agir pour la changer et pour participer &#224; la d&#233;termination de son sort. C'est cela qui, par excellence, n'est pas exportable ni ne peut appara&#238;tre du jour au lendemain dans une culture autre, dont les pr&#233;suppos&#233;s anthropologiques institu&#233;s sont diam&#233;tralement oppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement d&#233;mocratique, ou &#233;mancipateur, ou r&#233;volutionnaire, est une cr&#233;ation historique qui surgit une premi&#232;re fois en Gr&#232;ce ancienne, dispara&#238;t pendant longtemps, resurgit sous des formes et avec des contenus modifi&#233;s en Europe occidentale depuis la fin du haut Moyen &#194;ge. Il n'exprime aucune nature humaine, aucune tendance immanente ou loi de l'histoire. Il ne constitue pas non plus, malheureusement, un catalyseur ou une enzyme qui, instill&#233; en quantit&#233; infinit&#233;simale dans n'importe quelle soci&#233;t&#233;, la ferait in&#233;luctablement &#233;voluer vers la mise en question de ses institutions traditionnelles. Cela est certes possible, mais nullement n&#233;cessaire. En particulier, les cas de l'Inde, du monde musulman et m&#234;me de la Russie semblent illustrer l'obstacle quasi insurmontable que constitue pour la naissance et le d&#233;veloppement d'un tel mouvement l'adh&#233;sion continu&#233;e d'une population &#224; une religion, ou ses effets r&#233;manents, &lt;i&gt;en l'absence&lt;/i&gt; de facteurs d'un autre type qui la contrebalancent. &#192; l'autre bout du spectre des possibles, il a suffi que la terreur &#233;tatique se rel&#226;che un peu pour qu'&#224; P&#233;kin le Mur de la d&#233;mocratie se couvre de &lt;i&gt;dazibaos&lt;/i&gt; contestataires. Et c'est dans le m&#234;me sens que vont plusieurs &#233;volutions r&#233;centes en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous affirmons que,&lt;i&gt; pour nous&lt;/i&gt;, tous les peuples et tous les individus ont les m&#234;mes droits &#224; la libert&#233;, &#224; la recherche de la justice, &#224; la r&#233;alisation de ce qu'ils consid&#232;rent comme le bien-&#234;tre. Je dis bien &lt;i&gt;pour nous &lt;/i&gt; : car ce n'est pas le cas du fid&#232;le d'une religion &#224; pros&#233;lytisme et &#8211; pour prendre l'exemple pr&#234;tant le moins &#224; controverse &#8211; certainement pas le cas d'un vrai musulman, si du moins il est fid&#232;le aux prescriptions du Coran. Et dans ce &lt;i&gt;pour nous&lt;/i&gt; se trouve tout le paradoxe de notre situation. Car la n&#244;tre est, depuis H&#233;rodote, la premi&#232;re et la seule culture affirmant que toutes les cultures ont, en tant que telles, les m&#234;mes droits. Et sans doute aussi, &lt;i&gt;pour nous&lt;/i&gt;, c'est l&#224; un point o&#249; les autres cultures sont vraiment en d&#233;faut par rapport &#224; la n&#244;tre. &lt;i&gt;Mais aussi&lt;/i&gt;, le contenu de notre culture nous impose de juger n&#233;gativement (et de condamner) des cultures et des r&#233;gimes qui torturent, tuent ou emprisonnent sans juste proc&#232;s ; ou qui admettent la mutilation parmi les peines l&#233;gales ; ou pers&#233;cutent ceux qui n'appartiennent pas &#224; une religion officielle ; ou qui tol&#232;rent et encouragent des pratiques comme l'excision et l'infibulation des femmes. Et c'est ici aussi que le vide du &#171; lib&#233;ralisme &#187;, de l'&#171; individualisme &#187; et plus g&#233;n&#233;ralement des &#171; th&#233;ories des droits de l'homme &#187; devient manifeste. Car certes le premier de ces droits (et la pr&#233;supposition de tout droit et de tout discours sur les droits) est le droit de l'homme d'instituer une culture ou d'adh&#233;rer &#224; une culture existante. Que faut-il donc dire devant des institutions de la soci&#233;t&#233; qui jouissent de l'adh&#233;sion des populations mais comportent des aspects &#224; nos yeux monstrueux ? Bien entendu cette adh&#233;sion est fabriqu&#233;e par l'institution d&#233;j&#224; existante de la soci&#233;t&#233; ; et alors ? Faudra-t-il donc, ces gens qui ont int&#233;rioris&#233;, certes sans aucun libre choix, le r&#233;gime des castes, les &#171; forcer &#224; &#234;tre libres &#187; ? Je pense qu'une des fonctions contemporaines du simple discours sur les &#171; droits de l'homme &#187; et l'&#171; individualisme &#187; est de dissimuler une fuite devant la responsabilit&#233; politique et historique. Responsabilit&#233; qui consiste &#224; pouvoir affirmer fortement que &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; ne voulons pas, ni ici ni ailleurs, d'une soci&#233;t&#233; o&#249; l'on coupe les mains des voleurs, et cela en fonction d'une option politique ultime et radicale qu'il ne peut &#234;tre question de &#171; fonder &#187; (sur quoi ?), mais dont nous, et ce que nous sommes et ce que nous faisons, sommes les t&#233;moins et les fragilissimes garants, pour notre salut et pour notre damnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dira-t-on, ce sont l&#224; subtilit&#233;s secondaires lorsque &#171; notre &#187; propre soci&#233;t&#233; s'appr&#234;te peut-&#234;tre &#224; d&#233;truire la vie sur Terre, et par ailleurs la d&#233;truit constamment &#224; petit feu. Certes oui, en un sens. C'est ce qui m'am&#232;ne au point central de cette conclusion : il est vain et oiseux de discuter de nos attitudes face aux pays du Tiers Monde, lorsque dans nos propres pays r&#232;gne le vide politique total que nous connaissons aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons et devons exercer notre critique &#224; l'&#233;gard des gouvernements et des r&#233;gimes du Tiers Monde, comme &#224; l'&#233;gard des n&#244;tres ; nous pouvons et devons tenter d'&#233;lucider les questions, pour &#171; nous &#187; comme pour &#171; eux &#187;, et diffuser des id&#233;es ; nous pouvons et devons soutenir les mouvements que nous jugeons d&#233;mocratiques et &#233;mancipateurs dans les pays du Tiers Monde. Mais, actuellement, nous ne pouvons pas &#171; avoir une politique &#187; &#224; leur &#233;gard. Car &#8211; c'est un truisme &#8211; celle-ci rel&#232;ve des gouvernements, et ceux-ci sont ce qu'ils sont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, &#224; la question : quelles sont donc les conclusions politiques de tout ce que vous venez de dire ? on ne peut r&#233;pondre que par une autre question : les conclusions &lt;i&gt;pour qui&lt;/i&gt; ? &lt;i&gt;Qui&lt;/i&gt; fait cette politique ? Nous ne sommes pas les gouvernements, et les gouvernements suivent des politiques d&#233;termin&#233;es par de tout autres consid&#233;rations. On pourrait dire par exemple : pas d'aide, en de&#231;&#224; d'un &#233;tiage donn&#233; de libert&#233;s politiques (ce qui n'est nullement &#233;vident : fallait-il, faut-il, en fonction de Mengistu, laisser mourir de faim &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; les &#201;thiopiens &#8211; ou envoyer de l'aide, m&#234;me sachant que les quatre cinqui&#232;mes en seraient d&#233;tourn&#233;s par le r&#233;gime et ses hommes ?). Mais &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; appliquerait cette r&#232;gle ? Peut-on oublier que bon nombre de tortionnaires sud-am&#233;ricains ont &#233;t&#233; &#171; &#233;duqu&#233;s &#187; par la CIA dans les installations de la &#171; plus grande d&#233;mocratie du monde &#187; ? Ou que la France, giscardienne aussi bien que&#171; socialiste &#187;, porte &#224; bout de bras en Afrique des r&#233;gimes de terreur et de corruption int&#233;grales ? Et croit-on que l'une ou l'autre de ces questions pourraient, actuellement, devenir des enjeux politiques domestiques aux &#201;tats-Unis ou en France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi longtemps que la d&#233;mission politique actuelle des peuples occidentaux continue, toute tentative de r&#233;ponse &lt;i&gt;politique effective&lt;/i&gt; de notre part aux probl&#232;mes du Tiers Monde est, au mieux, utopique, au pire, couverture non consciente et non voulue de politiques r&#233;elles sans rapport avec les int&#233;r&#234;ts du Tiers Monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Big Mother : D&#233;mocratie et n&#233;vrose</title>
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&lt;p&gt;Premi&#232;re partie disponible ici (.../...) D&#233;mocratie et n&#233;vrose Assistons-nous, sous la bonne, trop bonne, emprise de Big Mother, &#224; la &#171; chute d'&#201;ros &#187;, au triomphe de l'id&#233;e individualiste qu'avec l'autre commence l'enfer (Sartre aurait raison), et que mieux vaut &#233;conomiser son capital narcissique, plut&#244;t que de tenter de se lier &#224; autrui dans l'amour ou le d&#233;sir ? Peut-&#234;tre est en train de s'effacer ce que nous rappellent les trois si&#232;cles de th&#233;&#226;tre ou de romans que la psychanalyse (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-260-Schneider-M-+" rel="tag"&gt;Schneider M.&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1048-Big-Mother-Le-pouvoir-et-l' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;mocratie et n&#233;vrose&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assistons-nous, sous la bonne, trop bonne, emprise de &lt;i&gt;Big Mother&lt;/i&gt;, &#224; la &#171; chute d'&#201;ros &#187;, au triomphe de l'id&#233;e individualiste qu'avec l'autre commence l'enfer (Sartre aurait raison), et que mieux vaut &#233;conomiser son capital narcissique, plut&#244;t que de tenter de se lier &#224; autrui dans l'amour ou le d&#233;sir ? Peut-&#234;tre est en train de s'effacer ce que nous rappellent les trois si&#232;cles de th&#233;&#226;tre ou de romans que la psychanalyse n'a fait que redire dans un autre langage : la chose humaine est la chose sexuelle. Car, la r&#233;alit&#233;, c'est les autres. Et le r&#233;el s'articule au sym&#173;bolique dans la diff&#233;rence des sexes. Comment d&#233;crire le nouveau &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt; &#224; une &#233;poque o&#249; ce n'est plus, comme le pensait Freud, la r&#233;pression des comportements sexuels qui explique la difficult&#233; de vivre en soci&#233;t&#233;, mais peut-&#234;tre au contraire l'absence de normes et de r&#232;gles dans une soci&#233;t&#233; ostensiblement per&#173;missive ? Appara&#238;t sous nos yeux non un malaise &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la civilisation, caus&#233; par les contraintes qu'elle impose aux pulsions, mais un malaise &lt;i&gt;sans&lt;/i&gt; la civilisation, o&#249; les inhi&#173;bitions dominent les pathologies actuelles. Autrefois n&#233;vros&#233;s parce qu'il y avait trop de p&#232;re, nous devien&#173;drions &#224; pr&#233;sent psychotiques parce qu'il n'y en a plus assez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie est travaill&#233;e par les m&#233;canismes contraires de la n&#233;vrose et de la psychose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dany-Robert Dufour, Folie et d&#233;mocratie, essai sur la forme unaire, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour reprendre cette distinction de Benjamin Constant, &#171; la libert&#233; des anciens &#187; favorise la n&#233;vrose, et la &#171; libert&#233; des modernes &#187; la psychose. Pour simplifier, le sujet se sentait coupable, l'individu se croit victime. Le conflit, l'hon&#173;neur, la faute, la sanction, la culpabilit&#233;, toutes cat&#233;gories relevant de l'ordre traditionnel, sont au c&#339;ur du drame n&#233;vrotique que Freud d&#233;finit comme contradiction entre le moi et le &#231;a. Dans ce conflit, le premier, par all&#233;&#173;geance &#224; la r&#233;alit&#233;, tente de sacrifier une partie du second (&#171; le moi, au service de la r&#233;alit&#233;, proc&#232;de au refoule&#173;ment d'une motion pulsionnelle &#187;, &#233;crit-il&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, &#171; La perte de la r&#233;alit&#233; dans la n&#233;vrose et dans la psychose &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). En revanche, les d&#233;mocraties de masse, fonctionnant selon l'apaise&#173;ment, l'&#233;galit&#233;, l'irresponsabilit&#233;, la pr&#233;vention et la victi&#173;misation, voient se d&#233;velopper des pathologies-limites o&#249; la perte de r&#233;alit&#233; propre &#224; la psychose joue un r&#244;le cen&#173;tral. Alors, &#171; le moi, au service du &#231;a, se retire d'un frag&#173;ment de la r&#233;alit&#233; &#187;. Dans la politique actuelle, il n'y a plus de conflits, mais des malentendus, plus d'&#233;checs, mais des erreurs de communication. Il faut bien s'entendre, et s'entendre bien, tel est aujourd'hui le seul mot d'ordre. Mais jamais on n'a eu autant le sentiment de n'&#234;tre pas entendu au sein de la soci&#233;t&#233; ni entre celle-ci et l'&#201;tat. La fin de la conflictualit&#233; politique prend sa source dans le d&#233;clin du conflit psychique. Mais ce mouvement se traduit en fait par une violence accrue, car la violence n'est pas le conflit. Le conflit est une mise en forme de la violence primaire. La d&#233;mocratie politique consiste &#224; repr&#233;senter les conflits sociaux et &#224; leur fixer des r&#232;gles de r&#233;solution. La psychanalyse est n&#233;e de la prise en compte du conflit &#224; l'int&#233;rieur de chacun entre le d&#233;sir infantile et les exigences de la r&#233;alit&#233;. Elle fut d&#233;velopp&#233;e par Freud et ceux qui rest&#232;rent fid&#232;les &#224; sa pens&#233;e autour de cette conception tragique de la psych&#233;. Et toutes les d&#233;via&#173;tions ont eu pour commune vis&#233;e de supprimer la notion de conflit psychique interne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#232;s l'origine, Freud voyait dans le conflit psycho-sexuel la source de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, dans les soci&#233;t&#233;s actuelles la mont&#233;e des d&#233;pressions, des &#233;tats-limites et des perversions traduit et accompagne la perte de la notion de conflit, remplac&#233;e par celle de l'insuffisance et la difficult&#233; croissante &#224; l'affronter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Ehrenberg, La Fatigue d'&#234;tre soi, Paris, Odile Jacob, 1998.&#034; id=&#034;nh17-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La constitution moderne du moi s'&#233;tait effectu&#233;e selon des id&#233;aux verti&#173;caux assurant la coh&#233;sion sociale autour de mod&#232;les d'autorit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Taylor, &#171; Les sources du moi &#187;, La Formation de l'identit&#233; moderne, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais on observe &#224; pr&#233;sent une dissolution de ces traditions. La perte des identifications construites &#224; travers la filiation et les &#171; foules conventionnelles &#187;, l'&#201;glise, l'Arm&#233;e, l'&#201;cole, ces mises en forme &#171; civilis&#233;es &#187; du conflit &#339;dipien, entra&#238;ne un &#233;tat o&#249; l'individu ne peut et ne doit s'identifier qu'&#224; ses semblables (identification horizontale), et en dernier ressort qu'&#224; lui-m&#234;me (identi&#173;fication r&#233;fl&#233;chie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hors la reconnaissance d'un syst&#232;me symbolique, d'un ensemble ext&#233;rieur et coh&#233;rent de significations sur les&#173; quelles le d&#233;sir, la demande et le besoin n'ont pas prise, bref, d'un petit nombre d'&#233;l&#233;ments impos&#233;s et au nom desquels on pense et on vit, un sujet n'est plus un sujet. &#202;tre sujet, c'est voir born&#233;e la part des droits et des choix, et se situer face &#224; autrui dans un rapport de dette et de devoirs &#8211; la psychanalyse dirait : dans un rapport n&#233;vro&#173;tique &#224; la civilisation et ses contraintes. Qu'est-ce qu'un &#234;tre asymbolique ? Quelqu'un qui ne doit rien &#224; personne. Au sens de devoirs, et c'est la forme perverse. Au sens de dette, et c'est la forme psychotique. On ne peut &#234;tre sujet que d'un Autre, un &#171; sujet de soi-m&#234;me &#187; n'est pas un individu, c'est un fou. Dans la civilisation, toujours &#224; recommencer, transformant l'homme de d&#233;sir en sujet politique, &#224; un &#171; malaise des anciens &#187;, li&#233; aux d&#233;tours r&#233;els et inventions imaginaires pour ne pas payer &#224; l'Autre sa dette symbolique (la n&#233;vrose et la perversion, sous leurs diverses formes, ont toujours servi &#224; cela), succ&#232;de sous nos yeux un &#171; malaise des modernes &#187; consistant &#224; se passer de l'Autre purement et simplement, et &#224; devenir des individus aucunement assujettis, sans dette envers aucune instance, sans comptes &#224; rendre, sauf &#224; eux&#173; m&#234;mes. Ici encore, d&#233;crivant les individus sous la d&#233;mo&#173;cratie &#233;galitaire, Tocqueville se montre proph&#233;tique : &#171; Ils ont acquis ou ont conserv&#233; assez de lumi&#232;res et de biens pour pouvoir se suffire &#224; eux-m&#234;mes. Ceux-l&#224; ne doivent rien &#224; personne, ils n'attendent pour ainsi dire rien de personne ; ils s'habituent &#224; se consid&#233;rer toujours isol&#233;&#173;ment, ils se figurent volontiers que leur destin&#233;e tout enti&#232;re est entre leurs mains &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. de Tocqueville, De la d&#233;mocratie en Am&#233;rique, op. cit., p. 497.&#034; id=&#034;nh17-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet est-il encore, et pour combien de temps, &#224; la fois le r&#233;sultat et la condition de la d&#233;mocratie ? Le pas&#173;sage de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative &#224; la d&#233;mocratie de masse, par la d&#233;symbolisation qu'elle subit et organise, pourrait bien annoncer une d&#233;mocratie sans sujet, qui, ayant perdu ses rep&#232;res symboliques, laisserait une bonne partie de la soci&#233;t&#233; en proie &#224; des formes plus ou moins av&#233;r&#233;es de psychose. La psychose rel&#232;ve toujours de l'Un, la d&#233;mocratie proc&#232;de de ce que la Bo&#233;tie appelait le &lt;i&gt;contre-un&lt;/i&gt;, et que nous nommons le pluralisme. Sous un mode oppos&#233; au tut&#233;laire p&#232;re dont r&#234;vaient les utopies totalitaires, nous allons vers l'unification. &#201;videmment, je n'aurai ni la b&#234;tise ni l'ind&#233;cence de comparer la douce France socialiste et plurielle aux hideuses exp&#233;riences his&#173;toriques du totalitarisme. Le totalitarisme est toujours un &#233;tatisme, mais il existe un &#233;tatisme non totalitaire. Cepen&#173;dant, il ne faut pas ignorer la d&#233;rive totalitaire pr&#233;sente dans toute repr&#233;sentation du lien conflictuel entre la soci&#233;t&#233; et l'&#201;tat comme identit&#233; fusionnelle. Ce que Freud appelle &#171; le lien socialiste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, &#171; Psychologie des foules et analyse du moi &#187; (1921), Essais de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'est qu'une forme du lien social, assez d&#233;testable dans l'histoire du si&#232;cle dernier, temp&#233;r&#233;e mais dangereuse de nos jours. En r&#233;alit&#233;, trois formes politiques articulent l'&#201;tat &#224; la soci&#233;t&#233;. Dans la ver&#173;sion d&#233;mocratique et la tradition fran&#231;aise du lib&#233;ra&#173;lisme, qui n'a rien de &#171; sauvage &#187;, la soci&#233;t&#233; est en partie fa&#231;onn&#233;e par l'&#201;tat, mais n'attend pas de lui toute son identit&#233;. 'L'&#201;tat, dirait-elle, est une part de moi. &#187; Le totalitarisme, lui, assimile enti&#232;rement l'un et l'autre. L'&#201;tat semble dire : &#171; La soci&#233;t&#233;, c'est moi. &#187; Entre ces formes extr&#234;mes, l'illusion &#233;tatiste socialiste consid&#232;re que sans l'action de l'&#201;tat, la soci&#233;t&#233; n'existerait pas. Elle fait dire &#224; la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique : &#171; L'&#201;tat, c'est moi. &#187; Ces trois formes recoupent trois modes de liens entre l'enfant et la m&#232;re : le lien s&#233;parateur, la symbiose r&#233;gressive, la fusion ambivalente. Car, pour &#234;tre b&#233;nin, informel, lat&#233;ral, virtuel, toujours susceptible d'&#234;tre ni&#233;, le pouvoir maternant n'en assure pas moins en France la totalisante et unifiante tyrannie du bien. Les socialistes nous ont fait passer de l'&#201;tat l&#233;niniste &#224; l'&#201;tat l&#233;nifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir s'exerce d'en haut mais il vient d'en bas. Non seulement le d&#233;mocratique, qui tire sa l&#233;gitimit&#233; du peuple, le tyrannique aussi, qui re&#231;oit sa force de la croyance et de l'illusion de chacun, ce dont t&#233;moigne d'ail&#173;leurs le mot m&#234;me d'ascendant, d&#233;signant le parent dont on descend, mais aussi l'autorit&#233; reconnue d'en bas. Du moins &#233;tait-ce la repr&#233;sentation d&#233;mocratique classique d'un &#201;tat au-dessus de la soci&#233;t&#233;. D&#233;sormais, il se veut autour. Comment ne pas rapprocher cette sc&#233;nographie de la sc&#232;ne familiale primordiale dans laquelle le p&#232;re est d'abord une voix venue d'en haut et la m&#232;re une chair contenant le petit enfant ? La diff&#233;rence la plus pro&#173;fonde marquant la maternisation de la France politique est le passage d'un rapport de &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; entre la soci&#233;t&#233; et l'&#201;tat &#224; un rapport d'&lt;i&gt;identification&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233; par l'&#201;tat. Au fond, deux images permettent d'opposer la politique de la d&#233;mocratie et celle de notre &lt;i&gt;Big Mother&lt;/i&gt; : l'&#233;cran et le miroir. Hier, la politique repr&#233;sentait les aspi&#173; ations de la soci&#233;t&#233; selon un proc&#232;s de s&#233;lection et d'&#233;li&#173;mination. L'&#201;tat imposait aux repr&#233;sentants comme aux repr&#233;sent&#233;s de laisser insatisfaits certaines demandes, cer&#173;tains besoins, certains d&#233;sirs. Dans cette topologie du pouvoir, l'espace &#233;tait vertical : en bas, la soci&#233;t&#233; ; en haut, l'&#201;tat-&#233;cran, qui, comme celui du cin&#233;ma, ne montre pas le r&#233;el, mais j'interpr&#232;te. C'&#233;tait, au sens propre, un espace de repr&#233;sentation. Dans l'actuel espace horizontal, &#201;tat et soci&#233;t&#233; se font face, et chacun sert &#224; l'autre de miroir refl&#233;tant la totalit&#233; des images de lui-m&#234;me. C'est un espace d'identification, un jeu crois&#233; d'introjections et de projections&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette analyse est largement redevable aux vues &#233;clairantes de Marcel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#201;tat accueille tout ce qui est projet&#233; sur lui par la soci&#233;t&#233;, qui, de son c&#244;t&#233;, se croit tenue de pro&#173;jeter m&#234;me ce qui pourrait &#8211; ou devrait &#8211; demeurer priv&#233;. Un &#233;cran s&#233;pare et divise ; un miroir fusionne et unifie. Cette topologie est aussi une topique, dirait Freud. Dans l'&#201;tat-miroir, chacun fait valoir ses droits aupr&#232;s d'une instance qui ne lui demande plus de renoncer &#224; tel ou tel de ses d&#233;sirs au nom de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et de la n&#233;cessit&#233; de rendre compossible l'ensemble des aspirations d'une soci&#233;t&#233;. Ce qui l&#233;gitime telle ou telle revendication (pul&#173;sions &#233;manant du &#231;a et injonctions venues du surmoi), ce n'est pas que l'&#201;tat (le moi en charge du refoulement et du principe de r&#233;alit&#233;) la juge conforme &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral (id&#233;al du moi collectif), mais seulement le fait qu'elle est port&#233;e par un lobby titulaire d'une l&#233;gitimit&#233; et de droits autoproclam&#233;s (moi id&#233;al). Par le m&#233;canisme ancien, et peut-&#234;tre n&#233;vrotique, de la repr&#233;sentation, dans lequel le moi et le refoulement jouent un r&#244;le central, l'&#201;tat sem&#173;blait dire &#224; la soci&#233;t&#233; : &#171; Je ne fais pas tout ce que tu veux. Je ne suis pas tout ce que tu es. &#187; Dans les m&#233;canismes actuels, plus sp&#233;cifiques des psychoses, de la projection et de l'introjection sans refoulement, il semble dire &#224; la soci&#233;t&#233; : &#171; Je vous suis. &#187; Entre la France et ses dirigeants, semble s'&#234;tre engag&#233;e une course de reflets : c'est &#224; qui sera le miroir de l'autre. Les Fran&#231;ais semblent aimer en Chirac celui qu'ils pourraient inviter &#224; la communion de la petite, s'il y avait encore des communions : quelqu'un qui leur ressemble. En sens inverse, les hommes poli&#173;tiques s'efforcent de ne pas dissembler de leurs &#233;lecteurs, et parlent simple, c'est-&#224;-dire souvent incorrectement, comme ils s'habillent &#171; casuel &#187;, c'est-&#224;-dire sans cravate, fa&#231;on Madelin, ou effa&#231;ant tous les signes de leur fonc&#173;tion. L'habit et la grand-croix de la l&#233;gion d'Honneur ont d&#233;sert&#233; depuis Pompidou les ventres pr&#233;sidentiels, et leurs photos officielles se veulent le plus proche possible des photos de famille des Fran&#231;ais : Mitterrand avec des livres, Chirac parmi les arbres. J'attends la photo officielle du prochain pr&#233;sident en maillot de supporteur dans les tribunes du Stade de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Narcissisme du miroir, sym&#233;trique et r&#233;ciproque, nagu&#232;re, les politiques cherchaient &#224; rassembler les Fran&#231;ais ; aujourd'hui, ils n'ont en t&#234;te que de leur res&#173;sembler. La politique de la sc&#232;ne (&#171; Je vous repr&#233;sente en avant de vous-m&#234;mes &#187;, disaient les acteurs du jeu d&#233;mo&#173;cratique au public) semble avoir &#233;t&#233; supplant&#233;e par la politique du miroir, o&#249; gouvernants et gouvern&#233;s se regar&#173;dent &#224; travers la glace cathodique (&#171; Sond&#233;s, dites-moi que je suis Je plus beau ! &#187;, &#171; Puissants, aimez-nous ! &#187; ). Autrefois la relation &#233;tait un faisceau de relations d'objet, impliquant le choix, le refoulement, le principe de r&#233;alit&#233;. Aujourd'hui il s'agit d'un r&#233;seau de relations sp&#233;culaires et narcissiques : les miroirs ne choisissent pas. &#171; Ils ne r&#233;fl&#233;chissent pas avant de r&#233;fl&#233;chir &#187;, disait Cocteau, je crois. Imm&#233;diate et non critique, l'identification n'est pas un tr&#232;s bon outil de jugement. Pour penser, il faut donc se d&#233;tourner des miroirs. Car, si Freud d&#233;finit quelque part l'analyste comme un miroir dont le travail consiste &#224; &#171; ne faire que refl&#233;ter ce qu'on lui montre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, &#171; Conseils aux m&#233;decins sur le traitement analytique &#187; (1912), La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. ce n'est qu'un aspect de son action, et parfois le plus pervers, employ&#233; &#224; mauvais escient. Mais les politiques semblent avoir retenu la le&#231;on : ils tendent &#224; la soci&#233;t&#233; malade un miroir instantan&#233; mais inutile. Ni dans le temps ni dans l'espace, les miroirs ne permettent de s'orienter, ce qui est le sens m&#234;me du mot gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, deux modes de repr&#233;sentation s'affrontent dans la transformation des d&#233;mocraties repr&#233;sentatives en d&#233;mocraties de masse : la &lt;i&gt;fiction&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;illusion&lt;/i&gt;. Au risque d'&#234;tre sch&#233;matique, quelques indications. L'illusion est une croyance n&#233;cessaire pour r&#233;aliser un d&#233;sir, sans tenir compte de la confirmation de cette croyance par la r&#233;a&#173; lit&#233;. Elle rel&#232;ve du pouvoir maternel. La fiction est une construction de repr&#233;sentations n&#233;cessaire pour saisir la r&#233;alit&#233;. Elle s'inscrit dans la puissance paternelle. La pre&#173;mi&#232;re reste soumise au principe de plaisir, la seconde introduit au principe de r&#233;alit&#233;. Or, la d&#233;mocratie se construit avec des fictions (la nation, le citoyen, le souve&#173;rain&#8230; ) et se d&#233;fait sous l'emprise des illusions (la bont&#233;, l'&#233;galit&#233;, la ressemblance&#8230; ). Un m&#234;me refus de notions universelles et abstraites sous-tend toutes les repr&#233;senta&#173;tions totalisantes ou totalitaires du pouvoir politique : d&#233;nonciation du caract&#232;re fictif de la R&#233;publique par l'extr&#234;me droite issue de Maurras, en appelant au pays &#171; r&#233;el &#187; contre le pays l&#233;gal ; critique des libert&#233;s publiques comme &#171; libert&#233;s formelles &#187; par les marxistes qui entendaient r&#233;aliser &#171; l'&#201;tat du peuple tout entier &#187; ; contestations f&#233;ministes de la citoyennet&#233; comme fiction masquant les in&#233;galit&#233;s de &#171; genre &#187; et pr&#244;&#173;nant une discrimination positive pour r&#233;aliser une &#171; vraie &#187; &#233;galit&#233; entre les sexes. Or, comme le dit Mona Ozouf, c'est dans l'acte d'abstraire, et de rechercher le plus grand d&#233;nominateur commun entre les &#234;tres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Ozouf, Les Mots des femmes, Paris, Fayard, 1995 ; nouvelle &#233;dition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que g&#238;t la chance de la neutralit&#233; d&#233;mocratique et r&#233;publi&#173;caine. En particulier, pertinente sur le plan anatomique, psychique et sur celui des repr&#233;sentations culturelles, sociales et symboliques, la diff&#233;rence des sexes n'est pas pertinente en politique. Il ne saurait y avoir une &#171; poli&#173;tique des sexes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Agacinski, Politique des sexes, op. cit.&#034; id=&#034;nh17-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans une d&#233;mocratie. Le raisonnement &#224; propos de la diff&#233;rence des sexes peut &#234;tre &#233;tendu aux autres diff&#233;rences parcourant le corps social et partageant en individus concrets les citoyens abstraits. Une politique qui s'adresserait aux &#171; vrais gens &#187; afin de construire une citoyennet&#233; d'appartenance (sexe, religion, classe, race), loin de s'affranchir de toute d&#233;formation des besoins et des aspirations collectives, ne ferait que substituer &#224; la fic&#173; ion de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral l'illusion ali&#233;nante d'un lien total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;senchantement des lendemains&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Porter rem&#232;de aux maux du pouvoir en croyant au pou&#173;voir des mots ? La critique la plus am&#232;re doit se d&#233;faire de l'id&#233;e qu'en disant que les choses vont mal on contribue &#224; faire le bien. Loin de toute conception militante de la poli&#173;tique, mais inspir&#233;es par la passion civile du politique, les pages qu'on vient de lire n'avaient qu'un but : &#171; porter la disconvenance sociale au plus haut point de libert&#233; &#187;, comme l'osa Beaumarchais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, pr&#233;face.&#034; id=&#034;nh17-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'en conviens : ce qui convient &#224; mes contemporains ne me convient pas. En 1852, Flaubert annon&#231;ait ainsi son &lt;i&gt;Dictionnaire des id&#233;es re&#231;ues&lt;/i&gt; : &#171; On y trouverait donc, par ordre alphab&#233;tique, sur tous les sujets possibles, tout ce qu'il faut dire en soci&#233;t&#233; pour &#234;tre convenable et aimable &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Flaubert, Correspondance, lettre du 16 d&#233;cembre 1852.&#034; id=&#034;nh17-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Je ne suis pas convenable, mais n'ai pas eu la pr&#233;tention ni le courage d'&#233;crire l'&#233;dition 2002 d'un tel dictionnaire. Et puis, il existe d&#233;j&#224; : lisez &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, vous saurez ce qu'il convient d'aimer : la gauche plurielle, le processus Matignon, les rave-parties, les parent&#233;s homosexuelles, le cin&#233;ma fran&#231;ais, les romans &#233;crits par des femmes d'int&#233;rieur &#8211; je veux dire : qui racontent leurs int&#233;rieurs&#8230; Et ce qu'il est convenable de d&#233;tester : la France moisie, le lib&#233;ralisme, l'Am&#233;rique et son cin&#233;ma, la pudeur sexuelle, les secrets sans fond et les fonds secrets (dont Flaubert, encore, disait : &#171; Sommes incalculables avec lesquelles les ministres ach&#232;tent les consciences. S'indigner contre. &#187;) En revanche, vous pourrez continuer d'ignorer des faits sociaux ou politiques importants, mais n'entrant pas dans le politiquement correct. Ainsi, dans un article intitul&#233; : &#171; le match France-Alg&#233;rie de la r&#233;conciliation reste &#224; jouer &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, 9 octobre 2001.&#034; id=&#034;nh17-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on ne disait pas que ce soir-l&#224; &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt; fut accueillie par des hu&#233;es, ni que deux ministres (femmes, d&#233;tail qui n'est pas sans signification) furent atteintes par des projectiles. Dans le Stade dit de France, le gouverne&#173;ment salu&#233; &#224; coups de bouteilles et l'hymne national siffl&#233;, ce n'&#233;tait sans doute pas un &#233;l&#233;ment dont le lecteur du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; d&#251;t &#234;tre inform&#233;. Que l'homme soit souvent un loup pour l'homme, voil&#224; sans doute ce qu'il ne faut pas penser, et certainement jamais dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Big Mother &lt;/i&gt;et ses porte-parole pourchassent ce qui emp&#234;che encore l'homme d'&#234;tre un enfant pour l'homme et assurent une veille sanitaire sans rel&#226;che. Tout ce qui ne fait pas du bien doit nous &#234;tre &#233;pargn&#233; : le tabac, la mondialisation, le secret, le risque, les farines animales, les OGM, le machisme, la mort, le bizutage, la drague, la corruption, le travail, le racisme, les MST, le nom du p&#232;re&#8230; Convenances du politiquement correct, convenu d'un langage dominant, conventions d'un parler faux, tout se r&#233;sume dans ce convenable absolu : effacer les diff&#233;&#173;rences. Sexes, g&#233;n&#233;rations, classes, langues, tout s'annule dans une m&#234;me soumission au maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence des sexes, surtout, avec ce grand d&#233;sir des enfants et des n&#233;vros&#233;s de revenir au m&#234;me. En 1914, Freud &#233;crivait : &#171; Celui qui promettra &#224; l'humanit&#233; de la d&#233;livrer de l'embarrassante suj&#233;tion sexuelle, quelque sottise qu'il choisisse de dire, sera consid&#233;r&#233; comme un h&#233;ros &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre du 17 mai 1914, in Ernest Jones, La Vie et l'&#338;uvre de Sigmund Freud, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Notre temps n'a fait que confirmer cette tendance : plus de sexe, plus cru, plus direct, plus violent, mais pour en finir avec la sexualit&#233; elle-m&#234;me, son trouble, sa passion, sa part de souffrance et son envers de mort. Mais la diff&#233;rence entre les sexes ne dispara&#238;trait de nos repr&#233;sentations qu'en nous plongeant dans une h&#233;b&#233;&#173;tude sinistre. Le proverbe : &lt;i&gt;p&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ost &lt;/i&gt;&lt;i&gt;co&#239;tum omne animal triste&lt;/i&gt; ne m'a jamais convaincu. En tout cas, je pressens une grande tristesse dans une humanit&#233; d&#233;barrass&#233;e du rap&#173;port sexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les g&#233;n&#233;rations ? Comment la diff&#233;rence entre les parents et les enfants et celle entre les p&#232;res et les m&#232;res pourraient-elles survivre, si continue de s'effacer la figure du p&#232;re qui signifie et fonde toutes les diff&#233;rences ? Je crains qu'il ne soit trop tard. On ne restaurera pas la fonc&#173;tion paternelle. Tout s'y oppose : l'individu, l'&#233;galitarisme, les p&#232;res eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rences de langue, qui fondent ce que l'anglais nomme &lt;i&gt;literacy&lt;/i&gt; et qui n'est rien d'autre que la capacit&#233; de lire et d'&#233;crire ? La notion de niveau de langue a presque disparu. L'un des enjeux de l'actuelle &lt;i&gt;canelangue&lt;/i&gt;, dont parle Orwell, ce caquetage de canards r&#233;p&#233;tant les lieux communs de l'orthodoxie de fa&#231;on aussi bruyante que possible, est d'user de pr&#233;dicats aussi infamants qu'oblig&#233;s. Ainsi, l'&lt;i&gt;ordre&lt;/i&gt; sera toujours suivi de l'&#233;pith&#232;te &lt;i&gt;moral&lt;/i&gt;, le mot &lt;i&gt;lib&#233;ral&lt;/i&gt; charg&#233; de relents n&#233;gatifs et celui de &lt;i&gt;progr&#232;s&lt;/i&gt; de vertus positives. Pour &#171; &#234;tre dans la ligne &#187; ou dans le vent &#8211; les publicistes et les publicitaires sont souvent d'anciens gauchistes , il faut r&#233;p&#233;ter que la France est &lt;i&gt;moisie&lt;/i&gt;, adjectif assez neutre pour laisser entendre n'importe quoi : conservatrice, lib&#233;rale, bour&#173;geoise, moralisatrice, de droite, de gauche&#8230; et assez p&#233;jo&#173;ratif pour d&#233;signer en face un camp &#171; ouvert, a&#233;rien, libre &#187;. Sollers, qui en fit un abus dangereux pour la sant&#233; intellectuelle, nous avoua finalement que cet adjectif &#233;tait en fait synonyme de chev&#232;nementiste&#8230; Il faut d&#233;ve&#173;lopper le clich&#233;s pour les mieux voir. Dans le m&#234;me temps, on apprend que Loana, victorieuse matrone de &lt;i&gt;Lof&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t Story&lt;/i&gt;, devient &#171; &#233;crivain &#187; et s'entretient avec le m&#234;me Sollers, qui, par ailleurs, &#233;change avec Jean-Marie Mes&#173;sier des propos &#8211; &#233;videmment rebelles &#8211; sur l'avenir de la France, m&#232;re des arts, des armes et des lois. Les cercles de pouvoir brouillent leurs fronti&#232;res : finance, &#201;tat, art, divertissement, deviennent interchangeables. Les registres de langue se fondent. L'&#233;crit dispara&#238;t dans l'oral et peut&#173; &#234;tre l'oralit&#233;. Nous sommes tous des &#233;crivains. Au sein d'une langue maternellement correcte, l'infantilisation des rapports sociaux gomme int&#233;r&#234;ts et conflits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes s'opposent encore, dans le travail salari&#233;, bien s&#251;r, et surtout dans les conflits autour de l'&#201;tat pr&#233;&#173;levant et redistribuant une part croissante de la richesse. Mais, dans les repr&#233;sentations, un m&#234;me enchantement voudrait qu'elles se confondent et que devienne carr&#233;ment indicible le conflit entre domin&#233;s et dominants. Un peuple de domin&#233;s, une nation d'enfants. O&#249; sont les domi&#173;nants, o&#249; les adultes ? Tout le monde fait la f&#234;te et bat des mains. Rien ne distingue plus les &lt;i&gt;happy &lt;/i&gt;&lt;i&gt;f&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ew&lt;/i&gt; en smo&#173;kings et robes longues, qui au signal se l&#232;vent pour s'entr'applaudir dans la soir&#233;e des C&#233;sars, et ces midi&#173;nettes surexcit&#233;es qui se balancent au pauvre rythme de &lt;i&gt;karaok&#233;&lt;/i&gt; du prompteur de &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a fi&#232;vre du samedi&lt;/i&gt;. Aucune dif&#173;f&#233;rence entre ces hommes pleins de bi&#232;re faisant une &lt;i&gt;o&lt;/i&gt;&lt;i&gt;lla&lt;/i&gt; r&#233;flexe pour saluer un tir au but et les indignations condi&#173;tionn&#233;es des intellectuels paillettes de &lt;i&gt;Nulle part ailleurs&lt;/i&gt;. &#201;videmment, il faut bien que reviennent de temps en temps la peur, la haine ou le m&#233;pris de l'autre humain, que se dise le r&#233;el des classes, pas celui des causes dont on cause. Aussi vit-on longtemps, soir apr&#232;s soir, ces gens de nulle part, qui vivent en effet ailleurs que les Fran&#231;ais auxquels ils s'adressent dans le cadre de leurs plans m&#233;dias, moquer un peuple de chiens et de Deschiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les camps politiques, quelles diff&#233;rences les opposent encore ? Les difficult&#233;s et moyens du vivre ensemble sont vite ramen&#233;s &#224; la seule question que posent les tout&#173; petits quand on leur raconte des histoires : &#171; Qui sont les bons et les m&#233;chants ? &#187;, &#171; Sympa &#187;, &#171; cool &#187;, &#171; gentil &#187;, d'un c&#244;t&#233; ; &#171; fasciste &#187;, &#171; r&#233;ac &#187;, &#171; salaud &#187;, de l'autre, voil&#224; bient&#244;t les seuls clivages qui remplaceront le vieux conflit politique. Mais faudra-t-il regretter un pass&#233; de diff&#233;rences et de distinctions, en voyant se dessiner un avenir aux sinistres couleurs de l'indistinct et de l'indiff&#233;rent ? Certes, &#171; il n'est nul besoin d'aimer le monde qui vient pour le voir venir &#187;, disait Chateaubriand. Je pense m&#234;me qu'un peu de haine dessille nos yeux que trop d'amour ferme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freud disait que sa psychanalyse du pr&#233;sident Wilson avait &#233;t&#233; inspir&#233;e par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La France est malade de son &#201;tat, mais celui-ci peut &#224; bon droit se d&#233;clarer malade des Fran&#231;ais. L'examen clinique laisse-t-il esp&#233;rer une r&#233;mission ? Peut&#173; &#234;tre trop freudien, je regarde les institutions sociales avec le m&#234;me pessimisme critique, et constate combien les n&#244;tres contiennent mal &#8211; et parfois renforcent &#8211; la des&#173;tructivit&#233; illimit&#233;e des individus et leur compulsion de r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1997, la gauche s'&#233;tait vu offrir le pouvoir, suite &#224; l'&#233;pid&#233;mie de m&#233;contentement de d&#233;cembre 1995. D&#233;cembre 2001, revoil&#224;, moins nombreux mais plus divers, les enfants geignards qui se plaignent de ne plus avoir de vie de famille et de devoir encore subir le travail et ses astreintes. Plus violents aussi. En une seule journ&#233;e, on vit des viticulteurs incendier une voiture de gendar&#173;merie, des &#233;leveurs tentant de faire d&#233;railler un train et des jeunes de cit&#233;s de B&#233;ziers attaquer les CRS en se joi&#173;gnant aux agriculteurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 16 janvier 2002.&#034; id=&#034;nh17-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les mois pr&#233;c&#233;dents, policiers, douaniers, gendarmes, postiers, gardiens, internes, g&#233;n&#233;&#173;ralistes, agents des banques&#8230; &#233;taient en mouvement, c'est-&#224;-dire bloquaient tout ce qui se pouvait. C'&#233;tait comme dans la chanson d'Aznavour : &#171; Ils sont venus, ils sont tous l&#224;. &#187; Tel un enfant r&#233;gress&#233;, &#224; nouveau les Fran&#231;ais s'en remettent de leur sort &#224; la m&#232;re dont ils attendent tout, le sens, la vie et le sens de la vie. Quitte &#224; entretenir envers &lt;i&gt;Big Mother&lt;/i&gt; une sournoise mais violente ranc&#339;ur. La France, malade de son exception mater&#173;nelle, replonge dans sa n&#233;vrose. D'un patient en analyse, on se demanderait si ce n'est l&#224; qu'une passag&#232;re &#171; r&#233;ac&#173;tion th&#233;rapeutique n&#233;gative &#187; lui assurant le b&#233;n&#233;fice de la maladie en maintenant &#224; tout prix une certaine quan&#173;tit&#233; de souffrance. Ou, plus gravement, d'une r&#233;p&#233;tition inexorable, d'une n&#233;vrose de destin. Tous se tournent &#224; nouveau et comme jamais vers le gouvernement, chacun demandant &#224; &#234;tre un peu plus &#233;gal que les autres. Ceux qui portent un uniforme et ceux qui n'en portent pas, ceux qui croient au socialisme et ceux qui n'y croient pas, tous croient en l'&#201;tat, qui ne croit plus en rien, Ou plut&#244;t en la compassion, qui s'est empar&#233;e des deux camps. C'est l&#224; le secret. Celui qui ne fond pas devant l'imp&#233;ratif huma&#173;nitaire de la nouvelle bourgeoisie n'est tout simplement pas humain. Maternage et c&#226;linage sont les deux mamelles du pouvoir. Allez distinguer la gauche de la droite ! Mais, cette fois, c'est la gauche de gouvernement qui doit c&#233;der ou p&#233;rir. C&#233;der et p&#233;rir, sans doute, car elle va peut-&#234;tre mourir, la &lt;i&gt;Mamma&lt;/i&gt;. A son chevet, les hommes politiques avouent : nous avons moins de diff&#233;rences que vous le croyez. &#201;lecteurs de droite, votez pour moi, can&#173;didat de gauche, ou l'inverse. Nous sommes avant tout et apr&#232;s tout des hommes. On nous propose les m&#234;mes objectifs, auxquels d'ailleurs je souscris dans les grandes lignes : le capitalisme comme seul mode &#233;conomique per&#173;mettant le progr&#232;s social, l'adaptation non traumatique de la France &#224; la globalisation, la construction europ&#233;enne, la redistribution des revenus, la lutte contre l'ins&#233;curit&#233;. Mais, deux camps pour un seul programme, et qui affir&#173;ment d'une seule voix que l'&#201;tat doit beaucoup donner aux citoyens et peu leur prendre ? L'affrontement entre semblables a toujours quelque chose de vaguement ridi&#173;cule et d&#233;raisonnable. Mais la politique est-elle affaire de raison ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute pas assez moderne, je ne crois plus aux len&#173;demains qui chantent. Mme Aubry, qui annonce un r&#233;enchantement de la politique sous son aile socialiste et f&#233;minine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;sentation du &#171; Projet socialiste pour les dix ans qui vien&#173;nent &#187;, 11 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ne m'inspire que m&#233;fiance pour une France qui deviendrait un man&#232;ge enchant&#233;, une &#171; &#206;le aux enfants &#187; : souvenez-vous, c'&#233;tait une &#233;mission des ann&#233;es 1970. L'illusion d'un &#201;tat omnipotent a donc un avenir. Certes, il changera de formes : les angoisses se d&#233;placeront du ch&#244;mage vers les risques concernant le corps (vache folle, inondations, pollution de l'air et de la mer, principe g&#233;n&#233;ralis&#233; de pr&#233;caution, violences envers les enfants). De champ d'action, c'est moins s&#251;r. La compulsion de r&#233;p&#233;tition du n&#233;vros&#233; s'annonce souvent comme un renouveau. Je pr&#233;f&#232;re m'en remettre au d&#233;sen&#173;chantement salutaire et trouver espoir dans le d&#233;sespoir m&#234;me, dont le fond n'est pas encore touch&#233;. Dans la France postmoderne, la soci&#233;t&#233; civile est de moins en moins s&#233;par&#233;e de l'&#201;tat. Un r&#233;gime qui postulait la plura&#173;lit&#233; et l'alt&#233;rit&#233; s'est chang&#233; de l'int&#233;rieur en politique de l'unique et du m&#234;me. Le socialisme, qui a la passion de la ressemblance &#8211; qu'il nomme &#233;galit&#233; &#8211; et de l'unit&#233; &#8211; tel &#233;tait nagu&#232;re le titre de l'organe officiel du Parti &#8211; l'a emport&#233; sur le lib&#233;ralisme qui vise &#224; &#233;tendre le moins pos&#173;sible le public au d&#233;triment du priv&#233;. Est-ce le seul destin de la France politique ? Y aura-t-il encore des sujets, si nous &#233;tions moins assujettis &#224; &lt;i&gt;Big Mother&lt;/i&gt; ? Evidem&#173;ment : plus m&#251;rs, responsables et autonomes. Une poli&#173;tique sans illusions est impossible. Mais un &#201;tat de d&#233;sillusion n'est pas hors d'atteinte. On peut concevoir un pouvoir &#171; suffisamment bon &#187;, qui contribuerait &#224; faire passer les citoyens d'une d&#233;pendance absolue &#224; une d&#233;pendance relative, &#224; travers ce processus que la m&#232;re assure en rompant avec sa toute-puissance et avec celle de l'enfant. Une politique de la d&#233;faillance, au sens o&#249; Winnicott parle d'une d&#233;sadaptation de la m&#232;re confron&#173;tant graduellement l'enfant au principe de r&#233;alit&#233; ? On peut construire une politique dans laquelle l'&#201;tat accepte&#173; rait de se montrer parfois hors d'atteinte, insatisfaisant et limit&#233;. Ses &#233;checs m&#234;mes enseigneraient aux sujets davan&#173;tage d'autonomie et de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car apr&#232;s tout, cette d&#233;ch&#233;ance de l'&#201;tat accomplie par ceux qui y croyaient le plus, les partis politiques fran&#231;ais unis dans le compromis historique d'&#233;taliser la soci&#233;t&#233;, n'est peut-&#234;tre pas une fatalit&#233;. On ne l'observe pas ail&#173; leurs, ou moins. Si la crise de l'&#201;tat-nation atteint tous les pays, si celle de l'&#201;tat-providence est g&#233;n&#233;rale, nulle part la crise de l'&#201;tat tout court n'est aussi prononc&#233;e qu'en France, ni aussi graves ses effets d&#233;structurants pour une soci&#233;t&#233; qui, vivant trop de son &#201;tat, risque d'en mourir si sa maladie se prolongeait. L'Angleterre sous Blair a r&#233;orient&#233; ses d&#233;penses de redistribution et respon&#173;sabilis&#233; leurs b&#233;n&#233;ficiaires en les liant au travail. L'Alle&#173;magne de Schr&#244;der a su, malgr&#233; la r&#233;unification, moderniser son &#201;tat et r&#233;duire la pression fiscale. L'Italie m&#234;me, sous une coalition de gauche, a r&#233;ussi une r&#233;forme budg&#233;taire et administrative et commenc&#233; de restaurer son appareil d'&#201;tat. Les socialistes ne sont pas partout des &#233;tatistes. Ailleurs en Europe, les revenus de transferts sont reli&#233;s au travail, l'&#201;tat est recentr&#233; sur ses t&#226;ches strat&#233;&#173;giques, la d&#233;pense et le secteur publics sont r&#233;duits pour rendre des marges &#224; la consommation, &#224; l'&#233;pargne et &#224; l'initiative priv&#233;es. Partout, une puissance publique &#233;co&#173;nome et efficace remplace un &#201;tat &#233;norme, dispendieux et impuissant. Pourquoi la France cultiverait-elle longtemps encore son exception &#233;tatique ? Un socialisme lib&#233;ral ou un lib&#233;ralisme social sont-ils impensables ? Seraient-ils de droite ? Chirac a proscrit de son argumentaire de cam&#173;pagne le mot &#171; lib&#233;ralisme &#187;. L'exception fran&#231;aise d'une droite non lib&#233;rale durera-t-elle ? Pourquoi pas de gauche ? Le socialisme originel n'&#233;tait pas favorable &#224; l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, m&#234;me si la maladie de &lt;i&gt;Big Mother&lt;/i&gt; devait se prolonger ou empirer, ce ne serait peut-&#234;tre pas si grave. Le nouveau est qu'aujourd'hui la soci&#233;t&#233; civile semble vouloir se ressaisir hors de cette main molle et gigan&#173;tesque qui croit encore la p&#233;trir et la fa&#231;onner. La culture, ceux qui l'enrichissent de leurs &#339;uvres le savent, cherche ses enjeux et ses vraies ressources hors de l'&#201;tat ; la recherche scientifique tente d'&#233;chapper &#224; l'asphyxie des subventions par la valorisation et le march&#233; ; le peu d'int&#233;&#173;gration des enfants de l'immigration se r&#233;alise non par l'&#201;cole mais par le march&#233; du travail et la formation de couples mixtes ; l'&#233;conomie se modernise dans les entre&#173; prises qui ont constitu&#233; une &#171; nouvelle &#233;conomie &#187; sans aide ni intervention publiques. Le politique ne se r&#233;sume pas, ne s'est jamais laiss&#233; enfermer dans la politique. D'autres formes, d'autres espaces d'organisation collective de la volont&#233; et de l'autonomie demeurent ou se consti&#173;tuent &#224; c&#244;t&#233; de l'espace &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'un individu pas trop malade, pour la psy&#173;chanalyse ? Un sujet libre. Certes pas quelqu'un qui ferait tout ce qui lui pla&#238;t, ne se soumettrait qu'&#224; son bon plaisir, et y soumettrait autrui aussi, s'il le pouvait. Non plus celui qui croirait &#224; la cr&#233;ation illimit&#233;e de soi par soi, hors de tout enracinement et de toute contrainte. C'est celui dont les d&#233;fenses ont une certaine souplesse, ses sympt&#244;mes laissant une aire de jeu, un espace o&#249; il est au large. Pour une soci&#233;t&#233;, les d&#233;fenses s'appellent des interdits apport&#233;s &#224; la jouissance, des lois et des compromis limitant les int&#233;r&#234;ts narcissiques, des solida&#173;rit&#233;s impos&#233;es pour vivre ensemble. Il en faut, mais la soci&#233;t&#233; n'est en bonne sant&#233; que s'ils ne sont pas trop rigides. &#171; La d&#233;mocratie consiste &#224; exercer la libert&#233; &#187;, &#233;crit Winnicott. Mais elle est aussi &#171; cette volont&#233; d'accepter qu'il ne soit pas fait selon ses d&#233;sirs quand on n'a pas le soutien de la majorit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D.W. Winnicott, &#171; &#192; propos des objectifs de la guerre &#187; (1940), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une d&#233;mocratie vivante et libre n'est pas une d&#233;mocratie unifi&#233;e et paci&#173;fi&#233;e, mais, au contraire, s&#233;par&#233;e et li&#233;e par des conflits multiples. Conflits au sein de la soci&#233;t&#233;, mais aussi entre tel ou tel groupe et l'&#201;tat. Qu'est-ce que la d&#233;mocratie repr&#233;sentative, sinon l'apprentissage de la s&#233;paration du corps politique et du corps social, et la repr&#233;sentation du second par le premier ? La d&#233;mocratie lie en s&#233;parant, la tyrannie d&#233;mocratique fusionne en isolant. La d&#233;mo&#173;cratie est une s&#233;paration diverse et constante. Entre les ordres : justice, savoir, &#233;conomie, sciences, religion. Entre les pouvoirs : arr&#234;ter un pouvoir par l'autre et les borner tous pour laisser un champ hors de leur atteinte. Et entre les sph&#232;res : l'ordre traditionnel ignore le priv&#233; et le fond au collectif ; la d&#233;mocratie trace une fronti&#232;re entre public et priv&#233;. Mais il faut distinguer. Certes, la d&#233;mocratie, quelle que soit sa forme, ne saurait &#234;tre absolument s&#233;par&#233;e de la soci&#233;t&#233; civile. Il n'est pas question de cela, car la nature repr&#233;sentative de l'&#201;tat rend son interven&#173;tion n&#233;cessaire et l&#233;gitime, mais de faire en sorte qu'elle en soit &#171; suffisamment &#187; s&#233;par&#233;e. Serions-nous encore en d&#233;mocratie si l'&#201;tat-bienveillance nous &#233;touffait moins de sa bont&#233; ? Certainement, et dans une d&#233;mocratie plus vraie et intense. Sa d&#233;finition ? Je la prendrai chez Win&#173; nicott : &#171; Un d&#233;sir de possession, un app&#233;tit et m&#234;me un &#233;quivalent &#224; 'vouloir envoyer l'enfant au diable'. Il y a de la g&#233;n&#233;rosit&#233; et du pouvoir aussi bien que de l'humi&#173;lit&#233;. Mais la sentimentalit&#233; est tout &#224; fait exclue &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D.W. Winnicott, &#171; Un homme se penche sur la maternit&#233; &#187; (l 949), L'enfant et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Tout comme un p&#232;re qui c&#232;de parfois sur son autorit&#233; est le contraire d'un p&#232;re faible, tout comme une m&#232;re qui se refuse au don illimit&#233; n'est en rien une mauvaise m&#232;re, un gouvernement qui se dessaisirait d'une part de pouvoir en laissant aux citoyens une plus large autonomie restaure&#173; rait la puissance publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse peut contribuer &#224; la pens&#233;e politique. &#192; condition de se centrer sur l'illusion maternelle qui est au c&#339;ur de la politique fran&#231;aise actuelle. &#192; condition aussi d'&#234;tre elle-m&#234;me sans illusions. Qu'est-ce que la psychanalyse, en effet, sinon l'effort pour restaurer des diff&#233;&#173;rences et r&#233;inscrire le sujet dans le symbolique ? Gouverner, psychanalyser, m&#233;tiers impossibles, en v&#233;rit&#233;, et davantage aujourd'hui qu'au temps de Freud. Parce que ce sont des m&#233;tiers de la s&#233;paration et de l'autonomie, et que celle-ci est toujours &#224; regagner. &#171; Ce qui m'int&#233;resse, disait Freud, c'est la s&#233;paration, la division en &#233;l&#233;ments qui sans cela se fondraient ensemble en un magma pri&#173;maire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, lettre &#224; Lou Andreas-Salom&#233;, 30 juillet 1905, Corres&#173;pondance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les travers, les m&#339;urs, les ridicules de la poli&#173;tique sont comme les sympt&#244;mes en psychanalyse. On ne s'en corrige pas. Au mieux, on en change. Ce n'est pas rien. Les formes politiques pourraient permettre ce que visent les cures analytiques : l'autonomie d'un sujet sou&#173; mettant les exigences de l'inconscient et les contraintes de la r&#233;alit&#233; &#224; une instance de r&#233;flexion et de d&#233;lib&#233;ration. Freud parlait du moi comme d'un &#171; monarque constitu&#173;tionnel &#187; en conflit avec un &#171; parlement des pulsions &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, &#171; Le moi et le &#231;a &#187; (1923), in &#338;uvres compl&#232;tes, XVI, p. 255-301.&#034; id=&#034;nh17-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . C'est dire que la d&#233;mocratie, comme l'analyse, est &#171; sans fin &#187;, jamais termin&#233;e ni terminable. Il y a de l'imma&#238;tri&#173;sable dans la soci&#233;t&#233; comme en chacun de nous, ce qui justifie l'analyse et fonde la d&#233;mocratie. Mais cela n'implique pas que l'on doive consid&#233;rer que tout nous &#233;chappe, ni que ne puisse changer notre rapport &#224; ce qui nous &#233;chappe. La t&#226;che de la culture &#8211; et celle de la psy&#173;chanalyse &#8211; tient en une formule c&#233;l&#232;bre : &#171; O&#249; &#233;tait &#231;a, je dois advenir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Wo es war sol ich werden &#187; (&#171; L&#224; o&#249; &#233;tait du &#231;a, doit advenir du moi &#187;) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Volontiers je fixerais comme t&#226;che politique d&#233;mocratique : &#171; O&#249; &#233;tait la m&#232;re, le citoyen doit advenir. &#187; Si nous ne changeons pas l'&#201;tat et notre rap&#173;port &#224; lui, la d&#233;mocratie dispara&#238;tra peut-&#234;tre sous la tyrannie de l'opinion, l'&#233;vitement de la contrainte et l'illu&#173;sion que tout dans nos vies peut &#234;tre choisi. Si nous ne restaurons pas des r&#233;f&#233;rences symboliques donnant du sens au vivre ensemble, la confusion des diff&#233;rences fon&#173;datrices n'en produira que davantage de violences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant nous, en nous, d&#233;j&#224; un monde asymbolique prend forme. On en trouve l'image au chant XI de l'&lt;i&gt;Odyss&#233;e&lt;/i&gt;, lorsque, quittant Circ&#233;, Ulysse et ses compa&#173;gnons d&#233;couvrent ceux qui sont jet&#233;s &#224; l'extr&#234;me limite du monde humain. Ils ont oubli&#233; leur pass&#233;. Ce sont des fan&#173;t&#244;mes, des &lt;i&gt;eid&#244;la&lt;/i&gt;, des images d'hommes. Ils composent la foule de ceux qui ne sont personne, les sans-nom, les &lt;i&gt;n&#244;numnoi&lt;/i&gt;, les sans-visage, les sans-histoire. Non seule&#173;ment ils ne savent pas qui ils sont &#8211; c'est le sort m&#234;me de l'homme, son Odyss&#233;e, son erreur, son errance &#8211; mais ils ne sont plus rien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb17-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dany-Robert Dufour, &lt;i&gt;Folie et d&#233;mocratie, essai sur la forme unaire&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, &#171; La perte de la r&#233;alit&#233; dans la n&#233;vrose et dans la psychose &#187; (1924), traduction fran&#231;aise &lt;i&gt;in N&#233;vrose psychose et perver&#173;sion, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D&#232;s l'origine, Freud voyait dans le conflit psycho-sexuel la source de la n&#233;vrose, que Janet assignait &#224; un d&#233;ficit ou une insuf&#173;fisance qu'il nommait &#171; r&#233;tr&#233;cissement du champ de la conscience &#187; ou &#171; faiblesse psychologique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Ehrenberg, &lt;i&gt;La Fatigue d'&#234;tre soi&lt;/i&gt;, Paris, Odile Jacob, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Taylor, &#171; Les sources du moi &#187;, &lt;i&gt;La Formation de l'identit&#233; moderne&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, l 998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. de Tocqueville, &lt;i&gt;De la d&#233;mocratie e&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n&lt;/i&gt;&lt;i&gt; Am&#233;rique, op. cit&lt;/i&gt;., p. 497.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, &#171; Psychologie des foules et analyse du moi &#187; (1921), &lt;i&gt;Essais de psychanalyse, op. cit&lt;/i&gt;., p. 160.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette analyse est largement redevable aux vues &#233;clairantes de Marcel Gauchet. Je ne fais que les prolonger par l'examen psychana&#173;lytique de l'aspect m&#232;re-enfant de ces relations entre la soci&#233;t&#233; et l'&#201;tat (M. Gauchet, &lt;i&gt;La Religion dans la d&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;m&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ocratie&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Folio &#187;, 2001, p. 155-157).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, &#171; Conseils aux m&#233;decins sur le traitement analytique &#187; (1912), &lt;i&gt;La Technique psychanalytique&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1967, p. 69. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;M. Ozouf, Le&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt; Mots des femmes, Paris, Fayard, 1995 ; nouvelle &#233;dition augment&#233;e, Gallimard, coll. &#171; Tel &#187;, 1999, p. 414. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Agacinski, &lt;i&gt;Politique des sexes, op. ci&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Beaumarchais, &lt;i&gt;Le Mariage de Figaro,&lt;/i&gt; pr&#233;face.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G. Flaubert, &lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt;, lettre du 16 d&#233;cembre 1852.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 9 octobre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lettre du 17 mai 1914, in &lt;i&gt;Ernest Jones, La Vie et l'&#338;uvre de Sigmund Freud&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1961, t. II, p. 161.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Freud disait que sa psychanalyse du pr&#233;sident Wilson avait &#233;t&#233; inspir&#233;e par sa haine du personnage et de sa politique (S. Freud et W. Bullitt, Le Pr&#233;sident T. W. Wilson, Paris, Payot, 1990).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le 16 janvier 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pr&#233;sentation du &#171; Projet socialiste pour les dix ans qui vien&#173;nent &#187;, 11 d&#233;cembre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D.W. Winnicott, &#171; &#192; propos des objectifs de la guerre &#187; (1940), &lt;i&gt;Conversations ordinaires, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 247.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D.W. Winnicott, &#171; Un homme se penche sur la maternit&#233; &#187; (l 949), &lt;i&gt;L'enfant et sa famille&lt;/i&gt;, Paris, Petite Biblioth&#232;que Payot, p. 11-12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, &lt;i&gt;lettre &#224; Lou Andreas-Salom&#233;&lt;/i&gt;, 30 juillet 1905, &lt;i&gt;Corres&#173;pondance&lt;/i&gt; 1873-1939, Paris, Gallimard, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, &#171; Le moi et le &#231;a &#187; (1923), &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, XVI, p. 255-301.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Wo es war sol ich werden &#187; (&#171; L&#224; o&#249; &#233;tait du &#231;a, doit advenir du moi &#187;) (S. Freud, &lt;i&gt;Nouvelles Con&lt;/i&gt;&lt;i&gt;f&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;rences d'introduction &#224; la psycha&#173;nalyse, op. cit&lt;/i&gt;., p. 110. Les traductions sont diverses selon les &#233;coles psychanalytiques).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Big Mother : Le pouvoir et l'impuissance</title>
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		<dc:subject>Schneider M.</dc:subject>

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&lt;p&gt;D&#233;but du dernier chapitre (VII &#8212; Une autorit&#233; ordinaire) du livre de M. Schneider &#171; Big Mother. Psychopathologie de la vie politique &#187; [2002] (Albin Michel, 2005), pp. 316 - 335. Le lecteur s'aper&#231;evra rapidement que, bien que fortement illustr&#233;es par l'actualit&#233; de la fin du si&#232;cle dernier, les remarques qui suivent n'ont abolument rien perdu de leur pertinence, tout comme il saura ais&#233;ment distinguer l'analyse de l'auteur de ses opinions propres. Le pouvoir et l'impuissance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-260-Schneider-M-+" rel="tag"&gt;Schneider M.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;but du dernier chapitre (VII &#8212; Une autorit&#233; ordinaire) du livre de M. Schneider &#171; Big Mother. Psychopathologie de la vie politique &#187; [2002] (Albin Michel, 2005), pp. 316 - 335.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le lecteur s'aper&#231;evra rapidement que, bien que fortement illustr&#233;es par l'actualit&#233; de la fin du si&#232;cle dernier, les remarques qui suivent n'ont abolument rien perdu de leur pertinence, tout comme il saura ais&#233;ment distinguer l'analyse de l'auteur de ses opinions propres.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pouvoir et l'impuissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Volontiers j'ajouterais aux &#171; professions impossibles &#187; celle de p&#232;re. La dimension paternelle des trois autres (enseigner, gouverner et soigner) a d'ailleurs &#233;t&#233; peu &#224; peu effac&#233;e. Carence r&#233;elle des p&#232;res par rapport &#224; la norme sociale ; carence psychologique dans la constitution du sujet ; carence dans les institutions qui symbolisent celle&#173; ci : les trois mouvements se renforcent l'un l'autre. Des enfants se tournent vers une m&#232;re, l'&#201;tat, accus&#233;e d'&#234;tre mauvaise, insuffisante, de ne pas bien materner. Des enfants se cherchent des fr&#232;res : les fonctionnaires et agents des services publics esp&#233;rant un soutien dans un introuvable mouvement des salari&#233;s du priv&#233;. Mais ces enfants ne cherchent ni ne trouvent plus de p&#232;res, sauf la caricature, le &#171; p&#232;re fouettard &#187; du Front national. D&#233;ci&#173;d&#233;ment bien rassurant, il confirme aux enfants matern&#233;s que, si c'est cela, d&#233;fendre l'autorit&#233; et le symbolique, autant se passer de la r&#233;f&#233;rence paternelle. Car, jusqu'&#224; nos soci&#233;t&#233;s, la fonction symbolique fut de tradition assi&#173;gn&#233;e au p&#232;re. Si la m&#232;re apprend &#224; parler &#224; l'enfant, lui donnant les noms, le p&#232;re lui donne son nom. Depuis l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;, o&#249; Pel&#233;e s'adresse &#224; son fils Achille par-del&#224; le temps et la mort, le symbolique est li&#233; &#224; la parole du p&#232;re : &#171; Ton p&#232;re m'a charg&#233; de t'apprendre tout ceci, &#224; &#234;tre un bon diseur de paroles et un bon faiseur d'actions &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hom&#232;re, Iliade, discours de Ph&#233;nix, IX, 443.&#034; id=&#034;nh18-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette nomination, sans rapport avec la langue justement dite maternelle, permet &#224; l'enfant d'acqu&#233;rir une identit&#233;. Ce qui ne signifie pas que les p&#232;res &#233;dictent la loi et exercent une domination paterna&#173;liste sur les femmes et les enfants, mais que la fonction paternelle est elle-m&#234;me divis&#233;e entre le p&#232;re r&#233;el (l'homme pour la m&#232;re, qui n'est pas l'homme de la m&#232;re), le p&#232;re imaginaire (ses substituts divers : ma&#238;tres &#224; penser, hommes de pouvoir, au pluriel de pr&#233;f&#233;rence), et le p&#232;re symbolique (Lacan parle de &#171; nom-du-p&#232;re &#187; ou de &#171; p&#232;re mort &#187; ), qui borne par sa loi ou son autorit&#233; la puissance du premier et le pouvoir du deuxi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il s'en distingue, il serait trop simple de penser que le p&#232;re symbolique n'a rien &#224; voir avec le p&#232;re r&#233;el. L'auto&#173;rit&#233; politique entretient des liens avec le pouvoir sexuel. Le terme de puissance rassemble les deux dans l'imagi&#173;naire. Mais d'o&#249; vient cette l&#233;gende qui pr&#234;te souvent aux hommes politiques des conqu&#234;tes f&#233;minines que leur &#226;ge, leur &#233;tat de sant&#233;, leur emploi du temps, et parfois leur go&#251;t, rendent bien improbables ? L'indiscutable s&#233;duc&#173;tion sexuelle qu'exercent les politiciens les plus dis&#173;graci&#233;s s'explique certes par l'ali&#233;nation dans ce que la psychanalyse nomme transfert hyst&#233;rique. En ajoutant toutefois que l'attrait des signes de la masculinit&#233; sub&#173;jugue, autant que les femmes, les hommes aussi, souvent eff&#233;min&#233;s devant l'image du m&#226;le puissant. On se sou&#173;vient peut-&#234;tre de ce d&#233;put&#233; sommant un ministre, lors d'un d&#233;bat &#224; l'Assembl&#233;e : &#171; Durcissez votre sexe ; pardon, je voulais dire votre texte. &#187; Mais les plus habiles s&#233;duc&#173;teurs savent aussi troquer l'armure du gar&#231;on contre la panoplie de la fille : c'est par leur f&#233;minit&#233; que les grandes divas de l'histoire hyst&#233;ris&#232;rent les foules. Quoi qu'il en soit, les femmes n'&#233;tant pas les derni&#232;res &#224; soutenir cet &#233;trange cr&#233;dit et le d&#233;sir de l'un &#233;tant le d&#233;sir de l'autre, la fiction devient quelquefois r&#233;alit&#233;. L'opinion se d&#233;lecte alors de savoir avec qui les pr&#233;sidents fran&#231;ais perdent leur connaissance dans les alc&#244;ves de l'&#201;lys&#233;e et comment les h&#244;tesses am&#233;ricaines d&#233;pouillent leur vertu sous les assauts d'un saxophoniste gouverneur de l'Arkansas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las, tout cela n'est que leurre, et entre le d&#233;sir amou&#173;reux et le pouvoir politique, il faut peut-&#234;tre choisir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Citton, Impuissances, d&#233;faillances masculines et pouvoir politique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le pouvoir des gouvernants n'est-il pas l'envers de leur impuissance sexuelle ? Le d&#233;sir du pouvoir sert-il de refuge aux pouvoirs du d&#233;sir ? Dans l'Histoire, l'insuffi&#173;sance &#233;rectile forme-t-elle l'&#233;talon (si l'on ose dire) des rapports politiques ? Eunuques, ch&#226;tr&#233;s, spadons, Jean&#173; qui-ne-peut, mal&#233;fici&#233;s, froides-queues, ainsi le discours religieux, d&#233;monologique, m&#233;dical et litt&#233;raire nommait l'impuissance masculine. Il arrive que le pouvoir, repr&#233;&#173;sent&#233; comme enjeu sexuel par ceux qui l'exercent comme par ceux qui le subissent, soit impuissant et que sa l&#233;giti&#173;mit&#233; en soit atteinte. &#201;coutons les discours : &#171; Il faut un message &lt;i&gt;fort&lt;/i&gt;&#8230; &#187; &#171; Le pr&#233;sident n'h&#233;site pas &#224; lancer une critique &lt;i&gt;f&lt;/i&gt;&lt;i&gt;orte&lt;/i&gt; de l'inaction gouvernementale&#8230; &#187; &#171; Le Pre&#173;mier ministre a annonc&#233; un programme &lt;i&gt;fort&lt;/i&gt; de lutte contre l'exclusion&#8230; &#187; &#171; Les syndicats r&#233;clament un signal &lt;i&gt;fort&lt;/i&gt;&#8230; &#187; Quelles d&#233;n&#233;gations de la part de faiblesse que tout homme redoute dans l'emploi du sceptre de sa puis&#173;sance ! Quel pouvoir s'exerce sans leurre ? Trompeur, l'homme politique ne l'est pas seulement &#224; l'&#233;gard des attentes &#233;lectorales, mais aussi des demandes amou&#173;reuses du peuple : en affichant de ne pas s'int&#233;resser au sexe, il attire et suscite le besoin d'&#234;tre touch&#233;, f&#251;t-ce par son regard. Ensuite, de promesses non tenues en petites choses que les effets d'annonce voudraient faire para&#238;tre grandes, l'opinion, telle une femme insatisfaite &#8211; la ran&#173;c&#339;ur est un des traits de l'hyst&#233;rique &#8211; reprochera &#224; la rh&#233;torique politicienne de n'&#234;tre pas &#224; la hauteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; moins que ce ne soit l'inverse ? Le peuple est peut&#173; &#234;tre pour le prince comme le membre pour l'homme, d&#233;sob&#233;issant, versatile et ingrat, compensant mal par ses insurrections brusques le calme d'&#233;tats de gr&#226;ce d&#233;ce&#173;vants. Quand on &#233;tudie les liens entre sexe, politique et parole &#224; la Renaissance, vers la fin de l'Ancien R&#233;gime ou sous la Restauration, on constate que la volont&#233; et le d&#233;sir vont rarement ensemble, tout comme le pouvoir et la puissance. Qu'on lise &#224; ce propos Montaigne, qui en tant que maire de Bordeaux avait, si j'ose dire encore, t&#226;t&#233; du pouvoir. Il en traque les limites et d&#233;crit &#171; l'indocile libert&#233; de ce membre s'ing&#233;rant si importun&#233;ment lorsque nous n'en avons que faire et d&#233;faillant si importun&#233;&#173;ment lorsque nous en avons le plus affaire. &#187; C'est dans ce contexte que Freud vint d&#233;placer la question, consid&#233;&#173;rant l'impuissance non comme une b&#233;ance entre vouloir et pouvoir, mais comme un conflit entre vouloir et ne pas vouloir. Nous ne d&#233;sirons pas toujours ce que nous d&#233;si&#173;rerions d&#233;sirer, telle fut son am&#232;re le&#231;on. Elle partait d'un constat qu'il &#233;non&#231;a brutalement : rien comme le d&#233;sir ne donne &#224; l'homme Je sentiment de sa propre existence. &#202;tre, c'est &#234;tre en &#233;rection. &#171; Je bande, donc je suis &#187;, c'est un &#233;nonc&#233; qu'il recueille de la bouche d'un Turc en panne, mais qu'il reprend &#224; son compte comme trait de l'iden&#173;tit&#233; masculine. Lacan reprit l'id&#233;e en une formule lapi&#173;daire, disant de l'homme et de ce qui signifie son d&#233;sir : &#171; Il n'est pas sans l'avoir. &#187; La plume et l'&#233;p&#233;e ne sont donc que des substituts de ce que les proc&#232;s eccl&#233;sias&#173;tiques en impuissance appelaient &#171; le membre inob&#233;&#173;dient &#187;. Mais que la d&#233;faillance ait &#224; voir avec le d&#233;faut qui constitue le sujet, et que le membre d&#233;linquant y soit finalement moins concern&#233; que le rapport &#224; l'autre et au langage, voil&#224; la vraie le&#231;on de Freud. Dans la clinique psychanalytique, l'impuissance qui emp&#234;che le rapport de l'homme &#224; la femme ou l'&#233;jaculation pr&#233;coce qui l'abr&#232;ge, comme n'importe quel fragment du sympt&#244;me amoureux, &#233;voquent les mots qui les causent et suscitent l'&#233;coute qui les d&#233;noue parfois. Car le d&#233;put&#233; avait raison : c'est bien du texte que le sexe tient son excitation. Ne peut pas qui veut, mais qui d&#233;sire, et plus on veut, plus le sexe est un devoir, un but, une demande, un besoin, plus le corps se d&#233;robe. &#192; l'inverse, sont puissants ceux qui ne cherchent pas &#224; l'&#234;tre. En proie au d&#233;sarroi et &#224; la violence (c'est ainsi que Casanova d&#233;signe l'&#233;rection : &#171; &#234;tre en &#233;tat de violence &#187;), les hommes doivent s'accepter impuissants devant les mots et les traits de l'objet insaisissable de leur d&#233;sir. Les hommes &#171; ne d&#233;sirent jamais si bien qu'en se vengeant de leur propre d&#233;sir sur la femme qu'ils aiment. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;rard Pommier, Du bon usage &#233;rotique de la col&#232;re, Paris, Aubier, 1994.&#034; id=&#034;nh18-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Que le d&#233;sir soit d&#233;sir de faire le mal, on le savait depuis les p&#232;res de l'&#201;glise. Qu'il soit de plus d&#233;sir de faire mal, Baudelaire l'&#233;non&#231;a avant Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fuyant l'impuissance sexuelle, les hommes seraient-ils vou&#233;s &#224; l'aboulie politique ? Lorsque Lacan lan&#231;a son mot c&#233;l&#232;bre : &#171; Il n'y a pas de rapport sexuel &#187;, chacun esp&#233;ra venue l'heure o&#249; il allait &#234;tre enfin dispens&#233; de d&#233;sirer, alors que cela signifiait au contraire que nous sommes condamn&#233;s au d&#233;sir par l'impossibilit&#233; de le satisfaire. Cette v&#233;rit&#233; de Cr&#233;billon fils : &#171; le d&#233;sir ne meurt que d'&#234;tre combl&#233; &#187;, les sujets ne cessent de la redire aux princes, les femmes aux hommes, les hyst&#233;riques aux ma&#238;tres. En politique comme ailleurs, le d&#233;sir de ne faire qu'un conduit &#224; la chute. Seule l'acceptation du manque, de l'imposture et de la division permet de d&#233;sirer, et peut&#173; &#234;tre de gouverner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La place des p&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais &#224; court d'id&#233;es pour creuser les d&#233;ficits publics en comblant les demandes cat&#233;gorielles, le gouverne&#173;ment pluriel envisagea en juin 200l un cong&#233; singulier : &#171; le mois du p&#232;re &#187;. R&#233;cemment, une psychanalyste et une sociologue affirmaient la n&#233;cessit&#233; d'un &#171; papa p&#244;le &#187; et louaient S&#233;gol&#232;ne Royal d'avoir d&#233;cid&#233; l'attribution d'un &#171; livret de paternit&#233; &#187; mesure qui &#171; vient ainsi avec force soutenir la part du p&#232;re dans la maternit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; De papa poule &#224; papa p&#244;le &#187;, tribune dans Lib&#233;ration, 9 janvier 2002, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ne vien&#173;drait pas &#224; l'id&#233;e des auteurs de ce propos que le p&#232;re a surtout un r&#244;le &#224; jouer dans la paternit&#233;. Les p&#232;res sont des m&#232;res comme les autres, voil&#224; la forte conviction de nos dirigeants et faiseurs d'opinion. Le &#171; p&#232;re paternel &#187; est en voie d'effacement symbolique. La seule place qui lui est laiss&#233;e est celle de &#171; p&#232;re-qui-remplace-la-m&#232;re &#187; selon l'expression de Winnicott&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D.W. Winnicott, La Crainte de l'effondrement et autres situations cliniques, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Heureux b&#233;b&#233;s du troi&#173;si&#232;me mill&#233;naire qui auront d&#233;sormais deux m&#232;res pour changer leurs couches-culottes gr&#226;ce au socialisme ten&#173;dance &#171; Pampers &#187;, Apr&#232;s avoir pr&#233;cis&#233; que personne ne serait oblig&#233; de pouponner &#8211; en ce domaine, la parit&#233; res&#173;tera facultative &#8211;, la presse bien-pensante approuva une mesure qui sera aussi populaire que toutes celles r&#233;dui&#173;sant le temps de travail. En tout cas celui des b&#233;n&#233;fi&#173;ciaires, car les autres verront r&#233;duit le revenu de leur travail apr&#232;s pr&#233;l&#232;vement des cotisations correspon&#173;dantes. Car, quitte &#224; vouloir changer les p&#232;res en m&#232;res, on aurait au moins pu n'accorder qu'une seule alloca&#173;tion aux parents, &#224; leur choix. Le contenu de la mesure est plus &#233;lectoral qu'&#233;conomique : selon un sondage, rares sont les futurs p&#232;res &#224; envisager de prendre leur d&#251;. N&#233;an&#173;moins, le gouvernement s'imagine par une loi &#171; provo&#173;quer des &#233;volutions en profondeur des comportements, revaloriser la paternit&#233;, changer le regard que la soci&#233;t&#233; et les entreprises portent sur les p&#232;res &#187;. Des sociologues d&#233;c&#232;lent &#171; le d&#233;but d'une r&#233;volution des m&#339;urs priv&#233;es &#187;, annoncent qu'une &#171; paternit&#233; interactive et relationnelle remplacera la paternit&#233; institutionnelle &#187; et saluent un &#171; syst&#232;me symbolique contractuel &#187;, v&#233;ritable aberration anthropologique. Certes, dans son contenu, la mesure n'est gu&#232;re marxiste. Engels d&#233;plorait de voir les hommes condamn&#233;s &#224; des travaux m&#233;nagers : &#171; On comprend ais&#233;&#173; ment l'indignation justifi&#233;e d'ouvriers transform&#233;s en eunuques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. Engels, Situation des classes laborieuses en Angleterre (1845), chapitre VII.&#034; id=&#034;nh18-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais elle l'est dans sa vision des rapports entre l&#233;gislation et m&#339;urs, &#201;tat et soci&#233;t&#233;. Elle reprend cette croyance au fondement du socialisme &#233;tatique comme du colbertisme gaulliste : la soci&#233;t&#233; est une cr&#233;a&#173;tion de l'&#201;tat. Vieille id&#233;e que Bastiat a ainsi r&#233;sum&#233;e : &#171; L'humanit&#233; est une mati&#232;re inerte recevant du pouvoir la vie, l'organisation, la moralit&#233; et la richesse&#8230; On la retrouve dans le slogan de 1981 &#171; Changer la vie &#187;, puis aujourd'hui dans l'id&#233;e, r&#233;pandue &#224; gauche comme &#224; droite, que l'&#201;tat &#171; cr&#233;e des emplois &#187;. L'&#233;tatisme ten&#173;dance couveuse est la maladie infantile des soci&#233;t&#233;s d&#233;mo&#173;cratiques. &#171; Qu'on nous laisse tels que nous sommes. Nos qualit&#233;s indiscr&#232;tes, jointes &#224; notre peu de malice, font que les lois qui g&#234;neraient l'humeur sociable parmi nous ne seraient point convenables &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Montesquieu, De l'esprit des lois, livre XIX, chapitre VI, &#171; Qu'il ne faut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce n'est pas Antoine Seilli&#232;re qui le dit, c'est Montesquieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle place faire aujourd'hui au p&#232;re et &#224; son auto&#173;rit&#233; ? Un philosophe espagnol inconnu en France publia nagu&#232;re un petit trait&#233; destin&#233; &#224; l'&#233;ducation de son fils de quinze ans, sous un titre plus inspir&#233; d'Aristote que de Nintendo, et aussit&#244;t le livre se pla&#231;a parmi les meil&#173;leures ventes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fernando Savater, &#201;thique &#224; l'usage de mon fils, Paris, Le Seuil, 1994.&#034; id=&#034;nh18-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourquoi ce miracle ? Il n'y a pas &#224; cher&#173;cher loin : un p&#232;re, un fils. Et qui se parlent, en plus. Et d'&#233;thique encore ! Imaginez un peu. Fernando Savater nous entretenait de tout ce qui manque &#224; nos soci&#233;t&#233;s d&#233;sempar&#233;es. Par les temps qui courent &#8211; les fils trouve&#173;raient plut&#244;t qu'ils petonnent sur place &#8211;, dans notre vieux pays d&#233;couvrant soudain qu'il exclut tranquillement sa propre jeunesse, que voit-on ? L'affligeant spectacle de p&#232;res en charge du pouvoir, surpris par le chagrin et le d&#233;sespoir de leurs enfants, et jouant aux fils pour s'exo&#173;n&#233;rer de leurs responsabilit&#233;s, ou n'acceptant tout au plus que la position de grands fr&#232;res flattant leurs r&#233;voltes. &#171; Si j'&#233;tais jeune, &#233;crit Savater, je me m&#233;fierais de tous les adultes trop 'sympas', de tous ceux qui feraient sem&#173;blant d'&#234;tre plus jeunes que moi et de me donner syst&#233;&#173;matiquement raison. &#187; De la publicit&#233; &#224; la promesse politique, de la p&#233;dophilie combattue comme le mal absolu aux babillages t&#233;l&#233;visuels de b&#233;b&#233;s de trente ans, quelle est cette &#233;trange fascination pour l'enfant, ce sou&#173;dain retour de jeunesse d'un pays de vieux, cette pitoyable campagne Seguela pour un pr&#233;sident malade et &#226;g&#233;, entra&#238;nant sous le slogan &#171; G&#233;n&#233;ration Mitterrand &#187; ceux qui avaient le quart de ses ans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'est plus m&#233;prisant pour les jeunes que ce jeu&#173;nisme chez les hommes publics. L'un demande que la jeu&#173;nesse lui botte les fesses, l'autre attend de ses b&#233;gaiements informes la v&#233;rit&#233; infuse sur la formation et l'emploi, le troisi&#232;me la somme sous huitaine d'&#233;laborer des solutions que la classe politique a mis dix ans &#224; ne pas trouver, si elle les a m&#234;me cherch&#233;es. &#171; Ces jeunes qui luttent pour le droit de faire la f&#234;te &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, 17 juin 2001.&#034; id=&#034;nh18-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; titre &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; lorsque le gouver&#173;nement entend simplement appliquer aux free parties le r&#233;gime normal des libert&#233;s publiques : d&#233;claration et res&#173;ponsabilit&#233; des organisateurs pour les d&#233;lits et les dommages &#233;ventuellement caus&#233;s. Tous feignent d'entendre pour ne pas &#233;couter. On assiste &#224; une sorte d'inversion de la transmission symbolique. Autrefois, les adultes attendaient de leurs parents qu'ils leur transmet&#173;tent des valeurs, des limites, des significations. &#192; pr&#233;sent, c'est vers leurs enfants qu'ils se tournent pour incarner ce qui reste d'un surmoi r&#233;pressif, et par exemple s'efforcent dans leurs choix et leur vie sexuels de ne faire que ce que leurs enfants ne leur interdisent pas. Ou encore ils craignent le d&#233;part de la maison de leurs rejetons devenus adultes comme un abandon, et sont alors eux-m&#234;mes ima&#173;ginairement des b&#233;b&#233;s d&#233;laiss&#233;s. Certains m&#234;me en arri&#173;vent &#224; &#234;tre terroris&#233;s et battus par leurs enfants comme on ne l'est plus gu&#232;re par ses parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce concert d'irresponsabilit&#233; caressante, toute admonestation paternelle d&#233;tonne. Toute le&#231;on d'un p&#232;re semble anachronique. Et si &#233;tait des plus actuelles celle qui enseigne que l'on ne na&#238;t libre et &#233;gal qu'en droits, et que le devenir en fait requiert le travail douloureux de l'autonomie ? Celle qui montre qu'&#234;tre adulte, ce n'est pas crier : &#171; Touche pas &#224; ma libert&#233; de faire ce qui me branche &#187;, mais s'&#233;manciper par un difficile travail sur soi. D'autres le&#231;ons encore, que peu de politiques pour&#173; raient seulement murmurer : mentir est g&#233;n&#233;ralement mauvais, car cela discr&#233;dite le langage ; il faut pr&#233;f&#233;rer la recherche des &#234;tres qui pourtant vous condamnent &#224; la d&#233;possession, plut&#244;t que l'accumulation des choses qui vous poss&#232;dent ; chacun doit jouer son r&#244;le social, celui de son &#226;ge, de son exp&#233;rience ou inexp&#233;rience : pour les jeunes, ruer dans les brancards, pour les adultes ne pas quitter l'attelage qu'ils sont cens&#233;s conduire, etc. Ces convictions de Savater sont philosophiquement un peu faibles, jugeront les esprits forts, tandis que les faibles d'esprit aimeront entendre des questions qu'ils se posaient tout bas, mais qui n'&#233;taient pas &#224; la mode. Je ne sais qui ach&#232;te ce livre, mais j'imagine qu'il s'agit, plus que d'ado&#173;lescents en d&#233;sarroi, de p&#232;res offrant &#224; leurs fils et &#224; leurs filles les r&#233;flexions qu'ils n'ont pas su leur dire, leur ten&#173;dant le Savater comme autrefois les parents laissaient tra&#238;ner un manuel d'&#233;ducation sexuelle. Peul-&#234;tre l'&#233;thique constitue-t-elle aujourd'hui, &#224; la place du sexe, le nou&#173;veau tabou dont les enfants de la g&#233;n&#233;ration 68, devenus les parents de celle de 2002, ne parlent gu&#232;re &#224; leurs enfants. De ce succ&#232;s par lequel s'exprime l'immense besoin de rep&#232;res de la jeune g&#233;n&#233;ration, on peut tirer des conclusions oppos&#233;es. Le pessimiste s'alarmera qu'il faille dire de telles &#233;vidences. L'optimiste se r&#233;jouira qu'elles puissent &#234;tre encore entendues. Tous d&#233;duiront de l'&#233;cho fait &#224; ces r&#233;ponses que le manque n'&#233;tait pas tel qu'il ne soit pas per&#231;u.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car que se passe-t-il lorsqu'un p&#232;re n'a pas su parler &#224; son fils du monde tel qu'il le voit ? Un roman du Portugais Vergilio Ferreira en donne le r&#233;cit d&#233;chirant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vergilio Ferreira, Jusqu'&#224; la fin, Paris, UGE, &#171; 10/18 &#187;. 1994.&#034; id=&#034;nh18-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit ici encore d'un p&#232;re s'adressant &#224; son fils ; mais cette fois, le fils, terroriste et drogu&#233;, est mort d'un coup de feu au c&#339;ur &#171; c omme une r&#233;ponse du destin &#187; et c'est &#224; travers la m&#233;moire que le p&#232;re lui dit ce que de son vivant il n'a su lui dire. Devant la d&#233;pouille du fils, &#171; archange vaincu &#187;, le p&#232;re s'accuse : &#171; Peut-&#234;tre est-ce moi qui ai d&#233;truit ta vie, &#224; ne pouvoir la justifier &#224; tes yeux. &#187; M&#234;me pr&#233;occupation donc chez le romancier que chez le philosophe : &#234;tre p&#232;re, ce n'est pas imposer ses valeurs, mais les affirmer pour transmettre &#224; son enfant le go&#251;t des valeurs. Savater le dit : &#171; On n'ose pas influencer les enfants. C'est une erreur : il faut les initier &#224; la vie d'homme. &#187; S'il y a une faute des p&#232;res, &#171; coupables, dit Ferreira, de n'avoir aucune raison d'imposer quoi que ce soit &#187;, ce n'est pas tant de ne plus conna&#238;tre le sens de la vie, qui n'en a pas &#8211; en tout cas aucun qui soit donn&#233; &#8211;, que d'avoir renonc&#233; &#224; le chercher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports de l'individu &#224; lui-m&#234;me et aux autres, &#224; son corps et &#224; ses mots, au monde et au temps, tout a chang&#233; : la personnalit&#233; libertaire et le narcissisme deviennent la structure constitutive de la personnalit&#233; postmoderne, alors que les sociologues et philosophes de l'&#201;cole de Francfort d&#233;finissaient une &#171; personnalit&#233; auto&#173;ritaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Horkheimer et alii, Autorit&#228;t und Famille, Paris, 1936, T.W. Adorno et alii, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dominante. Ces travaux &#233;taient plus qu' &#233;clai&#173;rants sur les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes d'avant la derni&#232;re guerre. Mais les valider aujourd'hui pour rendre compte des rapports psychologiques de pouvoir est soit une b&#233;vue soit une malhonn&#234;tet&#233;. O&#249; cette personnalit&#233; s&#233;vit-elle encore ? Sur qui exerce-t-elle son emprise ? Les enfants, les femmes, les homosexuels, les minorit&#233;s ? Les pouvoirs ne cessent de les s&#233;duire. Du c&#244;t&#233; des citoyens, le mod&#232;le autoritaire admirant l'ordre et la force a presque dis&#173;paru, faisant place &#224; des Narcisse tendance &lt;i&gt;United Co&lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ors of Benetton&lt;/i&gt;, unis par des liens abstraits (on s'affiche contre la peine de mort, &#231;a ne co&#251;te que le prix du T-shirt), priv&#233;s de la s&#233;curit&#233; que donnait la loyaut&#233; au groupe et en comp&#233;tition avec tout le monde pour l'obten&#173; ion des faveurs que dispense l'&#201;tat maternaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;clin du surmoi ? Changement de formes, plut&#244;t, ici, encore. Certes, autrefois repr&#233;sent&#233; dans les &#171; foules conventionnelles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, 'Psychologie des foules et analyse du moi &#187; (1921), Essais de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par les p&#232;res (c'&#233;tait ainsi qu'on appelait les pr&#234;tres, et certains grad&#233;s dans l'arm&#233;e &#233;taient surnomm&#233;s &#171; p&#232;res du r&#233;giment &#187;), le surmoi social s'est affaibli. Mais le surmoi cruel, lui, qui tire son &#233;nergie des impulsions destructrices ou agressives &#233;manant du &#231;a et des fantasmes sadiques, exerce tout son empire sur l'individu confront&#233; &#224; l'absence d'autorit&#233;. Si &#171; l'id&#233;al du moi &#187;, int&#233;riorisation des parents aim&#233;s et respect&#233;s, n'est pas assez constitu&#233;, alors domine le &#171; moi id&#233;al &#187;, qui incarne les repr&#233;sentations de rage et d'agression contre eux qui ne peuvent jamais satisfaire les revendications pulsion&#173;nelles de l'enfant. Aussi, face aux &#171; revendications &#187; cat&#233;gorielles, la repr&#233;sentation de l'&#201;tat omnipotent est double : tant&#244;t id&#233;al attentionn&#233;, tant&#244;t id&#233;al sadique. Ainsi, on vit il y a quelques ann&#233;es une manifestation monstre pour &#171; d&#233;fendre &#187; le &#171; droit &#187; de la Radio &#171; libre &#187; NRJ &#224; &#233;mettre en &#233;crasant les autres fr&#233;quences par sa puissance quarante fois sup&#233;rieure &#224; celle autoris&#233;e par la loi. Ainsi, on vit en mai 2001 s'organiser un mouve&#173;ment pour s'opposer &#224; la r&#233;glementation des raves parties. Or, celle-ci &#233;tait demand&#233;e par des maires et leurs admi&#173;nistr&#233;s effar&#233;s par les atteintes &#224; la vie collective que celles-ci entra&#238;nent, et d&#233;sireux de prot&#233;ger les partici&#173;pants des dangers que leur fait encourir la drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cessons d'agiter l'&#233;pouvantail du fascisme d&#232;s qu'une autorit&#233; paternelle se dresse pour s'opposer &#224; la satisfac&#173;tion de toutes les revendications pulsionnelles d'un peuple enfant. De m&#234;me qu'&#224; la place de &lt;i&gt;Big Mother&lt;/i&gt;, peut exister un &#201;tat de redistribution &#171; normalement d&#233;vou&#233; &#187;, de m&#234;me, autre qu'un p&#232;re archa&#239;que et terrifiant, un p&#232;re &#171; ordinairement autoritaire &#187; devrait pouvoir jouer son r&#244;le collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Totalitarisme et psychose &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles pathologies individuelles ou collectives domi&#173;nent quels r&#233;gimes de pouvoir ? Freud distingue trois grandes structures psychiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, N&#233;vrose, psychose et perversion, op. cit...&#034; id=&#034;nh18-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La n&#233;vrose comme la psychose sont des difficult&#233;s d'acc&#233;der &#224; la symbolisation. La perversion, elle, serait plut&#244;t la tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e de s'en affranchir. Mais &#233;videmment aucune pathologie n'&#233;chappe enti&#232;rement au symbolique ni &#224; la fonction paternelle qui le fonde. Lacan, d&#232;s 1938, voyait comme principale d&#233;termination du &#171; noyau du plus grand nombre des n&#233;vroses la personnalit&#233; du p&#232;re, toujours carente de quelque fa&#231;on, absente, humili&#233;e, divis&#233;e ou postiche &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Lacan, &#171; Les complexes familiaux dans la formation de l'individu &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Aussi, l'effacement tendanciel des p&#232;res dans les soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques narcissiques confronte celles-ci &#224; des formes psychopathologiques tr&#232;s diff&#233;rentes de celles auxquelles les psychanalystes avaient affaire au temps de Freud. On pourrait ainsi penser la psychopatho&#173;logie contemporaine selon la place que le p&#232;re et sa fonc&#173;tion symbolique tiennent dans les repr&#233;sentations personnelles et collectives. Dans les repr&#233;sentations d'hier, la fonction du p&#232;re mort structurait les sujets sur le mode n&#233;vrotique. Aujourd'hui, des troubles psychotiques (d&#233;lires, d&#233;personnalisation, sentiment d'&#234;tre irr&#233;el, &#233;tats&#173; limites, d&#233;signant justement l'&#233;tat de celui qui est sans limites&#8230; ) apparaissent de fa&#231;on croissante, et semblent li&#233;s au p&#232;re disparu, r&#233;ellement parti, ou absent, inconsis&#173;tant, indiff&#233;rent. Enfin les perversions montrent un p&#232;re humili&#233;, effac&#233; des repr&#233;sentations de l'enfant par la m&#232;re ou le p&#232;re r&#233;el, et fantasm&#233; dans un incessant d&#233;fi par le sujet lui-m&#234;me. On pourrait trouver dans le cin&#233;ma, t&#233;moin souvent plus actuel des folies du temps que le roman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'exception de ceux de Patrick Modiano dont l'&#233;vanouisse&#173;ment du p&#232;re est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou les essais, l'illustration de ces destins du p&#232;re. Pour s'en tenir au cin&#233;ma am&#233;ricain r&#233;cent, il est frappant de voir combien la question du p&#232;re y devient lanci&#173;nante. Citons les films de Hal Hartley ou Amos Kollek, les admirables &lt;i&gt;Little Odessa&lt;/i&gt;, de Brian Singer ou &lt;i&gt;The Yards&lt;/i&gt; de James Gray et surtout &lt;i&gt;American Beauty&lt;/i&gt; de Sam Mendes, qui montre les deux figures de p&#232;res se parta&#173;geant nos repr&#233;sentations actuelles, le tyrannique et para&#173;no&#239;aque p&#232;re de la psychose et l'&#233;vanescent p&#232;re de la perversion. Le dernier film des fr&#232;res Coen, comme les pr&#233;c&#233;dents, mais de fa&#231;on tr&#232;s radicale, a pour th&#232;me l'absence de p&#232;re : il s'intitule &lt;i&gt;The Man who was not there&lt;/i&gt;. Ce pourrait &#234;tre un sous-titre &#224; mon propos : &#171; L'homme qui n'&#233;tait pas l&#224;. &#187; Or, la fonction du pouvoir, que Toc&#173;queville disait &#171; paternelle &#187;, consiste &#224; 'pr&#233;parer les hommes &#224; l'&#226;ge viril &#187;. En quoi un f&#233;minisme r&#233;action&#173;naire verrait &#224; tort une valorisation dont seraient exclues les femmes : viril ne signifie pas masculin, mais renvoie au courage, &#224; l'honneur et &#224; la libert&#233;, vertus que j'ai sou&#173;vent vues chez des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, le d&#233;clin symbolique de la loi du p&#232;re s'accompagne-t-il de pathologies actuelles marqu&#233;es par une certaine perte de d&#233;sir (toxicomanies, narcissisme, etc.) ? Parce que la fonction paternelle arti&#173;cule la diff&#233;rence des sexes &#224; celle des g&#233;n&#233;rations. Le p&#232;re n'est pas de m&#234;me sexe que la m&#232;re et pas de la m&#234;me g&#233;n&#233;ration que l'enfant. Cette double diff&#233;rence lui ouvre l'espace du n&#233;gatif et du d&#233;sir. Dans la n&#233;vrose, le p&#232;re repr&#233;sente la loi, figure qui s'oppose aux d&#233;sirs. Dans la psychose, il ne la repr&#233;sente pas : il est la loi, il est celui qu'il est. Dans les perversions, le p&#232;re ne transmet ni n'incarne la loi : il la confisque. Il n'est m&#234;me pas, il est celui qui emp&#234;che d'&#234;tre. Il faut donc non pas le d&#233;fier ni le d&#233;ifier, mais le d&#233;nier. Le double r&#244;le de la fonction paternelle se perdant, on assiste de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale &#224; une mont&#233;e des formes pathologiques perverses (par d&#233;ni de la diff&#233;rence des sexes) et des formes psychotiques (par la confusion des g&#233;n&#233;rations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la sph&#232;re politique aussi, les pathologies rel&#232;vent d'une perte de symbolique. Le totalitarisme semble s'ins&#173;crire plut&#244;t dans les fonctionnements de la psychose, tandis que ceux de la perversion alimentent davantage le terrorisme. Mais les choses ne sont pas si tranch&#233;es. Le terme de &#171; folies morales &#187;, employ&#233; par Pinel pour d&#233;si&#173;gner les perversions, traduit bien d'ailleurs, malgr&#233; leurs diff&#233;rences, la parent&#233; de certaines perversions avec la psychose. Proximit&#233;, puisqu'il s'agit ici et l&#224; d'une perte de contact avec la r&#233;alit&#233; et de la reconstruction d'une r&#233;a&#173;lit&#233; plus conforme au fantasme inconscient : dans les deux structures, le symbolique est mis &#224; mal. Or, le symbo&#173;lique est aussi ce qui limite le r&#233;el, c'est-&#224;-dire le d&#233;sir et le corps dans ce qu'ils ont de plus intraitable, et lui permet en partie de devenir une r&#233;alit&#233;. Ce qu'on nomme le principe de r&#233;alit&#233; est cette symbolisation du r&#233;el. Or, c'est l&#224; que prend sa source le m&#233;canisme de l'emprise totalitaire. Hannah Arendt disait que les nazis &#233;taient &#171; des d&#233;class&#233;s qui cherchaient &#224; faire perdre aux masses tout sens de la r&#233;alit&#233; &#187;. Ainsi, ils disaient non pas : &#171; Vous n'avez pas de travail &#224; cause de m&#233;canismes r&#233;els de crise du capitalisme apr&#232;s 1929 &#187;, mais : 'Vous &#234;tes ch&#244;meurs &#224; cause des Juifs &#187;. Le ressort premier du totalitarisme est de rendre irr&#233;el le sujet par &#171; l'effort pour rendre l'autre fou &#187;. dont le psychanalyste am&#233;ricain Harold Searles a fait la th&#233;orie dans la schizophr&#233;nie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Searles, L'Effort pour rendre l'autre fou, Paris, Gallimard, 1977.&#034; id=&#034;nh18-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le totalitarisme fonde ses actes et son &#234;tre par une sorte d'auto-engendrement d&#233;lirant. Pas d'origine. Du pass&#233;, faisons table rase. Cr&#233;ons un homme nouveau qui parlera une langue nouvelle. Ainsi, les Conventionnels, pr&#233;curseurs du totalitarisme, voulurent tout changer : l'histoire, la g&#233;ographie de la France, le calendrier, les noms de villes (ceux qui contenaient la syllabe noble ou roi &#233;taient r&#233;crits). La folie n'est rien d'autre que l'efface&#173;ment de la loi symbolique, la fin d'un monde humain dans lequel moi et l'autre sommes &#233;galement soumis &#224; un tiers, un tout autre, un grand Autre sur lequel nous n'avons pas prise, mais auquel nous avons &#224; rendre des comptes. &#192; la place, un monde duel, o&#249; il n'y a plus que moi et &#171; eux &#187;. Malheureusement, le monde duel est tou&#173;jours un monde de duel, o&#249; il faut supprimer l'un ou les autres : c'est &#171; eux &#187; ou &#171; nous &#187;, Que l'un meure pour que vive l'autre. Qu'au nom de I'Un (la Patrie des r&#233;volution&#173;naires, le Chef fasciste ou nazi, le Parti des communistes, le Dieu unique des islamistes), l'Autre soit tu&#233;. Cependant, Freud, qui analysa &#224; leur tout d&#233;but les foules totali&#173;taires du XXe si&#232;cle, n'a pas per&#231;u la dimension mater&#173;nante de l'unit&#233; peuple-parti-chef-&#201;tat, et n'a au contraire cru d&#233;celer qu'une adh&#233;sion &#224; une figure paternelle. Il voit dans le meneur un &#171; fr&#232;re a&#238;n&#233; plein de bont&#233; &#187;, un &#171; subs&#173;titut paternel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, &#171; Psychologie des foules et analyse du moi &#187; (1921), Essais de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Un &lt;i&gt;Big Brother&lt;/i&gt; ou un &lt;i&gt;Big Father&lt;/i&gt;. Toute la diff&#233;rence entre la dictature moderne et les totalita&#173;rismes contemporains tient peut-&#234;tre dans ce changement de la figure tut&#233;laire d'un p&#232;re &#171; c&#233;sarien &#187; (dictateur, tyran ou despote) en une &lt;i&gt;Big Mother&lt;/i&gt;, m&#232;re, guide, initia&#173;trice et inspirant l'amour et la terreur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Franz Neumann,&#171; Notes sur la th&#233;orie de la dictature &#187; (1954), Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au fondement du nazisme, en particulier, le fantasme collectif &#233;tait moins d'&#234;tre pris passivement, f&#233;mininement, par un p&#232;re sadique et violent, que celui d'&#234;tre accueilli par une m&#232;re toute-puissante. On trouve dans &lt;i&gt;Mein Kamp&lt;/i&gt;&lt;i&gt;f&lt;/i&gt; d'incroyables pages sur la m&#232;re Allemagne dont le futur F&#252;hrer se vou&#173;lait l'esclave. &#171; Si l'on &#233;tudiait la psychologie du dictateur, &#233;crit Winnicott, on d&#233;couvrirait sans doute, entre autres choses, que, dans sa propre lutte int&#233;rieure, il s'efforce de contr&#244;ler la femme dont il craint inconsciemment la domination, et qu'il tente de la contr&#244;ler en la cernant, en agissant &#224; sa place et en lui demandant en &#233;change 'amour' et soumission totale &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D.W. Winnicott, &#171; Contribution de la m&#232;re &#224; la soci&#233;t&#233; &#187; (1957), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Hitler n'&#233;tait en rien un p&#232;re. Il &#233;tait la projection d&#233;mesur&#233;e du &#171; je &#187; infantile tout-puissant pour les individus massifi&#233;s. Ou l'introjec&#173;tion de la m&#232;re unique (&#171; &lt;i&gt;Ein Reich, ein &lt;/i&gt;&lt;i&gt;V&lt;/i&gt;&lt;i&gt;olk, ein F&#252;hrer &lt;/i&gt; &#187;) et immortelle (&#171; le Reich mill&#233;naire &#187;). Winnicott tou&#173;jours propose une hypoth&#232;se sur l'origine fantasmatique du totalitarisme : &#171; La tendance qu'ont les groupes &#224; accepter, voire &#224; rechercher une domination r&#233;elle pro&#173;vient d'une crainte d'&#234;tre domin&#233; par la femme fantasm&#233;e. Cette peur fait qu'ils cherchent, et m&#234;me accueillent avec plaisir, la domination d'un homme connu, en particulier de quelqu'un qui se charge d'incarner, donc de limiter, les qualit&#233;s magiques de la femme fantasm&#233;e, toute-puis&#173;sante, envers laquelle il y a cette dette immense. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D.W. Winnicott, &#171; Le sens du mot 'd&#233;mocratie' &#187; (1950), Conversations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Sous des modalit&#233;s historiques qui n'ont &#233;videmment rien &#224; voir, cette figure de m&#232;re toute-puissante, d&#233;mocratis&#233;e, douce et compr&#233;hensive s'incarne aujourd'hui dans l'&#201;tat postmoderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Terrorisme et perversion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe entre la n&#233;vrose, d'une part, et la psychose et la perversion, de l'autre, une opposition fondamentale. Si l'une et l'autre impliquent une certaine perte du sens de la r&#233;alit&#233;, dans la n&#233;vrose le sujet se maintient dans le symbolique et ne d&#233;nie pas la r&#233;alit&#233;, mais veut seulement n'en rien savoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, &#171; La perte de r&#233;alit&#233; dans la n&#233;vrose et dans la psy&#173; chose &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La principale diff&#233;rence entre perversions et psychoses est que la r&#233;alit&#233;, fuie et reconstruite dans les premi&#232;res, ne concerne pas seulement le champ psychique, mais le champ moral. La structure perverse se trouve elle-m&#234;me &#224; la charni&#232;re de deux m&#233;canismes. Un m&#233;canisme intrapsychique, le d&#233;ni, ou le d&#233;saveu, oppos&#233; &#224; la diff&#233;rence des sexes, et un m&#233;canisme interpsy&#173;chique, par lequel le pervers tente de plonger l'autre dans un monde de langage qu'il d&#233;finit et contr&#244;le. Ce serait une sorte d'&#171; effort pour rendre l'autre moi &#187;, de tentative pour r&#233;duire au silence sa singularit&#233; de sujet et faire de lui quelqu'un qui dit ce que je lui ai intim&#233; de dire. Cette intimation n'est consciente ni d'un c&#244;t&#233; ni de l'autre, et s'en trouve d'autant plus efficace. Le pervers veut sup&#173;primer la cr&#233;ativit&#233; de l'autre, alt&#233;rer le langage de la sym&#173;bolisation des pulsions. Il s'emploie &#224; d&#233;truire le sens de la r&#233;alit&#233; en lui substituant des fantasmes pr&#234;ts &#224; l'emploi, mais aussi en inculquant &#224; l'autre une langue nouvelle, une &#171; novlangue &#187;, qui peut &#234;tre politique ou d'amour, selon le degr&#233; de proximit&#233; qu'il assume alors avec la position de m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le terrorisme ? Est-ce un sujet comme un autre &#224; mettre sur une sc&#232;ne ? Les hasards du temps firent qu'au moment m&#234;me o&#249; l'Am&#233;rique &#233;tait frapp&#233;e avec une intensit&#233; et une f&#233;rocit&#233; insoutenables, l'Op&#233;ra de Paris programmait une &#339;uvre inspir&#233;e d'un autre ter&#173;rorisme &#8211; artisanal et presque anodin en comparaison, mais &#233;tait-il si diff&#233;rent dans son inspiration et ses fina&#173;lit&#233;s ? &#8211;, celui qui avait gagn&#233; l'Allemagne dans les ann&#233;es 1970 avec &#171; La Bande &#224; Baader &#187; comme l'appelaient les journalistes, ou la Fraction Arm&#233;e Rouge, comme elle se d&#233;nommait elle-m&#234;me. L'op&#233;ra de Helmut Lachenmann, &lt;i&gt;La Petite Fille aux allumettes&lt;/i&gt;, utilise comme fond l'his&#173;toire d'Andersen qui lui donne son titre. Mais sa construc&#173;tion fait alterner des fragments de cet horrible conte avec des textes de la terroriste Gudrun Ensslin. Peut-on faire de l'art sur le terrorisme, ou porter sur lui un regard esth&#232;te ? Quels sont ses rapports avec la vie et la mort ? Quelles sont les racines infantiles, les sources psychiques de cette maladie de la politique ? Distinguons la psycho&#173;pathologie d'un terroriste et celle du terrorisme. Comme toute enfance, celle d'un terroriste a s&#251;rement &#233;t&#233; tra&#173;vers&#233;e d'acc&#232;s d&#233;sesp&#233;r&#233;s de solitude et d'abandon, d'angoisses mortelles pour l'int&#233;grit&#233; de son corps, de dilemmes existentiels entre la crainte d'&#234;tre aim&#233; et la peur d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme bon &#224; rien, de d&#233;chirements entre l'amour de la vie et la crainte de la mort. Ce qui le distingue, c'est la construction de soi qu'il a mise en place pour r&#233;pondre &#224; ces &#233;tats d'angoisse impensable et d'absolue d&#233;tresse. Quatre traits pourraient retracer le fonctionnement psychique du terroriste : la m&#233;connais&#173;sance du r&#233;el, le recours &#224; l'acte au lieu de mots, l'efface&#173; ment de l'autre, le contr&#244;le omnipotent de la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, comme toute reconstruction du r&#233;el, la vision terroriste des choses n'est pas d&#233;pourvue de fonde&#173;ments dans la r&#233;alit&#233; sociale. Mais on doit saisir toute la diff&#233;rence entre la mythologie du pouvoir et de la r&#233;volu&#173;tion affich&#233;e dans les &#233;crits de prison des terroristes alle&#173;mands et la repr&#233;sentation crue et historiquement fond&#233;e de la mis&#232;re des domin&#233;s dans les contes de f&#233;es. La th&#232;se ou l'hypoth&#232;se implicite du compositeur est claire : bien que coupable et criminelle, la terroriste, comme la petite fille, est une victime de l'ordre bourgeois. Rapprocher, jusqu'&#224; les confondre dans une m&#234;me sympathie, l'enfant mourant r&#234;vant du paradis maternel et l'adulte tuant au nom de la R&#233;volution communiste suscite &#224; tout le moins le malaise. Se mesure l&#224; le degr&#233; de confusion politique qui permet encore aujourd'hui une certaine complai&#173;sance pour ne pas dire connivence entre le terrorisme et certains milieux artistiques ou intellectuels. Le r&#233;el histo&#173;rique et sa repr&#233;sentation dans l'&#339;uvre font l'objet d'une distorsion semblable &#224; celle que le d&#233;lire politique du ter&#173;roriste inflige &#224; la r&#233;alit&#233; des rapports politiques et sociaux. C'est l'un des traits qui apparentent son acte &#224; une construction d&#233;lirante de soi. L'engagement terroriste se fonde sur une construction irr&#233;elle de la r&#233;alit&#233; poli&#173; tique et sociale, pour donner de soi-m&#234;me et des autres une image coup&#233;e du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terrorisme en second lieu vise &#224; affranchir l'action de ses r&#233;sonances symboliques par le passage &#224; l'acte. Les terroristes sont &#171; des drogu&#233;s de l'&lt;i&gt;acte&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D. Sibony, Perversions, Dialogue sur les folies actuelles, 1987 ; Le Seuil, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par son acte, le terroriste r&#233;pond &#224; la question de ses origines : ce qu'il est, ce qu'il n'est pas, son manque &#224; &#234;tre, son trouble de jouissance, tout est de la faute d'une instance toute-puissante, maternelle : la soci&#233;t&#233; pour les terrorismes &#171; internes &#187;, les &#201;tats-Unis pour les terroristes &#171; mondia&#173;lis&#233;s &#187;. Winnicott, s'il n'a pas trac&#233; une explication du devenir terroriste, d&#233;finit l'acte d&#233;linquant comme mani&#173;festation d'une &#171; tendance antisociale &#187;. Le terrorisme en est une forme sp&#233;cifique, un cas particulier de la psycho&#173;pathie antisociale. S'attaquer &#224; la soci&#233;t&#233; ou plus pr&#233;cis&#233;&#173; ment &#224; l'&#201;tat qui en est la forme institu&#233;e et masculinis&#233;e rel&#232;verait d'une sorte de revanche consistant pour le d&#233;lin&#173;quant &#224; faire &#224; autrui ce qu'on lui a fait &#224; lui-m&#234;me. Enfant, le futur asocial a souvent travers&#233; une d&#233;priva&#173;tion et une d&#233;tresse intol&#233;rables et son acte ill&#233;gal actuel vise &#224; restaurer sur un mode r&#233;gressif l'environnement qui aurait d&#251; &#234;tre le sien. En transposant &#224; peine cette hypo&#173;th&#232;se, on pourrait dire que le terroriste est avant tout un terroris&#233;, et qu'il s'en prend aux droits d'autrui (droit de circuler, en prenant des otages, droit &#224; l'int&#233;grit&#233; phy&#173;sique, en tuant, etc.) pour clamer qu'on a bafou&#233; son propre droit &#224; exister. Alors que la d&#233;linquance contre les biens (vols, rackets, et m&#234;me viols, la personne n'&#233;tant alors qu'une chose &#224; poss&#233;der) s'organise autour de l'objet, de l'avoir et du prendre, le terrorisme se centre sur l'&#234;tre qu'il faut subjuguer et d&#233;truire. Par son acte, au lieu de mots par lesquels il aurait pu tenter d'exprimer ses sen&#173;timents douloureux, il donne libre cours &#224; son narcis&#173;sisme de mort. Le terroriste fait le choix de la mort, la sienne et celle des autres, pour donner un sens &#224; sa vie. En linguistique, on appelle performatifs les phrases qui par leur simple &#233;nonc&#233; font ce qu'elles disent. Par exemple : &#171; Je d&#233;clare la session ouverte. &#187; L'acte terro&#173;riste est en quelque sorte un antiperformatif : par son faire, il dit. Et que dit-il ? Il dit : &#171; Je tue, donc je suis. &#187; Les terroristes ne sont pas revendicatifs. S'ils articulent des &#171; demandes &#187;. leur vraie demande est plus archa&#239;que que tout objet exig&#233; (lib&#233;ration de d&#233;tenus, ran&#231;on, etc.) : elle porte sur l'identit&#233;, elle touche &#224; leur &#234;tre, &#224; cette Cause qu'ils incarnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me trait psychique de la perversion, son refus de l'alt&#233;rit&#233;, oppose encore le r&#233;cit fantasmatique et l'acte terroriste. Alors que le conte permet au sujet en devenir de dire &lt;i&gt;qui il est&lt;/i&gt;, le terrorisme est une mise en forme plus archa&#239;que du soi et sert simplement &#224; dire &lt;i&gt;qu'on est&lt;/i&gt;. La question &#224; laquelle il apporte une r&#233;ponse n'est pas : &#171; Suis-je bon ou mauvais, mangeur ou mang&#233;, aban&#173;donn&#233; ou exceptionnel, aim&#233; ou ha&#239;, gar&#231;on ou fille, riche ou pauvre, etc. &#187; C'est quelque chose de plus &#233;l&#233;men&#173;taire : &#171; Suis-je vivant ou mort, dois-je tuer pour &#234;tre, ha&#239;r pour m'aimer ? &#187; Par l'effacement de l'alt&#233;rit&#233; de l'autre, le terrorisme rel&#232;ve bien d'une strat&#233;gie perverse de construction de l'identit&#233;. Les deux modes principaux de son action sont l'attentat et la prise d'otages. Le premier d&#233;truit l'autre et la seconde assure une prise sur lui. On les retrouve combin&#233;s et port&#233;s &#224; l'extr&#234;me dans les attentats contre les &#201;tats-Unis, utilisant des avions de ligne pris en otages comme bombes et lanc&#233;s contre des civils. Au bout du compte, le terroriste esp&#232;re que, d&#233;truit ou enferm&#233;, il n'y aura plus d'autre. Et qu'alors, son propre &#234;tre en sera mieux assur&#233;. Autant dire qu'est d&#233;ses&#173;p&#233;r&#233;e sa d&#233;marche et hors d'atteinte sa vis&#233;e : on n'est que dans le rapport avec celui qu'on n'est pas. On n'existe que par et dans les autres. Telle est la le&#231;on de n'importe quel conte de f&#233;es. &#171; Le criminel, le fou, le suicid&#233;&#8230; &#187;, avec ces trois mots, la terroriste Ensslin s'est elle-m&#234;me d&#233;finie. Elle reprenait ainsi une conception de l'histoire et de la lutte des classes qui alors avait cours au sein du gau&#173;chisme d'inspiration stalino-spontan&#233;iste, et qu'en France Michel Foucault a illustr&#233;e en th&#233;orie et traduite dans son action en faveur des prisonniers, des malades mentaux&#8230; et de la Bande &#224; Baader. Le reste du texte d'Ensslin est explicite : &#171; Leur criminalit&#233;, leur folie, leur mort sont l'expression de la r&#233;volte d'un sujet contre sa destruc&#173;tion. &#187; Dans tout ce pauvre verbiage st&#233;r&#233;otyp&#233;, une chose est frappante : le face &#224; face duel entre &#171; le syst&#232;me &#187; et le terroriste (&#224; la fois criminel, fou et suicidaire), l'absence d'un tiers, d'une soci&#233;t&#233; vivante et agissante, qui ne se r&#233;sume pas au syst&#232;me &#233;tatique. La question de la cible, des victimes de l'acte terroriste est compl&#232;tement &#233;va&#173;cu&#233;e. D'ailleurs, Lachenmann reprend lui-m&#234;me cette id&#233;e lorsqu'il &#233;voque la fin de Gudrun Ensslin : &#171; suicide ou meurtre, on ne sait, en tout cas victime d'une soci&#233;t&#233; indiff&#233;rente, qui veut rester sourde et muette &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte de Helmut Lachenmann &#233;crit en 1993.&#034; id=&#034;nh18-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Vic&#173;time ? Peut-&#234;tre, mais d'abord de son propre aveugle&#173; ment de sa propre fermeture narcissique sur elle-m&#234;me et sa &lt;i&gt;Cause&lt;/i&gt;, de sa propre indiff&#233;rence aux victimes autres que ses actes pouvaient frapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier trait de la perversion terroriste est sa vis&#233;e de d&#233;symbolisation : litt&#233;ralement, le terroriste ne veut rien dire. &lt;i&gt;La Petite Fille aux allumettes&lt;/i&gt;, comme tous les contes, a pour r&#244;le de transmettre les v&#233;rit&#233;s enseign&#233;es par la vie. Leur enjeu est la reconnaissance de la loi sym&#173;bolique. Ils parlent &#224; l'enfant de lui-m&#234;me, le prennent o&#249; il est, le repr&#233;sentent tel qu'il est. Ils donnent des figura&#173;tions aux trois instances qui articulent en lui le conscient &#224; l'inconscient : moi, &#231;a et surmoi. Ils l'aident &#224; sur&#173; monter les blessures narcissiques, &#224; renoncer aux d&#233;pen&#173;dances et &#224; la d&#233;tresse archa&#239;ques, &#224; inscrire sa sexualit&#233; dans la structure symbolique du complexe d'&#338;dipe et enfin &#224; prendre conscience des contraintes morales limi&#173;tant sa toute-puissance. La confrontation entre le sujet et la loi est au c&#339;ur de la plupart des contes. Images et ima&#173;gination donnent aux pulsions inconscientes une repr&#233;&#173;sentation partag&#233;e par d'autres dans l'histoire et le temps que l'on pourra ensuite incorporer dans ses actes et ses r&#234;ves. Elles pr&#233;sentent le conflit comme in&#233;luctable, le manque comme in&#233;vitable. Par l'imaginaire, les contes enseignent &#224; l'enfant la n&#233;cessit&#233; de lutter contre les dif&#173;ficult&#233;s r&#233;elles de la vie, ses injustices, ses &#233;preuves, ses combats int&#233;rieurs et ext&#233;rieurs.&lt;i&gt; La Petite Fille aux allu&#173;mettes&lt;/i&gt; est un conte r&#233;aliste sur la cruaut&#233; du monde. Il finit mal, mais &#233;veille la compassion envers les opprim&#233;s. Le terroriste, lui, ne veut pas tant transgresser la loi, ni m&#234;me la d&#233;truire, que la fonder. Le groupe terroriste ne se conna&#238;t d'autre loi que celle qu'il s'est donn&#233;e, la vraie, celle qui le place au-dessus des lois. Un des th&#233;oriciens des groupes allemands dans les ann&#233;es 1970 &#233;non&#231;ait cette tautologie entre le terroriste et sa &lt;i&gt;Cause&lt;/i&gt;, un mot sou&#173; vent employ&#233; dans leur langage : &#171; Si je d&#233;truis tout, c'est la preuve que tout m&#233;rite d'&#234;tre d&#233;truit, et c'est la preuve que c'est la soci&#233;t&#233; qui est coupable et que je suis inno&#173;cent. &#187; Le terroriste, s'il sert une &lt;i&gt;Cause&lt;/i&gt;, n'ob&#233;it &#224; aucun motif. Il attend la consistance de son &#234;tre non de sa parole adress&#233;e &#224; quelqu'un, mais de son acte commis pour per&#173;sonne. On s'indigne toujours de ce qu'il frappe des gens innocents. On voudrait le ramener &#224; la raison et peut&#173; &#234;tre le voir tuer des gens pour de bonnes ou mauvaises raisons, mais des raisons. Non. Il tue sans raison, des gens qui n'y sont pour rien. Au fond, on pourrait opposer l&lt;i&gt;e conte&lt;/i&gt;, inscrit dans le symbolique et qui est le r&#233;cit imag&#233; de la douloureuse rencontre d'un sujet avec les autres et le grand Autre, et &lt;i&gt;le compte&lt;/i&gt;, d&#233;fi imaginaire, fun&#232;bre comptabilit&#233; des victimes sur sa liste, pauvre r&#232;glement des rapports entre le terroriste et le syst&#232;me auquel il entend r&#233;gler son compte et &#224; qui il reproche de ne pas lui avoir donn&#233; son compte. Les terroristes seraient-ils des sujets que leur histoire a emp&#234;ch&#233;s de se raconter leur propre histoire, et qui ont d&#251; tenter par la force de s'inscrire dans l'Histoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1049-Big-Mother-Democratie-et-nevrose' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la seconde partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb18-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Hom&#232;re, &lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;, discours de Ph&#233;nix, IX, 443.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Yves Citton, &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;mpuissances, d&#233;faillances masculines et pouvoir politique de Montaigne &#224; Stendhal&lt;/i&gt;, Paris, Aubier, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G&#233;rard Pommier, &lt;i&gt;Du bon usage &#233;rotique de la col&#232;re&lt;/i&gt;, Paris, Aubier, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; De papa poule &#224; papa p&#244;le &#187;, tribune dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 9 janvier 2002, sign&#233;e de Christine Castelain-Meunier, sociologue et Genevi&#232;ve Delaisi de Parseval, psychanalyste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D.W. Winnicott, &lt;i&gt;La Crainte de l'effondrement et autres situations cliniques, op. ci&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;F. Engels, &lt;i&gt;Situation des classes laborieuses en Angleterre&lt;/i&gt; (1845), chapitre VII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Montesquieu, &lt;i&gt;De l'esprit des lois&lt;/i&gt;, livre XIX, chapitre VI, &#171; Qu'il ne faut pas tout corriger &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fernando Savater, &lt;i&gt;&#201;thique &#224; l'usage de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;mon&lt;/i&gt;&lt;i&gt; fils&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 17 juin 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Vergilio Ferreira, &lt;i&gt;Jusqu'&#224; la fin&lt;/i&gt;, Paris, UGE, &#171; 10/18 &#187;. 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Horkheimer et alii, &lt;i&gt;Autorit&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#228;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t &lt;/i&gt;&lt;i&gt;und &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Famille&lt;/i&gt;, Paris, 1936, T.W. Adorno et alii, &lt;i&gt;The Authoritarian Personalit&lt;/i&gt;&lt;i&gt;y&lt;/i&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, 'Psychologie des foules et analyse du moi &#187; (1921), &lt;i&gt;Essais de psychanalyse, op. cit&lt;/i&gt;., p. 153.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, N&#233;vrose, psychose et perversion, op. cit...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Lacan, &#171; Les complexes familiaux dans la formation de l'individu &#187; (1938), &lt;i&gt;Autres &#201;crits, op. cit&lt;/i&gt;., p. 61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#192; l'exception de ceux de Patrick Modiano dont l'&#233;vanouisse&#173;ment du p&#232;re est le th&#232;me constant depuis &lt;i&gt;Livret de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;f&lt;/i&gt;&lt;i&gt;amille&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Searles, &lt;i&gt;L'Effort pour rendre l'autre fou&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, &#171; Psychologie des foules et analyse du moi &#187; (1921), &lt;i&gt;Essais de psychanalyse, op. cit&lt;/i&gt;., p. 154.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Franz Neumann,&#171; Notes sur la th&#233;orie de la dictature &#187; (1954), &lt;i&gt;Le Totalitarisme&lt;/i&gt;, le XXe si&#232;cle en d&#233;bat, textes choisis et pr&#233;sent&#233;s par Enzo Traversa, Paris, Le Seuil, coll. &#171; Points &#187;. 2001, p. 533-548.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D.W. Winnicott, &#171; Contribution de la m&#232;re &#224; la soci&#233;t&#233; &#187; (1957), &lt;i&gt;Conversations ordinaires, op. cit&lt;/i&gt;., p. 139.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D.W. Winnicott, &#171; Le sens du mot 'd&#233;mocratie' &#187; (1950), &lt;i&gt;Conversations ordinaires, op. cit&lt;/i&gt;., p. 288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, &#171; La perte de r&#233;alit&#233; dans la n&#233;vrose et dans la psy&#173; chose &#187; (1924), &lt;i&gt;N&#233;vrose, psychose et perversion, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 199-303. 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D. Sibony, &lt;i&gt;Perversions, Dialogue sur les folies actuelles&lt;/i&gt;, 1987 ; Le Seuil, coll. 'Points &#187;, 2000, p. 371.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Texte de Helmut Lachenmann &#233;crit en 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; La paix sociale sexuelle est achet&#233;e au prix du silence&#8230; &#187; (2/2)</title>
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&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) Pourtant la banlieue se pr&#233;tend terre de r&#233;bellion : comment expliquer ce silence ? Les manifs indign&#233;es qu'on voit fleurir surtout en banlieue, et pour certaines &#224; raison, ne semblent majoritairement faites que par et pour ceux qui se ressemblent : du mascu&#173;lin 16-25 ans qui se prend cl&#233;s d'&#233;tranglement, matraques dans la face, abus divers, et tout ceci est condamnable. Mais, et d'une la col&#232;re juste est encore trop souvent instru&#173;mentalis&#233;e pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-124-banlieue-+" rel="tag"&gt;Banlieue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1040-La-paix-sociale-sexuelle-est-achetee' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant la banlieue se pr&#233;tend terre de r&#233;bellion : comment expliquer ce silence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifs indign&#233;es qu'on voit fleurir surtout en banlieue, et pour certaines &#224; raison, ne semblent majoritairement faites que par et pour ceux qui se ressemblent : du mascu&#173;lin 16-25 ans qui se prend cl&#233;s d'&#233;tranglement, matraques dans la face, abus divers, et tout ceci est condamnable. Mais, et d'une la col&#232;re juste est encore trop souvent instru&#173;mentalis&#233;e pour servir des agendas politiques identitaires, qu'ils soient &#171; &lt;i&gt;racialistes &#187;, &#171; d&#233;coloniaux &#187; ou &#171; cl&#233;ricalistes&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;, et de deux s'occulte avec constance le drame quotidien des abus sexuels r&#233;p&#233;t&#233;s sur de jeunes mineurs, en majorit&#233; des filles mais aussi de jeunes gar&#231;ons, gays ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications de m&#234;mes droits pour tous sont donc majoritairement pour l'ins&#173;tant, des portes d'entr&#233;e royales &#224; ces nouvelles extr&#234;mes droites essentialistes qui assignent &#224; des places pr&#233;d&#233;finies et attisent les s&#233;paratismes anti-fraternels, envoyant comme chair &#224; baston de jeunes hommes englu&#233;s dans cette sourici&#232;re id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas r&#233;clamer l'arr&#234;t de violences polici&#232;res ill&#233;gitimes et fumer p&#233;pouze devant son entr&#233;e d'immeuble quand l&#224;, au 5e &#233;tage, une gamine de 15 ans en &#233;tat second se fait violer. Sinon quoi ? On ne se bat que pour les droits de ceux qui nous res&#173;semblent ? On serait dans des privil&#232;ges &#224; conserver, le pratico-pratique du soulagement pulsionnel justifiant toutes les l&#226;chet&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'accorderai aucune, mais aucune, cr&#233;dibilit&#233; aux manifs de cit&#233;s pour la fin des violences polici&#232;res tant que ces jeunes n'&#233;l&#232;veront pas aussi leur voix contre certains de leurs pairs, pour qui une vie sexuelle r&#233;guli&#232;re se base depuis beaucoup trop longtemps sur attouchements et viols sur des gamines, dont le conditionnement op&#233;rant &#224; la Pavlov est d&#233;j&#224; dramatiquement install&#233; (tu dis &#171; &lt;i&gt;non&lt;/i&gt; &#187; une claque, tu dis &#171; &lt;i&gt;non&lt;/i&gt; &#187; un coup de poing, et quand tu dis &#171; &lt;i&gt;oui&lt;/i&gt; &#187; tu es contente si tu ne re&#231;ois qu'une claque, il faut bien maintenir la peur et la violence).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on arr&#234;te le d&#233;lire avec la &#171; &lt;i&gt;culture du viol &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; qu'on foute la paix aux mecs de France toutes origines confondues, qu'on nous l&#226;che la rate avec des &#171; &lt;i&gt;conceptuali&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s relativistes intersectionnelles&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; qui omettent soigneusement ceux qui pourraient &#234;tre dangereux, ceux dont le terrain de chasse de l'aube au coucher reste les rues. Il faut donner le courage aux jeunes &#233;c&#339;ur&#233;s de ce qu'ils voient, leur donner la force de s'&#233;manciper des discours qui les instrumentalisent, et qu'ils soient &#233;paul&#233;s dans ce cou&#173;rage de dire &#171; &lt;i&gt;non, tu la laisses&lt;/i&gt; &lt;i&gt;tranquille &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et du c&#244;t&#233; de tes coll&#232;gues ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu diff&#233;rentes sortes de coll&#232;gues, &#224; part ceux qui font leur job avec &#233;thique et sans attendre une r&#233;paration personnelle quelconque : ceux qui s'en foutent et se mettent en arr&#234;t maladie &#224; r&#233;p&#233;tition, peu soucieux de la charge de travail laiss&#233;e aux coll&#232;gues ; ceux qui essaient de sauver le monde entier, sont en attente de reconnaissance et fi&#173;nissent us&#233;s, poreux et d&#233;mobilis&#233;s ; et ceux qui se servent de l'acc&#232;s aux adolescents comme d'un vivier d'o&#249; seront puis&#233;es les forces vives du &#171; &lt;i&gt;racialisme &#187;&lt;/i&gt; et du &#171; &lt;i&gt;d&#233;co&#173;lonialisme &#187;&lt;/i&gt;. Ces coll&#232;gues-l&#224; interviennent parfois dans des &#233;coles, ont un discours tout fait o&#249; on retrouve les invariants de ces id&#233;ologies : La France produit leur mis&#232;re, la la&#239;cit&#233; est un racisme, vous ne serez jamais int&#233;gr&#233;s, pas la peine de travailler &#224; l'&#233;cole, les Droits de l'Homme sont ceux de l'homme blanc. Leurs &#233;g&#233;ries sont en g&#233;n&#233;ral Rokhaya Diallo, Houria Bouteldja et Sa&#239;d Bouamama.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s compliqu&#233; de pointer &#231;a quand vous voyez que les chefs s'en foutent ou avalisent sur le mode Edwy Plenel ou Eric Fassin, dans une autoflagellation ou une jouissance morbide &#224; voir ainsi d&#233;crier ce que ce pays pourrait transmettre de positif. Certains jeunes ne sont pas dupes, j'en ai vus qui voulaient faire l'arm&#233;e, &#234;tre utiles, se donner les moyens malgr&#233; les discours rencontr&#233;s. Les livres mis &#224; disposition des ado&#173;lescents dans un des nombreux endroits o&#249; j'ai pu travailler (en remplacement lorsque j'&#233;tais en int&#233;rim) parlaient essentiellement de rap culture, j'ai vu tr&#232;s tr&#232;s peu d'ou&#173;vrages fondateurs ou qui ouvrent la r&#233;flexion, ou alors il y avait de vieilles BD sans in&#173;t&#233;r&#234;t, rien qui puisse aider le jeune &#224; trouver autre chose que ce qu'il a &#224; la maison, donc. Il y a des institutions soit complices, soit d&#233;missionnaires, beaucoup d'endroits d'aide et de soutien aux adolescents en difficult&#233; sont d&#233;bord&#233;s, alors il y a le choix, se laisser vivre, trouver et garder sa petite place de fonctionnaire, ou faire du militantisme &#171; &lt;i&gt;d&#233;colonial &#187;&lt;/i&gt;. Entre m&#233;connaissance et laisser-faire, les responsables et autres &lt;i&gt;n+1&lt;/i&gt; se sont en g&#233;n&#233;ral montr&#233;s silencieux ou complices. Il y a un &#233;norme taux d'arr&#234;ts maladie dans le social, je n'ai jamais vu &#231;a ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela cr&#233;e des tensions au sein des &#233;quipes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tensions sont parfois palpables au boulot, il suffit qu'on propose simplement un jour en r&#233;union de mettre &#171; &lt;i&gt;origine g&#233;ographique &#187;&lt;/i&gt; &#224; la place de &#171; &lt;i&gt;origine culturelle &#187;&lt;/i&gt; sur certaines fiches de renseignements pour que &#231;a crise, alors que l'origine d'un gamin ne dit pas forc&#233;ment quelque chose de sa pens&#233;e et de ses pratiques. Est-ce qu'on se met &#224; la place du gamin &#224; qui on demande &#171; &lt;i&gt;tu es de quelle origine culturelle ? &#187;&lt;/i&gt;, &#224; quel point &#231;a pourrait l'impacter et lui faire op&#233;rer une all&#233;geance inconsciente &#224; certaines pratiques li&#233;es &#224; son origine ? Il y a aussi des mots comme &#171; d&lt;i&gt;&#233;mocratie, la&#239;cit&#233;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;d&lt;/i&gt;&lt;i&gt;roits&lt;/i&gt; &lt;i&gt;de l'Homme&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;caricatures, blasph&#232;me &#187;&lt;/i&gt; qui cr&#233;ent des tensions imm&#233;diates et il faut sa&#173;voir rester prudent pour ne pas &#234;tre &#233;tiquet&#233;. Ce sont des mots d&#233;clencheurs de discours id&#233;ologiques de type &#171; r&lt;i&gt;acialiste &#187;&lt;/i&gt; et &#171; &lt;i&gt;d&#233;colonial &#187;&lt;/i&gt;, on sent la pens&#233;e format&#233;e, &#233;tablie, non discutable et discut&#233;e, c'est comme une bible, en fait, dont on retrouverait les inva&#173;riants &#224; chaque petite remarque orient&#233;e : l'&#233;cole &#231;a sert &#224; rien, il y a des injustices dues &#224; la couleur et aux origines, ce pays bafoue la justice et l'&#233;galit&#233;, etc. D&#232;s qu'il est question des origines ou de la politique, voire de la culture fran&#231;aise (surtout ne pas citer un philosophe, sinon des coll&#232;gues hilares peuvent te faire passer pour un 1er de la classe), quelque chose se met en marche chez certains et la tension est palpable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est cette id&#233;ologie &#171; &lt;i&gt;d&#233;coloniale&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; qui cr&#233;e cette tension ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de certaines r&#233;unions on la sent tr&#232;s pr&#233;sente, mais il y a beaucoup de langage qu'on pourrait qualifier d'infra-verbal : des froncements, des soupirs, des regards, on marche sur des &#339;ufs mais l'explosion n'arrive jamais, il y a le d&#233;sir de continuer &#224; bosser en &#233;quipe, et la retenue qui fait que tout reste allusif ; par exemple un coll&#232;gue qui dit &#171; &lt;i&gt;Il est Charlie lui &lt;/i&gt; ! &#187; &#224; propos d'un gamin qui veut devenir policier (aucun rapport d'ailleurs !) ou une &#233;ducatrice toute fi&#232;re de dire que l'adolescente, apr&#232;s qu'elle lui ait parl&#233;, ne se sente &#171; &lt;i&gt;plus fran&#231;aise &#187;&lt;/i&gt; mais &#171; &lt;i&gt;appartenant au monde &#187;&lt;/i&gt;, la nationalit&#233; ne veut rien dire, le pays est trop truff&#233; d'injustices, etc. J'ai aussi vu de jeunes coll&#232;gues se transformer au contact &#171; &lt;i&gt;d'indig&#233;nistes &#187;&lt;/i&gt;, monter en puissance dans les critiques faites &#224; la France mais sans aucun recul, ou alors comme ce jeune qui d&#233;butait, assez neutre et ouvert, au bout de deux semaines, il parlait d&#233;j&#224; de &#171; &lt;i&gt;renouer avec son africanit&#233; &#187;&lt;/i&gt; et apr&#232;s les choses ont empir&#233;, il venait avec la revue &#171; Negus &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdLC : Revue de la soci&#233;t&#233; Nofi (contraction de &#171; Noir et Fier &#187;), groupe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; et ne parlait plus que des injustices et de l'esclavage d&#232;s qu'il y avait un moment d'&#233;change, s'appuyant sur Lilian Thuram ou Rokhaya Diallo pour soutenir son opinion. Mais ce sont plus que des opi&#173;nions puisqu'il est impossible de d&#233;battre, en global tout est larv&#233;, allusif, et il n'y a plus d'acc&#232;s &#224; la discussion, ces discussions franches qu'on peut avoir en politique. C'est pour &#231;a que moi je parle de discours id&#233;ologique &#224; base de pens&#233;e unique, un discours qui ne tol&#232;re pas de contrepoint, de discussion argument&#233;e, tout le pr&#234;t-&#224;-penser est d&#233;j&#224; l&#224;. C'est assez douloureux, dans tous les endroits o&#249; j'&#233;tais j'aurais bien aim&#233; &#233;changer, la discussion ne me fait pas peur, mais c'&#233;tait trop tendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu d&#233;tectes une dimension &#171; raciale &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le recul je me dis que le mouvement &lt;i&gt;&#171; Justice pour Adama &#187;&lt;/i&gt; a juste permis que les paroles se d&#233;complexent, mais l'id&#233;ologie &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224;, entretenue, v&#233;hicul&#233;e, tol&#233;r&#233;e par certains chefs de service, soit parce qu'ils s'en foutent, soit parce qu'ils rel&#232;vent de la mentalit&#233; de &lt;i&gt;Sud &#201;ducation&lt;/i&gt; ou de la &lt;i&gt;Ligue de D&#233;fense des Droits de l'Homme &lt;/i&gt;qui est tr&#232;s particuli&#232;re. La cible de ces propos et de ces attitudes que j'ai pu voir c'est la France en g&#233;n&#233;ral, rien n'est &#224; d&#233;charge, on dirait un proc&#232;s constant et surtout ce &#171; &lt;i&gt;colo&#173;risme &#187;&lt;/i&gt; d&#233;sastreux. Moi, en tant que blanc, j'ai &#233;t&#233; tol&#233;r&#233; par certains coll&#232;gues parce que la politique m'int&#233;resse et que je n'ai pas de pognon, j'ai donc &#233;t&#233; apparent&#233; au mec de gauche sans fric, un blanc chez qui rien n'est &#224; envier et qui pourrait &#234;tre un alli&#233; pour faire &#233;ventuellement basculer le syst&#232;me. J'ai toujours fait profil bas parce que j'avais besoin de bosser et je ne pouvais pas me griller dans ma bo&#238;te d'int&#233;rim, tout se sait, le monde du social est petit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela doit avoir des cons&#233;quences aupr&#232;s des gamins&#8230;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'un coll&#232;gue d&#233;cide que vous ne pensez &#171; &lt;i&gt;pas&lt;/i&gt; &lt;i&gt;bien &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; on peut vous limiter l'ac&#173;c&#232;s aux adolescents ou &#233;viter d'avoir recours &#224; vous, c'est une fa&#231;on de restreindre en&#173;core plus les offres de pens&#233;es. Il y a beaucoup de maladresses faites avec les ados dans les foyers et les endroits o&#249; j'ai pu passer. J'entends des &#171; &lt;i&gt;ne fais pas ta princesse &#187;&lt;/i&gt; &#224; une gamine qui voulait du dissolvant pour changer son vernis, et une fois j'ai vu un &#233;du&#173;cateur, en int&#233;rim comme moi, donc pas l&#224; pour longtemps ni depuis longtemps, hurler sur une jeune parce qu'elle avait le langage ultra &#171; &lt;i&gt;wesh &#187;&lt;/i&gt;. S'est-il demand&#233; une se&#173;conde si &#231;a ne la prot&#233;geait pas de quelque chose, si &#231;a n'emp&#234;chait pas qu'elle soit consid&#233;r&#233;e comme une fille faible et donc attaquable ? Non, &#231;a a &#233;t&#233; la culpabilisation directe, alors m&#234;me qu'il n'a jamais repris un gar&#231;on avec les m&#234;mes attitudes et le m&#234;me langage. Les r&#233;flexes de survie chez certaines gamines ne sont pas du tout ana&#173;lys&#233;s, on se demande quelle formation re&#231;oivent les &#233;ducateurs. De ce que j'ai pu voir, j'apparente ces attitudes clairement &#224; du sexisme, les usages qu'on peut voir dans cer&#173;tains quartiers perdurent &#224; certains moments au sein de certaines institutions. Si les jeunes filles ne trouvent aucun discours ferme et r&#233;p&#233;titif qui les consid&#232;re comme &#233;gales en droit aux gar&#231;ons, comment est-il possible qu'elles puissent s'affranchir plus vite de ces clich&#233;s de &#171; &lt;i&gt;princesse &#187;&lt;/i&gt; et de &#171; &lt;i&gt;wesh &#187;&lt;/i&gt; ? Parfois, je n'ai m&#234;me pas retrouv&#233; la bienveillance mais juste des effets de gardiennage, on s'assure que le gamin va bien aller au foyer ou &#224; l'&#233;cole, on v&#233;rifie qu'il mange et dort bien et puis basta ! Aucun &#233;change constructif, le sujet politique en devenir est compl&#232;tement &#233;vacu&#233; dans l'ap&#173;proche qu'on fait avec le jeune. Son &#233;veil, son sens critique, rien n'est pris en charge et le discours sur l'&#233;cole est tr&#232;s n&#233;gatif alors qu'il devrait &#234;tre compl&#233;mentaire ; on parle d'&#171; &lt;i&gt;&#233;ducation sp&#233;cialis&#233;e&lt;/i&gt; &#187; mais ce n'est ni l'un ni l'autre, c'est au mieux du gardien&#173;nage, au pire de l'enfermement quand ce n'est pas de l'embrigadement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu veux dire que le jeune est enferm&#233; dans une sorte de &#171; &lt;i&gt;ghetto mental &#187;&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas &#234;tre paum&#233; ? Il faudrait peut-&#234;tre revoir le contenu de la formation d'&#233;ducateur, de psychologue, d'assistant social etc, revoir tout et obliger &#224; un tronc commun qui prenne en compte cette soif d'apprendre, cette porosit&#233; naturelle de l'en&#173;fant, et ne pas s'en servir comme d'un lieu o&#249; on vient mettre ses propres id&#233;es. Propo&#173;ser des choses, des lectures, des musiques qui n'arrivent pas jusqu'aux quartiers, exploser ce syst&#232;me de vase clos. Je signale que j'ai aussi rencontr&#233; des coll&#232;gues formi&#173;dables, ouverts, et qui se donnaient &#224; fond sans juger, sans imposer leurs id&#233;es ou croyances, qui ne jugeaient pas une fille voulant se faire avorter ou faisant de la prosti&#173;tution occasionnelle. Donc des gens impliqu&#233;s et &#224; peu pr&#232;s sains dans leur rapport aux jeunes, j'en ai vus. Mais il y a aussi de plus en plus de personnes qui n'ont rien r&#233;gl&#233; de leurs n&#233;vroses et de leurs phobies et qui n'ont rien &#224; faire l&#224; ! J'ai personnellement travaill&#233; avec des coll&#232;gues qui refusaient de prendre en entretien un jeune parce qu'il &#233;tait homosexuel, comme un droit de r&#233;serve qui est d'ailleurs possible, je pense, mais qui en dit long. Il y avait aussi un jeune en errance dont l'ami voulait venir pour le saluer, mais il avait un chien et &#231;a n'a pas &#233;t&#233; possible de ne serait-ce que faire venir le jeune &#224; la porte de l'accueil, &#224; cause du chien. La discussion qui a suivi &#233;tait effarante, la diaboli&#173;sation de l'animal, sa salet&#233; d&#233;crite avec d&#233;go&#251;t, une forme de croyance parano&#239;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi une sacralisation de certaines coutumes : Si une m&#232;re de famille croit aux esprits ou au maraboutage, bien s&#251;r &#231;a doit &#234;tre pris en compte dans l'explication de ce que son gamin traverse comme difficult&#233;s, mais souvent mes coll&#232;gues ne gardent plus que cet angle d'approche, et certains ont m&#234;me un respect peureux et ne veulent m&#234;me pas introduire un autre angle d'approche qui pourrait &#233;clairer, enrichir ou moduler le point de vue superstitieux. De fait, il y a pour certains une intouchabilit&#233; qui est confon&#173;due avec le respect de l'autre. Quel travail peut &#234;tre possible si on h&#233;site &#224; discuter des probl&#232;mes r&#233;els du gamin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils n'ont aucune porte de sortie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi de vraies rencontres qui se font pour ces gamins, j'ai pu travailler au contact de psychologues qui &#233;taient beaucoup dans l'&#233;change et avaient une fa&#231;on d'aborder la d&#233;tresse des jeunes sans les enfermer ou les r&#233;sumer &#224; leur couleur de peau ou leurs croyances religieuses, comme le font pas mal d'&#233;ducateurs en valorisant une gamine dite &#171; &lt;i&gt;pieuse &#187;&lt;/i&gt; m&#234;me si le p&#232;re pratiquant la tabasse r&#233;guli&#232;rement au nom justement de cette croyance qui exigerait de ne pas avoir de vie sociale ni de fr&#233;quenter les gar&#231;ons. Parce qu'il y a &#231;a aussi, des coll&#232;gues qui murmurent dans une forme de respect en parlant d'une jeune qui est croyante avec un voile, comme si on &#233;tait dans une &#233;glise, &#231;a renvoie quoi comme message aux autres adolescentes ? O&#249; est la distance, la libert&#233; de penser en g&#233;n&#233;ral ? Comme cette coll&#232;gue qui interdisait &#224; un adolescent de jurer parce que &#231;a offense, avec le doigt point&#233; en l'air. Il faudrait s'interroger sur la neutralit&#233;, et des signes ext&#233;rieurs mais aussi et surtout des id&#233;es qui peuvent &#234;tre v&#233;hicul&#233;es suivant le coll&#232;gue qui travaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinon j'ai pu voir aussi des assistantes sociales qui se d&#233;menaient pour que des jeunes aillent au bout de leur choix d'avorter, et parfois &#231;a n'est vraiment pas facile de faire face aux pressions de certains coll&#232;gues sur ce type de choix&#8230; Pour moi il y deux soucis : la formation et le devoir de r&#233;serve. Si on n'a pas un socle fort et commun &#224; ce niveau-l&#224;, la population des quartiers peut se retrouver face &#224; des professionnels qui en fait d&#233;versent leurs id&#233;es ou font de leur boulot un terrain de chasse id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, dans les foyers, il y a de plus en plus de &#171; &lt;i&gt;faisant fonction de &#187;&lt;/i&gt; et les &#233;ducateurs de nuit sont remplac&#233;s par des veilleurs, qui n'ont pas de formation et sont parfois d'un laxisme &#233;tonnant. J'ai entendu de la part de coll&#232;gues le r&#233;cit de situations aberrantes, avec un veilleur en train de fumer son joint pendant qu'&#224; l'&#233;tage c'&#233;tait en roue libre complet, avec agressions, semi-lynchage &#171; &lt;i&gt;pour de rire &#187;&lt;/i&gt; mais avec des coups r&#233;els, et une fois une jeune est venue nous dire que lors de son arriv&#233;e au foyer d'accueil d'urgence, on lui demandait d&#233;j&#224; des fellations ; certains h&#244;tels de l'Aide Sociale &#224; l'Enfance ont aussi un encadrement d&#233;plorable absolument non s&#233;curis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout ce que tu racontes se sait donc, dans le milieu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des anecdotes il y en a plein mais tr&#232;s peu de coll&#232;gues en parlent. Et cette jeune fille envoy&#233;e &#224; l'Aide Sociale &#224; l'Enfance, via une association o&#249; je bossais, et qui revient quelques semaines apr&#232;s en disant que le gardien de nuit a toqu&#233; &#224; sa porte pour lui de&#173;mander une fellation (d'apr&#232;s elle il a &#233;t&#233; renvoy&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, les services sociaux et les associations proposent ce qu'ils peuvent, mais entre les discours de type &#171; &lt;i&gt;indig&#233;nist&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; (&#171; &lt;i&gt;ne fou&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt; rien &#224; l'&#233;cole&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; tu peux pas &#233;chapper &#224; ta condition et m&#234;me si tu y &#233;chappes tu ne seras jamais accept&#233; comme une personne blanche &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;etc&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;) ou le laxisme &#233;pouvantable qui installe le jeune dans une oisivet&#233; non constructive et appauvrissante, il y a beaucoup &#224; dire&#8230; Le probl&#232;me aussi, c'est les chefs de service, les directeurs etc, et le cadre o&#249; le non cadre qu'ils posent. J'ai travaill&#233; une fois avec une psy qui &#233;voquait le fait qu'elle avait signal&#233; un de ses coll&#232;gues pour propos d&#233;plac&#233;s, la directrice lui aurait dit : &#171; &lt;i&gt;Il a encore fait du racisme anti blanc ? &#187;&lt;/i&gt; mais il n'y a pas eu de suite. Il faut savoir que certains chefs de service ou directeurs &#224; un plus haut niveau ne voient pas du tout d'un mauvais &#339;il le discours &#171; &lt;i&gt;indig&#233;niste &lt;/i&gt; &#187;. Il y a eu l'ann&#233;e pass&#233;e un colloque dont on a beaucoup parl&#233;, soutenu par St&#233;phane Eudier [directeur g&#233;n&#233;ral de l'association &#171; Sauvegarde 93 &#187; &#8212; cf. note suivante.] et organis&#233; par l'association &lt;i&gt;Sauvegarde 93&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'association Sauvegarde 93 (Loi 1901, cr&#233;&#233;e en 1968) &#224; l'origine de ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La pr&#233;sence d'un &#171; &lt;i&gt;indig&#233;niste &#187;&lt;/i&gt; connu (Sa&#239;d Bouamama&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charg&#233; de recherche, formateur et consultant au sein de l'IFAR (Intervention (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) a &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;e car sa venue avait fuit&#233; avant le colloque. J'ai vu au final assez peu de coll&#232;gues r&#233;agir quand il y avait des discours militants &#171; &lt;i&gt;d&#233;coloniaux&lt;/i&gt; &#187; balanc&#233;s l'air de rien, pendant les r&#233;unions ou pendant les pauses clopes, et clairement c'&#233;tait par peur des remous et par souci de maintenir une sorte de paix factice au quoti&#173;dien. Mais il y a parfois des r&#233;actions tout de m&#234;me comme pour ce colloque avec Sa&#239;d Bouamama : j'ai assist&#233; &#224; la col&#232;re de rares coll&#232;gues qui se sont d&#233;brouill&#233;s pour faire remonter discr&#232;tement l'info &#224; l'ext&#233;rieur du milieu de la Sauvegarde 93, pour que &#231;a fasse du bruit quoi, que les m&#233;dias en parlent, que des gens se mobilisent contre&#8230; De toute fa&#231;on, le d&#233;bat &#233;tant impossible, c'est presque tout ce qui reste : collecter des infos, faire savoir et esp&#233;rer que &#231;a ouvre enfin des yeux sur l'&#233;tat intellectuel et militant de certaines &#233;quipes. En face dans cette affaire, apparemment tout le monde a fait bloc pour d&#233;fendre S. Bouamama, et St&#233;phane Eudier aurait envoy&#233; un courrier interne pour r&#233;it&#233;rer son soutien &#224; la tenue de ce colloque tel qu'il &#233;tait initialement pr&#233;vu. J'ai aussi des coll&#232;gues qui interviennent en tant qu'&#233;ducateurs repr&#233;sentant des assoces dans les lyc&#233;es et coll&#232;ges sans qu'aucun contr&#244;le ne soit exerc&#233; sur ce qu'ils disent et v&#233;hiculent comme pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne leur demande pas d'o&#249; ils parlent, aucun contr&#244;le ni texte &#233;crit avant les inter&#173;ventions, la jeunesse au lieu d'&#234;tre prise dans des discours multiples, se retrouve comme encercl&#233;e par les m&#234;mes discours &#224; pens&#233;e unique tenus par les id&#233;ologues auxquels elle est livr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment fais-tu pour tenir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on ne pense pas pareil, on se raccroche soit &#224; un coll&#232;gue, tr&#232;s rare qui pense comme vous, soit &#224; l'&#233;thique dans son travail, en essayant de proposer dans le discours une voie de sortie pour des jeunes qui sont entour&#233;s d'id&#233;ologie, ne se voient rien offrir de diff&#233;rent de ce qu'ils ont &#224; la maison et dans le quartier (rap, BD sur le rap, livres sur le hip-hop) ou alors des contenus obsol&#232;tes, de vieux magazines d'il y a plus de 10 ans qui tra&#238;nent entre deux BD dont il manque des pages, et quand ils peuvent aller sur In&#173;ternet de fa&#231;on surveill&#233;e, ils se plongent dans la musique qu'ils aiment sans que rien ne vienne enrichir leur univers. Il manque un r&#233;el travail commun pour penser le contenu de ce qu'on peut proposer &#224; l'adolescent en crise. Ni dans les foyers, ni dans les associations, ni dans les services de l'&#201;tat cette question fondamentale n'est abord&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le gardiennage semble suffire et malgr&#233; les personnes qui s'engagent &#233;thique&#173;ment sans faire leur petit pros&#233;lytisme, il y a au final de fa&#231;on r&#233;pandue, de ce que j'ai pu voir, un petit confort, un ronronnement ou une suite de propos endoctrinants et une grande difficult&#233; &#224; venir apporter d'autres sources d'inspiration, comme ce bouquin sur Van Gogh qui avait &#233;t&#233; tol&#233;r&#233; mais du bout des l&#232;vres par la majorit&#233; de l'&#233;quipe d'un centre d'accueil. Comme si la culture, l'ouverture d'esprit n'&#233;tait pas fondamentale. Si le gamin ne trouve pas &#224; l'ext&#233;rieur de chez lui de quoi se nourrir l'esprit diff&#233;remment, o&#249; va-t-il le trouver ? Si le personnel n'est pas form&#233;, ou s'il rel&#232;ve d'une id&#233;ologie et si rien ne vient contre&#173;balancer tout &#231;a, &#224; part l'apathie de coll&#232;gues qui n'en ont clairement rien &#224; foutre et des id&#233;ologues de tous poils, le gamin ne va pas rencontrer grand-chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu ne dois pas &#234;tre le seul dans ta situation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai aussi &#233;t&#233; effar&#233; du taux d'absent&#233;isme et de maladie chez mes coll&#232;gues, je viens du Nord, &#231;a fait plus de 15 ans que je suis en banlieue parisienne et je n'ai jamais vu une telle fr&#233;quence dans ce que j'appelle moi des abus. D'ailleurs certains coll&#232;gues n'h&#233;si&#173;tent pas &#224; afficher cette mentalit&#233;, je ne sais pas trop comment dire&#8230; de &lt;i&gt;profitation. &lt;/i&gt;Comme je te disais, il y a de plus en plus d'opportunistes dans ce milieu ; en gros c'est : on profite et que les autres se d&#233;merdent, il n'y a pas de vue d'ensemble et d'implication citoyenne. Ce sont des postures molles, obs&#233;d&#233;es par la recherche du meilleur moyen pour ne rien foutre. Si on peut se faire des arr&#234;ts, on se fait des arr&#234;ts aussi longtemps que possible, et que la charge de travail soit r&#233;partie sur les coll&#232;gues on s'en fout. Ce sont des mentalit&#233;s de petits fonctionnaires qui n'ont pas l'esprit d'&#233;quipe, et je ne parle pas de ces coll&#232;gues le nez viss&#233; au portable quasi toute la journ&#233;e. Il y a aussi de vrais dou&#173;leurs, des coll&#232;gues &#233;puis&#233;s, trop de tensions au quotidien avec les jeunes et dans le tra&#173;vail en &#233;quipe, l'impression que rien ne va r&#233;soudre les probl&#232;mes sociaux, le constat que l'agressivit&#233; augmente, tant avec certains coll&#232;gues qu'avec les jeunes, une esp&#232;ce de d&#233;sarroi g&#233;n&#233;ralis&#233; o&#249; ceux qui morflent le plus sont ceux qui avaient un id&#233;al et une r&#233;elle motivation ; tandis que d'autres coll&#232;gues semblent &#224; l'aise comme des poissons dans l'eau, avec cette mentalit&#233; qui les fait prendre ce qu'ils peuvent l&#224; o&#249; ils peuvent, et je parle l&#224; aussi des petits vols courants, parfois sous mon nez : ramettes de papier, nourriture congel&#233;e &#224; destination des jeunes, paquets de sucre, enceintes, ordinateurs in&#173;utilis&#233;s, ventilateurs, souris d'ordinateur, parfois petits meubles mis dans un coin ou commandes soi-disant de mat&#233;riel p&#233;dagogique, appareil photo par exemple, et apr&#232;s on le cherche partout, il a disparu, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faudrait-il, d'abord et avant tout pour ces jeunes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 15 ans devraient se multiplier des lieux de protection dans les cit&#233;s jusque dans leurs fins fonds enclav&#233;s (petits commissariats refuges, lieux s&#233;curis&#233;s ouvert 24h/24, associations neutres avec personnel comp&#233;tent, etc.) et une r&#233;elle &#233;ducation parentale, sociale, scolaire devrait r&#233;introduire ce &#171; &lt;i&gt;l'autre mon semblable, ton corps, mon corps &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proposer des lieux de pause et d'accueil nocturne permettrait que des gamines na&#239;ves ou trop ab&#238;m&#233;es d&#233;j&#224; puissent venir se r&#233;fugier en cas de fugue ou de coup de col&#232;re, parce que tra&#238;ner dehors est un suicide corporel : elles deviennent une proie fluorescente sur laquelle fond le petit salaud pour qui elles ne repr&#233;sentent qu'une suite d'orifices corv&#233;ables &#224; merci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment tu vois l'&#233;volution de ces territoires dans les ann&#233;es qui viennent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la suite, je ne sais pas comment les choses peuvent &#233;voluer. Je vais pour ma part encore faire des remplacements pendant quelques ann&#233;es, toujours en faisant profil bas, et puis j'arr&#234;terai. C'est trop dur et il y a peu de moyens mis en place, pas de projet p&#233;&#173;dagogique clair, pas de contr&#244;le des associations avec lesquelles il y a du partenariat, comme &#224; titre d'exemple l'association &lt;i&gt;R&#234;v'Elles&lt;/i&gt; (Samia Hathroubi, &lt;i&gt;Coexister&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Lal&#173;lab&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NdLC : Coexister : Association influente d'&#233;ducation populaire au &#171; vivre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; fond, soutien et proche de T. Ramadan, etc.) qui a inond&#233; de flyers la Seine-Saint-Denis en recherche de jeunes filles &#224; former au sein de leurs ateliers non-mixtes. Il n'y a pas d'unit&#233; minimale dans les pratiques, pas de vis&#233;es claires, un rejet tacite mais non verbalis&#233; des apports comme celui de la la&#239;cit&#233; dont on parle souvent comme d'un fl&#233;au ou d'une imposture, pas de libert&#233; de parole &#224; moins d'avoir le discours dominant actuel. Le syndicat Sud-Collectivit&#233;s Territoriales, d'ailleurs, qui propose aux fonctionnaires territoriaux des formations informelles tr&#232;s &#171; &lt;i&gt;d&#233;coloniales &#187;&lt;/i&gt;, permet une entr&#233;e des discours &#171; &lt;i&gt;indig&#233;nistes &#187;&lt;/i&gt;, il coche toutes les cases, &#233;criture inclusive comprise.e.es. Il y a un &#171; &lt;i&gt;indig&#233;niste &#187;&lt;/i&gt; comme Farid Bena&#239;, proche de S. Bouamama, qui se propose en tant que d&#233;l&#233;gu&#233; syndical FO dans une assoce, j'ai eu des mails professionnels de coll&#232;gues qui relayaient le &lt;i&gt;Bondy blog&lt;/i&gt; et des articles de &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; qui offraient tribune au &#171; &lt;i&gt;racialisme&lt;/i&gt; &#187;, le valorisant, le justifiant et l'excusant. Je ne vois pas comment un jeune coll&#232;gue peut &#233;chapper &#224; ce qui ressemble &#224; l'emprise d'un discours dominant. Il y a des aberrations s&#233;curitaires aussi : au tribunal de Bobigny par exemple, si on a une carte professionnelle, de l'Aide Sociale &#224; l'Enfance par exemple, on a droit &#224; un coupe-file, c'est-&#224;-dire qu'on n'est ni fouill&#233; ni contr&#244;l&#233;. Quand on sait l'activisme qui existe en Seine Saint-Denis, on mesure la porte ouverte que &#231;a peut &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a ni les volont&#233;s ni les outils, et les postes de &#171; &lt;i&gt;faisant fonction de &#187;&lt;/i&gt; offrent peut-&#234;tre du travail sans qualifications &#233;lev&#233;es (une forme d'&lt;i&gt;uberisation&lt;/i&gt; de postes en contact avec une population jeune qui n&#233;cessite un cadre, des comp&#233;tences et des savoirs pr&#233;cis, de l'intelligence et de la bienveillance) mais souvent ce personnel mal form&#233; fait juste du gardiennage et encore&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit souvent qu'il faut attendre la casse pour se r&#233;veiller. Mais entre endoctrinement &#171; d&#233;colonial &#187;, valorisation de la bigoterie politique et culte de l'antifraternit&#233;, qui res&#173;tent quasiment les seules boussoles s&#233;paratistes propos&#233;es aux gamins, elle est d&#233;j&#224; l&#224;. Il y a urgence &#224; enfin comprendre et limiter la propagation et l'impact de certains discours martel&#233;s aux enfants, comme j'ai pu le voir. Sinon, pour moi, &#231;a rel&#232;ve de la non-assistance &#224; esprit et corps en danger.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb19-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;NdLC : Revue de la soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;Nofi&lt;/i&gt; (contraction de &#171; Noir et Fier &#187;), groupe d'influence de la communaut&#233; noire en France ayant ouvert &#224; Saint-Denis et Lyon des magasins orient&#233;s en faveur de la communaut&#233; panafricaine (poup&#233;es noires, cosm&#233;tiques pour les peaux noires, T-shirt, etc.). &lt;i&gt;Nofi Group&lt;/i&gt; collabore avec certaines institutions et entreprises (&lt;i&gt;Quai Branly, Netflix&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Fondation Cartier&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Orange&lt;/i&gt; en tant que soci&#233;t&#233; conseil. La revue bimensuelle &#171; Negus &#187; (terme d&#233;signant un titre de noblesse &#233;thiopien) est donc une revue communautariste assum&#233;e faite &#171; &lt;i&gt;par des Noirs et d'abord pour eux&lt;/i&gt; &#187;, consacr&#233;e &#224; la culture et &#224; l'actualit&#233; panafricaine. Fond&#233;e en 2016, elle tire &#224; plus de 10 000 exemplaires et &#233;dite depuis 2018 une version enfant : &#171; Negus junior &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'association Sauvegarde 93 (Loi 1901, cr&#233;&#233;e en 1968) &#224; l'origine de ce colloque dispose d'un centre de d&#233;&#173;radicalisation sur le d&#233;partement et est mandat&#233;e par l'&#201;tat pour effectuer ce travail de d&#233;radicalisation aupr&#232;s de plus d'une centaine de jeunes signal&#233;s par la pr&#233;fecture.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Charg&#233; de recherche, formateur et consultant au sein de l'IFAR (Intervention Formation Action Recherche), association de formation des travailleurs sociaux et des animateurs de l'&#233;ducation populaire, si&#232;ge &#224; Villeneuve d'Asq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;NdLC : &lt;i&gt;Coexister &lt;/i&gt; : Association influente d'&#233;ducation populaire au &#171; &lt;i&gt;vivre ensemble&lt;/i&gt; &#187; dans le respect de la &#171; &lt;i&gt;diversit&#233; interconvictionnelle&lt;/i&gt; &#187;, intervenant notamment dans les &#233;tablissements scolaires publics de France, se pr&#233;sentant comme &#171; &lt;i&gt;aco&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n&lt;/i&gt;&lt;i&gt;fessionnelle et apartisane &#187;&lt;/i&gt; (pr&#233;sidente Radia Bakkouch, fondateur Samuel Grybowski). &lt;i&gt;Lallab&lt;/i&gt; : Association &lt;i&gt;&#171; f&#233;ministe &#187; islamiste&lt;/i&gt; de d&#233;fense des droits des femmes musulmanes&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;pro-voile (co-fondatrices Sarah Souak et Atika Trabelsi). Ces deux associations proches l'une de l'autre entretiennent des liens &#233;troits de soutien et de collaboration avec les &lt;i&gt;Fr&#232;res Musulmans&lt;/i&gt; de l'UOIF ainsi qu'avec l'ex CCIF avec lesquels elles m&#232;nent notamment des actions publiques communes. On pourra se r&#233;f&#233;rer &#224; notre &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?980-Cartographie-de-la-galaxie-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Cartographie de la galaxie des Fr&#232;res Musulmans en France&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; La paix sociale sexuelle est achet&#233;e au prix du silence&#8230; &#187; (1/2)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1040-La-paix-sociale-sexuelle-est-achetee</link>
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		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Psychiatrie</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie</dc:subject>
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&lt;p&gt;L'entretien ci-dessous a donn&#233; lieu le 2 avril 2021 &#224; une &#233;mission de radio en deux parties, &#171; Violences sexuelles dans les quartiers d'immigration &#187;, disponible ici . Ce texte fait partie de la brochure n&#176;27 : Pulsions d'empire Pouss&#233;es imp&#233;riales dans les soci&#233;t&#233;s occidentales Sommaire : Introduction &#171; Le voyage vers l'empire a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#187; Les gilets jaunes face &#224; l'empire &#171; Tous les totalitarismes pr&#233;tendent se fonder sur les Lois de la nature &#187; &#201;lections 2022 : le r&#232;gne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-71-psychiatrie-+" rel="tag"&gt;Psychiatrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-108-sociologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-119-apathie-+" rel="tag"&gt;Apathie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-124-banlieue-+" rel="tag"&gt;Banlieue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-137-feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-286-Elmansour-Sofia-+" rel="tag"&gt;Elmansour Sofia&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'entretien ci-dessous a donn&#233; lieu le 2 avril 2021 &#224; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-176-Podcasts-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;une &#233;mission de radio en deux parties, &#171; Violences sexuelles dans les quartiers d'immigration &#187;, disponible ici &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;27 :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pulsions d'empire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouss&#233;es imp&#233;riales dans les soci&#233;t&#233;s occidentales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_gris2&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1653 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:146.66666666667%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/couv27.png&amp;taille=200&amp;1669309685' alt='' data-src='IMG/png/couv27.png' data-l='405' data-h='594' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couv27.png&amp;#38;taille=200&amp;#38;1669309685 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couv27.png&amp;#38;taille=400&amp;#38;1669309685 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire :&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1110-Parution-de-la-brochure-no27' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?925-Le-voyage-vers-l-empire-a-deja' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le voyage vers l'empire a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?999-Les-gilets-jaunes-face-a-l-empire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les gilets jaunes face &#224; l'empire&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1082-Tous-les-totalitarismes-pretendent-se-fonder' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Tous les totalitarismes pr&#233;tendent se fonder sur les Lois de la nature &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1109-Elections-2022-le-regne-oligarchique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;lections 2022 : le r&#232;gne oligarchique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1112-Wokisme-et-obscurantisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Wokisme et obscurantisme : articulations et compl&#233;mentarit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&#171; La paix sociale sexuelle est achet&#233;e au prix du silence&#8230; &#187;&lt;/strong&gt; &#8212; Ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1110-Parution-de-la-brochure-no27' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Toute vie est processus de d&#233;molition &lt;/i&gt;&lt;i&gt;(&#8230;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;) la marque d'une intelligence de premier plan serait qu'elle soit capable de se fixer sur deux id&#233;es contradictoires sans pour autant perdre la capacit&#233; de fonctionner. On devrait par exemple pouvoir comprendre que les choses sont sans espoir,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;et cependant &#234;tre d&#233;cid&#233; &#224; les changer&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Scott Fitzgerald, &lt;i&gt;La f&#234;lure&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gabriel, tu vas nous faire part des t&#233;moignages que tu as recueillis aupr&#232;s de jeunes en banlieue, mais peux-tu auparavant te pr&#233;senter bri&#232;vement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai travaill&#233; en Seine-Saint-Denis plus de six ans avant de faire compl&#232;tement autre chose, d'abord dans une association priv&#233;e qui s'occupait d'aide aux mineurs en difficult&#233; (errance, rupture familiale, mineurs isol&#233;s&#8230;) puis dans un secteur public qui s'occupe de mineurs d&#233;j&#224; plac&#233;s, de jeunes &#171; en contrat jeune majeur &#187; ou en suivis divers par les services sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces t&#233;moignages sont r&#233;els, redondants et tr&#232;s familiers pour bon nombre d'ac&#173;teurs du social. Ils sont peu divulgu&#233;s car il y a la notion de secret professionnel, mais aussi par habitude, on ne parle pas de ces choses-l&#224; &#224; l'ext&#233;rieur ou tr&#232;s peu, au m&#234;me titre qu'une femme battue n'ira pas &#233;voquer ses difficult&#233;s, c'est un m&#233;lange de pudeur et de &#171; devoir de r&#233;serve &#187;. Je pr&#233;cise que j'ai un certain nombre de coll&#232;gues qui d&#233;&#173;missionnent ou qui sont dans un absent&#233;isme chronique ; d'autres, d'un profil plus opportuniste, n'ayant aucun sens du service public, profitant de leur statut de titulaire fra&#238;chement acquis, peuvent ne travailler que 3 mois dans l'ann&#233;e sans &#234;tre inqui&#233;t&#233;s ni financi&#232;rement, ni par leur hi&#233;rarchie, ils encha&#238;nent sans r&#233;serve les arr&#234;ts maladie de convenance. Enfin, il y a tous ceux qui sont sous antid&#233;presseurs afin de continuer &#224; faire le job, c'est-&#224;-dire pas suffisamment voire pas grand-chose : soustraire l'enfant &#224; la cellule familiale ou au milieu ambiant, le d&#233;placer ou le mettre en foyer, ce qui parfois est bien pire notamment pour les jeunes filles et les adolescents homosexuels, car ils sont des cibles faciles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi un certain nombre d'adolescents qui font semblant d'&#234;tre ce qu'ils ne sont pas, pour ne pas subir les foudres des petits ca&#239;ds et se voir maltrait&#233;s &#224; leur tour. On re&#173;trouve ici le syst&#232;me mafieux dans toute sa clart&#233;, si tu n'es pas avec nous tu es contre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes &#233;voqu&#233;s ici ont entre 12 et 17 ans, certains sont majeurs et tous viennent du 93.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que tu peux nous donner quelques exemples ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commencerai par des t&#233;moignages non &#233;crits dont je me souviens, mais qui sont rest&#233;s pour moi assez r&#233;v&#233;lateurs de la d&#233;tresse et de la brutalit&#233; de l'environnement pour ces jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les jours, tous les soirs, qu'il pleuve ou qu'il vente, dans des coins de coll&#232;ges ou lyc&#233;es (oui oui, coll&#232;ges aussi), des arri&#232;re-cours d'immeubles, des apparts ou des voitures en fond de parking, des jeunes filles se font d&#233;foncer la gueule, la dignit&#233; ou le fondement dans une totale indiff&#233;rence, non si pardon, par-ci par-l&#224; des &#171; &lt;i&gt;Ouh oh, la, la ! Quelle horreur ! &#199;a fait jeune, pauvre gamine&#8230; merci, au revoir &#187;&lt;/i&gt;. Au cas o&#249; certains ne s'en rendraient pas encore compte, zone de non-droit ne veut rien dire, parce qu'il y a bien un droit : celui du plus fort. Un droit, une loi et m&#234;me des usages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors voil&#224;. Entendus, recueillis &#224; l'hosto ou dans divers services sociaux, souvent redondants, donnant lieu &#224; des plaintes ou non selon le souhait des adolescentes, ici des t&#233;moignages dont l'anonymat reste bien s&#251;r ssentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se r&#233;p&#232;tent et tr&#232;s souvent se ressemblent :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; O&lt;i&gt;n sortait du coll&#232;ge&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;il m'a dit raccompagne-moi juste chez moi et il a port&#233; mon sac avec mes affaires dedans. Quand on &#233;tait devant sa porte il a ouvert et a jet&#233; mon sac au fond du couloir, j'ai dit&lt;/i&gt; &lt;i&gt;pourquoi tu fais &#231;a et j'ai couru chercher mon sac, apr&#232;s il a ferm&#233; la porte et il a insist&#233; deux heures, j'avais peur que sa m&#232;re revienne alors on l'a fait, apr&#232;s j'ai d&#251; partir vite, c'&#233;tait ma premi&#232;re&lt;/i&gt; &lt;i&gt;fois. J'ai oubli&#233; mon sac mais il a cri&#233; quand j'ai sonn&#233;. Je suis rentr&#233;e et c'est l&#224; que mon cousin m'a tap&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; parce que tout le monde avait fini le repas&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;on m'attendait, j'ai rien os&#233; dire&lt;/i&gt; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;&#233;ducatrice m'a dit que c'&#233;tait pas normal d'embrasser d'abord le sexe de son copain alors qu'on s'est jamais embrass&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt; sur la bouche avant, mais j'ai des copines qui le font aussi j'ai pas r&#233;fl&#233;chi du coup, &#231;a se fait. Mais je sais que si il te demande de le faire &#224; ses copains, l&#224; c'est pas normal. Apr&#232;s j'ai des copines qui le font pour faire plaisir &#224; leur copain. Apr&#232;s c'est difficile, une fois que &#231;a commence les gar&#231;ons te l&#226;chent plus &#187;&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;i&gt;On va ensemble aux toilettes, c'est mieux sinon des gar&#231;ons te demandent des fellations &#187;&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;i&gt;Il faut taper une autre fille&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;n'importe laquelle&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;sinon tu montres pas ta force&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;on te prend pour une faible, et apr&#232;s les gar&#231;ons rigolent de toi et des fois ils t'emm&#232;nent derri&#232;re et te touchent et tout. Une fois j'ai m&#234;me frapp&#233; une copine &#224; moi mais tout le monde fait &#231;a, si t'es faible tu te fais trop taper apr&#232;s &#187;&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;i&gt;J&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;ai fait&lt;/i&gt; &lt;i&gt;confiance &#224; la fille&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;elle m'a amen&#233; chez son copain mais apr&#232;s elle est partie et des gar&#231;ons sont venus&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;j'ai d&#251; coucher avec tout le monde, j'ai peur que &#231;a recommence et surtout que &#231;a se sache, mon p&#232;re va me tuer &#187;&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;i&gt;J&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;ai pas voulu sortir avec un gar&#231;on, il a mis mon nom sur &#171; balance ta keh &#187; sur snap. M&#234;me si t'as rien fait, une fois que tu es dessus t'es comme une pute&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;et si tu te fais violer c'est de ta faute. Moi je suis encore vierge et je me fais insulter, je vais plus en cours, j'aimerais&lt;/i&gt; &lt;i&gt;changer de lyc&#233;e. Il y avait un gar&#231;on que j'aimais bien, il me traite de salope, &#231;a c'est dur pour moi &#187;&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;i&gt;Il&lt;/i&gt; &lt;i&gt;m'a dit ou&lt;/i&gt; &lt;i&gt;tu me suces et je dira&lt;/i&gt;&lt;i&gt;i &lt;/i&gt;&lt;i&gt;rien, ou&lt;/i&gt; &lt;i&gt;tu me suces pas et alors je dira&lt;/i&gt;&lt;i&gt;i &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#224; tout le monde que tu l'as fait, donc je l'ai fait,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;il l'a quand m&#234;me dit. J'aimerais&lt;/i&gt; &lt;i&gt;partir, j'en peux plus des insultes, j'ai arr&#234;t&#233; d'aller en cours &#187;&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;i&gt;Il m'a fait comme mon premier mec, pour pas qu'il y ai&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de marque : il met la main en bas sous mes c&#244;tes, enfonce et remonte et &#231;a fait tr&#232;s mal, alors je dis oui, mainte&#173;nant je r&#233;fl&#233;chis plus&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;je me laisse faire. M&#234;me si c'est mon copain&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; des fois j'ai pas envie mais j'ai pas le choix &#187;&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;i&gt;Ma m&#232;re a pas voulu que je dise ce que mon oncle a fait, apr&#232;s j'ai &#233;t&#233; plac&#233;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;et j'ai &#233;t&#233; viol&#233;e plusieurs fois &#224; c&#244;t&#233; du foyer mais apr&#232;s &#231;a s'est arr&#234;t&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ils &#233;taient gentils. On m'a dit dans la famille tu vaux rien, en attendant j'ai 6 000 euros et des fois plus depuis que je fais &#231;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a d&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ans la chambre &#224; l'h&#244;tel, &#224; c&#244;t&#233; un gar&#231;on surveille toujours si &#231;a se passe bien, j'ai confiance&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;il &#233;tait dans mon lyc&#233;e. Je vois des fois trois personnes par jou&lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&lt;/i&gt;&lt;i&gt; mais &#224; 16 ans j'arr&#234;te&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;je retourne chez ma grande s&#339;ur&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;elle a de la place pour moi &#187;&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s une dispute avec mon p&#232;re je suis all&#233;e marcher dehors et je voulais pas rentrer, un homme a dit vient dormir chez moi&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;tu peux pas rester dehors, j'ai d&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#251;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; lui faire vous savez quoi dans l'escalier, apr&#232;s il a insist&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; j'avais peur&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; j'ai couch&#233; deux fois avec lui&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; il devenait m&#233;chant et &#224; 5 heures il m'a ramen&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; vers le tram&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. E&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n rentrant mon fr&#232;re m'a tap&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; et donc j'ai un &#339;il enfl&#233; maintenant &#187;&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;i&gt;J'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ai pris le train pour aller voir ma s&#339;ur &#224; son foyer, j'ai march&#233; en attendant que &#231;a ouvre et un homme m'a propos&#233; d'attendre chez lui&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;l avait l'air gentil, on a mang&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; et puis apr&#232;s je me souviens d'une voiture avec des formes dedans, j'&#233;tais assise derri&#232;re et je me suis r&#233;veill&#233;e avec ma culotte en bas, j'&#233;tais dans un parking, on &#233;tait d&#233;j&#224; le samedi et j'ai retrouv&#233; ma s&#339;ur. Elle m'a dit de faire attention la pro&#173;chaine fois &#187;&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et du c&#244;t&#233; des gar&#231;ons ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;i&gt;J&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;&#233;tais avec un copain&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;il m'a dit viens on va &#224; l'appart de mon cousin&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;sa m&#232;re est pas l&#224;. Il y avait une fille l&#224;-bas qui &#233;tait pas bien, elle dormait &#224; moiti&#233; et mon copain a couch&#233; avec, apr&#232;s il m'a dit vas-y&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;alors j'ai fait semblant. Je dors plus bien&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;je pense souvent &#224; la fille, elle est encore dans le quartier et se fait insulter, moi aussi je l'insulte&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;je fais comme tout le monde &#187;&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;i&gt;On m'a demand&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;de tenir les bras d'une fille qui dormait, elle ne bougeait pas&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; j'ai pas compris, je suis parti&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; je me sentais mal, je savais pas quoi faire, apr&#232;s les &lt;/i&gt;&lt;i&gt;deux&lt;/i&gt;&lt;i&gt; jeunes sont all&#233;s&lt;/i&gt; &lt;i&gt;en prison et un copain m'a dit que un des deux se fait violer tous les soirs l&#224;-bas, c'est sa copine qui l'a dit &#187;&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;i&gt;J&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;&#233;tais avec des copains et des gars sont venus&lt;/i&gt; &lt;i&gt;en scooter, on m'a vol&#233; ma banane&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; j'&#233;tais choqu&#233;, mon copain a pris une droite&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ils l'ont tap&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; j'ai couru mais dans la petite rue ils m'ont donn&#233; des coups de pieds partout. J'ai di&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#224; ma m&#232;re que je suis tomb&#233; avec le scooter de quelqu'un, comme je saignais. Je fais plus de sport parce qu'on doit passer devant un autre lyc&#233;e et c'est dangereux. Je fume tous les jours&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; comme &#231;a j'oublie, j'ai peur d&#232;s que je sors, je tourne la t&#234;te sans arr&#234;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; j'ai l'impres&#173;sion de devenir fo&lt;/i&gt;&lt;i&gt;u &lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;i&gt;Toutes mes copines sont plus fortes que moi, je me suis tellement fait taper parce que je me maquillais et que j'&#233;tais un gar&#231;on&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; maintenant je me prot&#232;ge, si mes copines &#233;taient pas l&#224; je ne sortirais plus du tout &#187;&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;On pourrait bien s&#251;r continuer longtemps, et il y a bien s&#251;r plus violent. Les viols, tournantes, pressions constantes, fellations &#224; la sauvette, tabassages de jeunes, se font en toute impunit&#233; chaque jour, et chaque jour un p&#233;nis rentre dans une bouche ou un corps qui ne veut pas, et certains jeunes terroris&#233;s &#224; r&#233;p&#233;tition font semblant d'en &#234;tre ou ne disent rien pour &#233;viter le pire. Il y a la loi du plus fort, et le silence des agnelles. Pour&#173;quoi se g&#234;ner ? Personne ne dira rien. Territoires perdus de la morale et du consentement. La libert&#233; n'est et ne sera jamais une d&#233;bauche perp&#233;tuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela doit avoir des cons&#233;quences dans la vie publique&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de stress quant &#224; l'habillement. Le choix parait simple : s'habiller de mani&#232;re &#224; ne pas &#234;tre attractive ou rep&#233;rable (se masculiniser ou &#234;tre constamment en position de &#171; jeune maman &#187; qui s'occupe des courses et des jeunes fr&#232;res et s&#339;urs, mettre un voile et une tenue informe en montrant une pi&#233;t&#233; ostensible, etc.) ou s'habiller comme on veut et plonger dans la spirale infernale de critiques, micro-agressions ou viols qui peuvent mener la jeune &#224; se prostituer, petit &#224; petit ou de mani&#232;re brutale, c'est-&#224;-dire du jour au lendemain. Une chose est s&#251;re : une fois que l'environnement (voisins, certains jeunes du quartier) ont d&#233;cid&#233; d'identifier et de qualifier la jeune de &#171; &lt;i&gt;pute&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;, c'est termin&#233;, il n'y a aucun moyen d'en sortir, et quand je dis &lt;i&gt;aucun&lt;/i&gt; c'est bien r&#233;el. Il n'y a rien de plus dur que de se racheter ce que j'appellerais une virginit&#233; sociale, m&#234;me si on est encore vierge d'ailleurs. Il y a une fabrique du coupable tr&#232;s efficace et impa&#173;rable, qui permet d'avoir sous la main des jeunes filles &#224; abuser et brutaliser. De ce que j'ai pu constater, une seule chose marche vraiment : avoir un enfant et &#234;tre prise en charge par des maisons maternelles, partir de chez soi et, quand on en revient, avoir la poussette charg&#233;e de courses et une vie maternis&#233;e avec une sorte de statut qui prot&#232;ge. En somme, passer de la putain &#224; la maman. M&#234;me si on n'a jamais voulu &#234;tre ni une putain ni une maman. La maternit&#233; sauve de l'enfer. Il y a donc la fuite, l'exploitation ou devenir m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les v&#234;tements, m&#234;me s'ils sont &#233;tudi&#233;s pour ne pas attirer l'&#339;il, posent des probl&#232;mes aux jeunes filles que j'ai pu rencontrer, notamment dans les quartiers les plus enclav&#233;s de Seine-Saint-Denis comme Aulnay, Tremblay, Clichy sous-bois et certains coins de Drancy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes filles prennent garde &#224; ne pas &#171; &lt;i&gt;montrer leurs fesses&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;, c'est ce que me disait l'une d'entre elles. C'est-&#224;-dire qu'avoir un pantalon, c'est &#234;tre nue sauf si on ne voit pas l'arri&#232;re. Quant &#224; l'avant, si je puis dire, bon nombre de jeunes filles mettent des couches de papier dans leur culotte avant de se rendre &#224; l'&#233;cole ou tout simplement dehors, car elles sont g&#234;n&#233;es qu'on leur fixe l'entrejambe. Je cite de m&#233;moire : &#171; &lt;i&gt;si on voit l&#224;, c'est pas bon&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;tu te fais emmerder&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Rien ne doit pr&#234;ter le flanc aux commen&#173;taires, pas de bosses, pas de couleurs, pour ainsi dire pas de peau apparente. Un cube large, couvert, surtout pas attractif &#8211; la &lt;i&gt;Kaaba&#8230;&lt;/i&gt; Ha, ha, ha, je plaisante&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment ces filles le vivent-elles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adolescentes assez jeunes sont extr&#234;mement na&#239;ves malgr&#233; le taux de violence qu'elles peuvent montrer (parler &lt;i&gt;w&lt;/i&gt;&lt;i&gt;esh&lt;/i&gt;, &#233;changes de coups avec leurs copines pour se donner un genre, voix tr&#232;s fortes, etc.) ; certaines se voient proposer de pratiquer des fellations sur un gar&#231;on, puis sur d'autres et c'est le cycle infernal. Il arrive qu'elles soient pay&#233;es par un kebab ou 20 euros quand &#231;a se passe avec des hommes plus &#226;g&#233;s. Soit elles sont na&#239;ves et ne se rendent pas compte des cons&#233;quences, soit elles le font par bravade en pensant &#234;tre des &#171; &lt;i&gt;femmes libres &#187;&lt;/i&gt; car dans leur t&#234;te tout peut se m&#233;langer : pour lutter contre une pudibonderie ambiante et les nombreux codes, elles pensent s'affranchir en passant &#224; l'acte. Le nombre de jeunes filles qui ont commenc&#233; leur vie sexuelle et amoureuse par des fellations est &#233;difiant, et ce avant m&#234;me tout &#233;change de baisers. Certains de mes coll&#232;gues utilisent le mot &#171; michetonner &#187; ce qui est r&#233;voltant, il s'agit de qualifier des jeunes filles &#171; &lt;i&gt;d&#233;brouillardes &#187;&lt;/i&gt; (&#224; entendre : qui n'ont pas de souteneurs) s'arrangeant pour avoir des rentr&#233;es d'argent afin de s'acheter des choses, mais qui ne semblent pas prises v&#233;ritablement dans des r&#233;seaux. Elles se rapprochent du mod&#232;le de Za&#239;a ou des figures qu'on trouve dans les t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233;s. L'arnaque consiste &#224; leur faire croire qu'elles sont libres et affranchies alors qu'elles ne sont qu'une marchandise comme une autre. Le site principal, il y a quelques ann&#233;es, c'&#233;tait &lt;i&gt;Vivastreet&lt;/i&gt; mais les r&#233;seaux sociaux donnent tr&#232;s facilement toutes sortes de visibilit&#233;s discr&#232;tes, si je puis dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que la paix sociale sexuelle est achet&#233;e au prix du silence m&#234;me partiel sur toutes ces violences. Comme me le disait un jeune adolescent : aucun probl&#232;me si on veut trouver une fille, il y a toujours quelqu'un qui conna&#238;t quelqu'un qui sait o&#249; trouver une fille &#171; &lt;i&gt;facile&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;, &#224; entendre comme ne pouvant d&#233;j&#224; plus se d&#233;fendre. Il m'a &#233;t&#233; donn&#233; de prendre en charge des jeunes filles tellement ab&#238;m&#233;es qu'il fallait faire en sorte de ne pas respirer trop fort ou s'approcher trop pr&#232;s sous peine de cr&#233;er de v&#233;ritables &#233;tats de panique avec rigidification corporelle et malaises vagaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces filles ont toutes le m&#234;me profil ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire qu'il y a trois cat&#233;gories dans ce milieu de la prostitution et des agres&#173;sions : les jeunes filles sans d&#233;fense, ab&#238;m&#233;es et utilis&#233;es sans rel&#226;che, violent&#233;es et drogu&#233;es, puis les jeunes filles qui acceptent de se prostituer sans subir de violences physiques, genre coups et enfermement, et enfin des jeunes filles au caract&#232;re fort qui d&#233;cident avec qui et quand elles vont se prostituer. Leur &#226;ge varie entre 13 et 18 ans, mais une d'entre elles me disait que 15 ans, c'&#233;tait d&#233;j&#224; un peu vieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; part les prox&#233;n&#232;tes de quartier, il y a des r&#233;seaux de m&#232;res maquerelles africaines, qui re&#231;oivent en h&#233;bergement des jeunes filles tout juste arriv&#233;es du Mali ou du Congo et qui sont soit prises en charge par les services sociaux, soit sans statut d&#233;fini, donc en toute ill&#233;galit&#233;. Elles vont parfois voir &#224; Paris ce qui s'appelle des &#171; &lt;i&gt;tontons &#187;&lt;/i&gt; et peu&#173;vent toucher 200 euros par relation sexuelle. Il m'est arriv&#233; de rencontrer des femmes m&#251;res qui h&#233;bergeaient jusqu'&#224; 6 jeunes filles peu habitu&#233;es &#224; leur nouvel environ&#173;nement, ne connaissant personne et donc tr&#232;s mall&#233;ables. Lorsque l'une d'entre elles fuguait et ve&#173;nait au centre d'accueil, il y avait &#224; l'&#233;vidence un manque &#224; gagner pour la &#171; &lt;i&gt;tante&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; qui ne voulait pas d'histoires et demandait &#224; r&#233;cup&#233;rer la jeune, ou alors &#224; l'op&#173;pos&#233; ne voulait plus rien en savoir. Certaines de ces jeunes filles ont &#233;t&#233; plac&#233;es suite &#224; des informations pr&#233;occupantes transmises au parquet, puis leur trace se perd une fois prises en charge par le d&#233;partement. Il n'y a rien de bien concret &#224; leur proposer &#224; part un placement, mais vu l'&#233;tat de certains foyers, il n'est pas rare qu'elles soient abus&#233;es m&#234;me l&#224;-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant d'autres situations de violence, certaines jeunes filles arrivaient dans un &#233;tat lamentable, priv&#233;es de nourriture, enferm&#233;es chez elles, battues et ayant litt&#233;ralement fui le domicile. La famille refusait de leur laisser la moindre libert&#233;, le milieu intrafami&#173;lial &#233;tait cloacal, l'ext&#233;rieur &#233;tant consid&#233;r&#233; comme un danger et les parents ne voulant absolument pas que leur enfant se sociabilise, par peur d'un rapt ou de violences. Quand la jeune fille r&#233;siste, il m'est souvent arriv&#233; d'entendre le r&#233;cit d'un conseil de famille, la jeune fille &#233;tant attach&#233;e sur une chaise pendant qu'autour &#231;a discute et palabre pour trouver une solution, puis battue par un fr&#232;re ou un oncle et enfin punie. Selon les mi&#173;lieux et l'&#233;ducation (je n'utilise pas le mot culture qui n'a rien &#224; voir avec ces barbaries), elles &#233;taient soient frapp&#233;es puis enferm&#233;es dans une pi&#232;ce quelques semaines, soit on leur rasait la t&#234;te, ou encore des c&#233;r&#233;monies assez obscures &#233;taient pratiqu&#233;es sur elles, avec insertion de piment dans le vagin ou dans les yeux. On m'a dit : &#171; &lt;i&gt;une amie &#224; moi, sa m&#232;re elle lui a mis du piment partout et m&#234;me sur son sexe parce qu'elle sortait tard et elle lui a ras&#233; les cheveux, l&#224; elle est enferm&#233;e chez elle&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;je la vois plus au lyc&#233;e. &#187;&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Leurs familles ne sont pas des soutiens ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque certaines jeunes filles arrivaient au centre, j'avais l'impression d'un survivant qui s'accroche &#224; un canot de sauvetage de toutes ses forces, ou comme si elles arrivaient aux portes d'une ambassade pour trouver de l'aide. Certaines &#233;taient en short et mal v&#234;tues, les plus d&#233;brouillardes arrivaient avec leur carte Vitale et leur pi&#232;ce d'identit&#233;, dans un aller sans retour. Malheureusement parfois elles ont d&#251; retourner dans leur famille, les preuves &#233;tant trop minces ou la pression trop forte. Parfois la famille venait les r&#233;cla&#173;mer &#224; 20 personnes&#8230; Ce sont des situations dramatiques : la loi ne permet pas de pro&#173;t&#233;ger l&#233;galement tout le monde et, h&#233;las, il y a la notion d'autorit&#233; parentale. Mais il y a tout de m&#234;me souvent des moyens d'aider ces adolescentes ; on arrive parfois &#224; trouver une personne digne de confiance pour prendre la jeune en charge, ou alors l'aider &#224; se prot&#233;ger par des conduites de ruses, ou prendre son mal en patience en attendant sa ma&#173;jorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces jeunes filles ont des corps qui ne leur appartiennent pas, comme si elles &#233;taient des voitures conduites par d'autres, rien n'est possible &#224; part ob&#233;ir et se conformer. Il y a un grand soutien dans le tissu amical, elles s'entraident, se ressourcent, les amiti&#233;s sont ex&#173;tr&#234;mement fortes, certaines cachent leur portable en d&#233;coupant la toile de leur matelas pour avoir un minimum de vie sociale. C'est le syst&#232;me de la d&#233;brouille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est terrible, c'est la pression sociale, le regard du p&#232;re, du fr&#232;re, du voisin, l'anxi&#233;t&#233; massive de la m&#232;re qui est cens&#233;e &#234;tre responsable de l'&#233;ducation et prend ab&#173;solument tous les reproches de l'entourage. Le p&#232;re est absent ou n'intervient que pour menacer et taper, appel&#233; &#224; l'aide par la m&#232;re qui vit seule. Une fois que la honte est install&#233;e, que l'adolescente est stigmatis&#233;e en tant que mauvaise fille, qu'elle ose fuir ou en parler, elle est soit rejet&#233;e sur le mode &#8211; &#171; &lt;i&gt;tu n'es plus notre fille&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; &#8211; soit renvoy&#233;e au pays ou maintenue sous un joug quotidien dans une surveillance extr&#234;me, et elles plient en attendant leur majorit&#233;. Celles qui s'en sortent le mieux laissent tout derri&#232;re elles, une main devant une main derri&#232;re, comme on dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est le contexte social et culturel de tous ces jeunes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adolescentes en difficult&#233; que j'ai pu rencontrer ont quasiment toutes 2 points communs : elles ont &#233;t&#233; peu ou prou abus&#233;es dans leur enfance et/ou dans leur environ&#173;nement social (un proche, un oncle, un fr&#232;re, demi-fr&#232;re ou cousin et parfois leur propre p&#232;re, ou des attouchements &#224; l'&#233;cole ou dans leur quartier) et le p&#232;re est absent de leur discours, soit parce qu'elles ne le connaissent pas, soit parce qu'il a fond&#233; une autre fa&#173;mille ailleurs, soit parce qu'il intervient si peu qu'elles ne le mentionnent pas. Cette ab&#173;sence est presque un invariant, j'ai d&#251; voir moins de 10 p&#232;res en tout, est-ce de la pudeur ou un r&#233;el renoncement &#224; prendre en charge son adolescent devenu probl&#233;matique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de parents, et donc de m&#232;res, travaillaient de fa&#231;on &#233;reintante en cumulant plusieurs petits emplois mais un bon quart n'&#233;tait pas actif du tout et sans aucune auto&#173;nomie financi&#232;re. Le milieu allait donc de tr&#232;s pauvre jusqu'au bas de la classe moyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en termes de cultures d'origine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est des origines g&#233;ographiques, j'ai pu rencontrer des familles principale&#173;ment originaires du Mali, du S&#233;n&#233;gal et du Congo, mais aussi des Comores et d'Inde, ou du Maghreb, principalement Maroc et Alg&#233;rie, tr&#232;s peu de Tunisie. Il y a eu quelques familles originaires des pays de l'Est, Mac&#233;doine et Moldavie, et aussi quel&#173;ques familles de gitans s&#233;dentaris&#233;s originaires de Roumanie. Bien s&#251;r aussi des familles d'origine fran&#231;aise tr&#232;s prol&#233;taris&#233;es, pour la plupart. Je n'ai vu que tr&#232;s rare&#173;ment des familles ou jeunes originaires d'&#201;thiopie ou des pays asiatiques, sinon il peut y avoir des personnes de toutes origines. Il y a aussi des adolescents arriv&#233;s en France apr&#232;s une errance aupr&#232;s de leur m&#232;re et fr&#232;res et s&#339;urs, dans un parcours migratoire extr&#234;mement p&#233;rilleux o&#249; il y a eu des violences faites sur les m&#232;res, parfois m&#234;me jusque dans le ba&#173;teau et sous les yeux des enfants ; il y a des choses qui sont &#224; peine descriptibles, j'en reviens &#224; cette inhumanit&#233; qui signe vraiment la monstruosit&#233; de la loi du plus fort. Il y a des jeunes qui sont n&#233;s en France, et d'autres qui sont l&#224; depuis deux ans ou moins. C'est surtout la premi&#232;re ann&#233;e, je trouve, qu'il y a des probl&#232;mes de fugues ou de maltraitances qui sont rapport&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;/...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1041-La-paix-sociale-sexuelle-est-achetee' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Un monde va s'effondrer et les gens vou&#173;dront le retrouver&#8230; &#187;</title>
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		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

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&lt;p&gt;Retranscription de la troisi&#232;me &#233;mission &#171; Offensive Sonore &#187; consacr&#233;e &#224; la discussion du texte &#171; Premi&#232;res remarques sur la crise ouverte par la pan&#173;d&#233;mie &#187;, enregistr&#233;e le soir du mercredi 8 avril 2020 et mis en ligne le mardi 5 mai sur Radio Libertaire (89.4). Les corrections importantes ont &#233;t&#233; pla&#173;c&#233;es entre crochets. La base de la discussion &#233;tait le brouillon, envoy&#233; le 25 mars, du texte en question dont seules les deux premi&#232;res parties &#233;taient en ligne au moment de l'&#233;mission. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Retranscription de la &lt;a href=&#034;https://offensivesonore.blogspot.com/2020/05/remarques-sur-la-crise-ouverte-par-la.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;troisi&#232;me &#233;mission &#171; Offensive Sonore &#187;&lt;/a&gt; consacr&#233;e &#224; la discussion du texte &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1008-Premieres-remarques-sur-la-crise' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Premi&#232;res remarques sur la crise ouverte par la pan&#173;d&#233;mie &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, enregistr&#233;e le soir du mercredi 8 avril 2020 et mis en ligne le mardi 5 mai sur Radio Libertaire (89.4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les corrections importantes ont &#233;t&#233; pla&#173;c&#233;es entre crochets.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La base de la discussion &#233;tait le brouillon, envoy&#233; le 25 mars, du texte en question dont seules les deux premi&#232;res parties &#233;taient en ligne au moment de l'&#233;mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, pour &#233;viter l'utilisation de &lt;i&gt;Skype&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Microsoft&lt;/i&gt;) ou de &lt;i&gt;Watsapp&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt;), le logiciel libre &lt;a href=&#034;https://framalibre.org/content/jitsi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Jitsi Meet&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/a&gt; a &#233;t&#233; utilis&#233;, &lt;a href=&#034;https://framalibre.org/content/jami&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Jami&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &#233;galement logiciel libre, ayant, malgr&#233; notre pr&#233;f&#233;rence a priori, pr&#233;sent&#233; sur le coup une moindre qualit&#233; sonore et un inconfort d'enregistrement.&lt;/p&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyrille : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;V&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ous &#234;tes bien sur &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;R&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;adio &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ibertaire 89.4 &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;FM. O&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n va fai&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;re&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; une &#233;mission pendant le confinement, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ous sommes&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; le 8 avril. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Pour cette&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; troisi&#232;me partie de l'&#233;mission &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;consacr&#233;e au&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;c&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;o&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;rona&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;virus&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Une &#233;pid&#233;mie est ce moment o&#249; se r&#233;v&#232;lent les gens qui adh&#232;rent ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;nous allons &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;parler des cons&#233;quences d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;u&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; d&#233;confinement. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;A&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;lors, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l&#224; on n'y est pas encore : on imagine que &#231;a va &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#234;tre&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;vers&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;mai-juin&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le d&#233;confinement a finalement au lieu le 11 mai.&#034; id=&#034;nh20-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;On va aborder d'abord les&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; cons&#233;quences politiques, d&#233;j&#224; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;sur la question du&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; retour des fronti&#232;res. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Puisque, a&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;u moins en &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;E&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;urope, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;on va, semble-t-il, vers &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;un retour plus strict &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;des fronti&#232;res. Quentin&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; est ce que tu peux &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;nous&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; en parler ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt; Le retour des fronti&#232;res est ce qui s'annonce un petit peu partout, c'est ce qui se dit. Mais on n'est pas du tout s&#251;r de ce qu'il va en &#234;tre en r&#233;alit&#233;. &#199;a va d&#233;pendre des le&#231;ons qui seront tir&#233;es de la crise &#224; la fois par l'oligarchie et par la population. La population qui, en g&#233;n&#233;ral et depuis tr&#232;s longtemps, est favorable au r&#233;tablisse&#173;ment des fronti&#232;res va-t-elle profiter de l'occasion pour essayer de peser dans la balance ? Alors retour des fronti&#232;res &#231;a veut dire &#233;norm&#233;ment de choses parce que depuis l'apr&#232;s-guerre nous sommes plut&#244;t dans un moment d'effacement des fronti&#232;res, en Europe dans tous les cas, et dans le monde d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;ral. Autrement dit, c'est vraiment un coup d'arr&#234;t &#224; une &#233;volution d&#233;j&#224; ancienne, qui a structur&#233; le monde depuis plus d'un demi-si&#232;cle et qui conditionne aussi bien les &#233;changes &#233;conomiques, que l'immigration, que les processus de production, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un aspect qui devrait nous int&#233;resser en tant que libertaires &#8211; ou provenant de milieux libertaires&#8230; &#8211; c'est que sous cette notion de fronti&#232;res, avec laquelle &lt;i&gt;a&lt;/i&gt;&lt;i&gt; priori&lt;/i&gt; nous sommes assez en d&#233;saccord, implique la notion de souverainet&#233; c'est-&#224;-dire la notion de territoire sur lequel un peuple d&#233;cide. &#199;a c'est un clivage de fond qui n'a jamais vraiment &#233;t&#233; discu&#173;t&#233; : il y a les fronti&#232;res qui s&#233;parent, les fronti&#232;res cicatrices de l'histoire, les fronti&#232;res qui isolent, etc., mais il y a aussi les fronti&#232;res qui permettent &#224; des gens, &#224; un moment donn&#233;, de d&#233;cider : lorsqu'on est en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, il y a des fronti&#232;res ; lorsque qu'on forme un groupe et que l'on d&#233;cide, il y a des fronti&#232;res &#224; ce groupe-l&#224;, il y a des gens qui sont dedans et d'autres qui sont dehors. S'il n'y a pas de fronti&#232;re il n'y a pas de souverainet&#233;. Il me semble qu'il y a l&#224; une occasion &#224; saisir pour porter les discussions sur l'&#233;chelle de la souverainet&#233; : veut-on une souverainet&#233; &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne, &#224; l'&#233;chelle nationale, &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale, &#224; l'&#233;chelle de la commune, etc. Il est possible que ce genre de r&#233;&#173;flexion se g&#233;n&#233;ralise &#224; la sortie du confinement et que l'on tire un bilan de ce qu'on a appel&#233; &#171; la mondialisation &#187;, soit une ouverture inconsid&#233;r&#233;e de tout vers tout, et que l'on revienne dessus pour que cela soit assez fertile en termes de r&#233;&#173;flexion et d'orientation tr&#232;s g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233;. Parce qu'&#224; partir du moment o&#249; on a un espace pour d&#233;cider, on peut se demander de ce que l'on d&#233;cide, enfin, donc du monde que l'on veut. En quelque sorte ce retour des fronti&#232;res peut tout &#224; fait &#234;tre une chance pour des gens qui cherchent &#224; r&#233;orienter la direction que prennent nos soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#199;a&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; c'est le c&#244;t&#233; retour de la souverainet&#233;. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'est vrai qu'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;avec &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;les instances europ&#233;ennes les oligarchies ou les lob&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;bies&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#233;tai&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;en&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;t tr&#232;s puissant&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;plus &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;puissant&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; que le suffrage universel. M&#234;me si &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;nous pensons&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; que le suffrage univer&#173;sel, c'est d&#233;l&#233;gu&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;er&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; et&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; donner un ch&#232;que en blanc &#224; des d&#233;cideurs, c'est encore pire si &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ce &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;suffrage universel n'est pas souverain &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;c'est-&#224;-dire&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; est compl&#232;tement inutile. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;L&#224;,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; effectivement, les fronti&#232;res &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;redonneraient&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; un peu de souverainet&#233; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;par exemple &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;aux &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#201;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;tats-nations, ce qui serait enfin un peu plus d&#233;mocratique. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;M&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ais il y a aussi &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;le&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; retour de&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; fronti&#232;res pour contr&#244;ler, pour emp&#234;cher que le virus se &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;r&#233;pande.&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;E&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;t l&#224; c'est plus la partie coercitive qui revient : c'est l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#201;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;tat nation b&#234;te et m&#233;chant,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;celui qui emprisonne&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a situation fait &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;qu&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'on est &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;dans les m&#234;mes slogan&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; que dans les ann&#233;es 70 : &#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#201;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;tat nucl&#233;aire, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#201;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;tat&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; militaire &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187;. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e fait qu'il &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;y &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ait une maladie, une contagion, f&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ait qu'il &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;y &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;aura&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; un contr&#244;le policier derri&#232;re : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;on&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; retourne &#224; du coercitif de mani&#232;re plus forte. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;er&#173;tains libertaire&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; disent qu'on est d&#233;j&#224; dans un &#233;tat policier, mais &#231;a peut &#234;tre pire&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q :&lt;/strong&gt; De toute fa&#231;on, une premi&#232;re remarque : l'&#201;tat n'a pas attendu le r&#233;tablissement des fronti&#232;res pour &#234;tre coercitif. On avait jusqu'&#224; maintenant un &#201;tat avec une capacit&#233; de r&#233;pression mais qui floutait les fronti&#232;res, donc &#224; la limite ce sont deux ph&#233;nom&#232;nes diff&#233;rents. Et, au contraire, une fermeture des fronti&#232;res peut obliger &#224; re&#173;d&#233;finir une politique polici&#232;re : &#231;a replace le d&#233;bat au centre de l'espace public, &#231;a peut obliger &#224; rediscuter de tout, y compris de &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite le processus coercitif va continuer, mais il faut savoir de quoi on parle. C'est-&#224;-dire qu'il y a aussi dans les forces de police un &#233;norme m&#233;contentement qui dure depuis des ann&#233;es. On a vu au tout d&#233;but du mouvement des Gi&#173;lets jaunes quelques jours o&#249; les policiers ont vacill&#233;, ont failli rejoindre les Gilets Jaunes&#8230; On sait comment &#231;a s'est pass&#233; : la violence s'est rapidement mise en place et la violence est toujours la meilleure mani&#232;re de s&#233;parer les camps et de les rendre irr&#233;conciliables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Gilets jaunes : la violence et l'impasse &#187;.&#034; id=&#034;nh20-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il ne faut pas croire non plus que les forces de police, les forces de gendarmerie ou l'arm&#233;e, soient pr&#234;tes &#224; servir n'importe quel dessein de l'&#201;tat, je ne suis pas s&#251;r du tout. Je pense qu'il y a &#233;norm&#233;&#173;ment de dissensions &#224; l'int&#233;rieur des forces de police : la preuve c'est que apparemment plus de la moiti&#233; des forces de police vote pour Marine Le Pen, ce qui montre une distance vis-&#224;-vis de la politique qui &#233;tait men&#233;e jusqu'&#224; mainte&#173;nant. Il va y avoir un renforcement, &#231;a c'est assez s&#251;r, des m&#233;thodes de surveillance et de contr&#244;le gr&#226;ce notam&#173;ment &#224; l'informatique, le &lt;i&gt;tracking&lt;/i&gt; qui risque de se mettre en place assez rapidement, mais je ne suis pas certain que les forces de police les suivent toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, s'il y a vraiment du coercitif, il peut y avoir aussi un mouvement de re-discussion de l'identit&#233; collective : c'est-&#224;-dire au nom de quoi nous avons des lois et nous les faisons respecter. J'ai notamment en t&#234;te ce qu'on appelle les ter&#173;ritoires perdus de la nation qui se trouvent en banlieue dans lesquelles la r&#233;pression est tr&#232;s sp&#233;cifique &#224; ces milieux-l&#224; ;l'&#201;tat, aussi policier peut-il &#234;tre, tol&#232;re dans &#233;norm&#233;ment de territoires en France des poches quasi-mafieuses ou de non-droit. Alors l'&#233;pisode de sortie du confinement va-t-il &#234;tre le moment o&#249; l'&#201;tat va reprendre le contr&#244;le de ces territoires ou, au contraire, est-ce que ce sera un moment de sanctuarisation et d'un fonctionnement &#224; deux ou trois vitesses en fonction de la classe sociale et en fonction du lieu de r&#233;sidence ou des forces lo&#173;cales qui seront capables de s'opposer aux forces de l'&#201;tat ? Je ne sais pas du tout ce qui va se passer, &#224; cette &#233;chelle-l&#224;, et je pense que ce n'est pas jou&#233; du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C : Si&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; on prend l'exemple d'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#201;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;tat&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; autoritair&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;comme la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;R&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ussie &#8211; on a fait des &#233;missions dessus &#8211; ce qui caract&#233;&#173;rise &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;P&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;outine, c'est justement ce c&#244;t&#233; mafieux. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Q&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;uand &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;il&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; veut contr&#244;ler une situation, par exemple au moment de la coupe du monde en &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;R&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ussie, la technique pour avoir la paix, c'&#233;tait d'aller vers les hooligans, n&#233;o-nazis pour la plupart, de trouver le chef, de lui donner d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;argent, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;de&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; lui donner du pouvoir et en m&#234;me temps de lui dire : &#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#201;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;coute, c'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; simple : s'il y a quelque chose qui d&#233;rape on va &#234;tre tr&#232;s m&#233;chant avec toi. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;M&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ais par contre si tu participes, si tu pacifie&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;es&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; chose&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s, &#231;a va aller&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;J&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;' exag&#233;rer un peu, mais &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;astaner &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; un peu dans cette atti&#173;tude, il a tout de suite &#233;t&#233; sur le c&#244;t&#233; : &#171; la banlieue c'est pas la priorit&#233; &#187;. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;O&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n voit la catastrophe qu&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e &#231;a donne&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; aujourd'hui : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;cela revient&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; en &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;fait &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#224; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;es condamn&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;er&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; en disant &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;que &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;si on commence &#224; taper dans la fourmili&#232;re &#231;a va &#234;tre le bordel. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;D&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;onc on &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ne &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;fait rien, on laisse les choses telles qu'elles sont e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;t&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; je &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ne&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; vois pas en quoi le d&#233;confine&#173;ment change&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;rait&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; les choses. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;J&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e ne vois &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;pourquoi &#231;a pousserait &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#201;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;tat &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#224; r&#233;cup&#233;rer certaines parties de la soci&#233;t&#233; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;puisque lui &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ce qui veut, lui, c'est la paix. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q :&lt;/strong&gt; C'est ce qui se passe aujourd'hui de fait, et depuis 30 ou 40 ans. Mais tu as raison, l'&#201;tat passe des accords tacites ou explicites avec les mafias de banlieue, avec les islamistes, avec les communaut&#233;s de plus en plus, les promeut jusqu'au c&#339;ur de l'&#201;tat &#8211; je pense &#224; Hakim El Karoui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; L'islamisme d'&#201;tat En Marche&#8230; &#187;.&#034; id=&#034;nh20-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Bellatar, etc. On tente d'acheter la paix sociale mais &#231;a ne marche pas, &#231;a ne marche pas &lt;i&gt;du tout&lt;/i&gt;. Il n'y a pas du tout de pacification des banlieues. Il y a au contraire une islamisation et une tiers-mondisation g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait je crois que l'on est en train de discuter de deux choses diff&#233;rentes : d'un c&#244;t&#233; l'&#201;tat, la Nation et de l'autre c&#244;t&#233; un monde de type imp&#233;rial. Le monde de Poutine que tu d&#233;cris est plut&#244;t un monde imp&#233;rial une soci&#233;t&#233; assez particu&#173;li&#232;re o&#249; il y a une prise en tenaille de la population entre les oligarques &#8211; v&#233;reux la plupart du temps, c'est une maffia &#8211; et les vraies maffias, en dessous, qui imposent la terreur dans les quartiers et aupr&#232;s du petit peuple. L&#224; il y a une collu&#173;sion, une collaboration, objective ou effective, entre le haut et le bas de la soci&#233;t&#233;. Dans ce monde-l&#224;, c'est tr&#232;s tr&#232;s dif&#173;ficile d'arriver &#224; organiser une dissidence lorsqu'on fait partie de la couche du milieu, de la majorit&#233; de la population, parce qu'on est pris en tenaille. C'est cette prise en tenailles, je pense, que tu es en train de d&#233;crire. Les &#201;tats-Nations tels qu'ils ont exist&#233; durant des si&#232;cles, n'ont pas march&#233; de ce pas-l&#224; : il y avait une oligarchie qui passait un contrat avec la so&#173;ci&#233;t&#233; et les mafias gardaient au moins une distance vis-&#224;-vis de l'autorit&#233; des autorit&#233;s &#233;tatiques et vis-&#224;-vis de la popu&#173;lation. Donc on parle de choses diff&#233;rentes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au retour &#224; l'&#201;tat-Nation tel qu'on l'entend, avec des fronti&#232;res nettes, avec un &#201;tat tel qu'on l'a connu, etc., je pense qu'il y a, peut-&#234;tre, des parties de l'oligarchie, de l'&#201;tat profond ou fondamental, qui voudra reprendre les territoires en main et &lt;i&gt;tous les territoires&lt;/i&gt;. C'est le but d'un &#233;tat moderne tel qu'on l'a connu : r&#233;gner sur un territoire sans partage, sans n&#233;gocier avec des mafias. L&#224; je pense qu'il y a un choix que l'oli&#173;garchie va &#234;tre oblig&#233;e de faire en sortant du confinement et &#224; mon avis &#231;a fait partie des grandes discussions qu'ils ont, c'est cette bascule : revient-on &#224; un &#201;tat-Nation ou est-ce qu'on continue l'&#233;volution telle qu'on l'a dessin&#233; depuis 50 ans, de type imp&#233;rial, avec des fronti&#232;res floues, avec un &#201;tat qui peut &#234;tre autoritaire, mais qui n'est &lt;i&gt;en &lt;/i&gt;&lt;i&gt;rien&lt;/i&gt; d&#233;mocra&#173;tique ?&#8230; Jusqu'ici en Occident on pouvait avoir un &#201;tat relativement autoritaire mais, malgr&#233; tout, il y avait un mini&#173;mum de crit&#232;res d&#233;mocratiques. &#199;a, &#231;a peut &#234;tre balay&#233;, la direction est prise depuis un certain temps : l'&#233;lection de Macron &#233;tant quand m&#234;me presque un putsch&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voir le tract &#201;lections 2017 : le coup d'&#201;tat oligarchique&#034; id=&#034;nh20-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sans parler auparavant du trait&#233; europ&#233;en de 2005, etc. De plus en plus, les m&#233;canismes d&#233;mocratiques sont enray&#233;s. Alors il est possible que le retour de l'&#201;tat-Nation r&#233;enclenche une dyna&#173;mique d&#233;mocratique mais rien n'est moins s&#251;r, et il faut que la population en ait envie et &#231;a ce n'est pas s&#251;r du tout non plus. Il est possible que la population ait juste envie de revenir &#224; la normale, n'ait pas envie de se m&#234;ler de politique, ait juste tr&#232;s envie que &#231;a marche bien&#8230; Tout le monde a envie avec &#231;a marche bien, mais la d&#233;mocratie ce n'est pas simple&#173;ment &#231;a, c'est mettre les mains dans le cambouis : on s'int&#233;resse &#224; la chose publique, on pose de vraies questions, on en discute, on se fait une vraie opinion, on ne va pas raconter n'importe quoi, on ne tombe pas dans le complotisme, dans les &lt;i&gt;fake news&lt;/i&gt;, etc. C'est extr&#234;mement exigeant et &#231;a fait des d&#233;cennies que l'on n'a pas connu &#231;a. On a connu un sursaut d&#233;mocratique lors du trait&#233; europ&#233;en de 2005 par exemple : les gens se sont mis, en tout cas une partie de la popula&#173;tion, &#224; &#233;plucher le trait&#233; pour se faire un avis. On pourrait retrouver ce genre d'&#233;lan, ce sera int&#233;ressant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C : On a parl&#233; du retour du coercitif et tu commen&#231;ais &#224; embrayer sur la r&#233;action des gens mais entre les deux il y a la crise &#233;conomique. Effectivement, l'&#201;tat est en train d'investir &#233;norm&#233;ment pour sauver les soci&#233;t&#233;s donc on peut imaginer, au mieux, qu'il y ait une politique d'aust&#233;rit&#233; derri&#232;re pour r&#233;cup&#233;rer tout l'argent investi. On se demande quel va &#234;tre la r&#233;action et les gens vont-ils pouvoir r&#233;agir, tout simplement ? Parce que, tou&#173;jours pour comparer avec la Russie, &#224; un moment de changement dans le syst&#232;me par exemple, une crise &#233;cono&#173;mique, c'est un peu la strat&#233;gie du choc : on se prend tout dans la t&#234;te mais on accepte ce que d&#233;cident les grandes soci&#233;t&#233;s, le capitalisme, des changements de loi, etc. Et on est compl&#232;tement &#233;cras&#233; par le par le ch&#244;&#173;mage, par le manque d'argent, etc.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q :&lt;/strong&gt; La grande diff&#233;rence avec la Russie et que je ne suis pas certain que les peuples fran&#231;ais ou europ&#233;ens soient pr&#234;ts &#224; vivre tranquillement une crise &#233;conomique avec un taux de ch&#244;mage &#224; 30% au minimum&#8230; Je ne suis pas s&#251;r que &#231;a se fasse tranquillement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C : Non, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;pas tranquillement mais disons que, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;p&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ar exemple en Russie en 91, lors du putsch,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;i&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l y avait d'&#233;normes manifestatio&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s.&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;O&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n pass&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ait&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; d'un syst&#232;me o&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#249;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; tout e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;t &#233;tatis&#233; &#224; rien, avec derri&#232;re des id&#233;ologues, les &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;hicago-boys&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;qui dis&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ai&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ent &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;A&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;lle&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;z&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; on va trancher dans le lard, on va couper les salaires, etc.&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187;. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;es gens &#224; l'&#233;poque &#233;tai&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;en&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;t peut-&#234;tre tr&#232;s politis&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; mais il&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;avaient p&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;u&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s rien&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#224; manger, plus rien, et du coup ils se retrouvaient &#224; sur&#173;vivre. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e mouvement social qui &#233;tait enclench&#233; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;et &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;qui &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;t&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ait &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;norme s'est arr&#234;t&#233;, net. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;es gens se sont retrouv&#233;s &#224; vendre ce qu'ils avaient chez eux dans la rue&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'est une p&#233;riode qui est encore &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;dans les m&#233;moires, en Russie, alors que &#231;a fait plus de trente ans maintenant. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;D&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;onc &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;pour&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; tout mouvement social, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;il y a &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;en &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;m&#234;me &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;temps &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;des n&#233;cessit&#233;s vitales, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;lors d'une&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; politique d'aust&#233;rit&#233; tr&#232;s forte, &#231;a r&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;isque&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; de nous couper l'herbe sous le pied.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q :&lt;/strong&gt; On verra&#8230; Mais je pense que les soci&#233;t&#233;s occidentales sont biberonn&#233;es au consum&#233;risme depuis deux ou trois g&#233;&#173;n&#233;rations et ce n'&#233;tait pas le cas de la Russie qui a v&#233;cu des choses difficiles &#8211; m&#234;me si &#231;a s'&#233;tait largement assoupli de&#173;puis les ann&#233;es 60. Je ne pense pas que &#231;a se passera tranquillement, je pense que les gens vont p&#233;ter les plombs. On le voit d&#233;j&#224; l&#224; : on leur demande rien, juste de rester &#224; la maison tranquillement et on sent que &#231;a bout partout. Comme di&#173;rait l'autre on n'est pas en train de demander aux gens de partir au front ; on leur demande simplement de rester &#224; la maison et de regarder la t&#233;l&#233;&#8230; Et on voit les critiques, le ressentiment, les gens trouvent &#231;a insupportable, d&#232;s qu'il y a un rayon de soleil, ils sortent, ils trouvent &#231;a tr&#232;s dur, etc. Alors on sort, on n'en a rien &#224; foutre&#8230; On verra&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est tr&#232;s int&#233;ressant que tu parles de la fin de l'Urss parce que, nous, on est en train de vivre en fait le ph&#233;nom&#232;ne inverse : on est en train de voir une &#233;tatisation de l'&#233;conomie. L&#224; en fait, si je veux un peu provoquer, on ne vit plus dans le capi&#173;talisme. Depuis les annonces du gouvernement il est question de recapitaliser, il est question de pr&#234;ter &#224; des taux tr&#232;s bas, il est question de r&#233;-nationaliser, ou de nationaliser m&#234;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D : &#8230; en Espagne ils interdisent les licenciements, ils parlent de la mise en place d'un revenu universel&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q :&lt;/strong&gt; Absolument. Nous ne sommes plus dans un r&#233;gime capitaliste au sens o&#249; on l'entend ; on est dans un &#201;tat qui prend tout en main et qui d&#233;cide de tout. Alors, &#233;videmment, c'est transitoire, de mani&#232;re &#224; ce que le confinement se passe le moins mal possible. Mais, de fait, l'&#201;tat est en train de reprendre des droits sur le monde &#233;conomique alors que le propre du capitalisme est que la sph&#232;re &#233;conomique est ind&#233;pendante &#8211; elle prend elle-m&#234;me ses propres d&#233;cisions. Si cette tendance se confirme, en partie du moins, c'est-&#224;-dire qu'on renfloue les h&#244;pitaux, les services publics, on recapita&#173;lise, on nationalise, on relocalise des fili&#232;res que l'on juge vitales &#8211; alors quelles fili&#232;res juge-t-on vitales ? C'est des questions qui se posent &#8230; &#8211; eh bien l&#224; c'est un monde qu'on ne conna&#238;t pas et personne ne peut anticiper&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes l&#224; dans une crise &#233;conomique qui s'annonce extr&#234;mement profonde et qui part, comme tu l'as tr&#232;s bien dit en &lt;i&gt;off,&lt;/i&gt; d'un arr&#234;t r&#233;el de la production &#8211; ce n'est pas un d&#233;faut int&#233;rieur [aux m&#233;canismes capitalistes], ce n'est pas une sp&#233;culation qui s'enflamme, ce n'est pas une bulle qui &#233;clate&#8230; C'est simplement qu'il n'y a plus de production, mais on continue de payer des gens. L'&#201;tat est en train de se surendetter, et jusqu'ici la r&#233;action des &#233;conomies lors de ces &#233;pisodes &#233;tait une production mon&#233;taire : on fait tourner la planche &#224; billets. Ce qui n'est pas durable &#233;videmment. Donc tr&#232;s certainement que l'Euro va adoucir un petit peu le choc, mais il n'est pas s&#251;r qu'il tienne le coup, on verra. Mais alors l&#224; &#231;a sera la fin de l'Union Europ&#233;enne tel qu'on l'a connue. Dans ce cas-l&#224;, c'est un sauve-qui-peut, il n'y a plus de coordination internationale et ce seront tous les &#201;tats qui se rabattront sur leurs propres devises, leurs propres r&#233;&#173;serves&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D : &lt;i&gt;Quid&lt;/i&gt; des entreprises qui payent actuellement des locaux vides ? Si la crise continue sur 4 - 5 mois, ils vont l&#226;cher les locaux, ils vont tout l&#226;cher&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : &lt;/strong&gt;Une partie des artisans vont mettre la cl&#233; sous la porte, tout comme des entrepreneurs, des commer&#231;ants&#8230; Alors l'&#201;tat promet aujourd'hui qu'il va tout assurer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D : Mais avec quel argent ? Et comment ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : &lt;/strong&gt;Pour l'instant il cr&#233;e de l'argent&#8230; Mais il va bien falloir qu'il le r&#233;cup&#232;re un jour, on va voir comment &#231;a se passe&#8230; Il pourrait y avoir une coordination internationale : c'est ce que tente de faire Macron en ce moment avec les &#171; Euro-bons &#187;, il propose de mutualiser les dettes, les emprunts des diff&#233;rents pays europ&#233;ens. Mais il y a une dissen&#173;sion entre l'Europe du Sud, dont la France, qui est pour &#233;videmment, les pays du Nord, dont Allemagne, qui ne sont pas d'ac&#173;cord du tout. On sp&#233;cule parce qu'il y a &#233;norm&#233;ment d'incertitudes et on ne sait pas du tout ce qui va se passer. Il est certain en tout cas qu'on rentre dans un moment assez mouvement&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C : Q&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ue sera&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;it&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; un mouvement social dans ce cadre-&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l&#224; ? E&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;st-ce que c&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e sera&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; un mouvement social &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;de type &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;meute,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;guerre civile&#8230; ? &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;S&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;i on compare &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#224; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;des plans d'aust&#233;rit&#233; type strat&#233;gie du choc, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;comme ce &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;qui se passe assez r&#233;guli&#232;rement dans le monde en g&#233;n&#233;ral, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;et &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;qui &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;tue&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;nt&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; le mouvement social, les gens &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;tant&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; dans la survie, il&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; arr&#234;te&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;nt&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; tout &#8211; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;toi&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; tu penses que c&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e n&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'est pas possible en &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;E&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;urope. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;D&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;onc du coup quelle forme &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;aurait ce &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;mouvement social s'il y en a &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;un ? S&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;achant que derri&#232;re il y a aussi les restrictions li&#233;es au confinement, c'est-&#224;-dire qu'on voit mal des manifs &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;de G&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ilet&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; jaune&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;le samedi apr&#232;s le confinement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q : &lt;/strong&gt;D'abord, et je pense que &#231;a fait transpirer les gouvernants, il est aussi possible que le confinement ne tienne pas, que les gens d&#233;cident de le rompre au bout d'un moment si cela dure trop longtemps. Parce que c'est trop inconfortable, parce qu'il fait trop beau dehors, parce que psychologiquement les gens ne tiennent plus, qu'&#233;conomiquement il y a des probl&#232;mes&#8230; &#199;a je crois que c'est une des perspectives assez inqui&#233;tante pour les gouvernants, perdre toute autorit&#233; sur les populations donc perdre le contr&#244;le de la situation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C : Sachant &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;qu'en fait &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e confinement &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;est &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;forc&#233;ment temporaire puisque en fait la contagion se &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;f&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ait malgr&#233; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;le &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;confi&#173;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;nement ; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;c'est une maladie qui est tellement contagieuse que le confinement ne suffit pas &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#224; [&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;stopper]&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; la conta&#173;gion mais il permet aux services de sant&#233; de g&#233;rer l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;es choses pour qu'il n'y ait pas d'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;augmentation brutale&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#199;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a fait &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;pens&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;er aux&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; politiques de la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;H&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ollande et &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;de&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;S&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;u&#232;de qui ont d&#233;cid&#233; de faire monter le nombre de contamin&#233;s en disant que toute fa&#231;on au bout d'un moment tout le monde serait contamin&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q :&lt;/strong&gt; Ils cherchent l'immunit&#233; collective. Ce n'est pas la strat&#233;gie que la France a choisie, pour x raisons, ce n'est pas s&#251;r que ce soit la meilleure. Mais le confinement en Chine a dur&#233; deux mois et demi &#8211; on n'en est pas encore &#224; un mois en France&#8230; On approche de l'&#233;t&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D : &#8230; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;A&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ngleterre &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ils en&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; sont vite revenus &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;immunit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; collective.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q :&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Aux &#201;tats-Unis aussi, &#233;videmment. Pour en revenir au mouvement social : je pense que le mod&#232;le c'est les Gilets jaunes. Je pense que le terme [&#171; mouvement social &#187;] est impropre puisque c'&#233;tait un mouvement qui ne correspondait plus du tout aux crit&#232;res qu'on donnait d'un mouvement social de la fin des ann&#233;es 80 &#224; 90 : un mouvement qui est en&#173;cadr&#233; par les syndicats [ou des groupes auto-constitu&#233;s], qui est fonci&#232;rement de gauche, qui s'oppose &#224; une mesure tr&#232;s pr&#233;cise, qui a des repr&#233;sentants, des d&#233;l&#233;gu&#233;s avec des cahiers de n&#233;gociations, etc., on conna&#238;t la typologie&#8230; Les Gilets jaunes, le mouvement du d&#233;but &#8211; on va dire novembre-d&#233;cembre 2018, puisque apr&#232;s &#231;a a &#233;t&#233; autre chose &#8211; a &#233;t&#233; compl&#232;tement r&#233;cup&#233;r&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Les Gilets jaunes face &#224; l'empire &#187;.&#034; id=&#034;nh20-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; le mouvement des Gilets jaunes, au d&#233;part, me semble &#234;tre le paradigme d'un mouvement populaire tel qu'il pourrait advenir : horizontal, sans chef, qui part d'un ras-le-bol, qui n'a pas de perspectives tr&#232;s claires mais qui est tr&#232;s tr&#232;s offensif, tr&#232;s populaire et qui veut visc&#233;ralement le monde tel qu'il a &#233;t&#233;, on va dire, durant des &#171; Trente Glorieuses &#187;. C'est l'horizon ind&#233;passable : revenir au monde des Trente Glorieuses. Je pense que s'il y a un mou&#173;vement devant nous ce sera &#231;a ; essentiellement, au fond, des gens qui voudront revenir au monde d'avant. Alors ce n'est pas simplement un mouvement social au sens o&#249; ce n'est pas simplement contre des mesures gouvernementales de type r&#233;forme du travail ou Cpe, li&#233;es &#224; des r&#233;formes &#233;conomico-sociales &#8211; ce sera plut&#244;t un mouvement &lt;i&gt;contre &lt;/i&gt;&lt;i&gt;un type&lt;/i&gt;&lt;i&gt; de soci&#233;t&#233;.&lt;/i&gt; Et le mouvement des Gilets jaunes, &#231;a a &#233;t&#233; &#231;a. D'o&#249; le c&#244;t&#233; h&#233;t&#233;roclite des revendications, et &#231;a c'est in&#233;vi&#173;table dans un mouvement qui est spontan&#233; et populaire : c'&#233;tait des revendications qui partaient dans tous les sens mais qui sont politiques au sens o&#249; elles voulaient englober tous les domaines &#8211; la fermeture des fronti&#232;res, des &#233;lus qui ne soient pas corrompus, la limitation de la pollution, une annulation de la limitation de vitesse sur les nationales, etc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Ni gauchistes ni fachos, les Gilets jaunes sont politiques &#187;.&#034; id=&#034;nh20-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je pense que le mod&#232;le ce sera &#231;a, parce que tous les appareils d'encadrement &#8211; les partis, les syndicats, etc. &#8211; sont et vont &#234;tre compl&#232;tement d&#233;pass&#233;s. Je ne crois pas du tout que les gens soient pr&#234;ts &#224; d&#233;filer en rangs derri&#232;re une banderole pour r&#233;clamer&#8230; Pour r&#233;clamer quoi ? Si on a une crise &#233;conomique r&#233;ellement aussi &#233;norme qu'on l'annonce, ce ne sera pas simplement des banderoles ; c'est un monde qui va s'effondrer et les gens vou&#173;dront retrouver ce monde-l&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1022-On-ne-peut-pas-vouloir-une' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici : &#171; On ne peut pas vouloir une d&#233;mocratie directe pour r&#233;tablir une soci&#233;t&#233; de consommation &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb20-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1012-Une-epidemie-est-ce-moment-ou-se' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Une &#233;pid&#233;mie est ce moment o&#249; se r&#233;v&#232;lent les gens qui adh&#232;rent ou non &#224; l'int&#233;r&#234;t collectif &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1014-En-prenant-des-mesures-contre-le' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; En prenant des mesures contre le virus on peut &#234;tre amen&#233;s &#224; prendre des d&#233;cisions qu'on n'osait pas trancher &#224; cause de la bien-pensance &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le d&#233;confinement a finalement au lieu le 11 mai.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?Gilets-jaunes-la-violence-et-l,961' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Gilets jaunes : la violence et l'impasse &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?347-L-islamisme-d-Etat-En-Marche' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'islamisme d'&#201;tat En Marche&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;voir le tract &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?324-elections-2017-le-coup-d-etat' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;lections 2017 : le coup d'&#201;tat oligarchique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?999-Les-gilets-jaunes-face-a-l-empire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les Gilets jaunes face &#224; l'empire &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?Ni-gauchistes-ni-fachos-les-gilets,960' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ni gauchistes ni fachos, les Gilets jaunes sont politiques &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Doit-on et peut-on d&#233;fendre les oligarchies lib&#233;rales ?</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?990-Doit-on-et-peut-on-defendre-les</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?990-Doit-on-et-peut-on-defendre-les</guid>
		<dc:date>2019-10-14T21:48:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>An&#233;antissement / G&#233;nocide</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Empire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte paru dans &#171; Guerre et th&#233;orie de la guerre. &#201;crits politiques 1945-1997, VI &#187;, &#201;ditions du Sandre, 2016, pp. 485-501. Ce document est plut&#244;t une &#233;bauche de texte du d&#233;but des ann&#233;es 80, sans doute non relue par l'auteur, cens&#233;e faire partie du second tome de &#171; Devant la guerre &#187;, jamais paru. Les r&#233;serves d'usages quant &#224; son contenu sont donc requises, selon l'expression consacr&#233;e. Voir la pr&#233;cision des &#233;diteurs (&#233;galement auteurs des notes) . Apr&#232;s de telles pr&#233;cautions, on est en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-118-aneantissement-+" rel="tag"&gt;An&#233;antissement / G&#233;nocide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-221-empire-+" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte paru dans &#171; Guerre et th&#233;orie de la guerre. &#201;crits politiques 1945-1997, VI &#187;, &#201;ditions du Sandre, 2016, pp. 485-501.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce document est plut&#244;t une &#233;bauche de texte du d&#233;but des ann&#233;es 80, sans doute non relue par l'auteur, cens&#233;e faire partie du second tome de &#171; Devant la guerre &#187;, jamais paru. Les r&#233;serves d'usages quant &#224; son contenu sont donc requises, selon l'expression consacr&#233;e. Voir la pr&#233;cision des &#233;diteurs (&#233;galement auteurs des notes)&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les p. 485-489 [ici jusqu'aux &#171; trois fragments &#187;] reprennent 6 p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s de telles pr&#233;cautions, on est en droit de se demander pourquoi finalement relayer un tel texte, et aussi ancien au regard de la question trait&#233;e : face &#224; la barbarie, faut-il d&#233;fendre &#171; son camp &#187; ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce n'est pas tellement par l'extraordinaire de son contenu mais plut&#244;t parce qu'il t&#233;moigne d'une interrogation qui nous est particuli&#232;rement br&#251;lante : face au totalitarisme &#8212; russe hier, musulman aujourd'hui &#8211; est-il possible de se limiter &#224; une simple d&#233;fense de nos soci&#233;t&#233;s telles qu'elles sont ? La r&#233;ponse de Castoriadis, alors accus&#233; de &#171; pro-occidentalisme &#187; face aux SS-20, &#233;tait un &#171; non &#187; cat&#233;gorique &#8211; r&#233;ponse n&#233;cessairement redoubl&#233;e, amplifi&#233;e, d&#233;multipli&#233;e aujourd'hui que les oligarchies contemporaines presque au complet semblent s'accommoder largement, au mieux, d'une islamisation progressive des soci&#233;t&#233;s occidentales.&lt;br class='manualbr' /&gt;On trouvera donc dans les lignes qui suivent, et &#224; quarante ans de distance, quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;flexions. Et si les situations diff&#232;rent grandement, nous laissons au lecteur le soin d'y d&#233;celer ce qui nous a sembl&#233; faire &#233;cho &#224; notre &#233;poque, d&#233;cid&#233;ment bien sombre et tellement amn&#233;sique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LC&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si les soci&#233;t&#233;s occidentales &lt;i&gt;pouvaient&lt;/i&gt; &#234;tre d&#233;fendues : &#224; la fois &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; leurs r&#233;gimes actuels, &lt;i&gt;abstraction&lt;/i&gt; &lt;i&gt;faite&lt;/i&gt; de ces r&#233;gimes, &lt;i&gt;abstraction faite&lt;/i&gt; de ce que r&#233;gimes deviendraient dans le processus menant &#224; la guerre et, encore plus, pour mener efficacement celle-ci, abstraction faite de ce que ces r&#233;gimes font dans le Tiers Monde, et, &lt;i&gt;last but not least&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;abstraction faite&lt;/i&gt; des implications de l'utilisation &#8211; &#224; peu pr&#232;s in&#233;luctable, en cas de guerre &#8211; des armes nucl&#233;aires, elles devraient l'&#234;tre. Mais aucune de ces clauses conditionnelles n'a la moindre validit&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pourquoi est-il n&#233;cessaire, avant de parvenir &#224; la conclusion oppos&#233;e, d'affirmer dans l'abstrait que l'on devrait d&#233;fendre les soci&#233;t&#233;s occidentales ? Parce qu'il ne s'agit pas pour nous de fournir des slogans, mais d'apprendre &#224; penser politiquement ; parce qu'il s'agit de combattre la d&#233;bilit&#233; politique instill&#233;e dans l'esprit des gens (et, notamment, ceux qui nous sont les plus proches) par un si&#232;cle de marxisme et de marxisme-l&#233;ninisme ; parce qu'il s'agit aussi de couper court &#224; la d&#233;magogie mystificatrice qui voudrait mobiliser les gens pour la &#171; d&#233;fense de l'Occident &#187; ou la &#171; d&#233;fense de la d&#233;mocratie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, dans l'abstrait, les soci&#233;t&#233;s occidentales devraient-elles &#234;tre d&#233;fendues ? Parce qu'elles incorporent une tradition historique pr&#233;cieuse, et toujours vivante, de lutte explicite pour l'autonomie ; parce que l'on y rencontre toujours des individus pour qui l'autorit&#233; n'a pas raison du simple fait qu'elle est autorit&#233; (plut&#244;t m&#234;me le contraire) ; parce que de tels individus, des individus appartenant &#224; ce type anthropologique, continuent d'y &#234;tre produits ; parce qu'il existe dans ces soci&#233;t&#233;s des dispositifs sociaux innombrables, lois formelles, chances sociologiques d'application de ces lois, modes d'action et de r&#233;action, opinion publique, habitudes et climat social, id&#233;es et informations disponibles pour ceux qui veulent y avoir acc&#232;s, qui permettent de s'exprimer et d'agir politiquement sans &#234;tre n&#233;cessairement h&#233;ros ou martyr. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cela &#8211; la r&#233;alisation de ce type de soci&#233;t&#233;, aussi d&#233;chir&#233;e, contradictoire, exploiteuse et opprimante et mystificatrice soit-elle &#8211; est un miracle historique. Tout cela, ces traits r&#233;alis&#233;s partiellement, et non seulement vis&#233;s, dans les institutions et le type anthropologique d'individu cr&#233;&#233;s par les soci&#233;t&#233;s occidentales ne d&#233;coule pas de la &#171; nature humaine &#187;, ni n'est &#171; impos&#233; &#187; par des &#171; lois de l'histoire &#187;, ne pousse pas de lui-m&#234;me d&#232;s que vous mettez dans une &#233;prouvette quelques g&#232;nes d'H&lt;i&gt;omo sapiens&lt;/i&gt; et leur laissez un temps suffisant pour &#171; &#233;voluer &#187;, n'est pas le destin fatal de toute soci&#233;t&#233;. Si tout cela &#233;tait d&#233;truit &#8211; comme il risquerait de l'&#234;tre si la stratocratie russe parvenait &#224; la domination mondiale &#8211; personne ne peut dire quand, o&#249;, apr&#232;s combien de temps et de sang vers&#233; &#224; nouveau cela pourrait r&#233;appara&#238;tre, et si m&#234;me cela r&#233;appara&#238;trait. La question de savoir si, apr&#232;s quelques d&#233;cennies ou si&#232;cles de r&#232;gne du KGB, la lutte pour la d&#233;mocratie pourrait reprendre et avoir des chances de succ&#232;s est un sujet de science-fiction, non pas une question politique. Accepter la domination russe &#8211; ou agir de sorte que, en fait, on en augmente les chances &#8211; sous pr&#233;texte que quelque part, un jour, les hommes se dresseront de nouveau contre la tyrannie absolue, ne peut &#234;tre que l&#226;chet&#233; ou inconscience. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais il ne s'agit l&#224; que d'une des composantes de ces soci&#233;t&#233;s. Je l'ai dit plus haut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans les chap. V et VII du plan initial de Devant la guerre, 2 (DG) (devenus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : il y a une singularit&#233; de fait des soci&#233;t&#233;s occidentales au sens que celles-ci ne sont pas simples : elles ne sont m&#234;me pas simplement &#171; contradictoires &#187; (en un sens marxien, par exemple : contenant deux principes ou acteurs historiques oppos&#233;s, mais luttant sur le m&#234;me terrain, et l'un &#233;tant pr&#233;destin&#233; &#224; constituer le d&#233;passement dialectique de l'autre), elles contiennent une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; essentielle. En elles sont n&#233;s &#224; la fois le mouvement d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire &#8211; et le capitalisme. La logique de la discussion philosophique, de la libre recherche, de l'action politique explicite y coexistent avec la logique de la cha&#238;ne d'assemblage, de la pr&#233;destination professionnelle des enfants moyennant des tests d'aptitude et d'&#171; intelligence &#187;, de la domination rationalis&#233;e. Les germes mettant en question toute ma&#238;trise y cohabitent avec les tendances immanentes, nettement totalitaires, du capitalisme, &#224; savoir : l'expansion illimit&#233;e de la ma&#238;trise &#171; rationnelle &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Parce que cette h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; existe, parce que ces soci&#233;t&#233;s continuent &#224; contenir et &#224; engendrer les germes d'une transformation radicale possible &#8211; ce qu'aucun autre type de soci&#233;t&#233; n'a fait &#8211; ; parce que y vivre, plut&#244;t qu'en Russie, continue d'&#234;tre &lt;i&gt;absolument pr&#233;f&#233;rable&lt;/i&gt; &#8211; non pas du point de vue des conforts priv&#233;s, mais des possibilit&#233;s de penser et d'agir, la question de leur pr&#233;servation devant une menace mortelle se pose en droit. Mais cette position reste abstraite. Lorsqu'on a d&#233;pass&#233; le f&#233;tichisme des &#171; classes &#187; et des &#171; modes de production &#187; &#8211; j'y reviendrai &#8211; on peut se poser la question, r&#233;trospectivement, s'il fallait soutenir une Angleterre id&#233;alis&#233;e (c'est-&#224;-dire abstraite), dirig&#233;e par un Churchill id&#233;alis&#233; (c'est-&#224;-dire abstrait) contre Hitler, malgr&#233; l'exploitation, les &lt;i&gt;slums&lt;/i&gt;, le ch&#244;mage, les Indes et le reste. On ne peut pas se la poser dans ces termes aujourd'hui &#8211; et cela, &lt;i&gt;bien que&lt;/i&gt; l'horreur du r&#233;gime russe soit &lt;i&gt;plus grande&lt;/i&gt; (si ces choses-l&#224; se laissent comparer) que celle du r&#233;gime nazi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, sur ce point, ce qui est dit dans l'introduction (E.E.) de La soci&#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et &lt;i&gt;bien que&lt;/i&gt; les chances objectives de la Russie de parvenir &#224; la domination mondiale soient incomparablement plus grandes que celles de l'Allemagne en 1939. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Parce que la d&#233;composition des soci&#233;t&#233;s occidentales, et en particulier de leurs couches dominantes, est devenue telle que celles-ci ne peuvent pas &#234;tre d&#233;fendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Parce que &#8211; sans que pour autant les &#171; chances &#187; militaires et strat&#233;giques de l'Occident s'am&#233;liorent &#8211; le processus de pr&#233;paration &#224; la guerre entra&#238;nera presque fatalement l'attaque contre ce qui subsiste, dans ces soci&#233;t&#233;s, de possibilit&#233;s l&#233;gales et formelles de parler et d'agir, contre les id&#233;es et les mentalit&#233;s libres (dont les signes apparaissent d&#233;j&#224; aux &#201;tats-Unis)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans une note manuscrite dat&#233;e &#171; 28/30/80 &#187; : &#171; L'Occident est ind&#233;fendable (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Parce que le r&#244;le de ceux qui se rendent compte de la situation mondiale contemporaine, de ses enjeux, et qui veulent lutter pour une soci&#233;t&#233; autonome, ne peut pas &#234;tre de &#171; conseiller &#187; les gouvernements occidentaux (t&#226;che d&#233;risoire et futile), ni de mobiliser les populations pour les soutenir (ce qui serait honteux et contradictoire et suicidaire) mais de travailler pour que soient pr&#233;serv&#233;es les chances d'une transformation radicale de la soci&#233;t&#233; mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Parce qu'il est, politiquement et r&#233;ellement, impossible de dissocier ces r&#233;gimes de leur politique et de son &#233;volution pr&#233;visible dans les pays du Tiers Monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) Parce que, dans le dilemme : capitulation ou guerre, dans les conditions technologiques contemporaines &#8211; armes nucl&#233;aires, mais pas seulement &#8211; aucun des deux termes n'est acceptable, que donc il faut agir pour d&#233;truire le terrain sur lequel ce dilemme appara&#238;t comme in&#233;luctable, il faut agir pour cr&#233;er une autre issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a parl&#233; longuement plus haut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir QD, t. 2, p. 111-220.&#034; id=&#034;nh21-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la d&#233;composition des soci&#233;t&#233;s occidentales. Il n'y a pas d'&#171; Alliance atlantique &#187;, et, si celle-ci n'a pas pu se transformer apr&#232;s l'invasion de l'Afghanistan, elle ne se transformera jamais. Il n'y a, chez les couches dominantes, ni compr&#233;hension de la situation v&#233;ritable, ni volont&#233; et capacit&#233; de surmonter leurs &#171; int&#233;r&#234;ts &#187; fractionnels et partiels en vue des &#171; int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux &#187; de leur propre r&#233;gime. La vie &#171; politique &#187; des soci&#233;t&#233;s occidentales est une combinaison de gu&#233;rilla et de compromis pourris entre lobbies de tous ordres &#8211; groupes financiers et industriels, bureaucraties des partis politiques, syndicats transform&#233;s carr&#233;ment en groupes de pression, associations paysannes, etc., &#8211; o&#249; il y a toujours suffisamment d'int&#233;r&#234;ts coalis&#233;s n&#233;gativement pour bloquer toute solution positive quelle qu'elle soit, et jamais des coalitions positives suffisamment fortes pour imposer des solutions qui, comme toutes solutions dans une telle soci&#233;t&#233;, exigeraient que tels int&#233;r&#234;ts particuliers soient provisoirement ou d&#233;finitivement l&#233;s&#233;s. Lorsque de telles coalitions arrivent passag&#232;rement &#224; se former &#8211; par exemple, le courant qui a amen&#233; l'Administration Reagan au pouvoir ; le cas du Parti socialiste fran&#231;ais exige une autre discussion &#8211; , la banqueroute mentale et id&#233;ologique des cadres contemporains du r&#233;gime capitaliste est telle que les &#171; solutions &#187; propos&#233;es et impos&#233;es soit aggravent les probl&#232;mes (&#171; politique &#187; &#233;conomique de Reagan) soit sont priv&#233;s de toute efficacit&#233; (&#171; politique &#187; militaire et &#233;trang&#232;re du m&#234;me Reagan). J'en ai parl&#233; longuement dans le Chapitre V&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont l'essentiel a &#233;t&#233; publi&#233; dans QD, t. 2.&#034; id=&#034;nh21-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les libert&#233;s effectives : trois fragments&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pages du premier fragment (p. 489-492) sont tir&#233;es d'un texte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu une tr&#232;s longue histoire &#8211; &#224; peu pr&#232;s sept si&#232;cles &#8211; qui, elle-m&#234;me, n'aurait probablement pas suivi le m&#234;me cours sans les apports repris de Gr&#232;ce et de Rome ; des montagnes de cadavres, des fleuves de sang et de larmes, des millions de vies pass&#233;es en prison &#8211; pour parvenir &#224; ces soci&#233;t&#233;s occidentales lib&#233;rales, qui sont lib&#233;rales non pas en fonction des chiffons de papier qui leur servent de lois et de constitutions, mais parce qu'elles ont appris &#224; accorder &#224; ces chiffons de papier une importance cardinale, et que la population, toutes classes confondues, y a la chance &#171; sociologique &#187;, lorsque le cours effectif des choses s'&#233;carte trop du cours l&#233;gal, de se mobiliser pour imposer le respect de certaines r&#232;gles. Cela est une pr&#233;cieuse &lt;i&gt;tradition&lt;/i&gt; &#8211; non pas au sens de contes racont&#233;s par grand-m&#232;re, mais au sens d'une &lt;i&gt;incorporation&lt;/i&gt;, dans le tissu social effectif, vivant, d'aujourd'hui, dans le corps m&#234;me des individus qui composent la soci&#233;t&#233;, leurs comportements, id&#233;es, r&#233;flexes m&#234;mes (protester devant un flic qui tape sur quelqu'un dans la rue comme on le fait parfois encore en France, ou s'&#233;carter le plus rapidement possible en faisant semblant de ne pas voir comme cela se passe r&#233;guli&#232;rement en Russie, ce sont des &lt;i&gt;r&#233;flexes&lt;/i&gt; au sens presque physiologique du terme, des r&#233;actions pratiquement non r&#233;fl&#233;chies), des r&#232;gles d'une soci&#233;t&#233; lib&#233;rale ; de m&#234;me que ces r&#232;gles s'incarnent dans le fonctionnement &lt;i&gt;effectif&lt;/i&gt; des dispositifs institu&#233;s. La diff&#233;rence entre le comportement du juge Popinot et celle d'un juge moins int&#232;gre n'est pas, et ne peut pas &#234;tre inscrite dans le Code de proc&#233;dure criminelle (lequel &#233;tait en gros le m&#234;me &#224; l'&#233;poque de Balzac et aujourd'hui). On pourrait continuer pendant des centaines de pages.&lt;br class='manualbr' /&gt;Or cette situation n'existe que dans un petit nombre de pays, un cinqui&#232;me de la population du globe &#8211; Europe occidentale, Am&#233;rique du nord, Australie et Nouvelle-Z&#233;lande et, &lt;i&gt;in statu nascendi&lt;/i&gt;, au Japon. Elle n'existe pas, et &#224; pr&#233;sent, &lt;i&gt;ne peut pas&lt;/i&gt; exister ailleurs. Les &#171; philosophes politiques &#187; occidentaux sont redevenus, dans la p&#233;riode actuelle, d'une na&#239;vet&#233; d&#233;concertante. M&#234;me ce truc minable : des &#233;lections (parlementaires ou autres) &#171; libres &#187; n'est absolument pas donn&#233;. Comment faites-vous, donc, des &#233;lections libres dans un pays ? Comment assurez-vous, dans les petits villages, le secret &lt;i&gt;effectif&lt;/i&gt; du vote et le d&#233;pouillement correct du scrutin ? Pour avoir des &#233;lections libres, il faut un scrutin libre, il faut donc des scrutateurs dignes de ce nom &#8211; &#224; savoir, des gens qui ne peuvent pas &#234;tre intimid&#233;s ouvertement ou souterrainement ; il faut &#224; la fois une couche importante de la population qui d&#233;ploie effectivement le comportement de citoyens libres et &#171; souverains &#187; et qui ait l'assurance effective, la &lt;i&gt;chance&lt;/i&gt; sociologique d'&#234;tre prot&#233;g&#233;e par les juges, la police, etc., si jamais elle &#233;tait soumise au chantage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Combien peu tout cela va de soi-m&#234;me dans un pays comme les &#201;tats-Unis, on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce &#224; quoi tout cela renvoie, ce n'est pas &#224; des &#171; lois &#187; au sens de chiffons de papier. Cela renvoie &#224; tout un tissu social, qui comporte certes aussi des dispositions l&#233;gales, &#233;crites (dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines), des m&#233;canismes juridiques et administratifs, et m&#234;me une absence de situations de privation &#233;conomique extr&#234;me. Les chances pour que quelqu'un qui meurt de faim &#224; la fois veuille et puisse d&#233;fendre ses droits l&#233;gaux par les voies normales sont infimes ; &#224; la limite, il lui est plus facile de prendre le maquis, comme au Br&#233;sil et ailleurs. Est-ce des d&#233;fauts de la l&#233;gislation br&#233;silienne qui sont en cause dans les monstrueuses exactions des latifundistes contre les paysans pauvres ? &lt; Cela renvoie &gt; surtout &#224; &lt; la pr&#233;sence d' &gt;un corps de citoyens tant bien que mal conscients de leurs droits et &#233;duqu&#233;s de telle mani&#232;re qu'ils sont dispos&#233;s, suffisamment souvent, &#224; agir pour les d&#233;fendre et les prot&#233;ger &#8211; et surtout, avec un sens suffisant de la solidarit&#233; et de la coh&#233;sion sociale pour agir en ce sens m&#234;me et surtout lorsqu'ils ne sont pas eux-m&#234;mes en cause&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai souvent surpris des amis fran&#231;ais d'origine en leur disant que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or l'exp&#233;rience historique est l&#224; : cet ensemble de dispositions &#233;crites et non &#233;crites et d'individus, ce &lt;i&gt;tissu social&lt;/i&gt;, ne peut &#234;tre cr&#233;&#233; du jour au lendemain, ni en un tournemain l&#233;gislatif ; sa cr&#233;ation est une &#339;uvre historique qui prend des si&#232;cles. Il existe, en vertu d'un tel processus de cr&#233;ation, dans les pays &#171; occidentaux &#187; &#8211; et pas ailleurs. Cela n'a rien &#224; voir, &#233;videmment, avec des facteurs raciaux, g&#233;n&#233;tiques, naturels ou g&#233;ographiques : cela est un fait social-historique. C'est le monde gr&#233;co-occidental qui s'est institu&#233; ainsi, dans une cr&#233;ation historique rompant avec l'h&#233;t&#233;ronomie absolue religieuse-&#233;tatique ou autre, c'est &lt;i&gt;sa&lt;/i&gt; tradition, &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; tradition.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le produit de cette tradition, c'est un tissu social et un corps de citoyens, qui &#233;videmment, &#224; chaque instant, se pr&#233;suppose &#8211; pr&#233;suppose comme &#171; ensemble &#187; toutes ses &#171; parties &#187;, &#171; synchroniquement &#187;, et ne peut &#234;tre que s'il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233;, &#171; diachroniquement &#187; &#8211; et qui, comme le montre, ici encore, l'exp&#233;rience historique, est &#224; la fois immens&#233;ment solide et immens&#233;ment fragile (fascisme, nazisme, p&#233;tainisme, maccarthysme &#8211; ou stalinisme dans un pays comme la France, cf.&#171; L'&#233;volution du PCF &#187;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;QD, t. l, p. 647-672 .&#034; id=&#034;nh21-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est l'existence de ce tissu et de ce corps qui fournit la seule r&#233;ponse &#224; ce &#171; vide &#187; que repr&#233;sente le droit &#8211; tout droit a son point supr&#234;me : la Constitution, ou une autre &#171; loi fondamentale &#187;, qui affirme et garantit l'existence d'un &#201;tat de loi ou &#201;tat de droit, etc. ; et qui donc garantit la Constitution ? Ici encore, le retour contemporain de discours na&#239;fs, vides et &#171; id&#233;alistes &#187; au mauvais sens du terme sur le &#171; droit &#187; et la &#171; loi &#187;, semble ignorer ce qu'un &#233;tudiant sait ou doit savoir en premi&#232;re ann&#233;e de droit et ce que les faits montrent, pour ainsi dire, tous les jours. Du point de vue juridique (et m&#234;me de la &#171; philosophie du droit &#187;) toute Constitution est simplement suspendue en l'air, et cela est &#233;videmment une tautologie. &lt;br class='manualbr' /&gt;La constitution grecque de 1927 &#8211; laquelle, comme beaucoup de constitutions europ&#233;ennes de l'apr&#232;s-Versailles, &#233;tait tr&#232;s &#171; d&#233;mocratique &#187; &#8211; que j'&#233;tudiais quand je faisais mon droit &#224; Ath&#232;nes, se terminait sur ce splendide article 111 : &#171; La sauvegarde de la Constitution est confi&#233;e au patriotisme des Hell&#232;nes. &#187; Quelques ann&#233;es plus tard, le patriotisme des Hell&#232;nes s'&#233;vanouissait devant les coups d'&#201;tat successifs de Plastiras, Condylis et finalement M&#233;taxas. &#8211; Mais en Angleterre, o&#249; il n'y a pas de constitution, o&#249; le Parlement &#171; peut tout faire, sauf transformer un homme en femme &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire que demain le Parlement anglais pourrait, formellement, voter une loi privant du droit de vote les blonds, les bruns ou les individus de taille inf&#233;rieure &#224; 1m 60, par exemple &#8211; , il n'y pas eu, non plus, depuis la Glorieuse R&#233;volution, de coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette question de la l&#233;galit&#233; effective est, de toute &#233;vidence, primordiale. Rien ne le montre mieux que la situation actuelle en Russie et dans les autres pays du bloc oriental. Les dispositions formelles garantissant les &#171; droits de l'homme et du citoyen &#187; y existent ; les institutions formelles cens&#233;es les garantir, aussi. Tout le monde sait que ces droits sont en fait viol&#233;s. Et, en m&#234;me temps, ils le sont sans doute beaucoup moins que du temps de Staline ; tr&#232;s peu de choses ont chang&#233; dans le &#171; droit formel &#187; entre 1953 et 1957 &#8211; comme, de nouveau et pendant le renversement contraire, entre 1960 et 1970 ou 1980 (rappelons que, ironie supr&#234;me, entre temps la Russie et les autres pays de bloc oriental signaient l'Acte final d 'Helsinski ; cette signature aussi, prend ici nettement le caract&#232;re d'un &lt;i&gt;d&#233;fi&lt;/i&gt;). Qu'est-ce qui a chang&#233; entre ces trois p&#233;riodes ? D'une part, certes, l'attitude effective de ceux qui exer&#231;aient le pouvoir &#8211; dans un sens plus lib&#233;ral, d'abord, avec Khrouchtchev, plus r&#233;pressif (et de plus en plus) ensuite, avec Brejnev. Derri&#232;re ces changements &#8211; certes pas simple affaire de bonne ou mauvaise volont&#233; ou de rationalit&#233; &lt; plus ou moins grande &gt; des dirigeants &#8211; , des changements sociaux et politiques souterrains consid&#233;rables, qu'il n'est pas question d'analyser ici. Mais ce qui semble &#234;tre la constante, depuis &#171; 1953 &#187; (cf. d&#233;j&#224; &lt;i&gt;Le Pavillon des canc&#233;reux&lt;/i&gt; et le bal des Komsomols), c'est quand m&#234;me un changement effectif des attitudes dans la soci&#233;t&#233; : il y a plus de citoyens qui &#171; r&#233;sistent &#187;, sans doute y a-t-il autour d'eux un milieu favorable, il y a quand m&#234;me un certain poids de l'opinion internationale, enfin, le plus &#233;trange, les agents de la r&#233;pression eux-m&#234;mes semblent, si l'on peut dire, &#171; irrationnellement inhib&#233;s &#187; dans la violation de la l&#233;galit&#233;. Sans cette derni&#232;re condition, tout le reste serait vain : il se trouve que, aujourd'hui en Russie, lorsque que quelqu'un commence &#224; r&#233;citer aux flics qui l'ont arr&#234;t&#233; les articles de la Constitution, du Code de proc&#233;dure, etc. (voir &lt;i&gt;Chafarevitch&lt;/i&gt;), les flics, &#171; &#233;trangement &#187;, n'ont pas &#8211; ou pas toujours &#8211; le comportement normal d'un flic dans de pareilles circonstances : taper deux fois plus fort (comportement qu'ils ont m&#234;me en France, face aux immigr&#233;s et parfois m&#234;me face &#224; de &#171; vrais &#187; Fran&#231;ais). Pourquoi ? Parce que quelque chose dans la soci&#233;t&#233; a chang&#233;, au-del&#224; de la lettre de la loi et autre que celle-ci. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est cela, la l&#233;galit&#233; effective &#8211; tout &#224; fait autre chose que le &#171; droit &#187; d'une part, les &#171; conditions r&#233;elles (entendez : &#233;conomiques) &#187; du marxisme d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bri&#232;vement parlant : la vulgate lib&#233;rale a toujours insist&#233; sur la lettre des dispositions l&#233;gales, assurant &#224; tous les &#171; droits de l'homme et du citoyen &#187;, etc. Elle laissait ainsi de c&#244;t&#233; tous les m&#233;canismes et dispositifs sociaux (et bien s&#251;r, en premier lieu, dans le capitalisme traditionnel et encore contemporain, &#233;conomiques) qui faisaient si souvent, m&#234;me de ces droits partiels, une d&#233;rision. La vulgate marxiste &#8211; et Marx lui-m&#234;me &#8211; s'appesantissait sur cette critique, en m&#234;me temps qu'elle glissait toujours d'une critique du caract&#232;re &lt;i&gt;partiel&lt;/i&gt; de ces droits &#224; une d&#233;nonciation d'un pr&#233;tendu caract&#232;re &lt;i&gt;formel&lt;/i&gt; (sous-entendu : vide, de simple masque) et &#233;vacuait le probl&#232;me de la loi, du droit, de la justice. Mais ce qui est important, dans les soci&#233;t&#233;s lib&#233;rales telles qu'elles se sont form&#233;es &#224; partir de la fin du XVIIIe si&#232;cle, c'est autre chose : c'est qu'il s'est effectivement constitu&#233; &#8211; ou reconstitu&#233; &#8211; un milieu social, un tissu social dans lequel les r&#232;gles de droit ne pouvaient pas rester simplement formelles (ce qui, par exemple, est presque totalement absent aujourd'hui en Russie ou en Chine). Pour qu'un &#201;tat de droit, ou &#201;tat de loi (la diff&#233;rence entre les deux termes et notions importe peu pour notre pr&#233;sent propos) existe &lt;i&gt;effectivement&lt;/i&gt;, la &#171; loi &#187; &#233;crite n'est, rigoureusement parlant, ni n&#233;cessaire ni suffisante : les tribus archa&#239;ques sont, dans la grande majorit&#233; des cas, beaucoup plus pr&#232;s d'un &#201;tat de loi &#8211; malgr&#233; l'absence de loi &#233;crite &#8211; que n'importe quel &#201;tat moderne ; et il se peut en effet que, dans sa lettre, la constitution russe soit beaucoup plus &#171; lib&#233;rale &#187; que n'importe quelle constitution occidentale. Bien &#233;videmment, dans les conditions modernes, un &#201;tat de loi sans loi &#233;crite est inconcevable, et pas seulement pour des raisons techniques. Mais ce qui fait d'un &#201;tat, d'une soci&#233;t&#233; un &#201;tat de loi, c'est tout simplement que ce qui est &#233;crit soit &lt;i&gt;effectivement&lt;/i&gt; appliqu&#233; dans la grande majorit&#233; sociologique des cas. Or cela, de toute &#233;vidence, aucune &#171; loi &#187; ne peut l'assurer (&lt;i&gt;regressus ad infinitum : quis custodiet ipsos custodes ?&lt;/i&gt;) . Seul le fonctionnement effectif de la soci&#233;t&#233; peut l'assurer : et l&#224;-dedans entrent une foule de facteurs qui font une soci&#233;t&#233; r&#233;ellement lib&#233;rale : formation des individus, tradition, existence d'un minimum de &#171; pudeur &#187; et d'&#171; honneur &#187; (fussent-ils &#171; professionnels &#187;), existence d'une opinion publique, attitude critique &#224; l'&#233;gard de l'autorit&#233;, disposition &#224; s'occuper activement de ce qui ne vous l&#232;se pas forc&#233;ment vous-m&#234;me en personne. (Cela, bien s&#251;r, Platon et Aristote &#8211; tous les Grecs &#8211; le savaient ; et parmi les modernes, Montesquieu, Rousseau, Tocqueville. Rousseau : celui qui entreprend d'instituer un peuple devrait commencer par r&#233;former ses &lt;i&gt;m&#339;urs&lt;/i&gt;&#8230;) Bref, pour instituer une soci&#233;t&#233; lib&#233;rale, il faut d&#233;j&#224; avoir une soci&#233;t&#233; lib&#233;rale et des individus lib&#233;raux. Ce &#171; miracle &#187; &#8211; qui avait d'une autre fa&#231;on d&#233;j&#224; eu lieu en Gr&#232;ce et &#224; Rome &#8211; s'est &#224; nouveau produit en Europe occidentale et aux &#201;tats-Unis dans les Temps modernes. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il faut une soci&#233;t&#233; qui ne se laisse pas faire -pas longtemps, et pas sur des choses graves. Encore un fois, &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt; ce &#171; ne pas se laisser faire &#187; se r&#233;alise-t-il ? Cela passe par une multitude indescriptible et pratiquement inassignable de canaux, d'institutions particuli&#232;res, de traditions, de r&#233;flexes individuels et collectifs ; c'est finalement un &lt;i&gt;habitus&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;hexis&lt;/i&gt;, disposition acquise stable) effectif et efficace de la soci&#233;t&#233; &#8211; incluant aussi bien le fait qu'un ministre pris en flagrant d&#233;lit de mensonge soit oblig&#233; de d&#233;missionner (l'hypocrisie est l'hommage que le vice rend &#224; la vertu : c'&#233;tait le cas sous la Troisi&#232;me et la Quatri&#232;me r&#233;publiques pourries en France, ce n'est apparemment plus le cas sous la glorieuse et gaullienne pure et dure Cinqui&#232;me r&#233;publique : voir M. Galley et ses &#171; soi-disant massacres &#187; des enfants par Bokassa, etc.), que les citoyens dans la rue s&#233;parent deux individus qui se battent, ou emp&#234;chent les flics de faire n'importe quoi, que le juges ne soient pas, en fait, &#224; la botte de l'Ex&#233;cutif, que les gens &#233;puisent toutes les possibilit&#233;s l&#233;gales et autres pour combattre l'arbitraire, que l'attitude effective des gens &#224; l'&#233;gard des fonctionnaires de l'&#201;tat ne soit pas la tremblante obs&#233;quiosit&#233; du sujet devant &#171; l'Autorit&#233; &#187; (&lt;i&gt;l'Obrigkeit&lt;/i&gt;, comme le dit, si bien l'allemand), mais renvoie &#224; l'id&#233;e que les fonctionnaires sont des domestiques de la collectivit&#233; pay&#233;s, nourris et blanchis par elle. (Mais combien de Fran&#231;ais sont-ils encore capables de penser que Giscard ne devait &#234;tre que le premier valet de la nation ?)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait, le grand d&#233;ficit des &#171; d&#233;mocraties &#187; modernes par rapport aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les Conventionnels &#233;taient bien optimistes, lorsqu'ils pensaient que la guillotine couperait le cou, en m&#234;me temps qu'&#224; Louis XVI, &#224; la sacralit&#233; de la royaut&#233; et de l'&#201;tat. L'&lt;i&gt;&#201;p&#238;tre aux Corinthiens&lt;/i&gt; (&#171; Tout pouvoir vient de Dieu &#187;) agit toujours, dans l'histoire contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'emp&#234;che que ces r&#233;gimes lib&#233;raux fonctionnent effectivement, tant bien que mal, encore aujourd'hui comme lib&#233;raux. Et que si la soci&#233;t&#233; ne veut pas se laisser faire, elle peut, dans une mesure non n&#233;gligeable, ne pas se laisser faire. Je n'en prendrai qu'un exemple r&#233;cent, et massif. L'Administration am&#233;ricaine a men&#233; la guerre au Vietnam. C'&#233;tait son r&#244;le : pas de quoi s'&#233;tonner. (De m&#234;me, si demain j'apprends que les Russes ont extermin&#233; les trois quarts des Afghans, pas un milligramme d'&#233;tonnement ne se m&#234;lera &#224; ma rage.) Mais qui a arr&#234;t&#233; la guerre au Vietnam ? L'action de certains segments de la population am&#233;ricaine, la lutte des jeunes (surtout des &#233;tudiants) aux &#201;tats-Unis contre la conscription, l'insoumission, la r&#233;action grandissante de l'opinion, l'indiscipline croissante et les meurtres d'officiers de plus en plus fr&#233;quents sur le terrain m&#234;me. C'est cela, la vraie histoire de l'arr&#234;t de la guerre du Vietnam. La version &#171; officielle &#187; qui petit &#224; petit en a pris la place et commence maintenant &#224; passer pour &#171; &#233;vidente &#187; est que ce serait le D&#233;partement d'&#201;tat et Kissinger qui auraient fait la paix. Ils ne l'ont faite que contraints et forc&#233;s &#8211; par la r&#233;sistance vietnamienne certes, mais aussi et surtout par l'opposition interne &#224; la guerre. (Moyennant quoi le prix Nobel de la Paix a &#233;t&#233; attribu&#233; &#224; Kissinger, le premier boucher du Cambodge, lamentable brouillon mais g&#233;nie de l'auto-publicit&#233;, typique en cela de l'&#233;poque contemporaine, vendeur de vent, et qui dit s'&#234;tre donn&#233; comme mod&#232;le Metternich. Il est permis d'avoir des ambitions moins sordides dans la vie, et surtout moins d&#233;biles : ind&#233;pendamment de tout le reste, Metternich a &#233;t&#233; historiquement futile &#8211; moins que Kissinger, il est vrai.)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes sur les mouvements &#171; pacifistes &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit de notes dactylographi&#233;es (non dat&#233;es, probablement 1982) pour le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule attitude d&#233;fendable aujourd'hui : l'exigence du d&#233;sarmement mutuel, simultan&#233; et contr&#244;l&#233; par des instances populaires des deux camps. La d&#233;volution simultan&#233;e et automatique des ressources ainsi d&#233;gag&#233;es &#224; l'aide aux pays pauvres, exclusivement destin&#233;e &#224; : agriculture ; infrastructure ; protection de l'environnement (y compris &lt; face aux &gt; cit&#233;s-cancers). &lt;br class='manualbr' /&gt;Cela implique : 1) l'absurdit&#233; de l'id&#233;e du d&#233;sarmement &#171; seulement &#187; nucl&#233;aire et son inanit&#233; ; 2) la d&#233;nonciation de toute id&#233;e de d&#233;sarmement &#171; unilat&#233;ral &#187; ; 3) la m&#233;fiance totale &#224; l'&#233;gard des instances gouvernementales-bureaucratiques existantes, pour ce qui est de contr&#244;ler le d&#233;sarmement ; 4) la m&#233;fiance totale &#224; l'&#233;gard des bureaucraties internationales et des potentats locaux pour g&#233;rer des &#171; Fonds de d&#233;veloppement &#187;. (Ils d&#233;velopperont des armes atomiques, comme l'Inde, ou des industries irrationnelles.) &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt; &#8230; &gt; Pourquoi le mouvement &#171; pacifiste &#187;, &#171; neutraliste &#187;, &#171; unilat&#233;raliste &#187; actuel est absurde et ne peut profiter qu'au Kremlin. Il est assez peu croyable 1 &#176; que les seules demandes de ce mouvement concernent les armes nucl&#233;aires ; et 2&#176; que ce mouvement (le comble &#233;tant le &lt;i&gt;Labour Party&lt;/i&gt; anglais &#8211; qui &#233;videmment choisit n'importe quoi pour redorer son blason) puisse parler si l&#233;g&#232;rement de d&#233;sarmement unilat&#233;ral, sans voir que cela &#233;quivaut &#224; se livrer, pieds et poings li&#233;s, &#224; la stratocratie russe. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pourquoi est-il seulement question de d&#233;sarmement nucl&#233;aire ? Et d'abord, qu'est-ce qui cr&#233;e, abstraitement, la possibilit&#233; d'une escalade nucl&#233;aire ? S'il y avait &#233;quilibre des forces conventionnelles en Europe, y aurait-il n&#233;cessit&#233; d'envisager le recours aux armes nucl&#233;aires ? Pourquoi donc le mouvement ne demande-t-il pas que les forces russes, actuellement sup&#233;rieures &#224; raison de 4 &#224; 1, soient r&#233;duites &#224; la proportion de 1 &#224; 1 (puisque, sur tout le reste, les Russes ont d&#233;j&#224; parit&#233; ou sup&#233;riorit&#233;) ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Et &#224; quoi servirait la d&#233;nucl&#233;arisation de l'Europe, toute seule et en elle-m&#234;me ? Si la confrontation russo-am&#233;ricaine montait aux extr&#234;mes, croit-on que l'Europe, d&#233;nucl&#233;aris&#233;e ou pas, serait &#233;pargn&#233;e ? M&#234;me si l'affaire devait se consommer dans un spasme apocalyptique, n'y aurait-il pas de fortes chances que l'Europe soit, dans la &#171; pr&#233;paration &#187;, plus ou moins saisie par les Russes ? Les Russes renonceraient-ils &#224; ce qui, de toute &#233;vidence, serait le moyen imm&#233;diat de cette saisie &#8211; &#224; savoir, une trentaine de bombes nucl&#233;aires bien plac&#233;es sur les principaux ports, a&#233;roports et n&#339;uds de communication europ&#233;ens ? Et, si l'affaire ne se liquidait pas dans ce spasme, n'est-il pas clair que l'Europe deviendrait fatalement un des principaux champs de bataille ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quelle est cette incroyable illusion (chez les sinc&#232;res) de la d&#233;nucl&#233;arisation &#171; de la Pologne au Portugal &#187; ? Des SS-20 derri&#232;re la fronti&#232;re polonaise ne peuvent-ils pas atteindre le Maroc ? La d&#233;nucl&#233;arisation &#171; de la Pologne au Portugal &#187; signifie en fait : rien que des armements &#171; strat&#233;giques &#187; (intercontinentaux) pour les Am&#233;ricains &#8211; tous les armements pour les Russes. (toute l'Allemagne est couverte m&#234;me par les &#171; vieilles &#187; fus&#233;es russes, les SS-4 et SS-5 ; port&#233;e : 1900 et 4100 km.) Et l'aviation russe porteuse de fus&#233;es &#224; t&#234;tes nucl&#233;aires ? Et les sous-marins ? &#8211; Cela revient donc &#224; une demande de d&#233;sarmement partiel (unilat&#233;ral). Au nom de quoi ? Mais la m&#234;me chose serait vraie si l'on demandait (et que l'on obtenait) la d&#233;nucl&#233;arisation &#171; de l'Atlantique &#224; l'Oural &#187;. La g&#233;ographie, c'est le destin, disait Napol&#233;on. Il se trouve que la Russie ne s'arr&#234;te pas &#224; l'Oural &#8211; et que des SS-20 derri&#232;re l'Oural couvriraient encore la totalit&#233; de l'Europe continentale. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais quelle est la &#171; perspective &#187; derri&#232;re cette demande de d&#233;nucl&#233;arisation de la Pologne au Portugal ? Ceux qui la mettent en avant ne pensent certes pas que cette d&#233;nucl&#233;arisation rendrait la guerre impossible. Ce qu'ils disent &#8211; en tout cas, ce qui transpara&#238;t en clair dans les dires et dans la psychologie de ceux qui les suivent &#8211; c'est : si les Russes et les Am&#233;ricains veulent se faire la guerre, qu'ils se nucl&#233;arisent les uns les autres, mais pas nous. Ici l'humanisme r&#233;volutionnaire atteint des hauteurs rarement soup&#231;onn&#233;es jusqu'ici : sauvons notre peau, et que le reste du monde p&#233;risse. &lt; &#8230; &gt; De m&#234;me, lorsqu'on envisage la question d'une &#233;ventuelle entreprise de la Russie sur l'Europe : le raisonnement implicite est que la &#171; dissuasion &#187; am&#233;ricaine l'emp&#234;cherait. J'ai dit ailleurs, avant les &#171; appels &#187;, pourquoi la th&#233;orie &#233;tait stupide &#8211; et ce point de vue est partag&#233;, &#224; juste titre, par E.P. Thompson par exemple, qui semble lui aussi convaincu de l'irrationalit&#233; totale &#224; la fois du processus menant &#224; la confrontation et des Appareils dirigeants. Mais l'implication claire est alors que la &#171; dissuasion &#187; ne fonctionnera pas (du moins, qu'il y a de fortes chances pour qu'elle ne fonctionne pas) ; la dissuasion &#233;choue, cela veut dire que les fus&#233;es partent. Cela veut dire quoi, en clair ? Que la pr&#233;servation de l'Europe actuelle contre une entreprise russe est alors d&#233;volue int&#233;gralement au Pentagone (aspect politique) ; et que les Europ&#233;ens sauveront leur peau, parce que l'Apocalypse se d&#233;roulera uniquement entre Am&#233;ricains et Russes (aspect moral). Que cette &#171; pr&#233;servation &#187; risque alors de devenir tout &#224; fait illusoire (d&#233;couplage) &#8211; c'est-&#224;-dire qu'il n'est pas cat&#233;goriquement certain qu'un Pr&#233;sident am&#233;ricain risquera les &#201;tats-Unis pour &#171; sauver l'Europe &#187;, c'est un aspect suppl&#233;mentaire, et nullement n&#233;gligeable de la question (soulign&#233; d&#233;j&#224; par Nixon et Kissinger). &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt; &#8230; &gt; D&#233;sarmement nucl&#233;aire : s'il se r&#233;alisait (vraiment, pleinement, sans failles), il serait &#233;videmment tout &#224; fait et uniquement &#224; l'avantage des Russes. Il subsisterait en effet l'&#233;crasante sup&#233;riorit&#233; de ceux-ci en mati&#232;re d'arm&#233;e de terre et d'aviation, leur proximit&#233; &#224; tous les th&#233;&#226;tres concevables d'op&#233;rations, et les armes de la mystification politico-id&#233;ologique qu'ils sont les seuls &#224; pouvoir utiliser. (Il leur resterait &#224; continuer &#224; rogner l'avantage relatif que les Am&#233;ricains ont encore dans le domaine naval.) Ce que Fran&#231;ois de Rose a appel&#233; &#171; l'&#233;quilibre des d&#233;s&#233;quilibres &#187; n'existe plus, depuis cinq ou six ans. Mais, s'il existait, le d&#233;sarmement nucl&#233;aire serait un &#233;norme avantage unilat&#233;ral pour les Russes. &lt;br class='manualbr' /&gt;On peut se demander alors pourquoi les Russes n'exercent pas une pression r&#233;elle (autre que propagandiste) pour le d&#233;sarme&#173; ment nucl&#233;aire effectif (qui, je le r&#233;p&#232;te, les laisserait &#224; peu pr&#232;s ma&#238;tres du terrain). Deux r&#233;ponses possibles &#224; cela : l'une &#171; sociologique &#187;, l'autre &#171; politico-militaire &#187;. La r&#233;ponse &#171; sociologique &#187;, c'est que l'&lt;i&gt;establishment&lt;/i&gt; militaro-industriel russe (la &#171; soci&#233;t&#233; militaire &#187;, dans ma terminologie) est tr&#232;s fortement engag&#233; dans la production d'armes nucl&#233;aires et que toutes les inerties, plus les rivalit&#233;s inter-secteurs, jouent contre une politique qui amputerait cette soci&#233;t&#233; militaire de son secteur central, le plus moderne, le plus dynamique. (Consid&#233;rations qui jouent sans doute aussi, peut-&#234;tre moins, du c&#244;t&#233; am&#233;ricain.) La raison politico-militaire, c'est que, comme les faits le montrent, l'effet terroriste et d&#233;moralisateur de la menace atomique est consid&#233;rable sur les populations occidentales &#8211; et qu'il n'en est pas de m&#234;me pour les populations russes (qui, quoi qu'elles en pensent, ne peuvent pas l'exprimer, ni peser sur la politique des dirigeants). Et, d'autre part, l'estimation des &#171; co&#251;ts &#187; par les Russes n'est pas la m&#234;me ; la population est plus dispers&#233;e, l'industrie l'est d&#232;s maintenant (aucune consid&#233;ration de ce genre ne joue, ni ne pourrait jouer, dans la localisation des industries europ&#233;ennes ou am&#233;ricaines). La population est &lt;i&gt;expendable&lt;/i&gt; (&#171; consommable &#187;) : cf. collectivisation, tactiques de d&#233;minage sur le front oriental, etc. &#8211; et encore maintenant : les armements russes ne tiennent gu&#232;re compte ni du confort ni des chances de survie des utilisateurs. &lt; &#8230; &gt; Il est clair que tout ce qui a &#233;t&#233; dit plus haut concernant la simple d&#233;nucl&#233;arisation de l'Europe vaut &#233;galement, &lt;i&gt;mutatis mutandis&lt;/i&gt;, pour une &#171; d&#233;militarisation &#187; si elle &#233;tait limit&#233;e &#224; l'Europe. Elle ferait de l'Europe un simple otage auquel le Kremlin pourrait rapidement imposer ses volont&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt; Note manuscrite (1983) :&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; de se faire entendre vient entre autres de ceci : la discussion n'a de sens qu'&#224; l'&#233;chelle de d&#233;cennies ou plus, et &#224; l'horizon des prochaines trente &#224; cinquante ann&#233;es. Or, le public occidental est incapable d'accorder une attention quelconque &#224; ce qui d&#233;passe l'ann&#233;e prochaine, ou, pour les plus syst&#233;matiques, la prochaine &#233;ch&#233;ance &#233;lectorale. Ainsi, on peut parier que si une nouvelle &#171; offensive de la paix &#187; est lanc&#233;e -comme il y a &lt;i&gt;plus&lt;/i&gt; d'une chance sur deux : ils ont &#233;t&#233; trop loin, et il faut &#171; calmer les esprits &#187; &#8211; et qu'elle &#171; r&#233;ussit &#187; &#8211; l&#224;, les chances sont de quatre sur cinq &#8211; , tout ce qui a &#233;t&#233; dit depuis l'Afghanistan et la Pologne sera gomm&#233; pour dix ans.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb21-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; Les p. 485-489 [ici jusqu'aux &#171; trois fragments &#187;] reprennent 6 p. dactylographi&#233;es qui constituent le d&#233;but du chap. X du plan initial (devenu chap. XII dans la derni&#232;re version). Premier jet, non relu. Sans doute fin 1983. L'argumentation est &#233;galement pr&#233;sent&#233;e cette m&#234;me ann&#233;e dans &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?791-quelle-europe-quelles-menaces' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Quelle Europe ? Quelles menaces ? Quelle d&#233;fense ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ; mais on la retrouve d&#233;j&#224; dans les fragments de 1980 que nous reproduisons ci-dessous, p. 489 sq. Les nombreuses notes manuscrites ou dactylographi&#233;es pour le chap. XI (&#171; Ce qui d&#233;pend de nous &#187;, chap. XIII dans la derni&#232;re Table des mati&#232;res) et pour l'Annexe pr&#233;vue sur les mouvements pacifistes, la crise des euromissiles, etc., dans ce chap. X (=XII) sont malheureusement trop fragmentaires pour qu'on puisse en tirer un texte satisfaisant. Nous en reprenons toutefois certaines ici (p. 197-700) &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans les chap. V et VII du plan initial de &lt;i&gt;Devant la guerre, 2&lt;/i&gt; (DG) (devenus chap. V, VIII et IX de la derni&#232;re Table des mati&#232;res) dont l'essentiel a &#233;t&#233; repris dans &lt;i&gt;Quelle d&#233;mocratie ?&lt;/i&gt; (QD. ed Sandre , 2013), t. 2, p. 111-220, sous le titre &#171; Sp&#233;cificit&#233; et crise des soci&#233;t&#233;s occidentales &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir, sur ce point, ce qui est dit dans l'introduction (E.E.) de &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; bureaucratique&lt;/i&gt;, p. 44-45 et, ici m&#234;me, p. 713-714.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans une note manuscrite dat&#233;e &#171; 28/30/80 &#187; : &#171; L'Occident est ind&#233;fendable tel qu'il est. Il ne pourrait &lt;i&gt;peut-&#234;tre&lt;/i&gt; se d&#233;fendre (si les Russes lui en donnaient le temps) qu'en se transformant en une soci&#233;t&#233; autoritaire, sinon totalitaire. Et, &#224; ce moment, il n'y aurait plus aucune raison de le d&#233;fendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir QD, t. 2, p. 111-220.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dont l'essentiel a &#233;t&#233; publi&#233; dans QD, t. 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les pages du premier fragment (p. 489-492) sont tir&#233;es d'un texte dactylographi&#233;, sans doute un premier jet, sans traces de corrections, dat&#233; du &#171; 25/7/80 &#187;, qui porte la mention &#171; Devant la guerre &#187; et &#233;tait tr&#232;s probablement destin&#233; &#224; la suite de l'article publi&#233; dans &lt;i&gt;Libre&lt;/i&gt;. Leur font suite (p. 493-494) deux pages dactylographi&#233;es, non relues, portant la date &#171; 8-3-80 &#187;, appartenant sans doute au m&#234;me ensemble que le premier fragment. Dans le troisi&#232;me fragment (p. 494-497), nous n'avons retenu que les premi&#232;res pages d'un texte dactylographi&#233; de 1980, sans doute &#233;galement r&#233;dig&#233; pour la &#171; deuxi&#232;me partie &#187; de l'article &#171; Devant la guerre &#187; ; dans la suite du texte sont avanc&#233;s des th&#232;mes et des arguments pr&#233;sent&#233;s de fa&#231;on plus ramass&#233;e ailleurs, par exemple plus loin, p. 575-579 .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Combien peu tout cela va de soi-m&#234;me dans un pays comme les &#201;tats-Unis, on peut le voir par exemple dans l'excellent livre de Steven Brill, &lt;i&gt;The Teamsters&lt;/i&gt; &lt; New York, Simon and Schuster, 1978 &gt; ; en &lt;i&gt;1977&lt;/i&gt;, dans une ville comme &lt; &lt;i&gt;illisible&lt;/i&gt;. &gt;, il est impossible de rassembler un jury pouvant condamner des membres de la Mafia ou des t&#233;moins acceptant de t&#233;moigner contre elle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J'ai souvent surpris des amis fran&#231;ais d'origine en leur disant que l'affaire Dreyfus &#233;tait, &#224; mes yeux, un des grands titres de gloire du peuple fran&#231;ais. Ils n'y voyaient que l'infamie de l'&#201;tat-major et de l'institution judiciaire militaire &#8211; et nullement le fait que la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise s'est d&#233;chir&#233;e pendant dix ans &#224; propos de l'injustice faite &#224; un seul individu. En Russie et en Pologne, il n'y a pas eu d'&#171; affaire Dreyfus &#187; face &#224; des pogroms autrement meurtriers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;QD, t. l, p. 647-672 .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En fait, le grand d&#233;ficit des &#171; d&#233;mocraties &#187; modernes par rapport aux d&#233;mocraties anciennes, c'est que partout l'&#201;tat et son &#171; premier personnage &#187; &#8211; Pr&#233;sident, Chancelier, Premier ministre &#8211; ont gard&#233; quelque chose du caract&#232;re sacr&#233; du Roi de l'Ancien r&#233;gime ; m&#234;me aux &#201;tats-Unis, ce caract&#232;re s'est trouv&#233; graduellement r&#233;introduit, pour aboutir &#224; l'&lt;i&gt;Imperial Presidency&lt;/i&gt;. Mais il y a eu des Grecs qui ont cat&#233;goriquement refus&#233; de se prosterner devant Alexandre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il s'agit de notes dactylographi&#233;es (non dat&#233;es, probablement 1982) pour le chapitre &#171; XI &#187; : &#171; Ce qui d&#233;pend de nous &#187;. Nous n'en retenons qu'une partie. Dans la m&#234;me chemise, plusieurs documents publi&#233;s par l'END (Europcan Nuclear Disarmament) en 1981-1982 avec divers extraits de Ken Contes, Rudolf Bahro, E.P. Thompson, etc., par rapport auxquels Castoriadis pr&#233;cise sa position.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'islamisme d'&#201;tat En Marche&#8230;</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?347-L-islamisme-d-Etat-En-Marche</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?347-L-islamisme-d-Etat-En-Marche</guid>
		<dc:date>2019-07-12T11:49:09Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Lieux Communs</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
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		<dc:subject>Elmansour Sofia</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Salma est militante la&#239;que depuis des ann&#233;es. Elle alerte sur le projet gouvernemental d'un &#171; islam de France &#187; dont le chantier pourrait &#234;tre officiellement ouvert &#224; l'automne prochain. Les notes sont d'elle. Propos recueillis le 8 juillet 2019. Le projet gouvernemental de cr&#233;er un &#171; islam de France &#187; ne date pas d'hier, c'est un peu l'Arl&#233;sienne&#8230; Pourrais-tu nous dire de quoi il s'agit ? C'est la nouvelle tentative de l'&#201;tat fran&#231;ais d'&#171; encadrer &#187; les pratiques musulmanes sur son (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-98-lieux-communs-+" rel="tag"&gt;Lieux Communs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-124-banlieue-+" rel="tag"&gt;Banlieue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-286-Elmansour-Sofia-+" rel="tag"&gt;Elmansour Sofia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton347.jpg?1621969094' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='71' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Salma est militante la&#239;que depuis des ann&#233;es. Elle alerte sur le projet gouvernemental d'un &#171; islam de France &#187; dont le chantier pourrait &#234;tre officiellement ouvert &#224; l'automne prochain. Les notes sont d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis le 8 juillet 2019.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le projet gouvernemental de cr&#233;er un &#171; islam de France &#187; ne date pas d'hier, c'est un peu l'Arl&#233;sienne&#8230; Pourrais-tu nous dire de quoi il s'agit ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la nouvelle tentative de l'&#201;tat fran&#231;ais d'&#171; encadrer &#187; les pratiques musulmanes sur son territoire. Ce besoin se fait de plus en plus pressant avec l'augmentation du nombre de pratiquants due &#224; l'immigration l&#233;gale ou ill&#233;gale, aux descendants d'immigr&#233;s et aux &#171; re-conversions &#187; mais aussi pour lutter ou au moins contr&#244;ler la radicalisation de la religion musulmane &#224; laquelle on assiste depuis maintenant une cinquantaine d'ann&#233;es, fortement li&#233;e &#224; l'ing&#233;rence de beaucoup de pays musulmans, notamment par des financements opaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re tentative remonte, je crois, &#224; 1990 avec le Corif (&lt;i&gt;Conseil d'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;o&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rientation et de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;flexion sur l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;i&lt;/i&gt;&lt;i&gt;slam de France&lt;/i&gt;), entre le d&#233;clenchement de la guerre civile alg&#233;rienne et la deuxi&#232;me guerre du Golfe. Puis il y a eu la &lt;i&gt;Fondation des &#339;uvres de l'islam de France&lt;/i&gt; (FOIF) presque en m&#234;me temps que le c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Conseil fran&#231;ais du culte musulman&lt;/i&gt; (CFCM), entre 2002 et 2003 et, derni&#232;rement, la &lt;i&gt;Fondation de l'islam de France&lt;/i&gt; (FIF) en 2016. Mais ce ne sont que des coquilles vides qui n'ont rien &#171; encadr&#233; &#187; du tout&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ces &#233;checs successifs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont des &#233;checs que du point de vue r&#233;publicain, parce que du point de vue islamiste toutes ces tractations ont encourag&#233; les courants musulmans les plus radicaux donc l'islamisation progressive du pays. De l&#224; &#224; dire qu'il y a sabotage, je ne sais pas, mais en tous cas, il y a clairement rapport de force entre les islamistes et l'&#201;tat, m&#234;me de ce point de vue institutionnel&#8230; On avance souvent comme explication principale les int&#233;r&#234;ts des pays d'origine des imams (Alg&#233;rie, Maroc, Turquie essentiellement) et leur mise en concurrence, mais il y a aussi l'arrivisme des personnalit&#233;s &#8211; qui ne conna&#238;t pas le fameux recteur de la Grande mosqu&#233;e de Paris, Dalil Boubakeur ? &#8211; habitu&#233;s &#224; un fonctionnement quasi-maffieux. Donc rien de tr&#232;s repr&#233;sentatif ou d&#233;mocratique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-&#234;tre aussi des r&#233;sistances des la&#239;ques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui : de l'autre c&#244;t&#233; du spectre il y a, tout autour des militants la&#239;ques, la r&#233;ticence diffuse mais tr&#232;s forte de la population fran&#231;aise, attach&#233;e &#224; l'esprit et &#224; la lettre de la la&#239;cit&#233;, c'est-&#224;-dire au fait que, selon la formule consacr&#233;e, &#171; &lt;i&gt;l'&#201;tat ne reconna&#238;t ni ne subventionne aucun culte&lt;/i&gt; &#187;. Que la France se mette &#224; organiser l'islam, cela revient, pour beaucoup, &#224; revenir progressivement au Concordat, avec des cur&#233;s, des rabbins, des imams fonctionnaires&#8230; Et entre les deux, il y a la &#171; base musulmane &#187;, elle aussi r&#233;ticente et sans doute pour plusieurs raisons contradictoires : certains sont attach&#233;s &#224; la la&#239;cit&#233; &#224; la fran&#231;aise, d'autres y verraient des contraintes &#224; leurs croyances et pratiques religieuses &#8211; les meilleures comme les pires &#8211; mais tous refusent l'&#233;mergence d'un clerg&#233; qui n'a jamais exist&#233; dans l'histoire traditionnelle de l'islam sunnite (contrairement aux Chiites, comme en Iran, les imams et les ul&#233;mas ne sont th&#233;oriquement que consultatifs). Nous sommes donc ici &#224; un point de contact entre plusieurs blocs culturels contradictoires : tradition catholique &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt;. tradition sunnite, la&#239;cit&#233; &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt;. religion mais aussi libert&#233;s individuelles &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt;. int&#233;r&#234;ts communautaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et donc le gouvernement actuel veut remettre le couvert en cr&#233;ant un &#171; islam de France &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait dans le programme d'E. Macron et le chantier a &#233;t&#233; repouss&#233; successivement &#8211; la derni&#232;re fois &#224; cause du surgissement du mouvement des &#171; gilets jaunes &#187;. Il s'agit donc de d&#233;signer des interlocuteurs pour les pouvoirs publics, de leur d&#233;cerner un label officiel afin de leur accorder la mainmise id&#233;ologique et financi&#232;re sur l'ensemble des musulmans de France. Et il est &#233;vident que dans le contexte actuel, &#231;a ne peut revenir qu'&#224; donner un statut national &#224; l'UOIF (&lt;i&gt;Union des organisations islamiques de France&lt;/i&gt;), renomm&#233;e en 2017 &#171; &lt;i&gt;Musulmans de France&lt;/i&gt; &#187; &#8211; rien que la nouvelle d&#233;nomination donne l'ambition h&#233;g&#233;monique&#8230; C'est donc, &#233;videmment, la confr&#233;rie des &lt;i&gt;Fr&#232;res Musulmans&lt;/i&gt;, cette organisation internationale fond&#233;e en &#201;gypte en 1928 par Hassan al-Banna et qui vise l'expansion de l'islam par tous les moyens, en commen&#231;ant toujours &#171; par le bas &#187; et le pacifisme (&#233;ducation, action sociale, noyautage, entrisme) et en finissant si besoin par le djihad arm&#233; pour imposer la charia et un &#201;tat islamique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'excellent documentaire de Micha&#235;l Prazan La confr&#233;rie, enqu&#234;te sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est &lt;i&gt;Ennahdah&lt;/i&gt; en Tunisie, &lt;i&gt;l'AKP&lt;/i&gt; en Turquie, le &lt;i&gt;Hamas&lt;/i&gt; en Palestine, etc. En France, c'est l'&lt;i&gt;UOIF&lt;/i&gt;, fond&#233;e en 1980-1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref : il y a aujourd'hui trois grands projets en lice mais, dans les trois, on trouve des &lt;i&gt;Fr&#232;res &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Musulmans&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#8211; &lt;/i&gt;financ&#233;s par le Qatar et soutenu par la Turquie &#8211; qui apparaissent comme un rempart contre le salafisme, financ&#233; par l'Arabie Saoudite, la radicalisation et le &#171; passage &#224; l'acte &#187; violent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc quel que soit le projet retenu, ce sera celui des &lt;i&gt;Fr&#232;res Musulmans&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tous cas, tr&#232;s fortement marqu&#233; : de toute fa&#231;on neuf institutions musulmanes sur dix en France est sous influence &#171; fr&#233;riste &#187;, quel que soit le pays de rattachement&#8211; et le reste est de diverses ob&#233;diences, dont salafiste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier projet avanc&#233;, le plus radical, est celui de Marwan Muhammad du CCIF (&lt;i&gt;Collectif contre l'islamophobie en France&lt;/i&gt;), proche des mouvances indig&#233;nistes de S. Bouamama ou de Nacira Guenif-Souilamas, au discours communautariste, racialiste et largement anti-r&#233;publicain, quel que soit le sens que tu lui mets&#8230; Il regroupe des salafistes, comme Rachid Eljay le tristement c&#233;l&#232;bre imam de Brest ou Nader Abou Anas, l'imam du Bourget. Bref, lui c'est vraiment le pire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite il y a les &#171; traditionnels &#187; du CFCM, les notables inamovibles, les poids lourds, les &#233;l&#233;phants, compl&#232;tement corrompus, emp&#234;tr&#233;s dans des luttes personnelles et clairement dans une strat&#233;gie de sabotage ou du moins de rapport de force dur. On ne change pas une &#233;quipe qui perd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin, le projet qui semble avoir les pr&#233;f&#233;rences du gouvernement, un tout petit peu plus &#224; l'&#233;cart de l'UOIF : l'AMIF, l'&lt;i&gt;Association musulmane pour l'islam de France&lt;/i&gt;, dont les statuts ont &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;s en avril dernier, d'Hakim El Karoui, encore peu connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi cette pr&#233;f&#233;rence pour l'AMIF ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que c'est l'option la moins r&#233;pugnante ! Du moins en apparence&#8230; Prends cet Hakim El Karoui : il pr&#233;sente tr&#232;s bien, parle sans accent, p&#232;re tunisien musulman et m&#232;re fran&#231;aise protestante, c'est un enfant naturel de l'oligarchie, avec des parents universitaires, des oncles ministres en Tunisie&#8230; Il a &#233;t&#233; conseiller technique de J. P. Raffarin puis de T. Breton, directeur chez &lt;i&gt;Rothschild &amp; Cie&lt;/i&gt;, ma&#238;tre de conf&#233;rence, collaborateur de Rachida Dati avec qui il a fond&#233; le &lt;i&gt;Club du XXIe si&#232;cle&lt;/i&gt; et le programme &lt;i&gt;Young Mediterranean Leaders&lt;/i&gt;&#8230; On lui doit aussi en 2016 le sondage de l'Institut Montaigne aupr&#232;s des musulmans r&#233;sidant en France qui avait fait du bruit puisqu'il d&#233;peignait, en gros, des mahom&#233;tants r&#233;partis en trois grands ensemble : un tiers de s&#233;cularis&#233;s, un tiers de &#171; conservateurs &#187; et un tiers de &#171; radicaux &#187;&#8230; Dans ce m&#234;me rapport, il ne pr&#233;conisait pas l'abrogation de la loi de 1905 et se questionne &#224; peine sur sa r&#233;forme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Un islam fran&#231;ais est possible &#187;, septembre 2016.&#034; id=&#034;nh22-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bref, il est rassurant et le mettre en avant est un signe fort envoy&#233; aux bonzes du CFCM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En effet, &#231;a donne presque envie, ce gendre id&#233;al au milieu d'un panier de crabe !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh oui, et on dirait presque que c'est fait expr&#232;s&#8230; Mais la r&#233;alit&#233; est un peu plus sordide puisque pour lui, le mod&#232;le d'assimilation &#224; la fran&#231;aise &#8211; qui fait qu'aujourd'hui tu ne distingues plus un descendant d'immigr&#233; italien d'un descendant d'immigr&#233; polonais &#8211; est, je cite : &#171; &lt;i&gt;un mod&#232;le d'oppression de la majorit&#233; sur la minorit&#233; &lt;/i&gt; &#187;, expression d'une &#171; &lt;i&gt;&#233;norme, immense x&#233;nophobie qu'on voit dans le niveau des discriminations, qui est extr&#234;mement &#233;lev&#233; &lt;/i&gt; &#187;&#8230; Il en est sans doute lui-m&#234;me victime, tout comme sa copine Rachida Dati ou encore Najat Valleau Bel-kacem ou Myriam El Khomri, toutes ministres de la R&#233;publique&#8230; Bref, pour lui, l'AMIF permettra de lutter contre la &#171; &lt;i&gt;x&#233;nophobie anti-musulmane&lt;/i&gt; &#187;&#8230; qui ne semble pourtant pas dissuader les musulmans du monde entier de venir s'installer ici, d'y faire venir leur famille et d'affirmer leur foi de mani&#232;re de plus en plus visible&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour lui, ce serait &#231;a le probl&#232;me de l'islam en France ; la x&#233;nophobie et pas la radicalisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement. D'ailleurs pour lui les probl&#232;mes que pose l'islamisme viennent essentiellement du salafisme (d'origine saoudienne ou indo-pakistanaise, le &lt;i&gt;Tabligh&lt;/i&gt;), pas des &lt;i&gt;Fr&#232;res Musulmans&lt;/i&gt;, dont le projet d'islamisation serait, &#171; &lt;i&gt;s'il existe&lt;/i&gt; &#187;, je cite ; &#171; &lt;i&gt;plus un v&#339;u pieux qu'un complot&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport &#171; La Fabrique de l'islamisme &#187;, septembre 2018.&#034; id=&#034;nh22-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; Ce n'est donc pas &#233;tonnant si dans son &#233;quipe qui forme l'AMIF on ne retrouve que des &lt;i&gt;Fr&#232;res&lt;/i&gt; issus ou proches de l'UOIF comme Tareq Oubrou, Mohamed Bajrafil,&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Oubrou ? Le copain de Jupp&#233; ? Il est plut&#244;t r&#233;put&#233; mod&#233;r&#233; celui-l&#224;, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un milieu d'islamo-psychopathes au bord de la d&#233;compensation, il n'est pas difficile de passer pour le &#171; &lt;i&gt;good cop&lt;/i&gt; &#187;, celui qui va r&#233;concilier et &#233;viter la guerre civile en France ! C'est comme &#231;a qu'on se fait avoir&#8230; Mais en r&#233;alit&#233;, c'est un &lt;i&gt;realpolitiker&lt;/i&gt; d'origine marocaine qui a fourbi ses premi&#232;res armes dans &#171; l'islam radical &#187; qui pr&#244;nait l'instauration d'un Califat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le 2 mars 1924, le califat est d&#233;clar&#233; aboli par Mustafa Kemal, connu sous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tr&#232;s logiquement, les extr&#234;me-droite se rejoignant, on l'a vu aux c&#244;t&#233;s d'Alain Soral en 2009. Depuis, il s'est calm&#233;, il ne fr&#233;quente plus que Robert M&#233;nard et Nicolas Dupont-Aignant, et a adopt&#233; le discours &#171; intelligent &#187; de l'islamisme patient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Moi en tant que th&#233;oricien, m&#233;taphysicien, je vois le pr&#233;sent mais je vois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : il est d&#233;sormais partisan d'une &#171; &lt;i&gt;charia de minorit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire la discr&#233;tion musulmane en attendant des jours meilleurs, ne pas brusquer la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, faire doucement chauffer l'eau pour que la grenouille reste tranquille&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; la r&#233;alit&#233; fran&#231;aise est &#233;galement une r&#233;alit&#233; tripale, pas rationnelle. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; Ce n'est pas lui qui a trouv&#233; l'id&#233;e : il ne fait que suivre les enseignements de son ma&#238;tre, Youssef Al-Qaradawi, principale r&#233;f&#233;rence th&#233;ologique de la confr&#233;rie des &lt;i&gt;Fr&#232;res Musulmans&lt;/i&gt; qui pr&#244;ne l'adaptation comme tactique fondamentale tout en &#233;tant fondamentalement antis&#233;mite, sexiste, totalitaire, d'ailleurs interdit de s&#233;jour en France et recherch&#233; par &lt;i&gt;Interpol&lt;/i&gt;&#8230; On comprend que T. Oubrou d&#233;clare que &#171; s&lt;i&gt;'il n'y avait pas eu l'UOIF, je serais un taliban&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Nous voil&#224; rassur&#233;s ! Quoique : il a quitt&#233; l'UOIF apr&#232;s 30 ans d'activit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Question : &#171; Vous avez r&#233;cemment quitt&#233; Musulmans de France, l'ex-UOIF. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour se placer aupr&#232;s d'El Karoui, tout est donc possible&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et Mohamed Bajrafil que tu as cit&#233;, il est aussi &#224; l'AMIF ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument. K. El Karoui est pr&#233;sident de l'AMIF versant culturel (association loi 1901) et T. Oubrou est pr&#233;sident de l'AMIF versant cultuel (association 1905) dont M. Bajrafil est vice-pr&#233;sident. Pr&#233;dicateur d'origine comorienne, tr&#232;s pros&#233;lyte sur internet avec plus d'un millier de vid&#233;os sur son blog, il est le petit prot&#233;g&#233; de Tariq Ramadan qui voit en lui &#171; &lt;i&gt;la rel&#232;ve&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Voir appara&#238;tre aujourd'hui une rel&#232;ve de la qualit&#233; de mes jeunes fr&#232;res (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et en retour Mohamed souhaiterait &#171; &lt;i&gt;qu'il y en ait 36.000&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vid&#233;o du 10.05.2012 : Le&#231;on d'humanit&#233; &#224; la France (https://www.youtube.com/watc&#034; id=&#034;nh22-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; comme lui&#8230; Comme son ma&#238;tre, c'est un grand adepte du double discours : une version pour les musulmans une autre pour les &lt;i&gt;kouffar&lt;/i&gt; [infid&#232;les] ! Aux premiers il d&#233;clare que le voile pour les femmes est une obligation religieuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait de l'intervention &#224; la 31e Rencontre Annuelle des Musulmans de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais sur les plateaux t&#233;l&#233; il affirme que ce n'est pas n&#233;cessaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BFMTV-RMC : : Mohamed Bajrafil, imam d'Ivry-sur-Seine : 'Bien s&#251;r qu'on peut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; mais que sa petite fille de 4 ans est habill&#233;e &#171; &lt;i&gt;comme elle s'habillera plus tard &lt;/i&gt; &#187;&#8230; Et puis il te laisse le choix de croire ou pas, mais pour le m&#233;cr&#233;ant ou l'apostat, &#171; &lt;i&gt;il y a l'enfer qui l'attend&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;31e Rencontre Annuelle des Musulmans de France, op. cit.&#034; id=&#034;nh22-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; Bref, rien que de tr&#232;s classique, au fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toujours le discours des &lt;i&gt;Fr&#232;res Musulmans&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours, alors que l'organisation est class&#233;e comme terroriste dans pas mal de pays. Alors Bajrafil se tient &#224; l'&#233;cart de l'UOIF mais bon, il est de tous les rassemblements, il est secr&#233;taire du &lt;i&gt;Conseil th&#233;ologique &lt;/i&gt;de l'UOIF et c'est aussi un adepte admiratif de Youssef Al-Qaradawi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Qaradawi, c'est un tr&#232;s grand savant, quelqu'un qui a fait &#233;norm&#233;ment de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il appr&#233;cie aussi Safwat Higazi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http ://www.mohamedbajrafil.com/a-propos/biographie&#034; id=&#034;nh22-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un obscurantiste qui d&#233;clare que &#171; &lt;i&gt;nous serons ma&#238;tres du monde, l'un de ces jours&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;https://youtu.be/kklN7kCiQm0&#034; id=&#034;nh22-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est &lt;i&gt;cela&lt;/i&gt;, le &#171; &lt;i&gt;nouvel islam&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;serein et apais&#233;&lt;/i&gt; &#187; promu par tous ces &#171; progressistes &#187; que l'&#201;tat veut adouber !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans cette fine &#233;quipe, il y a aussi Hosni Maati, moins connu, qui est avocat &#171; anti-discriminations &#187; &#8211; entendre pro-islamiste &#8211; qui a travaill&#233; pour la CRI (&lt;i&gt;Coordination contre le Racisme et l'islamophobie&lt;/i&gt;) dirig&#233; par Abdelaziz Chaambi, fich&#233; S pour radicalisation, et de l'association de Rockaya Diallo &lt;i&gt;Les Indivisibles, &lt;/i&gt;qui d&#233;cernaient les &#171; &lt;i&gt;Y'a bon awards&lt;/i&gt; &#187;. C'est aussi un proche de la sinistre Houria Bouteldja, du &lt;i&gt;Parti des Indig&#232;nes de la R&#233;publiqu&lt;/i&gt;e et du CCIF, que l'on ne pr&#233;sente plus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a donc un lien clair avec les racialistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s clairement. Mais pour comprendre ce lien, il faut envisager ce que produira un &#171; islam de France &#187; aux mains de l'AMIF&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors allons-y : dans le moins pire des cas, l'AMIF serait reconnue par l'&#201;tat pour repr&#233;senter les musulmans. Que se passerait-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait, encore une fois, la victoire des &lt;i&gt;Fr&#232;res Musulmans&lt;/i&gt; qui r&#233;gneront sans partage sur la pratique religieuse de tous les musulmans en France, par l'interm&#233;diaire de l'UOIF qui m&#233;ritera effectivement sa nouvelle d&#233;nomination : &lt;i&gt;Musulmans de France.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont leurs centres de formation d'imams (Ch&#226;teau-Chinon et St Denis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;IESH (Institut europ&#233;en des sciences humaines).&#034; id=&#034;nh22-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) qui deviendront alors des passages oblig&#233;s pour tous les cadres musulmans. Aujourd'hui, c'est plus de 2.000 personnes par an qui y re&#231;oivent leurs enseignements politico-religieux en &lt;i&gt;Taqiya&lt;/i&gt; [dissimulation], en double langage et en s&#233;paratisme ethno-religieux &#8211; demain, bien plus&#8230; Et avec l'assentiment de l'&#201;tat fran&#231;ais puisque le dipl&#244;me sera reconnu et obligatoire ! Parall&#232;lement, il y aurait l'institution d'une autorit&#233; th&#233;ologique et juridique s'imposant aux musulmans fran&#231;ais, un &#171; &lt;i&gt;Conseil National des Imams&lt;/i&gt; &#187; ou un &#171; &lt;i&gt;Conseil de la fatwa fran&#231;ais&lt;/i&gt; &#187;, reconnu par l'&#201;tat. Ces imams, th&#233;ologiens et muftis &#233;mettraient des &#171; avis juridiques &#187;, des &lt;i&gt;fatwas&lt;/i&gt; qui feraient autorit&#233; sur les musulmans en France. Cela existe d&#233;j&#224; &#8211; on a vu que Bajrafil &#233;tait au conseil th&#233;ologique de l'UOIF &#8211; et c'est chapeaut&#233; par un organisme europ&#233;en, lui-m&#234;me subordonn&#233; &#224; l'UISM (&lt;i&gt;Union internationale des savants musulmans&lt;/i&gt;), bas&#233;e au Qatar et pr&#233;sid&#233; jusqu'en 2018 par Youssef Al-Qaradawi &lt;i&gt;himsel&lt;/i&gt;&lt;i&gt;f&lt;/i&gt;, grand inspirateur de tout ce beau monde. Le changement c'est que l'&#201;tat fran&#231;ais devra reconna&#238;tre, d'une mani&#232;re ou d'une autre, ces &lt;i&gt;fatwas&lt;/i&gt;, sur le mod&#232;le de celles d&#233;j&#224; parues qui imposent l'autorit&#233; des hommes sur les femmes ou qui condamnent les apostats &#224; mort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fatwas n&#176;26 et 4 du CEFR (Conseil europ&#233;en de la Fatwa et de la recherche).&#034; id=&#034;nh22-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais ces &lt;i&gt;fatwas&lt;/i&gt; ne seraient pas appliqu&#233;es par les pouvoirs publics ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r que non, pas dans un avenir pr&#233;visible. Mais, d'abord, &#231;a renforcera la &#171; police &#187; informelle qui r&#233;git les familles, les quartiers, les secteurs de la soci&#233;t&#233; qui sont d&#233;j&#224; majoritairement musulmans tout en ent&#233;rinant le s&#233;paratisme de fait (&#171; &lt;i&gt;eux et nous&lt;/i&gt; &#187;). Les autorit&#233;s fermeront les yeux sur les m&#339;urs et les &#171; r&#232;glements de comptes &#187; qui s'y d&#233;rouleront, les tol&#233;reront puisqu'ils sont l'application de &lt;i&gt;fatwas&lt;/i&gt; officielles donc contraignantes, avec le soutien appuy&#233; des fid&#232;les les plus actifs. C'est d&#233;j&#224; le cas avec le blasph&#232;me : en France, depuis les massacres de &lt;i&gt;Charlie-Hebdo&lt;/i&gt;, il est r&#233;tabli dans les faits. M&#234;me chose pour les juifs : c'est &#224; eux de d&#233;m&#233;nager suite aux pressions qu'ils subissent en zones musulmanes, &#231;a ne fait plus question. Plus tard, comme en Grande-Bretagne, il pourra y avoir des Tribunaux Islamiques reconnus, que les gens peuvent saisir pour r&#233;gler leurs diff&#233;rends, en fonction de la juridiction musulmane en cours. C'est l'institution d'un traitement juridique diff&#233;renci&#233; en fonction de ta communaut&#233;, d&#233;j&#224; partiellement accept&#233;e et pratiqu&#233;e par nos propres tribunaux aujourd'hui : il suffit de voir le &#171; deux poids &#8211; deux mesures &#187; dans la libert&#233; d'expression de certains rappeurs, par exemple, sans commune mesure avec le politiquement correct exig&#233; de gens comme toi et moi&#8230; Ou la r&#233;pression des gilets jaunes d'un c&#244;t&#233; et de l'autre les zones grises des &#171; quartiers &#187; en s&#233;cession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est donc un pas de plus vers l'islamisation de la soci&#233;t&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus que tu ne l'imagines puisque ces autorit&#233;s musulmanes vont se multiplier &#224; tous les &#233;chelons locaux, par exemple d&#233;partementaux. Un &lt;i&gt;Conseil d&#233;partemental du Culte Musulmans&lt;/i&gt; existe d&#233;j&#224; dans le Vaucluse par exemple, mais c'est le d&#233;partement du Rh&#244;ne qui fait figure de pr&#233;curseur : il y a d&#233;j&#224; un &lt;i&gt;Conseil Th&#233;ologique des Imams du Rh&#244;ne&lt;/i&gt; et un &lt;i&gt;Conseil des Musulmans du Rh&#244;ne&lt;/i&gt;, donc un versant cultuel et un versant culturel, anim&#233;s par Azzedine Gaci, membre de l'AMIF&#8230; L&#224; aussi, tout est pr&#234;t, il n'y a plus qu'&#224; attendre l'aval de l'&#201;tat. Alors ces instances sont en relations &#233;troites avec des associations musulmanes locales de tous types, sportives, culturelles, sociales, &#233;ducatives, etc., que l'UOIF multiplie pour encadrer tous les &lt;i&gt;muslims&lt;/i&gt; du territoire, r&#233;genter leurs pratiques, leurs activit&#233;s, leur quotidien, etc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les &#201;tudiants musulmans de France (EMF) ; les Jeunes musulmans de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#201;videmment, ce serait un levier d'influence tr&#232;s important pour les d&#233;rogations, le client&#233;lisme, le lobbying, les pressions qui existent d&#233;j&#224; &#224; l'endroit des &#233;lus et de la population locale pour obtenir des pr&#233;rogatives suppl&#233;mentaires. C'est un pas vers un retour du concordat et c'est ce qui s'est exp&#233;riment&#233; d&#233;j&#224; pendant quelques ann&#233;es dans le Rh&#244;ne avec le pr&#233;fet Delpuech, tr&#232;s discr&#232;tement.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la &#171; Charte d'accompagnement de la r&#233;novation des institutions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Un des nombreux effets pervers de la d&#233;centralisation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour du concordat, cela veut dire un financement du culte par l'&#201;tat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors voici le nerf de la guerre ! Le grand but de l'AMIF, c'est l'auto-financement de &#171; l'islam de France &#187;, pour &#233;viter les fonds &#233;trangers dont nous parlions. Pour Hakim El Karoui, le financement du culte s'&#233;l&#232;verait &#224; 10 millions d'euros, pr&#233;lev&#233;s sur la certification halal, les p&#232;lerinages &#224; la Mecque, les services fun&#233;raires, les dons et les legs. Tout cela financerait la machine &#171; islam de France &#187; ; la formation et la r&#233;mun&#233;ration des imams, la construction et la r&#233;novation des mosqu&#233;es, la diffusion de la doctrine, les actions &#171; &lt;i&gt;contre les discriminations&lt;/i&gt; &#187;, etc. &#201;videmment, l'&#201;tat encadrerait et contr&#244;lerait la r&#233;colte des fonds, mais n'aurait rien &#224; dire sur leur d&#233;pense, le contr&#244;le, etc, puisque le but c'est l'ind&#233;pendance financi&#232;re de l'islam&#8230; C'est la Grande Affaire de l'AMIF &#8211; et des islamistes tr&#232;s attach&#233;s aux arcanes de la finance islamique &#8211; mais aussi tr&#232;s floue&#8230; Je crois qu'il va se passer comme avec l'&lt;i&gt;Institut du Monde Arabe&lt;/i&gt; &#224; Paris (o&#249; travaille d'ailleurs officiellement Houria Bouteldja) : les pays de la &lt;i&gt;Ligue Arabe&lt;/i&gt; devaient en financer la moiti&#233; &#8211; trente ans plus tard, c'est l'&#201;tat qui finance &#224; 90 %. On va donc se retrouver tr&#232;s vite avec des tours de bonneteau o&#249; c'est le contribuable qui va payer &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; pour l'islamisation de son pays&#8230; De toute fa&#231;on, on tend &#224; la &lt;i&gt;j&lt;/i&gt;&lt;i&gt;i&lt;/i&gt;&lt;i&gt;zya&lt;/i&gt;, l'imp&#244;t que versent les &lt;i&gt;dhimmis&lt;/i&gt;, les minorit&#233;s en terres d'islam, pour ne pas avoir de probl&#232;mes&#8230; C'est &#231;a aussi, les milliards perdus dans les &#171; &lt;i&gt;politiques de la ville&lt;/i&gt; &#187; destin&#233;es exclusivement aux &#171; territoires perdus de la R&#233;publique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est l'instauration d'un islam qui devient un corps parfaitement &#233;tranger et ind&#233;pendant au sein de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais ce n'est pas pour &#231;a qu'il arr&#234;terait son offensive politique, au contraire : avec l'AMIF, il est in&#233;vitable que l'entrisme et le noyautage soient redoubl&#233;s, puisque financ&#233;s et l&#233;gitim&#233;s par la puissance publique. Les islamistes ont d&#233;j&#224; largement infiltr&#233; des associations comme &lt;i&gt;Act up&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; planning familial&lt;/i&gt;, bient&#244;t ce seront les syndicats ou les partis, comme l'UNEF, &lt;i&gt;Sud Solidaires&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;la France Insoumise&lt;/i&gt;. La promotion de la &#171; &lt;i&gt;lutte contre &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'islamophobie&lt;/i&gt; &#187; prendra alors une autre dimension, c'est la perspective d'Hosni Maati, l'avocat de l'AMIF qui pourra se constituer partie civile afin de faire taire officiellement tous les opposants et les critiques, qui sont d&#233;j&#224; terroris&#233;s voire sous protection polici&#232;re. C'est le &lt;i&gt;djihad judiciaire&lt;/i&gt;, dont raffolent les islamistes. Et sera compl&#232;tement ent&#233;rin&#233; le &#171; &lt;i&gt; padamalgam &lt;/i&gt; &#187; lors des attentats, puisque l'AMIF aura un p&#244;le de &#171; &lt;i&gt; d&#233;radicalisation &lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;figur&#233; par Mohammed Chirani, ancien d&#233;l&#233;gu&#233; du pr&#233;fet du 93 et consultant en pr&#233;vention de la radicalisation religieuse, et le CAPRI, le &lt;i&gt;Centre d'action et de pr&#233;vention contre la radicalisation des individus&lt;/i&gt;, organisme pr&#233;sid&#233; par l'islamiste Marwan El Bakhour, proche de Tareq Oubrou. Face &#224; l'islamisme et au terrorisme, il faut plus d'islam, toujours, puisque le slogan des &lt;i&gt;Fr&#232;res Musulmans&lt;/i&gt; c'est : &#171; &lt;i&gt;L'islam est la solution&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Pour eux, former d&#232;s le plus jeune &#226;ge la jeunesse &#224; l'islam, c'est de la &#171; &lt;i&gt;th&#233;ologie pr&#233;ventive &#187;&lt;/i&gt; qui &#233;vite toutes les d&#233;rives ; d&#233;linquance, troubles mentaux, &#233;checs, m&#233;cr&#233;ance, etc. Il faut comprendre le principe : tout ce qui est bien vient de l'islam, s'il y a du mal, c'est qu'il n'y a pas assez d'islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que tout cela garantirait, au moins, la paix civile, la fin de cette guerre sans nom que m&#232;nent les djihadistes sur le territoire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, il ne faut pas oublier des dissidences interminables entre islamistes : quel que soit le projet retenu par le gouvernement, les autres ne l'accepteront pas. Par exemple l'AMIF n'a que peu de soutien de la jeunesse, contrairement &#224; Marwan Mohammed, et la vieille garde du CFCM ne veut m&#234;me pas en entendre parler&#8230; Plus globalement, la r&#233;ponse est assez simple : il suffit de regarder ce qui se passe dans les pays musulmans puisque c'est cela, la perspective finale. Les violences ne cessent pas, puisqu'il y a toujours des radicaux plus radicaux qui consid&#232;rent que les autres ne sont pas assez musulmans alors qu'ils sont engag&#233;s dans la voie d'&lt;i&gt;Allah&lt;/i&gt;. Les minorit&#233;s sont opprim&#233;es, le pouvoir est autoritaire, les libert&#233;s restreintes, etc. Il faut regarder l'Alg&#233;rie, le Maroc, la Turquie&#8230; C'est cela qui est devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais la France ne sera jamais un pays musulman, si ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre, mais ce sera un pays o&#249; l'islam sera un p&#244;le de pouvoir important, r&#233;gissant directement la vie de millions de personnes et, de proche en proche, modifiant la vie culturelle, sociale, politique de tout le monde. C'est d'ailleurs ce qui se passe d&#233;j&#224;, ici ou en Belgique, par exemple, et de ce point de vue, l'AMIF est une machine de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au fond une grande dynamique de s&#233;cession, l'&#233;clatement de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, du principe de nation, de communaut&#233; de destin par l'instauration d'un multiculturalisme de fait, o&#249; chaque communaut&#233; est r&#233;gie par ses propres principes, ses propres valeurs, ses propres normes, ses propres institutions, et leur mise en concurrence. D'o&#249; l'alliance entre les &#171; indig&#233;nistes &#187; communautaires sur la base des diasporas immigr&#233;es, quels qu'elles soient, et les islamistes obs&#233;d&#233;s par la restauration d'un empire universel, un califat pr&#233;tendument multiculturel dont ils g&#233;reront les &#171; minorit&#233;s &#187;, m&#234;me majoritaires, comme un troupeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est difficile de croire que l'&#201;tat fran&#231;ais pourrait accompagner &#231;a&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'on a du mal &#224; admettre, mais il suffit de regarder l'&#233;volution de la situation fran&#231;aise (ou europ&#233;enne, la dynamique est semblable) depuis quarante ans : la r&#233;gression est tellement hallucinante qu'on a du mal &#224; seulement croire ce que l'on voit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord comprendre les pressions g&#233;opolitiques qu'exercent les pays musulmans, soit comme fournisseur de p&#233;trole et de gaz &#8211; l'Alg&#233;rie par exemple &#8211;, soit comme source de financement &#8211; le Qatar et tout son patrimoine, le PSG au hasard &#8211;, soit en r&#233;gulant l'envoi de migrants l&#233;gaux ou ill&#233;gaux en en faisant un cheptel infiltr&#233; &#224; son service &#8211; le cas d'Erdogan en Allemagne est &#233;difiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, au fond, pour les oligarchies, r&#233;gner sur un peuple profond&#233;ment atomis&#233;, cliv&#233;, divis&#233; non seulement en classe sociales mais en communaut&#233;s ethno-religieuses, c'est s'assurer de sa domination &lt;i&gt;ad vitam &#230;ternam&lt;/i&gt; en se posant comme arbitre des conflits entre groupes. On l'a vu avec le mouvement des gilets jaunes : les banlieues et une bonne partie de la jeunesse, immigr&#233;es et musulmanes pour une bonne part, sont rest&#233;es totalement &#224; part, sinon pour y introduire leurs revendications sp&#233;cifiques. Et puis une soci&#233;t&#233; en peau de l&#233;opard, &#231;a accompagne la disparition des institutions de solidarit&#233; comme la s&#233;curit&#233; sociale ou les retraites, donc leur privatisation&#8230; Donc pour les couches dominantes, ce fractionnement du corps social, cette fracturation du territoire, cette archipellisation de la soci&#233;t&#233; et des institutions sont loin d'&#234;tre &#224; leur d&#233;savantage. D'o&#249; leur complaisance incroyable pour le communautarisme et l'islam qui en est le fer de lance. Et puis, laisser entrer ou prosp&#233;rer un &#171; ennemi int&#233;rieur &#187; comme le sont les djihadistes de plus en plus nombreux (doublement des fich&#233;s S en quelques ann&#233;es&#8230; 20.000 aujourd'hui), &#231;a permet de d&#233;multiplier les moyens administratifs et technologiques de contr&#244;les, de fichage, de flicage en faisant du chantage &#224; la s&#233;curit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a donc des personnalit&#233;s politiques qui sont favorables &#224; cette perspective ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, sous couvert de r&#233;gler les probl&#232;mes monstrueux que pose l'islam en France, certains sont quasiment pr&#234;t &#224; restaurer le concordat. C'est d'abord le cas de tous les islamo-gauchistes et autres &#171; compagnons de route &#187; de Rapha&#235;l Liogier &#224; Jean Baub&#233;rot, de &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; &#224; C. Taubira, etc. Mais m&#234;me des oligarques bon teint se sont d&#233;clar&#233;s favorables &#224; ce que l'&#201;tat fran&#231;ais reconnaisse et aide l'islam &#224; se structurer : &#233;videmment Jean-Pierre Chev&#232;nement, Jean-Fran&#231;ois Cop&#233;, Alain Jupp&#233;, mais aussi Val&#233;rie P&#233;cresse, G&#233;rard Darmanin, Fran&#231;ois Grosdidier, Jean-Christophe Lagarde, Benoist Apparu ou des &#171; conseillers du prince &#187; comme Didier Leschi ou des philosophes pourtant respectables, comme Pierre Manent, qui ne voient pas d'autre issue &#224; la situation qu'une n&#233;gociation entre la R&#233;publique et l'islam &#8211; encore faudrait-il que la R&#233;publique arr&#234;te de reculer&#8230; Plus concr&#232;tement, on a des gens comme Yassine Belattar qui chuchotent &#224; l'oreille du pr&#233;sident, ou Hakim El Karoui, banquier d'affaire rappelons-le&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est cauchemardesque&#8230; Qu'est-ce qu'on peut faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut une mobilisation sans pr&#233;c&#233;dent de tout ceux qui sont attach&#233;s &#224; certains principes de la&#239;cit&#233;, d'&#233;galit&#233;, de libert&#233; et qui sont encore, pour quelques ann&#233;es, majoritaires dans le pays. Il y a une infinit&#233; de choses &#224; faire et en premier lieu s'informer et informer &#224; ce sujet, provoquer des discussions, interpeller les &#233;lus, les maires, les d&#233;put&#233;s, les ministres, les pr&#233;fets. Mais au fond, il faudrait surtout s'organiser, au-del&#224; des clivages id&#233;ologiques, en commen&#231;ant par former des groupes locaux autonomes et coordonn&#233;s, dans les villes et les quartiers, c'est-&#224;-dire sur des bases d&#233;mocratiques. Parce que cette lutte qui est &#224; mener va exiger des forces importantes, permanentes et organis&#233;es pour revenir sur quarante ans de recul, de compromissions et de l&#226;chet&#233;. Et &#231;a ne se fera pas dans la douceur des fauteuils feutr&#233;s des minist&#232;res : ceux qui sont en face ne sont pas des anges, ont des ressources internationales, des enracinements locaux, des soutiens au c&#339;ur m&#234;me de l'&#201;tat. Il faudrait un nouvel &#233;lan d&#233;mocratique, qu'a peut-&#234;tre pr&#233;figur&#233; le mouvement de gilets jaunes, pour contrer cette r&#233;gression fantastique que nous vivons et qui n'est possible que dans une soci&#233;t&#233; moribonde politiquement, sans projets ni rep&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que &#231;a pourrait &#234;tre, alors, un &#171; islam de France &#187; pour toi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas qu'il puisse y avoir autre chose qu'un islam &lt;i&gt;en&lt;/i&gt; France, mais que l'on pourrait d&#233;vitaliser au maximum, comme les autres religions l'ont &#233;t&#233;. Les principes fondamentaux de l'islam sont absolument incompatibles avec toute d&#233;mocratie &#8212; comme toute religion d'ailleurs, mais comme l'islam est intrins&#232;quement un projet politique qui place ses lois sacr&#233;es au-dessus des lois humaines, c'est une lutte &#224; mort et particuli&#232;rement pour la France et ses si&#232;cles de luttes anti-religieuses face &#224; l'admiration de tous les musulmans pour un Mahomet seigneur de guerre&#8230; On ne peut que renouer avec le vieux principe de l'assimilation, qui exige de l'immigr&#233; qu'il assume sa venue en devenant progressivement fran&#231;ais, et que l'on expulse imm&#233;diatement les colons &#8211; parce que c'est de cela dont on parle. Mais, je le r&#233;p&#232;te, tout cela exigerait un v&#233;ritable r&#233;veil populaire, la renaissance d'un courant populaire profond&#233;ment d&#233;mocratique qui r&#233;inventerait des formes de souverainet&#233; et le mouvement des gilets jaunes &#224; montr&#233; que tout espoir n'&#233;tait pas perdu. Parce que parler d'islamisme, c'est aussi parler des int&#233;r&#234;ts des oligarchies, de la question &#233;nerg&#233;tique, de la politique d&#233;mographique, de nos valeurs, de notre identit&#233;, de l'int&#233;r&#234;t collectif, d'un projet commun &#224; faire respecter, donc du type de soci&#233;t&#233; que l'on veut. L'islamisme prosp&#232;re sur ce vide.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb22-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'excellent documentaire de Micha&#235;l Prazan &lt;i&gt;La confr&#233;rie, enqu&#234;te sur les fr&#232;res musulmans&lt;/i&gt; (2013) disponible ici : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=tQOfHewKy2M&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=tQOfHewKy2M&lt;/a&gt;. On regrettera juste que l'auteur laisse exon&#233;rer un peu facilement l'islam historique des traits totalitaires exacerb&#233;es par la confr&#233;rie, l'antis&#233;mitisme en premier lieu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Un islam fran&#231;ais est possible&lt;/i&gt; &#187;, septembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rapport &#171; La Fabrique de l'islamisme &#187;, septembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Le&lt;/i&gt;&lt;i&gt; 2 mars 1924, le califat est d&#233;clar&#233; aboli par Mustafa Kemal, connu sous le nom d'Atat&#252;rk, c'est-&#224;-dire, le p&#232;re des turcs, qui est un juif d'origine qui s'est d&#233;guis&#233; en musulman. La Oumma se trouve alors dans une situation ill&#233;gale. Je dirais m&#234;me dans une condition de p&#233;ch&#233;. Car le califat est une obligation [religieuse]. Et la r&#233;union des musulmans autour d'un calife est une obligation [religieuse]. Et tant que les musulmans ne sont pas r&#233;unis autour du califat, ils sont des p&#233;cheurs sauf ceux qui &#339;uvrent pour instaurer ce califat&lt;/i&gt; &#187; (ann&#233;es 1990. &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=oQNkNTmTefI&amp;feature=youtu.be&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=oQNkNTmTefI&amp;feature=youtu.be&lt;/a&gt; )&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Moi en tant que th&#233;oricien, m&#233;taphysicien, je vois le pr&#233;sent mais je vois le temps long. Le temps de la religion, ce n'est pas le temps du politique, ce n'est pas le temps de l'identit&#233;. C'est une vision qui s'inscrit &#224; long terme. Si on veut vraiment que l'islam soit une religion de l'Occident, il faut du temps. Celui qui veut courir quarante kilom&#232;tres ce n'est pas comme celui qui veut faire cent m&#232;tres. Ce n'est pas le m&#234;me rythme&#8230;&lt;/i&gt; &#187; (20 nov. 2016, Centre Sh&#226;tibi, Stains. Cit&#233; par M. Louizi, article &#171; Projet islamiste : Tareq Oubrou d&#233;calotte Tareq Oubrou &#187;, 13.11.2018) Vid&#233;o : Conf&#233;rence au centre Shatibi avec l'imam Tareq Oubrou :&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Wn2hI60c6Gg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=Wn2hI60c6Gg&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;la r&#233;alit&#233; fran&#231;aise est &#233;galement une r&#233;alit&#233; tripale, pas rationnelle. Et donc il faut apaiser. C'est pour cette raison qu'on a besoin &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;pour le moment&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; d'un discours d'apaisement pour pouvoir entrer en dialogue, en communication&lt;/i&gt;. &#187; (soulign&#233; par nous). &lt;i&gt;Id.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Question : &#171; Vous avez r&#233;cemment quitt&#233; Musulmans de France, l'ex-UOIF. Quelles sont les raisons de ce d&#233;part ? &#187; T. O : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas une rupture ni un conflit. [...] Je ne suis pas sorti de l'UOIF pour trouver un poste. Si je cherchais un poste, je l'aurais trouv&#233; aupr&#232;s de l'UOIF. [...] Je ne veux pas &#234;tre l'imam ou le th&#233;ologien rattach&#233; &#224; une organisation mais &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;un th&#233;ologien de tous les musulmans&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Mais je garde des liens de fraternit&#233;, d'amiti&#233;, de coop&#233;ration avec l'UOIF. [...] Et ce que je pense aujourd'hui, c'est quand m&#234;me gr&#226;ce &#224; cette organisation.&lt;/i&gt; &#187; (soulign&#233; par nous). Article du 26.06.2018 du &lt;i&gt;Muslim Post : Tareq Oubrou : &#171; Les musulmans sont tromp&#233;s par ceux qui soi-disant les d&#233;fendent &lt;/i&gt; &#187; (&lt;a href=&#034;https://lemuslimpost.com/tareq-oubrou-musulmans-islam-france.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://lemuslimpost.com/tareq-oubrou-musulmans-islam-france.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Voir appara&#238;tre aujourd'hui une rel&#232;ve de la qualit&#233; de mes jeunes fr&#232;res Mohamed Bajrafil et Marwan Muhammad est juste apaisant, r&#233;confortant et &#233;nergisant&lt;/i&gt; &#187;. Tariq Ramadan, sur sa page &lt;i&gt;Facebook&lt;/i&gt;, 16.11.2016&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Vid&#233;o du 10.05.2012 : Le&#231;on d'humanit&#233; &#224; la France (&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=HPA8Thhqb5I&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=HPA8Thhqb5I&lt;/a&gt;) Extrait : &#171; &lt;i&gt;Le Fr&#232;re Tariq Ramadan, il est devenu porte-drapeau, mais il faudrait qu'il y en ait 36 000, pour faire savoir ce qu'est l'Islam, parce qu'il ne peut pas tout faire tout seul ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Extrait de l'intervention &#224; la 31e Rencontre Annuelle des Musulmans de France au Parc des Expositions du Bourget le 19.04.2014 (&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?feature=share&amp;v=6PO5vPGGIrs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?feature=share&amp;v=6PO5vPGGIrs&lt;/a&gt;) : &#171; Je porte le foulard (hijab) mais j'en souffre, que faire ? &#187; &#171; (&#8230;) &lt;i&gt;Donc ch&#232;re s&#339;ur, il ne faut pas que tu te sentes mal &#224; l'aise. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#199;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a veut dire que tu le portes parce que on te l'a impos&#233; mais tu n'en es pas convaincue. Sois-en convaincue ! FAIS LE CHOIX de le faire, c'est une PRESCRIPTION DIVINE, fais le choix de le faire, mais ne te laisse imposer rien du tout par personne&#8230; Mari, p&#232;re, grand fr&#232;re ou je ne sais quoi, aucun d'eux ne dormira &#224; ta place. Par contre, cela ne nous emp&#234;che pas de te dire ma s&#339;ur, c'est une OBLIGATION RELIGIEUSE, c'est une PRESCRIPTION RELIGIEUSE , si tu la fais tu as des hassanats, si tu ne la fais pas, tu as des p&#234;ch&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;BFMTV-RMC : : Mohamed Bajrafil, imam d'Ivry-sur-Seine : '&lt;i&gt;Bien s&#251;r qu'on peut &#234;tre une bonne musulmane sans porter le voile&lt;/i&gt;' &#8211; &lt;a href=&#034;https://rmc.bfmtv.com/emission/mohamed-bajrafil-imam-d-ivry-sur-seine-bien-sur-qu-on-peut-etre-une-bonne-musulmane-sans-porter-le-voile-1379094.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://rmc.bfmtv.com/emission/mohamed-bajrafil-imam-d-ivry-sur-seine-bien-sur-qu-on-peut-etre-une-bonne-musulmane-sans-porter-le-voile-1379094.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;31e Rencontre Annuelle des Musulmans de France, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Qaradawi, c'est un tr&#232;s grand savant, quelqu'un qui a fait &#233;norm&#233;ment de bien &#224; notre communaut&#233;.&lt;/i&gt; &#187;. Vid&#233;o du 15.02.2013 : Mohamed Bajrafil - Les propos dits antis&#233;mites de Youssef al Qaradawi &#8211; &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=WIG65Bg8OJw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=WIG65Bg8OJw&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.mohamedbajrafil.com/a-propos/biographie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ht&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;http://www.mohamedbajrafil.com/a-propos/biographie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tp ://www.mohamedbajrafil.com/a-propos/biographie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://youtu.be/kklN7kCiQm0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://youtu.be/kklN7kCiQm0&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;IESH (&lt;i&gt;Institut europ&#233;en des sciences humaines&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fatwas n&#176;26 et 4 du CEFR (&lt;i&gt;Conseil europ&#233;en de la Fatwa et de la recherche&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir les &lt;i&gt;&#201;tudiants musulmans de France &lt;/i&gt;(EMF) ; les &lt;i&gt;Jeunes musulmans de France&lt;/i&gt; (JMF) ; l'&lt;i&gt;Union des jeunes musulmans&lt;/i&gt; (UJM) ; la &lt;i&gt;Ligue fran&#231;aise de la femme musulmane&lt;/i&gt; (LFFM) ; le &lt;i&gt;Secours islamique de France&lt;/i&gt; ; les labels Hallal &lt;i&gt;A votre service&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Halal Services&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;&#201;ditions GEDIS &lt;/i&gt; ; l'&lt;i&gt;Association m&#233;dicale Avicenne France&lt;/i&gt; (AMAF) ; l&lt;i&gt;e Havre de Savoir&lt;/i&gt; sans m&#234;me parlers des coll&#232;ges et lyc&#233;es r&#233;unis sous la &lt;i&gt;F&#233;d&#233;ration nationale de l'enseignement priv&#233; musulman&lt;/i&gt; (FNEPM) ou &#233;voquer l'entrisme dans toutes les institutions d'&#233;conomie sociale et solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir la &#171; &lt;i&gt;Charte d'accompagnement de la r&#233;novation des institutions repr&#233;sentatives du culte musulman dans le Rh&#244;ne&lt;/i&gt; &#187;, co-sign&#233;e en 2016 par Delpuech, devenu pr&#233;fet de Paris par la suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'inversion brutale de notre essor</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Passage du livre de J. Diamond &#171; Le troisi&#232;me chimpanz&#233; &#187;, pp. 317-360. Notre esp&#232;ce est d&#233;sormais au pinacle de ses effectifs d&#233;mo&#173;graphiques, de l'&#233;tendue de son aire de distribution g&#233;ographique et de ses capacit&#233;s d'action sur le monde. En outre, elle capte, aujourd'hui, la plus grande part du flux global d'&#233;nergie et de mati&#232;re produit sur la plan&#232;te. Tout cela marque un essor sans pr&#233;c&#233;dent. Or, tous ces acquis, nous sommes en train de les remettre en question bien plus rapidement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-174-diamond-j-+" rel="tag"&gt;Diamond J.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-218-redefinition-des-besoins-+" rel="tag"&gt;Red&#233;finition des besoins&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-219-demographie-+" rel="tag"&gt;D&#233;mographie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Passage du livre de J. Diamond &#171; Le troisi&#232;me chimpanz&#233; &#187;, pp. 317-360.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Notre esp&#232;ce est d&#233;sormais au pinacle de ses effectifs d&#233;mo&#173;graphiques, de l'&#233;tendue de son aire de distribution g&#233;ographique et de ses capacit&#233;s d'action sur le monde. En outre, elle capte, aujourd'hui, la plus grande part du flux global d'&#233;nergie et de mati&#232;re produit sur la plan&#232;te. Tout cela marque un essor sans pr&#233;c&#233;dent. Or, tous ces acquis, nous sommes en train de les remettre en question bien plus rapidement que nous ne les avons obtenus. Nos capacit&#233;s d'action sur le monde menacent notre existence m&#234;me. Il se pourrait que nous nous exterminions nous-m&#234;mes d'un seul coup, &#224; moins que nous ne p&#233;rissions lentement, en raison du r&#233;chauffement plan&#233;taire, de la pollution, de la destruction des milieux habitables, de l'augmentation du nombre d'habitants parall&#232;lement &#224; la diminution des ressources alimentaires et de la disparition des autres esp&#232;ces qui sont &#224; l'origine de ces derni&#232;res. Tous ces probl&#232;mes sont-ils r&#233;ellement les nouveaux fruits de la r&#233;volution industrielle, comme on le suppose g&#233;n&#233;ralement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une id&#233;e tr&#232;s r&#233;pandue veut que les esp&#232;ces dans l'&#233;tat de nature vivent en &#233;quilibre les unes avec les autres et avec leur environnement. Les pr&#233;dateurs n'exterminent pas leurs proies, ni les herbivores ne surp&#226;turent leurs prairies. &#192; ce compte, les &#234;tres humains seraient les seuls qui ne suivraient pas cette loi. Si tel &#233;tait le cas, nous ne saurions tirer aucune le&#231;on de l'observation de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, dans les conditions naturelles et sauf en de rares occasions, l'extinction des esp&#232;ces n'est pas aussi rapide que celle &#224; laquelle nous proc&#233;dons &#224; notre &#233;poque. Au nombre des circonstances rares, il y a, &#233;videmment, l'&#233;pisode de mort en masse de tr&#232;s nombreuses esp&#232;ces, &#224; commencer par celle des dinosaures, advenue voil&#224; quelque soixante-cinq millions d'ann&#233;es, suite tr&#232;s probablement &#224; la collision de la Terre avec un ast&#233;ro&#239;de&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cet &#233;pisode, le lecteur pourra se r&#233;f&#233;rer &#224; l'ouvrage de David M. Raup, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Puisque la multiplication des esp&#232;ces est un processus tr&#232;s lent, leur extinction doit, dans les conditions normales, &#234;tre tr&#232;s lente, sans quoi il n'existerait plus d'esp&#232;ces depuis longtemps. En d'autres termes, les esp&#232;ces vuln&#233;rables sont, toujours dans les conditions normales, rapidement &#233;limin&#233;es, et les esp&#232;ces que l'on voit persister dans la nature rel&#232;vent des esp&#232;ces robustes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de la g&#233;n&#233;ralit&#233; de cette conclusion, les exemples d'esp&#232;ces qui en ont extermin&#233; d'autres abondent, en sorte que nous pouvons tirer de pertinents enseignements. Ainsi, presque tous ces cas d'extinction ont r&#233;sult&#233; de la combinaison de deux circonstances. D'abord, les esp&#232;ces exterminatrices venaient d'arriver dans des milieux o&#249; elles ne se rencontraient pas auparavant. Elles ont donc trouv&#233; devant elles des proies qui ne les connaissaient pas. Le temps que l'&#233;quilibre &#233;cologique s'&#233;tablisse, certaines de ces nouvelles proies ont &#233;t&#233; extermin&#233;es. Ensuite, les esp&#232;ces responsables de ces exterminations appartenaient &#224; la cat&#233;gorie des pr&#233;dateurs &#224; large spectre : il s'agissait, autrement dit, d'animaux qui ne sont pas sp&#233;cialis&#233;s dans la capture d'une seule et unique proie, mais peuvent faire leur miel de nombreuses proies diff&#233;rentes. Bien que les pr&#233;dateurs de ce type puissent exterminer &#224; un moment donn&#233; une esp&#232;ce de proie particuli&#232;re, ils parviennent &#224; survivre en se rabattant sur d'autres esp&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des exterminations de ce genre se sont souvent produites lorsque l'homme a, intentionnellement ou accidentellement, transf&#233;r&#233; une esp&#232;ce caract&#233;ristique d'une r&#233;gion donn&#233;e du globe dans une autre r&#233;gion. Au nombre des animaux qui en ont extermin&#233; d'autres, on trouve le rat, la ch&#232;vre, le porc, les fourmis, et m&#234;me les serpents. Ainsi, durant la Seconde Guerre mondiale, un serpent arboricole originaire de la r&#233;gion australienne a accidentellement &#233;t&#233; transport&#233; sur des bateaux ou dans des avions et atteint par ce biais l'&#238;le de Guam, dans le Pacifique, qui jusque-l&#224; &#233;tait d&#233;pourvue de serpents. Ce pr&#233;dateur a extermin&#233;, ou presque, la plupart des esp&#232;ces d'oiseaux vivant dans les for&#234;ts de l'&#238;le de Guam, pour la simple raison que ces esp&#232;ces n'avaient jamais eu jusqu'&#224; aujourd'hui l'occasion de d&#233;velopper des comportements de d&#233;fense contre les serpents. Ayant &#233;limin&#233; pratiquement tous les oiseaux pouvant lui servir de proie, ce reptile ne s'est pas pour autant mis en danger, car il est capable de se nourrir de rats, souris, musaraignes et l&#233;zards. Comme autre exemple, on peut citer le chat et le renard qui ont &#233;t&#233; introduits par l'homme en Australie et se sont r&#233;pandus en se nourrissant de petits rats et de marsupiaux indig&#232;nes &#224; l'Australie, sans mettre en danger leur base alimentaire, dans la mesure o&#249; il leur reste en abondance des lapins et d'autres esp&#232;ces comme sources possibles de nourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esp&#232;ce humaine est le parangon du pr&#233;dateur &#224; large spectre. Nous mangeons toutes sortes de choses, depuis les escargots et les algues jusqu'aux baleines, aux champignons et aux fraises. Nous pouvons surexploiter certaines esp&#232;ces au point de provoquer leur extinction, puis tout simplement passer &#224; une autre ressource alimentaire. C'est pourquoi des vagues d'extinction ont toujours suivi la p&#233;n&#233;tration de l'homme dans chaque r&#233;gion qu'il n'occupait pas jusque-l&#224;. Le dodo, dont le nom est devenu synonyme d'extinction, vivait autrefois sur l'&#238;le Maurice, dont les populations naturelles ont &#233;t&#233; gravement touch&#233;es &#224; la suite de la d&#233;couverte de l'&#238;le en 1507 : la moiti&#233; des esp&#232;ces d'oiseaux vivant sur la terre ferme ou sur les eaux douces s'y sont &#233;teintes. Le dodo, en particulier, &#233;tait un gros oiseau incapable de voler que les marins affam&#233;s pouvaient facilement capturer. De nombreuses esp&#232;ces d'oiseaux des &#238;les Hawa&#239; sont, de m&#234;me, mortes en masse, apr&#232;s que ces &#238;les eurent &#233;t&#233; d&#233;couvertes par les navigateurs polyn&#233;siens il y a quinze cents ans ; ce fut &#233;galement le cas des esp&#232;ces de grands mammif&#232;res d'Am&#233;rique, apr&#232;s que les anc&#234;tres des Am&#233;rindiens eurent p&#233;n&#233;tr&#233; sur ce continent il y a onze mille ans. Par ailleurs, dans des r&#233;gions occup&#233;es par l'homme depuis longtemps, des vagues d'extinction ont accompagn&#233; certains grands progr&#232;s effectu&#233;s dans la technologie de la chasse. Par exemple, les populations sauvages de l'oryx d'Arabie, une magnifique antilope du Proche-Orient, ont surv&#233;cu &#224; un million d'ann&#233;es de chasse par les hominid&#233;s, mais ont succomb&#233; d&#233;finitivement &#224; la suite de l'apparition des fusils &#224; grande port&#233;e en 1972.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut trouver de nombreux pr&#233;c&#233;dents animaux &#224; notre propension &#224; exterminer les esp&#232;ces dont nous nous nourrissons, tout en continuant &#224; subsister gr&#226;ce au changement de proies. Mais y a-t-il des ant&#233;c&#233;dents &#224; un cas de figure diff&#233;rent : une population animale qui d&#233;truit totalement sa base de subsistance, se condamnant ainsi elle-m&#234;me &#224; l'extinction ? Un &#233;v&#233;nement de ce genre n'est pas fr&#233;quent, car les effectifs des populations animales sont r&#233;gul&#233;s par de nombreux facteurs qui tendent automatiquement &#224; diminuer la natalit&#233; et &#224; augmenter la mortalit&#233; lorsque les animaux deviennent trop nombreux par rapport &#224; leurs ressources alimentaires (et vice versa lorsqu'ils sont clairsem&#233;s). Par exemple, la mortalit&#233; due &#224; des ph&#233;nom&#232;nes externes, comme les pr&#233;dateurs, les maladies, les parasites ou la famine, tend &#224; augmenter lorsque les populations atteignent une haute densit&#233;. Celle-ci modifie aussi le comportement des animaux, de telle sorte qu'ils pratiquent l'infanticide, retardent le moment de la reproduction et deviennent plus agressifs. Ces r&#233;ponses comportementales, associ&#233;es aux facteurs externes mentionn&#233;s, conduisent donc g&#233;n&#233;ralement &#224; r&#233;duire la population d'une esp&#232;ce animale donn&#233;e, diminuant ainsi la pression sur ses ressources alimentaires avant qu'elles ne soient &#233;puis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, certaines populations animales se sont elles-m&#234;mes condamn&#233;es &#224; l'extinction en d&#233;truisant totalement leurs ressources. Vingt-neuf rennes ont &#233;t&#233; introduits en 1944 sur l'&#238;le de Saint Matthew dans la mer de B&#233;ring. Ils s'y sont multipli&#233;s jusqu'&#224; ce qu'en 1963 leurs descendants atteignent le nombre de six mille. Mais ces animaux se nourrissent de lichens &#224; croissante lente. Sur l'&#238;le de Saint Matthew, la population de ce v&#233;g&#233;tal n'a pas eu la possibilit&#233; de se r&#233;g&#233;n&#233;rer, &#224; la suite du broutage par le renne, car il &#233;tait impossible &#224; ce dernier de migrer. Lorsque survint en 1963-1964 un hiver particuli&#232;rement rude, tous les animaux moururent, &#224; l'exception de quarante et une femelles et d'un m&#226;le st&#233;rile : cette population &#233;tait donc condamn&#233;e &#224; s'&#233;teindre &#224; plus ou moins br&#232;ve &#233;ch&#233;ance, sur cette &#238;le jonch&#233;e de squelettes. Un exemple similaire s'est pro&#173; duit avec l'introduction du lapin dans l'&#238;le de Lisianski, &#224; l'ouest de Hawa&#239;, dans la premi&#232;re d&#233;cennie de ce si&#232;cle. En moins de dix ans, ces rongeurs se sont condamn&#233;s &#224; l'extinction, dans la mesure o&#249; ils ont consomm&#233; toutes les plantes de l'&#238;le, &#224; l'exception de deux pieds de volubilis et d'une planche de pieds de tabac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exemples de suicide &#233;cologique, ainsi que d'autres similaires, ont donc port&#233; sur des populations qui ont soudainement &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;es des facteurs habituels r&#233;gulant leurs effectifs. Les lapins et les rennes sont normalement la proie de pr&#233;dateurs, et, de plus, les rennes se servent sur les continents de la migration comme d'un r&#233;gulateur qui les fait quitter une r&#233;gion, de sorte que celle-ci peut r&#233;g&#233;n&#233;rer sa v&#233;g&#233;tation. Mais les &#238;les de Saint Matthew et de Lisianski n'avaient pas de pr&#233;dateurs, et la migration y &#233;tait impossible, de sorte que les rennes, de m&#234;me que les lapins, se nourrirent et se reproduisirent sans que rien ne vienne les freiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, &#224; l'&#233;vidence, l'esp&#232;ce humaine enti&#232;re s'est, elle aussi, r&#233;cemment affranchie des anciens facteurs limitant ses effectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes plus soumis aux pr&#233;dateurs depuis longtemps ; la m&#233;decine du XXe si&#232;cle a consid&#233;rablement r&#233;duit la mortalit&#233; due aux maladies infectieuses ; et certaines des pratiques majeures de limitation de la d&#233;mographie, comme l'infanticide, la guerre chronique et l'abstinence sexuelle, sont devenues socialement inacceptables. La population humaine mondiale double maintenant &#224; peu pr&#232;s tous les trente-cinq ans. Certes, cela ne repr&#233;sente pas une vitesse d'accroissement d&#233;mographique aussi &#233;lev&#233;e que celle du renne &#224; Saint Matthew. L'&#238;le Terre est plus grande que l'&#238;le de la mer de B&#233;ring, et certaines de nos ressources sont plus renouvelables que les lichens (mais ce n'est pas le cas de toutes, comme le p&#233;trole notamment). Toutefois, l'enseignement fourni par le cas du renne &#224; Saint Matthew reste &#224; prendre en consid&#233;ration : aucune population ne peut cro&#238;tre ind&#233;finiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes &#233;cologiques que nous affrontons actuellement ont des pr&#233;curseurs connus chez les animaux. A l'instar de nombreux pr&#233;dateurs &#224; large spectre, nous exterminons certaines des esp&#232;ces que nous prenons comme proies lorsque nous colonisons un nouveau milieu ou acqu&#233;rons de nouvelles capacit&#233;s de destruction. Et, &#224; l'instar de certaines populations animales qui ont soudainement &#233;chapp&#233; aux anciens freins pesant sur leur essor d&#233;mographique, nous risquons de nous auto&#173; d&#233;truire en sapant la base de nos ressources. Que penser de la th&#233;orie selon laquelle nous &#233;tions dans un &#233;tat d'&#233;quilibre &#233;cologique relatif avant la r&#233;volution industrielle, date &#224; laquelle nous aurions entrepris d'exterminer les esp&#232;ces autour de nous et de surexploiter notre environnement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#224; ce mythe d'un &#226;ge d'or de l'esp&#232;ce, au cours duquel l'homme aurait &#233;t&#233; un bon sauvage, ob&#233;issant &#224; une &#233;thique de la conservation de la nature et vivant en harmonie avec elle, que seront consacr&#233;s les derniers chapitres de notre ouvrage. Car des extinctions de masse ont accompagn&#233; chaque grande &#233;tape d'extension de l'aire de distribution occup&#233;e par l'homme au cours des dix mille derni&#232;res ann&#233;es et peut-&#234;tre depuis beaucoup plus longtemps. Notre responsabilit&#233; directe dans ces extinctions est bien &#233;tablie pour les &#233;pisodes d'expansion les plus r&#233;cents et pour lesquels les preuves sont encore fra&#238;ches : l'expansion des Europ&#233;ens sur tout le globe depuis 1492 et la colonisation, un peu plus ancienne, des &#238;les du Pacifique par les Polyn&#233;siens, ainsi que celle de Madagascar par les Malgaches. Les expansions bien plus anciennes, repr&#233;sent&#233;es par la p&#233;n&#233;tration de l'homme en Australie et en Am&#233;rique, ont &#233;t&#233; &#233;galement accompagn&#233;es par des extinctions de masse, bien que les preuves de la responsabilit&#233; de l'esp&#232;ce se soient, du fait de leur anciennet&#233;, effac&#233;es en partie, ce qui rend plus d&#233;licates les conclusions &#224; en tirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, rien ne vient prouver qu'il y ait eu jamais une &#233;thique &#171; &#233;cologiste &#187; originelle : s'il est vrai qu'aucune population humaine de grande dimension ne s'est jamais condamn&#233;e &#224; l'extinction en &#233;puisant ses ressources, certaines populations isol&#233;es sur de petites &#238;les ont eu ce comportement. Et, en ce qui concerne les populations de grandes dimensions, beaucoup d'entre elles ont d&#233;truit les bases &#233;cologiques de leurs ressources au point de provoquer un d&#233;sastre &#233;conomique. Les exemples les plus clairs sont fournis par la civilisation de l'&#238;le de P&#226;ques et celle des Indiens Anasazi d'Am&#233;rique du Nord. Mais ce sont aussi des facteurs &#233;cologiques qui ont pr&#233;cipit&#233; les grands changements survenus dans I'Antiquit&#233;, comme les effondrements successifs du Moyen-Orient, de la Gr&#232;ce et de Rome. La destruction de son milieu par l'esp&#232;ce humaine, &#224; ses propres d&#233;pens, loin d'&#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne r&#233;cent, est depuis long&#173; temps un facteur fondamental de son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple le plus &#233;clairant est sans conteste l'extinction massive la plus importante, la plus dramatique aussi mais la plus controvers&#233;e &#233;galement, advenue en plein &#226;ge d'or suppos&#233;, il y a environ onze mille ans : la disparition de la plupart des grands mammif&#232;res d'Am&#233;rique du Nord et d'Am&#233;rique du Sud. Datant de la m&#234;me &#233;poque, apparaissent les premi&#232;res traces in&#173; contestables de l'occupation par l'homme des deux Am&#233;riques, en l'occurrence les anc&#234;tres des Am&#233;rindiens. Ce fut le plus. grand &#233;pisode d'expansion g&#233;ographique r&#233;alis&#233; par l'esp&#232;ce humaine depuis qu'&lt;i&gt;Homo erectus&lt;/i&gt; est sorti de l'Afrique pour aller coloniser l'Europe et l'Asie il y a un million d'ann&#233;es. La co&#239;ncidence temporelle entre l'apparition des premiers Am&#233;ricains et la disparition des grands mammif&#232;res sur la totalit&#233; des Am&#233;riques, l'absence d'extinctions de masse ailleurs dans le monde &#224; la m&#234;me &#233;poque et l'existence de preuves indiquant que certains de ces animaux &#224; pr&#233;sent &#233;teints ont r&#233;ellement &#233;t&#233; chass&#233;s ont conduit d'aucuns &#224; formuler l'hypoth&#232;se de la &#171; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?726-Cet-age-d-or-qui-jamais-n-exista-1' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;guerre &#233;clair du Nouveau Monde&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, Selon cette interpr&#233;tation, &#224; mesure que les premiers chasseurs humains en Am&#233;rique se sont multipli&#233;s et r&#233;pandus du Canada jusqu'&#224; la Patagonie, ils ont rencontr&#233; de grands mammif&#232;res qui n'avaient jamais vu d'hommes auparavant, et ils les ont extermin&#233;s au cours de leur progression. L'hypoth&#232;se n'a cess&#233; de faire l'objet d'une vive controverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, nous tenterons de chiffrer approximativement le nombre d'esp&#232;ces que nous avons d&#233;j&#224; pouss&#233;es &#224; l'extinction. Nous commencerons par les chiffres les plus incontestables : ceux concernant les esp&#232;ces dont l'extinction s'est produite dans les temps modernes et est bien attest&#233;e, de sorte que des recherches intensives et prolong&#233;es n'ont pu effectivement d&#233;celer aucun survivant. Puis, nous envisagerons des chiffres moins bien &#233;tablis. Ils sont de trois types : ceux concernant les esp&#232;ces modernes dont on n'a pas vu de sp&#233;cimens vivants depuis un certain temps et qui se sont &#233;teintes avant que personne n'y ait fait attention, ceux concernant les esp&#232;ces modernes qui n'ont pas encore &#233;t&#233; &#171; d&#233;couvertes &#187; et nomm&#233;es, ceux concernant les esp&#232;ces que l'homme a extermin&#233;es avant l'essor de la science moderne. Sur la base de ces donn&#233;es, nous essaierons de comprendre les principaux m&#233;canismes par lesquels nous exterminons les esp&#232;ces animales et d'&#233;valuer le nombre que nous exterminerons vraisemblablement encore d'ici que les jeunes g&#233;n&#233;rations actuelles atteignent le terme de leur vie, si l'esp&#232;ce persiste dans ses comportements.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb23-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur cet &#233;pisode, le lecteur pourra se r&#233;f&#233;rer &#224; l'ouvrage de David M. Raup, &lt;i&gt;De l'extinction des esp&#232;ces. Sur les causes de la disparition des dinosaures et de quelques milliards d'autres&lt;/i&gt;, trad. fr. par Marcel Blanc, Paris, Galllimard, Nrf essais, 1993 (N.d.E.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Tendances et perspectives pr&#233;sentes (1974)</title>
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		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
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		<dc:subject>Livre</dc:subject>
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&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;9 &#171; Crises &#233;conomique, politique, sociale, anthropologique &#187;. Il est possible de la t&#233;l&#233;charger dans la rubrique brochures. Introduction &#224; la seconde &#233;dition anglaise de 1974 [renomm&#233;e par nous. LC], &#233;crite en anglais, du &#171; Mouvement r&#233;volutionnaire sous le capitalisme moderne &#187; pour Solidarity. Traduite de l'anglais par moi [CC]. Reprise dans &#171; Capitalisme moderne et r&#233;volution, T2 &#187;, ed. 10/18, 1979, pp. 223 - 258 Repris aujourd'hui dans &#171; &#201;crits (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-114-paleo-marxismes-+" rel="tag"&gt;Pal&#233;o-marxismes&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;9 &#171; Crises &#233;conomique, politique, sociale, anthropologique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de la t&#233;l&#233;charger &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans la rubrique brochures&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Introduction &#224; la seconde &#233;dition anglaise de 1974 [renomm&#233;e par nous. LC], &#233;crite en anglais, du &#171; &lt;i&gt;Mouvement &lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&#233;volutionnaire sous le capitalisme moderne&lt;/i&gt; &#187; pour &lt;i&gt;Solidarity. &lt;/i&gt;Traduite de l'anglais par moi [CC]. Reprise dans &#171; &lt;i&gt;Capitalisme moderne et r&#233;volution, T2&lt;/i&gt; &#187;, ed. 10/18, 1979, pp. 223 - 258&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repris aujourd'hui dans &#171; &#201;crits politiques 1945-1997, I et II. La Question du mouvement ouvrier &#187;, Sandre 2012&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;- I - Les tendances qui se sont approfondies depuis 1959...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsque &#171; Le mouvement r&#233;volutionnaire sous le capitalisme moderne &#187; a &#233;t&#233; initialement r&#233;dig&#233;, en 1959, on ne pouvait pas juger de la justesse des id&#233;es qu'il formulait sur la base de l'exp&#233;rience courante. Ses id&#233;es essentielles, r&#233;sum&#233;es dans son &#171; Introduction &#187; et dans son chapitre final&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Capitalisme moderne et r&#233;volution, Vol. 2 ; Le mouvement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt;ne &lt;/i&gt;constituaient &lt;i&gt;pas &lt;/i&gt;une description d'une masse de donn&#233;es empiriques qui s'imposerait d'elle-m&#234;me. Pas davantage, elles n'extrapo&#173;laient les observations, d'apr&#232;s des m&#233;thodes scienti&#173;fiques &#171; exactes &#187;, s&#251;res et &#233;tablies. Certes, elles soutenaient une relation avec les &#233;v&#233;nements et les tendances effectifs - mais cette relation impli&#173;quait non seulement une nouvelle interpr&#233;tation des &#171; faits &#187;, mais aussi et surtout une d&#233;cision concer&#173;nant les &#171; faits &#187; qui &#233;taient pertinents et ceux qui ne l'&#233;taient pas. Ces d&#233;cisions &#233;quivalaient &#224; un changement du cadre th&#233;orique traditionnel - et ne pouvaient &#234;tre prises que moyennant un tel changement. Changement qui, &#224; son tour, d&#233;coulait non tellement d'un travail purement th&#233;orique, mais d'une nouvelle conception de l'objet du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte affirmait, par exemple, que le niveau de vie de la classe ouvri&#232;re s'&#233;levait et allait continuer de s'&#233;lever ; que le ch&#244;mage permanent n'avait plus, et n'allait plus avoir dans l'avenir, l'importance num&#233;rique qu'il avait eu pendant les pr&#233;c&#233;dentes 150 ann&#233;es de d&#233;veloppement capitaliste, et que l'&#201;tat capitaliste &#233;tait devenu capable de contr&#244;ler le niveau g&#233;n&#233;ral d'activit&#233; &#233;conomique et d'emp&#234;cher des crises de surproduction majeures. Tout cela &#233;tait certes correct, pour ce qui est des ann&#233;es 1950. Mais cette p&#233;riode, prise en elle-m&#234;me, aurait pu avoir &#233;t&#233; seulement une autre phase d'expansion cyclique du capitalisme - comme l'avaient &#233;t&#233; les ann&#233;es 1920. Pendant de telles p&#233;riodes, il y a toujours eu une &#233;l&#233;vation des salaires r&#233;els, une baisse du ch&#244;mage et l'apparence d'une capacit&#233; triomphante des classes dominantes de g&#233;rer bien leurs affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte affirmait aussi que l'absence d'activit&#233; politique des masses, dans les pays capitalistes avanc&#233;s, exprimait une caract&#233;ristique nouvelle, profonde et durable du capitalisme moderne. Il appelait ce ph&#233;nom&#232;ne &lt;i&gt;privatisation &lt;/i&gt;et soutenait qu'il allait constituer le probl&#232;me central confrontant l'activit&#233; des r&#233;volutionnaires pendant la p&#233;riode historique &#224; venir. Certes, c'&#233;tait l&#224; ce que l'on avait observ&#233; dans les pays occidentaux, o&#249; la population &#233;tait rest&#233;e politiquement inactive pendant les ann&#233;es 1950. En France, de Gaulle &#233;tait arriv&#233; au pouvoir en 1958 au milieu d'une apathie g&#233;n&#233;rale. Mais des p&#233;riodes de &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;recul &#187; dans l'activit&#233; politique des masses avaient &#233;t&#233; la r&#232;gle dans l'histoire du capitalisme. Il n'y avait rien, au niveau empirique, qui obligeait &#224; penser qu'on assistait &#224; un ph&#233;nom&#232;ne nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, le texte affirmait que les nouvelles attitudes de la jeunesse et ses r&#233;voltes contre diff&#233;rents aspects du syst&#232;me n'avaient rien de commun avec le &#171; conflit des g&#233;n&#233;rations &#187; observ&#233; dans la plupart des soci&#233;t&#233;s depuis des temps imm&#233;moriaux ; que ces attitudes nouvelles exprimaient un rejet total du syst&#232;me par les jeunes ; que la soci&#233;t&#233; &#233;tablie &#233;tait en train de devenir incapable d'&#233;lever une nouvelle g&#233;n&#233;ration qui reproduirait l'&#233;tat de choses existant - et que la r&#233;volte des jeunes &#233;tait devenue un ferment important du processus de transformation sociale. Certes, vers la fin des ann&#233;es 1950, les manifestations &#233;tudiantes en Turquie ou en Cor&#233;e avaient provoqu&#233; la chute de gouvernements particuli&#232;rement corrompus et r&#233;actionnaires mais on aurait pu les consid&#233;rer comme des manifestations &#171; simplement &#187; politiques ; apr&#232;s tout, dans les pays non industrialis&#233;s, les &#233;tudiants avaient, de longue date, jou&#233; un r&#244;le politique important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le texte soutenait que les questions &#233;troitement &#171; &#233;conomiques &#187; et &#171; politiques &#187;, au sens &#233;tabli en ces termes, devenaient de moins en moins pertinentes et que le mouvement r&#233;volutionnaire devait d&#233;sormais &#234;tre concern&#233; non pas par des abstractions, mais par tout ce que les hommes et les femmes font et subissent dans la soci&#233;t&#233; actuelle, et avant tout par les probl&#232;mes qu'ils affrontent dans leur vie quotidienne r&#233;elle. Tout cela revenait &#224; un diagnostic de la crise de la soci&#233;t&#233; comme crise de l'ensemble de sa texture et de son organisation, et de ce qui tenait cette texture ensemble, &#224; savoir des significations, des motivations, de la responsabilit&#233; et de la socialisation elle-m&#234;me. A cette crise le syst&#232;me essayait de faire face par le moyen d'une &#171; consommation &#187; constamment croissante et en essayant d'encha&#238;ner les gens &#224; la &#171; course de rats &#187;. Le texte affirmait que cette parade ne pourrait pas servir le syst&#232;me tr&#232;s longtemps, car le vide et l'absurdit&#233; de cette philosophie de 1'&#171; encore plus et encore plus &#187; allaient t&#244;t ou tard se d&#233;noncer eux-m&#234;mes. Tout cela aurait pu &#234;tre simplement un assemblage d'impressions et de notations &#171; litt&#233;raires &#187;, &#171; psychologiques &#187;, &#171; sociologiques &#187; ou &#171; philosophiques &#187; (correctes ou non, int&#233;ressantes ou non). La vraie question &#233;tait celle de sa pertinence pour l'activit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quinze ans apr&#232;s, on a le droit de constater que ces id&#233;es ont &#233;t&#233; amplement &#171; confirm&#233;es par l'exp&#233;rience &#187;. Le d&#233;veloppement &#233;conomique des pays industrialis&#233;s ne peut &#234;tre compris que sur la base des conceptions d&#233;finies dans ce texte, alors m&#234;me que des facteurs nouveaux et impr&#233;visibles se sont dramatiquement manifest&#233;s (la deuxi&#232;me partie de cette &#171; Introduction &#187; est consacr&#233;e &#224; cette question). Aucune activit&#233; &lt;i&gt;politique &lt;/i&gt;des masses - et en particulier du prol&#233;tariat - ne s'est manifest&#233;e, et ce n'est pas les occasions qui auront manqu&#233; : une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Belgique en 1961, huit ann&#233;es de guerre du Vi&#234;tnam aux Etats-Unis, Mai 1968 en France, trois ans de crise sociale et politique en Italie depuis 1969, un chaos sans pr&#233;c&#233;dent en Grande-Bretagne depuis trois mois. [Gr&#232;ve des mineurs de l'hiver 1973-1974, en pleine crise p&#233;troli&#232;re.] Rien de tout cela n'a provoqu&#233;, pas m&#234;me partiellement, pas m&#234;me sous le contr&#244;le des organisations bureaucratiques traditionnelles, une mobilisation &lt;i&gt;politique &lt;/i&gt;du prol&#233;tariat. D'autre part, depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1960, l'activit&#233; et l'effervescence de la jeunesse en g&#233;n&#233;ral, des &#233;tudiants en particulier, a constitu&#233; le principal facteur de trouble dans les soci&#233;t&#233;s occidentales. Pendant le m&#234;me temps, les relations familiales traditionnelles et la place et le r&#244;le de la femme dans la soci&#233;t&#233; ont &#233;t&#233; mis en question avec une intensit&#233; croissante, de m&#234;me que l'id&#233;ologie capitaliste de la croissance et de la consommation et la conception capitaliste de la relation entre l'homme et la nature. La question &#171; philosophique &#187; portant sur la signification de la vie en soci&#233;t&#233; est en train de devenir une question &#171; pratique &#187; pour un nombre croissant de gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe, au-del&#224; de cette &#171; confirmation par les faits &#187;, est la question de savoir comment et pourquoi il a &#233;t&#233; possible de formuler ces affirmations avant l'&#233;v&#233;nement. Quelles &#233;taient la conception et la m&#233;thode g&#233;n&#233;rales permettant de d&#233;cider, dans le chaos des donn&#233;es sociales et historiques, qu'est-ce qui &#233;tait pertinent et qu'est-ce qui ne l'&#233;tait pas, qu'est-ce qui contenait les germes de l'avenir et qu'est-ce qui n'&#233;tait qu'un r&#233;sidu du pass&#233;, qu'est-ce qui correspondait aux int&#233;r&#234;ts profonds des hommes et des femmes et qu'est-ce qui n'int&#233;ressait qu'une poign&#233;e de pseudo-th&#233;oriciens ? Cette m&#233;thode et cette conception ont &#233;t&#233; explicitement formul&#233;es ailleurs, et il n'est pas n&#233;cessaire d'y revenir ici&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V. &#171; Recommencer la r&#233;volution &#187;, S. ou B. N&#176; 35, janvier 1964 [maintenant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Qu'il suffise d'&#233;noncer un principe g&#233;n&#233;ral d'orientation : sont pertinents les faits qui ont trait au projet r&#233;volutionnaire, con&#231;u comme une transformation radicale de la soci&#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par l'activit&#233; autonome des gens. C'est donc cette &lt;i&gt;activit&#233; autonome&lt;/i&gt; - ou bien son absence -, ses formes et son contenu, pass&#233;s et pr&#233;sents, effectifs et potentiels, qui devient la cat&#233;gorie th&#233;orique centrale, le point archim&#233;dien de l'interpr&#233;tation. S&#233;par&#233;e de cela, toute th&#233;orie, aussi &#233;labor&#233;e, subtile et complexe soit-elle, est condamn&#233;e, t&#244;t ou tard, &#224; r&#233;v&#233;ler son identit&#233; avec les postulats les plus fondamentaux - m&#234;me s'ils sont cach&#233;s - de l'id&#233;ologie du capitalisme et, plus g&#233;n&#233;ralement, de toutes les soci&#233;t&#233;s ali&#233;n&#233;es. Ces postulats reviennent &#224; poser les &#234;tres humains comme une simple classe particuli&#232;re d'objets ou de choses, qui seraient &#224; d&#233;crire, analyser et pr&#233;dire par la th&#233;orie, et &#224; traiter et manipuler par une &#171; pratique &#187; r&#233;duite &#224; une technique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;... et l'impossibilit&#233; des marxistes de les saisir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant donn&#233;, il n'est pas difficile de r&#233;pondre &#224; une autre question, apparemment &#233;nigmatique, &#224; savoir : comment se fait-il que les repr&#233;sentants et partisans de la m&#233;thode marxiste - la pr&#233;tendue &#171; science &#187; de la soci&#233;t&#233; et de la r&#233;volution - se sont montr&#233;s constamment incapables, quelle que soit la vari&#233;t&#233; particuli&#232;re de leur croyance, de pr&#233;voir quoi que ce soit ou m&#234;me simplement de voir ce qui se passait autour d'eux ? Comment se fait-il que ni en 1960, ni en 1965, ni en 1970, ni aujourd'hui ils n'aient &#233;t&#233; capables de pr&#233;voir - ou simplement de voir - de tels faits massifs comme l'expansion continue de la production capitaliste et ses implications, l'importance croissante des luttes de la classe ouvri&#232;re dans la production autour des conditions et de l'organisation du travail, 1' &#171; apathie &#187; politique et la privatisation des gens, l'&#233;tendue et la profondeur de la r&#233;volte des jeunes, la crise des relations familiales traditionnelles, le mouvement des femmes, etc. ? La raison en est que, tout d'abord, c'est leur conception m&#234;me qui les rend aveugles. Il ne s'agit pas ici de telle ou telle th&#232;se particuli&#232;re, mais de l'esprit de leur conception, de son noyau philosophique et logique ; c'est celui-ci qui dirige leurs regards vers ce qui n'est pas pertinent, vers ce qui peut, pr&#233;tendument, &#234;tre saisi par la m&#233;thode &#171; scientifique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ajouter que le terme de &#171; scientifique &#187; est ici un grossier abus de langage. L'attitude scienti&#173;fique ne consiste pas &#224; continuer &#224; discourir sans se soucier de ce qui arrive &#224; l'objet des discours. Marx ; qui n'&#233;tait certainement pas un empiriste, n'a jamais cess&#233; d'essayer de relier sa pens&#233;e &#224; l'&#233;volution &#233;conomique, politique ou culturelle de son &#233;poque. Mais m&#234;me cela ne suff&#238;t pas. Lorsqu'une th&#233;orie est controuv&#233;e par les faits, ou doit affronter des faits qu'elle n'avait pas pr&#233;vus ni ne pouvait pr&#233;voir - ou qu'elle ne peut pas interpr&#233;ter -, elle peut toujours &#234;tre &#171; sauv&#233;e &#187;, comme on sait, par le recours &#224; des hypoth&#232;ses additionnelles, pourvu que la totalit&#233; de ces hypoth&#232;ses garde une coh&#233;rence logique. Cela peut marcher, jusqu'&#224; un certain point. Mais au-del&#224; de ce point, l'accumulation continue d'hypoth&#232;ses additionnelles est presque toujours le signe qu'une th&#233;orie est morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple le plus c&#233;l&#232;bre dans l'histoire de la science est celui des &#171; &#233;picycles &#187;. Pendant des si&#232;cles, les astronomes ont essay&#233; de rendre compatibles les mouvements observ&#233;s des plan&#232;tes avec l'id&#233;e que la Terre &#233;tait au centre de l'univers (syst&#232;me g&#233;ocentrique). Dans le jargon scientifique d'aujourd'hui, dire d'une conception qu'elle a atteint le stade des &#233;picycles, c'est dire qu'elle est devenue intenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les diverses esp&#232;ces de &#171; marxistes &#187; contemporains sont incapables de faire m&#234;me cela. Tous les faits doivent &#234;tre rigidement ajust&#233;s &#224; une th&#233;orie formul&#233;e il y a 125 ans - ou, plus exactement, &#224; la version particuli&#232;re de cette th&#233;orie que le &#171; marxiste &#187; particulier en question consid&#232;re comme la seule correcte. Ce que l'on ne peut pas faire ainsi entrer de force dans le cadre pr&#233;con&#231;u est simplement ignor&#233; - totalement, ou dans ses traits essentiels. Ainsi, la plupart des interpr&#233;tations &#171; marxistes &#187; de la r&#233;volte &#233;tudiante de Mai 1968 en France se r&#233;duisent &#224; ceci : les &#233;tudiants luttaient contre le ch&#244;mage qu'ils allaient rencontrer apr&#232;s la fin de leurs &#233;tudes. Laissant de c&#244;t&#233; la stupidit&#233; intrins&#232;que de cette &#171; interpr&#233;tation &#187;, il est int&#233;ressant d'observer comment l'on escamotait ainsi la substance de l'affaire, &#224; savoir, le &lt;i&gt;contenu &lt;/i&gt;de la lutte et des revendications &#233;tudiantes. Les &#233;tudiants ne demandaient pas au gouvernement de leur garantir qu'ils trouveraient un emploi apr&#232;s la fin de leurs &#233;tudes ; ils essayaient d'imposer l'autogestion des universit&#233;s, d'abolir le rapport traditionnel ma&#238;tre-&#233;l&#232;ve, de changer les programmes, les m&#233;thodes, l'orientation des &#233;tudes. Tout cela ne pouvait nullement les aider &#224; trouver un emploi apr&#232;s la fin de leurs &#233;tudes (en r&#233;alit&#233;, dans le contexte du syst&#232;me existant, ce serait plut&#244;t le contraire). C'est dans ces revendications que g&#238;t l'importance historique et la nouveaut&#233; du mouvement &#233;tudiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine de l'&#233;conomie, champ privil&#233;gi&#233; pour les marxistes, la situation est encore pire. Ainsi, la croissance continu&#233;e de la production capitaliste est soit ignor&#233;e, soit &#171; expliqu&#233;e &#187; par la &#171; production d'armements &#187;. On ne sait pas par o&#249; commen&#173;cer et o&#249; terminer la discussion de cet argument grotesque. Pour pr&#233;tendre &#224; une plausibilit&#233; &lt;i&gt;prima facie, &lt;/i&gt;l'argument requiert que la production d'armements ait &#233;t&#233; croissante et continue de cro&#238;tre, en termes relatifs, par rapport &#224; l'ensemble de la production. Seuls les termes relatifs ont &#233;videmment une signification lorsqu'on consid&#232;re un tout en expansion. Cela, les diff&#233;rents &#171; &#233;conomistes marxistes &#187; semblent organiquement incapables de le comprendre. Ils raisonnent toujours en termes absolus, qui sont priv&#233;s de toute signification. Ce qui importe, en &#233;conomie, ce sont les proportions, les &lt;i&gt;taux &lt;/i&gt;de croissance ou de diminution, les acc&#233;l&#233;rations ou d&#233;c&#233;l&#233;rations &lt;i&gt;relatives, &lt;/i&gt;etc. Que penserait-on d'un m&#233;decin qui, examinant un adolescent, conclurait : &#171; II est gravement malade, ses bras se sont allong&#233;s de 7 centim&#232;tres depuis six ans ; cela doit &#234;tre un cas d'acrom&#233;galie ! &#187; - et qui ne remarque pas que, pendant cette m&#234;me p&#233;riode, l'adolescent a grandi de 30 centim&#232;tres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, on entend constamment dire que le budget militaire des &#201;tats-Unis a &#233;t&#233; augment&#233; de tant de milliards de dollars cette ann&#233;e - mais jamais que cela repr&#233;sente, &#233;ventuellement, une &lt;i&gt;proportion &lt;/i&gt;du P.N.B. &lt;i&gt;plus petite &lt;/i&gt;que celle de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Mais une proportion d&#233;croissante de d&#233;penses d'armement aurait d&#251; avoir aggrav&#233; les difficult&#233;s suppos&#233;es du capitalisme. Et de quoi parle l'&#233;conomie politique de Marx ? Parle-t-elle de valeurs &lt;i&gt;d'usage, &lt;/i&gt;ou de &#171; valeurs &#187; et de &#171; marchandises &#187; ? Les armements ne seraient-ils pas des &#171; marchandises &#187; ? Le fait que nous ne les aimons pas, leur enl&#232;ve-t-il leur qualit&#233; de &#171; marchandise &#187; ? Et est-ce que les armements sont produits &#224; partit de rien ? Supposons que la production d'armements augmente, que ce soit en termes relatifs ou en termes absolus ; cela n'implique-t-il pas une augmentation plus ou moins parall&#232;le de la production d'acier, de combustibles, d'instruments &#233;lectroniques, etc. - et de la production d'objets de consommation pour les ouvriers qui produisent tout cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bel exemple, assez typique, de la logique des &#171; marxistes &#187; contemporains est fourni par les tentatives r&#233;centes de d&#233;fendre l'id&#233;e de la &#171; baisse du taux de profit &#187; en montant en &#233;pingle &lt;i&gt;le cas du capitalisme &lt;/i&gt;&lt;i&gt;anglais pendant la derni&#232;re d&#233;cennie &lt;/i&gt;(n'existe-t-il pas d'autres pays et d'autres p&#233;riodes ?) et en expliquant cette baisse du taux de profit par la &lt;i&gt;hausse &lt;/i&gt;des salaires qui a r&#233;sult&#233; d'une plus grande combativit&#233; de la classe ouvri&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. ex. A. Glyn et B. Sutcliffe, British Capitalism, Workers and the Profit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Accordons les faits invoqu&#233;s, les pr&#233;misses et le raisonnement. Comment ne pas voir que, si la th&#232;se est vraie, elle &lt;i&gt;d&#233;truit &lt;/i&gt;totalement la th&#233;orie &#233;conomique de Marx ? Le postulat fondamental de celle-ci est que la force de travail est une marchandise comme n'importe quelle autre, et que, fluctuations temporaires mises &#224; part, sa &#171; valeur &#187; &lt;i&gt;ne peut pas &lt;/i&gt;&#234;tre modifi&#233;e par l'action humaine. Ce n'est pas telle ou telle cons&#233;quence secondaire, mais le &lt;i&gt;concept fondamental &lt;/i&gt;du syst&#232;me qui est ruin&#233; si l'on accepte que le niveau des salaires (et par cons&#233;quent, le taux d'exploitation) est d&#233;termin&#233; par la lutte de classe (comme, en effet, je l'ai affirm&#233; dans ce texte il y a quinze ans). Deuxi&#232;mement, pour Marx le taux d'exploitation doit &lt;i&gt;augmenter &lt;/i&gt;sous le capitalisme. C'est l&#224; une cons&#233;quence beaucoup plus claire et beaucoup moins ambigu&#235; de son syst&#232;me, que la &#171; baisse du taux de profit &#187;. Marx est sous l'obligation d'expliquer, et essaie de le faire dans le Livre III &lt;i&gt;au Capital, &lt;/i&gt;comment il est possible que le taux de profit baisse &lt;i&gt;malgr&#233; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;augmentation du taux &lt;/i&gt;de l'exploitation (laquelle &#233;videmment, en elle-m&#234;me, tendrait &#224; augmenter la masse des profits et, toutes choses &#233;gales d'ailleurs, le taux de profit aussi bien). Aujourd'hui, les d&#233;fenseurs de Marx affirment que le taux de profit baisse, &lt;i&gt;parce que, &lt;/i&gt;le taux d'exploitation &lt;i&gt;diminue. &lt;/i&gt;Arr&#234;tez-vous et admirez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude g&#233;n&#233;rale et typique d'un &#171; marxiste &#187; contemporain, dans ce champ comme dans tous autres, est la combinaison d'une &lt;i&gt;d&#233;n&#233;gation de r&#233;alit&#233; &lt;/i&gt;et de l'affirmation que &lt;i&gt;demain &lt;/i&gt;(et demain il y aura un autre demain) la r&#233;alit&#233; correspondra enfin aux pr&#233;visions de la th&#233;orie. (Ce qui implique, &#233;videmment, qu'aujourd'hui elle ne leur correspond pas.) En d'autres termes, tous les &#171; marxistes &#187; contemporains affirment simultan&#233;ment (implicitement ou explicitement) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a) &lt;/i&gt;qu'il est faux que la production cro&#238;t, que les salaires r&#233;els augmentent, que le ch&#244;mage ne montre aucune tendance vers une augmentation &#224; long terme, que l'on n'observe pas de d&#233;pressions profondes, etc. - &lt;i&gt;et&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) que tout cela est vrai, mais &lt;i&gt;qu'il cessera d'&#234;tre vrai demain &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De m&#234;me : 1) je n'ai pas vol&#233;, 2) j'ai vol&#233;, mais seulement 10 F, non pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important &#224; cet &#233;gard est de comprendre pourquoi et comment ce type d'attitude totalement irrationnelle et anti-scientifique, camoufl&#233;e sous les pr&#233;tentions de la &#171; science &#187;, peut encore pr&#233;valoir et &#234;tre si largement r&#233;pandu parmi des &#234;tres humains &#171; normaux &#187;. C'est l&#224; un probl&#232;me immense, et d'une importance cardinale pour l'action r&#233;volutionnaire elle-m&#234;me. Car, si les gens d&#233;terminent leur comportement sur la base de croyances lesquelles, une fois d&#233;pouill&#233;es d'une interminable s&#233;rie de rationalisations et d'impertinences, reviennent &#224; : &#171; Je tiens &lt;i&gt;p &lt;/i&gt;pour vrai car je pense que &lt;i&gt;non-p &lt;/i&gt;est vrai &#187;, la question de savoir comment et moyennant quel processus ces gens pourraient jamais apprendre &#224; partir de leur exp&#233;rience et devenir r&#233;ceptifs &#224; une argumentation logique devient une question dramatique. Je ne peux pas en discuter ici. Qu'il suffise de noter d'abord que ce fait lui-m&#234;me constitue encore une r&#233;futation massive de la conception marxiste de l'histoire (selon laquelle des &#171; illusions &#187; peuvent jouer un r&#244;le dans l'histoire, mais non pas de pures et simples irrationalit&#233;s - et, en outre, ces illusions devraient &#234;tre passibles d'une &#171; explication &#187; rationnelle quelconque, aussi bien quant &#224; leur contenu que quant aux raisons qui leur permettent de dominer les individus). En deuxi&#232;me lieu, nous avons ici un ph&#233;nom&#232;ne historique nouveau : l'adh&#233;sion &#224; un ensemble de croyances qui ne peuvent &#234;tre d&#233;finies ni comme une &#171; id&#233;ologie &#187; au sens propre du terme (comme, par exemple, l'id&#233;ologie capitaliste &#171; lib&#233;rale &#187; du XIXe si&#232;cle), c'est-&#224;-dire un syst&#232;me apparemment coh&#233;rent d'id&#233;es qui fournissent une &#171; justification rationnelle &#187; des int&#233;r&#234;ts et de la pratique sociale d'une couche sociale donn&#233;e, ni comme une &#171; religion &#187;, malgr&#233; la tentation justifi&#233;e d'utiliser ce terme. L'&#233;l&#233;ment religieux, en l'occurrence, se trouve dans &lt;i&gt;le mode d'adh&#233;sion subjective &#224; l'ensemble des croyances en question, &lt;/i&gt;la recherche d'une certitude au-del&#224; de toute question et l'imp&#233;n&#233;trabilit&#233; &#224; toute argumentation logique. Mais le contenu des croyances, avec ses pr&#233;tentions &#171; scientifique &#187; et l'absence de toute r&#233;f&#233;rence &#224; un principe ou &#224; une origine transcendants, diff&#232;re substantiellement de que nous connaissons historiquement comme religion. Nous observons ainsi un nouveau type de croyances collectives irrationnelles qui exprime, comme toutes les religions, le besoin des &#234;tres humains ali&#233;n&#233;s de cesser de penser et de chercher pour eux-m&#234;mes et de situer hors d'eux-m&#234;mes une source de la v&#233;rit&#233; et une garantie que le temps am&#232;nera l'accomplissement de leurs souhaits. Mais, &#224; une &#233;poque de triomphe de la science, ce besoin ne peut plus &#234;tre satisfait par des repr&#233;sentations purement et simplement mythiques, comme les repr&#233;sen&#173;tations religieuses. Il se tourne ainsi, pour sa satisfac&#173;tion, vers une croyance pseudo-rationnelle. Il est &#224; peine n&#233;cessaire d'ajouter que ce complexe d'attitudes et de croyances forme une partie organique du monde social &#233;tabli, contre lequel un r&#233;volutionnaire a &#224; lutter - et ce n'est pas l&#224; une fa&#231;on de parler : car on en voit clairement les effets pernicieux et r&#233;actionnaires lorsque l'on rencontre des ouvriers ou des &#233;tudiants honn&#234;tes dont la pens&#233;e a &#233;t&#233; plong&#233;e dans une confusion inextricable par les mystifications propag&#233;es par les diff&#233;rentes sectes &#171; marxistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;- II -Evolution &#233;conomique des pays industrialis&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est utile d'examiner bri&#232;vement l'&#233;volution &#233;conomique des pays industrialis&#233;s pendant les quinze derni&#232;res ann&#233;es (et en particulier pendant la phase la plus r&#233;cente de cette p&#233;riode), et cela pour deux raisons principales. D'abord, parce que c'est dans ce domaine particulier que la confusion propag&#233;e par les &#171; marxistes &#187; traditionnels est la plus grande. Deuxi&#232;mement, parce que l'&#233;volution r&#233;cente montre clairement que la r&#233;pudiation des concepts et des m&#233;thodes traditionnels d'analyse non seulement ne nous laisse pas d&#233;sarm&#233;s devant les ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques mais qu'elle est, au contraire, une pr&#233;supposition n&#233;cessaire pour l'intelligence des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La croissance capitaliste pendant les ann&#233;es I960.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la majeure partie des ann&#233;es 1960 l'expansion &#233;conomique dans les pays capitalistes industrialis&#233;s a continu&#233; de mani&#232;re plus ou moins r&#233;guli&#232;re, suivant le processus d&#233;crit dans les Chapitres I et II du &#171; Mouvement r&#233;volutionnaire sous le capitalisme moderne &#187;. Pendant ces dix ann&#233;es, le volume de la production totale (produit national brut aux prix du march&#233;, prix constants) de l'ensemble des pays de l'O.C.D.E. a augment&#233; au taux compos&#233; de 4,8 % par an - le taux &#233;tait l&#233;g&#232;rement inf&#233;rieur aux Etats-Unis, sup&#233;rieur en Europe continentale et de loin plus &#233;lev&#233; au Japon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les 22 pays de l'O.C.D.E. (Europe non sovi&#233;tique, Etats-Unis, Canada, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La croissance des d&#233;penses de consommation priv&#233;e a &#233;t&#233; en gros similaire, de m&#234;me que celle des salaires r&#233;els. Il y a eu quelques fluctuations mineures du niveau de la production (ou, plus exactement, de son taux de croissance) et du niveau de l'emploi, mais ces fluctuations sont rest&#233;es extr&#234;mement &#233;troites, par comparaison &#224; ce qui se passait avant la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, tout au long de la p&#233;riode (et jusqu'&#224; aujourd'hui). Il n'y a eu qu'une exception importante dans cette image g&#233;n&#233;rale : le Royaume Uni, pour les raisons d&#233;j&#224; discut&#233;es dans les chapitres VI et VII du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'expansion de l'emploi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces m&#234;mes pays, et pour la p&#233;riode 1957 &#224; 1970, la population active civile est pass&#233;e de 264,7 millions &#224; 299,4 millions ; la population active civile occup&#233;e, de 257,1 &#224; 291,5 millions. La diff&#233;rence entre ces deux s&#233;ries, &#233;quivalente en gros au ch&#244;mage, &#233;tait de 7,6 millions (soit, 2,87 % de la population active) en 1957 (ann&#233;e de boom) et de 7,9 millions (soit, 2,64 % de la population active) en 1970 (ann&#233;e de faible activit&#233;). Pendant la m&#234;me p&#233;riode, l'emploi dans l'agriculture est tomb&#233; de 61,2 millions en 1957 &#224; 42,1 millions en 1970. Ainsi, le secteur capitaliste proprement dit de l'&#233;conomie a absorb&#233;, en plus de l'accroissement &#171; naturel &#187; de la population active de 30 millions pendant la p&#233;riode, 19 autres millions lib&#233;r&#233;s par l'agriculture. En d'autres termes, l'emploi dans l'industrie et, les &#171; services &#187; a augment&#233; de 195,9 millions en 1957 &#224; 249,4 millions en 1970 (+ 27 % en 13 ans, soit environ 2 % par an). Pendant la m&#234;me p&#233;riode, le total des forces arm&#233;es a diminu&#233;, passant pour l'ensemble des pays de l'O.C.D.E. de 6,34 millions &#224; 5,84 millions (la mobilisation am&#233;ricaine pour la guerre du Vi&#234;tnam compensant en partie la d&#233;mobilisation fran&#231;aise apr&#232;s la guerre d'Alg&#233;rie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans plusieurs pays importants, le ch&#244;mage est en fait devenu &lt;i&gt;n&#233;gatif &lt;/i&gt;pendant cette p&#233;riode. Ainsi, l'Allemagne comptait encore en 1957 quelque 760 000 ch&#244;meurs ; &#224; la fin de 1973 (et avec une r&#233;cession commen&#231;ante), non seulement le nombre des vacances d'emplois &#233;tait encore sup&#233;rieur au nombre de ch&#244;meurs, non seulement plusieurs cen&#173;taines de milliers additionnelles de r&#233;fugi&#233;s de l'Alle&#173;magne de l'Est avaient &#233;t&#233; absorb&#233;es par l'&#233;conomie de la R&#233;publique f&#233;d&#233;rale, mais, en outre, environ &lt;i&gt;deux millions &lt;/i&gt;de travailleurs &#233;trangers immigr&#233;s (pour la plupart Turcs, Yougoslaves et Grecs) &#233;taient entr&#233;s dans le pays et y travaillaient. Cela revient &#224; dire que le &#171; ch&#244;mage &#187; &#233;tait environ &lt;i&gt;moins 10 &lt;/i&gt;% de la population active &#171; allemande &#187; - en d'autres termes que pendant cette p&#233;riode, il y avait eu non pas un exc&#232;s, mais un d&#233;ficit de main-d'&#339;uvre de cet ordre. A un degr&#233; moins impressionnant, la m&#234;me situation pr&#233;valait dans la plupart des autres pays continentaux. La France, outre qu'elle a absorb&#233; un million de Fran&#231;ais d'Alg&#233;rie, a eu besoin d'un afflux continu de travailleurs immigr&#233;s, et emploie actuellement environ 1,5 millions de travailleurs &#233;trangers (surtout Alg&#233;riens, Africains, Espagnols, etc.). Le travail des immigr&#233;s est crucial pour la Suisse et important pour les Pays-Bas, la Belgique et la Su&#232;de. M&#234;me les Etats-Unis ont absorb&#233; pendant cette p&#233;riode un afflux d'immigrants atteignant en moyenne 350 000 par an (y compris, dans ce cas, les femmes et les enfants).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pression des salaires et l'inflation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, pendant cette m&#234;me p&#233;riode, un facteur de dislocation allait se renfor&#231;ant. C'&#233;tait l'&#171; inflation &#187; ou, plus exactement, la hausse des prix. Le &lt;i&gt;taux &lt;/i&gt;d'&#233;l&#233;vation du niveau g&#233;n&#233;ral des prix (&#171; indice des prix implicite du P.N.B. &#187;) a augment&#233; continuellement, ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, passant de 2,1 % en 1961 &#224; 5,9 % en 1970. Des facteurs accidentels et exceptionnels ont contribu&#233; &#224; l'inflation pour telle ann&#233;e ou tel pays. Mais le caract&#232;re g&#233;n&#233;ral et continu du ph&#233;nom&#232;ne montre que ce n'est pas l&#224; qu'il faut en chercher les causes principales. La cause principale a &#233;t&#233; la pression croissante exerc&#233;e non seulement par les ouvriers de l'industrie - bien que ceux-ci aient effectivement fix&#233; l'allure du mouvement dans la plupart des cas - mais par tous les salari&#233;s, visant &#224; obtenir des revenus plus &#233;lev&#233;s, des r&#233;ductions de la dur&#233;e du travail et, &#224; un degr&#233; croissant, des modifications dans leurs conditions de travail. Cette pression a rev&#234;tu par moments une forme plus ou moins explosive - par exemple, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en France en mai-juin 1968, ou le &#171; mai rampant &#187; italien, qui a dur&#233; presque trois ans &#224; partir de 1969. Cette pression a &#233;t&#233;, et reste, constamment pr&#233;sente dans tous les pays industrialis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Politiques capitalistes devant l'inflation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions pr&#233;valentes d'occupation virtuellement pleine de la main-d'&#339;uvre et de forte demande globale, les entreprises capitalistes n'ont pratiquement gu&#232;re de motifs pour r&#233;sister &#224; cette pression (et cela dans des limites assez larges). L'accroissement des co&#251;ts salariaux nominaux est facilement compens&#233; par des prix de vente plus &#233;lev&#233;s. Les marges de profit sont ainsi maintenues, et la valeur de l'endettement de la firme &#224; l'&#233;gard des banques ou des porteurs d'obligations se trouve r&#233;duite (en termes de la valeur marchande courante de la production de la firme). Mais pas davantage ne peuvent r&#233;sister &#224; ces pressions les gouvernements capitalistes dans leur r&#244;le de repr&#233;sentants des &#171; int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux &#187; du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faillite des politiques de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;r&#233;gulation de la demande &#187;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant longtemps, les gouvernements capitalistes ont essay&#233; de r&#233;duire la rapidit&#233; des hausses des salaires et des prix par le moyen de politiques g&#233;n&#233;rales de &#171; r&#233;gulation de la demande &#187;. L'id&#233;e profondissime qui sous-tend ces politiques est que, si vous r&#233;ussissez &#224; fabriquer un taux de ch&#244;mage plus important, la combativit&#233; des ouvriers baissera d'autant, par crainte du ch&#244;mage, et par cons&#233;quent, les hausses de salaire aussi. Quelques &#233;conomistes ont essay&#233; de quantifier cette corr&#233;lation n&#233;gative entre le niveau de l'emploi et la rapidit&#233; de la hausse des salaires, et le r&#233;sultat a &#233;t&#233; pompeusement baptis&#233; &#171; courbe de Phillips &#187;. On oubliait seulement que l'influence de cette relation offre/demande sur le prix de la force de travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur laquelle s'appuie n&#233;cessairement, soit dit en passant, l'ensemble de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui &#233;tait en effet r&#233;elle dans le bon vieux temps, a pratiquement cess&#233; d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les faits l'ont montr&#233;, la pression des salari&#233;s pour des revenus plus &#233;lev&#233;s ne diminue pas, ou ne diminue que marginalement, lorsque le ch&#244;mage augmente &lt;i&gt;dans les limites r&#233;alisables. Sur le papier &lt;/i&gt;(c'est-&#224;-dire si l'on extrapolait les &#171; courbes &#187;), la pression des travailleurs pourrait diminuer si l'on pouvait pousser le ch&#244;mage &#224; un niveau fantastique, disons 10 ou 20 % de la population active. Mais aucun gouvernement capitaliste n'est suffisamment stupide pour faire cela, car ils savent tous que le syst&#232;me exploserait instantan&#233;ment. En d'autres termes, le facteur d&#233;cisif ici est un changement s&#233;culaire du comportement des salari&#233;s, qui en sont arriv&#233;s &#224; consid&#233;rer comme allant de soi une augmentation de leurs revenus r&#233;els bon an mal an, qui ne sont pas dissuad&#233;s &#224; cet &#233;gard par les fluctuations habituelles de la demande et de l'emploi, et qui certainement ne tol&#233;reraient plus un ch&#244;mage massif. La conclusion la plus claire de tout le travail &#233;conom&#233;trique fait depuis quinze ans sur la relation entre le ch&#244;mage et le taux de hausse des salaires est que, m&#234;me lorsque le ch&#244;mage monte jusqu'&#224; un niveau qui correspond &#224; une croissance &lt;i&gt;nulle &lt;/i&gt;de la production r&#233;elle, il y a encore une hausse r&#233;siduelle non n&#233;gligeable des salaires nominaux. Cela signifie que les politiques qui essaient d'augmenter le ch&#244;mage (pour r&#233;duire par l&#224; la pression sur les salaires) non seulement ne constituent pas, du point de vue des capitalistes, une cure du mal mais l'aggravent ; car dans ce cas, il y a encore et toujours une hausse des salaires sans la compensation qu'au&#173;raient fourni autrement la croissance de la production et l'augmentation de la productivit&#233; par heure travaill&#233;e. Les gouvernements britanniques, aussi bien conservateurs que travaillistes, en ont fait l'am&#232;re exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faillite des &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;politiques des revenus &#187;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre m&#233;thode invent&#233;e par les gouvernements capitalistes et leurs conseillers pour faire face &#224; l'acc&#233;l&#233;ration de l'inflation a &#233;t&#233; la tentative d'imposer des &#171; politiques des revenus &#187; - tentative qui s'est termin&#233;e, dans presque tous les cas, par un &#233;chec d&#233;risoires. La raison essentielle en est &#233;videmment que les politiques des revenus supposent le probl&#232;me r&#233;solu, car elles ne pourraient aboutir que si les travailleurs &#233;taient dispos&#233;s &#224; accepter que leurs revenus soient d&#233;termin&#233;s par quelqu'un d'autre ; mais, si tel avait &#233;t&#233; le cas, il n'y aurait eu, pour commencer, aucun besoin d'une politique des revenus. Les gouvernements capitalistes aiment penser que s'ils obtenaient l'accord de la bureaucratie syndicale sur un taux donn&#233; de hausses &#171; permises &#187; des salaires, ils auraient r&#233;solu le probl&#232;me. Ils sont oblig&#233;s de d&#233;couvrir r&#233;p&#233;titivement (comme les directions des entreprises) que l'accord de la bureaucratie syndicale et l'accord des travailleurs sont deux choses assez diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cons&#233;quences internes de l'inflation des prix.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bien connu, et facilement compr&#233;hensible, que les hausses des prix et des salaires se nourrissent les unes les autres. Une fois que le processus a commenc&#233;, il tend spontan&#233;ment &#224; s'acc&#233;l&#233;rer. Et cela cr&#233;e des probl&#232;mes difficiles pour les &#233;conomies capitalistes. Pour les raisons auxquelles allusion a &#233;t&#233; faite plus haut, un taux &#171; mod&#233;r&#233; &#187; d'inflation g&#233;n&#233;rale (disons 3 % par an) est certainement un facteur favorable &#224; l'expansion capitaliste. Un taux d'inflation situ&#233; entre 5 et 10 % par an est, peut-&#234;tre, quelque chose &#224; laquelle une &#233;conomie capitaliste peut faire face. Mais au-del&#224; de ces taux, combien d'inflation une &#233;conomie capitaliste peut-elle tol&#233;rer ? Il existe certainement un point - bien que l'on ne puisse pas le d&#233;terminer d'avance - au-del&#224; duquel une &#233;conomie mon&#233;taire ne pourrait plus fonctionner normalement, car la monnaie cesserait alors de pouvoir fonctionner comme un moyen de conserva&#173;tion des valeurs, ou m&#234;me comme &#233;talon de calcul &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cons&#233;quences internationales de l'inflation des prix.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, le processus cr&#233;e des d&#233;s&#233;quilibres entre les diff&#233;rents pays capitalistes, ou accentue les d&#233;s&#233;quilibres existants. Le taux d'inflation sera presque certainement diff&#233;rent pour des pays diff&#233;rents (en fonction de l'intensit&#233; de la pression exerc&#233;e par les salari&#233;s, et de diverses caract&#233;ristiques nationales comme le degr&#233; comparatif d'imb&#233;cillit&#233; des gouvernements respectifs). Ainsi, les positions relatives des diff&#233;rents pays par rapport au commerce et aux paiements internationaux seront affect&#233;es &#224; des degr&#233;s diff&#233;rents ; certains pays constateront que leurs prix les &#233;liminent des march&#233;s internationaux et/ou que leur monnaie est sujette &#224; des &#171; crises de confiance &#187; p&#233;riodiques parmi les financiers internationaux (une bonne illustration en est fournie par les exportations britanniques et les tribulations de la Livre sterling depuis vingt ans). A cela aussi, il existe un rem&#232;de, du moins sur le papier : la d&#233;valuation de la monnaie des pays o&#249; l'inflation est plus forte. Mais pour fonctionner, la d&#233;valuation doit &#234;tre &#171; r&#233;elle &#187;. Cela veut dire qu'elle doit r&#233;ussir &#224; r&#233;duire la consommation globale du pays qui d&#233;value, ou - ce qui est, plus ou moins, la m&#234;me chose - le &#171; prix &#187; relatif de la force de travail nationale compar&#233;e &#224; celle des autres pays (la premi&#232;re formulation concernant l'aspect offre/demande globales du probl&#232;me, la deuxi&#232;me concernant l'aspect co&#251;ts). Les deux reviennent essentiellement &#224; une r&#233;duction du niveau des salaires r&#233;els. Et cela d&#233;pend, &#233;videmment, en dernier lieu de la r&#233;action des travailleurs devant la baisse de leurs revenus r&#233;els que la d&#233;valuation tend &#224; induire (moyennant l'augmentation du prix des produits import&#233;s en termes de monnaie nationale). Ainsi nous nous retrouvons au point de d&#233;part, car c'&#233;tait l&#224; que le probl&#232;me avait commenc&#233;. Ainsi, le &#171; succ&#232;s &#187; relatif des d&#233;valua&#173;tions am&#233;ricaines de d&#233;cembre 1971 et de f&#233;vrier 1973 a &#233;t&#233; d&#251; essentiellement au fait que les travailleurs am&#233;ricains ont, en gros, accept&#233; une baisse de leur &lt;i&gt;part &lt;/i&gt;de la production (de 1970 &#224; la fin de 1973 les gains horaires &#171; r&#233;els &#187; - c'est-&#224;-dire corrig&#233;s de la hausse des prix &#224; la consommation - dans l'industrie manufacturi&#232;re des Etats-Unis ont augment&#233; d'environ 5 %, cependant que la production indus&#173;trielle a augment&#233; d'environ 20 % et la production par heure-ouvrier d'environ 10 %). Et l'&#233;chec des d&#233;valuations r&#233;p&#233;t&#233;es de la Livre est d&#251; au fait que le contraire a eu lieu en Grande-Bretagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une digression sur les &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;anticipations &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une digression quelque peu longue est n&#233;cessaire ici. Outre les facteurs &#171; r&#233;els &#187; que l'on a discut&#233;s jusqu'ici, les facteurs dits &#171; psychologiques &#187; jouent un r&#244;le tr&#232;s important dans tous les faits &#233;conomiques, et en particulier en mati&#232;re de prix et de valeurs des devises. Ces facteurs introduisent un &#233;l&#233;ment suppl&#233;mentaire d'impr&#233;visibilit&#233; et d'irratio&#173;nalit&#233;, et leur action tend &#224; amplifier les d&#233;s&#233;quilibres plus souvent qu'&#224; les corriger. Soit dit en passant, le terme de &#171; psychologie &#187; que les &#233;conomistes acad&#233;miques utilisent dans ce cas est assez mal plac&#233;. La substance de l'affaire est, &#233;videmment, que personne ne peut jamais entreprendre une action, qu'il s'agisse d'&#233;conomie ou de n'importe quoi d'autre, sans une vue concernant les &#233;v&#233;nements et les situations futurs dont il pense qu'ils sont pertinents et peuvent influencer les r&#233;sultats de ses actes. Ces vues ne sont pas, et ne peuvent jamais &#234;tre, des r&#233;p&#233;titions ou extrapolations simples, fid&#232;les et ad&#233;quates de l'exp&#233;rience pass&#233;e ; si elles l'&#233;taient, elles seraient encore plus &#171; fausses &#187; qu'elles ne le sont d'habitude. Les vues sur l'avenir jouent un r&#244;le capital dans les d&#233;cisions prises &#224; un instant donn&#233;. Elles contribuent donc &#224; former l'avenir. Cela, bien entendu, n'implique aucunement que l'avenir correspondra en r&#233;alit&#233; aux vues que l'on avait le concernant. Le r&#233;sultat de ce qu'un nombre de personnes partagent fortement une vue donn&#233;e sur un &#233;v&#233;nement futur peut suffire pour produire cet &#233;v&#233;nement (comme lorsque tout le monde pense que la valeur internationale du dollar va baisser et de ce fait vend des dollars, amenant ainsi la baisse), ou bien pour provoquer l'effet oppos&#233; (comme lorsque de nombreuses firmes pensent que la production d'un article donn&#233; sera tr&#232;s profitable dans l'avenir et, agissant en cons&#233;quence, elles cr&#233;ent une offre excessive du produit en question et des pertes pour elles-m&#234;mes). Aucune d&#233;cision concernant des investissements, par exemple, ne peut jamais &#234;tre prise sans que soient adopt&#233;es &lt;i&gt;ipso facto &lt;/i&gt;des vues extr&#234;mement fermes sur un avenir couvrant de nombreuses ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois qu'une telle d&#233;cision est prise, ces vues se trouvent incorpor&#233;es dans des changements durables du &#171; monde r&#233;el &#187;. L'&#233;conomie politique classique (et celle de Marx) &#233;tait bas&#233;e sur le vieux postulat m&#233;taphysique selon lequel le pr&#233;sent n'est rien d'autre qu'une s&#233;dimentation du pass&#233; ; par suite, ou bien elle &#233;cartait l'influence de ce facteur sur le processus &#233;conomique ou bien le traitait-elle implicitement comme une sorte d'&#233;cume entourant les &#171; forces r&#233;elles &#187;, ou comme si les diff&#233;rentes d&#233;cisions et vues portant sur l'avenir, et les actions auxquelles celles-ci aboutissaient, pouvaient tout au plus pr&#233;senter des &#233;carts al&#233;atoires autour d'une certaine vue et ligne de conduite &#171; normale &#187; (et donc se compensaient en moyenne entre elles). Cette vue &#171; normale &#187; &#233;tait la vue &#171; rationnelle &#187; pour les &#233;conomistes classiques et n&#233;o-classiques. Pour Marx, elle &#233;tait en partie &#171; rationnelle &#187;, en partie &#171; irrationnelle &#187; (cette &#171; irrationalit&#233; &#187; &#233;tant pour lui l'expression d'une &#171; rationalit&#233; &#187; cach&#233;e et contradictoire &#224; un niveau plus profond et non-conscient).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, ce facteur - que l'on appelle &#171; anticipations &#187; dans la litt&#233;rature &#233;conomique contempo&#173;raine, mais qu'il vaudrait mieux d'appeler &#171; projections &#187; - joue un r&#244;le d&#233;cisif dans une &#233;conomie comme celle du capitalisme contemporain. Premi&#232;rement, cette &#233;conomie existe, et ne peut exister que, dans un &#233;tat de changement perp&#233;tuel (la seule chose certaine concernant demain &#233;tant qu'il &lt;i&gt;ne &lt;/i&gt;sera &lt;i&gt;pas &lt;/i&gt;comme aujourd'hui). Deuxi&#232;mement, les facteurs mon&#233;taires et financiers ont acquis sous le capitalisme moderne une importance constamment croissante. Le r&#233;sultat est, non pas que les aspects &#171; r&#233;els &#187; des questions se trouvent s&#233;par&#233;s de leurs aspects &#171; financiers &#187;, mais qu'ils se trouvent, dans de nombreux cas et &#224; beaucoup d'&#233;gards, &lt;i&gt;subordonn&#233;s &lt;/i&gt;&#224; ceux-ci. Ainsi, les valuations pr&#233;sentes de tous les avoirs et biens (except&#233; les denr&#233;es p&#233;rissables, par exemple les l&#233;gumes frais) sont essentiellement bas&#233;es sur des projections de leurs valuations futures. Et ces valuations sont une composante centrale des d&#233;cisions qui m&#232;nent &#224; des &#233;v&#233;nements r&#233;els. Cela est particuli&#232;rement vrai, bien entendu, pour ce qui est des valeurs relatives des devises et particuli&#232;rement important pendant une p&#233;riode o&#249; l'inflation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des prix oblige les preneurs de d&#233;cisions d'introduire dans leurs projections des estimations sur le cours futur des prix relatifs. Ces projections deviennent par l&#224; un facteur important dans les encha&#238;nements du processus inflationniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#171; accident &#187;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;vietnamien et ses effets - internes...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; notre sujet central. Le principal trait caract&#233;ristique des &#233;conomies capitalistes avanc&#233;es pendant les ann&#233;es 1960 a &#233;t&#233; la g&#233;n&#233;ralisation et l'acc&#233;l&#233;ration de l'inflation des prix, r&#233;sultant d'abord et surtout de la pression exerc&#233;e pour l'accroissement de salaires. Sur cette toile de fond a surgi un facteur qui, du point de vue purement &#233;conomique, est un &#171; accident &#187; ou plut&#244;t une constellation d'&#171; accidents &#187; : la guerre du Vi&#234;tnam et la mati&#232;re selon laquelle les Administrations successives des Etats-Unis ont trait&#233; ses cons&#233;quences &#233;conomiques. La guerre elle-m&#234;me a cr&#233;&#233; une forte &#171; demande &#187; additionnelle aux Etats-Unis. De 1964 &#224; 1969, les &#171; d&#233;penses de d&#233;fense &#187; des Etats-Unis, au sens de la comptabilit&#233; nationale et &#224; prix courants, sont pass&#233;es de 51,8 &#224; 81,3 milliards de dollars, soit une augmentation de 57 %. Pendant la m&#234;me p&#233;riode, le produit int&#233;rieur brut a augment&#233; de 638,9 &#224; 941,5 milliards de dollars, c'est-&#224;-dire &#171; seulement &#187; de 47 %. Cela a augment&#233; les pressions inflationnistes. Mais le probl&#232;me n'&#233;tait nullement insoluble &#171; en soi &#187;, comme le montrent d'autres exemples historiques. Le gouvernement de Gaulle a continu&#233; la guerre d'Alg&#233;rie de 1958 &#224; 1961 &lt;i&gt;en m&#234;me temps &lt;/i&gt;que l'&#233;conomie fran&#231;aise &#233;tait &#171; stabilis&#233;e &#187; et que ses comptes ext&#233;rieurs montraient une am&#233;lioration spectaculaire. Que le probl&#232;me &#233;tait soluble le montrent aussi les grandeurs des quantit&#233;s en cause. Aucun miracle n'est n&#233;cessaire pour &#171; faire de la place &#187; &#224; 30 milliards de d&#233;penses additionnelles sur un poste donn&#233;, pendant une p&#233;riode o&#249; le total des ressources disponibles augmente de 300 milliards de dollars. Le probl&#232;me a &#233;t&#233; totalement &#171; bousill&#233; &#187; par l'Administration Johnson essentiellement &#224; cause des raisons &lt;i&gt;politiques&lt;/i&gt; :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;ses illusions persistantes relatives &#224; une victoire rapide au Vi&#234;tnam, et sa difficult&#233; &#224; adopter des mesures impopulaires d'imposition devant la mont&#233;e de l'opposition interne &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;...et internationaux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat en a &#233;t&#233; &#224; la fois l'acc&#233;l&#233;ration de l'inflation des prix aux Etats-Unis et une d&#233;t&#233;rioration rapide et aigu&#235; de la balance des transactions avec l'&#233;tranger. Les &#171; exportations nettes &#187; de biens et services, qui &#233;taient de + 4,5 milliards de dollars en 1964, tombaient &#224; - 2,3 milliards de dollars en 1969. Cela venait s'ajouter &#224; une tendance bien marqu&#233;e depuis le milieu des ann&#233;es 1950 : l'Allemagne, l'Italie, le Japon et la France, faisaient avec succ&#232;s, l'une apr&#232;s l'autre, une nouvelle entr&#233;e dans les march&#233;s mondiaux comme concurrents dans le domaine des produits industriels, et commen&#231;aient &#224; menacer les positions de l'industrie am&#233;ricaine. Mais le capital am&#233;ricain n'a pas pour autant arr&#234;t&#233; ses investissements &#224; l'&#233;tranger. Bien que ces investissements soient n&#233;gligeables par comparaison au P.N.B. et aux ressources des Etats-Unis - de l'ordre de 3 milliards de dollars par an en moyenne pour les &#171; investissements directs &#187; - ils &#233;taient tr&#232;s impor&#173;tants compar&#233;s &#224; la balance des transactions avec l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, si le pays A pr&#233;sente, pour une ann&#233;e donn&#233;e, un exc&#233;dent commercial de 1 milliard de dollars sur le pays B, il peut &#234;tre pay&#233; par un moyen de paiement acceptable (or, devises), ou bien acheter des avoirs dans le pays B (de la terre, des b&#226;timents, des mines, des usines). Mais si le pays A pr&#233;sente un d&#233;ficit &#224; l'&#233;gard du pays B et, en plus, ach&#232;te des avoirs dans le pays B, comment peut-il payer pour le tout ? Eh bien, il peut payer moyennant des reconnaissances de dette. Pour combien de temps ? Aussi longtemps que le pays B les accepte. Et pendant combien de temps le pays B les acceptera-t-il ? Dans les affaires habituelles (entre individus ou entreprises), les reconnaissances de dette seront accept&#233;es aussi longtemps que B pense qu'il a de bonnes raisons pour croire qu'elles seront honor&#233;es en temps voulu. La situation est plus ou moins analogue pour ce qui est des reconnaissances de dette internationales qui sont connues sous le nom de monnaies nationales. La situation n'est pas &lt;i&gt;totalement analogue &lt;/i&gt;pour ce qui est de la monnaie dominante du pays capitaliste dominant, cette reconnaissance de dette particuli&#232;re appel&#233;e dollar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le syst&#232;me mon&#233;taire international et l'&#233;talon dollar. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour diverses raisons qui tiennent &#224; toute l'histoire du capitalisme occidental depuis 1933 et particuli&#232;rement depuis 1945, les Etats-Unis ont r&#233;ussi &#224; faire du dollar presque un moyen de paiement l&#233;gal entre pays capitalistes (et m&#234;me entre pays &#171; socialistes &#187;). Il n'est ni possible, ni n&#233;cessaire de traiter ici de tous les aspects complexes du &#171; syst&#232;me mon&#233;taire international &#187;. Il suff&#238;t pour notre propos de souligner que les deux &#171; cr&#233;diteurs &#187; principaux des Etats-Unis (les Banques centrales de l'Allemagne et du Japon) ont en fait accept&#233; d'absorber toutes les reconnaissances de dette, c'est-&#224;-dire tous les dollars qui sortaient des Etats-Unis pendant les ann&#233;es 1960&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Accord de Bretton Woods de 1945 pr&#233;voyait que les dollars &#233;taient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A la fin de 1960 les &#171; avoirs officiels en or et devises &#233;trang&#232;res &#187; des Etats-Unis se montaient &#224; 17,8 milliards de dollars ; leurs &#171; obligations &#224; court terme &#224; l'&#233;gard de l'&#233;tranger &#187;, &#224; 17,3 milliards. A la fin de 1970, le premier chiffre &#233;tait tomb&#233; &#224; 11,7 milliards de dollars, le deuxi&#232;me &#233;tait mont&#233; &#224; 40,5 milliards. L'augmentation d'environ 30 milliards de dollars dans l'endettement net des Etats-Unis pendant la p&#233;riode est du m&#234;me ordre de grandeur que leur &#171; investissement direct &#224; l'&#233;tranger &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1914 presque tous les pays ont v&#233;cu sur un syst&#232;me de papier monnaie interne. Et, &#224; partir de 1960, ce syst&#232;me a aussi couvert les transactions internationales. Car en r&#233;alit&#233;, pendant les quinze derni&#232;res ann&#233;es, le monde capitaliste vit dans un syst&#232;me d'&#233;talon dollar, soit un &lt;i&gt;cours forc&#233; &lt;/i&gt;de papier monnaie, recouvert par le mince voile de la &#171; convertibilit&#233; &#187; th&#233;orique du dollar en or, voile que Nixon a d&#233;chir&#233; le 15 ao&#251;t 1971. C'&#233;tait l&#224; une situation impensable pour l'&#233;conomie politique &#171; classique &#187; aussi bien que marxiste, pour laquelle un tel syst&#232;me n'est pas &#171; mauvais &#187; (comme l'ont constamment affirm&#233; M. Jacques Rueff et feu le G&#233;n&#233;ral de Gaulle), mais intrins&#232;quement absurde, &#224; la limite de l'impossible et condamn&#233; &#224; s'effondrer en l'espace de quelques jours, semaines ou tout au plus mois. Mais ce syst&#232;me appara&#238;t comme &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;normal &#187; sous les conditions actuelles, car en r&#233;alit&#233; le capitalisme moderne ne peut fonctionner &#224; moins qu'il n'&#233;tende &#224; l'&#233;chelle mondiale les fonctions mon&#233;taires, bancaires et financi&#232;res qui sont la base de ses op&#233;rations au niveau national. Cela cr&#233;e des probl&#232;mes particuliers, pour lesquels il n'existe ni solution &#171; naturelle &#187; (avec l'or jouant le r&#244;le de &#171; monnaie universelle &#187;, comme le pensait Marx), ni solution institutionnelle facile et imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Solutions &#187; possibles du probl&#232;me mon&#233;taire international.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expansion fantastique des transactions commerciales et financi&#232;res internationales a rendu impossible, depuis longtemps, l'accomplissement de la fonction de &#171; monnaie internationale &#187; par l'or, et cela, en gros, pour les m&#234;mes raisons qui avaient &#233;limin&#233; partout cette fonction de l'or au niveau national. L'expansion du commerce a requis que les Banques centrales des diff&#233;rents pays se comportent les unes &#224; l'&#233;gard des autres comme le font les banques &#224; l'int&#233;rieur d'un pays, en acceptant chacune le &#171; papier &#187; des autres (c'est-&#224;-dire les devises respectives ou des cr&#233;ances libell&#233;es en devises), et r&#233;glant leurs comptes par le moyen d'op&#233;rations de compensation et d'op&#233;rations comptables. Moyennant un processus similaire &#224; celui qui impose une seule &#171; monnaie &#187; effective &#224; l'int&#233;rieur d'un pays donn&#233; (m&#234;me avant que la loi ne d&#233;finisse une &#171; monnaie l&#233;gale &#187; unique), une des devises concern&#233;es en arrive &#224; jouer le r&#244;le, d'abord de moyen de paiement universel et d'&#233;talon des prix, et, subs&#233;quemment, m&#234;me celui de moyen de conservation des valeurs (permettant de d&#233;tenir des avoirs &#171; liquides &#187; ou semi-&#171; liquides &#187; sous une forme facile&#173;ment utilisable sur les march&#233;s internationaux, commerciaux et financiers). Pour des raisons &#233;videntes, cette devise sera celle du pays qui est &#171; dominant &#187; dans les domaines du commerce et de la finance internationaux (la Livre sterling jusqu'&#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale, le dollar depuis les ann&#233;es 1930). Mais, contrairement &#224; ce qui se passe &#224; l'int&#233;rieur d'un pays donn&#233; (o&#249; les billets d'une seule banque, la Banque centrale, deviennent &#171; monnaie l&#233;gale &#187;, leur acceptation &#233;tant rendue obligatoire par la loi), des pays &#171; ind&#233;pendants &#187; ne peuvent pas &#234;tre forc&#233;s d'accepter, contre leur volont&#233;, une monnaie &#233;trang&#232;re. Ainsi, les soldes finals nets existant entre pays &#224; la fin d'une p&#233;riode doivent pouvoir &#234;tre r&#233;gl&#233;s par des transferts d'un avoir universellement accept&#233;. Jusqu'&#224; ces derni&#232;res ann&#233;es, l'or avait conserv&#233; cette fonction, parall&#232;lement au dollar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, non seulement l'or n'est plus monnaie (par exemple, il n'est pas et ne peut pas &#234;tre 1'&#171; &#233;talon des prix &#187;) ; l'or ne peut m&#234;me plus accomplir correcte&#173;ment la fonction d'un moyen de r&#232;glement final, comme l'ont montr&#233; les &#233;v&#233;nements des quinze derni&#232;res ann&#233;es. Cela pour diff&#233;rentes raisons, qu'il n'est pas n&#233;cessaire d'examiner ici en d&#233;tail. Qu'il suffise d'en mentionner la principale : dans le climat social et politique existant, aucun pays capitaliste n'est dispos&#233; &#224; subordonner sa politique &#233;conomique - c'est-&#224;-dire le taux d'expansion de sa production et les niveaux de la demande et de l'emploi - &#224; la n&#233;cessit&#233; de r&#233;gler en or le solde de ses transactions ext&#233;rieures. Ils pr&#233;f&#233;reront tous modifier, aussi fr&#233;quemment qu'il le faut, leur taux de change. Une fois que cela commence &#224; &#234;tre pratiqu&#233; syst&#233;matiquement (c'est-&#224;-dire, une fois que le f&#233;tichisme concernant la &#171; valeur de la monnaie nationale &#187; est d&#233;pass&#233;), la fonction &#171; internationale &#187; de l'or devient superflue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me mon&#233;taire international n'est pas difficile &#224; &#171; r&#233;soudre &#187; sur le papier. Une Banque centrale mondiale pourrait &#234;tre &#233;tablie, accomplissant les activit&#233;s qu'une banque centrale accomplit au niveau national, r&#233;gulant les activit&#233;s des diff&#233;rentes banques nationales et leur accordant des cr&#233;dits sous des conditions d&#233;termin&#233;es. Mais de toute &#233;vidence un tel arrangement (qui impliquerait que les diff&#233;rents gouvernements capitalistes auraient abandonn&#233; une partie substantielle de leur ind&#233;pendance &#233;conomique) serait impossible sans une autorit&#233; politique mondiale. Une telle autorit&#233; ne peut pas &#234;tre &#233;tablie &#171; &#224; l'amiable &#187;, &#233;tant donn&#233; les conflits et les frictions entre les pays capitalistes (s'il en fallait une preuve, le destin du Fonds Mon&#233;taire International l'a fournie). Une banque centrale mondiale pourrait &#234;tre impos&#233;e par la puissance mondialement dominante, aussi longtemps qu'une telle puissance existe (et en fait, le Fonds Mon&#233;taire International, pour autant qu'il ait jou&#233; un r&#244;le effectif quelconque, &#233;tait un simple instrument du &lt;i&gt;F&#233;d&#233;ral Reserve System &lt;/i&gt;des Etats-Unis jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1960 ; pour les Russes, les choses ont &#233;t&#233; beaucoup plus faciles &#224; l'int&#233;rieur de leur aire de domination politique). Le d&#233;clin, pendant ces derni&#232;res ann&#233;es, de la puissance &#233;conomique et politique relative des Etats-Unis, et en particulier la forte d&#233;t&#233;rioration de leur balance des transactions ext&#233;rieures, a fait qu'il leur devient impossible de continuer, et encore moins de renforcer, leurs activit&#233;s en tant que &#171; r&#233;gulateur en dernier ressort &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre possibilit&#233; qui reste est le r&#233;tablissement d'un m&#233;canisme r&#233;gulateur plus ou moins &#171; autonome &#187;, tel que celui constitu&#233; par des changements fr&#233;quents des &#171; valeurs &#187; internationales relatives des monnaies nationales. A la limite, cela devient un syst&#232;me de &#171; taux flottants g&#233;n&#233;ralis&#233;s &#187;. Un tel syst&#232;me comporte ses propres irrationalit&#233;s et ses propres probl&#232;mes ; en particulier, les pays pour lesquels la flotation am&#232;ne une d&#233;valuation continue de leur monnaie pourront avoir &#224; affronter les probl&#232;mes internes que l'on a discut&#233;s plus haut &#224; propos des d&#233;valuations pures et simples. Mais, comme quelques experts internationaux l'ont not&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re, les critiques du syst&#232;me semblent oublier qu'il n'existe pas beaucoup d'autres solutions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;O.C.D.E., Perspectives &#233;conomiques, juillet 1973.&#034; id=&#034;nh24-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La situation qui pr&#233;vaut actuellement, m&#233;lange d'une &#171; flotation g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#187;, de l'&#233;talon-dollar et de quelques r&#233;sidus persistants du r&#244;le traditionnel de l'or, contient des facteurs de d&#233;s&#233;quilibre encore plus importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La temp&#234;te mon&#233;taire, 1969-1973.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces facteurs de d&#233;s&#233;quilibre, mentionnons seulement le r&#244;le d&#233;cisif des &#171; anticipations &#187; ou projections portant sur les valeurs futures des mon&#173;naies (et donc aussi sur les valeurs internationales des marchandises et avoirs). Ces projections peuvent avoir une influence d&#233;stabilisatrice extr&#234;me. Ce facteur a jou&#233; un r&#244;le central dans la s&#233;quence d'&#233;v&#233;nements qui a conduit &#224; la &#171; suspension &#187; ind&#233;finie de la convertibilit&#233; du dollar en ao&#251;t 1971 et &#224; ses d&#233;valuations de d&#233;cembre 1971 et de f&#233;vrier 1973. Il avait d&#233;j&#224; beaucoup contribu&#233; aux infortunes de la livre sterling pendant de nombreuses ann&#233;es. Aussi longtemps que la &#171; confiance &#187; dans le dollar restait solide, non seulement les banques centrales mais aussi les banques priv&#233;es, les soci&#233;t&#233;s multinationales, etc. ont continu&#233;, pendant des ann&#233;es, &#224; accumuler des dollars (d&#233;tenant leurs avoirs liquides sous forme de dollars ou de cr&#233;ances &#224; court terme libell&#233;es en dollars). Il s'agissait l&#224; de centaines de milliards de dollars. Lorsque l'&#233;rosion de cette confiance a commenc&#233;, en 1969, une &#171; fuite devant le dollar &#187; s'est manifest&#233;e, qui s'est rapidement nourrie d'elle-m&#234;me et a atteint des dimensions inaffrontables pendant le premier semestre 1971, for&#231;ant finalement les Etats-Unis &#224; abolir la convertibilit&#233; du dollar et par la suite &#224; d&#233;valuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette s&#233;quence d'&#233;v&#233;nements, qui semblait alors devoir laisser l'&#233;conomie capitaliste sans un moyen de paiement international, aurait pu d&#233;clencher une &#171; crise de confiance &#187; g&#233;n&#233;rale et conduire &#224; une r&#233;cession plus profonde que les pr&#233;c&#233;dentes ou m&#234;me &#224; une d&#233;pression ; cela d'autant plus, que les &#233;v&#233;nements de l'&#233;t&#233; 1971 survenaient &#224; un moment o&#249; l'&#233;conomie des Etats-Unis se trouvait encore dans un &#233;tat de r&#233;cession fabriqu&#233; par la politique &#233;conomique (1970-1971) et que les autres pays industriels passaient par une des phases p&#233;riodiques de d&#233;c&#233;l&#233;ration de leur taux de croissance. Et, de fait, pendant l'automne de 1971, toutes les Bourses subirent des baisses catastrophiques. Les &#171; anticipations &#187; &#233;taient sombres. Et les marxistes annonc&#232;rent, plus fortement que d'habitude, que la &#171; derni&#232;re crise &#187; du capitalisme &#233;tait en train d'arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;... &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;et le boom de 1972-1973.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, et malgr&#233; la continuation des troubles mon&#233;taires internationaux, un des booms les plus forts de toute l'histoire du capitalisme commen&#231;a &#224; peu pr&#232;s &#224; ce m&#234;me moment. Le taux de croissance ; du P.N.B. de l'ensemble des pays de l'O.CD.E. est pass&#233; de 3,5 % en 1971 &#224; presque 6 % en 1972 et a d&#233;pass&#233; 7 % en 1973. En m&#234;me temps, le commerce international connaissait des taux d'expansion sans pr&#233;c&#233;dent. Cette p&#233;riode a &#233;t&#233; aussi (except&#233; une br&#232;ve fluctuation de la mi-1971 au printemps de 1972, due essentiellement au blocage des prix impos&#233; par Nixon aux Etats-Unis) une p&#233;riode de hausse rapide des prix, caus&#233;e par les facteurs fondamentaux que l'on a discut&#233;s plus haut, dont l'action &#233;tait cette fois-ci renforc&#233;e par la hausse des prix alimentaires (r&#233;sultat, surtout, de l'admirable efficacit&#233; des &#171; politiques &#187; agricoles des Etats-Unis et de l'U.R.S.S.) et des prix des mati&#232;res premi&#232;res (pour lesquels le r&#244;le des anticipations inflationnistes a &#233;t&#233; important). Vers le milieu de 1973, le niveau g&#233;n&#233;ral des prix dans l'ensemble des pays de l'O.C.D.E. &#233;tait en train d'augmenter &#224; un taux annuel d&#233;passant 8,5 %&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les donn&#233;es chiffr&#233;es de ce paragraphe proviennent des Perspectives (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Apr&#232;s un certain temps, les d&#233;valuations du dollar ont commenc&#233; &#224; produire leurs effets. Pendant l'ann&#233;e 1973, la balance commerciale des Etats-Unis revenait rapidement vers une position exc&#233;dentaire. Apr&#232;s un minimum atteint en juillet 1973, le r&#233;tablissement de la confiance envers le dollar commen&#231;ait &#224; faite remonter sa valeur internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'automne de 1973 on pouvait pr&#233;voir que, apr&#232;s le boom exceptionnellement puissant des deux ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, 1974 serait une ann&#233;e d'expansion plus lente (en fait, les signes d'un ralentissement &#233;taient clairs aux Etats-Unis, en Allemagne et au Japon), que la situation mon&#233;taire internationale deviendrait beaucoup plus calme, mais que l'inflation continuerait sans faiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;accident &#187; de la guerre isra&#233;lo-arabe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que la guerre isra&#233;lo-arabe explosa. Le p&#233;trole arabe fut soumis &#224; l'embargo. Les prix du p&#233;trole quadrupl&#232;rent en trois mois. Les prix des autres mati&#232;res premi&#232;res mont&#232;rent au ciel. Et M. Heath, invoquant quelques statistiques erron&#233;es, refusa aux mineurs britanniques une modeste augmentation des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;v&#233;nements confront&#232;rent le capitalisme occidental &#224; une menace sans pr&#233;c&#233;dent. Ce qui se manifestait brutalement, &#233;tait la claire possibilit&#233; d'une dislocation &#233;conomique r&#233;sultant de la p&#233;nurie soudaine d'un &#233;l&#233;ment physique fondamental de la production (l'&#233;nergie). Cette p&#233;nurie n'&#233;tait pas caus&#233;e par des facteurs &#233;conomiques, mais par des facteurs politiques. La situation r&#233;v&#233;lait dramatiquement les catastrophiques implications potentielles, qui s'&#233;taient accumul&#233;es pendant tr&#232;s longtemps, du processus de d&#233;veloppement technologique capitaliste (et &#171; socialiste &#187;). Mais m&#234;me en de&#231;&#224; d'une dislocation totale, la crise du p&#233;trole aurait pu avoir des effets immenses. En r&#233;duisant &#233;norm&#233;ment la demande adress&#233;e &#224; certains secteurs strat&#233;giques de la production capitaliste (automobile, a&#233;ronautique etc.) et en diminuant en m&#234;me temps les possibilit&#233;s de production de presque tous les autres secteurs (m&#234;me de l'agriculture), ceci ne compensant nullement cela, la crise du p&#233;trole aurait pu r&#233;duire &#224; n&#233;ant les anticipations des entreprises, provoquer des coupes tr&#232;s lourdes de l'investissement aussi bien que de la consommation, et aboutir cumulativement &#224; une d&#233;pression &lt;i&gt;combin&#233;e &lt;/i&gt;avec des hausses des prix - encore plus fortes. En bref, elle aurait pu conduire &#224; une situation o&#249; un Napol&#233;on doubl&#233; d'un Keynes se serait senti perdu, et o&#249; les Nixon, les Heath, les Wilson et les Pompidou auraient fait figure d'enfants arri&#233;r&#233;s &#224; qui l'on demande de r&#233;soudre les probl&#232;mes de la th&#233;orie des champs unifi&#233;e. Dans une telle situation les instruments traditionnels de &#171; r&#233;gulation de la demande &#187;, que les gouvernements capitalistes avaient enfin p&#233;niblement appris &#224; utiliser, auraient &#233;t&#233; totalement vains. Des mesures proches de celles d'une &#233;conomie de guerre auraient d&#251; &#234;tre appliqu&#233;es (allocation rigoureuse des ressources rares, contr&#244;le des prix et des salaires sinon rationnement universel, etc.), et l'on aurait eu &#224; les faire accepter par la population dans des conditions de &#171; paix &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspectives pr&#233;sentes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; j'&#233;cris (d&#233;but mars 1974), tout semble indiquer que, &#224; moins que des luttes sociales ne se d&#233;veloppent (ce qui est bien &#233;videmment possible, et m&#234;me plus probable que, par exemple, il y a un an, mais aucunement in&#233;vitable), l'&#233;conomie capitaliste sera capable de r&#233;&#233;merger de l'&#233;norme temp&#234;te provoqu&#233;e par la crise du p&#233;trole - qui est venue s'ajouter aux premi&#232;res manifestations d'un ralentissement du cycle &#233;conomique, lui-m&#234;me s'ajoutant &#224; une crise mon&#233;taire internationale qui tra&#238;ne, elle-m&#234;me s'ajoutant &#224; une inflation constamment acc&#233;l&#233;r&#233;e -, et cela seulement au prix d'une nouvelle r&#233;cession. Cette r&#233;cession pourrait m&#234;me ne pas &#234;tre plus s&#233;v&#232;re que d'autres r&#233;cessions que l'on a observ&#233;es depuis la fin de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela doit &#234;tre assorti d'une restriction - qui est en fait tr&#232;s importante. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut bien le noter : nous &lt;i&gt;ne &lt;/i&gt;sommes &lt;i&gt;pas, absolument pas &lt;/i&gt;li&#233;s ni par cette &#171; pr&#233;vision &#187; particuli&#232;re, ni par ce &lt;i&gt;type &lt;/i&gt;de pr&#233;vision. Il aurait pu y avoir (et cela pourrait encore se produire) &#224; cette occasion (ou &#224; une autre, dans l'avenir), une crise &#233;conomique tr&#232;s profonde, ou m&#234;me une dislocation de l'&#233;conomie capitaliste encore plus aigu&#235; que n'en ait jamais os&#233; r&#234;ver m&#234;me le trotskiste le plus exalt&#233;. Mais une telle crise ne constituerait pas une confirmation, mais une &lt;i&gt;r&#233;futation &lt;/i&gt;de toute la conception marxiste, &#233;conomique et g&#233;n&#233;rale. Car elle ne saurait &#234;tre saisie au moyen d'une analyste marxiste, pour les m&#234;mes raisons que la situation pr&#233;sente ne saurait &#234;tre saisie au moyen d'une analyse de ce type. Elle n'aurait pas &#233;t&#233; le r&#233;sultat des facteurs que le marxisme consid&#232;re comme agissants et fondamentaux. En particulier, elle n'aurait pas &#233;t&#233; le produit d'une &#171; contradiction &#187; entre la capacit&#233; du syst&#232;me &#224; &#171; produire de la plus-value &#187; et son incapacit&#233; &#224; &#171; r&#233;aliser la plus-value &#187;. Elle aurait &#233;t&#233; le r&#233;sultat de facteurs sur lesquels le marxisme n'a rien ou presque rien &#224; dire (ou qu'il consid&#232;re comme secondaires et p&#233;riph&#233;riques par rapport aux &#171; lois &#233;conomiques fondamentales &#187; du capitalisme). Les plus importants de ces facteurs sont : les luttes sociales comme d&#233;terminant fondamental de l'&#233;volution &#233;conomique ; les conflits politiques entre les couches dominantes des diff&#233;rents pays et &#224; l'int&#233;rieur de ces couches ; la mani&#232;re, n&#233;cessairement mi-&#171; rationnelle &#187; mi-&#171; irrationnelle &#187; d'apr&#232;s laquelle les gouvernements capitalistes g&#232;rent l'&#233;conomie et d&#233;cident de leur politique g&#233;n&#233;rale ; le jeu politico-militaire mondial et son &#233;tape pr&#233;sente (qui conditionne la capacit&#233; des chefs de quelques tribus b&#233;douines &#224; extraire des puissances imp&#233;rialistes, l'espace d'une nuit, une rente d'environ cent milliards de dollars par an. Cela peut-il &#234;tre expliqu&#233; en termes de la &#171; th&#233;orie de la valeur-travail &#187; - ou bien est-ce l&#224; une manifestation de la &#171; baisse du taux de profit &#187; ?) ; et, &lt;i&gt;last but not least, &lt;/i&gt;l'absurdit&#233; intrins&#232;que du d&#233;veloppement &lt;i&gt;technolgique &lt;/i&gt;capitaliste, c&#233;l&#233;br&#233; par Marx et les marxistes comme la Raison agissante en personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; du d&#233;clenchement d'une crise &#233;conomique (dont l'apparition, le type et le contenu auraient &#233;t&#233; impr&#233;vus et impr&#233;visibles pour n'importe qui, et en particulier pour les marxistes utilisant leur &#171; m&#233;thode &#187;) &#224; partir des r&#233;cents &#233;v&#233;nements politiques internationaux, confirme amplement les conceptions formul&#233;es dans &lt;i&gt;Le mouvement r&#233;volutionnaire dans le capitalisme moderne. &lt;/i&gt;Une telle crise, si elle &#233;tait apparue - ou si elle apparaissait maintenant - aurait &#233;t&#233; un &#171; accident &#187; par rapport &#224; l'&#233;conomie elle-m&#234;me. Elle n'aurait pas &#233;t&#233; l'effet du fonctionnement propre de l'&#233;conomie comme telle, mais de facteurs extrins&#232;ques, ext&#233;rieurs &#224; l'&#233;conomie - et cela est, depuis Aristote, la d&#233;finition m&#234;me de 1'&#171; accident &#187;. J'ai &#233;crit plus haut (Chapitre VI du &#171; &lt;i&gt;Mouvement r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;... &#187; que &#171; &lt;i&gt;chaque crise particuli&#232;re peut appara&#238;tre comme un ' accident ' ; mais, dans un tel syst&#232;me, l'existence d'accidents, et leur r&#233;p&#233;tition p&#233;riodique - quoique non ' r&#233;guli&#232;re ' sont absolument n&#233;cessaires&lt;/i&gt; &#187;. Car cette soci&#233;t&#233; est fondamentalement &lt;i&gt;irrationnelle. &lt;/i&gt;Et cela implique &lt;i&gt;qu'il n'existe pas &lt;/i&gt;une &#171; dynamique de ses contradictions &#187; simple, directe, belle (et ainsi finalement rationnelle). Cela peut pousser au d&#233;sespoir ceux qui croyaient avoir trouv&#233;, dans trois formules &#233;conomiques &#233;l&#233;mentaires, la cl&#233; des secrets de l'histoire humaine. Mais ces gens, quelle que soit l'&#233;tiquette qu'ils s'attribuent, n'avaient jamais compris quel est l'objet de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutionnaires qui veulent comprendre le fonctionnement du syst&#232;me doivent se situer &#224; ce point archim&#233;dien : la lutte des &#234;tres humains contre leur ali&#233;nation, et le conflit et le d&#233;chirement qui en r&#233;sultent dans toutes les sph&#232;res, tous les aspects, tous les moments de la vie sociale. Aussi longtemps que cette lutte continue, les couches dominantes continueront &#224; &#234;tre incapables d'organiser leur syst&#232;me d'une mani&#232;re coh&#233;rente, et la soci&#233;t&#233; continuera &#224; rouler d'accident en accident. Telles sont les conditions de l'activit&#233; r&#233;volutionnaire &#224; l'&#233;poque pr&#233;sente - et elles sont amplement suffisantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;17 mars 1974&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb24-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#171; &lt;i&gt;Capitalisme moderne et r&#233;volution, Vol. 2 ; Le mouvement r&#233;volutionnaire sous le capitalisme moderne&lt;/i&gt; &#187;, ed. 10 / 18, 1979, pp. 47 - 54 et 184 - 192&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V. &#171; Recommencer la r&#233;volution &#187;, &lt;i&gt;S. ou B. &lt;/i&gt;N&#176; 35, janvier 1964 [maintenant in &lt;i&gt;L'exp&#233;rience du mouvement ouvrier, 2, &lt;/i&gt;pp. 307-365], et &#171; Marxisme et th&#233;orie r&#233;volutionnaire &#187;, &lt;i&gt;S. ou B., &lt;/i&gt;Nos 36 &#224; 40, avril 1964 &#224; juin 1965 [maintenant in &lt;i&gt;l'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, &lt;/i&gt;le Seuil, 1975, Premi&#232;re Partie].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. ex. A. Glyn et B. Sutcliffe, &lt;i&gt;British Capitalism, Workers and the Profit Squeeze, &lt;/i&gt;Penguin 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;De m&#234;me : 1) je n'ai pas vol&#233;, 2) j'ai vol&#233;, mais seulement 10 F, non pas 1000 F, 3) j'ai vol&#233; parce que j'avais faim.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les 22 pays de l'O.C.D.E. (Europe non sovi&#233;tique, Etats-Unis, Canada, Australie et Japon) comprennent pratiquement tous les pays &#171; occidentaux &#187; industrialis&#233;s, et rien qu'eux (les exceptions &#233;tant l'Afrique du Sud et la Nouvelle-Z&#233;lande, qui n'y sont pas comprises, et le Portugal et la Turquie, qui le sont). Sauf mention contraire, les donn&#233;es statistiques dans ce texte, sont prises dans les &lt;i&gt;Comptes nationaux des pays de l'O.C.D.E. 1960-1970, &lt;/i&gt;O.C.D.E., Paris 1972, &lt;i&gt;Statistiques de la population active 1959-1970, &lt;/i&gt;O.C.D.E., Paris 1972, les &lt;i&gt;Principaux indicateurs &#233;conomiques &lt;/i&gt;(mensuel) et les &lt;i&gt;Statistiques r&#233;trospectives 1959-1969,&lt;/i&gt; O.C.D.E., Paris 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur laquelle s'appuie n&#233;cessairement, soit dit en passant, l'ensemble de l'&#233;conomie politique, classique, n&#233;o-classique &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'Accord de Bretton Woods de 1945 pr&#233;voyait que les dollars &#233;taient convertibles en or, c'est-&#224;-dire que les banques centrales &#233;trang&#232;res pouvaient toujours demander que les dollars en leur possession soient &#233;chang&#233;s contre de l'or. Les Etats-Unis se sont conform&#233;s &#224; cette r&#232;gle aussi longtemps qu'ils le pouvaient et le voulaient, c'est-&#224;-dire pendant les ann&#233;es 1950. Pendant les ann&#233;es 1960 ils ont cess&#233; de le faire et ont oblig&#233; par divers moyens - les &#171; Bons Roosa &#187;, les accords de &#171; &lt;i&gt;swap &#187;&lt;/i&gt;, etc. - leurs alli&#233;s &#224; absorber un montant net d'environ 30 milliards de dollars. La France gaullienne a refus&#233; de jouer le jeu, et a continu&#233; de convertir ses exc&#233;dents en or - une politique sainement marxiste. Cela ne lui a procur&#233; &#224; la fin aucun avantage, mais les hymnes fran&#231;ais aux m&#233;rites intrins&#232;ques de l'or, par ailleurs totalement &#224; c&#244;t&#233; de la question, ont jou&#233; un r&#244;le dans l'&#233;rosion de la confiance vis-&#224;-vis du dollar, et ont ainsi contribu&#233; a la crise mon&#233;taire de 1969-1973. Quant aux autres pays, les raisons principales qui leur ont fait accepter les exigences am&#233;ricaines &#233;taient &#233;videmment politiques. Mais elles &#233;taient aussi &#233;conomiques : si l'&#233;talon dollar &#233;tait abandonn&#233; le seul autre terme praticable de l'alternative &#233;tait l'adoption de taux de change flottants, ou - ce qui revient au m&#234;me - des r&#233;&#233;valuations p&#233;riodiques des monnaies des autres pays (deutsche Mark, yen) que les pays concern&#233;s ont essay&#233; d'&#233;viter aussi longtemps que possible, pour ne pas diminuer leur comp&#233;titivit&#233; internationale. Bien entendu, ils n'ont pas pu l'&#233;viter &#224; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;O.C.D.E., &lt;i&gt;Perspectives &#233;conomiques, &lt;/i&gt;juillet 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les donn&#233;es chiffr&#233;es de ce paragraphe proviennent des &lt;i&gt;Perspectives &#233;conomiques &lt;/i&gt;de 1'O.C.D.E., juillet 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cela doit &#234;tre assorti d'une restriction - qui est en fait tr&#232;s importante. C'est que, une fois que la hausse massive &#171; une fois pour toutes &#187; du niveau des prix caus&#233;e par les &#233;v&#233;nements r&#233;cents aura fini de se propager &#224; travers le syst&#232;me (les &#233;conomies capitalistes dominantes doivent permettre que cette hausse ait lieu, afin de r&#233;duire le changement des termes de l'&#233;change entre pays industrialis&#233;s et pays producteurs de p&#233;trole et de mati&#232;res premi&#232;res, et r&#233;tablir un certain &#233;quilibre des transactions entre les premiers et les seconds), les pays capitalistes r&#233;ussissent soit &#224; arr&#234;ter l'acc&#233;l&#233;ration de l'inflation des prix, soit &#224; apprendre &#224; vivre sous des conditions &#171; latino-am&#233;ricaines &#187;. Rien ne garantit qu'ils y parviendront. Rien non plus, qu'ils n'y parviendront pas. Comme je l'ai dit &#224; plusieurs reprises l'issue d&#233;pend, en dernier lieu, des r&#233;actions et des actions des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le d&#233;labrement de l'Occident </title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?730-le-delabrement-de-l-occident</link>
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		<dc:date>2019-01-17T10:04:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Lib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec Cornelius Castoriadis publi&#233; dans la revue Esprit en d&#233;cembre 1991, puis repris dans &#171; La mont&#233;e de l'insignifiance. Les carrefours du labyrinthe IV &#187;, Seuil 1996, r&#233;&#233;d. 2007. Propos recueillis par Olivier Mongin, Jo&#235;l Roman et Ramin Jahanbegloo Esprit - L'actualit&#233; imm&#233;diate, avec la guerre du Golfe et la fin du communisme, nous semble poser la question de la valeur du mod&#232;le d&#233;mocratique. Ne doit-on pas dire qu'il y a somme toute une forme de relativisme dans l'ordre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Cornelius Castoriadis publi&#233; dans la revue Esprit en d&#233;cembre 1991, puis repris dans &#171; La mont&#233;e de l'insignifiance. Les carrefours du labyrinthe IV &#187;, Seuil 1996, r&#233;&#233;d. 2007.&lt;br class='manualbr' /&gt;Propos recueillis par Olivier Mongin, Jo&#235;l Roman et Ramin Jahanbegloo&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Esprit - L'actualit&#233; imm&#233;diate, avec la guerre du Golfe et la fin du communisme, nous semble poser la question de la valeur du mod&#232;le d&#233;mocratique. Ne doit-on pas dire qu'il y a somme toute une forme de relativisme dans l'ordre international ? Y a-t-il d'autre part une nouvelle bipolarit&#233;, ou bien une supr&#233;matie renouvel&#233;e des &#201;tats-Unis ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis -&lt;/strong&gt; Avec l'effondrement de l'empire russo-communiste, l'impuissance de la Chine, le cantonnement, peut-&#234;tre provisoire, du Japon et de l'Allemagne dans le champ de l'expansion &#233;conomique, la nullit&#233; manifeste de l'Europe des Douze comme entit&#233; politique, les &#201;tats-Unis occupent seuls la sc&#232;ne de la politique mondiale, r&#233;affirment leur h&#233;g&#233;monie, pr&#233;tendent imposer un &#171; nouvel ordre mondial &#187;. La guerre du Golfe en a &#233;t&#233; une manifestation. Je ne pense pas, cependant, que l'on puisse parler d'une supr&#233;matie absolue ou d'un ordre unipolaire. Les &#201;tats-Unis ont &#224; faire face &#224; un nombre extraordinaire de pays, de probl&#232;mes, de crises, devant lesquels leurs avions et leurs missiles ne peuvent rien. Ni l' &#171; anarchie &#187; croissante dans les pays pauvres, ni la question du sous-d&#233;veloppement, ni celle de l'environnement ne peuvent &#234;tre r&#233;gl&#233;es par des bombardements. Et m&#234;me du point de vue militaire, la guerre du Golfe a probablement montr&#233; la limite de ce que les &#201;tats-Unis peuvent faire &#8211; en de&#231;&#224; de l'utilisation des armes nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, les &#201;tats-Unis subissent un affaissement, un d&#233;labrement interne dont je crois que l'on ne se rend pas compte en France &#8211; &#224; tort, car ils sont le miroir o&#249; les autres pays riches peuvent regarder leur avenir. L'&#233;rosion du tissu social, les ghettos, l'apathie et le cynisme sans pr&#233;c&#233;dent de la population, la corruption &#224; tous les niveaux, la crise fantastique de l'&#233;ducation (la plupart des &#233;tudiants &#171; gradu&#233;s &#187; sont maintenant d'origine &#233;trang&#232;re), la mise en cause de l'anglais comme langue nationale, la d&#233;gradation continue de l'appareil productif et &#233;conomique ; tout cela mine, &#224; terme, les possibilit&#233;s d'h&#233;g&#233;monie mondiale des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crise du Golfe ne repr&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;sente-t-&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;lle pas l'&#233;chec de la pr&#233;tendue port&#233;e universelle des valeurs occidentales ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du Golfe a agi comme un formidable r&#233;v&#233;lateur de facteurs que l'on connaissait, ou que l'on devait conna&#238;tre d&#233;j&#224;. On a pu voir les Arabes, et les musulmans en g&#233;n&#233;ral, s'identifier massivement &#224; ce gangster et bourreau de son propre peuple qu'est Saddam Hussein. Du moment que Saddam s'opposait &#224; l' &#171; Occident &#187;, ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; gommer la nature de son r&#233;gime et la trag&#233;die de son peuple. Les manifestations se sont tass&#233;es apr&#232;s la d&#233;faite de Saddam, mais le courant de fond est toujours l&#224; : l'int&#233;grisme ou &#171; fondamentalisme &#187; islamique est plus fort que jamais, et s'&#233;tend sur des r&#233;gions que l'on croyait sur une autre voie (Afrique du Nord, Pakistan, pays au sud du Sahara). Il s'accompagne d'une haine visc&#233;rale de l'Occident, ce qui se comprend : un ingr&#233;dient essentiel de l'Occident est la s&#233;paration de la religion et de la soci&#233;t&#233; politique. Or l'islam, comme du reste presque toutes les religions, pr&#233;tend &#234;tre une institution totale, il refuse la distinction du religieux et du politique. Ce courant se compl&#232;te et s'auto-excite par une rh&#233;torique &#171; anticolonialiste &#187; dont le moins que l'on puisse dire, dans le cas des pays arabes, est qu'elle est creuse. S'il y a des Arabes aujourd'hui en Afrique du Nord, c'est que celle-ci a &#233;t&#233; colonis&#233;e par les Arabes &#224; partir du VIIe si&#232;cle ; de m&#234;me pour les pays du Moyen-Orient. Et les premiers &#171; colonisateurs &#187; non arabes du Moyen-Orient (et de l'Afrique du Nord) n'ont pas &#233;t&#233; les Europ&#233;ens, mais d'autres musulmans &#8211; les Turcs seldjuks d'abord, les Turcs ottomans ensuite. L'Irak est rest&#233; sous domination turque pendant cinq si&#232;cles &#8212; et sous protectorat britannique pendant quarante ans. Il ne s'agit pas de minimiser les crimes de l'imp&#233;rialisme occidental, mais de d&#233;noncer cette mystification qui pr&#233;sente les peuples musulmans comme n'ayant aucune responsabilit&#233; dans leur propre histoire, comme n'ayant jamais fait autre chose que subir passivement ce que d'autres, c'est-&#224;-dire les Occidentaux, leur ont impos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ne trouve-t-on pas ici les limites de cet universalisme repr&#233;sent&#233; par l'Occident face &#224; un culturalisme antid&#233;mocratique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs niveaux &#224; cette question, laquelle atteint aujourd'hui une intensit&#233; tragique. En un sens, l' &#171; universalisme &#187; n'est pas une cr&#233;ation sp&#233;cifique de l'Occident. Le bouddhisme, le christianisme, l'islam, sont &#171; universalistes &#187; puisque leur appel s'adresse, en principe, &#224; tous les humains qui ont tous le m&#234;me droit (et le m&#234;me devoir) de s'y convertir. Cette conversion pr&#233;suppose un acte de foi &#8211; et entra&#238;ne l'adh&#233;sion &#224; un monde de significations (et de normes, de valeurs, etc.) sp&#233;cifique et clos. Cette cl&#244;ture est le trait caract&#233;ristique des soci&#233;t&#233;s &#224; h&#233;t&#233;ronomie forte. Le propre de l'histoire gr&#233;co-occidentale est la rupture de cette cl&#244;ture, la mise en question des significations, des institutions, des repr&#233;sentations &#233;tablies par la tribu, qui donne un tout autre contenu &#224; l'universalisme ; cette rupture va de pair avec le projet d'autonomie sociale et individuelle, donc avec les id&#233;es de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;, l'autogouvernement des collectivit&#233;s et les droits de l'individu, la d&#233;mocratie et la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ici, nous rencontrons un paradoxe de premi&#232;re grandeur, all&#232;grement escamot&#233; par les discoureurs sur les droits de l'homme, l'ind&#233;termination de la d&#233;mocratie, l'agir communicationnel, l'auto-fondation de la raison, etc. &#8211; les Pangloss qui continuent leur rh&#233;torique nombriliste sans se laisser perturber par le bruit et la fureur de l'histoire effective. Les &#171; valeurs &#187; de l'Occident se pr&#233;tendent universelles &#8211; et sans doute le sont-elles au plus haut point, puisqu'elles pr&#233;supposent et entra&#238;nent le d&#233;gagement de toute cl&#244;ture social-historique particuli&#232;re dans laquelle les humains se trouvent toujours n&#233;cessairement pris au d&#233;part. Mais il est impossible de m&#233;conna&#238;tre qu'elles ont un enracinement social-historique particulier, dont il serait absurde de pr&#233;tendre qu'il a &#233;t&#233; contingent. Pour aller vite, et prendre l'affaire &lt;i&gt;in medias res&lt;/i&gt; : cette rupture de la cl&#244;ture, nous l'avons derri&#232;re nous, vingt-cinq si&#232;cles ou cinq si&#232;cles derri&#232;re nous. Mais les autres ne l'ont pas. Pour nous, il est possible de d&#233;fendre raisonnablement &#171; nos valeurs &#187; &#8211; mais parce que, pr&#233;cis&#233;ment, nous avons &#233;rig&#233; la discussion raisonnable en pierre de touche de l'acceptable et de l'inacceptable. Si l'autre entre dans cette discussion, il a en fait bascul&#233; du c&#244;t&#233; de notre tradition, o&#249; tout peut &#234;tre examin&#233; et discut&#233;. Mais s'il se barricade derri&#232;re une r&#233;v&#233;lation divine, ou m&#234;me simplement derri&#232;re une tradition qu'il sacralise (c'est, d'une certaine fa&#231;on, le cas des Japonais actuels), que veut dire lui imposer une discussion raisonnable ? Et nous avons tendance &#224; oublier trop facilement ce qui arrivait, il n'y a pas si longtemps encore en terre chr&#233;tienne, aux livres qui pr&#233;tendaient mener simplement une discussion raisonnable en ignorant la foi, et &#224; leurs auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que les autres &#8211; islamistes, hindouistes, que sais-je &#8211; acceptent l'universalisme avec le contenu que l'Occident a tent&#233; de donner &#224; cette id&#233;e, il faudrait qu'ils sortent de leur cl&#244;ture religieuse, de leur magma de significations imaginaires. Jusqu'ici, ils ne le font que tr&#232;s peu &#8211; c'est chez eux, par excellence, que le pseudo-marxisme ou le tiers-mondisme a &#233;t&#233; un substitut de la religion &#8211; et m&#234;me, pour des raisons sur lesquelles on reviendra, ils se crispent sur elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons pas discuter, ici et maintenant, pourquoi il en a &#233;t&#233;, et il en est toujours, ainsi. Pourquoi, par exemple, la philosophie hindoue n'a jamais mis en cause le monde social, ou pourquoi les commentateurs arabes d'Aristote ont &#233;crit interminablement sur sa m&#233;taphysique et sa logique, mais ont radicalement ignor&#233; toute la probl&#233;matique politique grecque : de m&#234;me qu'il faut attendre Spinoza l'excommuni&#233; pour trouver une r&#233;flexion politique dans la tradition juive. Mais nous pouvons nous arr&#234;ter sur les facteurs qui font que, aujourd'hui, les soci&#233;t&#233;s occidentales riches sont incapables d'exercer une influence &#233;mancipatrice sur le reste du monde, nous demander pourquoi non seulement elles ne contribuent pas &#224; l'&#233;rosion des significations religieuses pour autant que celles-ci bloquent la constitution d'un espace politique, mais tendent peut-&#234;tre finalement &#224; renforcer leur emprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est l' &#171; exemple &#187; que ces soci&#233;t&#233;s de capitalisme lib&#233;ral fournissent au reste du monde ? D'abord, celui de la richesse et de la puissance technologique et militaire. Cela, les autres voudraient bien l'adopter, et parfois ils y arrivent (le Japon, les &#171; quatre dragons,,, sans doute bient&#244;t quelques autres). Mais comme le montrent ces exemples, et contrairement aux dogmes marxistes et m&#234;me &#171; lib&#233;raux &#187;, cela en tant que tel n'implique rien et n'entra&#238;ne rien quant &#224; l'&#233;mergence d'un processus &#233;mancipatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais en m&#234;me temps ces soci&#233;t&#233;s pr&#233;sentent au reste du monde une image-repoussoir, celle de soci&#233;t&#233;s o&#249; r&#232;gne un vide total de significations. La seule valeur y est l'argent, la notori&#233;t&#233; m&#233;diatique ou le pouvoir, au sens le plus vulgaire et le plus d&#233;risoire du terme. Les communaut&#233;s y sont d&#233;truites, la solidarit&#233; est r&#233;duite &#224; des dispositions administratives. C'est face &#224; ce vide que les significations religieuses se maintiennent, ou m&#234;me regagnent en puissance. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il y a aussi ce que les journalistes et les politiciens appellent la &#171; d&#233;mocratie &#187;, et qui est en fait une oligarchie lib&#233;rale. On y chercherait en vain l'exemple de ce qu'est un citoyen responsable, &#171; capable de gouverner et d'&#234;tre gouvern&#233; &#187; comme disait Aristote, de ce qu'est une collectivit&#233; politique r&#233;flexive et d&#233;lib&#233;rative. Sans doute il y subsiste, r&#233;sultat de longues luttes ant&#233;rieures, des libert&#233;s &#8211; importantes et pr&#233;cieuses, quoique partielles ; elles sont essentiellement d&#233;fensives et n&#233;gatives. Dans la r&#233;alit&#233; social-historique effective du capitalisme contemporain, ces libert&#233;s fonctionnent de plus en plus comme simple compl&#233;ment instrumental du dispositif maximisateur des &#171; jouissances &#187; individuelles. Et ce sont ces &#171; jouissances &#187; qui sont le seul contenu substantif de l'individualisme dont on nous rebat les oreilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il ne peut pas y avoir d'individualisme pur, c'est-&#224;-dire vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les individus pr&#233;tendument &#171; libres de faire ce qu'ils veulent &#187; ne font pas rien, ni n'importe quoi. Ils font chaque fois des choses pr&#233;cises, d&#233;finies, particuli&#232;res, ils d&#233;sirent et investissent certains objets et en refusent d'autres, ils valorisent telles activit&#233;s, etc. Or ces objets et ces activit&#233;s ne sont et ne peuvent jamais &#234;tre d&#233;termin&#233;s exclusivement, ni m&#234;me essentiellement, par les &#171; individus &#187; tout seuls, ils sont d&#233;termin&#233;s par le champ social-historique, par l'institution sp&#233;cifique de la soci&#233;t&#233; o&#249; ils vivent et ses significations imaginaires. On peut sans doute parler d'un &#171; individualisme &#187; des vrais bouddhistes, m&#234;me si ses pr&#233;suppos&#233;s m&#233;taphysiques sont diam&#233;tralement oppos&#233;s &#224; ceux de l' &#171; individualisme &#187; occidental (nullit&#233; de l'individu l&#224;-bas, r&#233;alit&#233; substantielle autarcique de l'individu ici) ; mais quel est le contenu substantif du premier ? En principe, le renonce&#173;ment au monde et &#224; ses &#171; jouissances &#187; . De m&#234;me, dans l'Occident contemporain, l' &#171; individu &#187; libre, souverain, autarcique, substantiel n'est gu&#232;re plus, dans la grande majorit&#233; des cas, qu'une marionnette accomplissant spasmodiquement les gestes que lui impose le champ social-historique : faire de l'argent, consommer et &#171; jouir &#187; (s'il y arrive ... ). Suppos&#233; &#171; libre &#187; de donner &#224; sa vie le sens qu'il &#171; veut &#187;, il ne lui &#171; donne&gt;&gt;, dans l'&#233;crasante majorit&#233; des cas, que le &#171; sens &#187; qui a cours, c'est-&#224;-dire le non-sens de l'augmentation ind&#233;finie de la consommation. Son &#171; autonomie &#187; redevient h&#233;t&#233;ronomie, son &#171; authenticit&#233; &#187; est le conformisme g&#233;n&#233;ralis&#233; qui r&#232;gne autour de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela revient &#224; dire qu'il ne peut pas y avoir d' &#171; autonomie &#187; individuelle s'il n'y a pas d'autonomie collective, ni de &#171; cr&#233;ation de sens &#187; pour sa vie par chaque individu qui ne s'inscrive dans le cadre d'une cr&#233;ation collective de significations. Et c'est l'infinie platitude de ces significations dans l'Occident contemporain qui conditionne son incapacit&#233; d'exercer une influence sur le monde non occidental, de contribuer &#224; l'&#233;rosion de l'emprise des significations religieuses ou similaires dans celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'y aurait donc plus de sens global ; mais est-ce que cela veut dire obligatoirement qu'il n'y ait pas des sens p&#233;riph&#233;riques, dans tel ou tel secteur social, dans la libert&#233; des individus et dans la mesure o&#249; chacun pourrait, si l'on peut dire, construire un sens pour lui-m&#234;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, il s'est apparemment produit dans notre discussion une sorte de glissement de langage. Lorsqu'on dit qu'il n'y a plus de sens, les gens entendent automatiquement qu'il n'y a plus de sens pr&#233;donn&#233;. Or, le probl&#232;me n'est pas l&#224;, dans la mesure o&#249; l'absence d'un sens pr&#233;donn&#233; ne cr&#233;e pas n&#233;cessairement un vide. Il peut s'agir au contraire d'une chance, d'une possibilit&#233; de libert&#233;, qui permettrait de sortir du &#171; d&#233;senchantement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En revanche, la grande question n'est-elle pas alors de savoir si cette &#233;preuve de la libert&#233; elle-m&#234;me n'est pas intenable ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que je ne parle pas de la disparition d'un sens pr&#233;donn&#233;, et que je ne la d&#233;plore pas. Le sens pr&#233;donn&#233;, c'est I'h&#233;t&#233;ronomie. Une soci&#233;t&#233; autonome, une soci&#233;t&#233; v&#233;ritablement d&#233;mocratique, est une soci&#233;t&#233; qui met en question tout sens pr&#233;donn&#233;, et o&#249;, de ce fait m&#234;me, est lib&#233;r&#233;e la cr&#233;ation de significations nouvelles. Et dans une telle soci&#233;t&#233;, chaque individu est libre de cr&#233;er pour sa vie le sens qu'il veut (et qu'il peut). Mais il est absurde de penser qu'il peut faire cela hors tout contexte et tout conditionnement social-historique. &#201;tant donn&#233; ce qu'est, ontologiquement, l'individu, cette proposition est en fait une tautologie. L'individu individu&#233; cr&#233;e un sens pour sa vie en participant aux significations que cr&#233;e sa soci&#233;t&#233;, en participant &#224; leur cr&#233;ation, soit comme &#171; auteur &#187;, soit comme &#171; r&#233;cepteur &#187; (public) de ces significations. Et j'ai toujours insist&#233; sur le fait que la vraie &#171; r&#233;ception &#187; d'une &#339;uvre nouvelle est tout aussi cr&#233;atrice que sa cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit clairement dans les deux grandes p&#233;riodes de notre histoire o&#249; &#233;merge le projet d'autonomie et o&#249; apparaissent pour la premi&#232;re fois des individus vraiment individu&#233;s. Le surgissement de cr&#233;ateurs vraiment individuels et d'un public capable d'accepter leurs invocations va de pair, en Gr&#232;ce ancienne, avec le surgissement de la polis et des significations nouvelles que celle-ci incarne : d&#233;mocratie, isonomie, libert&#233;, logos, r&#233;flexivit&#233;. Pour &#234;tre beaucoup plus complexe, la situation est analogue en Europe occidentale moderne. Certes, ici, pendant une longue p&#233;riode, le grand art et la philosophie, et m&#234;me la recherche scientifique, restent intimement li&#233;s aux significations religieuses. Mais d&#233;j&#224; la fa&#231;on dont ils se situent par rapport &#224; elles change. Et relativement t&#244;t sont cr&#233;&#233;es de grandes formes et &#339;uvres &#171; profanes &#187; que la soci&#233;t&#233; suscite et qu'elle se montre capable d'accueillir. Kundera l'a montr&#233; &#224; propos du roman, en soulignant sa &#171; fonction &#187; de mise en cause de l'ordre &#233;tabli, et de la quotidiennet&#233;. Et comment oublier le plus grand &#233;crivain de l'Europe moderne, Shakespeare, chez qui on ne trouve pas une once de religiosit&#233; ? Mais &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle la cr&#233;ation europ&#233;enne se d&#233;&#173;gage de tout sens &#171; pr&#233;donn&#233; &#187;. C'est une de ces merveilleuses &#171; co&#239;ncidences &#187; de l'histoire que la derni&#232;re tr&#232;s grande &#339;uvre d'art religieux, le Requiem de Mozart, est &#233;crite en 1791 &#8211; au moment o&#249; la R&#233;volution fran&#231;aise allait commencer &#224; s'attaquer &#224; l'&#201;glise et au christianisme, quelques ann&#233;es apr&#232;s que Lessing eut d&#233;fini l'esprit des Lumi&#232;res comme le triple refus de la R&#233;v&#233;lation, de la Providence et de la Damnation &#233;ternelle, quelques ann&#233;es avant que Laplace r&#233;&#173;ponde, &#224; propos de l'absence de Dieu dans le Syst&#232;me du monde, qu'il n'avait pas besoin de cette hypoth&#232;se. Cette &#233;limination du sens &#171; pr&#233;donn&#233; &#187; n'a pas emp&#234;ch&#233; l'Europe d'entrer, pour cent cinquante ans, de 1800 &#224; 1950, dans une p&#233;riode de cr&#233;ation extraordinaire dans tous les domaines. Pour les grands romanciers, les grands musiciens, les grands peintres de cette p&#233;riode, il n'y a pas de sens pr&#233;donn&#233; (pas plus que pour les grands math&#233;maticiens et scientifiques). Il y a l'ivresse lucide de la recherche et de la cr&#233;ation du sens &#8211; et il n'est certes pas accidentel que la signification la plus lourde de leurs &#339;uvres soit une interrogation permanente sur la signification elle-m&#234;me, par o&#249; Proust, Kafka, Joyce et tant d'autres rejoignent la trag&#233;die ath&#233;nienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette p&#233;riode s'ach&#232;ve autour de 1950 (date &#233;videmment &#171; arbitraire &#187;, pour fixer les id&#233;es), ce n'est pas parce qu'on entre dans une phase plus &#171; d&#233;mocratique &#187; qu'avant, on pourrait sans paradoxe soutenir le contraire, c'est parce que le monde occidental entre en crise, et cette crise consiste pr&#233;cis&#233;ment en ceci, qu'il cesse de se mettre vraiment en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'y aurait-il pas un rapport entre le vide de sens et la perte de ce grand art dont vous parlez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que les deux vont ensemble. Le grand art est &#224; la fois la fen&#234;tre de la soci&#233;t&#233; sur le chaos, et la forme donn&#233;e &#224; ce chaos (alors que la religion est la fen&#234;tre vers le chaos, et le masque pos&#233; sur ce chaos). L'art est une forme qui ne masque rien. A travers cette forme, l'art montre, ind&#233;finiment, le chaos &#8211; et par l&#224;, il remet en question les significations &#233;tablies, jusqu'&#224; la signification de la vie humaine et de ses contenus les plus indiscutables. L'amour est au centre de la vie personnelle au XIXe si&#232;cle &#8211; et Tristan est &#224; la fois la pr&#233;sentation la plus intense de cet amour, et la d&#233;monstration de ce qu'il ne peut s'accomplir que dans la s&#233;paration et la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait, loin d'&#234;tre incompatible avec une soci&#233;t&#233; autonome, d&#233;mocratique, le grand art en est ins&#233;parable. Car une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique sait, doit savoir, qu'il n'y a pas de signification assur&#233;e, qu'elle vit sur le chaos, qu'elle est elle-m&#234;me un chaos qui doit se donner sa forme, jamais fix&#233;e une fois pour toutes. C'est &#224; partir de ce savoir qu'elle cr&#233;e du sens et de la signification. Or c'est ce savoir -autant dire le savoir de la mortalit&#233;, on y reviendra &#8211; que la soci&#233;t&#233; et l'homme contemporains r&#233;cusent et refusent. Et par l&#224; m&#234;me, le grand art devient impossible, au mieux marginal, sans participation re-cr&#233;atrice du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous demandiez si l'&#233;preuve de la libert&#233; ne devient pas intenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux r&#233;ponses &#224; cette question, qui sont solidaires. L'&#233;preuve de la libert&#233; devient intenable dans la mesure o&#249; l'on n'arrive &#224; rien faire de cette libert&#233;. Pourquoi voulons-nous la libert&#233; ? Nous la voulons d'abord pour elle-m&#234;me, certes ; mais aussi, pour pouvoir faire des choses. Si l'on ne peut, si l'on ne veut rien faire, cette libert&#233; se transforme en la pure figure du vide. Horrifi&#233; devant ce vide, l'homme contemporain se r&#233;fugie dans le sur-remplissage laborieux de ses &#171; loisirs &#187;, dans un train-train de plus en plus r&#233;p&#233;titif et de plus en plus acc&#233;l&#233;r&#233;. En m&#234;me temps, l'&#233;preuve de la libert&#233; est indissociable de l'&#233;preuve de la mortalit&#233;. (Les &#171; garanties du sens &#187; sont &#233;videmment l'&#233;quivalent de la d&#233;n&#233;gation de la mortalit&#233; : ici encore l'exemple des religions est &#233;loquent.) Un &#234;tre &#8211; individu ou soci&#233;t&#233; &#8211; ne peut pas &#234;tre autonome s'il n'a pas accept&#233; sa mortalit&#233;. Une v&#233;ritable d&#233;mocratie &#8211; non pas une &#171; d&#233;mocratie &#187; simplement proc&#233;durale &#8211; , une soci&#233;t&#233; autor&#233;flexive, et qui s'auto-institue, qui peut toujours remettre en question ses institutions et ses significations, vit pr&#233;cis&#233;ment dans l'&#233;preuve de la mortalit&#233; virtuelle de toute signification institu&#233;e. Ce n'est qu'&#224; partir de l&#224; qu'elle peut cr&#233;er et, le cas &#233;ch&#233;ant, instaurer des &#171; monuments imp&#233;rissables &#187; : imp&#233;rissables en tant que d&#233;monstration, pour tous les hommes &#224; venir, de la possibilit&#233; de cr&#233;er la signification en habitant le bord de l' Ab&#238;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or il est &#233;vident que l'ultime v&#233;rit&#233; de la soci&#233;t&#233; occidentale contemporaine, c'est la fuite &#233;perdue devant la mort, la tentative de recouvrir notre mortalit&#233;, qui se monnaie de mille fa&#231;ons, par la suppression du deuil, par les &#171; morticiens &#187; par les tubages et les branchements interminables de l'acharnement th&#233;rapeutique, par la formation de psychologues sp&#233;cialis&#233;s pour &#171; assister &#187; les mourants, par la rel&#233;gation des vieux, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si l'on refuse de d&#233;sesp&#233;rer de la d&#233;mocratie moderne, si l'on pense qu'il devrait y avoir encore possibilit&#233; de cr&#233;ation de significations sociales, ne se heurte-t-on pas alors &#224; un discours anthropologique, un discours quelque peu tocquevillien qui irait de Furet &#224; Gauchet, et qui consiste &#224; dire que l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques am&#232;ne les individus &#224; se r&#233;fugier dans la sph&#232;re priv&#233;e, &#224; s'individualiser ? N'est-ce pas l&#224; une pente structurelle des soci&#233;t&#233;s modernes ? Inversement, si l'on s'accorde avec votre pens&#233;e, qui est une pens&#233;e de l'action, quelles sont les conditions d'un agir autonome dans une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique ? N'y a-t-il pas la possibilit&#233; d'agir publiquement dans cet &#233;branlement ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; pente structurelle &#187; dont vous parlez-elle n'est pas &#171; structurelle &#187;, elle est historique &#8211; est celle des soci&#233;t&#233;s capitalistes modernes, non celle de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'abord une remarque &#171; philologique &#187;. Je pense qu'il y a une confusion qui p&#232;se beaucoup sur les discussions contemporaines. Chez Tocqueville, le sens du terme &#171; d&#233;mocratie &#187; n'est pas politique, il est sociologique. Il &#233;quivaut, en derni&#232;re analyse, &#224; la suppression des statuts h&#233;r&#233;ditaires, qui instaure une &#171; &#233;galit&#233; des conditions &#187;, au moins juridique. Cette &#233;galisation aboutit, ou peut aboutir, &#224; la cr&#233;ation d'une masse d'individus indiff&#233;renci&#233;s, qui tiennent &#224; cette indiff&#233;renciation et refusent l'excellence. Au bout, il y a l'apparition de l' &#171; &#201;tat tut&#233;laire &#187;, le plus b&#233;n&#233;vole et le plus terrible des tyrans, et le &#171; despotisme d&#233;mocratique &#187; (notion &#224; mes yeux absurde car n'importe quel despotisme ne peut exister qu'en instaurant de nouvelles diff&#233;renciations). Tocqueville accepte le mouvement d'&#233;galisation, qu'il consid&#232;re comme la tendance irr&#233;versible de l'histoire (&#224; ses yeux voulue par la Providence), mais son pessimisme est nourri par sa nostalgie des temps anciens, o&#249; l'excellence et la gloire individuelles n'&#233;taient pas rendues impossibles par ce qu'il appelle &#171; d&#233;mocratie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, comme vous le savez, le sens premier &#8211; d'o&#249; tout le reste d&#233;coule &#8211; du terme d&#233;mocratie est politique : r&#233;gime o&#249; les citoyens sont tous capables de gouverner et d'&#234;tre gouvern&#233;s (deux termes indissociables), r&#233;gime d'auto-institution explicite de la soci&#233;t&#233;, r&#233;gime de r&#233;flexivit&#233; et d'autolimitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela pos&#233;, la question anthropologique est &#233;videmment fondamentale. Elle a toujours &#233;t&#233; au centre de mes pr&#233;occupations, et c'est pour cela que, depuis 1959-1960, j'ai donn&#233; une telle importance au ph&#233;nom&#232;ne de la privatisation des individus dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines, et &#224; son analyse. Car l'&#233;quilibre et la conservation de la soci&#233;t&#233; capitaliste moderne, &#224; partir des ann&#233;es 1950, s'obtient par le renvoi de chacun &#224; sa sph&#232;re priv&#233;e et son enfermement dans celle-ci (ce qui est rendu possible par l'aisance &#233;conomique des pays riches, mais aussi par toute une s&#233;rie de transformations sociales, notamment en mati&#232;re de consommation et de &#171; loisirs &#187; ), parall&#232;le et synchrone avec un immense mouvement &#171; spontan&#233; &#187; (et pour l'essentiel induit par toute l'histoire pr&#233;c&#233;dente) de retrait de la population, d'apathie et de cynisme &#224; l'&#233;gard des affaires politiques. Et, depuis les ann&#233;es 1950, cette &#233;volution ne fait que s'accentuer, malgr&#233; quelques contre&#173; ph&#233;nom&#232;nes sur lesquels on reviendra. Or le paradoxe est que le capitalisme n'a pu se d&#233;velopper et survivre que par la conjonction de deux facteurs, qui ont tous les deux trait &#224; l'anthropologie, et qu'il est en train de les d&#233;truire tous les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier, c'&#233;tait le conflit social et politique, traduction des luttes des groupes et des individus pour l'autonomie. Or sans ce conflit il n'y aurait pas eu, au plan politique, ce que vous appelez &#171; d&#233;mocratie &#187;. Le capitalisme comme tel n'a rien &#224; voir avec la d&#233;mocratie (il n'y a qu'&#224; regarder le Japon, avant comme apr&#232;s la guerre). Et, au plan &#233;conomique, sans les luttes sociales, le capitalisme se serait effondr&#233; des dizaines de fois depuis deux si&#232;cles. Le ch&#244;mage potentiel a &#233;t&#233; r&#233;sorb&#233; par la r&#233;duction de la dur&#233;e de la journ&#233;e, de la semaine, de l'ann&#233;e et de la vie de travail ; la production a trouv&#233; des d&#233;bouch&#233;s dans les march&#233;s int&#233;rieurs de consommation, constamment &#233;largis par les luttes ouvri&#232;res et les hausses des salaires r&#233;els qu'elles ont entra&#238;n&#233;es ; les irrationalit&#233;s de l'organisation capitaliste de la production ont &#233;t&#233; corrig&#233;es tant bien que mal par la r&#233;sistance permanente des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me est que le capitalisme n'a pu fonctionner que parce qu'il a h&#233;rit&#233; d'une s&#233;rie de types anthropologiques qu'il n'a pas, et n'aurait pas pu, cr&#233;er lui-m&#234;me : des juges incorruptibles, des fonctionnaires int&#232;gres et w&#233;b&#233;riens, des &#233;ducateurs qui se consacrent &#224; leur vocation, des ouvriers qui ont un minimum de conscience professionnelle, etc. Ces types ne surgissent pas et ne peuvent pas surgir d'eux-m&#234;mes, ils ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s dans des p&#233;riodes historiques ant&#233;rieures, par r&#233;f&#233;rence &#224; des valeurs alors consacr&#233;es et incontestables : l'honn&#234;tet&#233;, le service de l'&#201;tat, la transmission du savoir, le belle ouvrage, etc. Or nous vivons dans des soci&#233;t&#233;s o&#249; ces valeurs sont, de notori&#233;t&#233; publique, devenues d&#233;risoires, o&#249; seuls comptent la quantit&#233; d'argent que vous avez empoch&#233;e peu importe comment, ou le nombre de fois o&#249; vous &#234;tes apparu &#224; la t&#233;l&#233;vision. Le seul type anthropologique cr&#233;&#233; par le capitalisme, et qui lui &#233;tait indispensable au d&#233;part pour s'instaurer, &#233;tait l'entrepreneur schump&#233;t&#233;rien : personne passionn&#233;e par la cr&#233;ation de cette nouvelle institution historique, l'entreprise, et par son &#233;largissement constant moyennant l'introduction de nouveaux complexes techniques et de nouvelles m&#233;thodes de p&#233;n&#233;tration du march&#233;. Or m&#234;me ce type est d&#233;truit par l'&#233;volution actuelle ; pour ce qui est de la production, l'entrepreneur est remplac&#233; par une bureaucratie manag&#233;riale ; pour ce qui est de faire de l'argent, les sp&#233;culations &#224; la Bourse, les OPA, les interm&#233;diations financi&#232;res rapportent beaucoup plus que les activit&#233;s &#171; entreprenariales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps donc qu'on assiste, moyennant la privatisation, au d&#233;labrement croissant de l'espace public, on constate la destruction des types anthropologiques qui ont conditionn&#233; l'existence m&#234;me du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous d&#233;crivez une &#171; oligarchie lib&#233;rale &#187; qui fonctionnerait en vase clos et en serait tr&#232;s contente, parce qu'elle pourrait ainsi mener tranquillement ses affaires &#8211; la population n'intervenant en fait que pour choisir telle ou telle &#233;quipe politique. Est-il s&#251;r que cela fonctionne exactement comme cela ? Il y a quand m&#234;me des luttes sociales, des formes de con&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;f&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;lictualit&#233; fortes dans cette soci&#233;t&#233;. Sans doute sont-elles moins que par le pass&#233; centralement organis&#233;es autour du travail, comme autrefois les luttes li&#233;es aux conflits syndicaux. Il n'est pas certain, cependant, que l'on puisse dire aussi cat&#233;goriquement qu'il y a un repli sur la sph&#232;re priv&#233;e.&lt;br class='manualbr' /&gt;Prenons un exemple extr&#234;me : les formes d'&#233;meutes comme celle de Vaulx-en-Velin t&#233;moignent aussi d'une volont&#233; qui est, tout autant que celle du mouvement ouvrier du XIXe si&#232;cle, celle d'une participation active. A &lt;i&gt;contrario&lt;/i&gt;, la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise d'il y a cinquante ans &#233;tait beaucoup moins participative, beaucoup plus exclusive qu'elle ne l'est aujourd'hui. Il y a quand m&#234;me eu, si l'on peut dire, du &#171; progr&#232;s &#187; dans la d&#233;mocratie &#8211; m&#234;me si c'est au travers de la culture triomphante des m&#233;dias. On ne peut donc pas simplement dire que tout cela n'est qu'une demande de pouvoir d'achat et d'entr&#233;e dans le capitalisme. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de savoir ce que l'on consid&#232;re comme essentiel ou central dans le syst&#232;me, et ce que l'on consid&#232;re comme secondaire, p&#233;riph&#233;rique, &#171; bruit &#187;. L'oligarchie lib&#233;rale ne fonctionne certes pas en vase clos ; mais il faut comprendre que moins elle fonctionne en vase clos, plus elle est forte, en tant qu'oligarchie pr&#233;cis&#233;ment. En fait, elle est assez &#171; close &#187; sociologiquement (cf les origines sociales du recrutement des grandes &#201;coles, etc.) ; elle aurait, de son propre point de vue, tout int&#233;r&#234;t &#224; &#233;largir les bases de son recrutement, le vivier de l'auto-cooptation. Elle n'en deviendrait pas plus &#171; d&#233;mocratique &#187; pour autant &#8211; pas plus que l'oligarchie romaine n'est devenue d&#233;mocratique lorsqu'elle a enfin accept&#233; en son sein les &lt;i&gt;homines novi&lt;/i&gt;. D'autre part, le r&#233;gime lib&#233;ral (par opposition au r&#233;gime totalitaire) lui permet de percevoir des &#171; signaux &#187; venant de la soci&#233;t&#233;, m&#234;me en dehors des canaux officiels ou l&#233;gaux, et, en principe, de r&#233;agir, de raccommoder. En r&#233;alit&#233;, elle le fait de moins en moins. A quoi a abouti Vaulx-en-Velin (hormis la cr&#233;ation de quelques nouveaux comit&#233;s et postes bureaucratiques &#171; pour traiter le probl&#232;me &#187;) ? O&#249; en est-on aux &#201;tats-Unis avec les ghettos, la drogue, l'effondrement de l'&#233;ducation et tout le reste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, apr&#232;s l'&#233;chec des mouvements des ann&#233;es 1960, les deux &#171; chocs p&#233;troliers &#187;, et la contre-offensive lib&#233;rale (au sens capitaliste du terme), repr&#233;sent&#233;e initialement par le couple Thatcher&#173; Reagan mais qui a finalement gagn&#233; partout, on constate un nouveau dispositif de &#171; strat&#233;gie sociale &#187;. On maintient une situation ais&#233;e ou tol&#233;rable pour 80 ou 85 % de la population (inhib&#233;e, au surplus, par la peur du ch&#244;mage), et l'on reporte toute la merde du syst&#232;me sur les 15 ou 20 % &#171; inf&#233;rieurs &#187; de la soci&#233;t&#233;, qui ne peuvent pas r&#233;agir, ou ne peuvent r&#233;agir que par la casse, la marginalisation et la criminalit&#233; : ch&#244;meurs et immigr&#233;s en France et en Angleterre, Noirs et Hispaniques aux &#201;tats-Unis, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, des conflits et des luttes subsistent et resurgissent ici ou l&#224;. Nous ne sommes pas dans une soci&#233;t&#233; morte. En France, ces derni&#232;res ann&#233;es, il y a eu les &#233;tudiants, les lyc&#233;ens, les cheminots, les infirmi&#232;res. Il y a eu un ph&#233;nom&#232;ne important : la cr&#233;ation des coordinations, forme nouvelle d'auto-organisation d&#233;mocratique des mouvements, traduisant l'exp&#233;rience de la bureaucratie et la m&#233;fiance &#224; son &#233;gard &#8211; m&#234;me si partis et syndicats essaient toujours de phagocyter ces mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut aussi constater que ces mouvements contre l'ordre existant sont la plupart du temps corporatistes, et en tout cas tr&#232;s partiels et tr&#232;s limit&#233;s quant &#224; leurs objectifs. Tout se passe comme si l'&#233;norme d&#233;sillusion provoqu&#233;e &#224; la fois par l'effondrement de la mystification communiste et par le spectacle d&#233;risoire du fonctionnement effectif de la &#171; d&#233;mocratie &#187; aboutissent &#224; ce que personne ne veuille plus s'occuper de politique au sens vrai du terme, le mot lui-m&#234;me &#233;tant devenu synonyme de combine, de magouille, de man&#339;uvre suspecte. Dans tous ces mouvements, toute id&#233;e d'&#233;largissement de la discussion ou de prise en compte de probl&#232;mes politiques plus larges est refus&#233;e comme le diable. (Et l'on ne saurait m&#234;me pas le leur reprocher, car ceux qui essaient d'y introduire ' la politique &#187; sont en g&#233;n&#233;ral des dinosaures r&#233;siduels, trotskistes ou autres). Le cas le plus frappant est celui des &#233;cologistes, qui ont &#233;t&#233; tir&#233;s &#224; leur corps d&#233;&#173; fendant vers des d&#233;bats de politique g&#233;n&#233;rale &#8211; alors que la question &#233;cologique implique, de toute &#233;vidence, la totalit&#233; de la vie sociale. Dire qu'il faut sauver l'environnement, c'est dire qu'il faut changer radicalement le mode de vie de la soci&#233;t&#233;, qu'on accepte de renoncer &#224; la course effr&#233;n&#233;e &#224; la consommation. Ce n'est rien de moins que la question politique, psychique, anthropologique, philosophique pos&#233;e, dans toute sa profondeur, &#224; l'humanit&#233; contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas dire par l&#224; que l'alternative de l'action est tout ou rien, mais qu'une action lucide doit toujours avoir en vue l'horizon de la globalit&#233;, doit s'inscrire dans la g&#233;n&#233;ralit&#233; du probl&#232;me social et politique, m&#234;me si elle doit aussi bien savoir que pour l'instant elle ne peut obtenir qu'un r&#233;sultat partiel et limit&#233;, et cette exigence doit &#234;tre assum&#233;e par les participants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, on ne peut pas dire, comme vous le faites, que la soci&#233;t&#233; est aujourd'hui beaucoup plus inclusive, sans se demander : inclusive dans quoi ? Elle est inclusive dans ce qu'elle est elle-m&#234;me, dans ce magma de significations imaginaires dominantes que j'ai essay&#233; de d&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a un point que l'on n'a pas encore abord&#233;, mais que vous venez d'effleurer &#224; propos des incoh&#233;rences de l'&#233;cologie, c'est le probl&#232;me de l'&#233;volution de la technique. On peut vous poser cette question d'autant plus volontiers que vous &#234;tes un des rares philosophes contemporains &#224; avoir fr&#233;quent&#233; le terrain des sciences exactes. Nous sommes &#224; une &#233;poque o&#249; certains ont tendance &#224; voir la source de tous les maux de notre soci&#233;t&#233; dans la technologie. Pensez-vous qu'en effet la technique est un syst&#232;me compl&#232;tement autonomis&#233;, sur lequel il n'y a plus pour le citoyen de moyen d'agir ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux faits me semblent incontestables. D'abord, que la techno-science s'est autonomis&#233;e : personne n'en contr&#244;le l'&#233;volution et l'orientation, et, malgr&#233; les diff&#233;rents &#171; comit&#233;s d'&#233;thique &#187; (le d&#233;risoire de l'intitul&#233; se passe de commentaires, et trahit la vacuit&#233; de la chose), il n'y a aucune prise en consid&#233;ration des effets directs et lat&#233;raux de cette &#233;volution. Ensuite, qu'il s'agit d'une trajectoire d'inertie, au sens de la physique ; laiss&#233; &#224; lui-m&#234;me, le mouvement continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation incarne et exprime tous les traits de la situation contemporaine. L'expansion illimit&#233;e d'une pseudo-ma&#238;trise y est poursuivie pour elle-m&#234;me, d&#233;tach&#233;e de toute fin rationnelle ou raisonnablement discutable. On invente tout ce qui peut &#234;tre invent&#233;, on produit tout ce qui peut &#234;tre (rentablement) produit, les &#171; besoins &#187; correspondants seront suscit&#233;s apr&#232;s. En m&#234;me temps, le vide de sens est masqu&#233; par la mystification scientiste, plus puissante que jamais, et cela, paradoxalement, &#224; un moment o&#249; la v&#233;ritable science est plus que jamais apor&#233;tique quant &#224; ses fondements et aux implications de ses r&#233;sultats. Enfin, on retrouve dans cette illusion de toute-puissance la fuite devant la mort et sa d&#233;n&#233;gation : je suis peut-&#234;tre faible et mortel, mais la puissance existe quelque part, &#224; l'h&#244;pital, dans l'acc&#233;l&#233;rateur de particules, dans les laboratoires de biotechnologie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que cette &#233;volution, destructrice, soit aussi &#224; la longue auto-destructrice de la technoscience elle-m&#234;me me para&#238;t certain, mais ce serait long &#224; discuter. Ce qui doit &#234;tre soulign&#233; d&#232;s maintenant, c'est qu'il faut d'abord dissiper cette illusion de toute-puissance. Ensuite que, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de l'humanit&#233;, la question, extr&#234;mement difficile, d'un contr&#244;le (autre qu'eccl&#233;siastique) sur l'&#233;volution de la science et de la technique est pos&#233;e avec radicalit&#233; et urgence. Cela exige une reconsid&#233;ration de toutes les valeurs et habitudes qui nous dominent. D'un c&#244;t&#233;, nous sommes les habitants privil&#233;gi&#233;s d'une plan&#232;te peut-&#234;tre unique dans l'univers &#8211; en tout cas, si le truisme est permis : unique pour nous &#8211; , d'une merveille que nous n'avons pas cr&#233;&#233;e et que nous sommes en train, all&#232;grement, de d&#233;truire. D'un autre c&#244;t&#233;, nous ne pouvons &#233;videmment pas renoncer au savoir sans renoncer &#224; ce qui fait de nous des &#234;tres libres. Mais, comme le pouvoir, le savoir n'est pas innocent. Il faut donc au moins essayer de comprendre ce que l'on est en train de vouloir savoir, et &#234;tre attentif aux retomb&#233;es possibles de ce savoir. L&#224; encore appara&#238;t la question de la d&#233;mocratie, sous de multiples formes. Dans les conditions et les structures pr&#233;sentes, il est fatal que les d&#233;cisions sur tout cela appartiennent &#224; des politiciens et bureaucrates ignorants et &#224; des technoscientifiques mus essentiellement par une logique comp&#233;titive. Impossible que la collectivit&#233; politique se forme l&#224;-dessus une opinion raisonnable. Encore plus important, sur ce plan on touche pour ainsi dire du doigt la question de la norme essentielle de la d&#233;mocratie : l'&#233;vitement de &lt;i&gt;l'hubris&lt;/i&gt;, l'autolimitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que vous appelez le &#171; projet d'autonomie &#187; passe donc sans doute finalement par l'&#233;ducation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La centralit&#233; de l'&#233;ducation dans une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique est indiscutable. En un sens, on peut dire qu'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique est une immense institution d'&#233;ducation et d'auto-&#233;ducation permanentes de ses citoyens, et qu'elle ne pourrait vivre sans cela. Car une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, en tant que soci&#233;t&#233; r&#233;flexive, doit faire constamment appel &#224; l'activit&#233; lucide et &#224; l'opinion &#233;clair&#233;e de tous les citoyens. Soit exactement le contraire de ce qui se passe aujourd'hui, avec le r&#232;gne des politiciens professionnels, des &#171; experts &#187;, des sondages t&#233;l&#233;visuels. Et il ne s'agit pas, pas essentiellement en tout cas, de l'&#233;ducation dispens&#233;e par le &#171; minist&#232;re de !'&#201;ducation &#187;. Ni non plus de l'id&#233;e qu'avec une &#233;ni&#232;me &#171; r&#233;forme de l'&#233;ducation &#187; on s'approcherait de la d&#233;mocratie. L'&#233;ducation commence avec la naissance de l'individu et se termine avec sa mort. Elle a lieu partout et toujours. Les murs de la ville, les livres, les spectacles, les &#233;v&#233;nements &#233;duquent &#8211; et, aujourd'hui, pour l'essentiel &#171; m&#233;s&#233;duquent &#187; &#8211; les citoyens. Comparez l'&#233;ducation que recevaient les citoyens (et les femmes, et les esclaves) ath&#233;niens en assistant aux repr&#233;sentations de la trag&#233;die, et celle que re&#231;oit un t&#233;l&#233;spectateur d'aujourd'hui en regardant &lt;i&gt;Dynasty&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Perdu de vue&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'autolimitation nous ram&#232;ne au d&#233;bat sur la mortalit&#233; et I'immortalit&#233;, qui para&#238;t central : ce qui est frappant lorsqu'on vous lit, est l'impression qu'il y a d'une part les &#233;crits politiques et d'autre part l'&#339;uvre du philosophe-psychanalyste. Mais en fait, il y a dans vos &#339;uvres un th&#232;me commun permanent qui est la question du temps : comment &#224; la fois renouer une relation au temps et sortir du. phantasme de l'immortalit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'abord de sortir de l'illusion moderne de la lin&#233;arit&#233;, du &#171; progr&#232;s &#187;, de l'histoire comme cumulation des acquisitions ou processus de &#171; rationalisation &#187;. Le temps humain, comme le temps de l'&#234;tre, est temps de cr&#233;ation-destruction. La seule &#171; cumulation &#187; qu'il y ait dans l'histoire humaine, sur le long terme, est celle de l'instrumental, du technique, de l'ensembliste-identitaire. Et m&#234;me celle-l&#224; n'est pas forc&#233;ment irr&#233;versible. Une cumulation des significations est un non-sens. Il peut seulement y avoir, sur des segments historiques donn&#233;s, une relation profond&#233;ment historique (c'est-&#224;-dire tout sauf lin&#233;aire et &#171; cumulative &#187;) entre les significations cr&#233;&#233;es par le pr&#233;sent et celles du pass&#233;. Et ce n'est qu'en sortant du phantasme de l'immortalit&#233; (dont la vis&#233;e est pr&#233;cis&#233;ment d'abolir le temps) que l'on peut nouer une v&#233;ritable relation au temps. Plus exactement &#8211; car l'expression &#171; relation au temps &#187; est bizarre, le temps n'est pas quelque chose d'ext&#233;rieur &#224; nous auquel nous pourrions avoir une relation, nous sommes dans le temps et le temps nous fait &#8211; ce n'est qu'alors que nous pouvons &#234;tre vraiment pr&#233;sents au pr&#233;sent, en &#233;tant ouverts &#224; l'avenir et en nourrissant avec le pass&#233; un rapport qui ne soit ni r&#233;p&#233;tition, ni rejet. Se lib&#233;rer du phantasme de l'immortalit&#233; &#8211; ou, sous sa forme vulgaire, d'un &#171; progr&#232;s historique &#187; garanti &#8211; c'est lib&#233;rer notre imagination cr&#233;atrice et notre imaginaire social cr&#233;ateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On peut penser ici &#224; un de vos textes du Monde morcel&#233;, &#171; l'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, o&#249; l'on voit bien que la question de l'imagination est centrale. Il s'agit en effet de lib&#233;rer un sujet capable d'imaginer, c'est-&#224;-dire au fond d'imaginer autre chose et donc de ne pas &#234;tre ali&#233;n&#233; par le temps pass&#233;-pr&#233;sent. Ce qui est int&#233;ressant, c'est que l'&#339;uvre est au fond cette capacit&#233; du sujet &#224; devenir sujet imaginant. Doit-on attendre de ce sujet imaginant dans une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique qu'il fasse &#339;uvre, au sens du produit, ou bien ce sujet imaginant n'est-il pas au fond d&#233;j&#224; l'&#339;uvre ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs niveaux &#224; la question. D'abord le sujet est toujours imaginant, quoi qu'il fasse. La psych&#233; est imagination radicale. L'h&#233;t&#233;ronomie peut &#234;tre aussi vue comme le blocage de cette imagination dans la r&#233;p&#233;tition. L'&#339;uvre de la psychanalyse est le devenir-autonome du sujet au double sens de la lib&#233;ration de son imagination et de l'instauration d'une instance r&#233;fl&#233;chissante et d&#233;lib&#233;rante qui dialogue avec cette imagination et juge ses produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#234;me devenir-autonome du sujet, cette cr&#233;ation d'un individu imaginant et r&#233;fl&#233;chissant, sera aussi l'&#339;uvre d'une soci&#233;t&#233; autonome. Je ne pense &#233;videmment pas &#224; une soci&#233;t&#233; o&#249; tout le monde serait Michel-Ange ou Beethoven, ni m&#234;me un artisan hors pair. Mais je pense &#224; une soci&#233;t&#233; o&#249; tous les individus seront ouverts &#224; la cr&#233;ation, pourront la recevoir cr&#233;ativement, quitte &#224; en faire ce qu'ils veulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e probl&#232;me de &#171; faire &#339;u&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;v&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;re &#187; au sens d'&#339;u&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;v&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;re d'art, est donc secondaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est secondaire au sens que tout le monde ne peut pas, ni ne doit, &#234;tre cr&#233;ateur d'&#339;uvres d'art au sens propre du terme. Il n'est pas secondaire au sens de la cr&#233;ation d'&#339;uvres, au sens le plus g&#233;n&#233;ral du terme, par la soci&#233;t&#233; : &#339;uvres d'art, &#339;uvres de pens&#233;e, &#339;uvres institutionnelles, &#339;uvres de &#171; culture de la nature &#187;,si je peux m'exprimer ainsi. Ce sont les cr&#233;ations qui vont au-del&#224; de la sph&#232;re priv&#233;e, qui ont trait &#224; ce que j'appelle les sph&#232;res priv&#233;e-publique et publique-publique. Ces cr&#233;ations ont n&#233;cessairement une dimension collective (soit dans leur r&#233;alisation, soit dans leur r&#233;ception), mais sont aussi le lest de l'identit&#233; collective. C'est ce qu'oublient, soit dit par parenth&#232;se, le lib&#233;ralisme et l' &#171; individualisme &#187;. Et il est vrai qu'en th&#233;orie et rigoureusement parlant, dans le lib&#233;ralisme et l' &#171; individualisme &#187;, la question d'une identit&#233; collective -d'un ensemble auquel on puisse, &#224; des &#233;gards essentiels, s'identifier, au&#173; quel on participe et dont on se soucie, du destin duquel on se sent responsable &#8211; ne peut et ne doit pas se poser, elle n'a aucun sens. Mais comme c'est une question incontournable, dans les faits lib&#233;ralisme et &#171; individualisme &#187; se rabattent honteusement et en cachette sur des identifications empiriquement donn&#233;es, et en r&#233;alit&#233; sur la &#171; nation &#187;, Cette nation sort comme un lapin du chapeau de toutes les th&#233;ories et &#171; philosophies politiques &#187; contemporaines. (On parle &#224; la fois des &#171; droits de l'homme &#187; et de &#171; souverainet&#233; de la nation &#187; !) Or, si la nation ne doit pas &#234;tre d&#233;finie par le &#171; : droit du sang &#187; (ce qui nous conduit directement au racisme), il n'y a qu'une seule base sur laquelle elle peut &#234;tre raisonnablement d&#233;fendue : comme collectivit&#233; qui a cr&#233;&#233; des &#339;uvres pouvant pr&#233;tendre &#224; une validit&#233; universelle. Au-del&#224; des anecdotes folkloriques et des r&#233;f&#233;rences &#224; une &#171; histoire &#187; largement mythique et unilat&#233;rale, &#234;tre Fran&#231;ais signifie appartenir &#224; une culture qui va des cath&#233;drales gothiques &#224; la D&#233;claration des droits de l'homme et de Montaigne aux impressionnistes. Et comme aucune culture ne peut revendiquer pour ses &#339;uvres le monopole de la pr&#233;tention &#224; la validit&#233; universelle, la signification imaginaire &#171; nation &#187; ne peut que perdre son importance cardinale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ses institutions constituent une collectivit&#233;, ses &#339;uvres sont le miroir dans lequel elle peut se regarder, se reconna&#238;tre, se mettre en question. Elles sont le lien entre son pass&#233; et son avenir, elles sont un d&#233;p&#244;t de m&#233;moire in&#233;puisable en m&#234;me temps que l'&#233;tai de sa cr&#233;ation &#224; venir. C'est pourquoi ceux qui affirment que dans la soci&#233;t&#233; contemporaine, dans le cadre de l' &#171; individualisme d&#233;mocratique &#187;, il n'y a plus de place pour de grandes &#339;uvres, portent, sans le savoir et sans le vouloir, un arr&#234;t de mort sur cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle sera l'identit&#233; collective, le &#171; nous &#187;, d'une soci&#233;t&#233; autonome' ? Nous sommes ceux qui faisons nos propres lois, nous sommes une collectivit&#233; autonome form&#233;e par des individus autonomes. Et nous pouvons nous regarder, nous reconna&#238;tre, nous remettre en question dans et par nos &#339;uvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais n'a-t-on pas le sentiment que ce &#171; se regarder dans une &#339;uvre &#187; n'a jamais fonctionn&#233; dans la contemporan&#233;it&#233; ? les grandes p&#233;riodes de cr&#233;ation artistique ne sont pas en m&#234;me temps le moment o&#249; la soci&#233;t&#233; se regarde dans ses &#339;uvres. la soci&#233;t&#233; de l'&#233;poque ne se regardait pas dans Rimbaud, ni dans C&#233;zanne : c'est apr&#232;s coup qu'elle l'a fait. D'autre part, ne doit-on pas consid&#233;rer aujourd'hui que nous sommes tributaires de toutes les traditions qui ont fait notre soci&#233;t&#233;, m&#234;me si elles ne sont pas compatibles les unes avec les autres ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous prenez un cas, presque unique, certes plein de signification, mais pas de celle que vous lui attribuez. Pour parler bri&#232;vement, le &#171; g&#233;nie m&#233;connu &#187; &#224; cette &#233;chelle est une production du XIXe si&#232;cle finissant. Il s'y produit, avec la mont&#233;e de la bourgeoisie, une scission profonde entre culture populaire (rapidement d&#233;truite, du reste) et culture dominante, qui est la culture bourgeoise de l'art pompier. Le r&#233;sultat, c'est l'apparition, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, du ph&#233;nom&#232;ne de l'avant-garde et d'un artiste qui est &#171; incompris &#187; non pas &#171; par accident &#187; mais n&#233;cessairement. Car l'artiste est alors r&#233;duit au dilemme suivant : &#234;tre achet&#233; par les bourgeois et la IIIe R&#233;publique, devenir un artiste officiel et pompier &#8211; ou suivre son g&#233;nie et vendre, s'il y arrive, quelques tableaux pour cinq ou dix francs. Puis, il y a la d&#233;g&#233;n&#233;rescence connue de l' &#171; avant-garde &#187;, lorsque la seule chose qui compte c'est d' &#171; &#233;pater le bourgeois &#187;. Ce ph&#233;nom&#232;ne est li&#233; &#224; la soci&#233;t&#233; capitaliste, non pas &#224; la d&#233;mocratie. Il traduit pr&#233;cis&#233;ment la scission non d&#233;mocratique entre la culture et la soci&#233;t&#233; dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, la trag&#233;die &#233;lisab&#233;thaine ou les &lt;i&gt;Chorals&lt;/i&gt; de Bach sont des &#339;uvres que le peuple de l'&#233;poque allait voir au th&#233;&#226;tre du Globe ou chantait dans les &#233;glises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la question de la tradition, une soci&#233;t&#233; n'est pas oblig&#233;e de la r&#233;p&#233;ter pour avoir un rapport avec elle, c'est m&#234;me tout le contraire. Une soci&#233;t&#233; peut avoir avec son pass&#233; une relation de r&#233;p&#233;tition rigide, c'est le cas des soci&#233;t&#233;s dites pr&#233;cis&#233;ment traditionnelles, ou simplement &#233;rudite, mus&#233;ique et touristique, et c'est de plus en plus le cas de la n&#244;tre. Dans les deux cas, il s'agit d'un pass&#233; mort. Un pass&#233; vivant ne peut exister que pour un pr&#233;sent cr&#233;ateur et ouvert &#224; l'avenir. Consid&#233;rez la trag&#233;die ath&#233;nienne. Parmi la quarantaine d'&#339;uvres qui nous sont parvenues, il n'y en a qu'une, les Perses d'Eschyle, qui s'inspire d'un &#233;v&#233;nement d'actualit&#233;. Toutes les autres prennent leur sujet dans la tradition mythologique ; mais chaque trag&#233;die remod&#232;le cette tradition, renouvelle sa signification. Entre l' &#201;lectre de Sophocle et celle d'Euripide, il n'y a pour ainsi dire rien de commun, sauf le canevas de l'action. Il y a l&#224; une fantastique libert&#233; nourrie d'un travail sur la tradition et cr&#233;ant des &#339;uvres dont les rhapsodes r&#233;citant les mythes ou m&#234;me Hom&#232;re n'auraient pas pu r&#234;ver. Plus pr&#232;s de nous, on peut voir comment Proust transsubstantie dans une &#339;uvre profond&#233;ment novatrice toute la tradition litt&#233;raire fran&#231;aise. Et les grands surr&#233;alistes &#233;taient infiniment plus nourris de cette tradition que les acad&#233;miciens de leur &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous n'allons pas relancer le d&#233;bat sur la vie intellectuelle fran&#231;aise. Mais il est frappant d'observer, relativement au probl&#232;me de la mortalit&#233;, le courant actuel de la d&#233;construction, autour d'un fond heidegg&#233;rien ou juif. Certains nous parlent ind&#233;finiment de la mortalit&#233; ou de la finitude, mais une finitude dont on ne pourrait rien dire d'autre que constater qu'elle est finitude. N'y a-t-il pas l&#224; le sympt&#244;me d'une sorte de blocage ? Si on suit ce courant, il ne faudrait surtout pas agir ; on aboutit finalement &#224; une esp&#232;ce d'&#233;loge de la passivit&#233;. Si l'on admet que tous ces gens ne sont pas des bateleurs, et tous ne le sont sans doute pas, on voit qu'il y a une pens&#233;e de la finitude qui pour ainsi dire se mord la queue. Pourquoi alors cette pens&#233;e a-t-elle tant de prise ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y vois pour ma part une autre manifestation, une de plus, de la st&#233;rilit&#233; de l'&#233;poque. Et ce n'est pas un hasard si cela marche de pair avec les ridicules proclamations de &#171; la fin de la philosophie &#187;, les &#224;-peu-pr&#232;s confus sur &#171; la fin des grands r&#233;cits &#187;, etc. Pas davantage, si les repr&#233;sentants de ces tendances ne sont capables de produire rien d'autre que des commentaires sur les &#233;crits du pass&#233; et &#233;vitent soigneusement de parler des questions que soul&#232;vent la science, la soci&#233;t&#233;, l'histoire, la politique actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette st&#233;rilit&#233; n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne individuel, elle traduit pr&#233;cis&#233;ment la situation social-historique. Il y a certes aussi un facteur philosophique &#171; intrins&#232;que &#187; pour ainsi dire : la critique interne de la pens&#233;e h&#233;rit&#233;e, notamment de son rationalisme, doit &#233;videmment &#234;tre men&#233;e. Mais malgr&#233; les pomposit&#233;s de la &#171; d&#233;construction &#187;,cette critique est men&#233;e de fa&#231;on r&#233;ductrice. Ramener toute l'histoire de la pens&#233;e gr&#233;co-occidentale &#224; la &#171; cl&#244;ture de la m&#233;taphysique &#187; et &#224; I'&#171; onto-th&#233;o-logo-(phallo)-centrisme &#187;, c'est escamoter une foule de germes infiniment f&#233;conds que contient cette histoire ; identifier la pens&#233;e philosophique &#224; la m&#233;taphysique rationaliste est simplement absurde. D'autre part et surtout, une critique qui n'est pas capable de poser d'autres principes que ceux qu'elle critique est condamn&#233;e pr&#233;cis&#233;ment &#224; rester elle-m&#234;me dans le cercle d&#233;fini par les objets critiqu&#233;s. C'est ainsi que finalement toute la critique du &#171; rationalisme &#187; men&#233;e aujourd'hui aboutit simplement &#224; un irrationalisme qui n'en est que l'autre face et, au fond, &#224; une position philosophique aussi vieille que la m&#233;taphysique rationaliste elle-m&#234;me. Le d&#233;gagement par rapport &#224; la pens&#233;e h&#233;rit&#233;e pr&#233;suppose la conqu&#234;te d'un nouveau point de vue, que cette tendance est incapable de produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais encore une fois, c'est la situation social-historique dans son ensemble qui p&#232;se ici tr&#232;s lourd. L'incapacit&#233; de ce qui passe aujourd'hui pour la philosophie de cr&#233;er de nouveaux points de vue, de nouvelles id&#233;es philosophiques exprime, dans ce champ particulier, l'incapacit&#233; de la soci&#233;t&#233; contemporaine de cr&#233;er de nouvelles significations sociales et de se mettre en question elle-m&#234;me. J'ai essay&#233; tout &#224; l'heure d'&#233;clairer, autant que faire se peut, cette situation. Mais il ne faut pas oublier que lorsque tout a &#233;t&#233; dit, nous n'en avons pas, et nous ne pouvons pas en avoir, une &#171; explication &#187;. De m&#234;me que la cr&#233;ation n'est pas &#171; explicable &#187;, la d&#233;cadence ou ]a destruction ne le sont pas non plus. Les exemples historiques sont l&#233;gion, je n'en citerai qu'un. Au Ve si&#232;cle, il y a Ath&#232;nes, sans parler du reste, les trois grands tragiques, Aristophane, Thucydide. Au IVe si&#232;cle, rien de comparable. Pourquoi ? On pourra toujours dire que les Ath&#233;niens ont &#233;t&#233; les vaincus dans la guerre du P&#233;loponn&#232;se. Et alors ? Leurs g&#232;nes ont-ils &#233;t&#233; transform&#233;s pour autant ? Ath&#232;nes au IVe si&#232;cle n'est d&#233;j&#224; plus Ath&#232;nes. Il y a &#233;videmment les deux grands philosophes qui prennent leur envol &#224; la tomb&#233;e de la nuit mais qui sont essentiellement les &#233;tranges produits du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent. Et il y a surtout les rh&#233;teurs &#8211; dont pr&#233;cis&#233;ment aujourd'hui nous sommes abondamment pourvus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela se combine avec une totale irresponsabilit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la plupart de ces &#171; philosophes &#187; crieraient, &#224; qui veut les entendre, leur d&#233;vouement &#224; la d&#233;mocratie, aux droits de l'homme, &#224; l'antiracisme, etc. Mais au nom de quoi ? Et pourquoi les croirait-on alors qu'ils professent en fait un relativisme absolu, et qu'ils proclament que tout n'est qu'un &#171; r&#233;cit &#187; &#8211; &lt;i&gt;vulgo&lt;/i&gt;, un racontar ? Si tous les &#171; r&#233;cits &#187; se valent, au nom de quoi condamner le &#171; r&#233;cit &#187; des Azt&#232;ques et leurs sacrifices humains, ou le &#171; r&#233;cit &#187; hitl&#233;rien et tout ce qu'il implique ? Et en quoi la proclamation de la &#171; fin des grands r&#233;cits &#187; n'est-elle pas elle-m&#234;me un r&#233;cit ? L'image la plus claire de cette situation est fournie par les &#171; th&#233;ories du postmodernisme &#187;, qui sont l'expression la plus nette, je dirais la plus cynique, du refus (ou de l'incapacit&#233;) de mettre en question la situation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; moi, pr&#233;cis&#233;ment parce que j'ai un projet que je n'abandonne pas, je me dois d'essayer de voir le plus clairement possible la r&#233;alit&#233; et les forces effectives en jeu dans le champ social-historique. Comme disait l'autre, j'essaie de regarder avec des &#171; sens sobres &#187;. Il y a des moments dans l'histoire o&#249; tout ce qui est faisable dans l'imm&#233;diat est un lent et long travail de pr&#233;paration. Personne ne peut savoir si nous traversons une br&#232;ve phase de sommeil de la soci&#233;t&#233;, ou si nous sommes en train d'entrer dans une longue p&#233;riode de r&#233;gression historique. Mais je ne suis pas impatient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La crise de la soci&#233;t&#233; moderne</title>
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		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
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&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;9 &#171; Crises &#233;conomique, politique, sociale, anthropologique &#187;. Il est possible de la t&#233;l&#233;charger dans la rubrique brochures. Conf&#233;rence donn&#233;e en mai 1965 &#224; Tunbridge Wells (Kent) devant des camarades et des sympathisants de Solidarity et publi&#233;e, sous forme ron&#233;otyp&#233;e, par Solidarity en 1966. Traduit de l'anglais par l'auteur. Repris dans &#171; Capitalisme moderne et r&#233;volution, T2 &#187;, ed. 10/18, 1979, pp. 293 - 316. Repris aujourd'hui dans &#171; Quelle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-142-conference-+" rel="tag"&gt;Conf&#233;rence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;9 &#171; Crises &#233;conomique, politique, sociale, anthropologique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de la t&#233;l&#233;charger &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans la rubrique brochures&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Conf&#233;rence donn&#233;e en mai 1965 &#224; Tunbridge Wells (Kent) devant des camarades et des sympathisants de &lt;i&gt;Solidarity&lt;/i&gt; et publi&#233;e, sous forme ron&#233;otyp&#233;e, par &lt;i&gt;Solidarity&lt;/i&gt; en 1966. Traduit de l'anglais par l'auteur. Repris dans &#171; &lt;i&gt;Capitalisme moderne et r&#233;volution, T2&lt;/i&gt; &#187;, ed. 10/18, 1979, pp. 293 - 316.&lt;br class='manualbr' /&gt;Repris aujourd'hui dans &#171; Quelle d&#233;mocratie ? Tome 1 (&#201;crits politiques, 1945-1997, III) &#187;, &#201;ditions du Sandre, Paris, 2013,&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I &#8211; Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de la discussion d'aujourd'hui est &#171; la crise de la soci&#233;t&#233; moderne &#187;. Je voudrais commencer par l'&#233;vocation de ce qui appara&#238;t comme un paradoxe fantastique de la soci&#233;t&#233; industrielle moderne et de la mani&#232;re dont les gens y vivent et y agissent. C'est la contradiction entre l'omnipotence apparente de l'humanit&#233; &#224; l'&#233;gard de son environne&#173;ment physique (la technique devient de plus en plus puissante, les conditions physiques sont de plus en plus soumises &#224; contr&#244;le, nous pouvons extraire de la mati&#232;re une quantit&#233; croissante d'&#233;nergie, etc.) et, d'un autre c&#244;t&#233;, le terrible chaos et le sentiment d'impuissance face aux probl&#232;mes de la soci&#233;t&#233;, les probl&#232;mes des &#234;tres humains, la mani&#232;re dont les syst&#232;mes sociaux fonctionnent, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi d'en fournir un ou deux exemples. Aujourd'hui un homme de science peut vous dire &#224; peu pr&#232;s combien de galaxies il y a dans un rayon de six milliards d'ann&#233;es-lumi&#232;re autour du syst&#232;me solaire. Mais M. Macmillan, alors Premier Ministre, ne savait pas ce qui se passait derri&#232;re la porte d'&#224; c&#244;t&#233;, lors de l'affaire Profumo. Cela peut sembler une histoire dr&#244;le, mais r&#233;sume de mani&#232;re frappante la situation g&#233;n&#233;rale. De m&#234;me, nous pouvons extraire des quantit&#233;s &#233;normes d'&#233;nergie &#224; partir de petits morceaux de mati&#232;re, mais si, dans une usine ou une autre organisation, les patrons essaient d'extraire des ouvriers un seul mouvement additionnel, il y a une r&#233;sistance extraordinaire, et il se peut qu'&#224; la fin ils n'y arrivent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire que, du point de vue de ce que l'on pourrait appeler l'&#171; environ&#173;nement interne &#187; de la soci&#233;t&#233;, il n'y ait pas eu de changements, et m&#234;me, dans certains cas, des changements importants et progressifs. Ce que l'on appelle prosp&#233;&#173;rit&#233; est plus g&#233;n&#233;ralis&#233; que par le pass&#233; (bien que l'on devrait examiner plus pr&#233;cis&#233;ment de quoi est faite cette prosp&#233;rit&#233;) ; II y a une diffusion de la culture, il y a une am&#233;lioration de la sant&#233; publique, etc. Mais ici nous rencontrons un deuxi&#232;me paradoxe. Cette soci&#233;t&#233; qui produit une telle quantit&#233; de biens &#8211; et o&#249; la population participe, &#224; un certain degr&#233;, &#224; cette expansion de la richesse &#8211;, cette soci&#233;t&#233; qui apparemment, a cr&#233;&#233; des conditions de vie moins cruelles pour la plupart des gens qui y vivent, n'offre pas l'image d'une plus grande satisfaction, d'un plus grand bonheur pour un plus grand nombre de gens. Les gens sont m&#233;contents, grognent, protestent ; les conflits sont incessants. M&#234;me si le m&#233;contentement prend des formes diff&#233;rentes, cette soci&#233;t&#233; plus riche et plus prosp&#232;re contient probablement davantage tensions que la plupart des autres soci&#233;t&#233;s connues dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces paradoxes fournissent, d'une certaine fa&#231;on une premi&#232;re d&#233;finition de la crise de la soci&#233;t&#233; moderne. Mais c'est l&#224; une mani&#232;re superficielle de consid&#233;rer les ph&#233;nom&#232;nes qui nous confrontent. Si nous approfondissons l'examen, nous constatons que la crise se manifeste &#224; tous les niveaux de la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II &#8211; La crise des valeurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par un aspect que les marxistes traditionnels consid&#232;rent comme appartenant seulement &#224; la &#171; superstructure &#187; de la soci&#233;t&#233;, comme un ph&#233;nom&#232;ne secondaire et d&#233;riv&#233;, mais que je tiens pour tr&#232;s important, c'est-&#224;-dire la crise des valeurs sociales et humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune soci&#233;t&#233; ne peut exister sans un ensemble de valeurs que la presque totalit&#233; de ses membres reconnaissent et auquel ils adh&#232;rent. La question ici n'est pas de savoir si ces valeurs sont justes ou non - ou si elles masquent des m&#233;canismes r&#233;els par lesquels une partie de la soci&#233;t&#233; r&#233;ussit &#224; exploiter le reste. Un tel ensemble de valeurs a &#233;t&#233; n&#233;cessaire pour la coh&#233;sion et pour le fonctionnement de toutes les soci&#233;t&#233;s que nous connaissons - y compris des soci&#233;t&#233;s divis&#233;es en classes. Ce sont ces valeurs qui, constamment, orientent les motivations et les actions des gens et les rendent coh&#233;rentes au sein de la totalit&#233; sociale. Cette fonction ne peut pas &#234;tre assur&#233;e simplement par la violence ou la coercition, ni simplement par le Code P&#233;nal, qui dit : &#171; tu ne feras pas cela, autrement tu iras en prison &#187;. Il faut quelque chose de plus. La loi ne formule que ce qui interdit. Elle ne peut pas fournir des motivations positives, une orientation positive qui rende les gens capables de donner un contenu &#224; la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, nous savons tous (et cela a &#233;t&#233; dit depuis longtemps, ce qui n'en diminue pas l'importance) qu'un tel ensemble de valeurs, un tel syst&#232;me de fins accept&#233;es par tous et de croyances communes portant sur ce qui est bien et ce qui est mal, ce que l'on doit faire et ne pas faire (ind&#233;pendamment de ce qu'en dit le Code P&#233;nal) n'existe plus gu&#232;re dans la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu dans toutes les soci&#233;t&#233;s, et dans toutes les p&#233;riodes historiques, une question concernant la place de l'&#234;tre humain dans le monde et le sens de la vie en soci&#233;t&#233; et de la vie en g&#233;n&#233;ral. Chaque p&#233;riode de l'histoire a essay&#233; de donner une r&#233;ponse &#224; ces questions. Il ne s'agit pas de savoir si ces r&#233;ponses &#233;taient justes ou non ; le simple fait qu'il y avait une r&#233;ponse cr&#233;ait une coh&#233;sion pour les gens vivant pendant ces p&#233;riodes, donnait une finalit&#233; &#224; leurs actes et une signification &#224; leur vie. Aujourd'hui, il n'y a gu&#232;re de r&#233;ponse. Nous savons que les valeurs religieuses n'existent plus, qu'elles sont pratiquement dissoutes. Ce que l'on appelait les valeurs morales (pour autant qu'elles peuvent &#234;tre distingu&#233;es des valeurs religieuses), sont aussi pratiquement dissoutes. Est-ce qu'il subsiste vraiment des normes morales accept&#233;es dans la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau officiel, des pouvoirs existants, de la presse, etc., il n'existe qu'une hypocrisie officielle qui se reconna&#238;t elle-m&#234;me, presque explicitement, comme simple hypocrisie et ne prend pas au s&#233;rieux ses propres normes. Et, dans la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral, pr&#233;vaut un cynisme extr&#234;mement r&#233;pandu, constam&#173;ment nourri par les exemples offerts par la vie sociale (scandales, etc.). L'id&#233;e g&#233;n&#233;rale est que vous pouvez faire n'importe quoi, et que rien n'est &#171; mal &#187;, pourvu que vous puissiez vous en sortir, pourvu que vous ne soyez pas pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui &#233;tait apparu, en Europe occidentale, et pour un long laps de temps, comme une valeur universelle qui soudait la soci&#233;t&#233;, &#224; savoir l'id&#233;e de nation, de puissance nationale, de grandeur nationale, n'est plus une valeur accept&#233;e. Et ce qui en &#233;tait la base r&#233;elle &#8211; ou la pr&#233;tention d'une base r&#233;elle &#8211; a disparu. Par le pass&#233;, lorsque les grandes nations pr&#233;tendaient qu'elles jouaient un r&#244;le important dans les affaires mondiales, cela &#233;tait souvent une mystification. Mais aujourd'hui, aucune nation ne peut m&#234;me plus pr&#233;tendre cela, except&#233; l'Am&#233;rique et la Russie. Et, m&#234;me pour ces pays, ce &#171; r&#244;le dirigeant dans les affaires mondiales &#187; appara&#238;t clairement comme n'&#233;tant qu'un enfoncement dans l'impasse de l'antagonisme nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que le savoir ou l'art pourraient fournir les valeurs de la soci&#233;t&#233; aujourd'hui ? D'abord, n'oublions pas que le savoir ou l'art n'ont de l'importance ou de la signification que pour des couches tr&#232;s limit&#233;es de la population, du moins aujourd'hui. Plus g&#233;n&#233;ralement, dans l'histoire, toutes les fois o&#249; l'art a jou&#233; un r&#244;le dans la vie sociale, il n'a jamais &#233;t&#233; une fin se suffisant &#224; elle-m&#234;me. Il a &#233;t&#233; une partie des activit&#233;s d'une communaut&#233;, qui exprimait sa vie dans et par cet art. Tel &#233;tait le cas de la p&#233;riode &#233;lisab&#233;thaine. Tel &#233;tait le cas de la Renaissance. Tel &#233;tait le cas de la Gr&#232;ce ancienne. Les anciens Grecs ou les gens de la Renaissance ne vivaient pas pour l'art, mais accordaient une grande valeur &#224; leur art parce qu'ils se reconnaissaient et reconnaissaient leurs probl&#232;mes dans cet art. Leur vie avait une signification que leur cr&#233;ation artistique exprimait sous sa forme la plus haute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'en est-il du savoir ? Celui-ci aussi, pris dans son sens strict, est confin&#233; aujourd'hui &#224; une petite minorit&#233;. En m&#234;me temps, une &#233;norme crise se d&#233;veloppe &#224; l'int&#233;rieur de la science. Crise qui est cons&#233;cutive &#224; la division toujours plus pouss&#233;e entre les sph&#232;res particuli&#232;res du savoir, &#224; la sp&#233;cialisation croissante, au fait qu'un scientifique aujourd'hui est n&#233;cessairement quelqu'un qui a des connaissances de plus en plus grandes sur un nombre de choses de plus en plus petit. Parmi les scientifiques eux-m&#234;mes, du moins ceux qui ont une vue plus large, r&#232;gne un profond sentiment de crise concernant ce qui, hier encore, &#233;tait consid&#233;r&#233; comme la base solide du savoir positif. Newton pensait qu'il d&#233;couvrait des v&#233;rit&#233;s imp&#233;rissables, qu'il lisait une page du livre &#233;ternel de la nature ou de la cr&#233;ation divine. Aujourd'hui, aucun scientifique ne croit plus que lorsqu'il d&#233;couvre une &#171; loi &#187; il d&#233;couvre une v&#233;rit&#233; &#233;ternelle. Il sait seulement qu'il fera peut-&#234;tre l'objet de trois lignes dans une histoire de la physique ou de la chimie, disant : &#171; Les tentatives d'explication des particularit&#233;s de ce ph&#233;nom&#232;ne par W. en 1965 ont cr&#233;&#233; quelques espoirs, qui ont conduit &#224; la th&#233;orie X. Celle-ci a &#233;t&#233; toutefois d&#233;pass&#233;e ult&#233;rieurement par la formulation des th&#233;ories Y et Z. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les scientifiques eux-m&#234;mes, comme par exemple Oppenheimer, ont une perception dramatique d'un autre aspect de la crise. C'est que, par cette sp&#233;ciali&#173;sation, ils ne sont pas seulement isol&#233;s de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, mais qu'ils se sont aussi isol&#233;s &lt;i&gt;les uns des autres. &lt;/i&gt;Il n'existe plus de communaut&#233; scienti&#173;fique pratiquant un langage commun. D&#232;s que l'on d&#233;passe les limites d'une sp&#233;cialit&#233;, l'on ne peut plus communiquer, car il n'y a gu&#232;re de terrain commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que se passe-t-il dans ces conditions ? Quelles sont les valeurs que la soci&#233;t&#233; propose aujourd'hui &#224; ses citoyens ? La seule valeur qui survit est la consomma&#173;tion. L'acquisition d'un nombre croissant d'objets, ou d'objets nouveaux, est cens&#233;e pouvoir remplir compl&#232;tement la vie des gens, orienter leur effort, les attacher au travail, etc. Je ne m'attarderai pas beaucoup sur ce point, que vous connaissez tous tr&#232;s bien. Je soulignerai seulement combien tout cela ne fournit qu'une r&#233;ponse partielle et insatisfaisante, m&#234;me en tant que mystification. D&#233;j&#224; aujourd'hui, les gens ne peuvent pas remplir leur vie simplement en travaillant pour gagner davantage d'argent qui leur permettra d'acheter un appareil de t&#233;l&#233;vision plus moderne, et ainsi de suite. Cela est ressenti de plus en plus. La raison profonde en est, &#233;videmment, que cette consommation, dans son contenu, ne correspond pas &#224; des besoins humains v&#233;ritables. Elle est de plus en plus manipul&#233;e pour que les achats fournissent un d&#233;bouch&#233; &#224; la production toujours croissante d'objets de consommation. Ce type d'exis&#173;tence devient absurde, presque par d&#233;finition. La valeur accord&#233;e &#224; l'acquisition d'un plus grand nombre d'objets ou d'objets plus &#171; modernes &#187; est prise dans un processus d'auto-r&#233;futation perp&#233;tuelle. Car cette acquisition n'a pas de fin. Tout ce qui compte est d'avoir quelque chose de plus, quelque chose de plus &#171; moderne &#187;. Les gens commencent &#224; prendre conscience de ce que l'on appelle maintenant aux &#201;tats-Unis la &#171; course de rats &#187;. Vous essayez de gagner davantage d'argent pour pouvoir consommer plus que vos voisins. Vous vous valorisez, pour ainsi dire, plus que vos voisins parce que vous avez un niveau de consommation plus &#233;lev&#233;, et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III &#8211; Travail&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Essayons maintenant de voir comment la crise se manifeste dans la sph&#232;re de l'activit&#233; des gens. Nous pouvons commencer en regardant le sort du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but du capitalisme, la tendance cons&#173;tante du syst&#232;me a &#233;t&#233; de d&#233;truire le travail en tant qu'activit&#233; sens&#233;e. Ce que pouvait &#234;tre auparavant la relation du paysan, par exemple, &#224; sa terre, ou de l'artisan &#224; l'objet qu'il fabriquait, a &#233;t&#233; graduellement d&#233;truit avec la r&#233;volution industrielle, avec la division du travail, avec l'encha&#238;nement des gens &#224; des parties extr&#234;mement fragment&#233;es du processus de produc&#173;tion. En m&#234;me temps s'est d&#233;velopp&#233; l'effort continu et constamment croissant des entreprises capitalistes, et maintenant de la bureaucratie gestionnaire, d'in&#173;tervenir de plus en plus profond&#233;ment dans le processus de travail. Elles essayent de le diriger de l'ext&#233;rieur ; non seulement de d&#233;finir les r&#233;sultats finals du travail, les objectifs et les m&#233;thodes de la production, mais encore de d&#233;finir avec pr&#233;cision les gestes des ouvriers par le chronom&#233;trage, l'&#233;tude des mouvements, etc. Dans l'industrie occidentale c'est l&#224; un &#233;tat de choses bien &#233;tabli depuis plus d'un demi-si&#232;cle. Le sens du travail n'a pas &#233;t&#233; seulement d&#233;truit dans son aspect &lt;i&gt;objectif &lt;/i&gt;pour&lt;i&gt; &lt;/i&gt;ainsi dire. Personne ne produit plus une chose, un objet. Les travailleurs ne produisent plus que des composantes, dont la desti&#173;nation pr&#233;cise leur est souvent inconnue. Le sens du travail a &#233;t&#233; &#233;galement d&#233;truit dans son aspect &lt;i&gt;subjectif, &lt;/i&gt;car lorsqu'on produit une pi&#232;ce, dans le syst&#232;me actuel, on n'est pas suppos&#233; avoir un mot &#224; dire sur la fa&#231;on de produire cette pi&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution, cette destruction du sens du travail (qui va n&#233;cessairement ensemble avec la totalit&#233; du syst&#232;me social) a des effets tr&#232;s impor&#173;tants. Elle se manifeste comme ali&#233;nation subjective de l'ouvrier par rapport au processus de travail, car l'ouvrier se vit &#224; la fois comme un &#233;tranger &#224; ce processus et, en m&#234;me temps, comme quelqu'un de manipul&#233;. Elle se manifeste aussi socialement, on pourrait presque, dire objectivement, parce que, malgr&#233; tout, la production moderne exige la participation active des humains &#224; la fois en tant qu'individus et en tant que groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet v&#233;ritable de la production moderne est de moins en moins l'ouvrier individuel. C'est le groupe, l'&#233;quipe d'ouvriers. Et &#224; ce niveau, le m&#234;me ph&#233;no&#173;m&#232;ne se reproduit. La direction de la production refuse d'accepter ce fait : que la v&#233;ritable unit&#233; de travail est de plus en plus une &#233;quipe, un corps collectif, car la r&#233;sistance d'un groupe aux r&#232;gles de travail qu'on lui impose et aux tentatives de d&#233;truire le sens du travail est plus grande. Il est beaucoup plus facile de manipuler les gens au niveau indi&#173;viduel. Ainsi surgit une autre contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du travail moderne ne se manifeste pas seulement sous forme de mis&#232;re psychique de l'ou&#173;vrier, mais aussi objectivement, sous forme d'impasse du processus de production. La production moderne exige la participation active des producteurs, aussi bien en tant qu'individus qu'en tant que groupes. Cependant, les m&#233;thodes qu'&#233;tablit le syst&#232;me, tel qu'il fonctionne aujourd'hui, visent &#224; d&#233;truire cette participation en m&#234;me temps qu'elles la requi&#232;rent. Cette antinomie s'exprime &#224; la fois par un immense gaspillage dans la production et par un conflit permanent dans l'industrie, conflit entre ceux qui sont cens&#233;s ex&#233;cuter seulement des ordres, et ceux qui dirigent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV &#8211; Ali&#233;nation politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons maintenant une autre sph&#232;re, la sph&#232;re de la politique. Tout le monde conna&#238;t la crise de la politique. Elle est discut&#233;e depuis longtemps, sous la d&#233;signation de l'&#171; apathie &#187;. Qu'est-ce que l'apathie et quelles en sont les racines ? Au bout d'une certaine &#233;volution historique, aussi bien l'&#201;tat que diverses autres institutions (ainsi les collectivit&#233;s locales) ont &#233;t&#233; bureaucratis&#233;s, comme l'a &#233;t&#233; &#224; peu pr&#232;s tout dans la soci&#233;t&#233; moderne. Les organisations politiques &#8211; non seulement les organi&#173;sations politiques bourgeoises, conservatrices, mais aussi les organisations politiques cr&#233;&#233;es par la classe ouvri&#232;re pour lutter contre la classe dominante et son &#201;tat &#8211; et m&#234;me les syndicats ont &#233;t&#233; partie prenante de ce processus. Ind&#233;pendamment de ses autres aspects, cette bureaucratisation a signifi&#233; que les gens ont &#233;t&#233; exclus de la direction de leurs propres affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sort des syndicats est maintenant abandonn&#233; &#224; des fonctionnaires nomm&#233;s, &#224; des individus &#171; &#233;lus &#187; pour de longues p&#233;riodes. Ces gens agissent de telle sorte que la base est emp&#234;ch&#233;e d'exprimer ses opinions, comme d'exercer une quelconque v&#233;ritable activit&#233; dans le syndicat. La base ne sert que d'appui, elle paie des cotisations et ob&#233;it &#224; des ordres. De temps en temps, on lui donne un ordre de gr&#232;ve. Mais elle n'est pas suppos&#233;e avoir un mot &#224; dire dans tout cela. Par une r&#233;action naturelle, la base s'ali&#232;ne alors de l'organisation, qu'il s'agisse du syndicat ou du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas quelle &#233;tendue ce processus a d&#233;j&#224; pris en Grande-Bretagne. Sur le Continent, nous sommes habitu&#233;s &#224; des r&#233;unions des sections syndi&#173;cales o&#249; l'on ne trouve que les deux ou trois responsables syndicaux et peut-&#234;tre une demi-dou&#173;zaine d'autres personnes, sur un total de deux cents membres qui devraient &#234;tre pr&#233;sents. Dans ces conditions, une sorte de cercle vicieux est cr&#233;&#233;. La bureaucratie dit : &#171; Vous voyez bien ! Nous avons convoqu&#233; les gens pour qu'ils viennent discuter leurs affaires. Et ils ne viennent pas. Quelqu'un doit prendre les choses en main, afin de r&#233;soudre leurs probl&#232;mes. Alors, nous le faisons. Nous le faisons &lt;i&gt;pour &lt;/i&gt;eux, non pas pour nous-m&#234;mes. &#187; En partie, c'est l&#224; de la propagande par laquelle la bureaucratie se justifie elle-m&#234;me, mais en partie c'est aussi la v&#233;rit&#233;. Mais ce que l'on ne voit pas d'habitude, c'est que ce cercle vicieux a toujours trouv&#233; son origine &#224; un moment particulier, o&#249; le d&#233;sir et la tendance des gens de participer activement et de prendre en main leurs propres affaires ont rencontr&#233; l'opposition de la bureaucratie et ont &#233;t&#233; finalement d&#233;truits par celle-ci, qui a utilis&#233; &#224; cette fin tous les moyens dont elle disposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est la m&#234;me dans les organisations politiques. Elles se sont bureaucratis&#233;es, et &#233;loignent les gens de toute participation active, except&#233; peut-&#234;tre dans les p&#233;riodes de &#171; crise &#187;, o&#249; l'on peut parfois voir les dirigeants appeler le peuple &#224; l'aide. C'est ce qu'a fait de Gaulle en France, en 1960. Il lan&#231;ait des appels &#224; la radio : &#171; Aidez-moi contre la r&#233;volte d'Alger ! &#187; II venait juste de fabriquer une constitution par le moyen de laquelle la population devait &#234;tre maintenue fermement &#224; sa place pendant sept ans. Puis d'un coup, lorsqu'une crise est surve&#173;nue, il a appel&#233; &#224; l'aide. S'attendait-il que les gens aillent avec leurs 2 CV aux a&#233;roports pour combattre les parachutistes d&#233;barquant d'Alger ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus en plus, la population devient consciente de ce fait : la politique aujourd'hui n'est qu'une manipulation des gens, une manipulation de la soci&#233;t&#233; au service d'int&#233;r&#234;ts particuliers. La phrase : &#171; c'est tous la m&#234;me bande &#187; (que l'on entend souvent dans la bouche des &#171; apathiques &#187; ou &#171; non-politis&#233;s &#187;) exprime, d'abord, une v&#233;rit&#233; objective. Elle traduit aussi, en premi&#232;re approximation, une attitude parfaitement correcte. Les gens ont compris, &#224; la fin, que tous ceux qui sont en comp&#233;tition pour le gouvernement de la soci&#233;t&#233; appartiennent &#224; une seule et la m&#234;me bande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a &#233;t&#233; reconnu, lors des &#233;lections anglaises de 1959, par la presse bourgeoise s&#233;rieuse (par exemple l'&lt;i&gt;Economist &lt;/i&gt;et le &lt;i&gt;Guardian). &lt;/i&gt;Ces journaux regrettaient am&#232;rement l'absence de toute diff&#233;rence reconnaissable entre les programmes des Travaillistes et des Conservateurs. C'&#233;tait l&#224; quelque chose de tr&#232;s mauvais, car la beaut&#233; de la d&#233;mocratie britannique consiste dans le syst&#232;me de deux partis. Mais, pour avoir &lt;i&gt;deux &lt;/i&gt;partis, on doit avoir &lt;i&gt;quelque chose &lt;/i&gt;qui en fait vraiment &lt;i&gt;deux &lt;/i&gt;partis et non pas simplement deux faces de la m&#234;me bande. On doit avoir &lt;i&gt;quelques &lt;/i&gt;diff&#233;rences r&#233;elles, du moins dans ce qu'ils disent sinon dans ce qu'ils font. Aujourd'hui, ces &#171; diff&#233;&#173;rences &#187; tendent &#224; dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est le r&#233;sultat final de tout cela ? Les partis (et, aux &#201;tats-Unis, les Pr&#233;sidents) ne peuvent pas faire appel au soutien des gens sur la base de leurs id&#233;es ou de leur programme. Les Pr&#233;sidents ou les partis sont maintenant vendus &#224; la population comme des marques de p&#226;te dentifrice. On cr&#233;e une &#171; image &#187; de Kennedy, ou de Johnson, ou de Sir Alec, ou de Wilson. Les experts en relations publiques se demandent : &#171; Est-ce que Wilson n'ap&#173;para&#238;t pas trop comme un intellectuel ? Ne devrait-il pas dire quelque chose pour corriger cette impres&#173;sion ? Que devrions-nous faire pour gagner l'appui de ce 5 % des &#233;lecteurs qui aiment bien Sir Alec parce qu'il est plut&#244;t b&#234;te et qui ne veulent pas d'un Premier Ministre trop intelligent ? Est-ce que Wilson ne devrait pas s'efforcer &#224; dire quelque chose de vraiment stupide la prochaine fois ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin, il devient impossible de distinguer la politique de toute autre forme de publicit&#233; ou de vente de produits. &#192; cet &#233;gard, la nature des produits n'a pas d'importance, bien qu'elle puisse en avoir &#224; d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est gu&#232;re n&#233;cessaire d'insister sur le fait que tout cela ne cr&#233;e pas seulement une crise au sens subjectif. II ne s'agit pas simplement de ce que nous n'aimons pas que la soci&#233;t&#233; soit gouvern&#233;e de cette mani&#232;re. Tout cela a des r&#233;percussions objectives. Pendant la Renaissance, dans une ville italienne, un tyran pouvait r&#233;ussir &#224; maintenir la population dans une passivit&#233; terroris&#233;e. Mais la soci&#233;t&#233; moderne, avec ses r&#232;gles et ses institutions, ne peut pas &#234;tre g&#233;r&#233;e sur cette base, pas m&#234;me du point de vue des dominants eux-m&#234;mes. Elle ne peut pas &#234;tre gouver&#173;n&#233;e dans des conditions o&#249; la population s'abstient de &lt;i&gt;toute &lt;/i&gt;intervention et de &lt;i&gt;tout &lt;/i&gt;contr&#244;le de la politique, car alors il n'y a plus aucun contr&#244;le de la r&#233;alit&#233; sur les politiciens. Ceux-ci commencent &#224; planer et le r&#233;sultat est, par exemple, Suez. La crise se r&#233;percute sur le fonctionnement m&#234;me de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V &#8211; Relations familiales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un autre domaine o&#249; la crise se manifeste tr&#232;s intens&#233;ment est celui des relations familiales. Nous connaissons tous les grands changements qui ont lieu dans ce cas. Les normes traditionnelles, la moralit&#233;, les comportements qui caract&#233;risaient la famille patriarcale et qui dominaient encore en Europe occidentale jusqu'au d&#233;but du si&#232;cle, sont en train de s'effondrer. Le pivot des relations familiales, l'auto&#173;rit&#233; de l'homme, du p&#232;re, est en train de se pulv&#233;riser. La morale sexuelle, telle qu'elle existait autrefois, se d&#233;sint&#232;gre. Les relations traditionnelles entre parents et enfants se dissolvent de plus en plus. Et rien ne vient prendre leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devrions nous attarder quelque peu sur ces ph&#233;nom&#232;nes et essayer de comprendre ce qu'ils signifient vraiment. J'aimerais &#234;tre bien compris. Aucun doute que la famille patriarcale et la morale qui lui correspond soient, de notre point de vue, absurdes, inhumaines, ali&#233;nantes. C'est l&#224; un premier niveau de discussion. Mais, &#224; un niveau plus pro&#173;fond, ce qui importe n'est pas notre jugement. Une soci&#233;t&#233; ne peut pas fonctionner &#224; moins que les relations entre hommes et femmes et l'&#233;levage des enfants ne soient r&#233;gul&#233;s &#224; un certain degr&#233; (je ne parle pas, &#233;videmment, d'une r&#233;gulation m&#233;canique, simplement juridique), d'une mani&#232;re qui permette aux gens de vivre leur vie comme individus apparte&#173;nant &#224; un sexe avec ceux qui appartiennent &#224; l'autre, d'une mani&#232;re qui permette que les nouvelles g&#233;n&#233;ra&#173;tions soient procr&#233;&#233;es et &#233;lev&#233;es sans entrer en conflit avec les arrangements sociaux existants. Cet aspect &#171; fonctionnel &#187; de la famille existait dans la famille patriarcale. II existait, ou aurait pu exister, dans la famille matriarcale. Il existe dans une famille musulmane polygamique. Ce qui importe, ce n'est pas d'&#233;mettre des jugements sur ces formes. Il y avait dans ces soci&#233;t&#233;s des m&#233;thodes pour r&#233;soudre &#8211; et non pas simplement sur le plan juridique &#8211; le probl&#232;me de la relation entre l'homme et la femme, entre les parents et les enfants. Ces m&#233;thodes tenaient compte des aspects juridiques, &#233;conomiques, sexuels et psychiques (que l'on pourrait appeler freudiens) de la cr&#233;ation de nouveaux &#234;tres humains adapt&#233;s plus ou moins &#224; la forme existante de vie sociale. Mais aujourd'hui ce qui assurait ce type de coh&#233;sion, &#224; savoir la famille patriarcale, se d&#233;compose de plus en plus. Et avec elle se d&#233;compose tout ce qui l'accom&#173;pagnait : la morale sexuelle traditionnelle, la relation traditionnelle entre le p&#232;re et la m&#232;re, les relations traditionnelles entre parents et enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'&#233;merge, &#224; premi&#232;re vue, pour remplacer les conceptions traditionnelles. Cela cr&#233;e une crise immense, qui se manifeste dans des formes ais&#233;ment rep&#233;rables, comme la dissolution de familles, les enfants sans foyer, les &#233;normes probl&#232;mes de la jeunesse contemporaine, les blousons noirs &lt;i&gt;(mods &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;rockers), &lt;/i&gt;etc. Tout cela a une signification tr&#232;s profonde. En un sens, ce qui est jeu est la question m&#234;me de la continuation de la soci&#233;t&#233;. Je n'entends pas la simple reproduction biologique, mais la reproduction de personnalit&#233;s qui ont un certain rapport &#224; leur environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport &#224; tout le complexe de probl&#232;mes qui existent relativement &#224; la famille, au sexe, aux parents, aux enfants, &#224; l'homme et &#224; la femme, etc., personne ne sait avec certitude ce qu'il ou elle est suppos&#233; faire. Quel est son r&#244;le ? Quelle est, par exemple, la place de la femme dans la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui ? Vous pouvez faire de la femme une des quinze femmes dans un harem, vous pouvez en faire une matrone victorienne, vous pouvez en faire la femme grecque dans le gyn&#233;c&#233;e ; mais, d'une mani&#232;re ou d'une autre, elle doit avoir une certaine place dans la soci&#233;t&#233;. Vous pouvez dire, comme Hitler, que sa place est dans la cuisine, aupr&#232;s de ses enfants, &#224; l'&#233;glise. Cela est coh&#233;rent. Inhumain, barbare &#8211; mais coh&#233;rent. Mais quelle est la place de la femme dans la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui ? Doit-elle &#234;tre exactement comme un homme, avec une petite diff&#233;rence physique ? Doit-elle &#234;tre quelqu'un qui travaille pour la plus grande partie de son temps ? Ou bien doit-elle &#234;tre d'abord &#233;pouse et m&#232;re ? Ou bien les deux &#224; la fois ? Et peut-elle &#234;tre les deux &#224; la fois ? Est-ce faisable ? Est-ce que la soci&#233;t&#233; cr&#233;e les condi&#173;tions qui le rendraient faisable ? L'incertitude totale qui r&#232;gne sur ces points cr&#233;e une crise terrible quant au statut et m&#234;me la personnalit&#233; des femmes. Elle cr&#233;e une d&#233;sorientation totale, laquelle affecte aussi imm&#233;diatement les hommes. Les hommes poss&#232;dent une sorte de privil&#232;ge &#224; cet &#233;gard, au sens qu'ils semblent continuer plus ou moins &#224; vivre leur r&#244;le traditionnel. Ils sont hors de la maison, travaillent pour gagner de l'argent. Mais c'est l&#224; une apparence fallacieuse, car consid&#233;r&#233;s ainsi, les hommes et les femmes ne sont que des abstractions. Ce qui arrive aux femmes affecte les hommes. On ne peut d&#233;finir ces deux &#234;tres si ce n'est dans leur relation r&#233;ci&#173;proque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets les plus dramatiques de cette incertitude sont ceux que subissent les jeunes g&#233;n&#233;rations. Par le moyen de m&#233;canismes essentiellement inconscients, sur lesquels nous connaissons, gr&#226;ce &#224; Freud, cer&#173;taines choses, les enfants adoptent des mod&#232;les, s'identifient &#224; l'une ou l'autre des images parentales d'apr&#232;s leur sexe. Ils peuvent m&#234;me faire cela dans un contexte familial plus large que celui des parents biologiques. Mais la pr&#233;supposition en est que les enfants en train de pousser trouvent devant eux une femme-m&#232;re et un homme-p&#232;re avec des types de comportement, des attitudes et des r&#244;les lesquels, m&#234;me s'ils ne sont pas d&#233;finis noir sur blanc, correspondent &#224; quelque chose de relativement clair et certain. Dans la mesure o&#249; tout cela est de plus en plus mis en question dans la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui, les enfants ne peuvent pas grandir en s'aidant de ce processus d'identification, un processus qui est n&#233;ces&#173;saire, bien qu'il puisse &#234;tre vu aussi bien comme ali&#233;nant. L'enfant n'est plus aid&#233; aujourd'hui dans son d&#233;veloppement par les images parentales, comme il l'&#233;tait autrefois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant s'aidait de ces images. D'une certaine fa&#231;on, il choisissait chez elles ce qui correspondait &#224; sa propre nature. En tout cas, il trouvait habituelle&#173;ment devant lui un caract&#232;re structur&#233;, une &lt;i&gt;personne &lt;/i&gt;au sens le plus profond du terme. L'enfant se d&#233;veloppait d'habitude en relation avec ces personnes m&#234;me si, comme c'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas avec des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes, il luttait contre elles. Mais aujour&#173;d'hui la situation ressemble &#224; un brouillard. Il y a une incertitude grandissante quant &#224; ce que sont vraiment un homme et une femme dans leurs d&#233;finitions polaires et r&#233;ciproques, quant &#224; ce que sont leurs r&#244;les, quant &#224; ce que devraient &#234;tre leurs relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des cons&#233;quences imm&#233;diates en est, &#233;videmment, l'incertitude totale qui domine les relations entre parents et enfants. Il y a encore des familles chez lesquelles pr&#233;valent les vieilles attitudes et habitudes patriarcales et autoritaires chez lesquelles persistent les restes des vieilles id&#233;es, o&#249; les parents exercent une sorte de pouvoir dominateur sur les enfants. Plus encore, la famille est toujours vue parfois comme un objet dans la possession du p&#232;re, du &lt;i&gt;pater familias. &lt;/i&gt;Telle &#233;tait l'attitude des Romains, mais cette attitude a persist&#233; en r&#233;alit&#233; en Europe occidentale pendant tr&#232;s longtemps. En un sens, les enfants et m&#234;me l'&#233;pouse existaient &lt;i&gt;pour &lt;/i&gt;le p&#232;re. Il pouvait en faire ce qu'il voulait, ce qui lui plaisait. Avec des limitations, cette attitude persiste encore aujourd'hui par endroits. &#201;videmment, elle entre en conflit avec les attitudes des enfants et des jeunes d'aujourd'hui, des adolescents qui se r&#233;voltent contre elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez d'autres familles, on observe l'extr&#234;me oppos&#233; : la d&#233;sint&#233;gration. Les enfants simplement poussent. Les parents ne jouent aucun r&#244;le, sauf de fournir l'argent de poche, le logement et la nourri&#173;ture. On ne voit pas pourquoi diable ils sont l&#224;, une fois qu'ils ont engendr&#233; les enfants. Dans ces conditions, on pourrait aussi bien dire : &#171; nationali&#173;sons les enfants d&#232;s leur naissance &#187;. Dans ces cas, le r&#244;le du couple parental par rapport aux enfants a, en un sens, disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; des cas se situent quelque part entre ces deux extr&#234;mes. Les parents sont plong&#233;s dans la perplexit&#233;, ne sachant pas que faire et donnant souvent des coups de volant brutaux, tant&#244;t &#224; droite, tant&#244;t &#224; gauche, en essayant de guider l'&#233;ducation des enfants. Un jour, ils sont &#171; lib&#233;raux &#187;. Et le jour suivant, ils gueulent : &#171; &#199;a suffit comme &#231;a. A partir de maintenant, tu rentreras &#224; la maison tous les soirs &#224; 7 heures. &#187; Apr&#232;s quoi, il y a &#233;videmment une crise. Et apr&#232;s la crise, ils font des concessions. Et cela continue ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui reconnaissent les effets n&#233;gatifs de cette situation sur la texture sociale d'aujourd'hui, com&#173;prendront facilement que, &#224; moins que quelque chose d'autre ne survienne, ces effets seront multipli&#233;s au m&#234;me degr&#233; lorsque les enfants d'aujourd'hui auront &#224; engendrer et &#224; &#233;lever leurs propres enfants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI &#8211; &#201;ducation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On retrouve l'&#233;quivalent de cette situation dans le probl&#232;me de l'&#233;ducation. La relation tradition&#173;nelle, qu'exprimaient bien les termes &#171; ma&#238;tre &#187;, et &#171; &#233;l&#232;ve &#187;, est en train de se dissoudre. Les jeunes la tol&#232;rent de moins en moins. L'enseignant ou le professeur n'a plus la position r&#233;elle du ma&#238;tre &#224; l'&#233;gard de la classe, comme c'&#233;tait encore le cas il y a trente ans. Mais, dans le syst&#232;me existant, il est impossible de passer &#224; un autre type de relation. Il y est r&#233;ellement impossible d'accepter une relation nouvelle entre les adultes et les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'adulte soit n&#233;cessaire pour l'&#233;ducation des enfants, cette relation doit &#234;tre d&#233;sormais forg&#233;e d'une mani&#232;re compl&#232;tement nouvelle. La commu&#173;naut&#233; des enfants devrait pouvoir acqu&#233;rir la capacit&#233; de g&#233;rer ses propres affaires et m&#234;me, en un certain sens, de g&#233;rer son propre processus d'&#233;ducation, les adultes &#233;tant l&#224; seulement pour qu'elle puisse apprendre d'eux, leur emprunter et les utiliser. Quelques tentatives de la p&#233;dagogie moderne recon&#173;naissent tout cela, mais ces tentatives se trouvent limit&#233;es par l'ensemble du cadre social. Nous avons une crise de l'&#233;ducation &#224; ce point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons une crise de l'&#233;ducation aussi &#224; un autre point de vue, &#224; savoir par rapport au contenu de l'&#233;ducation. Ce n'est plus l&#224; simplement une crise dans les relations entre &#233;ducateurs et &#233;duqu&#233;s. C'est une crise relative aux fins de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XIXe si&#232;cle, la conduite et le contenu de l'&#233;ducation correspondaient plus ou moins &#224; une division assez nette de la soci&#233;t&#233; en classes. Pour les enfants des classes &#171; sup&#233;rieures &#187;, il y avait la culture classique et l'&#233;ducation secondaire et sup&#233;&#173;rieure. Pour les enfants des classes &#171; inf&#233;rieures &#187;, il y avait l'&#233;ducation &#233;l&#233;mentaire, juste suffisante pour leur permettre de comprendre le travail &#224; l'usine : le strict minimum. Aujourd'hui, ces deux objectifs sont en crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu une d&#233;gradation fantastique de l'&#233;duca&#173;tion &#171; classique &#187;. Les &#233;tudes classiques semblent, en un sens, hors saison ; personne ne peut en montrer la pertinence pour la vie d'aujourd'hui. Ont-elles une pertinence quelconque ? Peut-&#234;tre ; mais seule une soci&#233;t&#233; r&#233;ellement vivante dans son pr&#233;sent pourrait restaurer pour elle-m&#234;me la signification du pass&#233;. Autrement, la signification du pass&#233; devient quelque chose de compl&#232;tement ext&#233;rieur. Elle se r&#233;duit &#224; cela : &#171; Regardons la Renaissance, regardons les &#233;lisab&#233;thains ou les Grecs. Ils vivaient dans un monde harmonieux, compl&#232;tement oppos&#233; au n&#244;tre &#187;. Et c'est tout. Il n'est plus vraiment possible de traduire en termes actuels la signification des cultures pass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, il est impossible pour la technolo&#173;gie envahissante et explosive d'aujourd'hui de laisser l'&#233;ducation g&#233;n&#233;rale &#224; son niveau pr&#233;sent. Les gens qui vont entrer dans l'industrie moderne doivent poss&#233;der des qualifications techniques, ils doivent avoir davantage de connaissances m&#234;me si celles-ci ne concernent que les techniques. Leurs besoins en mati&#232;re d'&#233;ducation augmentent &#224; un rythme terrible. Comment y faire face ? Les solutions que l'on trouve dans la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui sont toutes intrins&#232;que&#173;ment contradictoires. Une solution, par exemple, s'efforce de donner aux enfants une &#233;ducation essentiellement technique. Pour des raisons qui concernent l'organisation d'ensemble de la soci&#233;t&#233;, et qui sont en partie &#233;conomiques, cette sp&#233;cialisation doit commencer tr&#232;s t&#244;t. Mais cela n'est pas seule&#173;ment extr&#234;mement destructeur pour la personnalit&#233; des enfants ; c'est aussi une tentative qui se d&#233;truit elle-m&#234;me. Car, &#233;tant donn&#233; le rythme du d&#233;veloppement et du changement technologique contemporain, on ne peut pas faire grand-chose de gens que l'on alloue une fois pour toutes &#224; une sp&#233;cialit&#233; tr&#232;s limit&#233;e. Ce type de crise de l'&#233;ducation se manifeste dans l'industrie moyennant la demande croissante de programmes de r&#233;&#233;ducation des adultes, ce que l'on appelle maintenant l'&#171; &lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#233;ducation permanente &#187;. Mais, pour pouvoir absorber plus tard dans la vie ce que pourrait offrir cette &#171; &#233;ducation permanente &#187; (si jamais elle se r&#233;alisait), on doit avoir acquis aupara&#173;vant des bases aussi g&#233;n&#233;rales que possible. Il est clair que si l'on ne poss&#232;de qu'une base extr&#234;mement &#233;troite, une &#233;ducation ult&#233;rieure devient quelque chose d'impossible. Nous avons ici encore un conflit interne, qui illustre la crise &#224; ce niveau.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII &#8211; Quelques conclusions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Essayons de nous r&#233;sumer. Toute notre discussion tourne autour de deux concepts fondamentaux, de deux cat&#233;gories polaires qui composent la soci&#233;t&#233; ; la personnalit&#233; des &#234;tres humains et la structure et la coh&#233;sion de l'organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau &lt;i&gt;personnel &lt;/i&gt;la crise se manifeste comme crise radicale de la signification de la vie et des moti&#173;vations humaines. Ce n'est pas un hasard si l'art et la litt&#233;rature modernes sont de plus en plus, si je peux dire, &#171; pleins de vide &#187;. Dans les attitudes &lt;i&gt;sociales &lt;/i&gt;des gens, la crise appara&#238;t comme destruction et dispari&#173;tion de la responsabilit&#233;. Il y a une profonde crise de la socialisation. Il y a le ph&#233;nom&#232;ne que j'ai appel&#233; privatisation : les gens se retirent, pour ainsi dire, en eux-m&#234;mes. Il n'y a pratiquement plus de vie communautaire, les liens entre les gens se dissolvent De nouveaux ph&#233;nom&#232;nes apparaissent en r&#233;action contre cet &#233;tat de choses, par exemple les bandes de jeunes, qui expriment le besoin d'une socialisation positive. Mais la socialisation au sens plus g&#233;n&#233;ral, le sentiment que ce qui se passe dans la soci&#233;t&#233; est, apr&#232;s tout, aussi notre propre affaire, que nous avons &#224; faire quelque chose par rapport &#224; la soci&#233;t&#233;, que nous en sommes responsables, se trouve profond&#233;&#173;ment disloqu&#233;. Cette dislocation renforce le cercle vicieux. Elle accro&#238;t l'apathie et multiplie ses effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a aussi un autre aspect, tr&#232;s important, de tous ces ph&#233;nom&#232;nes de crise. Le temps ne me permet gu&#232;re plus que de le mentionner. Lorsque nous parlons de crise, nous devons comprendre qu'il ne s'agit pas d'une calamit&#233; physique qui s'est abattue sur la soci&#233;t&#233; contemporaine. S'il y a crise, c'est que les gens &lt;i&gt;ne &lt;/i&gt;se soumettent &lt;i&gt;pas &lt;/i&gt;passivement &#224; l'organisation existante de la soci&#233;t&#233;, mais r&#233;a&#173;gissent et luttent contre elle de nombreuses mani&#232;res. Et, tout aussi important, cette r&#233;action, cette lutte des gens, contiennent les germes du nouveau. Elles produisent n&#233;cessairement de nouvelles formes de vie et de relations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, la crise que nous avons d&#233;crite n'est que le sous-produit de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons, par exemple, les changements dans la situation des femmes. Certes, &#224; l'origine de la dislocation de vieil ordre patriarcal, il y a le d&#233;ve&#173;loppement technique et &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; moderne, l'industrialisation, etc. Le capitalisme a d&#233;truit le vieux type de la famille en faisant entrer les femmes dans les usines, puis en les en faisant sortir, etc. Mais ce n'est l&#224; qu'une partie de l'histoire. Tout cela aurait pu tr&#232;s bien laisser le vieil ordre en place, si les femmes n'avaient pas r&#233;agi d'une mani&#232;re d&#233;termin&#233;e &#224; la nouvelle situation. Et c'est pr&#233;cis&#233;&#173;ment ce qui s'est pass&#233;. Apr&#232;s un certain temps, les femmes ont commenc&#233; &#224; exiger un autre genre de place dans la soci&#233;t&#233;. Elles n'accept&#232;rent plus la vieille situation patriarcale. Et je ne pense pas aux suffragettes, &#224; Lady Astor, etc. Il y a eu une pression et une lutte silencieuse qui a commenc&#233; depuis plus de cinquante ans, et qui continue. Les femmes ont &#224; la fin conquis une sorte d'&#233;quivalence avec l'homme &#224; la maison. Les filles ont conquis le droit de faire d'elles-m&#234;mes ce qu'elles veulent sans &#234;tre consid&#233;&#173;r&#233;es comme des &#171; prostitu&#233;es &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me chose est vraie pour la jeunesse. La r&#233;volte des jeunes a eu, certes, pour condition le d&#233;veloppement d'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Mais, &#224; partir d'un moment, les adolescents n'ont plus accept&#233; d'&#234;tre trait&#233;s comme des simples objets du p&#232;re, de la famille, des individus qui &#233;taient leurs &#171; ma&#238;tres &#187; jusqu'&#224; l'&#226;ge de 21 ans, jusqu'&#224; leur mariage, jusqu'&#224; ce qu'ils gagnent leur vie, etc. Les jeunes ont plus ou moins conquis leur nouvelle situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces domaines : la famille, les relations entre les sexes, les relations parents-enfants, quelque chose de nouveau est en train d'&#233;merger. Les gens luttent pour d&#233;finir pour eux-m&#234;mes (bien que non en termes explicites) une sorte de reconnaissance de l'autonomie de l'autre personne et de responsabilit&#233; de chacun pour sa propre vie. Il y a un effort pour comprendre l'autre, pour accepter les gens tels qu'ils sont, ind&#233;pendamment des obligations juridiques ou en l'absence de telles obligations (par exemple, ind&#233;pendamment du fait que l'adult&#232;re est interdit ou non). Les gens essaient de r&#233;aliser cette attitude dans leur vie. Ils essaient de construire les relations de couple sur la r&#233;alit&#233; concr&#232;te des deux personnes impliqu&#233;es, sur leur volont&#233; et sur leurs d&#233;sirs v&#233;ritables, et non pas sur la base de contraintes ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que l'on trouve aussi des &#233;l&#233;ments positifs lorsqu'on consid&#232;re l'&#233;volution des relations entre parents et enfants. Il y a une reconnaissance de ce que les enfants existent pour eux-m&#234;mes, d&#232;s le d&#233;part, et non seulement &#224; partir de 21 ans. Les gens commencent &#224; comprendre, graduellement, que si l'on produit des enfants, on ne les produit pas simplement pour &#233;tendre sa propre personnalit&#233;, simplement pour cr&#233;er un petit domaine familial o&#249; l'on puisse dominer (comme on a &#233;t&#233; domin&#233; toute la journ&#233;e par le patron au travail), o&#249; l'on puisse dire : &#171; La ferme. C'est moi le ma&#238;tre ici. &#187; Les gens prennent conscience de ce que, si l'on procr&#233;e des enfants, on les procr&#233;e pour eux-m&#234;mes, que ces enfants ont, &#224; chaque &#233;tape, droit &#224; autant de libert&#233; qu'ils peuvent en exercer, qu'ils ne sont pas faits pour ob&#233;ir &#224; des r&#232;gles arbitraires ou &#224; votre propre arbitraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me chose est vraie pour ce qui est du travail. S'il y a une crise de l'industrie moderne, ce n'est pas simplement parce que le syst&#232;me est irrationnel ou m&#234;me parce qu'il exploite les gens. C'est parce que les gens &lt;i&gt;r&#233;agissent. &lt;/i&gt;Ils r&#233;agissent de deux mani&#232;res. En premier lieu ils constituent ce que les sociologues industriels ont depuis longtemps d&#233;crit comme &#171; groupes et organisations informels &#187;. C'est-&#224;-dire ils constituent des &#233;quipes de travail et &#233;tablissent des connexions informelles afin de pouvoir faire leur travail. Ces connexions court-circuitent les canaux officiels et les m&#233;canismes officiels de transmission des ordres. Les ouvriers trouvent des m&#233;thodes pour faire leur travail qui non seulement diff&#232;rent des m&#233;thodes officielles mais souvent s'y opposent. Ensuite, dans les soci&#233;t&#233;s industrielles modernes, les ouvriers r&#233;agissent de plus en plus par le moyens de luttes explicites. C'est l&#224; la signification des gr&#232;ves &#171; inofficielles &#187; ou &#171; sauvages &#187; relatives aux condi&#173;tions de travail, aux conditions de vie &#224; l'usine, au contr&#244;le du processus de production. Ces questions peuvent para&#238;tre mineures, mais sont en r&#233;alit&#233; tr&#232;s importantes. Ces luttes signifient que les gens refusent d'&#234;tre domin&#233;s, et manifestent leur volont&#233; de prendre leurs vies en main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons ainsi que la crise de la soci&#233;t&#233; moderne n'est pas sans issue. Elle contient les germes du nouveau, qui d&#232;s maintenant est en train d'&#233;mer&#173;ger. Mais le nouveau ne pr&#233;vaudra pas automatique&#173;ment. Son &#233;mergence s'appuiera sur les actions des gens dans la soci&#233;t&#233;, sur leur r&#233;sistance et sur leur lutte permanente et sur leur activit&#233; souvent non consciente. Mais le nouveau ne se compl&#233;tera pas, ne pourra pas s'&#233;tablir comme un nouveau syst&#232;me social, comme un type nouveau de vie sociale, s'il ne devient pas, &#224; une certaine &#233;tape, l'objet d'une activit&#233; &lt;i&gt;consciente, &lt;/i&gt;d'une action &lt;i&gt;consciente &lt;/i&gt;de la masse des gens. Pour nous, aider cette action consciente &#224; commencer, et l'aider &#224; se d&#233;velopper chaque fois qu'elle se manifeste, c'est le sens v&#233;ritablement nouveau que doivent avoir les mots &#171; politique r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'ironie contre la b&#234;tise ?</title>
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		<dc:date>2018-08-29T07:05:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;cence commune</dc:subject>
		<dc:subject>Taguieff P.-A.</dc:subject>
		<dc:subject>B&#234;tise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte extrait du livre de Pierre-Andr&#233; Taguieff &#171; Du diable en politique. R&#233;flexions sur l'antilep&#233;nisme ordinaire &#187;, CNRS &#233;ditions, 2014, pp. 164-168. La b&#234;tise est d'abord une donn&#233;e imm&#233;diate de l'exp&#233;rience sociale. Des rapports entre voisins aux d&#233;bats politiques, la b&#234;tise est partout, surgissant sous ses formes les plus simples ou prenant les habits du plus extr&#234;me p&#233;dantisme. En explorant les territoires les plus divers des luttes politiques, en analysant notamment les discours (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-220-decence-commune-+" rel="tag"&gt;D&#233;cence commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-227-taguieff-p-a-+" rel="tag"&gt;Taguieff P.-A.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-249-Betise-+" rel="tag"&gt;B&#234;tise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du livre de Pierre-Andr&#233; Taguieff &#171; Du diable en politique. R&#233;flexions sur l'antilep&#233;nisme ordinaire &#187;, CNRS &#233;ditions, 2014, pp. 164-168.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La b&#234;tise est d'abord une donn&#233;e imm&#233;diate de l'exp&#233;rience sociale. Des rapports entre voisins aux d&#233;bats politiques, la b&#234;tise est partout, surgissant sous ses formes les plus simples ou prenant les habits du plus extr&#234;me p&#233;dantisme. En explorant les territoires les plus divers des luttes politiques, en analysant notamment les discours dits extr&#233;mistes et ceux de leurs ennemis d&#233;clar&#233;s, les anti-extr&#233;mistes, on ne cesse d'&#234;tre troubl&#233; par le simple constat d'une diss&#233;mination sans limites de la b&#234;tise. Il est difficile de ne pas s'interroger sur la r&#233;gularit&#233; avec laquelle celle-ci se manifeste dans les d&#233;bats publics. A vrai dire, rien n'est plus banal que la b&#234;tise, car elle se confond avec l'&#233;mission de pens&#233;es banales, ind&#233;finiment r&#233;p&#233;t&#233;es, et cette affligeante banalit&#233; la rend imperceptible &#224; beaucoup&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Lucien Jerphragnon, De la banalit&#233;. Essai sur l'ips&#233;it&#233; et sa dur&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme si elle &#233;tait un &#233;l&#233;ment n&#233;cessaire du d&#233;cor. Elle s'int&#232;gre pour ainsi dire dans le bruit de fond du fonctionnement social, elle fait partie de la rumeur du monde, celle qu'on n'&#233;coute plus dans la vie ordinaire. Dans &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a R&#233;volte des masses&lt;/i&gt;, Jos&#233; Ortega y Gasset s'&#233;tonnait du fait que la b&#234;tise, cible de multiples pamphlets plus ou moins superficiels, n'ait gu&#232;re &#233;t&#233; prise au s&#233;rieux par les philosophes, &#224; l' exception de Schopenhauer et de Nietzsche : &#171; Il est hors de doute que de tout temps le contact, le choc avec la sottise d'autrui a d&#251; &#234;tre pour beaucoup d'hommes, un des tourments les plus angoissant de leur vie. Comment est-il possible cependant que l'on n'ait jamais essay&#233;, me semble-t-il, d'&#233;crire une &#233;tude sur elle, sur la b&#234;tise ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jos&#233; Ortega y Gasset, La R&#233;volte des masses, [1929], Gallimard, coll. &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Combattre le Mal : crois&#233;s, m&#233;decins, ironistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas facile de d&#233;finir la b&#234;tise (ou sottise) ou la stupidit&#233; (ou imb&#233;cillit&#233;), car, en raison de l'extr&#234;me diversit&#233; de leurs illustrations possibles (elles-m&#234;mes pourtant claires), on peine &#224; passer de la perception de certaines ressemblances (d'&#171; airs de famille &#187;, dirait Wittgenstein) &#224; la construction d'un concept, ou plus exactement d'un noyau conceptuel, &#224; partir des caract&#233;ristiques communes des cas de b&#234;tise identifi&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une introduction aux probl&#232;mes pos&#233;s par l'existence aveuglante et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certes, l'on peut s'en tenir &#224; des crit&#232;res simples, tels que l'incapacit&#233;, observable chez certains individus, &#224; analyser des donn&#233;es ou &#224; r&#233;soudre des probl&#232;mes (tant anciens que nouveaux), ce qui d&#233;finit le manque d'intelligence. Mais la b&#234;tise n'est pas r&#233;ductible au manque d'intelligence, lequel est relativement mesurable (on manque plus ou moins d'intelligence, ce qui implique qu'on peut &#234;tre plus ou moins stupide). La b&#234;tise se manifeste &#233;galement par le manque de jugement, et, &#224; cet &#233;gard, elle semble sans rem&#232;de. C'est la perspective adopt&#233;e par Kant dans une note c&#233;l&#232;bre de la &lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le manque de jugement [&lt;/i&gt;Mangel an Urteilsktaft&lt;i&gt;]&lt;/i&gt;&lt;i&gt; est proprement ce que l'on appelle stupidit&#233; [&lt;/i&gt;Dummheit&lt;i&gt;]&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, et &#224; ce vice il n'y a pas de rem&#232;de. Une t&#234;te obtuse ou born&#233;e en laquelle il ne manque que le degr&#233; d'entendement convenable et de concepts qui lui sont propres, peut fort bien arriver par l'instruction jusqu'&#224; l'&#233;rudition. Mais comme alors, le plus souvent, ce d&#233;faut accompagne aussi l'autre, il n'est pas rare de trouver des hommes tr&#232;s instruits qui l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ai&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ssent incessamment apercevoir dans l'usage qu'ils font de leur science ce vice irr&#233;m&#233;diable. &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Immanuel Kant, Critique de la raison pure, &#171; Analytique des principes &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la b&#234;tise, que faire ? Laisser passer ou engager le combat ? Et, si l'on d&#233;clare la guerre &#224; la b&#234;tise, &#224; quelles armes symboliqes recourir ? Les philosophes Pascal Engel et Kevin Mulligan abordent la b&#234;tise comme un vice &#233;pist&#233;mique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;D&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e m&#234;me qu'il y a des vertus &#233;pist&#233;miques &#8211; la mod&#233;ration dans &lt;/i&gt;&lt;i&gt;le jugement&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, la pond&#233;ration, le scrupule, l'intelligence &#8211; il y a des vices &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;pist&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;miques &#8211; la cr&#233;dulit&#233;, le conformisme, la b&#234;tise. ( ... ) On &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ne&lt;/i&gt;&lt;i&gt; peut pas bl&#226;mer ou louer un individu pour telle ou telle croyance, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;bien&lt;/i&gt;&lt;i&gt; qu'on puisse le bl&#226;mer ou le louer pour &#234;tre le type de croyant &lt;/i&gt;&lt;i&gt;qu'il&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt;st (un conformiste, un cr&#233;dule ou un imb&#233;cile, qui sont tous d&lt;/i&gt;&lt;i&gt;es d&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;fauts de caract&#232;re).&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pascal Engel &amp; Kevin Mulligan, &#171; Normes &#233;thiques et normes cognitives &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le meilleur antidote &#224; la b&#234;tise, c'est peut-&#234;tre l'ironie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Kevin Mulligan, &#171; Ironie, valeurs cognitives et b&#234;tise &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'ironie telle que Robert Musil la concevait : non pas comme &#171; un geste de sup&#233;riorit&#233; &#187;, mais comme &#171; une forme de combat &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Musil, cit&#233; par Kevin Mulligan, art. Cit. (2008), p. 108&#034; id=&#034;nh25-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, illustrant une &#171; argumentation indirecte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cha&#239;m Perelman &amp; Lucie Olbrechts-Tyteca, Trait&#233; de l'argumentation. La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est &#224; Quintilien qu'on doit la d&#233;finition classique de l'ironie, selon laquelle l'ironiste dit le contraire de ce qu'il pense&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans ses Institutionis oratoriae (Livre IX), Quintilien cite un passage de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par l'ironie, pr&#233;cisait Dumarsais, &#171; on veut faire entendre le contraire de ce qu'on dit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dumarsais, Des Tropes (...) [1730] Paris, Mme Vve Dabo, 1834, p.131&#034; id=&#034;nh25-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On en trouve une formulation devenue canonique chez le grammairien et rh&#233;toricien Pierre Fontanier : &#171; L'ironie consiste &#224; dire par une raillerie, ou plaisante ou s&#233;rieuse, le contraire de ce qu'on pense, ou de ce qu'on veut faire penser. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Fontanier, Les Figures du discours [1821-1830], pr&#233;face de G&#233;rard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est ainsi qu'un discours d'&#233;loge peut envelopper une intention de bl&#226;mer ; par un discours ironique, &#171; on fait semblant de louer ceux qu'on veut ou bl&#226;mer ou critiquer, en sorte qu'alors les louanges sont des bl&#226;mes ou des railleries &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abb&#233; Colin, Traduction du Trait&#233; de l'Orateur de Cic&#233;ron, avec des notes, 3e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.Il va de soi que cette d&#233;finition est tr&#232;s insuffisante pour comprendre le fonctionnement de la parole ironique, sa vis&#233;e et ses effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons plut&#244;t l'ironie comme &#171; feintise &#187; (&#171; pretence &#187;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gregory Currie, &#171; Why lrony Is Pretence &#187;, in Shaun Nichols (ed.), The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire, en premi&#232;re approximation, comme un art de feindre ou de faire semblant susceptible de provoquer le rire. Plus pr&#233;cis&#233;ment, l'ironiste &#171; feint d'&#234;tre un certain type de personne &#8211; une personne ayant un point de vue restreint ou d&#233;ficient du monde, ou d'une partie de celui-ci &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gregory Currie, &#171; Why Irony Is Prerence &#187;, in op. cit., p. 116.&#034; id=&#034;nh25-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il &#171; feint un point de vue limit&#233; : il feint de dire ou faire quelque chose que seulement quelqu'un qui n'a pas r&#233;ussi &#224; voir certains faits ou valeurs de mani&#232;re bienveillante et vivante dirait ou ferait &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 123, note 23.&#034; id=&#034;nh25-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans son essai sur la signification du comique, &lt;i&gt;Le Rire&lt;/i&gt;, Bergson distinguait rigoureusement l'ironie de l'humour : &#171; Tant&#244;t on &#233;noncera ce qui devrait &#234;tre en feignant de croire que c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui est : en cela consiste &lt;i&gt;l'ironie&lt;/i&gt;. Tant&#244;t, au contraire on d&#233;crira minutieusement et m&#233;ticuleusement ce qui est, en affectant de croire que c'est bien l&#224; ce que les choses devraient &#234;tre : ainsi proc&#232;de souvent l' humour &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Bergson, Le Rire. Essai sur la signification du comique [1900], in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Faire semblant de croire : telle est donc la strat&#233;gie discursive commune &#224; l'humour et &#224; l'ironie. Dans sa d&#233;finition contrast&#233;e de l'ironie et de l'humour, Bergson part explicitement de l' opposition du r&#233;el &#224; l'id&#233;al, &#171; de ce qui est &#224; ce qui devrait &#234;tre &#187;. L'ironiste feint par exemple de prendre au s&#233;rieux les pr&#233;tentions infond&#233;es de certains personnages, ou il feint d'admirer des actions ou des &#339;uvres d&#233;nu&#233;es de tout int&#233;r&#234;t, ou encore il feint de juger positivement un individu qu'il juge n&#233;gativement. Par exemple, pour nous en tenir &#224; de hauts dirigeants politiques fran&#231;ais, au moyen d'affirmations hyperboliques du type : &#171; Sarkozy est la distinction m&#234;mes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Pascal Engel, art. cit. (2008), pp. 4-5 : &#171; Si je vous dis 'Sarkozy est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , &#171; Chirac est d'une immense culture &#187; ou &#171; Hollande poss&#232;de un charme incomparable &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Hollande &#187; pourrait &#234;tre, par exemple, remplac&#233; par &#171; Barre &#187; ou &#171; Balladur &#187;.&#034; id=&#034;nh25-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pratiquant le &#171; faire-semblant &#187; en empruntant le point de vue d'un autre que lui, l'ironiste feint de croire par exemple que ses interlocuteurs, aussi ignorants ou stupides soient-ils, sont savants ou intelligents, ou qu'ils peuvent l'&#234;tre. Encore faut-il souligner le fait, relev&#233; par Perelman et Olbrechts-Tyteca, que &#171; l'ironie est d'autant plus efficace qu'elle s'adresse &#224; un groupe bien d&#233;limit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chaim Perelman &amp; Lucie Olbrechts-Tyteca, Trait&#233; de l'argumentation, op. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faut aussi noter que l'effet ironique, pour prendre tout son sens, suppose un troisi&#232;me personnage, outre l'ironiste et l'objet de son acte de discours : celui qui joue le r&#244;le du t&#233;moin ou du spectateur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'importance du tiers, voir Dan Sperber &amp; Deirdre Wilson, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant &#224; l'esprit l'ironie socratique, Vladimir Jank&#233;l&#233;vitch note : &#171; L'ironiste est de plain-pied avec ses pairs, il rend hommage en eux &#224; la dignit&#233; de l'esprit, il leur fait l'honneur de les croire capables de comprendre. (...) L'ironie est un appel qu'il faut entendre ; un appel qui nous dit : compl&#233;tez vous-m&#234;mes, rectifiez vous-m&#234;mes, jugez par vous-m&#234;mes ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vladimir Jank&#233;l&#233;vitch, L'Ironie [1936], 3e &#233;dition, Paris, Flammarion, 1964, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Car &#171; l'ironie ne veut pas &#234;tre &lt;i&gt;crue&lt;/i&gt;, elle veut &#234;tre &lt;i&gt;comprise&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 64.&#034; id=&#034;nh25-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire interpr&#233;t&#233;e, et, ainsi, montrer &#224; l'interlocuteur, voire &#224; l'auditoire, la &#171; bonne voie &#187;. C'est en quoi l'ironie peut avoir un r&#244;le p&#233;dagogique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cha&#239;m Perelman &amp; Lucie Olbrechts-Tyteca, Trait&#233; de l'argumentation, op. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou &#171; d&#233;mop&#233;dique &#187;, pour parler comme Proudhon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre-Joseph Proudhon, lettre &#224; Charles Edmond, 21 janvier 1852 : &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Kevin Mulligan a mis en &#233;vidence une autre caract&#233;ristique du jeu de l'ironiste : &#171; La b&#234;tise et l'irrationalit&#233; sont au fond des propri&#233;t&#233;s d'une personne, des propri&#233;t&#233;s qu'une personne a en vertu de sa relation &#224; ses actions, ses pens&#233;es, ses sentiments et ses attitudes. C'est parce que l'ironiste est m&#251; par la b&#234;tise des gens qu'il doit feindre d'&#234;tre une personne qui est b&#234;te et non seulement feindre de se comporter de fa&#231;on b&#234;te. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kevin Mulligan, &#171; Ironie, valeurs cognitives et b&#234;tise &#187;, art. cit., pp. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il doit donc &#171; jouer l'idiot &#187;, simuler la b&#234;tise. Ceux qui, ne percevant pas la &#171; feintise &#187;, croient que l'ironiste est stupide sont r&#233;ellement stupides. Ceux qui prennent &#224; la lettre un propos ironique sont stupides. L'inintelligence de la dimension ironique est m&#234;me un crit&#232;re s&#251;r de la b&#234;tise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le rire est une expression de la sociabilit&#233;, car &#171; celui qui ne rit pas est grincheux ou p&#233;dant &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Immanuel Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique [1798], tr. fr. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il ne suffit pas de rire ensemble pour &#233;chapper &#224; la b&#234;tise. Il n'avait pas &#233;chapp&#233; &#224; Kant qu'il y a des communaut&#233;s de rieurs imb&#233;ciles : &#171; Un rire m&#233;canique (&#224; qui manque tout principe spirituel) est fade, et rend insipide la compagnie des rieurs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh25-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Le rire partag&#233; et contagieux peut souder une communaut&#233; d'imb&#233;ciles, comme le montrent les rires bruyants de ceux qui assistent &#224; des spectacles d'humoristes-p&#233;tomanes, encha&#238;nant les jeux de mots les plus &#233;cul&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question, voir Michel Adam, &#171; Sottise et imagination &#187;, Journal de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , les &#171; gros mots &#187; et les injures grossi&#232;res. Schopenhauer voyait dans l'attrait de la ressemblance la raison majeure du regroupement spontan&#233; des imb&#233;ciles, la force motrice qui les am&#232;ne &#224; &#171; faire communaut&#233; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La source de tout plaisir est l'homog&#233;n&#233;it&#233;. Pour notre sens de la beaut&#233;, notre propre esp&#232;ce, et dans celle-ci notre propre race, sont indiscutablement les plus belles pour nous. En mati&#232;re de relations sociales aussi, chacun pr&#233;f&#232;re nettement celui qui lui ressemble ; ainsi, pour un imb&#233;cile, la fr&#233;quentation d'un autre imb&#233;cile est infiniment plus agr&#233;able que celle de tous les grands esprits r&#233;unis. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arthur Schopenhauer, &#171; Sur le jugement, la critique, les acclamations et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Imaginons un imb&#233;cile id&#233;ologis&#233; contemporain lisant ce passage de Schopenhauer. Conform&#233;ment au c&#233;l&#232;bre proverbe chinois (&#171; Quand le sage montre la lune, l'imb&#233;cile regarde le doigt &#187;), l'imb&#233;cile de notre temps s'indignerait de l'emploi du mot &#171; race &#187; par le philosophe, en d&#233;duirait qu'il est &#171; raciste &#187;, et conclurait qu'il faut d'urgence supprimer ses &#339;uvres des programmes scolaires. Le m&#234;me type contemporain d'imb&#233;cile, lorsqu'il se veut &#171; antifasciste &#187;, d&#233;nonce le malheureux qui, oubliant imprudemment les interdits lexicaux &#233;dict&#233;s par le &#171; politiquement correct &#187;, emploie les expressions &#171; Fran&#231;ais de souche &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Paul Brighelli, &#171; Fran&#231;ais de souche. Alain Finkielkraut pris en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#171; identit&#233; nationale &#187; (ou &#171; fran&#231;aise &#187;), cens&#233;es &#234;tre &#171; de droite &#187; ou &#171; d'extr&#234;me droite &#187;, ou le mot &#171; terroir &#187;, cens&#233; &#234;tre &#171; p&#233;tainiste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auteur d'un essai pol&#233;mique islamophile, Nos mal-aim&#233;s. Ces musulmans dont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'&#226;ge de la b&#234;tise id&#233;ologis&#233;e de masse, l'ironie demeure l'arme de l'intelligence, aussi minoritaire soit-elle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb25-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Lucien Jerphragnon, &lt;i&gt;De la banalit&#233;. Essai sur l'ips&#233;it&#233; et sa dur&#233;e v&#233;cue : dur&#233;e personnelle et co-dur&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, Vrin, 1965 ; &lt;i&gt;id. La... Sottise ? (vingt-huit si&#232;cles qu'on en parle)&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel, 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jos&#233; Ortega y Gasset, &lt;i&gt;La R&#233;volte des masses&lt;/i&gt;, [1929], Gallimard, coll. &#171; Id&#233;es &#187;, 1967, p. 113&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour une introduction aux probl&#232;mes pos&#233;s par l'existence aveuglante et l'essence &#233;nigmatique de la b&#234;tise, voir Michel Adam, &lt;i&gt;Essai sur la b&#234;tise&lt;/i&gt; [1975], &#233;dition augment&#233;e, Paris, La Table Ronde, coll. &#171; La Petite Vermillon &#187;, 2004&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Immanuel Kant, &lt;i&gt;Critique de la raison pure, &lt;/i&gt;&#171; Analytique des principes &#187;, introduction (&#171; De la facult&#233; de juger transcendantale en g&#233;n&#233;ral &#187;), tr. fr. A Tr&#233;mesaygues &amp; B. Pacaud, 4e ed., Paris, PUF, 1950, pp. 145-149, note.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pascal Engel &amp; Kevin Mulligan, &#171; Normes &#233;thiques et normes cognitives &#187;, &lt;i&gt;Cit&#233;s&lt;/i&gt;, n&#176;15, 2003/3, p.177&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Kevin Mulligan, &#171; Ironie, valeurs cognitives et b&#234;tise &#187;, Philosophiques, 35 (1), printemps 2008, pp. 89-107 ; Philipp Keller &#171; Racisme et b&#234;tise &#187;, in Christine Tappolet, Fabrice Teroni &amp; Anita Konzelmann Ziv (dir.), &lt;i&gt;Les Ombres de l'&#226;me. Penser les &#233;motions n&#233;gatives&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, &#201;ditions Markus Haller, pp. 158-159&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Robert Musil, cit&#233; par Kevin Mulligan, art. Cit. (2008), p. 108&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cha&#239;m Perelman &amp; Lucie Olbrechts-Tyteca, &lt;i&gt;Trait&#233; de l'argumentation. La nouvelle rh&#233;torique&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1958, t. I, p. 279&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans ses &lt;i&gt;Institutionis oratoriae&lt;/i&gt; (Livre IX), Quintilien cite un passage de Cic&#233;ron (&lt;i&gt;De Oratore&lt;/i&gt;, III, XIV, 52-54) : &#171; L'ironie, qui exprime une chose pour en faire entendre un autre, cette figure qui p&#233;n&#232;tre si s&#251;rement dans les esprits, et qui produit un effet si agr&#233;able lorsqu'on y joint, no la v&#233;h&#233;mence, mais un ton de familiarit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dumarsais, &lt;i&gt;Des Tropes (...)&lt;/i&gt; [1730] Paris, Mme Vve Dabo, 1834, p.131&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pierre Fontanier, &lt;i&gt;Les Figures du discours&lt;/i&gt; [1821-1830], pr&#233;face de G&#233;rard Genette, Paris, Flammarion, 1968, pp. 145-146&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Abb&#233; Colin, &lt;i&gt;Traduction du Trait&#233; de l'Orateur de Cic&#233;ron&lt;/i&gt;, avec des notes, 3e &#233;d. revue et corrig&#233;e, Paris, chez De Bure P&#232;re, 1768, p. 274&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gregory Currie, &#171; Why lrony Is Pretence &#187;, in Shaun Nichols (ed.), &lt;i&gt;The Architecture of Imagination : New Essays on Pretence, Possibility. and Fiction,&lt;/i&gt; Oxford &amp; New York, Oxford University Press, 2006, pp. 111-133. Voir aussi Pascal Engel, &#171; Introduction. Raillerie, satire, ironie et sens plus profond &#187;, &lt;i&gt;Philosophiques&lt;/i&gt;, 35 (1), printemps 2008, pp. 3-12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gregory Currie, &#171; Why Irony Is Prerence &#187;, &lt;i&gt;in op. cit.&lt;/i&gt;, p. 116.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 123, note 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Henri Bergson, &lt;i&gt;Le Rire. Essai sur la signification du comique&lt;/i&gt; [1900], in &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, &#233;dition du Centenaire, introduction par Henri Gouhier, Paris, PUF, 1959, p. 447&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Pascal Engel, &lt;i&gt;art. cit.&lt;/i&gt; (2008), pp. 4-5 : &#171; Si je vous dis 'Sarkozy est distingu&#233;' l'auditeur reconna&#238;t l'&#233;nonc&#233; comme litt&#233;ralement faux et inf&#232;re, de ce fait, que j'ai eu l'intention de communiquer un autre sens que le sens litt&#233;ral, et, on peut le pr&#233;sumer, le sens selon lequel Sarkozy est vulgaire &#187;. Le nom &#171; Sarkozy &#187; pourrait &#234;tre remplac&#233; par&#171; DSK &#187; ou &#171; M&#233;lenchon &#187; sans que la signification ironique de la phrase soit modifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Hollande &#187; pourrait &#234;tre, par exemple, remplac&#233; par &#171; Barre &#187; ou &#171; Balladur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Chaim Perelman &amp; Lucie Olbrechts-Tyteca, Trait&#233; de l'argumentation, &lt;i&gt;op. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;cit.&lt;/i&gt;, p. 280.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur l'importance du tiers, voir Dan Sperber &amp; Deirdre Wilson, &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a Perti&lt;/i&gt;&lt;i&gt;nence. Communication et cognition&lt;/i&gt; [1986], tr. fr. Abel Gerschenfeld &amp; Dan Sperber. Paris, Les &#201;ditions de Minuit, 1989, p. 364 : &#171; La m&#233;taphore, joue sur la relation entre la forme propositionnelle d'un &#233;nonc&#233; et la pens&#233;e du locuteur ; l'ironie joue joue sur la relation entre la pens&#233;e du locuteur et la pens&#233;e d'un tiers &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Vladimir Jank&#233;l&#233;vitch, &lt;i&gt;L'Ironie&lt;/i&gt; [1936], 3e &#233;dition, Paris, Flammarion, 1964, pp. 68-69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 64.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cha&#239;m Perelman &amp; Lucie Olbrechts-Tyteca, &lt;i&gt;Trait&#233; de l'argumentation, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 279.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pierre-Joseph Proudhon, lettre &#224; Charles Edmond, 21 janvier 1852 : &#171; La d&#233;mocratie doit se prendre au sens de d&#233;mop&#233;die : &#233;ducation du peuple &#187; (&lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Proudhon, &lt;i&gt;&#338;uvres choisies&lt;/i&gt;, textes pr&#233;sent&#233;s par Jean Bancal, Paris, Gallimard, 1967, p. 353).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Kevin Mulligan, &#171; Ironie, valeurs cognitives et b&#234;tise &#187;, &lt;i&gt;art. cit.&lt;/i&gt;, pp. 103-104.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Immanuel Kant, &lt;i&gt;Anthropologie du point de vue pragmatique&lt;/i&gt; [1798], tr. fr. Michel Foucault, 2e &#233;d., Paris, Vrin, 1970, p. 119.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur la question, voir Michel Adam, &#171; Sottise et imagination &#187;, &lt;i&gt;J&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ournal de psychologie normale et pathologique&lt;/i&gt;, 80 (4), octobre-d&#233;cembre 1983, p. 432.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Arthur Schopenhauer, &#171; Sur le jugement, la critique, les acclamations et la gloire &#187; in &lt;i&gt;Parerga &amp; Paralipomena. Petits &#233;crits philosophiques&lt;/i&gt; [1851], ne partie, &#167; 241, tr. fr. Jean-Pierre Jackson, Paris, Coda, 2005, p. 781.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Jean-Paul Brighelli, &#171; Fran&#231;ais de souche. Alain Finkielkraut pris en flagrant d&#233;lit de r&#233;el &#187;, 10 f&#233;vrier 2010, &lt;a href=&#034;http://www.causeur.fr/francais-de-souche-26170.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.causeur.fr/francais-de-s...&lt;/a&gt; . Deux nigauds de gauche &#171; issus de l'immigration &#187; ont d&#233;nonc&#233; Alain Finkielkraut au CSA pour avoir notamment employ&#233; l'expression &#171; Fran&#173;&#231;ais de souche &#187;, qui serait selon eux &#171; directement emprunt&#233;e au vocabulaire de l'extr&#234;me droite &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Auteur d'un essai pol&#233;mique islamophile, &lt;i&gt;Nos mal-aim&#233;s. Ces musulmans dont la France ne veut pas&lt;/i&gt; (Paris, Grasset, 2013), le journaliste Claude Askolo&#173;vitch est, quant &#224; lui, persuad&#233; que le mot &#171; terroir &#187; appartient &#224; jamais au vocabulaire p&#233;tainisre. L'ouvrage d'Askolovitch, virulente mise en accusation de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, a provoqu&#233; une vive r&#233;action de Natacha Polony dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; : &#171; Derri&#232;re les phrases mielleuses et les postures de Bisounours, le propos est effarant. Effarant de m&#233;pris et de haine, justement, mais contre la France. (...) Il y a, derri&#232;re ce cri de haine envers une France pr&#233;sent&#233;e comme hypocrite, raciste et oppressive (...), le parcours d'un homme qui avoue son identification &#224; ceux qu'il observe &#187; (&#171; Aimer le salafisme pour mieux ha&#239;r la France &#187;, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, 14-15 septembre 2013).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>La probl&#233;matique des migrations sur une plan&#232;te close et satur&#233;e</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?901-La-problematique-des-migrations</link>
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		<dc:date>2018-02-13T16:17:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>An&#233;antissement / G&#233;nocide</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration</dc:subject>
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		<dc:subject>D&#233;mographie</dc:subject>
		<dc:subject>Multiculturalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Sourouille M.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chapitre 10 de Michel Sourrouille tir&#233; du livre &#171; Moins nombreux, plus heureux. L'urgence &#233;cologique de repenser la d&#233;mographie &#187;, coll. Dir. M. Sourouille, &#201;d. Sang de la terre, 2014 Les travaux portant sur la relation entre d&#233;mographie et &#233;cologie ont jusqu'&#224; pr&#233;sent privil&#233;gi&#233; l'analyse de la f&#233;condit&#233; par rapport &#224; la capa&#173;cit&#233; de charge d'un territoire. Ces &#233;tudes ont largement ignor&#233; la probl&#233;ma&#173;tique de la r&#233;partition spatiale. Pourtant, la croissance d&#233;mographique d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-118-aneantissement-+" rel="tag"&gt;An&#233;antissement / G&#233;nocide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-218-redefinition-des-besoins-+" rel="tag"&gt;Red&#233;finition des besoins&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-219-demographie-+" rel="tag"&gt;D&#233;mographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-232-sourouille-m-+" rel="tag"&gt;Sourouille M.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre 10 de Michel Sourrouille tir&#233; du livre &#171; Moins nombreux, plus heureux. L'urgence &#233;cologique de repenser la d&#233;mographie &#187;, coll. Dir. M. Sourouille, &#201;d. Sang de la terre, 2014&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les travaux portant sur la relation entre d&#233;mographie et &#233;cologie ont jusqu'&#224; pr&#233;sent privil&#233;gi&#233; l'analyse de la f&#233;condit&#233; par rapport &#224; la capa&#173;cit&#233; de charge d'un territoire. Ces &#233;tudes ont largement ignor&#233; la probl&#233;ma&#173;tique de la r&#233;partition spatiale. Pourtant, la croissance d&#233;mographique d'une population peut s'analyser aussi bien sous l'angle de l'accroissement naturel (natalit&#233; compar&#233;e &#224; la mortalit&#233;) que de l'&#233;volution du solde migratoire. Mais cet aspect sent le souffre puisque l'arr&#234;t des migrations est une th&#233;matique port&#233;e par l'extr&#234;me droite. Il n'emp&#234;che que les migrations sont au centre des relations complexes entre d&#233;mographie et environnement au m&#234;me titre que la f&#233;condit&#233;. Comme l'&#233;crivait Ren&#233; Monet : &#171; &lt;i&gt;Les &#233;cologistes devraient dire que l'immigration maintient ou accro&#238;t la pression humaine sur le milieu naturel dans des pays o&#249;, de par le recul de la natalit&#233;, cette pression pourrait s&lt;/i&gt;&lt;i&gt;'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;y stabiliser sinon r&#233;gress&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt;r. Ainsi il n'y aura pas de r&#233;pit. L'homme va conti&#173;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;nuer &#224; saturer&lt;/i&gt;&lt;i&gt; l'espace plan&#233;taire &#224; la fois par la croissance d&#233;mographique et par les transferts de population. &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Monet Environnement, l'hypoth&#232;que d&#233;mographique, l'Harmattan, Paris, 2004.&#034; id=&#034;nh26-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des scientifiques britanniques ont publi&#233; en avril 2012 un rapport sur les liens entre population mondiale et pr&#233;servation de l'environnement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://www.20minutes.fr/ planete/923831-maitriser-demographie-cle-sauver&#173; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon eux, la croissance de la population mondiale est un sujet &#224; aborder lors de r&#233;unions internationales. Car si nous choisissions de ne rien faire, nous serions &#171; &lt;i&gt;entra&#238;n&#233;s dans un tourbillon de maux &#233;conomiques, socio-politiques et environnementaux, conduisant &#224; un avenir plus in&#233;quitable et inhospitalier &lt;/i&gt; &#187;. Mais il faudrait absolument joindre &#224; la consid&#233;ration de l'accroissement naturel des consid&#233;rations sur les migrations. Or la XXXIe Conf&#233;rence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, tenue &#224; Gen&#232;ve fin novembre 2011, s'est content&#233;e d'exprimer sa profonde pr&#233;occupation au sujet des souffrances endur&#233;es par les migrants. Les sentiments humanistes ne suffisent pas &#224; r&#233;soudre les probl&#232;mes sociaux alors que les mouvements migratoires explosent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation est devenue ins&#233;parable d'une tr&#232;s forte mobilit&#233; des populations, qu'elle soit professionnelle, touristique ou forc&#233;e, pour des raisons &#233;conomiques, politiques ou environnementales. Dans le m&#234;me temps, sur une plan&#232;te satur&#233;e d'hommes, de femmes et d'enfants, le ch&#244;&#173;mage devient structurel dans tous les pays, les difficult&#233;s sociopolitiques s'accroissent ; les fronti&#232;res se ferment progressivement aux mouvements migratoires. L'&#232;re de &lt;i&gt;La plan&#232;te migratoire &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Simon Gildas, La plan&#232;te migratoire dans la mondialisation, Armand Colin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; touche &#224; sa fin. Les lois contre les &#233;trangers se durcissent un peu partout, dans les pays riches comme dans les pays pauvres, aucun espace g&#233;ographique n'est &#224; l'abri de la construc&#173;tion d'un mur &#224; ses fronti&#232;res. Des conflits d'espace vital et de ressources d&#233;couleront encore plus, dans les d&#233;cennies &#224; venir, la non-acceptation des migrants. La limitation des migrations ne touchera pas seulement les migrants &#233;conomiques, mais aussi le tourisme de masse. Le plus difficile sera le statut &#224; donner aux &#233;co-r&#233;fugi&#233;s, nombre qui sera fortement accru par les effets du r&#233;chauffement climatique. Cela posera demain un probl&#232;me peut-&#234;tre insoluble &#224; l'id&#233;e de solidarit&#233; humaine. Tel que fonctionne la soci&#233;t&#233; actuelle, nous n'anticipons pas politiquement les probl&#232;mes, nous les subissons. L&#224; est le vrai scandale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fermeture des fronti&#232;res, une r&#233;alit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la conception commune selon laquelle la mobilit&#233; est une constante de la soci&#233;t&#233; humaine, nous constatons historiquement qu'il n'y a jamais eu libre circulation des personnes. Partout dans le monde ancien, les peuples donnaient un caract&#232;re sacr&#233; aux portes de leur territoire, village ou ville : aller au-del&#224; impliquait toutes sortes de pr&#233;cautions. M&#234;me le roi de Sparte s'arr&#234;tait &#224; la fronti&#232;re de la Cit&#233; pour y effectuer des sacrifices ; &#224;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l' ext&#233;rieur &#233;tait le domaine de l'&#233;tranger et du combat. Jusqu'au XVIIIe si&#232;cle, seule une minorit&#233; de personnes se d&#233;pla&#231;ait : les soldats, les marchands, les aventuriers et les brigands. La masse de la population &#233;tait peu mobile et le vagabondage proscrit ; on naissait, vivait et mourait dans le m&#234;me village. Les fronti&#232;res nationales &#233;rig&#233;es au XIXe si&#232;cle n'ont fait qu'actualiser cette constante humaine, la d&#233;limitation d'une appartenance territoriale. Mais le niveau de surpopulation de certains territoires est en lien &#233;troit avec les migrations qui servent d'exutoire. Depuis la colonisation, la mobilit&#233; g&#233;o&#173;graphique devient une n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, ce ne sont plus quelques conquistadors qui s'aventurent au&#173; del&#224; de mers, ce sont des peuples tout entiers. Le dernier rapport de l'OIM (Organisation internationale pour les migrations) indique que la mobilit&#233; humaine est sans pr&#233;c&#233;dent. Nous cumulons 214 millions de migrants inter&#173; nationaux et pr&#232;s de 1 milliard en comptant les migrations internes (ONU, 2012). Cela s'accompagne de perception anxiog&#232;ne et d'image n&#233;gative des migrants, de manifestation de x&#233;nophobie et d'attitudes discriminatoires, d'une perc&#233;e &#233;lectorale de l'extr&#234;me droite et des partis nationalistes. Nous sommes dans une sorte de spirale infernale avec des manifestations de peur, de rejet et de violences un peu partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons la D&#233;claration universelle des droits de l'Homme : &lt;i&gt;&#171; Toute per&#173;sonne a le droit de quit&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt;er tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.&lt;/i&gt; &#187; Le philosophe Etienne Balibar a soulign&#233; le caract&#232;re ambigu de ce texte, il manque l'obligation pour tout &#201;tat d'accepter l'entr&#233;e des &#233;trangers ! Balibar estimait qu'il existe &#171; &lt;i&gt;un point o&#249; la libert&#233; non contr&#244;l&#233;e se d&#233;truit elle-m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Herv&#233; Le Bras et G&#233;rard-Fran&#231;ois Dumont, Doit-on contr&#244;ler les &#233;trangers ?, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Fin septembre 2006, le S&#233;nat am&#233;ricain a fini par approuver l'installation d'une cl&#244;ture de 1123 km le long de la fronti&#232;re du Mexique. En 2005 a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par l'Europe une &#171; Agence pour la gestion de la coop&#233;ra&#173;tion op&#233;rationnelle aux fronti&#232;res ext&#233;rieures des &#201;tats membres de l'Union europ&#233;enne &#187;. L'agence s'appelle d&#233;sormais Frontex. Son budget, dot&#233; &#224; sa naissance 6,3 millions d'euros, a &#233;t&#233; multipli&#233; par quinze en cinq ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claire Rodier, X&#233;nophobie business. &#192; quoi servent les contr&#244;les migratoires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un r&#232;glement du 26 avril 2007 a pr&#233;vu la mise sur pied d'&#233;quipes d'interven&#173;tion rapide aux fronti&#232;res, &lt;i&gt;Rapid Border Intervention Teams&lt;/i&gt; (RABITs). Les ; Europ&#233;ens s'efforcent aussi d'arr&#234;ter les immigrants avant m&#234;me qu'ils n'ar&#173;rivent aux fronti&#232;res de leur territoire. La puissance politique et &#233;conomique de l'Union europ&#233;enne est employ&#233;e pour faire de pays comme le Maroc ou la Libye des partenaires coop&#233;rant &#224; la d&#233;localisation de la violence, une sorte de d&#233;culpabilisation technique en somme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, le nouveau projet de loi sur l'immigration d&#233;battu &#224; l'Assembl&#233;e nationale &#224; partir du 28 septembre 2011 renfor&#231;ait les facilit&#233;s d'expulsion des &#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re. FN et Droite populaire mettent en avant une politique de cod&#233;veloppement pour inciter les populations candi&#173; dates &#224; l'immigration &#224; rester dans leur pays d'origine. C&#244;t&#233; UMP, on parle d'un &#171; &lt;i&gt;plan Marshall du cod&#233;veloppement en jumelant chaque nation euro&#173;p&#233;enne &#224; tous les pays de bonne gouvernance &lt;/i&gt; &#187;. C&#244;t&#233; FN, on veut &#171; &lt;i&gt;prendre l'initiative d'organiser r&#233;guli&#232;rement une conf&#233;rence euro-africaine r&#233;unis&#173;sant les pays concern&#233;s afin de d&#233;terminer les besoins et de mettre en &#339;uvre les moyens destin&#233;s &#224; fixer les populations dans leurs pays d'origine.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde.fr du 28/09/11, La Droite populaire rejoint en partie le programme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Restez chez vous est le mot d'ordre de la droite plus ou moins extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce raidissement nationaliste contamine la gauche et les socialistes fran&#231;ais commencent &#224; se remettre en question. Le flou doctrinal succ&#232;de &#224; l'indi&#173;gnation contre toute mesure anti-immigr&#233;e, le pragmatisme l'emporte sur l'humanisme. C'est en 1981, sous Fran&#231;ois Mitterrand, qu'avait &#233;t&#233; l&#233;gali&#173;s&#233;e et organis&#233;e la r&#233;tention administrative. C'est Paul Quil&#232;s, en tant que ministre de l'Int&#233;rieur, qui avait fait passer dans la loi en 1992 le syst&#232;me des zones d'attente. Le rapport sur l'immigration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les lnrockuptibles 4 au 10 mai 2005.&#034; id=&#034;nh26-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pr&#233;par&#233; en 2004 par Malek Boutih, alors secr&#233;taire national aux questions de soci&#233;t&#233;, n'a jamais &#233;t&#233; rendu public ; il proposait une politique de l'immigration rigoureuse, avec quotas, suppression de la hbi-nationalit&#233;, nouvelle l&#233;gislation sur le titre de s&#233;jour : &#171; &lt;i&gt;Il faut sortir d'un simple rapport humanitaire et charitable avec l'immigration.&lt;/i&gt; &#187; Reniement de la part d'un ancien pr&#233;sident de Sos&#173; Racisme ? En fait Malek Boutih mettait en &#233;vidence le fait que, sans orga&#173;nisation de l'immigration, les ph&#233;nom&#232;nes de discrimination s'enracinent dans la population. &#192; la question &#171; Faut-il r&#233;gulariser massivement les sans-papiers ? &#187;, tous les candidats &#224; la primaire socialiste du 9 octobre 2011 &#233;taient &#171; contre &#187; et d&#233;fendaient le &#171; cas par cas &#187; avec seulement quelques nuances : normes de &#171; vie de famille &#187;, de travail et d'ann&#233;es de pr&#233;sence ou preuves d'&#171; int&#233;gration &#187;, comme la ma&#238;trise du fran&#231;ais jusqu'aux &#171; recon&#173;duites &#224; la fronti&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde du 30/09/11.&#034; id=&#034;nh26-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, La pr&#233;f&#233;rence nationale appliqu&#233;e aux transferts de cerveau est m&#234;me envisag&#233;e. Le Libanais Amro Al-Khatib, jeune ing&#233;nieur embauch&#233; par Air Liquide, a &#233;t&#233; licenci&#233; sur injonction de la direction des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi au motif de l'existence de &#171; &lt;i&gt;58 autres ing&#233;nieurs fran&#231;ais aux comp&#233;tences similaires et en recherche d'emploi &lt;/i&gt; &#187; dans le bassin grenoblois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde des 16-17 octobre 2011, &#171; Amro Al-Khatib victime de la pr&#233;f&#233;rence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contraintes &#233;cologiques s'ajoutent aux contraintes socio-&#233;conomiques. En Suisse, l'association &#201;copop (&#201;cologie et Population) s'occupe depuis 1970 de l'impact de la d&#233;mographie sur la nature et les ressources naturelles. Avec une densit&#233; moyenne de 193 habitants par kilom&#232;tre carr&#233; de la surface productive, la Suisse est un pays tr&#232;s dens&#233;ment peupl&#233;. Ecopop a donc d&#233;pos&#233; devant les autorit&#233;s une initiative en vue d'une &#171; votation &#187; pour limiter l'immigration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monde.fr avec AFP et Reuters, 02/11/2012, &#171; Suisse : des &#233;colos veulent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le texte &#171; Halte &#224; la surpopulation &#187; propose donc de &#171; l&lt;i&gt;imiter &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'immigration nette en Suisse &lt;/i&gt; &#187; &#224; un taux de 0,2 % par an. La Conf&#233;d&#233;ration helv&#233;tique comptait fin ao&#251;t quelque 1,8 million d'&#233;tran&#173;gers, pour 8 millions d'habitants au total dans le pays, soit 3 % de plus qu'en ao&#251;t 2011. Le texte d'&#201;copop a &#233;t&#233; sign&#233; par 140.000 personnes, passant le seuil des 100.000 n&#233;cessaire pour organiser un vote populaire. Ecopop se dit humaniste, &#233;cologique et &#224; caract&#232;re social, contre la x&#233;nophobie et le racisme. Car elle consid&#232;re la densit&#233; de la population comme facteur d&#233;terminant et non l'origine de cette population&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde des 4-5 novembre 2012.&#034; id=&#034;nh26-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arguments comparant d&#233;mographie et environnement sont d'ordre scientifique, ils reposent sur la formule math&#233;matique I = PAT : l'Impact de l'esp&#232;ce humaine sur un territoire est d&#233;termin&#233;, &#224; Technique donn&#233;e, par sa Population et par ses Affluences (Activit&#233;s, niveau de vie). Pour r&#233;duire les impacts I, il est donc n&#233;cessaire d'agir sur l'efficacit&#233; technique T. l'Affluence (r&#233;duire le nombre d'unit&#233;s de production ou de consommation par personne) et la population P (r&#233;duire le taux de natalit&#233;... ou l'immigra&#173;tion). La d&#233;croissance mat&#233;rielle devrait, sur un territoire dont on a d&#233;pass&#233; la capacit&#233; de charge, s'accompagner d'une politique d&#233;mographique qui agit tant sur la f&#233;condit&#233; que sur les flux migratoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;cologistes institutionnels encouragent g&#233;n&#233;ralement une politique &#171; responsable &#187; fond&#233;e sur le droit &#224; la mobilit&#233; et la protection des migrants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://europeecologie.eu/-Immigration, 132-&#034; id=&#034;nh26-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, si la protection des migrants t&#233;moigne d'une qualit&#233; morale, le droit &#224; la mobilit&#233; sans limites ne para&#238;t pas un bon crit&#232;re quand on accorde de l'importance aux contraintes &#233;cologiques sur une Terre dont on a d&#233;j&#224; outrepass&#233; les limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'enfermement plan&#233;taire, tout &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;espace est d&#233;j&#224; occup&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune terre n'est libre d'hommes depuis tr&#232;s longtemps. Cependant Thomas More, en 1516, croyait pouvoir encore &#233;crire dans son livre : &#171; &lt;i&gt;Quand il y a dans une ville plus de monde qu'elle ne peut et qu'elle ne doit en contenir, l'exc&#233;dent comble les vides des cit&#233;s moins peupl&#233;es. Enfin, si l'&#206;le enti&#232;re se trouvait surcharg&#233;e d'habitants, une &#233;migration g&#233;n&#233;rale serait d&#233;cr&#233;t&#233;e. Les &#233;migrants iraient fonder une colonie dans le plus proche continent, o&#249; les indig&#232;nes ont plus de terrain qu'ils n'en cultivent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas More, L'utopie, p 66, &#233;ditions La Dispute, Paris, 1997.&#034; id=&#034;nh26-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Sur ce point, Malthus &#233;tait &#224; la fin du XVIIIesi&#232;cle bien plus perspicace : &#171; &lt;i&gt;On ne peut lire le r&#233;cit de la conqu&#234;te du Mexique et du P&#233;rou sans &#234;tre frapp&#233; de cette triste pens&#233;e, que la race des peuples d&#233;truits &#233;tait sup&#233;rieure, en vertu aussi bien qu'en nombre, &#224; celle du peuple destructeur. &lt;/i&gt; &#187; [...] &#171; &lt;i&gt;Si l'Am&#233;&#173;rique continue &#224; cro&#238;tre en population, les indig&#232;nes seront toujours plus repouss&#233;s dans l'int&#233;rieur des terres, jusqu'&#224; ce qu'enfin leur race vienne &#224; s'&#233;teindre&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Malthus, Essai sur le principe de population, (1798), &#233;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Notons que les contemporains de Malthus, Adam Smith et Ricardo, constataient qu'&#224; leur &#233;poque il y avait immobilit&#233; des facteurs de production : ce ne sont pas les travailleurs qui traversent les fronti&#232;res. Ils militaient seulement pour le libre-&#233;change des marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur une terre pleinement occup&#233;e par les hommes, la conqu&#234;te des terri&#173;toires ext&#233;rieurs a &#233;t&#233; de tout temps une abomination. L'invasion par des nations dominantes a &#233;t&#233; une succession de massacres et d'atrocit&#233;s, ainsi en est-il du colonialisme europ&#233;en en Am&#233;rique du Sud ou du Nord. La recherche constante de l'espace vital, le &lt;i&gt;Lebensraum&lt;/i&gt; des nazis, a toujours &#233;t&#233; facteur de discriminations, de guerres et m&#234;me de g&#233;nocides. Pourtant certains, comme Michel Tarrier, auteur de &lt;i&gt;Faire des &lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt;nfants tue... la pla&#173;n&#232;te &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Tarrier, Faire des enfants tue ... la plan&#232;te, &#233;ditions LME, Le Rheu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, trouvent les mouvements migratoires absolument n&#233;cessaires. En effet, le fait d'&#234;tre antinataliste ne veut pas dire qu'on penche forc&#233;ment pour la d&#233;croissance des migrations. Pour lui l'Angleterre actuelle, sans &#233;migration depuis l'&#233;poque de Malthus, aurait le double de sa population actuelle, &#171; &lt;i&gt;densit&#233; assur&#233;ment disproportionn&#233;e avec son potentiel ali&#173;mentaire et &#233;nerg&#233;tique&lt;/i&gt; &#187;. Michel Tarrier rejoint aussi, paradoxalement, le raisonnement des natalistes qui veulent plus de population pour &#171; &lt;i&gt;payer les retraites&lt;/i&gt; &#187;. Comme la baisse de f&#233;condit&#233; europ&#233;enne pose le probl&#232;me des retraites, il n'y aurait qu'un rem&#232;de : &#171; &lt;i&gt;en appeler &#224; de nouveaux arri&#173;vants pour faire de nouveaux cotisants.&lt;/i&gt; &#187; Enfin il prend pour fait acquis la mondialisation &#171; &lt;i&gt;qui saura absorber les trop-pleins populationnels et les r&#233;partir comme une tache d'huile&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;riode o&#249; la Terre offrait encore des territoires qu'on croyait vierges se termine. Comme l'exprime Andr&#233; Lebeau, &#171; &lt;i&gt;Le d&#233;coupage de l'espace terrestre en territoires nationaux est achev&#233;. A l'enfermement plan&#233;taire qui p&#232;se sur l'humanit&#233; s'ajoute un confinement territorial qui fait de la notion d'expansion un synonyme de guerre de conqu&#234;te.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Lebeau, L'enfermement plan&#233;taire, Gallimard, Paris, 2008.&#034; id=&#034;nh26-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En outre, l'ouverture des fronti&#232;res ne r&#233;glerait pas le financement des retraites par r&#233;partition, rappelait Jean-Christophe Dumont&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde du 15 octobre 2011, Et si chacun pouvait &#233;migrer o&#249; il veut, quand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, charg&#233; de la division des migrations &#224; l'OCDE. Car, ce qui compte pour r&#233;soudre ce sujet, c'est moins le nombre de migrants que&#171; le ratio entre cotisants et pensionn&#233;s &#187;. Pousser &#224; de nou&#173;veaux arrivants sur le march&#233; du travail ne dit pas s'il y aura ou non dans le futur suffisamment d'emplois, si l'actif ne sera pas ch&#244;meur, donc class&#233; lui aussi dans la population &#224; charge. Et puis, c'est un cercle vicieux : accro&#238;tre la population (par l.a natalit&#233; ou par l'immigration), c'est accro&#238;tre le nombre de futur de retrait&#233;s, donc vouloir encore plus d'expansion d&#233;mographique dans l'avenir ! Il y a bien d'autres solutions au probl&#232;me des retraites que la pullulation humaine et l'immigration. Enfin le probl&#232;me de l'immigration, c'est qu'elle a aussi des co&#251;ts sociaux, une mont&#233;e des sentiments anti-immigr&#233;s. Selon J.-C. Dumont, ceux-ci ne d&#233;pendent pas tellement de seuils de tol&#233;&#173;rance, mais d'un &#171; sentiment d'exclusion de la mondialisation... notamment dans une soci&#233;t&#233; vieillissante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immigr&#233; est aussi un &#233;migr&#233;. Malthus avait une approche perspicace de la mobilit&#233; g&#233;ographique : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;migration, en supposant qu'on en p&#251;t faire un libre usage, est une ressource qui ne peut &#234;tre de longue dur&#233;e&lt;/i&gt;. &#187; Au niveau d'un pays, l'&#233;migration peut constituer pour l'individu un espoir de survie, rem&#233;dier temporairement au probl&#232;me du ch&#244;mage. Cela permet aussi politiquement d 'amoindrir l'effet &#171; cocotte-minute &#187; qui peut se produire lorsque le m&#233;contentement citoyen atteint son paroxysme : l'&#233;migration peut servir de soupape de s&#233;curit&#233;. Elle constitue une tactique politique pour exporter le m&#233;contentement vers l'ext&#233;rieur tout en attendant les retomb&#233;es financi&#232;res des migrants. Mais la d&#233;mographie du pays peut continuer &#224; galoper, les probl&#232;mes ne sont pas r&#233;solus. Lib&#233;raliser l'immigration (l'&#233;mi&#173;gration) n'est pas une strat&#233;gie durable... En revanche, si la population sur un territoire d&#233;limit&#233; commence &#224; exc&#233;der les possibilit&#233;s du milieu sans qu'on puisse &#233;migrer, c'est l&#224; une forte incitation &#224; d&#233;cider collectivement de la r&#233;gulation des naissances. C'est une mise sous pression des politiques, qui pousse les autorit&#233;s &#224; prendre des mesures cons&#233;quentes &#8211; &#224; &#234;tre d&#233;mo&#173; graphiquement responsable. Emp&#234;cher les mouvements migratoires semble une approche adapt&#233;e politiquement si on veut agir pour un avenir durable. Mais l'arr&#234;t des migrations internationales n'est pas une mesure qui devrait concerner seulement l'afflux vers les pays anciennement d&#233;velopp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les menaces du tourisme sur l'environnement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est anormal que le libre d&#233;placement des touristes des pays riches soit accept&#233; alors que les fronti&#232;res se ferment internationalement. Un milliard de touristes ont voyag&#233; de par le monde en 2012 : c'est un nouveau record pour le tourisme international, secteur qui repr&#233;sente 9 % du PIB mondial (effets directs, indirects et induits), un emploi sur douze et 30 % des expor&#173;tations mondiales de service&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Communiqu&#233; de presse du 13 d&#233;cembre 2012 de l'OMT (Organisation mondiale du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'invention des cong&#233;s pay&#233;s, l'&#233;l&#233;vation du niveau de vie, le d&#233;veloppement de l'automobile et de l'avion ont g&#233;n&#233;ralis&#233; le tourisme pour une frange toujours plus large de la population mondiale qu'on peut appeler la classe globale. Le tourisme, premi&#232;re industrie mon&#173;diale de service, source d'emplois, de d&#233;paysement et de plaisirs, conna&#238;t une expansion prodigieuse : en 2020 on pr&#233;voit un milliard et demi de touristes, soit 7 % de la population mondiale qui se d&#233;place. Revers de la m&#233;daille, la d&#233;t&#233;rioration de l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1969 dans son livre &lt;i&gt;Le Jardin de Babylone,&lt;/i&gt; Bernard Charbonneau constatait les m&#233;faits du tourisme &#224; l'int&#233;rieur de la France : &#171; &lt;i&gt;La paix de l'hiver est rompue par les skieurs, le blanc des neiges, pi&#233;tin&#233; et balafr&#233;, n'est plus qu'un terrain vague macul&#233; de d&#233;bris et de traces. La montagne est mise &#224; la port&#233;e des masses payantes. Mais est-elle encore la montagne ? Il n'y a plus de montagne ; il ne reste qu'un terrain de jeu... Si nous voulons retrou&#173;ver la nature, nous devons d'abord apprendre que nous l'avons perdue.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Charbonneau, Le Jardin de Babylone, (1969), Encyclop&#233;die des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#192; l'&#233;poque, rares &#233;taient les personnes qui voyaient dans le tourisme une agression environnementale. Maintenant le tourisme de masse envahit les plages de r&#234;ve &#224; l'autre bout du monde et les facilit&#233;s qu'offrent encore les &#233;nergies fossiles entra&#238;nent une d&#233;gradation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des milieux. Le tourisme exerce en effet une pression d&#233;mographique intense m&#234;me si c'est temporaire. L'analyse de la relation entre migration et environnement doit bien prendre en compte ces d&#233;placements de tr&#232;s courte dur&#233;e qui, par leur nombre total, peuvent avoir des effets aussi importants que des migrations &#171; d&#233;finitives &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tourisme de masse n'est pas durable : pour l'accueillir on d&#233;nature, on b&#233;tonne, on paup&#233;rise, c'est le grand saccage des communaut&#233;s autochtones qu'on transforme en folklores. Sur le littoral m&#233;diterran&#233;en, la population passe de 150 millions de personnes &#224; 400 millions au mois de juillet et ao&#251;t. Les perspectives sont d&#233;lirantes, la fr&#233;quentation touristique pourrait atteindre 637 millions de personnes en 2025. Autant dire que cela n'arri&#173;vera jamais. Une premi&#232;re cons&#233;quence : 42 % du littoral est d&#233;j&#224; b&#233;tonn&#233;. Les embouteillages prolif&#232;rent, les ressources halieutiques d&#233;g&#233;n&#232;rent, l'eau douce vient &#224; manquer. Alors que la population locale consomme environ 150 litres d'eau par jour en moyenne, chaque touriste en gaspille le double et jusqu'&#224; 880 litres pour les plus fortun&#233;s. La construction d'h&#244;tels de luxe, dans des pays tropicaux o&#249; l'eau est rare, et le rapport &#224; l'eau sans limites des touristes induisent une comp&#233;tition dans les usages de l'eau au d&#233;triment des populations locales. Ces voyages ne rel&#232;vent pourtant ni du d&#233;sir indi&#173;viduel, ni de la n&#233;cessit&#233; : on s'en va parce que tout le monde part, on ob&#233;it &#224; l'injonction de l'industrie du tourisme. Freiner les migrations touristiques, c'est aussi combattre l'industrialisation du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire ? On pourrait instituer des taxes, par exemple sur le k&#233;ros&#232;ne. Cette analyse se retrouve chez Philippe Jurgensen&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#192; quelles conditions une croissance verte est-elle possible ? &#187;, La Revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; &lt;i&gt;Il serait souhaitable d'&#233;liminer les d&#233;taxations de consommation de carburant, qui corres&#173;pondent &#224; autant d'incitations &#224; un mauvais comportement &#233;cologique : il s'agit notamment de la co&#251;teuse exon&#233;ration du k&#233;ros&#232;ne en faveur des transports a&#233;riens.&lt;/i&gt; &#187; Mais une telle politique volontariste, impliquant des pays diff&#233;rents et une gent politique aveugle, n'adviendra pas ; la lutte contre le r&#233;chauffement climatique n'a pas encore v&#233;ritablement d&#233;marr&#233;. Reste donc le probl&#232;me des r&#233;fugi&#233;s climatiques qui ne peut que s'amplifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Migrations environnementales, le probl&#232;me insoluble du XXIe si&#232;cle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#171; migrant environnemental &#187; est une personne contrainte de quitter l'endroit o&#249; elle vit parce qu'un changement environnemental rend la vie sur place trop difficile ou impossible. Le mouvement tendanciel de d&#233;ser&#173;tification est &#224; l'origine de migrations de peuples contraints d'abandonner leurs territoires parce que la s&#233;cheresse rend impossible toute culture et fait mourir le b&#233;tail. Le changement climatique accro&#238;tra fortement le rythme des migrations avec l'intensification des catastrophes naturelles, la d&#233;grada&#173;tion des conditions d'existence des populations (d&#233;veloppements de mala&#173;dies li&#233;es &#224; la transformation des &#233;cosyst&#232;mes, diminution des ressources en eau), l'&#233;l&#233;vation du niveau des mers, l'accroissement de la comp&#233;tition pour des ressources plus rares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le recueil de statistiques 2011 de la Banque mondiale, 42 millions de personnes ont &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;es en 2010 en raison de catastrophes natu&#173;relles (17 millions en 2009&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde du 7 d&#233;cembre 2011, &#171; La crise ne freine pas les flux migratoires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Avec le r&#233;chauffement, les migrations trans&#173;nationales se multiplieront, tout comme le nombre de r&#233;fugi&#233;s int&#233;rieurs, entra&#238;nant des violences au plan local comme r&#233;gional. La Banque mondiale estime que 60 millions de personnes des zones arides pourraient migrer d'ici &#224; 2020. Les estimations varient entre 50 et 200 millions de r&#233;fugi&#233;s dits &#171; climatiques &#187; en 2050. Harald Welzer pr&#233;voit le pire : &#171; &lt;i&gt;Comme les res&#173;sources vitales s'&#233;puisent, il y aura de plus en plus d'hommes qui disposeront de moins en moins de bases pour assurer leur survie. Il est &#233;vident que cela entra&#238;nera des conflits violents entre ceux qui pr&#233;tendent boire &#224; la m&#234;me source en train de se tarir, et il est non moins &#233;vident que, dans un proche avenir, on ne pourra plus faire de distinction pertinente entre les r&#233;fugi&#233;s fuyant la guerre et ceux qui fuient leur environnement. Le XXIe si&#232;cle verra l non seulement des migrations massives, mais des solutions violentes aux probl&#232;mes de r&#233;fugi&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Harald Welzer, Les guerres du climat, Gallimard, Paris, 2009.&#034; id=&#034;nh26-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas possible de d&#233;placer la moiti&#233; de la population de l'Afrique, et encore moins les habitants du Bangladesh qui auront perdu leur biotope &#224; cause de la mont&#233;e des eaux. Dans la zone d'influence de l'Australie, des villageois ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; contraints d'&#233;vacuer leurs &#238;les (Tuvalu par exemple) en raison de l'&#233;l&#233;vation du niveau de la mer. Le gouvernement australien a refus&#233; d'accueillir ces r&#233;fugi&#233;s climatiques sur son sol : priorit&#233; aux &#171; Aussies &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mot d'argot pour d&#233;signer un Australien.&#034; id=&#034;nh26-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On mesure l'ampleur du probl&#232;me et le peu d'importance qu'auront les crit&#232;res d'humanit&#233;. Selon un rapport du Pentagone, &#171; &lt;i&gt;les humains se battent d&#232;s que la capacit&#233; d'accueil de leur milieu naturel devient insuffisante ; les &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#201;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;tats-Unis et l'Australie seront enclins &#224; b&#226;tir des forteresses d&#233;fensives autour de leur pays parce qu'ils ont les ressources et les r&#233;serves pour assurer leur autosuffisance &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport secret du Pentagone sur le changement climatique, &#233;ditions Allia, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans les couloirs des conf&#233;rences des Nations unies sur le climat, Ian Fry s'&#233;tait donn&#233; pour mission de sauver les Tuvalu de la mont&#233;e des eaux. Lors du sommet de Copenhague, fin 2009, il a sup&#173;pli&#233; l'assembl&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Le sort de mon pays est entre vos mains. &lt;/i&gt; &#187; Sans succ&#232;s. Comme la plupart des n&#233;gociateurs, Ian Fry ne croit plus s&#233;rieusement &#224; la signature d'un accord contraignant sur les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre. Le n&#233;gociateur des Tuvalu ne percevait aucune volont&#233; d'action de la part des grands pollueurs, et notamment des &#201;tats-Unis, dont le S&#233;nat a mis de c&#244;t&#233; le projet de loi sur le climat. &#171; &lt;i&gt;Il y a d'autres imp&#233;ratifs politiques .&lt;/i&gt;.. &#187;, constate-t-il&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde du 13 octobre 2010, lan Fry, &#171; l'homme qui n&#233;gocie pour que les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le d&#233;couragement le guette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf exceptions assez rares, l'intelligence humaine ne semble plus admettre l'existence de limites, limites &#224; notre reproduction, limites &#224; nos migra&#173;tions. La volont&#233; de puissance semble avoir comme corollaire l'impuissance &#224; regarder en face les cons&#233;quences de nos actes. On cherche &#224; s'adapter au r&#233;chauffement climatique plut&#244;t que de limiter nos &#233;missions de gaz &#224; effet de serre. C'est la marque de la soci&#233;t&#233; humaine actuelle de ne pas lutter s&#233;rieusement aujourd'hui contre les d&#233;r&#232;glements environnementaux en pr&#233;textant de nos capacit&#233;s d'adaptation demain. Il s'agit d'une fuite en avant ; on a adapt&#233; le milieu &#224; nos besoins au point de les d&#233;truire, on veut maintenant s'adapter &#224; la destruction de ce milieu. Cela ne peut mener qu'&#224; une impasse. Pourtant, des dizaines de millions de personnes pourraient &#233;chapper &#224; des inondations ou &#224; la s&#233;cheresse d'ici &#224; 2050 si les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre, &#224; l'origine du changement climatique, &#233;taient plus fortement et plus rapidement limit&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde.fr l 15.01.2013, &#171; Climat : le co&#251;t humain de l'inaction en d&#233;tail (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais les processus de rattrapage du retard industriel dans les pays &#233;mergents, l'insatiable app&#233;tit &#233;nerg&#233;tique des pays t&#244;t industrialis&#233;s et la diffusion mondiale d'un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; fond&#233; sur la croissance et l'&#233;puisement des ressources font appara&#238;tre comme irr&#233;aliste qu'on limite &#224; deux degr&#233;s seulement le r&#233;chauffement d'ici le milieu du si&#232;cle. Les migrations ne sont pas un fait naturel, mais la cons&#233;quence de nos incons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte de d&#233;bordements &#233;conomiques et d'inertie politique, nous ne pourrons que constater un changement radical des valeurs face aux cons&#233;quences migratoires du changement climatique. Harald Welzer d&#233;crit parfaitement le ph&#233;nom&#232;ne : &#171; &lt;i&gt;En tant que membre d'une soci&#233;t&#233; dont les normes changent, on ne remarque pas que ses propres normes sont soumises &#224; ce changement, parce qu'on se maintient constamment en accord avec ceux qui vous entourent. On peut parler &#224; ce propos de shifting baselines ou de lignes de r&#233;f&#233;rences fluctuantes.&lt;/i&gt; &#187; Les humains changent dans leurs perceptions et leurs valeurs, en m&#234;me temps que leur environnement et sans s'en rendre compte. Des processus sociaux comme l'holocauste ne doivent pas &#234;tre compris comme une &#171; r&lt;i&gt;upture de civilisation&lt;/i&gt; &#187; ou une &#171; &lt;i&gt;rechute dans la barbarie&lt;/i&gt; &#187;, mais comme la cons&#233;quence logique de tentatives modernes pour &#233;tablir l'ordre et r&#233;soudre les probl&#232;mes majeurs ressentis par des soci&#233;t&#233;s. Harald Welzer constate que la violence a &lt;strong&gt;toujours&lt;/strong&gt; &#233;t&#233; une option de l' action humaine. Welzer pr&#233;cisait aussi que l'histoire de l'Occident libre, d&#233;mocratique et &#233;clair&#233; a aussi &#233;crit sa contre-histoire, faite de non-libert&#233;, d'oppression et du contraire des Lumi&#232;res. Les perturbations climatiques, les difficult&#233;s agricoles et les conflits sociod&#233;mographiques sont li&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons faire le parall&#232;le avec le diagnostic malthusien. Puisque nous ne sommes pas capables de r&#233;duire volontairement notre f&#233;condit&#233; (et de diminuer nos &#233;missions de gaz &#224; effet de serre), alors famine, guerres et &#233;pid&#233;mies r&#233;soudront le probl&#232;me d&#233;mographique. Puisque nous ne nous attaquons pas aux causes des migrations, il n'y aura comme r&#233;sultante que rejets et massacres. En r&#233;sum&#233; les migrations, puisque source de probl&#232;mes insolubles, poussent &#224; la volont&#233; d'immobilit&#233; territoriale, contrainte et forc&#233;e. Il n'y a pas de morale &#224; mettre l&#224;-dedans ; on ne peut vivre dura&#173;blement que sur un territoire restreint dont on ma&#238;trise collectivement les param&#232;tres : potentiel alimentaire et &#233;nerg&#233;tique, rapports humains de proximit&#233; et culture particuli&#232;re. Les Inuits ne pensaient pas &#224; &#233;migrer, leur terre recouverte de son manteau neigeux huit mois sur douze leur paraissait trop pr&#233;cieuse. Maintenant les Inuits boivent et se suicident pour oublier la mondialisation... et les glaciers fondent. Une population humaine est semblable aux autres esp&#232;ces, elle ne peut cro&#238;tre au-del&#224; des possibilit&#233;s que lui offre son &#233;cosyst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit &#224; la mobilit&#233; est un facteur pr&#233;pond&#233;rant de la d&#233;gradation de la biosph&#232;re et des relations humaines. En 2003, Richard Heinberg liait conscience &#233;cologique et limitation des migrations : &#171; &lt;i&gt;L'opposition &#224; l'immigration incontr&#244;l&#233;e est souvent assimil&#233;e &#224; tort &#224; la x&#233;nophobie anti-immigr&#233;s. Mais dans une perspective &#233;cologique, l'immigration n'est pratiquement jamais souhaitable. Lorsqu'elle se fait massivement, elle ne fai&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt; que mondialiser le probl&#232;me de surpopulation. De plus, ce n'est que lorsque les groupes humains se sont enracin&#233;s dans une zone p&lt;/i&gt;&lt;i&gt;articuli&#232;re, au&lt;/i&gt;&lt;i&gt; fil de plusieurs g&#233;n&#233;rations, qu'ils d&#233;veloppent un sens des limites en termes de ressources&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Richard Heinberg, P&#233;trole, la f&#234;te est finie, &#233;ditions Demi-Lune, coll. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit de se d&#233;placer selon son d&#233;sir individuel empi&#232;te sur les capacit&#233;s de la biosph&#232;re, les humains ne peuvent continuer &#224; cohabiter humainement avec des migrations de masse. Alors que les humains ont atteint les limites de toutes les fronti&#232;res, y compris celles de la plan&#232;te, ils devraient dor&#233;&#173;navant se contenter du territoire o&#249; peuvent s'exprimer leurs solidarit&#233;s de proximit&#233;. Les probl&#232;mes &#233;conomiques, sociaux et &#233;thiques qu'entra&#238;nent les migrations devraient &#234;tre une motivation suppl&#233;mentaire pour agir au niveau de la ma&#238;trise de la f&#233;condit&#233;, pour &#233;laborer collectivement une d&#233;mographie responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignons, pour terminer, que nous n'avons pas trait&#233; les migrations internes dont l'urbanisation du monde est le sympt&#244;me dominant. L'urbanisation d&#233;coule d'une transformation radicale du milieu naturel et entra&#238;ne en retour une transformation radicale de la relation des &#234;tres humains &#224; leur environnement. La &#171; bidonvillisation &#187; du monde se pour&#173;suit. Nous pensons que les contraintes de ressources naturelles vont obliger prochainement &#224; une d&#233;surbanisation qui aura des cons&#233;quences sans doute aussi terribles que les migrations internationales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb26-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ren&#233; Monet &lt;i&gt;Environnement&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;l'hypoth&#232;que d&#233;mographique&lt;/i&gt;, l'Harmattan, Paris, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.20minutes.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.20minutes.fr/&lt;/a&gt; planete/923831-maitriser-demographie-cle-sauver&#173; environnement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Simon Gildas, &lt;i&gt;La plan&#232;te migratoire dans la mondialisation&lt;/i&gt;, Armand Colin, Paris, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Herv&#233; Le Bras et G&#233;rard-Fran&#231;ois Dumont, &lt;i&gt;Doit-on contr&#244;ler les &#233;trangers ?&lt;/i&gt;, p 114, &#233;ditions Prom&#233;th&#233;e, Bordeaux, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Claire Rodier, &lt;i&gt;X&#233;nophobie business. &#192; quoi servent les contr&#244;les migratoires ?&lt;/i&gt;, La d&#233;couverte, Paris, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le Monde.fr du 28/09/11, &lt;i&gt;La Droite populaire rejoint en partie le programme du FN&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les lnrockuptibles&lt;/i&gt; 4 au 10 mai 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le Monde du 30/09/11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le Monde des 16-17 octobre 2011, &#171; Amro Al-Khatib victime de la pr&#233;f&#233;rence nationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Monde.fr avec AFP et Reuters, 02/11/2012, &#171; Suisse : des &#233;colos veulent freiner l'immigration pour prot&#233;ger la nature. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le Monde des 4-5 novembre 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://europeecologie.eu/-Immigration&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://europeecologie.eu/-Immigration&lt;/a&gt;, 132-&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Thomas More, &lt;i&gt;L'utopie&lt;/i&gt;, p 66, &#233;ditions La Dispute, Paris, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Robert Malthus, &lt;i&gt;Essai sur le principe de population&lt;/i&gt;, (1798), &#233;ditions Flammarion, Paris, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Michel Tarrier, &lt;i&gt;Faire des enfants tue ... la plan&#232;te&lt;/i&gt;, &#233;ditions LME, Le Rheu (35650), 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Andr&#233; Lebeau, &lt;i&gt;L'enfermement plan&#233;taire&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le Monde du 15 octobre 2011, &lt;i&gt;Et si chacun pouvait &#233;migrer o&#249; il veut, quand il veut ?&lt;/i&gt; - sp&#233;cial &lt;i&gt;Women's forum&lt;/i&gt; p. VIII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Communiqu&#233; de presse du 13 d&#233;cembre 2012 de l'OMT (Organisation mondiale du tourisme).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bernard Charbonneau, &lt;i&gt;Le Jardin de Babylone&lt;/i&gt;, (1969), Encyclop&#233;die des nuisances, r&#233;&#233;dition 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &#192; quelles conditions une croissance verte est-elle possible ? &#187;, La Revue Socialiste, 4e trimestre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le Monde du 7 d&#233;cembre 2011, &#171; La crise ne freine pas les flux migratoires mais accro&#238;t les manifestations de rejet. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Harald Welzer, Les guerres du climat, Gallimard, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Mot d'argot pour d&#233;signer un Australien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rapport secret du Pentagone sur le changement climatique, &#233;ditions Allia, Paris, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le Monde du 13 octobre 2010, lan Fry, &#171; l'homme qui n&#233;gocie pour que les Tuvalu ne finissent pas sous la mer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le Monde.fr l 15.01.2013, &#171; Climat : le co&#251;t humain de l'inaction en d&#233;tail &#187; (&#233;tude publi&#233;e en janvier 2013 dans Nature Climate Change).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Richard Heinberg, &lt;i&gt;P&#233;trole, la f&#234;te est finie&lt;/i&gt;, &#233;ditions Demi-Lune, coll. R&#233;sistances, Plogastel Saint-Germain (29710), 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;cologie contre les marchands</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?895-l-ecologie-contre-les-marchands</link>
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		<dc:date>2017-09-21T13:44:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Progressisme</dc:subject>
		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
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		<dc:subject>Red&#233;finition des besoins</dc:subject>

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&lt;p&gt;Texte paru dans un dossier sur l'&#233;cologie publi&#233; par Le Nouvel Observateur du 7-15 mai 1992, sous le titre &#171; L'&#233;cologie est-elle r&#233;actionnaire ? Sauvons les zappeurs abrutis [?!] &#187;, r&#233;&#233;dit&#233; dans &#171; Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive &#187;, Seuil 2005, pp.237-239. L'id&#233;e que l'&#233;cologie serait r&#233;actionnaire repose soit sur une igno&#173;rance crasse des donn&#233;es de la question, soit sur des r&#233;sidus de l'id&#233;o&#173;logie &#171; progressiste &#187; : &#233;lever le niveau de vie et... advienne que pourra ! Certes, aucune id&#233;e n'est, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-218-redefinition-des-besoins-+" rel="tag"&gt;Red&#233;finition des besoins&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte paru dans un dossier sur l'&#233;cologie publi&#233; par &lt;i&gt;Le Nouvel O&lt;/i&gt;&lt;i&gt;bservateur&lt;/i&gt; du 7-15 mai 1992, sous le titre &#171; L'&#233;cologie est-elle r&#233;actionnaire ? Sauvons les zappeurs abrutis [?!] &#187;, r&#233;&#233;dit&#233; dans &#171; Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive &#187;, Seuil 2005, pp.237-239.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'id&#233;e que l'&#233;cologie serait r&#233;actionnaire repose soit sur une igno&#173;rance crasse des donn&#233;es de la question, soit sur des r&#233;sidus de l'id&#233;o&#173;logie &#171; progressiste &#187; : &#233;lever le niveau de vie et... advienne que pourra ! Certes, aucune id&#233;e n'est, par elle-m&#234;me, prot&#233;g&#233;e contre les perversions et les d&#233;tournements. On sait que des th&#232;mes qui ne sont qu'en apparence li&#233;s &#224; l'&#233;cologie (la terre, le village, etc.) ont &#233;t&#233; et continuent d'&#234;tre utilis&#233;s par des mouvements r&#233;actionnaires (nazisme, ou Pamiat dans la Russie d'aujourd'hui). L'invocation de ce fait par les anti&#233;cologistes me rappelle plut&#244;t les amalgames staliniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie est subversive car elle met en question l'imaginaire capi&#173;taliste qui domine la plan&#232;te. Elle en r&#233;cuse le motif central selon lequel notre destin est d'augmenter sans cesse la production et la consommation. Elle montre l'impact catastrophique de la logique capitaliste sur l'environnement naturel et sur la vie des &#234;tres humains. Cette logique est absurde en elle-m&#234;me et conduit &#224; une impossibilit&#233; physique &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te puisqu'elle aboutit &#224; d&#233;truire ses pro&#173;pres pr&#233;suppositions. Il n'y a pas seulement la dilapidation irr&#233;versible&#183;du milieu et des ressources non rempla&#231;ables. Il y a aussi la destruction anthropologique des &#234;tres humains transform&#233;s en b&#234;tes productrices et consommatrices, en zappeurs abrutis. Il y a la destruction de leurs milieux de vie. Les villes, par exemple, merveilleuse cr&#233;ation de&#183;la fin du n&#233;olithique, sont d&#233;truites au m&#234;me rythme que la for&#234;t ama&#173;zonienne, disloqu&#233;es entre ghettos, banlieues r&#233;sidentielles et quartiers de bureaux morts apr&#232;s 8 heures du soir. Il ne s'agit donc pas d'une d&#233;fense bucolique de la &#171; nature &#187; mais d'une lutte pour la sauvegarde de l'&#234;tre humain et de son habitat. Il est clair, &#224; mes yeux, que cette sauvegarde est incompatible avec le maintien du syst&#232;me existant et qu'elle d&#233;pend d'une reconstruction politique de la soci&#233;t&#233;, qui en ferait une d&#233;mocratie en r&#233;alit&#233; et non pas en paroles. C'est du reste sur ce point que les mouvements &#233;cologiques existants sont, &#224; mes yeux, la plupart du temps d&#233;faillants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, derri&#232;re ces &#233;vidences, des questions plus difficiles et plus profondes surgissent. Ce qui domine, aujourd'hui, c'est l'autonomi&#173;sation de la techno-science. On ne se demande plus s'il y a des besoins &#224; satisfaire, mais si tel exploit scientifique ou technique est r&#233;alisable. S'il l'est, il sera r&#233;alis&#233; et l'on fabriquera le &#171; besoin &#187; correspondant. Les cons&#233;quences lat&#233;rales ou les retomb&#233;es n&#233;ga&#173;tives sont rarement prises en compte. C'est cela aussi qu'il faut arr&#234;ter, et c'est l&#224; que les questions difficiles commencent. Nous voulons tous &#8211; en tout cas moi je veux &#8211; le d&#233;veloppement du savoir scientifique. Nous voulons donc, par exemple, des satellites d'obser&#173;vation tr&#232;s performants. Mais ceux-ci impliquent la totalit&#233; de la techno-science contemporaine. Devons-nous donc vouloir celle-ci aussi ? Il ne peut &#234;tre question de restreindre la libert&#233; de la recherche scientifique. Mais les limites entre le savoir pur et ses applications, &#233;ventuellement l&#233;tales, sont extr&#234;mement floues, sinon inexistantes. Le grand math&#233;maticien anglais Hardy, qui s'&#233;tait oppos&#233; aux deux guerres mondiales, disait qu'il s'&#233;tait vou&#233; aux math&#233;matiques parce qu'elles ne pourraient jamais servir &#224; tuer un &#234;tre humain. Ce qui prouve qu'on peut &#234;tre un grand math&#233;maticien et ne pas savoir raisonner hors de son domaine. La bombe atomique aurait &#233;t&#233; impossible sans le concours de plusieurs grands math&#233;maticiens &#171; purs &#187;, et d&#232;s que le calcul diff&#233;rentiel a &#233;t&#233; invent&#233; on s'en est servi pour calculer les paraboles de tir des canons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment tracer la limite ? Pour la premi&#232;re fois, dans une soci&#233;t&#233; non religieuse, nous avons &#224; affronter la question : faut-il contr&#244;ler l'expansion du savoir lui-m&#234;me ? Et comment le faire sans aboutir &#224; une dictature sur les esprits ? Je pense qu'on peut poser quelques principes simples :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Nous ne voulons pas d'une expansion illimit&#233;e et irr&#233;fl&#233;chie de la production, nous voulons une &#233;conomie qui soit un moyen et non pas la fin de la vie humaine ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Nous voulons une expansion libre du savoir mais nous ne pouvons plus pr&#233;tendre ignorer que cette expansion contient en elle-m&#234;me des dangers qui ne peuvent pas &#234;tre d&#233;finis par avance. Pour y faire face, il nous faut ce qu'Aristote appelait la &lt;i&gt;phron&#232;sis&lt;/i&gt;, la &#171; prudence &#187; (selon la mauvaise traduction latine du terme). L'exp&#233;rience montre que cette prudence, la techno-bureaucratie actuelle (&#233;conomique aussi bien que scientifique) est organiquement et structurellement incapable de la poss&#233;der, car elle n'existe et n'est mue que par le d&#233;lire de l'expan&#173;sion illimit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut donc une v&#233;ritable d&#233;mocratie, instaurant des processus de r&#233;flexion et de d&#233;lib&#233;ration le plus larges possible, o&#249; participent les citoyens dans leur totalit&#233;. Cela, &#224; son tour, n'est possible que si ces citoyens disposent d'une v&#233;ritable information, d'une v&#233;ritable formation, et d'occasions d'exercer dans la pratique leur jugement. Une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique est une soci&#233;t&#233; autonome, mais autonome veut dire aussi et surtout autolimit&#233;e. Non seulement face aux exc&#232;s politiques &#233;ventuels (la majorit&#233; ne respectant pas les droits des minorit&#233;s, par exemple), mais aussi dans les &#339;uvres et les actes de la collectivit&#233;. Ces limites, ces fronti&#232;res, on ne peut pas les tracer d'avance &#8211; c'est pourquoi il faut la &lt;i&gt;phron&#232;sis&lt;/i&gt;, la prudence. Les fronti&#232;res existent, et lorsqu'on les aura franchies il sera par d&#233;fini&#173;tion trop tard &#8211; comme les h&#233;ros de la trag&#233;die antique n'apprennent qu'ils sont dans l'&lt;i&gt;hubris&lt;/i&gt;, l'exc&#232;s, qu'une fois la catastrophe advenue. La soci&#233;t&#233; contemporaine est fondamentalement imprudente.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>La fin de l'histoire ?</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?111-la-fin-de-l-histoire</link>
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		<dc:date>2017-06-07T11:34:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Progressisme</dc:subject>
		<dc:subject>Michea J.-C.</dc:subject>
		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Conf&#233;rence</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Introduction de Jean-claude Mich&#233;a, suivi de l'intervention de Cornelius Castoriadis au colloque tenu le 16 mai 1991 &#224; Montpellier sur le th&#232;me &#171; La fin de l'histoire ? &#187;. Les interventions suivantes d'Edgar Morin et de Jean-Luc Boilleau ainsi que le d&#233;bat n'ont pas &#233;t&#233; reproduit ici. Textes extraits du chapitre &#171; La fin de l'histoire ? &#187;, dans l'ouvrage &#171; De la fin de l'histoire &#187;, (colloque de Montpellier), Jean-Luc BOILLEAU (dir.), Editions du F&#233;lin, Paris, 1992. Note de l'&#233;diteur : &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction de Jean-claude Mich&#233;a, suivi de l'intervention de Cornelius Castoriadis au colloque tenu le 16 mai 1991 &#224; Montpellier sur le th&#232;me &#171; La fin de l'histoire ? &#187;. Les interventions suivantes d'Edgar Morin et de Jean-Luc Boilleau ainsi que le d&#233;bat n'ont pas &#233;t&#233; reproduit ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Textes extraits du chapitre &#171; La fin de l'histoire ? &#187;, dans l'ouvrage &#171; De la fin de l'histoire &#187;, (colloque de Montpellier), Jean-Luc BOILLEAU (dir.), Editions du F&#233;lin, Paris, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note de l'&#233;diteur : &#171; Les 15, 16 et 17 mai 1991, l'association des Amis de la librairie Sauramps a organis&#233; &#224; Montpellier un colloque autour de trois grands th&#232;mes : la d&#233;mocratie comme violence ? La fin de l'histoire ? &#192; l'est, une autre Europe ? L'ensemble de ces trois conf&#233;rences est recueilli dans le pr&#233;sent ouvrage. Les textes ont &#233;t&#233; revus et corrig&#233;s par leurs auteurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction de Jean-Claude Mich&#233;a&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je vais m'efforcer, pour introduire ce d&#233;bat, de pr&#233;ciser pourquoi il peut &#234;tre d&#233;concertant de s'interroger sur la &#171; fin de l'histoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;cartons un premier contresens. La question ne doit &#233;videmment pas &#234;tre prise dans son sens religieux, et le d&#233;bat ne sera pas th&#233;ologique. Pour un catholique, je cite la r&#233;cente encyclique &lt;i&gt;Centesimus Annus &lt;/i&gt; : &#171; Ce n'est qu'&#224; la &lt;i&gt;fin de l'histoire&lt;/i&gt; que le Seigneur reviendra en gloire pour le jugement final &#187; et que seront s&#233;par&#233;s &#171; les sujets du Royaume et les sujets du Malin &#187;. Ce n'est pas de cette &#171; fin de l'histoire &#187; dont il va &#234;tre question. Il ne s'agira donc pas de se demander si la chute du mur de Berlin, la guerre du Golfe ou la divinisation de Madonna sont les signes du r&#232;gne imminent de l'Ant&#233;christ, ultime pr&#233;lude au &#171; jour de col&#232;re &#187; et &#224; l'av&#232;nement du Royaume... Ces questions sont respectables mais elles ne concernent pas notre d&#233;bat qui est &lt;i&gt;philosophique&lt;/i&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Et m&#234;me en apportant ces pr&#233;cisions, la question pos&#233;e demeure assez &#233;trange : quelles raisons pourrions-nous avoir de penser,&lt;i&gt; ici et maintenant&lt;/i&gt;, que le mouvement mill&#233;naire de l'histoire des hommes &#8211; mouvement plein de bruit et de fureur &#8211; s'ach&#232;ve sous nos yeux ? Et qu' ainsi nous entrons dans un monde dans lequel plus rien d'essentiel ne pourrait se produire, un monde dans lequel nous n'aurions plus rien &#224; faire, sinon assister en consommateurs passifs &#224; la r&#233;p&#233;tition ind&#233;finie du m&#234;me spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme un certain nombre d'id&#233;es insolites, celle-ci est d'origine philosophique. Et le philosophe qui, le premier, l'a promue, c'est Hegel. Pour lui, en effet, l'Histoire est un mouvement &#224; la fois tragique et violent, mais en m&#234;me temps logique et n&#233;cessaire, qui conduit progressivement les hommes vers la fin spirituelle qui en constitue le sens. Cette fin, c'est le r&#232;gne de l'humanit&#233; devenue consciente d'elle-m&#234;me et qui se r&#233;v&#232;le &#224; elle-m&#234;me comme Raison et Libert&#233;. C'est ainsi que depuis les premiers empires orientaux, peuples et individus travaillent sans le savoir &#8211; et comme malgr&#233; eux &#8211; &#224; engendrer un monde libre et raisonnable ; ce n'est que peu &#224; peu que cette activit&#233; devient compr&#233;hensible &#224; elle-m&#234;me. Cette installation d&#233;finitive de la Raison et de la Libert&#233; qui marque donc la fin de l'histoire, Hegel en lisait les pr&#233;misses dans la R&#233;volution et l'Empire dont il &#233;tait le contemporain. &lt;br class='manualbr' /&gt;A vrai dire, les choses sont un peu plus compliqu&#233;es. Un lecteur de Hegel ne trouvera pas l'expression de &#171; fin de l'histoire &#187;. Celle-ci est due en fait &#224; un personnage tout &#224; fait curieux, ignor&#233; du grand public, mais dont les cours sur Hegel &#224; l'&#201;cole pratique des hautes &#233;tudes, entre 1933 et 1939, ont profond&#233;ment marqu&#233; la philosophie fran&#231;aise. Cet homme, c'est Alexandre Koj&#232;ve et l'on mesurera sa prodigieuse influence, et celle de son interpr&#233;tation de Hegel, si l'on r&#233;alise que le public qui se pressait &#224; ses cours, comprenait des noms aussi divers que Raymond Aron, Georges Bataille, Jacques Lacan, Maurice Merleau-Ponty, Roger Caillois, Raymond Queneau et m&#234;me, plus &#233;pisodiquement, Andr&#233; Breton et Jean-Paul Sartre. Or Koj&#232;ve prenait tellement au s&#233;rieux cette id&#233;e h&#233;g&#233;lienne d'une &#171; fin de l'histoire &#187; que, devenu &#224; la Lib&#233;ration charg&#233; de mission au minist&#232;re du Commerce ext&#233;rieur, il continuera &#224; s'interroger longuement sur les formes que prendrait la vie future, c'est-&#224;-dire la vie quotidienne des hommes d'apr&#232;s l'Histoire. Il finit par penser que le &#171; snobisme japonais &#187; serait un bon mod&#232;le pour jauger cette vie posthistorique. Il &#233;voque ainsi tout un art du vide, une pratique de la formalit&#233; pure qui visiblement le fascinait. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ceci nous am&#232;ne &#224; Francis Fukuyama dont l'ombre tut&#233;laire plane sur ces d&#233;bats. Il s'agit d'un honorable fonctionnaire du D&#233;partement d'&#201;tat brusquement, et un peu myst&#233;rieusement propuls&#233; sur la sc&#232;ne m&#233;diatique am&#233;ricaine puis internationale pour avoir publi&#233; un petit article dans une revue assez aust&#232;re, &lt;i&gt;National Interest&lt;/i&gt;, intitul&#233; pr&#233;cis&#233;ment &#171; La Fin de l'histoire ? &#187;. L'id&#233;e fondamentale de ce maintenant c&#233;l&#233;brissime article : les transformations qui s'accomplissent actuellement dans les pays de l'Est, cette apparente &#233;vaporation des dictatures communistes, ne signifieraient pas simplement la fin du communisme mais essentiellement la fin de l'histoire elle-m&#234;me ; ces transformations impliqueraient la prise de conscience par l'humanit&#233; qu'il n'y a pas d'au-del&#224; de la soci&#233;t&#233; pr&#233;sente. La soci&#233;t&#233; pr&#233;sente, c'est la soci&#233;t&#233; industrielle, capitaliste et marchande qui constitue notre modernit&#233;. Pour Fukuyama, constater que nous sommes entr&#233;s dans la fin de l'histoire (et son article se r&#233;f&#232;re explicitement &#224; Hegel et Koj&#232;ve, ce qui aux &#201;tats-Unis est assez m&#233;ritoire) c'est comprendre, qu'on s'en r&#233;jouisse ou s'en attriste, que, les derni&#232;res illusions dissip&#233;es, fort de ce nouveau savoir, il n'y a plus rien d'autre &#224; faire qu'&#224; g&#233;rer ce qui est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment cette conclusion que ce d&#233;bat voudrait mettre en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier probl&#232;me : la soci&#233;t&#233; moderne, &#224; la diff&#233;rence des soci&#233;t&#233;s dites traditionnelles qui visent (quelle que soit la diversit&#233; de leurs formes) &#224; maintenir un &#233;quilibre, a pour id&#233;al et principe de poser son propre d&#233;veloppement port&#233; &#224; l'infini. &lt;br class='manualbr' /&gt;Expansion d'elle-m&#234;me &#224; l'infini dans l'espace : la logique de l'&#233;conomie moderne tend &#224; unifier la plan&#232;te dans un immense march&#233; commun, assumant, peu ou prou, de d&#233;composer toutes les mani&#232;res de vivre qui ne peuvent se subordonner &#224; ses lois. &lt;br class='manualbr' /&gt;Expansion d'elle-m&#234;me &#224; l'infini dans le temps des hommes (qui est la subsistance de leur vie) : la logique de l'&#233;conomie &#8211; fond&#233;e sur le culte de la performance et la valorisation du calcul et de l'efficacit&#233; &#8211; tend &#224; envahir la totalit&#233; de l'existence et &#224; transformer tout ce qui pouvait &#234;tre sacr&#233;, respectable, honorable ou simplement gratuit, en &#171; capital symbolique &#187; &#224; &#171; g&#233;rer &#187; rationnellement. Notre vocabulaire en t&#233;moigne tristement ; dans la vie moderne on &#171; g&#232;re &#187; sa vie affective, son image, sa maladie, le r&#233;sultat d'une rencontre sportive, etc. C'est ce que Max Weber appelait pr&#233;cis&#233;ment le &#171; d&#233;senchantement du monde &#187;, cette &#339;uvre principale de la modernit&#233;. Or ce d&#233;senchantement du monde &#8211; cette soumission croissante de la vie aux lois de l'&#233;conomie &#8211; peut-il se poursuivre &#224; l'infini sans rencontrer des limites dans les ressources de la nature d'une part, et dans la patience des individus de l'autre ? La politique &#171; posthistorique &#187; peut-elle se contenter de g&#233;rer le monde qui advient ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cela n'est pas possible, si donc contrairement &#224; ce que pensait Fukuyama, la critique et le d&#233;passement de ce monde demeurent des n&#233;cessit&#233;s pratiques, cela signifie-t-il &#8211; et c'est le second probl&#232;me &#8211; qu'il suffirait de d&#233;poussi&#233;rer la critique marxiste (qui reste le fondement conscient ou implicite des entreprises communistes et socialistes) pour que l'histoire retrouve son rythme v&#233;ritable ? Autrement dit, faut-il consid&#233;rer que le communisme n'aurait pas &#233;t&#233; une parenth&#232;se dans le si&#232;cle mais un simple faux d&#233;part : ce n'&#233;tait pas l'essence du projet qui &#233;tait aberrante mais uniquement les formes historiquement d&#233;termin&#233;es de sa mise en &#339;uvre. Or sugg&#233;rer cela, n'est-ce pas n&#233;gliger de montrer ce qu'il y a de &lt;i&gt;fondamentalement commun&lt;/i&gt; &#8211; depuis Saint-Simon &#8211; entre les imaginaires du communisme, du socialisme et du capitalisme : la croyance quasiment religieuse &#224; la n&#233;cessit&#233;, et &#224; la possibilit&#233;, d'un d&#233;veloppement infini de la grande industrie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin &#8211; et c'est le dernier probl&#232;me &#8211; il est &#233;vident que ces questions supposent une philosophie de l'histoire. Celle-ci est-elle comme le voulaient Hegel et Marx le lieu d'un d&#233;veloppement dialectique, logique et n&#233;cessaire ? L'essor du capitalisme et l' &#171; occidentalisation du monde &#187; dorment-ils en puissance &#8211; dans la r&#233;volution n&#233;olithique ou dans les pratiques des Indiens de la for&#234;t amazonienne ? ou doit-on au contraire, avec Rousseau par exemple, r&#233;habiliter la part du contingent, de l'accidentel, tout ce qui fait de l'histoire une aventure impr&#233;visible qui met en jeu la libert&#233; des hommes, c'est-&#224;-dire leur aptitude &#224; inventer du nouveau ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1819 Hegel note : &#171; Je vais avoir cinquante ans. J'ai v&#233;cu trente ans dans une &#233;poque &#233;ternellement agit&#233;e, pleine de crainte et d'espoir et j'esp&#233;rais qu'on p&#251;t un jour &#234;tre quitte de la crainte et de l'espoir : je suis forc&#233; d'admettre que tout continue. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;De ces deux Hegel, lequel est le plus lucide ? Celui qui constate que l'histoire se termine ? ou celui qui est forc&#233; d'admettre que tout continue ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Intervention de Cornelius Castoriadis&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je trouve qu'on a tr&#232;s bien r&#233;sum&#233; la position du probl&#232;me, et que la formulation des trois questions est tout &#224; fait exacte. On a aussi tr&#232;s bien fait de rappeler la fameuse phrase de Hegel. Il pr&#233;vaut actuellement une attitude qui veut gommer les contradictions pouvant exister chez un grand philosophe ; si l'on per&#231;oit de telles contradictions, on serait ignare ou l'on n'y comprendrait rien, on manquerait &#224; la vraie t&#226;che qui consiste &#224; r&#233;cup&#233;rer la v&#233;rit&#233; profonde d'une philosophie au-del&#224; des contradictions seulement apparentes, dans son unit&#233; cach&#233;e. Cette attitude doit &#234;tre d&#233;nonc&#233;e &#8211; elle vient de Hegel lui-m&#234;me &#8211; car elle d&#233;sarme l'esprit critique et fait de chaque philosophie un moment de l'Absolu. Or, il y a bel et bien, dans le syst&#232;me h&#233;g&#233;lien une contradiction brute, in&#233;laborable, intraitable, qui devient &#233;vidente lorsque l'on consid&#232;re l'id&#233;e de la fin de l'histoire, et sa n&#233;cessit&#233; dans ce syst&#232;me. Rappelons que la philosophie h&#233;g&#233;lienne se veut, et est effectivement, le sommet, l'aboutissement, la culmination du courant dominant dans la philosophie gr&#233;co-occidentale, le courant rationaliste. Pourquoi cette contradiction est-elle n&#233;cessaire ? Parce que Hegel ne peut concevoir la philosophie que comme science et comme syst&#232;me du savoir, et que ce savoir ne peut &#234;tre scientifique (au sens de Hegel) que s'il est absolu. Mais si ce savoir, en tant qu' absolu, doit devenir effectif &#224; un moment de l'histoire et de son histoire, rien ne peut se passer apr&#232;s ; rien ne peut venir le modifier, le compl&#233;ter, l'amender. Autant dire que le temps qui vient &#171; apr&#232;s &#187; n'est plus du vrai temps, puisqu'il n'est plus temps du d&#233;ploiement de l'Esprit se r&#233;alisant dans le monde, il ne peut &#234;tre qu'un temps vide, un temps de la pure r&#233;p&#233;tition. On a parl&#233; tout &#224; l'heure de l'interpr&#233;tation de Koj&#232;ve. Certes il y a beaucoup de r&#233;serves &#224; faire sur cette interpr&#233;tation, mais on a eu raison de la rappeler, &#224; la fois parce que c'est d'elle que part Fukuyama et parce que, plus important, cette interpr&#233;tation est &#171; correcte &#187; et honn&#234;te sur le point qui nous int&#233;resse ici, la fin de l'histoire. Alors que les n&#233;o-h&#233;g&#233;liens orthodoxes et respectables essaient, par une s&#233;rie de stratag&#232;mes et de sophismes, d'&#233;viter la question ou de la contourner, Koj&#232;ve a le courage d'y faire face frontalement et de prendre Hegel au s&#233;rieux. (Il est amusant de noter que les &#171; interpr&#233;tations &#187; harmonisantes, respectueuses, proc&#233;dant par lissage, traitent leur sujet &#224; la fois comme un g&#233;nie hors pair et comme un d&#233;bile qui, dans tel ou tel passage de ses &#233;crits, ne savait pas ce qu'il &#233;crivait. Cela ne vaut pas seulement dans le cas de Hegel.) Or, si l'on prend Hegel au s&#233;rieux, la fin de l'histoire n'est pas une phrase qui se trouve ici ou l&#224; dans ses &#233;crits, c'est &#224; la fois l'intention centrale de Hegel et la pierre angulaire sans laquelle &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; le syst&#232;me tombe en poussi&#232;re, en tant que syst&#232;me : le syst&#232;me ne peut &#234;tre que comme Savoir absolu, et le savoir ne peut &#234;tre absolu que s'il ferme l'histoire du savoir. Cette n&#233;cessit&#233; est manifeste et explicite dans &lt;i&gt;La Ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit&lt;/i&gt;, dans l'&lt;i&gt;Encyclop&#233;die&lt;/i&gt;, dans la &lt;i&gt;Science de la logique&lt;/i&gt;, dans les &lt;i&gt;Principes de la philosophie du droit,&lt;/i&gt; dans l'&lt;i&gt;Esth&#233;tique&lt;/i&gt;, dans les &lt;i&gt;Le&#231;ons sur l'histoire de la philosophie&lt;/i&gt;, comme dans les &lt;i&gt;Le&#231;ons sur la philosophie de l'histoire&lt;/i&gt;. Dans tous ces domaines, le &lt;i&gt;sens&lt;/i&gt; de tous les d&#233;veloppements est suspendu &#224; l'existence d'une fin, d'un v&#233;ritable &lt;i&gt;ach&#232;vement&lt;/i&gt;, d'une cl&#244;ture d&#233;finitive. Et, dans les &lt;i&gt;Le&#231;ons sur la philosophie de l'histoire&lt;/i&gt;, Hegel lui-m&#234;me montre qu'il est conscient du probl&#232;me, et il y fait, d'une certaine mani&#232;re, face : certes, dit-il &#224; peu pr&#232;s, il restera toujours du travail empirique &#224; faire. Autrement dit, les entomologistes pourront encore d&#233;couvrir de nouvelles esp&#232;ces d'insectes, les cristallographes de nouvelles vari&#233;t&#233;s de cristaux, les philologues corriger un peu mieux les manuscrits anciens &#8211; mais tout cela ne changera rien &#224; l'essentiel, consign&#233; d&#233;j&#224; dans la philosophie h&#233;g&#233;lienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re inacceptable de cette id&#233;e saute aux yeux, d'abord pour des raisons qu'on pourrait appeler, &#224; tort, &#171; ext&#233;rieures &#187;. Impossible de dire que tout ce qui s'est pass&#233; entre 1830 et 1990 rel&#232;ve uniquement d'un &#171; travail empirique &#187;, qu'il n'est qu'un ramassis d'&#233;v&#233;nements essentiellement r&#233;p&#233;titifs. Il est &#224; peine utile d'insister l&#224;-dessus : logique et math&#233;matique modernes, physique, biologie, psychanalyse, ethnologie, sociologie, histoire, cr&#233;ation artistique de 1830 &#224; 1950, stalinisme et nazisme &#8211; tout cela rel&#232;verait-il d'un &#171; travail empirique &#187; suppl&#233;mentaire ? La cr&#233;ation social-historique a continu&#233; dans tous les domaines &#8211; et cette cr&#233;ation appelle un immense effort de r&#233;flexion philosophique lequel, in&#233;vitablement, conduit &#224; un nouveau regard sur toute l'histoire ant&#233;rieure de l'humanit&#233; en g&#233;n&#233;ral et de la philosophie elle-m&#234;me en particulier. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais j'ai parl&#233; de contradiction interne n&#233;cessaire, et non pas de ce qu'on pourrait consid&#233;rer &#8211; &#224; tort &#8211; comme une tentative de r&#233;futer une philosophie par &#171; les faits &#187;. La contradiction se trouve en ceci, qu'alors que la philosophie h&#233;g&#233;lienne pose que l'&#234;tre est signification, et que la signification qui est l'&#233;l&#233;ment m&#234;me de la vie de l'esprit (donc de la seule effectivit&#233;) doit se d&#233;velopper, se d&#233;ployer &#171; dialectiquement &#187;, cette philosophie &lt;i&gt;doit&lt;/i&gt; affirmer en m&#234;me temps qu'il y aura d&#233;sormais, ind&#233;finiment (et m&#234;me infiniment) une effectivit&#233; sans signification ou avec une signification qui permane dans l'identique &#8211; qui donc,&#171; dialectiquement &#187;, ne fait pas sens. &lt;br class='manualbr' /&gt;Bien &#233;videmment, &#224; un niveau plus profond, c'est l'id&#233;e m&#234;me de la philosophie comme Savoir absolu, comme syst&#232;me clos, qui ne fait pas sens. La cl&#244;ture, c'est l'h&#233;t&#233;ronomie, ou la th&#233;ologie, soit le contraire absolu de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en venir &#224; Fukuyama, ses consid&#233;rations, beaucoup plus terre &#224; terre et conjoncturelles, sont de part en part id&#233;ologiques. L'histoire est finie, parce que le &#171; grand conflit &#187; s'est achev&#233; avec l'effondrement du communisme. Aux yeux d'un fonctionnaire du D&#233;partement d'&#201;tat am&#233;ricain, le &#171; grand conflit &#187; est &#233;videmment le conflit entre le bloc occidental et le bloc oriental, il n'y en a pas d'autre. Ce conflit &#233;tant liquid&#233;, on entre, selon Fukuyama, dans l'&#232;re du triomphe du capitalisme et de la &#171; d&#233;mocratie &#187; (c'est-&#224;-dire de l'oligarchie lib&#233;rale), qui s'empareront de toute la plan&#232;te, mettant fin aux guerres, aux d&#233;chirements, au tragique de l'histoire. Certes, dit Fukuyama, &#171; ce sera moins int&#233;ressant et assez ennuyeux &#187; &#8211; mais on ne peut pas tout avoir : si vous voulez la paix, il faut se r&#233;signer &#224; l'ennui. Comme disait Hegel, &#171; les peuples heureux n'ont pas d'histoire &#187;, &#171; l'histoire universelle n'est pas le lieu de la f&#233;licit&#233;, les p&#233;riodes de bonheur y sont les pages blanches &#187;. Si vous voulez la f&#233;licit&#233;, il faut vous r&#233;signer d&#233;sormais &#224; feuilleter ces pages blanches. Vous aurez de plus en plus de voitures et vos enfants de plus en plus de jouets &#233;lectroniques, et vous trouverez tout cela de plus en plus insipide &#8211; mais c'est comme cela. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans ce cas aussi, on pourrait facilement opposer &#224; M. Fukuyama la vulgaire r&#233;alit&#233; qui rend ses affirmations d&#233;risoires : &#224; peine l'encre de son article &#233;tait-elle s&#232;che, que l'on assistait &#224; la guerre du Golfe, que l'on observait que l'effondrement du bloc de l'Est n'&#233;tait nullement suivi par l'&#233;panouissement du capitalisme et de la r&#233;publique lib&#233;rale, que les peuples du tiers-monde continuaient &#224; &#234;tre soumis &#224; la tyrannie et &#224; la faim, etc. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais il faut aussi voir que les positions de Fukuyama sont la tentative de &#171; th&#233;oriser &#187;, de donner une expression id&#233;ologique, &#224; un vecteur tr&#232;s important de la r&#233;alit&#233; contemporaine dans les soci&#233;t&#233;s lib&#233;rales riches : il y a, en effet, &#233;vanescence du conflit social et politique &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur&lt;/i&gt; de ces soci&#233;t&#233;s. Inutile de parler de la &#171; politique &#187; officielle : qui peut distinguer, sur le fond de leurs &#171; programmes &#187;, les socialistes et la droite en France, les R&#233;publicains et les D&#233;mocrates aux &#201;tats-Unis ? Tous les partis s'accordent pour consid&#233;rer que la &#171; politique &#187; consiste &#224; g&#233;rer le syst&#232;me existant. Mais, plus grave, la population elle-m&#234;me (et c'est la condition du ph&#233;nom&#232;ne pr&#233;c&#233;dent) s'est retir&#233;e de toute activit&#233; collective, elle est plong&#233;e dans l'apathie et le cynisme, dans ce que j'appelle depuis 1960 la privatisation. En ce sens-l&#224;, nous assistons effectivement, depuis &#224; peu pr&#232;s une quarantaine d'ann&#233;es, non pas &#224; la &#171; fin de l'histoire &#187; &#8211; expression absurde, &#224; moins que l'humanit&#233; ne s'extermine elle-m&#234;me, nucl&#233;airement ou &#233;cologiquement &#8211;, mais &#224; la fin d'une p&#233;riode de l'histoire de l'Occident, la p&#233;riode des grandes luttes &#233;mancipatoires qui commencent vers la fin du XVIIIe si&#232;cle, aboutissent &#224; certains r&#233;sultats dont nous profitons encore aujourd'hui, puis sont d&#233;tourn&#233;es de leur objectif par la social-d&#233;mocratie et le l&#233;ninisme-stalinisme, et entrent finalement dans une p&#233;riode de basses eaux apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale. De sorte que, dans les pays riches (et &lt;i&gt;uniquement&lt;/i&gt; dans ceux-l&#224;), on pourrait supposer qu'on est entr&#233; dans une p&#233;riode de &#171; tranquillit&#233; historique &#187;, la machine &#233;conomique capitaliste fournissant assez de biens pour tenir les gens tranquilles et le syst&#232;me politique n'ayant &#224; s'occuper que de probl&#232;mes mineurs de gestion. Cette p&#233;riode peut durer longtemps, ou bien elle peut laisser la place &#224; une nouvelle phase d'activit&#233; politique et sociale des peuples, orient&#233;e vers l'autonomie individuelle et collective. Elle peut aussi &#234;tre suivie par un affaissement, une implosion au ralenti du syst&#232;me, dont je pense que les signes avant-coureurs sont d&#233;j&#224; perceptibles aujourd'hui. En tout cas il est exclu qu'elle dure ind&#233;finiment, signant par l&#224; une &#171; fin de l'histoire &#187;, non pas parce que rien n'est &#233;ternel, mais parce que cette soci&#233;t&#233; devient de plus en plus incapable de se reproduire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle devient incapable de se reproduire non pas au plan &#233;conomique, comme le croyait Marx, mais au plan anthropologique, ce qui est beaucoup plus grave. Les individus produits par le syst&#232;me actuel sont form&#233;s de plus en plus suivant ce qu'est maintenant la loi supr&#234;me &lt;i&gt;explicite&lt;/i&gt; du syst&#232;me : gagner le plus d'argent possible, sans &#233;gard &#224; aucune autre consid&#233;ration. Or, si tout le monde se comporte d'apr&#232;s ce principe, le syst&#232;me ne pourra plus fonctionner. Les juges &lt;i&gt;doivent&lt;/i&gt; mettre leurs d&#233;cisions aux ench&#232;res ; les fonctionnaires &lt;i&gt;doivent&lt;/i&gt; accorder les permis de construire aux plus offrants ; les enseignants &lt;i&gt;doivent&lt;/i&gt; tricher avec l'enseignement ; les ouvriers &lt;i&gt;doivent&lt;/i&gt; tirer au flanc le plus possible et bousiller le travail, etc. On dira : mais il y a des sanctions, ou la peur des sanctions. Objection enfantine : qui a dit que ceux qui doivent appliquer les sanctions sont incorruptibles, et pourquoi le seraient-ils ? &lt;br class='manualbr' /&gt;Parenth&#232;se sur l'enseignement : on bavarde interminablement sur la crise de l'enseignement, chaque ministre produit sa r&#233;forme, et on laisse de c&#244;t&#233;, et pour cause, l'essentiel. Comme le disait d&#233;j&#224; Platon, il y a deux mille cinq cents ans, &#224; la base de toute acquisition et de toute transmission de savoir il y a l'&#233;ros : l'amour passionn&#233; pour l'objet enseign&#233;, qui passe n&#233;cessairement par une relation affective sp&#233;cifique entre enseignant et enseign&#233;. Autrement dit faut-il un fort investissement affectif de la mati&#232;re enseign&#233;e qui est, dans le cas g&#233;n&#233;ral, m&#233;diatis&#233; par la personne du ma&#238;tre. C'est cela, la crise pr&#233;sente de l'enseignement : l'enseignement n'est investi comme tel ni par les enseignants, ni par les &#233;l&#232;ves, ni par les familles. Pour celles-ci, c'est le moyen pour que l'enfant obtienne un &#171; papier &#187; qui lui permettra de gagner de l'argent ; pour les enseignants c'est de plus en plus une corv&#233;e-gagne-pain. Cela, on ne peut &#233;videmment pas le dire, parce que les syndicats d'enseignants hurleraient si l'on attaquait d'honn&#234;tes travailleurs salari&#233;s, etc. Mais &#233;videmment on ne parle pas de ces travailleurs comme tels : on parle de l'esprit de la soci&#233;t&#233; contemporaine. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les types humains qui ont fait fonctionner le capitalisme ne sont plus reproduits. Le capitalisme a &#233;puis&#233; les gisements anthropologiques produits par les si&#232;cles et les mill&#233;naires pr&#233;c&#233;dents. Le r&#233;sultat est l&#224;, autour de nous, on le constate tous les jours : la corruption qui se propage, qui a cess&#233; d'&#234;tre anecdote ou exception d&#233;lictuelle, et est devenue mode central d'op&#233;ration du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, le capitalisme &#233;puise les gisements naturels de la biosph&#232;re accumul&#233;s pendant plus de trois milliards d'ann&#233;es. Cet &#233;cosyst&#232;me, d'une complexit&#233; et d'une richesse que nous ne pouvons m&#234;me pas concevoir, qui a exig&#233; plus de trois milliards d'ann&#233;es pour se cr&#233;er, il a suffi au capitalisme moins de deux si&#232;cles pour l'amener au bord d'une crise peut &#234;tre l&#233;tale, et en tout cas pour l'endommager irr&#233;versiblement. Or, pour que l'histoire puisse continuer de &#171; finir &#187; au sens de Fukuyama, il faut que cette destruction de l'environnement non seulement se poursuive, mais &lt;i&gt;s'acc&#233;l&#232;re&lt;/i&gt; consid&#233;rablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet &#8211; et c'est le troisi&#232;me point &#8211; tout ce que racontent Fukuyama et ses pareils, cela concerne au mieux un septi&#232;me de l'humanit&#233;. Les autres six septi&#232;mes vivent dans la mis&#232;re et sous la tyrannie. La &#171; fin de l'histoire &#187; exigerait qu'on &#233;l&#232;ve leur niveau de vie jusqu'&#224; ce qu'il devienne, en gros, comparable &#224; celui des pays riches d'aujourd'hui. Imagine-t-on la pollution additionnelle, la destruction de ressources non renouvelables, les dommages irr&#233;versibles inflig&#233;s &#224; l'environnement que cela impliquerait ? Et cela n'est qu'un des aspects de la question. Le capitalisme lib&#233;ral s'est jusqu'ici montr&#233; pratiquement incapable d' &#171; industrialiser &#187; le tiers-monde. Mais il s'est r&#233;v&#233;l&#233; encore plus incapable d'y exporter ses valeurs &#171; lib&#233;rales &#187; et &#171; d&#233;mocratiques &#187;. Les soci&#233;t&#233;s non occidentales sont toujours domin&#233;es par un lourd h&#233;ritage de significations imaginaires h&#233;t&#233;ronomes, essentiellement religieuses, mais pas seulement. Le cas de l'islam est le plus flagrant, mais il est loin d'&#234;tre le seul ; l'Inde, l'Afrique et m&#234;me l'Am&#233;rique latine en offrent des manifestations frappantes. Toutes ces soci&#233;t&#233;s assimilent facilement certaines techniques provenant de l'Occident &#8211; celles de la guerre, de la manipulation t&#233;l&#233;visuelle, de la torture polici&#232;re &#8211; mais gu&#232;re les autres cr&#233;ations de l'Occident : les droits humains, les libert&#233;s m&#234;me si elles sont partielles, la r&#233;flexion et la pens&#233;e critique, la philosophie. L'Occident a r&#233;ussi &#224; y &#233;branler en partie les structures sociales (mais beaucoup moins mentales) traditionnelles, il y a fait p&#233;n&#233;trer certaines techniques mais pas du tout la dimension &#233;mancipatrice de son histoire. La plupart de ces soci&#233;t&#233;s sont dans un &#233;tat hautement instable, &#224; la fois en d&#233;composition et en &#233;bullition, et les &#201;tats occidentaux sont incapables de &#171; g&#233;rer &#187;, comme on dit maintenant, leurs rapports avec elles &#8211; sauf &#224; les &#171; g&#233;rer &#187; comme on l'a fait avec la guerre du Golfe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais revenir sur la signification exceptionnelle que constitue l'&#233;vanescence du conflit social et politique dans les pays riches.j'ai pu expliquer longuement depuis des d&#233;cennies (dans &lt;i&gt;Capitalisme moderne et r&#233;volution&lt;/i&gt;) que si le capitalisme a pu se d&#233;velopper et m&#234;me simplement se maintenir, ce n'&#233;tait pas malgr&#233;, mais gr&#226;ce &#224;, ses conflits internes. Marx croyait que le conflit interne, la lutte des ouvriers contre le syst&#232;me capitaliste, n'y pouvait rien changer, sauf r&#233;volution, que les ouvriers ne pourraient jamais am&#233;liorer durablement leur niveau de vie, d'o&#249; il d&#233;duisait l'effondrement &#233;conomique in&#233;luctable du capitalisme. Effectivement, laiss&#233; &#224; lui-m&#234;me, le syst&#232;me capitaliste se serait effondr&#233; par surproduction quinze fois depuis cent cinquante ans. Si cela ne s'est pas fait, c'est que les luttes ouvri&#232;res ont impos&#233; un &#233;norme &#233;largissement des march&#233;s internes et une r&#233;duction consid&#233;rable de la dur&#233;e du travail, qui ont r&#233;sorb&#233; les effets de l'&#233;l&#233;vation de la productivit&#233; du travail. Finalement, apr&#232;s la grande d&#233;pression de 1929-1933 et la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, le syst&#232;me capitaliste a assimil&#233; la le&#231;on, et les augmentations de salaire &#233;taient devenues presque automatiques pendant les &#171; trente glorieuses &#187;. Mais cela, avec la contre-offensive &#171; lib&#233;rale &#187; (Thatcher-Reagan), a &#233;t&#233; remis en question depuis dix ans. Pendant la derni&#232;re grande r&#233;cession aux &#201;tats-Unis, au d&#233;but de l'&#232;re Reagan, les syndicats ont m&#234;me accept&#233; des r&#233;ductions de salaires &#8211; c'est la premi&#232;re fois qu'on voyait chose pareille. Et une bonne partie du ch&#244;mage actuel dans les pays riches s'explique par le fait que, depuis 1940, il n'y a plus eu des r&#233;ductions significatives de la dur&#233;e du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficult&#233; croissante du syst&#232;me &#224; fonctionner ; limite &#233;cologique ; probl&#232;me insoluble du tiers-monde. Tout cela ne pointe pas vers une &#171; fin de l'histoire &#187; qui r&#233;p&#233;terait ind&#233;finiment le pr&#233;sent en le &#171; dilatant &#187;. &#192; moins qu'il n'y ait un r&#233;veil, un renouveau de l'activit&#233; politique et sociale autonome des peuples, &#224; moins que le projet d'autonomie individuelle et collective ne s'affirme de nouveau sous des formes qui tiennent compte de l'exp&#233;rience des deux si&#232;cles pass&#233;s, l'&#233;volution probable n'est pas, comme le croyait Koj&#232;ve, vers un &#171; snobisme japonais &#187;, mais, en attendant une catastrophe &#233;cologique, vers un conformisme g&#233;n&#233;ralis&#233;, dans lequel d'ailleurs nous nous trouvons d&#233;j&#224;, vers un nouveau Moyen &#194;ge &#233;lectronique. D&#233;j&#224; maintenant, il n'y a plus de v&#233;ritables discussions m&#234;me au plan intellectuel ; et celles qui s'engagent s'&#233;vanouissent dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale, ou restent confin&#233;es dans d'&#233;troits milieux de sp&#233;cialistes. C'est cela, la &#171; fin de l'histoire &#187; : c'est la fin de &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; histoire-&lt;i&gt;ci&lt;/i&gt;, de l'histoire moderne qui a fait de l'Occident ce qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier mot sur la troisi&#232;me question qui a &#233;t&#233; pos&#233;e, celle de la philosophie de l'histoire et du &#171; progr&#232;s &#187;. Je pense qu'il y a toujours eu &#224; cet &#233;gard une &#233;norme confusion. On a confondu deux niveaux qui n'ont pas des rapports imm&#233;diats et simples. Le premier est celui de la dimension que j'appelle ensembliste-identitaire (&lt;i&gt;ensidique&lt;/i&gt;, pour la bri&#232;vet&#233;), le niveau &#171; techno-arithm&#233;tique &#187; ou instrumental. Sur ce niveau, si l'on consid&#232;re l'histoire de l'humanit&#233; dans ses grands traits, depuis l'hominisation, il y a un progr&#232;s immense : on est pass&#233; de 1, 2, 3... aux math&#233;matiques contemporaines, et des silex aux bombes H. L'autre niveau est celui de la cr&#233;ation des significations imaginaires et en particulier des significations politiques et &#233;mancipatrices : ici on ne d&#233;c&#232;le pas, et &#224; mon avis rien ne rend &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; probables, des mouvements uniformes de l'histoire. Toutes les cultures ont cr&#233;&#233;, en dehors de l'ensembliste-identitaire, des &#339;uvres magnifiques, mais pour ce qui est de la libert&#233; humaine, il n'y a eu que deux cultures, comme deux grandes fleurs poussant dans ce sanglant champ de batailles, o&#249; quelque chose de d&#233;cisif s'est cr&#233;&#233; : la Gr&#232;ce ancienne et l'Europe occidentale. Cette deuxi&#232;me fleur est peut-&#234;tre en train de se faner, peut-&#234;tre cela d&#233;pend-il de nous qu'elle ne se fane pas d&#233;finitivement, &#8211; mais finalement, il n'y a aucune garantie que, si elle se fanait, une troisi&#232;me fleur surgirait plus tard, avec des couleurs plus belles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chronique de ma cit&#233;...</title>
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&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;25 &#171; La fin de l'immigration &#187; R&#233;alit&#233;s troublantes et mensonges d&#233;concertants Elle est en vente pour 3 &#8364; dans nos librairies. Les achats permettent notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies ind&#233;pendantes (vous pouvez &#233;galement nous aider &#224; la diffusion). Elle sera bient&#244;t int&#233;gralement t&#233;l&#233;chargeable dans la rubrique brochures Sommaire : Introduction Les r&#233;fugi&#233;s de l'int&#233;rieur (Entretien) Chronique de ma cit&#233; (Nouvelle) &#8212; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-85-precarite-+" rel="tag"&gt;Pr&#233;carit&#233;&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;25 &lt;strong&gt; &#171; La fin de l'immigration &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;R&#233;alit&#233;s troublantes et mensonges d&#233;concertants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_1158 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:140%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/une25.png&amp;taille=300&amp;1621970984' alt='' data-src='IMG/png/une25.png' data-l='480' data-h='672' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/une25.png&amp;#38;taille=300&amp;#38;1621970984 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/une25.png&amp;#38;taille=480&amp;#38;1621970984 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Elle est en vente pour 3 &#8364; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?531-Points-de-diffusion-et-de-vente-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans nos librairies&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Les achats permettent notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies ind&#233;pendantes (vous pouvez &#233;galement &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?626-Nous-aider' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;nous aider &#224; la diffusion&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle sera bient&#244;t int&#233;gralement t&#233;l&#233;chargeable &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans la rubrique brochures&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommaire :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1007-Introduction-a-la-brochure-La-fin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?910-Les-refugies-de-l-interieur-1-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;fugi&#233;s de l'int&#233;rieur (Entretien)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Chronique de ma cit&#233; (Nouvelle)&lt;/strong&gt; &#8212; ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?818-bi-nationalite-illustration' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bi-nationalit&#233; : illustration du d&#233;lire contemporain (Billet)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?813-dossier-thematique-la-crise-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Br&#232;ves remarques sur la &#171; crise des migrants &#187; (Synth&#232;se)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?971-Les-lieux-communs-de-l-immigration' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les lieux communs de l'immigration (Argumentaire)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?924-La-ruee-vers-l-Europe-La-jeune' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La ru&#233;e vers l'Europe (Note de lecture) &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1006-Quatrieme-de-la-brochure-no25' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les aventures exaltantes de la vie en cit&#233; HLM de banlieue...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir-l&#224; dans mon hall d'immeuble, point de silhouettes interlopes ni d'ambiance Gin-Canna' ouech-ouech, mais un vigile. Ouais, un vrai-de-vrai, un renoi avec ses rangers de D&#233;cathlon et sa matraque de fonction, le vague uniforme de la bo&#238;te &#224; merde qui l'embauche et le simili-cl&#233;bard qui te mate comme si t'avais mang&#233; sa m&#232;re. C'est pas que je les regrette, mes &#171; jeunes-qui-squattent-mon-hall &#187;, d'ailleurs de moins en moins jeunes et dont le dernier passe-temps, entre deux faux &lt;i&gt;bizness &lt;/i&gt;et un vrai coup de vice&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; trois bouteilles et six joints, consiste &#224; parapher sur le faux plafond avec les flammes des briquets &#8211; &#171; &lt;i&gt;&#231;a va cramer un jour&lt;/i&gt; &#187;, commente tranquille l'ouvrier qui le repeint r&#233;guli&#232;rement, &#171; &lt;i&gt;avec not' fric&lt;/i&gt; &#187; comme dit Moussa. Mais quand m&#234;me, un vigile, sur sa pauvre chaise au milieu des queues de souris et des cadavres de 'sky, en HLM, premi&#232;re historique, &#231;a d&#233;tone. Ab&#238;m&#233; dans je ne sais quelles profondes m&#233;ditations, il ne semble pas trouver dans mes questions concernant le pourquoi et le comment de sa pr&#233;sence l'occasion de d&#233;passer le stade du r&#233;glementaire &#171; &lt;i&gt;chuis l&#224; parce qu'y a eu des probl&#232;mes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, je sais &#224; quelle heure et o&#249; trouver l'info : devant la mitrailleuse des bo&#238;tes aux lettres, vers le milieu de la matin&#233;e se rassemblent ces voisins guettant l'arri&#173;v&#233;e du facteur &#8211; et surveillant la distribution du courrier plus ou moins al&#233;atoire depuis que des vacataires remplacent notre Mohamed national en ITT. Ici, presque quotidien&#173;nement, se constitue une micro-assembl&#233;e qu'aucune formation politique ne pourra jamais pr&#233;tendre &#233;galer. C'est Georgette-la-maigrelette toujours bien mise, l'ancienne employ&#233;e des Grands Magasins qui se fait r&#233;guli&#232;rement d&#233;trousser dans le quartier, qui m'informe alors qu'une, voire deux agressions violentes auraient eu lieu hier matin dans les escaliers poisseux et mal &#233;clair&#233;s de la tour, dont l'auteur serait le toxicomane qui y squatte depuis bien un an maintenant par intermittence. Ah merde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai que depuis quelques mois, il devenait de plus en plus hostile &#224; tout ce qui ressemblait de pr&#232;s ou de loin &#224; un voisin&#8230; Et pour que Henriette l'octog&#233;naire du 8e dise l'autre jour que, seule dans l'ascenseur avec lui, elle &#171; &lt;i&gt;a eu un peu peur&lt;/i&gt; &#187;, avec la r&#233;serve des gens de sa trempe, &#231;a veut dire que &#231;a devenait limite chaud chaud. Ce gars-l&#224;, personne ne sait d'o&#249; il vient ni qui il est ; il tra&#238;nait de temps en temps dans le quar&#173;tier depuis peut-&#234;tre deux ans sa carrure bris&#233;e en douze et ses yeux &lt;i&gt;ch&#233;per&lt;/i&gt;, puis s'&#233;tait mis &#224; squatter l'escalier depuis l'hiver dernier&#8230; On le dit toxico, mais il pouvait aussi &#234;tre seulement psychotique &#8211; c'est courant, hein, faut pas croire, y en a de plus en plus qui errent dans les rues depuis que la psychiatrie est morte et que les anti-psychiatres sont au pouvoir, comme dit Oury &#8211; ou les deux, c'est pas tr&#232;s difficile avec le distributeur de seringues pas loin et le march&#233; au crack &#224; trois p&#226;t&#233;s de maisons, enfin de l'autre c&#244;t&#233; des cit&#233;s machin-bidule. Ce qui est s&#251;r, c'est qu'il passe ses nuits dans les escaliers, o&#249; il d&#233;f&#232;que plus que de raison avec des coups de frein &#224; des hauteurs pas croyables, en plus de laisser seringues et autres menus d&#233;chets comme tendres souvenirs de son passage. Heureusement, dit-on par ici, que les ascenseurs ont &#233;t&#233; r&#233;cemment chang&#233;s &#8211; apr&#232;s trente ans de services, certes intermittents&#8230; Un pauvre mec totalement paum&#233;, tra&#238;nant sa mis&#232;re, sa gueule &lt;i&gt;out of Africa&lt;/i&gt; et son regard de drone furtif, incarnation sordide d'une civilisation qui pue l'opulence et la d&#233;tresse. Personne n'en avait contre lui, &#171; &lt;i&gt;du moment qu'il ne nous emmerde pas&lt;/i&gt; &#187;, comme dirait Lucien, le polak aux cinq pitbulls. Les plus anciens de la cit&#233; avaient signal&#233; sa pr&#233;sence &#224; la r&#233;gie du quartier, qui s'&#233;tait fendue d'un rassurant &#171; &lt;i&gt;Merci d'&#234;tre pass&#233;s, on vous tient au courant&lt;/i&gt; &#187;, alors ils avaient entrepris les d&#233;marches aupr&#232;s des services m&#233;dico-sociaux, qui le connaissaient, mais sans suite. Le gardien, qui a la moiti&#233; des quinze cents &#226;mes de la cit&#233; en charge pour lui tout seul, vivait la chose avec un sto&#239;cisme antique. Il faut dire que ce n'est pas lui qui se tapait le nettoyage des paliers de la centaine de logements de la tour, d&#233;volu depuis des ann&#233;es &#224; un obscur et vague sous-traitant dont les rempla&#231;ants succ&#232;dent aux rempla&#173;&#231;antes semaine apr&#232;s semaine&#8230; Bref, ce sont ces anonymes qui se tapaient les &#233;trons plein les pognes et les d&#233;sinfectants plein les narines et tout le monde s'accommodait plus ou moins bien de cette histoire, tant qu'elle ne d&#233;bordait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, il va falloir d&#233;m&#234;ler le truc. Allez hop, on sort les esgourdes en mode effi&#173;cace, on recoupe les infos en v&#233;rifiant les sources, pas de baratin on est pas sur TF1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manque de pot, tout le monde a une version diff&#233;rente et c'est, &#233;videmment, &#224; chaque fois la vraie, vraie de vraie, et personne ne veut recouper quoi que ce soit. Au pays des cancans, l'important c'est de vendre son truc, on se croirait &#224; un s&#233;minaire de n&#233;o-doctorants en &lt;i&gt;ego studies&lt;/i&gt; ou aux &#233;missions intellos de la t&#233;l&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, il y a le feuilleton de la premi&#232;re voisine qui raconte qu'une voisine de ses voisins du dessous aurait engueul&#233; le toxico d'avoir chi&#233; sur son paillasson, et que le gars l'aurait envoy&#233;e cash &#224; l'hosto avant de dispara&#238;tre. Ce qui est s&#251;r, c'est que la police a refus&#233; d'intervenir, comme d'habitude dans le quartier &#8211; sauf l'autre jour, &#224; 6 h tapantes, quand ils ont chop&#233; le dealer du 2e, on sait pas ce qui leur a pris, ils l'ont rel&#226;ch&#233; dans la journ&#233;e, remarquez, devait avoir des trucs &#224; leur dire, s'il est pas indic c'est qu'il a pas compris le film, et sauf, bien s&#251;r, lorsque des huiles bien grasses d&#233;barquent histoire d'&#233;craser la larme sur la &#171; pauvret&#233; &#187;, alors l&#224; les poules d&#233;boulent, normal. Bon, il y a aussi la version de cette voil&#233;e venant de la tour aux dealers (et qui pr&#233;tend que c'est la n&#244;tre qui est mal fam&#233;e, cette pingouin !) venue visiter sa copine, pour qui c'est la femme de m&#233;nage qui se serait fait tabasser pour les m&#234;mes raisons &#8211; et les flics auraient refus&#233; de se d&#233;placer. Il y a aussi l'Antillaise du 3e, &#201;vita, une autre grenouille bien sournoise avec des cadres et ses posters master kitch de J&#233;sus-Marie superstars partout dans son salon, &#224; qui tout le monde reconna&#238;t de remarquables talents de baveuse, comme dit Amar, &#171; &lt;i&gt;C'est une langue de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;p&#8230;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;j'te jure, putain, faut rien lui dire de ta vie &#224; celle-l&#224;, na'bouk &#187;&lt;/i&gt;. Bref, &#201;vita qui par sa fen&#234;tre, c'est connu, &#171; &lt;i&gt;a tout vu&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire notre toxico agresser une femme qui retirait de l'argent &#224; la borne de retrait juste en face. Il aurait ensuite pris la fuite, se serait r&#233;fugi&#233; dans les escaliers et ragaillardi, aurait de nouveau agress&#233; violemment une autre dame, peut-&#234;tre la dame de m&#233;nage mais c'est pas s&#251;r, et peut-&#234;tre aussi une habitante venue secourir la femme de m&#233;nage, mais c'est pas s&#251;r non plus. Ce qui est s&#251;r, c'est que la police, y foutent rien. Il y a &#233;galement l'histoire de Globule, qui garde toujours ses petits enfants, la femme de routier, pour qui ce seraient des jeunes, une bonne dizaine et, surtout, &#171; &lt;i&gt;pas d'ici &#187;&lt;/i&gt;, c'est important (ici, c'est le quartier, hein, pas d'embrouilles)&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Elle tente de convaincre sa voisine Michelle, pour qui ce seraient plut&#244;t des jeunes qui seraient rentr&#233;s dans la tour apr&#232;s avoir agress&#233; une dame qui retirait de l'argent et qui se seraient cach&#233;s dans les escaliers o&#249; la femme de m&#233;nage les aurait d&#233;couverts puis ils l'auraient tap&#233;e, personne n'aurait rien pu faire tellement ils &#233;taient d&#233;cha&#238;n&#233;s&#8230; Quant &#224; la police, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, en fait, ce qui est s&#251;r c'est qu'il s'est pass&#233; quelque chose, mais personne n'en sait trop rien, il y a autant de versions que de paliers, &#231;a r&#226;le, &#231;a r&#226;le, sport national, sans aller plus loin. Ah si, on a quand m&#234;me Jocelyne, capable de nous servir en catimini le discours victimaire habituel du pauvre gars qu'il faudrait laisser tranquille, pourquoi pas il est bien ici, apr&#232;s tout, c'est un probl&#232;me social, bla-bla, dans cinq minutes elle va me proposer une salle de shoot dans mon cagibi. Ces gens-l&#224;, faut leur demander direct s'ils ont pas une carte d'extr&#234;me gauche dans un repli du cul et sinon s'ils ne tra&#238;neraient pas une petite ambition universitaire bien mesquine et l&#224;, &lt;i&gt;b&#238;m &lt;/i&gt; !, dans le mille, elle su&#231;ote quelques mandarins du coin, fait le grand &#233;cart pour se tirer de l&#224;, normal elle est toute seule et sur-flipp&#233;e, du haut de ses cinquante piges elle ne veut pas entendre parler du r&#233;el, ce serait r&#233;ac', bilan elle vire schizo&#239;de. Bon, on va pas s'attarder sur les extra-terrestres non plus, m&#234;me s'ils d&#233;barquent sur la plan&#232;te de temps en temps en se prenant un petit coup de principe de r&#233;alit&#233; derri&#232;re la nuque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des heures, l'ambiance commence &#224; &#234;tre un peu tendue et les rumeurs se r&#233;pandent comme une odeur de joint dans une rame de RER, ou comme la nouvelle de la fermeture du guichet dans une queue de la CAF. Je saute sur Robert le gardien d&#232;s l'ouverture de sa loge en fin d'apr&#232;s-midi. Il tire sa gueule des mauvais jours et se renfrogne avant de se rappeler de mes &#233;trennes du nouvel an qui lui avaient mis la larme &#224; l'&#339;il, tellement &#231;a faisait longtemps que c'&#233;tait plus qu'un souvenir dans le m&#233;tier. Il c&#232;de : &#171; &lt;i&gt;C'est vrai qu'il y a eu une agression grave&#8230; Enfin, non, pas une&#8230; Deux agressions. Graves. En moins d'une heure. Et par le m&#234;me gars&#8230; Ouais, le toxico, l&#224;&#8230; &lt;/i&gt; &#187; Les gens, une femme de m&#233;nage et une passante qui retirait du fric, dont l'une est &#224; l'h&#244;pital, &#233;paule d&#233;mise et contusions multiples, quant &#224; l'autre&#8230; Les pompiers qu'il a appel&#233;s ont fait leur taf, et leur sir&#232;ne aussi, qui a fait d&#233;taler le type, tu parles, par contre celle des flics, il l'attend toujours&#8230; Il poursuit : &#171; &lt;i&gt;&#199;a devait arriver, hein, depuis le temps qu'on le signale &#224; la mairie et au bailleur&#8230; Bon ben, maintenant ils ont mis un vigile. Voil&#224;.&lt;/i&gt; &#187;. Ah. Qui &#171; &lt;i&gt;ils &lt;/i&gt; &#187; ? &lt;i&gt;&#171; Ben, la mairie&#8230; Et c'est vous qui allez payer sur vos charges le salaire de ce vigile&#8230; Le toxico ? Dans la nature&#8230; mais il reviendra, parce que le vigile, &#171; ils &#187; vont pas vous le laisser longtemps, hein, &#231;a c'est s&#251;r&#8230; Les flics veulent pas intervenir apparemment&#8230; Sont cons, quand m&#234;me, d'autant plus qu'ils le connaissent bien&#8230; &lt;/i&gt; &#187;. Ok, tranquille c'est funky. Dans tous les cas, bien s&#251;r, on ne peut rien faire, faut attendre, bla-bla. Surtout &#8211; surtout &#8211; ne pas prendre d'initiatives. Com&#173;pris, hein ? M&#234;me &#224; demi-mot, &#231;a doit &#234;tre clair pour tout le monde, surtout pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va se la jouer docile, alors. Je me rappelle qu'on a un vaguement &#171; responsable &#187; de notre quartier, en mairie. Pay&#233; et tout pour s'occuper des irresponsables qu'on doit bien &#234;tre, la preuve, il a un bureau douillet dans le centre-ville p&#233;p&#232;re et plein de projets pour nous&#8230; S&#251;rement avec une secr&#233;taire polie et ferme avec un t&#233;l&#233;phone que je ne tarde pas &#224; faire sonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je tombe sur une de ses coll&#232;gues en charge d'un autre quartier : la boss en question, c'est une femelle, est &lt;i&gt;so busy&lt;/i&gt;, sur le terrain, &lt;i&gt;on the&lt;/i&gt; th&#233;&#226;tre des op&#233;rations, en exp&#233;dition &#224; haut risque, bref en r&#233;union. Le lendemain matin je rappelle, tombe sur sa secr&#233;taire (je vous l'avais dit), elle est en r&#233;union, enfin sur le terrain, &lt;i&gt;on the road again&lt;/i&gt;, en opex commando, sortie extra-v&#233;hiculaire, pour la pr&#233;paration d'un &#171; &lt;i&gt;projet&lt;/i&gt; &#187; (aahh, les &#171; &lt;i&gt;projets&lt;/i&gt; &#187; !), et ne sera pas l&#224; cet apr&#232;s-midi&#8230; On est vendredi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le week-end passe, cela fait 4 jours que les vigiles se succ&#232;dent, ils se repassent le cl&#233;bard qui ne doit plus ob&#233;ir &#224; personne et gueule sa race d&#232;s qu'on passe devant, les gamins red&#233;couvrent l'int&#233;r&#234;t de leurs parents. Le gardien a ouvert derechef un petit local en bas &#8211; tiens, il y avait un local de libre ici ? La mairie disait qu'il n'y avait rien de disponible pour nous r&#233;unir&#8230; &#8212; et les pauvres gars y somnolent jour et nuit devant une mini-t&#233;l&#233; qui vomit ses insanit&#233;s habituelles. Les-jeunes-qui-tra&#238;nent-dans-le-hall ont d&#251; trouver un autre squat, jamais l&#224; quand ils pourraient servir &#224; quelque chose, comme d'habitude. Les rumeurs, de leur c&#244;t&#233;, se mettent &#224; puruler, comme il se doit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi. J'ai la responsable du quartier au t&#233;l&#233;phone&#8230; C'est elle qui me rappelle, enfin, cette fameuse madame Moutawakil, encore une victime du plafond de verre qui serait s&#251;rement imp&#233;ratrice si elle &#233;tait pas &lt;i&gt;reubeu&lt;/i&gt;, et que personne n'a jamais vue en entier, sauf, &#233;videmment, Jocelyne qui est bien avec tout ce qui a du galon et tisse son r&#233;seau comme elle a vu faire &#224; la fac, bien serr&#233;-serr&#233; et au bout d'un moment &#231;a fait un trampoline et tu peux attraper le pompon. Bref j'entrevois le Dahu &#224; travers les trous de l'&#233;couteur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Pas trop t&#244;t&#8230; Vous ne voudriez pas faire au moins un point sur la situation du quartier, non ? Sauf erreur de ma part, c'est votre boulot, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout du fil, la b&#234;te a l'air &#224; la fois inqui&#232;te et tendue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui, oui, heu&#8230; C'est bien moi, heu&#8230; Mais, heu, de quoi parlez-vous ? C'est quoi cette histoire de vigile ? D'agressions ? Quel quartier vous dites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; All&#244; ? Dites-moi ce qui se passe, je ne suis pas au courant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Topo sur l'ambiance festive de la cit&#233; de la joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous imaginez l'atmosph&#232;re madame, ce n'est pas ce qu'il y a de plus sain&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ah oui, ah oui. Ah &#231;a tout &#224; fait, oui&#8230; Merci beaucoup. Je me renseigne et vous rappelle. Merci, hein ? Votre num&#233;ro, d&#233;j&#224; ? Vous &#234;tes qui d&#233;j&#224;&#8230; Votre nom ? Ah, d'accord&#8230; Et merci, hein ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Miskin&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lendemain, rebelote. &#171; &lt;i&gt;Ah vraiment, non, &#233;coutez heu, je n'&#233;tais pas au courant, mais ce n'est pas la mairie, hein, c'est votre office HLM qui a envoy&#233; ce vigile et aussi qui g&#232;re le personnel de m&#233;nage &lt;/i&gt;[n'est pas au courant de la privatisation d'il y a sept ans, la pauvre]&#8230;&lt;i&gt; Mais quand m&#234;me ils auraient pu me le dire, hein, zut, c'est vache, quoi. En tout cas, merci, hein ?&lt;/i&gt; &#187; Eh oui, c'est vache, &#231;a s'appelle pas faire son boulot et voler son salaire sur le dos des bons cons. Mais bon, elle s'en occupe maintenant, merci bien, elle va m'informer des suites, et une r&#233;union, et des affiches d'information, vous inqui&#233;tez pas et merci, on s'occupe de tout, merci pour tout &#224; bient&#244;t bon courage, hein, au revoir et merci encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ok, bibi : On va faire sans parce que rien qu'&#224; habiter ici on engraisse tout un cheptel de travailleurs &#171; qui font dans le social &#187;, branleurs/branleuses &#224; la conscience tranquille et au statut assur&#233; &#8211; quoique c'est m&#234;me pas s&#251;r, pas foutus de se faire de belles carri&#232;res de pansements touchants sur les d&#233;chirures sociales comme au bon vieux temps, du coup, ils se croient du c&#244;t&#233; des pauvres, les pauvres&#8230; J'avais dit quoi ? Autogestion, non ? Allez zou, retour &#224; mon hall du peuple par le peuple pour le peuple, &#224; nous les soviets, y a que &#231;a de vrai. Hop, s&#233;quence action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manque de pot, comme d'habitude depuis dix ans que je vis ici, les habitants s'en foutent, ou sont blas&#233;s ou demandent des flics, le plus souvent les trois &#224; la fois, dans tous les cas, c'est pas eux. On va pas leur jeter la pierre, mais bon. Dans l'ascenseur &#8211; l'ascenseur est &lt;i&gt;Le&lt;/i&gt; lieu de socialisation par excellence, comme un troquet ou un bal de village mais qui n'ouvrirait que deux ou trois minutes par jour &#224; chaque fois, faut pas faiblir et bien tomber &#8211; dans l'ascenseur, donc, de retour au bercail, un habitant dans la force de l'&#226;ge, comme on dit, me confie s&#251;r de lui : &#171; &lt;i&gt;Moi, je suis pour que ce vigile reste l&#224; tout le temps ! Je suis pr&#234;t &#224; payer une dizaine d'euros de plus sur mon loyer pour qu'il reste, c'est tr&#232;s bien. On a enfin la paix&lt;/i&gt; &#187;. Moi : &#171; &lt;i&gt;Et remettre la loge et l'ha&#173;bitation du gardien au rez-de-chauss&#233;e comme c'&#233;tait le cas avant il y a vingt ans ? Ce serait une pr&#233;sence &#224; l'entr&#233;e qui&#8230;&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Mais non !&lt;/i&gt; Me coupe l'Antillais avec l'air de celui &#224; qui on la fait pas &#8212; &lt;i&gt;&#199;a changera rien ! Un pauvre gardien... Pourquoi pas une gardienne, pendant que vous y &#234;tes ? Qu'est-ce que vous voulez qu'ils fassent en face de toute cette racaille, faut des types arm&#233;s&#8230; avec un chien et tout qui les dissuade bien : vous avez vu un jeune en bas depuis qu'il est l&#224; ? Non ! Alors ?&#8230;&lt;/i&gt; &#187; CQFD, Prosper. C'est pas qu'il est m&#233;chant, mais il veut juste pas d'emmerdes&#8230; M&#234;me ascenseur, Rachid, la quarantaine pos&#233;e, me la fait en bilingue de chez &lt;i&gt;Bourguiba School&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a, c'est de la racaille, il faut l'&#233;liminer&#8230; C'est les Arabes et les Noirs, les kahlouches qui foutent la merde, y a plus d'&#233;ducation, qu'est-ce qu'y foutent dehors ils ont pas de pa&#173;rents, putain, et la France c'est devenu la merde avec ces toxicos-l&#224; !&lt;/i&gt; &#187; Certes. Je me rappelle vite fait qu'il vient de ce quartier prolo de Tunis o&#249; aujourd'hui tout le monde regrette Ben Ali et sa coiffeuse apr&#232;s avoir vot&#233; pour des islamistes qui les ont d&#233;&#231;us, et patali et patala&#8230; avant de lui proposer pour la &#233;ni&#232;me fois, vu qu'il leur serre la paluche, aux racailles d'en bas, avec un sourire de bison d&#232;s qu'il traverse l'essaim : &#171; &lt;i&gt;Et organiser un collectif d'habitants de la tour, &#231;a vous dirait pas ? On a qu'&#224; s'en occuper nous-m&#234;mes, de ces probl&#232;mes, On se r&#233;unit pour faire le point et on s'occuperait nous-m&#234;mes des jeunes en bas,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;du m&#233;nage et du reste, on boycotterait les charges, je sais pas, on peut faire plein de trucs collectivement nan ? Vous avez vu les comit&#233;s de s&#233;curit&#233; auto-organis&#233;s par les habitants en Tunisie contre les pillages&#8230; z'ont &#233;t&#233; efficaces, &#231;a peut marcher et&#8230;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; Vlam ! &#171; &lt;i&gt;T'es ouf ou quoi ? &#199;a se voit que t'as pas de bagnole &#224; toi sur le parking !&#8230; Pas envie qu'ils me la crament, moi !&#8230; Non, non, non, j'veux pas d'emmerdes, moi, hein&#8230; khlass&lt;/i&gt; &#187;. Forc&#233;ment, &#231;a fait r&#233;fl&#233;chir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je laisse docilement passer quelques barbes hallal, &#224; qui leur Dieu jud&#233;o-nazar&#233;en pourvoira sans doute&#8230; Ah, voil&#224; Mireille, la m&#232;re de famille au foyer qui regrette tout le temps qu'au premier jour de la cr&#233;ation y avait pas assez de Javel : &#171; &lt;i&gt;Ah bon ? Il y a eu des agressions&#8230; Ah, c'est pour &#231;a le vigile&#8230; Non, moi ce qui me d&#233;range vraiment, je vais vous dire, c'est l'odeur de son chien ; il faut vraiment leur dire, &#231;a&#8230; Je ne sais pas s'ils le lavent, mais il y a des bombes pour &#231;a, qu'est-ce qu'il pue&#8230; Tout le hall est infest&#233;&#8230; Enfin bon, allez bonne journ&#233;e, hein.&lt;/i&gt; &#187;. Ouais, bonne journ&#233;e au 5e. Pas gagn&#233;. Les autres se plaignent et r&#226;lent, et puis allez bonne soir&#233;e, hein, l'&#201;tat s'occupera bien de tout &#231;a et puis sinon, hein, le dites pas mais moi je m'en sortirai, de toute fa&#231;on, je sais pas comment, mais bon, je le sais, allez bonjour chez vous, hein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ok. On va leur faire par la bande et leur m&#226;cher le travail, organiser une petite r&#233;union presque officielle et z'auront plus qu'&#224; se ramener, on d&#233;passera le stade du r&#226;lage, faut pas croire, d&#232;s qu'on se pose tranquillement on est plein de bon sens et de jugeotte, faut juste lancer la jactance, et on verra bien. Je projette mes pseudopodes &#224; gauche &#224; droite pour noyauter l'atelier chorale dans le mini-local du quartier &#8211; qui ne sert qu'&#224; &#231;a et &#224; engraisser la bourgeoise qui traverse la pampa pour y animer ses &#171; s&#233;ances &#187; chiche&#173;ment pay&#233;es &#8211; pour y faire une mini-assembl&#233;e d'habitants, qui pourrait bien devenir r&#233;guli&#232;re, h&#233; h&#233;. Je racole : &#171; &lt;i&gt;J'organise une r&#233;union pour parler des agressions et de la pr&#233;sence du vigile dans le hall&#8230; C'est histoire de voir ce qu'on peut faire au sein de l'atelier, la prof accepte de nous accueillir mais il faut juste dire qu'on vient boire un pot et rien d'autre&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Lui, il est l&#224; depuis le Big Bang, a tout vu ou presque, ses ta&#173;touages aussi, la cit&#233; devenir ce qu'elle est, avant c'&#233;tait vivable, mais maintenant jus&#173;qu'o&#249; &#231;a va descendre, &#231;a on sait pas, en attendant, bah pourquoi pas le FN, hein, m&#234;me apr&#232;s une carri&#232;re d'&#233;duc' en banlieue avec les gamins du coin qu'il a vu grandir et r&#233;&#173;gresser, mais l&#224; &#171; &lt;i&gt;Oh ! vous savez des r&#233;unions j'en ai fait en trente ans, c'est comme les &#233;lections, &#231;a sert &#224; rien maintenant je ne me d&#233;place m&#234;me plus&#8230;&lt;/i&gt; &#187; C'est vrai, j'avais juste oubli&#233; le XXe si&#232;cle&#8230; M&#234;me son de cloche chez les anciens et anciennes du lieu, fatigu&#233;s d'&#234;tre pris pour des cons depuis un demi-si&#232;cle, &#171; &lt;i&gt;t&#233;l&#233;guid&#233;s&lt;/i&gt; &#187; comme dit Henriette, qui malgr&#233; tout, ne peut pas se r&#233;soudre &#224; abandonner ses bon vieux r&#233;&#173;flexes citoyens sous tous rapports. H&#233; ouh&#233;, c'est &#231;a le prix &#224; payer de cinquante ans de noyautage syst&#233;matique par les sbires des z&#233;lus qui plombent sans coup f&#233;rir toutes les initiatives des gens, ferment le clapet au moindre autochtone qui l'ouvre, conseils de quartier en premier lieu, d&#233;sormais d&#233;sert&#233;s et m&#234;me supprim&#233;s par eux-m&#234;mes, tiens, aux derni&#232;res nouvelles &#8211; moi non plus je n'y allais plus, marre de me faire rabattre le caquet par cette **** de ***** qui sert de sous-marin &#224; la mairie dans la cit&#233;, l'&#339;il de Moscou, et c'est pas qu'une image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans trop de surprise, mais quand m&#234;me des fois on aimerait croire, personne ne sera venu &#224; cette fameuse r&#233;union. Je crois bien que le bouche-&#224;-oreille s'est limit&#233; au devant de ma bouche et s'est arr&#234;t&#233; au pourtour des oreilles, quant &#224; mon affiche pos&#233;e dans le hall, elle a &#233;t&#233; arrach&#233;e le jour m&#234;me de sa pose &#8211; et les soup&#231;ons peuvent concerner ab&#173;solument n'importe qui, par exemple Jocelyne, la copine de cette **** de **** qui a des boutons rien qu'&#224; entendre qu'on demande pas la permission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines apr&#232;s le d&#233;but des &#233;v&#233;nements, un miracle. Une affiche. T'as vu, mauvaise langue et tout, toujours &#224; cracher sur les gens et tout&#8230; Ah putain sa m&#232;re : L'A4 annonce la f&#234;te de No&#235;l du quartier ! Ou plut&#244;t la-f&#234;te-des-animateurs-sociaux-du-quartier-et-des-responsables-de-la-mairie, sono &#224; fond les ballons, barnum, stands des assoces-&#224;-subventions et jeux pour les petits, le tout en quatre heures puis on plie les gaules et retour &#224; l'&lt;i&gt;anormal&lt;/i&gt; ; rien &#224; becqueter sauf ce que les daronnes ram&#232;nent, ce se&#173;rait de l'assistanat vous comprenez. C'est l'occase d'harponner la Moutawakil, me pr&#233;&#173;vient Jocelyne qui l'appelle par son pr&#233;nom et l'excuse d'avance : elle &#233;tait d&#233;bord&#233;e mais elle est pleine de &#171; &lt;i&gt;projets &lt;/i&gt; &#187;, certainement comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs qui se sont succ&#233;d&#233;s &#224; son poste depuis trente piges sans qu'on ne voie jamais leur tronche ni autre chose que la gal&#232;re qui vogue. Le jour dit l'heure dite, la madame, me dit-on avec le sourire de fonction du staff municipal, est &#171; &lt;i&gt;au spectacle pour les tout-petits, si vous voulez l'attendre, &#231;a finit dans une demi-heure&#8230;&lt;/i&gt; &#187;. Mais l&#224;, il fait juste 4 &#176;C, c'est le soir et, comment dire, il faudrait que je renouvelle ma force de travail. Je laisse mes coor&#173;donn&#233;es, l'interphone l&#224;, &lt;i&gt;elle sonne l&#224;, vous voyez, juste l&#224;, nan juste &#224; gauche, l&#224;, vous &#234;tes pas d'ici vous non plus, hein ? Bon, elle sonne et je descendrai imm&#233;diatement&lt;/i&gt;. Bien &#233;videmment, c'est comme si on attendait Godot parti &#224; la chasse au Griffon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bilan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pr&#233;vu, les vigiles interchang&#233;s sont partis apr&#232;s une semaine, personne ne sait rien de rien sur les victimes, ni sur les &#233;ventuelles plaintes d&#233;pos&#233;es &#8211; les paliers sont des verrous qui ne laissent m&#234;me pas entrer l'air, ou plut&#244;t plus vite on oublie les mau&#173;vaises passes mieux on se porte, n'est-ce pas. Idem du c&#244;t&#233; des VIP locaux et si&#173;lence radio dans leur torchon publicitaire qu'est le journal de la gauche municipale qu'on dirait install&#233;e jusqu'au jugement dernier. Comme promis, le toxicomane r&#244;de &#224; nouveau. Au bout de quelques jours, retour des dits vigiles&#8230; Qui s'est lass&#233; en premier, en pensant &#224; une prochaine fois ? Des mesures bien connues seront peut-&#234;tre prises, des grilles, des interphones, des barbel&#233;s ou des douves, efficaces un temps ou pour quelques-uns, c'est pas nouveau et, de toute fa&#231;on, la direction est prise depuis longtemps et maintenant faut ce qu'y faut, non ? On ne peut pas dire que tout le monde soit vraiment d'accord, mais personne n'a l'air partant pour enrayer la machine, tout en sachant tr&#232;s bien qu'elle commence &#224; avoir de s&#233;rieux rat&#233;s et qu'il faudra bien, un jour&#8230; heu&#8230; quoi au fait ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Assimilation. La fin du mod&#232;le fran&#231;ais (Conclusion)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?842-assimilation-la-fin-du-modele</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?842-assimilation-la-fin-du-modele</guid>
		<dc:date>2017-01-06T15:47:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Tribalat M.</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration</dc:subject>
		<dc:subject>Multiculturalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Conclusion du livre &#171; Assimilation. La fin du mod&#232;le fran&#231;ais de Mich&#232;le Tribalat &#187; (Ed. du Toucan, 2013), pp.299-322 Source : http://www.pdfarchive.info/pdf/T/Tr... &#171; Le raisonnement inflexible qui, rencontrant une contradiction dans la r&#233;alit&#233;, ordonne de passer outre, doit en fin de compte mener &#224; des erreurs co&#251;teuses. &#187; La France n'est pas sortie de l'histoire migratoire, contrairement &#224; une id&#233;e r&#233;pandue qui voudrait qu'elle fasse exception dans une Europe aux flux intenses. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-108-sociologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-200-tribalat-michele-+" rel="tag"&gt;Tribalat M.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Conclusion du livre &#171; Assimilation. La fin du mod&#232;le fran&#231;ais de Mich&#232;le Tribalat &#187; (Ed. du Toucan, 2013), pp.299-322&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.pdfarchive.info/pdf/T/Tr/Tribalat_Michele_-_Assimilation_La_fin_du_modele_francais.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.pdfarchive.info/pdf/T/Tr...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le raisonnement inflexible qui, rencontrant une
contradiction dans la r&#233;alit&#233;, ordonne de passer
outre, doit en fin de compte mener &#224; des erreurs
co&#251;teuses. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Milosz C. La pens&#233;e captive. Essai sur les logocraties populaires, Folio, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La France n'est pas sortie de l'histoire migratoire,
contrairement &#224; une id&#233;e r&#233;pandue qui voudrait qu'elle fasse
exception dans une Europe aux flux intenses. Vieux pays
d'immigration, elle a connu plusieurs cycles migratoires, dont
le dernier d&#233;marre au milieu des ann&#233;es 1990. Depuis,
l'immigration &#233;trang&#232;re y a certes &#233;t&#233; moins forte que chez
certains de ses voisins, mais elle rivalise en intensit&#233; avec celle
que la France a connue pendant les Trente Glorieuses.
L'immigration &#233;trang&#232;re n'est donc pas seulement notre
pass&#233;. Elle est aussi notre pr&#233;sent et probablement notre
avenir. En effet, nous aurons vraisemblablement &#224; composer
avec une immigration &#233;trang&#232;re qui d&#233;pendra plus de
l'&#233;volution propre aux pays de d&#233;part potentiels que de la
politique migratoire de la France, largement impuissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces pays se d&#233;veloppent durablement, leurs
ressortissants, apr&#232;s une phase d'&#233;migration encore intense
qui accompagne souvent le d&#233;collage &#233;conomique, pourraient
d&#233;cider de rester chez eux. Mais les effets de ce dernier
risquent de prendre un certain temps et la pression
d&#233;mographique pourrait se maintenir pendant un bon moment
dans nombre de pays, notamment ceux de l'Afrique
subsaharienne. Le peuplement europ&#233;en aura le temps de
changer au point de devenir m&#233;connaissable, avant qu'un
ass&#232;chement des flux migratoires n'intervienne. C'est plus ou
moins ce qu'envisage l'UE dans ses scenarii d&#233;mographiques.
Elle ne consid&#232;re aucune alternative &#224; l'immigration pour
rem&#233;dier au vieillissement et au d&#233;peuplement de l'UE. La
solution par l'immigration est pourtant, on l'a vu, largement un
rem&#232;de imaginaire. Subordonner son destin d&#233;mographique
au d&#233;sir des autres peuples de venir s'installer chez soi, c'est
une mani&#232;re de c&#233;der la place qui, de toute fa&#231;on, n'aura qu'un
temps. En effet, dans ses projections, l'UE n'envisage qu'une
remont&#233;e tr&#232;s lente de la f&#233;condit&#233; d'ici 2150, date &#224; laquelle
elle n'atteindrait m&#234;me pas le niveau n&#233;cessaire pour assurer
le remplacement des g&#233;n&#233;rations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autour de 1,9 enfant par femme si ma m&#233;moire est bonne. Je n'ai pu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Il est raisonnable de
penser que, d'ici l&#224;, les autres pays, qui vont voir eux aussi
leur population vieillir, n'auront plus forc&#233;ment beaucoup de
forces vives &#224; envoyer en Europe pour que celle-ci continue
d'exister. En se programmant un tel destin, c'est sa propre
disparition que l'Europe met en &#233;quation.&lt;br class='manualbr' /&gt;Quant &#224; la politique migratoire de la France, elle est
d&#233;sormais une comp&#233;tence partag&#233;e avec l'Union europ&#233;enne,
laquelle p&#232;se et continuera de peser en faveur de l'immigration
en provenance des pays tiers. Sauf &#224; supposer une d&#233;gradation
de la coh&#233;sion europ&#233;enne telle qu'elle conduise &#224; sa
d&#233;composition ou &#224; son &#233;clatement, on ne voit pas les instances
europ&#233;ennes abandonner les pr&#233;rogatives qu'elles ont
conquises sur la souverainet&#233; des &#201;tats. La logique
bureaucratique va plut&#244;t dans le sens d'un renforcement du
pouvoir de l'administration europ&#233;enne.&lt;br class='manualbr' /&gt;On ne voit pas non plus l'UE s'orienter vers un
fonctionnement plus d&#233;mocratique. Depuis le &#171; fiasco &#187; du
r&#233;f&#233;rendum sur la Constitution europ&#233;enne en 2005, on &#233;vite
soigneusement de demander leur avis aux peuples europ&#233;ens
pour autoriser les abandons de souverainet&#233; auxquels les
&#201;tats consentent. Comme l'&#233;crit Shmuel Trigano, l'UE
ressemble plus &#224; un empire sans fronti&#232;re g&#233;ographique
d&#233;finitive qu'&#224; une v&#233;ritable d&#233;mocratie : &#171; un entassement
chaotique de vingt-sept nations [...] sans compter une
multitude de communaut&#233;s de migrants d'autres continents.
Enferm&#233;s, chacun dans leur univers linguistique ind&#233;passable
[...], ces peuples ne coexistent que par la m&#233;diation d'une
structure bureaucratique [...]. Une gouvernance aux fronti&#232;res
floues et pas de gouvernement responsable devant un
parlement europ&#233;en &#187;. L'Europe ne dispose cependant pas de
figure charismatique, de &#171; personnage sacro-saint, incarnant
une autorit&#233; de type religieux, inculquant naturellement la
suj&#233;tion. &#187; N&#233;anmoins, les droits de l'homme peuvent offrir un
substitut &#224; cette autorit&#233; de type religieux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trigano S., La Nouvelle id&#233;ologie dominante. Le post-modernisme, Ed Hermann, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . L'Europe affiche
des ambitions morales. Elle pr&#234;che le respect, la tol&#233;rance, la
paix, le progr&#232;s. Au lieu d'en faire un principe vivant, l'Europe
a transform&#233; la d&#233;mocratie en utopie visant &#224; convertir les
candidats potentiels.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si l'Union europ&#233;enne devait se d&#233;faire, cela ne reviendrait
probablement pas &#224; d&#233;tricoter, pas &#224; pas, ce qui a &#233;t&#233; accompli
pour retomber sur la configuration politique qui &#233;tait celle qui
a pr&#233;c&#233;d&#233; la construction europ&#233;enne. Il se pourrait que tout
ceci intervienne dans un climat de ranc&#339;ur, de d&#233;sillusion et
de fragmentation propice &#224; tous les exc&#232;s. On impute
g&#233;n&#233;ralement les presque 70 ann&#233;es de paix entre les pays
membres de l'UE &#224; la construction europ&#233;enne. Mais rien ne
dit que, sans elle, les Europ&#233;ens se seraient &#224; nouveau fait la
guerre, sauf &#224; essentialiser les Allemands comme d'incurables
va-t-en-guerre, incapables de tirer les le&#231;ons de leur trag&#233;die
et la d&#233;mocratie allemande comme l'habillage d'un troisi&#232;me
Reich toujours pr&#234;t &#224; rena&#238;tre de ses cendres, en somme &#171; la
continuation du troisi&#232;me Reich par d'autres moyens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dalrymple T., The New Vichy Syndrome, p. 88. Traduction de l'auteur .&#034; id=&#034;nh27-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au
contraire, on peut s'inqui&#233;ter du lien si serr&#233; qui lie (&#224; la gorge
pour certains) d&#233;sormais, avec la monnaie europ&#233;enne et le
pacte budg&#233;taire europ&#233;en, des pays si diff&#233;rents les uns des
autres, et des conflits qu'il est susceptible d'engendrer. Si la
convergence budg&#233;taire n&#233;cessaire pour rassurer l'Allemagne
&#8211; &#224; nouveau dans une position dominatrice qui n'a rien pour
rassurer les Europ&#233;ens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Augstein J., &#171; Stubborn and Egotistical, Europe Is Right to Doubt German (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; et les cr&#233;anciers n&#233;cessite un
appauvrissement consid&#233;rable des pays du Sud de l'Europe, le
ressentiment des peuples europ&#233;ens &#224; l'&#233;gard de ce qu'ils
per&#231;oivent comme la cause de leur malheur sera in&#233;vitable.
C'est d&#233;j&#224; plus ou moins le cas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Grjebine A ., &#171; Une construction europ&#233;enne kafka&#239;enne. Beppe Grillo (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;br class='manualbr' /&gt;Les circonstances politiques dans lesquelles la France est
susceptible de retrouver la ma&#238;trise de sa politique migratoire
l'autorisant &#224; r&#233;guler vers le bas les entr&#233;es d'&#233;trangers en
provenance des pays tiers sont donc bien incertaines. Il y faut
une volont&#233; politique qui a bien souvent manqu&#233;. La faible
marge de man&#339;uvre dont la France dispose, elle refuse
g&#233;n&#233;ralement de s'en servir. On l'a constat&#233; &#224; plusieurs
reprises, y compris du temps o&#249; Nicolas Sarkozy &#233;tait aux
affaires. En 2007, pour r&#233;duire l'immigration &#233;trang&#232;re, le
gouvernement a essay&#233; de copier les Pays-Bas qui avaient
introduit un test civique et linguistique obligatoire avant la
migration pour les adultes rejoignant un membre de famille.
Le d&#233;bat parlementaire a d&#233;riv&#233; vers un autre objectif &#8211; celui
de faire r&#233;ussir l'int&#233;gration &#8211; avec cours gratuits, si
n&#233;cessaire, sans obligation de r&#233;sultat. Une autre occasion a
&#233;t&#233; offerte au gouvernement de peser sur la politique
migratoire europ&#233;enne que le gouvernement fran&#231;ais n'a pas
saisie. En 2011, la Commission a lanc&#233; une consultation sur des
modifications &#233;ventuelles de la directive sur le regroupement
familial. La France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Livrevertrelatif au droit au regroupement familial des ressortissants de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a r&#233;pondu qu'elle n'&#233;tait pas favorable &#224;
une r&#233;vision du cadre actuel. Les Pays-Bas ont, au contraire,
longuement argument&#233; sur la n&#233;cessit&#233; de mieux prendre en
compte l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral du pays. Ils interpr&#232;tent, en
conformit&#233; avec la Cour europ&#233;enne de sauvegarde des droits
de l'homme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La cour consid&#232;re, en autre, qu'une vie familiale normale est &#233;galement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , le droit &#224; vivre en famille comme n'&#233;tablissant
pas un droit automatique de vivre en famille dans un &#201;tat
membre de l'UE. Ils r&#233;clament plus d'exigence vis-&#224;-vis des
demandeurs de regroupement familial et souhaitent que la
directive s'&#233;tende &#224; la venue de conjoints aupr&#232;s de nationaux.
Ils plaident pour que la libre circulation des conjoints
d'Europ&#233;ens ne s'applique qu'une fois que ceux-ci auront
acquis la nationalit&#233;. Ils seraient, en attendant, r&#233;gis par la
directive sur le regroupement familial. Ils veulent aussi limiter
la r&#233;it&#233;ration des demandes de venue de conjoints. Bref, les
Pays-Bas ont expos&#233; leur point de vue, leurs souhaits et ont
longuement argument&#233; leur r&#233;ponse, avec une introduction de
trois pages (sur 18 pages)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://ec.europa.eu/dgs/home-affair....&#034; id=&#034;nh27-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; quand la France a formul&#233; une
r&#233;ponse technique et lapidaire aux questions pos&#233;es par la
Commission avec une introduction de 8 lignes (sur 8 pages)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://ec.europa.eu/dgs/home-affair...&#034; id=&#034;nh27-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; supposer qu'une volont&#233; politique existe, il ne suffirait pas
non plus que la France se d&#233;lie de ses engagements europ&#233;ens
pour retrouver une ma&#238;trise de sa politique migratoire. Il
faudrait encore qu'elle se d&#233;fasse de ceux qui la lient aux
conventions internationales qu'elle a ratifi&#233;es et des
interpr&#233;tations jurisprudentielles qui en ont &#233;t&#233; tir&#233;es, mais
aussi qu'elle revienne sur ce que les juridictions internes ont
institu&#233; (le droit &#224; une vie familiale normale en France institu&#233;
par le Conseil d'&#201;tat en 1978, par exemple). Il ne faut donc pas
trop y compter. Il est pratiquement impossible de revenir en
arri&#232;re en supprimant des droits, surtout lorsqu'ils mettent en
jeu les droits de l'homme. Il y faudrait des doigts de f&#233;e pour
ne pas jeter le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain.&lt;br class='manualbr' /&gt;La conception des droits de l'homme qui pr&#233;valait apr&#232;s-
guerre a &#233;t&#233; profond&#233;ment transform&#233;e. Elle visait &#224; garantir
des droits aux individus et non, comme c'est trop
fr&#233;quemment le cas aujourd'hui, &#224; des individus en tant qu'ils
appartiennent &#224; des groupes, souvent au m&#233;pris de la
coercition qui s&#233;vit &#224; l'int&#233;rieur de ces groupes. La grande
r&#233;ceptivit&#233; du Conseil des droits de l'homme des Nations unies
aux demandes de l'OCI visant &#224; interdire le blasph&#232;me ou &#224;
r&#233;gionaliser les droits de l'homme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcovich M., &#171; L'ar&#232;ne internationale, du dialogue &#224; l'alliance des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'est en aucun cas la
marque d'une volont&#233; de lutter contre les r&#233;gimes totalitaires,
volont&#233; qui a pourtant contribu&#233;, apr&#232;s-guerre, &#224; forger les
droits de l'homme. On a m&#234;me parfois l'impression que ce sont
les d&#233;mocraties qu'il s'agit de d&#233;sarmer.
La conversion des instances europ&#233;ennes &#224; l'id&#233;e d'une
politique migratoire qui soit autre chose que la gestion de
droits toujours plus &#233;tendus accord&#233;s aux migrants des pays
tiers est peu probable. Elle suppose un changement complet
du logiciel europ&#233;en. Il y a donc de grandes chances pour que
l'immigration &#233;trang&#232;re reste d'actualit&#233; en France et plus
largement en Europe. Sauf si s'op&#232;re un basculement politique
de quelques pays europ&#233;ens vers des positions beaucoup plus
dures vis-&#224;-vis de l'immigration &#233;trang&#232;re. Les majorit&#233;s au
Parlement europ&#233;en ou au Conseil ou dans les deux instances &#224;
la fois pourraient s'en trouver fortement chamboul&#233;es. On a
vu le succ&#232;s de Beppe Grillo en Italie. Le parti du peuple
danois (DP), qui combine des positions anti-immigr&#233;s et anti-
europ&#233;ennes est pass&#233;, dans les sondages, devant le parti
social-d&#233;mocrate actuellement au pouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Truc O., &#171; Au Danemark, l'extr&#234;me droite s'enracine dans le paysage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La philosophie actuelle de la Commission ne r&#233;sisterait pas longtemps &#224; un tel
renversement de majorit&#233;. L'appareil bureaucratique de
l'Europe changerait de mains et on peut se demander si le
projet europ&#233;en y survivrait.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les instances europ&#233;ennes voient dans l'immigration en
provenance de pays tiers un facteur essentiel &#224; la survie de
l'UE et &#224; la leur. Peu importe de quels peuples l'UE sera
form&#233;e pourvu qu'elle perdure. On pourrait m&#234;me dire que
plus son peuplement se sera diversifi&#233;, moins les adh&#233;rences
aux anciennes nations seront fortes et plus l'ing&#233;nierie sociale
dont elle a le secret sera n&#233;cessaire pour faire advenir respect
et tol&#233;rance. Valeurs qu'elle pr&#244;ne d'ores et d&#233;j&#224; dans la
politique d'int&#233;gration qu'elle a su imposer aux &#201;tats
europ&#233;ens alors m&#234;me que l'int&#233;gration n'est pas encore une
comp&#233;tence europ&#233;enne. La persistance des nations est plus
une g&#234;ne qu'une facilit&#233; pour l'UE, car elles ont tendance &#224;
freiner ses vell&#233;it&#233;s d'extension ou d'approfondissement. La
d&#233;finition de l'int&#233;gration europ&#233;enne, qui revient &#224;
s'accommoder de la diversit&#233; croissante sans accorder de
privil&#232;ge aux h&#233;ritiers des nations europ&#233;ennes, est
parfaitement coh&#233;rente avec le projet post-national qui la
sous-tend.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a fort &#224; parier que cet int&#233;r&#234;t pour l'int&#233;gration des
immigr&#233;s et de leurs descendants va prendre une place de plus
en plus importante dans l'agenda europ&#233;en. Puisqu'il a &#233;t&#233;
d&#233;cid&#233; que l'immigration &#233;tait le seul avenir d&#233;mographique de
l'UE, toute l'&#233;nergie bureaucratique va se reporter sur
l'int&#233;gration, c'est-&#224;-dire, rappelons-le, l'accommodement des
peuples europ&#233;ens &#224; une diversit&#233; aussi croissante
qu'irr&#233;versible. Si l'instauration de la paix a &#233;t&#233;, pr&#233;tend-on, le
moteur qui a pouss&#233; les &#201;tats Europ&#233;ens &#224; s'unir, cette mission
pacificatrice pourrait bien avoir &#224; se poursuivre &#224; destination
des Europ&#233;ens eux-m&#234;mes afin d'&#233;viter toute r&#233;bellion contre
ce qu'on leur annonce &#234;tre in&#233;vitable. La violence pourrait &#234;tre
&#224; nouveau de la partie en Europe.&lt;br class='manualbr' /&gt;Se retourner contre les immigr&#233;s ou leurs descendants n'est
certainement ni juste ni utile. Ils ne sont pour rien dans la
construction europ&#233;enne et ne sont pas responsables des
d&#233;cisions que nous avons accept&#233; de prendre. On ne peut leur
reprocher d'avoir tent&#233; leur chance. Chercher &#224; am&#233;liorer son
sort est profond&#233;ment humain. Ce ne sont d'ailleurs pas leurs
mobilisations qui ont cr&#233;&#233; la situation dans laquelle nous
sommes aujourd'hui. Ils n'ont fait qu'utiliser les droits qui leur
ont &#233;t&#233; accord&#233;s. Pourquoi s'en seraient-ils abstenus ?
D'autres se sont mobilis&#233;s pour eux, comme on cherche &#224;
prot&#233;ger des esp&#232;ces en voie de disparition. Nous avons fait
notre propre malheur nous-m&#234;mes en nous d&#233;fendant
d'exiger les adaptations indispensables. Notre souci de
prendre toute la responsabilit&#233; &#224; notre charge pour ce qui va
mal a &#233;pargn&#233; aux immigrants l'examen de conscience sur les
raisons qui les ont pouss&#233;s &#224; venir en Europe et sur leurs
propres ambigu&#239;t&#233;s : &#171; Pourquoi les pays dans lesquels ils ont
grandi sont en si mauvaise posture ? Pourquoi l'ind&#233;pendance
des pouvoirs coloniaux a conduit, dans tant de situations, &#224;
plus de pauvret&#233; et de r&#233;pression et non l'inverse ? Et
pourquoi ont-ils d&#233;cid&#233; de venir dans des pays qu'ils
condamnent avec tant de passion et regardent, tr&#232;s souvent,
avec un sentiment combinant la crainte et le d&#233;go&#251;t ? N'y
aurait-il pas, finalement, quelque chose d'accueillant dans les
cultures lib&#233;rales, quelque chose d'&#233;minemment attrayant
qu'aucune soci&#233;t&#233; au monde ne peut ignorer ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Scheffer P., Immigrant Nations , op. cit., p. 296. Traduction de l'auteur .&#034; id=&#034;nh27-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;En abandonnant toute exigence &#224; l'&#233;gard des immigr&#233;s et de
leurs descendants avec lesquels les Europ&#233;ens sont somm&#233;s de
trouver en permanence des accommodements, nous avons
suscit&#233; l'audace des musulmans dont le poids en Europe, et
tout particuli&#232;rement en France, n'a cess&#233; d'augmenter. Nous
avons sous-estim&#233; la sp&#233;cificit&#233; de l'islam, en pr&#233;sumant qu'il
ne rendrait pas les musulmans plus difficiles &#224; assimiler que ne
l'avaient &#233;t&#233; les migrants en provenance d'Europe. Nous
n'avons pas non plus imagin&#233; qu'ils pourraient se tourner de
plus en plus vers la religion et pr&#233;server leur potentiel
d&#233;mographique en am&#233;liorant la transmission et en pratiquant
une endogamie tr&#232;s stricte. L'endogamie religieuse &#233;tant
plut&#244;t la r&#232;gle que l'exception, on ne peut faire reproche aux
musulmans de se marier entre eux. Ils sont juste un peu plus
endogames que les natifs au carr&#233; catholiques. La
s&#233;cularisation inexorable des musulmans, une fois en Europe,
&#233;tait une illusion port&#233;e par des soci&#233;t&#233;s tr&#232;s s&#233;cularis&#233;es &#8211;
tout particuli&#232;rement leurs &#233;lites &#8211; qui n'ont pas imagin&#233; un
autre destin que le leur aux populations venues s'installer en
Europe.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous avons p&#233;ch&#233; par exc&#232;s d'optimisme en imaginant avoir
r&#233;solu une fois pour toutes la question des pr&#233;tentions
religieuses sur la vie politique. La s&#233;cularisation des soci&#233;t&#233;s
europ&#233;ennes nous para&#238;t &#234;tre un progr&#232;s universel vers lequel
ne manqueront pas de graviter, un jour ou l'autre, les
musulmans europ&#233;ens. N'ont-ils pas sous les yeux, tous les
jours, les avantages que procurent de telles soci&#233;t&#233;s,
notamment la protection dont ils font l'objet en vertu de la
libert&#233; de conscience ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Les Europ&#233;ens n'ont pas toujours conscience de la fragilit&#233;
de ce qu'ils appellent leurs valeurs. Pourtant, ce n'est pas
parce qu'ils se sont battus pour elles qu'elles sont
d&#233;finitivement acquises. Ils n'ont plus l'humeur belliqueuse et
ne voudraient pas avoir &#224; recommencer, avec les musulmans,
la bataille men&#233;e contre l'&#201;glise. Ils s'illusionnent et esp&#232;rent
que les musulmans comprendront d'eux-m&#234;mes sans qu'on les
bouscule que leur avenir n'est pas dans toujours plus de
religion. Entr&#233;s dans l'&#232;re de la tol&#233;rance apr&#232;s avoir terrass&#233;
l'&#201;glise, les Europ&#233;ens ne sont pas pr&#234;ts &#224; un nouvel
affrontement avec la religion. &#171; Les Europ&#233;ens attendent de
l'islam qu'il s'effondre de lui-m&#234;me [...], les Europ&#233;ens se sont
donn&#233;s le plus grand mal pour isoler l'islam des m&#233;thodes
voltairiennes. On a confondu la volont&#233; de ridiculiser l'islam
avec la x&#233;nophobie et le racisme. On attend de ceux qui se
posent des questions sur cet islam qu'ils se contentent de
botter le train du cheval fourbu chr&#233;tien dans l'espoir que les
musulmans en d&#233;duisent que les lois g&#233;n&#233;rales ainsi &#233;tablies
s'appliquent aussi &#224; leur religion. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Caldwell C., Une r&#233;volution sous nos yeux. Comment l'islam va transformer la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le nouveau mod&#232;le d'int&#233;gration pr&#234;chant le respect et la
tol&#233;rance n'est pas le cadre id&#233;al pour mener une nouvelle
bataille visant &#224; acclimater l'islam. Il invite au contraire &#224;
s'instruire sur la culture de l'Autre afin d'induire un
comportement compr&#233;hensif. Une fois instruits des coutumes
des autres chez eux, les Europ&#233;ens ne pourraient, d'apr&#232;s la
nouvelle doctrine, que d&#233;velopper de l'empathie &#224; l'&#233;gard de
l'Autre. Et tout finirait par s'arranger. Rappelons nous
l'initiative italienne men&#233;e &#224; Turin &#8211; Touriste chez soi &#8211;
tellement vant&#233;e par l'UE. &#171; Lorsqu'on aura go&#251;t&#233; aux
d&#233;licieux falafels et kebabs, on aura fait un premier pas vers
les fascinants exotismes de la culture &#233;trang&#232;re. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eriksen J.-M., Stjernfelt F., Les pi&#232;ges de la culture. Les contradictions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cela
devrait lever les appr&#233;hensions relatives &#224; la charia. &#171; Derri&#232;re
ce raisonnement fallacieux se trouve peut-&#234;tre une sorte
d'approche touristique des vrais probl&#232;mes sociaux et
politiques. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 260.&#034; id=&#034;nh27-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le d&#233;faut de cette approche touristique est qu'elle
essentialise absolument tout. Le touriste, en effet, voyage pour
d&#233;couvrir des modes de vie, des cultures qu'il esp&#232;re
authentiques : &#171; les chasseurs de t&#234;te devraient toujours errer
dans les for&#234;ts, les cannibales d&#233;vorer leurs ennemis, les
voleurs se faire couper les mains. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 260.&#034; id=&#034;nh27-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est tout le contraire
pour l'habitant qui ne souhaite pas voir ces m&#339;urs &#233;trang&#232;res
envahir sa vie quotidienne. Il ne veut pas vivre en touriste
chez lui. Et c'est mieux ainsi car il &#233;vite alors de tomber dans
un culturalisme radical selon lequel tout homme est ligot&#233; par
sa propre culture et incapable d'&#233;volution. Il n'y a aucune
raison pour que l'on s'habitue &#224; voir perp&#233;trer des actes
r&#233;pugnants au seul motif que c'est la coutume dans une autre
culture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Des coutumes barbares comme la mutilation g&#233;nitale ou la pendaison des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Et ce n'est pas parce que ces pratiques sont celles de
minorit&#233;s que ces derni&#232;res devraient &#234;tre prot&#233;g&#233;es contre la
critique. D'autant que les rapports de force ne sont pas
toujours tr&#232;s clairs dans un contexte de mondialisation et de
communications hyper rapides. On l'a vu &#224; diverses reprises
avec la r&#233;action de par le monde &#224; des &#233;v&#233;nements
extr&#234;mement localis&#233;s. Faut-il laisser grandir les groupes de
pression aux pratiques totalitaires issus des minorit&#233;s et
attendre qu'ils deviennent majoritaires pour en faire la
critique ? Un tel raisonnement appara&#238;t ridicule d&#232;s qu'on le
transpose &#224; l'extr&#234;me droite, contre laquelle il faut toujours
s&#233;vir d&#232;s la premi&#232;re heure. Et, comme l'&#233;crivent Jens-Martin
Eriksen et Frederik Stjernfelt, cela pourrait vite aboutir &#224;
cantonner la libert&#233; d'expression &#224; la seule critique du
gouvernement qui, en d&#233;mocratie, repr&#233;sente la majorit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 267 .&#034; id=&#034;nh27-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;En fait, comme l'expliquent ces deux auteurs, le
culturalisme s&#233;vit aussi bien &#224; gauche qu'&#224; droite. &#192; gauche, on
est x&#233;nophile et on exalte le respect des diff&#233;rences et de
l'authenticit&#233;. On aime trop &#171; l'immigr&#233; &#187; pour vouloir qu'il
change. &#192; droite, on est plut&#244;t x&#233;nophobe, en raison d'une
m&#234;me conception immuable des cultures qui am&#232;ne &#224; d&#233;clarer
toute &#233;volution impossible. Les deux camps se battent sur le
m&#234;me terrain. Ces perceptions culturalistes trouvent un &#233;cho
dans les minorit&#233;s elles-m&#234;mes et les encouragent, en quelque
sorte, &#224; durcir leur identit&#233;. L'islamisme, c'est aussi l'id&#233;e qu'il
faut revenir &#224; un islam authentique, les salafistes poussant le
scrupule jusqu'&#224; chercher &#224; modeler leurs comportements sur
ceux des pieux anc&#234;tres.&lt;br class='manualbr' /&gt;En valorisant les diff&#233;rences et les cultures venant d'ailleurs,
la gauche a attis&#233; le feu de la fiert&#233; nationale qu'elle cherche
pourtant &#224; &#233;teindre en permanence. En mettant l'accent sur la
diversit&#233; et en valorisant les appartenances ethniques des
minorit&#233;s, elle a contribu&#233; &#224; faire surgir la question identitaire
chez les natifs au carr&#233;. C'est vrai en France mais aussi ailleurs
en Europe. Si les personnes d'origine &#233;trang&#232;re ont une
identit&#233; si pr&#233;cieuse qu'il faille se mobiliser pour la pr&#233;server,
pourquoi n'en irait-il pas de m&#234;me pour les natifs au carr&#233; ?
En quoi les identit&#233;s des uns seraient-elles plus ill&#233;gitimes que
celles des autres ?&lt;br class='manualbr' /&gt;L'assimilation, peut-&#234;tre de mani&#232;re contre-intuitive, n'est
pas une conception culturaliste de l'int&#233;gration. Elle ne
consid&#232;re pas que l'autre soit incapable de modifier ses
comportements. C'est m&#234;me tout le contraire. Elle n'implique
pas non plus une valorisation excessive de la culture nationale
mais &lt;i&gt;impose simplement son ascendant sur les cultures
venues d'ailleurs afin que les &#171; autochtones &#187; n'aient pas
l'impression de vivre en touristes dans leur propre pays et
qu'ils &#233;prouvent un sentiment de continuit&#233; avec leur propre
histoire&lt;/i&gt;. La coh&#233;sion sociale ne n&#233;cessite pas seulement un
dialogue entre les pr&#233;sents, mais aussi avec ceux qui les ont
pr&#233;c&#233;d&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce mod&#232;le d'int&#233;gration fran&#231;ais est d&#233;sormais frapp&#233; de
p&#233;remption et d&#233;savou&#233; par les classes dirigeantes, de gauche
comme de droite, qui lui ont pr&#233;f&#233;r&#233; le mod&#232;le
multiculturaliste europ&#233;en&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que lors de l'adoption de ce mod&#232;le d'int&#233;gration europ&#233;en lors du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Cette mutation co&#239;ncide avec
une r&#233;alit&#233; bien particuli&#232;re, marqu&#233;e &#224; la fois par une
r&#233;sistance &#224; l'assimilation du c&#244;t&#233; des musulmans et par le
d&#233;couragement de classes populaires natives au carr&#233; qui en
sont venues &#224; se s&#233;parer afin de pr&#233;server leur mode de vie.
Ce n'est pas une particularit&#233; fran&#231;aise. Les Britanniques qui
ont exp&#233;riment&#233; la cohabitation inter-ethnique &#224; Londres en
reviennent eux aussi. Ils quittent leurs quartiers londoniens.
Une Londonienne a racont&#233; dans le Telegraph pourquoi elle
souhaitait quitter Acton, un quartier populaire o&#249; elle avait
emm&#233;nag&#233; en 1996. Acton est de plus en plus marqu&#233; par une
pr&#233;sence musulmane qui, sans &#234;tre forc&#233;ment hostile,
revendique de plus en plus sa s&#233;paration des autres habitants.
Elle le ressent dans la rue, avec l'impossibilit&#233; de croiser le
regard des femmes trop lourdement voil&#233;es comme des
hommes. Dans les magasins tenus par des musulmans aussi o&#249;
elle est moins bien accueillie. Et, plus g&#233;n&#233;ralement dans les
espaces publics. Par exemple, un commer&#231;ant a affich&#233; une
interdiction de boire de l'alcool, non seulement dans son
magasin, mais aussi dans les rues avoisinantes. M&#234;me si elle
n'appr&#233;cie pas beaucoup l'&#233;bri&#233;t&#233; sur la voie publique, elle y
voit une forme de prise de territoire. Ce qui lui manque le plus
ce sont les conversations ordinaires qu'elle avait avec ses
voisins. Mais ses voisins sont aujourd'hui soit des Europ&#233;ens
de l'Est fra&#238;chement arriv&#233;s et ne parlant pas anglais, soit des
musulmans dont le regard est devenu insaisissable. Une des
rares personnes qui lui parlent encore est la pharmacienne,
une femme musulmane qui lui a conseill&#233; derni&#232;rement de
couvrir son corps enti&#232;rement lorsqu'elle va &#224; la piscine. C'est
plus sain. Elle a donc d&#233;cid&#233; de partir : &#171; Moi aussi, j'ai d&#233;cid&#233;
de quitter mon quartier et de suivre les pas de tant de mes
voisins. Je n'en ai pas vraiment envie. J'ai travaill&#233; dur et
longtemps pour venir m'installer &#224; Londres, pour trouver un
bon travail et acheter une maison et j'aimerais vraiment
pouvoir rester. Mais je suis une &#233;trang&#232;re dans ces rues et
tous les &#8220;bons&#8221; quartiers, avec des rues s&#251;res, de beaux
logements et des caf&#233;s agr&#233;ables sont hors de ma port&#233;e. Je
vois Londres devenir une place destin&#233;e presque
exclusivement aux immigrants pauvres et aux tr&#232;s riches. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kelly J., &#8220;I feel like a stanger where I live&#8221;, Telegraph, 29/01 /13. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Respect et tol&#233;rance, nous dit l'UE, tel doit &#234;tre l'objectif
d'une politique d'int&#233;gration. Exiger la tol&#233;rance, c'est d&#233;j&#224;
beaucoup. Mais exiger le respect, c'est peut-&#234;tre trop
demander. &#171; La tol&#233;rance est un acte qui doit &#234;tre accompli
par ceux qui se sentiraient insult&#233;s ou offens&#233;s et qui consiste
&#224; supporter l'affront au lieu de supprimer ce qui offense. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eriksen J.-M., Stjernfelt F., op. cit., p. 317.&#034; id=&#034;nh27-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ainsi, tout nous oblige, quoi qu'on en pense, &#224; tol&#233;rer le port du
voile dans des lieux publics o&#249; il n'est pas interdit sauf s'il
couvre le visage et sauf &#224; l'&#233;cole et plus g&#233;n&#233;ralement dans la
fonction publique. Ceux qui s'en prennent aux femmes qui
portent le voile dans la rue font effectivement preuve
d'intol&#233;rance. Il est difficile d'imaginer un principe l&#233;gitimant
l'interdiction du voile dans la rue. Le fait que le voile nous
d&#233;plaise et qu'il ne corresponde pas &#224; la tradition fran&#231;aise
n'est pas un argument juridiquement recevable. Par contre, si
nous sommes oblig&#233;s de le tol&#233;rer, on ne peut exiger de nous
que nous l'estimions ou que nous en ayons un jugement positif.
C'est trop demander. Il en va de m&#234;me pour les musulmans
excit&#233;s &#224; la moindre parole, au moindre &#233;crit qui leur semble
blessant. Ils doivent le supporter sans qu'on leur demande de
trouver cela respectable. Exiger le respect, c'est recommander
l'insinc&#233;rit&#233; dans la plupart des &#233;changes : &#171; si on est forc&#233; de
respecter [...] il s'agira forc&#233;ment d'un respect sp&#233;cieux, d'une
reconnaissance feinte, d'un int&#233;r&#234;t simul&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 318.&#034; id=&#034;nh27-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Exiger le
respect, c'est aussi miser sur la violence. Le respect, on ne le
sait que trop dans les banlieues difficiles, est une notion
ambigu&#235;. Il peut &#234;tre inspir&#233; par la crainte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christopher Caldwell insiste lui aussi sur la porosit&#233; de la fronti&#232;re entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . C'est ce que
d&#233;couvre avec ivresse Maajid Nawaz lorsque son fr&#232;re,
invoquant la bombe soi-disant cach&#233;e dans son sac &#224; dos, fait
plier le petit groupe n&#233;onazi de Mickey qui les poursuit de son
assiduit&#233; belliqueuse. Ils repartent &#171; la queue entre les
jambes &#187; (cf. &#201;pilogue en fin d'ouvrage). C'est aussi cela le
respect, le respect &#171; mafia &#187; tel que le d&#233;nomment Jens-
Martin Eriksen et Frederik Sthernfelt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eriksen J.-M. et Sthernfelt F., p. 318.&#034; id=&#034;nh27-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Salman Rushdie
voyait comme l'un des plus grands dangers le fait que des
hommes bien puissent c&#233;der &#224; la peur en appelant cela du
respect&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Joseph Anton, op. cit., emplacement 5667-68, livre &#233;lectronique.&#034; id=&#034;nh27-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Alors que la tol&#233;rance est la condition n&#233;cessaire &#224;
la libert&#233; d'expression, le respect peut en &#234;tre l'exact oppos&#233;
puisqu'il peut l'emp&#234;cher, la museler. La crainte, qui inspire le
respect et qui se manifeste g&#233;n&#233;ralement par la langue de bois,
peut s'&#233;tendre, au-del&#224; de la peur des r&#233;actions violentes, &#224;
celle de se voir tra&#238;n&#233; devant les tribunaux pour avoir exprim&#233;
des id&#233;es non conformes.&lt;br class='manualbr' /&gt;En appelant &#224; la fois &#224; la tol&#233;rance et au respect, l'UE s&#232;me
donc la confusion et donne &#224; la politique d'int&#233;gration deux
objectifs absolument contradictoires. Elle place les Europ&#233;ens
dans une situation orwellienne. Cette confusion est
parfaitement illustr&#233;e par l'initiative prise par certaines
personnes au Danemark qui, en pleine crise des caricatures,
alors m&#234;me que des ambassades danoises partaient en fum&#233;e,
n'ont rien trouv&#233; de mieux que d'organiser, pour lutter contre
la x&#233;nophobie, un festival gastronomique permettant de
d&#233;guster des plats de la cuisine du Moyen-Orient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eriksen J.-M. et Sthernfelt F., p. 260.&#034; id=&#034;nh27-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . On se
croirait dans Mars attaque de Tim Burton. Autre exemple,
suite aux &#233;meutes qui ont &#233;clat&#233; &#224; Clichy-sous-Bois en 2005
apr&#232;s que deux jeunes gens ont trouv&#233; la mort dans un
transformateur pour &#233;chapper &#224; la police, une st&#232;le en leur
hommage a &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e sur une coul&#233;e verte en enfilade avec
les monuments de la premi&#232;re et de la seconde guerres
mondiales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kepel G., avec la collaboration de Arslan L. et Zouheir S. Les banlieues de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Le 27 octobre, on comm&#233;more la mort des deux
jeunes gens, &#233;v&#233;nement dramatique mais fortuit, combinaison
d'une initiative polici&#232;re qui a mal tourn&#233; et d'une prise de
risque d&#233;mesur&#233;e... avant de comm&#233;morer, le 11 novembre, &#224;
deux pas, l'armistice de la premi&#232;re guerre mondiale ! Sans
&#233;meutes, il n'y aurait probablement pas eu de st&#232;le. Que
c&#233;l&#232;bre-t-on ? La mort en martyrs de ces jeunes gens avec
toutes les ambigu&#239;t&#233;s que cela peut &#233;voquer ?&lt;br class='manualbr' /&gt;La contradiction de la politique europ&#233;enne d'int&#233;gration (et
donc de celle de la France puisqu'elle y a souscrit) transpara&#238;t
clairement si l'on prend le temps de d&#233;crypter les &#233;crits
&#233;manant des instances europ&#233;ennes. C'est le cas lorsqu'elles
recommandent d'instituer des codes de conduite pour les
journalistes, dont ces derniers accepteraient volontairement
de se doter, afin qu'un discours positif sur la diversit&#233;
&#171; am&#233;liore la perception du public &#187; et finisse par convaincre
les Europ&#233;ens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; les organisations de m&#233;dias peuvent adopter de nouveaux instruments (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . C'est aussi tr&#232;s visible dans les appels d'offre
ou les questionnaires de l'UE, dont les titres ne sont gu&#232;re
marqu&#233;s par l'incertitude quant aux r&#233;sultats. On peut citer,
entre autres, Accept Pluralism ou encore Arguments
&#233;conomiques en faveur de la diversit&#233;. Tout ceci a un fumet
qui rappelle les pratiques des d&#233;mocraties populaires, sauf
que, dans ces derni&#232;res elles &#233;taient re&#231;ues pour ce qu'elles
&#233;taient et produisaient un &#171; jeu conscient, collectif, plut&#244;t
qu'une adaptation individuelle [...], destin&#233; &#224; prot&#233;ger la
pens&#233;e et les sentiments individuels &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Milosz C., op. cit., p. 89-91 .&#034; id=&#034;nh27-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La pratique assidue
du Ketman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notion que Czeslaw Milosz emprunte &#224; Gobineau, dont il signale sans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , dans toutes les subtilit&#233;s d&#233;crites par Czelaw
Milosz, est peut-&#234;tre ce &#224; quoi nous serons r&#233;duits, non pour
&#233;viter la visite de la police politique, mais pour avoir la paix,
recueillir l'approbation, &#233;viter l'infamie et, dans certains cas,
ne pas se faire tuer.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que peut donc faire la France maintenant que son mod&#232;le
d'int&#233;gration fond&#233; sur l'assimilation est d&#233;savou&#233; et ne
saurait, de toute fa&#231;on, fonctionner faute de &#171; combattants &#187; ?
La France a, malgr&#233; la doctrine europ&#233;enne, d&#233;j&#224; marqu&#233; sa
diff&#233;rence sur la question du voile. D'apr&#232;s les donn&#233;es sur le
port du voile en 2008, cette politique semble porter ses fruits
et les voiles y sont moins fr&#233;quents que dans d'autres pays
europ&#233;ens. Elle a mis, comme la Belgique, le hol&#224; au port de
v&#234;tements dissimulant le visage, dans la sph&#232;re publique.
M&#234;me si la loi semble difficile &#224; appliquer, elle a un effet
dissuasif. Elle nous &#233;vitera au moins les braquages de banques
par des hommes en burka qui se sont multipli&#233;s &#224; Philadelphie
aux Etats-Unis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pipes D., Philadelphia's Burqa Crisis, 21/2/13. http://www.danielpipes.org/12553&#034; id=&#034;nh27-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;br class='manualbr' /&gt;Et puisque nous sommes entr&#233;s dans l'&#232;re du
multiculturalisme, autant opter pour une application la plus
restreinte possible, c'est-&#224;-dire tol&#233;rer ce qu'il n'est pas
possible d'interdire sans violation des droits de l'homme, pris
au sens premier du terme &#8211; c'est-&#224;-dire les droits des
individus et non des groupes. Pour le reste, il me semble que
deux principes devraient nous guider pour refuser tout ce qui
porte atteinte &#224; la libert&#233; individuelle : protection interne et
protection externe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il ne s'agit pas ici de la protection externe telle que la d&#233;finit Will (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Si l'on prend l'exemple de l'islam, les
pressions exerc&#233;es sur un musulman &#8211; ou sur une personne
consid&#233;r&#233;e comme musulmane par d'autres &#8211; pour qu'il se
conforme &#224; ce que son environnement ou les autorit&#233;s
religieuses promeuvent ne doivent pas &#234;tre tol&#233;r&#233;es. Un lieu
privil&#233;gi&#233; pour l'apprentissage de cette libert&#233; est l'&#233;cole o&#249; la
tendance culturaliste doit cesser, notamment lorsqu'elle
revient &#224; anticiper des demandes non exprim&#233;es. C'est le cas
des cantines dans lesquelles les enfants doivent pouvoir choisir
leur repas parmi les options propos&#233;es, comme cela se
pratique &#224; Montfermeil, sans interf&#233;rence des personnels. Les
parents sont libres de donner des consignes &#224; leurs enfants en
mati&#232;re alimentaire. Ce n'est pas &#224; l'&#233;cole d'y veiller, sauf
prescription m&#233;dicale. La tol&#233;rance, ce n'est pas respecter
toutes les susceptibilit&#233;s des uns et des autres. Les enfants
doivent y &#234;tre accoutum&#233;s d&#232;s leur plus jeune &#226;ge. Une
application ferme et intelligente du principe de la&#239;cit&#233; devrait y
aider&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bidar A ., Haut Conseil &#224; l'int&#233;gration, Pour une p&#233;dagogie de la la&#239;cit&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . L'interdit d'apostasie et les menaces qui peuvent en
d&#233;couler sont donc radicalement contraires &#224; ce principe de
protection interne. Il ne peut &#234;tre tol&#233;r&#233;, qu'il figure ou non
dans tel ou tel texte sacr&#233;. La protection externe r&#233;cuse toute
entrave &#224; la libert&#233; des individus situ&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur d'un
groupe pour qu'ils se conforment aux desiderata de ce groupe.
Par exemple, le refus de dessiner Mahomet ne vaut que pour
ceux qui y croient. Les musulmans qui croient &#224; cet interdit
peuvent donc s'imposer des restrictions &#224; eux-m&#234;mes pourvu
qu'ils y consentent mais ne sauraient intimider leur
environnement pour que les autres s'imposent les m&#234;mes
restrictions.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce que la France voudra imposer, elle devra d&#233;sormais le
faire par la loi, comme avec le voile, sans trop compter sur le
corps social qui n'est plus vraiment de la partie. On l'a dit, les
classes populaires ont retir&#233; leurs billes et il ne faut pas trop
miser sur elles pour exercer la pression sociale n&#233;cessaire aux
ajustements qui seront encore souhait&#233;s. En tout cas, tant que
les choses resteront aussi confuses. Tout devra d&#233;sormais
passer par la loi et c'est infiniment plus difficile de faire
respecter une r&#232;gle lorsque le corps social n'a pas r&#233;ussi &#224;
l'imposer. D'habitude, la loi n'intervient pas pour prescrire ce
qui devrait aller de soi. Quand plus rien ne va de soi, il lui
revient de tracer les lignes rouges. C'est pourquoi, si l'on veut
que des initiatives telles que la cr&#232;che Baby-Loup&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La cr&#232;che de Chanteloup les Vignes est ouverte 24h / 24 et 7 j/7 . Une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; survivent,
il faudra une loi &#233;tendant au priv&#233; l'interdiction du port du
voile aux femmes qui exercent une mission d'int&#233;r&#234;t public, ce
qui est manifestement le cas de l'accueil de la petite enfance.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les probl&#232;mes doivent &#234;tre pos&#233;s et les options d&#233;battues
de mani&#232;re &#224; donner aux Fran&#231;ais une vue d'ensemble. Il leur
faut trouver un nouveau compromis qui ne sera pas un retour
&#224; l'ancien mod&#232;le devenu impraticable. Ce nouveau compromis
ne doit pas &#234;tre &#233;labor&#233; par les &#233;lites, avec un &#233;ni&#232;me rapport
qui confisquerait le d&#233;bat &#8211; surtout si c'est pour aboutir au
rapport Tuot qui bannit jusqu'au terme d'int&#233;gration, exhorte
la France &#224; devenir plus inclusive et fait la le&#231;on &#224; peu pr&#232;s &#224;
tout le monde sur un ton grandiloquent et pr&#233;tentieux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Par quoi remplacer le concept d'int&#233;gration ? Par une politique de mise en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211;,
sans la participation des citoyens ordinaires, car ce sont eux
qui sont confront&#233;s aux cohabitations difficiles. C'est sans
doute ce qu'avait intuitivement compris Nicolas Sarkozy
lorsqu'il avait lanc&#233; son fameux d&#233;bat sur l'identit&#233; nationale.
Mais c'&#233;tait prendre le probl&#232;me &#224; l'envers. Il ne faut pas tant
discuter de ce que nous sommes dans le d&#233;tail pour le
d&#233;fendre bec et ongles. Au contraire, il nous faut envisager
comment pr&#233;server ce qui peut encore l'&#234;tre et d&#233;finir en
cons&#233;quence les mesures politiques &#224; prendre, en respectant
et en d&#233;fendant les valeurs qui sont les n&#244;tres. La libert&#233; de
pens&#233;e et d'expression est l'une des plus menac&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb27-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Milosz C. &lt;i&gt;La pens&#233;e captive. Essai sur les logocraties populaires&lt;/i&gt;, Folio, 1988, p. 81.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Autour de 1,9 enfant par femme si ma m&#233;moire est bonne. Je n'ai pu retrouver, sur le site
d'Eurostat, les hypoth&#232;ses de f&#233;condit&#233; du sc&#233;nario &lt;i&gt;Convergence 2010-2060&lt;/i&gt; allant au-del&#224; de
2060.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Trigano S., &lt;i&gt;La Nouvelle id&#233;ologie dominante. Le post-modernisme&lt;/i&gt;, Ed Hermann, 2012, p. 137 -138.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dalrymple T., &lt;i&gt;The New Vichy Syndrome&lt;/i&gt;, p. 88. Traduction de l'auteur .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Augstein J., &#171; Stubborn and Egotistical, Europe Is Right to Doubt German Euro Leadership &#187;, &lt;i&gt;Spiegel online&lt;/i&gt;, 25/3/2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Grjebine A ., &#171; Une construction europ&#233;enne kafka&#239;enne. Beppe Grillo sera-t-il l'avenir de
l'union ? &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 7/03/13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Livrevertrelatif au droit au regroupement familial des ressortissants de pays tiers r&#233;sidant dans l'Union europ&#233;enne (directive 2003/86/CE), 15 novembre 2011, COM (2011) 735 final.
&lt;a href=&#034;http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=COM:2011:0735:FIN:FR:PDF&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La cour consid&#232;re, en autre, qu'une vie familiale normale est &#233;galement possible dans le pays d'origine. Arr&#234;t du 28 mai 1985, Abdulaziz, Cabales c. Royaume Uni ; arr&#234;t du 19 f&#233;vrier 1996, G&#252;lc . Suisse ; arr&#234;t du 28 novembre 1996, Ahmut C. Pays-Bas ; arr&#234;t du 21 d&#233;cembre 1996,
Sen c. Pays-Bas, cf. Candel a Soriano M., &#171; La libre circulation des personnes et les droits de l'homme &#187;, www.iei/fileadmin/IEJE.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://ec.europa.eu/dgs/home-affairs/what-is-new/public-consultation/2012/pdf/0023/famreun/memberstatesnationalgovernments/netherlands_the_en.pdf#10&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://ec.europa.eu/dgs/home-affair...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://ec.europa.eu/dgs/home-affairs/what-is-new/public-consultation/2012/pdf/0023/famreun/memberstatesnationalgovernments/france_en.pdf#zoom=100&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://ec.europa.eu/dgs/home-affair...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Marcovich M., &#171; L'ar&#232;ne internationale, du dialogue &#224; l'alliance des civilisations, totalitarisme de demain ? &#187;, &lt;i&gt;Alliance des civilisations ?&lt;/i&gt;, Controverses, 9, novembre 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Truc O., &#171; Au Danemark, l'extr&#234;me droite s'enracine dans le paysage politique &#187;, Le
Monde, 15/3/13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Scheffer P., &lt;i&gt;Immigrant Nations&lt;/i&gt; , op. cit., p. 296. Traduction de l'auteur .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Caldwell C., &lt;i&gt;Une r&#233;volution sous nos yeux. Comment l'islam va transformer la France et l'Europe&lt;/i&gt; Ed. Du Toucan, 2011, p. 276.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Eriksen J.-M., Stjernfelt F., &lt;i&gt;Les pi&#232;ges de la culture. Les contradictions du multiculturalisme&lt;/i&gt; M&#233;tisPresses, 2012, p. 260.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 260.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 260.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Des coutumes barbares comme la mutilation g&#233;nitale ou la pendaison des homosexuels
sont aussi des traditions pures, maintenues intactes dans le zoo culturel . Qui sommes-nous
pour imposer nos normes culturelles et ainsi corrompre cette authenticit&#233; ? &#187; &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 261.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 267 .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rappelons que lors de l'adoption de ce mod&#232;le d'int&#233;gration europ&#233;en lors du Conseil JAI du 1 9 novembre 2004, ni le ministre de l'Int&#233;rieur, ni celui de la Justice n'avaient jug&#233; utile de faire le d&#233;placement, la France se contentant de la pr&#233;sence de son repr&#233;sentant
permanent, M. Pierre Sellal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Kelly J., &#8220;I feel like a stanger where I live&#8221;, &lt;i&gt;Telegraph&lt;/i&gt;, 29/01 /13. Traduction de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Eriksen J.-M., Stjernfelt F., &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 317.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 318.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Christopher Caldwell insiste lui aussi sur la porosit&#233; de la fronti&#232;re entre crainte et
respect : &#171; Quand les gens se mettent &#224; faire par peur ce qu'ils faisaient pr&#233;c&#233;demment par
conviction ou par g&#233;n&#233;rosit&#233;, ils ne remarquent souvent pas la transition &#187;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 343.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Eriksen J.-M. et Sthernfelt F., p. 318.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Joseph Anton, op. cit., emplacement 5667-68, livre &#233;lectronique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Eriksen J.-M. et Sthernfelt F., p. 260.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Kepel G., avec la collaboration de Arslan L. et Zouheir S. &lt;i&gt;Les banlieues de la R&#233;publique&lt;/i&gt;, Institut Montaigne, p. 196.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; les organisations de m&#233;dias peuvent adopter de nouveaux instruments
d'autor&#233;glementation, tels que des codes de conduite ou d'&#233;thique et des lignes directrices en
faveur de la tol&#233;rance dans les politiques &#233;ditoriales &#187;, Manuel d'int&#233;gration 2010, p. 50. La
Commission regrette le manque d'efficacit&#233; des r&#233;glementations en vigueur :
&#171; L'autor&#233;glementation n'emp&#234;che pas en soi que les immigr&#233;s et les groupes d'immigr&#233;s
fassent l'objet de reportages in&#233;quitables et discriminatoires. Cela est en grande partie d&#251; au
fait que : les plaintes fond&#233;es sur la race, l'origine ethnique, la nationalit&#233;, la religion et les
convictions ne peuvent souvent &#234;tre d&#233;pos&#233;es que par la ou les personnes cit&#233;es dans un
article/reportage &lt;i&gt;et non par ceux qui s'en offensent&lt;/i&gt;. &#187; [je souligne] Manuel d'int&#233;gration 2010,
p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Milosz C., &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 89-91 .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Notion que Czeslaw Milosz emprunte &#224; Gobineau, dont il signale sans ambigu&#239;t&#233; qu'il
&#233;tait un &#233;crivain dangereux (j'allume ici tous les feux pour qu'on &#233;vite de faire de moi ou de
Czeslaw Milosz des ap&#244;tres de Gobineau), dans son livre &lt;i&gt;Religions et philosophies d'Asie
centrale&lt;/i&gt;. Le Ketman c'est l'attitude qui consiste &#224; taire ses convictions et, si le silence m&#234;me est
danger eux, &#224; tromper l'adversaire en affichant l'opinion attendue. C'est l'art de la
dissimulation. Le Ketman persan est connu aussi sous le nom de takya. C'est aussi ce que Timur
Kuran a appel&#233; la falsification des pr&#233;f&#233;rences, pour d&#233;crire l'ensemble des pratiques de
dissimulation qui ne se limitent pas &#224; celles qui &#233;taient en usage de l'autre c&#244;t&#233; du rideau de
fer . KURANT., &lt;i&gt;Private Truth , Public Lies , The Social Consequences of Preference Falisfication&lt;/i&gt;,
Harvard University Press, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pipes D., Philadelphia's Burqa Crisis, 21/2/13.
&lt;a href=&#034;http://www.danielpipes.org/12553/philadelphia-burqa&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.danielpipes.org/12553/ph...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il ne s'agit pas ici de la protection externe telle que la d&#233;finit Will Kymlicka et visant &#224;
exempter de l'application de la loi g&#233;n&#233;rale les minorit&#233;s lorsqu'elle est contraire &#224; leurs
croyances. Par contre la protection interne vise bien &#224; &#233;viter les &#171; contraintes internes &#187;
dont il parle et qui s'exercent &#224; l'int&#233;rieur d'un groupe &#224; l'&#233;gard des membres de ce groupe.
Kymlicka W., &lt;i&gt;La citoyennet&#233; multiculturelle, une th&#233;orie lib&#233;rale du droit des minorit&#233;s&lt;/i&gt;, La
D&#233;couverte, 2001 , p. 217 - 218.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bidar A ., Haut Conseil &#224; l'int&#233;gration, &lt;i&gt;Pour une p&#233;dagogie de la la&#239;cit&#233; &#224; l'&#233;cole&lt;/i&gt;, La
documentation fran&#231;aise, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La cr&#232;che de Chanteloup les Vignes est ouverte 24h / 24 et 7 j/7 . Une employ&#233;e refusant
d'enlever son voile y avait &#233;t&#233; licenci&#233;e en 2008. Apr&#232;s une d&#233;cision favorable &#224; Baby -Loup du
Conseil des prud-hommes de Mantes l a Jolie en 2010 et de l a Cour d'appel de Versailles en 2011 ,
la Cour de Cassation a cass&#233; le jugement le 19 mars 2013. Elle a recueilli l'avis d'un expert de
l'islam proche-oriental et, &#171; en invoquant une &#8220;discrimination en raison des convictions
religieuses&#8221; [elle valide] officiellement le voile comme prescription religieuse. &#187; Conan E.,
Emery E., &#171; Pour quoi Marianne soutient l'appel pour une nouvelle loi sur les signes
religieux &#187;, Marianne, 22 mars 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Par quoi remplacer le concept d'int&#233;gration ? Par une politique de mise en capacit&#233;
pour cr&#233;er une soci&#233;t&#233; inclusive. &#187; (p. 11) &#171; Le r&#233;sultat de l'int&#233;gration, on ne l'a pas assez dit,
n'est donc pas la prosp&#233;rit&#233;, la sant&#233; et l'emploi pour les &#233;trangers : l'int&#233;gration garantit
seulement que le d&#233;faut de prosp&#233;rit&#233;, de sant&#233; ou d'emploi n'est pas d&#251; &#224; d'autres motifs
qu'&#233;prouvent et subissent ceux auxquels une origine &#233;trang&#232;re n'est pas pr&#234;t&#233;e. &#187; (p. 1 4), Tuot
T., &lt;i&gt;La grande nation pour une soci&#233;t&#233; inclusive&lt;/i&gt;, Rapport au Premier ministre sur la refondation des politiques d'int&#233;gration, 1 f&#233;vrier 2013.
&lt;a href=&#034;http://www.gouvernement.fr/sites/default/files/fichiers_joints/rapport_au_premier_ministre_&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.gouvernement.fr/sites/de...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi certaines soci&#233;t&#233;s prennent-elles des d&#233;cisions catastrophiques ? (2/2) </title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?830-pourquoi-certaines-societes</link>
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		<dc:date>2016-06-15T19:04:46Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie Le troisi&#232;me chapitre de mon guide des &#233;checs est le plus nourri, car traitant d'une situation la plus courante : souvent les soci&#233;t&#233;s &#233;chouent m&#234;me &#224; r&#233;soudre un probl&#232;me qu'elles ont per&#231;u. Beaucoup des raisons tiennent &#224; ce que les &#233;cono&#173;mistes et d'autres sp&#233;cialistes de sciences sociales appellent le &#171; comportement rationnel &#187;, fruit de conflits d'int&#233;r&#234;ts. Certains individus, par raisonnement, concluent qu'elles peuvent favoriser leurs int&#233;r&#234;ts en adoptant un (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?829-pourquoi-certaines-societes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me chapitre de mon guide des &#233;checs est le plus nourri, car traitant d'une situation la plus courante : souvent les soci&#233;t&#233;s &#233;chouent m&#234;me &#224; r&#233;soudre un probl&#232;me qu'elles ont per&#231;u.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup des raisons tiennent &#224; ce que les &#233;cono&#173;mistes et d'autres sp&#233;cialistes de sciences sociales appellent le &#171; comportement rationnel &#187;, fruit de conflits d'int&#233;r&#234;ts. Certains individus, par raisonnement, concluent qu'elles peuvent favoriser leurs int&#233;r&#234;ts en adoptant un comportement qui est, en r&#233;alit&#233;, dommageable &#224; d'autres mais que la loi autorise de fait ou par non-application. Ils se sentent en s&#233;curit&#233; parce qu'ils sont concentr&#233;s (peu nombreux) et tr&#232;s motiv&#233;s par la perspective de r&#233;aliser des profits importants, certains et imm&#233;diats, alors que les pertes se distribuent sur un grand nombre d'individus. Cela donne aux perdants peu de motivation pour se d&#233;fendre, parce que chaque perdant perd peu et n'obtiendrait que des profits r&#233;duits, incertains et lointains, quand bien m&#234;me r&#233;ussissait-il &#224; d&#233;faire ce que la minorit&#233; a accompli. C'est le cas, par exemple, des subventions &#224; effets pervers : ces budgets que les gouvernements d&#233;pensent pour soutenir des activit&#233;s qui ne seraient pas rentables sans ces aides, comme la p&#234;che, la production de sucre aux &#201;tats-Unis et celle du coton en Australie (subventionn&#233;es indirectement par le gouvernement qui supporte les co&#251;ts li&#233;s &#224; l'irrigation). Les p&#234;cheurs et les cultivateurs peu nombreux font pression avec t&#233;nacit&#233; pour obtenir les subventions qui repr&#233;sentent une bonne part de leurs revenus, tandis que les perdants &#8211; tous les contribuables &#8211; se font moins entendre parce que la subvention concern&#233;e n'est financ&#233;e que par une petite fraction des imp&#244;ts acquitt&#233;e par les contribuables. Les mesures b&#233;n&#233;ficiant &#224; une petite minorit&#233; aux d&#233;pens d'une large majorit&#233; sont en particulier susceptibles d'&#234;tre prises dans certains types de d&#233;mocraties o&#249; le pouvoir de faire pencher la balance repose sur certains petits groupes : par exemple, les s&#233;nateurs des petits &#201;tats au S&#233;nat am&#233;ricain ou les petits partis religieux en Isra&#235;l, &#224; un degr&#233; par ailleurs inenvisageable dans le syst&#232;me parlementaire hollandais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un type fr&#233;quent de comportement rationnel pervers est de l'ordre de l'&#233;go&#239;sme. Prenons un exemple simple. La plupart des p&#234;cheurs du Montana p&#234;chent la truite. Quelques-uns pr&#233;f&#232;rent p&#234;cher le brochet, gros poisson carnivore qui n'existe pas naturellement dans l'ouest du Montana, mais a &#233;t&#233; introduit subrepticement et ill&#233;galement dans certains lacs et rivi&#232;res de cette contr&#233;e. Il y a ruin&#233; la p&#234;che &#224; la truite, suite &#224; la disparition des truites. Or les p&#234;cheurs de brochets sont moins nombreux que ne l'&#233;taient les p&#234;cheurs de truites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons un autre exemple engendrant plus de perdants et des pertes financi&#232;res plus importantes : jusqu'en 1971, les compagnies mini&#232;res du Montana, lorsqu'elles fermaient une mine, laissaient son cuivre, son arsenic et son acide s'&#233;couler dans les rivi&#232;res, faute de l&#233;gislation de l'&#201;tat pour les contraindre &#224; nettoyer les sites. En 1971, une telle loi a &#233;t&#233; promulgu&#233;e. Les entreprises ont&#183;alors d&#233;couvert qu'elles pouvaient extraire le minerai de valeur, puis se d&#233;clarer en faillite avant d'avoir &#224; assumer les co&#251;ts d'un nettoyage. R&#233;sultat : les citoyens du Montana ont d&#251; acquitter cinq cents millions de dollars de frais de nettoyage, alors que les soci&#233;t&#233;s mini&#232;res n'ont eu qu'&#224; engranger leurs profits. D'innombrables autres exemples de comportements de ce type dans le monde des affaires pourraient &#234;tre cit&#233;s, mais il n'est pas aussi universel que certains&#183; cyniques le soup&#231;onnent. Au chapitre suivant, nous verrons dans quelle mesure ces comportements r&#233;sultent de l'imp&#233;ratif, pour les entreprises, de gagner de l'argent dans le cadre autoris&#233; par les r&#232;glements de l'&#201;tat, le droit et la demande du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une forme particuli&#232;re de conflit d'int&#233;r&#234;ts est connue sous le nom de &#171; trag&#233;die des communs &#187;, laquelle est intimement li&#233;e aux conflits appel&#233;s &#171; dilemme du prisonnier &#187; et &#171; logique de l'action collective &#187;. Prenez une situation dans laquelle beaucoup de consommateurs r&#233;coltent une ressource qu'ils poss&#232;dent en commun, tels des p&#234;cheurs qui prennent du poisson dans une zone de l'oc&#233;an ou des bergers qui font pa&#238;tre leurs moutons sur un p&#226;turage commun. Si chacun surexploite la ressource concern&#233;e, elle diminuera par surp&#234;che ou surp&#226;turage et finira par dispara&#238;tre. Tous les consommateurs en souffriront. Il serait donc dans l'int&#233;r&#234;t commun de tous les consommateurs d'exercer une contrainte et de ne pas surexploiter cette ressource. Mais tant qu'il n'existe pas de r&#233;gulation efficace fixant la quantit&#233; de la ressource que chaque consommateur pourra r&#233;colter, chaque consommateur a raison de se dire : &#171; Si je n'attrape pas ce poisson ou si je ne laisse pas mes moutons brouter cette herbe, un autre p&#234;cheur ou un autre berger le fera ; je n'ai donc pas de raison de me retenir de surp&#234;cher ou de surr&#233;colter. &#187; Le comporte&#173; ment rationnel correct consiste ici &#224; r&#233;colter avant que l'autre consommateur puisse le faire, m&#234;me si cela peut avoir pour r&#233;sultat la destruction des biens communs, et donc nuire &#224; tous les consommateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, alors que cette logique a conduit nombre de biens communs &#224; &#234;tre surexploit&#233;s et d&#233;truits, d'autres ont &#233;t&#233; pr&#233;serv&#233;s pendant des centaines, voire des milliers d'ann&#233;es. Parmi les cons&#233;quences malheureuses, on trouve la surexploitation et la disparition de la plupart des grandes zones de p&#234;che et l'extermination de la grande faune (gros mammif&#232;res, oiseaux et reptiles) sur chaque &#238;le oc&#233;anique ou continent colonis&#233; par les humains pour la premi&#232;re fois au cours des cinquante mille derni&#232;res ann&#233;es. Les cons&#233;quences heureuses comprennent la pr&#233;servation de nombreuses zones de p&#234;che locales, de for&#234;ts, de sources d'eau, comme les zones de p&#234;che &#224; la truite et les syst&#232;mes d'irrigation du Montana que j'ai d&#233;crits au chapitre 1. La chose est ais&#233;ment explicable par trois types diff&#233;rents de dispositions qui ont &#233;volu&#233; pour pr&#233;server une ressource commune tout en permettant une r&#233;colte durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une solution &#233;vidente consiste pour le gouvernement ou une autre force ext&#233;rieure &#224; intervenir, avec ou sans l'invitation des consommateurs, et &#224; imposer des quotas, comme le shoghun et le daimyo dans le Japon des Tokugawas, les empereurs incas dans les Andes et les princes et les propri&#233;taires terriens de l'Allemagne du XVIe si&#232;cle l'ont fait pour la coupe de bois. Cependant, la chose n'est pas possible dans certaines situations (par exemple, une &#238;le en plein oc&#233;an) et cela implique des co&#251;ts d'administration et de police excessifs dans d'autres situations. Une deuxi&#232;me solution consiste &#224; privatiser la ressource, c'est-&#224;-dire &#224; la diviser en lots individuels que chaque propri&#233;taire sera motiv&#233; &#224; g&#233;rer avec prudence dans son propre int&#233;r&#234;t. Cette pratique a &#233;t&#233; appliqu&#233;e dans certaines for&#234;ts poss&#233;d&#233;es par des villages dans le Japon des Tokugawas. Cependant, l&#224; encore, certaines ressources (comme les animaux et le poisson migrateur) sont impossibles &#224; subdiviser et les propri&#233;taires individuels peuvent &#233;prouver encore plus de difficult&#233;s que les gardes-c&#244;tes ou la police publique &#224; refouler les intrus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la trag&#233;die des communs , la solution qui demeure consiste pour les consommateurs &#224; reconna&#238;tre leurs int&#233;r&#234;ts communs et &#224; imaginer, suivre et imposer eux-m&#234;mes des quotas de r&#233;colte prudents. Cela n'est possible que si toute une s&#233;rie de conditions sont satisfaites : les consommateurs forment un groupe homog&#232;ne ; ils ont appris &#224; se faire confiance et &#224; communiquer entre eux ; ils comptent avoir un avenir commun et transmettre la ressource concern&#233;e aux jeunes g&#233;n&#233;rations ; ils ont la capacit&#233;, ou la permission, de s'organiser et de se surveiller eux-m&#234;mes, et on le leur permet ; les fronti&#232;res de la ressource et de son ensemble de consommateurs sont bien d&#233;finies. Le cas des droits s l'eau pour l'irrigation au Montana, analys&#233; au chapitre 1, en est un bon exemple. Alors que l'attribution de ces droits a force de loi &#233;crite, les ranchers ob&#233;issent surtout au d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; l'eau qu'ils ont &#233;lu et ils ne tranchent plus leurs litiges devant les tribunaux. Parmi les autres exemples de groupes homog&#232;nes g&#233;rant avec prudence les ressources qu'ils veulent transmettre &#224; leurs enfants, on trouve les habitants de l'&#238;le de Tikopia, les montagnards de Nouvelle-Guin&#233;e, les membres de castes indiennes et d'autres groupes analys&#233;s au chapitre 9. Ces petits groupes, avec les Islandais (chapitre 6) et les Japonais de l'&#232;re Tokugawa, qui forment des groupes plus importants, ont de plus &#233;t&#233; motiv&#233;s &#224; parvenir &#224; un accord par leur isolement de fait : il &#233;tait &#233;vident pour tout le groupe qu'il ne survivrait que gr&#226;ce &#224; ses ressources dans un avenir proche. De tels groupes savaient qu'ils ne pouvaient invoquer l'excuse classique ( &#171; ce n'est pas mon probl&#232;me &#187;) pour justifier leur mauvaise gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des conflits d'int&#233;r&#234;ts impliquant un comportement rationnel peuvent advenir lorsque, au contraire de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble, le principal consommateur n'a pas int&#233;r&#234;t &#224; long terme &#224; pr&#233;server la ressource concern&#233;e. Par exemple, une bonne part de l'exploitation commerciale de la for&#234;t tropicale humide est aujourd'hui assur&#233;e par des compagnies foresti&#232;res internationales, lesquelles en g&#233;n&#233;ral signent des baux &#224; court terme dans un pays, coupent la for&#234;t sur tout le terrain qu'elles ont lou&#233;, puis vont dans un autre pays. Les b&#251;cherons ont bien vu qu'une fois qu'ils ont pay&#233; le loyer de leur location, il est de leur int&#233;r&#234;t de couper les for&#234;ts aussi vite que possible, de ne pas tenir leur promesse de reforestation et de s'en aller. C'est ainsi qu'ils ont d&#233;truit la plus grande partie des for&#234;ts des basses terres de la p&#233;ninsule de Malaisie, puis de Born&#233;o, puis des &#238;les Salomon et de Sumatra, maintenant des Philippines, et bient&#244;t de la Nouvelle-Guin&#233;e, de l'Amazonie et du bassin du Congo. Ce qui est bon pour les b&#251;cherons est mauvais pour la population locale, qui perd sa source de produits forestiers et doit subir les cons&#233;quences de l'&#233;rosion des sols et de la s&#233;dimentation. C'est mauvais aussi pour le pays d'accueil dans son ensemble, qui perd ainsi une part de sa biodiversit&#233; &#183;et de la possibilit&#233; de se doter d'une activit&#233; foresti&#232;re durable. Ce conflit d'int&#233;r&#234;ts r&#233;sultant de la location de terres &#224; court terme contraste avec les r&#233;sultats fr&#233;quem&#173;ment obtenus lorsque les soci&#233;t&#233;s foresti&#232;res poss&#232;dent la terre, car alors elles anticipent des r&#233;coltes r&#233;p&#233;t&#233;es et -tout comme la population locale et le pays ont int&#233;r&#234;t &#224; adopter une perspective &#224; long terme. Dans les ann&#233;es 1920, les paysans chinois ont not&#233; un contraste similaire quand ils ont &#233;valu&#233; les avantages compar&#233;s de l'exploitation par deux types diff&#233;rents de seigneurs de la guerre. Il &#233;tait dur d'&#234;tre exploit&#233; par un &#171; bandit &#224; demeure &#187;, un seigneur de la guerre implant&#233; localement, mais il laissait au moins aux paysans assez de ressources pour qu'ils lui procurent plus de butin dans les ann&#233;es &#224; venir. Le pire &#233;tait d'&#234;tre exploit&#233; par un &#171; bandit errant &#187;, un seigneur de la guerre qui, telle une compagnie foresti&#232;re louant des terres &#224; court terme, ne laissait rien aux paysans d'une r&#233;gion et s'en allait seulement piller ceux d'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comportement rationnel peut &#233;galement dicter &#224; des &#233;lites repli&#233;es dans leur sph&#232;re des d&#233;cisions nuisibles au reste de la soci&#233;t&#233; &#224; l'&#233;cart de laquelle elles se maintiennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en a vu, au cours de notre enqu&#234;te, des exemples divers &#8211; la dictature Trujillo en R&#233;publique dominicaine, ou les &#233;lites poss&#233;dantes en Ha&#239;ti, ou bien encore la politique fonci&#232;re des zones de r&#233;sidences hupp&#233;es sous haute protection s&#233;curitaire aux &#201;tats-Unis. Il n'y a gu&#232;re, Barbara Tuchman dressait dans &lt;i&gt;The March of Folly&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction fran&#231;aise : La marche folle de l'Histoire, Paris, Robert Laffont, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; la longue liste des d&#233;cisions politiques qui, de la guerre de Troie &#224; la guerre du Vi&#234;t Nam, furent causes de catastrophes. Il ne faisait, &#224; ses yeux, aucun doute que &#171; &lt;i&gt;la plus importante des forces qui affectent la sottise politique, c'est la soif du pouvoir que Tacite a appel&#233;e 'la plus flagrante de toutes les passions'&lt;/i&gt; &#187;. C'est ce m&#234;me d&#233;sir que nous avons vu &#224; l' &#339;uvre chez les chefs de l'&#238;le de P&#226;ques ou les rois mayas : elle les poussa, par la rivalit&#233; mim&#233;tique, &#224; &#233;riger des statues et des monuments toujours plus &#233;lev&#233;s. Tout chef ou roi qui aurait construit des statues ou des monuments de moindre dimension afin d'&#233;pargner les for&#234;ts aurait perdu son prestige, donc son rang, et par cons&#233;quent sa fonction. La comp&#233;tition pour le prestige fait rarement bon m&#233;nage avec la vision &#224; long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse, l'immersion de l'&#233;lite dans la soci&#233;t&#233; oblige les dirigeants &#224; &#234;tre conscients des effets de leurs actions. Nous verrons au dernier chapitre que la forte conscience environnementale des Hollandais &#8211; y compris celle de leurs hommes politiques &#8211; tient au fait qu'une bonne partie de la population, dirigeants et dirig&#233;s, vit sur des terres situ&#233;es en dessous du niveau de la mer, et que tous partagent les m&#234;mes risques en cas de mauvaise gestion des digues. De m&#234;me, les grands hommes de Nouvelle-Guin&#233;e en zone montagnarde vivent dans le m&#234;me type de huttes que les hommes sans qualit&#233;, vont avec ces derniers piocher du bois &#224; br&#251;ler et du bois d'&#339;uvre dans les m&#234;mes endroits et sont ainsi tr&#232;s motiv&#233;s pour &#233;laborer une activit&#233; foresti&#232;re durable (chapitre 9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres &#233;checs s'expliquent par le &#171; comportement irrationnel &#187;, c'est-&#224;-dire le comportement dommageable non plus &#224; certains ni &#224; la majorit&#233;, mais. &#224; tous. Un tel comportement irrationnel survient souvent quand chacun, individuellement, est travaill&#233; par un conflit de valeurs : on veut ignorer un mauvais &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; parce qu'il r&#233;sulte de l'application des valeurs auxquelles on tient profond&#233;ment. &#171; La persistance dans l'erreur &#187;, &#171; le raidissement &#187;, &#171; le refus de tirer les conclusions qui s'imposent &#224; partir de signes n&#233;gatifs &#187;, &#171; l'immobilisme, la stagnation mentale &#187; sont les causes que Barbara Tuch man recense. Les psychologues, eux, parlent d' &#171; effet de ruine &#187; pour d&#233;signer un trait voisin : l'h&#233;sitation &#224; abandonner une politique &#8211; ou &#224; vendre une action &#8211; dans laquelle il a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; beaucoup investi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines motivations irrationnelles courantes tiennent au fait que l'opinion peut ne pas appr&#233;cier ceux qui per&#231;oivent un probl&#232;me les premiers et le d&#233;noncent &#8211; comme le parti vert de Tasmanie qui a le premier protest&#233; contre l'introduction de renards en Tasmanie. Ou bien, les avertissements peuvent ou non &#234;tre entendus du fait de mises en garde ant&#233;rieures qui se sont r&#233;v&#233;l&#233;es de fausses alertes. Ou bien encore, l'opinion peut d&#233;cider de n'avoir tout simplement pas d'avis sur la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est un facteur cl&#233; : les valeurs religieuses. Profond&#233;ment implant&#233;es, elles sont donc de fr&#233;quentes causes de comportement d&#233;sastreux. Par exemple, une bonne partie de la d&#233;forestation dans l'&#238;le de P&#226;ques r&#233;sultait d'une motivation religieuse : il fallait disposer de troncs d'arbres pour transporter et &#233;riger les statues g&#233;antes de pierre qui &#233;taient des objets de v&#233;n&#233;ration. Au m&#234;me moment, mais &#224; six mille kilom&#232;tres de l&#224; et dans l'autre h&#233;misph&#232;re, les Norv&#233;giens du Groenland suivaient simplement leurs valeurs chr&#233;tiennes. Ces m&#234;mes valeurs qui leur permirent de survivre pendant des si&#232;cles les emp&#234;ch&#232;rent d'op&#233;rer des changements drastiques dans leur style de vie et d'adopter certaines technologies inuits qui les auraient aid&#233;s &#224; survivre plus long&#173; temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde moderne et contemporain nous offre de nombreux exemples d'admirables valeurs profanes auxquelles nous tenons par-dessus tout alors qu'elles n'ont plus de sens. Les Australiens ont apport&#233; de Grande-Bretagne la tradition d'&#233;lever des moutons pour la laine, des valeurs rurales fortes et une identi&#173;ication &#224; la Grande-Bretagne ; ils ont ainsi r&#233;alis&#233; l'exploit de b&#226;tir une d&#233;mocratie digne du Premier Monde loin de toute autre (&#224; l'exception de la Nouvelle-Z&#233;lande) ; aujourd'hui, ils commencent cependant &#224; d&#233;couvrir que ces valeurs ont aussi un revers. Si les habitants du Montana ont tant r&#233;pugn&#233; &#224; r&#233;soudre leurs probl&#232;mes caus&#233;s par les mines, l'exploitation foresti&#232;re et les ranches, c'est parce que ces trois activit&#233;s, piliers de l'&#233;conomie du Montana, &#233;taient li&#233;es &#224; l'esprit pionnier et &#224; l'identit&#233; de cet &#201;tat. L'attachement des pionniers &#224; la libert&#233; individuelle et &#224; l'autosuffisance les ont emp&#234;ch&#233;s longtemps d'admettre que d&#233;sormais ils avaient besoin de planification publique et de contrepoids aux droits individuels. La d&#233;termination de la Chine communiste &#224; ne pas r&#233;p&#233;ter les erreurs du capitalisme l'a conduite &#224; m&#233;priser le souci de l'environnement : on sait o&#249; cela l'a conduite. L'id&#233;al rwandais des grandes familles &#233;tait adapt&#233; &#224; l'&#233;poque traditionnelle o&#249; la mortalit&#233; infantile &#233;tait &#233;lev&#233;e, mais il a conduit aujourd'hui &#224; une d&#233;sastreuse explosion d&#233;mographique. Il me semble qu'une bonne part de l'opposition rigide que rencontre le souci pour l'environnement dans le Premier Monde s'explique par des valeurs acquises il y a longtemps et jamais r&#233;examin&#233;es. Ce qu'en d'autres termes Barbara Tuchman d&#233;crit comme la pr&#233;servation par &#171; &lt;i&gt;des dirigeants ou responsables politiques [des] id&#233;es avec lesquelles ils ont commenc&#233; leur carri&#232;re&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant ses valeurs fondamentales, jusqu'&#224; quel point un individu pr&#233;f&#232;re-t-il mourir plut&#244;t que de faire des compromis et vivre ? Des millions de gens, &#224; l'&#233;poque contemporaine, ont &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; la d&#233;cision de savoir si, pour sauver leur vie, ils seraient ou non dispos&#233;s &#224; trahir leurs amis ou leurs proches, &#224; complaire &#224; un dictateur, &#224; vivre en esclavage ou &#224; pr&#233;f&#233;rer l'exil. Les nations et les soci&#233;t&#233;s ont parfois &#224; prendre collectivement des d&#233;cisions similaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces d&#233;cisions impliquent &#183;des paris sur l'avenir, faute de la certitude que la perp&#233;tuation de certaines valeurs conduise &#224; l'&#233;chec et leur pr&#233;servation au succ&#232;s. En tentant de continuer &#224; &#234;tre des agriculteurs chr&#233;tiens, les Norv&#233;giens du Groenland ont pr&#233;f&#233;r&#233; mourir en tant que tels plut&#244;t que de vivre comme des Inuits ; ils ont perdu leur pari. Parmi les cinq petits pays d'Europe de l'Est confront&#233;s &#224; la puissance irr&#233;sistible des arm&#233;es russes, les Estoniens, les Lettons et les Lituaniens ont renonc&#233; &#224; leur ind&#233;pendance en 1939 sans combattre, alors que les Finlandais se sont battus en 1939-1940 et ont sauvegard&#233; leur ind&#233;pendance ; les Hongrois, eux, se sont battus en 1956 et ils ont &#233;t&#233; d&#233;faits. Qui d'entre nous peut dire quel pays a &#233;t&#233; plus sage ? Qui d'entre nous aurait pu pr&#233;voir que seuls les Finlandais gagneraient leur pari ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre une cl&#233; du succ&#232;s ou de l'&#233;chec pour une soci&#233;t&#233; est-elle de savoir &#224; quelles valeurs fondamentales se tenir et lesquelles &#233;carter, voire remplacer par de nouvelles. Au cours des soixante derni&#232;res ann&#233;es, des pays parmi les plus puissants ont renonc&#233; &#224; certaines valeurs qui paraissaient centrales dans leur image nationale : la Grande-Bretagne et la France ont renonc&#233; &#224; leur r&#244;le centenaire de puissances mondiales agissant de fa&#231;on ind&#233;pendante ; le Japon a renonc&#233; &#224; sa tradition militaire et &#224; ses forces arm&#233;es ; et la Russie a abandonn&#233; sa longue exp&#233;rience du communisme. Les &#201;tats-Unis ont abandonn&#233; en substance &#8211; mais pas compl&#232;tement &#8211; leurs anciennes valeurs de discrimination raciale l&#233;gale, d'homophobie l&#233;gale, de subordination des femmes et de r&#233;pression sexuelle. L 'Australie r&#233;vise aujourd'hui son statut de soci&#233;t&#233;. rurale agricole structur&#233;e par une identit&#233; britannique. Se pourrait-il que les soci&#233;t&#233;s qui r&#233;ussissent soient celles qui ont le courage de prendre ces d&#233;cisions difficiles et ont la chance de gagner leurs paris ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'&#233;checs en partie irrationnels s'expliquent par le conflit entre des motivations &#224; court terme et &#224; long terme chez le m&#234;me individu. Les paysans rwandais et ha&#239;tiens, ainsi que des milliards d'autres gens dans le monde aujourd'hui, sont d&#233;sesp&#233;r&#233;ment pauvres et ne pensent qu'&#224; la fa&#231;on dont ils vont se nourrir le lendemain. Les p&#234;cheurs pauvres des r&#233;cifs tropicaux se servent de dynamite et de cyanure pour tuer les poissons du r&#233;cif (et incidemment d&#233;truire les r&#233;cifs eux-m&#234;mes) afin de nourrir leurs enfants aujourd'hui, tout en sachant que, ce faisant, ils ravagent leur cadre de vie futur. Des &#233;conomistes justifient rationnellement ce souci exclusif des profits &#224; court terme en arguant qu'il peut &#234;tre de meilleur aloi de r&#233;colter une ressource aujourd'hui que demain, d&#232;s lors que les profits d'aujourd'hui peuvent &#234;tre investis et que les int&#233;r&#234;ts de cet investissement entre aujourd'hui et demain tendent &#224; rendre la r&#233;colte d'aujourd'hui plus valable que celle de demain. Quitte &#224; ce que les cons&#233;quences n&#233;fastes soient support&#233;es par la g&#233;n&#233;ration &#224; venir, qui, par d&#233;finition, n'est pas encore ici pour faire droit &#224; une prospective &#224; long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres facteurs interviennent dans les prises de d&#233;cision irrationnelles. Irving Janis &#233;tudie la &#171; pens&#233;e de groupe &#187;, forme moins pr&#233;gnante et &#224; petite &#233;chelle de la psychologie des foules, et qui peut appara&#238;tre dans un groupe de d&#233;cideurs. En particulier lorsqu'un petit groupe soud&#233; (comme les conseillers du pr&#233;sident Kennedy pendant la crise de la baie des Cochons ou ceux du pr&#233;sident Johnson lors de l'escalade de la guerre du Vi&#234;t Nam) essaie de parvenir &#224; une d&#233;cision dans des circonstances de stress o&#249; le besoin de soutien et d'approbation mutuels peuvent conduire &#224; annihiler les doutes et la pens&#233;e critique, &#224; partager des illusions, &#224; parvenir &#224; un consensus pr&#233;matur&#233; et finalement &#224; prendre une d&#233;cision catastrophique. La pens&#233;e de groupe &#8211; et la psychologie des foules &#8211; peut op&#233;rer sur des p&#233;riodes qui ne sont pas seulement de quelques heures, mais parfois de quelques ann&#233;es ; toutefois, on ignore encore quelle est leur part dans des d&#233;cisions catastrophiques concernant des probl&#232;mes d'environnement de longue dur&#233;e (d&#233;cennies ou si&#232;cles).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re raison sp&#233;culative que je mentionne&#173; rai pour expliquer l'&#233;chec irrationnel dans les tentatives men&#233;es pour r&#233;soudre un probl&#232;me que l'on per&#231;oit est le d&#233;ni d'origine psychologique. Si une chose per&#231;ue suscite en vous une &#233;motion douloureuse, elle sera inconsciemment supprim&#233;e ou ni&#233;e afin d'&#233;viter cette douleur, angoisse ou peur, quitte &#224; ce que le d&#233;ni conduise &#224; des d&#233;cisions d&#233;sastreuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine qui nous concerne, prenons l'exemple d'une &#233;troite vall&#233;e sinistr&#233;e juste derri&#232;re un grand barrage. Que le barrage vienne &#224; se rompre, l'eau emportera les habitants sur une distance consid&#233;rable en aval. Quand on sonde l'opinion qui vit en aval du barrage sur sa crainte d'une &#233;ventuelle rupture, cette peur est moindre en aval, elle augmente au fur et &#224; mesure qu'on s'approche, atteint son paroxysme &#224; quelques kilom&#232;tres du barrage, puis d&#233;cro&#238;t brutalement et tend vers z&#233;ro parmi les habitants les plus proches du barrage ! Autrement dit, ces derniers, qui sont les plus certains d'&#234;tre inond&#233;s en cas de rupture, disent d'une certaine mani&#232;re ne pas &#234;tre concern&#233;s. Ce d&#233;ni d'origine psychologique est leur seule fa&#231;on de vivre dans une normalit&#233; quotidienne. Le d&#233;ni d'origine psychologique est un ph&#233;nom&#232;ne bien attest&#233; dans la psychologie individuelle, mais il semble s'appliquer aussi &#224; la psychologie des groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dernier chapitre de mon catalogue, le cas o&#249; une soci&#233;t&#233; &#233;choue &#224; r&#233;soudre un probl&#232;me per&#231;u, voire anticip&#233; : le probl&#232;me peut &#234;tre au-del&#224; de nos capacit&#233;s pr&#233;sentes de r&#233;solution, une solution peut exister, mais &#234;tre trop co&#251;teuse, ou bien encore nos &#183;efforts peuvent &#234;tre trop minimes ou trop tardifs. Certaines solutions tent&#233;es ont un effet de retour qui fait empirer le probl&#232;me, telle l'introduction de crapauds en Australie pour contr&#244;ler les insectes nuisibles ou la suppression des feux de for&#234;ts dans l'Ouest am&#233;ricain. Maintes soci&#233;t&#233;s du pass&#233; (comme l'Islande m&#233;di&#233;vale) n'avaient pas les connaissances &#233;cologiques d&#233;taill&#233;es qui nous permettent d&#233;sormais de mieux faire face aux probl&#232;mes auxquels elles &#233;taient confront&#233;es. Mais certains de ces probl&#232;mes continuent aujourd'hui &#224; r&#233;sister &#224; toute solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au chapitre 8, nous avons vu qu'au Groenland, ces cinq derniers mille ans, le climat froid et les ressources limit&#233;es et variables ont conduit &#224; l'&#233;chec quatre vagues successives de chasseurs-cueilleurs am&#233;ricains puis des Norv&#233;giens. Les Inuits sont parvenus &#224; vivre en autosuffisance au Groenland pendant sept cents ans, mais leur vie &#233;tait dure et ils mouraient souvent de faim. Les Inuits contemporains ne sont plus pr&#234;ts &#224; subsister de fa&#231;on traditionnelle avec des outils de pierre, des tra&#238;neaux et la p&#234;che &#224; la baleine au harpon : ils importent des technologies et de la nourriture. Le gouvernement du Groenland n'a pas encore d&#233;velopp&#233; une &#233;conomie qui soit ind&#233;pendante de l'aide &#233;trang&#232;re malgr&#233; le choix de l'&#233;levage du b&#233;tail et les subventions aux &#233;leveurs de moutons. On comprend mieux d&#232;s lors l'&#233;chec final des Norv&#233;giens. De m&#234;me, l'&#233;chec final des Anasazis &#183;dans le sud-ouest des &#201;tats-Unis doit &#234;tre consid&#233;r&#233; &#224; la lumi&#232;re de beaucoup d'autres tentatives qui ont finalement &#233;chou&#233; pour &#233;tablir des soci&#233;t&#233;s rurales durables dans un environnement hostile &#224; l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les probl&#232;mes les plus r&#233;currents aujourd'hui, on trouve ceux que posent les esp&#232;ces nuisibles, qui se r&#233;v&#233;l&#232;rent souvent impossibles &#224; &#233;radiquer ou &#224; contr&#244;ler une fois introduites. Par exemple, l'&#201;tat du Montana continue &#224; d&#233;penser plus de cent millions de dollars par an pour combattre des mauvaises herbes qui ont &#233;t&#233; introduites. Non pas parce que le Montana n'a rien fait pour les &#233;radiquer, mais tout simplement parce que ces mauvaises herbes sont impossibles &#224; &#233;radiquer &#224; l'heure actuelle. Certaines. ont des racines trop profondes pour qu'on les arrache &#224; la main et les d&#233;sherbants chimiques sp&#233;cifiques co&#251;tent cher. L'Australie a tent&#233; les haies, les renards, la chasse, les bulldozers et le virus de la myxomatose ou le virus &lt;i&gt;Calici&lt;/i&gt; pour ma&#238;triser les lapins, lesquels ont pour l'instant r&#233;sist&#233; &#224; toutes ces offensives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me catastrophique des incendies de for&#234;ts dans les parties s&#232;ches de l'Ouest montagneux des &#201;tats-Unis pourrait sans doute &#234;tre ma&#238;tris&#233; gr&#226;ce &#224; des techniques de gestion, comme l'&#233;lagage m&#233;canique des sous-bois et l'enl&#232;vement du bois mort, visant &#224; r&#233;duire ce qui peut br&#251;ler. Malheureusement, la mise en &#339;uvre de cette solution sur une grande &#233;chelle est consid&#233;r&#233;e comme prohibitive. Le destin du moineau de Floride illustre &#233;galement l'&#233;chec d&#251; aux co&#251;ts estim&#233;s et &#224; la procrastination qui s'ensuit : trop peu, trop tard. L'habitat de ce moineau se r&#233;duisant, toute action a &#233;t&#233; repouss&#233;e le temps que l'on &#233;tablisse si vraiment il diminuait &#224; un point critique. Lorsque l'Office am&#233;ricain du poisson et de la faune sauvage a d&#233;cid&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 1980 d'acheter l'habitat restant pour le co&#251;t &#233;lev&#233; de cinq millions de dollars, il &#233;tait si d&#233;grad&#233; que les moineaux moururent. Une pol&#233;mique fit alors rage pour savoir si l'on devait accoupler les derniers sp&#233;cimens en captivit&#233; avec d'autres, assez proches, puis en obtenir de plus purs en croisant les hybrides ainsi obtenus. Lorsque l'autorisation fut finalement accord&#233;e, les derniers moineaux captifs &#233;taient devenus infertiles du fait de leur &#226;ge avanc&#233;. L'effort pour pr&#233;server l'habitat et pour accoupler les oiseaux captifs aurait &#233;t&#233; moins co&#251;teux et davantage couronn&#233; de succ&#232;s s'il avait &#233;t&#233; entrepris plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ouverture &#224; ce chapitre, il y avait l'&#233;tonnement de mes &#233;tudiants et le refus de Joseph Tainter de croire qu'une soci&#233;t&#233; pouvait choisir l'&#233;chec. Au moment de conclure, il nous appara&#238;t que nous sommes &#224; l'extr&#234;me inverse : il y a quantit&#233; de raisons qui expliquent l'&#233;chec des soci&#233;t&#233;s. Mais le fait que nous soyons, moi, en train de r&#233;diger et, vous, de lire cet ouvrage prouve que l'&#233;chec n'est pas notre destin&#233;e in&#233;luctable. Au chapitre 9, nous avons analys&#233; nombre de succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si certaines soci&#233;t&#233;s r&#233;ussissent tandis que d'autres &#233;chouent, la raison en est &#233;videmment dans les diff&#233;rences entre les environnements plut&#244;t qu'entre les soci&#233;t&#233;s. Certains environnements posent des probl&#232;mes plus difficiles que d'autres. Par exemple, le Groenland froid et isol&#233; posait un plus grand d&#233;fi que le sud de la Norv&#232;ge, dont provenaient beaucoup de colons du Groenland. De m&#234;me, l'&#238;le de P&#226;ques, qui est s&#232;che, isol&#233;e, de latitude &#233;lev&#233;e et plate, repr&#233;sentait pour ses colons un plus grand d&#233;fi que Tahiti, humide, moins isol&#233;e, &#233;quatoriale et &#233;lev&#233;e, d'o&#249; &#233;taient originaires des anc&#234;tres des habitants de l'&#238;le de P&#226;ques. Mais ce n'est que la moiti&#233; de l'histoire. Si j'affirmais que ces diff&#233;rences environnementales repr&#233;sentent la seule raison de l'&#233;chec ou de la r&#233;ussite des soci&#233;t&#233;s, il serait juste de m'accuser de &#171; d&#233;terminisme environnemental &#187;,conception peu &#224; l'honneur chez les sp&#233;cialistes des sciences sociales. En r&#233;alit&#233;, si les conditions environnementales rendent sans doute plus difficile le maintien des soci&#233;t&#233;s humaines dans certains milieux plut&#244;t que dans d'autres, les raisons de la r&#233;ussite ou de l'&#233;chec tiennent aussi aux choix qu'op&#232;re une soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, pourquoi l'Empire inca a-t-il r&#233;ussi &#224; reboiser son environnement sec et froid, mais pas les habitants de l'&#238;le de P&#226;ques ni les Norv&#233;giens du Groenland ? La r&#233;ponse d&#233;pend en partie des idiosyncrasies des individus et met au d&#233;fi toute pr&#233;diction. Je crois cependant qu'une meilleure intelligence des causes potentielles d'&#233;chec recens&#233;es dans cette enqu&#234;te peut aider les d&#233;cideurs &#224; en prendre conscience et &#224; les &#233;viter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple frappant de l'usage d'une bonne compr&#233;hension d'une crise ant&#233;rieure nous est donn&#233; par les crises cons&#233;cutives mais contrast&#233;es impliquant Cuba et les &#201;tats-Unis. Chaque crise donne lieu &#224; des discussions entre le pr&#233;sident Kennedy et ses conseillers. D&#233;but 1961, ils versent dans la pens&#233;e de groupe, et prennent donc la d&#233;cision catastrophique de lancer l'invasion de la baie des Cochons, qui est un &#233;chec humiliant, et conduit &#224; la crise bien plus dangereuse des missiles cubains. Irving Janis, dans &lt;i&gt;Groupthink : Psychological Studies of Policy Decisions and Fiascoes&lt;/i&gt;, montre que les d&#233;lib&#233;rations sur l' exp&#233;dition dans la baie des Cochons pr&#233;sentent toutes les caract&#233;ristiques, ou presque, de la prise de mauvaises d&#233;cisions : sentiment pr&#233;matur&#233; d'unanimit&#233;, annihilation des doutes personnels et emp&#234;chement de l'expression de visions oppos&#233;es, meneur &#8211; Kennedy &#8211; dirigeant la discussion de fa&#231;on &#224; minimiser les d&#233;saccords. En 1962, les d&#233;lib&#233;rations sur la crise des missiles impliquent Kennedy et nombre des m&#234;mes conseillers, mais elles suivent un processus inverse et d&#233;bouchent sur des d&#233;cisions fructueuses : Kennedy ordonne aux participants de penser avec scepticisme, il autorise la libre discussion, il rencontre s&#233;par&#233;ment les sous-groupes et quitte parfois la salle pour &#233;viter de trop influencer lui-m&#234;me la discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ces deux crises cubaines, la prise de d&#233;cision est diff&#233;rente en grande partie parce que Kennedy lui-m&#234;me, apr&#232;s le fiasco de la baie des Cochons, a r&#233;fl&#233;chi aux dysfonctionnements dans le mode de d&#233;cision et invit&#233; ses conseillers &#224; faire de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;__ Il faut qu'un dirigeant se fasse parfois visionnaire, ce qui implique du courage politique, puisqu'il doit r&#233;soudre un probl&#232;me environnemental. Nous en avons rencontr&#233; quelques cas : les premiers shoguns tokugawas, qui ont r&#233;duit la d&#233;forestation du Japon longtemps avant que celle-ci n'atteigne le stade de l'&#238;le de P&#226;ques ; Joaquin Balaguer, le dictateur qui, quelles que fussent ses motivations, soutint fortement les d&#233;fenseurs de l'environnement dans la partie dominicaine d'Hispaniola, alors que ses homologues du c&#244;t&#233; ha&#239;tien ne firent rien de tel ; les chefs de Tikopia qui d&#233;cid&#232;rent d'&#233;liminer les porcs nocifs pour leur &#238;le, malgr&#233; le statut prestigieux de cet animal en M&#233;lan&#233;sie ; les dirigeants de la Chine communiste qui ont promulgu&#233; un planning familial longtemps avant que la surpopulation de leur pays atteigne le niveau du Rwanda aujourd'hui. Autant d'exemples qui sont des raisons d'esp&#233;rer et font de mon enqu&#234;te un ouvrage optimiste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb28-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Traduction fran&#231;aise : &lt;i&gt;La marche folle de l'Histoire&lt;/i&gt;, Paris, Robert Laffont, 1985. Citations respectivement aux pages 374 et 376 (N.d.&#201;.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pourquoi certaines soci&#233;t&#233;s prennent-elles des d&#233;cisions catastrophiques ? (1/2) </title>
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&lt;p&gt;Chapitre &#233;ponyme (14) du livre de Jared Diamond, &#171; Effondrement. Comment les soci&#233;t&#233;s d&#233;cident de leur disparition ou de leur survie &#187; (2005, Gallimard 2006). L'&#233;ducation est un processus qui implique deux groupes de participants suppos&#233;s jouer des r&#244;les diff&#233;rents : les enseignants, qui transmettent un savoir aux &#233;l&#232;ves, et les &#233;l&#232;ves, qui absorbent la connaissance qu'ils leur apportent. En r&#233;alit&#233;, comme chaque enseignant le d&#233;couvre, l'&#233;ducation consiste aussi pour les &#233;l&#232;ves &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-174-diamond-j-+" rel="tag"&gt;Diamond J.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-213-prehistoire-+" rel="tag"&gt;Pr&#233;histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre &#233;ponyme (14) du livre de Jared Diamond, &#171; Effondrement. Comment les soci&#233;t&#233;s d&#233;cident de leur disparition ou de leur survie &#187; (2005, Gallimard 2006).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;ducation est un processus qui implique deux groupes de participants suppos&#233;s jouer des r&#244;les diff&#233;rents : les enseignants, qui transmettent un savoir aux &#233;l&#232;ves, et les &#233;l&#232;ves, qui absorbent la connaissance qu'ils leur apportent. En r&#233;alit&#233;, comme chaque enseignant le d&#233;couvre, l'&#233;ducation consiste aussi pour les &#233;l&#232;ves &#224; transmettre des connaissances &#224; leurs enseignants, &#224; mettre au d&#233;fi leurs pr&#233;suppositions et &#224; poser des questions auxquelles ils n'avaient pas pens&#233; auparavant. J'en fis moi-m&#234;me l'exp&#233;rience &#224; mon s&#233;minaire &#224; l'universit&#233; de Californie &#224; Los Angeles (UCLA), o&#249; je testais la mati&#232;re de ce livre aupr&#232;s de mes &#233;tudiants. Lors des &#233;changes, l'un d'entre eux me posa une question qui me laissa sans voix : que se dit &#224; lui-m&#234;me le Pascuan [habitant de l'&#238;le de P&#226;ques] qui abattit le dernier arbre ? Les dommages inflig&#233;s &#224; l'environnement se font-ils en toute connaissance de cause ? Les &#233;tudiants se demandaient si &#8211; &#224; supposer qu'il y ait encore des Terriens vivants dans cent ans &#8211; les hommes du XXIIe si&#232;cle seront aussi stup&#233;faits de notre aveuglement que nous le sommes de celui des habitants de l'&#238;le de P&#226;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiens et arch&#233;ologues professionnels ne laissent pas d'&#234;tre &#233;tonn&#233;s par les d&#233;cisions catastrophiques qu'ont prises nombre de soci&#233;t&#233;s. Le livre peut-&#234;tre le plus cit&#233; sur les effondrements de soci&#233;t&#233;s est d&#251; &#224; la plume de l'arch&#233;ologue Joseph Tainter, &lt;i&gt;The Collapse of Complex Societies&lt;/i&gt; ( 1990). Examinant les diverses interpr&#233;tations possibles des effondrements anciens, Tainter se montre sceptique quant &#224; l'hypoth&#232;se selon laquelle la cause en fut la diminution des ressources environnementales : &#171; &lt;i&gt;Cette conception pr&#233;suppose que ces soci&#233;t&#233;s contemplent les risques sans mener d'actions correctrices. Les soci&#233;t&#233;s complexes se caract&#233;risent par une prise de d&#233;cision centralis&#233;e, des flux d'informations importants, une forte coordination de leurs diff&#233;rentes parties, des canaux de commandement formels et la mise en commun de leurs ressources. Cette structure semble avoir la capacit&#233;, voire le but d&#233;lib&#233;r&#233;, d'&#233;quilibrer les fluctuations et les d&#233;ficiences de la productivit&#233;. Fortes de leur structure administrative et de la capacit&#233; &#224; encadrer l'allocation du travail et des ressources, la gestion de l'adversit&#233; environnementale est sans doute l'une des choses que les soci&#233;t&#233;s complexes font le mieux. Il est curieux qu'elles se soient effondr&#233;es alors qu'elles &#233;taient confront&#233;es pr&#233;cis&#233;ment &#224; ces situations qu'elles &#233;taient &#233;quip&#233;es pour circonvenir [ ... ]. Lorsqu'il devient &#233;vident pour les membres ou les fonctionnaires d'une soci&#233;t&#233; complexe qu'une base de ressources se d&#233;t&#233;riore, il semble plus raisonnable de supposer que des pas rationnels sont franchis pour trouver une solution. L'autre pr&#233;suppos&#233; &#8212; l'idiotie en face du d&#233;sastre &#8212; exige un acte de foi devant lequel on peut l&#233;gitime&#173; ment h&#233;siter.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tainter estimait donc qu'il est peu probable que les soci&#233;t&#233;s complexes puissent s'effondrer en vertu de l'&#233;chec de leur gestion des ressources environnementales. Et pourtant, il est clair, au vu de tous les cas analys&#233;s dans ce livre, que c'est pr&#233;cis&#233;ment un tel &#233;chec qui s'est produit de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e. Comment autant de soci&#233;t&#233;s ont-elles pu commettre d'aussi funestes erreurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question renvoie &#224; un ph&#233;nom&#232;ne d&#233;concertant : &#224; savoir, des &#233;checs dans la prise de d&#233;cision en groupe de la part de soci&#233;t&#233;s tout enti&#232;res ou d'autres groupes. Un probl&#232;me li&#233; assur&#233;ment &#224; celui des &#233;checs intervenant dans la prise de d&#233;cision individuelle, mais qui ne s'y r&#233;sume pas. Des facteurs suppl&#233;mentaires entrent en ligne de compte dans les &#233;checs de la prise de d&#233;cision en groupe &#8211; tels les conflits d'int&#233;r&#234;ts entre membres du groupe ou la dynamique de groupe, par exemple. Sujet complexe pour lequel il n'existe pas une seule et unique r&#233;ponse adapt&#233;e &#224; toutes les situations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entends plut&#244;t proposer, &#224; partir des exemples plus amplement d&#233;velopp&#233;s dans les chapitres pr&#233;c&#233;dents, un guide des facteurs qui contribuent &#224; la prise de d&#233;cision en groupe. Je regrouperai ces facteurs en quatre cat&#233;gories souples. En premier, un groupe peut &#233;chouer &#224; anticiper un probl&#232;me avant qu'il ne survienne vraiment. Deuxi&#232;mement, lorsque le probl&#232;me arrive, le groupe peut &#233;chouer &#224; le percevoir. Ensuite, une fois qu'il l'a per&#231;u, il peut &#233;chouer dans sa tentative pour le r&#233;soudre. Enfin, il peut essayer de le r&#233;soudre, mais &#233;chouer. Les analyses des raisons expliquant les &#233;checs et les effondrements ne sont pas seulement d&#233;primantes, elles ont aussi un revers : les d&#233;cisions qui r&#233;ussissent. Comprendre les raisons pour lesquelles les groupes prennent souvent de mauvaises d&#233;cisions, c'est s'armer de connaissances pour mieux orienter les groupes &#224; prendre de judicieuses d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier chapitre de mon guide : les groupes peuvent causer des catastrophes parce qu'ils ne parviennent pas &#224; anticiper un probl&#232;me avant qu'il sur&#173;ienne, et ce pour plusieurs raisons. L'une est qu'ils peuvent ne pas avoir d'exp&#233;rience ant&#233;rieure de probl&#232;mes similaires et ne sont donc pas sensibilis&#233;s &#224; la possibilit&#233; qu'ils adviennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple de choix est le d&#233;sordre que les colons britanniques ont cr&#233;&#233; en introduisant les lapins et les renards en Australie dans les ann&#233;es 1800. Aujourd'hui, ce sont deux des exemples les plus d&#233;sastreux de l'impact d'animaux sur un environnement o&#249; ils n'&#233;taient pas pr&#233;sents &#224; l'origine (voir chapitre 13). Ces introductions sont des plus tragiques parce qu'elles ont &#233;t&#233; men&#233;es &#224; bien intentionnellement et moyennant beaucoup d'efforts ; elles ne r&#233;sultent pas de minuscules semences transport&#233;es par inadvertance, comme dans beaucoup de cas de mauvaises herbes nocives. Les renards sont devenus les pr&#233;dateurs de nombreuses esp&#232;ces de mammif&#232;res primitifs australiens qu'ils ont extermin&#233;s parce que ceux-ci ne poss&#233;daient pas l' exp&#233;rience &#233;volutionniste des renards, tandis que les lapins consomment une grande partie du fourrage destin&#233; aux moutons et au b&#233;tail, concurrencent les mammif&#232;res herbivores autochtones et minent le terrain avec leurs terriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;trospectivement, nous consid&#233;rons comme incroyablement stupide que les colons aient intentionnellement l&#226;ch&#233; en Australie deux esp&#232;ces &#233;trang&#232;res de mammif&#232;res dont la ma&#238;trise, et non pas l'&#233;radication, a exig&#233; des milliards de dollars, apr&#232;s qu'elles ont caus&#233; des milliards de dollars de d&#233;g&#226;ts. Nous admettons aujourd'hui, en nous appuyant sur maints autres exemples de ce type, que ces introductions se r&#233;v&#232;lent souvent d&#233;sastreuses pour des raisons inattendues. C'est pourquoi, lorsqu'on entre en Australie ou aux &#201;tats-Unis comme visiteur ou comme r&#233;sident rentrant chez lui, l'une des premi&#232;res questions pos&#233;es par les agents de l'immigration est de savoir si l'on transporte des plantes, des semences ou des animaux &#8211; afin de r&#233;duire le risque qu'ils s'&#233;chappent et s'&#233;tablissent dans ces pays. Cette exp&#233;rience ant&#233;rieure nous a appris (souvent, mais pas toujours) &#224; anticiper les p&#233;rils potentiels que repr&#233;sente l'introduction de nouvelles esp&#232;ces. Mais il est toujours difficile, m&#234;me pour des &#233;cologues professionnels, de pr&#233;dire quelles introductions r&#233;ussiront, lesquelles se r&#233;v&#233;leront d&#233;sastreuses et pourquoi la m&#234;me esp&#232;ce s'introduit en certains sites et pas en d'autres. Par cons&#233;quent, nous ne devrions pas &#234;tre surpris par le fait que les Australiens du XIXe si&#232;cle, qui n'avaient pas notre exp&#233;rience, n'ont pas r&#233;ussi &#224; anticiper les effets des lapins et des renards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans nos enqu&#234;tes, nous avons rencontr&#233; d'autres exemples de soci&#233;t&#233;s n'ayant pas r&#233;ussi &#224; anticiper un probl&#232;me faute d'en avoir l'exp&#233;rience. Lorsqu'ils ont investi massivement dans la chasse au morse afin d'exporter de l'ivoire en Europe, les Norv&#233;giens du Groenland ne pouvaient se douter que les croisades &#233;limineraient &#224; terme l'ivoire de morse en rouvrant aux Europ&#233;ens l'acc&#232;s &#224; l'ivoire d'&#233;l&#233;phant d'Asie et d'Afrique ni que les glaces g&#234;neraient les transports vers l'Europe. Sans scientifiques sp&#233;cialistes des sols, les Mayas de Cop&#224;n ne pouvaient pr&#233;voir que la d&#233;forestation des pentes des collines d&#233;clencherait une &#233;rosion au d&#233;triment du fond des vall&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une exp&#233;rience ant&#233;rieure ne garantit pas n&#233;cessairement qu'une soci&#233;t&#233; anticipera un probl&#232;me, pour peu que cette exp&#233;rience ait &#233;t&#233; faite longtemps auparavant et qu'elle soit oubli&#233;e. C'est en particulier un probl&#232;me pour les soci&#233;t&#233;s sans &#233;criture, qui ont moins que les soci&#233;t&#233;s avec &#233;criture la capacit&#233; &#224; conserver les annales d'&#233;v&#233;nements lointains : la transmission orale des informations est plus limit&#233;e que la transmission &#233;crite. Nous avons vu au chapitre 4 que la soci&#233;t&#233; anasazi du Chaco Canyon a surv&#233;cu &#224; plusieurs s&#233;cheresses avant de succomber &#224; la grande s&#233;cheresse du XIIe si&#232;cle apr&#232;s J.-C. Mais, faute de disposer de l'&#233;criture et d'archives, les Anasazis du XIIe si&#232;cle n'avaient pas les acquis des m&#234;mes &#233;pisodes climatiques ant&#233;rieurs de plusieurs si&#232;cles. De m&#234;me, les basses terres mayas de l'&#233;poque classique ont succomb&#233; &#224; une s&#233;cheresse au IXe si&#232;cle, alors que cette m&#234;me r&#233;gion avait &#233;t&#233; touch&#233;e par la s&#233;cheresse des si&#232;cles plus t&#244;t (chapitre 5). Bien que les Mayas disposassent d'une &#233;criture, celle-ci rapportait les hauts faits des rois et les &#233;v&#233;nements astronomiques plut&#244;t que la m&#233;t&#233;orologie, de sorte que la s&#233;cheresse du IIIe si&#232;cle n'a &#233;t&#233; d'aucune aide pour anticiper celle du IXe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s modernes et contemporaines dont les &#233;crits abordent d'autres questions que celles des rois et des plan&#232;tes, cela n'implique pas n&#233;cessairement que les soci&#233;t&#233;s s'appuient sur leur exp&#233;rience pass&#233;e. Elles ont une tendance &#224; l'oubli. Pendant les deux ann&#233;es qui suivirent les p&#233;nuries d'essence li&#233;es &#224; la crise du p&#233;trole du Golfe en 1973, les Am&#233;ricains se sont d&#233;tourn&#233;s des automobiles &#224; forte consommation, puis ils ont oubli&#233; et font aujourd'hui bon accueil aux 4 x 4, malgr&#233; tout ce qui a &#233;t&#233; et est imprim&#233; sur les &#233;v&#233;nements de 1973. Lorsque la ville de Tucson, en Arizona, a connu une grave s&#233;cheresse dans les ann&#233;es 1950, ses citoyens en &#233;moi ont jur&#233; leurs grands dieux qu'ils g&#233;reraient mieux leur eau, mais ils ont vite repris le gaspillage li&#233; &#224; la construction de parcours de golf et &#224; l'arro&#173;sage des jardins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre raison expliquant l'&#233;chec d'une soci&#233;t&#233; &#224; anticiper un probl&#232;me tient au raisonnement par mauvaise analogie. Le raisonnement par analogie est pertinent si les situations ancienne et nouvelle sont vraiment de m&#234;me type. Mais les similitudes peuvent n'&#234;tre que de surface. Les Vikings qui ont &#233;migr&#233; en Islande &#224; partir de 870 apr&#232;s J.-C. venaient de Norv&#232;ge et de Grande-Bretagne, pays dot&#233;s de sols lourds d&#233;pos&#233;s par les glaciers et qui, m&#234;me priv&#233;s de leur couvert v&#233;g&#233;tal, ne peuvent &#234;tre emport&#233;s par l'&#233;rosion. Lorsque les colons vikings ont rencontr&#233; en Islande beaucoup d'esp&#232;ces d'arbres qu'ils connaissaient d&#233;j&#224; en Norv&#232;ge et en Grande-Bretagne, ils ont &#233;t&#233; tromp&#233;s par la similitude apparente du paysage (chapitre 6). Malheureusement, les sols islandais ne sont pas n&#233;s de l'usure glaciaire, mais de vents apportant des cendres l&#233;g&#232;res souffl&#233;es par des &#233;ruptions volcaniques. Une fois que les Vikings ont d&#233;frich&#233; les for&#234;ts islandaises pour cr&#233;er des p&#226;turages pour leur cheptel, les sols l&#233;gers ont &#233;t&#233; expos&#233;s au vent et une bonne partie des sols islandais de surface a &#233;t&#233; &#233;rod&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;paration de l'arm&#233;e fran&#231;aise &#224; la Seconde Guerre mondiale est un c&#233;l&#232;bre exemple contemporain de raisonnement par mauvaise analogie. Apr&#232;s l'horrible bain de sang de la Premi&#232;re, la France a admis qu'il &#233;tait vital pour elle de se prot&#233;ger contre la possibilit&#233; d'une autre invasion allemande. Malheureusement, le haut commandement de l'arm&#233;e a pr&#233;suppos&#233; qu'une nouvelle guerre se livrerait de la m&#234;me fa&#231;on que la Premi&#232;re Guerre mondiale, au cours de laquelle le front Est entre la France et l'Allemagne s'est stabilis&#233; par la guerre de tranch&#233;es. Les forces d&#233;fensives d'infanterie avaient b&#226;ti des tranch&#233;es fortifi&#233;es sophistiqu&#233;es et elles &#233;taient parvenues &#224; repousser les attaques d'infanterie, alors que les forces d'offensive n'avaient d&#233;ploy&#233; les chars tout juste invent&#233;s que de fa&#231;on individuelle et uniquement en soutien aux attaques de fantassins. D&#232;s lors, la France a construit la ligne Maginot, un syst&#232;me encore plus sophistiqu&#233; et co&#251;teux de fortifications. Le haut commandement allemand, vaincu lors de la Premi&#232;re Guerre mondiale, avait admis, lui, qu'une nouvelle strat&#233;gie s'imposait. Il utilisa des chars regroup&#233;s en divisions distinctes pour lancer des attaques &#233;clairs, contourna la ligne Maginot en empruntant des for&#234;ts auparavant jug&#233;es imp&#233;n&#233;trables aux chars et occupa Paris en six semaines seulement. Raisonnant faussement par analogie avec la Premi&#232;re Guerre mondiale, l'&#233;tat-major fran&#231;ais commit une erreur tr&#232;s r&#233;pandue : faire des plans pour la guerre &#224; venir comme si c'&#233;tait la r&#233;p&#233;tition de la pr&#233;c&#233;dente, d'autant que cette derni&#232;re avait &#233;t&#233; remport&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me chapitre de mon guide, apr&#232;s l'anticipation, le fait qu'une soci&#233;t&#233; peut percevoir ou non qu'un probl&#232;me se pose vraiment. Il existe au moins trois raisons expliquant de tels &#233;checs, toutes communes au monde des affaires et &#224; l'Universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, les origines de certains probl&#232;mes ne peuvent litt&#233;ralement pas &#234;tre per&#231;us. Par exemple, les nutriments responsables de la fertilit&#233; des sols sont invisibles &#224; l'&#339;il nu et on ne les mesure par des analyses chimiques que depuis l'&#233;poque contemporaine. En Australie, &#224; Mangareva, dans certaines parties du Sud-Ouest am&#233;ricain et en bien d'autres lieux, la plus grande partie des nutriments avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; lessiv&#233;e et d&#233;tach&#233;e des sols par suite des pluies avant que les hommes ne viennent s'&#233;tablir. Quand les colons ont entrepris de faire pousser des cultures, celles-ci ont rapidement &#233;puis&#233; les nutriments qui restaient, de sorte que l'agriculture a &#233;t&#233; un &#233;chec. Et pourtant, ces sols pauvres en &#233;l&#233;ments nutritifs portaient souvent une v&#233;g&#233;tation luxuriante en apparence, pour la raison que la plupart des nutriments de l'&#233;cosyst&#232;me sont contenus dans la v&#233;g&#233;tation plut&#244;t que dans les sols. Les premiers colons d'Australie et de Mangareva n'avaient aucun moyen de percevoir ce probl&#232;me d' &#233;puisement nutritif des sols par d&#233;frichement &#8211; non plus que les agriculteurs des r&#233;gions sal&#233;es en profondeur (comme l'est du Montana et certaines parties de l'Australie et de la M&#233;sopotamie) ne pouvaient percevoir la salinisation en cours, non plus que certains mineurs&#183;ne pouvaient percevoir que les eaux rejet&#233;es par les mines regorgeaient de cuivre et d'acide toxique dissous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre raison qui explique l'absence de perception d'un probl&#232;me une fois qu'il se pose, c'est la distance des gestionnaires, le probl&#232;me est potentiel dans toute soci&#233;t&#233; ou entreprise importante. Par exemple, la plus grande firme propri&#233;taire terrienne et d'exploitation foresti&#232;re au Montana aujourd'hui n'est pas bas&#233;e dans l'&#201;tat, mais &#224; quatre cents kilom&#232;tres, &#224; Seattle, dans l'&#201;tat de Washington. Faute de proximit&#233; g&#233;ographique, les cadres de l'entreprise peuvent ignorer un probl&#232;me &#224; ses commencements sur leurs propri&#233;t&#233;s foresti&#232;res. Les entreprises bien g&#233;r&#233;es &#233;vitent de telles surprises en envoyant p&#233;riodiquement des responsables &#171; sur le terrain &#187; pour observer ce qui s'y passe r&#233;ellement. De m&#234;me, si les Tikopiens vivant sur leur &#238;le minuscule et les montagnards de Nouvelle-Guin&#233;e dans leurs vall&#233;es ont r&#233;ussi &#224; g&#233;rer leurs ressources pendant plus de mille ans, c'est gr&#226;ce &#224; une connaissance exacte du territoire dans son entier dont d&#233;pend leur soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La circonstance la plus r&#233;pandue d'un &#233;chec de perception est celle d'une tendance lourde marqu&#233;e par des fluctuations. Le r&#233;chauffement global en est l'exemple de choix &#224; l'&#233;poque contemporaine. Nous comprenons d&#233;sormais que les temp&#233;ratures de par le monde ont mont&#233; au cours des d&#233;cennies r&#233;centes, en grande partie du fait des changements atmosph&#233;riques caus&#233;s par les hommes. Cependant, le climat n'a pas exactement augment&#233; de 0,01 degr&#233; par an. Il fluctue de fa&#231;on erratique d'une ann&#233;e sur l'autre : trois degr&#233;s de plus un &#233;t&#233; que le pr&#233;c&#233;dent, deux degr&#233;s de plus l'&#233;t&#233; suivant, quatre degr&#233;s de moins le suivant, un degr&#233; de moins encore le suivant, puis cinq degr&#233;s de plus, etc. Compte tenu de ces fluctuations importantes et impr&#233;visibles, il a fallu longtemps pour discerner la tendance moyenne &#224; la hausse de 0,01 degr&#233;. C'est pourquoi la plupart des climatologues professionnels, auparavant sceptiques quant &#224; la r&#233;alit&#233; du r&#233;chauffement global, ne sont convaincus que depuis quelques ann&#233;es. &#192; l'&#233;poque o&#249; j'&#233;cris ces lignes, le pr&#233;sident George W. Bush n'&#233;tait toujours pas convaincu de sa r&#233;alit&#233; et il estime qu'il faut poursuivre les recherches. &#192; l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale, les habitants du Groenland &#233;prouvaient de semblables difficult&#233;s &#224; admettre que leur climat se refroidissait progressivement, et les Mayas et les Anasazis &#224; discerner que le leur devenait plus sec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes politiques parlent de &#171; normalit&#233; rampante &#187; pour d&#233;signer ce type de tendances lentes &#339;uvrant sous des fluctuations bruyantes. Si l'&#233;conomie, l'&#233;cole, les embouteillages ou toute autre chose ne se d&#233;t&#233;riorent que lentement, il est difficile d'admettre que chaque ann&#233;e de plus est en moyenne l&#233;g&#232;rement pire que la pr&#233;c&#233;dente ; les&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;rep&#232;res fondamentaux quant &#224; ce qui constitue la &#171; normalit&#233; &#187; &#233;voluent donc graduellement et imperceptiblement. Il faut parfois plusieurs d&#233;cennies au cours d'une s&#233;quence de ce type de petits changements annuels avant qu'on saisisse, d'un coup, que la situation &#233;tait meilleure il y a plusieurs d&#233;cennies et que ce qui est consid&#233;r&#233; comme normal a de fait atteint un niveau inf&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre dimension li&#233;e &#224; la normalit&#233; rampante est l' &#171; amn&#233;sie du paysage &#187; : on oublie &#224; quel point le paysage alentour &#233;tait diff&#233;rent il y a cinquante ans, parce que les changements d'ann&#233;e en ann&#233;e ont &#233;t&#233; eux aussi graduels. La fonte des glaciers et des neiges du Montana caus&#233;e par le r&#233;chauffement global en est un exemple (chapitre 1). Adolescent, j'ai pass&#233; les &#233;t&#233;s 1953 et 1956 &#224; Big Hole Basin dans le Montana et je n'y suis retourn&#233; que quarante-deux plus tard en 1998, avant de d&#233;cider d'y revenir chaque ann&#233;e. Parmi mes plus vifs souvenirs du Big Hole, la neige qui recouvrait les sommets &#224; l'horizon m&#234;me en plein &#233;t&#233;, mon sentiment qu'une bande blanche bas dans le ciel entourait le bassin. N'ayant pas connu les fluctuations et la disparition graduelle des neiges &#233;ternelles pendant l'intervalle de quarante-deux ans, j'ai &#233;t&#233; choqu&#233; et attrist&#233; lors de mon retour &#224; Big Hole en 1998 de ne plus retrouver qu'une bande blanche en pointill&#233;s, voire plus de bande blanche du tout en 2001 et en 2003. Interrog&#233;s sur ce changement, mes amis du Montana s'en montrent moins conscients : sans chercher plus loin, ils comparaient chaque ann&#233;e &#224; son &#233;tat ant&#233;rieur de l'ann&#233;e d'avant. La normalit&#233; rampante ou l'amn&#233;sie du paysage les emp&#234;chaient, plus que moi, de se souvenir de la situation dans les ann&#233;es 1950. Un exemple parmi d'autres qui montre qu'on d&#233;couvre souvent un probl&#232;me lorsqu'il est d&#233;j&#224; trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amn&#233;sie du paysage r&#233;pond en partie &#224; la question de mes &#233;tudiants : qu'a pens&#233; l'habitant de l'&#238;le de P&#226;ques qui a coup&#233; le dernier palmier ? Nous imaginons inconsciemment un changement sou&#173;dain : une ann&#233;e, l'&#238;le &#233;tait encore recouverte d'une for&#234;t de palmiers parce qu'on y produisait du vin, des fruits et du bois d'&#339;uvre pour transporter et &#233;riger les statues ; puis voil&#224; que, l'ann&#233;e suivante, il ne restait plus qu'un arbre, qu'un habitant a abattu, incroyable geste de stupidit&#233; autodestructrice. Il est cependant plus probable que les modifications dans la couverture foresti&#232;re d'ann&#233;e en ann&#233;e ont &#233;t&#233; presque ind&#233;tectables : une ann&#233;e quelques arbres ont &#233;t&#233; coup&#233;s ici ou l&#224;, mais de jeunes arbres commen&#231;aient &#224; repousser sur le site de ce jardin abandonn&#233;. Seuls les plus vieux habitants de l'&#238;le, s'ils repensaient &#224; leur enfance des d&#233;cennies plus t&#244;t, pouvaient voir la diff&#233;rence. Leurs enfants ne pouvaient pas plus comprendre les contes de leurs parents, o&#249; il &#233;tait question d'une grande for&#234;t, que mes fils de dix-sept ans ne peuvent comprendre aujourd'hui les contes de mon &#233;pouse et de moi-m&#234;me, d&#233;crivant ce qu'&#233;tait Los Angeles il y a quarante ans. Petit &#224; petit, les arbres de l'&#238;le de P&#226;ques sont devenus plus rares, plus petits et moins importants. &#192; l'&#233;poque o&#249; le dernier palmier portant des fruits a &#233;t&#233; coup&#233;, cette esp&#232;ce avait depuis longtemps cess&#233; d'avoir une signification &#233;conomique. Il ne restait &#224; couper chaque ann&#233;e que de jeunes palmiers de plus en plus petits, ainsi que d'autres buissons et pousses. Personne n'aurait remarqu&#233; la chute du dernier petit palmier. Le souvenir de la for&#234;t de palmiers des si&#232;cles ant&#233;rieurs avait succomb&#233; &#224; l'amn&#233;sie du paysage. &#192; l'oppos&#233;, la vitesse avec laquelle la d&#233;forestation s'est r&#233;pandue dans le Japon des d&#233;buts de l'&#232;re Tokugawa a aid&#233; les shoguns &#224; identifier les changements dans le paysage et la n&#233;cessit&#233; d'actions correctives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?830-pourquoi-certaines-societes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'immigration maghr&#233;bine en France</title>
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		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Pr&#233;carit&#233;</dc:subject>
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		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Banlieue</dc:subject>
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		<dc:subject>Immigration</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mographie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ageron Charles-Robert. L'immigration maghr&#233;bine en France [Un survol historique]. In : Vingti&#232;me Si&#232;cle, revue d'histoire, n&#176;7, juillet-septembre 1985. &#201;trangers, immigres, fran&#231;ais, sous la direction de Louis Bodin . pp. 59-70. www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_198... Rapport pr&#233;sent&#233; au colloque organis&#233; par l'Association pour l'avancement des &#233;tudes islamiques, &#171; L'Islam en Europe dans l'&#233;poque moderne &#187;, Paris, 30 septembre - 1er octobre 1983. Aujourd'hui [1985], le nombre des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-85-precarite-+" rel="tag"&gt;Pr&#233;carit&#233;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-124-banlieue-+" rel="tag"&gt;Banlieue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-196-ageron-c-r-+" rel="tag"&gt;Ageron C-R.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-219-demographie-+" rel="tag"&gt;D&#233;mographie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ageron Charles-Robert. L'immigration maghr&#233;bine en France [Un survol historique]. In : Vingti&#232;me Si&#232;cle, revue d'histoire, n&#176;7, juillet-septembre 1985. &#201;trangers, immigres, fran&#231;ais, sous la direction de Louis Bodin . pp. 59-70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_1985_num_7_1_1182&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_198...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Rapport pr&#233;sent&#233; au colloque organis&#233; par l'Association pour l'avancement des &#233;tudes islamiques, &#171; L'Islam en Europe dans l'&#233;poque moderne &#187;, Paris, 30 septembre - 1er octobre 1983.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aujourd'hui [1985], le nombre des Maghr&#233;bins vivant en France &#233;gale celui des Europ&#233;ens install&#233;s au Maghreb &#224; la fin de la p&#233;riode coloniale. Cette ruse de l'histoire excite Charles-Robert Ageron &#224; d&#233;noncer quelques mythes tenaces. Non, il n'y eut calcul ni du patronat ni des pouvoirs publics dans l'appel &#224; la main-d'&#339;uvre d'Afrique du Nord, jusqu'en 1959. Non, le sous-d&#233;veloppement, le sous-emploi et la surpopulation du Maghreb n'ont pas &#233;t&#233; les seuls mobiles qui poussaient ses pauvres &#224; franchir la M&#233;diterran&#233;e. Dans l'imaginaire de l'&#233;migrant, en revanche, gagner &#171; le paradis des hommes &#187; fut un beau moyen d'&#233;mancipation. Tout a chang&#233;, il est vrai, dans les ann&#233;es 1950, quand l'&#233;migration devint familiale et permanente. Mais, on le verra en conclusion, ce survol historique est une d&#233;nonciation de bout en bout de quelques incons&#233;quences qui tra&#238;nent dans le d&#233;bat actuel...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immigration maghr&#233;bine fut nagu&#232;re en France l'affaire de quelques journalistes et de quelques sp&#233;cialistes : elle est devenue un des probl&#232;mes majeurs de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. C'est un v&#233;ritable challenge au sens de Toynbee, &#171; un d&#233;fi de civilisation &#187;, que lancent aux dirigeants politiques et &#233;conomiques de notre pays la pr&#233;sence massive et l'enracinement progressif de la plus importante communaut&#233; &#233;trang&#232;re que la France ait jamais connue. Avec pr&#232;s de 1 300 000 Maghr&#233;bins recens&#233;s &#224; la fin de 1979, la colonie nord-africaine, compte tenu des immigrants clandestins et de son fort accroissement d&#233;mographique interne, s'achemine, en 1985, vers le chiffre de 1 500 000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chiffre agit sur la m&#233;moire de l'historien comme une r&#233;v&#233;lation : tel &#233;tait aussi - se le rappelle-t-on ? - le nombre des Europ&#233;ens install&#233;s au Maghreb &#224; la fin de la p&#233;riode coloniale. Par un retournement saisissant de la perspective esquiss&#233;e nagu&#232;re par la colonisation, c'est la France qui voit maintenant install&#233;es sur son territoire des populations maghr&#233;bines d'une importance &#233;gale &#224; celles de sa tentative manqu&#233;e de peuplement colonial. Cette ruse de l'histoire, comme e&#251;t dit Hegel, devrait fasciner tout esprit attentif au processus d'acc&#233;l&#233;ration des &#233;volutions contemporaines. Elle invite &#224; tout le moins &#224; contempler de haut le processus d'immigration nord- africaine en France. Il vaut peut-&#234;tre d'en survoler l'histoire, d'en d&#233;tecter les causes, d'en pr&#233;ciser les pulsations et les transformations, d'en rappeler enfin le climat psychologique. Une approche historique, n&#233;cessairement critique &#224; l'&#233;gard des mythes ou des phantasmes les plus courants, peut permettre un diagnostic plus exact. A elle seule, elle ne saurait inspirer de justes r&#233;ponses aux &#171; d&#233;fis &#187; que pose et posera &#224; la France la constitution sur son sol d'une minorit&#233; nationale non europ&#233;enne et musulmane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ph&#233;nom&#232;ne social d'une telle ampleur et d'une dur&#233;e aussi longue ne saurait, a priori, s'expliquer par une cause unique. Aussi bien certains auteurs insistent-ils sur l'importance primordiale des facteurs psychologiques, tandis que d'autres, les plus nombreux, donnent la priorit&#233; aux ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques. Certains soulignent que l'&#233;migration est due avant tout &#224; l'appel des industriels fran&#231;ais press&#233;s d'utiliser &#224; bon compte la force de travail des Maghr&#233;bins ; d'autres, qu'elle a pour mobile essentiel la volont&#233; d'hommes accul&#233;s, au d&#233;part, par la mis&#232;re ou le sous-emploi. Quelques sp&#233;cialistes parlent de l'&#233;coulement naturel d'un trop plein d&#233;mographique vers des zones &#224; faible densit&#233; de peuplement ou de natalit&#233;. Des politologues enfin insistent sur la permanence de la d&#233;cision politique : longtemps, l'Etat colonisateur aurait r&#233;gl&#233; &#224; sa convenance &#171; l'importation de travailleurs coloniaux &#187; ; plus tard, les Etats maghr&#233;bins ind&#233;pendants, soucieux d'&#233;couler leurs ch&#244;meurs, s'occup&#232;rent, discr&#232;tement ou non, de faciliter leur entr&#233;e et leur s&#233;jour en France. Face &#224; ces divergences d'interpr&#233;tation, peut- &#234;tre revient-il &#224; l'historien de rendre pour chaque p&#233;riode un jugement motiv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'APPEL DE LA M&#201;TROPOLE ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les tout premiers travailleurs alg&#233;riens soient venus &#224; l'appel d'employeurs m&#233;tropolitains, cela ne fait aucun doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le mouvement migratoire fut alors tr&#232;s limit&#233; : &#224; peine 10 000 ouvriers pour toute la p&#233;riode ant&#233;rieure &#224; la premi&#232;re guerre mondiale (1904-1914). Durant celle-ci, il va sans dire que les pouvoirs publics, qui recrutaient de la main- d'&#339;uvre jusqu'en Chine, n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; exiger de l'Alg&#233;rie, du Maroc et de la Tunisie, des travailleurs &#171; volontaires &#187; ou requis. L'administration a cru pouvoir en 1919 sur&#233;valuer jusqu'&#224; 132 321 le nombre des travailleurs nord- africains employ&#233;s en France de 1914 &#224; 1918&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soit 78 556 Alg&#233;riens, 18 249 Tunisiens et 35 506 (?) Marocains &#8212; chiffre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Malgr&#233; des rapatriements autoritaires, quelque 36 000 ouvriers recens&#233;s demeuraient en France en 1921.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ainsi cr&#233;&#233;, facilit&#233; par la libert&#233; absolue des d&#233;parts en France (depuis la loi du 14 juillet 1914), fut d&#233;sormais assez fort, semble-t-il, pour que les industriels, bien qu'en qu&#234;te de main-d'&#339;uvre pour la reconstruction, n'aient pas song&#233;, sauf exceptions individuelles, &#224; faire venir sp&#233;cialement des travailleurs maghr&#233;bins. Ils pr&#233;f&#233;raient en effet employer des ouvriers italiens, espagnols, polonais, jug&#233;s plus performants. Durant l'entre-deux-guerres, les gouvernements successifs, de leur c&#244;t&#233;, s'employ&#232;rent plut&#244;t &#224; restreindre l'arriv&#233;e de travailleurs maghr&#233;bins qu'&#224; faire proc&#233;der &#224; de nouveaux appels de main-d'&#339;uvre. Sous divers pr&#233;textes juridiques ou sociaux, l'administration fran&#231;aise, en exigeant carte d'identit&#233;, cautionnement, visite m&#233;dicale, contrat de travail, d&#233;courageait de son mieux les d&#233;parts vers la m&#233;tropole d'ouvriers nord-africains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En septembre 1924, le d&#233;part des travailleurs alg&#233;riens fut strictement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La guerre elle-m&#234;me ne provoqua que tr&#232;s peu de recrutement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On recruta h&#226;tivement 5 000 Marocains en 1939 pour sauver la r&#233;colte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut seulement apr&#232;s la seconde guerre mondiale qu'apparut l'id&#233;e d'une politique d'immigration raisonn&#233;e. La commission du plan Monnet envisageait de faire venir jusqu'en 1949, et pour des raisons surtout politiques, 90 000 Nord- Africains sur les 310 000 travailleurs immigr&#233;s jug&#233;s n&#233;cessaires &#224; la reconstruction. Mais, d&#232;s 1947, on s'aper&#231;ut de l'existence de 80 000 ch&#244;meurs alg&#233;riens. Le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur et celui du Travail s'oppos&#232;rent donc &#224; l'appel de nouveaux travailleurs alg&#233;riens. L'Office national d'immigration introduisit, seulement de 1946 &#224; 1952, 5 997 Marocains comme mineurs de fond sur un total de 272 539 travailleurs &#233;trangers appel&#233;s &#224; titre permanent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ONI fit venir dans le m&#234;me temps 162 035 Italiens et 30 456 Allemands qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Contrairement &#224; la l&#233;gende, il n'y eut donc pas, dans ces ann&#233;es d'apr&#232;s-guerre, une politique officielle d'immigration nord-africaine. Il en fut &#224; nouveau question cependant au d&#233;but des ann&#233;es 1960, lorsque la croissance continue de l'&#233;conomie fran&#231;aise entretint l'illusion d'un n&#233;cessaire recours massif &#224; l'immigration officielle. Mais cette fois encore, l'afflux spontan&#233; des migrants d&#233;joua par son ampleur toutes les pr&#233;visions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On comptait 180 000 arriv&#233;es d'Alg&#233;riens en 1962, 262 000 en 1963, 269 000 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il fallut m&#234;me tenter de freiner les arriv&#233;es (tel est le sens de l'accord franco-alg&#233;rien du 10 avril 1964). Un nouvel accord du 27 d&#233;cembre 1968 autorisa au contraire un contingent annuel de 35 000 nouveaux migrants, lequel fut ramen&#233; &#224; 25 000 en d&#233;cembre 1971. Mais cette politique, inappliqu&#233;e d'ailleurs, de contingentement cache mal la perte de contr&#244;le de l'Etat sur le mouvement migratoire. R&#233;duits au &#171; laisser faire-laisser passer &#187;, les pouvoirs publics se born&#232;rent g&#233;n&#233;ralement &#224; r&#233;gulariser les entr&#233;es clandestines. Ce n'est qu'&#224; partir de la crise, depuis 1974, que les gouvernements tent&#232;rent d'arr&#234;ter le flot des entr&#233;es et m&#234;me de mettre en marche une politique d'aide aux retours (juin 1977-mai 1981). L'&#233;chec de cette tentative - la politique dite du &#171; million &#187; - fut ensuite consacr&#233; par une d&#233;marche inverse : quelque 130 000 travailleurs clandestins virent leur situation r&#233;gularis&#233;e entre 1981 et 1982.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bilan volontairement succinct permet au moins d'affirmer que &#171; l'appel de la m&#233;tropole &#187; ne fut pas, durant cette longue p&#233;riode, le facteur essentiel, ni m&#234;me le plus d&#233;terminant, de l'&#233;migration maghr&#233;bine. La preuve en est que le flot des arriv&#233;es ne co&#239;ncide que rarement avec les p&#233;riodes o&#249; elles &#233;taient souhait&#233;es ou accept&#233;es. Les pouvoirs publics et le patronat ne d&#233;siraient pas, par exemple en 1923-1924 ou en 1936-1938, voir le nombre des travailleurs maghr&#233;bins augmenter. Ils &#233;taient au contraire d'accord pour le faire baisser ; sans r&#233;sultats cependant, puisque l'inverse se produisit. La conclusion de notre recherche est aussi nette qu'inattendue : attirer en France de la main-d'&#339;uvre maghr&#233;bine n'entra presque jamais, apr&#232;s 1919 et jusqu'en 1959, dans les calculs du patronat ou dans les politiques gouvernementales. Si l'on en jugeait m&#234;me par le seul contenu des archives, on serait tent&#233; d'&#233;crire que les pouvoirs publics fran&#231;ais furent surtout pr&#233;occup&#233;s de contenir l'immigration spontan&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Conscients de ce qu'ils appelaient l'obstruction m&#233;tropolitaine, l'Assembl&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quant au patronat fran&#231;ais, on ne le voit que tr&#232;s exceptionnellement avant 1962 demander ou rechercher des travailleurs maghr&#233;bins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1962, il est vrai, il affirma parfois une attitude inverse. Du fait peut- &#234;tre de la modernisation de la grande industrie, l'utilisation d'une main-d'&#339;uvre non qualifi&#233;e effectuant un travail parcellis&#233; redevenait possible. C'est alors que certaines grandes entreprises, celles de l'automobile notamment, firent effectivement appel, et parfois directement par des agents recruteurs, &#224; des travailleurs maghr&#233;bins, sp&#233;cialement &#224; des Marocains. L'Etat se borna &#224; autoriser cette nouvelle immigration (notamment par l'accord franco-marocain du 1er janvier 1963) et &#224; &#171; laisser passer &#187; le flot accru des migrants, quitte &#224; tenter d'imposer aux Etats maghr&#233;bins des quotas non respect&#233;s. Mais s'agissant de l'ensemble de la p&#233;riode 1910-1980, on ne saurait donc sans abus d&#233;crire le processus migratoire comme r&#233;pondant &#224; la seule volont&#233; de la France ou du capitalisme industriel d'utiliser une main-d'&#339;uvre &#224; bon march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SOUS-D&#201;VELOPPEMENT, SOUS-EMPLOI ET SURPOPULATION ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incitation au d&#233;part, selon la majorit&#233; des enqu&#234;teurs de l'&#233;poque coloniale, trouverait bien plut&#244;t ses racines dans la situation &#233;conomique du Maghreb. Pour eux, le sous-d&#233;veloppement persistant et l'aggravation continue du sous-emploi d&#233;terminaient la pression majeure. Le courant d'&#233;migration &#233;tait d'abord provoqu&#233; puis intensifi&#233; par les &#171; hauts salaires &#187; relatifs pratiqu&#233;s en m&#233;tropole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Telle &#233;tait d&#233;j&#224; la conclusion de la premi&#232;re grande enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Point n'est besoin d'illustrer longuement cette loi &#233;conomique bien connue : lorsque les prix de la main-d'&#339;uvre sont diff&#233;rents dans deux r&#233;gions voisines, il y a &#233;coulement de la main-d'&#339;uvre vers la zone &#224; hauts salaires. Or la disparit&#233; des salaires entre la France et le Maghreb fut toujours consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant 1914, les salaires de man&#339;uvres offerts aux &#171; travailleurs kabyles &#187; en France &#233;taient plus de deux fois sup&#233;rieurs &#224; ceux qu'ils pouvaient &#233;ventuellement percevoir dans la Mitidja. Peu apr&#232;s 1919, les salaires journaliers moyens en France &#233;taient de l'ordre de 15 F &#224; 30 F, tandis que l'ouvrier agricole alg&#233;rien ne pouvait pr&#233;tendre qu'&#224; un salaire de 3,50 F &#224; 5 F et &#224; une embauche tr&#232;s irr&#233;guli&#232;re. En 1954, les salaires des man&#339;uvres alg&#233;riens travaillant dans l'industrie m&#233;tropolitaine &#233;taient encore deux fois et demie plus &#233;lev&#233;s que ceux de leurs homologues alg&#233;riens. Avec les versements des prestations familiales au taux m&#233;tropolitain, les disparit&#233;s &#233;taient en r&#233;alit&#233; plus fortes encore. Au-del&#224; de ces &#233;vidences, des enqu&#234;tes sociologiques attentives ont montr&#233; que le m&#233;canisme global des d&#233;parts &#233;tait bien li&#233; &#224; la situation &#233;conomique des familles. Les mois de pointe des d&#233;parts se situent partout en hiver et au d&#233;but du printemps. Les migrants d'origine rurale, de beaucoup les plus nombreux, ne se d&#233;cident &#224; partir qu'apr&#232;s &#233;puisement des subsistances familiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, la conjoncture &#233;conomique, globale ou individuelle, n'explique pas tout et surtout pas l'acc&#233;l&#233;ration continue de l'&#233;migration. On le v&#233;rifiera d'abord au fait trop peu remarqu&#233; que la grande crise &#233;conomique des ann&#233;es 1930 n'interrompit pas le mouvement migratoire. M&#234;me ralenti, il maintint les effectifs des Alg&#233;riens en France, en d&#233;pit d'un ch&#244;mage important alors tr&#232;s peu secouru&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1937, sur 82 000 Nord- Africains recens&#233;s, 7 000 seulement &#233;taient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais le m&#234;me constat peut &#234;tre dress&#233; apr&#232;s guerre : en 1951, le nombre des ch&#244;meurs alg&#233;riens &#233;tait d'environ 100 000 selon les services de la main-d'&#339;uvre (80 000 selon le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur) sur 203 000 Alg&#233;riens vivant en France. Le solde migratoire positif fut pourtant cette ann&#233;e-l&#224; de 54 587. D&#232;s lors qu'on croit devoir refuser la version raciste de la presse fran&#231;aise d'Alg&#233;rie selon laquelle &#171; les Alg&#233;riens montaient travailler au ch&#244;mage en France &#187;, il faut bien admettre que les d&#233;parts n'&#233;taient pas &#233;troitement subordonn&#233;s aux al&#233;as de l'&#233;conomie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faudrait-il donc penser, comme l'&#233;crivait en 1947 Louis Chevalier dans un ouvrage qui fit beaucoup r&#233;fl&#233;chir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;2. Le probl&#232;me d&#233;mographique nord-africain, Paris, INED, 1947.&#034; id=&#034;nh29-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que &#171; l'immigration nord- africaine est un fait d&#233;mographique &#187; c'est-&#224;-dire soumis aux lois de la d&#233;mographie et non &#224; celles de l'&#233;conomie ? Ce ph&#233;nom&#232;ne, parfaitement d&#233;celable d&#232;s l'entre-deux-guerres, n'apparut pourtant aux yeux des responsables qu'apr&#232;s la seconde guerre mondiale. On mesure alors qu'en d&#233;pit de la surmortalit&#233; due &#224; la mis&#232;re des ann&#233;es 1942 &#224; 1945, les populations maghr&#233;bines connaissaient un d&#233;veloppement acc&#233;l&#233;r&#233;. Le maintien de la tr&#232;s forte natalit&#233;, combin&#233;e avec l'abaissement progressif des taux de mortalit&#233;, accentuait la surpopulation relative, eu &#233;gard aux possibilit&#233;s de l'emploi et &#224; l'&#233;tat arri&#233;r&#233; de l'&#233;conomie. De l&#224; &#224; penser que l'&#233;coulement des populations du Maghreb, zone de haute pression d&#233;mographique, vers la France, zone de d&#233;pression, &#233;tait un ph&#233;nom&#232;ne naturel quasi m&#233;t&#233;orologique, il n'y avait qu'un pas. Et Louis Chevalier pronostiquait pour 1960 un million de Nord- Africains pr&#233;sents en France (chiffre atteint en 1970).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les pr&#233;visions des futurologues (qui sous-estim&#232;rent pourtant l'accroissement d&#233;mographique du Maghreb) se r&#233;v&#233;l&#232;rent assez exactes, c'est que la situation &#233;conomique du Maghreb ne connut pas l'am&#233;lioration attendue. Les plans de d&#233;veloppement et d'industrialisation, d'ailleurs incompl&#232;tement appliqu&#233;s, se r&#233;v&#233;l&#232;rent vite dans l'incapacit&#233; de rem&#233;dier &#224; l'extension du sous-emploi. La m&#233;canisation de l'agriculture coloniale, caract&#233;ristique de la d&#233;cennie 1946-1955, devait accro&#238;tre le ch&#244;mage dans les campagnes et acc&#233;l&#233;rer les ph&#233;nom&#232;nes migratoires. L'exub&#233;rance d&#233;mographique ne provoqua pas pour autant une &#171; &#233;migration de la faim &#187;, expression dont on a peut-&#234;tre abus&#233;. La situation &#233;conomique et d&#233;mographique ne devint pas brusquement intol&#233;rable dans la d&#233;cennie 1945 &#224; 1954 o&#249; s'est acc&#233;l&#233;r&#233; le flux migratoire. Par rapport aux &#171; ann&#233;es de braise &#187; et de famine (1941-1945), il y eut m&#234;me une am&#233;lioration relative. Par ailleurs, l'enqu&#234;te men&#233;e en Alg&#233;rie sous la direction de Robert Montagne montre qu'avant 1954 la corr&#233;lation entre la densit&#233; de la population et l'importance de l'&#233;migration n'&#233;tait pas aussi &#233;vidente que l'affirmaient d&#233;sormais les d&#233;mographes. Contrairement &#224; l'attente, ce n'&#233;taient pas les douars les plus dens&#233;ment peupl&#233;s qui envoyaient outre-M&#233;diterran&#233;e le plus grand nombre d'&#233;migr&#233;s. A population &#233;gale, des douars voisins n'avaient pas du tout le m&#234;me nombre d'&#233;migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'&#233;tait-ce point sugg&#233;rer qu'intervenaient bien d'autres mobiles que la classique et ind&#233;finissable surpopulation ? Si m&#234;me des zones &#224; faible densit&#233; de peuplement donnaient beaucoup d'&#233;migrants, c'&#233;tait peut-&#234;tre parce qu'ils &#233;taient plus pauvres, mais aussi parce que la tradition du voyage y &#233;tait plus ancienne, la scolarisation plus pr&#233;coce, l'exemple ou l'appel des expatri&#233;s plus clairement entendu. Autrement dit, cette enqu&#234;te imposait l'id&#233;e que les Alg&#233;riens n'&#233;migraient pas seulement pour des raisons &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES MOTIVATIONS PSYCHOLOGIQUES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces motivations psychologiques des d&#233;parts n'ont pas &#233;t&#233;, semble-t-il, suffisamment prises en compte, ni analys&#233;es. Certes les Maghr&#233;bins, hommes de grande pudeur, taisaient volontiers aux enqu&#234;teurs les raisons de leurs d&#233;parts. Ceux- ci n'&#233;taient, en effet, pas bien consid&#233;r&#233;s par la soci&#233;t&#233; traditionnelle et pendant longtemps ils furent condamn&#233;s par les colons. La loi du silence s'imposait donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le mutisme des int&#233;ress&#233;s, certains sociologues fran&#231;ais, parfois prisonniers de clich&#233;s coloniaux, imagin&#232;rent que l'&#233;migration devait &#234;tre avant tout un ph&#233;nom&#232;ne de la psychologie berb&#232;re. &#171; La soci&#233;t&#233; berb&#232;re est &#224; tendance &#233;galitaire. Quand une famille s'enrichit, les autres consid&#232;rent qu'il y a un v&#233;ritable d&#233;fi &#224; leur &#233;gard &#187; (G. Marcy). Chaque famille berb&#232;re aurait donc insist&#233; pour le d&#233;part d'un des siens, d&#232;s lors qu'elle aurait vu l'&#233;migration enrichir ses voisins. Mais les berb&#233;ristes restaient cois pour expliquer que le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne touchait les zones purement arabes. Pour d'autres auteurs mieux inspir&#233;s, le mirage d'une France riche, tol&#233;rante, plus respectueuse des droits des Maghr&#233;bins, aurait &#233;t&#233; essentiel. En Alg&#233;rie, des Europ&#233;ens ajoutaient volontiers &#171; l'attrait de la femme fran&#231;aise r&#233;put&#233;e facile chez les Nord-Africains &#187; ; ils incriminaient aussi, en majorant l'effet de quelques annonces publicitaires, &#171; la propagande effr&#233;n&#233;e des compagnies de transport maritime &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t plus simple de rappeler une constante historique : l'&#233;migration se produit seulement en direction d'un pays qui offre &#224; l'imagination de l'&#233;migrant la chance d'obtenir ce qui lui est refus&#233; dans son propre pays. Travail r&#233;gulier, hauts salaires et libert&#233; ont toujours attir&#233; les &#233;migrants. Un personnage de Mouloud Feraoun d&#233;clarait &#224; son fils en instance de d&#233;part : &#171; Tu quittes le pays de la faim, tu vas au paradis des hommes &#187;. Pourquoi ne pas reconna&#238;tre aussi que chez les plus jeunes, et en particulier les c&#233;libataires, l'&#233;migration a toujours repr&#233;sent&#233; un moyen d'&#233;mancipation ? Quel meilleur moyen de fuir l'oppressante ruche kabyle ou l'autorit&#233; souveraine d'un p&#232;re de famille que de motiver son d&#233;part par de nobles consid&#233;rants d'aide &#224; la famille ? Ceux qui partaient pour tenter l'aventure, parfois s&#233;duits par l'Eldorado racont&#233; par quelques parents &#171; retour de France &#187;, n'en convenaient, certes, que rarement. Mais on a quelques raisons de penser que, plut&#244;t que d'assumer la dure condition paysanne et de supporter ses rudes contraintes sociales, beaucoup de jeunes ruraux ont pr&#233;f&#233;r&#233; la grande aventure de l'&#233;migration. Comment les fils de paysans mis&#233;reux auraient-ils d'ailleurs r&#233;sist&#233; au spectacle de l'ouvrier revenu de France au volant de sa voiture personnelle et distribuant g&#233;n&#233;reusement aux siens les multiples cadeaux, fruits de son &#233;pargne ? La scolarisation, le journal, la radio, voire le cin&#233;ma, en faisant entrer le monde moderne dans l'univers rural nagu&#232;re le plus ferm&#233;, &#233;veillaient bien des r&#234;ves, bien des tentations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, tr&#232;s vite, les d&#233;parts isol&#233;s et difficiles ont &#233;t&#233; banalis&#233;s ; l'acte courageux de rupture de quelques-uns a fait place &#224; un consensus social. L'&#233;migration a joui d'un climat favorable d'abord dans les villages o&#249; sa rentabilit&#233; avait &#233;t&#233; &#233;prouv&#233;e et peu &#224; peu, par contagion, dans tout le monde rural. Cet entra&#238;nement social devait m&#234;me parfois cr&#233;er une tradition dans certaines r&#233;gions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans les limites restreintes de cet article, il n'est pas possible de donner (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La voie &#233;tait d&#232;s lors ouverte &#224; l'&#233;migration d&#233;finitive tacitement accept&#233;e. Les psychologues sociaux auront pourtant &#224; s'interroger sur la persistance d'un sentiment de culpabilit&#233; chez les immigr&#233;s. Ne nourrirait-il pas en partie le ressentiment contre la France, ce pays trop riche pour lequel on a d&#251; abandonner la terre des anc&#234;tres ? Cette interrogation renvoie &#224; un ph&#233;nom&#232;ne plus consid&#233;rable : les transformations de nature de l'&#233;migration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES TRANSFORMATIONS DE NATURE DE L'&#201;MIGRATION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature m&#234;me de la migration nord- africaine a consid&#233;rablement &#233;volu&#233;, faut-il le rappeler, selon un sch&#233;ma assez simple d&#232;s lors qu'on entend s'en tenir aux grandes lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des origines (1905-1910) &#224; la fin de la d&#233;cennie 1940, l'immigration en France est le fait d'hommes seuls, mais non isol&#233;s. Ces hommes, le plus g&#233;n&#233;ralement mari&#233;s mais venus sans femme, ni enfants, agissaient dans un cadre communautaire encore tr&#232;s solide. D'&#226;ges divers (on trouvait parmi eux des hommes m&#251;rs et de tr&#232;s jeunes gens), ils &#233;taient pratiquement d&#233;l&#233;gu&#233;s par la communaut&#233; familiale &#233;tendue ou par des familles plus &#233;troites mais ayant conserv&#233; la mentalit&#233; patriarcale. Envoy&#233;s &#224; titre temporaire pour deux ou trois ans au maximum par le groupe familial, ils savaient qu'ils seraient bient&#244;t relay&#233;s par des fr&#232;res ou des cousins. A c&#244;t&#233; de cette &#233;migration temporaire essentiellement li&#233;e &#224; l'existence d'une famille patriarcale solide et d'une entraide collective puissante, une &#233;migration moins organis&#233;e voire individualiste se d&#233;veloppa. Les caract&#232;res en &#233;taient diff&#233;rents : concentration moins forte, dispersion g&#233;ographique, tendance plus accentu&#233;e &#224; la fixation. Ces &#233;migrants d&#233;sagr&#233;g&#233;s, d&#233;racin&#233;s, qui &#233;voluaient en marge de leur groupe d'origine, perdaient souvent contact avec le pays. Ils &#233;taient les plus nombreux &#224; se marier en France. Cette distinction entre ce qu'on pourrait appeler l'&#233;migration solidaire et l'&#233;migration solitaire indique plus une tendance qu'une r&#233;alit&#233;. Les enqu&#234;tes ont r&#233;v&#233;l&#233;, en effet, bien des nuances et pas seulement locales ou r&#233;gionales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi bien toutes ces distinctions allaient s'effacer apr&#232;s 1950 devant les ph&#233;nom&#232;nes nouveaux qui caract&#233;risent d&#233;sormais l'&#233;migration nord-africaine, devenue une &#233;migration familiale et une &#233;migration permanente. Le d&#233;but de la venue des familles marque un tournant capital dans l'histoire de l'&#233;migration. Provoqu&#233; essentiellement par l'importance des allocations familiales vers&#233;es en France et accessoirement par la possibilit&#233; ouverte aux familles d'obtenir un logement dans les soci&#233;t&#233;s d'HLM, le mouvement fut d'abord assez limit&#233; : pour les Alg&#233;riens, il portait sur une centaine de familles par mois, de mai 1952 &#224; ao&#251;t 1953. Puis il s'est tr&#232;s rapidement accru. Le solde migratoire calcul&#233; de fin 1954 &#224; fin 1960 enregistrait d&#233;j&#224; 17 198 femmes et 30 573 enfants alg&#233;riens pour 125 057 hommes. D&#232;s 1961, on &#233;valuait &#224; quelque 78 000 le nombre des enfants alg&#233;riens pr&#233;sents en France, dont 10 000 arriv&#233;s dans l'ann&#233;e. En 1968, on recensait 76 760 femmes alg&#233;riennes et 154 000 enfants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans ces chiffres sont compris les Fran&#231;ais musulmans jouissant de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#233;sormais, plus de 60% des nouveaux immigrants arrivent avec leur &#233;pouse et leurs enfants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis le d&#233;cret du 29 avril 1976, le conjoint et les enfants de moins de 18 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et s'installent sans esprit de retour, semble-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi est-on pass&#233; de l'&#233;migration temporaire &#224; l'&#233;migration permanente. La colonie alg&#233;rienne, quelles que soient les vicissitudes du march&#233; du travail, continue &#224; s'accro&#238;tre non seulement du fait de sa d&#233;mographie propre mais par suite de nouvelles arriv&#233;es l&#233;gales ou clandestines. A en croire les &#233;valuations du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, le nombre des Alg&#233;riens pr&#233;sents en France se serait accru de 190 200 entre 1948 et 1957 et de 248 600 de 1958 &#224; 1967. Dans la d&#233;cennie 1968 &#224; 1977, la progression aurait &#233;t&#233; de 267 572, la colonie alg&#233;rienne passant de 562 000 &#224; 829 572. Il n'appartient pas encore &#224; l'historien de dire si cette colonie s'enracinera d&#233;finitivement en France, ni si les difficult&#233;s d'insertion seront r&#233;solues. Mais le processus d'acculturation des enfants d'immigr&#233;s est visiblement en marche et cela quelles que soient les difficult&#233;s de la &#171; seconde g&#233;n&#233;ration &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me transformation essentielle peut toutefois &#234;tre not&#233;e au tournant de la d&#233;cennie 1950. Jusqu'&#224; cette date, l'immigration nord-africaine en France &#233;tait avant tout alg&#233;rienne ; d&#233;sormais, elle allait devenir nettement maghr&#233;bine par suite de la progression surprenante des effectifs marocains et tunisiens. Historiquement, tout se passe comme si cette immigration nord-africaine avait relay&#233; l'immigration latine d&#233;sormais partiellement tarie des apports italiens et espagnols, tout en accompagnant cependant une forte immigration portugaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Marocains, pourtant fort attir&#233;s par les hauts salaires fran&#231;ais et g&#233;n&#233;ralement appr&#233;ci&#233;s par leurs employeurs, ne furent jamais plus de 20 000 pr&#233;sents en France entre 1918 et 1948. Travailleurs temporaires, presque tous originaires du Sud Marocain, ils ne purent venir librement en France du fait de l'obstruction du r&#233;gime du Protectorat. Au contraire, &#224; partir des ann&#233;es 1950 et surtout 1960, l'immigration marocaine d&#233;ferla dans l'Europe enti&#232;re. Par tous les moyens, surtout ill&#233;gaux, ils afflu&#232;rent en France. Ils &#233;taient environ 50 000 en 1962, 218 000 en 1972 et environ 400 000 en 1975 (322 000 en 1979 ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clenchement de l'immigration tunisienne fut presque simultan&#233; vers 1956-1957 et li&#233; au m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne : l'expansion d&#233;mographique acc&#233;l&#233;r&#233;e. Malgr&#233; son faible attrait pour l'ext&#233;rieur, la migration tunisienne devint une n&#233;cessit&#233; : 40 % des actifs seuls avaient une occupation permanente. Le march&#233; fran&#231;ais de l'emploi exer&#231;a d&#232;s lors une forte attraction que les gouvernements n'officialis&#232;rent qu'apr&#232;s coup&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon l'enqu&#234;te Remplod (1975), 79,2 % des tunisiens sont entr&#233;s en France (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une colonie tunisienne naquit en France : alors qu'elle comptait moins de 5 000 r&#233;sidents en 1954 (et 6 715 en 1956), elle atteignait le chiffre de 46 749 en 1964. D&#232;s lors, sa croissance ne devait plus cesser : 161 000 en 1974 et 183 782 en 1979. Deux raisons essentielles &#224; cet accroissement : le d&#233;part pour la France de la grande majorit&#233; de la communaut&#233; juive, le d&#233;clenchement de la migration ouvri&#232;re, acc&#233;l&#233;r&#233;e depuis 1966 par l'octroi aux familles des travailleurs m&#234;me rest&#233;es en Tunisie des allocations familiales. L'immigration familiale reste encore relativement faible comme dans la colonie marocaine, mais elle va croissant. Tout indique que les migrations marocaine et tunisienne demeurent encore partiellement du type de la migration ouvri&#232;re temporaire mais s'acheminent d&#233;j&#224; vers le mod&#232;le de la colonie permanente&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;volution des transferts des revenus du travail les pays d'origine est un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces variations de nature intervenues dans un d&#233;lai relativement court expliquent peut-&#234;tre, sans les justifier, les embarras ou les suspicions du public fran&#231;ais face &#224; ces &#171; &#233;trangers &#187; qui, de migrants temporaires, se sont transform&#233;s en colonies &#171; d'immigr&#233;s &#187; r&#233;clamant le droit &#224; l'insertion sociale et le maintien de l'identit&#233; culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IMMIGRATION ET OPINIONS PUBLIQUES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les innombrables probl&#232;mes que soul&#232;ve l'&#233;tude de l'immigration nord- africaine en France, l'historien aimerait pouvoir pr&#233;senter une &#233;tude des variations des opinions fran&#231;aise et maghr&#233;bine concernant ce grand ph&#233;nom&#232;ne social. On ne trouvera naturellement dans ce bref article que quelques indications tr&#232;s sommaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accueil des m&#233;tropolitains, fait de curiosit&#233; et de sympathie dans les ann&#233;es 1910 &#224; 1918&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1913, Le Petit Marseillais concluait ainsi une enqu&#234;te : &#171; Des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, se nuan&#231;a d'inqui&#233;tude apr&#232;s la premi&#232;re guerre mondiale. Favorables aux ouvriers alg&#233;riens pour des raisons patriotiques, les Fran&#231;ais s'alarm&#232;rent de leur afflux dans l'apr&#232;s-guerre, du nombre de leurs ch&#244;meurs et de leur politisation r&#233;volutionnaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour la presse de droite, les Alg&#233;riens &#233;taient tomb&#233;s compl&#232;tement sous la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autre part, la grande presse, en soulignant et en grossissant les m&#233;faits de quelques- uns, d&#233;clencha un climat d'ins&#233;curit&#233; &#224; Paris et dans quelques grandes villes, l'organisation d'un contr&#244;le policier et un r&#233;flexe d'hostilit&#233; ente les deux communaut&#233;s. La &#171; grande peur &#187; des Parisiens face aux &#171; sidis &#187; devint un th&#232;me familier de la presse populaire. L'opinion et les gouvernements fran&#231;ais subirent aussi des pressions venues d'outre-M&#233;diterran&#233;e. Les colons qui s'estimaient &#171; d&#233;poss&#233;d&#233;s de leurs travailleurs &#187; exigeaient qu'on mit fin &#224; &#171; l'exode des indig&#232;nes &#187; sous divers pr&#233;textes : ils laissaient leurs familles &#224; l'abandon, rapportaient la tuberculose en Alg&#233;rie, &#171; revenaient avec un moral d&#233;traqu&#233; de v&#233;ritables bolchevistes &#187;. En fait, ils entendaient se r&#233;server &#171; une main- d'&#339;uvre certainement m&#233;diocre mais malgr&#233; tout utilisable en Alg&#233;rie, mais l&#224; seulement &#187;. Les gouvernements ayant cru devoir donner satisfaction aux exigences coloniales, l'immigration r&#233;gressa consid&#233;rablement. Cette pause permit aussi &#224; la vague x&#233;nophobe de s'apaiser en France et &#224; l'image des travailleurs alg&#233;riens de s'am&#233;liorer. Celle-ci redevint m&#234;me assez positive pendant les ann&#233;es 1939 &#224; 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, les Maghr&#233;bins n'ont pas cess&#233; de dire &#171; la grande piti&#233; &#187; de ceux des leurs qui travaillaient en France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression figure, pour la premi&#232;re fois, semble-t- il, dans le journal (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#233;j&#224; pendant l'entre-deux- guerres, la presse alg&#233;rienne de langue fran&#231;aise faisait volontiers &#233;cho aux dol&#233;ances d'ouvriers d&#233;&#231;us&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf., par exemple, cette lettre d'un ouvrier alg&#233;rien publi&#233; par L'Entente (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#224; leur col&#232;re contre la surveillance polici&#232;re. Ces th&#232;mes mis&#233;rabilistes ou revendicateurs devaient &#234;tre largement exploit&#233;s par la presse nationaliste du Maghreb. A l'en croire, l'&#233;migration n'&#233;tait point une n&#233;cessit&#233; mais le fruit d'une politique maligne. Tromp&#233;s, d&#233;moralis&#233;s, les migrants &#233;taient &#171; attir&#233;s par le vice, l'alcoolisme et la d&#233;bauche &#187;. Victimes du racisme fran&#231;ais, ils subissaient &#171; une exploitation &#233;hont&#233;e de la part d'un patronat avide et rapace &#187; et &#233;taient l'objet de mesures discriminatoires en ce qui concernait la S&#233;curit&#233; sociale, le logement et la formation professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant les m&#234;mes publicistes nationalistes s'exasp&#233;raient de voir que &#171; la France permette l'acc&#232;s de son territoire aux travailleurs &#233;trangers et particuli&#232;rement aux Espagnols alors qu'elle le d&#233;fend aux musulmans. L'indig&#232;ne est Fran&#231;ais plus que les Fran&#231;ais lorsqu'il s'agit des charges, mais il n'a pas les avantages des Fran&#231;ais (Tawfiq el Madani) &#187;. Ainsi s'explique en partie le r&#233;flexe de d&#233;fense des travailleurs maghr&#233;bins. M&#234;me les militants ouvriers refusaient leur int&#233;gration au mouvement ouvrier fran&#231;ais suspect de servir les desseins du colonialisme ou du communisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est remarquable, par exemple, que les ouvriers maghr&#233;bins ou leurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils requ&#233;raient l'aide politique et sociale de leurs camarades de travail et des syndicats sans pour autant s'associer &#224; toutes leurs consignes. Migrants temporaires, repli&#233;s sur eux-m&#234;mes, ils entendaient condamner tout l'environnement et ne pas c&#233;der aux pi&#232;ges de l'entraide et de l'assistance : &#171; Nous sommes contre l'assimilation. Nous tenons &#224; rester Arabes et musulmans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les ind&#233;pendances, le m&#234;me discours se retrouve pourtant dans toute la presse maghr&#233;bine. Pour les intellectuels et les journalistes, l'exploitation par le capitalisme fran&#231;ais de la force de travail maghr&#233;bine repr&#233;sente &#171; une nouvelle forme de ponction op&#233;r&#233;e sur le Tiers Monde &#187; et une aide quasi directe aux employeurs fran&#231;ais. A en croire le directeur de la revue marocaine Lamalif, M. Zakya Daoud, la France, du fait de son int&#233;gration au March&#233; commun, avait &#171; besoin d'augmenter la capacit&#233; technique de ses industries, de r&#233;duire les co&#251;ts unitaires de production et pour ce faire de cr&#233;er une masse de salaires tr&#232;s bas. Elle n'y est parvenue qu'en ayant recours &#224; l'immigration &#187;. Selon lui, les travailleurs maghr&#233;bins seraient ainsi &#171; responsables du quart de la croissance &#233;conomique fran&#231;aise &#187;. Du fait de &#171; la plus-value suppl&#233;mentaire tir&#233;e de leur sur-travail &#187;, les travailleurs migrants auraient largement am&#233;lior&#233; le niveau de vie de tous les Fran&#231;ais et de tous les Europ&#233;ens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zakya Daoud, &#171; Les travailleurs maghr&#233;bins en Europe &#187;, Remarques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon un autre lieu commun, en principe plus facile &#224; chiffrer, l'apport b&#233;n&#233;fique de l'immigration maghr&#233;bine &#224; une population fran&#231;aise vieillissante &#171; incapable m&#234;me de se renouveler &#187; aurait &#233;t&#233; essentiel. Les enfants de souche maghr&#233;bine repr&#233;sentaient 12 % de l'ensemble des naissances en France en 1973&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait, les chiffres cit&#233;s sont le plus souvent ceux des familles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et pr&#232;s de 16 % en 1982 ! Faut-il pr&#233;ciser que ces affirmations et pourcentages erron&#233;s risquent seulement d'alimenter les phantasmes de certains Fran&#231;ais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au moment o&#249; je r&#233;dige ces lignes, la presse explique que l'indice de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premi&#232;res ann&#233;es de l'apr&#232;s- guerre (1945-1950), l'hostilit&#233; de l'opinion fran&#231;aise &#224; l'&#233;gard de l'immigration surtout maghr&#233;bine s'accrut d'une mani&#232;re que les sondages permirent pour la premi&#232;re fois de mesurer. Avec les d&#233;buts de la croissance &#233;conomique, le public fran&#231;ais, peut-&#234;tre rassur&#233;, parut consid&#233;rer d'un &#339;il moins soup&#231;onneux l'arriv&#233;e des travailleurs migrants. Dans les ann&#233;es de prosp&#233;rit&#233; qui suivirent, on les acceptait m&#234;me assez facilement puisqu'ils permettaient aux travailleurs fran&#231;ais d'abandonner certains travaux p&#233;nibles ou les emplois les plus mal pay&#233;s. Toutefois, les comportements racistes des milieux populaires s'affich&#232;rent peut-&#234;tre plus visiblement du fait de la guerre d'Alg&#233;rie et du rapatriement des Europ&#233;ens d'Afrique du Nord. Ils n'en &#233;taient pas moins minoritaires et ne justifiaient pas les campagnes tr&#232;s alarmistes de la presse alg&#233;rienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la crise &#233;conomique, l'extension et la prolongation du ch&#244;mage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un sondage de septembre 1979 montrait que, d&#233;j&#224; Cour 44 % des Fran&#231;ais, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des sentiments nouveaux s'emparent, semble- t-il, de l'inconscient collectif des Fran&#231;ais. Ceux-ci per&#231;oivent que les Maghr&#233;bins s'organisent en colonies permanentes constamment accrues et mesurent avec quelque effroi le d&#233;veloppement des &#171; ghettos &#187; nord-africains. Le comportement agressif de certains jeunes inadapt&#233;s est parfois reproch&#233; &#224; la communaut&#233; enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces peurs et ces d&#233;fiances r&#233;ciproques ne font pas bien augurer de l'avenir. Elles devraient inviter les intellectuels fran&#231;ais responsables &#224; se m&#233;fier d'affirmations incontr&#244;l&#233;es, dict&#233;es par une mauvaise conscience issue de l'&#233;poque coloniale, et qui vont le plus souvent &#224; l'encontre du but qu'elles entendent servir. On ne peut laisser dire que &#171; la prosp&#233;rit&#233; r&#233;cente de la soci&#233;t&#233; occidentale n'a &#233;t&#233; assur&#233;e qu'au prix de la servitude d'une partie de ceux qui la font (les Maghr&#233;bins) &#187; (Madeleine Tr&#233;bous). On ne peut pas laisser dire que la France devenue Etat multi-racial doit renoncer &#224; son traditionnel &#171; complexe de sup&#233;riorit&#233; &#187; et donc &#224; toute tentative d'int&#233;gration des immigr&#233;s maghr&#233;bins, car ce serait mettre leur avenir en p&#233;ril. Exiger pour les Maghr&#233;bins immigr&#233;s un statut qui leur donne tous les droits des Fran&#231;ais y compris le droit de vote et tous les droits des &#233;trangers, y compris le droit &#224; des &#233;coles arabo-musulmanes, sans reconna&#238;tre m&#234;me au pays d'accueil le droit de &#171; transformer ces &#233;trangers &#187;, rel&#232;ve de l'inconscience&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut s'interroger sur les mobiles de ceux qui &#233;crivent par exemple : &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus oppos&#233; par les Alg&#233;riens install&#233;s en France &#224; la naturalisation fran&#231;aise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De 1962 &#224; 1978, 9 449 Alg&#233;riens seulement auraient acquis volontairement la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, si compr&#233;hensible qu'il soit eu &#233;gard au pass&#233; du colonialisme, ne devrait pas &#234;tre encourag&#233; par leurs amis fran&#231;ais. &#171; Le droit &#224; la diff&#233;rence &#187;, c'est en pratique le maintien du ghetto, c'est le refus oppos&#233; &#224; la &#171; deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration &#187; - ou aux g&#233;n&#233;rations suivantes - de s'int&#233;grer &#224; la communaut&#233; fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le dilemme existe : ou bien les Maghr&#233;bins s'adapteront peu &#224; peu et s'assimileront volontairement &#224; la civilisation fran&#231;aise, ou bien ils resteront une minorit&#233; sur le qui-vive, expos&#233;e &#224; toutes les vagues de la x&#233;nophobie et &#224; tous les ressacs de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immigration a &#233;t&#233; et reste un bienfait pour les pays du Maghreb&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On a volontairement laiss&#233; de c&#244;t&#233; la question de l'importance des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, elle a rendu des services &#233;vidents &#224; l'&#233;conomie fran&#231;aise. Puisque les avantages ont &#233;t&#233; r&#233;ciproques, mieux vaudrait cesser toute pol&#233;mique r&#233;trospective, toute querelle id&#233;ologique, et laisser les familles nord- africaines juger simplement o&#249; se situe le meilleur avenir pour leurs enfants...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb29-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Soit 78 556 Alg&#233;riens, 18 249 Tunisiens et 35 506 (?) Marocains &#8212; chiffre taux &#224; l'&#233;vidence, puisqu'il correspond &#224; la somme des embarquements pour la France, compte non tenu des voyages successifs des m&#234;mes travailleurs ; 10 &#224; 15 000 semble un chiffre plus proche de la r&#233;alit&#233;. Ces chiffres ont &#233;t&#233; seuls retenus par le Rapport Laroque et Olive sur la main-d'&#339;uvre nord-africaine en France (1937).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En septembre 1924, le d&#233;part des travailleurs alg&#233;riens fut strictement r&#233;glement&#233; par la circulaire Chautemps. D&#233;clar&#233;e ill&#233;gale par le Conseil d'Etat, celle-ci fut remplac&#233;e par un d&#233;cret du 7 ao&#251;t 1926 aussi restrictif. Un d&#233;cret du 4 avril 1928 interdit m&#234;me la libert&#233; de voyage. Certes, les entraves furent en principe supprim&#233;es par le d&#233;cret du 17 juillet 1936 mais, d&#232;s le mois .de d&#233;cembre 1936, le cautionnement &#233;tait r&#233;tabli et le contr&#244;le des passagers de classe inf&#233;rieure fut institu&#233; par le d&#233;cret du 4 janvier 1937. Le cautionnement fix&#233; &#224; 125 F en 1936, 148 F en 1937, 172 F en 1938 fut port&#233; &#224; 286 F par un arr&#234;t&#233; du 26 mars 1940. Le contrat de travail pr&#233;alable au d&#233;part fut rendu &#224; nouveau exigible &#224; compter du 1er septembre 1941.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On recruta h&#226;tivement 5 000 Marocains en 1939 pour sauver la r&#233;colte betteravi&#232;re puis 10 000 de janvier &#224; juin 1940 pour les mines et les industries de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'ONI fit venir dans le m&#234;me temps 162 035 Italiens et 30 456 Allemands qui s'int&#233;gr&#232;rent sans difficult&#233;s dans la communaut&#233; fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On comptait 180 000 arriv&#233;es d'Alg&#233;riens en 1962, 262 000 en 1963, 269 000 en 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Conscients de ce qu'ils appelaient l'obstruction m&#233;tropolitaine, l'Assembl&#233;e alg&#233;rienne et le patronat fran&#231;ais d'Alg&#233;rie insist&#232;rent apr&#232;s 1947 pour que f&#251;t autoris&#233;e et organis&#233;e une &#233;migration alg&#233;rienne vers les territoires d'Afrique noire. Les r&#233;ponses du minist&#232;re de la France d'Outre-Mer furent toujours n&#233;gatives.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Telle &#233;tait d&#233;j&#224; la conclusion de la premi&#232;re grande enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e par la Direction des affaires alg&#233;riennes (minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, 1924). Le Rapport Laroque et Olive de 1937, la grande &#171; Etude sociologique de l'&#233;migration des travailleurs alg&#233;riens en M&#233;tropole &#187; (1956-10 cahiers) reprennent plus ou moins les m&#234;mes explications.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En 1937, sur 82 000 Nord- Africains recens&#233;s, 7 000 seulement &#233;taient inscrits au fonds de ch&#244;mage, 11 000 &#233;taient class&#233;s &#171; ch&#244;meurs non secourus &#187; et 19 000 &#171; sans ressources &#187;. Il y eut pourtant cette ann&#233;e-l&#224; 46 562 d&#233;parts d'Alg&#233;rie pour la France contre 27 200 en 1936.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;2. Le probl&#232;me d&#233;mographique nord-africain, Paris, INED, 1947.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans les limites restreintes de cet article, il n'est pas possible de donner des exemples nombreux. Rappelons pourtant que d&#232;s les ann&#233;es 1930 le seul arrondissement de Bougie (Beja&#239;a) comptait plus de 6 % de sa population totale vivant habituellement en France. La commune mixte de la Soumman, avec plus de 20 000 &#233;migr&#233;s sur 125 000 habitants, soit le sixi&#232;me de sa population, voyait partir r&#233;guli&#232;rement presque toute sa population m&#226;le adulte. En Grande Kabylie, on comptait en 1936 dans l'arrondissement de Tizi-Ouzou plus de 21 000 travailleurs &#233;migrants sur une population de 350 000 habitants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans ces chiffres sont compris les Fran&#231;ais musulmans jouissant de la qualit&#233; de rapatri&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Depuis le d&#233;cret du 29 avril 1976, le conjoint et les enfants de moins de 18 ans d'un r&#233;sident &#233;tranger b&#233;n&#233;ficiant d'un titre de s&#233;jour ne peuvent se voir refuser l'acc&#232;s du territoire fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Selon l'enqu&#234;te Remplod (1975), 79,2 % des tunisiens sont entr&#233;s en France comme touristes, 11 % sur contrats.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'&#233;volution des transferts des revenus du travail les pays d'origine est un bon indicateur de ce Par exemple, le montant moyen des transferts par et par an &#233;tait en 1975 de 5 790 F vers l'Alg&#233;rie, 7 vers la Tunisie, 8 377 F vers le Maroc. Les sondages sur intentions de rentrer d&#233;finitivement dans le pays paraissent au contraire peu fiables.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En 1913, Le Petit Marseillais concluait ainsi une enqu&#234;te : &#171; Des travailleurs et des soldats pour la France, du bien-&#234;tre pour les indig&#232;nes, voil&#224; plus qu'il n'en faut pour approuver avec joie une immigration aussi sympathique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour la presse de droite, les Alg&#233;riens &#233;taient tomb&#233;s compl&#232;tement sous la coupe des communistes : &#171; Voici, &#233;crivait un journaliste en parlant des ouvriers alg&#233;riens syndiqu&#233;s &#224; la CGTU, la garde berb&#232;re des futures arm&#233;es rouges, qui s'avance portant les oriflammes de L&#233;nine et qui s'offre comme un bouclier protecteur aux entrepreneurs du Grand Soir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'expression figure, pour la premi&#232;re fois, semble-t- il, dans le journal L'Ikdam du 1er juillet 1931.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf., par exemple, cette lettre d'un ouvrier alg&#233;rien publi&#233; par L'Entente (21 juillet 1938) : &#171; Je regrette d'&#234;tre venu en France. La mis&#232;re r&#232;gne parmi nos coreligionnaires ... Quand on se pr&#233;sente au bureau de l'embauche pour les Alg&#233;riens, le bureau est ferm&#233; ; les nouveaux arriv&#233;s sont sans travail ... Malheur &#224; celui qui cherche apr&#232;s ses droits &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il est remarquable, par exemple, que les ouvriers maghr&#233;bins ou leurs organisations n'aient jamais fait &#233;cho aux revendications politiques que la Ligue anti-imp&#233;rialiste formulait pour eux : &#171; Droit de vote et d'&#233;ligibilit&#233; dans les conseils municipaux pour tous les originaires des colonies vivant en France &#187;. (Assises anti-imp&#233;rialistes du 31 mars 1935). Le Rapport Laroque signale pourtant que de nombreuses municipalit&#233;s de la banlieue parisienne et du Nord d&#233;livraient des cartes d'&#233;lecteur &#224; des Alg&#233;riens (tome 1, p. 69).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Zakya Daoud, &#171; Les travailleurs maghr&#233;bins en Europe &#187;, Remarques africaines, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En fait, les chiffres cit&#233;s sont le plus souvent ceux des familles &#233;trang&#232;res et non des seuls Maghr&#233;bins (exemple en 1973 : 84 154 enfants d'&#233;trangers soit 11,8 % de l'ensemble des naissances). Mais les &#233;trangers sont 4 100 000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Au moment o&#249; je r&#233;dige ces lignes, la presse explique que l'indice de f&#233;condit&#233; en France en 1981 serait de 1,85 pour les femmes fran&#231;aises, 3,6 pour les femmes &#233;trang&#232;res et 5,5 pour les femmes maghr&#233;bines. Il serait plus honn&#234;te de donner le nombre de naissances d'enfants maghr&#233;bins.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Un sondage de septembre 1979 montrait que, d&#233;j&#224; Cour 44 % des Fran&#231;ais, la solution la plus efficace contre : ch&#244;mage, c'&#233;tait le renvoi chez eux des immigr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On peut s'interroger sur les mobiles de ceux qui &#233;crivent par exemple : &#171; La France est devenue un pays multi-ethnique ... La France n'appartient pas aux Fran&#231;ais ... Elle est ouverte &#224; tous ceux qui veulent venir s'y &#233;tablir ... La notion de citoyennet&#233; est caduque &#187; (A. Cordeiro, Pourquoi l'immigration en France ?, 1980).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;De 1962 &#224; 1978, 9 449 Alg&#233;riens seulement auraient acquis volontairement la nationalit&#233; fran&#231;aise. En revanche, on ignore combien ont &#233;t&#233; atteints par la naturalisation automatique. Les Fran&#231;ais d'origine maghr&#233;bine seraient estim&#233;s &#224; 1 000 000 ou 1 2000 000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On a volontairement laiss&#233; de c&#244;t&#233; la question de l'importance des transferts. Indiquons seulement que, pour l'Alg&#233;rie, les envois de fonds n'ont cess&#233; d'augmenter jusqu'en 1976. Depuis 1970, ils &#233;taient de l'ordre du milliard de NF mais tomb&#232;rent &#224; 546 millions en 1977, 426 en 1978, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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		<title>Le tsunami d&#233;mographique (2/2)</title>
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		<dc:date>2015-06-04T09:11:04Z</dc:date>
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		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject> Stoeckel H.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) Quelques objections classiques Revoil&#224; les vieilles lunes r&#233;actionnaires du pasteur Malthus. R&#233;ponse : il s'est tromp&#233; sur les d&#233;lais, mais son diagnostic &#233;tait fondamentalement correct. Il est vrai que l'&#233;litisme qui sous-tend ses mobiles et ses solutions est repoussant. Aussi convient-il de se r&#233;clamer d'un n&#233;omalthusianisme totalement &#233;galitariste qui ne se soucie pas du sort des riches, mais de celui de l'esp&#232;ce. Cette doctrine fut d'ailleurs (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-192-stoecker-h-+" rel="tag"&gt; Stoeckel H.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?768-le-tsunami-demographique-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques objections classiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Revoil&#224; les vieilles lunes r&#233;actionnaires du pasteur Malthus.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : il s'est tromp&#233; sur les d&#233;lais, mais son diagnostic &#233;tait fondamentalement correct. Il est vrai que l'&#233;litisme qui sous-tend ses mobiles et ses solutions est repoussant. Aussi convient-il de se r&#233;clamer d'un n&#233;omalthusianisme totalement &#233;galitariste qui ne se soucie pas du sort des riches, mais de celui de l'esp&#232;ce. Cette doctrine fut d'ailleurs jug&#233;e tr&#232;s progressiste &#224; la fin du 'axe si&#232;cle, quand la &#171; gr&#232;ve des ventres &#187; en France a r&#233;ussi &#224; faire baisser significativement la natalit&#233; au nom du refus - tr&#232;s f&#233;ministe, pacifiste et humaniste - de produire de la chair &#224; usine et &#224; canon. Une gr&#232;ve qui fut d&#233;j&#224; d&#233;cri&#233;e &#224; l'&#233;poque par les productivistes et cl&#233;ricaux du pays, avec curieusement moins d'&#233;cho qu'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;De quel droit se permettrait-on de vouloir limiter le nombre de mes enfants ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : le libre choix procr&#233;atif des couples est consid&#233;r&#233; &#224; ce jour comme une libert&#233; fondamentale. Mais on ne peut plus d&#233;sormais avoir le beurre (la libert&#233; de procr&#233;er) et l'argent du beurre (ne pas se heurter aux limites). On ne peut pas non plus se d&#233;fausser sur autrui du devoir de mod&#233;rer les naissances. Le citoyen trouve l&#233;gitime - c'est la ran&#231;on du nombre -qu'au nom de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, la d&#233;mocratie puisse limiter certaines libert&#233;s : celle de conduire trop vite, sans permis, ou d'&#234;tre arm&#233; dans l'espace public, pour ne pas mettre en danger autrui ; celle de fumer en lieu clos, pour respecter les poumons d'autrui ; celle de construire sans contraintes, pour ne pas enlaidir le paysage et mieux g&#233;rer l'espace, etc. La libert&#233; de procr&#233;er peut-elle &#234;tre &#224; son tour l&#233;gitimement restreinte au nom de l'int&#233;r&#234;t vital de l'esp&#232;ce, comme sur Tikopia ? Autrefois, s&#251;rement pas : la terre &#233;tait immense, et aucun pr&#233;judice collectif ne pouvait justifier une telle entrave. Aujourd'hui, en revanche, une telle d&#233;cision est justifi&#233;e car la transgression des limites (climat, espace, ressources) menace notre civilisation d'un effondrement aux cons&#233;quences incalculables. L'id&#233;al serait &#233;videmment que chaque couple comprenne et admette, comme sur Tikopia, que la soci&#233;t&#233; consid&#232;re l'option &#171; famille nombreuse &#187; comme un choix fonci&#232;rement inamical &#224; son &#233;gard. Au plan moral, brider l'abus procr&#233;atif (au-del&#224; de deux enfants) n'a rien de choquant. Apr&#232;s tout, quand les places assises d'un th&#233;&#226;tre sont toutes occup&#233;es, le directeur de la salle pourrait continuer &#224; faire entrer des spectateurs au nom de leur &#171; droit inali&#233;nable &#187; &#224; assister eux aussi au spectacle (et de sa propre envie de vendre des billets). Ce n'est pas ce qui se pratique : la s&#233;curit&#233; et le confort des clients d&#233;j&#224; install&#233;s - des concepts volontiers occult&#233;s au niveau plan&#233;taire - ne l'autorisent pas. Il est vrai que les d&#233;sagr&#233;ments de l'option &#171; surpeuplons sans retenue &#187; ne sont pas les m&#234;mes. Dans un th&#233;&#226;tre, ils sont imm&#233;diats et le rem&#232;de coule de source. Sur une plan&#232;te, percevoir le probl&#232;me &#224; temps (avant de sentir les limites) requiert un n&#233;ocortex en bon &#233;tat de marche et pas trop encombr&#233; de croyances r&#233;v&#233;l&#233;es (croissez et multipliez, etc.). Cela dit, seule une d&#233;cision d&#233;mocratique d&#251;ment motiv&#233;e dans le cadre de bases constitutionnelles solides peut justifier de telles atteintes. Et avant de vouloir p&#233;naliser les familles nombreuses, il faut &#233;videmment cesser de les encourager.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les gens ne font pas le lien entre leur choix reproductif et le nombre d'humains sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : c'est vrai, la d&#233;cision d'avoir un enfant est encore trop d&#233;connect&#233;e du souci de l'avenir de la plan&#232;te. Entre autres parce que la pens&#233;e dominante, qui invoque la croissance comme solution et non comme cause de la crise, ne fait &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; pas le lien terrifiant entre l'effondrement programm&#233; des ressources et le nombre d'humains qu'elles permettent de nourrir. Ouvrir en grand le d&#233;bat sur la capacit&#233; de charge de la plan&#232;te ferait sans aucun doute davantage pour r&#233;duire les naissances que toutes les mesures incitatives ou coercitives du monde. Et la &lt;i&gt;pleine perception&lt;/i&gt; de la descente aux enfers inscrite dans la natalit&#233; actuelle assagirait bien plus s&#251;rement la pulsion procr&#233;atrice de nos contemporains que toutes les sommations d'&#233;lites avant tout soucieuses d'assurer la p&#233;rennit&#233; du syst&#232;me, et dont les mobiles seront d&#232;s lors toujours suspects aux yeux des masses.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;En Chine, les autorit&#233;s ne se bornent pas &#224; inciter : leur fa&#231;on d'appliquer le &#171; dogme de l'enfant unique &#187; est r&#233;solument coercitive.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : r&#233;p&#233;tons donc que dans ce domaine sensible, une mesure n'est acceptable que si elle est d&#233;mocratique. De m&#234;me, il est impensable d'interdire &#224; quiconque de procr&#233;er : nous serions l&#224; dans l'eug&#233;nisme le plus r&#233;pugnant. Seules les familles nombreuses contribuent au surpeuplement, ce sont donc elles qu'il faut dissuader. Pour autant, toute d&#233;mocratie doit sanctionner avec mesure, ce que la Chine n'a pas su faire. Mais reconnaissons tout de m&#234;me qu'&#224; ce jour sa politique, aussi bl&#226;mable soit-elle, a &#233;vit&#233; &#224; l'humanit&#233; la bagatelle de 400 millions de bouches suppl&#233;mentaires &#224; nourrir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;20 heures de France 2, 3 janvier 2011.&#034; id=&#034;nh30-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le nombre d'enfants d'un couple rel&#232;ve de son choix intime. Une soci&#233;t&#233; qui tenterait d'agir sur ce choix renierait tout humanisme et verserait dans le totalitarisme.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : lorsque l'&#201;tat encourage fiscalement la natalit&#233;, il tente d'infl&#233;chir le libre choix des couples. Serait-il donc &#171; inhumain &#187; et &#171; totalitaire &#187; ? Plus s&#233;rieusement, l'humanisme veut que chacun soit fond&#233; &#224; pr&#233;lever les ressources qui lui sont n&#233;cessaires, pour autant qu'il n'ob&#232;re pas la capacit&#233; d'autrui &#224; en faire autant. Or c'est par d&#233;finition ce qui risque d'arriver - sans autre issue de secours humaniste que le suicide de masse - si la capacit&#233; de charge de la plan&#232;te vient &#224; &#234;tre d&#233;pass&#233;e. Elle l'est d'ailleurs d&#233;j&#224; - m&#234;me si &#231;a se voit encore peu -, comme en t&#233;moigne l'empreinte &#233;cologique moyenne de l'humanit&#233; qui atteint aujourd'hui 1,5 plan&#232;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;WWF, &#171; Rapport Plan&#232;te vivante 2010. Biodiversit&#233;, biocapacit&#233; et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Face &#224; ce p&#233;ril, l'humanisme n'a d'autre moyen d'action que la pr&#233;vention !&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'empreinte moyenne de l'humanit&#233; atteint 1,5 plan&#232;te, dites-vous. Quelle importance, puisque tout fonctionne &#224; peu pr&#232;s comme avant ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : une petite m&#233;taphore illustrera le probl&#232;me. Si vous placez en banque un gros h&#233;ritage (ici la plan&#232;te), vous pouvez adopter un train de vie qui se borne &#224; consommer les int&#233;r&#234;ts du placement (les renouvelables). Mais vous pouvez aussi choisir de mener la grande vie en pr&#233;levant une part du capital chaque mois (en consommant du &#171; fossile &#187; pour un total de 1,5 plan&#232;te). Le probl&#232;me est qu'avec ce choix, non seulement le capital s'amenuise, mais les int&#233;r&#234;ts qu'il produit aussi, et de plus en plus vite &#224; mesure qu'il vous faudra accro&#238;tre la ponction de capital pour maintenir votre train de vie. Ce syst&#232;me fonctionne n&#233;anmoins fort bien jusqu'&#224; &#233;puisement de votre avoir bancaire. Et l&#224;, patatras, vous vous retrouvez du jour au lendemain tout nu, sans capital ni int&#233;r&#234;ts. Certes, vous pouvez r&#233;torquer que si ce choix vous permet de tenir jusqu'&#224; la fin de vos jours, vous n'avez pas &#224; vous soucier de l&#233;guer un capital de vie &#224; vos descendants. Si vous pensez cela, votre cas est d&#233;sesp&#233;r&#233; et ce livre ne s'adresse pas &#224; vous. Mais ne vous illusionnez pas : &#224; moins d'&#234;tre tr&#232;s &#226;g&#233;, vous aussi vivrez le clash. Et comme tout le monde, sans Samu qui puisse nous tirer d'affaire...&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Vous postulez que c'est la disponibilit&#233; en &#233;nergie qui fixe le niveau supportable de population humaine, et je n'en crois rien.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : sur quelle base rationnelle se fonde votre conviction ? Sans revenir sur l'argumentaire d&#233;velopp&#233; au chapitre i, la figure 16 illustre &#224; quel point la courbe de la population humaine &#171; colle &#187; depuis 2 000 ans &#224; celle de sa consommation d'&#233;nergie. On peut certes comprendre que celle-ci croisse avec la population. Encore faut-il que l'intendance suive, or nous savons que c'en sera fini tr&#232;s bient&#244;t. Croire que la courbe d&#233;mographique (en bleu) pourra alors se mettre &#224; diverger totalement de celle (en rouge) de l'&#233;nergie [p&#233;trole] revient &#224; exclure toute causalit&#233; thermodynamique entre &#233;nergie et nutrition/ en v&#233;rit&#233;, tout porte &#224; penser qu'aussi horrible qu'en soit l'augure, nous ne serons jamais neuf milliards sur terre. Beaucoup d'auteurs expriment la m&#234;me angoisse. Je cite Yves Cochet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cochet (Yves), Antimanuel d'&#233;cologie, Rosny-sous-bois, Br&#233;al, 2009&#034; id=&#034;nh30-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; J'&#233;cris une derni&#232;re phrase d'une main tremblante : le d&#233;clin d&#233;mographique proche sera catastrophique au-del&#224; de ce que nous pouvons imaginer. Dire que la population du monde va perdre 3 milliards d'habitants en 30 ans n'est pas un froid constat de pr&#233;visionniste statisticien. La perspective est humainement insupportable. H&#233;las, elle est devant nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_472 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:falsepx;&#034; data-w=&#034;false&#034;&gt; &lt;span &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:58.510638297872%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/fig2.png&amp;taille=160&amp;1621970991' alt='' data-src='IMG/png/fig2.png' data-l='564' data-h='330' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;160&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/fig2.png&amp;#38;taille=160&amp;#38;1621970991&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/fig2.png&amp;#38;taille=320&amp;#38;1621970991&#034;},&#034;320&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/fig2.png&amp;#38;taille=320&amp;#38;1621970991&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/fig2.png&amp;#38;taille=564&amp;#38;1621970991&#034;},&#034;564&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/fig2.png&amp;#38;taille=564&amp;#38;1621970991&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/fig2.png&amp;#38;taille=564&amp;#38;1621970991&#034;}}' class='image_responsive' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/span&gt; &lt;/figure&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Mais d'o&#249; sort cette conviction atroce que sans &#233;nergies fossiles, la plan&#232;te ne pourrait pas nourrir plus d'un milliard d'humains ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : c'est un ordre de grandeur inscrit dans les projections &#233;nerg&#233;tiques. Sa fourchette des possibles d&#233;pend principalement du degr&#233; de d&#233;gradation de la biosph&#232;re, du climat, de nos exigences en consommation, du niveau moyen de solidarit&#233; et de notre capacit&#233; collective &#224; g&#233;rer la transition. Si l'objectif pouvait &#234;tre de faire acc&#233;der toute l'humanit&#233; au standard de vie de l'Europ&#233;en moyen&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un objectif illusoire sans minerais m&#233;talliques.&#034; id=&#034;nh30-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, m&#234;me ce milliard d'humains serait intenable dans l'&#232;re post-fossile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.Y. Cousteau avec Anne Sinclair : http://www.dailymotion.com/video/x5...&#034; id=&#034;nh30-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faut bien comprendre en effet qu'&#224; long terme, la production agricole ne pourra plus s'appuyer que sur le flux disponible de ressources renouvelables. Or ce flux, une fois pouss&#233; &#224; son optimum &lt;i&gt;durable&lt;/i&gt;, ne d&#233;pend que de param&#232;tres physiques de la biosph&#232;re comme le climat, les concentrations de minerais et la quantit&#233; d'&#233;nergie solaire collectable. Humanisme, solidarit&#233;, f&#233;minisme et &#233;cologisme, aussi pouss&#233;s soient-ils, seront donc inop&#233;rants sur &lt;i&gt;l'amplitude &#224; terme&lt;/i&gt; de la d&#233;crue du potentiel alimentaire. Ils peuvent en revanche &lt;i&gt;&#233;taler&lt;/i&gt; cette d&#233;crue dans le temps, en assurant la pr&#233;emption absolue de l'activit&#233; agricole sur le reliquat d'or noir et sur la main d'&#339;uvre, tout en g&#233;n&#233;ralisant un niveau in&#233;dit de partage plan&#233;taire des ressources et de rationalisation de l'alimentation (frugale, bio, locale, saisonni&#232;re, v&#233;g&#233;tale). Ce qui suppose la survie des d&#233;mocraties et la requalification de la production agricole en service prioritaire excluant toute accumulation de profits. Le tout, bien s&#251;r, en proscrivant les guerres, dont l'inhumanit&#233; n'aura &#233;chapp&#233; &#224; personne. Vous aurez compris que seule une gestion solidaire et optimale de cette p&#233;riode de transition peut nous laisser le r&#233;pit qui autoriserait un reflux &#224; visage humain. Il n'emp&#234;che qu'&#224; terme, quand ne subsistera plus aucun artifice technique pour produire la nourriture, la population devra s'&#234;tre stabilis&#233;e &#224; un niveau soutenable &lt;i&gt;ad vitam ceternam&lt;/i&gt; : quelque part autour d'un milliard si elle a choisi la sobri&#233;t&#233;, ou quelques centaines de millions si elle veut pouvoir prolonger (tant qu'il restera assez de m&#233;taux) des standards de vie &#171; modernes &#187; &#224; partir des seules EnR (hydraulique, &#233;olien, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les gens vivront de plus en plus vieux, c'est in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : rien n'est moins s&#251;r&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire sur ce point AUBERT (Claude), Esp&#233;rance de vie, la fin des illusions, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! Le discours actuel sur le prolongement des gains d'esp&#233;rance de vie est aberrant. Il revient &#224; extrapoler &#224; la fin de ce si&#232;cle l'&#233;volution de la dur&#233;e de vie moyenne de gens n&#233;s majoritairement avant 1930 et constat&#233;e aujourd'hui au moment de leur d&#233;c&#232;s. Et ce, alors que s'annonce un acm&#233; de civilisation comme jamais l'humanit&#233; n'en a connu. D&#233;j&#224;, la dur&#233;e de vie en France ne progresse plus que d'un mois et demi par an (et non plus d'un trimestre). Aux USA - ce phare de la modernit&#233; - la tendance vient m&#234;me de s'inverser : la dur&#233;e de vie y a &lt;i&gt;baiss&#233;&lt;/i&gt; de plus d'un mois en 2010 par rapport &#224; 2009, du fait d'une d&#233;gradation g&#233;n&#233;rale de l'&#233;tat de sant&#233; de la population, et bien que la mortalit&#233; infantile soit rest&#233;e au plus bas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://www.agoravox.fr/actualites/s...&#034; id=&#034;nh30-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La perte de 10 ans de dur&#233;e de vie pour les hommes russes apr&#232;s la chute du mur est une p&#226;le pr&#233;figuration de ce qui risque d'arriver demain. N'oublions pas non plus que la pollution chimique globale a &#233;pargn&#233; l'enfance des gens qui sont en &#226;ge de mourir aujourd'hui, et que la d&#233;gradation de la biosph&#232;re a des effets sanitaires cumulatifs dont le pire est donc certainement devant nous (cancers, maladies d&#233;g&#233;n&#233;ratives, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Mais qui paierait nos retraites s'il y avait moins d'enfants ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : les syst&#232;mes de retraite sont bien plus menac&#233;s par la d&#233;pl&#233;tion en &#233;nergie que par le d&#233;s&#233;quilibre des classes d'&#226;ge ! Et puis, si la pr&#233;servation des retraites exigeait &#224; tout jamais une forte natalit&#233;, l'humanit&#233;, qui ne peut pas cro&#238;tre ind&#233;finiment, serait dans l'obligation d'abolir les syst&#232;mes de retraites lorsque la population se stabilisera &#224; neuf milliards (sc&#233;nario de r&#233;f&#233;rence). &#192; moins d'euthanasier les vieux ou de r&#233;gler la question par une &#171; bonne guerre &#187; mondiale, solutions qui pour l'heure ne conviennent qu'&#224; tr&#232;s peu de monde... D&#232;s lors, pourquoi ne pas affronter le probl&#232;me d&#232;s aujourd'hui en organisant un partage des richesses entre actifs et non-actifs qui ne repose pas sur la fuite en avant ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi ne pas attendre de &#171; buter sur les limites &#187;, comme vous dites ? On pourrait ainsi se borner aux mesures qui s'imposent vraiment...&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : les populations du Sud soumises aux p&#233;nuries de bois, d'eau et d'aliments, butent d&#233;j&#224; sur les limites, mis &#224; part une frange minoritaire de privil&#233;gi&#233;s. Et si nous b&#233;n&#233;ficions d'un r&#233;pit dans le Nord, c'est bel et bien - et entre autres -parce que nous pillons le Sud (minerais, &#233;nergie, terres arables, aliments pour b&#233;tail...). Mais tout r&#233;pit a une fin, et le propre des crises de ressources est qu'une fois leurs effets ressentis par tout un chacun, il est trop tard pour esp&#233;rer les r&#233;soudre en douceur. Quand la faim s'est install&#233;e chez les Pascuans, la d&#233;vastation de leur &#238;le &#233;tait trop avanc&#233;e pour pouvoir enrayer l'&#233;croulement de son potentiel de ressources sans chute de population. La d&#233;natalit&#233; ne r&#233;duit les ponctions qu'apr&#232;s plusieurs d&#233;cennies, au cours desquelles la d&#233;gringolade des ressources s'emballe. Lorsque la faim vous fait consommer toutes vos r&#233;serves de plantes comestibles, vous savez que vous vous privez de leurs semences, et donc d'avenir. Les r&#233;gulations usuelles dans ces situations s'imposent alors &#224; tous (famines, guerres, suicides, pand&#233;mies...), l'&#233;pilogue &#233;tant le &#171; chacun pour soi &#187; qui ach&#232;ve de ravager ce qui reste d'&#233;cosyst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il y a bian assez de catastrophe tueuses dans le monde pour ne pas y ajouter des r&#233;ductions de natalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : La baisse de natalit&#233; ne &#171; tue &#187; personne ! Et les r&#233;gulations naturelles n'ont qu'un effet minime sur notre nombre. &lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; n'a heureusement plus de pr&#233;dateurs, et sauf exception (Malaria, Sida,...), les pand&#233;mies infectieuses restent &#224; peu pr&#232;s circonscrites. D'o&#249; d'ailleurs l'accroissement naturel de la population, qui de 2-3 millions par an au XVIIe si&#232;cle est pass&#233;e &#224; 50 million en 1950 et 80 millions en 2010. les d&#233;c&#232;s dus aux catastrophes telles que le tsunami de 2004 au large de Sumatra (220 000 morts) ou le tremblement de terre ha&#239;tien de 2010 (240 000 morts) furent effac&#233;s (si l'on ose dire !) en un seul jour d'accroissement d&#233;mographique, et les 60 millions de morts de la seconde guerre mondiale en moins de 15 mois. Plus significatif en revanche fut l'impact du mildiou de la pomme de terre dans les ann&#233;es 1845-1848. Aid&#233; par l'attitude des colons britanniques, il fit mourir de faim un million et demi d'Irlandais (le tiers de la population) et &#233;migrer un autre million, laissant le pays exsangue. Cet &#233;pisode tragique rappelle &#224; qui l'aurait oubli&#233; que m&#234;me dans l'Europe pr&#233;industrielle, une population peut s'effondrer par famine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les chiffres de ce paragraphe, tir&#233;s de l'INED, sont cit&#233;s dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et que si cette derni&#232;re prenait une ampleur plan&#233;taire, nul ne pourrait y rem&#233;dier par une aide humanitaire ext&#233;rieure ou un exode salvateur...&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne suis pas nataliste, mais r&#233;aliste ! Je ne crois simplement pas qu'il soit possible d'amener les gens &#224; d&#233;cider d'avoir moins d'enfants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : pour &#234;tre fix&#233;s sur ce point, encore faut-il essayer ! Pour l'heure, ce ne sont pas les familles les plus responsables, mais les plus nombreuses qui sont au tableau d'honneur de la R&#233;publique, et ce, ind&#233;pendamment de leur capacit&#233; &#224; assurer l'avenir de leurs enfants. Encore aujourd'hui, les Fran&#231;ais sont exhort&#233;s &#224; faire plus de deux enfants par des primes &#224; la naissance et par une forte progressivit&#233; des allocations familiales et des parts fiscales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme par hasard, le fort &#171; coup de pouce &#187; apport&#233; en sus des allocations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un peu partout sur terre, le discours ambiant se f&#233;licite de chaque embellie du taux de natalit&#233;, comme si le monde &#233;tait gravement sous-peupl&#233;. Alors que face au risque de saturer l'unique plan&#232;te dont nous disposons, nous devrions au contraire encourager la d&#233;crue du nombre, et &#224; tout le moins s'interdire de stimuler financi&#232;rement la natalit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Sauf que la natalit&#233; d&#233;faille dans presque toute l'Europe. &#192; ce train-l&#224;, l'humanit&#233; dispara&#238;tra en moins d'un mill&#233;naire.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : bien avant de dispara&#238;tre, et sauf tueries &#224; grande &#233;chelle, la population aura des si&#232;cles devant elle pour r&#233;viser ses crit&#232;res de natalit&#233;. Nul doute qu'&#224; 200 millions (hypoth&#232;se d'&#233;cole) sur une plan&#232;te spacieuse et agr&#233;able &#224; vivre, la pulsion reproductrice serait autrement plus ardente qu'&#224; 9 milliards ! Nul doute aussi que le risque d'extinction p&#232;se aujourd'hui de fa&#231;on infiniment plus concr&#232;te et imm&#233;diate sur des millions d'esp&#232;ces autres que la n&#244;tre... Et que c'est de notre fait !...&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'est dans les pays pauvres que la natalit&#233; est excessive, pas en Europe o&#249; elle n'assure m&#234;me pas le remplacement des g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : Ce n'est pas l'objectif du remplacement, mais celui de la d&#233;crue que l'urgence &#233;cologique met &#224; l'ordre du jour. Et elle concerne tout le monde ! Les plus pauvres pour assurer leur socle alimentaire local dans un environnement pr&#233;serv&#233;, et les riches parce que l'empreinte CO2, de chaque b&#233;b&#233; n&#233; aux USA &#171; p&#232;se &#187; 91 fois celle d'un b&#233;b&#233; bangladais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Nous serons 10 milliards d'&#234;tres humains en 2100 &#187;, 8 mai 2011, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Mais un tel diff&#233;rentiel de natalit&#233; ne peut qu'exacerber l'&#233;migration vers les pays riches, avec les crises de cohabitation qui en d&#233;coulent.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : &#224; qui la faute ? Qui r&#233;chauffe le climat commun ? Qui surexploite le sol, le sous-sol et les oc&#233;ans de toute la plan&#232;te ? Qui a fait venir nagu&#232;re de la main-d'&#339;uvre immigr&#233;e quand &#231;a arrangeait tout le monde ? Tout cela, il nous faut &#224; pr&#233;sent l'assumer ! Si nous tenons &#224; ce que les migrants puissent rester/retourner chez eux, une seule r&#233;ponse juste et humaine est possible : accepter le partage plan&#233;taire et la frugalit&#233; comme sort commun de l'esp&#232;ce. Le niveau actuel de nos aides n'est qu'une triste caricature de ce qu'il faudrait entreprendre en ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;On ne peut rien contre le natalisme pr&#244;n&#233; par la plupart des religions.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : que ces religions invitent leurs ouailles &#224; &#171; cro&#238;tre et multiplier &#187; est historiquement facile &#224; comprendre, sinon &#224; admettre : il s'agissait pour elles de prosp&#233;rer plus vite que la concurrence. Mais leurs prescriptions datent d'une &#233;poque aux fondements totalement caducs. Bertrand de Jouvenel l'&#233;crivait d&#233;j&#224;, &#171; nous n'habitons plus la m&#234;me plan&#232;te que nos a&#239;eux : la leur &#233;tait immense, la n&#244;tre est petite &#187;. Spolier ses propres enfants de leur avenir en s'accrochant &#224; ces doctrines issues des tr&#233;fonds du pass&#233; trahit un manque av&#233;r&#233; de rationalit&#233; et montrerait, s'il en &#233;tait besoin, qu'&#224; un certain niveau de d&#233;tail, raison et croyance ne font pas bon m&#233;nage. Cela dit, nous n'avons pas le choix : il faut s'adresser &#224; la raison, qui reste la seule voie d&#233;mocratique praticable.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Un enfant sans fratrie n'est pas dans un bon environnement pour le sociabiliser et risque de devenir un enfant roi.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : aucune cellule familiale n'est condamn&#233;e &#224; se fermer aux cellules voisines. Bien des solutions sont imaginables sur cette base &#8212; et pas seulement &#224; charge des femmes &#8212; pour balayer cette objection.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les mesures financi&#232;res en faveur des familles nombreuses ne semblent pas avoir d'effet sur leur nombre d'enfants.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : si c'est vrai, on peut faire l'&#233;conomie de ces mesures et rendre aux couples d&#233;mographiquement responsables la part d'aide qui leur est vol&#233;e. Et si c'est faux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'exception de la natalit&#233; fran&#231;aise en Europe tend plut&#244;t &#224; accr&#233;diter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le maintien de ces discriminations, en contribuant &#224; maximiser la population (la faire cro&#238;tre, ou d&#233;cro&#238;tre moins vite), amplifie in fine la violence du choc &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Vous voulez donc supprimer toute aide aux familles ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : non ! Ce qui est en jeu n'est pas le volume global des aides destin&#233;es &#224; faire face au co&#251;t des enfants dans le budget d'une famille. C'est l'&#233;norme surprime donn&#233;e aux familles nombreuses, &lt;i&gt;pr&#233;lev&#233;e sur l'aide aux autres familles&lt;/i&gt;. La moindre des choses serait que les allocations soient les m&#234;mes pour chaque enfant, or elles ne le sont pas. Ces aides ignorent le premier enfant, alors que c'est sans doute son arriv&#233;e qui g&#233;n&#232;re le saut le plus significatif dans les d&#233;penses du m&#233;nage (habits, chambre, chaussures, meubles, poussette, cr&#232;che, nounou...). La discrimination par les parts fiscales, parce qu'elle ne profite qu'&#224; la moiti&#233; la plus ais&#233;e de la population, doit en revanche dispara&#238;tre, quitte &#224; transf&#233;rer cette dotation sur le volume distribu&#233; &#233;quitablement en allocations familiales. Tout cela n'est bien entendu qu'un avis, &#224; soumettre au d&#233;bat d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Pour obtenir une d&#233;natalit&#233; suffisante, il faudrait des mesures bien plus radicales, comme la d&#233;gressivit&#233; des allocations familiales et leur suppression au-del&#224; du deuxi&#232;me enfant.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : au seul vu de l'ampleur de la menace (rappelez-vous : chaque ann&#233;e, 75 millions d'humains en moins pendant 80 ans), vous avez raison. Mais une telle mesure aurait bien peu de chances d'&#234;tre adopt&#233;e aujourd'hui dans une d&#233;mocratie, m&#234;me si elle ne concernait que les enfants &#224; venir. Les choses peuvent changer si la conscience des p&#233;rils progresse. Esp&#233;rons, donc...&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La meilleure politique contraceptive, dans tous les pays du monde, c'est l'&#233;ducation, en particulier celle des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : de quelle &#233;ducation parlez-vous ? Celle dispens&#233;e par les missionnaires dans les ex-colonies ? Celle des imams dans les r&#233;gimes islamiques ? Ou celle des grandes &#233;coles en France qui ont produit des g&#233;n&#233;rations d'&#233;lites productivistes et natalistes pondeuses de mesures du m&#234;me nom ? Selon ce qu'elle enseigne, l'&#233;ducation peut &#234;tre la meilleure et la pire des choses. Celle &#171; des lumi&#232;res &#187;, qui a permis les grands progr&#232;s humains depuis deux si&#232;cles, allait de pair avec l'&#233;mancipation des femmes, particuli&#232;rement en Occident et en Asie o&#249; leur acc&#232;s massif au travail salari&#233; a fait bien plus pour r&#233;duire la natalit&#233; que tous les discours en ce sens (ou en sens contraire). Le probl&#232;me est qu'aujourd'hui les &#171; lumi&#232;res &#187; sont loin d'&#233;clairer tous les recoins du monde, que l'&#233;ducation est porteuse de valeurs tr&#232;s diverses et qu'elle ne garantit nullement l'acc&#232;s aux moyens contraceptifs. Proposer la seule &#233;ducation pour ma&#238;triser la natalit&#233; n'est donc qu'une d&#233;robade. Une politique mondiale instaurant l'acc&#232;s facile et gratuit au planning familial serait bien plus efficace &#224; court terme. Selon les Nations unies, si toutes les femmes avaient les moyens de ma&#238;triser leur f&#233;condit&#233;, le nombre des grossesses non d&#233;sir&#233;es se r&#233;duirait chaque ann&#233;e de 52 millions sur la plan&#232;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AUBIN (Jean), op. cit.&#034; id=&#034;nh30-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (&#224; comparer &#224; l'accroissement annuel de 80 millions en 2010) !&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse au probl&#232;me d&#233;mographique est avant tout dans le niveau de vie et donc dans une juste r&#233;partition des ressources entre le Nord et le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : on a vu pourquoi l'&#233;quit&#233; d'acc&#232;s aux ressources s'impose en effet pour emp&#234;cher la g&#233;n&#233;ralisation de l'apartheid plan&#233;taire. Quant &#224; la r&#233;f&#233;rence au niveau de vie, elle fait allusion au concept de transition d&#233;mographique qui constate que le d&#233;veloppement socio&#233;conomique est toujours pass&#233; par trois phases : une baisse de la mortalit&#233; suivie d'un rebond d&#233;mographique, et bien plus tard d'une baisse corrective de la natalit&#233;. Ce constat est certes globalement av&#233;r&#233;, mais il interf&#232;re aussi avec les traditions culturelles. Dans les pays riches du golfe Persique par exemple, la natalit&#233; est rest&#233;e forte malgr&#233; le d&#233;veloppement &#233;conomique. Mais surtout, au plan mondial, l'am&#233;lioration attendue de la transition d&#233;mographique m&#232;nerait, au mieux, &#224; un pic de population vers 2050, sous forme d'une longue stabilisation suivie d'une lente d&#233;crue. Un tel reflux de la natalit&#233; serait beaucoup trop lointain, limit&#233; et hypoth&#233;tique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La transition d&#233;mographique n'est cens&#233;e faire son oeuvre que dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour pouvoir pr&#233;venir l'effondrement inscrit dans les grandes d&#233;pl&#233;tions de ressources, qui sont beaucoup plus proches de nous.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays pauvres, avoir beaucoup d'enfants est la seule fa&#231;on d'assurer une prise en charge des vieux jours de leurs parents.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : une des grandes conqu&#234;tes de la solidarit&#233; dans nos pays est d'avoir mutualis&#233; cet effort en instaurant l'assurance vieillesse et les retraites. Leur extension &#224; toute l'humanit&#233; n'est pas &#233;vidente, mais elle constitue la meilleure r&#233;ponse &#224; ce probl&#232;me. Dans la mesure, bien s&#251;r, o&#249; le d&#233;clin &#233;nerg&#233;tique la permettra, une restriction qui s'appliquera h&#233;las &#224; tout ce que nous ferons, d&#233;sormais...&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de l'&#201;tat indien du Kerala montre que m&#234;me avec 819 habitants au kilom&#232;tre carr&#233;, une population peut avoir un bon indice de d&#233;veloppement humain (IDH) et une faible empreinte individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : c'est en effet un cas &#224; m&#233;diter. Mais s'il &#233;tait g&#233;n&#233;ralisable, toute l'Inde s'en inspirerait et elle ne le fait pas, entre autres parce qu'au Kerala, les conditions climatiques, sociologiques, historiques, p&#233;dologiques, etc., sont bien plus favorables. Il est par ailleurs fort douteux que les laudateurs occidentaux du mod&#232;le keralais soient pr&#234;ts &#224; accepter ce niveau de frugalit&#233; et d'entassement humain. Les bons taux d'alphab&#233;tisation du Kerala n'ont pas emp&#234;ch&#233; sa population de cro&#238;tre de 9,4 % entre 1991 et 2001, ni d'&#233;migrer en nombre vers les pays du Golfe. Un tel exode est-il soutenable ? Si les Keralais &#233;taient moins nombreux, ils seraient &#233;videmment plus &#224; l'aise &#224; tous &#233;gards dans leur propre pays, et leur empreinte carbone se r&#233;duirait sans nuire &#224; leur &#171; d&#233;veloppement humain &#187;. Mais surtout, que restera-t-il demain du mod&#232;le keralais en l'absence de p&#233;trole ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;On ne pourra rien contre le natalisme tant que le moteur de la prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique sera la fuite en avant par la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : c'est une &#233;vidence. M&#234;me avec 80 millions de consommateurs suppl&#233;mentaires chaque ann&#233;e, le march&#233; mondial n'arrive plus &#224; absorber suffisamment de production pour satisfaire la boulimie des &#233;lites qui se trouvent r&#233;duites &#224; des artifices financiers spoliateurs pour continuer &#224; s'empiffrer. On imagine leur d&#233;tresse dans un monde &#224; un seul enfant par famille ! La conclusion &#233;vidente est qu'il faut changer de syst&#232;me au plus vite. Et accessoirement que l'antinatalisme est par essence fonci&#232;rement et tr&#232;s subversivement antilib&#233;ral...&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Allez, avouez qu'au fond, vous n'aimez pas les enfants...&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : joli paradoxe sur l'&#233;go&#239;sme. Qui aime le plus les animaux ? Celui qui tient &#224; en avoir dans son appartement, ou celui qui refuse de les enfermer &#224; vie et pr&#233;f&#232;re aller les observer dans un milieu naturel pr&#233;serv&#233; ? Qui aime le plus les enfants ? Celui qui veut en avoir beaucoup parce qu'au fond il n'aime vraiment que les siens, ou celui qui se pr&#233;occupe d'abord des conditions de vie que nous l&#233;guons &#224; tous les enfants de la terre ? Le bon vieux pr&#233;cepte kantien trouve ici une application d&#233;cisive : &lt;i&gt;demande-toi toujours ce qui adviendrait si le monde entier agissait comme toi...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb30-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;20 heures de France 2, 3 janvier 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;WWF, &#171; Rapport Plan&#232;te vivante 2010. Biodiversit&#233;, biocapacit&#233; et d&#233;veloppement &#187;, r&#233;sum&#233; disponible sur &lt;a href=&#034;http://www.wwf.be/_media/WWF_LPR_2010_FR_556967.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.wwf.be/_media/WWF_LPR_20...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cochet (Yves), &lt;i&gt;Antimanuel d'&#233;cologie&lt;/i&gt;, Rosny-sous-bois, Br&#233;al, 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Un objectif illusoire sans minerais m&#233;talliques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J.Y. Cousteau avec Anne Sinclair : &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/x5lp2a_cousteau-avec-anne-sinclair_webcam&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.dailymotion.com/video/x5...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lire sur ce point AUBERT (Claude), &lt;i&gt;Esp&#233;rance de vie, la fin des illusions&lt;/i&gt;, Mens, Terre vivante, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/l-esperance-de-vie-en-baisse-86134&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.agoravox.fr/actualites/s...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les chiffres de ce paragraphe, tir&#233;s de l'INED, sont cit&#233;s dans &lt;i&gt;L'Enfermement plan&#233;taire, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Comme par hasard, le fort &#171; coup de pouce &#187; apport&#233; en sus des allocations familiales par la modulation des parts fiscales (une demi-part pour chacun des deux premiers enfants et une part enti&#232;re par enfant &#224; partir du troisi&#232;me) n'est octroy&#233; qu'aux familles de la moiti&#233; la plus riche de la population, celle qui paie des imp&#244;ts directs. La discrimination par les parts fiscales n'est donc pas que nataliste : elle amplifie aussi les in&#233;galit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Nous serons 10 milliards d'&#234;tres humains en 2100 &#187;, 8 mai 2011, &lt;a href=&#034;http://ecologie.blog.lemonde.fr/2011/05/08/nous-serons-10-milliards-detres-humains-en-2100/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://ecologie.blog.lemonde.fr/201...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'exception de la natalit&#233; fran&#231;aise en Europe tend plut&#244;t &#224; accr&#233;diter cette hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;AUBIN (Jean), &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La transition d&#233;mographique n'est cens&#233;e faire son oeuvre que dans l'hypoth&#232;se o&#249; le d&#233;veloppement bas&#233; sur la croissance &#233;conomique actuelle se poursuivrait jusqu'en 2050, ce qui est hautement improbable sans p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le tsunami d&#233;mographique (1/2)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?768-le-tsunami-demographique-1-2</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?768-le-tsunami-demographique-1-2</guid>
		<dc:date>2015-05-27T14:23:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Prospective</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
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		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject> Stoeckel H.</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mographie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chapitre V du livre de Hugues Stoeckel, &#171; La faim du monde. L'Humanit&#233; au bord d'une famine globale &#187;, Max Milo, 2012, Pr&#233;face d'Yves Cochet, pp. 211-230. &#171; Aujourd'hui, les niveaux de population d&#233;pendent des carburants fossiles et de l'agriculture industrielle. &#212;tez-les du tableau et il y aurait une r&#233;duction de la population mondiale qui est bien trop horrible pour pouvoir y penser. &#187; Joseph Tainter &#171; Il faut r&#233;duire doucement la masse humaine pour que chaque &#234;tre retrouve sa (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-108-sociologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-192-stoecker-h-+" rel="tag"&gt; Stoeckel H.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-219-demographie-+" rel="tag"&gt;D&#233;mographie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre V du livre de Hugues Stoeckel, &#171; La faim du monde. L'Humanit&#233; au bord d'une famine globale &#187;, Max Milo, 2012, Pr&#233;face d'Yves Cochet, pp. 211-230.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aujourd'hui, les niveaux de population d&#233;pendent des carburants fossiles et de l'agriculture industrielle. &#212;tez-les du tableau et il y aurait une r&#233;duction de la population mondiale qui est bien trop horrible pour pouvoir y penser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Tainter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MACKENZIE (D&#233;borah), &#171; Les civilisations meurent aussi &#187;, New Scientist, 2 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut r&#233;duire doucement la masse humaine pour que chaque &#234;tre retrouve sa propre dignit&#233;. [...] Aucune solution n'est viable tant qu'on n'a pas d'abord r&#233;gl&#233; la question de la d&#233;mographie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marguerite Yourcenar&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GAGNON (Th&#233;r&#232;se), Le Vide yourcenarien ou l'&#233;l&#233;ment sine qua non de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Sommes-nous trop nombreux sur terre ? Formul&#233;e ainsi, cette question n'a gu&#232;re de sens. Trop nombreux pour quoi ? S&#251;rement pas pour menacer la richesse culturelle et la diversit&#233; de notre esp&#232;ce. Ni sans doute pour qu'une majorit&#233; d'humains se sentent &#224; l'&#233;troit sur leur plan&#232;te. En mettant en oeuvre une gestion rationnelle et &#233;quitable des ressources (eau, sols, terres arables, &#233;nergie, etc.), la terre serait probablement encore en mesure de nourrir quelque temps le milliard d'affam&#233;s actuels. Simple affaire de partage...&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est lorsqu'on se projette dans le futur qu'on r&#233;alise que les marges d'expansion humaine commencent &#224; se faire &#233;troites sur la plan&#232;te. Le futur n'est certes jamais &#233;crit d'avance, mais l'intransigeance des lois physiques le noircit d&#233;sormais de quelques certitudes. R&#233;sumons donc les constats des chapitres pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. D'ici la fin de ce si&#232;cle, les ressources fossiles se rar&#233;fieront peu &#224; peu jusqu'&#224; devenir inaccessibles &#224; la quasi-totalit&#233; des humains (sauf chaos global qui suspendrait la rar&#233;faction, mais aussi la civilisation, et donc l'acc&#232;s de fait &#224; ces ressources).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. En 2100, le flux d'&#233;nergie disponible par humain s'en trouvera grosso modo divis&#233; par 10. La plupart des gisements m&#233;talliques seront trop pauvres pour rester exploitables avec ce qui restera d'&#233;nergie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le facteur limitant pour les m&#233;taux les plus abondants (fer, aluminium, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ne laissant plus gu&#232;re comme m&#233;taux que le stock d&#233;j&#224; en circulation. Moyennant quoi, les humains ne pourront plus compter que sur les ressources renouvelables de proximit&#233; pour se nourrir, se v&#234;tir, se loger et se chauffer, &#224; ne parler que des clauses les plus basiques d'une continuit&#233; de civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Aucun choix politique, aussi &#233;cologique, universel et avis&#233; soit-il, ne peut faire d&#233;cro&#238;tre les besoins alimentaires vitaux d'un &#234;tre humain, f&#251;t-il dot&#233; d'une empreinte carbone r&#233;duite &#224; celle de Cro-Magnon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Les fondements biophysiques de l'alimentation (climat, aire arable, qualit&#233; des sols et des eaux, biodiversit&#233; terrestre et marine...) se d&#233;robent &#224; vitesse acc&#233;l&#233;r&#233;e sous nos pieds, sans la moindre perspective cr&#233;dible d'une inversion de tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. M&#234;me dans l'hypoth&#232;se tr&#232;s improbable d'une stabilisation de ces fondements, le rapprochement des constats 2 et 3 conduit &#224; conjecturer avec Paul Chefurka (figure ci-dessous) qu'en 2100, la plan&#232;te ne pourra plus nourrir qu'un milliard d'humains environ&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'&#233;tait la population mondiale vers 1800, au d&#233;but de l'Anthropoc&#232;ne. La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La population se r&#233;duirait donc &lt;i&gt;en moyenne&lt;/i&gt; de plus de 75 millions de personnes &lt;i&gt;chaque ann&#233;e pendant 80 ans&lt;/i&gt;, un objectif strictement impossible &#224; tenir par le seul contr&#244;le des naissances, et qui implique donc une explosion des d&#233;c&#232;s pr&#233;matur&#233;s par famines, guerres, pand&#233;mies ou suicides&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2010, le monde a enregistr&#233; environ 137,3 millions de naissances et 57 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_470 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;span &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:77.830188679245%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/capture_du_2014-09-18_16_09_34.png&amp;taille=300&amp;1621970985' alt='' data-src='IMG/png/capture_du_2014-09-18_16_09_34.png' data-l='636' data-h='495' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/capture_du_2014-09-18_16_09_34.png&amp;#38;taille=300&amp;#38;1621970985 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/capture_du_2014-09-18_16_09_34.png&amp;#38;taille=600&amp;#38;1621970985 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/span&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;6. Sur la base de l'actuelle pyramide mondiale des &#226;ges et des effets escompt&#233;s de la transition d&#233;mographique, la plupart des d&#233;mographes estiment que ce sont autour de neuf milliards d'humains qui sont &#171; dans les tuyaux &#187; d&#233;mographiques &#224; l'horizon 2050.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout argument rationnel qui permettrait d'invalider l'un de ces constats serait rien moins qu'enthousiasmant. Car si ce r&#233;sum&#233; est correct, la trag&#233;die du XXIe si&#232;cle sera l'incompatibilit&#233; radicale des constats 5 et 6. D'un c&#244;t&#233; 7, 8 &#224; 11 milliards d'humains programm&#233;s, de l'autre un seul milliard &#171; nourrissable &#187;. M&#234;me avec &#8212; soyons larges &#8212; une marge d'erreur du simple au double, aucun accommodement n'est donc imaginable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les deux pieds de l'empreinte carbone&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rapport onusien de 2009 sur l'&#233;tat de la population mondiale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;UNFPA, &#201;tat de la population mondiale 2009. Face &#224; un monde qui change : les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nous apprend que dans le pass&#233; r&#233;cent, la vague d&#233;mographique a caus&#233; &#224; elle seule 40 &#224; 60 % (la moiti&#233;, en gros) de l'accroissement des &#233;missions humaines de CO2. L'inflation du nombre a donc sur l'empreinte &#233;cologique un impact du m&#234;me ordre que celle des consommations par personne.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce rapport pr&#233;cise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source : le climatologue Brian O'Neill du National Center for Atmospheric (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que si l'on parvenait &#224; limiter la population &#224; huit milliards d'humains &#224; l'horizon 2050 (hypoth&#232;se basse de l'ONU), les &#233;missions annuelles de carbone se verraient r&#233;duites d'un &#224; deux milliards de tonnes par rapport au sc&#233;nario d&#233;mographique m&#233;dian qui envisage un peu plus de neuf milliards de personnes en 2050. Le rapport ajoute que c'est autant que si &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les nouvelles habitations de la plan&#232;te &#233;taient construites selon les meilleures normes, ou si l'on rempla&#231;ait &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les centrales actuelles au charbon par deux millions de turbines &#233;oliennes d'un m&#233;gawatt !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la plupart de nos contemporains &#8211; et beaucoup d'&#233;cologistes &#8211; r&#233;cusent l'id&#233;e d'agir sur le premier des deux fauteurs d'empreinte. Ils &#233;taient pourtant sur le m&#234;me plan jadis, lorsqu'aucune consommation et aucune procr&#233;ation n'&#233;taient ill&#233;gitimes au regard de l'immensit&#233; de la terre. &#192; pr&#233;sent que l'humanit&#233; a envahi la totalit&#233; de l'espace disponible, pourquoi serait-il incongru d'incriminer l'un des deux param&#232;tres ? Pourquoi la raison native du probl&#232;me resterait-elle taboue ? On cherche en vain une r&#233;ponse rationnelle &#224; ces questions, &#224; une &#233;poque o&#249; tous les marqueurs d'un effondrement de civilisation sont pass&#233;s au rouge et o&#249; il est d&#233;j&#224; tr&#232;s tard pour r&#233;agir. Trop tard, m&#234;me, pour bien des scientifiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MAGDELAINE (Christophe), &#171; &#171; Il est d&#233;j&#224; trop tard &#187; : l'esp&#232;ce humaine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Alors que faire ? Persister dans le d&#233;ni de r&#233;alit&#233; serait sanctionn&#233; par une &#232;re de barbarie comme jamais notre esp&#232;ce n'en a connu. Or le seul param&#232;tre sur lequel nous ayons toute latitude pour agir efficacement et sans douleur est la natalit&#233;. Une excellente raison de tenter de la ma&#238;triser, non pour effacer le probl&#232;me - l'inertie d&#233;mographique est bien trop grande - mais pour en att&#233;nuer les effets &#224; terme.&lt;br class='manualbr' /&gt;Des deux leviers actionnables (consommation et natalit&#233;), c'est du reste le second qui est objectivement le plus facile &#224; actionner, et de loin. Celles et ceux qui pr&#233;tendent qu'il est culturellement intouchable (sacr&#233; ?) et qu'il serait plus facile et bien suffisant d'agir &#224; la baisse sur notre impact individuel feraient bien de r&#233;fl&#233;chir &#224; l'&#233;normit&#233; du gain en sobri&#233;t&#233; qu'imposera la division par quatre de l'empreinte &#233;cologique du Fran&#231;ais moyen. Tr&#232;s peu d'entre nous accepteront les contraintes inscrites dans ce choix, qu'elles soient admises aujourd'hui ou impos&#233;es demain. C'est surtout vrai pour les plus privil&#233;gi&#233;s, dont l'empreinte est tr&#232;s sup&#233;rieure &#224; quatre plan&#232;tes et qui ne se sont jamais signal&#233;s par leur esprit de sacrifice...&lt;br class='manualbr' /&gt;Entendons-nous bien : il n'est pas question de s'exon&#233;rer du devoir de r&#233;duire les consommations et rejets &#233;vitables. Mais se borner &#224; cela d&#233;boucherait exactement sur le m&#234;me effet rebond&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SCHNEIDER (Fran&#231;ois), &#171; L'effet rebond &#187;, L'&#201;cologiste, n&#176; 11, octobre 2003, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que la baisse des &#233;missions de CO2 par voiture, dont les b&#233;n&#233;fices furent largement annul&#233;s par l'augmentation de leur nombre. Alors que l'effet rebond &#233;ventuel d'une d&#233;natalit&#233; serait un bonus en espace et en agr&#233;ment de vie pour chacun...&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; vrai dire, les limites ont &#233;t&#233; &#224; ce point outrepass&#233;es que nous n'avons plus le choix. Aucune solution ne peut plus pr&#233;tendre r&#233;soudre &#224; elle seule le probl&#232;me : ni le partage (qui ne saurait r&#233;duire l'empreinte moyenne), ni la sobri&#233;t&#233; (sauf &#233;norme bouleversement des modes de vie), ni la d&#233;natalit&#233; (efficace bien trop tard). La situation est trop grave pour nous permettre de faire l'&#233;conomie d'un type de solution au pr&#233;texte qu'il en existe d'autres : m&#234;me ensemble, elles risquent fort de ne pas suffire&lt;br class='manualbr' /&gt;Quand un emballement mortel ne laisse aucune marge de manoeuvre, ce sont tous les leviers disponibles qu'il faut actionner. Le nier, c'est choisir d&#233;lib&#233;r&#233;ment la sortie de crise par la violence. L'ironie du sort est que m&#234;me dans ce cas, une d&#233;population est in&#233;luctable. &#192; pouvoir encore choisir, mieux vaut donc l'organiser pacifiquement, en toute &#233;quit&#233; et en pr&#233;liminaire &#224; toute autre solution. Lorsqu'une baignoire d&#233;borde, personne n'irait chercher la serpilli&#232;re avant d'avoir ferm&#233; le robinet...&lt;br class='manualbr' /&gt;Il existe bien entendu d'autres moyens de r&#233;duire nos effectifs. Famines, guerres et &#233;pid&#233;mies ont largement fait leurs preuves sur ce point par le pass&#233;, y compris r&#233;cent. Voulons-nous leur retour ? C'est difficile &#224; croire... Nous admettons tous volontiers qu'aucune &#171; faucheuse &#187; n'est pr&#233;f&#233;rable &#224; une mod&#233;ration des naissances. Et m&#234;me si nous discutons du d&#233;lai, nous savons &#224; pr&#233;sent que se cramponner au tabou d&#233;mographique, c'est choisir de h&#226;ter et d'amplifier la r&#233;gulation par la catastrophe. Et pourtant, nous nous cramponnons ! Joli cas de dissonance cognitive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cohabitation dans un m&#234;me cerveau de deux certitudes contradictoires.&#034; id=&#034;nh31-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une exception dans la Nature&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de soutenir que notre esp&#232;ce passe inaper&#231;ue sur terre. En 1850, les humains et leur b&#233;tail repr&#233;sentaient environ 5 % de la biomasse animale terrestre. En 1950, c'&#233;tait un peu plus de 10 % et vers 2013 cette part sera pass&#233;e &#224; 30 %&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BROSWIMMER (Franz J.), op. cit.&#034; id=&#034;nh31-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! La question de l'issue d'une telle progression se pose donc avec une certaine acuit&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde animal, le pullulement d'une esp&#232;ce est un ph&#233;nom&#232;ne rare et &#233;ph&#233;m&#232;re. Les facteurs naturels limitants (nourriture, pr&#233;dateurs, maladies, intoxication par les effluents...) ne manquent jamais de r&#233;tablir l'&#233;quilibre. L'&#233;vitement intervient d'ailleurs le plus souvent en amont de la crise. Chez beaucoup d'esp&#232;ces, il s'est inscrit &#224; la longue dans le patrimoine g&#233;n&#233;tique. Ce n'est pas le cas chez les campagnols, qui confient la r&#233;gulation de leurs cycles de pullulation aux bons soins de leurs pr&#233;dateurs. Mais chez ces derniers (rapaces et carnivores), situ&#233;s comme nous en sommet de pyramide alimentaire, les choix reproductifs anticipent d'instinct les conditions de l'&#233;quilibre. Quand les rongeurs pullulent, la chouette effraie effectue deux pontes dans l'ann&#233;e pour normaliser la situation. &#192; l'inverse, lors des ann&#233;es de &#171; campagnols maigres &#187;, elle r&#233;duit le nombre d'&#339;ufs de sa ponte unique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le loup limite sa reproduction au seul couple dominant de la meute pour ajuster ses effectifs aux ressources disponibles. Quand les proies se font rares, la meute reste parfois deux ou trois ans sans mises bas. A contrario, lorsqu'elle investit de vastes territoires vierges de tout cong&#233;n&#232;re (c'est le cas du loup actuellement de retour en France), il arrive que plusieurs femelles de la meute acc&#232;dent simultan&#233;ment au droit de perp&#233;tuer l'esp&#232;ce.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce comportement est d'autant plus admirable que le loup a beau &#234;tre un animal intelligent, il ne dispose pas de cet outil prospectif unique au monde qu'est le n&#233;ocortex humain. Un outil en l'occurrence totalement d&#233;ficient : l'unique esp&#232;ce qui en soit arm&#233;e s'av&#232;re incapable d'accepter, et m&#234;me de discerner une limite &#224; sa propre prolif&#233;ration. Et ce, bien qu'elle subisse d&#233;j&#224; les premiers effets du flirt avec cette limite. Le franchissement actuel, demain formidablement aggrav&#233; d'un effondrement &#233;nerg&#233;tique, aura un co&#251;t si &#233;pouvantable que l'att&#233;nuation pr&#233;ventive de ce co&#251;t par r&#233;vision des normes de perp&#233;tuation devient un devoir moral absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tikopia ou P&#226;ques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jared Diamond consacre le chapitre IX de son ouvrage &lt;i&gt;Effondrement&lt;/i&gt; &#224; l'histoire de l'&#238;le de Tikopia. Isol&#233;e dans le sud-ouest du Pacifique, cette &#238;le volcanique de 5 kilom&#232;tres carr&#233;s abrite depuis 3 000 ans une population humaine stable d'un millier d'habitants, qui a failli subir le sort des habitants de l'&#238;le de P&#226;ques lorsque la phase d'expansion initiale des pionniers arriv&#233;s en pirogue a commenc&#233; &#224; saper la biocapacit&#233; de l'&#238;le.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais les Tikopiens ont su pr&#233;venir l'effondrement. Aid&#233;s par un mode de vie plut&#244;t &#233;galitaire &#8211; les chefs coutumiers, non h&#233;r&#233;ditaires, &#233;tant quasiment soumis au sort commun &#8211;, ils ont su d&#233;battre &#224; temps de la crise et restructurer la productivit&#233; de leur &#238;le, allant jusqu'&#224; d&#233;cider d'abattre tous leurs cochons, jug&#233;s trop destructeurs pour le biotope. Ils ont surtout d&#233;cid&#233; de r&#233;guler leur propre natalit&#233;, par le mariage tardif, par l'utilisation de plantes contraceptives ou abortives, voire par l'infanticide.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; ceux qui prennent pr&#233;texte de cette pratique pour rejeter en bloc toute id&#233;e de limitation des naissances, rappelons que cette population ne connaissait pas les moyens contraceptifs s&#251;rs dont nous pourrions disposer si nous acceptions de lever tous les obstacles actuels &#224; leur acc&#232;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Toujours est-il que les Tikopiens avaient compris l'alternative : c'&#233;tait cela, ou subir le sort des habitants de l'&#238;le de P&#226;ques. Ceux-ci, arriv&#233;s en pirogue vers l'an 900 sur une &#238;le de 180 kilom&#232;tres carr&#233;s tr&#232;s isol&#233;e dans le Pacifique Est, ont prosp&#233;r&#233;, insouciants du ratio population/ressources, jusqu'&#224; atteindre environ 20 000 personnes (110 habitants au kilom&#232;tre carr&#233;, comme en France). Ils consacraient beaucoup de temps et d'&#233;nergie &#224; des rituels religieux et des rivalit&#233;s tribales, abattant &#224; tour de bras les arbres de l'&#238;le pour pouvoir &#233;riger leurs statues g&#233;antes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Peut-&#234;tre cette insouciance s'explique-t-elle aussi par le fait que leur &#238;le, 36 fois plus grande que Tikopia, ne suscitait pas cette sensation d'exigu&#239;t&#233; qui vous fait prendre conscience des limites. Une remarque inqui&#233;tante lorsqu'on la transpose &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te...&lt;br class='manualbr' /&gt;Quoi qu'il en soit, cinq si&#232;cles apr&#232;s leur arriv&#233;e, le sort des Pascuans &#233;tait scell&#233;. Priv&#233;s de bois qui aurait permis l'exode ou la p&#234;che en pirogue, ils ont sombr&#233; dans des luttes de survie incluant le cannibalisme. En 1722, lorsque l'&#238;le fut d&#233;couverte par les Europ&#233;ens, elle n'avait plus le moindre arbre et comptait moins de 2 000 habitants, d&#233;crits comme &#171; petits, maigres, effarouch&#233;s et mis&#233;rables &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://terresacree.org/tikopialedep...&#034; id=&#034;nh31-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pos&#233; ainsi &#8211; limitation des naissances ou cannibalisme ultime &#8211;, notre choix devrait &#234;tre facile. La terre est une &#238;le de l'espace, infiniment plus isol&#233;e qu'aucune &#238;le du Pacifique. Les terriens peuvent donc conna&#238;tre &#224; leur tour le sort des Pascuans, dont ils partagent au demeurant la propension aux luttes tribales de pouvoirs et aux diversions mystiques.&lt;br class='manualbr' /&gt;Car les dieux pullulent comme jamais sur notre plan&#232;te ! Aux innombrables divinit&#233;s du pass&#233; s'est en effet superpos&#233;e une nouvelle mythologie dont les idoles sont &#171; croissance &#187;, &#171; d&#233;veloppement &#187;, &#171; expansion &#187;, ou &#171; progr&#232;s &#187;, qui excelle &#224; glorifier la d&#233;mesure et &#224; obscurcir la perception de r&#233;alit&#233;s bassement factuelles telles que les limites. On voit ainsi foisonner des argumentations &#224; pr&#233;tention rationnelle qui, sur la seule base du prolongement des courbes actuelles, nient tout probl&#232;me d&#233;mographique. H&#233;las, elles se disqualifient totalement en occultant le d&#233;terminant le plus d&#233;cisif, celui des disponibilit&#233;s en &#233;nergie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple https://www.youtube.com/watch++cs_INTERRO++v=ANq...&#034; id=&#034;nh31-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;P&#226;ques et Tikopia nous offrent au fond deux le&#231;ons. La premi&#232;re est que la stabilisation d'une population sur le tr&#232;s long terme est possible (3 000 ans, qui dit mieux ?), &#224; condition de savoir discerner les vrais enjeux et d'agir [collectivement] avant le point de non-retour.&lt;br class='manualbr' /&gt;La deuxi&#232;me est que le d&#233;ni des limites fix&#233;es par la biocapacit&#233; se paie beaucoup trop cher pour laisser au hasard un enjeu aussi vital que la r&#233;sultante globale de nos choix individuels. Ce sujet doit faire l'objet d'une gestion d&#233;mocratique au long cours, int&#233;grant l'inertie d&#233;mographique. Et lorsque l'exercice d'une libert&#233; individuelle - celle de procr&#233;er &#224; volont&#233; - devient mena&#231;ant pour l'avenir commun, c'est &#233;videmment l'int&#233;r&#234;t de l'esp&#232;ce et celui de la biosph&#232;re qui doivent primer. Les habitants de l'&#238;lot cosmique Terre doivent sortir la natalit&#233; de la sph&#232;re des choix intimes du couple, la mettre en d&#233;bat et &#233;noncer une prescription soucieuse de l'int&#233;r&#234;t collectif durable. La diff&#233;rence avec les loups &#233;tant que chez nous, il n'est pas question de r&#233;server la procr&#233;ation &#224; une &#233;lite, mais seulement (!) d'instaurer une norme sociale qui place la famille nombreuse en contre-mod&#232;le de la vertu civique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La valeur de la vie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les populations animales, le stress de la comp&#233;tition pour l'espace et les ressources est une des manifestations du surpeuplement. Il peut induire des comportements intra-sp&#233;cifiques violents, des mises &#224; mort ou des suicides. La valeur de la vie de chaque individu, et donc la r&#233;pugnance &#224; tuer un cong&#233;n&#232;re s'en trouvent alors amoindries. La population humaine peut-elle s&#233;rieusement s'en croire &#224; l'abri ?&lt;br class='manualbr' /&gt;On nous dit que d&#233;noncer la norme sociale de la famille nombreuse serait une atteinte &#224; la valeur de la vie. Mais n'est-ce pas pure hypocrisie quand dans le m&#234;me temps prolif&#232;rent des scandales qui sont la n&#233;gation m&#234;me du respect de la vie ? Celui du m&#233;dicament tueur Mediator illustre bien cette &#233;rosion du prix de la vie humaine dans la conscience collective. Cela fait des ann&#233;es que les politiques publiques font primer la sant&#233; des labos sur celle des malades et de la S&#233;curit&#233; sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce &#171; m&#233;dicament &#187; lui aura co&#251;t&#233; 1,2 milliard d'euros, sans compter les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le Mediator n'a &#233;t&#233; interdit qu'en 2009 gr&#226;ce &#224; l'opini&#226;tret&#233; du Dr Ir&#232;ne Frachon, et m&#234;me &#224; l'heure qu'il est, les 500 &#224; 2 000 morts qu'on lui impute n'ont soulev&#233; aucune vague d'indignation en mesure d'emporter les responsables publics et priv&#233;s du scandale. &#192; croire vraiment qu'il s'agit d'un accident...&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce pourrait &#234;tre une affaire isol&#233;e et sans signification, mais elle se d&#233;roule sur fond de rognage continu des moyens publics pour sauver des vies humaines. La logique comptable triomphe dans la d&#233;construction m&#233;thodique du syst&#232;me de sant&#233; de proximit&#233;, les moyens des h&#244;pitaux et de la m&#233;decine du travail sont en pleine d&#233;liquescence, le remboursement des frais m&#233;dicaux ne cesse de reculer, cependant que le T&#233;l&#233;thon, la Soci&#233;t&#233; nationale des sauveteurs en mer, les Restos du coeur et les moyens des ONG en g&#233;n&#233;ral reposent presque enti&#232;rement sur la g&#233;n&#233;rosit&#233; citoyenne.&lt;br class='manualbr' /&gt;Tout aussi gla&#231;ante est la rh&#233;torique actuelle autour du troisi&#232;me &#226;ge et du concept de d&#233;pendance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GADREY (Jean), &#171; Refuser la &#171; d&#233;pendance &#187; &#187;, 24 janvier 2011, disponible (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle installe insidieusement l'id&#233;e que ce pan &lt;i&gt;naturel&lt;/i&gt; de la solidarit&#233; cr&#233;e une servitude pour les actifs, que toutes ces &lt;i&gt;charges&lt;/i&gt; qui s'accumulent, &#171; &#231;a commence &#224; bien faire &#187;, et que les vieux ne sont bons qu'&#224; &#234;tre bannis dans des mouroirs. On n'est plus si loin de la coutume poignante qui prescrivait jadis aux vieux Inuits d'aller se perdre dans le blizzard lorsqu'ils se sentaient devenir une charge pour la famille...&lt;br class='manualbr' /&gt;Les app&#233;tits priv&#233;s lorgnent depuis longtemps sur le g&#226;teau de la sant&#233;, dont le d&#233;pe&#231;age est d&#233;j&#224; pay&#233; tr&#232;s cher par les plus d&#233;munis. Comme en &#233;cho sinistre, le budget militaire &#8212; dont l'objet, rappelons-le, est de rester en &#233;tat de d&#233;truire des vies &#224; grande &#233;chelle &#8212; est toujours &#224; financement obligatoire par l'imp&#244;t. Il est vrai que le succ&#232;s d'une collecte de soldats tendant leur s&#233;bile aux passants en marmonnant &#171; &#224; vot' bon coeur, m'sieur-dame &#187; risquerait d'&#234;tre assez al&#233;atoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quoique... S'ils &#233;taient arm&#233;s...&#034; id=&#034;nh31-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#234;vons, donc...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant cette r&#233;gression vers la barbarie, on peut se demander quel serait aujourd'hui l'&#233;tat du monde si la population du globe, au lieu d'avoir tripl&#233; (&#224; peu pr&#232;s) depuis ma naissance en 1947&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le simulateur de population : http://www.ined.fr/fr/tout_savoir_p...&#034; id=&#034;nh31-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, avait doucement &lt;i&gt;diminu&#233;&lt;/i&gt; au cours de ma vie. On ne le saura &#233;videmment jamais, mais on peut supposer sans risques que &lt;i&gt;la valeur affective et &#233;thique&lt;/i&gt; de la vie humaine (la &#171; dignit&#233; de chaque &#234;tre humain &#187;, disait Marguerite Yourcenar) en e&#251;t &#233;t&#233; formidablement renforc&#233;e, et que bien des morts eussent ainsi &#233;t&#233; &#233;vit&#233;es.&lt;br class='manualbr' /&gt;On pense &#233;videmment aux guerres, dont les causes profondes furent tr&#232;s souvent des conflits d'acc&#232;s aux ressources, mais il n'y a pas qu'elles. Par simple arr&#234;t du fractionnement de la part d'espace aujourd'hui d&#233;volue &#224; chaque humain, nous aurions &#233;chapp&#233; &#224; la crise du logement, &#224; l'explosion des co&#251;ts immobiliers et des loyers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis la seconde guerre mondiale, le niveau des loyers en France n'a cess&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; la pression fonci&#232;re sur le moindre arpent de terre, au morcellement sans fin des h&#233;ritages, &#224; l'urbanisation galopante, &#224; l'extension des bidonvilles.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous n'aurions pas connu les banlieues ghettos aux clapiers d&#233;voreurs de campagne, et seul nous incomberait aujourd'hui d'entretenir et de r&#233;nover le parc de logements existants : une formidable &#233;conomie d'empreinte carbone ! Les frictions de promiscuit&#233; seraient bien plus anecdotiques qu'aujourd'hui, et les sans-abri, trop rares et insolites au regard pour &#234;tre assimil&#233;s &#224; du mobilier urbain, ne mourraient pas de froid dans les rues.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous verrions &#224; coup s&#251;r moins d'esp&#232;ces menac&#233;es, de tensions sur les ressources, de migrations de populations, de vuln&#233;rabilit&#233; aux pand&#233;mies et d'&#233;missions de gaz &#224; effet de serre. L'invasion routi&#232;re, les d&#233;boisements sauvages, le pillage des oc&#233;ans, le mitage des territoires, la pression pastorale et agricole sur la nature ne seraient pas les calamit&#233;s plan&#233;taires qu'ils sont devenus.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les montagnes de d&#233;chets seraient moins hautes et les pollutions moins aigu&#235;s. Les concepts de r&#233;fugi&#233;s de l'environnement et de sinistr&#233;s &#233;conomiques seraient anecdotiques, voire inconnus. Les for&#234;ts primaires et leurs tr&#233;sors biologiques auraient encore un avenir, et les menaces sur le climat seraient, sinon absentes, du moins plus ma&#238;trisables, plus &#233;tal&#233;es dans le temps et moins proches du seuil de non-retour.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le quota d'&#233;nergie disponible par humain pour am&#233;liorer son sort serait potentiellement le triple de ce qu'il est aujourd'hui, facilitant ainsi sa r&#233;partition &#233;quitable, mais aussi la limitation d&#233;lib&#233;r&#233;e de sa part fossile, voire le renoncement au nucl&#233;aire et &#224; son legs empoisonn&#233;. Comment en effet justifier cette fuite en avant quand la population d&#233;cro&#238;t ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Un effort cons&#233;quent sur les renouvelables (&#233;olien, hydro&#233;lectricit&#233;, solaire...) e&#251;t alors permis d'accro&#238;tre leur ratio dans le bilan. Le pic des ressources fossiles en aurait &#233;t&#233; repouss&#233; de plusieurs d&#233;cennies, laissant aux EnR (&#201;nergie naturelles Renouvelables) une chance de s'installer qu'elles n'ont jamais eue.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les enfants seraient choy&#233;s partout dans le monde. Leur &#233;ducation serait une grande priorit&#233;, leur maltraitance et leur exploitation seraient minimes et l'on porterait au pinacle le patrimoine humain, qui n'aurait jamais cess&#233; d'&#234;tre ce qu'il n'est plus : le bien commun le plus pr&#233;cieux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Avec une main-d' &#339;uvre beaucoup plus rare, le ch&#244;mage ne serait pas l'abomination qu'il est aujourd'hui. L'offre en force de travail ne serait pas d&#233;pr&#233;ci&#233;e par la concurrence fratricide qu'elle subit actuellement. Elle serait d&#232;s lors en bien meilleure posture pour dicter ses exigences sur le partage des plus-values du progr&#232;s, privant les &#233;lites spoliatrices de leur principal moyen de pr&#233;lever leur immense d&#238;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est probablement le ressort profond du natalisme actuel des &#233;lites.&#034; id=&#034;nh31-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une fraction bien plus grande de l'humanit&#233; aurait ainsi pu acc&#233;der au standard de vie europ&#233;en.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le plein-emploi et le sentiment g&#233;n&#233;ral d'utilit&#233; sociale auraient formidablement renforc&#233; la coh&#233;sion et la stabilit&#233; du corps social, fermant la porte &#224; beaucoup d'in&#233;galit&#233;s, de frustrations, de violence, de m&#233;pris des droits de la personne, de trafics illicites, de pulsions au sud vers l'eldorado du nord et de d&#233;localisations d'emplois &#224; coups de chantage aux salaires et &#224; la protection sociale. Dans un tel contexte, la plupart des ressorts du vote d'extr&#234;me droite seraient cass&#233;s dans l'immense majorit&#233; des t&#234;tes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Certes, la population mondiale serait devenue transitoirement plus &#226;g&#233;e, et le sempiternel ratio entre actifs et personnes &#224; charge, tant ass&#233;n&#233; dans le d&#233;bat sur le financement des retraites, se serait d&#233;grad&#233;. Cette objection appelle plusieurs mises au point.&lt;br class='manualbr' /&gt;Faisons d'abord remarquer aux natalistes que leur propre sc&#233;nario de r&#233;f&#233;rence (une stabilisation &#224; 9 milliards vers 2050, r&#233;cemment r&#233;&#233;valu&#233;e par l'ONU &#224; 10 milliards en 2100&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NATIONS UNIES, D&#201;PARTEMENT DES AFFAIRES &#201;CONOMIQUES ET SOCIALES, &#171; World (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ne permettrait pas davantage de faire l'&#233;conomie d'une phase de vieillissement global, qui n'en serait que diff&#233;r&#233;e de quelques d&#233;cennies. L'acharnement &#224; vouloir l&#233;guer des probl&#232;mes aggrav&#233;s aux g&#233;n&#233;rations futures a d&#233;cid&#233;ment la vie dure !&lt;br class='manualbr' /&gt;Ensuite, le poids accru des seniors e&#251;t &#233;t&#233; compens&#233; dans un premier temps par le recul de celui des jeunes, dont la charge financi&#232;re repr&#233;sente aujourd'hui le premier budget de l'&#201;tat et des familles, m&#234;me s'il est &#233;vident que ce budget se serait r&#233;duit &#224; mesure que les actifs actuels auraient fait place aux g&#233;n&#233;rations suivantes moins nombreuses.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais surtout, il est une &#233;preuve barbare qu'un reflux d&#233;mographique pr&#233;coce aurait pu &#233;viter &#224; nos descendants et qu'aucune d&#233;natalit&#233; &#224; venir ne peut d&#233;sormais leur &#233;pargner, et surtout pas le sc&#233;nario de r&#233;f&#233;rence. La fen&#234;tre historique constitu&#233;e par les deux-trois si&#232;cles de ponction de ressources fossiles &#233;tait en effet l'occasion unique d'amortir en douceur l'inexorable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sauf &#224; croire qu'une croissance d&#233;mographique infinie soit possible.&#034; id=&#034;nh31-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; phase de vieillissement de notre esp&#232;ce. Car seuls les formidables gains de productivit&#233; permis par cette ponction &#233;taient en mesure de rendre indolore la chute du ratio entre actifs et personnes &#224; charge, inh&#233;rente au vieillissement global.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au lieu de cela, l'humanit&#233; a voulu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au sens, &#233;videmment, de la r&#233;sultante globale et informul&#233;e des choix (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; repousser ce vieillissement &#224; l'&#232;re de la d&#233;crue fossile, pour le plus grand malheur des actifs de demain qui, somm&#233;s de produire davantage avec beaucoup moins d'&#233;nergie, se verront submerg&#233;s de responsabilit&#233;s intenables vis-&#224;-vis des non-actifs, en particulier au plan alimentaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Est-il besoin d'ajouter que toute tentative pour diff&#233;rer davantage la r&#233;solution de ce probl&#232;me ne pourra qu'en amplifier les d&#233;g&#226;ts ? Au point o&#249; nous en sommes, h&#226;ter le vieillissement transitoire des populations est de loin la moins mauvaise solution, et att&#233;nuerait de fa&#231;on appr&#233;ciable l'ampleur de l'effondrement.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; cet inventaire des vertus de la d&#233;natalit&#233;, vous pouvez r&#233;torquer que la r&#233;alit&#233; &#233;tant ce qu'elle est, ces r&#234;veries ne servent &#224; rien. Il est vrai que nous sommes &#224; pr&#233;sent sept milliards sur terre et qu'il faut faire avec, par une r&#233;gulation la moins violente possible. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment dans cette perspective que ces &#171; r&#234;veries &#187; ont le m&#233;rite d'expliciter la r&#233;alit&#233; la plus m&#233;connue et la plus intouchable des temps pr&#233;sents : le poids &#233;crasant de la d&#233;mographie sur les probl&#232;mes pr&#233;sents et &#224; venir du monde. Et si vous r&#233;pondez encore qu'il est imaginaire, vous &#234;tes vraiment de mauvaise foi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?769-le-tsunami-demographique-2-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb31-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;MACKENZIE (D&#233;borah), &#171; Les civilisations meurent aussi &#187;, &lt;i&gt;New Scientist&lt;/i&gt;, 2 avril 2008, disponible sur &lt;a href=&#034;http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1883&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://contreinfo.info/article.php3...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;GAGNON (Th&#233;r&#232;se), &lt;i&gt;Le Vide yourcenarien ou l'&#233;l&#233;ment sine qua non de la pl&#233;nitude chez Marguerite Yourcenar et quelques-uns de ses personnages&lt;/i&gt;, Dalhousie University, Halifax, Nova Scotia, ao&#251;t 1999, disponible sur &lt;a href=&#034;http://www.collectionscanada.gc.ca/obj/s4/f2/dsk1/tape9/PQDD_0020/MQ49353.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.collectionscanada.gc.ca/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le facteur limitant pour les m&#233;taux les plus abondants (fer, aluminium, cobalt, mangan&#232;se, titane...) sera la disponibilit&#233; de l'&#233;nergie requise pour les extraire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'&#233;tait la population mondiale vers 1800, au d&#233;but de l'Anthropoc&#232;ne. La terre avait &#224; l'&#233;poque un potentiel nourricier intrins&#232;que bien sup&#233;rieur &#224; l'actuel, et surtout &#224; celui de 2050 (climat, aire cultivable, pollution, &#233;tat des eaux et des sols, nombre d'actifs ruraux, stock de poissons, cheptel d'animaux de trait, for&#234;t primaire, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En 2010, le monde a enregistr&#233; environ 137,3 millions de naissances et 57 millions de d&#233;c&#232;s, soit un solde positif de 80 millions d'humains (INED). &#192; natalit&#233; identique, un solde n&#233;gatif de 75 millions e&#251;t donc impliqu&#233; un quasi-quadruplement du nombre annuel de d&#233;c&#232;s. M&#234;me en suspendant toute procr&#233;ation (hypoth&#232;se on ne peut plus fantaisiste), 18 millions de d&#233;c&#232;s suppl&#233;mentaires eussent &#233;t&#233; in&#233;vitables. Rappelons qu'entre 1939 et 1945, la surmortalit&#233; moyenne due &#224; la guerre n'a &#233;t&#233; &#171; que &#187; de 10 millions de morts par an.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;UNFPA, &lt;i&gt;&#201;tat de la population mondiale 2009. Face &#224; un monde qui change : les femmes, la population et le climat&lt;/i&gt;, disponible sur &lt;a href=&#034;https://www.unfpa.org/webdav/site/global/shared/swp/frenchswop09.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.unfpa.org/webdav/site/g...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Source : le climatologue Brian O'Neill du National Center for Atmospheric Research des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;MAGDELAINE (Christophe), &#171; &#171; Il est d&#233;j&#224; trop tard &#187; : l'esp&#232;ce humaine devrait s'&#233;teindre ce si&#232;cle &#187;, 24 juin 2010, disponible sur &lt;a href=&#034;http://www.notre-planete.info/actualites/actu_2447_extinction_espece_humaine.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.notre-planete.info/actua...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;SCHNEIDER (Fran&#231;ois), &#171; L'effet rebond &#187;, L'&#201;cologiste, n&#176; 11, octobre 2003, disponible sur &lt;a href=&#034;http://www.decroissance.org/francois/recherche/articles/effet_rebond.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.decroissance.org/francoi...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cohabitation dans un m&#234;me cerveau de deux certitudes contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;BROSWIMMER (Franz J.), &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://terresacree.org/tikopialedepaques.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://terresacree.org/tikopialedep...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ANq28BBza_8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=ANq...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce &#171; m&#233;dicament &#187; lui aura co&#251;t&#233; 1,2 milliard d'euros, sans compter les d&#233;dommagements de victimes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;GADREY (Jean), &#171; Refuser la &#171; d&#233;pendance &#187; &#187;, 24 janvier 2011, disponible sur &lt;a href=&#034;http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2011/01/24/refuser-la-%C2%AB-dependance-%C2%BB/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://alternatives-economiques.fr/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Quoique... S'ils &#233;taient arm&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le simulateur de population : &lt;a href=&#034;http://www.ined.fr/fr/tout_savoir_population/jouer_population/simulateur_population/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.ined.fr/fr/tout_savoir_p...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Depuis la seconde guerre mondiale, le niveau des loyers en France n'a cess&#233; de progresser plus vite que le revenu national. Voir LANDAIS (Camille), PIKETTY (Thomas), SAEZ (Emmanuel), &lt;i&gt;Pour une r&#233;volution fiscale&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions du Seuil, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est probablement le ressort profond du natalisme actuel des &#233;lites.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;NATIONS UNIES, D&#201;PARTEMENT DES AFFAIRES &#201;CONOMIQUES ET SOCIALES, &#171; World Population Prospects. The 2010 Revision &#187;, 3 mai 2011, disponible sur &lt;a href=&#034;http://esa.un.org/wpp/documentation/pdf/WPP2010_Volume-I_Comprehensive-Tables.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://esa.un.org/wpp/documentation...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sauf &#224; croire qu'une croissance d&#233;mographique infinie soit possible.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Au sens, &#233;videmment, de la r&#233;sultante globale et informul&#233;e des choix individuels...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Aspect de la crise anthropologique des soci&#233;t&#233;s modernes</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?662-aspect-de-la-crise-anthropologique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?662-aspect-de-la-crise-anthropologique</guid>
		<dc:date>2015-03-17T09:29:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;cup&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Apathie</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte tir&#233; du site Ekklesia La pseudo contradiction entre le travailleur asc&#233;tique et le consommateur h&#233;doniste De prime abord, le capitalisme semble &#171; en guerre contre lui-m&#234;me &#187; (J. Bell) dans la mesure o&#249; il lui faut des travailleurs et des consommateurs pr&#233;sentant des traits caract&#233;ristiques contradictoires les uns avec les autres. Travailleur asc&#233;tique, Discipline, ordre moral,Soumission &#224; l'autorit&#233;, respect de la hi&#233;rarchie, vs Consommateur h&#233;doniste Culture de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-32-recuperation-+" rel="tag"&gt;R&#233;cup&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-108-sociologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-119-apathie-+" rel="tag"&gt;Apathie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte tir&#233; du site &lt;a href=&#034;http://ekklesia09.blogspot.com/2012_11_01_archive.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ekklesia&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pseudo contradiction entre le travailleur asc&#233;tique et le consommateur h&#233;doniste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De prime abord, le capitalisme semble &#171; en guerre contre lui-m&#234;me &#187; (J. Bell) dans la mesure o&#249; il lui faut des travailleurs et des consommateurs pr&#233;sentant des traits caract&#233;ristiques contradictoires les uns avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travailleur asc&#233;tique, Discipline, ordre moral,Soumission &#224; l'autorit&#233;, respect de la hi&#233;rarchie, vs Consommateur h&#233;doniste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Culture de la transgression (faire sauter tous les tabous entravant la transformation des biens et services en marchandises ; exemples : le march&#233; du sexe, de la drogue, du rock etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effondrement des formes traditionnelles de l'autorit&#233; (l'enfant et la femme &#171; s'&#233;mancipent &#187; en acc&#233;dant, eux aussi, au march&#233; des biens de consommation)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capitalisme de la consommation de masse saperait ainsi ses propres valeurs, celles requises pour le bon fonctionnement de son mode de production reposant sur la s&#233;paration entre des dirigeants et des ex&#233;cutants. Il lui faut &#234;tre &#224; la fois r&#233;pressif pour le travailleur et permissif pour le consommateur (Clouscard)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pi&#232;ce d&#233;fectueuse du raisonnement consiste &#224; qualifier le consommateur du capitalisme de la consommation de masse d'h&#233;doniste. H&#233;doniste d&#233;signe un mode de vie qui cherche &#224; maximiser le plaisir et &#224; minimiser le d&#233;plaisir. Epicure, l'un des fondateurs de l'h&#233;donisme dans l'antiquit&#233; grecque montrait que l'h&#233;donisme implique la sobri&#233;t&#233;, la simplicit&#233; et la limitation des d&#233;sirs. Le consum&#233;risme des formes avanc&#233;es du capitalisme exige toute autre chose qui en est l'exact oppos&#233; : un &#233;tat d'anxi&#233;t&#233; et de frustration permanent ;&#171; La meilleure description qu'on puisse donner de l'&#233;tat d'esprit que promeut le consum&#233;risme est celle d'un &#233;tat de malaise et d'anxi&#233;t&#233; chronique. &#187;(C. Lasch, The minimal self) Il y a une raison &#233;l&#233;mentaire &#224; cela : la loi qui pr&#233;side &#224; l'accumulation capitaliste et qu' Illich avait parfaitement r&#233;sum&#233; ainsi : &#171; le taux de frustration doit toujours rester sup&#233;rieur au taux de croissance &#187;. Plus le taux de frustration de la population est &#233;lev&#233;, ce qu'on peut appeler &#224; la suite de Goodman &#171; l'Angoisse Nationale Brute &#187;, plus l'app&#233;tit d'achat sera grand, et plus il stimulera la production de marchandises. La fonction du Coca Cola n'est pas d'&#233;tancher la soif mais de faire na&#238;tre et entretenir de fa&#231;on permanente la soif du Coca Cola. Le cauchemar du capitalisme, ce sont des gens heureux, c'est-&#224;-dire des gens qui ont tout ce dont ils ont besoin, qui, surtout, trouvent l'essentiel de leur satisfaction ailleurs que dans la sph&#232;re marchande de l'existence, et qui, pour cette raison, n'ach&#232;tent plus que le n&#233;cessaire. Raison pour laquelle l'anthropologue am&#233;ricain M. Sahlins parlait des soci&#233;t&#233;s industrielles comme de fausses soci&#233;t&#233;s d'abondance. La v&#233;ritable abondance suppose des besoins limit&#233;s et des ressources abondantes d'o&#249; la th&#232;se provocante de Sahlins : les seuls soci&#233;t&#233;s qui r&#233;pondent &#224; cette d&#233;finition sont celles, primitives, des chasseurs- collecteurs qui constituent, de ce fait, les seules v&#233;ritables soci&#233;t&#233;s d'abondance que l'humanit&#233; ait connu jusqu'&#224; nouvel ordre. Les soci&#233;t&#233;s modernes ob&#233;issent au principe exactement inverse qui d&#233;finit une soci&#233;t&#233; de la raret&#233; : des besoins illimit&#233;s et des ressources allant en se rar&#233;fiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Loin de s'opposer, le travailleur et le consommateur des soci&#233;t&#233;s industrielles se compl&#232;tent parfaitement :&#171; Au lieu d'envisager la consommation comme l'antith&#232;se du travail, comme si ces deux activit&#233;s mobilisaient des qualit&#233;s mentales et &#233;motionnelles diam&#233;tralement oppos&#233;es, il nous faut les voir comme les deux faces d'un m&#234;me processus. Les arrangements sociaux qui soutiennent un syst&#232;me de production en s&#233;rie et de consommation de masse ont tendance &#224; d&#233;courager l'initiative et l'autonomie, et &#224; promouvoir la d&#233;pendance, la passivit&#233;, ainsi qu'un &#233;tat d'esprit spectateur tant sur le lieu de travail que dans le cadre des loisirs. &#187; (C. Lasch, The minimal self) L'organisation de la production aussi bien que celle du temps libre dans la soci&#233;t&#233; industrielle favorise un mode de vie spectacteur. Du c&#244;t&#233; de la production, cela correspond &#224; ce que Marx a appel&#233; &#171; la phase de domination r&#233;elle du capital sur le travail &#187; qui transforme de fond en comble la nature m&#234;me de l'activit&#233; productrice : l'ouvrier prol&#233;taris&#233; n'est plus qu'un &#171; appendice de la machine &#187; dans le cadre d'une organisation bureaucratique qui &#233;puise le sens, la responsabilit&#233; et l'initiative (Castoriadis) :&#171; Cette soumission s'accroit encore du fait que plus la rationalisation et la m&#233;canisation du processus de travail augmentent, plus l'activit&#233; du travailleur perd son caract&#232;re d'activit&#233; pour devenir une attitude contemplative. &#187; (Lukacs, Histoire et conscience de classe) Du c&#244;t&#233; des loisirs, l'individu se retrouve soumis au march&#233; des biens et services suivant ce principe qui veut que ce qu'on ach&#232;te vaudra toujours mieux que ce qu'on peut faire soi-m&#234;me (par exemple les cadeaux). Ce qui va nous retenir ici c'est le processus produisant cet &#171; &#233;tat d'esprit spectateur &#187; sous l'angle de la consommation de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;gression narcissique dans la soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de nos analyses pr&#233;c&#233;dentes, on soup&#231;onne pourquoi G. Debord a pu d&#233;finir les soci&#233;t&#233;s du capitalisme avanc&#233; comme des &#171; soci&#233;t&#233;s de spectacle &#187; :&#171; Le spectacle est le soleil qui ne se couche jamais sur l'empire de la passivit&#233; moderne. &#187; (La soci&#233;t&#233; du spectacle, 13). Ce spectacle, dans la sph&#232;re des loisirs, se pr&#233;sente sous la forme d'images que v&#233;hiculent les m&#233;dias de masse comme la t&#233;l&#233;vision. De quelle nature sont ces images ? Quels sont leurs effets psycho-physiologiques sur le spectateur ? Notre th&#232;se consistera &#224; soutenir l'id&#233;e qu'elles ont un effet fondamentalement narcissique qui conduit le spectateur &#224; r&#233;gresser vers des formes pr&#233; &#339;dipiennes de son d&#233;veloppement mental. Autrement dit, leur fantastique pouvoir de s&#233;duction tient au fait qu'elles permettent de reconstituer, par le chemin le plus court possible qui est celui de la pente du moindre effort, un &#233;tat int&#233;gralement fusionnel avec le monde qui &#233;tait initialement celui du f&#339;tus baignant dans le liquide amniotique de l'ut&#233;rus de la m&#232;re. Elles ont donc un effet profond&#233;ment infantilisant. Pour le montrer, il faut nous placer au niveau du medium lui-m&#234;me...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le m&#233;dium est le message&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saisir le sens exact de cette th&#232;se que nous devons &#224; M. McLuhan suppose d'envisager les effets des images produites &#233;lectriquement par le poste de t&#233;l&#233;vision ind&#233;pendamment de leur contenu. Pour cela il faut mettre en question une opinion courante qui consiste &#224; croire que les effets nocifs de la t&#233;l&#233;vision viendraient simplement du caract&#232;re d&#233;bilitant du contenu des &#233;missions. Une telle opinion pr&#233;suppose quelque chose de tr&#232;s contestable, &#224; savoir, la neutralit&#233; de l'objet technique lui-m&#234;me : la t&#233;l&#233;vision comme tout produit de la technique moderne ne serait ni bonne ni mauvaise mais tout d&#233;pendrait de l'utilisation qui en est faite : regarder les &#233;missions cr&#233;tinisantes de cha&#238;nes commerciales ou les &#233;missions &#224; contenu culturel d'Arte. Soutenir cela, c'est ne pas voir que l'image &#233;lectrique produit, ind&#233;pendamment de son contenu, un certain nombre d'effets. Partons de cette exp&#233;rience pour le montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu du film est rigoureusement le m&#234;me et pourtant la fa&#231;on dont il est v&#233;cu par les deux groupes de spectateurs diff&#232;re du tout au tout. C'est donc bien que le m&#233;dium lui-m&#234;me d&#233;termine un certain nombre d'effets quelque soit le contenu v&#233;hicul&#233;. Le m&#233;dium c'est ici soit la lumi&#232;re r&#233;fl&#233;chie telle que nous l'avons au cin&#233;ma soit la lumi&#232;re directe du poste de t&#233;l&#233;vision, de l'ordinateur ou de quelque console de jeu vid&#233;o.
Dans le cas de la lumi&#232;re r&#233;fl&#233;chie, les spectateurs rendent compte de leur exp&#233;rience de fa&#231;on objective ce qui veut dire qu'ils conservent intact le sens de la s&#233;paration entre leur monde int&#233;rieur et le monde ext&#233;rieur, entre le Moi et le non Moi, entre eux-m&#234;mes et les images projet&#233;es sur l&#8216;&#233;cran. Il en va tout autrement avec la lumi&#232;re directe : celle-ci tend &#224; nous faire perdre le sens de cette s&#233;paration de telle sorte que le spectateur, d'une certaine fa&#231;on, devient lui-m&#234;me l'&#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible ici de ne pas faire le rapprochement avec ce que le dernier Freud avait r&#233;sum&#233; dans la formule lapidaire, &#171; Je suis le sein &#187; pour d&#233;signer l'&#233;tat narcissique originel de la psych&#233; infantile (cf. Aper&#231;u du processus de socialisation qui transforme la psych&#233; infantile en un individu social). On poss&#232;de alors des &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse &#224; la question lancinante qui hante le documentaire de P. Entell : pourquoi laissons-nous la t&#233;l&#233;vision allum&#233;e alors m&#234;me qu'il n'y a rien &#224; l'&#233;cran qui retient particuli&#232;rement notre attention. Un tel comportement ne peut s'expliquer, en derni&#232;re analyse, que parce que les effets que recherche le t&#233;l&#233;spectateur ne sont pas li&#233;s au contenu particulier d'une &#233;mission mais au m&#233;dium lui-m&#234;me. Peu importe ce qui passe &#224; l'&#233;cran, l'essentiel est que la lumi&#232;re directe fasse son oeuvre. Autrement dit, c'est l'effet narcissique du m&#233;dium lui-m&#234;me qui est recherch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Matrix, maison en pain d'&#233;pice et soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On tient sans doute l&#224; la raison du succ&#232;s de ce film : &#171; Matrix aurait-il rencontr&#233; le m&#234;me &#233;cho dans l'inconscient collectif des adolescents s'il s'&#233;tait appel&#233; Patrix ? &#187; (Mich&#233;a, Le complexe d'Orph&#233;e) C'est pour cette raison aussi que la qualification que faisait G. Anders d&#232;s 1956 de l'univers t&#233;l&#233;visuel comme une &#171; matrice &#187; (Le monde comme fant&#244;me et comme matrice dans L'obsolescence de l'homme) nous donne le terme ad&#233;quat pour penser ce qui est en jeu ici : 'C'est une bonne description du monde qui nous est aujourd'hui &#171; retransmis &#187; par la radio et la t&#233;l&#233;vision. Lorsqu'il tombe &#171; tout r&#244;ti &#187;, dans nos yeux ou nos oreilles, il doit descendre &#171; tout seul &#187; en nous sans r&#233;sistance, devenir n&#244;tre, voir ne plus faire qu'un avec nous-m&#234;mes&#171; .(L'obsolescence de l'homme, p. 224) Moins une chose offre de r&#233;sistance &#224; mon organisme et plus elle est consommable : en ce sens, une pur&#233;e est plus consommable qu'une c&#244;te de boeuf. Les images des m&#233;dias de masse n'offrent plus aucune r&#233;sistance : elles sont donc du consommable &#224; l'&#233;tat chimiquement pur. Elles constituent ce &#187;pays de cocagne&#171; o&#249; &#187;il suffit d'ouvrir toute grande la bouche pour qu'y tombent des &#171; pigeons r&#244;tis. &#187;&#034; (ibid., p. 224) La nature des richesses de ce pays de cocagne imaginaire sont celle de marchandises pr&#234;tes &#224; &#234;tre consomm&#233;es : elles sont comme du pain pr&#233;tranch&#233;, un plat surgel&#233; ou, encore mieux, un repas synth&#233;tis&#233; sous forme de pilule. Toutes se rapprochent de la nourriture du liquide amniotique dans lequel baigne le foetus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'Anders avait analys&#233; sur un plan proprement ph&#233;nom&#233;nologique se trouve parfaitement correspondre avec les donn&#233;es de la neurologie. Comme on peut le voir dans le documentaire d'Entell, celles-ci montrent que le cerveau est inactif et comme dans un &#233;tat paradoxal de sommeil &#233;veill&#233; face au poste de t&#233;l&#233;vision, ce qui le rapproche de l'&#233;tat d'hypnose, ainsi que l'atteste l'exp&#233;rience relat&#233;e &#224; 2,30.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il est dit fort justement, le spectacle t&#233;l&#233;vis&#233;, est une sorte de &#171; sommeil o&#249; m&#234;me les r&#234;ves sont fournies. &#187; Il ne n&#233;cessite rigoureusement aucun effort d'attention et de concentration ce qui est,notons le au passage, une des tares dont souffre l'analphab&#232;te secondaire ( H.M. Enzensberger), qui constitue le type anthropologique parfaitement adapt&#233; &#224; l'univers t&#233;l&#233;visuel. A cela s'oppose l'analphab&#232;te primaire des soci&#233;t&#233;s archa&#239;ques qui pouvait, comme cet indien, garder son attention concentr&#233;e des heures durant sur la ligne d'horizon...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pays de cocagne o&#249; &#171; les pigeons r&#244;tis &#187; nous tombent tout cuits du poste, sans peaux, sans os et pr&#233;dig&#233;r&#233;s est &#224; rapprocher de la maison en pain d'&#233;pice de la sorci&#232;re dans le conte des traditions populaires de Hansel et Gretel. La signification anthropologique de l'interdit du conte, ne pas s'approcher de la maison de pain d'&#233;pice sous peine d'&#234;tre d&#233;vor&#233; par la sorci&#232;re, pourrait &#234;tre comprise comme l'interdit fondamental de l'inceste de r&#233;gresser vers des formes pr&#233; oedipiennes de rapport fusionnel &#224; la m&#232;re, quand il n'y avait qu' &#224; ouvrir la bouche pour &#234;tre rassasi&#233;. Un aspect majeur de la crise anthropologique des soci&#233;t&#233;s modernes, c'est que, en tant que soci&#233;t&#233;s du spectacle, elles afflaiblissent consid&#233;rablement le poids de cet interdit. Nous sommes au coeur du phantasme d'une soci&#233;t&#233; dont les dispositifs culturels favorisent prodigieusement les solutions r&#233;gressives &#224; l'angoisse de la s&#233;paration :&#171; la culture de consommation de masse du vingti&#232;me si&#232;cle recr&#233;e des modes oraux ancr&#233;s dans un stade &#233;motionnel ant&#233;rieur, au moment o&#249; l'enfant d&#233;pend enti&#232;rement du sein. Le consommateur vit son environnement comme une sorte d'extension du sein, tour &#224; tour satisfaisante et frustrante. &#187; (C. Lasch, The minimal self)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette remarque de Lasch sugg&#232;re de comprendre les &#233;tapes du d&#233;veloppement du capitalisme comme constituant simultan&#233;ment les &#233;tapes de la r&#233;gression de la soci&#233;t&#233; sur le plan psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Phase 1, XIX&#232;me si&#232;cle : formation de la soci&#233;t&#233; de travailleurs. Valeurs promues : l'&#233;pargne, la sobri&#233;t&#233;, ce qui correspond sur le plan du d&#233;veloppement psychique &#224; la r&#233;gression vers des comportements correspondant &#224; la phase anale de d&#233;veloppement de l'enfant entre 2 et 3 ans au moment o&#249; il commence &#224; acqu&#233;rir la ma&#238;trise de ses sphincters :&#171; la culture bourgeoise du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle renfor&#231;ait les modes de comportements anaux - accumulation d'argent et de biens, cont&#244;le des fonctions physiologiques et de l'affect- &#187; (Lasch, ibid., p. 28)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Phase 2, XX&#232;me si&#232;cle : la formation du consommateur compulsif qui entra&#238;ne une r&#233;gression suppl&#233;mentaire vers des formes de comportement correspondant au stade oral du d&#233;veloppement de l'enfant entre 0 et 2 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'univers des marchandises que fait miroiter la soci&#233;t&#233; du spectacle n'est, au fond, rien d'autre que cette maison en pain d'&#233;pice de la sorci&#232;re. La t&#233;l&#233;vision est une maison en pain d'&#233;pice ! le monde livr&#233; par la soci&#233;t&#233; du spectacle devient un monde int&#233;gralement consommable :&#171; Par cons&#233;quent, le monde a disparu en tant que monde. &#187; (G. Anders, ibid., p. 224)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Soci&#233;t&#233; du spectacle et tittytainment&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle que v&#233;hiculent les m&#233;dias de masse est ce que Brzezinski a conceptualis&#233; sous la forme du &#171; tittytainment &#187;. Nous sommes maintenant outill&#233;s pour en comprendre le sens profond. Le &#171; tit &#187;, le &#171; nichon &#187;, n'est pas &#224; entendre de fa&#231;on r&#233;ductrice avec une connotation exclusivement sexuelle (le show t&#233;l&#233;vis&#233; avec des h&#244;tesses au d&#233;collet&#233; vertigineux !) Il d&#233;signe plus fondamentalement un spectacle qui, de par sa texture m&#234;me, produit un effet en tout point semblable &#224; celui du lait maternel sur le nourrisson : une profonde l&#233;thargie qui d&#233;coule de la reconstitution du rapport int&#233;gralement fusionnel &#224; la m&#232;re, la r&#233;int&#233;gration compl&#232;te dans la &#171; matrix &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend aussi mieux pourquoi, pour Brzezinsky, ces dispositifs de la soci&#233;t&#233; du spectacle fonctionnent comme instruments de contr&#244;le des masses en les maintenant dans un &#233;tat de passivit&#233;, de l&#233;thargie et de d&#233;pendance. Autrement dit, pourquoi ils constituent, comme le disait R. Debray, les instruments d'une &#171; contre-r&#233;volution pr&#233;ventive permanente &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mac Luhan Jr. attire notre attention sur le fait que le m&#233;dium de la lumi&#232;re directe excite la zone droite du cerveau qui concerne les &#233;motions et laisse &#224; l'&#233;tat v&#233;g&#233;tatif le c&#244;t&#233; gauche qui a trait &#224; la r&#233;flexion et &#224; l'&#233;laboration d'un discours rationnel. Il en tire trois implications qui nous semblent particuli&#232;rement importantes touchant la crise anthropologique des soci&#233;t&#233;s modernes. Premi&#232;rement, l'effacement de l'individualit&#233;. Ceci est parfaitement compr&#233;hensible si nous nous rappelons du fait que l'&#233;tat narcissique que tend &#224; reproduire la lumi&#232;re directe est &#224; comprendre par distinction avec une forme d'&#233;go&#239;sme qui r&#233;siderait dans l'affirmation du moi : &#171; Le moi minimal ou narcissique est avant tout un moi incertain de ses propres contours, d&#233;sireux soit de refaire le monde &#224; son image, soit de se fondre dans son environnement(C. Lasch, The minimal self, p. 15 ) Ou encore : &#187; Le narcissisme signifie la perte d'individualit&#233;, et non l'affirmation de soi.&#171; (ibid., p. 53) L'individualit&#233; tend justement &#224; &#234;tre un obstacle &#224; la reconstitution du rapport fusionnel au tout de sorte que le narcissisme induit plut&#244;t une forme sourde de haine de soi : &#187;[...] Sennett nous rappelle que la narcissisme est plus proche de la haine que de l'admiration de soi...&#171; (C. Lasch, La culture du narcissisme, p. 63) Deuxi&#232;mement, cette &#233;rosion de l'individualit&#233; nous conduit au coeur de ce que Castoriadis avait appel&#233; &#187; l'effondrement interne de la civilisation occidentale&#171; . Son grand apport &#224; l'humanit&#233; avait &#233;t&#233; la cr&#233;ation d'un sujet r&#233;flexif, autonome, ayant d&#233;velopp&#233; l'intelligence critique pour mettre en question, discuter, et, &#233;ventuellement, alt&#233;rer les significations institu&#233;es de la soci&#233;t&#233; . C'est, par exemple, tout le sens de la premi&#232;re phrase d'un des textes fondateurs de la modernit&#233; philosophique, Les m&#233;ditations m&#233;taphysiques de Descartes : &#187;Il y a d&#233;j&#224; un certain temps que je me suis aper&#231;u que j'avais re&#231;u quantit&#233; d'opinions fausses pour v&#233;ritables.&#034; L'&#233;rosion que les dispositifs technologiques de la soci&#233;t&#233; du spectacle font subir &#224; cet h&#233;ritage entra&#238;ne une terrible perte de sens quant &#224; ce que la civilisation occidentale peut encore apporter &#224; l'humanit&#233; en dehors d'armes de destruction massive et de gadgets technologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'&#233;rosion de l'individualit&#233; dans cette culture du narcissisme pr&#233;pare le terreau id&#233;al dans lequel une forme in&#233;dite de totalitarisme pourrait voir le jour. On se trompe de beaucoup quand on qualifie les soci&#233;t&#233;s occidentales d'individualistes. Ce qui les caract&#233;rise plut&#244;t, c'est l'atomisation et la massification des populations. Les dispositifs technologiques de la soci&#233;t&#233; du spectacle permettent de r&#233;aliser simultan&#233;ment deux choses : l'atomisation des individus (chacun est enferm&#233; et isol&#233; chez soi devant son poste et se trouve plac&#233; dans les conditions de la soci&#233;t&#233; spectaculaire qui rendent de plus en plus vides de contenu les formes de socialisation) Et, dans le m&#234;me temps, la massification : chacun re&#231;oit &#224; domicile la m&#234;me soupe qui contribue &#224; le transformer en homme de masse. L'atomisation par l'isolement qu'il signifie et la massification par l'&#233;tat de passivit&#233; qu'elle repr&#233;sente constituent les deux effets conjoints des formes spectaculaires de vie des soci&#233;t&#233;s modernes ; elles vont main dans la main et pr&#233;parent sociologiquement et psychologiquement les conditions d'une domination totale :&#171; Seul l'individu isol&#233; peut &#234;tre totalement domin&#233;. &#187; (H. Arendt)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Nature de la propagande dans la soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lasch nous parle du consommateur de marchandises. Quel rapport entretient l'univers des marchandises avec celui des images des m&#233;dias de masse ? La distinction que faisait Ellul entre propagande sociologique et propagande directe est requise pour comprendre pourquoi marchandise et image composent un m&#234;me univers d&#233;volu &#224; la consommation de masse. La propagande sociologique est celle qui travaille en profondeur la psych&#233;, qui cherche &#224; la modeler enti&#232;rement en vue d'un certain &#171; way of life &#187;. L'image &#233;clairante qu'en donne Ellul est celle du travail de labour de la terre qui rendra celle-ci pr&#234;te &#224; &#234;tre ensemenc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images des m&#233;dias de masse constituent cette &#171; propagande sociologique &#187; qui compose une sorte de bain culturel dans lequel on infuse en permanence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On a pu calculer que regarder la t&#233;l&#233;vision &#233;tait devenu, en moyenne, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ainsi, par exemple, la valeur des actualit&#233;s t&#233;l&#233;vis&#233;es ne tient pas tant &#224; leur teneur informationnelle qu'&#224; leur caract&#232;re de nouveaut&#233; :&#171; Les reportages des actualit&#233;s t&#233;l&#233;vis&#233;es doivent m&#234;me &#234;tre compris, non pas comme de la propagande en faveur d'une id&#233;ologie particuli&#232;re, lib&#233;rale ou conservatrice, mais comme de la propagande en faveur des marchandises [...] La valeur des actualit&#233;s, comme celle de n'importe quelle autre marchandise, r&#233;side principalement dans leur nouveaut&#233;, en second lieu seulement dans leur valeur informationnelle. &#187; ( Le seul et vrai paradis, p. 644) Le &#171; way of life &#187; que g&#233;n&#232;re cette propagande sociologique, c'est la soif constamment renouvel&#233;e de nouveaut&#233;s, l'achat compulsif qui pousse par exemple l'enfant &#224; r&#233;clamer sans arr&#234;t de nouveaux jouets :&#171; si les jouets deviennent plus fr&#233;quents, la valeur se transf&#232;re graduellement du jouet &#224; la nouveaut&#233; du jouet (...) L'arriv&#233;e du jouet, non le jouet lui-m&#234;me, devient l'&#233;v&#233;nement. &#187; Les actualit&#233;s doivent en cons&#233;quence, &#234;tre envisag&#233;es comme les &#171; jouets d'un enfant dont l'app&#233;tit de jouets a &#233;t&#233; astucieusement stimul&#233;. &#187;&#171; (Lasch, ibid., p. 644) Cette propagande sociologique sur laquelle pourra se greffer efficacement la propagande directe de la publicit&#233; n'est donc plus une propagande pour une id&#233;ologie quelconque de droite ou de gauche, mais, fondamentalement, une propagande en faveur de l'univers des marchandises : &#187;Le spectacle est une guerre de l'opium permanente pour faire accepter l'identification des biens aux marchandises.&#034;(G. Debord, La soci&#233;t&#233; du spectacle, 44)
L'image de la &#171; guerre de l'opium &#187; n'est pas innocente. Une soci&#233;t&#233; qui a pour condition de possibilit&#233; d'entretenir de fa&#231;on permanente un &#233;tat de frustration, de d&#233;pendance et de soif de nouveaut&#233;s doit produire structurellement un fantastique march&#233; de la drogue. Nous sommes finalement conduits &#224; nous demander si les images de la soci&#233;t&#233; du spectacle et les substances comme la coca&#239;ne ne r&#233;pondent pas &#224; une m&#234;me demande ? &#171; Les drogues ne constituent que la forme la plus &#233;vidente de d&#233;pendance [...] mais le besoin de drogues - c'est-&#224;-dire le besoin de marchandises qui soulagent de l'ennui, et satisfont le d&#233;sir socialement stimul&#233; de nouveaut&#233; et d'excitation- d&#233;coule de la nature pr&#233;cise d'une &#233;conomie consum&#233;riste. &#187; (C. Lasch, Le seul et vrai paradis) Nous avions not&#233; que le t&#233;l&#233;spectateur recherche l'effet du m&#233;dium lui-m&#234;me. Or, celui-ci est en tout point semblable &#224; la sensation que procure une drogue. L'&#233;tat de b&#233;atitude que procure une dose d'opium vient de ce qu'elle permet de reconstituer l'&#233;tat oc&#233;anique avec le tout qui &#233;tait initialement celui du foetus baignant dans le liquide amniotique intra ut&#233;rin. Sous une forme dilu&#233;e, c'est exactement l'effet que procure la lumi&#232;re directe des dispositifs technologiques en ayant sur les substances psychotropes, de surcro&#238;t, un certain nombre d'avantages qui ajoutent &#224; leur formidable pouvoir de s&#233;duction : elles sont parfaitement admises et int&#233;gr&#233;es dans la soci&#233;t&#233; au contraire des drogues qui marginalisent leurs usagers ; leur effet est instantan&#233; et leur offre est illimit&#233;e les rendant accessibles &#224; bon march&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lavage de cerveau et soci&#233;t&#233; du spectacle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin du documentaire de P. Entell avec l'intervention de Krugman nous invite &#224; faire le rapprochement entre les techniques de lavage de cerveau et les effets psychotropes de la lumi&#232;re directe des images de la soci&#233;t&#233; du spectacle. Le lavage de cerveau tel qu'il fut th&#233;oris&#233; dans les ann&#233;es 1950 par des psychiatres travaillant pour la CIA comme E. Cameron ob&#233;it &#224; deux phases qui pr&#233;sentent de troublantes similitudes avec les processus &#224; l'oeuvre dans le &#171; tube &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Privation sensorielle :&#171; L'individu est d'abord coup&#233; de tout [...] On ne peut pratiquer cette action que sur l'homme mis en cellule ou dans un camp. &#187; (J. Ellul, Propagandes, &#233;ditions Economica, p. 329)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Surcharge de stimuli :&#171; Cet homme &#233;tant plac&#233; dans ces conditions est soumis &#224; un bombardement de slogans... &#187; (ibid., p. 330)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le r&#233;sume A.W. McCoy dans son histoire des techniques de torture depuis l'Inquisition,,&#171; la privation sensorielle suivie d'une surcharge de stimuli, &#187;constitue la premi&#232;re v&#233;ritable r&#233;volution de la cruelle science de la douleur en plus de trois si&#232;cles.&#171; &#187; (cit&#233; par N. Klein, La strat&#233;gie du choc) Evidemment, les processus &#224; l'oeuvre dans le cas du t&#233;l&#233;spectateur s'ils sont en tout point semblables &#224; ceux employ&#233;s pour le lavage de cerveau sont beaucoup plus diffus. On pourrait dire que ce qu'on trouve &#224; l'&#233;tat chimiquement pur dans les techniques de lavage de cerveau se retrouve dilu&#233; dans le confort moelleux de la banquette face au poste. Une autre diff&#233;rence notable tient au fait que si la privation sensorielle et le bombardement de stimuli constituent deux s&#233;quences distinctes de la technique du lavage de cerveau, elles se d&#233;roulent de fa&#231;on concomitante dans le cas du t&#233;l&#233;spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a)Privation sensorielle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la technique du lavage du cerveau il s'agit de commencer par priver suffisamment longtemps le sujet de l'usage de ses sens tant externes (le renseignant sur le monde ext&#233;rieur) qu'internes (lui donnant &#224; sentir son propre corps) E. Cameron proc&#233;da ainsi avec ses cobayes :&#171; Il &#233;teignait les lumi&#232;res, mettait des lunettes noires sur les yeux de ses patients et des bouchons en caoutchouc dans leurs oreilles, puis il posait des tubes en carton sur leurs mains et leurs bras, mesure qui, comme il l'&#233;crivit lui-m&#234;me dans un article de 1956, &#187;les emp&#234;chait de se toucher et court-circuitait l'image qu'ils avaient d'eux-m&#234;mes.&#171; &#187; (N. Klein, La strat&#233;gie du choc) C'est en prenant comme illustration des cas ou la phase de privation sensorielle n'a pas &#233;t&#233; correctement men&#233;e qu'on aper&#231;oit mieux comment elle est la condition pr&#233;alable pour que r&#233;ussisse pleinement un lavage de cerveau. Les victimes des tortionnaires, en particulier dans les pays d'Am&#233;rique latines o&#249; les Etats Unis soutenaient des r&#233;gimes de type n&#233;o fascistes, racontent, pour celles qui ont pu survivre, qu'elles parvenaient &#224; ne pas sombrer totalement en percevant au dehors le p&#233;piement des oiseaux au lever du jour ou le bourdonnement d'un avion comme rep&#232;re temporel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. La lumi&#232;re directe des images &#233;lectriques permet d'obtenir un r&#233;sultat semblable : il suffit d'observer un enfant devant le poste de t&#233;l&#233;vision : il tend &#224; &#234;tre priv&#233; de tout stimulus provenant du monde ext&#233;rieur et tend ainsi &#224; perdre ainsi la notion de la distinction entre le Moi et le non Moi : voyez Zo&#233; au d&#233;but du documentaire de P. Entell, Le tube. On a beau l'interpeller &#224; voix haute, elle n'entend plus ce qui provient de son environnement ext&#233;rieur ; elle est, comme dit la formule, &#171; dans sa bulle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b) Bombardement de stimuli&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La privation sensorielle pr&#233;pare le terrain pour la deuxi&#232;me phase du lavage de cerveau, la surcharge de stimuli. Des chocs &#233;lectriques, au tournage en boucle de messages audios en passant par des bombardements de lumi&#232;res kal&#233;idoscopiques, il existe, dans ce domaine toute une gamme de proc&#233;d&#233;s. L'effet le plus significatif de l'ensemble du processus est de faire r&#233;gresser la personnalit&#233; du sujet vers des formes de plus en plus infantiles de d&#233;veloppement o&#249; elle finit par &#234;tre sous le contr&#244;le total du tortionnaire. Celui-ci appara&#238;t alors comme une figure paternelle aux yeux de l'enfant qu'est redevenu le sujet ; c'est &#224; ce moment que la victime se retrouve totalement &#224; la merci de son bourreau et a abdiqu&#233; toute volont&#233; propre :&#171; Au fur et &#224; mesure que le sujet glisse de la maturit&#233; vers un stade plus infantile, les traits de sa personnalit&#233; , acquis ou structur&#233;s se d&#233;sagr&#232;gent [...] la privation de stimuli provoque une r&#233;gression en emp&#234;chant le sujet d'avoir des contacts avec le monde ext&#233;rieur, ce qui l'oblige &#224; se replier sur lui-m&#234;me. En m&#234;me temps, la pr&#233;sence de stimuli bien dos&#233;s pendant l'interrogatoire fait en sorte que le sujet en r&#233;gression tend &#224; voir en l'interrogateur une figure paternelle. &#187;. (extrait du manuel Kubark de la CIA portant sur &#171; les m&#233;thodes d'interrogatoire des sujets r&#233;calcitrants. &#187; cit&#233; par N. Klein, ibid., pp. 64-65) De la th&#233;orie &#224; la pratique, nous avons, par exemple, ce t&#233;moignage d'un aum&#244;nier qui a pu visiter le camp de Guantanamo et les prisonniers qui avaient &#233;t&#233; soumis &#224; ce traitement :&#171; Je m'arr&#234;tais pour leur parler et ils me r&#233;pondaient d'une petite voix enfantine en tenant des propos d&#233;cousus. Nombre d'entre eux chantaient des comptines &#224; tue-t&#234;te et les r&#233;p&#233;taient sans cesse. D'autres grimpaient sur leur lit de fer et se comportaient de fa&#231;on pu&#233;rile. En les voyant, j'ai song&#233; &#224; un jeu auquel nous jouions, mes fr&#232;res et moi, quand nous &#233;tions enfants. &#187; (cit&#233; par N. Klein, ibid., p. 73)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les formes spectaculaires du m&#233;dium de la t&#233;l&#233;vision, la surcharge de stimuli correspond au rythme fr&#233;n&#233;tique suivant lequel se succ&#232;dent les images que v&#233;hicule la lumi&#232;re directe du poste. On sait l'importance qu'accorde l'industrie culturelle &#224; produire des contenus au rythme saccad&#233; o&#249; un plan doit rapidement succ&#233;der &#224; un autre. G. Debord avait not&#233; que ces images ne peuvent d&#233;gager la pleine puissance de leur effet que dans les conditions d'isolement dans lesquels sont plac&#233;s les individus :&#171; l'emploi g&#233;n&#233;ralis&#233; des r&#233;cepteurs du message spectaculaire fait que son isolement se retrouve peupl&#233; des images dominantes, images qui par cet isolement seulement acqui&#232;rent leur pleine puissance. &#187; (La soci&#233;t&#233; du spectacle, 172)
C'est ici qu'il convient de nuancer la th&#232;se de Mc Luhan. Andre&#239; Roublev de Tarkovski ne se composera pas de la m&#234;me fa&#231;on avec le m&#233;dium que La roue de la fortune !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La qualit&#233; du contenu peut amplifier ou non les effets du m&#233;dium. Une &#233;mission ne demandant aucun effort intellectuel pour &#234;tre suivie et &#233;tant construite suivant une succession de plans saccad&#233;s jouera un r&#244;le de caisse de r&#233;sonance amplifiant les effets r&#233;gressifs du m&#233;dium d'o&#249; l'importance qu'une cha&#238;ne commerciale comme TF1 attache &#224; produire des contenus de ce type :&#171; Nos &#233;missions ont pour vocation de rendre [le cerveau du t&#233;l&#233;spectateur] disponible : c'est-&#224;-dire de le divertir, de le d&#233;tendre pour le pr&#233;parer entre deux messages. Ce que nous vendons &#224; Coca Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible... &#187; (P. Le Lay, ex. PDG de TF1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le paradoxe de ce processus visant &#224; produire de &#171; la quantit&#233; de cerveau humain disponible &#187; comme Anders en avait fait la remarque , tient au fait que le t&#233;l&#233;spectateur est employ&#233; comme un travailleur &#224; domicile d'un genre tout &#224; fait nouveau collaborant &#224; la production de sa propre ali&#233;nation qui, elle aussi, est devenue une marchandise vendue &#224; Coca Cola. Loin d'&#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; pour sa collaboration, il doit au contraire la payer ! (achat du poste, alimentation en &#233;lectricit&#233;, abonnement &#224; des bouquets de cha&#238;nes...) Le travailleur &#224; domicile de la soci&#233;t&#233; du spectacle paie pour collaborer avec TF1 &#224; la production de soi en tant que &#171; temps de cerveau humain disponible &#187; vendu &#224; Coca Cola :&#171; Le processus tourne m&#234;me r&#233;solument au paradoxe puisque le travailleur &#224; domicile, au lieu d'&#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; pour sa collaboration, doit au contraire lui-m&#234;me la payer, c'est-&#224;-dire payer les moyens de production dont l'usage fait de lui un homme de masse [...]. Il paie donc pour se vendre. Sa propre servitude, celle-l&#224; m&#234;me qu'il contribue &#224; produire, il doit l'acqu&#233;rir en l'achetant puisqu'elle est, elle aussi, devenue une marchandise. &#187; ( G. Anders, Le monde comme fant&#244;me et comme matrice dans L'obsolescence de l'homme, 1956)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb32-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On a pu calculer que regarder la t&#233;l&#233;vision &#233;tait devenu, en moyenne, la deuxi&#232;me activit&#233; apr&#232;s le sommeil &#224; laquelle on consacre le plus de temps, soit, &#224; partir de cinq ans et pour une esp&#233;rance de vie de 80 ans, quelque chose comme 123 187 heures, l'&#233;quivalent de quatorze ann&#233;es enti&#232;res ! Ces donn&#233;es permettent de comprendre pourquoi Debord faisait de la soci&#233;t&#233; du spectacle &#171; le moment o&#249; la marchandise est parvenue &#224; l'occupation totale de la vie sociale. &#187; (La soci&#233;t&#233; du spectacle, 42) La r&#233;duction du temps de travail occup&#233; &#224; la production de marchandises par le travailleur-spectateur permet, en contrepartie un accroissement du temps de loisir occup&#233; essentiellement &#224; leur consommation :&#171; on sait que les gains de temps constamment recherch&#233;s par la soci&#233;t&#233; moderne - qu'il s'agisse de la vitesse des transports ou de l'usage des potages en sachet- se traduisent positivement pour la population des Etats Unis dans ce fait que la seule contemplation de la t&#233;l&#233;vision l'occupe en moyenne entre trois et six heures par jour. &#187; (La soci&#233;t&#233; du spectacle, 153) Ce qui est remarquable et &#233;trange tient au fait que les deux choses auxquelles nous consacrons, en moyenne, le plus de temps dans la vie sont consacr&#233;es au sommeil : celui de la nuit et celui &#233;veill&#233; du t&#233;l&#233;spectateur.
Pour compl&#233;ter l'ensemble de cette analyse, je vous recommande l'intervention de M. Desmurget, neurophysiologiste de son &#233;tat, dans TV lobotomie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'inventaire de l'irr&#233;parable (2/2) </title>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
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&lt;p&gt;Extraits du livre de George Steiner &#171; Dans le ch&#226;teau de Barbe-bleue. Notes pour une red&#233;finition de la culture &#187;, 1971 (Gallimard 2004), chap. 3 &#171; Apr&#232;s-culture &#187;. Voir la partie pr&#233;c&#233;dente (.../...) Ce qui n'emp&#234;che pas qu'il faille y regarder de plus pr&#232;s. Bien qu'entre les concepts de &#171; pourriture &#187;, &#171; culture &#187;, am&#233;lioration et perfectibilit&#233; sociales ait r&#233;gn&#233; une totale harmonie, et bien qu'on les ait pris volontiers l'un pour l'autre, on continuerait de s'interroger sur la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extraits du livre de George Steiner &#171; Dans le ch&#226;teau de Barbe-bleue. Notes pour une red&#233;finition de la culture &#187;, 1971 (Gallimard 2004), chap. 3 &#171; Apr&#232;s-culture &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?746-l-inventaire-de-l-irreparable-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la partie pr&#233;c&#233;dente&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui n'emp&#234;che pas qu'il faille y regarder de plus pr&#232;s. Bien qu'entre les concepts de &#171; pourriture &#187;, &#171; culture &#187;, am&#233;lioration et perfectibilit&#233; sociales ait r&#233;gn&#233; une totale harmonie, et bien qu'on les ait pris volontiers l'un pour l'autre, on continuerait de s'interroger sur la trame exacte de leurs rapports, sur ce qui permettait de passer de l'un &#224; l'autre. On nous assure &#224; grand tapage, surtout dans les doctrines lib&#233;rales am&#233;ricaines et le socialisme victorien qu'il existe une corr&#233;lation du niveau scolaire et celle des conditions sociales. Nous trouvons aussi, dans les discussions plus s&#233;rieuses, une conscience tenace d ela complexit&#233; r&#233;elle de cette &#233;quation. Les &lt;i&gt;Essays on a Liberal Education&lt;/i&gt; r&#233;unis par F.W. Farrar en 1867, deux ans avant la publication par Matthew Arnold de &lt;i&gt;Culture er Anarchie&lt;/i&gt;, trois ans avant l'&lt;i&gt;Education Act&lt;/i&gt;, manifestent clairement comment on remettait en question, pour ainsi dire du dedans, l'axiome universel d'un perfectionnement d&#251; &#224; l'humanisme. Ce qui inqui&#233;tait Farrar, Henry Sudgwick et leurs coll&#232;gues, &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment les insuffisances du canon classique. Ils s'employeient &#224; scruter la conception orthodoxe de la culture classique, &#224; en &#233;prouver le bien-fond&#233; face aux besoins d'une soci&#233;t&#233; de plus en plus technique et diversifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le plus p&#233;n&#233;trant de ces essais, Sidgwick milite en faveur de l'inclusion des Lettres modernes et de rudiments de sciences dans le concept de formation de base. On ne peut plus soutenir que les litt&#233;ratures grecques et latines renferment l'essentiel du savoir, m&#234;me sous une forme id&#233;alis&#233;e et paradogmatique : leurs pr&#233;tentions &#224; &#171; fournir la meilleure pr&#233;paration dans le domaines des id&#233;es, de la morale et de la politique &#187; sont en train de se dissiper. Les sciences de la nature &#171; sont tellement m&#234;l&#233;es &#224; tous les int&#233;r&#234;ts de l'humanit&#233; &#187; qu'il faut &#224; tout prix s'y adonner pour comprendre &#171; l'&#233;tat pr&#233;sent de l'&#233;volution de l'homme &#187; et y participer. En un mot, la diss&#233;mination des connaissances, ses modalit&#233;s, leur nature m&#234;me donnaient lieu &#224; des controverses anim&#233;es au plus fort de l'optimisme du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle. Ce qu'on ne mettait pas en doute, toutefois, c'&#233;tait la conclusion &#233;vidente que cette transmission, r&#233;alis&#233;e avec discernement, d&#233;boucherait in&#233;luctablement sur une condition humaine plus stable et plus satisfaisante. &#171; Une &#233;ducation lib&#233;rale &#187;, &#233;crivait Sidgwick 'il &#233;tait persuad&#233; d'enfoncer des portes ouvertes), &#171; a pour objet de dispenser la culture la plus &#233;lev&#233;e, de permettre &#224; la jeunesse l'exercice le plus complet, le plus pouss&#233;, le plus harmonieux, en r&#233;f&#233;rence &#224; un id&#233;al raisonnable, de ses facult&#233;s actives, intellectuelles et esth&#233;tiques &#187;. pourvu qu'on lui laisse le champ libre et qu'elle s'&#233;tende, graduellement, en fonction des dons de chacun, &#224; un secteur toujours croissant de la soci&#233;t&#233; et de l'univers, ce genre d'&#233;ducation garantirait une qualit&#233; de vie sans cesse accrue. L&#224; o&#249; florissait la culture, la barbarie &#233;tait, par d&#233;finition, un cauchemar du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons maintenant qu'il n'en &#233;tait pas ainsi. Nous savons que la qualit&#233; de l'&#233;ducation dispens&#233;e et le nombre de gens qu'elle touche ne se traduisent pas n&#233;cessairement par une stabilit&#233; sociale ou une sagesse politique plus grandes. Les vertus &#233;videntes du gymnase ou du lyc&#233;e ne garan&#173;tissent en rien le comportement &#233;lectoral de la ville lors du prochain pl&#233;biscite. Nous comprenons maintenant que les sommets de l'hyst&#233;rie collective et de la sauvagerie peuvent aller de pair avec le maintien, et m&#234;me le renforcement, des institu&#173;tions, de l'appareil et de l'&#233;thique de la haute culture. En d'autres termes, les biblioth&#232;ques, mus&#233;es, th&#233;&#226;tres, universit&#233;s et centres de recher&#173;che, qui perp&#233;tuent la vie des humanit&#233;s et de la science, peuvent tr&#232;s bien prosp&#233;rer &#224; l'ombre des camps de concentration. Peut-&#234;tre l'atmosph&#232;re environnante de violence et de r&#233;pression affectera-t-elle la pr&#233;cision et la vigueur de leur fonctionne&#173;ment. Mais de fa&#231;on &#233;tonnamment b&#233;nigne. La sensibilit&#233;, surtout celle du virtuose, l'intelligence, le go&#251;t de l'&#233;rudition vont leur chemin, comme si de rien n'&#233;tait. Nous savons aussi &#8212; et cette fois-ci les preuves sont solides, bien que la raison s'obstine &#224; les ignorer &#8212; que des qualit&#233;s &#233;videntes de finesse litt&#233;raire et de sens esth&#233;tique peuvent voisiner, chez le m&#234;me individu, avec des attitudes barbares, d&#233;lib&#233;r&#233;ment sadiques. Des hommes comme Hans Frank, qui avait la haute main sur la &#171; solution finale &#187; en Europe de l'Est, &#233;taient des connaisseurs exigeants, et parfois m&#234;me de bons interpr&#232;tes, de Bach et Mozart. On compte parmi les ronds-de-cuir de la torture ou de la chambre &#224; gaz des admira&#173;teurs de Goethe ou des amoureux de Rilke. Il est trop facile de dire que &#171; ces hommes ne compre&#173;naient rien aux po&#232;mes qu'ils lisaient o&#249; &#224; la musique qu'ils poss&#233;daient et interpr&#233;taient si bien &#187;. Rien ne permet d'affirmer qu'ils &#233;taient moins ouverts que quiconque au g&#233;nie humain, aux forces morales qui mod&#232;lent la litt&#233;rature et l'art. L'une des &#339;uvres marquantes de la philosophie du langage, la lecture sans doute la plus parfaite de la po&#233;sie de Hiilderlin, vit le jour pour ainsi dire &#224; port&#233;e de voix d'un camp. La plume de Heidegger ne s'est pas arr&#234;t&#233;e, son esprit ne s'est pas tu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois que je cite ces exemples, on me pr&#233;sente la m&#234;me objection : &#171; Pourquoi &#234;tes-vous donc si &#233;tonn&#233; ? Esp&#233;riez-vous autre chose ? Chacun devrait savoir que culture et humanit&#233;, &#233;ducation et instinct politique ne vont pas de concert. &#187; Tout cela para&#238;t pertinent mais s'effondre devant l'&#233;nor&#173;mit&#233; des faits. Quel les rapports entre la culture et la soci&#233;t&#233; soient d&#233;sormais ressentis comme fauss&#233;s ou, du moins, paradoxaux et parodiques, est un fait nouveau et moralement d&#233;concertant. De telles intuitions auraient pris, au yeux du si&#232;cle des Lumi&#232;res et d'une grande partie du dix-neuvi&#232;me, des allures de fantasme morbide. C'est leur pres&#173;sentiment &#224; cet &#233;gard qui isole Kierkegaard et Nietzsche. Le transfert n&#233;gatif que nous constatons entre la culture et le comportement individuel ou collectif bat en br&#232;che la croyance et les pr&#233;ceptes actifs sur lesquels reposait la propagation de l'&#233;du&#173;cation, des connaissances, de l'&#233;rudition et des arts. Ce que nous savons maintenant tourne en d&#233;rision une vision de l'histoire forc&#233;e, rendue mall&#233;able par l'intelligence et la sensibilit&#233;, vision que parta&#173;geaient Jefferson et Marx, et aussi bien Matthew Arnold et les r&#233;formateurs de 1867. Affirmer qu'on aurait &#171; d&#251; &#187; savoir est faire peu de cas des mots. Le si&#232;cle des Lumi&#232;res et le dix-neuvi&#232;me si&#232;cle auraient-ils compris que civilisation ne veut pas dire civisme, ni humanisme humanit&#233;, les sources de l'espoir auraient &#233;t&#233; taries, et retard&#233; en grande partie l'affranchissement de la soci&#233;t&#233; et de l'esprit accompli au cours de quatre g&#233;n&#233;rations. Il est clair que la confiance en aurait souffert. Qui sait si la foi en la culture n'&#233;tait pas elle-m&#234;me arrogante, et aveugle aux contre-courants et aux nostalgies des&#173;tructrices qu'elle charriait ? Peut-&#234;tre encore l'im&#173;puissance de la raison et de la volont&#233; politique &#224; faire obstacle aux massacres de 1915 &#224; 1917 aurait-elle d&#251; donner enfin l'alarme quant &#224; la fragilit&#233; et &#224; l'isolement du tissu de la culture. Cependant, notre sagesse dans ce domaine, celle-l&#224; m&#234;me qui fait &#233;trangement d&#233;faut aux &lt;i&gt;Notes pour une d&#233;finition de la Culture&lt;/i&gt; d'Eliot, ne se manifeste qu'apr&#232;s coup. Et rel&#232;ve elle-m&#234;me, c'est l&#224; l'essentiel, du d&#233;sastre. Notre virtuosit&#233; &#224; faire de la terre un enfer, tout comme notre lucidit&#233; devant l'&#233;chec de l'&#233;du&#173;cation et de la culture &#224; apporter aux hommes &#171; douceur et lumi&#232;re &#187;, est un signe criant de ce qui a &#233;t&#233; perdu. Nous sommes contraints d'en revenir &#224; un pessimisme pascalien, &#224; un mod&#232;le de l'histoire fond&#233; sur le p&#233;ch&#233; originel. Il ne nous est que trop facile, d&#233;sormais, de reconna&#238;tre avec de Maistre que notre jungle politique, l'acquiescement de l'homme cultiv&#233; et assoiff&#233; de technique au massa&#8209; cre, accomplissent la pr&#233;diction de la Chute. Mais notre retour &#224; des paradigmes ant&#233;rieurs, plus &#171; r&#233;alistes &#187;, contient un &#233;l&#233;ment de contrefa&#231;on fonci&#232;rement destructeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la diff&#233;rence de Pascal ou de de Maistre, bien peu d'entre nous professent avec intransigeance des vues explicitement religieuses sur les catastrophes qui atteignent l'homme et la soci&#233;t&#233;. Pour la majo&#173;rit&#233;, la logique du p&#233;ch&#233; originel et d'une histoire de l'homme sur terre con&#231;ue comme purgatoire est, au plus, de l'ordre de la m&#233;taphysique. Notre pessi&#173;misme, s'&#233;cartant du vrai Jans&#233;nisme, ne r&#233;pond ni &#224; une telle causalit&#233;, ni &#224; l'espoir d'une absolution divine. Nous flottons entre deux extr&#234;mes. Nous ne vibrons plus au salut de Carducci &#224; l'avenir :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Salute, o genti umane affaticate !&lt;br class='manualbr' /&gt;Tutto trapassa, e nulla pue) morir.&lt;br class='manualbr' /&gt;Noi troppo odiammo e sofferimmo. Amate : &lt;br class='manualbr' /&gt;Il mondo &#232; bello e santo &#232; l'avvenir&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Salut, &#244; genre humain accabl&#233; ! / Tout passe et rien ne meurt. / Nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pas plus que nous ne pouvons reprendre &#224; notre compte, en toute honn&#234;tet&#233;, le jugement de Pascal selon lequel la cruaut&#233; et l'absurdit&#233; de l'histoire r&#233;sulteraient d'un d&#233;faut th&#233;ologique ori&#173;ginel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des assises aussi instables, et les faux-fuyants psychologiques qu'elles impliquent, d&#233;terminent notre situation pr&#233;sente. A la fois r&#233;aliste et creux, notre nouveau pessimisme sto&#239;que ou ironique marque une apr&#232;s-culture. Avoir pu ignorer l'inhu&#173;main dans l'homme repr&#233;sentait un incalculable privil&#232;ge. Pour les g&#233;n&#233;rations de Voltaire &#224; Mat&#173;thew Arnold, une telle m&#233;connaissance n'&#233;tait pas innocence ; elle &#233;tait sch&#232;me g&#233;n&#233;rateur de culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions peut-&#234;tre regrouper tous ces &#171; irr&#233;parables &#187; sous un titre commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perte d'une centralit&#233; &#224; la fois g&#233;ographique et sociologique, l'abandon ou le d&#233;p&#233;rissement de l'axiome du progr&#232;s historique, notre sens de l'&#233;chec ou des faiblesses extr&#234;mes du savoir et de l'humanisme face &#224; l'action sociale, signifient la fin d'une commune hi&#233;rarchie des valeurs. Cette oppo&#173;sition &#224; deux termes qui organisait la perception sociale, qui assurait la domination de la culture sur la nature, s'estompe ou s'abolit totalement. Opposi&#173;tion entre la civilisation occidentale et le reste du monde, entre celui qui sait et celui que ne sait pas, entre le privil&#233;gi&#233; et l'homme du commun, entre l'autorit&#233; de l'&#226;ge et la d&#233;pendance de la jeunesse, entre les sexes. Ces oppositions n'&#233;taient pas uni&#173;quement diacritiques, c'est-&#224;-dire d&#233;finissant les deux unit&#233;s par rapport &#224; l'ensemble et l'une par rapport &#224; l'autre ; elles &#233;taient aussi franchement horizontales. Les lignes de d&#233;marcation s&#233;paraient , le haut du bas, le grand de l'humble, le civilis&#233; du primitif arri&#233;r&#233;, le savoir de l'ignorance, le privil&#232;ge social de l'&#233;tat servile, les ann&#233;es de la jeunesse, les hommes des femmes. Et, dans chaque cas, le &#171; de &#187; traduisait la sup&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;croulement plus ou moins complet, plus ou moins reconnu, de ce syst&#232;me d'&#233;chelons fondant la valeur (en effet, peut-il y avoir valeur sans hi&#233;rarchie ?) qui est maintenant le trait domi&#173;nant de notre paysage intellectuel et social.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les &#171; oppositions &#187; horizontales de l'ordre classique sont devenues verticales et, souvent, confuses.&lt;br class='manualbr' /&gt;Jamais plus, me semble-t-il, un dirigeant blanc n'&#233;crira, comme le faisait Palmerston en 1863, &#224; l'occasion d'une lointaine exp&#233;dition punitive :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'incline &#224; penser que nos relations avec le Japon suivent le chemin normal et in&#233;vitable qui caract&#233;rise les Rapports de nations fortes et Civili&#173;s&#233;es avec d'autres plus faibles et moins avan&#173;c&#233;es&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les majuscules elles-m&#234;mes sont d'une grande &#233;loquence !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une anthropologie envahissante, relativiste, refusant les jugements de valeur, impr&#232;gne mainte&#173;nant notre image du &#171; moi &#187; et de &#171; l'autre &#187;. Des &#171; contre-cultures &#187;, des assemblages de crit&#232;res sin&#173;guliers sont en train de se substituer aux distinc&#173;tions immuables entre la science et l'ignorance. Le clivage entre savoir et non-savoir n'est plus d'es&#173;sence hi&#233;rarchique. L'activit&#233; mentale de la soci&#233;t&#233; s'&#233;labore maintenant en grande partie dans une zone neutre d'&#233;clectisme individuel. C'est un lieu commun de dire que le ton et la mati&#232;re des rapports entre g&#233;n&#233;rations ont chang&#233; ; cela n'en affecte pas moins la vie sociale. Tout comme, &#224; une date plus r&#233;cente, le bouleversement des comporte&#173;ments sexuels traditionnels. Les typologies consti&#173;tu&#233;es par le mouvement de lib&#233;ration des femmes, l'homosexualit&#233; ouverte, politiquement et sociale&#173;ment ostentatoire qui florit, en particulier, aux &#201;tats-Unis, et les tendances &#171; unisex &#187; trahissent une profonde remise en ordre ou en d&#233;sordre de distinctions solidement &#233;tablies. &#171; Vaguement d&#233;su&#173;nis &#187;, selon la formule de Milton, hommes et femmes ne se contentent pas de manoeuvrer sur le no man's land de l'indiff&#233;renciation, mais &#233;chan&#173;gent leurs r&#244;les &#8212; r&#244;les vestimentaires, psychologi&#173;ques, &#233;conomiques et &#233;rotiques que la tradition jusque-l&#224; s&#233;parait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore, c'est une id&#233;e g&#233;n&#233;rale qui se fait jour. Un flou g&#233;n&#233;ralis&#233; ou la qu&#234;te de formes nouvelles ont pour ainsi dire subverti les cat&#233;gories d'&#226;ge, les distinctions de sexe, les classes, l'&#233;chelle de l'intelligence et du pouvoir. Nous sommes entra&#238;n&#233;s dans un mouvement brownien &#224; ce niveau fondamental, mol&#233;culaire, o&#249; s'&#233;laborent l'individu et la soci&#233;t&#233;. S'il m'est permis de poursuivre l'ana&#173;logie, les membranes que traversent les &#233;nergies sociales sont devenues perm&#233;ables et non s&#233;lecti&#173;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On r&#233;p&#232;te &#224; l'envi que les changements sociaux auxquels nous sommes soumis sont sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire, que les m&#233;tamorphoses et les m&#233;tis&#173;sages &#224; travers les lignes du temps, de la sexualit&#233;, des races, se succ&#232;dent &#224; une cadence acc&#233;l&#233;R&#233;e. Le rythme, la port&#233;e universelle de telles transforma&#173;tions refl&#232;tent-ils des mutations organiques v&#233;rifia&#173;bles ? C'est l&#224; une question bien difficile &#224; formuler avec pr&#233;cision ; y r&#233;pondre est tout aussi malais&#233;. Une grande partie de la r&#233;alit&#233; que nous &#171; subis&#173;sons &#187; a &#233;t&#233; impitoyablement filtr&#233;e et pr&#233;dig&#233;r&#233;e par les sociologues &#224; la petite semaine des &lt;i&gt;mass media&lt;/i&gt;. Aucune autre soci&#233;t&#233; ne s'est autant complu dans son image. Aujourd'hui, des mod&#232;les et des mythologies, souvent ing&#233;nieux et &#224; premi&#232;re vue ad&#233;quats, nous assaillent sans discontinuer. Cette rapidit&#233; et cette &#171; m&#233;taprofondeur &#187; d'expli&#173;cation risquent d'obscurcir la distinction entre effet de mode, chatoiement de surface, et ce qui rel&#232;ve des m&#233;canismes internes d'un syst&#232;me psychologi&#173;que ou social. Ce que nous savons de la p&#233;riodicit&#233; de l'&#233;volution nous fait douter que des changements psychophysiologiques puissent s'effectuer &#224; une vitesse si impressionnante. A titre d'exemple : on est en train d'&#233;piloguer sur les corr&#233;lations entre un bouleversement des donn&#233;es sexuelles et l'abaisse&#173;ment hypoth&#233;tique de l'&#226;ge de la menstruation. Il semblerait que ce ph&#233;nom&#232;ne se pr&#234;te &#224; une ana&#173;lyse statistique rigoureuse. En fait, les incertitudes mat&#233;rielles et m&#233;thodologiques abondent. Quels sont les cultures et les groupes affect&#233;s ? Quel pour&#173;centage constitue un seuil d&#233;terminant ? Sommes-nous en pr&#233;sence de sympt&#244;mes primaires ou secondaires, d'une r&#233;volution physiologique ou d'une sensibilisation de l'opinion &#224; ces probl&#232;mes ? Une fois le fait admis, la corr&#233;lation en est-elle l&#233;gitime ou s'agit-il de m&#233;canismes parall&#232;les mais distincts ? Le scepticisme s'impose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans pour cela exclure qu'on tienne l'imagination en &#233;veil. Il est concevable, pour s'en tenir &#224; un terme prudent, que les conditions nouvelles d'ali&#173;mentation, de contr&#244;le thermique, le passage rapide d'un climat et d'un fuseau horaire &#224; l'autre, s'ajou&#173;tant &#224; l'augmentation de la moyenne de vie et &#224; l'absorption de substances th&#233;rapeutiques ou nar&#173;cotiques, am&#232;nent en fait des bouleversements authentiques de la personnalit&#233; et, incidemment, de la constitution physique. On pourrait parler l&#224; de &#171; mutations interm&#233;diaires &#187;, &#224; mi-chemin entre l'organique et la mode, au sens fort du mot. Nous manquons d'un vocabulaire pr&#233;cis pour rendre les m&#233;tamorphoses &#224; la puissance 2 du psychosocial et du socio-physiologique. Et, pourtant, elles m'appa&#173;raissent comme la composante d&#233;terminante de l'apr&#232;s-culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien dans tout cela de bien nouveau. Pas plus que dans le pressentiment, ressenti par Julien Benda, le plus incisif des critiques de la culture, que la faillite des hi&#233;rarchies classiques interviendrait de l'int&#233;rieur. Chaque fois qu'une br&#232;che d&#233;cisive a &#233;t&#233; pratiqu&#233;e dans les lignes de l'ordre, l'assaut &#233;tait lanc&#233; du centre de la cit&#233;. La conscience du privi&#173;l&#232;ge, des droits de l'&#226;ge et du mandarinat s'est retourn&#233;e contre elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se demande moins souvent si certains &#233;che&#173;lons de la hi&#233;rarchie traditionnelle des valeurs valent la peine d'&#234;tre r&#233;tablis. Peut-on concevoir un syst&#232;me de d&#233;fense du concept de culture face aux deux offensives majeures dirig&#233;es contre lui ? Sur&#173;tout si l'on fait sien l'argument central de T.S. Eliot, &#224; savoir que la &#171; culture n'est pas seulement la somme de plusieurs activit&#233;s mais un mode de vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur la fragilit&#233; et le co&#251;t de ce &#171; mode de vie &#187; que se sont concentr&#233;es les attaques. Pourquoi s'&#233;vertuer &#224; &#233;laborer et transmettre une culture qui a fait si peu pour endiguer l'inhumain, qui abritait des ambigu&#239;t&#233;s profondes, celles-ci n'&#233;tant pas tou&#173;jours hostiles &#224; la barbarie ? Et encore : si l'on admet que la culture donnait acc&#232;s &#224; ce qu'il y a de meilleur en l'homme, &#224; l'&#233;l&#233;vation de l'esprit, ne la payait-on pas trop cher ? En in&#233;galit&#233; sociale et spirituelle. Ou en d&#233;s&#233;quilibre ontologique (car les facteurs &#233;conomiques ne sont plus seuls en jeu) entre les lieux privil&#233;gi&#233;s de la r&#233;ussite intellectuelle et artistique et le monde d&#233;daign&#233; de la pauvret&#233; et du sous-d&#233;veloppement ? Est-il fortuit que tant de triomphes ostentatoires de la civilisation, l'Ath&#232;nes de P&#233;ricl&#232;s, la Florence des M&#233;dicis, l'Angleterre &#233;lizab&#233;thaine, le Versailles du &lt;i&gt;grand si&#232;cle&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fran&#231;ais dans le texte (N.d.T.).&#034; id=&#034;nh33-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et la Vienne de Mozart aient eu partie li&#233;e avec l'abso&#173;lutisme, un syst&#232;me rigide de castes et la pr&#233;sence de masses asservies ? Grand art, musique, po&#233;sie, la science de Bacon et celle de Laplace florissent sous des syst&#232;mes sociaux plus ou moins teint&#233;s de totalitarisme. Est-ce par hasard ? A quel niveau situer les similarit&#233;s, elles-m&#234;mes institu&#233;es par l'enseignement, entre le pouvoir et la culture classi&#173;que ? La notion de culture n'est-elle pas, apr&#232;s tout, synonyme d'&#233;lite ? Quelle part de sa vitalit&#233; d&#233;rive de la violence disciplin&#233;e, contenue, qui transpara&#238;t cependant dans les rites des soci&#233;t&#233;s traditionnelles ou r&#233;pressives ? De l&#224; le jugement de Pisarev, repris par Orwell, qui fait des arts et des lettres les instruments du r&#233;gime en place et de la classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tels sont les d&#233;fis, jet&#233;s avec m&#233;pris par ceux qui ont tout l&#226;ch&#233; et qui jettent leur cri dans les graffiti obsc&#232;nes de la &#171; contre-culture &#187;. De quelle utilit&#233; la grande tradition humaniste a-t-elle &#233;t&#233; aux opprim&#233;s de la collectivit&#233; ? De quel secours face &#224; la mont&#233;e de la barbarie ? Quel po&#232;me immortel a jamais enray&#233; ou temp&#233;r&#233; le r&#232;gne de la terreur, alors que tant l'ont chant&#233; ? Et allons plus loin : ceux pour qui un beau po&#232;me, un syst&#232;me philoso&#173;phique, un th&#233;or&#232;me repr&#233;sentent, en derni&#232;re ins&#173;tance, la valeur supr&#234;me, ne pr&#234;tent-ils pas la main aux lanceurs de napalm en feignant de les ignorer, en cultivant une lucidit&#233; d&#233;sabus&#233;e ou un commode relativisme historique ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb33-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Salut, &#244; genre humain accabl&#233; ! / Tout passe et rien ne meurt. / Nous avons trop souffert et trop ha&#239;. Aimez : / Le monde est beau et l'avenir est saint&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En fran&#231;ais dans le texte (N.d.T.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>L'inventaire de l'irr&#233;parable (1/2)</title>
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		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Extraits du livre de George Steiner &#171; Dans le ch&#226;teau de Barbe-bleue. Notes pour une red&#233;finition de la culture &#187;, 1971 (Gallimard 2004), chap. 3 &#171; Apr&#232;s-culture &#187;. Il nous faut avant tout dresser une mani&#232;re d'inventaire de l'irr&#233;parable. Ce n'est pas pour l'esprit t&#226;che facile. Car, enfin, la renaissance d'une grande partie de l'Europe, sa reprise &#233;conomique ont &#233;t&#233; prodigieuses. Bien de villes sont plus belles et plus anim&#233;es qu'avant le d&#233;sastre. Les marques imprim&#233;es sur les paysages (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-118-aneantissement-+" rel="tag"&gt;An&#233;antissement / G&#233;nocide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-169-steiner-g-+" rel="tag"&gt;Steiner G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-212-seconde-guerre-mondiale-+" rel="tag"&gt;Seconde guerre mondiale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extraits du livre de George Steiner &#171; Dans le ch&#226;teau de Barbe-bleue. Notes pour une red&#233;finition de la culture &#187;, 1971 (Gallimard 2004), chap. 3 &#171; Apr&#232;s-culture &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il nous faut avant tout dresser une mani&#232;re d'inventaire de l'irr&#233;parable. Ce n'est pas pour l'esprit t&#226;che facile. Car, enfin, la renaissance d'une grande partie de l'Europe, sa reprise &#233;conomique ont &#233;t&#233; prodigieuses. Bien de villes sont plus belles et plus anim&#233;es qu'avant le d&#233;sastre. Les marques imprim&#233;es sur les paysages par la premi&#232;re guerre mondiale (plateaux d&#233;fonc&#233;s, champs &#233;ventr&#233;s) ont &#233;t&#233; plus profondes que les traces de 1940-1945. On peut, de nos jours, parcourir presque toute l'Europe occidentale, et m&#234;me l'Union sovi&#233;tique, sans d&#233;couvrir d'endroits pr&#233;cis o&#249; replacer les &#233;v&#233;ne&#173;ments de la seconde guerre mondiale ou les souve&#173;nirs personnels qui gisaient sous les amas de cen&#173;dres de 1945. C'est comme si avait pr&#233;valu un puissant besoin d'oublier et de reb&#226;tir, une esp&#232;ce d'amn&#233;sie f&#233;conde. Il &#233;tait choquant de survivre, plus encore de recommencer &#224; prosp&#233;rer entour&#233; de la pr&#233;sence tangible d'un pass&#233; encore r&#233;cent. Tr&#232;s souvent, en fait, c'est la totalit&#233; de la destruction qui a rendu possible la cr&#233;ation d'installations industrielles enti&#232;rement modernes. Le miracle &#233;co&#173;nomique allemand est, par une ironie profonde, exactement proportionnel &#224; l'&#233;tendue des ruines du Reich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le paysage m&#233;canis&#233; et fr&#233;quemment aseptique de l'Europe contemporaine peut &#234;tre trompeur. Si bruyants, si pleins d'activit&#233; &#233;conomi&#173;que que soient les espaces qu'elles limitent, les fa&#231;ades neuves manifestent un manque de vie curieux. Il n'est que de penser aux centres urbains restaur&#233;s. Sans m&#233;nager ni l'argent ni la peine, des villes enti&#232;res, Altst&#228;dte, ont &#233;t&#233; reconstruites, pierre &#224; pierre, minutieusement, pot de fleur apr&#232;s pot de fleur. La photographie ne rel&#232;ve aucune diff&#233;rence ; la patine des pignons est m&#234;me plus riche qu'auparavant. Cependant, il est incontestable que quelque chose ne va pas. Allez donc voir Dresde ou Varsovie, plantez-vous sur une de ces places de V&#233;rone reconstitu&#233;es avec tant de gr&#226;ce, et vous en aurez pleinement conscience. La recons&#173;titution, dans toute sa perfection, a un &#233;clat de laque. Comme si la lumi&#232;re des corniches n'avait pas &#233;t&#233; r&#233;tablie, comme si l'atmosph&#232;re ne conve&#173;nait pas et conservait des relents d'incendie. Cette impression n'a rien de mystique : le malaise est quasi litt&#233;ral. C'est peut-&#234;tre que la coh&#233;rence d'une chose ancienne est une harmonique de la dur&#233;e, que la perspective d'une rue ou d'un toit qui ont eu le temps de vieillir, qu'il est possible de copier, ne saurait &#234;tre recr&#233;&#233;e. M&#234;me quand, dans les meilleu&#173;res conditions, on ne la distingue pas de l'original, la reproduction n'est jamais la forme vive. En d&#233;pit de son &#233;l&#233;gance, la Vieille Ville de Varsovie n'est qu'un d&#233;cor, et les humains qui la parcourent ne soul&#232;vent aucun &#233;cho. C'est l'image de ces fa&#231;ades restaur&#233;es dans le moindre d&#233;tail, de ces ombres et de ces lumi&#232;res trop bien r&#233;gl&#233;es, que je garde &#224; l'esprit tandis que je m'efforce de distinguer ce qui est perdu &#224; jamais, m&#234;me si l'objet est &#224; port&#233;e de la main, de ce qui est vivant.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je dois laisser de c&#244;t&#233; l'aspect g&#233;n&#233;tique, et cette omission peut se r&#233;v&#233;ler tr&#232;s pr&#233;judiciable. Il est &#233;vident que notre situation pr&#233;sente se ressent de pertes &#233;normes, non seulement en ressources humaines (ceux qui maintenant penseraient et souf&#173;friraient avec nous) mais aussi en ce qu'ils repr&#233;sen&#173;taient d'avenir. Certaines orientations d&#233;cisives ont &#233;t&#233; sans r&#233;mission &#233;limin&#233;es de l'&#233;ventail des possi&#173;bles. Mais, comme je l'ai mentionn&#233; plus t&#244;t, la &#171; biosociologie &#187;, et la g&#233;n&#233;tique historique en sont encore &#224; un stade trop rudimentaire, s'appuient sur des ensemble de concepts trop l&#226;ches pour permet&#173;tre une &#233;valuation s&#233;rieuse, scientifique, des attein&#173;tes port&#233;es &#224; l'organisme de la civilisation occiden&#173;tale. C'est sur la destruction de sch&#232;mes profonds que je veux m'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier d'entre eux concerne l'implantation de la civilisation avanc&#233;e. La culture occidentale partait du principe, rarement discut&#233;, que son pro&#173;pre h&#233;ritage, la g&#233;ographie de ses r&#233;miniscences, &#233;tait en fait &#171; ce qu'on avait pens&#233; et dit de mieux &#187;. Issue de sources jud&#233;o-grecques, dans un cadre remarquablement adapt&#233; au travail humain, au sein d'une matrice raciale dont la sup&#233;riorit&#233; &#233;tait obscur&#233;ment tenue pour acquise, l'histoire occidentale en &#233;tait arriv&#233;e &#224; une vigueur privil&#233;&#173;gi&#233;e. Du haut de ce promontoire, l'histoire, l'orga&#173;nisation sociale, les cr&#233;ations artistiques et intellec&#173;tuelles des autres races prenaient des proportions &#233;triqu&#233;es d'accidents. Non qu'on les n&#233;glige&#226;t totalement. A plusieurs reprises, la culture de l'Islam et celle de l'Extr&#234;me-Orient ont mordu sur l'&#226;me europ&#233;enne. Les &lt;i&gt;chinoiseries&lt;/i&gt; du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, l'int&#233;r&#234;t manifest&#233; par certains penseurs victoriens et les tenants de l'id&#233;alisme allemand pour &#171; la lumi&#232;re venue de l'Orient &#187;, sont &#224; ce point de vue des &#233;pisodes caract&#233;ristiques. Mais o&#249; on cherche&#173;rait en vain un sentiment d'&#233;galit&#233;, et plus encore d'inf&#233;riorit&#233;. Le mythe du bon sauvage avait int&#233;gr&#233; un dogme hi&#233;rarchique intransigeant : la sensibilit&#233; occidentale pouvait &#224; loisir c&#233;l&#233;brer avec nostalgie les vertus des Iles, jusqu'&#224; y voir une condamnation de ses propres erreurs ; en aucun cas, sa primaut&#233; n'&#233;tait s&#233;rieusement mise en question. La nostalgie pastorale et le &lt;i&gt;mea culpa&lt;/i&gt; tournaient autour d'un axe solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'&#233;branla cette stabilit&#233; avant les ann&#233;es vingt et trente. La fascination exerc&#233;e par les &#171; for&#173;mes barbares &#187; sur l'imagination plastique et musi&#173;cale, fascination qui se r&#233;v&#232;le dans le jazz, le fauvisme, la danse, le th&#233;&#226;tre du masque et du rituel, avait des origines complexes. Pourtant, on ne saurait l'isoler du cataclysme de la guerre mondiale et de la soudaine vacuit&#233; des valeurs classiques. Les masques africains qui peuplent de leurs grimaces l'art post-cubiste sont des emprunts d&#233;sesp&#233;r&#233;s &#224; un d&#233;sespoir d'emprunt. Et m&#234;me ces injections de dynamite ne vinrent pas &#224; bout de l'h&#233;ritage occi&#173;dental. Il continua de produire les pierres de touche de l'ordre et cette coul&#233;e ininterrompue d'&#233;nergie intellectuelle qui avait, sans conteste, rendu ma&#238;tres du globe Europ&#233;ens et Anglo-Saxons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nos jours, apr&#232;s une crise qui ne d&#233;passe pas une g&#233;n&#233;ration, ce tableau semble remonter au d&#233;luge. Marchands de slogans et philosophes d'oc&#173;casion tels que Susan Sontag ont voulu persuader l'Occident que l'homme blanc est la plaie de l'uni&#173;vers, que sa civilisation est une monstrueuse impos&#173;ture ou, au mieux, le masque fourbe et cruel de l'exploitation &#233;conomique et militaire. On nous annonce, sur un ton d'hyst&#233;rie vengeresse, que notre culture est condamn&#233;e, et c'est alors le mod&#232;le spengl&#233;rien d'apocalypse rationnelle ; ou bien encore que, seule, une transfusion massive de la vitalit&#233; et des modes de sentir du &#171; Tiers Monde &#187; la ram&#232;neront &#224; la vie. Aux peuples du Tiers Monde &#171; l'&#226;me &#187; v&#233;ritable, la beaut&#233; de la peau noire et de l'amour. Ce n&#233;o-primitivisme, qui est peut-&#234;tre une forme de masochisme, pousse ses racines jusqu'au coeur de la crise occidentale ; et il est bon de l'interpr&#233;ter psychologiquement et socio&#173;logiquement. Je reprendrai cette question. La le&#231;on &#224; en tirer est claire : il ne faut pas attendre un retour spontan&#233; &#224; la pr&#233;&#233;minence ancienne. Pour la grande majorit&#233; de ceux qui r&#233;fl&#233;chissent, en parti&#173;culier pour les jeunes, l'image d'une culture occi&#173;dentale incontestablement sup&#233;rieure, incarnation du tr&#233;sor d'&#233;nergie morale et intellectuelle du monde, est une absurdit&#233; teint&#233;e de racisme ou un anachronisme caract&#233;ris&#233;. En Am&#233;rique surtout, et l'Am&#233;rique est aujourd'hui la source principale et le grand r&#233;servoir de v&#233;hicules de la culture, en Am&#233;rique donc, les assises solides de la g&#233;ographie traditionnelle se sont effondr&#233;es. Jusqu'&#224; quel point ce sentiment d'une perte et la culpabilit&#233; qui l'ac&#173;compagne sont-ils justifi&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement aux fantasmes &#171; scythiques &#187; de fin du monde qui hantaient le dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, la barbarie ne vint pas du coeur de l'Europe. La sauvagerie adopta &#8212; sous des formes parodiques et d&#233;grad&#233;es, c'est entendu &#8212; certaines des conven&#173;tions, tournures de langage et valeurs superficielles de la haute culture. Et, nous l'avons vu, dans bien des cas, la contamination fut r&#233;ciproque. Min&#233;s par l&lt;i&gt;'ennui&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fran&#231;ais dans le texte (N.d.T.)&#034; id=&#034;nh34-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et l'esth&#233;tique de la violence, une partie importante de l'intelligentsia europ&#233;enne et nombre d'institutions de culture, telles que les Lettres, les arts, l'universit&#233;, firent &#224; l'inhumain un accueil non d&#233;pourvu de chaleur. Rien, dans le monde tout proche de Dachau, ne venait troubler la saison de musique de chambre de Beethoven dont s'enor&#173;gueillissait Munich. Les toiles ne tombaient pas des murs quand les bourreaux parcouraient respectueu&#173;sement les galeries, catalogue en main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en outre vrai (les sp&#233;cialistes d'histoire &#233;conomique et sociale &#233;tabliront dans quelle me&#173;sure) qu'une fraction consid&#233;rable du superflu, des loisirs, des &#233;chelles de valeur implicites dans la culture occidentale, reposaient sur la domination d'autres races et d'autres continents. Que le colo&#173;nialisme ait comport&#233; des &#233;l&#233;ments f&#233;conds d'&#233;change, qu'il ait apport&#233; des avantages ind&#233;nia&#173;bles, ne modifie pas radicalement ce fait. Des rapports de domination, souvent impossibles &#224; jus&#173;tifier, ont stimul&#233; la mainmise culturelle de l'Occi&#173;dent sur le reste du monde. Mais, afin d'en saisir les dimensions exactes, il faut ramener l'acte d'accusa&#173;tion sur ses lieux d'origine : au sein m&#234;me de la civilisation classique et europ&#233;enne, beaucoup d'&#339;uvres marquantes, aussi bien litt&#233;raires qu'artistiques ou philosophiques, sont ins&#233;parables de l'absolutisme, de l'extr&#234;me injustice sociale, et m&#234;me de l'abjecte violence dans lesquelles elles se sont d&#233;velopp&#233;es. Toute discussion s&#233;rieuse de la &#171; cul&#173;pabilit&#233; de la civilisation &#187; ne doit pas s'arr&#234;ter au capitalisme et &#224; la boulimie imp&#233;rialiste ; il faut prendre en consid&#233;ration la vraie nature des rap&#173;ports entre l'art et la pens&#233;e, d'une part, et les r&#233;gimes de force et de coercition de l'autre. En deux mots, ce genre de d&#233;bat couvre non seulement la tutelle de l'homme blanc en Afrique ou en Inde, mais aussi, chacun &#224; sa fa&#231;on, la cour des M&#233;dicis, Racine &#224; Versailles et l'orientation de la litt&#233;rature russe contemporaine. (Dans quelle mesure le stali&#173;nisme est-il indispensable &#224; la venue d'un Mandels&#173;tam, d'un Pasternak, d'un Solj&#233;nitsyne ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels que soient l'intensit&#233; des griefs et le degr&#233; de mac&#233;ration de la discussion, la supr&#233;matie occi&#173;dentale pendant deux mill&#233;naires et demi n'en demeure par moins irr&#233;cusable. Sans mettre en cause le travail de Joseph Needham (dont la s&#233;dui&#173;sante r&#233;organisation de l'univers culturel et scienti&#173;fique autour de la Chine et, peut-&#234;tre, de l'Inde est un des hauts faits de l'intellect &lt;i&gt;occidental&lt;/i&gt; contem&#173;porain), les foyers d'inspiration philosophique, scientifique, po&#233;tique, se sont concentr&#233;s dans la matrice raciale et g&#233;ographique d&#233;finie par le Bassin m&#233;diterran&#233;en, l'Europe septentrionale et les pays anglo-saxons. Les causes d'une telle h&#233;g&#233;monie sont manifestement multiples et il est vraisemblable qu'elles se recoupent &#224; trop de niveaux pour qu'un seul esprit, ou une seule th&#233;orie de l'histoire, puisse les embrasser toutes. Elles peuvent aller de donn&#233;es climatiques et alimentaires, comme la ration de
protides des Occidentaux, jusqu'au d&#233;tail de l'h&#233;ri&#173;tage et des hasards g&#233;n&#233;tiques dont nous connais&#173;sons encore si mal l'influence au regard de l'histoi&#173;re. Mais c'est un truisme, ou du moins ce devrait en &#234;tre un, que le monde de Platon n'est pas celui des Chamans, que la physique de Galil&#233;e et de Newton ont rendu intelligible une grande partie de la r&#233;alit&#233; qui nous entoure, que les &#339;uvres de Mozart vont plus loin que les battements de tambour et les clochettes javanaises, si &#233;mouvants et charg&#233;s de vieux r&#234;ves qu'ils puissent &#234;tre. A cela s'ajoute que l'attitude m&#234;me de remords et d'auto-accusation adopt&#233;e maintenant par de larges secteurs de la conscience occidentale est un autre ph&#233;nom&#232;ne culturel bien sp&#233;cifique. Est-il d'autres races qui se soient tourn&#233;es, dans un esprit de p&#233;nitence, vers leurs anciens esclaves ? D'autres civilisations qui aient d&#233;savou&#233;, au nom de la morale, l'&#233;clat de leur pass&#233; ? L'examen de conscience fond&#233; sur des imp&#233;&#173;ratifs &#233;thiques est, encore une fois, un acte propre&#173;ment occidental et dans la lign&#233;e de Voltaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impossibilit&#233; o&#249; nous nous trouvons au&#173;jourd'hui d'aborder ouvertement des probl&#232;mes si flagrants, de les c&#244;toyer en dehors d'un r&#233;seau serr&#233; de culpabilit&#233;s et d'&#233;lans masochistes, cr&#233;e de s&#233;rieuses difficult&#233;s. Nous rabaissons le pass&#233; en essayant de ma&#238;triser les furies du pr&#233;sent. Nous salissons l'h&#233;ritage de grandeur qui, quelles que soient nos faiblesses personnelles, nous revient de par notre histoire, nos langues, l'armure ou, si l'on veut, le fardeau de notre peau. D'autant plus que les faux-fuyants, les mortifications, les reconstruc&#173;tions arbitraires du souvenir historique que la cul&#173;pabilit&#233; nous impose sont g&#233;n&#233;ralement mensongers. Les &#234;tres humains dou&#233;s d'assez d'empathie pour se glisser v&#233;ritablement dans une ethnie diff&#233;&#173;rente, pour adopter les cat&#233;gories, les normes de conscience d'une culture non blanche ou apparte&#173;nant au &#171; Tiers Monde &#187;, sont n&#233;cessairement en nombre tr&#232;s restreint. Presque tous les mages et camelots occidentaux qui chantent le nouvel &#339;cum&#233;nisme de la p&#233;nitence, qui se proclament esprits fr&#232;res des &#226;mes irrit&#233;es ou vindicatives de l'Asie ou de l'Afrique, vivent un mensonge rh&#233;torique. Ils sont, au sens le plus aigu du terme, en &lt;i&gt;situation fausse&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fran&#231;ais dans le texte (N.d.T.).&#034; id=&#034;nh34-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par les loyaut&#233;s mal plac&#233;es qu'elle suscite, une telle situation appauvrit encore nos r&#233;serves affectives et intellectuelles. Si nous voulons com&#173;prendre &#224; quel moment, en termes politiques et sociaux, le pass&#233; classique a fait fausse route, nous devons non seulement en saluer l'in&#233;galable f&#233;con&#173;dit&#233;, mais encore accepter la permanence aussi bien que l'incertitude des liens qui nous rattachent &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce moment, pourtant, un tel appel est illu&#173;soire. Le centre, ce me semble, se d&#233;robe. &lt;i&gt;Rome n'est plus dans Rome&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Perdu lui aussi, &#224; mes yeux, ou du moins irr&#233;m&#233;diablement atteint, est l'axiome du progr&#232;s permanent, la croyance mobilisatrice que l'histoire occidentale suivrait une courbe ascendante. Il est clair que cette pr&#233;somption n'&#233;tait pas sans soulever des objections. J'ai signal&#233;, pr&#233;c&#233;demment, une esp&#232;ce de d&#233;marche contraire du mythe, les allu&#173;sions, couramment admises et mi-th&#233;ologiques, mi-romantiques et pastorales, &#224; un paradis d&#233;chu, &#224; un &#226;ge d'or. Malgr&#233; les ressources de leur path&#233;tique, ces Arcadies ne nuisaient gu&#232;re &#224; l'impression dominante d'essor. L'&#226;me collective r&#233;primait avec une vigueur inimaginable les pr&#233;sages de mort aussi dramatiques que ceux qu'apportaient l'&#233;tude de l'entropie et les d&#233;couvertes de la thermodynami&#173;que &#224; partir de 1820. La vision morne d'un &#171; &#233;ter&#173;nel retour &#187;, de l'histoire comme &lt;i&gt;d&#233;j&#224;-vu&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fran&#231;ais dans le texte (n.d.T)&#034; id=&#034;nh34-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme mouvement circulaire, qu'on trouve chez Nietzsche et Yeats, demeurait un cauchemar excentrique. Le bon sens l'entendait autrement : bien qu'il faille s'attendre &#224; des obstacles passagers, &#224; des d&#233;tours insupportables, &#224; des culs-de-sac, bien que la fl&#232;che puisse para&#238;tre, &#224; l'occasion, voler avec une lenteur inexplicable, l'histoire allait de l'avant. Sociale&#173;ment, intellectuellement, qu'on consid&#232;re les res&#173;sources ou les perspectives d'avenir, l'homme civi&#173;lis&#233; &#233;tait en marche. En v&#233;rit&#233;, la r&#233;gularit&#233; de son pas l'opposait &#224; l'inertie, &#224; l'immobilisme fig&#233; dans le mythe du &#171; sauvage &#187;. Seuls les beaux-arts et la po&#233;sie semblaient, selon Marx, pr&#233;senter une ano&#173;malie aga&#231;ante pour s'&#234;tre, autrefois, &#233;lev&#233;s &#224; un niveau de r&#233;ussite sans doute in&#233;gal&#233; depuis et qui jamais ne fut surpass&#233;. En ce qui concerne les forces dominantes de l'histoire, le progr&#232;s ne relevait pas du dogme mais de la simple observation. Sur ce point, Marx et Hegel ne diff&#233;raient en rien. De m&#234;me que Darwin et Samuel Smiles dont &lt;i&gt;l'Origine des esp&#232;ces&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Caract&#232;re, Conduite et Pers&#233;v&#233;rance&lt;/i&gt;, si curieusement parall&#232;les et fort remarqu&#233;s &#224; l'&#233;po&#173;que, furent publi&#233;s dans le courant du m&#234;me mois de 1859, au z&#233;nith d'une &#232;re s&#251;re de son destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous reste peu de chose de cette assurance de principe (car il s'agissait bien de cela). Le concept kierkegaardien de &#171; l'infinit&#233; des possibles &#187;, d'une r&#233;alit&#233; offerte dans son entier &#224; la d&#233;chirure du d&#233;sastre et de l'absurde, est maintenant un lieu commun. Nous en sommes revenus &#224; une politique de torture et d'otages. La violence, institutionnelle et individuelle, l&#232;che les murailles de la cit&#233;, creuse, &#233;rode, comme le fait l'eau brun&#226;tre de Venise. Notre seuil d'entendement s'est affaiss&#233;. Quand les premi&#232;res rumeurs des camps de la mort parvinrent clandestinement de Pologne, on refusa de les pren&#173;dre au s&#233;rieux : il ne se passait rien de tel, en Europe, au milieu du vingti&#232;me si&#232;cle. Au&#173;jourd'hui, il est difficile d'imaginer un acte de cruaut&#233;, un acc&#232;s de r&#233;pression ou de d&#233;vastation qui nous d&#233;passe, qui ne trouve pas spontan&#233;&#173;ment sa confirmation. Moralement et psychologi&#173;quement, il est effroyable de rester aussi impassible. Ce nouveau r&#233;alisme ne peut que se faire l'alli&#233; de ce que la r&#233;alit&#233; renferme de moins accep&#173;table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, nous ne sommes pas port&#233;s &#224; consid&#233;&#173;rer l'atmosph&#232;re de d&#233;mesure qui nous entoure comme un recul transitoire, une &#233;tape d&#233;plaisante &#224; franchir au plus vite. Ceci est de premi&#232;re impor&#173;tance. Appelez &#231;a &lt;i&gt;Kulturpessimus&lt;/i&gt; (et ce n'est pas par hasard que le terme est allemand) ou sto&#239;cisme moderne. L'histoire n'est plus pour nous une pro&#173;gression. Il est maintenant trop de centres vitaux o&#249; nous sommes trop menac&#233;s, plus offerts &#224; l'arbi&#173;traire de la servitude et de l'extermination que ne l'ont jamais &#233;t&#233; les hommes et femmes de l'Occident civilis&#233; depuis la fin du seizi&#232;me si&#232;cle. Nous pouvons, sans exag&#233;ration, dire avec Edgar dans &lt;i&gt;le Roi Lear&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je puis conna&#238;tre pis encore. Le pire n'est point tant Que nous pouvons dire : &#171; Voici le pire. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction de Pierre Leyris et Elizabeth Holland, Paris, 1959.&#034; id=&#034;nh34-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, mat&#233;riellement, le bond en avant est consid&#233;rable et bien visible. Ce sont l&#224; les &#171; miracles &#187; de la technologie, de la m&#233;decine, de la science. Les &#234;tres humains ont en beaucoup plus grand nombre qu'auparavant des chances d'attein&#173;dre l'&#226;ge d'homme, de donner le jour &#224; des enfants normaux, de s'arracher &#224; la routine mill&#233;naire d'une maigre subsistance. N&#233;gliger une v&#233;rit&#233; si &#233;vidente et si pleine d'esp&#233;rance est la preuve d'un snobisme flagrant. &#171; Imaginez un monde sans chlo&#173;roforme &#187;, sugg&#233;rait C.S. Lewis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette v&#233;rit&#233; se joue &#233;galement de nous. Et cela de deux fa&#231;ons, aussi &#233;loign&#233;es l'une que l'autre du &#171; m&#233;liorisme &#187; rationaliste du dix-hui&#173;ti&#232;me si&#232;cle que des victoriens. D'une part, nous savons maintenant, alors que Adam Smith et Macaulay l'ignoraient, que le progr&#232;s mat&#233;riel participe d'une dialectique de la destruction, qu'il rompt des &#233;quilibres irrempla&#231;ables entre la soci&#233;t&#233; et la nature. Les perfectionnements techniques, admirables en eux-m&#234;mes, contribuent &#224; d&#233;truire l'&#233;quilibre &#233;cologique et l'int&#233;grit&#233; des syst&#232;mes vivants &#233;l&#233;mentaires. Le devenir historique n'est plus, pour nous, lin&#233;aire, mais en forme de spirale. Nous concevons ais&#233;ment une utopie technocratique et aseptique fonctionnant en l'absence de tout contr&#244;le humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre d&#233;rision qui na&#238;t d'un &#233;cart dispropor&#173;tionn&#233;. Nous n'acceptons plus l'extrapolation, implicite dans le mod&#232;le classique d'un capitalisme bienfaisant, selon laquelle le progr&#232;s est vou&#233; &#224; rayonner sur tous les hommes &#224; partir de quelques centres privil&#233;gi&#233;s. Un superflu &#233;hont&#233; au sein des soci&#233;t&#233;s avanc&#233;es coexiste avec ce qui ressemble beaucoup &#224; une famine chronique pour le reste de la terre. En r&#233;alit&#233;, l'augmentation des chances de vie et l'accroissement, gr&#226;ce aux pratiques m&#233;dica&#173;les modernes, de la moyenne d'&#226;ge au niveau individuel, a acc&#233;l&#233;r&#233; le cycle de la surpopulation et de la faim. Il n'est pas rare que l'on dispose des stocks alimentaires et des circuits de distribution qui permettraient de mettre fin &#224; la famine et &#224; la pauvret&#233; ; la cupidit&#233; et l'ambition politique interdi&#173;sent cependant toute action. Trop souvent, la tech&#173;nocratie moderne ne se contente pas de d&#233;truire les valeurs anciennes ou substitutives, elle se r&#233;v&#232;le incapable d'op&#233;rer autre chose qu'une mise en pratique locale, tout enti&#232;re tourn&#233;e vers le profit. Ce qui nous place dans une position ambigu&#235;, pleine de r&#233;ticences, par rapport au dogme du progr&#232;s et &#224; l'incroyable bien-&#234;tre mat&#233;riel dont tant de nous b&#233;n&#233;ficient, en fait, dans cet Occident technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude ambivalente n'est pas sans avan&#173;tages. La doctrine de la perfectibilit&#233; telle que la d&#233;fendaient Rousseau et Godwin masquait mal une certaine complaisance. L'optimisme du dix-neu&#173;vi&#232;me si&#232;cle sent le commun et m&#234;me la fatuit&#233;.
Nous nous abandonnons au cauchemar, non seule&#173;ment par un r&#233;flexe de d&#233;fense, comme on passe la langue sur une dent malade pour endormir la douleur, mais aussi par fid&#233;lit&#233; au &#171; principe de r&#233;alit&#233; &#187;. Selon la terminologie freudienne, nous avons atteint la maturit&#233;. Mais &#224; quel prix ! Celui d'un &#233;lan sp&#233;cifique, d'une m&#233;taphysique et d'une pratique du &#171; r&#234;ve de demain &#187; dont &lt;i&gt;Das Prinzip Hoffnung&lt;/i&gt;, d'Ernst Bloch, est la profession de foi inspir&#233;e. Personne avant nous n'avait, il me semble, &#233;prouv&#233; le besoin d'accoler l'adjectif &#171; sale &#187; au mot &#171; espoir &#187; comme le fait Anouilh dans &lt;i&gt;Antigone&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas commode d'&#233;valuer l'&#233;tendue du mal. Aux points nodaux, notre d&#233;ception est une trahison envers le pass&#233;. Il se peut que le pro&#173;gramme grandiose de lib&#233;ration sociale ait &#233;t&#233;, depuis le d&#233;but, une monumentale erreur ; que la vision qu'eut Marx &#171; d'une base nouvelle de pro&#173;duction &#233;mergeant de l'histoire &#187; abrite, dans sa na&#239;vet&#233;, les germes d'une future tyrannie. Il se peut que le tableau de la science lib&#233;ratrice, servante de la soci&#233;t&#233; et de l'esprit, si net chez Wordsworth et Auguste Comte, n'ait &#233;t&#233; d&#232;s le d&#233;part qu'une invention non r&#233;fl&#233;chie, source d'illusion. La noblesse de ces erreurs est pourtant aujourd'hui aussi incontestable que l'&#233;tait hier leur effet mobili&#173;sateur. L'aspect le plus vrai de notre culture sentait l'utopie ontologique. C'est faire preuve de modestie et de r&#233;alisme que d'&#233;carter le r&#234;ve mill&#233;nariste, mais c'est mentir que de nier la bonne fortune de ceux qui y c&#233;d&#232;rent. Ou encore d'oublier que notre lucidit&#233; toute neuve provient en droite ligne d'un &#233;chec lamentable des virtualit&#233;s de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant plus qu'il n'est pas prouv&#233; qu'on puisse &#233;tablir un mod&#232;le de culture, un projet heuristique de perfectionnement, sans un noyau
d'utopie. La question : &#171; Pourquoi l'effort, pour&#173;quoi le labeur ? &#187; retombe vite au niveau d'un obscur dessein de l'instinct, ou d'un &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; de l'espoir, enracin&#233; moins dans les processus ou les trac&#233;s r&#233;els de l'histoire que dans un r&#234;ve d'&#233;l&#233;va&#173;tion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans l'ombre de Caucase,&lt;br class='manualbr' /&gt;Depuis des si&#232;cles, en r&#234;vant,&lt;br class='manualbr' /&gt;Conduit par les hommes d'extase,&lt;br class='manualbr' /&gt;Le genre humain marche en avant ;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il marche sur la terre ; il passa,&lt;br class='manualbr' /&gt;Il va dans la nuit, dans l'espace, &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans l'infini, dans le born&#233;,&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans l'azur, dans l'onde irrit&#233;e,&lt;br class='manualbr' /&gt;Le lib&#233;rateur encha&#238;n&#233; !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fran&#231;ais dans le texte (N.d.T.).&#034; id=&#034;nh34-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les traits &#233;mouss&#233;s de l'exaltation vision&#173;naire y sont : les meneurs en transe, la marche en avant de l'humanit&#233;, comme en un songe, et le symbole prom&#233;th&#233;en de la r&#233;bellion r&#233;g&#233;n&#233;ratrice, aussi actif chez Marx que chez Shelley. Comment saurons-nous trouver ailleurs le r&#233;confort alors que nous ne partageons plus la confiance de Victor Hugo, alors que l'histoire n'est plus pour nous une &#171; marche en avant &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fran&#231;ais dans le texte (N.d.T.)&#034; id=&#034;nh34-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou seulement de fa&#231;on diffuse, sur un mode ironique ? Une mise en accu&#173;sation pessimiste de la culture est une d&#233;marche positive. La satire m&#234;me, et c'est l&#224; que r&#233;side son autorit&#233; formelle, s'exer&#231;ait &#224; partir d'un postulat implicite d'utopie, ou contre ce m&#234;me postulat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons plus invoquer cette &#171; r&#233;compense des cieux &#187; qui imprimait aux sociologies fig&#233;es ou circulaires du Moyen Age ou de la pr&#233;-Renaissance leur d&#233;s&#233;quilibre dynamique et ambitieux. Com&#173;ment renoncer &#224; un mod&#232;le lin&#233;aire qui a explicite&#173;ment orient&#233; nos consciences dans le sens du pro&#173;gr&#232;s d&#232;s avant le dix-septi&#232;me si&#232;cle ? Rien, si ce n'est la r&#233;alit&#233;, ne nous a pr&#233;par&#233;s &#224; l'immobilit&#233; ou au recul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concevoir une th&#233;orie de la culture qui puisse tenir en l'absence de tout dogme ou d'un imp&#233;ratif m&#233;taphorique de perfectibilit&#233; et de progr&#232;s me para&#238;t l'une des t&#226;ches les plus difficiles qu'il nous revienne d'affronter. Le diagnostic le plus s&#251;r est celui de Dante alors qu'il analyse la nature exacte de la proph&#233;tie aux Enfers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Perd comprender puoi che tutta morta&lt;br class='manualbr' /&gt;fia nostra conoscenza da quel punto,&lt;br class='manualbr' /&gt;che del futuro fia chiusa la portal.&lt;br class='manualbr' /&gt;Inferno, 10.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Vous comprendrez peut-&#234;tre ainsi / que tout notre savoir sera mort d&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; S'il faut fermer la porte de l'avenir &#187;, c'est-&#224;-dire abandonner l'axiome ontologique du devenir histo&#173;rique, &#171; tout savoir &#187; devient chose morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me axiome que nous ne pouvons plus mettre en doute sans d'extr&#234;mes r&#233;serves est celui qui lie l'humanisme, consid&#233;r&#233; comme un pro&#173;gramme d'&#233;ducation, un r&#233;f&#233;rent id&#233;al, au compor&#173;tement social de l'homme. Le probl&#232;me doit &#234;tre &#233;nonc&#233; avec soin. L'id&#233;ologie de l'&#233;ducation lib&#233;&#173;rale, d'un humanisme fond&#233; sur le classicisme et int&#233;gr&#233; aux sch&#232;mes culturels du dix-neuvi&#232;me si&#232;&#173;cle, est la r&#233;alisation d'aspirations bien pr&#233;cises du si&#232;cle des Lumi&#232;res. Elle se manifeste &#224; plusieurs niveaux : r&#233;forme de l'universit&#233;, mise &#224; jour des programmes, accroissement du savoir minimum, &#233;ducation des adultes, diss&#233;mination de la qualit&#233; &#224; travers &#233;ditions et publications bon march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces aspirations, dans la lign&#233;e de Locke ou de Jefferson si l'on veut, &#233;taient devenues diffuses et &#233;videntes, ou &#233;videntes parce que diffuses, l'univer&#173;salit&#233; leur ayant &#244;t&#233; toute pr&#233;cision. Mais leur maxime centrale &#233;tait claire : fa&#231;onner la sensibilit&#233; et l'intellect entra&#238;ne naturellement l'individu, et par cons&#233;quent la soci&#233;t&#233; dans laquelle il s'ins&#232;re, &#224; adopter une conduite rationnelle et b&#233;n&#233;fique. Qu'il revienne &#224; l'&#233;ducation d'assurer le progr&#232;s moral et politique, tel &#233;tait bien le dogme la&#239;c : l'instruction publique, par l'entremise des lyc&#233;es, biblioth&#232;ques municipales et cours du soir, se substituait aux illuminations int&#233;rieures, aux &#233;lans vers la perfec&#173;tion morale, jusque-l&#224; sanctionn&#233;s, pour une poi&#173;gn&#233;e d'&#233;lus, par la religion. C'est ainsi que la formule des Jacobins, selon laquelle l'&#233;cole est le temple et le forum moral d'un peuple libre, marque la s&#233;cularisation d'un pacte utopique, d'essence th&#233;ologique, entre la r&#233;alit&#233; et les ressources de l'homme.
La folie, la cruaut&#233; humaine r&#233;v&#233;laient l'igno&#173;rance et l'injustice &#224; laquelle on devait ce fait que l'h&#233;ritage grandiose de la philosophie, de la science et des arts, n'avait &#233;t&#233; que le privil&#232;ge d'une cer&#173;taine caste. Pour Voltaire et Matthew Arnold, dont on peut dire qu'ils pos&#232;rent les jalons de cette p&#233;riode de foi en la culture, il existe une conformit&#233; frappante entre l'&#233;panouissement de l'esprit individuel gr&#226;ce au savoir formel et l'am&#233;lioration des composantes d&#233;cisives de la vie. Tout en s'exprimant dans un langage diff&#233;rent et en faisant appel dans leur raisonnement &#224; des &#233;l&#233;ments distincts, Voltaire et Matthew Arnold tenaient tous deux pour acquis le lemme fondamental selon lequel les humanit&#233;s humanisent. La racine &#171; humaine &#187; &#233;clate dans les deux termes, que l'&#233;tymologie unit &#233;troitement. Mais tout cela est bien connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?747-l-inventaire-de-l-irreparable-2-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb34-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En fran&#231;ais dans le texte (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En fran&#231;ais dans le texte (N.d.T.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En fran&#231;ais dans le texte (n.d.T)&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Traduction de Pierre Leyris et Elizabeth Holland, Paris,
1959.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En fran&#231;ais dans le texte (N.d.T.).&lt;/p&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous comprendrez peut-&#234;tre ainsi / que tout notre savoir sera mort d&#232;s l'instant / o&#249; se fermera la porte de l'avenir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	<item xml:lang="fr">
		<title>Les racines culturelles du sous-d&#233;veloppement intellectuel arabe</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?752-les-racines-culturelles-du-sous</link>
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		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Texte extrait du livre de Fouad Zakariya &#171; La&#239;cit&#233; ou islamisme. Les arabes &#224; l'heure du choix &#187;, ed La d&#233;couverte / al-fikr, p. 265-273, publi&#233; par &#201;gypte/Monde arabe, Premi&#232;re s&#233;rie, 3 Note initiale de la r&#233;daction : Ce texte est le chapitre II (1986) de l'ouvrage du philosophe &#233;gyptien Fouad Zakariya, La&#239;cit&#233; ou islamisme : les Arabes &#224; l'heure du choix , traduit de l'arabe par Richard Jacquemont avec la collaboration de Fran&#231;ois Burgat et de 'Azza Abu-l-Nadhar. Le texte fran&#231;ais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-108-sociologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-119-apathie-+" rel="tag"&gt;Apathie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-171-zakariya-f-+" rel="tag"&gt;Zakariya F.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du livre de Fouad Zakariya &#171; La&#239;cit&#233; ou islamisme. Les arabes &#224; l'heure du choix &#187;, ed La d&#233;couverte / al-fikr, p. 265-273, publi&#233; par &lt;a href=&#034;http://ema.revues.org/1699&#034; class=&#034;spip_out&#034; title=&#034;1990, mis en ligne le 07 juillet 2008&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;gypte/Monde arabe, Premi&#232;re s&#233;rie, 3 &lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note initiale de la r&#233;daction :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte est le chapitre II (1986) de l'ouvrage du philosophe &#233;gyptien Fouad Zakariya, La&#239;cit&#233; ou islamisme : les Arabes &#224; l'heure du choix , traduit de l'arabe par Richard Jacquemont avec la collaboration de Fran&#231;ois Burgat et de 'Azza Abu-l-Nadhar. Le texte fran&#231;ais vient d'&#234;tre &#233;dit&#233; [1991] par &#171; La D&#233;couverte/Al-Fikr &#187; et publi&#233; avec le concours de la Mission de Recherche et de Coop&#233;ration (d&#233;partement de traduction et d'interpr&#233;tation) de l'Ambassade de France en &#201;gypte.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; L'argumentation des d&#233;tracteurs du tur&#226;th&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le point de vue des d&#233;fenseurs du tur&#226;th&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La sp&#233;cificit&#233; de l'h&#233;ritage culturel arabe&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les le&#231;ons de la Renaissance europ&#233;enne&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Sous-d&#233;veloppement et ali&#233;nation&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Pour conclure sur la revivification du tur&#226;th&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crivain &#233;gyptien r&#233;cemment disparu Tawfiq El-Hakim avait un jour remarqu&#233; avec justesse que le mot &lt;i&gt;takhalluf&lt;/i&gt;, qui traduit en arabe l'id&#233;e de sous-d&#233;veloppement, signifie &#233;tymologiquement le fait d'&#234;tre distanc&#233;, de ne plus pouvoir suivre le rythme. En ce sens, une soci&#233;t&#233; sous-d&#233;velopp&#233;e (&lt;i&gt;mutakhallif&lt;/i&gt;) serait une soci&#233;t&#233; qui, apr&#232;s avoir &#233;volu&#233; de concert avec ou m&#234;me avoir initi&#233; le progr&#232;s de la civilisation, se trouve, pour une raison ou pour une autre, incapable de te suivre. Il proposait donc de distinguer la notion de sous-d&#233;veloppement, r&#233;serv&#233;e aux soci&#233;t&#233;s qui n'ont plus pu suivre le rythme d'un d&#233;veloppement qu'elles avaient men&#233; en leur temps, de celle de retard (&lt;i&gt;ta'akhkhur&lt;/i&gt;), qui conviendrait aux cultures qui n'ont jamais &#233;t&#233; dans cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;cision terminologique permet de saisir le caract&#232;re central de la dimension temporelle dans la question du sous-d&#233;veloppement intellectuel du monde arabe. Le monde arabe se pr&#233;sente en effet comme un excellent exemple de sous-d&#233;veloppement au sens que l'on vient d'indiquer : apr&#232;s avoir produit une civilisation florissante, il a &#233;t&#233; d&#233;pass&#233; par d'autres, et s'absorbe aujourd'hui dans la contemplation nostalgique du pass&#233;. Pour compl&#233;ter la remarque de Tawfiq El-Hakim, rappelons qu'il y a une relation directe entre le fait de regarder en arri&#232;re (&lt;i&gt;khalf&lt;/i&gt;) et le sous-d&#233;veloppement (&lt;i&gt;takhalluf&lt;/i&gt; ) ; ce dernier est en prise constante avec le pass&#233;. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans cette relation tr&#232;s particuli&#232;re de la pens&#233;e arabe avec son pass&#233; qu'il faut chercher la cause de son sous-d&#233;veloppement pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'originalit&#233; de la culture arabe r&#233;side en ce qu'elle n'envisage pas le pass&#233; comme une composante intrins&#232;que du pr&#233;sent, mais comme une entit&#233; distincte, concurrente, et qui cherche &#224; s'imposer &#224; lui. En un mot, c'est une perception anhistorique du pass&#233;. Seule l'historicisation du pass&#233; permet de le ramener &#224; sa dimension naturelle de s&#233;quence historique, qui a pris fin en accouchant de la s&#233;quence suivante, et ainsi de suite jusqu'au moment pr&#233;sent. Replac&#233; dans son cadre historique, le pass&#233; cesse d'&#234;tre per&#231;u comme un concurrent, et la question de sa conciliation avec le pr&#233;sent n'a plus lieu d'&#234;tre. Or dans la culture arabe, le pass&#233; perd peu &#224; peu son lien avec le pr&#233;sent pour &#234;tre &#233;rig&#233; en une force incontournable, condamn&#233;e &#224; se heurter en permanence au pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon moi, cette incapacit&#233; du monde arabe &#224; historiciser sa relation au pass&#233; constitue la cause premi&#232;re de son sous-d&#233;veloppement intellectuel. C'est elle qui explique la difficult&#233; que nous &#233;prouvons &#224; g&#233;rer notre relation avec l'h&#233;ritage culturel (&lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt;) ou, selon l'expression consacr&#233;e, &#224; r&#233;soudre l'&#233;quation de l'authenticit&#233; et de la modernit&#233;. Je voudrais montrer, dans les pages qui suivent, que le d&#233;bat entre d&#233;tracteurs et d&#233;fenseurs du &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt; est un faux d&#233;bat, qui est l'indice m&#234;me de notre sous-d&#233;veloppement intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'argumentation des d&#233;tracteurs du tur&#226;th&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adversaires de l'h&#233;ritage islamique, soulignant ses d&#233;fauts par rapport &#224; la pens&#233;e moderne, en d&#233;duisent qu'il faut ou bien s'en passer, ou bien le revoir de fond en comble. Le diagnostic est juste, mais le rem&#232;de inadmissible.
On sait que le Moyen-&#194;ge europ&#233;en baignait dans l'obscurantisme et le surnaturel, et que des &#233;l&#233;ments irrationnels ont continu&#233; d'impr&#233;gner la pens&#233;e europ&#233;enne jusqu'&#224; une &#233;poque tardive : au XVIIIe si&#232;cle, elle consid&#233;rait encore l'&#233;lectricit&#233; et le magn&#233;tisme comme des forces myst&#233;rieuses agissant &#224; distance, et la croyance &#233;tait r&#233;pandue qu'il existait des m&#233;taux masculins et f&#233;minins. Jusqu'&#224; Descartes, le corps des animaux &#233;tait consid&#233;r&#233; comme une machine sans conscience ni sensations, des malades mentaux &#233;taient br&#251;l&#233;s vifs pour d&#233;truire l'esprit mauvais qui &#233;tait cens&#233; s'&#234;tre empar&#233; d'eux, et l'accusation de sorcellerie &#233;tait le plus s&#251;r moyen de se d&#233;barrasser de ses ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela n'a pourtant pas emp&#234;ch&#233; l'Europe de progresser et de conqu&#233;rir le monde. C'est bien la preuve que ces &#233;l&#233;ments ne sont pas en eux-m&#234;mes l'explication du sous-d&#233;veloppement intellectuel. Comme le dit Bachelard, l'erreur pr&#233;c&#232;de le vrai et le vrai n'est qu'une tentative permanente pour corriger le faux, un effort constant pour surmonter les multiples obstacles qui jalonnent le chemin de la connaissance scientifique : celle-ci n'est pas un ensemble de v&#233;rit&#233;s auxquelles on acc&#233;derait l'une apr&#232;s l'autre ; mais un ensemble d'erreurs qu'il convient de surmonter l'une apr&#232;s l'autre. La pens&#233;e mythologique et irrationnelle n'est pas en soi la cause du sous-d&#233;veloppement ; elle peut, si les conditions propices &#224; son d&#233;passement sont r&#233;unies, constituer une &#233;tape n&#233;cessaire sur le chemin de la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, selon certains, l'h&#233;ritage culturel arabe serait un facteur de sous-d&#233;veloppement intellectuel en raison de l'histoire de tyrannie et de r&#233;pression des libert&#233;s dont il est porteur. Or la comparaison avec l'histoire de la pens&#233;e europ&#233;enne montre que celle-ci est jalonn&#233;e d'&#233;pisodes r&#233;pressifs, en particulier contre la libert&#233; de pens&#233;e : Giordano Bruno fut br&#251;l&#233; vif, Galil&#233;e &#233;chappa de peu au m&#234;me sort, Descartes v&#233;cut sous la menace de l'excommunication, et Spinoza dut habiller ses th&#232;ses rationalistes et d&#233;terministes dans une langue de th&#233;ologien. Le terrorisme intellectuel de l'&#201;glise n'&#233;tait pas moindre que ce que connut la civilisation arabe aux pires &#233;poques, mais il n'a pas emp&#234;ch&#233; l'Occident d'atteindre, en un si&#232;cle seulement, &#224; l'exceptionnelle libert&#233; de pens&#233;e du si&#232;cle des Lumi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, s'il est l&#233;gitime d'&#233;voquer les d&#233;fauts du &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt; et, dans le m&#234;me temps, les possibles moyens de les d&#233;passer, on ne peut pour autant en faire les seuls responsables de notre sous-d&#233;veloppement intellectuel. Ce type de critique primaire, passionnelle, est l'indice que ses auteurs, pas plus que leurs adversaires, n'ont r&#233;gl&#233; leur relation avec le pass&#233; : le fait qu'ils le prennent pour cible principale montre qu'ils se situent dans la m&#234;me logique que ceux qui en font l'apologie. Cela appara&#238;t clairement si l'on prend le contre-exemple europ&#233;en : on n'imagine pas aujourd'hui un intellectuel europ&#233;en critiquer, par exemple, la vision grecque de l'univers ou les doctrines &#233;thiques des philosophes romains ; non que ces philosophies et doctrines scientifiques ne soient pas critiquables en tant que telles, mais parce que les Europ&#233;ens ont compris qu'il est vain de comparer le pr&#233;sent au pass&#233; en dehors de toute mise en contexte historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le point de vue des d&#233;fenseurs du tur&#226;th&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ses apologues, c'est notre manque de fid&#233;lit&#233; envers notre h&#233;ritage culturel, ou notre &#233;loignement vis-&#224;-vis de lui qui est la cause premi&#232;re de notre sous-d&#233;veloppement ; la seule voie de progr&#232;s consiste donc &#224; r&#233;duire d'une mani&#232;re ou d'une autre cette distance. La majorit&#233; se contente de demander qu'on s'inspire davantage de &#171; l'esprit &#187; du tur&#226;th et des principes moraux qui ont guid&#233; ses grands cr&#233;ateurs, mais il est aussi des voix qui estiment que le salut des Arabes passe par la r&#233;surrection de leur h&#233;ritage dans toutes ses dimensions, et pr&#244;nent un retour g&#233;n&#233;ral aux m&#339;urs, usages et valeurs du pass&#233;. Dans les deux cas, il y a l&#224; une volont&#233; de restauration dans le pr&#233;sent des composantes du pass&#233; typique de la culture arabe contemporaine, sans &#233;quivalent dans les autres grandes cultures mondiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument majeur des d&#233;fenseurs de l'h&#233;ritage consiste &#224; en extraire certaines sources, dont ils affirment qu'elles contiennent &#224; elles seules tout le savoir humain, pass&#233; et &#224; venir, et qu'il serait vain d'essayer de les d&#233;passer puisqu'elles ont d&#233;j&#224; tout dit. En voici quelques exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Toute une s&#233;rie d'auteurs se sont sp&#233;cialis&#233;s dans la d&#233;monstration, &#224; base de ressemblances s&#233;mantiques, que toutes les d&#233;couvertes scientifiques modernes sont d&#233;j&#224; pr&#233;sentes dans le Coran. Ainsi, &#224; partir du verset &#171; Celui qui aura fait le poids d'un atome de bien [...] &#187; (XCIX, 7 et 8), ils concluent &#224; l'existence d'une science coranique de l'atome, ou &#224; partir du verset &#171; [...] Nous avons cr&#233;&#233;, &#224; partir de l'eau, toute chose vivante &#187; (XXI, 30) d'une biologie coranique, ou encore trouvent des allusions &#224; l'astronautique dans certains versets de la sourate &lt;i&gt;Le voyage nocturne&lt;/i&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du camp des partisans du t&lt;i&gt;ur&#226;th&lt;/i&gt;, l'id&#233;e que tout le savoir humain, pass&#233; et &#224; venir, peut &#234;tre induit du texte coranique fait l'objet d'une double contestation : les uns &#8211; &#224; l'instar de l'&#201;gyptienne Bint al-Sh&#226;ti' &#8211; r&#233;cusent cat&#233;goriquement l'id&#233;e que le Coran puisse &#234;tre pris pour un trait&#233; scientifique et rappellent que la finalit&#233; premi&#232;re du texte religieux est d'ordre moral. Une autre cat&#233;gorie d'auteurs r&#233;cuse ces d&#233;monstrations, mais cette fois au motif que la raison humaine &#233;tant de toute fa&#231;on d&#233;ficiente, tout le savoir auquel l'homme peut acc&#233;der, si sophistiqu&#233; soit-il, n'est qu'illusion et mystification et finira par se retourner contre lui. Pour eux, par cons&#233;quent, il ne saurait y avoir d'ex&#233;g&#232;se &#171; scientifique &#187; des textes religieux car l&#224; science elle-m&#234;me est un mode de connaissance d'importance mineure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus radicalement, il faut dire que toutes les tentatives de ce genre ne pourront jamais rien prouver, puisqu'elles interviennent toujours apr&#232;s coup : c'est toujours apr&#232;s la d&#233;couverte, par l'effort humain, d'une nouvelle th&#233;orie scientifique que l'on va en chercher la trace dans le Coran. On n'a pas encore vu que l'&#233;tude d'un texte coranique ait conduit &#224; une d&#233;couverte scientifique, et tant qu'on ne le verra pas, les apologies dont les auteurs s'imaginent ajouter &#224; la grandeur des textes religieux en pr&#233;tendant y trouver en germe tout le savoir humain resteront autant de vains efforts au service d'une cause perdue d'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Une autre fa&#231;on de d&#233;fendre l'h&#233;ritage culturel et scientifique arabe consiste &#224; y rattacher un certain nombre d'acquis de la science moderne, et &#224; en faire l'&#233;loge en tant que source incomparable de sagesse et de connaissance. Cette position est incontestablement plus solide que la pr&#233;c&#233;dente, dans la mesure o&#249; elle b&#233;n&#233;ficie d'une certaine caution historique. En effet, au Moyen-&#194;ge europ&#233;en correspond dans le temps un moment d'&#233;panouissement scientifique et culturel dans le monde arabo-musulman. Il est vrai que, malgr&#233; tout ce qui a &#233;t&#233; &#233;crit sur le sujet, la dette de la Renaissance europ&#233;enne &#224; l'&#233;gard des Arabes n'a pas encore &#233;t&#233; suffisamment reconnue. Mais ce type d'argument, parfaitement l&#233;gitime dans son principe, est grandement affaibli par l'abus qui en est fait : on ne peut extraire ce &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt;, si glorieux soit-il, de son contexte historique, car cela revient &#224; conf&#233;rer &#224; ses r&#233;alisations, de fait remarquables en leur temps, une valeur absolue, intemporelle &#8211; et ce n'est pas par co&#239;ncidence que l'on retrouve ici cette tendance constante &#224; d&#233;shistoriciser les &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas rare de voir un auteur entreprendre de d&#233;montrer que les th&#233;ories scientifiques les plus r&#233;centes existaient d&#233;j&#224; chez les Arabes. J'ai moi-m&#234;me entendu un sp&#233;cialiste renomm&#233; affirmer qu'al-B&#238;r&#251;n&#238; &#233;tait &#224; l'origine de la th&#233;orie de la relativit&#233; ! D'autres, non content d'&#233;voquer l'importance de l'apport des savants arabes en optique et en physique, &#233;prouvent le besoin d'ajouter que le m&#233;rite des derni&#232;res d&#233;couvertes dans ces domaines doit &#234;tre attribu&#233; aux savants arabes. Quand on rend hommage &#224; cette personnalit&#233; hors du commun que fut Ibn Khald&#251;n, il se trouve toujours quelqu'un qui entreprend de d&#233;duire de ses &#233;crits les progr&#232;s ult&#233;rieurs de la sociologie. Et en philosophie, on affirme qu'al-Ghaz&#226;l&#238; a pr&#233;c&#233;d&#233; Hume dans sa critique de l'id&#233;e de causalit&#233;, ou que Ibn Taymiyya avait pris la mesure, plusieurs si&#232;cles avant les math&#233;maticiens modernes, des limites inh&#233;rentes &#224; la logique aristot&#233;licienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision anhistorique du &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt;, qui voudrait faire tenir le temps pr&#233;sent dans les cadres d'une &#233;poque qui, quelle que soit sa grandeur, est aujourd'hui r&#233;volue, constitue sans doute une des manifestations les plus explicites du sous-d&#233;veloppement intellectuel de nos pays. Ce n'est pas en ignorant ainsi les conditions socio-historiques d'&#233;mergence de la science arabe que nous la servons. Les productions scientifiques contemporaines sont le .fruit d'un long processus sans pr&#233;c&#233;dent, et sont tout simplement inconcevables en dehors du contexte historique moderne. On ne peut comprendre la r&#233;futation de l'aristot&#233;lisme par al-Ghaz&#226;l&#238; ou Ibn Taymiyya si on ignore qu'elle s'inscrivait dans le cadre d'une critique religieuse, fid&#233;iste, des philosophes arabes de l'&#233;poque, c'est-&#224;-dire dans un contexte intellectuel compl&#232;tement diff&#233;rent de celui de Hume et des logiciens modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus radicalement, ce qui disqualifie ce type d'attitude, c'est que si l'on veut bien y r&#233;fl&#233;chir, elle conduit &#224; l'exact inverse du r&#233;sultat souhait&#233;. Car &#224; vouloir prouver &#224; toute force que les savants arabes ont pr&#233;c&#233;d&#233; leurs coll&#232;gues occidentaux, on admet implicitement que leur valeur est fonction de leur plus ou moins grande proximit&#233; vis-&#224;-vis des productions intellectuelles occidentales post&#233;rieures : plus le penseur ou savant arabe est parvenu, avant lui, au niveau de l'Occident, plus grande est sa valeur ; il y a l&#224; un hommage implicite &#224; l'Occident dont il n'aurait os&#233; r&#234;ver. Si nous &#233;tions r&#233;ellement convaincus des m&#233;rites de nos savants, nous devrions savoir convaincre le reste de l'humanit&#233; que leur valeur tient &#224; eux-m&#234;mes, et non au fait qu'ils ont pr&#233;c&#233;d&#233; tel ou tel penseur occidental. A-t-on jamais vu des Occidentaux louer l'un des leurs pour la simple raison qu'il aurait devanc&#233; un savant arabe ou qu'il serait parvenu apr&#232;s lui &#224; en d&#233;velopper la pens&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; toute la diff&#233;rence entre une culture s&#251;re d'elle-m&#234;me et une autre qui est incapable de s'&#233;valuer et de se valoriser sans se r&#233;f&#233;rer en permanence &#224; l'autre, comme si le progr&#232;s culturel ne pouvait prendre d'autre forme que celle qu'il a prise en Occident. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sp&#233;cificit&#233; de l'h&#233;ritage culturel arabe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, &#224; la diff&#233;rence de l'Occident, ne sommes-nous pas parvenus &#224; nous d&#233;gager des impasses dans lesquelles la pens&#233;e mythologique ou id&#233;ologique enferme notre d&#233;veloppement intellectuel ? Pourquoi portons-nous vers notre pass&#233; ce regard obsessionnel, sans &#233;quivalent dans les autres cultures ? Selon moi, l'explication r&#233;side dans le &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt; lui-m&#234;me : il est porteur d'une caract&#233;ristique propre, originale, que j'appellerai la rupture civilisationnelle. &#192; un moment de l'histoire, la science et la pens&#233;e arabes ont repr&#233;sent&#233; le &lt;i&gt;nec plus ultra&lt;/i&gt; de la culture mondiale ; cette p&#233;riode brillante a &#233;t&#233; suivie par une longue phase de stagnation durant laquelle le niveau atteint par le pass&#233; fut presque oubli&#233;. Aux XIXe et XXe si&#232;cles, un d&#233;but de renaissance a eu lieu, mais c'est avec le mod&#232;le m&#233;di&#233;val que ses artisans ont tent&#233; de renouer, sans comprendre que le retard accumul&#233; &#233;tait tel qu'il ne suffisait pas, pour le rattraper, de repartir du point auquel nous &#233;tions arriv&#233;s huit si&#232;cles plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le lieu de discuter des raisons de cette interruption dans le processus de production culturelle ; ce qui nous importe ici, c'est son indiscutable r&#233;alit&#233; historique, et le fait qu'au lieu de permettre la diffusion des acquis intellectuels de la p&#233;riode faste de notre histoire, elle a eu pour effet de les confiner &#224; une &#233;lite restreinte. Certes, en Occident aussi, la production scientifique avait pour destinataire initial une petite &#233;lite ; mais une fois reconnue par celle-ci, elle s'est diffus&#233;e peu &#224; peu au sein de couches de plus en plus larges et, sous une forme plus ou moins &#233;labor&#233;e, a fini par faire partie du sens commun. Rien de tel dans le cas du &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt; arabo-musulman : aucun de ses produits n'a acc&#233;d&#233; &#224; ce statut de culture de masse qui fait que l'on dit par exemple du Fran&#231;ais qu'il est cart&#233;sien. Il suffit pour s'en convaincre de voir ses apologues en exhumer telle th&#233;orie ou telle personnalit&#233;, pour la pr&#233;senter ensuite comme une d&#233;couverte extraordinaire dont personne n'aurait jamais pu imaginer qu'il en exist&#226;t de pareille chez les Arabes : c'est dire &#224; quel point nous sommes rest&#233;s &#233;trangers &#224; notre propre tradition intellectuelle. Dans ces conditions, c'est le sens m&#234;me de la notion de &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt; qui doit &#234;tre enti&#232;rement revu. La valeur d'un patrimoine scientifique ou intellectuel dont nous voulons qu'il soit une force vitale r&#233;side dans sa p&#233;rennit&#233;, dans son appartenance &#224; une histoire ininterrompue : c'est par cette continuit&#233; historique qu'il peut influer sur le pr&#233;sent. Il ne s'agit pas forc&#233;ment d'un processus lin&#233;aire : dans toutes les cultures, le d&#233;veloppement intellectuel a &#233;t&#233; marqu&#233; par des reculs partiels, des d&#233;tours momentan&#233;s. L'important est que, globalement, ce parcours soit un parcours continu, gr&#226;ce auquel, &#224; l'instar de la vie qui ne se renouvelle qu'&#224; travers la mort, la valeur de la tradition se trouve confirm&#233;e par son autod&#233;passement. Vu d'aujourd'hui, n'importe laquelle des traditions intellectuelles anciennes para&#238;t compl&#232;tement &#233;trang&#232;re &#224; l'univers scientifique moderne. Pourtant, le niveau actuel de la science n'a &#233;t&#233; atteint qu'au prix d'une s&#233;rie d'&#233;volutions dans lesquelles l'ancien a eu d'abord une influence primordiale, avant de la perdre peu &#224; peu sous l'effet de la critique, au point qu'elle semble maintenant avoir totalement disparu : de Copernic &#224; Galil&#233;e, puis &#224; Newton, puis &#224; Einstein, l'ancien a perdur&#233; dans le nouveau, qui s'est construit sur la mise au jour des erreurs de l'ancien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patrimoine culturel fonctionne comme le patrimoine &#233;conomique : c'est seulement en l'investissant qu'on peut esp&#233;rer en tirer profit. Inversement, le plus s&#251;r moyen de le dilapider consiste &#224; le th&#233;sauriser peureusement, comme l'avare qui entasse sa fortune dans son matelas avant de s'apercevoir, le jour o&#249; il est dans le besoin, qu'elle n'a plus cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les le&#231;ons de la Renaissance europ&#233;enne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, jusqu'&#224; pr&#233;sent, la relation des Arabes &#224; leur patrimoine culturel rel&#232;ve plus de la gestion du bas de laine que de l'investissement productif. Paradoxalement, ce sont les Europ&#233;ens qui ont su v&#233;ritablement tirer profit de notre patrimoine. Comment ? En le critiquant, en l'amendant, en le d&#233;passant, bref en lui donnant une nouvelle vie. Ce sont eux qui, &#224; la fin du Moyen-&#194;ge, ont r&#233;ellement su tirer profit de la philosophie et des sciences arabes en les incorporant &#224; leurs propres savoirs. Peu importe qu'il soit difficile d'en rep&#233;rer chez eux aujourd'hui des traces directes : il y a peu de chances que nous nous reconnaissions, s'il nous est donn&#233; d'en voir le portrait, dans notre a&#239;eul &#224; la dixi&#232;me g&#233;n&#233;ration. De fait, les Europ&#233;ens de la Renaissance d&#233;sireux de faire progresser la connaissance scientifique avaient devant eux deux traditions concurrentes, la grecque et l'arabe. M&#234;me les historiens les plus ethnocentr&#233;s reconnaissent qu'ils se tourn&#232;rent vers celle-ci et qu'ils rejet&#232;rent celle-l&#224;. Ce rejet ne fut certes pas global : il est certain que dans les arts et les lettres, c'est la tradition gr&#233;co-romaine qui l'emporta ; mais dans les sciences et la philosophie, qui &#233;taient intimement li&#233;es &#224; l'&#233;poque, il fut radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous cherchons &#224; comprendre comment les Europ&#233;ens, qui partaient de bien plus bas que nous, ont pu passer en si peu de temps d'une longue phase de stagnation aux fantastiques progr&#232;s de l'&#232;re moderne, la premi&#232;re explication qui s'impose est bien qu'ils n'ont pas craint de rejeter des pans entiers de leur propre culture. Leurs philosophes ont d&#233;fi&#233; ouvertement la pens&#233;e aristot&#233;licienne alors dominante, allant jusqu'&#224; la rendre responsable, non sans exc&#232;s, de tous les errements du Moyen-&#194;ge. Et des savants comme Galil&#233;e ont fond&#233; leur d&#233;marche sur la n&#233;cessit&#233; de lib&#233;rer la pens&#233;e scientifique des autorit&#233;s anciennes pour la mettre au contact direct du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la pens&#233;e et la science europ&#233;ennes ont-elles reni&#233; si r&#233;solument le legs de l'Antiquit&#233; ? Parce qu'elles ont compris qu'il avait cess&#233; d'&#234;tre f&#233;cond. Certes, la pens&#233;e et la science antiques ont repr&#233;sent&#233;, en leur temps et en leur lieu, quelque chose de consid&#233;rable. Il y a eu ensuite rupture, puis red&#233;couverte, mais le patrimoine antique est rest&#233; fig&#233; &#224; l'int&#233;rieur de ses anciennes limites et s'est r&#233;v&#233;l&#233; incapable de se d&#233;velopper de mani&#232;re continue, en renouvelant les apports anciens. Partant de ce constat, les grands esprits de la Renaissance ont d&#233;cid&#233; de partir en guerre contre lui et ont plaid&#233; la cause de la table rase dans tous les domaines. Par la suite, une fois cela acquis, les Europ&#233;ens purent adopter une attitude plus &#233;quilibr&#233;e &#224; l'&#233;gard de la tradition antique : lorsque le nouveau eut fait ses preuves, on put porter sur l'ancien un regard enfin d&#233;gag&#233; de tout complexe, et le replacer dans son cadre historique, c'est-&#224;-dire reconna&#238;tre son immense valeur dans l'&#233;poque qui a permis son &#233;closion, m&#234;me s'il a &#233;t&#233; d&#233;pass&#233; par les &#233;volutions ult&#233;rieures. Car ce n'est qu'en historicisant la tradition que l'on peut r&#233;soudre la contradiction apparente entre la l&#233;gitime fiert&#233; que l'on en tire et la n&#233;cessaire reconnaissance de sa d&#233;su&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation de la Renaissance europ&#233;enne au patrimoine comporte donc une double le&#231;on : d'abord, dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la production intellectuelle a souffert d'une phase d'interruption, la renaissance intellectuelle et scientifique passe, dans un premier temps, par un rejet radical de cette production et par un parti pris de &#171; table rase &#187; ; ensuite, la capacit&#233; d'une soci&#233;t&#233; &#224; porter sur son propre pass&#233; un regard historicis&#233; suppose que soient liquid&#233;es les s&#233;quelles de cette phase d'interruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sous-d&#233;veloppement et ali&#233;nation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La comparaison entre l'attitude des Europ&#233;ens vis-&#224;-vis de leur &#8211; et de notre &#8211; patrimoine et celle de la culture arabe vis-&#224;-vis du tur&#226;th permet de mettre au jour une dimension essentielle de son sous-d&#233;veloppement intellectuel pr&#233;sent : celle de l'ali&#233;nation. Je ne parle pas ici de l'ali&#233;nation dans une autre culture, mais de celle que, par son incapacit&#233; &#224; oublier, la culture arabe s'impose &#224; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes familiers de l'ali&#233;nation &#171; dans l'espace &#187;, qui caract&#233;rise tous ceux qui sont davantage attach&#233;s &#224; une autre culture qu'&#224; celle de leur pays : ils pr&#233;f&#232;rent s'exprimer dans une langue &#233;trang&#232;re, adoptent des us et coutumes, des modes vestimentaires venues d'ailleurs... Ils sont victimes d'une ali&#233;nation spatiale, en ce sens qu'ils vivent physiquement dans leur pays et intellectuellement dans un autre. &#192; la limite, tous les intellectuels li&#233;s, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &#224; la pens&#233;e occidentale rel&#232;vent de cette cat&#233;gorie, et sont par cons&#233;quent la cible des campagnes contre &#171; l'invasion culturelle &#187; et les &#171; cultures import&#233;es &#187; cens&#233;es menacer notre authenticit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les auteurs de ces campagnes sont eux-m&#234;mes victimes d'une ali&#233;nation bien plus grave, une ali&#233;nation &#171; dans le temps &#187;, qui frappe tous ceux qui recherchent dans le pass&#233; r&#233;volu du &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt; des r&#233;ponses d&#233;finitives aux probl&#232;mes du temps pr&#233;sent : en ce sens, est ali&#233;n&#233; celui qui, convaincu que notre &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt; linguistique est suffisamment riche pour tout exprimer, cherche des &#233;quivalents dans la langue ancienne &#224; tous les n&#233;ologismes de la vie moderne ; celui qui cherche dans la sagesse des anciens la solution &#224; tous les probl&#232;mes &#233;thiques de notre temps ; et plus g&#233;n&#233;ralement, tous ceux qui, ne parvenant plus &#224; comprendre ce qui se passe autour d'eux, se raccrochent &#224; des coutumes d&#233;su&#232;tes et ridicules ou, dans le meilleur des cas, se persuadent que tout va de travers, que le bon temps est r&#233;volu, et que la divine providence a voulu qu'ils vivent dans une autre &#233;poque que celle pour laquelle ils &#233;taient faits...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ali&#233;nation dans le temps est autrement plus grave que l'ali&#233;nation dans l'espace. Car l'espace aujourd'hui s'est consid&#233;rablement r&#233;tr&#233;ci, &#224; la faveur de la culture mondiale qui se constitue sur la base de la technologie moderne, en affaiblissant les barri&#232;res qui s&#233;parent les cultures locales. Car encore, au niveau temporel, c'est un processus inverse qui se d&#233;roule : le temps moderne tend &#224; s'&#233;tirer, de sorte que l'&#233;cart qui s&#233;pare aujourd'hui deux g&#233;n&#233;rations successives est plus grand que celui entre dix g&#233;n&#233;rations d'autrefois. Dans ces conditions, l'attachement &#224; une culture obsol&#232;te risque fort d'&#234;tre bien plus dangereux que l'attachement &#224; une culture &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour conclure sur la revivification du tur&#226;th&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Il faut red&#233;finir ce que nous entendons par &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt; dans notre culture. Le &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt; authentique, c'est celui qui se fond de mani&#232;re continue dans le mouvement historique pour en devenir un &#233;l&#233;ment indissociable. Celui qui cesse, &#224; un moment donn&#233;, de f&#233;conder l'histoire et d'&#234;tre f&#233;cond&#233; par elle ne m&#233;rite pas ce nom : tel est le cas d'une large part du &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt; arabe, comme l'indique le fait qu'il n'est jamais devenu partie int&#233;grante de la raison arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) L'id&#233;e de revivification du &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt; prend dans ces conditions un sens nouveau. En effet, le &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt; authentique, au sens d&#233;fini ci-dessus, n'a pas besoin d'&#234;tre revivifi&#233;, puisqu'il n'a pas cess&#233; de vivre. L'exhumation d'un patrimoine depuis longtemps mort, dont on attend qu'il r&#233;solve les probl&#232;mes pr&#233;sents, rel&#232;ve quant &#224; elle de l'incantation et ne peut mener nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Par cons&#233;quent, la dimension ali&#233;nante de notre relation &#224; ce patrimoine provient moins de la persistance en son sein d'&#233;l&#233;ments d'ordre mythologique ou irrationnel &#8211; quel que soit le danger que constituent ces &#233;l&#233;ments &#8211; que du d&#233;faut d'historicisation qui affecte cette relation. &#192; nous de mettre un terme &#224; la concurrence stupide et artificielle que nous instaurons entre pass&#233; et pr&#233;sent, et de nous souvenir que chaque g&#233;n&#233;ration a vocation &#224; d&#233;passer celle qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233; sans pour autant qu'il y ait entre elles d'antinomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Pr&#233;cision conceptuelle et r&#233;historicisation permettent donc de renvoyer dos &#224; dos partisans et d&#233;tracteurs du &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt; et d'&#233;viter de tomber dans les pi&#232;ges de l'interminable bataille qu'ils se livrent, dans laquelle chacun investit la tradition de sa perception et de ses pr&#233;occupations &#224; l'&#233;gard du pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) Car les combats livr&#233;s &#224; propos du pass&#233; sont en d&#233;finitive des combats autour du pr&#233;sent : tel trouve dans le &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt; la caution de son id&#233;al socialiste, tel autre de son penchant pour les r&#233;gimes th&#233;ocratiques&#8230; Leur opposition est bien moins une opposition entre deux lectures possibles du &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt; qu'un conflit entre deux attentes diff&#233;rentes &#224; l'&#233;gard du pr&#233;sent qu'ils cherchent &#224; l&#233;gitimer en les fondant dans la tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6) Le patrimoine se d&#233;finit en fin de compte par l'usage qu'en font les g&#233;n&#233;rations suivantes. Si elles le th&#233;saurisent sans le faire fructifier, c'est leur impuissance et leur arri&#233;ration qu'elles expriment, et non celles de ce &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7) Le v&#233;ritable moyen de faire revivre les &#233;l&#233;ments les plus brillants de notre h&#233;ritage &#8211; m&#234;me si le lien qui les rattache &#224; la culture contemporaine n'est pas manifeste &#8211; c'est encore de r&#233;former notre condition pr&#233;sente conform&#233;ment &#224; la logique du temps. Le pr&#233;sent, d&#232;s lors qu'il est charg&#233; de valeur et de sens, permet de porter un regard plus assur&#233; et plus objectif sur le &lt;i&gt;tur&#226;th&lt;/i&gt; ; c'est le vide et l'impuissance du pr&#233;sent qui nous am&#232;nent &#224; une id&#233;e d&#233;form&#233;e du pass&#233; &#8211; soit dans le sens de l'admiration, soit dans le sens du d&#233;nigrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombreuses sont les voix qui appellent de leurs v&#339;ux une renaissance arabe analogue &#224; la renaissance europ&#233;enne, et j'y joins volontiers la mienne. Bon nombre des combats men&#233;s &#224; l'&#233;poque de la Renaissance contre la mentalit&#233; m&#233;di&#233;vale se m&#232;nent de nos jours en terre arabe dans des termes comparables. Cela ne veut pas dire que la renaissance arabe &#224; venir doive imiter celle de l'Europe du XVIe si&#232;cle : au contraire, si nous avons r&#233;ellement assimil&#233; son exemple, notre comportement sera forc&#233;ment diff&#233;rent de celui des pionniers du XVIe si&#232;cle. Retenons tout de m&#234;me de leur exp&#233;rience qu'ils surent porter un regard s&#233;lectif sur leur patrimoine et reconna&#238;tre sans g&#234;ne aucune la distance qui le s&#233;parait du pr&#233;sent, et que cette attitude fut un facteur d&#233;cisif de leur d&#233;collage intellectuel et scientifique. Saurons-nous, nous autres Arabes, faire preuve demain de la m&#234;me maturit&#233; et de la m&#234;me hauteur de vue ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Derri&#232;re la mondialisation heureuse</title>
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&lt;p&gt;Chapitre du livre de C. Guilluy, Fractures Fran&#231;aises, 2010, Flammarion, p.91-105 La g&#233;ographie sociale ne repose pas sur un paysage fig&#233;, elle se transforme au gr&#233; des mutations &#233;conomiques et des &#233;volutions sociod&#233;mographiques. La r&#233;volution industrielle et le d&#233;veloppement de la classe ouvri&#232;re ont ainsi fa&#231;onn&#233; le paysage social des XIXe et me si&#232;cle avec notamment les oppositions entre territoires industriels et ruraux, communes ouvri&#232;res et communes bourgeoises. La p&#233;riode des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-55-travail-+" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-73-urbanisme-+" rel="tag"&gt;Urbanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-85-precarite-+" rel="tag"&gt;Pr&#233;carit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre du livre de C. Guilluy, Fractures Fran&#231;aises, 2010, Flammarion, p.91-105&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La g&#233;ographie sociale ne repose pas sur un paysage fig&#233;, elle se transforme au gr&#233; des mutations &#233;conomiques et des &#233;volutions sociod&#233;mographiques. La r&#233;volution industrielle et le d&#233;veloppement de la classe ouvri&#232;re ont ainsi fa&#231;onn&#233; le paysage social des XIXe et me si&#232;cle avec notamment les oppositions entre territoires industriels et ruraux, communes ouvri&#232;res et communes bourgeoises. La p&#233;riode des trente glorieuses, celle de la &#171; moyennisation &#187; de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, voit &#233;merger une nouvelle g&#233;ographie sociale, celle de la France pavillonnaire li&#233;e &#224; l'&#233;mergence d'une classe moyenne majoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode contemporaine accouche d'une g&#233;ographie sociale singuli&#232;re, li&#233;e d'une part &#224; l'adaptation de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#224; l'&#233;conomie mondialis&#233;e mais aussi &#224; l'&#233;mergence d'une nouvelle structuration sociale. Sur les ruines de la classe moyenne majoritaire, on assiste en effet &#224; une recomposition des cat&#233;gories populaires et &#224; leur red&#233;ploiement sur le territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette recomposition sociale et &#233;conomique est port&#233;e par la &#171; m&#233;tropolisation &#187;, c'est-&#224;-dire la concentration dans les grandes villes des activit&#233;s qui portent d&#233;sormais l'&#233;conomie fran&#231;aise ; un mod&#232;le de d&#233;veloppement &#233;conomique qui n'int&#232;gre pas les classes populaires. Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, les classes populaires ne sont plus au c&#339;ur de la production des richesses. Si le march&#233; de l'emploi m&#233;tropolitain cr&#233;&#233; les conditions de la pr&#233;sence des cadres et, &#224; la marge, des immigr&#233;s, il cr&#233;&#233; &#224; l'inverse les conditions de l'&#233;viction des plus modestes. Le r&#233;sultat est imparable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvriers, employ&#233;s, petits paysans, petits ind&#233;pendants, retrait&#233;s et jeunes de ces cat&#233;gories vivent d&#233;sormais &#224; l'&#233;cart des &#171; territoires qui comptent &#187;. C'est une premi&#232;re. Hier les ouvriers vivaient sur les lieux de production de la richesse. Cette int&#233;gration &#233;conomique favorisait l'int&#233;gration sociale et culturelle de ces cat&#233;gories. Ce n'est plus le cas aujourd'hui o&#249; ces cat&#233;gories se r&#233;partissent dans une &#171; France des fragilit&#233;s sociales &#187;, &#224; la p&#233;riph&#233;rie des territoires les plus dynamiques, ceux des m&#233;tropoles. Cette g&#233;ographie sociale permet de souligner la place exacte conf&#233;r&#233;e aux couches populaires &#224; l'heure de la mondialisation : celle de &#171; la p&#233;riph&#233;rie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux si&#232;cles apr&#232;s l'exode rural des XIXe et XXe si&#232;cles, qui avait marqu&#233; le d&#233;marrage du capitalisme, on assiste au d&#233;part des couches populaires des lieux du pouvoir &#233;conomique et politique. Cet exode urbain participe &#224; la disparition culturelle de cat&#233;gories populaires qui hier, &#224; travers la classe ouvri&#232;re, occupaient une place politique majeure. Comment analyser l'exode &#171; urbain &#187; qui touche aujourd'hui cette partie de la population ? Contrairement aux usines, et sauf exception&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'usine Continental de Clairoix avait propos&#233; &#224; 1 120 salari&#233;s un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; il n'est pas envisageable de d&#233;localiser les couches populaires &#224; l'&#233;tranger. Les espaces situ&#233;s &#224; l'&#233;cart des m&#233;tropoles rassemblent l'essentiel de ceux qui subissent le plus les effets de la mondialisation. Paradoxalement, cette nouvelle g&#233;ographie sociale, qui s'impose dans l'ensemble des pays d&#233;velopp&#233;s, reste pour partie invisible. Elle r&#233;v&#232;le pourtant les contours d'une nouvelle sociologie, o&#249; les cat&#233;gories sociales se d&#233;finissent tout autant par leur statut sociospatial que par leur degr&#233; d'int&#233;gration &#224; l'&#233;conomie-monde. Elle contribue &#224; une recomposition du paysage politique entre ceux qui pl&#233;biscitent la mondialisation lib&#233;rale et ceux qui la subissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vitrines de la mondialisation heureuse, les m&#233;tropoles, elles, b&#233;n&#233;ficient d'un accroissement de leur PIB et d'une augmentation du niveau de vie de ses habitants. Par leur poids &#233;conomique et foncier, ces &#171; territoires de la mondialisation &#187; influencent et organisent la recomposition sociale de l'ensemble du pays. Ce d&#233;veloppement m&#233;tropolitain, qui repose sur une int&#233;gration &#224; l'&#233;conomie-monde, participe aussi &#224; l'&#233;mergence d'une nouvelle sociologie urbaine et mondialis&#233;e. Les m&#233;tropoles proposent leurs &#171; mod&#232;les &#233;conomiques &#187; mais aussi leurs &#171; mod&#232;les sociologiques &#187;, vou&#233;s &#224; remplacer la &#171; vieille &#233;conomie &#187; et des rapports de classes consid&#233;r&#233;s comme obsol&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps ignor&#233;e, la gentrification, c'est-&#224;-dire l'embourgeoisement des anciens quartiers populaires, touche aujourd'hui l'ensemble des grandes villes. Ce processus est la cons&#233;quence de la recomposition &#233;conomique des villes entam&#233;e dans les ann&#233;es 1970. L'&#233;talement urbain s'est ainsi accompagn&#233; d'une tertiairisation des emplois et d'une d&#233;sindustrialisation. &#192; ce titre, et si on &#233;voque beaucoup la d&#233;localisation des industries &#224; l'&#233;tranger, il faut rappeler que le mouvement s'est longtemps r&#233;sum&#233; &#224; un d&#233;placement de la ville vers les espaces p&#233;riurbains et ruraux. &#192; partir des ann&#233;es 1970, les industries se sont install&#233;es sur les territoires o&#249; le foncier &#233;tait attractif et accessible. C'est &#224; cette &#233;poque que le r&#233;seau routier s'est densifi&#233; et que la route est devenue le principal mode de transport. Ce d&#233;placement industriel s'est accompagn&#233; d'une substitution des grandes unit&#233;s de production par des sites plus petits. Dans les villes, l'emploi industriel s'est peu &#224; peu r&#233;duit aux emplois de cadres et de professions interm&#233;diaires travaillant dans les si&#232;ges sociaux des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;sindustrialisation et la tertiarisation des emplois des grandes villes engendrent alors le processus de &#171; m&#233;tropolisation &#187;. Cette mutation &#233;conomique se caract&#233;rise par une sp&#233;cialisation du march&#233; de l'emploi vers les activit&#233;s les plus qualifi&#233;es des secteurs publics (administration, sant&#233;, formation, culture) et priv&#233;s (recherche, information, t&#233;l&#233;communications et informatique). Pour l'essentiel, les entreprises et secteurs concern&#233;s ont des activit&#233;s internationalis&#233;es. L'int&#233;gration &#233;conomique et culturelle des grandes villes au processus de la mondialisation est un aspect essentiel de la m&#233;tropolisation. En attirant un nombre croissant de cat&#233;gories sup&#233;rieures et intellectuelles, les m&#233;tropoles se gentrifient rapidement. Cet embourgeoisement touche l'ensemble des quartiers, y compris les quartiers populaires, et gagne d&#233;sormais les proches banlieues qui, du fait de la rar&#233;faction de l'offre de logements abordables, deviennent attractives. Par cercles concentriques, la m&#233;tropolisation provoque une recomposition sociale des territoires allant de la ville-centre aux espaces p&#233;riurbains et ruraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut noter que ces dynamiques se d&#233;ploient &#171; &#224; cat&#233;gories populaires constantes &#187;. En effet, si la part des cat&#233;gories populaires, ouvriers et employ&#233;s, s'est effondr&#233;e dans les villes, elle a peu &#233;volu&#233; depuis les ann&#233;es 1960 sur l'ensemble du territoire fran&#231;ais. La baisse de la part des ouvriers a &#233;t&#233; compens&#233;e par l'augmentation de celle des employ&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Chauvel, &#171; Le retour des classes sociales &#187;, Revue de l'OFCE, n&#176; 79, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La recomposition sociale des territoires n'est donc pas la cons&#233;quence de la disparition des cat&#233;gories populaires, mais refl&#232;te le &#171; tri social &#187; provoqu&#233; par l'augmentation du co&#251;t du logement et la sp&#233;cialisation du march&#233; de l'emploi. Le reflux des cat&#233;gories les plus modestes, qui s'est d'abord concentr&#233; sur les espaces p&#233;riurbains, touche d&#233;sormais le rural &#233;loign&#233; qui accueille des populations de plus en plus pr&#233;caires et vuln&#233;rables. Aujourd'hui, les couches populaires sont contraintes d'habiter non pas &#171; de l'autre c&#244;t&#233; du p&#233;riph &#187; mais &#171; de l'autre c&#244;t&#233; des banlieues &#187;. Ce mouvement traduit une rupture fondamentale par rapport &#224; la dynamique sociale et urbaine des deux derniers si&#232;cles. La ville industrielle, qui attirait et int&#233;grait toutes les cat&#233;gories populaires, laisse la place &#224; un mod&#232;le m&#233;tropolitain qui les rejette violemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement aux images positives associ&#233;es au d&#233;veloppement m&#233;tropolitain, la transformation sociale des grandes villes n'a en r&#233;alit&#233; rien d'un processus &#171; soft &#187;. Conform&#233;ment aux logiques de march&#233;, il consiste &#224; organiser l'appropriation radicale par les cat&#233;gories sup&#233;rieures de territoires et d'un parc de logements destin&#233;s hier aux plus modestes. L'image sympathique du &#171; bobo-explorateur &#187; arrivant en terre &#171; prolo-immigr&#233;e &#187; dissimule la r&#233;alit&#233; d'une violente conqu&#234;te patrimoniale. L'euph&#233;misation de ce processus est embl&#233;matique d'une &#233;poque &#171; lib&#233;rale libertaire &#187; o&#249; le pr&#233;dateur prend le plus souvent le visage de la tol&#233;rance et de l'empathie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'appropriation du parc de logements des ouvriers par des cat&#233;gories sup&#233;rieures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation des anciens quartiers populaires en quartiers bourgeois et l'appropriation d'un parc de logements historiquement destin&#233;s aux couches populaires par des cat&#233;gories sup&#233;rieures ne suscitent aucun &#233;moi particulier. Alors que les discours incantatoires sur le manque de logements sociaux n'ont jamais &#233;t&#233; aussi pr&#233;sents, rares sont les politiques qui s'&#233;meuvent aujourd'hui de la conqu&#234;te par une petite bourgeoisie du parc priv&#233; &#171; social de fait &#187; des grandes villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce silence est d'autant plus &#233;tourdissant que c'est ce parc priv&#233;, et non le parc social, qui, jusqu'aujourd'hui, a toujours r&#233;pondu majoritairement aux besoins des couches populaires, et l'ampleur de cette perte ne sera que tr&#232;s partiellement compens&#233;e par la construction sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement de destination d'un parc de logements occup&#233;s depuis deux si&#232;cles par des cat&#233;gories modestes est d'autant moins d&#233;nonc&#233; qu'il b&#233;n&#233;ficie aux cat&#233;gories sup&#233;rieures et aux prescripteurs d'opinions. On arrive ainsi &#224; une situation ubuesque o&#249; ces cat&#233;gories moyennes et sup&#233;rieures, celles qui participent le plus &#224; l'&#233;viction des cat&#233;gories populaires et &#224; l'appropriation de leurs logements, sont aussi celles qui pl&#233;biscitent le plus la mixit&#233; dans la ville et qui soulignent la n&#233;cessit&#233; de construire des logements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, et au-del&#224; des discours grandiloquents, ce sont des logiques fonci&#232;res et patrimoniales qui d&#233;terminent les dynamiques &#224; l'&#339;uvre. Ainsi, si les espaces publics dans les grandes villes ont donn&#233; lieu &#224; un partage savant qui permet de maintenir le d&#233;corum ouvri&#233;riste ou ethnique, les commerces ethniques et les hard-discounters c&#244;toient d&#233;sormais les bistrots bobos et les sup&#233;rettes bio. En revanche, la r&#233;partition du patrimoine immobilier ne fait l'objet d'aucune &#171; n&#233;gociation &#187; de la part des couches sup&#233;rieures. On accepte &#224; la rigueur le maintien d'un parc social marginal (surtout s'il est destin&#233; aux petites classes moyennes), mais pas le maintien dans le parc priv&#233; des cat&#233;gories populaires Dans ces quartiers, les bobos sont en train de se constituer un patrimoine d'une tr&#232;s grande valeur en acqu&#233;rant de grandes surfaces industrielles, artisanales ou en r&#233;unissant de petits appartements. Les services des imp&#244;ts ont ainsi enregistr&#233; une explosion des m&#233;nages payant l'ISF&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2010, les personnes qui ont un patrimoine d&#233;passant 790 000 euros doivent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans tous les quartiers populaires des grandes villes et notamment &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se maintenir dans les grandes m&#233;tropoles, les cat&#233;gories modestes n'ont qu'une solution : int&#233;grer le parc de logements sociaux. Hier, tr&#232;s majoritairement locataires dans le parc priv&#233; ou propri&#233;taires, les cat&#233;gories populaires sont dor&#233;navant de plus en plus locataires dans le parc social. De la m&#234;me mani&#232;re, alors que la part des propri&#233;taires occupants n'a cess&#233; d'augmenter dans les grandes zones urbaines, celle des propri&#233;taires occupants modestes baisse. Ce basculement du statut d'occupation est un indicateur culturel de la place qu'on accorde aux cat&#233;gories populaires dans les grandes agglom&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'embourgeoisement des grandes villes entra&#238;ne ainsi une socialisation du statut d'occupation des couches populaires. Cette d&#233;pendance croissante vis-&#224;-vis de l'&#201;tat est une caract&#233;ristique des couches populaires r&#233;sidant dans les grandes m&#233;tropoles embourgeois&#233;es. Elle est d'autant plus grande que, par ailleurs, la part des revenus sociaux a fortement augment&#233; pour ces populations qui &#233;prouvent de grandes difficult&#233;s &#224; s'int&#233;grer &#224; un march&#233; de l'emploi tr&#232;s qualifi&#233;. L'&#233;volution de leur statut souligne la marginalisation et la pr&#233;carisation dont elles font d&#233;sormais l'objet dans les grandes villes. La diff&#233;rence avec les cat&#233;gories ouvri&#232;res de la ville industrielle est consid&#233;rable. Int&#233;gr&#233;es &#233;conomiquement et politiquement, les cat&#233;gories populaires &#233;taient hier moins d&#233;pendantes de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus d'embourgeoisement des m&#233;tropoles risque de s'accentuer par le double effet d'une sp&#233;cialisation du march&#233; de l'emploi mais aussi de l'influence croissante d'un pouvoir &#171; vert &#187;, qui tend &#224; am&#233;liorer la qualit&#233; de vie dans les grandes villes en les rendant de plus en plus attractives. L'int&#233;r&#234;t des cat&#233;gories sup&#233;rieures pour l'achat d'appartements en ville&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde-Direct matin, &#171; Un d&#233;sir prudent d'appartement &#187;, 9 septembre 2009&#034; id=&#034;nh35-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, au d&#233;triment des zones p&#233;riurbaines ou rurales, n'a jamais &#233;t&#233; aussi &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;mergence de la ville mondialis&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de recomposition sociale des m&#233;tropoles ne se r&#233;sume pourtant pas &#224; un simple processus d'embourgeoisement. Il s'accompagne aussi d'un renouvellement des couches populaires gr&#226;ce &#224; l'arriv&#233;e de populations issues de l'immigration. La sociologie traditionnelle h&#233;rit&#233;e de l'&#232;re industrielle s'efface peu &#224; peu pour laisser la place &#224; une sociologie issue du d&#233;veloppement m&#233;tropolitain et de la mondialisation. Ce double mouvement de gentrification et d'immigration participe &#224; un processus de substitution de population complexe, o&#249; les couches Populaires traditionnelles, ouvriers et employ&#233;s, sont remplac&#233;es par des couches moyennes et sup&#233;rieures et par des couches populaires immigr&#233;es. Il - appara&#238;t ainsi que la sp&#233;cialisation du march&#233; du travail des grandes villes vers des emplois tr&#232;s qualifi&#233;s, qui a contribu&#233; &#224; l'&#233;viction des cat&#233;gories populaires traditionnelles, ne repr&#233;sente pas un frein &#224; l'arriv&#233;e des couches populaires immigr&#233;es. Le passage d'une immigration de travail &#224; une immigration familiale a orient&#233; les nouveaux flux migratoires vers les territoires qui concentraient d&#233;j&#224; des populations immigr&#233;es. L'importance du parc de logements sociaux et de logements priv&#233;s d&#233;grad&#233;s a rendu possible l'accueil et le maintien de ces nouvelles couches populaires dans des m&#233;tropoles o&#249; le prix des loyers et des logements avait explos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e de ces nouvelles couches populaires, souvent peu ou pas qualifi&#233;es, sur un march&#233; de l'emploi tr&#232;s qualifi&#233; explique l'importance des difficult&#233;s sociales de certains de ces quartiers. La d&#233;connexion au march&#233; de l'emploi m&#233;tropolitain masque une autre r&#233;alit&#233;, celle de l'exploitation de ces populations pr&#233;caires. La main-d'&#339;uvre immigr&#233;e, parfois ill&#233;gale, et mal r&#233;mun&#233;r&#233;e r&#233;pond fort bien aux besoins de certains secteurs &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'immigration pr&#233;sente un int&#233;r&#234;t certain pour le patronat (dumping social, pression &#224; la baisse des salaires, affaissement de la protection sociale), en revanche, on ne souligne pas assez un autre aspect de cette nouvelle exploitation, qui permet d'offrir un train de vie &#171; bourgeois &#187; aux nouvelles couches sup&#233;rieures sans en payer v&#233;ritablement le prix. La nounou et la femme de m&#233;nage immigr&#233;es, et parfois sans papiers, ne ponctionnent que marginalement le budget des cadres. De la m&#234;me mani&#232;re, c'est bien gr&#226;ce &#224; l'exploitation en cuisine des immigr&#233;s que le bobo peut continuer &#224; fr&#233;quenter assid&#251;ment les restaurants pour une note assez modique. Produit de la mondialisation lib&#233;rale, la ville prosp&#232;re non seulement sur un march&#233; de l'emploi tr&#232;s qualifi&#233; et bien r&#233;mun&#233;r&#233;, mais aussi sur un march&#233; de l'emploi pr&#233;caire caract&#233;ris&#233; par une forte pression sur les co&#251;ts salariaux. Perceptible dans toutes les m&#233;tropoles, le remplacement des couches populaires traditionnelles, prot&#233;g&#233;es et structur&#233;es politiquement, par des couches populaires immigr&#233;es sans poids politique s'inscrit dans une logique &#233;conomique qui favorise une recomposition sociale bas&#233;e sur les extr&#234;mes de l'&#233;ventail social : couches sup&#233;rieures et intellectuelles d'un c&#244;t&#233;, cat&#233;gories populaires immigr&#233;es de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que la majorit&#233; des prescripteurs d'opinions et des responsables politiques, qui le plus souvent vivent dans ces grandes villes, confondent cette &#171; sociologie m&#233;tropolitaine &#187; avec la sociologie fran&#231;aise dans son ensemble. Cela explique la facilit&#233; avec laquelle la repr&#233;sentation d'une soci&#233;t&#233; divis&#233;e entre des couches sup&#233;rieures (le plus souvent &#171; blanches &#187;) et des couches populaires pr&#233;caris&#233;es issues des minorit&#233;s s'est impos&#233;e de gauche &#224; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle sociologie de la jeunesse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle sociologie des villes a &#233;galement donn&#233; naissance &#224; une nouvelle jeunesse, une jeunesse particuli&#232;rement in&#233;galitaire. Les quartiers o&#249; la transformation sociale a &#233;t&#233; port&#233;e par un double mouvement d'embourgeoisement et d'immigration ont ainsi vu appara&#238;tre une jeunesse issue de l'immigration et une jeunesse issue de la gentrification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sociologie in&#233;galitaire de la jeunesse est &#224; l'origine de l'accentuation des &#233;carts socioculturels constat&#233;s dans certains coll&#232;ges des grandes villes. Dans tous les quartiers populaires qui s'embourgeoisent, on assiste &#224; une augmentation concomitante du nombre d'enfants de cadres et d'enfants issus de l'immigration, notamment dans les XVIIIe, XIXe et XXe arrondissements parisiens. Cette situation in&#233;dite rev&#234;t par ailleurs une dimension &#171; ethnoculturelle &#187;. Une partie de la jeunesse &#171; petite-bourgeoise &#187;, le plus souvent blanche, &#171; c&#244;toie &#187; ainsi une jeunesse populaire issue des &#171; minorit&#233;s visibles &#187;. Ce &#171; contact &#187;, ou plut&#244;t cette coexistence, entre les extr&#234;mes de l'&#233;ventail social et culturel est souvent source de tensions et parfois de violences. Certaines manifestations ou rassemblements de jeunes et d'&#233;tudiants, comme les manifestations lyc&#233;ennes de f&#233;vrier et mars 2005, ont ainsi d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en violences &#171; anti-Blancs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luc Bronner, &#171; Le spectre des violences anti-&#171; Blancs &#187; &#187;, Le Monde, 16 mars (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. La cohabitation entre une jeunesse issue de l'immigration et une jeunesse issue de la gentrification, distinction dont on parle peu, est pourtant devenue un enjeu consid&#233;rable dans des villes de plus en plus in&#233;galitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une soci&#233;t&#233; sur le chemin d'un mod&#232;le communautaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le m&#233;tropolitain est pl&#233;biscit&#233; par les &#233;lites et plus largement par les cat&#233;gories qui b&#233;n&#233;ficient le plus de la mondialisation. Mod&#232;le &#233;conomique, il dessine aussi les contours d'un nouveau mod&#232;le d'organisation sociale. Dans ce syst&#232;me, les in&#233;galit&#233;s sociales laissent la place aux in&#233;galit&#233;s ethnoculturelles au plus grand b&#233;n&#233;fice des classes dominantes. Mieux encore, il appara&#238;t que des populations a priori en conflits d'int&#233;r&#234;ts, couches sup&#233;rieures et couches populaires immigr&#233;es, adh&#232;rent dans une m&#234;me euphorie au processus d'int&#233;gration &#224; l'&#233;conomie-monde et aux valeurs d'une soci&#233;t&#233; multiculturelle &#171; d&#233;territorialis&#233;e &#187;. Comment expliquer ce paradoxe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais la &#171; bourgeoisie &#187; ou la &#171; petite bourgeoisie &#187; n'a v&#233;cu dans des espaces aussi in&#233;galitaires. Cette accentuation des in&#233;galit&#233;s au c&#339;ur des lieux de pouvoir n'a pourtant d&#233;bouch&#233; sur aucun conflit social majeur. Si les violences urbaines et les &#233;meutes sont r&#233;currentes, elles ne traduisent nullement une contestation radicale du syst&#232;me et restent donc inoffensives. L'&#233;conomie de march&#233; et l'id&#233;ologie lib&#233;rale ne souffrent d'aucune remise en cause dans les quartiers dits sensibles. D'ailleurs, les &#233;meutes n'ont jamais d&#233;bouch&#233; sur la moindre conqu&#234;te d'acquis sociaux mais sur des relances de la politique de la ville centr&#233;e sur la discrimination positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laboratoire sociologique et id&#233;ologique, les grandes m&#233;tropoles montrent leur capacit&#233; &#224; g&#233;rer une soci&#233;t&#233; de plus en plus in&#233;galitaire en substituant la question ethnoculturelle &#224; la question sociale. Cette op&#233;ration vise &#224; d&#233;samorcer par avance tout conflit de classes, potentiellement tr&#232;s co&#251;teux. Paradoxalement, dans ce syst&#232;me, les in&#233;galit&#233;s socioculturelles favorisent la cohabitation. &#8212;Les diff&#233;rences de classes entre couches populaires immigr&#233;es et cat&#233;gories sup&#233;rieures disparaissent, tandis que les diff&#233;rences culturelles sont valoris&#233;es. La diversit&#233; culturelle des grandes m&#233;tropoles participe ainsi &#224; un efficace brouillage de classe qui permet aux couches sup&#233;rieures urbaines de maintenir leur domination. On comprend dans ce contexte l'attachement de plus en plus marqu&#233; des classes dominantes des pays d&#233;velopp&#233;s &#224; une diversit&#233; qui rend acceptables les in&#233;galit&#233;s en faisant dispara&#238;tre toute concurrence. La lutte des classes pour l'&#233;galit&#233; sociale laisse ainsi 1a place &#224; un combat pour la diversit&#233; et &#224; une l&#233;gitimisation de l'in&#233;galit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benn Michaels, La Diversit&#233; contre l'&#233;galit&#233;, Raisons d'agir, 2009&#034; id=&#034;nh35-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ne doutons pas d'ailleurs que les minorit&#233;s visibles puissent obtenir rapidement une meilleure repr&#233;sentation, notamment politique, c'est le prix, relativement modique, de la continuit&#233; du syst&#232;me. On comprend donc que, dans les m&#233;tropoles, l'immigration soit majoritairement per&#231;ue comme un processus positif. Elle emp&#234;che toute r&#233;surgence du conflit de classes, assure la p&#233;rennit&#233; d'un syst&#232;me de plus en plus in&#233;galitaire socialement pour un co&#251;t relativement modeste en comparaison des b&#233;n&#233;fices tir&#233;s de la mondialisation &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;barrass&#233; d'une &#171; question sociale &#187;, aujourd'hui d&#233;localis&#233;e dans les espaces p&#233;riurbains et ruraux o&#249; se concentrent d&#233;sormais la majorit&#233; des ouvriers et des employ&#233;s, le champ politique des m&#233;tropoles s'av&#232;re particuli&#232;rement apais&#233;. Les d&#233;bats politiques se focalisent sur les sujets de soci&#233;t&#233; o&#249; les socialistes et les Verts excellent. Des majorit&#233;s vertes et roses se sont ainsi constitu&#233;es dans la plupart des grandes m&#233;tropoles et confirment le choix d'une &#171; gestion soci&#233;tale &#187; de la ville in&#233;galitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce syst&#232;me, les rapports entre dominants et domin&#233;s ne se d&#233;ployant d&#233;sormais plus que sur un registre soci&#233;tal, les nouvelles couches populaires ne peuvent plus jouer que sur la victimisation et la mauvaise conscience des couches sup&#233;rieures pour influencer le jeu politique. Les politiques publiques en direction des couches populaires (politique de la ville) ou plus largement les mesures de discrimination positive ne sont pas le fruit d'une n&#233;gociation sociale mais d'abord celui d'un compromis soci&#233;tal sur une base ethnoculturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d'ailleurs se demander si aujourd'hui les m&#233;tropoles ne sont pas le laboratoire d'un &#171; communautarisme &#224; la fran&#231;aise &#187;. Car si le renforcement des flux migratoires et les concentrations ethnoculturelles favorisent un communautarisme de fait, il convient de s'interroger sur une &#171; gestion de plus en plus communautaire &#187; des politiques municipales. Si cette d&#233;rive s'explique par la sociologie particuli&#232;re des m&#233;tropoles, elle est aussi favoris&#233;e par une nouvelle bourgeoisie dont les id&#233;aux l'&#233;loignent de l'&#233;galitarisme r&#233;publicain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilit&#233; est l'une des caract&#233;ristiques des habitants des m&#233;tropoles. Dans la logique de la mondialisation lib&#233;rale, les individus doivent &#234;tre mobiles, nomades. La positivit&#233; des concepts de &#171; villes en mouvement &#187;, de &#171; mondialisation des &#233;changes &#187;, de &#171; mobilit&#233; &#187; permet de l&#233;gitimer la recomposition sociale, c'est-&#224;-dire l'embourgeoisement des villes et la rel&#233;gation des couches populaires. La &#171; mobilit&#233; &#187; et le &#171; nomadisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Attali, L'Homme nomade, Fayard, 2003.&#034; id=&#034;nh35-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ne d&#233;crivent plus seulement des d&#233;placements dans l'espace, mais repr&#233;sentent des valeurs positives ind&#233;passables. Il appara&#238;t ainsi que, pour les &#233;lites, le &#171; world way of life &#187; passe par une mobilit&#233; permanente des personnes. Dans ce contexte, l'immigration devient peu &#224; peu la norme. Peu importe que le fait migratoire ne concerne en r&#233;alit&#233; qu'&#224; peine 3 % de la population mondiale, la mobilit&#233; des personnes appara&#238;t d&#233;sormais comme un horizon ind&#233;passable. L'immigration sera ainsi per&#231;ue comme un progr&#232;s, jamais comme un arrachement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les m&#233;tropoles, cette id&#233;ologie, qui conf&#232;re au &#171; bougisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre-Andr&#233; Taguieff, R&#233;sister au bougisme, Mille et Une Nuits, 2001.&#034; id=&#034;nh35-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, est d'autant plus forte que la mobilit&#233; caract&#233;rise l'ensemble de l'&#233;ventail social, des couches sup&#233;rieures aux couches populaires immigr&#233;es. La sociologie des m&#233;tropoles est aussi une sociologie de la mobilit&#233;. Cette derni&#232;re constitue une part de l'identit&#233; des habitants des grandes villes et sous-tend un rapport particulier au territoire et &#224; la Nation. Cette &#171; d&#233;territorialisation &#187;, qui se confond parfois avec une &#171; d&#233;nationalisation &#187;, explique que les m&#233;tropoles mondialis&#233;es soient les territoires qui pl&#233;biscitent le plus la gouvernance europ&#233;enne en attendant la gouvernance mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des centres prescripteurs face &#224; des p&#233;riph&#233;ries aphones...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des aspirations soci&#233;tales de la nouvelle bourgeoisie urbaine &#224; la culture populaire issue des quartiers sensibles, il appara&#238;t que l'h&#233;g&#233;monie culturelle des m&#233;tropoles s'exerce tout autant par le &#171; haut &#187; que par le &#171; bas &#187;. Si la &#171; bobo&#239;sation &#187; de la sph&#232;re m&#233;diatique et culturelle est souvent critiqu&#233;e, on souligne peu l'importance de la culture issue des quartiers populaires m&#233;tropolitains sur une grande partie de la jeunesse. Les m&#233;tropoles sont ainsi devenues des centres prescripteurs pour l'ensemble des territoires. Cette domination culturelle et politique des centres fait ressortir encore davantage l'invisibilit&#233; culturelle et politique des p&#233;riph&#233;ries p&#233;riurbaines et rurales. Cette France invisible concentre l'essentiel des couches populaires perdues de vue par la classe dirigeante et dont le poids d&#233;mographique ne cesse de se renforcer. Car le nouveau monde, celui des m&#233;tropoles in&#233;galitaires, n'a pas encore fait dispara&#238;tre l'essentiel d'une France populaire et &#233;galitaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb35-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'usine Continental de Clairoix avait propos&#233; &#224; 1 120 salari&#233;s un reclassement en Tunisie pour un salaire brut de 137 euros par mois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Louis Chauvel, &#171; Le retour des classes sociales &#187;, &lt;i&gt;Revue de l'OFCE&lt;/i&gt;, n&#176; 79, octobre 2001&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En 2010, les personnes qui ont un patrimoine d&#233;passant 790 000 euros doivent acquitter l'ISF.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde-Direct matin&lt;/i&gt;, &#171; Un d&#233;sir prudent d'appartement &#187;, 9 septembre 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Luc Bronner, &#171; Le spectre des violences anti-&#171; Blancs &#187; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 16 mars 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Walter Benn Michaels, &lt;i&gt;La Diversit&#233; contre l'&#233;galit&#233;&lt;/i&gt;, Raisons d'agir, 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jacques Attali, &lt;i&gt;L'Homme nomade&lt;/i&gt;, Fayard, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pierre-Andr&#233; Taguieff, &lt;i&gt;R&#233;sister au bougisme&lt;/i&gt;, Mille et Une Nuits, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Notre civilisation pourrait-elle s'effondrer ? Personne ne veut y croire</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?723-notre-civilisation-pourrait-elle-s</link>
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		<dc:date>2014-01-30T12:29:39Z</dc:date>
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		<dc:subject>D&#233;mographie</dc:subject>

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&lt;p&gt;Texte de St&#233;phane Foucart publi&#233; par Le Monde du 07.02.2013 --------------- Depuis 1968, le biologiste am&#233;ricain Paul Ehrlich met en garde l'opinion sur les dangers de la surpopulation. Pour son &#233;lection &#224; la Royal Society de Londres, Paul Ehrlich tenait &#224; mettre sur la table une question abrupte sur la marche du monde. Cette question, elle ne cesse de le travailler depuis quatre d&#233;cennies : &#171; Un effondrement de la civilisation globale peut-il &#234;tre &#233;vit&#233; ? &#187; C'est donc le titre que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-219-demographie-+" rel="tag"&gt;D&#233;mographie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte de St&#233;phane Foucart publi&#233; par &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/02/07/notre-civilisation-pourrait-elle-s-effondrer-personne-ne-veut-y-croire_1828673_3246.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le Monde du 07.02.2013&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis 1968, le biologiste am&#233;ricain Paul Ehrlich met en garde l'opinion sur les dangers de la surpopulation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour son &#233;lection &#224; la Royal Society de Londres, Paul Ehrlich tenait &#224; mettre sur la table une question abrupte sur la marche du monde. Cette question, elle ne cesse de le travailler depuis quatre d&#233;cennies : &#171; Un effondrement de la civilisation globale peut-il &#234;tre &#233;vit&#233; ? &#187; C'est donc le titre que le c&#233;l&#232;bre biologiste am&#233;ricain a choisi pour la longue tribune qu'il a r&#233;dig&#233;e &#224; l'invitation de la plus v&#233;n&#233;rable des acad&#233;mies des sciences et qui vient d'&#234;tre publi&#233;e dans &lt;i&gt;Proceedings of the Royal Society B&lt;/i&gt; - l'une des revues qu'elle &#233;dite. H&#233;las ! Cette interrogation, qui ne soulevait gu&#232;re, jusqu'&#224; r&#233;cemment, que des haussements d'&#233;paules, est d&#233;sormais de plus en plus s&#233;rieusement consid&#233;r&#233;e par la communaut&#233; scientifique.
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&lt;p&gt;Les premi&#232;res phrases de Paul Ehrlich, toujours membre, &#224; plus de 80 ans, du d&#233;partement de biologie de l'universit&#233; Stanford (Californie), ont servi d'entr&#233;e en mati&#232;re &#224; un colloque sur la biodiversit&#233; et la croissance &#233;conomique, le 31 janvier, &#224; l'Ecole des mines de Paris. Elles donnent le ton. &lt;i&gt;&#171; A peu pr&#232;s toutes les civilisations pass&#233;es ont subi un effondrement, c'est-&#224;-dire une perte de complexit&#233; politique et socio-&#233;conomique, g&#233;n&#233;ralement accompagn&#233;e d'un d&#233;clin drastique de la d&#233;mographie&lt;/i&gt;, &#233;crivent le biologiste am&#233;ricain et sa compagne, Anne Ehrlich, &#233;galement professeur &#224; Stanford. &lt;i&gt;Certaines, comme en Egypte ou en Chine, se sont remises de situations d'effondrement mais d'autres non, comme la civilisation de l'&#238;le de P&#226;ques, ou les Mayas classiques. (...) Dans bien des cas - sinon la plupart - la surexploitation de l'environnement a &#233;t&#233; en cause. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#201;CHAUFFEMENT CLIMATIQUE ET ACIDIFICATION DES OC&#201;ANS &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La nouveaut&#233; du probl&#232;me est sa dimension globale. Jadis, l'&#233;croulement des soci&#233;t&#233;s n'a jamais &#233;t&#233; qu'un ph&#233;nom&#232;ne local ou r&#233;gional. A quelques centaines de kilom&#232;tres des lieux o&#249; se tramait le d&#233;litement de soci&#233;t&#233;s structur&#233;es, rien de tangible ne se produisait. Les hommes continuaient &#224; vivre paisiblement. &lt;i&gt;&#171; Mais, aujourd'hui, pour la premi&#232;re fois, une civilisation humaine globale - la soci&#233;t&#233; technologique, de plus en plus interconnect&#233;e, dans laquelle nous sommes tous embarqu&#233;s &#224; un degr&#233; ou &#224; un autre - est menac&#233;e d'effondrement par un ensemble de probl&#232;mes environnementaux &#187;&lt;/i&gt;, poursuit l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces probl&#232;mes sont connus. Ils sont au centre d'une somme consid&#233;rable de travaux de recherche ; ils ont tous en commun d'affecter les &#233;cosyst&#232;mes et, en cons&#233;quence, de menacer les services qu'ils offrent gracieusement aux &#233;conomies. C'est-&#224;-dire aux hommes. La liste qu'&#233;gr&#232;nent Anne et Paul Ehrlich est longue. Erosion rapide de la biodiversit&#233; ; exploitation irraisonn&#233;e des oc&#233;ans ; destruction acc&#233;l&#233;r&#233;e des insectes pollinisateurs, qui assurent la reproduction de 80 % du r&#232;gne v&#233;g&#233;tal ; &#233;puisement des sols et des eaux souterraines ; formation de vastes zones mortes dans les oc&#233;ans, &#224; l'embouchure des grands fleuves qui charrient les effluents agricoles. Avec, surplombant et d&#233;terminant partiellement le tout, deux ph&#233;nom&#232;nes globaux li&#233;s &#224; nos &#233;missions de gaz &#224; effet de serre : le r&#233;chauffement climatique et l'acidification des oc&#233;ans. L'humanit&#233; a donc devant elle un certain nombre de difficult&#233;s...
Pour tous ceux qui s'int&#233;ressent &#224; l'&#233;cologie scientifique et &#224; la biologie de la conservation, Paul Ehrlich est connu comme le loup blanc. En 1968 - cinq ans avant &lt;i&gt;Les Limites &#224; la croissance&lt;/i&gt;, rapport du Club de Rome, qui fait date -, il publiait &lt;i&gt;The Population Bomb&lt;/i&gt;, un ouvrage grand public dont il vendit quelque deux millions d'exemplaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Paul Ehrlich a toujours eu comme id&#233;e que la d&#233;mographie est au centre de tout, que nous sommes trop sur la plan&#232;te et qu'il fallait trouver des moyens pour &#234;tre moins nombreux &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;sume le biologiste Gilles Boeuf, pr&#233;sident du Mus&#233;um national d'histoire naturelle. &lt;i&gt;&#171; A sa publication, ce livre a re&#231;u beaucoup d'attention&lt;/i&gt;, se souvient James Brown, professeur &#224; l'universit&#233; du Nouveau-Mexique, aux Etats-Unis, et membre de l'Acad&#233;mie des sciences am&#233;ricaine. &lt;i&gt;On commen&#231;ait &#224; prendre conscience qu'une croissance exponentielle ne pourrait pas continuer ind&#233;finiment sur une Terre finie. Je crois que beaucoup &#233;taient cependant sceptiques sur l'horizon de temps auquel Paul Ehrlich pr&#233;voyait un effondrement. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; VERS DE PLUS VASTES FAMINES &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De fait, le biologiste augurait de vastes famines dans les ann&#233;es 1990 - elles n'ont pas eu lieu. &lt;i&gt;&#171; Ce qui est souvent d&#233;crit comme des pr&#233;visions &#187;fausses&#171; n'&#233;tait que des sc&#233;narios, clairement pr&#233;sent&#233;s comme des histoires qui devaient aider &#224; penser le futur et dont certaines ne se r&#233;aliseraient pas&lt;/i&gt;, r&#233;pond Paul Ehrlich. &lt;i&gt;Mais la principale erreur du livre est de sous-estimer la vitesse &#224; laquelle la &#187;r&#233;volution verte&#171; [modernisation des techniques agricoles] s'est propag&#233;e dans les pays pauvres. Cela a sauv&#233; beaucoup de vies, mais nous a aussi mis sur les rails o&#249; nous sommes d&#233;sormais, vers de plus vastes famines. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement, c'est d'abord la faim. Ce qui tourmente Paul Ehrlich depuis quarante ans est avant tout une question d'agriculture, de nourriture et d'estomacs &#224; remplir. Cette crainte, r&#233;torquent les d&#233;tracteurs du n&#233;omalthusianisme, ne serait qu'une vieille lune puisant dans un mill&#233;narisme irrationnel, remontant &#224; bien avant Thomas Malthus (1766-1834) lui-m&#234;me. On trouve, de fait, trace de cette pr&#233;occupation aux toutes premi&#232;res heures de l'Histoire. Le plus ancien texte de l'humanit&#233;, L'Epop&#233;e de Gilgamesh, le c&#233;l&#232;bre conte m&#233;sopotamien dont la composition remonte &#224; la fin du IIIe mill&#233;naire avant notre &#232;re, ne met-il pas en sc&#232;ne un ar&#233;opage de divinit&#233;s d&#233;cid&#233;es &#224; punir l'humanit&#233; pour sa propension &#224; la multitude ?
&lt;i&gt;&#171; La Terre peut nourrir neuf milliards d'individus sans probl&#232;me &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;torquent ainsi les adversaires de Paul Ehrlich. Mais ceux qui ont le privil&#232;ge d'&#233;crire que les famines ne sont pas un &#171; probl&#232;me &#187; ne sont jamais ceux qui ont eu faim. &#171; &lt;i&gt;Je trouve l'optimisme de beaucoup d'analystes assez perturbant, sachant qu'aujourd'hui presque un milliard d'humains souffrent de la faim et que des millions d'entre eux en meurent chaque ann&#233;e, ajoute le biologiste am&#233;ricain. Si c'est si facile, pourquoi tout le monde n'est-il pas correctement nourri ? Il y a sans doute plus de personnes souffrant de faim et de malnutrition aujourd'hui qu'en 1968 &#187;&lt;/i&gt;, lors de la parution de &lt;i&gt;The Population Bomb&lt;/i&gt;. Il n'y avait, alors, que trois milliards et demi d'humains sur Terre - nous sommes aujourd'hui plus du double.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#201;CLIN DE LA P&#202;CHE MONDIALE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce que souligne Paul Ehrlich, c'est que, m&#234;me si, dans la situation actuelle, on calcule que la Terre pourrait nourrir neuf milliards d'humains, nous ne sommes absolument pas s&#251;rs que cela soit encore possible dans quelques d&#233;cennies&lt;/i&gt;, redoute le biologiste Gilles Boeuf. &lt;i&gt;Simplement parce que le syst&#232;me de production va commencer &#224; subir les effets des perturbations que nous avons introduites dans le syst&#232;me, &#224; commencer par le changement climatique. &#187;&lt;/i&gt; Dans de nombreuses r&#233;gions du monde et pour certaines grandes cultures, &lt;i&gt;&#171; les rendements agricoles n'augmentent plus depuis sept &#224; huit ans &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;cise le pr&#233;sident du Mus&#233;um. En France, par exemple, les effets du changement climatique sur le bl&#233; se font sentir depuis 1996 : en d&#233;pit des progr&#232;s agronomiques, les rendements stagnent, apr&#232;s un demi-si&#232;cle de croissance continue. C'est le cas dans la majeure partie de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture ne sera pas le seul syst&#232;me affect&#233;. Les p&#234;cheries souffrent &#233;galement : depuis le milieu des ann&#233;es 1990, les prises mondiales d&#233;clinent, en d&#233;pit d'un effort de p&#234;che toujours accru. Toujours plus de bateaux sont arm&#233;s, traquent la ressource de plus en plus loin et de plus en plus profond, mais le produit de la p&#234;che mondiale d&#233;cline inexorablement. La tendance pourrait &#234;tre encore aggrav&#233;e par le r&#233;chauffement des eaux superficielles de l'oc&#233;an et, surtout, par leur acidification. La mani&#232;re dont les &#233;cosyst&#232;mes marins peuvent s'adapter &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne est largement inconnue, puisque ce dernier se produit &#224; un rythme in&#233;dit depuis au moins 300 millions d'ann&#233;es, selon une r&#233;cente &#233;tude publi&#233;e dans la revue &lt;i&gt;Science&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au chapitre des courbes qui plafonnent, celle de la production p&#233;troli&#232;re n'est pas la moindre. Entre 2004 et 2011, malgr&#233; une demande explosive, elle a stagn&#233;, selon la &lt;i&gt;BP Statistical Review of World Energy&lt;/i&gt;, entre 80 et 83 millions de barils par jour... Et ce, en comptant les ressources non conventionnelles (huile de schiste, sables bitumineux, etc.). &lt;i&gt;&#171; La &#187;bombe&#171; et les &#187;limites&#171; , &lt;/i&gt;commente James Brown en r&#233;f&#233;rence &#224; l'ouvrage de Paul Ehrlich et au rapport du Club de Rome, &lt;i&gt;deviennent probablement une r&#233;alit&#233; en ce moment m&#234;me. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE REVIREMENT DE LA COMMUNAUT&#201; SCIENTIFIQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le dernier tiers du XXe si&#232;cle, la question de la finitude du monde est demeur&#233;e marginale dans la communaut&#233; scientifique. Elle n'a pas suscit&#233; une &#233;cole de pens&#233;e structur&#233;e, comme la physique des semi-conducteurs, la g&#233;nomique ou la climatologie. L'opinion et les craintes de Paul Ehrlich sont-elles d&#233;sormais partag&#233;es par tous ? &lt;i&gt;&#171; Non, il est toujours critiqu&#233; et consid&#233;r&#233; comme trop pessimiste&lt;/i&gt;, estime James Brown. &lt;i&gt;La majorit&#233; de la communaut&#233; scientifique ne reconna&#238;t pas ce qu'Ehrlich ou encore mon groupe de recherche et moi consid&#233;rons comme une urgence critique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez les chercheurs qui travaillent sp&#233;cifiquement sur le fonctionnement des &#233;cosyst&#232;mes, la r&#233;alit&#233; est peut-&#234;tre diff&#233;rente. &lt;i&gt;&#171; Ce n'est pas un tableau tr&#232;s joyeux qu'il d&#233;peint&lt;/i&gt;, confie Franck Courchamp, chercheur au laboratoire Ecologie, syst&#233;matique et &#233;volution (CNRS/universit&#233; Paris-Sud), &lt;i&gt;mais malheureusement je pense qu'il &#233;crit tout haut ce que la plupart des &#233;cologues pensent tout bas. &#187;&lt;/i&gt; La prestigieuse revue &lt;i&gt;Nature&lt;/i&gt; a par exemple publi&#233;, au printemps 2012, deux vastes synth&#232;ses de la litt&#233;rature scientifique, men&#233;es collectivement par une quarantaine de sp&#233;cialistes du fonctionnement des &#233;cosyst&#232;mes. Leurs conclusions sont gla&#231;antes : non seulement l'ensemble de la biosph&#232;re terrestre conna&#238;tra une &lt;i&gt;&#171; bascule abrupte et irr&#233;versible &#187;&lt;/i&gt; dans les prochaines d&#233;cennies, du fait des transformations apport&#233;es par l'homme &#224; l'environnement, mais les services rendus aux &#233;conomies par ce dernier vont perdre en efficacit&#233; du fait de l'&#233;rosion de la biodiversit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DES &#201;TUDES LARGEMENT IGNOR&#201;ES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Probablement trop d&#233;primantes, ces deux synth&#232;ses de la litt&#233;rature, r&#233;sumant le savoir accumul&#233; par des centaines d'&#233;tudes, ont &#233;t&#233; relativement ignor&#233;es par les m&#233;dias. Elles sont pass&#233;es inaper&#231;ues. A peu pr&#232;s autant que l'avis commun rendu en juin 2012 par les 106 acad&#233;mies des sciences, intitul&#233; &#171; Population et consommation &#187; et qui, en termes prudents, n'en valide pas moins les inqui&#233;tudes anciennes de Paul Ehrlich. &lt;i&gt;&#171; Les accroissements simultan&#233;s de la population et de la consommation non durable font que le monde se trouve face &#224; deux de ses plus grands d&#233;fis, assurent les acad&#233;mies des sciences. La population mondiale est de 7 milliards d'habitants, et la plupart des projections indiquent qu'elle sera de 7 &#224; 11 milliards en 2050, sachant que l'accroissement de la population se fera surtout dans les r&#233;gions &#224; faible revenu. Globalement, les niveaux de consommation sont &#224; un niveau jamais atteint, largement en raison de la forte consommation par individu dans les pays d&#233;velopp&#233;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de l'establishment scientifique, les id&#233;es du biologiste am&#233;ricain commencent donc &#224; faire leur chemin. Il suffit, pour s'en rendre compte, de relever le nombre de fois que &lt;i&gt;The Population Bomb&lt;/i&gt; est cit&#233; dans la litt&#233;rature scientifique. Entre 1968 et 1995, il n'y est fait r&#233;f&#233;rence que deux fois. Autant dire que l'ouvrage, malgr&#233; son succ&#232;s aupr&#232;s du public, est poliment ignor&#233;. Mais dans la d&#233;cennie suivante, entre 1995 et 2005, il est cit&#233; de dix &#224; vingt fois par an, puis de vingt &#224; quarante fois par an depuis 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, si elle appara&#238;t comme une pr&#233;occupation de plus en plus partag&#233;e chez les scientifiques, l'impossibilit&#233; d'une croissance exponentielle &#233;ternellement entretenue dans un monde fini reste largement ignor&#233;e dans les cercles dirigeants, parmi les &#233;conomistes et dans l'opinion. Le gouffre est en effet &#233;norme entre les centaines d'&#233;tudes alarmantes et le &#171; climat &#187; g&#233;n&#233;ral des r&#233;actions. &lt;i&gt;&#171; Il y a dans la communaut&#233; scientifique une retenue sur ces sujets qui m'a toujours &#233;tonn&#233;&lt;/i&gt;, ajoute M. Courchamp. &lt;i&gt;M&#234;me dans les instances nationales, les scientifiques sp&#233;cialistes ont toujours peur d'&#234;tre accus&#233;s de catastrophisme, d'opinions militantes ou exag&#233;r&#233;es. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;UNE CONNAISSANCE CONFIN&#201;E &#192; UN PETIT NOMBRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias, eux aussi, sont souvent r&#233;ticents &#224; traiter pleinement ces sujets, souvent jug&#233;s trop anxiog&#232;nes. La connaissance accumul&#233;e sur l'&#233;tat de tension entre le syst&#232;me technique humain et la biosph&#232;re demeure ainsi confin&#233;e &#224; un petit nombre de sp&#233;cialistes. &lt;i&gt;&#171; Certains essayent [de communiquer], mais les scientifiques ne sont pas form&#233;s pour parler au public et les normes de la science et la discipline de la pratique scientifique militent contre le fait d'aller vers le public, explique Paul Ehrlich. Mais plusieurs d'entre nous, tous des &#8216;&#8216;vieux briscards'', s'engagent : James Hansen, le plus titr&#233; des climatologues f&#233;d&#233;raux [directeur du Goddard Institute for Space Studies de la NASA], a m&#234;me &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233; pour avoir manifest&#233; contre la construction d'une centrale &#224; charbon. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ignorance, par le plus grand nombre, de la situation telle que la per&#231;oivent les sp&#233;cialistes compte au nombre des grandes pr&#233;occupations du biologiste am&#233;ricain. &#171; &lt;i&gt;Pour &#233;viter un effondrement, le plus grand d&#233;fi est peut-&#234;tre de convaincre l'opinion, en particulier les hommes politiques et les &#233;conomistes &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit-il. Une grande part des communaut&#233;s scientifiques et techniques investies dans la recherche et le d&#233;veloppement sont aussi toujours r&#233;tives &#224; l'id&#233;e d'une finitude du monde. &lt;i&gt;&#171; Je le vois dans mes conf&#233;rences : il y a encore un d&#233;ni incroyable &#224; propos de notre situation, rel&#232;ve Gilles Boeuf. Parfois, ce sont m&#234;me des scientifiques qui me disent : &#187;On ne croit pas &#224; ce que vous dites&#171; ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA FRANCE, CHAMPIONNE DU D&#201;NI&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur le terrain du d&#233;ni, la France occupe une place &#224; part. D'abord, ing&#233;nieurs et scientifiques passent souvent par des formations communes. Ensuite, la langue fran&#231;aise a mis dans le m&#234;me mot - &#171; &#233;cologie &#187; - une science et un mouvement politique. Du coup, les faits scientifiques qui rel&#232;vent de la premi&#232;re sont sans cesse relativis&#233;s et discut&#233;s comme le seraient les postures id&#233;ologiques du second. &#171; &lt;i&gt;Nous avons un vrai probl&#232;me avec &#231;a, confie Gilles Boeuf. Nous ne sommes pas &#233;cologistes, nous sommes &#233;cologues ! &#187; &lt;/i&gt;Il ne faut pas sous-estimer la force de la confusion des mots. La France est par exemple le dernier pays dont l'Acad&#233;mie des sciences, en d&#233;pit des textes internationaux qu'elle a sign&#233;s, estime incertaine l'origine anthropique du changement climatique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, lorsqu'un probl&#232;me environnemental semble tr&#232;s incertain, il n'y a nulle raison de chercher &#224; le r&#233;soudre. Surtout si sa r&#233;solution demande des efforts colossaux. Le sera-t-il jamais ? Au terme de leur longue tribune dans &lt;i&gt;Proceedings of the Royal Society B&lt;/i&gt;, Paul et Anne Ehrlich r&#233;pondent, de mani&#232;re &#233;tonnante, oui : &lt;i&gt;&#171; L'effondrement de la civilisation globale &#187; peut &#234;tre &#233;vit&#233;, &#171; car la soci&#233;t&#233; moderne a montr&#233; de la capacit&#233; &#224; traiter les menaces de long terme, si elles sont &#233;videntes et continuellement port&#233;es &#224; notre attention &#187;.&lt;/i&gt; Mais cette note d'espoir est vite remise &#224; sa place. &lt;i&gt;&#171; Nous estimons que la probabilit&#233; d'&#233;viter l'effondrement n'est que d'environ 10 %, pr&#233;cise Paul Ehrlich. Et nous pensons que, pour le b&#233;n&#233;fice des g&#233;n&#233;rations futures, cela vaut le coup de se battre pour monter cette probabilit&#233; &#224; 11 %. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale incertitude ne repose sans doute pas sur les grands changements d'&#233;tat de la biosph&#232;re et la rar&#233;faction des ressources. Elle tient plut&#244;t au fait de savoir ce qu'est un &#171; effondrement &#187;, c'est-&#224;-dire de quelle mani&#232;re les soci&#233;t&#233;s r&#233;agiront &#224; ces changements. Appauvrissement brutal des populations ? Perte de contr&#244;le des Etats sur leur territoire ? Incapacit&#233; &#224; assurer les besoins de base de la population ? G&#233;n&#233;ralisation de la violence ? Ou r&#233;duction graduelle et pacifique de la consommation mat&#233;rielle, accompagn&#233;e d'une plus forte coh&#233;sion sociale ? Ces questions restent ouvertes et ne sont pas du ressort des sciences de la nature. Mais le spectacle qu'offre un pays comme la Gr&#232;ce n'incite gu&#232;re &#224; l'optimisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La fable de la mixit&#233; urbaine</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?649-la-fable-de-la-mixite-urbaine</link>
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		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie</dc:subject>
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		<dc:subject>Guilluy C.</dc:subject>
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		<dc:subject>Multiculturalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article de Christophe Guilluy, g&#233;ographe Ouvrage : &#171; Fractures fran&#231;aises &#187; (Bourin &#233;diteur, 2010), paru dans Le Monde du 13 octobre 2011 Plus que son contenu, c'est d'abord la surm&#233;diatisation du rapport de l'Institut Montaigne qui est frappante. Le constat, celui d'une forme d'islamisation de certains territoires, n'est pas v&#233;ritablement une d&#233;couverte. On rappellera &#224; ce titre que le rapport Obin de l'&#233;ducation nationale montrait d&#233;j&#224;, en 2004, le d&#233;bordement dans l'espace public des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-108-sociologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-124-banlieue-+" rel="tag"&gt;Banlieue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-167-guilluy-c-+" rel="tag"&gt;Guilluy C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article de Christophe Guilluy, g&#233;ographe Ouvrage : &#171; Fractures fran&#231;aises &#187; (Bourin &#233;diteur, 2010), paru dans &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/13/la-fable-de-la-mixite-urbaine_1587164_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde du 13 octobre 2011&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Plus que son contenu, c'est d'abord la surm&#233;diatisation du rapport de l'Institut Montaigne qui est frappante. Le constat, celui d'une forme d'islamisation de certains territoires, n'est pas v&#233;ritablement une d&#233;couverte. On rappellera &#224; ce titre que le rapport Obin de l'&#233;ducation nationale montrait d&#233;j&#224;, en 2004, le d&#233;bordement dans l'espace public des pratiques communautaires dans les &#233;tablissements scolaires situ&#233;s dans des communes &#224; forte population musulmane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de bien nouveau donc, le probl&#232;me est en r&#233;alit&#233; sur la table depuis au moins dix ans. Cette question culturelle et identitaire est d'abord le fruit d'une dynamique d&#233;mographique. La question de l'islam ne serait pas aussi pr&#233;sente si elle ne s'inscrivait pas dans un contexte d&#233;mographique, celui de la croissance forte et r&#233;cente du nombre des musulmans en France et en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons ici que les communes cibl&#233;es par l'Institut Montaigne se caract&#233;risent d'abord par une transformation d&#233;mographique sans pr&#233;c&#233;dent. Entre 1968 et 2005, la part des jeunes d'origine &#233;trang&#232;re (dont au moins un parent est n&#233; &#224; l'&#233;tranger) est pass&#233;e de 22 % &#224; 76 % &#224; Clichy-sous-bois et de 29 % &#224; 55 % &#224; Montfermeil. Ce basculement d&#233;mographique est un point fondamental. Une majorit&#233; de ces jeunes est musulmane ou d'origine musulmane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visibilit&#233; de l'islam et de ses pratiques est ainsi directement li&#233;e &#224; l'importance de la dynamique d&#233;mographique : flux migratoires et accroissement naturel. La question est d'autant plus sensible qu'elle s'inscrit dans un contexte d&#233;mographique instable o&#249; les &#171; minorit&#233;s &#187; peuvent devenir majoritaires et inversement. Sur certains territoires, les populations d'origine musulmane sont donc devenues majoritaires. C'est le cas &#224; Clichy et Montfermeil. La passion qui entoure les d&#233;bats sur l'islam est directement li&#233;e &#224; la croissance du nombre de musulmans. La question du d&#233;bordement des pratiques religieuses interroge l'ensemble des Fran&#231;ais musulmans ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, ce d&#233;bat interroge aussi la question du multiculturalisme. Ainsi, si l'on rempla&#231;ait demain les 6 millions de musulmans par 6 millions de sikhs, les controverses sur le port du kirpan (comme cela a &#233;t&#233; le cas au Qu&#233;bec), poignard mais aussi symbole religieux pour la communaut&#233; sikh, se multiplieraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance des r&#233;actions suscit&#233;es par le rapport Kepel r&#233;v&#232;le en filigrane le malaise de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise face au surgissement d'une soci&#233;t&#233; multiculturelle encore impens&#233;e. Il faut dire que, en la mati&#232;re, nous nous sommes beaucoup menti. Convaincus de la sup&#233;riorit&#233; du mod&#232;le r&#233;publicain, en comparaison du mod&#232;le communautariste anglo-saxon, nous nous sommes longtemps berc&#233;s d'illusions sur la capacit&#233; de la R&#233;publique &#224; poursuivre, comme c'&#233;tait le cas par le pass&#233;, &#171; l'assimilation r&#233;publicaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; est que, depuis la fin des ann&#233;es 1970, ce mod&#232;le assimilationniste a &#233;t&#233; abandonn&#233; quand l'immigration a chang&#233; de nature en devenant familiale et extra-europ&#233;enne (pour beaucoup originaire de pays musulmans). Alors que l'on continuait &#224; s'enorgueillir du niveau des mariages mixtes, les pratiques d'&#233;vitement explosaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le s&#233;paratisme culturel est la norme. Il ne s'agit pas seulement d'un s&#233;paratisme social mais d'abord d'un s&#233;paratisme culturel. Pire, il frappe au coeur des classes populaires. D&#233;sormais, les classes populaires d'origine &#233;trang&#232;re et d'origine fran&#231;aise et d'immigration ancienne ne vivent plus sur les m&#234;mes territoires. Les strat&#233;gies r&#233;sidentielles ou scolaires concernent une majorit&#233; de Fran&#231;ais, tous cherchent &#224; &#233;riger des fronti&#232;res culturelles invisibles. Dans ce contexte, la fable des mariages mixtes ne convainc plus grand monde et ce d'autant plus que les chiffres les plus r&#233;cents indiquent un renforcement de l'endogamie et singuli&#232;rement de l'homogamie religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La promesse r&#233;publicaine qui voulait que &#171; l'autre &#187;, avec le temps, se fond&#238;t dans un m&#234;me ensemble culturel, a v&#233;cu. Dans une soci&#233;t&#233; multiculturelle, &#171; l'autre &#187; reste &#171; l'autre &#187;. Cela ne veut pas dire &#171; l'ennemi &#187; ou &#171; l'&#233;tranger &#187;, cela signifie que sur un territoire donn&#233; l'environnement culturel des gens peut changer et que l'on peut devenir culturellement minoritaire. C'est ce constat, pour partie occult&#233;, qui explique la mont&#233;e des partis populistes dans l'ensemble des pays europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le rapport Kepel est &#171; d&#233;rangeant &#187;, c'est d'abord parce qu'il nous parle d'un malaise identitaire qui touche d&#233;sormais une majorit&#233; de Fran&#231;ais. A ce titre, il faut relever l'importance de cette question pour l'ensemble des classes populaires d'origine fran&#231;aise ou &#233;trang&#232;re. C'est dans ce contexte qu'il faut lire la mont&#233;e de l'abstention et de la d&#233;fiance pour les grands partis aussi bien en banlieue que dans les espaces p&#233;riurbains, ruraux et industriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un islam identitaire travaille les banlieues, l'adh&#233;sion pour les th&#232;ses frontistes d'une part majoritaire des classes populaires de la France p&#233;riph&#233;rique souligne que la question sociale est d&#233;sormais ins&#233;parable de la question culturelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Des jeunes qui se demandent pourquoi ils sont n&#233;s en France</title>
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		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
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&lt;p&gt;Extrait du livre de Yves Lacoste, &#171; La question post-coloniale : une analyse g&#233;opolitique &#187;, Fayard 2010, pp. 84-93, partie &#233;ponyme. (...) Ceux qui sont n&#233;s en France ont certes une carte d'identit&#233; fran&#231;aise (privil&#232;ge tr&#232;s envi&#233; par ceux qui ne l'ont pas), mais beaucoup ne se croient gu&#232;re fran&#231;ais et se demandent quelle est leur vraie identit&#233;. La plupart ne savent que quelques mots d'arabe et ne pratiquent gu&#232;re les rites de l'islam, mais, on l'a vu, ils font tous le ramadan, car, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait du livre de Yves Lacoste, &#171; La question post-coloniale : une analyse g&#233;opolitique &#187;, Fayard 2010, pp. 84-93, partie &#233;ponyme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui sont n&#233;s en France ont certes une carte d'identit&#233; fran&#231;aise (privil&#232;ge tr&#232;s envi&#233; par ceux qui ne l'ont pas), mais beaucoup ne se croient gu&#232;re fran&#231;ais et se demandent quelle est leur vraie identit&#233;. La plupart ne savent que quelques mots d'arabe et ne pratiquent gu&#232;re les rites de l'islam, mais, on l'a vu, ils font tous le ramadan, car, apr&#232;s le je&#251;ne, c'est une f&#234;te familiale. Ils sont rarement all&#233;s dans le pays de leurs grands-parents &#224; l'occasion de vacances, mais s'ils y vont ils s'y sentent &#171; d&#233;pays&#233;s &#187; et somme toute mal vus par ceux qui y sont rest&#233;s. Avant la guerre civile, de jeunes Alg&#233;riens de France, qui, du fait d'accords entre les gouvernements de Paris et d'Alger, avaient d&#233;cid&#233; d'aller faire leur service militaire en Alg&#233;rie (car ils ne voulaient pas servir dans l'arm&#233;e fran&#231;aise), en sont reve&#173;nus traumatis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es se multiplient les propos publics qui non seulement d&#233;noncent la France pour son pr&#233;tendu colonia&#173;lisme persistant, mais la traitent de fa&#231;on parfois orduri&#232;re : il n'est que de pr&#234;ter attention &#224; ce que d&#233;bitent nombre de chanteurs de rap. Certes, il y a eu la manifestation en 1998 d'une sorte d'unit&#233; nationale &#171; black, blanc, beur &#187; apr&#232;s la victoire de l'&#233;quipe de France &#224; la Coupe du Monde de foot&#173;ball et l'&#233;norme popularit&#233; de Zidane, n&#233; &#224; Marseille dans une famille alg&#233;rienne. Depuis, beaucoup de &#171; jeunes des ban&#173;lieues &#187; semblent avoir pris l'habitude de siffler &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt; dans les stades : ce fut d'abord &#224; l'occasion d'un match amical France-Alg&#233;rie, mais cette pratique, qui scandalise nombre de Fran&#231;ais, tend &#224; se r&#233;p&#233;ter m&#234;me quand l'&#233;quipe d'Alg&#233;rie n'est pas en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela n'existait pas avant que dans les &#171; grands ensembles &#187; se succ&#232;dent les &#233;meutes des &#171; jeunes &#187; de la troi&#173;si&#232;me g&#233;n&#233;ration issue de l'immigration. &#192; la diff&#233;rence de leurs p&#232;res et plus encore de leurs grands-p&#232;res, ils ont &#233;cout&#233; les professeurs au coll&#232;ge et au lyc&#233;e faire des cours d'histoire sur le colonialisme et la traite des esclaves, la d&#233;colonisation et m&#234;me la guerre d'Alg&#233;rie, ce qui provoque &#233;videmment des pol&#233;miques et des discussions apr&#232;s les cours. Arrivent aussi dans les centres culturels et aussi sur Internet le discours des &#171; indig&#232;nes de la R&#233;publique &#187;. Puisqu'on y affirme que la France est un &#201;tat toujours colonialiste, ceux qui affrontent aujourd'hui de temps &#224; autre sa police pensent qu'ils font comme leurs grands-parents qui ont lutt&#233; contre le colonialisme avant de venir en France...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi les grands-p&#232;res sont-ils venus vivre en France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une question que l'on ne pose gu&#232;re aux sp&#233;cialistes de l'immigration, et, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les r&#233;ponses seraient : le ch&#244;mage, les d&#233;sillusions... Si l'on pose pr&#233;cis&#233;ment la question &#224; des &#171; jeunes &#187; de banlieue &#224; propos de leur propre grand-p&#232;re, personne ne sait que dire, car la plupart des grands-p&#232;res n'ont rien dit (ou ne peuvent plus rien dire) et le fils n'en sait pas davantage. Ce que disent maintenant les &#171; jeunes &#187; pour expliquer leur naissance en France, c'est que leurs grands-parents y ont &#233;t&#233; amen&#233;s de force pour fournir une main-d'oeuvre bon march&#233;. Mais cette explication ne s'accorde gu&#232;re avec la persistance du ch&#244;mage depuis plus de trente ans, et ces gens soi-disant amen&#233;s de force auraient pu ensuite repartir &#171; au pays &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; jeunes &#187; d'origine africaine invoquent quant &#224; eux la traite des esclaves. Cet argument est repris par d'autres dont les familles viennent des Antilles et qui r&#233;p&#232;tent le discours de militants anticolonialistes pour qui les Antillais qui se trouvent en France ont aussi &#233;t&#233; &#171; d&#233;port&#233;s &#187; en m&#233;tropole ; allusion au Bumidom (Bureau des migrations d'outre-mer) qui, dans les ann&#233;es 1950, par suite de la tr&#232;s forte croissance d&#233;mo&#173;graphique des DOM, a organis&#233; la venue en m&#233;tropole de Martiniquais et de Guadeloup&#233;ens, puis de R&#233;unionnais. &#171; D&#233;portation &#187; ? On leur r&#233;serva nombre d'emplois de fonc&#173; tionnaires dans diverses administrations (h&#244;pitaux, PTT, police) en leur payant tous les deux ans ainsi qu'&#224; leur famille le voyage en avion vers leur &#238;le natale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me des causes de l'immigration post-coloniale se pose en de tout autres termes quant &#224; ses d&#233;buts pour les Alg&#233;&#173;riens venus en France peu apr&#232;s l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie, au lendemain d'une terrible guerre. Pourquoi ce choix, alors que nombre d'entre eux venaient de combattre courageusement l'arm&#233;e fran&#231;aise ? Nous sommes l&#224; au point de d&#233;part du paradoxe de l'immigration post-coloniale en France, car ces Alg&#233;riens ont ensuite &#233;t&#233; suivis par beaucoup d'autres, puis par des Marocains et des Tunisiens... Il ne suffit pas de savoir comment ces combattants alg&#233;riens ont pu rester en France en profitant des lois d'amnistie. Il faut surtout savoir pourquoi ils ont quitt&#233; l'Alg&#233;rie alors qu'ils venaient de jouer un grand r&#244;le dans sa lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;ni du pass&#233; colonial ou d&#233;ni des causes de l'exode post-colonial ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascal Blanchard et Nicolas Bancel, quand ils affirment l'existence d'une &#171; fracture coloniale &#187; entre les Fran&#231;ais, expliquent celle-ci par le fait qu'en France on pratique de mul&#173;tiples fa&#231;ons le &#171; d&#233;ni &#187; du pass&#233; colonial : on &#233;vite d'en parler. Pourtant, dans la masse des &#233;crits qui stigmatisent la colonisa&#173;tion, ces deux historiens ne sont pas les seuls. Il est vrai qu'ils soulignent ses effets en France, et non pas surtout outre-mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anim&#233; d'une pr&#233;occupation assez diff&#233;rente, l'un des anima&#173;teurs de l'appel des indig&#232;nes de la R&#233;publique, Nicolas Qualander, d&#233;clare &#224; J&#233;r&#233;my Robine : &#171; Le but de l'Appel des indig&#232;nes se d&#233;cline sur trois ou quatre plans : le premier c'est la question de la m&#233;moire, le probl&#232;me du pass&#233; qui ne passe pas. &#187; Il ne croit pas si bien dire, car le &#171; probl&#232;me &#187; n'est pas seulement &#171; la reconnaissance des crimes coloniaux vis-&#224;-vis de toutes les populations issues de l'immigration &#187;. Cela est certes n&#233;cessaire non pas globalement et de fa&#231;on m&#233;taphysique, mais pour analyser de fa&#231;on pr&#233;cise l'histoire de chacun de ces crimes, et surtout en termes g&#233;opolitiques, puisqu'il s'est agi de rivalit&#233;s de pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue g&#233;opolitique, la &#171; question de la m&#233;moire &#187;, c'est d'abord de comprendre pourquoi ces Alg&#233;&#173;riens patriotes et courageux ont quitt&#233; leur pays au lende&#173;main de l'ind&#233;pendance, pour venir dans celui de leurs oppresseurs. Comment expliquer ce paradoxe g&#233;opolitique qui fait que les enfants de combattants alg&#233;riens ont ensuite eu la m&#234;me nationalit&#233; que les colonialistes les plus acharn&#233;s au maintien de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise et qu'ils parlent d&#233;sormais la m&#234;me langue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; leur d&#233;monstration de la &#171; fracture coloniale &#187;, Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire estiment que le pass&#233; colonial fait l'objet d'un v&#233;ritable &#171; d&#233;ni &#187;. Ils pensent que ce serait par honte que les citoyens fran&#231;ais &#233;vitent de par&#173;ler du colonialisme et de ses horreurs. &lt;i&gt;Le Livre noir du colonia&#173;lisme&lt;/i&gt; est pourtant un succ&#232;s de librairie et les ouvrages de gauche et d'extr&#234;me gauche qui stigmatisent la colonisation sont de plus en plus nombreux. En fait, les Fran&#231;ais ne s'&#233;taient plus occup&#233;s de la question coloniale d&#232;s qu'ils en avaient &#233;t&#233; d&#233;bar&#173;rass&#233;s avec l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie. Ils s'en soucient de nou&#173;veau, mais de fa&#231;on interne, &#224; cause des &#233;meutes de certaines banlieues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en serait all&#233; tout autrement si s'&#233;tait d&#233;velopp&#233; en France un mouvement (comme ce fut le cas en Italie de l'irr&#233;dentisme apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale) r&#233;clamant &#171; l'Alg&#233;rie fran&#231;aise &#187;, malgr&#233; les accords officiels, comme ce fut le cas pour l'Alsace-Lorraine durant quarante ans apr&#232;s son annexion par l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanchard et Bancel ont raison de dire qu'on a longtemps n&#233;glig&#233; en France l'histoire coloniale lorsqu'elle ne pouvait plus &#234;tre trait&#233;e en termes de fiert&#233; patriotique. Mais, depuis quelques ann&#233;es, se multiplient les ouvrages qui traitent de la colonisaton le plus souvent sous forme d'anthologies de r&#233;cits d'abomiations coloniales ou de dictionnaires pour en rappeler les pratiques, les difficult&#233;s ou les grands noms. Il ne s'agit gu&#232;re d'analyses de l'&#233;volution des rapports de force g&#233;opoli&#173;tiques depuis le d&#233;roulement des conqu&#234;tes jusqu'aux situa&#173;tions post-coloniales. Aujourd'hui, le besoin d'expliquer les contradictions de la situation post-coloniale oblige &#224; se soucier de fa&#231;on pr&#233;cise des guerres d'ind&#233;pendance et, bien plus en amont, du d&#233;roulement des conqu&#234;tes en tenant compte de la complexit&#233; des rapports g&#233;opolitiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi des patriotes alg&#233;riens sont-ils venus vivre en France d&#232;s 1963 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons-en &#224; la venue paradoxale en France d&#232;s 1963 d'un certain nombre de ceux qui avaient le plus combattu pour l'ind&#233;pendance de leur patrie. La plupart d'entre eux n'ont gu&#232;re parl&#233; ni surtout expliqu&#233; les raisons de l'exil vers la puis&#173;sance adverse. Leurs amis fran&#231;ais &#8212; car ils en avaient &#8212; n'ont alors pas trop cherch&#233;, semble-t-il, &#224; faire conna&#238;tre ce qui se passait en Alg&#233;rie, par crainte, dans une conjoncture encore incertaine, d'affaiblir un mouvement national qu'ils s'&#233;taient &#233;vertu&#233;s &#224; pr&#233;senter comme unanime. Par la suite, ils firent part de certains t&#233;moignages fort d&#233;sagr&#233;ables pour le gouver&#173;nement alg&#233;rien, mais le gouvernement fran&#231;ais, comme la gauche fran&#231;aise, ne tenait pas &#224; mettre en cause le nouveau pouvoir alg&#233;rien, pour &#233;viter qu'il ne d&#233;nonce &#8212; comme il en faisait p&#233;riodiquement la menace &#8212; les innombrables crimes de guerre de l'arm&#233;e fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'&#233;poque o&#249; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, journal qui le premier avait d&#233;nonc&#233; en 1957 des tortures syst&#233;matiques pratiqu&#233;es par l'arm&#233;e fran&#231;aise en Alg&#233;rie (notamment pendant &#171; la bataille d'Alger &#187;), &#233;tait amicalement nomm&#233; par les Alg&#233;rois le &lt;i&gt;Mond&#173;jahid&lt;/i&gt;, pour laisser entendre que le journal parisien avait pour les affaires d'Alg&#233;rie le ton du &lt;i&gt;Moudjahid&lt;/i&gt;, l'organe du parti unique alg&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre d'Alg&#233;rie fut en v&#233;rit&#233; une affaire compliqu&#233;e des deux c&#244;t&#233;s, et il est n&#233;cessaire d'en tenir compte pour mieux comprendre l'actuelle question post-coloniale en France. Plut&#244;t que de proc&#233;der d&#232;s maintenant &#224; une analyse g&#233;opolitique plus d&#233;taill&#233;e des causes de la guerre d'Alg&#233;rie et de son d&#233;rou&#173;lement, il para&#238;t utile de pr&#233;senter bri&#232;vement les deux raisons majeures pour lesquelles, d'une part, des Alg&#233;riens patriotes qui &#233;taient en France durant cette guerre ne sont pas rentr&#233;s en Alg&#233;rie apr&#232;s l'ind&#233;pendance et, d'autre part, pourquoi des Alg&#233;riens qui venaient de combattre les troupes fran&#231;aises sont venus en France d&#232;s 1963.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rivalit&#233; mortelle du FLN et du MNA&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant le d&#233;clenchement de l'insurrection du ter novembre 1954, le mouvement nationaliste alg&#233;rien s'est scind&#233; en deux, moins pour des raisons id&#233;ologiques que pour des rivalit&#233;s personnelles entre les jeunes chefs du Front de lib&#233;ration nationale (FLN) et le vieux leader Messali Hadj. Celui-ci avait cr&#233;&#233; en 1928 en France (avec un journal, &lt;i&gt;L'&#201;toile nord-africaine&lt;/i&gt;) parmi les travailleurs &#233;migr&#233;s, en majorit&#233; des Kabyles, un mouve&#173;ment, le Parti du peuple alg&#233;rien (PPA), qui fut tardivement d&#233;nomm&#233; Mouvement national alg&#233;rien (MNA). Celui-ci fut victime tant en France parmi les immigr&#233;s qu'en Alg&#233;rie (et notamment en Kabylie) d'une lutte acharn&#233;e men&#233;e par le FLN (voir le livre tr&#232;s remarquable et extr&#234;mement bien document&#233; de Gilbert Meynier &lt;i&gt;L'Histoire int&#233;rieure du FLN 195411962&lt;/i&gt;, 2002). Durant la Seconde Guerre mondiale, la R&#233;sistance en France a connu les m&#234;mes rivalit&#233;s entre les Francs-tireirs et partisans communistes et l'Arm&#233;e secr&#232;te gaulliste, dirig&#233;e par des hommes de droite, mais le conflit fut &#233;vit&#233;. Ce ne fut h&#233;las pas le cas en Alg&#233;rie, bien que les divergences id&#233;ologiques y aient &#233;t&#233; bien moindres. En 1962, les partisans du MNA qui &#233;taient encore en France, c'est-&#224;-dire ceux qui avaient &#233;chapp&#233; aux tueurs du FLN, ne voulurent pas rentrer en Alg&#233;rie o&#249; ils seraient tomb&#233;s sous la coupe du m&#234;me FLN. Les partisans du MNA qui se trouvaient encore en Alg&#233;rie cherch&#232;rent &#224; partir pour la France et &#224; fuir le FLN triomphant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le conflit maquis de Kabylie / &#171; arm&#233;e de l'ext&#233;rieur &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le massif tr&#232;s peupl&#233; de Grande Kabylie, relativement proche d'Alger, fut l'un des grands foyers des maquis du FLN (ceux de la Willaya III). En 1962, durant les n&#233;gociations de paix, ils descendirent de leurs montagnes pour prendre le contr&#244;le de la capitale, l'arm&#233;e fran&#231;aise restant alors dans ses casernes. Aux environs d'Alger, ces maquis kabyles furent repouss&#233;s vers leurs montagnes par une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re alg&#233;&#173;rienne fortement encadr&#233;e, venue du Maroc et de Tunisie. Dans ces deux pays devenus ind&#233;pendants s'&#233;tait en effet constitu&#233;e, avec des Alg&#233;riens venus de France et un armement fourni par les &#201;tats arabes, une Arm&#233;e de lib&#233;ration nationale (ALN) command&#233;e par le colonel Boumediene. Cette arm&#233;e s'&#233;tait dot&#233;e d'une puissante &#171; s&#233;curit&#233; militaire &#187; pour d&#233;jouer les agissements des services fran&#231;ais, pourchasser le MNA et &#233;liminer toute tendance d&#233;viationniste du parti. Tout le temps de la guerre d'Alg&#233;rie, cette arm&#233;e dite &#171; des fronti&#232;res &#187; ou &#171; de l'ext&#233;rieur &#187; ne combattit pratiquement pas, car les Fran&#173;&#231;ais avaient construit sur les fronti&#232;res deux longs &#171; barrages &#187; &#233;lectrifi&#233;s qu'elle avait renonc&#233; &#224; franchir. Les autorit&#233;s fran&#173;&#231;aises ayant lev&#233; ces deux barrages, l'ALN put marcher sur Alger et, &#224; la veille du jour de l'ind&#233;pendance, vaincre les maquis, qui se r&#233;fugi&#232;rent en Kabylie (voir Gilbert Meynier, op. cit.). Ils y foment&#232;rent un an plus tard une r&#233;volte qui fut &#233;cras&#233;e par l'ALN. La presse fran&#231;aise s'abstint de relater ces &#233;v&#233;nements, dont elle ne mesurait gu&#232;re la gravit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Silence persistant sur les rivalit&#233;s de pouvoir dans le mouvement national&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce conflit qui sur le terrain inaugurait bien mal l'ind&#233;pen&#173;dance s'ajouta la rivalit&#233; qui s'&#233;tait d&#233;velopp&#233;e &#224; Tunis entre le Gouvernement provisoire de la R&#233;publique alg&#233;rienne (GPRA) et l'&#233;tat-major de l'ALN. Celui-ci joua fort habilement la carte des tout premiers leaders du FLN (et parmi eux Ben Bella) qui &#233;taient retenus prisonniers par les Fran&#231;ais depuis 1957.
En 1965, trois ans apr&#232;s l'ind&#233;pendance, le colonel Boume&#173;diene, s'appuyant sur la puissante organisation de sa S&#233;curit&#233; militaire, renversa le pr&#233;sident Ben Bella par un coup d'&#201;tat militaire et le mit en prison, comme nombre de ses partisans. Ceux qui parvinrent &#224; s'&#233;chapper se r&#233;fugi&#232;rent en France. Il en fut ainsi &#224; plusieurs reprises, &#224; chaque crise interne, du FLN contr&#244;l&#233; par la S&#233;curit&#233; militaire devenue la police politique du r&#233;gime. Celui-ci se r&#233;f&#233;rait &#224; un &#171; socialisme alg&#233;rien&#8221; sous la direction fictive du FLN (parti unique jusqu'en 1988), mais sous le contr&#244;le de facto de l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e, lequel se tenait &#224; distance du &#171; socialisme arabe &#187; de Nasser tout comme de son projet de R&#233;publique arabe unie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que toutes ces affaires aient &#233;t&#233; pass&#233;es sous silence par le gouvernement fran&#231;ais. Il en &#233;tait inform&#233; par ses services, mais il voulait tourner la page et avoir les meilleures relations avec le pouvoir alg&#233;rien quel qu'il soit. Discr&#233;tion comparable, &#224; l'exception de Benjamin Stora, parmi intel&#173;lectuels fran&#231;ais qui avaient soutenu la lutte pour l'ind&#233;pen&#173;dance du peuple alg&#233;rien et la cause du FLN, souvent en ignorant la gravit&#233; de son conflit avec le MNA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rivalit&#233; FLN/MNA et celle existant entre les chefs de l'arm&#233;e et les maquis de Kabylie peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es grosso modo comme les causes premi&#232;res du paradoxe fran&#231;ais concernant l'immigration post-coloniale, puisque contre toute attente ces conflits eurent pour effet, au lendemain de la guerre, de faire venir des Alg&#233;riens qui n'auraient pas d&#251; y venir (ou revenir) avant longtemps. Il n'est pas inutile de souli&#173;gner que la plupart de ceux-ci &#233;taient des Kabyles, population particuli&#232;rement touch&#233;e par les cons&#233;quences de la rivalit&#233; FLN/MNA et par l'opposition arm&#233;e/maquis de la Willaya III. Or les Kabyles tiennent une place importante et singuli&#232;re dans la question post-coloniale en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Gr&#232;ce : &#171; L'effritement d'une soci&#233;t&#233; dans laquelle un projet politique global et coh&#233;rent fait d&#233;faut &#187; (2/2)</title>
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&lt;p&gt;Entretien de camarades grecs r&#233;alis&#233; par le collectif Lieux Communs le 25 f&#233;vrier 2013. Voir la premi&#232;re partie (.../...) Il y a aussi l'&#201;glise et son r&#244;le dans la vie sociale des grecs. Est-ce que, &#224; la mani&#232;re des islamistes en Tunisie, les religieux font du social, et en quoi cela participe-t-il &#224; l'&#233;largissement de la base de l' &#171; Aube Dor&#233;e &#187; ? Historiquement, les religieux sont per&#231;us comme le sommet d'une structure qui aurait pr&#233;serv&#233; l'identit&#233; de la nation grecque sous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-98-lieux-communs-+" rel="tag"&gt;Lieux Communs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-108-sociologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-162-extremes-droites-+" rel="tag"&gt;Extr&#234;mes-droites&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-201-mouvement-des-places-grece-2011-+" rel="tag"&gt;Mouvement des places (Gr&#232;ce, 2011)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton674.jpg?1621969018' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='143' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien de camarades grecs r&#233;alis&#233; par le collectif Lieux Communs le 25 f&#233;vrier 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?673-grece-l-effritement-d-une-societe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a aussi l'&#201;glise et son r&#244;le dans la vie sociale des grecs. Est-ce que, &#224; la mani&#232;re des islamistes en Tunisie, les religieux font du social, et en quoi cela participe-t-il &#224; l'&#233;largissement de la base de l' &#171; Aube Dor&#233;e &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, les religieux sont per&#231;us comme le sommet d'une structure qui aurait pr&#233;serv&#233; l'identit&#233; de la nation grecque sous l'occupation Ottomane, qui aurait &#233;duqu&#233; la nation et ne lui aurait pas permis de s'ali&#233;ner et qui aurait contribu&#233; &#224; la Guerre de Lib&#233;ration de 1821. En tant qu'&#201;glise nationale, l'&#201;glise orthodoxe grecque incarnerait &#224; la fois la pr&#233;servation et la promotion des valeurs de l'orthodoxie et de la nation grecque. Dans ce r&#233;cit sont &#233;videmment occult&#233;s la collaboration de l'archev&#234;que de Constantinople et de toute la hi&#233;rarchie eccl&#233;siastique avec le Sultan, le fait que l'&#201;glise n'a pas &#233;duqu&#233; les grecs tout bonnement parce que les Ottomans n'ont pas voulu les d&#233;raciner (il existe m&#234;me des d&#233;crets ottomans qui permettent la pratique de la religion orthodoxe et prot&#232;gent les &#233;glises), le fait que l'archev&#234;que de Constantinople a d&#233;nonc&#233; la R&#233;volution de 1821 (la Guerre de Lib&#233;ration), le fait que les &#233;v&#234;ques ont accueilli les nazis et ont collabor&#233; avec eux lors de l'Occupation, qu'ils ont ouvertement soutenu les colonels pendant la dictature, etc. Encore une fois, dans tout cela il faut voir l'absence de construction d'une identit&#233; nationale de type moderne et le recours &#224; des r&#233;f&#233;rences imaginaires pr&#233; modernes, f&#233;odales. Dans la mesure o&#249;, comme le sugg&#232;re aussi C. Castoriadis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Consid&#233;rations sur la Gr&#232;ce moderne&#034; id=&#034;nh36-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le n&#233;o-grec se croit aussi le descendant du monde byzantin, l'&#201;glise constitue une structure centrale pour la coh&#233;sion de sa soci&#233;t&#233;, beaucoup plus importante que l'&#201;tat et ses institutions, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est une r&#233;alit&#233; qui semble particuli&#232;rement &#233;loign&#233;e du cas fran&#231;ais...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que les Grecs sont en g&#233;n&#233;ral croyants. Les mutations sociales depuis 30 ans ont &#233;branl&#233; l'attachement &#224; la religion, mais elles ne l'ont pas mis compl&#232;tement &#224; l'&#233;cart (Comme beaucoup l'ont dit, la soci&#233;t&#233; de consommation, contrairement au capitalisme, n'est pas incompatible avec la religion). Il est &#233;galement vrai que leur Constitution &#233;rige l'orthodoxie chr&#233;tienne en religion officielle d'&#201;tat. Mais de l'autre cot&#233;, il est aussi vrai que les mouvements sociaux des 30 derni&#232;res ann&#233;es on profond&#233;ment modifi&#233; l'attitude d'une partie du peuple face &#224; la religion. Un &#233;l&#233;ment essentiel pour comprendre la particularit&#233; de la situation est que l'attachement &#224; l'&#201;glise est motiv&#233; par son r&#244;le dans la vie &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. L'&#201;glise, surtout en province, a toujours constitu&#233; un p&#244;le central de l'activit&#233; &#233;conomique. Elle joue le r&#244;le d'un r&#233;seau de contacts et de rencontres (jusqu'&#224; r&#233;cemment, des jeunes Grecs trouvaient un travail par le biais du r&#233;seau de l'&#201;glise de leur r&#233;gion). Elle avait aussi une forte emprise sur d'autres domaines de la vie d'une communaut&#233;. La soci&#233;t&#233; grecque n'a pas suivi l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s occidentales. Dans celles-ci, le d&#233;veloppement de la science et, en g&#233;n&#233;ral, de l'interrogation philosophique, a fait na&#238;tre et avancer un mouvement de r&#233;ponse rationnelle ou au moins non mythique, aux questions existentielle, morale, ontologique. Le peuple grec s'est initi&#233; tardivement et de mani&#232;re incompl&#232;te &#224; ces courants. Pour beaucoup en Gr&#232;ce, c'est la religion qui tient lieu d'interrogation philosophique, le pr&#234;tre de conseiller familial ou de psychologue, etc. Ainsi, afin de maintenir leur place dans la vie quotidienne d'une partie du peuple et de ne pas perdre le contact avec les &#233;volutions incontournables qui frappent la soci&#233;t&#233;, les religieux sont oblig&#233;s de s'adapter : Ils s'&#233;duquent, &#233;tudient profond&#233;ment la psychanalyse, se permettent des mutations d'attitude et de style pour s'approcher de la jeunesse, etc. De vraies ma&#238;tres &#232;s opportunismes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, l'&#201;glise grecque ne peut rester &#224; l'&#233;cart de la situation g&#233;n&#233;r&#233;e par la crise. Elle profite de sa place dans la soci&#233;t&#233; pour se maintenir en tant qu'appareil de contr&#244;le social coh&#233;rent, stable, et avec lequel les divers courants politiques doivent compter afin de pouvoir se forger des alliances. A ce jour, la gauche parlementaire ne l'a jamais critiqu&#233; de mani&#232;re suivie et coh&#233;rente, et aucun courant n'a os&#233; poser ouvertement la question de sa s&#233;paration d'avec l'&#201;tat. Deux mutations r&#233;centes confirment l'&#233;tendu de sa puissance : Syriza et l'Aube Dor&#233;e, deux partis politiques montants et aspirant au pouvoir, ont &#233;t&#233; oblig&#233;s de modifier leur rh&#233;torique sur l'&#201;glise : Syriza exalte son travail humanitaire l&#224; ou il l'accusait il y a peu de ne pas payer d'imp&#244;ts. Et l'Aube Dor&#233;e essai de se rapprocher d'elle l&#224; o&#249; elle pr&#244;nait il y a peu le paganisme n&#233;o-nazi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les religieux grecs, contrairement aux islamistes, pr&#233;f&#232;rent faire de la politique en coulisses. Ils ne soutiennent ouvertement aucun parti politique, et depuis trente ans, ils ont maintenu un discours politique nationaliste, conservateur, souvent r&#233;actionnaire et x&#233;nophobe mais dans tous les cas mod&#233;r&#233;. Et cela parce que, &#224; mon avis, ils ne s'int&#233;ressent pas &#224; la domination politique d'un dogme religieux. Ce ne sont pas des int&#233;gristes mais simplement des mafieux qui ne veulent pas qu'on touche &#224; leurs privil&#232;ges, &#224; leur richesse et &#224; leur statut. Dans tous les cas o&#249; ils ont soutenu la politique plus &#171; agressive &#187; du capitalisme grec en r&#233;gion balkanique ou face &#224; la Turquie, ils l'ont plus fait pour rendre service aux oligarques grecs dans le cadre de leur entente et collaboration &#233;troite ; en aucun cas ils n'ont essay&#233; de promouvoir une mentalit&#233; int&#233;griste et expansionniste chez le peuple afin d'accro&#238;tre leur propre capital politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nombreux scandales auxquels ils ont &#233;t&#233; m&#234;l&#233;s ces derni&#232;res ann&#233;es confortent cette id&#233;e. Des scandales impliquant des soci&#233;t&#233;s off-shore, des &#233;changes de biens immobiliers avec l'&#201;tat qui court-circuitait les r&#232;gles formelles et faisait atterrir des sommes colossales dans les caisses de monast&#232;res ou d'&#233;v&#234;ques, des orgies homosexuels impliquant de jeunes gar&#231;ons, des reportages sur le train de vie luxueux des &#233;v&#234;ques, leurs habitations de vacances avec piscines, leurs comptes en banque &#224; l'&#233;tranger, etc. Mais ce qui fut tr&#232;s instructif concernant leur collusion avec l'oligarchie et la mafia locales, ce fut le d&#233;voilement de leur r&#244;le dans des affaires de trafic de drogues et d'armes, leur contact et collaboration avec des agents des services secrets de l'&#201;tat grec et de la CIA, leurs interventions pour all&#233;ger les peines de criminels, etc. C'est un point qui m&#233;rite un peu d'attention : Leur participation dans des r&#233;seaux mafieux leur est possible gr&#226;ce &#224; leur statut institutionnel au sein de l'&#201;tat grec. Ce statut leur permet d'intervenir aupr&#232;s de diff&#233;rentes instances de l'administration et de la justice ; et aussi par des contacts personnels qu'ils entretiennent avec les politiciens, ce qui les transforme en repr&#233;sentants de lobbies aupr&#232;s du gouvernement pour le compte d'int&#233;r&#234;ts de toute sorte. Leur statut institutionnel leur permet aussi de rentrer dans un type de rapport &#233;conomique formel avec les citoyens mais qui cache une intention ill&#233;gale : le plus souvent, des entrepreneurs qui veulent payer moins d'imp&#244;t font des donations &#224; l'&#201;glise ! Cela permet &#224; celle-ci de blanchir &#224; son tour de l'argent qu'elle gagne par des activit&#233;s impies&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explosion de la pauvret&#233; ne trouve pourtant pas l'&#201;glise comme rempart. A part l'augmentation du nombre de repas distribu&#233;s aux plus pauvres et des bazars de distribution gratuite de v&#234;tements, les religieux n'&#233;prouvent aucune volont&#233; de &#171; faire du social &#187; comme les islamistes, de prendre en charge des services sociaux, d'organiser des contre-structures, etc. La raison en est &#233;vidente : &#199;a co&#251;te cher et &#231;a ne rapporte ni argent ni gain politique. S'ils constatent un jour que cette attitude risque d'&#233;branler leur position dans la soci&#233;t&#233;, ils feront peut &#234;tre semblant de s'occuper plus du peuple. Comme l'&#201;glise est le plus grand propri&#233;taire foncier du pays, l'archev&#234;que d'Ath&#232;nes a r&#233;cemment annonc&#233; qu'une partie des terres qui appartiennent &#224; l'&#201;glise seront lou&#233;es &#224; des jeunes Grecs afin qu'ils les cultivent. (Des m&#233;cr&#233;ants soutiennent pourtant que cela est li&#233; &#224; la nouvelle taxe fonci&#232;re impos&#233;e par le gouvernement !). Mais en r&#233;alit&#233; ils chercheront &#224; renforcer leur place parmi les cliques et les r&#233;seaux revendiquant le pouvoir au niveau central. Conjointement, et dans la mesure o&#249; ils peuvent encore rassembler une grande partie du peuple autour d'eux, ils constitueront un canal d'insertion de ces gens dans des r&#233;seaux et des milieux qui peuvent leur procurer des profits ou de la simple survie. Ainsi, ils joueront la partition qu'ils connaissent d&#233;j&#224;. Emprise sur la soci&#233;t&#233; sur le double registre de soutien &#233;conomique mais aussi moral et existentiel(le &#171; retour &#224; la famille &#187; des jeunes pourrait revigorer cette tendance) ; et insertion dans le labyrinthe des cliques et des r&#233;seaux mafieux qui convoitent le pouvoir et les richesses du pays.
Dans cette perspective, l'&#201;glise retrouve au fond l'aspiration &#224; la richesse, &#224; l'abondance mat&#233;rielle et &#224; la consommation qui impr&#232;gne aussi la plus grande part de la soci&#233;t&#233;. Les scandales de la derni&#232;re d&#233;cennie, qui ont d&#233;voil&#233; les religieux comme des nouveaux-riches ne les ont pas vraiment discr&#233;dit&#233;s aupr&#232;s de la jeunesse grecque. Elle a vu en eux ce &#224; quoi la soci&#233;t&#233; aspirait largement. Mais en confirmant ce qu'on savait d&#233;j&#224; sur eux, les religieux ont d&#233;finitivement perdu la possibilit&#233; de s'inscrire dans la perspective d'un mouvement de renouveau moral et politique, ne serait-ce que de fa&#231;ade. Ils sont oblig&#233;s, malgr&#233; ce qu'ils disent parfois, d'assumer leur consentement au r&#233;gime en place ou &#224; tout nouvel &#233;quilibre de forces qui surgira et de se trouver leur propre place au soleil. Ainsi, par sa capacit&#233; &#224; contenir le peuple d'un c&#244;t&#233; et &#224; faciliter les activit&#233;s mafieuses dans le pays de l'autre, l'&#201;glise aura sa part du butin. Mais l'aust&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale et l'apparition de nouveaux acteurs dans le jeu (cr&#233;anciers de l'&#201;tat grec, tro&#239;ka, entreprises &#233;trang&#232;res qui vont investir massivement dans le territoire grec, etc. ) ainsi que de possibles reconfigurations dans le monde des activit&#233;s ill&#233;gales qui peuvent la jeter hors du jeu, risquent de conduire les religieux dans une impasse : Les oligarques n'ont pas besoin d'eux, le peuple ne pourra pas y trouver un appui. Bien qu'hautement improbable, cette &#233;ventualit&#233;, m&#234;l&#233;e aux autres &#233;volutions pr&#233;figur&#233;es plus haut et par la suite rendrait la situation encore plus complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a entendu &#233;voquer ce fameux &#171; retour &#224; la terre &#187; des jeunes urbains r&#233;investissant la ferme de leurs grands-parents ; cela peut-il correspondre, d'apr&#232;s toi, &#224; une r&#233;appropriation du pays par les gens et, &#233;ventuellement, &#224; l'affrontement du probl&#232;me agricole et alimentaire, qui ne manquera pas de se poser dans les ann&#233;es &#224; venir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une question &#224; laquelle on va se heurter si on &#233;labore un projet de d&#233;mocratie directe pour la soci&#233;t&#233; actuelle. Une question plus d&#233;licate que fixer les modalit&#233;s de prise de d&#233;cision, par exemple. C'est aussi un bon angle pour examiner ce que seraient les valeurs d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. Que va-t-on produire ? En quelle quantit&#233;, avec quels moyens ? Comment va-t-on le redistribuer ? Ce sont malheureusement des questions peu discut&#233;es en Gr&#232;ce. Syntagma les a laiss&#233;es dans l'ombre, et &#224; l'&#233;chelle du pays, seuls un nombre infime de militants et d'&#233;cologistes se les posent s&#233;rieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord la r&#233;alit&#233; g&#233;ologique et climatique : un sol tr&#232;s fertile, un climat m&#233;diterran&#233;en favorable &#224; des cultures pluriannuelles ; mais aussi un pays montagneux &#224; 80% et dont plusieurs &#238;les ne peuvent quasiment rien produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ensuite la politique de l'UE. D'abord, la syst&#233;matisation de la monoculture a largement contribu&#233; &#224; la destruction de la petite agriculture et de la mentalit&#233; d'autosuffisance et de sobri&#233;t&#233; qui allait avec. Ensuite, l'obligation, dans le cadre communautaire, d'importer des denr&#233;es en grandes quantit&#233;s et &#224; moindre co&#251;t a eu plusieurs cons&#233;quences : les petits et moyens agriculteurs grecs n'ont pas pu s'aligner sur ces prix bas. Ces d&#233;formations du march&#233; des biens alimentaires ont largement occult&#233; le fait que d&#233;j&#224; le prix &#233;lev&#233; de certains produits provenait de leur p&#233;nurie relative dans le march&#233; int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importation de denr&#233;es alimentaires a &#233;t&#233; une des raisons du creusement du d&#233;ficit du commerce ext&#233;rieur depuis 30 ans. Sans compter l'endettement des m&#233;nages : en Gr&#232;ce, on s'endettait aussi pour se nourrir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lui seul, le territoire grec pourra difficilement nourrir les 11 millions d'habitants qui y vivent, surtout si ceux-ci veulent renouer avec leur niveau de consommation d'avant la crise. C'est une des choses que les Grecs doivent accepter, malgr&#233; les &#226;neries des gauchistes et des n&#233;o-nazis.
Pour l'instant cette question est report&#233;e sine die. Le maintien du pays dans l'UE et la zone euro lui permettra de continuer &#224; importer des produits bons march&#233; ; la baisse drastique du niveau de vie diminuera la demande. Mais gare au jour o&#249; elle se reposera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre point capital : comment atteindre le m&#234;me rendement sans l'utilisation d'engrais, de pesticides et de machines ? Leur utilisation massive a fait dispara&#238;tre le savoir-faire traditionnel. Les jeunes agriculteurs d'aujourd'hui ne peuvent pas s'en passer. Cette question peut aussi &#234;tre report&#233;e, puisque les subventions communautaires assurent l'achat des produits chimiques. Quant &#224; la question de l'&#233;puisement des &#233;nergies fossiles, elle est refoul&#233;e avec un empressement impressionnant. Mais dans le cas d'une faillite de l'&#201;tat grec, d'un &#233;puisement des ressources fossiles, de catastrophes &#233;cologiques ou m&#234;me d'une suppression des subventions communautaires, l'impossibilit&#233; d'assurer la production des produits &#233;l&#233;mentaires sans support chimique et m&#233;canique s'av&#233;rera fatale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, les Grecs ne veulent pas se poser s&#233;rieusement ces questions. En concevant la participation dans l'UE comme une relation de d&#233;pendance et en l'assumant comme telle, ils se sont r&#233;duits &#224; une condition collective de peuple enfant attendant que ses probl&#232;mes soient r&#233;gl&#233;s de l'ext&#233;rieur. Ainsi, les jeunes qui quittent les grandes villes pour reprendre la fermes des grands-parents d&#233;marrent dans une activit&#233; qu'ils connaissent peu ou pas du tout. Dans tous les cas, ils attendent aide et soutien du gouvernement grec et de l'UE. Jusqu'ici, ce &#171; retour &#224; la terre &#187; a &#233;t&#233; tr&#232;s minoritaire, mais le plus significatif est que ces jeunes d&#233;daignent les cultures vivri&#232;res. Ils se sont lanc&#233;s dans des productions &#224; haut rendement (et &#224; haut risque) : L'&#233;levage d'escargots, les fleurs, le miel, les plantes utilis&#233;es dans l'industrie pharmaceutique ou dans la fabrication de parfums sont souvent pr&#233;f&#233;r&#233;es au bl&#233; ou aux pommes de terre. C'est &#233;videmment du au fait que l'UE ne subventionne plus les produits de base en Gr&#232;ce et que ceux-ci ne rapportent ni argent ni prestige&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Peut-on dire que ceux qui regagnent la ferme des grands parents sont aux antipodes de ceux qui partent &#224; l'&#233;tranger ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pas forc&#233;ment. Ceux qui ne veulent pas se mettre &#224; l'agriculture &#8211; ou qui veulent en sortir &#8211; s'endettent pour parsemer la ferme familiale d'&#233;oliennes ou de panneaux photovolta&#239;ques, et vendent l'&#233;lectricit&#233; &#224; l'EDF grecque. On retrouve ici l'esprit de l'entrepreneur local, c'est-&#224;-dire qui vise une situation de rente. Ainsi, je dirais que dans cette tendance il faut plus voir une tentative de quelques jeunes de r&#233;ussir individuellement, (ou tout simplement de survivre) qu'une r&#233;appropriation collective des questions agricoles. Chose parfaitement absurde encore une fois : les bouleversements multiples qui peuvent atteindre l'agriculture ne peuvent en rien promettre la moindre stabilit&#233; des conditions &#224; moyen et long terme qui, pour un petit producteur, permettrait la r&#233;alisation d'un tel projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On retrouve ici encore des traits communs &#224; bien des r&#233;gions du monde...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument. Le cas de la production agricole grecque montre &#224; petite &#233;chelle ce qui risque de se passer &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire. Les diff&#233;rents bouleversements entra&#238;n&#233;s par la crise &#233;cologique, l'&#233;puisement des ressources naturelles, la crise financi&#232;re et anthropologique s'imbriquent avec des r&#233;alit&#233;s incontournables : surpopulation et manque de terres arables.
Il montre la n&#233;cessit&#233; et l'urgence d'une politique agricole &#233;labor&#233;e et mise en &#339;uvre par la communaut&#233; elle-m&#234;me. Cette politique doit s'inscrire dans un projet &#233;galitaire, et tendre vers plus de sobri&#233;t&#233;. Si on laisse les coud&#233;es franches &#224; l'oligarchie en place, elle va nous entra&#238;ner vers un chaos g&#233;n&#233;ralis&#233;. Sa politique ne semble devoir d&#233;boucher que sur diverses variantes d'une &#233;cologie politique r&#233;actionnaire, des rafistolages provisoires et hasardeux (OGM), ou des &#171; solutions &#187; cauchemardesques comme la famine, les guerres et les exterminations de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revenons au paysage politique. Depuis les derni&#232;res &#233;lections les gens semblent avoir repris confiance en l'appareil oligarchique alors que dans le m&#234;me temps le gouvernement tripartite continue &#224; n&#233;gocier avec la tro&#239;ka. On a vu aussi la mont&#233;e spectaculaire de Syriza, l'&#233;quivalent du &#171; Front de Gauche &#187; en France, qui &#233;tait jusqu'ici tr&#232;s minoritaire dans le pays. Le Pasok (l'&#233;quivalent historique du PS) est marginalis&#233; et, bien s&#251;r, on voit l'essor de l'Aube Dor&#233;e, parti d'extr&#234;me droite avec une frange ouvertement n&#233;o-nazie. Penses-tu que cette mont&#233;e va continuer, et quel peut &#234;tre l'avenir politique de la Gr&#232;ce, en l'absence de mouvement populaire d&#233;mocratique qui viendrait contrer cette chute libre du pays ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections de Mai-Juin 2012 ont &#233;t&#233; marqu&#233;es par l'&#233;parpillement du corps &#233;lectoral et par l'impuissance des diff&#233;rents partis politiques &#224; former des alliances sociales &#233;troites et durables. A la racine de cela, on retrouve encore une fois, je crois, l'impossibilit&#233; manifeste des courants politiques actuels &#224; garantir suffisamment le retour de la soci&#233;t&#233; de consommation ou m&#234;me la simple survie et l'&#233;vitement du pire. Ainsi, on a assist&#233; &#224; la chute du PASOK et au d&#233;placement de la plupart de ses &#233;lecteurs vers Syriza. A droite, les &#233;lecteurs se sont &#233;parpill&#233;s entre le courant principal (la Nouvelle D&#233;mocratie, &#233;quivalent de l'UMP), quelques dissidents qui ont form&#233; un parti populiste et les ridicules pseudo-nazis de l'Aube Dor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure actuelle, la l&#233;gitimit&#233; du gouvernement ne tient qu'&#224; deux fils : la relative efficacit&#233; de la propagande m&#233;diatique, rendue possible par la relative ignorance de la population en mati&#232;re &#233;conomique ; et la peur d'un d&#233;faut de paiement qui couperait la perfusion europ&#233;enne et annoncerait la fin des haricots&#8230; En brandissant ce spectre de l'effondrement brutal, et en s'appuyant sur l'apathie de la population, l'oligarchie locale r&#233;ussit &#224; d&#233;tourner l'attention de la question cardinale de la politique : qui prend telle ou telle d&#233;cision ? Pourquoi telle d&#233;cision est pr&#233;f&#233;rable &#224; telle autre ? Elle r&#233;duit ainsi la politique et des d&#233;cisions &#233;conomiques centrales &#224; des affaires de chiffres, d'&#233;quations alg&#233;briques et de courbes macro&#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien sur, cette fa&#231;on d'aborder la question fait &#233;cho &#224; la pr&#233;occupation centrale de la population. Cela permet &#224; l'oligarchie d'&#233;luder la question politique, de la transformer en une affaire techno-scientifique &#224; confier aux experts et de tenir &#224; distance la contestation sociale. Plut&#244;t que de la dictature des march&#233;s &#8211; expression ch&#232;re aux gauchistes de toutes farines &#8211; c'est &#224; la dictature des experts technocrates que nous assistons en Gr&#232;ce (et dont les gauchistes veulent &#233;videmment prendre la place). Plut&#244;t que de chercher l'affrontement ouvert, l'oligarchie locale a choisi une lente strat&#233;gie de gestion de l'&#233;tat d'esprit des populations par la manipulation. L'horreur d'une sortie du giron de Maman UE nous laisserait seuls face au monde, avec les d&#233;fis, les p&#233;rils et l'ins&#233;curit&#233; que cela implique. Cela transforme l'apathie en infantilisme. Mais cela multiplie aussi les clivages et les contradictions &#224; l'infini. Notre rapport &#224; l'Occident &#233;tait d&#233;j&#224; probl&#233;matique ; la crise actuelle renforce &#224; la fois le narcissisme nationaliste, le repli sur soi et l'auto-culpabilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tensions que cette situation de parano&#239;a latente peut entra&#238;ner sont &#233;videntes, bien que leurs d&#233;bouch&#233;s restent impr&#233;visibles. Certes, cet &#233;tat d'esprit est contrebalanc&#233; par les r&#233;flexes sociaux d&#233;crits plus haut. Il n'emp&#234;che qu'il nourrit deux ph&#233;nom&#232;nes conjoints : une demande de moralisation de la vie publique et la mont&#233;e de l'Aube Dor&#233;e. La demande de moralisation prend le plus souvent des formes vulgaires et populistes en &#233;rigeant la corruption en racine du mal actuel (accusation qui se tourne &#224; la fois contre les politiciens et contre la population) et en cherchant des boucs &#233;missaires : les immigr&#233;s, les fonctionnaires de l'&#201;tat, les professions lib&#233;rales, la mafia du PASOK et m&#234;me &#8211; plus ridicule et plus triste &#8211;une poign&#233;e de prostitu&#233;es des rues d'Ath&#232;nes, atteintes du sida et d&#233;sign&#233;es comme ennemi public num&#233;ro un !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la demande de moralisation de la politique et l'hyst&#233;rie aveugle qu'elle entra&#238;ne sont le domaine de pr&#233;dilection de l'Aube Dor&#233;e. L'Aube Dor&#233;e n'est rien de plus qu'une bande de mafieux accompagn&#233;e de quelques abrutis, dont la coop&#233;ration avec l'oligarchie en place et la collusion avec les milieux de l'extr&#234;me droite dans l'&#201;tat, et surtout la police sont connus. Le discours nationaliste, l'exaltation de la Gr&#232;ce antique, la propagande populiste et l'agressivit&#233; ouverte vis-&#224;-vis du personnel politique du gouvernement et de Syriza sont compl&#232;tement de fa&#231;ade. Il est d'ailleurs significatif que l'exaltation des vertus militaires soit absente au profit d'un style macho de type racailles. Le confusionnisme id&#233;ologique, qui m&#226;tine des id&#233;aux d'une droite conservatrice et autoritaire de quelques r&#233;f&#233;rences fascistes d&#233;voile le ridicule de l'affaire. Malgr&#233; quelques &#233;l&#233;ments fascistes - hi&#233;rarchie rigide, discours et programme corporatiste, violence verbale, m&#233;pris pour les formalit&#233;s du parlementarisme - et malgr&#233; les attaques contre des immigr&#233;s et des militants dans la rue, l'Aube Dor&#233;e est incapable de squadrisme, c'est-&#224;-dire de couvrir le pays d'un r&#233;seau de bandes qui imposeraient leur loi partout. Ses actions sont impossibles sans l'appui actif de la police et des m&#233;dia. Les 7% d'&#233;lecteurs qui ont vot&#233; pour ces orangs-outangs demeurent toujours passifs. Ils ne pensent aucunement &#224; adh&#233;rer &#224; des milices ni, en g&#233;n&#233;ral, &#224; manifester pour elle ou &#224; la soutenir ouvertement. Le vote pour l'Aube Dor&#233;e provient du discr&#233;dit des courants politiques dominants, du d&#233;sespoir des jeunes de province et des policiers, qui, depuis D&#233;cembre 2008, sont discr&#233;dit&#233;s aux yeux de la soci&#233;t&#233; et n'ont pas d'appui politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Aube Dor&#233;e est pourtant une mafia privil&#233;gi&#233;e, d'autant plus quand elle arrive &#224; augmenter son capital politique. Son financement par les services secrets de l'&#201;tat est connu (son leader travaillait pour eux dans les ann&#233;es 1980) et selon des rumeurs qui ont circul&#233; dans le pays r&#233;cemment, un armateur et pr&#233;sident d'un club de football d'Ath&#232;nes la subventionne aussi. Ses activit&#233;s l&#233;gales sont souvent en liaison avec l'&#201;tat (vente d'uniformes pour l'arm&#233;e et la police), et ses activit&#233;s ill&#233;gales se font en lien avec des r&#233;seaux de toute sorte : milieux d'int&#233;r&#234;ts dans l'immobilier au centre d'Ath&#232;nes (habit&#233; par des immigr&#233;s), r&#233;seaux de vendeurs grecs dans des bazars et des march&#233;s (qui attaquent les vendeurs immigr&#233;s). Elle sert aussi d'ex&#233;cuteurs des basses &#339;uvres de l'&#201;tat pour des op&#233;rations politiquement d&#233;licates (attaques de squats anarchistes, de militants politiques, de manifestations). En m&#234;me temps, elle propose la constitution de syndicats dans des secteurs d'activit&#233; qui lui sont proches id&#233;ologiquement (chauffeurs de taxis, proches de la droite conservatrice), Ses militants vont voir des ouvriers de la m&#233;tallurgie en gr&#232;ve (tout en soutenant le patron sur leur site web !), L'Aube Dor&#233;e d&#233;veloppent une activit&#233; sociale en faisant semblant de prendre en charge des domaines d&#233;laiss&#233;s par l'&#201;tat : distribution de produits agricoles, &#233;picerie sociale, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, elle se pr&#233;sente comme une bande pr&#234;te &#224; tout, qui s'allie &#224; la fois les oligarques, les milieux d'int&#233;r&#234;ts de la droite conservatrice dans l'&#201;tat et certaines cat&#233;gories des couches petites bourgeoises de la population, et qui sert &#224; la fois &#224; amortir les r&#233;actions sociales, &#224; multiplier les clivages dans la soci&#233;t&#233; et enfin comme moyen de pression de certains clans contre d'autres -les configurations changent selon les donn&#233;es particuli&#232;res du moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour toi, l'extr&#234;me-droite grecque n'est pas un r&#233;el danger pour le pays ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas dit &#231;a. La question qui surgit inlassablement depuis six mois est celle de son accession au pouvoir. Question qui prend un tour comique si on consid&#232;re ce qui vient d'&#234;tre dit. Certes, les alliances sociales en Gr&#232;ce se forgent sur la transaction et pas sur les r&#233;f&#233;rences politiques. Cela laisse des possibilit&#233;s aux formations politiques atypiques, mais l'Aube Dor&#233;e n'est certainement ni la plus astucieuse ni la plus puissante d'entre elles. La tro&#239;ka n'a pas besoin d'un r&#233;gime politique plus autoritaire pour imposer ses politiques. On l'a vu, l'essentiel se joue ailleurs. Et dans le cas d'un &#233;clatement social violent, l'Aube Dor&#233;e regagnera la place qui lui appartient, celle d'ex&#233;cuteur des basses &#339;uvres de l'oligarchie locale. Pourtant, l'apparition de l'Aube Dor&#233;e dans la vie politique grecque a une cons&#233;quence notable. C'est l'introduction des mani&#232;res et des m&#233;thodes de la racaille dans l'&#233;thique politique. Cette &#171; lumpenisation &#187; se traduit par un langage de sous-culture, machiste, manich&#233;en et nihiliste, et par la banalisation de la violence, verbale et physique &#8211; cela, rappelons-le, dans un contexte particulier de tension, de malaise, d'impasses, etc. Ce ph&#233;nom&#232;ne, combin&#233; &#224; un discours revanchard contre la gauche et son poids politique depuis la fin de la dictature des Colonels (1974), contribue &#233;videmment &#224; exacerber les clivages et les tensions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raviver ainsi des clivages sociaux, c'est jouer avec le feu. La guerre civile (1946-49) a laiss&#233; des empreintes profondes, entretenus par la domination d'une droite autoritaire apr&#232;s la guerre. Depuis 1974, une r&#233;conciliation nationale tardive les a un peu att&#233;nu&#233;es. Aujourd'hui, les lignes de partage de l'&#233;poque n'existent plus. Bien sur, leur &#233;vocation par les conservateurs n&#233;olib&#233;raux de la Nouvelle D&#233;mocratie et par l'Aube Dor&#233;e travestit les termes dans lesquels se pose la question sociale aujourd'hui, mais elle r&#233;veille des r&#233;flexes d'antagonismes et de tensions plus anciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre cot&#233;, Syriza constitue surtout un d&#233;bouch&#233; &#233;lectoral pour les couches moyennes qui ont surgi sous le &#171; r&#232;gne &#187; du PASOK et gr&#226;ce &#224; lui. Syriza a commenc&#233; par tenir un discours virulent d&#233;non&#231;ant la corruption. Son succ&#232;s spectaculaire aux &#233;lections de mai dernier lui a fait faire machine arri&#232;re : Il veut maintenant ren&#233;gocier le m&#233;morandum, l'all&#233;ger au profit de la population, etc. Au-del&#224; d'une tactique simple et intelligente &#8211; ses dirigeants savent tr&#232;s bien que s'ils emportent les &#233;lections, ils ne pourront pas faire autrement que la clique en place &#8211; il faut voir dans ce changement d'attitude l'acceptation du fait que la gauche ne sait ni ne peut gouverner le pays aujourd'hui en dehors du cadre de la st&#233;rile social-d&#233;mocratie des ann&#233;es 1980. Les dirigeants de Syriza sont lucides : un tel succ&#232;s, quand il n'est pas accompagn&#233; d'un soutien fervent et actif, les mets dans l'embarras. Face aux pressions de la tro&#239;ka et des mafieux de l'oligarchie locale, qui peut survivre politiquement ou physiquement sans l'appui massif et d&#233;termin&#233; de la population ? Or, l'effervescence des ann&#233;es 1980 est r&#233;volue et le soutien de la population est donn&#233; toujours sous r&#233;serve, sans implication active ni stabilit&#233; &#224; moyen terme. Le virage de Syriza a lieu au moment d'un rapprochement entre les armateurs grecs et le gouvernement des &#201;tats-Unis (qui cherche un appui politique pour contrebalancer l'influence accrue des Russes et des Allemands dans le pays). C'est significatif, en creux, de l'&#233;tat d'esprit de la population : dans un tel contexte, l'oligarchie locale et mondiale est un alli&#233; politique plus s&#251;r pour la gauche que le peuple lui-m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'en est-il des fameux anarchistes grecs, dont l'activisme suscite souvent l'admiration de leurs homologues europ&#233;ens ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profitant du recul du mouvement social, le gouvernement attaque actuellement les groupuscules radicaux &#8211;essentiellement anarchistes - en envahissant deux squats au centre d'Ath&#232;nes et en mena&#231;ant tout lieu autog&#233;r&#233;. Comme les gauchistes, les anarchistes se sont volontairement marginalis&#233;s. Depuis vingt ans, ils mettent toute la population dans le m&#234;me sac, la traitant de raciste, nationaliste, machiste, arri&#233;r&#233;e, petite-bourgeoise : cet isolement les a rendus totalement impuissants face &#224; l'&#201;tat. Ils paient leur incapacit&#233; &#224; saisir les &#233;volutions sociales des 20 derni&#232;res ann&#233;es, leur cloisonnement dans leurs groupes d'affinit&#233;, leurs squats, le petit monde de leur anti-culture et la stupide gu&#233;guerre avec la police, dans laquelle l'&#201;tat les a intelligemment enferm&#233;s. Il est maintenant &#233;vident que la tol&#233;rance de l'&#201;tat face aux squats &#233;tait d&#233;lib&#233;r&#233;e : elle &#233;tait partie prenante de cette strat&#233;gie de cloisonnement et de meilleur contr&#244;le de la mouvance anarchiste (c'est aussi valable pour le quartier anarchiste d'Exarcheia). Au moment propice, la nouvelle politique r&#233;pressive a pu s'appliquer sans grand obstacle, et le pr&#233;tendu soutien de la part du peuple, auquel les camarades anarchistes croyaient largement (ce m&#234;me peuple qu'ils accusent par ailleurs d'&#234;tre r&#233;actionnaire&#8230; !) s'est av&#233;r&#233; &#234;tre un pur mythe. Ce point est essentiel : leur conviction d'avoir la sympathie du peuple les a conduits &#224; de grossi&#232;res erreurs strat&#233;giques et th&#233;oriques. Ce fait, combin&#233; &#224; leur volontarisme et, parfois, &#224; un impressionnant degr&#233; de confusion id&#233;ologique, dans un cadre d'effritement social et de r&#233;pression aggrav&#233;e, pourrait les mettre en f&#226;cheuse posture. Si l'&#233;cart avec le peuple se creuse - et tout laisse &#224; penser qu'il se creusera- il ne serait peut &#234;tre pas exag&#233;r&#233; de dire qu'on assiste en Gr&#232;ce au commencement de la fin politique de la mouvance anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, la situation en Gr&#232;ce, au del&#224; de l'inertie actuelle, est tr&#232;s compliqu&#233;e. Le fait qu'on puisse discerner, en gros, deux tendances potentiellement antagoniques - retour &#224; l'&#233;tat des choses d'avant et mouvement d&#233;mocratique minoritaire &#8211;n'est qu'une lecture partielle et m&#234;me superficielle de la situation. Et cela non seulement parce que ces deux tendances peuvent s'imbriquer mutuellement, mais aussi parce qu'elles contiennent en leur sein des gens qui n'y participent pas avec le m&#234;me degr&#233; d'investissement. La coh&#233;rence interne leur manque cruellement et les tendances r&#233;fractaires &#224; la vision d'ensemble des choses que chacune d'elles se forme sont multiples. C'est dans ce champ que fleurissent en m&#234;me temps la tension et l'entraide, l'agressivit&#233; sociale et la solidarit&#233;, la contestation collective et les projets individuels, la revendication des droits et le clanisme, la d&#233;fense des acquis sociaux et la participation dans des milieux d'int&#233;r&#234;ts, etc. Des comportements contradictoires &#233;prouv&#233;s, souvent, par les m&#234;mes personnes et refl&#233;tant, je crois, le rapport antinomique que ce peuple entretient avec lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb36-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lire &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?536-considerations-sur-la-grece' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Consid&#233;rations sur la Gr&#232;ce moderne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Gr&#232;ce : &#171; L'effritement d'une soci&#233;t&#233; dans laquelle un projet politique global et coh&#233;rent fait d&#233;faut &#187; (1/2)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?673-grece-l-effritement-d-une-societe</link>
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		<dc:date>2013-02-25T16:53:28Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>Prospective</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Lieux Communs</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement des places (Gr&#232;ce, 2011)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entretien de camarades grecs r&#233;alis&#233; par le collectif Lieux Communs le 25 f&#233;vrier 2013. Cela fait pr&#232;s d'un an et demi que le Mouvement des Places s'est d&#233;roul&#233; dans toutes les grandes villes de Gr&#232;ce : une partie de la population avait alors investie l'espace publique en formant des assembl&#233;es o&#249; s'exp&#233;rimentait la d&#233;mocratie directe pour trouver des issues &#224; la situation inextricable du pays. Mais depuis ce printemps, non seulement la contestation a repris des formes classiques et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-98-lieux-communs-+" rel="tag"&gt;Lieux Communs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-201-mouvement-des-places-grece-2011-+" rel="tag"&gt;Mouvement des places (Gr&#232;ce, 2011)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton673.jpg?1621969087' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='143' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien de camarades grecs r&#233;alis&#233; par le collectif Lieux Communs le 25 f&#233;vrier 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela fait pr&#232;s d'un an et demi que le Mouvement des Places&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Notre brochure Le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe &#8211; Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; s'est d&#233;roul&#233; dans toutes les grandes villes de Gr&#232;ce : une partie de la population avait alors investie l'espace publique en formant des assembl&#233;es o&#249; s'exp&#233;rimentait la d&#233;mocratie directe pour trouver des issues &#224; la situation inextricable du pays. Mais depuis ce printemps, non seulement la contestation a repris des formes classiques et st&#233;riles (gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales, manifestations et &#233;meutes) mais il ne semble rester absolument aucune trace de ce grand mouvement qui a dur&#233; plus d'un mois. Comment expliquer cette amn&#233;sie, qui semble si totale qu'on en vient &#224; douter de la r&#233;alit&#233; de l'&#233;v&#233;nement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire avant d'entrer dans le vif du sujet que l'existence des assembl&#233;es populaires en Gr&#232;ce contemporaine est plus ancienne. Dans certains quartiers d'Ath&#232;nes et quelques grandes villes de province, il y avait, depuis une d&#233;cennie environ, des &#171; assembl&#233;es d'habitants &#187; qui fonctionnaient selon des principes et des proc&#233;dures d&#233;mocratiques : d&#233;lib&#233;ration publique, suffrage universel, mandats r&#233;vocables, rotation des taches, participation active dans la formation d'une d&#233;cision et dans son ex&#233;cution, etc. C'&#233;tait un moyen de lutte des habitants du quartier mais aussi, et surtout, un lieu de discussion libre et d'&#233;change d'id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications portaient le plus souvent sur la qualit&#233; de vie du quartier (contre l'installation des antennes de t&#233;l&#233;phonie mobile), contre les projets de la municipalit&#233; (abattement d'un parc ou d'un bois en centre ville, constructions de centres commerciaux, etc. ) et, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, sur la d&#233;fense des acquis des derni&#232;res d&#233;cennies de luttes sociales en Gr&#232;ce. Les d&#233;cisions et actions portaient aussi souvent sur un soutien actif aux couches les plus d&#233;favoris&#233;es, grecques ou immigr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des assembl&#233;es populaires pratiquant la d&#233;mocratie au niveau d&#233;cisionnel sur fond de revendications plut&#244;t d&#233;fensives et partielles : on a retrouv&#233; ces traits sur la place Syntagma en mai-juin 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendance &#224; la r&#233;appropriation de l'espace public est renforc&#233;e par la r&#233;volte de D&#233;cembre 2008. Celle-ci a eu lieu en m&#234;me temps que la crise &#233;conomique s'aggravait ; son &#233;v&#233;nement d&#233;clencheur, le meurtre par des policiers d'un adolescent, a mis en &#233;vidence l'autoritarisme et l'arbitraire des &#233;lites grecques. Mais au-del&#224; de ce contexte et du caract&#232;re spectaculaire des &#233;meutes, elle a r&#233;v&#233;l&#233; une &#233;volution, latente jusque-l&#224; : la soci&#233;t&#233; se met &#224; porter sur elle-m&#234;me un regard critique, d'un point de vue existentiel et anthropologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux ph&#233;nom&#232;nes se sont ainsi nourris mutuellement : la r&#233;volte a raviv&#233; la tendance &#224; la r&#233;appropriation de l'espace public et &#224; la formation d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales. En retour, cette tendance a contribu&#233; &#224; renforcer le mouvement de contestation du r&#233;gime en place.
Courant D&#233;cembre 2008, et apr&#232;s, nombreuses sont les actions qui se sont transform&#233;es en assembl&#233;es populaires : occupations de b&#226;timents publics, r&#233;appropriations de parcs publics d'Ath&#232;nes destin&#233;s &#224; &#234;tre transform&#233;s en parking.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment ces mouvements et actions se situaient-ils alors vis-&#224;-vis des autorit&#233;s et de l'&#201;tat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, devant cette entr&#233;e en sc&#232;ne du peuple, l'&#201;tat grec est rest&#233; impuissant &#224; garantir les services sociaux &#233;l&#233;mentaires et l'insertion sociale par la r&#233;duction du ch&#244;mage et de la pr&#233;carit&#233;. L'oligarchie locale (c'est ainsi que nous appellerons l'oligarchie grecque dans ce texte, par opposition &#224; l'oligarchie mondialis&#233;e) a &#233;t&#233; impuissante &#224; g&#233;rer l'&#233;meute et la contestation sociale aux niveaux id&#233;ologique, m&#233;diatique, r&#233;pressif, etc. Ainsi, on voit &#233;merger un discours contestataire qui se d&#233;marque du jargon des gauchistes et des anarchistes, qui s'inscrit dans la continuit&#233; de ce qui avait &#233;t&#233; fait auparavant par les assembl&#233;es des quartiers et qui fait preuve d'un regard plus ou moins lucide sur la situation de l'&#233;poque. Les modalit&#233;s et les moyens de lutte ne s'enrichissent pas consid&#233;rablement, mais les diff&#233;rentes mobilisations se multiplient dans la p&#233;riode qui suit l'&#233;meute de D&#233;cembre et sont marqu&#233;es, je crois, par une volont&#233; de la part du peuple de s'impliquer plus activement dans la lutte et d'avoir plus &#224; dire sur les affaires le concernant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les limites de ce nouveau type de mobilisation &#233;taient &#233;troites : Les luttes concernaient le quartier ou une r&#233;gion de la ville, la politique centrale &#233;tait mise en cause plut&#244;t en filigrane ou en tout cas en paroles. Bien sur, la mise en question du r&#233;gime en place et de l'imaginaire de la repr&#233;sentation et de la concession pourrait aller assez loin, dans les longues discussions fortuites autour et tout au long de l'assembl&#233;e populaire et dans l'empreinte que laissaient les r&#233;sultats, souvent positifs, des actions populaires directes. Mais la logique de la concession a largement subsist&#233; : Les participants aux mouvements ont gard&#233; l'habitude d'adresser une revendication, une demande ou une opposition aux d&#233;cisions des autorit&#233;s en place et d'attendre d'elles une r&#233;ponse favorable. Bien sur, cela &#233;tait compr&#233;hensible, &#233;tant donn&#233;e la participation relativement faible par rapport au nombre d'habitants de chaque quartier (pourtant, beaucoup de ceux qui ne participaient pas &#233;taient d'accord avec les revendications de l'assembl&#233;e de leur quartier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette attente est le propre de toutes les soci&#233;t&#233;s pr&#233;-modernes ou semi-moderne, pour lesquelles le pouvoir, la gestion de la chose politique est la propri&#233;t&#233; de quelques-uns...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que cela rel&#232;ve aussi d'une particularit&#233; du n&#233;o-Grec : il revendique une autonomie dans sa vie quotidienne et dans la gestion de ses affaires. Et en m&#234;me temps, il affiche une relative indiff&#233;rence pour la sc&#232;ne politique centrale. En l'absence de vraie tradition d&#233;mocratique, les autorit&#233;s, le gouvernement, l'&#201;tat, sont consid&#233;r&#233;s surtout comme les pions des puissances &#233;trang&#232;res, des oligarques locaux, des personnes qui d&#233;tiennent et exercent le pouvoir ; en tout cas, ils ne sont cens&#233;s &#234;tre au service du peuple que dans une moindre mesure. Ainsi, on ne peut rien faire &#224; ce niveau l&#224;, si ce n'est d&#233;velopper des rapports client&#233;listes et s'assurer des gains, financiers ou autres. Les mobilisations populaires sous forme d'assembl&#233;es doivent donc &#234;tre examin&#233;es aussi &#224; la lumi&#232;re de cette particularit&#233; : Elles tendent &#224; remplacer les syndicats et les partis politiques qui, dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, servaient de leviers de pression face aux autorit&#233;s et &#224; l'administration. En m&#234;me temps, elles ont tendance &#224; tenir celles-ci &#224; distance, &#224; atteindre un niveau d'auto-organisation o&#249; certains domaines de la vie quotidienne pourraient &#234;tre prises en charge par la communaut&#233;. De l&#224; r&#233;sulte une situation particuli&#232;re, dans laquelle la participation active, l'action directe et en fin de compte la d&#233;mocratie elle-m&#234;me sont en m&#234;me temps mises en pratique et priv&#233;es d'une pr&#233;tention &#224; l'universalit&#233;. Cela contribue largement, je crois, &#224; comprendre pourquoi l'organisation autonome et d&#233;mocratique n'a pas eu lieu dans les lieux de travail et n'a pas vraiment touch&#233; la question &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Gr&#232;ce la &#171; crise &#187; a en quelque sorte toujours &#233;t&#233; l&#224;. Il n'y a jamais eu ni instance &#233;tatique capable de prendre en charge les domaines de la vie sociale ni &#233;conomie vigoureuse permettant une prosp&#233;rit&#233; et une protection sociale comparables &#224; celles de l'Occident europ&#233;en d'apr&#232;s guerre. Les assembl&#233;es populaires surgissent &#224; un moment o&#249; les d&#233;ficiences structurelles de ces 40 derni&#232;res ann&#233;es s'exacerbent et o&#249; les voies traditionnelles de lutte ou d'insertion professionnelle propos&#233;es par les partis ou les syndicats ont perdu toute cr&#233;dibilit&#233;. C'est alors que surgit l'&#233;tonnant Mouvement des Places de l'&#233;t&#233; 2011, qui renferme leurs contradictions, qui &#233;choue sur le plan de ses revendications imm&#233;diates et s'&#233;vapore presque aussit&#244;t. En ce moment [f&#233;vrier 2013], plusieurs assembl&#233;es de quartier continuent &#224; subsister, &#233;tant investies &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me degr&#233; qu'avant Syntagma. Mais &#233;tant donn&#233;e l'&#233;tendue de la crise actuelle, le peuple semble &#8211; hors des journ&#233;es de manifestations qui d&#233;g&#233;n&#232;rent en &#233;meutes &#8211; plong&#233; dans une inertie apparemment inexplicable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquer, fondamentalement, cette attitude de la population ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, je crois que la crise actuelle repr&#233;sente pour le n&#233;o-Grec la d&#233;sagr&#233;gation de son adh&#233;sion au r&#233;gime en place depuis 40 ans, &#224; savoir l'Occidentalisation, con&#231;ue, bien sur, comme l'adh&#233;sion au progr&#232;s techno-scientifique et &#224; la soci&#233;t&#233; de consommation. Il est d&#233;sormais &#233;vident que non seulement le vrai d&#233;veloppement &#224; l'Europ&#233;enne n'aura pas lieu, mais qu'h&#233;las ! &#171; les Occidentaux nous ont encore une fois dup&#233;s &#187;. Cela contribue &#224; renforcer la construction imaginaire d'une nation victime, et &#224; favoriser son renfermement sur elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que l'&#201;tat n&#233;o-grec des deux derniers si&#232;cles est une construction institutionnelle assez particuli&#232;re. En gros, il s'est mis en place contre le gr&#233; de la population : Les rapports sociaux s'organisent encore sur le mode de la transaction personnelle, du r&#233;seau, du clan, de la famille, du cercle d'amis, etc. Le fameux ill&#233;galisme du n&#233;o-Grec, martel&#233; par la presse Europ&#233;enne depuis trois ans, est en r&#233;alit&#233; le r&#233;sultat d'une non int&#233;gration de la soci&#233;t&#233; au r&#233;gime en place : Un dualisme de fait, dans lequel les codes et es r&#232;gles informels entrent souvent en conflit avec les lois formelles. La pr&#233;tendue r&#233;publique des 40 derni&#232;res ann&#233;es n'a fourni qu'une meilleure int&#233;gration&#8230; de ces m&#234;mes codes informels dans la l&#233;gislation et l'exercice de l'autorit&#233;. Elle a &#233;tendu les rapports client&#233;listes &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233; et pas seulement aux amis politiques de la clique en place. C'est ainsi que s'est mat&#233;rialis&#233;e la pr&#233;tendue r&#233;conciliation nationale... Cela a cr&#233;&#233; une situation o&#249; l'effondrement de la protection sociale ou m&#234;me une politique plus &#171; agressive &#187; face &#224; la soci&#233;t&#233;, peut &#234;tre facilement contrebalanc&#233;e ou affront&#233;e, les r&#233;seaux informels servant de remparts, de palliatifs, laissant une importante marge de man&#339;uvre. Le cot&#233; n&#233;gatif de cette situation est qu'elle renforce l'id&#233;e qu'on peut se passer de la lutte politique, que la d&#233;finition des traits fondamentaux du r&#233;gime en place est secondaire du moment qu'on peut se construire son petit nid douillet et se prot&#233;ger&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tendance a &#233;t&#233; renforc&#233;e par deux faits : d'un c&#244;t&#233;, le mouvement des places a &#233;chou&#233; d'embl&#233;e au niveau politique, il a &#233;t&#233; impuissant &#224; emp&#234;cher les nouvelles mesures d'aust&#233;rit&#233; et &#224; s'imposer comme r&#233;gime alternatif. De l'autre, il a connu une relative r&#233;ussite au niveau &#171; social &#187;, comme laboratoire de m&#233;thodes et de proc&#233;d&#233;s de survie &#233;ventuels. Ainsi, le niveau proprement politique, consid&#233;r&#233; comme hors de port&#233;e de l'action directe des gens, est abandonn&#233; ; mais celui de l'auto-organisation de la vie quotidienne, l'entraide, la solidarit&#233; active, etc. est fortement favoris&#233;, investi, promu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement a aussi pr&#233;sent&#233; une faiblesse majeure, d&#233;j&#224; point&#233;e par notre camarade qui a particip&#233; &#224; ses assembl&#233;es &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. son reportage R&#233;cit d'un participant sur la place Syntagma et notre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : Il a mis en avant des slogans radicaux et subversifs dans un contexte social qui ne correspondait pas &#224; un tel niveau de lutte. Il n'a &#233;t&#233; finalement qu'un soubresaut en l'absence d'un vrai mouvement populaire d&#233;mocratique de fond. Les assembl&#233;es de quartiers ne pouvaient en aucun cas constituer un soubassement ad&#233;quat pour une mobilisation g&#233;n&#233;rale de l'ampleur que pr&#244;nait Syntagma, faute d'assembl&#233;es d&#233;mocratiques dans les lieux de travail, dans les Universit&#233;s, ou m&#234;me dans la plupart des quartiers d'Ath&#232;nes et des autres grandes villes. Syntagma a donc manqu&#233; des microstructures qui auraient transmis son &#233;lan jusque dans les soubassements de la soci&#233;t&#233; et qui, en retour, l'auraient aliment&#233;e en id&#233;es, en mod&#232;les &#233;ventuels d'organisation, etc. Syntagma semble ainsi surgir comme un cri annon&#231;ant le mal qui vient et face auquel il faut bien s'organiser et lutter, mais sans qu'il puisse, &#233;videment, faire en un mois et sur une &#233;chelle si restreinte (quelques milliers d'Ath&#233;niens) le travail de pr&#233;paration exig&#233; pour une lutte d'une telle ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut dire que la Gr&#232;ce a &#233;t&#233; la premi&#232;re, parmi les pays d&#233;velopp&#233;s, &#224; &#234;tre frapp&#233;e &#224; ce degr&#233; par la crise actuelle et &#224; condenser tous les &#233;l&#233;ments qui en font para&#238;tre sa sortie impossible. Les grecs font donc aujourd'hui le triste bilan de ce qui est consubstantiel &#224; l'inertie historique de la soci&#233;t&#233; mondiale : l'absence flagrante d'un projet politique global capable de r&#233;pondre aux sombres vis&#233;es des &#233;lites en place. En d'autres termes, dans leur projet et dans leur lutte de l'&#233;t&#233; dernier, malgr&#233; ses d&#233;fauts et ses faiblesses, les grecs se sont trouv&#233;s pratiquement seuls face &#224; une puissante oligarchie locale et mondiale&#8230; Que dire de cette absence d'un v&#233;ritable &#233;cho &#224; leur projet depuis deux ans (&#224; part, peut-&#234;tre, quelques aspects du mouvement Occupy Wall Street) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En m&#234;me temps, cette situation n'est pas sans rappeler, toute proportion gard&#233;e, les soul&#232;vements arabes, et notamment tunisien : on avait alors vu une population inventive se lever pacifiquement pour chasser un autocrate qu'on disait inamovible, mais retomber ensuite dans une fragmentation de luttes corporatistes et sans horizons qui laissent le champ libre &#224; l'opportunisme, l'autoritarisme et l'extr&#234;me droite religieuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Notre brochure Les soul&#232;vements arabes face au vide occidental : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Comment expliquer &#224; la fois l'origine et le surgissement d'une vis&#233;e politique absolument originale et impr&#233;visible, et ensuite sa dissipation dans les fum&#233;es du fatalisme et de la d&#233;mission ? On dirait quelquefois qu'on revit, mais en acc&#233;l&#233;r&#233;, la trajectoire de beaucoup de mouvements populaires du XXe si&#232;cle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe et les soul&#232;vements arabes, il y a une diff&#233;rence qualitative. Les vis&#233;es, les d&#233;fis et les d&#233;fauts des deux mouvements ont &#233;t&#233; tr&#232;s divergents. Le premier a surgit dans un r&#233;gime de d&#233;mocratie repr&#233;sentative l&#233;gitime avec certaines libert&#233;s respect&#233;es ; les seconds dans des r&#233;gimes ill&#233;gitimes, arbitraires et autoritaires. Le premier avait &#224; affronter le d&#233;fi de la reprise de l'institution de la soci&#233;t&#233; sur un mod&#232;le qui n'existe nulle part ailleurs ; les seconds aspiraient plut&#244;t &#224; l'instauration de r&#233;gimes &#224; peu pr&#232;s du m&#234;me genre que ceux en place en Occident actuellement. Enfin, le premier s'est trouv&#233; face &#224; une soci&#233;t&#233; plut&#244;t apathique ; les seconds ont profit&#233; d'une mobilisation d'une tr&#232;s grande ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je voudrais mettre l'accent sur un trait commun entre les deux, et la mani&#232;re dont ils l'envisagent. Les soul&#232;vements arabes aspiraient largement au d&#233;veloppement &#233;conomique &#224; l'Occidentale et &#224; la soci&#233;t&#233; de consommation. La majorit&#233; des participants au mouvement des places publiques en Gr&#232;ce, ainsi que la majorit&#233; de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, aspirent aussi &#224; la restauration de l'abondance d'avant la crise. Mais pour les Grecs, il est maintenant plus que clair que cette &#233;poque est r&#233;volue. Qu'ils veuillent l'accepter ou pas est une autre affaire. L'essentiel est que la mobilisation populaire de l'ann&#233;e derni&#232;re a &#233;t&#233; profond&#233;ment marqu&#233;e par cette exigence. Plus pr&#233;cis&#233;ment, la m&#233;diocrit&#233; de son ampleur et les contradictions profondes qui l'ont travers&#233;e proviennent aussi de l'am&#232;re prise de conscience qu'un retour en arri&#232;re est impossible. Les soul&#232;vements arabes semblaient inconscients de cette fin qui approche, ce qui a certainement contribu&#233; &#224; l'ampleur de ces mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, si ces deux mouvements ont eu la suite qu'on sait, &#224; part les autres raisons particuli&#232;res &#224; chacun d'entre eux, c'est aussi parce qu'ils s'inscrivent dans la longue lign&#233;e des mouvements qui continuent &#224; d&#233;fendre ce qui devient de plus en plus intenable : L'abondance mat&#233;rielle, seule paradis jamais r&#233;alis&#233; sur la Terre, comme le dit Guy Fargette. Mais dans la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle, jusqu'aux ann&#233;es 1960, on a vu des mouvements d&#233;border ce cadre et poser ouvertement le projet d'une transformation radicale de la soci&#233;t&#233;. Pourtant, ces mouvements ont surgi dans un contexte o&#249; le projet d'autonomie disparaissait progressivement des soci&#233;t&#233;s Occidentales, laissant place &#224; l'abandon, au repli dans la sph&#232;re priv&#233;e, au renforcement des pouvoirs des r&#233;gimes en place, &#224; la formation progressive des oligarchies actuelles, etc. Le Mouvement des Places publiques en Gr&#232;ce semble en quelque sorte condenser ce long processus. Il surgit dans une soci&#233;t&#233; en train de s'&#233;parpiller, d'&#233;clater en une multitude de factions particularistes, d&#233;j&#224; largement plong&#233;e dans l'apathie, la mentalit&#233; nouveau riche et le consum&#233;risme. Cette soci&#233;t&#233; ne peut, ne veut entendre parler de rien d'autre que de la sauvegarde de son niveau de consommation. De l'autre cot&#233;, si j'ai bien compris, les peuples arabes se sont retrouv&#233;s le lendemain de la chute des dictateurs sans autre projet politique concret et vigoureux qu'un islamisme m&#226;tin&#233; de d&#233;veloppement &#233;conomique &#224; l'Occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, Grecs, Tunisiens et Egyptiens, proches par leur culture m&#233;diterran&#233;enne, mais aussi &#233;loign&#233;es sous certains aspects, ont partag&#233; le m&#234;me sort : ils ont &#233;t&#233; les pr&#233;curseurs des cons&#233;quences impr&#233;visibles d'une sombre combinaison m&#234;lant absence d'un projet politique d&#233;mocratique et bouleversement profond des conditions de vie dans les d&#233;cennies &#224; venir. Le cas grec pr&#233;sente des traits qui rel&#232;vent &#224; la fois des soci&#233;t&#233;s arabes et occidentales. Il permet &#8211; pour peu qu'on l'examine lucidement &#8211;de tirer quelques conclusions potentiellement utiles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'existence d'une vie sociale dense peut &#234;tre &#224; double tranchant. Elle peut favoriser le surgissement d'un mouvement populaire d&#233;mocratique ou la mise en place de moyens pour simplement survivre dans un chaos g&#233;n&#233;ralis&#233; et durable sans se soucier de tout ce qui exc&#232;de son entourage restreint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Les valeurs et les habitudes qui font qu'une soci&#233;t&#233; est quelque chose de beaucoup plus qu'un agr&#233;gat d'individus (honn&#234;tet&#233;, solidarit&#233;, entraide, convivialit&#233;, bonne foi) doivent &#234;tre imp&#233;rativement combin&#233;es avec des principes qui concr&#233;tisent et promeuvent le projet de constitution d'une soci&#233;t&#233; autonome : &#201;galit&#233; de droit de tous les membres de la communaut&#233;, stricte &#233;galit&#233; des revenus, &#233;laboration explicite par la communaut&#233; de ses lois, libert&#233; d'expression, de mise en question et d'interrogation rationnelle &#224; tous les niveaux, obligation de rendre compte de ses actes et de ses paroles, etc. Dans le cas contraire, valeurs et principes populaires ne servent souvent qu'&#224; all&#233;ger une r&#233;alit&#233; sociale suffocante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. L'ambigu&#239;t&#233; du rapport avec l'Occident peut mener &#224; de vraies impasses. Et ces impasses sont dangereusement aggrav&#233;es en ce moment, puisque la promesse de l'abondance mat&#233;rielle ne peut plus &#234;tre tenue. Ainsi, face &#224; un Occident qui r&#233;gresse, dans lequel l'abrutissement du consum&#233;risme et du divertissement d&#233;truisent des comp&#233;tences &#233;l&#233;mentaires d&#233;velopp&#233;s depuis au moins 5.000 ans et qui persistent encore dans les r&#233;gions moins ou pas du tout d&#233;velopp&#233;es, nous n'avons pas &#224; nous accrocher &#224; un projet manifestement intenable et par ailleurs absurde. Pour nous, les choses se posent d'une mani&#232;re cruellement claire : Puisque de toute fa&#231;on les reculs et les compromis ne suffiront pas &#224; barguigner une suffisance mat&#233;rielle m&#234;me relative, il ne nous reste qu'&#224; reprendre &#224; notre compte l'h&#233;ritage des luttes d'&#233;mancipation, seule chose qui m&#233;rite d'&#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;e en Occident, et notre volont&#233; de vivre dans une soci&#233;t&#233; libre et digne, seule chose qui m&#233;rite qu'on lui consacre nos forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On suit effectivement jour apr&#232;s jour la d&#233;t&#233;rioration de la situation grecque, les licenciements, les faillites, les baisses de salaires et des retraites, etc. Pourrais-tu d&#233;crire la mani&#232;re dont les gens font concr&#232;tement face &#224; ces situations et comment les interpr&#232;tent-ils, comment leur donnent-ils sens ? La Gr&#232;ce vit ce qui est en train de se passer plus progressivement &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te : le r&#233;tr&#233;cissement de la perspective d'abondance, sous le tir crois&#233; d'une oligarchie sans adversaire cons&#233;quent et d'une rar&#233;faction des ressources naturelles. Comment ce choc est-il per&#231;u ? Le pays peut-il vraiment faire le deuil de ce &#224; quoi aspire la majorit&#233; de la plan&#232;te ? De ce que l'on croit voir, on assiste &#224; un d&#233;ni de r&#233;alit&#233;, en m&#234;me temps qu'un abattement : comment les expliquer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a c'est une bonne question, car elle nous permet de mesurer le degr&#233; d'&#233;clatement d'une soci&#233;t&#233; qui subit un tel choc. Il y a d'abord le fond commun &#224; presque toute interpr&#233;tation, qui voit la Gr&#232;ce comme une nation victime, impuissante et convoit&#233;e. Ce type d'hallucination tient lieu d'explication de la situation actuelle pour une grande partie du peuple (peut-&#234;tre la majorit&#233;). C'est le paravent qui cache les gains de l'oligarchie locale (cliques mafieuses y compris) par sa collaboration avec les &#171; grands patrons &#187; Europ&#233;ens et Am&#233;ricains. C'est la tarte &#224; la cr&#232;me de la gauche parlementaire face aux r&#233;percussions de la crise qui ne cessent de se multiplier. Bien entendu, le paroxysme et le d&#233;lire sur lesquels d&#233;bouche une telle approche contribue &#224; &#233;luder la question, &#224; masquer les causes profondes de la crise, &#224; laisser le champ libre aux d&#233;magogues et, surtout, &#224; esquiver les responsabilit&#233;s du peuple lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point est peut &#234;tre opportun pour d&#233;velopper la question. Il existe, en gros, deux versions de la posture victimaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - La Gr&#232;ce est un pays sous-d&#233;velopp&#233;, impuissant face aux manipulations des puissances &#233;trang&#232;res. Ce qui permet de d&#233;plorer l'histoire des deux si&#232;cles pass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 - Les Grecs sont conservateurs, traditionnels, arri&#233;r&#233;s. Ils d&#233;plorent leur propre nature, leur incapacit&#233; &#224; se moderniser, &#224; se civiliser, &#224; s'adapter aux pays du &#171; premier monde &#187;, en gros, leur impossibilit&#233; de devenir comme les Autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas, l'auto-d&#233;nigrement est de mise, combin&#233; &#224; un narcissisme assez &#233;trange (lequel est renforc&#233; par la conjoncture exceptionnelle des trois derni&#232;res ann&#233;es qui a mis en sc&#232;ne les Grecs comme potentiellement responsables d'un d&#233;rapage du capitalisme mondial !). Dans ce contexte fleurissent toutes les tendances d&#233;magogiques : Les staliniens, la gauche social-d&#233;mocrate de Syriza et les pseudo nazis de l'Aube Dor&#233;e partagent la premi&#232;re version, les tendances des pseudo lib&#233;raux technocrates qui s&#233;vissent dans les marges de la droite conservatrice avancent la seconde. Seule particularit&#233; dans ce paysage politique, la droite conservatrice actuellement au pouvoir, qui d&#233;veloppe un nouveau discours politique dans lequel elle m&#233;lange les deux versions avec la promesse trahie du d&#233;veloppement &#233;conomique, dans un vain effort de reconstruire un mouvement national de droite autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et du c&#244;t&#233; du peuple, des gens ordinaires, comment se traduisent ces tendances ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce niveau-l&#224;, la question devient plus complexe. La tendance est &#224; l'abandon de la sph&#232;re publique et au retour &#224; des structures d'organisation sociale pr&#233; moderne, lesquelles &#8211; nous l'avons vu &#8211; n'ont d'ailleurs jamais disparues. Ces modalit&#233;s vont de pair avec des traits anthropologiques particuliers : primaut&#233; de la n&#233;gociation sur l'application formelle des lois, primaut&#233; de l'improvisation sur l'application des proc&#233;dures, transactions sociales bas&#233;s sur le contact personnel plut&#244;t que sur des r&#244;les sociaux impersonnels (fonctionnaires, policiers&#8230;), vie sociale intense et primaut&#233; de l'oral aux d&#233;pens de l'&#233;crit, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui rend la situation plus compliqu&#233;e, c'est l'intrusion depuis trente ans des mentalit&#233;s li&#233;es &#224; la soci&#233;t&#233; de consommation : mentalit&#233; nouveau-riche, m&#233;pris pour les lois formelles et les codes sociaux informels, comportements relevant de la racaille ou du hooliganisme, etc. Cela va de pair avec un d&#233;ni total de l'in&#233;vitable fin du r&#234;ve consum&#233;riste. Devant cette r&#233;alit&#233;, les gens ordinaires d&#233;veloppent une attitude profond&#233;ment contradictoire : au plan &#233;conomique, ils tendent &#224; &#233;tendre les r&#233;seaux informels et des pratiques &#233;conomiques aux marges de la logique capitaliste afin de survivre. Mais en m&#234;me temps, ils veulent le maintient du pays au sein de la zone euro et de l'UE et les investissements &#233;trangers, cens&#233;s relancer la croissance. Au plan politique, ils tendent &#224; se m&#233;fier du syst&#232;me politique dans son ensemble, &#224; traiter les politiciens de corrompus, tout en votant pour Syriza, la droite conservatrice ou l'Aube Dor&#233;e. En sch&#233;matisant, on pourrait dire que cette situation refl&#232;te l'effritement d'une soci&#233;t&#233; dans laquelle un projet politique global et coh&#233;rent fait d&#233;faut. Pourtant, cet &#233;clatement en r&#233;seaux, en particularismes r&#233;gionaux, en lobbies, en cliques, familles et bandes mafieuses peut, dans le cas grec, d&#233;boucher sur une situation relativement contr&#244;lable et sans d&#233;bordements excessifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'emprise de la soci&#233;t&#233; de consommation et la frustration caus&#233;e par son impossibilit&#233; risquent aussi de conduire &#224; des &#233;clatements impr&#233;visibles. La fuite de la jeunesse &#224; l'&#233;tranger (sept cent mille jeunes Grecs sont d&#233;j&#224; partis), &#224; la recherche de ce qui n'est plus r&#233;alisable dans le pays, semble indiquer que les modalit&#233;s de survie quotidienne ne suffisent pas &#224; contrebalancer cette frustration. Il est manifeste d'ailleurs que le vote pour Syriza (devenu le nouveau PS grec) repr&#233;sente cette anticipation. En somme, le taux de participation aux derni&#232;res &#233;lections correspond &#224; cette partie &#8211; majoritaire &#8211; de la population qui croit pouvoir esp&#233;rer la restauration de l'abondance d'avant la crise par le personnel politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que se passera-t-il lorsque la population s'apercevra que le retour en arri&#232;re est impossible ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avancerais les hypoth&#232;ses suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Si les r&#233;actions populaires prennent la forme d'explosions de col&#232;re violentes et r&#233;p&#233;titives et, dans la mesure o&#249; elles risqueront d'entra&#238;ner un chaos g&#233;n&#233;ralis&#233; et d&#233;r&#233;gulateur, elles seront r&#233;prim&#233;es d'abord par les instances formelles de l'&#201;tat. Cette situation ne conduira pas &#224; une sorte de conflit civil mais &#224; un d&#233;sordre durable et in&#233;vitablement sanglant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Dans le cas d'un mouvement populaire coh&#233;rent et potentiellement subversif, demandant, par exemple, ce que voulait la majorit&#233; du mouvement de Syntagma, une v&#233;ritable r&#233;publique &#224; l'Occidentale, il trouvera face &#224; lui, d'abord et surtout, tout le faisceau des r&#233;seaux mafieux dans lesquels trempent les oligarques grecs, la police et dans une moindre mesure l'arm&#233;e, les milieux d'extr&#234;me droite proches de l'Aube Dor&#233;e, la hi&#233;rarchie eccl&#233;siastique, des gens des couches moyennes impliqu&#233;s de diverses fa&#231;ons dans ces r&#233;seaux et, enfin, leurs nervis. Ce point est important dans la mesure o&#249; il refl&#232;te la mutation du capitalisme &#224; l'&#233;chelle mondiale. Le retour &#224; un &#233;tat de choses o&#249; l'unit&#233; du corps social et la participation de tous dans le d&#233;veloppement et la croissance &#233;conomiques &#233;taient le projet politique des classes dominantes est impossible. Dans la mesure o&#249; le pillage, le racket et la mise &#224; sac de la population sont les seules fa&#231;ons de faire du profit, l'autoritarisme arbitraire, la force brute et la d&#233;r&#233;gulation de la vie sociale constitueront la r&#232;gle de la politique sociale des oligarchies au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La possibilit&#233; d'un mouvement d&#233;mocratique et autonome est peu probable, et si jamais il appara&#238;t, il trouvera devant lui, en plus des autres partisans du maintient de l'ordre actuel, cette frange de la population qui d&#233;sire la restauration de la soci&#233;t&#233; de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Si l'&#233;clatement social et le d&#233;p&#233;rissement graduel de l'Etat conduisent &#224; un grand renforcement des particularismes et des regroupements sociaux de toute sorte, cela signifiera le surgissement d'une situation originale avec des traits et des modalit&#233;s impr&#233;visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuil de l'abondance mat&#233;rielle n'est &#233;videmment pas une mince affaire, surtout lorsque le taux de frustration a &#233;t&#233; depuis longtemps sup&#233;rieur au taux de croissance... Ces pr&#233;visions sont certainement sombres mais elles s'imposent, je crois, devant une situation o&#249; un peuple qui, partant d'une construction de sa propre identit&#233; assez probl&#233;matique, et apr&#232;s une trajectoire pleine de ruptures, de r&#233;alisations partielles et d'&#233;checs, adopte tardivement le mod&#232;le social Occidental, et avant de parvenir &#224; s'y int&#233;grer suffisamment, est atteint par un nouveau bouleversement. Dans un cadre de crise mondiale, et de d&#233;stabilisation des soci&#233;t&#233;s occidentales, le cas grec, plus probl&#233;matique, est aussi plus prompt &#224; l'implosion. De l'autre cot&#233;, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, la familiarit&#233; des grecs avec les modalit&#233;s des r&#233;seaux informels et la persistance chez eux des traits anthropologiques traditionnels, permettront peut &#234;tre d'&#233;viter le pire. Par contre, je me demande quelles seraient les cons&#233;quences de cela dans les soci&#233;t&#233;s occidentales, o&#249; de telles pr&#233;dispositions anthropologiques manquent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On ne peut s'emp&#234;cher de penser ici, &#233;videmment, aux Fran&#231;ais et &#224; leur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et o&#249; de tels effritements commencent &#224; appara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu crois donc que ces r&#233;seaux d'entraide correspondent &#224; la r&#233;apparition de structures claniques traditionnelles et non pas &#224; l'invention de solidarit&#233;s nouvelles fond&#233;es sur des principes plus universels ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que la Gr&#232;ce balance entre les deux cultures, occidentale et m&#233;diterran&#233;o-balkanique, fait que des comportements et des ph&#233;nom&#232;nes sociaux prennent des significations contradictoires. Comme je l'ai sugg&#233;r&#233; tout &#224; l'heure, l'entraide et la solidarit&#233; sans des principes universels et sans leur insertion dans un projet global de soci&#233;t&#233; autonome peuvent servir de palliatifs &#224; l'injustice et &#224; l'exploitation. Mais il y a aussi la possibilit&#233; d'appliquer en pratique des principes d&#233;mocratiques et de les restreindre en m&#234;me temps au microcosme d'un regroupement, quel qu'il soit (assembl&#233;e de quartier, assembl&#233;e de gestion d'un parc autog&#233;r&#233;, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, je dirai qu'il y a deux obstacles &#224; la construction d'une nouvelle &#233;thique d&#233;mocratique en Gr&#232;ce. D'un cot&#233;, il y a la parcellisation des luttes, l'&#233;clatement de la frange de la soci&#233;t&#233; revendiquant le changement social en plusieurs regroupements, initiatives, etc., qui rel&#232;ve, entre autres, d'une mentalit&#233; particulariste profond&#233;ment enracin&#233;e en Gr&#232;ce. De l'autre, il y a le fait que ces microstructures surgissent le plus souvent hors des endroits o&#249; les gens passent le plus clair de leur temps. Les assembl&#233;es de quartier se tiennent hors des lieux de travail ou de l'universit&#233;. Les comit&#233;s de lutte concernent des causes importantes mais qui ne touchent pas directement &#224; l'organisation globale de la soci&#233;t&#233;. Ces initiatives demeurent ext&#233;rieures &#224; la vie quotidienne du peuple. De temps en temps surgissent des tentatives d'auto-organisation dans le lieu de travail. La plus significative a &#233;t&#233; celle des ouvriers de la m&#233;tallurgie (&lt;a href=&#034;http://www.viome.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.viome.org/&lt;/a&gt;) qui ont r&#233;cemment constitu&#233; une coop&#233;rative et remis leur usine en fonctionnement. Mais de telles tentatives demeurent marginales, soutenues plut&#244;t par des organisations politiques et des gens actifs politiquement. Leur exemple n'est quasiment jamais suivi d'autres initiatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, &#224; mesure que l'organisation actuelle de la soci&#233;t&#233; s'effondre (mont&#233;e du ch&#244;mage, extension de la pauvret&#233;, abandon par l'&#201;tat des services sociaux, abandon de l'Universit&#233; par la jeunesse) les microstructures existantes pourraient regagner l'espace social et &#233;conomique lib&#233;r&#233;. Cela serait possible, bien qu'une telle &#233;volution doive affronter &#224; la fois l'indiff&#233;rence de la majorit&#233; de la soci&#233;t&#233; vis-&#224;-vis d'elle-m&#234;me, sa tendance &#224; s'organiser en clans de type plut&#244;t traditionnel, et l'absence d'un projet d&#233;mocratique &#233;labor&#233; et adapt&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; complexe de la Gr&#232;ce actuelle, et, in&#233;vitablement, les forces de l'ennemi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre dimension de la question m&#233;rite d'&#234;tre relev&#233;e. Elle concerne l'image de soi et la disposition psychologique du peuple. L'&#233;thique d&#233;mocratique est &#233;videmment incompatible avec l'auto-culpabilisation et l'absence de vraie fiert&#233; populaire li&#233;e &#224; une affirmation et une haute valorisation d'une identit&#233; collective. L'auto-culpabilisation est le sympt&#244;me d'un ph&#233;nom&#232;ne plus g&#233;n&#233;ral de d&#233;sint&#233;gration des soci&#233;t&#233;s contemporaines, mais aussi de la posture victimaire du grec, de son fatalisme et de la d&#233;pression face &#224; la disparition de l'abondance mat&#233;rielle. Et bien qu'elle ne domine pas totalement l'&#233;tat d'esprit de tout le peuple, elle risque d'emp&#234;cher l'apparition d'un mouvement d&#233;mocratique &#224; un moment o&#249;, comme on l'a d&#233;j&#224; dit, il existe des &#233;l&#233;ments qui le rendraient plausible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?674-grece-l-effritement-d-une-societe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb37-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Notre brochure &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?535-entree-en-periode-troublee' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe &#8211; Le mouvement des places du printemps 2011 dans la crise mondiale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. son reportage &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?501-reportage-a-athenes-place-syntagma' class=&#034;spip_in&#034;&gt;R&#233;cit d'un participant sur la place Syntagma&lt;/a&gt; et notre texte &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?546-enjeux-politiques-et' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Enjeux politiques et anthropologiques du mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Notre brochure &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?490-les-soulevements-arabes-face-au' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les soul&#232;vements arabes face au vide occidental : l'exemple tunisien&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On ne peut s'emp&#234;cher de penser ici, &#233;videmment, aux Fran&#231;ais et &#224; leur crispation identitaire et autoritaire, relev&#233;e dans une enqu&#234;te &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/01/24/les-crispations-alarmantes-de-la-societe-francaise_1821655_823448.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publi&#233;e r&#233;cemment dans Le Monde&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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