<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Lieux Communs</title>
	<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/</link>
	<description>D&#233;mocratie directe &#8212; Red&#233;finition collective des besoins &#8212; &#201;galit&#233; des revenus</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net (Sarka-SPIP)</generator>

	<image>
		<title>Lieux Communs</title>
		<url>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/siteon0_1_.jpg?1771799309</url>
		<link>https://collectiflieuxcommuns.fr/</link>
		<height>96</height>
		<width>144</width>
	</image>



 
	<item xml:lang="fr">
		<title>Notes sur l'organisation des collectifs d&#233;mocratiques (4/4) </title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?765-notes-sur-l-organisation-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?765-notes-sur-l-organisation-des</guid>
		<dc:date>2014-11-21T09:28:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Organisation politique</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Assembl&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;cence commune</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(.../...) Voir la partie pr&#233;c&#233;dente 3 &#8212; Les nouvelles t&#226;ches (impossibles) de l'organisation L'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s occidentales depuis une soixantaine d'ann&#233;es a toutefois profond&#233;ment chang&#233; la donne et rend sujet &#224; caution tout ce qui pr&#233;c&#232;de, sinon la totalit&#233; de notre propos. Car aux exigences propres &#224; un travail politique qui tirerait bilan du XXe si&#232;cle s'ajoutent aujourd'hui les difficult&#233;s pos&#233;es par l'effritement de nos soci&#233;t&#233;s, qui se traduisent tr&#232;s concr&#232;tement par des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-29-organisation-politique-+" rel="tag"&gt;Organisation politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-120-assemblee-+" rel="tag"&gt;Assembl&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-220-decence-commune-+" rel="tag"&gt;D&#233;cence commune&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton765.png?1621969017' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?764-notes-sur-l-organisation-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la partie pr&#233;c&#233;dente&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8212; Les nouvelles t&#226;ches (impossibles) de l'organisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s occidentales depuis une soixantaine d'ann&#233;es a toutefois profond&#233;ment chang&#233; la donne et rend sujet &#224; caution tout ce qui pr&#233;c&#232;de, sinon la totalit&#233; de notre propos. Car aux exigences propres &#224; un travail politique qui tirerait bilan du XXe si&#232;cle s'ajoutent aujourd'hui les difficult&#233;s pos&#233;es par l'effritement de nos soci&#233;t&#233;s, qui se traduisent tr&#232;s concr&#232;tement par des probl&#232;mes inou&#239;s jusqu'alors jamais pos&#233;s &#224; un collectif politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;socialisation g&#233;n&#233;rale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solitude, ou plut&#244;t l'isolement profond consubstantiel aux modes de vie occidentaux contemporains, donne au facteur socialisant de tout collectif une dimension d&#233;mesur&#233;e : lorsque l'organisation politique devient le lieu de socialisation principal des individus, la dissidence &#233;quivaut &#224; une &lt;i&gt;quasi-mort sociale&lt;/i&gt;. A cet &#233;gard, l'exemple du PCF d'apr&#232;s-guerre est un cas d'&#233;cole : parti de masse, il prenait en charge via ses structures (syndicales, culturelles, sportives, etc.) tous les aspects de la vie de ses militants et des habitants des municipalit&#233;s qu'il administrait. Ce sc&#233;nario est depuis rejou&#233; &#8212; &#224; plus petite &#233;chelle &#8212; par toutes les organisations gauchistes, tandis qu'on assiste aujourd'hui &#224; un renforcement mutuel de ces m&#233;canismes internes de conformisme souriant et de l'atomisation sociale qui ne cesse de s'&#233;tendre depuis un demi-si&#232;cle. On ne s'engage plus pour une cause, on s'int&#232;gre dans une vie collective dont l'objectif politique tend &#224; ne devenir qu'un pr&#233;texte &#224; la recherche d'une &#171; communaut&#233; bienveillante &#187;. Dans une soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re en voie d'infantilisation, ph&#233;nom&#232;ne rebaptis&#233; &#171; difficult&#233; du vivre ensemble &#187; par toutes les institutions affect&#233;es, de l'&#233;cole &#224; l'entreprise et de l'h&#244;pital aux municipalit&#233;s, l'organisation politique se voit elle aussi somm&#233;e, au nom de ses principes m&#234;mes, d'accepter en son sein des individus dont la seule qu&#234;te est celle d'un peu de &lt;i&gt;chaleur humaine&lt;/i&gt;. Plus grave : ce qui fait d&#233;faut aujourd'hui, ce sont &lt;i&gt;les r&#232;gles m&#234;mes de la vie collective&lt;/i&gt;, ce m&#233;lange profane de politesse, de don, de mesure et de courage, ces petits riens sans lesquels toute relation est impossible et dont l'&#233;vaporation en zones occidentalis&#233;es est cause de malentendus en s&#233;rie mais aussi d'extr&#234;mes difficult&#233;s &#224; s'orienter dans l'existence, dans l'engagement et dans la pens&#233;e m&#234;me. C'est la non-acquisition, ou l'acquisition fort tardive, laborieuse et pr&#233;caire de cette &lt;i&gt;common decency&lt;/i&gt; qui rend tr&#232;s probl&#233;matique toute d&#233;marche authentiquement politique, pr&#233;cis&#233;ment sous-tendue par ce &lt;i&gt;substrat pr&#233;-politique&lt;/i&gt; qui la rend possible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'extr&#234;me difficult&#233; du travail collectif pour ce nouveau type (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; que l'on a pu regrouper sous le terme de &lt;i&gt;camaraderie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;sorientation existentielle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Directement reli&#233; au ph&#233;nom&#232;ne pr&#233;c&#233;dent, celui de la d&#233;sorientation existentielle n'en est pas moins patent. C'est l'insignifiance au niveau individuel et, pour ce qui nous int&#233;resse, la d&#233;sagr&#233;gation de la perspective de transformation sociale, qui n'oriente plus les attitudes, ne fait plus sens dans une existence. Certes, le mouvement r&#233;volutionnaire a toujours eu son lot de beaux parleurs, d'ind&#233;cis, d'aventuriers, de profiteurs, d'arrivistes ou de gredins, mais ces tendances &#233;taient contrebalanc&#233;es par un engagement, m&#234;me passif, du plus grand nombre, et qui n'&#233;tait pas c&#233;r&#233;bral&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N'importe quelle lecture honn&#234;te du moindre soubresaut de ce si&#232;cle oubli&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avec un horizon politique qui s'estompe dans le brouillard du relativisme g&#233;n&#233;ralis&#233;, l'individu ne va plus chercher chez les militants que des marchepieds : qui de l'inspiration pour une carri&#232;re universitaire, qui un espace pour &#233;pancher son &lt;i&gt;pathos&lt;/i&gt; psychosexuel, qui quelques avantages aupr&#232;s des services sociaux, qui un pr&#233;toire pour &#234;tre enfin &#233;cout&#233;, qui une famille de substitution, qui un laissez-passer pour sa conscience exigeante, etc. On nous trouvera durs ou hautains : c'est ne pas voir la spirale d'auto-apitoiement dans laquelle sont prises les populations occidentales (ou occidentalis&#233;es) repues et insatisfaites, jouissant de droits et de libert&#233;s que d'autres ont conquis de leurs taudis, pendant que l'autre moiti&#233; du monde cr&#232;ve litt&#233;ralement de ne pas y acc&#233;der. Soit la d&#233;mocratie directe est le r&#233;gime d'un peuple responsable de lui-m&#234;me, et en ce cas il y a &#224; parler &#224; des adultes capables de voir la r&#233;alit&#233; en face, soit il n'y a que d&#233;magogie sans fin. Mais reste-t-il de la place pour une organisation politique qui tiendrait ce discours &#8212; ou pour ce discours, tout simplement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dislocation politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier aspect, justement, la dislocation politique et id&#233;ologique globale, ce d&#233;membrement qui plonge ses principales racines dans l'&#233;norme mystification &#171; communiste &#187; et qui s'acc&#233;l&#232;re sous nos yeux. Ce n'est plus seulement que le mot de r&#233;volution politique n'ait plus aucun sens sens&#233; : ce sont les rep&#232;res politiques r&#233;publicains, socio-d&#233;mocrates, conservateurs ou &#171; capitalistes &#187; qui volent en &#233;clats. On pourrait se f&#233;liciter de cet avachissement final des vieilles lunes id&#233;ologiques mais c'est plut&#244;t &#224; leur vigueur hybride et leur renouvellement bariol&#233; que l'on assiste, dans une joyeuse amn&#233;sie. Les appareils politiques sont &#224; l'aff&#251;t des spasmes d'une opinion elle-m&#234;me d&#233;boussol&#233;e par quarante ans de gestion &#224; court terme qu'aucun renouveau des luttes sociales n'est venu contrebalancer. L'&#233;clatement et la confusion id&#233;ologiques sont tels, &#224; &#171; gauche &#187; comme &#224; &#171; droite &#187;, qu'il est devenu impossible de rassembler un camp politique autour d'un &lt;i&gt;corpus coh&#233;rent qui rende compte de la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;. Les mots eux-m&#234;mes doivent &#234;tre longuement discut&#233;s pour recouvrir, &#233;ventuellement, un sens commun, sans cesse menac&#233;. Envisager seulement de se former une opinion sur quelques sujets &#233;puise d&#233;j&#224; les r&#233;serves de patience et de r&#233;flexion de nos contemporains. Mais c'est surtout l'argumentation rationnelle qui est d&#233;laiss&#233;e au profit des traits d'esprit et des lubies passag&#232;res. La simple recherche d'une v&#233;rit&#233; commune, &lt;i&gt;m&#234;me &#233;ph&#233;m&#232;re et transitoire&lt;/i&gt;, est vue comme une pr&#233;tention totalitaire. De ce magma, il est plus difficile que jamais de pr&#233;voir les mouvements qui &#233;mergeront face aux chocs de la r&#233;alit&#233;, entre alliances improbables, retournements tactiques et dynamiques de fond. Dans ce contexte mouvant qui ressemble plus &#224; une g&#233;rance &#171; &#224; l'orientale &#187; qu'&#224; ce que la modernit&#233; avait institu&#233;, l'&#233;chec d'une organisation politique ne signifie pas son fourvoiement, et ses &#233;ventuels succ&#232;s devraient &#234;tre appr&#233;hend&#233;s avec la plus grande circonspection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me partie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qu'il est possible de faire,&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ce qu'il sera (peut-&#234;tre) possible de faire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, et pour ceux qui partagent ces vis&#233;es, l'engagement serait le m&#234;me au sein de la soci&#233;t&#233; totalement immobile de la Byzance du Ve si&#232;cle ou au milieu des interminables guerres f&#233;odales. Mais les affects jusqu'ici attach&#233;s aux mouvements r&#233;volutionnaires ne sont plus de mise : ce que requiert aujourd'hui un courant ayant comme perspective finale l'autotransformation radicale de la soci&#233;t&#233; fait p&#226;le figure &#224; c&#244;t&#233; des frissons de l'&#233;meutier, de l'emportement du tribun ou du panache du penseur. Il est question aujourd'hui de minutie, de recul, de sang-froid et, peut-&#234;tre surtout, de &lt;i&gt;patience&lt;/i&gt;. Depuis longtemps, nous avons d&#251; faire le deuil de voir de nos yeux l'instauration d'une soci&#233;t&#233; autonome : il nous faut sans doute &#233;galement faire celui d'un v&#233;ritable courant qui porterait un tel projet. Peut-&#234;tre celui-ci reviendra-t-il &#224; la vie prochainement, nous n'en savons rien. Puissions-nous au moins contribuer &#224; maintenir, t&#233;nu, ce fil invisible qui nous relie &#224; ce &lt;i&gt;tr&#233;sor perdu des r&#233;volutions&lt;/i&gt; que d'autres, peut-&#234;tre, renoueront &#224; leur fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8212; En p&#233;riode froide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons de ramasser en quelques lignes les points &#233;voqu&#233;s pr&#233;c&#233;demment, ou qui en d&#233;coulent logiquement, et qui ont trait aux t&#226;ches d'un collectif politique, qu'il soit de type intellectuel, militant, exp&#233;rimental ou plus probablement hybride, lors des p&#233;riodes historiques de reflux, de latence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'associer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit l'activit&#233; premi&#232;re d'un collectif, il nous semble que la forme associative (d&#233;clar&#233;e ou non, peu importe), avec son esprit h&#233;rit&#233; du mouvement ouvrier et anarchiste, soit aujourd'hui la moins st&#233;rile, comparativement &#224; celles du r&#233;seau, du groupuscule ou du groupe affinitaire. Se regrouper librement autour d'un projet concret permet de mesurer pr&#233;cis&#233;ment si le travail collectif assure bien cet effet d&#233;multiplicateur de l'effort individuel, et d'y ramener sans cesse les &#233;garements narcissiques et les vertiges nombrilistes. Cette forme semble &#233;galement la plus propice &#224; une approche &lt;i&gt;d&#233;sid&#233;ologis&#233;e&lt;/i&gt; de la politique : loin des certitudes tranchantes de l'avant-garde, les positions affirm&#233;es peuvent l&#233;gitimement s'enraciner dans le d&#233;sir des participants, et plus ais&#233;ment s'exposer au doute provoqu&#233; par la libre discussion et l'exp&#233;rience. Naturellement poreuse au monde social, l'association semble le lieu appropri&#233; pour repenser l'activit&#233; politique sur les d&#233;combres du XXe si&#232;cle. Enfin, structure &#224; la fois circonscrite et ouverte, elle peut plus ais&#233;ment s'offrir &#224; l'analyse interne, fonctionner sur la base d'assembl&#233;es d&#233;mocratiques et &#233;laborer une loi collective. Cette derni&#232;re ne peut &#234;tre appliqu&#233;e avec discernement que si elle est scrupuleusement respect&#233;e et si, en premier lieu, le principe princeps &#171; &lt;i&gt;on fait ce qu'on dit, on dit ce qu'on fait&lt;/i&gt; &#187; vaut, et vaut pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire trace&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute est-ce l&#224; la premi&#232;re des t&#226;ches : faire en sorte que notre activit&#233;, si maigre soit-elle, laisse une trace pour que ceux qui le voudront en tirent ult&#233;rieurement profit. Ce que les marxistes ont cru mouvement irr&#233;pressible de l'histoire, essence du prol&#233;tariat, ce n'&#233;tait &#171; que &#187; &lt;i&gt;l'exp&#233;rience transmise&lt;/i&gt; par le peuple au cours des deux si&#232;cles o&#249; il a &#233;t&#233; l'acteur principal de la vie politique, transmission de bouche &#224; oreille, de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, de milieux en milieux, de r&#233;gion &#224; r&#233;gion, une assimilation des v&#233;cus des p&#232;res et des m&#232;res, une &lt;i&gt;cumulation des h&#233;ritages&lt;/i&gt;, une confrontation, un recoupement, des bilans. Quel contraste avec les cinquante derni&#232;res ann&#233;es o&#249; l'on dirait un fait expr&#232;s que, dans leurs pratiques militantes, les enfants r&#233;p&#232;tent les erreurs de leurs parents, pourtant certains de faire table rase, puis se r&#233;signent &#8212; un nombre croissant commen&#231;ant d'ailleurs par la fin. Une organisation politique ne peut faire et dire &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; pour ceux qui veulent, et peuvent encore, entendre et voir, mais aussi pour ceux qui viendront, peut-&#234;tre, plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;laborer un projet de soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, le &lt;i&gt;lien avec l'histoire&lt;/i&gt; pass&#233;e est &#224; la fois n&#233;cessaire et d&#233;licat : sa connaissance enferme souvent dans ses sch&#233;mas tandis que son ignorance, quelquefois volontairement entretenue, destine &#224; sa r&#233;p&#233;tition. Il y a pourtant &#224; revivre avec cet h&#233;ritage, non par pass&#233;isme ou par &#233;rudition, mais parce qu'il n'y a que de l&#224; que le d&#233;sir d'&#233;mancipation peut rencontrer ses r&#233;alisations pass&#233;es, ses victoires &#233;clatantes comme ses &#233;checs patents. Ce recul doit permettre de rattacher les activit&#233;s politiques collectives &#224; un &lt;i&gt;projet de soci&#233;t&#233; coh&#233;rent&lt;/i&gt;, dont la discussion est une dimension essentielle au sens donn&#233; aux actes et aux mots. C'est ce projet qui peut aimanter la vie collective et s'en nourrir en retour, permettant l'orientation minimale, la lucidit&#233; et l'affirmation de valeurs et de principes discriminants quant &#224; ce qui doit &#234;tre fait et dit et ce qui ne doit, ne peut pas l'&#234;tre ; ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas. Ce projet, en derni&#232;re analyse, est l'&lt;i&gt;identit&#233; politique&lt;/i&gt; du collectif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le sujet, cf. notre brochure Malaise dans l'identit&#233;..., op. cit.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui doit &#234;tre explicit&#233;e, revue, corrig&#233;e, &#233;tendue au plus grand nombre, et doit servir de crit&#232;re dernier quant &#224; l'analyse g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233; et de ses &#233;volutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Analyser la r&#233;alit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin des grilles de lecture gauchistes, anarchistes ou postmodernes qui figent la r&#233;alit&#233; sociale dans des cat&#233;gories &#233;tablies une fois pour toutes, il y aurait &#224; &lt;i&gt;interroger &#224; nouveaux frais les ph&#233;nom&#232;nes sociaux&lt;/i&gt; en utilisant diff&#233;rentes &#233;chelles de temps et d'espace : d&#233;cortiquer les processus en cours, les retournements d'opinions, les courants profonds, les &#233;piph&#233;nom&#232;nes comme les constantes. L'exercice est p&#233;rilleux mais indispensable : il ne s'agit pas de faire de la sociologie de salon, mais d'appr&#233;hender et d'&lt;i&gt;interpr&#233;ter le r&#233;el&lt;/i&gt;, aussi d&#233;rangeant soit-il, pour comprendre le sens de la marche du monde comme le sens de l'activit&#233; propre au collectif. Trois points nous semblent particuli&#232;rement importants : en premier lieu, bien entendu, l'attention port&#233;e aux &lt;i&gt;nouvelles formes politiques&lt;/i&gt; qui &#233;mergeraient &#233;ventuellement en &#233;tant porteuses de la reprise, sans doute timide et h&#233;t&#233;roclite, du projet d'autonomie. Le deuxi&#232;me point en d&#233;coule : c'est l'&lt;i&gt;identification des faux-semblants&lt;/i&gt;, des mouvements corporatistes et lobbyistes, des pseudo-subversions, des courants d&#233;magogiques et mystificateurs, des manipulations et des r&#233;cup&#233;rations. Enfin, d'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, la &lt;i&gt;critique sans rel&#226;che&lt;/i&gt; des id&#233;ologies, du principe m&#234;me de l'id&#233;ologie, de la fabrication et du recyclage des mythes qui font obstacle &#224; l'&#233;mancipaion individuelle, groupale et collective. C'est la &lt;i&gt;description m&#233;thodique des erreurs&lt;/i&gt;, des errances, des &#233;checs, comme de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence ou de la r&#233;cup&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Accompagner les luttes et exp&#233;riences existantes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'activit&#233; politique n'a de sens qu'en &#233;tant reli&#233;e directement aux exp&#233;riences de terrain qui d&#233;passent le cercle du collectif : c'est l&#224; que peut se former un milieu qui reprenne et d&#233;veloppe une v&#233;ritable culture d&#233;mocratique, une autoformation des uns par les autres au sein d'une contre-soci&#233;t&#233; qui sache ne pas se refermer sur elle-m&#234;me. Suivre, encourager, aider, participer et, lorsque c'est possible, provoquer des initiatives non affili&#233;es dont les objectifs sont partag&#233;s, participe du travail &#224; effectuer si cela ne se limite pas &#224; une aide humanitaire ac&#233;phale : il y a au contraire &#224; y intervenir, c'est-&#224;-dire &#224; en faire des &lt;i&gt;lieux d'&#233;laborations communes&lt;/i&gt; par la confrontation des exp&#233;riences, des pratiques, des conceptions, des projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt;, dialectique profonde de la th&#233;orie et de la pratique, qui permet de lutter contre les ph&#233;nom&#232;nes de cl&#244;ture que rencontre in&#233;vitablement tout collectif, en provoquant cette agitation permanente qui lie id&#233;es et actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Provoquer la naissance d'autres collectifs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois derniers points sont intimement li&#233;s en principe, comme ils l'ont &#233;t&#233; r&#233;ellement dans l'histoire lors des p&#233;riodes de bouillonnement politique. Mais cela ne se fera pas au moyen du fantasme de l'unit&#233; spontan&#233;e ou sous la f&#233;rule d'un Parti unificateur et recruteur : il doit &#234;tre possible de &lt;i&gt;travailler &#224; l'&#233;mergence de collectifs autonomes&lt;/i&gt; avec lesquels entrer en correspondance, en dialogue, en coop&#233;ration et en concurrence. La forme d&#233;mocratique est celle de la pluralit&#233; et l'intelligence collective &#233;merge de la multiplicit&#233;. Mais la collaboration possible entre groupes n'est pas un appel &#224; la complaisance ou &#224; la fausse na&#239;vet&#233; : ici encore doivent pr&#233;valoir le &lt;i&gt;partage d'un projet&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;exigence de pens&#233;e&lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;lucidit&#233; pratique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8212; En p&#233;riode chaude&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En p&#233;riode de grande agitation sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces points seront repris essentiellement, mais sous un angle diff&#233;rent, &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'essentiel de l'activit&#233; politique d&#233;crite peut s'organiser selon trois moments, qui synth&#233;tisent l'exp&#233;rience historique de luttes pour la d&#233;mocratie directe. Chacun vise la &lt;i&gt;reconstitution d'une soci&#233;t&#233; par sa base&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a) Stimuler les rassemblements&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit, partout, d'encourager la discussion tous azimuts, de provoquer des rassemblements, la formation de lieux de d&#233;lib&#233;ration collective &lt;i&gt;permanente&lt;/i&gt;. Les enjeux sont &#233;vidents : d'abord et avant tout &lt;i&gt;reconstituer une socialit&#233;&lt;/i&gt; qui donne &#224; l'individu le courage de s'affirmer en tant que tel et de faire sien le sentiment de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral ; ensuite &lt;i&gt;recr&#233;er un corps politique&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire faire advenir une collectivit&#233; capable d'&#233;laborer, de confronter et d'&#233;valuer ses opinions et ses mises en actes ind&#233;pendamment des circuits m&#233;diatiques ; enfin &lt;i&gt;poser les bases stables d'un nouveau r&#233;gime&lt;/i&gt;, &#233;tant entendu que la disparition de ces dispositifs de d&#233;lib&#233;ration d'un peuple signe &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; la fin du projet de souverainet&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re compl&#233;mentaire, il y a &#224; combattre l'influence des rumeurs, des id&#233;ologies et des discours creux, &#224; entraver la formation des rassemblements corporatistes, l'influence des lobbies et des mafias, &#224; emp&#234;cher l'instauration de communautarismes ethnico-religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b) Tendre &#224; l'autogestion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les collectifs populaires partout constitu&#233;s doivent pouvoir prendre en main l'organisation mat&#233;rielle de leur quotidien ind&#233;pendamment de tout pouvoir central. Progressivement et autant que possible, la gestion du ravitaillement de tous, de la s&#233;curit&#233; des biens et des personnes, de l'information, de l'&#233;nergie, du logement ou du travail peuvent relever, de fait, de la &lt;i&gt;souverainet&#233; des assembl&#233;es locales&lt;/i&gt;. Il y a donc &#224; accompagner le red&#233;marrage de la vie &#233;conomique et politique, ou plut&#244;t sa r&#233;invention, par une &lt;i&gt;r&#233;-institution&lt;/i&gt; au plus pr&#232;s des gens, faisant valoir partout l'&lt;i&gt;int&#233;r&#234;t commun&lt;/i&gt; contre toute tentative de constitutions de microf&#233;odalit&#233;s incontr&#244;l&#233;es. Le travail de coordination &#224; tous les niveaux est donc primordial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c) Faire accoucher d'institutions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que vise un collectif pour la d&#233;mocratie directe c'est l'instauration d'un r&#233;gime constitu&#233; de pouvoirs l&#233;gitimes et contr&#244;l&#233;s sur une base &#224; la fois locale et professionnelle : &lt;i&gt;les Communes&lt;/i&gt; peuvent en devenir l'&#233;chelle l&#233;gitime, s'associant en &lt;i&gt;F&#233;d&#233;rations&lt;/i&gt;. Les assembl&#233;es souveraines en repr&#233;sentent le socle, regroupant toutes les personnes concern&#233;es et formant des organes de lutte comme des lieux d'exercice du pouvoir. C'est donc tout particuli&#232;rement en leur sein que doit s'instaurer un pouvoir populaire d'information, de d&#233;lib&#233;ration et de d&#233;cision par l'instauration de proc&#233;dures sp&#233;cifiques : mandats imp&#233;ratifs, rotation des t&#226;ches, tirage au sort, reddition des comptes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les collectifs en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;taillons bri&#232;vement ici ce que pourrait &#234;tre concr&#232;tement une relation possible entre des organisations politiques et le reste de la population en p&#233;riode chaude. Le probl&#232;me principal peut se formuler ainsi : comment &#233;viter l'imposition d'une &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; particuli&#232;re par un groupe ou un autre ? Ou, &#224; l'inverse, comment &#233;viter l'illusion d'une autodissolution de tous les collectifs constitu&#233;s dans le mouvement g&#233;n&#233;ral ? La question a &#233;t&#233; pos&#233;e lors du Mouvement des Places en Gr&#232;ce&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; R&#233;cit d'un participant sur la place Syntagma &#187; &amp; &#171; Les assembl&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, face aux groupuscules stalino-gauchistes qui voulaient faire accepter par l'assembl&#233;e la participation des porte-parole de leurs microbureaucraties. La seule r&#233;ponse alors trouv&#233;e est que les assembl&#233;es sont des &lt;i&gt;lieux d'&#233;laboration commune&lt;/i&gt; dans lesquels chacun ne s'engage qu'&lt;i&gt;&#224; titre individuel&lt;/i&gt;, avec son exp&#233;rience et ses convictions mais en aucun cas en tant que membre mandat&#233; d'un groupe ext&#233;rieur &#224; l'assembl&#233;e. C'est ce type de posture qui permet &#224; chacun de garder le contr&#244;le sur l'organisation et la direction g&#233;n&#233;rale du mouvement. Cet exercice conjoint de la critique argumentative par l'assembl&#233;e d'un c&#244;t&#233;, par les collectifs politiques de l'autre, et les individus non affili&#233;s permet de freiner la formation de discours clos sur eux-m&#234;mes. Ce cas de &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; laisse entrevoir la position globale que peut prendre un collectif lors d'un mouvement de grande ampleur et, par ce biais, ce que pourrait &#234;tre, dans une soci&#233;t&#233; fonctionnant en d&#233;mocratie directe, la relation entre la collectivit&#233; politique et des groupes constitu&#233;s en son sein, sans que ne resurgisse la formation de partis, c'est-&#224;-dire d'&lt;i&gt;organisations pr&#233;tendant &#224; la direction globale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des questions sans r&#233;ponses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques remarques rapides sur les t&#226;ches d'un collectif en p&#233;riode froide comme en p&#233;riode chaude ne sauraient &#234;tre conclues sans &#233;voquer ce qui pourrait &#234;tre le crit&#232;re ultime pr&#233;sidant &#224; l'action comme &#224; la r&#233;flexion, et permettant &#224; quiconque de reconna&#238;tre une d&#233;marche authentiquement d&#233;mocratique : nous voulons parler de l'habitude de &lt;i&gt;poser des questions sans r&#233;ponses&lt;/i&gt;. A rebours de tous les r&#233;flexes politiciens et d&#233;magogiques qui consistent &#224; faire miroiter une Solution qui n'est qu'un appel masqu&#233; &#224; la d&#233;l&#233;gation de pouvoir sous forme de pl&#233;biscite, et au grand d&#233;sespoir du quidam qui ne cherche plus aujourd'hui que l'&lt;i&gt;embarras du choix&lt;/i&gt;, viser l'instauration d'un pouvoir populaire ne peut se faire qu'en &lt;i&gt;formulant des interrogations ouvertes auxquelles seul le peuple peut apporter des r&#233;ponses&lt;/i&gt;. Il ne s'agit pas de fausse modestie, de mauvaise ma&#239;eutique ou de proc&#233;d&#233; rh&#233;torique mais de la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; : la complexit&#233; des probl&#232;mes qui se posent &#224; toute soci&#233;t&#233; impose qu'ils ne puissent &#234;tre r&#233;solus, et non pas diff&#233;r&#233;s, que par l'association libre de toutes les volont&#233;s qui la constituent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; formul&#233; le principe de base de la d&#233;mocratie directe, et r&#233;sum&#233; le r&#244;le fondamental d'une organisation politique cherchant son instauration : permettre &#224; chacun de prendre ses responsabilit&#233;s, c'est-&#224;-dire rendre tangible l'accession de tous &#224; la v&#233;ritable libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte lui-m&#234;me est une longue interrogation sans r&#233;ponse. Pendant des si&#232;cles, des gens se sont regroup&#233;s pour faire advenir des soci&#233;t&#233;s au sein desquelles l'individu serait un &#234;tre capable de d&#233;cider &#224; &#233;galit&#233; avec ses semblables. Cette &#233;poque se caract&#233;risait par une d&#233;licate &lt;i&gt;alchimie historique&lt;/i&gt; qui voyait des soci&#233;t&#233;s former spontan&#233;ment &lt;i&gt;des individus travaillant &#224; sa radicale transformation sociale et politique comme &#224; leur propre &#233;mancipation&lt;/i&gt;. Caract&#233;ristique occidentale fascinante que les marxistes ont d&#233;guis&#233;e en m&#233;canique in&#233;luctable du d&#233;passement historique, mais que l'on sait maintenant reposer sur un substrat anthropologique pr&#233;caire et aujourd'hui lamin&#233;. Car cette phase historique semble close, sans que rien de d&#233;sirable ne semble lui succ&#233;der. Les relations entre la personnalit&#233; contemporaine, &#224; la fois autocentr&#233;e et hyperconnect&#233;e (ou l'inverse), et la soci&#233;t&#233;, plus conformiste et fragment&#233;e que jamais, sont telles que l'on est en droit de se demander si le &lt;i&gt;temps des collectifs&lt;/i&gt; n'est pas r&#233;volu. Peut-&#234;tre les secousses qui s'annoncent et qui mettront fin au monde tel qu'on le conna&#238;t, alors que l'on pensait l'histoire achev&#233;e, nous feront-elle retrouver, d'une mani&#232;re ou d'une autre, les principes de l'action et de la pens&#233;e collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Collectif Lieux Communs&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;D&#233;cembre 2013 &#8212; avril 2014&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur l'extr&#234;me difficult&#233; du travail collectif pour ce nouveau type anthropologique, cf. R. Sennett &#171; Le moi non coop&#233;ratif. Psychologie du retrait &#187; in &lt;i&gt;Ensemble. Pour une &#233;thique de la coop&#233;ration&lt;/i&gt;, p. 235.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N'importe quelle lecture honn&#234;te du moindre soubresaut de ce si&#232;cle oubli&#233; qu'est le XIXe, par exemple, rend &#233;vident ce qui passe aujourd'hui pour une mythologie nostalgique &#8212; par exemple, sur les journ&#233;es de f&#233;vrier 1848, &lt;i&gt;La premi&#232;re r&#233;surrection de la R&#233;publique&lt;/i&gt;, de H. Guillemin, Gallimard 1967. Sur le si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent, cf. &lt;i&gt;La foule dans la R&#233;volution Fran&#231;aise&lt;/i&gt; de George Rud&#233;, 1959 (1982, Maspero).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur le sujet, cf. notre brochure &lt;i&gt;Malaise dans l'identit&#233;..., op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ces points seront repris essentiellement, mais sous un angle diff&#233;rent, &#224; la fin du texte &#171; Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique &#187;, brochure 20 ter.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; R&#233;cit d'un participant sur la place Syntagma &#187; &amp; &#171; Les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales de Syntagma : Structure et fonctionnement &#187; dans &lt;i&gt;Le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Notes sur l'organisation des collectifs d&#233;mocratiques (3/4) </title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?764-notes-sur-l-organisation-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?764-notes-sur-l-organisation-des</guid>
		<dc:date>2014-11-14T09:41:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Organisation politique</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cup&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Assembl&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(.../...) Voir la partie pr&#233;c&#233;dente Deuxi&#232;me partie Principes g&#233;n&#233;raux des collectifs pour la d&#233;mocratie directe En lisant ce qui pr&#233;c&#232;de, on pourrait interpr&#233;ter notre d&#233;marche comme une volont&#233; d'&#233;laborer une organisation politique enfin d&#233;barrass&#233;e du fatras du &#171; vieux monde &#187;, d'en extraire du nouveau radicalement nouveau pos&#233; sur une tabula rasa, bref une puret&#233; r&#233;volutionnaire. Il n'en est &#233;videmment rien, mais l'interpr&#233;tation est int&#233;ressante non en ce qu'elle dit &#8212; une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-29-organisation-politique-+" rel="tag"&gt;Organisation politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-32-recuperation-+" rel="tag"&gt;R&#233;cup&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-120-assemblee-+" rel="tag"&gt;Assembl&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton764.png?1621969040' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?763-Notes-sur-l-organisation-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la partie pr&#233;c&#233;dente&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me partie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Principes g&#233;n&#233;raux des collectifs pour la d&#233;mocratie directe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lisant ce qui pr&#233;c&#232;de, on pourrait interpr&#233;ter notre d&#233;marche comme une volont&#233; d'&#233;laborer une organisation politique enfin d&#233;barrass&#233;e du fatras du &#171; vieux monde &#187;, d'en extraire du nouveau radicalement nouveau pos&#233; sur une &lt;i&gt;tabula rasa&lt;/i&gt;, bref une &lt;i&gt;puret&#233; r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;. Il n'en est &#233;videmment rien, mais l'interpr&#233;tation est int&#233;ressante non en ce qu'elle dit &#8212; une organisation ou quoi que ce soit r&#233;pondant &#224; de tels crit&#232;res ne pourrait qu'&#234;tre fatalement extraterrestre &#8212; mais en ce qu'elle pr&#233;suppose : principalement l'existence m&#233;taphysique d'un &#171; Bien &#187; et d'un &#171; Mal &#187;, agr&#233;ment&#233;e de la possibilit&#233; d'un partage net et sans reste. Approche authentiquement religieuse et passag&#232;rement h&#233;r&#233;tique, mais sans doute n'est-il pas inutile de rappeler que la quasi-totalit&#233; de l'&#233;chiquier politique contemporain, et par-dessus tout &#171; l'extr&#234;me-gauche &#187;, y adh&#232;re sans r&#233;serve. Depuis des d&#233;cennies, le gauchisme, l&#226;chant un &#224; un les lests de l'h&#233;ritage marxiste pour mieux en sauvegarder la substantifique moelle, n'a plus aujourd'hui que son squelette jud&#233;o-chr&#233;tien auquel se cramponner&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Le marxisme-l&#233;ninisme, id&#233;ologie r&#233;actionnaire &#187;, juillet 2012, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8212; Pour l'autonomie groupale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il ne s'agit pas seulement des id&#233;ologies h&#233;rit&#233;es, mais tout aussi bien de leur transfiguration, de leur transformation, voire de la naissance de nouveaux sch&#233;mas r&#233;p&#233;titifs, d'automatismes mentaux, de pr&#234;t-&#224;-penser. Ce qui est requis, c'est donc une &lt;i&gt;vigilance&lt;/i&gt;, une interrogation illimit&#233;e homologue &#224; celle qu'exige la pens&#233;e, mais ici appliqu&#233;e &#224; l'organisation tout enti&#232;re. La chose n'est pas nouvelle, certes, mais cet enjeu s'est traduit depuis une quarantaine d'ann&#233;es, non seulement par un refus de tout syst&#232;me clos et de tout fonctionnement directif, mais &#233;galement par un rejet de la coh&#233;rence du discours, de l'affirmation claire, de l'aspiration &#233;lucid&#233;e, du projet explicite, de l'organisation identifiable, de l'identit&#233; d&#233;finie, autrement dit par &lt;i&gt;des strat&#233;gies de fuite permanentes&lt;/i&gt;. L'illusion ma&#238;tresse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce passage est inspir&#233; d'un texte in&#233;dit du collectif &#171; 68, Mais&#8230; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est ici de croire que la &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187; s'&#233;vite par l'insaisissable, l'ambivalence, le flottement, le flou, la confusion, alors qu'elle s'en nourrit &lt;i&gt;et ne se nourrit que de cela&lt;/i&gt;. Abandonner ce &#224; quoi l'on travaille et croit d&#232;s que d'autres s'en emparent &#224; d'autres fins, ne pas le risquer, en d&#233;missionnant de ce combat toujours &#224; recommencer, lui pr&#233;f&#233;rer la puret&#233; du d&#233;sengagement ou de la d&#233;n&#233;gation, c'est le fait m&#234;me de la r&#233;cup&#233;ration : &#171; celui qui a peur de la r&#233;cup&#233;ration est d&#233;j&#224; r&#233;cup&#233;r&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, &#171; La r&#233;volution anticip&#233;e &#187;, 1968, disponible en brochure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'imaginer &#233;chapper &#224; la souillure du monde par une puret&#233; inaccessible, &#224; l'abri des errements, des faux-semblants, des r&#233;gressions, &lt;i&gt;c'est s'y pr&#233;cipiter imm&#233;diatement&lt;/i&gt;. Les &#233;tudiants r&#233;volutionnaires de Mai 68 y &#233;taient condamn&#233;s &#171; &lt;i&gt;car cherchant des garanties contre la r&#233;cup&#233;ration, et par l&#224; d&#233;j&#224; pris dans le pi&#232;ge id&#233;ologique r&#233;actionnaire : la recherche d'un talisman, d'un f&#233;tiche anti-r&#233;cup&#233;rateur&lt;/i&gt; &#187;. Que ce flou &#233;mane d'individus d&#233;boussol&#233;s ou d'un choix tactique plus ou moins th&#233;oris&#233; ne change rien. Et les doctrines des descendants des id&#233;ologues nihilistes appuyant le mythe d'une r&#233;cup&#233;ration permanente et sans appel sur celui d'un &#171; Syst&#232;me &#187; tout-puissant &#8212; Spectacle, Bio-pouvoir, Empire, Capital ou Complot Mondial des Sages de Sion &#8212; auquel rien ne r&#233;siste sinon des soubresauts &#233;parpill&#233;s, devraient passer pour ce qu'elles sont : des garanties que rien ne bougera avant leur d&#233;liquescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au contraire, la lutte, ici, consiste &#224; pr&#233;ciser ses d&#233;sirs, ses projets, ses exigences et leurs fondements, identifier ses attaches, ses d&#233;pendances, reconna&#238;tre ce qui nous relie &#224; la soci&#233;t&#233; existante et ce qui nous y ali&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Principe de l'analyse interne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rompre radicalement avec la bonne conscience inoxydable du militant (et avec son inconscient, la culpabilit&#233; honteuse d'adh&#233;rer &#224; des pans entiers de la soci&#233;t&#233; honnie) permet de poser le principe fondamental d'une d&#233;marche politique : la capacit&#233; d'auto-analyse, ou, pour &#233;viter l'auto-r&#233;f&#233;rence solipsiste et permettre l'ouverture salvatrice &#224; l'intervention ext&#233;rieure, d'&lt;i&gt;analyse interne&lt;/i&gt;. Il ne s'agit pas seulement d'interroger en permanence la face visible, explicite, apparente de l'organisation &#8212; ses projets, ses slogans, ses id&#233;es, ou ses principes. Il s'agit de pouvoir avoir un regard critique sur le fonctionnement &lt;i&gt;effectif&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;affectif&lt;/i&gt; du groupe, ses motivations et ses craintes, ses non-dits et ses &#233;vidences, la r&#233;partition des r&#244;les et les jeux de s&#233;duction qui s'y d&#233;roulent. Cette lucidit&#233; existe toujours, &#224; diff&#233;rents degr&#233;s, mais &#233;clat&#233;e, dispers&#233;e et confin&#233;e dans le for int&#233;rieur de chacun des membres, sympathisants ou proches, qui la gardent par-devers eux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. P. Boumard, 1989, Les savants de l'int&#233;rieur. L'analyse de la soci&#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; nourrissant bien souvent d&#233;ni, docilit&#233; et d&#233;mission. Parvenir &#224; rendre &lt;i&gt;dicible&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;audible&lt;/i&gt; cette parole seule capable de travailler l'imaginaire d'un groupe, c'est permettre au collectif de vivre de ses crises, et d'affronter &lt;i&gt;en permanence&lt;/i&gt; ses tendances fondamentales &#224; la cl&#244;ture id&#233;ologique, organisationnelle et libidinale. Cette capacit&#233; d'analyse n'est en rien c&#233;r&#233;brale : elle est au contraire le propre du tout-venant, du quidam dont le &lt;i&gt;savoir profane&lt;/i&gt; est toujours rel&#233;gu&#233; par les id&#233;ologues, mais qui sourd en permanence autour des machines &#224; caf&#233;, dans les couloirs, les embrasures, les hall d'immeubles... Certains ont m&#234;me pu formuler les moments r&#233;volutionnaires comme le surgissement et la coalition de ces lucidit&#233;s populaires contre les discours du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'autonomie des groupes restreints&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous venons de d&#233;crire bri&#232;vement, c'est le projet d'une &lt;i&gt;autonomie groupale&lt;/i&gt;. Autonomie, autre nom de l'&#233;mancipation, capacit&#233; qu'a l'individu de lib&#233;rer son imaginaire et de d&#233;cider, en son &#226;me et conscience, quelles sont les valeurs, les r&#232;gles, les limites qu'il se donne, et capacit&#233; pour la soci&#233;t&#233; de d&#233;lib&#233;rer et de choisir quant aux principes, lois et institutions qui sont les siennes. Imbriqu&#233;e dans ces deux strates, individuelle et sociale, il serait grand temps de reconna&#238;tre l'&#233;chelle des groupes restreints&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans doute est-ce le sens des quelques remarques de C. Castoriadis dans ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, strate tangible du processus incessant de socialisation de l'individu et de constitution de la soci&#233;t&#233; concr&#232;te. Que l'on pense au foyer familial, &#224; la collectivit&#233; scolaire, &#224; l'&#233;quipe de travail, &#224; la bande d'amis, &#224; l'activit&#233; associative, bref &#224; la r&#233;union permanente ou &#233;ph&#233;m&#232;re de ces quelques dizaines de personnes qui incarnent dans le quotidien l'humanit&#233; concr&#232;te. Sur ce terrain, il faudrait reprendre et r&#233;examiner les travaux d&#233;j&#224; anciens aux fronti&#232;res de l'autogestion, de la psychosociologie, de la psychiatrie et de la p&#233;dagogie du courant institutionnaliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qu'aucun travail de synth&#232;se sur ce mouvement n'existe en dit long sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ultimes prolongements intellectuels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les dimensions politiques de ce qu'&#233;taient les sciences sociales au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'une r&#233;flexivit&#233; populaire enracin&#233;e dans le projet d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette activit&#233; d'auto-interrogation explicite n'est ni gratuite ni abstraite : elle permet au collectif de se reconna&#238;tre comme partie prenante de la soci&#233;t&#233; d'o&#249; il provient et d'analyser son fonctionnement interne comme un r&#233;v&#233;lateur de celle-ci et du type d'individu qu'elle forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le collectif comme analyseur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les convives d'Edgar Poe, dans &lt;i&gt;Le masque de la mort rouge&lt;/i&gt;, qui voient avec effroi appara&#238;tre la peste dans le somptueux refuge o&#249; ils festoient, chacun constate qu'il n'existe aucune enclave qui isolerait de l'influence sociale et o&#249; pourraient se r&#233;inventer &lt;i&gt;ex abrupto&lt;/i&gt; des relations humaines sur d'autres bases. Les comportements et les attitudes resurgissent immanquablement, d&#233;cupl&#233;s m&#234;me et d'autant plus que chacun se croit &#224; l'abri. La reconnaissance, humble, de ce fait marque le d&#233;but d'une d&#233;marche politique qui renvoie les individus &#224; leurs d&#233;terminismes et le collectif aux limites et possibilit&#233;s qui sont les siennes. Bien plus : tout espace social, qu'il le sache ou non, condense et formule selon ses sp&#233;cificit&#233;s propres toutes les contradictions qui d&#233;chirent les soci&#233;t&#233;s contemporaines. Et il le fait de mani&#232;re d'autant plus spectaculaire que l'expression y est libre et que l'auto-organisation y pr&#233;vaut. Ce simple ph&#233;nom&#232;ne ais&#233;ment observable, o&#249; un collectif devient un &lt;i&gt;analyseur social&lt;/i&gt;, est &#224; l'origine d'un nombre incalculable d'explosions de groupes politiques &#8212; et conduit souvent &#224; d&#233;sesp&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il peut &#234;tre, sous certaines conditions, retourn&#233; en outil de lecture de la r&#233;alit&#233; sociale : le microcosme groupal devient alors un prisme qui r&#233;v&#232;le, sous un angle pr&#233;cis, les tendances et les conflits, apparents ou souterrains, qui parcourent le corps social. Cet examen minutieux, syst&#233;matis&#233; par certains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pense aux tentatives de socioanalyses ou de sociopsychanalyses, avant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, peut &#234;tre &#224; la fois un levier d'&#233;mancipation individuelle, d'analyse sociale et de questionnement quant &#224; l'imaginaire d'un groupe politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fondement imaginaire d'un collectif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tous ceux qui pr&#233;tendent vouloir la d&#233;mocratie directe, c'est aujourd'hui une &#233;vidence : il doit y avoir coh&#233;rence entre le fonctionnement d'un collectif et ses buts : viser la d&#233;mocratie directe pour la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re, c'est refuser, au sein du groupe, la division entre dirigeants et ex&#233;cutants, la formation d'une micro-oligarchie, le syst&#232;me hi&#233;rarchique autoritaire, la bureaucratisation des activit&#233;s. D'autres choses semblent moins aller de soi : l'incompatibilit&#233; de la d&#233;mocratie directe avec la parole incons&#233;quente, la participation incertaine, le patchwork id&#233;ologique ou le pseudo-relativisme int&#233;gral. Mais d&#233;cr&#233;ter l'autogestion et admettre ses exigences n'est pas une solution : c'est bien plut&#244;t, comme pour l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, le commencement de tous les probl&#232;mes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira par exemple l'excellent compte rendu d'une intervention (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Car non seulement il s'agit, pour chacun, d'avoir &#224; se prononcer sur toutes les affaires admises comme communes, mais de (se) rendre compte de ce qui se passe, loin des d&#233;clarations de principes. Qu'un leader &#233;merge, qu'une frange des participants s'impliquent plus que d'autres, que certaines interventions aient inexplicablement plus de poids dans les &#233;changes, que certains soient vus confus&#233;ment comme des &#233;l&#233;ments &#233;trangers ou qu'un d&#233;part fracassant pr&#233;c&#232;de de peu une exclusion plus ou moins formelle, et voil&#224; le r&#234;ve collectif qui s'effondre, et la &#171; mal&#233;diction de la vie collective &#187; qui resurgit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a d'issue, et de sens, que dans le questionnement de la &lt;i&gt;dynamique du groupe&lt;/i&gt; : ce n'est pas un leader qui prend le pouvoir, c'est le groupe qui le lui donne ; ce n'est pas la surimplication de quelques-uns qui pose probl&#232;me, mais les probl&#232;mes que cela r&#233;sout et pose ; aucun propos n'a d'impact en lui-m&#234;me, mais toujours en proportion de l'&#233;cho qu'il &#233;veille dans l'imaginaire collectif, qu'il s'agisse d'une auguste d&#233;magogie ou d'un fin raisonnement ; les &#233;l&#233;ments &#233;trangers ne sont &#233;trangers que par rapport aux projets implicites de chacun &#8212; projets qui ne supporteraient peut-&#234;tre pas la lumi&#232;re du jour ; qu'un individu ne se retrouve plus dans le mouvement qu'il a port&#233; jusque-l&#224; est gros d'une clarification du projet concret de celui-ci... ou d'une &#233;puration par le groupe des positions h&#233;t&#233;rodoxes. Il s'agit, &#224; chaque fois, de reconna&#238;tre le collectif comme sujet. Comme sujet de lui-m&#234;me, c'est-&#224;-dire auto-institu&#233;, &#224; la fois responsable de ses choix et de ses fantasmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira par exemple Anzieu D. (1975) Le groupe et l'inconscient, Dunod 1999.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; comme du devenir de la &lt;i&gt;proph&#233;tie initiale&lt;/i&gt; qui l'a engendr&#233;, et renvoyant aux influences sociales et individuelles qui le contraignent et qu'il interroge en retour. La strate collective n'est ni un vaisseau spatial lanc&#233; dans le silence des espaces infinis, ni un f&#233;tu de paille chahut&#233; par la temp&#234;te des idiosyncrasies individuelles et des profonds courants historiques. Comme l'individu ou la soci&#233;t&#233;, le groupe ne gagne pas son autonomie en assumant ce que l'histoire en cours fait de lui, mais bien &lt;i&gt;ce qu'il fait&lt;/i&gt; du r&#244;le que les multiples d&#233;terminations lui font jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'autorit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fameuse &#171; question de l'autorit&#233; &#187; dans les collectifs, par exemple, est aujourd'hui min&#233;e par une sorte d'&lt;i&gt;int&#233;grisme &#233;galitaire&lt;/i&gt; d&#233;bouchant sur un relativisme st&#233;rile qui n'est, l&#224; encore, que l'exact compl&#233;ment du n&#233;ochamanisme et du suivisme. Or, le probl&#232;me de l'&#233;mergence de personnalit&#233;s influentes ne se r&#233;sout pas par la d&#233;nonciation de la formation de chefferies, m&#234;me si celle-ci est premi&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; L'autorit&#233; dans les groupes militants &#187; de P. Coutant, ou encore N. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle ne peut qu'ouvrir &#224; l'examen de l'&lt;i&gt;imaginaire groupal&lt;/i&gt;, &#224; son &lt;i&gt;mythe fondateur&lt;/i&gt;, qui ne tardera pas &#224; mettre &#224; jour la subtile dose de l&#226;chet&#233;, d'hypocrisie et de fatalisme que personne ne voulait voir jusque-l&#224;. Ce n'est pas en proclamant &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt; que nous resterons sourds aux sir&#232;nes du pouvoir, mais bien en assumant ce que le pouvoir, r&#233;alit&#233; intrins&#232;que de l'animal humain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question du pouvoir et de l'autorit&#233; sous l'angle historique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a d'&#233;mancipateur &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de r&#233;ifiant. Il est d'ailleurs &#233;tonnant que, derri&#232;re l'expression consacr&#233;e, le mythe de &lt;i&gt;l'Odyss&#233;e&lt;/i&gt; ait si peu &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; : car c'est bien Ulysse qui &lt;i&gt;emp&#234;che&lt;/i&gt; ses compagnons d'entendre le chant mortel des sir&#232;nes, et ce sont bien ses compagnons qui le &lt;i&gt;ligotent&lt;/i&gt; pour ne pas qu'il les conduise au n&#233;ant de la d&#233;rive. Comment dire autrement que l'humanit&#233; de chacun se gagne dans le contr&#244;le mutuel, entre Charybde et Scylla, chacun retenant l'autre dans sa tendance &#224; la r&#233;gression infantile qu'est la relation tyran-tyrannis&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira par exemple &#171; Le Mythe du bon pouvoir &#187; et &#171; Le pouvoir entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? La relation entre le &lt;i&gt;leader&lt;/i&gt; et le groupe renvoie &#224; l'impossibilit&#233;, &#224; chaque fois partiellement r&#233;alis&#233;e, du d&#233;passement de l'assujettissement &lt;i&gt;par et vers&lt;/i&gt; l'autonomie qu'est la relation enseignant/&#233;l&#232;ve ou patient/th&#233;rapeute. L'abc&#232;s de fixation dont elle est l'objet aujourd'hui renvoie imm&#233;diatement &#224; l'absence de finalit&#233; de toute relation ou plut&#244;t &#224; la disparition de la vis&#233;e d'autonomie au profit de celle de pr&#233;s&#233;ance, d'ascension ou de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La relation entre l'organisation et les populations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve par ce biais la relation entre l'organisation et le reste de la population. Il est aujourd'hui impossible de chercher la place de l'avant-garde d&#233;signant aux masses la direction des lendemains qui chantent. Mais il n'est pas plus envisageable de consid&#233;rer ses propres positions politiques comme simples avis subjectifs parmi tant d'autres, et de se contenter de vivre en cultivant son jardin au milieu d'une campagne bigarr&#233;e et multiculturelle. L'&lt;i&gt;opinion&lt;/i&gt; affirm&#233;e par le collectif, enfin d&#233;gag&#233;e de la mission civilisatrice de la V&#233;rit&#233; Historique et du relativisme int&#233;gral du &#171; chacun son avis &#187;, ne peut qu'&lt;i&gt;entrer en conflit&lt;/i&gt; avec &#171; l'opinion publique &#187;. Elle doit interpeller les allant-de-soi et les croyances g&#233;n&#233;rales, interroger l'organisation actuelle de la soci&#233;t&#233; et de sa direction g&#233;n&#233;rale &#8212; et r&#233;ciproquement accepter d'&#234;tre bouscul&#233;e par le tout-venant. Il n'est pas davantage possible de consid&#233;rer les &#171; gens &#187; comme des demeur&#233;s &#224; qui inculquer la Bonne Parole que d'avaliser le moindre sursaut d'une population comme l'expression d'un indiscutable g&#233;nie populaire. C'est l&#224; le rapport, &#233;minemment probl&#233;matique &lt;i&gt;et qui ne cessera jamais de l'&#234;tre&lt;/i&gt;, entre l'opinion g&#233;n&#233;rale et les opinions particuli&#232;res, quelles que soient les situations historiques &#8212; guerre except&#233;e : une soci&#233;t&#233; authentiquement d&#233;mocratique ne pourra jamais &#234;tre qu'une pluralit&#233;, une collectivit&#233; polycentrique. Et la pr&#233;pond&#233;rance d'un ou de plusieurs p&#244;les d'influence, c'est-&#224;-dire l'instauration d'un leadership diffus ou incarn&#233;, qu'il s'agisse d'un groupe, d'un individu, d'une institution particuli&#232;re, doit &#234;tre elle-m&#234;me explicit&#233;e et renvoie ici encore &#224; l'&#233;lucidation de ce qui la sous-tend. Certains ont parl&#233; &#224; propos de l'implication, un peu facilement, de transfert et de contre-transfert institutionnel : s'il ne peut &#234;tre question de plaquer des concepts psychanalytiques sur les r&#233;alit&#233;s collectives, la d&#233;marche fondamentale est fortement homologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8212; L'auto-institution du collectif politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dis-moi comment ton organisation fonctionne, je te dirai quelle soci&#233;t&#233; tu construis &#187; : ce salutaire r&#233;flexe populaire qui dresse un cordon sanitaire autour de tous les organes stalino-gauchistes ou radicaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. G. Fargette, &#171; Le Graal illusoire de l'Organisation &#187;, Le cr&#233;puscule du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; doit aussi &#234;tre remis sur ses pieds. Car il sous-entend une organisation de type parti, &lt;i&gt;donc proto-totalitaire&lt;/i&gt;, qui, comme telle, &lt;i&gt;veut acc&#233;der au pouvoir&lt;/i&gt; pour imposer son fonctionnement &#224; toute la soci&#233;t&#233;. On comprend d&#232;s lors l'attente, infiniment d&#233;&#231;ue, d'une organisation parfaite et achev&#233;e &#224; la fois machine et cocon qui conjure le doute et la finitude, et renvoie imm&#233;diatement &#224; l'utopie dans ce qu'elle a de plus mortif&#232;re. A peine un collectif politique est-il un &#171; embryon de la soci&#233;t&#233; future &#187;, selon les formulations du socialisme originel : un embryon n'est qu'un embryon, il ne peut tout au plus que poss&#233;der, en puissance, les grands traits du futur organisme, &lt;i&gt;et encore&lt;/i&gt;. L'organisation politique n'est pas un mod&#232;le de soci&#233;t&#233;, elle peut seulement instiller chez ses partisans comme dans sa soci&#233;t&#233; l'essence de la d&#233;mocratie, et donc l'incarner autant que faire se peut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#171; partis &#187; tels qu'ils ont pu exister dans la Gr&#232;ce antique ou la France (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : le principe d'une collectivit&#233; constitu&#233;e d'une pluralit&#233; d'adultes visant l'autonomie dans leur propre existence, capables de lucidit&#233; sur leur propre compte et de libre examen quant &#224; la part sombre qui g&#238;t au c&#339;ur de leur collectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour une instance critique collective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce qui fait la loi ici ? Qui ? Comment ? Questions int&#233;ressantes, non ?&lt;/i&gt; &#187; demandait un instituteur &#224; propos d'une &#233;cole gauchiste &#224; la p&#233;dophilie branch&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Je demande toujours : Quoi de neuf ? &#187;, F. Oury, revue Autrement, dossier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est la question &#224; poser partout, y compris et surtout &lt;i&gt;de l'int&#233;rieur&lt;/i&gt;, y compris et surtout chez ceux qui pr&#233;tendent abolir toutes les lois existantes. Qui fait la loi ? Il y a une loi ici, peut-&#234;tre m&#234;me plusieurs, et sans doute contradictoires. Il y a des r&#232;gles que l'on d&#233;couvre lorsqu'on les enfreint, des rituels, des habitudes, des r&#233;flexes m&#234;me, et un jargon et une mani&#232;re d'&#234;tre, une fa&#231;on de faire et de ne pas faire, des sujets tabous et des id&#233;es sacr&#233;es, des totems et des masques, des jeux de r&#244;les, des places distribu&#233;es. Tout cela tisse l'&#233;toffe &#233;paisse d'une existence collective, recouvre ou r&#233;v&#232;le des conflits et des litiges, des d&#233;chirures et des deuils, des plaies et des b&#233;quilles. On peut y mettre le feu, avec un peu de savoir-faire et de perversit&#233;, r&#233;v&#233;ler tout cela comme le ferait une prise de LSD. On peut &#233;galement tenter d'&#233;laborer patiemment une &lt;i&gt;instance critique collective&lt;/i&gt;, diffuse ou visible, qui pourra entretenir une relation moins crisp&#233;e entre ce que le collectif pr&#233;tend &#234;tre et le chaos qui le fonde. Il s'agira alors, comme on le fait avec un ciel &#233;toil&#233;, un paysage, des sympt&#244;mes ou des lignes de code, de &lt;i&gt;savoir lire&lt;/i&gt; les dispositifs qu'il a mis en place, les lieux et les temps qui rythment son activit&#233; diurne et nocturne, l'histoire qu'il a trac&#233;e depuis sa fondation, le destin qu'il se donne, les souffrances qu'il s'inflige et la mythologie qu'il entretient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale comme dispositif de crise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le r&#244;le, qu'on pourrait presque dire naturel, de l'&lt;i&gt;assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; qu'on a pu qualifier de &lt;i&gt;socioanalytique&lt;/i&gt; : moment crisique o&#249; peut se r&#233;capituler ce que chacun comprend, o&#249; le savoir populaire, ce savoir profane de tout un chacun, s'exprime et s'&#233;labore, o&#249; la collectivit&#233; s'affronte &#224; ses fondements, o&#249; son organisation peut &lt;i&gt;&#224; nouveau&lt;/i&gt; s'appr&#233;hender, se dire et se faire, s&#233;cr&#233;ter et formuler les lois qui correspondent aux r&#232;gles que le collectif anonyme veut se donner. C'est l&#224; que se vit cette &lt;i&gt;libert&#233; explicite d'instituer&lt;/i&gt; qui pourrait d&#233;finir seule le projet d'autonomie. La &#171; crise permanente &#187; est une mystification comme l'est celle de &#171; r&#233;volution permanente &#187; : une d&#233;mocratie, un collectif s'en r&#233;clamant, n'ont pas &#224; verser dans le fantasme d'une turgescence sans r&#233;pit mais peuvent vivre r&#233;guli&#232;rement et, dans une certaine mesure, formaliser ces moments de r&#233;-institution, f&#251;t-ce de mani&#232;re extraordinaire. Cette caract&#233;ristique litt&#233;ralement &lt;i&gt;explosive&lt;/i&gt; de l'assembl&#233;e, quelle que soit sa dimension, est habituellement fuie et recouverte par le bavardage, cette &#171; mort les art&#232;res chaudes &#187;. Mais sa d&#233;sertion, si elle se pr&#233;tend autre chose que tactique momentan&#233;e, n'est qu'une reculade qui revient, encore une fois, &#224; abandonner ce qui est &#171; r&#233;cup&#233;r&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abandon qui am&#232;ne clairement &#224; un d&#233;sengagement du langage lui-m&#234;me, comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sans comprendre &#224; quoi cette &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187; renvoie, donc ce qu'il faut affronter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. notre tract &#171; Pour des AG autonomes &#187;, octobre 2010, qui appelle &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les lib&#233;raux comme les &#171; radicaux &#187; se retrouvent ici sur le m&#234;me terrain : l'id&#233;ologie de la &#171; main invisible &#187; pour qui les forces sociales laiss&#233;es &#224; elles-m&#234;mes finissent toujours par s'auto-organiser &#8212; sous l'&#233;gide plus ou moins visible d'un &#201;tat-veilleur de nuit, que ne tarderont pas &#224; investir les &#171; r&#233;alistes &#187; bureaucrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les dispositifs structurant le milieu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'assembl&#233;e souveraine ne peut &#234;tre que l'expression d'un &lt;i&gt;milieu&lt;/i&gt;, milieu impersonnel, tiss&#233; d'une multitude de lieux, de moments, d'activit&#233;s, d'&#233;motions, de dispositifs formels ou spontan&#233;s : ateliers, clubs, r&#233;unions, zones, coins, bar, f&#234;tes ou services, etc. Ces espaces-temps diff&#233;renci&#233;s, dont la diversit&#233; et la vigueur sont &#224; la fois les acteurs et les t&#233;moins de la richesse de la vie collective, sont l'architecture de la collectivit&#233;. On a compar&#233; avec justesse une telle vie collective &#224; une maison, &#171; avec sous-sols et grenier &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Pain, mai 1999, &#171; L'institution de la parole &#187;, disponible sur notre site.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : par l&#224; on entre, ici on bavarde et derri&#232;re on travaille, &#224; cet endroit d'autres mettent &#224; plat leurs diff&#233;rends pendant que sous ce mur o&#249; on trouve l'information, on &#233;coute le silence, par l&#224; on cuisine... Dispositifs d'exercice, de contestation ou de formation du pouvoir, dispositifs d'apprentissage, d'initiation et d'&#233;laboration du travail, dispositifs d'ambiance, d'atmosph&#232;re, de climats. Tel agencement, bien plus que les individus particuliers qui l'habitent, va rendre &#233;ducative telle salle de classe et ass&#233;chante telle autre ; tel h&#244;pital psychiatrique atypique soignera, pas celui-ci ; et dans ce groupe politique, on se mesure au travail fourni, pendant que ceux-ci fuient dans le verbiage, l'entre-soi et la r&#233;p&#233;tition. La multiplicit&#233; de ces lieux, la vari&#233;t&#233; des relations de compl&#233;mentarit&#233;, de concurrence et d'antagonismes qui se tissent entre eux &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'organisation, ne sont pas la garantie du pouvoir de tous ni de la parole libre. Mais elles permettent l'implication r&#233;elle des individus qui peuvent y accrocher leurs d&#233;sirs. Et elles fondent la pr&#233;sence singuli&#232;re de chacun en ces lieux par &lt;i&gt;la structuration collective de la parole personnelle&lt;/i&gt;. Car ce n'est que dans ces conditions, consciemment r&#233;unies ou non, que l'individu peut s'articuler au collectif ou, pour &#234;tre plus pr&#233;cis, que l'individu peut r&#233;inventer le rapport entre la soci&#233;t&#233; &#224; laquelle il participe et les soubassements imaginaires dont il est constitutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La strate individuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que cela soit assum&#233; ou non, un collectif, comme d'ailleurs n'importe quel groupe restreint, est un lieu d'instruction, d'&#233;ducation, de formation. Tout ce qui pr&#233;c&#232;de pourrait se r&#233;sumer &#224; la question : &#224; quoi &#233;duque &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt; telle organisation, m&#234;me &#224; son corps d&#233;fendant, qu'en retire-t-on les ann&#233;es passant, quel type d'individu y est form&#233; &lt;i&gt;de par ce qu'il est concr&#232;tement amen&#233; &#224; y faire&lt;/i&gt; ? Concernant des collectifs pour la d&#233;mocratie directe, la chose doit &#234;tre claire : &#224; gouverner et &#224; &#234;tre gouvern&#233;, et si nous osions compl&#233;ter la maxime d'Aristote, &#224; acc&#233;der &#224; sa propre autonomie. Il s'agit de tenter, raisonnablement, de faire na&#238;tre &lt;i&gt;un autre type anthropologique&lt;/i&gt; que celui form&#233; par les soci&#233;t&#233;s contemporaines. On sait la folie de &#171; l'homme nouveau &#187; qui saisissait nagu&#232;re les militants marxistes-l&#233;ninistes et qui agit aujourd'hui comme un r&#233;pulsif absolu d&#232;s qu'on aborde cette question : nous esquisserons plus loin les impasses dans lesquelles nous jettent l'&#234;tre humain pseudo-occidentalis&#233; tel qu'il appara&#238;t actuellement aux quatre coins de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est &#233;vident que si le groupe est la strate o&#249; l'individu se confronte autant aux exigences sociales qu'&#224; ses propres d&#233;terminations, le collectif politique est de surcro&#238;t l'instance de &lt;i&gt;remise en cause des unes comme des autres&lt;/i&gt;. Cette position extraordinairement sensible en fait le lieu de d&#233;ploiement de &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; les d&#233;lires collectifs comme individuels, face auxquels le premier et dernier rempart ne peut &#234;tre que l'&lt;i&gt;autonomie de l'individu&lt;/i&gt;. Celle-ci n'est aucunement arrachement et pure auto-position de l'&#234;tre par lui-m&#234;me comme le postulent les &#171; r&#233;volutionnaires &#187; et les &#171; lib&#233;raux &#187; qui imaginent l'humanit&#233; comme une p&#226;te &#224; modeler. L'autonomie individuelle est bien cette possibilit&#233; pour une personnalit&#233; de parvenir &#224; assumer et &#233;lucider ses enracinements autant que ses d&#233;sirs, et &#224; poser ses propres limites quant &#224; ce qu'elle veut, pour elle et pour le monde. Une organisation politique visant l'&#233;mancipation ne peut qu'en faire &lt;i&gt;un axe de son existence&lt;/i&gt; : accompagner cette d&#233;marche, au mieux la susciter et, dans tous les cas, faire sienne la magnifique devise des m&#233;decins antiques, &lt;i&gt;Primum non nocere &#8212; D'abord, ne pas nuire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Devise qui ne saurait en aucun cas accr&#233;diter la posture faussement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste l'autre versant de la question : il est &lt;i&gt;impossible&lt;/i&gt;, pour une telle collectivit&#233;, de ne pas &#234;tre constitu&#233;e de personnes ne voulant pas (ou ne pouvant pas &#224; ce moment de leur existence) entrer dans une telle d&#233;marche intime d'&#233;mancipation, ou, &#224; tout le moins, en mesurer l'ampleur. Il est sans doute exag&#233;r&#233; de pr&#233;tendre que tout militant visant une autotransformation de la soci&#233;t&#233; doit passer par le divan d'un psychanalyste, mais il est rigoureusement impensable de poser que la recherche de l'&lt;i&gt;&#233;lucidation de soi&lt;/i&gt; n'est pas la condition &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; d'un engagement politique de ce type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?765-notes-sur-l-organisation-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Derni&#232;re partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; Le marxisme-l&#233;ninisme, id&#233;ologie r&#233;actionnaire &#187;, juillet 2012, disponible sur notre site. Et l'on n'expliquera pas l'islamogauchisme sans faire un d&#233;tour par le tiers-mondisme, version &#224; peine politis&#233;e de la charit&#233; chr&#233;tienne, etc. Cf. n. 4 p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce passage est inspir&#233; d'un texte in&#233;dit du collectif &#171; 68, Mais&#8230; l'organisation, la r&#233;cup&#233;ration, l'insignifiance. Pour un bilan. &#187;, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &#171; La r&#233;volution anticip&#233;e &#187;, 1968, disponible en brochure sur notre site. La citation suivante en est &#233;galement issue. Sur le destin des aspirations de Mai 68, on lira &lt;i&gt;Mai 68, l'h&#233;ritage impossible&lt;/i&gt;, de J.-P. Le Goff (La D&#233;couverte, 1998).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. P. Boumard, 1989, &lt;i&gt;Les savants de l'int&#233;rieur. L'analyse de la soci&#233;t&#233; scolaire par ses acteurs&lt;/i&gt;, Armand Colin. Signalons la courageuse tentative de D. Vercauteren dans &lt;i&gt;Micropolitiques des groupes. Pour une &#233;cologie des pratiques collectives&lt;/i&gt;, 2007 (2011 &#233;d. Les prairies ordinaires) de r&#233;activer une telle approche en terrain &#171; politique &#187;, mais dont l'enfermement dans les r&#233;f&#233;rences deuleuzo-foucaldo-guattariennes emp&#234;che de d&#233;passer le stade de l'&lt;i&gt;auto-management&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sans doute est-ce le sens des quelques remarques de C. Castoriadis dans ses &#171; Notes sur la question de l'organisation &#187; (1974, in &lt;i&gt;La question du mouvement ouvrier&lt;/i&gt;, T II, Sandre 2012, p. 459 &lt;i&gt;sqq.&lt;/i&gt;) &#224; la fois fort tardives et qui masquent mal un &#233;trange manque malgr&#233; le foisonnement de travaux contemporains. On lira par exemple l'in&#233;gal&#233; &lt;i&gt;La vie affective des groupes&lt;/i&gt; de M. Pages, Dunod 1968, ou encore G. Lapassade, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Qu'aucun travail de synth&#232;se sur ce mouvement n'existe en dit long sur l'&#233;poque. On trouvera une introduction rapide dans &lt;i&gt;Les p&#233;dagogies institutionnelles, de J. Ardoino et R. Lourau, puf, 1994, et un bilan implicite dans P. Boumard, &lt;i&gt;Les savants... op. cit.&lt;/i&gt; n. 1 p. 47. Sur la bouffonnerie tragique de leurs repr&#233;sentants actuels, on lira &lt;i&gt;La cit&#233; des ego&lt;/i&gt; (J. Guigou, &#233;d. L'impliqu&#233;, 1987) et &#171; Le cadavre de l'analyse institutionnelle bouge encore &#224; St Denis &#187;, Quentin 2003, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur les dimensions politiques de ce qu'&#233;taient les sciences sociales au temps de leur existence, cf. A. Caill&#233;, &lt;i&gt;Splendeurs et mis&#232;res des sciences sociales : esquisses d'une mythologie&lt;/i&gt;, Librairie Droz, 1986 qui prolonge les r&#233;flexions d'un C. Wright Mills dans &lt;i&gt;L'imagination sociologique&lt;/i&gt; (1961, r&#233;&#233;d. La D&#233;couverte).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On pense aux tentatives de &lt;i&gt;socioanalyses&lt;/i&gt; ou de &lt;i&gt;sociopsychanalyses&lt;/i&gt;, avant qu'elles ne deviennent des dispositifs manag&#233;riaux (cf. n. 1 p. 48), ou &#224; ces tentatives isol&#233;es d'introspection collective sur le terrain ethnoculturel antillais men&#233;es par les &#171; potomitans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira par exemple l'excellent compte rendu d'une intervention psychosociologique dans un &#233;tablissement autog&#233;r&#233; o&#249; l'&#233;galit&#233; des revenus nourrit le fantasme d'une fusion groupale dans &lt;i&gt;L'imaginaire collectif&lt;/i&gt; (Giust-Desprairies, 2003 &#201;r&#232;s) chap. V &#171; De la cr&#233;ation &#224; la faillite de l'imaginaire collectif &#187; p. 141-180. On notera que l'auteur pille et d&#233;politise avec l'assurance des n&#233;omandarins tout l'apport de l'analyse institutionnelle, et de G. Lapassade particuli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira par exemple Anzieu D. (1975) &lt;i&gt;Le groupe et l'inconscient&lt;/i&gt;, Dunod 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; L'autorit&#233; dans les groupes militants &#187; de P. Coutant, ou encore N. Nafissa &#171; C'est pire que s'il n'y avait rien. Exp&#233;rience de d&#233;crochage en classe-relais exp&#233;rimentale &#187; &lt;i&gt;Revue du MAUSS&lt;/i&gt; 2006/2 (n&#176; 28), textes disponible sur le site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur la question du pouvoir et de l'autorit&#233; sous l'angle historique et anthropologique, on consultera &lt;i&gt;L'&#194;ge des foules : un trait&#233; historique de psychologie des masses&lt;/i&gt;, Fayard, 1981, de S. Moscovici, ainsi que de G. Mendel, pour sa dimension psychog&#233;n&#233;tique, les premiers chapitres de &lt;i&gt;La r&#233;volte contre le p&#232;re&lt;/i&gt; (1968 Payot), disponibles sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira par exemple &#171; Le Mythe du bon pouvoir &#187; et &#171; Le pouvoir entre parano&#239;a et perversion &#187; de E. Enriquez dans &lt;i&gt;Clinique du pouvoir. Les figures du ma&#238;tre&lt;/i&gt;, Er&#232;s 2007 et, parall&#232;lement, les c&#233;l&#232;bres analyses de P. Clastres &#171; La question du pouvoir dans les soci&#233;t&#233;s primitives &#187;, dans &lt;i&gt;Recherches d'anthropologie&lt;/i&gt;, Seuil 1980, p. 103 &lt;i&gt;sqq.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. G. Fargette, &#171; Le Graal illusoire de l'Organisation &#187;, &lt;i&gt;Le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, n&#176; 23, novembre 2011, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les &#171; partis &#187; tels qu'ils ont pu exister dans la Gr&#232;ce antique ou la France r&#233;volutionnaire r&#233;pondaient bien plus &#224; ces crit&#232;res que les partis politiques du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Je demande toujours : Quoi de neuf ? &#187;, F. Oury, revue &lt;i&gt;Autrement&lt;/i&gt;, dossier n&#176; 13, avril 78, ''&lt;i&gt;Alors, on a pas &#233;cole aujourd'hui &lt;/i&gt;&#8230;'' in &lt;i&gt;Des enfants, des lieux parall&#232;les, une alternative &#224; l'&#233;cole&lt;/i&gt;&#8230; p. 180-187.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Abandon qui am&#232;ne clairement &#224; un d&#233;sengagement du langage lui-m&#234;me, comme lors des &#233;meutes fran&#231;aises de novembre 2005. On lira sur le sujet les passages p&#233;n&#233;trants de G. Steiner dans &lt;i&gt;Dans le ch&#226;teau de Barbe-bleue. Notes pour une red&#233;finition de la culture&lt;/i&gt; (1971), Seuil 2004, p. 129-130, disponibles sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. notre tract &#171; Pour des AG autonomes &#187;, octobre 2010, qui appelle &#224; l'auto-analyse permanente des assembl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Pain, mai 1999, &#171; L'institution de la parole &#187;, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Devise qui ne saurait en aucun cas accr&#233;diter la posture faussement bienveillante qui ne cherche qu'&#224; &#233;viter le &lt;i&gt;Kairos&lt;/i&gt;, crise n&#233;cessaire o&#249; la vitalit&#233; est en jeu, et qui doit &#234;tre &lt;i&gt;r&#233;solue&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Notes sur l'organisation des collectifs d&#233;mocratiques (2/4) </title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?763-Notes-sur-l-organisation-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?763-Notes-sur-l-organisation-des</guid>
		<dc:date>2014-11-05T14:10:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Organisation politique</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cup&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrectionnalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Anarchisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(.../...) Voir la partie pr&#233;c&#233;dente 3 &#8212; Aux sources de la d&#233;gradation des organisations politiques Comment comprendre ce processus de d&#233;gradation des organisations politiques, dans son impressionnante diversit&#233;, et qui n'a cess&#233; d'&#234;tre un terrain de lutte sp&#233;cifique durant tout le XXe si&#232;cle ? D&#233;g&#233;n&#233;rescence, bureaucratisation, r&#233;cup&#233;ration, int&#233;gration ; tous ces ph&#233;nom&#232;nes, aussi diff&#233;rents soient-ils, semblent pouvoir &#234;tre ramen&#233;s &#224; un principe unique : la transformation d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-29-organisation-politique-+" rel="tag"&gt;Organisation politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-32-recuperation-+" rel="tag"&gt;R&#233;cup&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-121-mouvements-sociaux-+" rel="tag"&gt;Mouvements sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-135-radicalisme-creux-+" rel="tag"&gt;Insurrectionnalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-165-anarchie-+" rel="tag"&gt;Anarchisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton763.png?1621968954' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?762-Notes-sur-l-organisation-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la partie pr&#233;c&#233;dente&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8212; Aux sources de la d&#233;gradation des organisations politiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre ce processus de d&#233;gradation des organisations politiques, dans son impressionnante diversit&#233;, et qui n'a cess&#233; d'&#234;tre un terrain de lutte sp&#233;cifique durant tout le XXe si&#232;cle ? D&#233;g&#233;n&#233;rescence, bureaucratisation, r&#233;cup&#233;ration, int&#233;gration ; tous ces ph&#233;nom&#232;nes, aussi diff&#233;rents soient-ils, semblent pouvoir &#234;tre ramen&#233;s &#224; un principe unique : la transformation d'un &#233;l&#233;ment subversif (organisation, initiative, lutte, personne, id&#233;e, slogan&#8230;) en un rouage de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire un &#233;l&#233;ment ne mettant plus en cause ses principes fondamentaux de fonctionnement, voire les renfor&#231;ant. Ce m&#233;canisme de d&#233;samor&#231;age est devenu un lieu commun, qu'il s'agisse de la d&#233;rive vers une violence ais&#233;ment manipulable (que l'on pense aux mouvements italiens des ann&#233;es de plomb), de la constitution d'une micro-oligarchie, de la corruption des personnes ou des causes, ou de la marchandisation des attitudes, des mots d'ordre, des symboles. Il barre &#233;videmment la route &#224; toute perspective de changement de soci&#233;t&#233; et doit &#224; ce titre &#234;tre examin&#233; pr&#233;cis&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Principe de la neutralisation du subversif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce passage est la reprise d'un &#233;change mail de mai 2009 sur le sujet, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce ph&#233;nom&#232;ne se perd dans la nuit des temps : toute critique, en actes ou en paroles, d'un pouvoir ou d'un ordre des choses participe la plupart du temps &#224; sa reconnaissance, son maintien, voire &#224; son renforcement. Au stade le plus &#233;l&#233;mentaire, ch&#226;tier les contestataires est une d&#233;monstration de force qui l&#233;gitime le pouvoir en place. A un niveau plus &#233;lev&#233;, l'ordre &#233;tabli bouscul&#233; par la critique pourra d&#233;montrer sa capacit&#233; &#224; s'autojustifier, &#224; d&#233;montrer son bien-fond&#233;. Enfin, &#224; la lisi&#232;re de l'h&#233;t&#233;ronomie, le syst&#232;me peut faire la preuve de sa capacit&#233; de dialogue, de son ouverture &#224; la critique, voire de sa possibilit&#233; de se transformer ouvertement pour s'adapter aux r&#233;alit&#233;s. Ce sont l&#224; des jeux de pouvoirs vieux de plusieurs mill&#233;naires, que chaque grande civilisation a peu ou prou th&#233;oris&#233;s et rationalis&#233;s d'autant plus facilement que la contestation ne s'enracinait pas dans la remise en cause fondamentale des structures sociales et politiques mais se limitait plut&#244;t &#224; des r&#233;volutions de palais, des permutations des r&#244;les ou des am&#233;nagements ponctuels des conditions de vie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#224; ce sujet &#171; La confusion occidentale &#187; dans notre brochure Malaise dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de &lt;i&gt;digestion sociale&lt;/i&gt; permet de d&#233;gager un principe fondamental, &#224; premi&#232;re vue d'une grande banalit&#233; : un &#233;l&#233;ment contestataire sera d'autant plus &#171; int&#233;gr&#233; &#187; &#224; l'ordre des choses qu'il n'en conteste pas les fondements. A l'inverse, il sera d'autant plus difficile pour une soci&#233;t&#233; d'int&#233;grer ce qui lui est &#233;tranger, h&#233;t&#233;rog&#232;ne, novateur, d&#233;rangeant, subversif. Si ce principe se con&#231;oit facilement pour les soci&#233;t&#233;s traditionnellement closes sur elles-m&#234;mes et reposant sur un socle indiscutable de valeurs affirm&#233;es une fois pour toutes, il doit &#234;tre approfondi pour celles issues de la modernit&#233;, qui se caract&#233;risent justement par une porosit&#233; au nouveau, une tol&#233;rance &#224; ce qui surgit, une ouverture au d&#233;sordre, et m&#234;me une reconnaissance de fait de la dissidence, de la d&#233;viance, de l'impr&#233;vu, du chaos. Cette derni&#232;re caract&#233;ristique est &#224; la fois celle du projet profond&#233;ment d&#233;mocratique et celle du d&#233;lire capitaliste d'accumulation, qui semble m&#234;me en faire son principal moteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc &#233;tablir un deuxi&#232;me principe : en elle-m&#234;me, l'int&#233;gration d'un &#233;l&#233;ment subversif &#224; l'ordre social est un processus central de nos soci&#233;t&#233;s occidentales. Ainsi, le capitalisme se serait &#233;croul&#233; cent fois si les luttes ouvri&#232;res ne l'avaient forc&#233; &#224; se r&#233;former, notamment par l'augmentation continue des salaires, provoquant l'&#233;mergence de la soci&#233;t&#233; de consommation &#8212; le &#171; fordisme &#187; &#8212; ou encore l'instauration d'un &#201;tat-providence directement issu des caisses de solidarit&#233;, mutuelles et assurances ouvri&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;vidences inconnues des adorateurs de M. Foucault : cf. &#171; Bio-pouvoir : un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce m&#233;canisme a &#233;t&#233; compris comme une reconnaissance de la l&#233;gitimit&#233; des revendications et, surtout, les a nourri en retour pendant des si&#232;cles ; les reculades du pouvoir &#233;taient autant de batailles gagn&#233;es annon&#231;ant une lointaine mais in&#233;luctable victoire finale. Tout au contraire, il est aujourd'hui compris comme une diabolique &#171; capacit&#233; du syst&#232;me &#224; tout r&#233;cup&#233;rer &#187; qui conduit &#224; d&#233;sesp&#233;rer... Il renvoie donc, avant tout, au fond, au &lt;i&gt;d&#233;sir&lt;/i&gt; et &#224; la &lt;i&gt;volont&#233; populaire&lt;/i&gt; : s'agit-il dans telle gr&#232;ve, telle id&#233;e, telle organisation, de renverser la soci&#233;t&#233; actuelle ou seulement de l'am&#233;nager ? L'int&#233;gration dans la soci&#233;t&#233; existante agit alors finalement comme un filtre faisant appara&#238;tre l'&#233;l&#233;ment subversif sous un nouveau jour, un r&#233;v&#233;lateur qui interroge autant ses vis&#233;es fondamentales que le choix de ses moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc poser un troisi&#232;me et dernier principe : l'accent ne doit pas &#234;tre mis sur la puissance de phagocytage du &#171; syst&#232;me &#187; mais sur l'aptitude de ce qui surgit &#224; &#234;tre assimil&#233; d'une mani&#232;re ou d'une autre. Autrement dit, ce ne sont pas nos soci&#233;t&#233;s qui sont omnivores, ou plut&#244;t elles ne le sont que parce que le subversif tend, &lt;i&gt;de lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, &#224; se rendre &#233;quivalent &#224; ce qui existe d&#233;j&#224;. D&#233;noncer la toute-puissance mal&#233;fique suppos&#233;e du &#171; syst&#232;me &#187; occupe aujourd'hui 90 % de la litt&#233;rature pr&#233;tendument &#171; subversive &#187; (le reste &#233;tant consacr&#233; &#224; la glorification d'exp&#233;riences miraculeuses) : il serait temps de sortir de cette fascination morbide pour se concentrer sur &lt;i&gt;nos&lt;/i&gt; faiblesses, celles des forces de transformation sociale d&#233;missionnant de leur r&#244;le pass&#233; les premiers rapports de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne fait ici que rev&#233;rifier l'avachissement et la quasi-disparition de la volont&#233; populaire d'autotransformation sociale, sans laquelle la meilleure organisation politique devient dans l'instant une courroie, une goutte d'huile ou une soupape de plus dans la machinerie sociale. Il nous faut maintenant aborder les m&#233;canismes de la d&#233;saffection politique, non &#224; l'&#233;chelle individuelle ou au niveau macrosocial &#8212; cela a &#233;t&#233; fait ailleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Entr&#233;e en p&#233;riode troubl&#233;e &#187;, op. cit. et &#171; Notes sur le mouvement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; mais bien sur le plan interm&#233;diaire qu'est la collectivit&#233; imm&#233;diate et, plus pr&#233;cis&#233;ment, le collectif politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;connexion d'avec l'activit&#233; populaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre ce milieu o&#249; des &#234;tres humains se forment et agissent pour &#171; l'ind&#233;pendance du monde &#187;, ces organisations politiques formelles ou informelles ne peuvent qu'&#234;tre articul&#233;es les unes aux autres, et ne peuvent l'&#234;tre que plong&#233;s dans une &lt;i&gt;collectivit&#233; anonyme mais concr&#232;te&lt;/i&gt; pour laquelle ces contre-institutions font sens. Ces conditions furent particuli&#232;rement r&#233;unies durant toute la p&#233;riode du mouvement ouvrier, qui court du XVIIIe &#224; la moiti&#233; du XXe si&#232;cle et dont on n'a toujours pas mesur&#233; l'ampleur. C'&#233;tait une circulation incessante entre id&#233;es et pratiques : une Olympe de Gouges, un Owen ou un Fourier inspiraient des exp&#233;rimentations sociales, qu'elles se d&#233;roulent en famille, dans la fabrique, l'atelier ou l'usine, sur quelques lopins de terre des antipodes ou de la contr&#233;e voisine, et celles-ci inspiraient en retour ceux (parfois les m&#234;mes) qui pourvoyaient, lors de lectures communes ou de cours d'alphab&#233;tisation, de quoi aider les gr&#233;vistes du lieu, l'&#233;meutier embastill&#233;, la soci&#233;t&#233; secr&#232;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira &#224; ce sujet E. P. Thompson, op. cit., ainsi que La nuit des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'histoire du syndicalisme, peut-&#234;tre plus que tout autre, montre le destin de ces organisations devenant progressivement des organes autosuffisants ne fonctionnant plus que pour leurs propres int&#233;r&#234;ts. Un des premiers sympt&#244;mes de la d&#233;gradation de ces organisations, et concomitamment de la d&#233;saffection populaire pour la politique, est bien leur d&#233;connexion d'avec ce peuple vivant et leur transformation en appareils s'arrogeant le r&#244;le de &lt;i&gt;direction des luttes&lt;/i&gt; &#8212; la fin, alors, permettant tous les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ph&#233;nom&#232;ne d'oligarchisation et de cl&#244;ture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin de la vis&#233;e populaire de transformation sociale et autarcie croissante des organisations : ces deux ph&#233;nom&#232;nes s'alimentent mutuellement, r&#233;instaurant une hi&#233;rarchie dans un mouvement populaire profond&#233;ment &#233;galitaire. C'est le cas, cern&#233; historiquement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouvera une excellente synth&#232;se de ces r&#233;flexions dans G. Lapassade, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de la &lt;i&gt;bureaucratisation progressive des organisations ouvri&#232;res&lt;/i&gt; &#8212; aujourd'hui, on dirait plut&#244;t &lt;i&gt;oligarchisation&lt;/i&gt;. Certes, l'&#233;mergence d'une clique de d&#233;cideurs au sein d'une association, d'un cercle de discussion, d'une communaut&#233; ou d'un collectif de gr&#232;ve ne fait que d&#233;courager chacun de participer sur un pied d'&#233;galit&#233;, mais le surgissement d'un appareil confisquant le pouvoir ne peut se faire que lorsque, &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt;, les affaires communes ne sont plus une pr&#233;occupation g&#233;n&#233;rale et que, de d&#233;l&#233;gation implicite en d&#233;missions silencieuses, les d&#233;cisions continuent malgr&#233; tout de devoir &#234;tre prises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#233;canisme de divorce entre une organisation et la population, ou entre un appareil de direction et des membres, est ce m&#233;canisme m&#234;me de &lt;i&gt;cl&#244;ture&lt;/i&gt; par lequel un collectif devient &lt;i&gt;inquestionnable&lt;/i&gt; : il s'enferme de lui-m&#234;me dans ses postulats, priv&#233; de tout apport ext&#233;rieur qui viendrait bousculer ses repr&#233;sentations. Livr&#233; &#224; lui-m&#234;me, ses principes deviennent une id&#233;ologie close et son organisation une structure rigide. S'identifiant &#224; la cause qu'il pr&#233;tend d&#233;fendre et devenu par ce biais incriticable, il est d&#233;sormais incapable d'examiner ce qui le constitue, et particuli&#232;rement ce qui, en &lt;i&gt;lui&lt;/i&gt;, qu'il le veuille ou non, appartient &#224; l'ordre institu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Processus d'institutionnalisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'institutionnalisant, l'organisation politique va progressivement se borner &#224; d&#233;velopper et hypostasier, sur un mode qui lui est singulier, les id&#233;es, les postures, les principes, les fonctionnements propres &#224; la soci&#233;t&#233; &#224; laquelle elle &#233;tait cens&#233;e s'opposer. Les voies peuvent &#234;tre variables, la logique est toujours la m&#234;me et renvoie &#224; ce qui &lt;i&gt;dans le collectif&lt;/i&gt; se met &#224; lui ressembler &#8212; on a parl&#233; de &lt;i&gt;principe d'&#233;quivalence&lt;/i&gt; pour expliquer ce mode d'institutionnalisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Terme qui &#171; d&#233;signe le processus par lequel des forces sociales ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La question n'est donc pas &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; corrompt, qui r&#233;cup&#232;re, &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; bureaucratise, &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; oligarchise ou &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; marchandise &#8212; pour autant que ces questions puissent recevoir une r&#233;ponse &#8212;, mais bien &lt;i&gt;ce qui&lt;/i&gt;, dans l'organisation, la rend corrupt&lt;i&gt;ible&lt;/i&gt;, bureaucratis&lt;i&gt;able&lt;/i&gt;, oligarchis&lt;i&gt;able&lt;/i&gt;, marchandis&lt;i&gt;able&lt;/i&gt;, bref r&#233;cup&#233;r&lt;i&gt;able&lt;/i&gt;. Il n'est souvent pas difficile de le d&#233;celer : aucune cr&#233;ation sociale ne tombe du ciel ni ne jaillit toute arm&#233;e de la cuisse de Jupiter ; &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; ce qui existe &lt;i&gt;ne peut&lt;/i&gt; s'&#234;tre constitu&#233; &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; de ce qui existe d&#233;j&#224;. Le radicalement nouveau, pour nouveau qu'il soit, appara&#238;t avec les formes, la langue, les modes d'&#234;tre de la soci&#233;t&#233; o&#249; il na&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le marxisme appara&#238;t-il dans un XIXe si&#232;cle travers&#233; de progressisme, d'&#233;volutionnisme, de rationalisme, de scientisme, de technicisme et d'&#233;conomisme. Et en s'affirmant comme Science universelle de l'aventure humaine, il am&#233;nage une liti&#232;re idoine pour l'autoritarisme &#8212; les anarchistes de la Premi&#232;re Internationale ne s'y sont pas tromp&#233;s &#8212; qui, d&#233;barrass&#233; de tout l'h&#233;ritage d&#233;mocratique des soci&#233;t&#233;s occidentales, deviendra le totalitarisme. Un processus analogue se d&#233;roule sous nos yeux : tout ce que l'on regroupe sous le terme d'&#171; &#201;cologie &#187; remet radicalement en cause les fondements de la civilisation occidentale (ou m&#234;me de toute civilisation), plus que n'importe quelle doctrine existante, mais c'est bien son versant environnementaliste, techniciste et gestionnaire qui est aujourd'hui promu. Autrement dit, le m&#233;canisme de r&#233;cup&#233;ration est un processus par lequel est privil&#233;gi&#233; et hypertrophi&#233; ce qui appartient, &lt;i&gt;dans ce qui surgit&lt;/i&gt;, au d&#233;j&#224; existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Posture, racines et permanence de l'avant-garde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc &#224; examiner les soubassements id&#233;ologiques de toute organisation &#224; pr&#233;tention politique, a fortiori celles se destinant &#224; lutter pour la d&#233;mocratie. De tous les &#233;l&#233;ments id&#233;ologiques qui les ont travers&#233;es et les traversent encore largement, isolons-en un particuli&#232;rement important quant &#224; notre propos : la notion d'avant-garde. La notion para&#238;tra anachronique : on verra qu'elle ne l'est gu&#232;re, et nous permet au contraire d'ancrer les impasses actuelles dans les dilemmes historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re fois que la &#171; question de l'organisation &#187; fut discut&#233;e s&#233;rieusement et de mani&#232;re approfondie, c'&#233;tait en 1958, au sein du groupe-revue &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt;, lors de la controverse entre Claude Lefort et Cornelius Castoriadis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On en trouvera une synth&#232;se dans Philippe Gottraux, &#171; Socialisme ou Barbarie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le groupe-revue op&#233;rait alors une rupture graduelle mais profonde d'avec le marxisme-l&#233;ninisme ; les termes du d&#233;bat qui furent alors pos&#233;s restent d'actualit&#233;, et sont familiers &#224; quiconque s'est m&#234;l&#233;, m&#234;me fugacement, d'un collectif assumant quelques vis&#233;es politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis affirmait la n&#233;cessit&#233; d'une organisation capable de confronter les th&#233;ories et les pratiques, de formuler des objectifs clairs et des moyens envisageables, c'est-&#224;-dire d'affronter raisonnablement et sans d&#233;lai les questions que rencontrera immanquablement tout soul&#232;vement populaire. La position &#8212; &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; &#8212; libertaire de Cl. Lefort se voulait profond&#233;ment d&#233;mocratique en r&#233;futant toute tendance d'une organisation politique &#224; affirmer une quelconque direction : la r&#233;volution, si r&#233;volution il doit y avoir, sera celle des gens eux-m&#234;mes spontan&#233;ment organis&#233;s, et le travail militant doit se borner &#224; mettre ceux-ci en relation ainsi qu'&#224; stimuler la formation d'un r&#233;seau ouvert d'&#233;changes. La rupture est profonde, et am&#232;ne Cl. Lefort et ses partisans &#224; fonder ILO (&lt;i&gt;Informations et Liaisons Ouvri&#232;res&lt;/i&gt;, qui deviendra ICO, &lt;i&gt;Informations et Correspondances Ouvri&#232;res&lt;/i&gt;) tandis que C. Castoriadis dissoudra &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt; un an avant Mai 68, participant au d&#233;clin de la position &#171; organisationnelle &#187; ou &#171; programmatique &#187;. De son c&#244;t&#233;, la position &#171; spontan&#233;iste &#187; conna&#238;tra, et conna&#238;t toujours, un succ&#232;s durable. Car c'est peu de dire que l'antitotalitarisme, ou plut&#244;t la &lt;i&gt;mode&lt;/i&gt; qui suivit, balaya toute tentative explicite de r&#233;examiner ces positions, au point de rendre &lt;i&gt;suspecte&lt;/i&gt; toute vell&#233;it&#233; de formulation d'un projet politique. Alors qu'aujourd'hui les tenants des avant-gardes politiques ou intellectuelles n'&#233;chappent plus au ridicule de leur posture et de leurs pseudo-th&#233;ories qu'en les renouvelant sans cesse &#224; partir du m&#234;me th&#232;me, l'engouement pour les &#171; r&#233;seaux &#187; depuis les ann&#233;es 1990 n'a fait que refouler sans fin la question d'un &lt;i&gt;leadership&lt;/i&gt; d'autant plus op&#233;rant qu'il est inassumable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. le classique de Joe Freeman, &#171; La tyrannie de l'absence de structure &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et se trouve organiquement incapable de formuler un quelconque projet de soci&#233;t&#233; cons&#233;quent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira &#224; ce propos les pertinentes r&#233;flexions de B. Fr&#232;re sur feu le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les termes de 1958 ont m&#234;me pris un tour caricatural : ils sont devenus une opposition st&#233;rile entre a&lt;i&gt;utoritarisme&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;spontan&#233;isme&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Opposition parfaitement visible dans le ph&#233;nom&#232;ne des coordinations des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sans que les principes d'une organisation politique ne soient r&#233;ellement &#224; nouveau discut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous semble que la seule issue est d'examiner le terrain sur lequel ces positions s'affrontent (de plus en plus mollement) pour comprendre en quoi elles ne forment finalement qu'une figure compl&#233;mentaire, qui a parcouru tout le mouvement d'&#233;mancipation depuis son apparition sans que ses postulats ne soient remis en cause. Car la pol&#233;mique Cl. Lefort / C. Castoriadis rappelle fortement l'opposition Rosa Luxemburg / L&#233;nine ou la controverse Proudhon / Marx &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Notons que c'est durant ce m&#234;me XIXe si&#232;cle qu'apparurent les avant-gardes artistiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On conna&#238;t le succ&#232;s de la fusion de ces deux avant-gardismes (annonc&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ph&#233;nom&#232;ne nouveau o&#249; la cr&#233;ation intellectuelle commence peu &#224; peu &#224; se distancier de son public, qui ne la reconna&#238;t comme telle qu'avec plusieurs d&#233;cennies de &#171; retard &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Transformation sociale et cr&#233;ation culturelle &#187; de C. Castoriadis in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; et parall&#232;lement, le rapport de la soci&#233;t&#233; aux d&#233;couvertes scientifiques s'&#233;difie selon le m&#234;me sch&#233;ma. C'est la p&#233;riode durant laquelle domine le &lt;i&gt;progressisme&lt;/i&gt;, cette id&#233;ologie du Progr&#232;s que l'on pourrait qualifier, &#224; la suite de C. Lasch, de quasi-religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'id&#233;ologie du Progr&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc dans ce champ polaris&#233; autour du Progr&#232;s comme processus in&#233;luctable de l'humanit&#233; que s'opposent deux tendances : les partisans d'une organisation susceptible de se transmuer en avant-garde, car annon&#231;ant les &#233;tapes politiques &#224; venir, et les tenants d'une anti-organisation qui ne ferait que r&#233;v&#233;ler &#224; chacun les dynamiques progressistes qu'il porte &#224; son insu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le disait Lefort afin de pointer l'autoritarisme intrins&#232;que au principe m&#234;me d'organisation : &#171; &lt;i&gt;L&#233;nine moins qu'aucun autre n'a jamais revendiqu&#233;&lt;/i&gt; [que le parti soit un organe de pouvoir] &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cl. Lefort, &#171; L'exp&#233;rience prol&#233;tarienne &#187; (1952), in &#201;l&#233;ments d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ce que ni Lefort ni Castoriadis ne voyait alors, c'est que, pour paraphraser Trotski parlant du prol&#233;tariat, il ne s'agit pas de ce que L&#233;nine se repr&#233;sente comme objectif du Parti bolchevik, mais bien de ce que, compte tenu du statut du savoir sur lequel repose ses analyses, il est contraint de faire : s'il s'agit bel et bien du &lt;i&gt;Savoir absolu&lt;/i&gt; h&#233;g&#233;lien sur l'Histoire, du Destin de l'Humanit&#233;, donc de la direction que prennent, ind&#233;pendamment de toutes les vicissitudes des &#233;v&#233;nements, toutes les soci&#233;t&#233;s humaines, alors &lt;i&gt;cette fin ne peut que justifier tous les moyens possibles&lt;/i&gt;. Autrement dit, toute organisation se r&#233;clamant d'une telle V&#233;rit&#233; ne peut &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; tendre &#224; l'autoritarisme, &#224; la bureaucratisation, voire au totalitarisme. Dans ce contexte, la r&#233;action sym&#233;trique consiste en un spontan&#233;isme anti-organisationnel et anti-programmatique, mais reposant toujours sur la certitude avant-gardiste que ce que les gens font, veulent, d&#233;sirent et projettent, ou peuvent vouloir, d&#233;sirer et projeter, &lt;i&gt;ne peut qu'aller dans le sens de l'histoire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une application de cette id&#233;ologie sur le terrain inter-culturel, cf. &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce progressisme et sa m&#233;taphysique demeurent : il y a bien un but ultime &#224; l'aventure humaine et il peut &#234;tre donn&#233; de le deviner &#224; quelques-uns, en attendant de l'&#234;tre &#224; tous. Restent les divergences sur les moyens de l'atteindre. Quant &#224; ce but lui-m&#234;me, ses accents religieux sont &#233;vidents : il s'agit bien de la r&#233;alisation d'un paradis terrestre, lieu de f&#233;licit&#233; o&#249; rien ne fait plus obstacle &#224; tous les d&#233;sirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve l&#224; la matrice commune au capitalisme ou, plus exactement, au lib&#233;ralisme contemporain, dont les versants &#233;conomiques et culturels sont plus actuels que jamais. Comme le relevait H. Arendt, &#171; tout est possible &#187; est le slogan du totalitarisme, mais &#233;galement celui du lib&#233;ralisme &#233;conomique et culturel ou de la contestation d'extr&#234;me-gauche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira sur ce point les excellentes analyses de J.-C. Mich&#233;a, qui font (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout est possible parce que tout ne peut qu'aller, finalement, dans le m&#234;me sens. Pousser l'analyse plus loin pour montrer la filiation avec les grands sch&#232;mes religieux du jud&#233;o-christianisme sortirait du cadre de ce texte. Notons plut&#244;t que la critique de la figure du militant enr&#233;giment&#233; a &#233;t&#233; faite depuis le milieu du XXe si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On se r&#233;f&#233;rera au c&#233;l&#232;bre Le militantisme, stade supr&#234;me de l'ali&#233;nation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sonnant le glas de l'organisation hi&#233;rarchique, centralisatrice et autoritaire, mais que la critique de la figure qui lui a succ&#233;d&#233; reste &#224; faire : celle du militant bobo lib&#233;ral-libertaire, bien-pensant et sans attaches, dont le tourisme politique &#233;ventuellement &#171; radical &#187; s'accommode d'autant mieux de ses multiples &#171; r&#233;seaux &#187; qu'ils le dispensent de tout engagement coh&#233;rent et durable comme de toute interrogation &#233;labor&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me si le vite oubli&#233; Vivre et penser comme des porcs. De l'incitation &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons-nous pour clore cette longue partie un peu abstraite : La d&#233;gradation des formes d'organisation politiques provient d'un m&#233;canisme de cl&#244;ture qui les rendent herm&#233;tiques &#224; tout questionnement. Aveugles &#224; leurs propres d&#233;terminations, ce sont les &#233;l&#233;ments appartenant &#224; la soci&#233;t&#233; existante qui sont hypostasi&#233;s lors de l'institutionnalisation, et notamment la posture avant-gardiste, qui est ins&#233;parable de l'id&#233;ologie d'un Progr&#232;s in&#233;luctable dont les militants seraient annonciateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?764-notes-sur-l-organisation-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce passage est la reprise d'un &#233;change mail de mai 2009 sur le sujet, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#224; ce sujet &#171; La confusion occidentale &#187; dans notre brochure &lt;i&gt;Malaise dans l'identit&#233;&lt;/i&gt;, mai 2012, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#201;vidences inconnues des adorateurs de M. Foucault : cf. &#171; Bio-pouvoir : un concept incoh&#233;rent et dangereux &#187;, de N. Poirier, revue &lt;i&gt;Les temps modernes&lt;/i&gt;, n&#176; 640, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; Entr&#233;e en p&#233;riode troubl&#233;e &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; et &#171; Notes sur le mouvement social d'octobre 2010 &#187; dans notre brochure n&#176; 16 &lt;i&gt;Octobre 2010, une lutte &#224; la crois&#233;e des chemins&lt;/i&gt;, mars 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira &#224; ce sujet E. P. Thompson, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, ainsi que &lt;i&gt;La nuit des prol&#233;taires&lt;/i&gt;, de J. Ranci&#232;re, Fayard 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On trouvera une excellente synth&#232;se de ces r&#233;flexions dans G. Lapassade, &lt;i&gt;Groupes, organisations, institutions&lt;/i&gt; (1970), Anthropos 2005, et du m&#234;me auteur &lt;i&gt;Bureaucratie, bureaucratisme, bureaucratisation&lt;/i&gt; revue &lt;i&gt;Arguments&lt;/i&gt;, 1978, disponible sur le site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Terme qui &#171; d&#233;signe le processus par lequel des forces sociales ou marginales ou minoritaires ou anomiques (ou les trois &#224; la fois) prennent forme, sont reconnues par l'ensemble du syst&#232;me des formes sociales d&#233;j&#224; l&#224;. L'institu&#233; accepte l'instituant lorsqu'il peut l'int&#233;grer, c'est-&#224;-dire le rendre &#233;quivalent aux formes d&#233;j&#224; existantes &#187; (in Lourau R., 1973 ; &#171; L'effet Muhlmann &#187;, revue &lt;i&gt;L'Homme et la Soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, dossier &#171; Analyse institutionnelle et politique &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On en trouvera une synth&#232;se dans Philippe Gottraux, &lt;i&gt;&#171; Socialisme ou Barbarie &#187;, un engagement politique et intellectuel dans la France de l'apr&#232;s-guerre&lt;/i&gt;, Lausanne, Payot, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. le classique de Joe Freeman, &#171; La tyrannie de l'absence de structure &#187;, 1970, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira &#224; ce propos les pertinentes r&#233;flexions de B. Fr&#232;re sur feu le mouvement altermondialiste, &#171; Une organisation politique libertaire est-elle possible ? &#187; , mai 2010, sur Contretemps.eu (&#224; ne pas confondre avec l'excellent site Acontretemps.org).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Opposition parfaitement visible dans le ph&#233;nom&#232;ne des coordinations des ann&#233;es 80, analys&#233;es par J.-M. Denis dans &lt;i&gt;Les coordinations. Recherche d&#233;sesp&#233;r&#233;e d'une citoyennet&#233;&lt;/i&gt;, Syllepse 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On conna&#238;t le succ&#232;s de la fusion de ces deux avant-gardismes (annonc&#233;e symboliquement par la partie d'&#233;chec Tzara-L&#233;nine en Suisse, point&#233;e par R. Lourau dans &lt;i&gt;Autodissolution des avant-gardes&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, Paris 1980), particuli&#232;rement par le surr&#233;alisme et ses d&#233;riv&#233;s ult&#233;rieurs comme L'Internationale Situationniste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; Transformation sociale et cr&#233;ation culturelle &#187; de C. Castoriadis in &lt;i&gt;Le contenu du socialisme&lt;/i&gt;, 10/18, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cl. Lefort, &#171; L'exp&#233;rience prol&#233;tarienne &#187; (1952), in &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'une critique de la bureaucratie&lt;/i&gt;, 1979, Paris, Gallimard, p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour une application de cette id&#233;ologie sur le terrain inter-culturel, cf. &#171; La confusion occidentale &#187; &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira sur ce point les excellentes analyses de J.-C. Mich&#233;a, qui font suite &#224; celles de C. Lasch, G. Orwell ou P. P. Pasolini. La convergence id&#233;ologique entre l'extr&#234;me-gauche et le lib&#233;ralisme se fait aussi ais&#233;ment d'un point de vue organisationnel, notamment &#224; travers la forme &#171; r&#233;seau &#187; : cf. P. Musso, &lt;i&gt;Critique des r&#233;seaux&lt;/i&gt;, puf, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On se r&#233;f&#233;rera au c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Le militantisme, stade supr&#234;me de l'ali&#233;nation&lt;/i&gt;, par l'Organisation des Jeunes Travailleurs R&#233;volutionnaires, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M&#234;me si le vite oubli&#233; &lt;i&gt;Vivre et penser comme des porcs. De l'incitation &#224; l'envie et &#224; l'ennui dans les d&#233;mocraties-march&#233;s&lt;/i&gt;, de Gilles Ch&#226;telet (Exils, 1998) reste une consid&#233;rable contribution &#224; l'intelligence de la situation. On lira &#233;galement &#171; Anomie et groupe politique affinitaire &#187;, juillet 2012, disponible sur notre site, et tous les auteurs cit&#233;s note 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Notes sur l'organisation des collectifs d&#233;mocratiques (1/4)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?762-Notes-sur-l-organisation-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?762-Notes-sur-l-organisation-des</guid>
		<dc:date>2014-10-27T10:42:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Organisation politique</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cup&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrectionnalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Anarchisme</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;cence commune</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;20 bis, &#171; D&#233;mocratie directe : Principes, enjeux, perspectives - Deuxi&#232;me partie : Lutter pour l'auto-gouvenrement des peuples &#187;, mai 2014. Elle est en vente pour 3 &#8364; dans nos librairies. Son achat permet notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies ind&#233;pendantes (vous pouvez &#233;galement nous aider &#224; la diffusion). Il est aussi possible de la t&#233;l&#233;charger dans la rubrique brochures. Sommaire : Fausses figures de l'avenir. De la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-29-organisation-politique-+" rel="tag"&gt;Organisation politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-32-recuperation-+" rel="tag"&gt;R&#233;cup&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-121-mouvements-sociaux-+" rel="tag"&gt;Mouvements sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-135-radicalisme-creux-+" rel="tag"&gt;Insurrectionnalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-165-anarchie-+" rel="tag"&gt;Anarchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-220-decence-commune-+" rel="tag"&gt;D&#233;cence commune&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton762.png?1621969094' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;20 bis, &#171; D&#233;mocratie directe : Principes, enjeux, perspectives - Deuxi&#232;me partie : Lutter pour l'auto-gouvenrement des peuples &#187;, mai 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est en vente pour 3 &#8364; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?531-Points-de-diffusion-et-de-vente-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans nos librairies&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Son achat permet notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies ind&#233;pendantes (vous pouvez &#233;galement &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?626-Nous-aider' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;nous aider &#224; la diffusion&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aussi possible de la t&#233;l&#233;charger &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans la rubrique brochures&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;figure class='spip_document_474 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:137.14902807775%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/vignetteddii.png&amp;taille=200&amp;1621970999' alt='' data-src='IMG/png/vignetteddii.png' data-l='463' data-h='635' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/vignetteddii.png&amp;#38;taille=200&amp;#38;1621970999 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/vignetteddii.png&amp;#38;taille=400&amp;#38;1621970999 2x' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?760-fausses-figures-de-l-avenir-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fausses figures de l'avenir.&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;De la difficult&#233; de sortir de notre pr&#233;sent perp&#233;tuel&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Notes sur l'organisation des collectifs d&#233;mocratiques&lt;/strong&gt;, Ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?728-quatrieme-de-couverture-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[Rappelons que ce texte &#233;tait destin&#233; &#224; figurer, logiquement, en derni&#232;re position de cette s&#233;rie de trois brochures, comme expliqu&#233; dans &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?679-introduction-generale-a-la' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l'&#171; Introduction g&#233;n&#233;rale &#187; (brochure n&#176; 20)&lt;/a&gt;, et ne se trouve ici que pour des raisons de mise en page. Il gagnera donc &#224; &#234;tre lu &#224; la suite du texte &#171; Ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique &#187;, &#233;ponyme de la brochure n&#176; 20 ter qui para&#238;tra &#224; l'automne 2014.]&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;&#171; Celui qui fait au peuple de fausses l&#233;gendes r&#233;volutionnaires,
celui qui l'amuse d'histoires chantantes, est aussi criminel que le g&#233;ographe qui dresserait des cartes menteuses pour les navigateurs &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.-O. Lissagaray, 1896, &lt;i&gt;Histoire de la commune de 1871&lt;/i&gt;, Pr&#233;face&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les soci&#233;t&#233;s occidentales et occidentalis&#233;es font face &#224; des probl&#232;mes incontournables dont on peine &#224; mesurer l'ampleur. Ainsi, la fin de la soci&#233;t&#233; de consommation, &#224; laquelle personne ne croit vraiment mais que les ravages &#233;cologiques rendent in&#233;luctable ; ou encore la fragmentation sociale croissante en lobbies, corporatismes, client&#233;lismes, communautarismes. Ces ph&#233;nom&#232;nes font voler en &#233;clats les grilles de lecture h&#233;rit&#233;es de l'apr&#232;s-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces situations in&#233;dites, les r&#233;actions des populations sont impr&#233;visibles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Entr&#233;e en p&#233;riode troubl&#233;e &#187;, introduction g&#233;n&#233;rale de nos brochures (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des mouvements populaires semblent d&#233;j&#224; appara&#238;tre confus&#233;ment, sur de nouvelles bases, et ne pourront aller qu'en se multipliant. Beaucoup sont, et seront, des &lt;i&gt;r&#233;actions&lt;/i&gt; plus ou moins violentes et plus ou moins structur&#233;es face &#224; une r&#233;alit&#233; v&#233;cue comme insupportable, des tentatives d'accaparement in&#233;galitaires ou des appels r&#233;gressifs &#224; un ordre impos&#233; et indiscutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il existe aussi des tendances cherchant &#224; t&#226;tons &#224; d&#233;passer ce stade de la plainte, du d&#233;ni et du sauve-qui-peut. Elles tentent de faire valoir une autre organisation sociale, o&#249; les d&#233;cisions politiques ne suivraient pas des logiques aveugles, mais seraient le fruit de la d&#233;lib&#233;ration et de la d&#233;cision des individus aux prises avec leurs responsabilit&#233;s. Ce courant portant le projet d'une d&#233;mocratie directe, d'une &lt;i&gt;autonomie collective&lt;/i&gt;, est encore extr&#234;mement marginal et en grande partie &#224; l'&#233;tat latent, mais a jailli r&#233;cemment, et passag&#232;rement, en diff&#233;rents endroits du globe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Principalement durant l'ann&#233;e 2011 en Gr&#232;ce, en Espagne, aux &#201;tats-Unis. Cf. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce texte part de la possibilit&#233; d'une telle renaissance politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reprise du probl&#232;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des premiers probl&#232;mes auxquels s'affronteront, et s'affrontent d&#233;j&#224;, les partisans d'un autogouvernement du peuple, pour peu qu'ils d&#233;passent l'indignation solitaire ou sans lendemain et souhaitent coaliser leurs convictions et leurs actions, est celui du &lt;i&gt;mode d'organisation politique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose est difficile &#224; plusieurs titres, et tout d'abord parce qu'elle a &#233;t&#233; abandonn&#233;e il y a bien longtemps : la fameuse &#171; question de l'organisation &#187; ne fait plus du tout question depuis que le spectre totalitaire du parti bolchevique plane sur tous les groupuscules et partis. Et les collectifs informels, le travail &#171; en r&#233;seau &#187; et les groupes affinitaires qui s'y sont substitu&#233;s depuis plus de trente ans n'&#233;chappent pas davantage aux relations d'autorit&#233;, &#224; l'instauration d'une orthodoxie, aux scissions successives, etc. Mais ils se trouvent, par-dessus tout, cong&#233;nitalement incapables de d&#233;passer le simple &lt;i&gt;lobbying&lt;/i&gt;, quelquefois involontaire et sous une phras&#233;ologie &#171; radicale &#187;, pour porter un v&#233;ritable &lt;i&gt;projet de soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ambition de ce texte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte se propose donc de r&#233;examiner les obstacles internes &#8212; les plus importants &#8212; que ne peut que rencontrer un collectif militant pour une d&#233;mocratie directe, afin d'en d&#233;gager quelques principes d'organisation. On aurait bien tort d'en attendre des &lt;i&gt;solutions techniques&lt;/i&gt; : la profondeur du probl&#232;me am&#232;ne surtout &#224; s'extraire des oppositions et clivages st&#233;riles pour essayer de nourrir des interrogations organisationnelles, id&#233;ologiques ou existentielles &lt;i&gt;pour les gens qui s'en saisiraient&lt;/i&gt;. Car, &#224; l'intersection de la sph&#232;re priv&#233;e, de l'engagement politique et de l'institution publique, le domaine particulier de l'organisation collective rel&#232;ve par excellence de la &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt;, tension et dialogue constants entre &#233;l&#233;ments th&#233;oriques, exp&#233;riences pratiques et d&#233;sirs profonds des individus, questions ouvertes qu'aucun texte ne peut raisonnablement chercher &#224; r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots sur notre d&#233;marche. Elle commencera par un d&#233;tour historique, o&#249; sera tent&#233; une rapide analyse critique des diff&#233;rentes formes qu'ont pris les organisations politiques visant une transformation de la soci&#233;t&#233; : il s'agira de pointer la fa&#231;on dont ces formations se sont d&#233;grad&#233;es durant l'&#233;poque contemporaine, d&#233;gradation aboutissant &#224; &lt;i&gt;l'&#233;parpillement et &#224; la d&#233;sorientation&lt;/i&gt; politiques actuelles. De l&#224;, nous essayerons de formuler quelques principes quant aux processus psychosociaux de la &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187;, qui am&#232;nent un &#233;l&#233;ment subversif &#224; devenir, &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt;, une partie du corps social contribuant, d'une fa&#231;on ou d'une autre, au fonctionnement, au maintien et au renforcement de celui-ci. Ces principes nous conduiront &#224; entrevoir ce qu'impliquerait un groupe politique capable de s'auto-interroger sur son histoire, ses buts et ses fondements, c'est-&#224;-dire capable d'incarner, &#224; son &#233;chelle et autant que faire se peut, l'autonomie d&#233;sir&#233;e pour la soci&#233;t&#233; comme pour l'individu. La derni&#232;re partie, enfin, r&#233;capitulera succinctement la position qu'un collectif politique peut adopter en p&#233;riode froide comme pendant les moments de haute agitation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;re chose : il est toujours p&#233;rilleux pour un collectif comme le n&#244;tre de se prononcer sur la forme ou le travail souhaitable d'un collectif en g&#233;n&#233;ral. Le ridicule de nous poser en exemple nous &#233;tant &#233;pargn&#233; par la confidentialit&#233; de notre travail et l'extr&#234;me pr&#233;carit&#233; de notre situation, on ne pourra comprendre le pr&#233;sent texte que comme un moment de notre existence et une mise en abyme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Analyse critique des formes historiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; politique au sens o&#249; nous l'entendons ici n'a pas &#233;merg&#233; en Occident avant le haut Moyen &#194;ge, v&#233;ritable pr&#233;-Renaissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir G. Cohen, La grande clart&#233; du moyen &#226;ge, 1945 Gallimard.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et elle ne le fit au sein des villes franches qu'encore largement engonc&#233;e dans l'imaginaire patricien, f&#233;odal, chr&#233;tien. Ce n'est que plusieurs si&#232;cles plus tard qu'apparaissent les premi&#232;res tentatives explicites de penser, de vivre et d'op&#233;rer une &lt;i&gt;auto-transformation sociale&lt;/i&gt;. Durant cette p&#233;riode de bouillonnement historique qui s'&#233;tend des grandes d&#233;couvertes jusqu'aux abords des r&#233;volutions anglaise (1640-1688), am&#233;ricaine (1776) et fran&#231;aise (1789), on peut distinguer trois tendances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8212; Naissance de l'activit&#233; politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord l'agitation sociale proprement dite, c'est-&#224;-dire la mutation des h&#233;r&#233;sies religieuses r&#233;volutionnaires, des cathares aux camisards ou aux anabaptistes, et des f&#234;tes et foires subversives en authentiques luttes sociales : ce sont les innombrables jacqueries paysannes puis urbaines comme celle des Bonnets rouges, la contestation permanente des artisans, des compagnons au sein des corporations, puis l'intense fourmillement populaire de ce qui deviendra la classe ouvri&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur tous ces mouvements, on pourra se reporter, par exemple &#224; Y.-M. Berc&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De ces luttes &#233;clatantes ou silencieuses du &#171; tiers &#233;tat &#187; contre et avec la bourgeoisie oppos&#233;e &#224; la noblesse &#233;merge progressivement une conscience et une volont&#233; r&#233;volutionnaire que la modernit&#233; reprendra, l'exemple des &lt;i&gt;Levellers&lt;/i&gt; &#233;tant le plus connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me grande tendance est regroup&#233;e sous le terme trop commode des Lumi&#232;res : c'est l'&#233;norme effort intellectuel dans les arts et les lettres, le foisonnement de travaux scientifiques, philosophiques, litt&#233;raires ou artistiques. V&#233;ritable moment inaugural de la pens&#233;e politique en Occident, ces mouvements largement entam&#233;s d&#232;s la fin du XVe si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Hazard, La crise de la conscience europ&#233;enne. 1680-1715, Gallimard 1961.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; bousculent tous les sch&#233;mas &#233;tablis et rendent perceptibles de nouveaux principes, de nouveaux modes d'&#234;tre, de nouveaux mondes, d'autres soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin il y a l'ouverture, physique et intellectuelle, de l'Europe aux nouveaux continents : loin des grossi&#232;res caricatures coloniales et anticoloniales, les d&#233;couvertes de civilisations totalement &#233;trang&#232;res au creuset m&#233;diterran&#233;en remettent profond&#233;ment en cause l'ethnocentrisme occidental&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et la source d'inspiration d'autres mondes. Cf. par exemple J. Servier, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De ces mondes fantastiques, d&#233;sir&#233;s autant que redout&#233;s et finalement asservis, &#233;merge la conscience de la possibilit&#233; d'autres formes d'humanit&#233;s. B&#233;n&#233;ficiant d'un salutaire &#233;loignement, ces nouveaux territoires &#233;tablis en comptoirs, missions et colonies se constituent de fait en micro-communaut&#233;s o&#249; peuvent se mener des exp&#233;rimentations sociales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On retrouve l&#224; une des composantes qui accompagn&#232;rent l'&#233;mergence de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#339;uvres missionnaires d'&#233;vang&#233;lisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple la &#171; r&#233;publique &#187; j&#233;suite au Paraguay, &#233;voqu&#233;e par M. Ferro dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, commer&#231;ants et &#233;migr&#233;s (que l'on pense &#224; la Nouvelle-Angleterre et ses &lt;i&gt;Town meetings&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ou encore aux huguenots, diss&#233;min&#233;s &#224; travers les Am&#233;riques ou les Indes.&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou &#224; l'expatriation du vieux continent de certains &#233;l&#233;ments du prol&#233;tariat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir M. Ferro, op. cit. p. 193 sqq.&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#233;riodes r&#233;volutionnaires et p&#233;riodes de latence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode des r&#233;volutions am&#233;ricaine et fran&#231;aise est celle de la rencontre entre ces trois tendances : l'&#233;mancipation hors des terres du vieux continent, l'humanisme et l'encyclop&#233;disme entrent en consonance avec les nouvelles formes de mobilisations populaires. Des organes de d&#233;mocratie radicale &#233;mergent alors, assembl&#233;es, comit&#233;s et sections r&#233;volutionnaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; La r&#233;publique contre la d&#233;mocratie &#187;, revue La guerre de la libert&#233; n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui demeurent les formes les plus &#233;l&#233;mentaires et les plus fondamentales de l'autogouvernement des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouvera cette caract&#233;ristique tout au long des temps modernes : tandis que chaque moment r&#233;volutionnaire voit na&#238;tre des institutions fort semblables de pouvoir populaire (communes en 1871, &lt;i&gt;soviets&lt;/i&gt; dans la Russie de 1905 et 1917, &lt;i&gt;R&#228;tes&lt;/i&gt; en Allemagne en 1918-1919, conseils dans la Hongrie de 1956, comit&#233;s de quartier en Mai 68, etc.), les p&#233;riodes de latence, infiniment plus nombreuses, sont marqu&#233;es par une &lt;i&gt;fragmentation&lt;/i&gt; de l'activit&#233; politique et r&#233;volutionnaire, un &#233;clatement non de ses vis&#233;es mais des modes d'organisation, des principes d'action de ses partisans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le cas de Mai 68 est parfaitement illustr&#233; par les tr&#232;s bons entretiens de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette disjonction peut &#234;tre d&#233;clin&#233;e de multiples mani&#232;res : reprenons les trois cat&#233;gories d&#233;j&#224; utilis&#233;es, sans en faire un principe absolu. Il y aurait d'abord le &lt;i&gt;travail intellectuel&lt;/i&gt; qui cherche &#224; poser les principes philosophiques et politiques de l'autonomie, &#224; comprendre la r&#233;alit&#233; sociale et politique, et &#224; tracer des perspectives pour l'avenir ; ensuite, la &lt;i&gt;lutte politique&lt;/i&gt; contestant l'&#233;tat des choses et visant &#224; provoquer le basculement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233; pour en changer l'organisation globale &#224; partir d'un levier pratique. Et enfin, l'&lt;i&gt;exp&#233;rimentation politique et sociale&lt;/i&gt;, o&#249; il s'agit de vivre ici et maintenant une existence collective en rupture avec l'ordre existant et d'essaimer par l'exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, ces trois modes d'activit&#233; ne cessent de s'interp&#233;n&#233;trer, les organisations politiques &#233;tant des &#234;tres hybrides. Mais il est rare que l'un d'entre eux ne pr&#233;domine pas, du moins quant &#224; l'organisation explicite. Il ne s'agit donc pas de faire de ces trois ensembles grossiers des cat&#233;gories herm&#233;tiques, mais bien des &lt;i&gt;distinctions pratiques pour l'analyse&lt;/i&gt;, que l'on retrouve d'ailleurs ais&#233;ment sur le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8212; Les trois tendances de l'organisation politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis qu'en p&#233;riode de soul&#232;vement, o&#249; tout fait question, ces distinctions s'effacent et ces diff&#233;rentes formes d'organisations se fondent dans le bouillonnement populaire, elles tendent au contraire &#224; se disjoindre en p&#233;riode froide : chacune d'entre elles poss&#232;de une forte logique interne, une coh&#233;rence propre qui la fait tendre &#224; l'exclusivit&#233;. Comme nous le verrons, c'est cette &lt;i&gt;cl&#244;ture id&#233;ologique, organisationnelle, libidinale&lt;/i&gt;, de l'organisation politique sur elle-m&#234;me qui provoque sa scl&#233;rose, sa d&#233;g&#233;n&#233;rescence, sa r&#233;cup&#233;ration et sa disparition en tant que telle &#8212; et ce sont ces ph&#233;nom&#232;nes qu'il faudra tenter d'&#233;lucider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tendance intellectuelle / th&#233;orique / doctrinaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce p&#244;le est premier, historiquement et logiquement, dans le monde gr&#233;co-occidental. C'est celui qui se r&#233;clame du Verbe, du &lt;i&gt;Logos&lt;/i&gt; comme source de toute chose ; Proph&#232;tes et &#201;glises en sont les sch&#232;mes sous-jacents. D&#232;s l'entr&#233;e dans les temps modernes, il est repr&#233;sent&#233; par les salons bourgeois, les soci&#233;t&#233;s litt&#233;raires, les acad&#233;mies des sciences, la figure du philosophe, de l'&#233;crivain, de l'intellectuel et, politiquement &#224; partir du XIXe si&#232;cle, par le parti politique, cette tumeur mortelle pour la d&#233;mocratie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira sans r&#233;serves Simone Weil, 1940 ; Notes sur la suppression g&#233;n&#233;rale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou son petit fr&#232;re, le groupuscule. Ces formations sont souvent extr&#234;mement minoritaires, ce qui n'exclut pas qu'elles aient une influence majeure lorsque les circonstances font &#233;cho &#224; leurs th&#232;ses. On pense &#233;videmment &#224; la poign&#233;e de marxistes-l&#233;ninistes russes qui pes&#232;rent sur tout le XXe si&#232;cle (ou, &#224; l'autre bout du spectre, au quarteron de n&#233;olib&#233;raux en Occident une cinquantaine d'ann&#233;es plus tard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. S. Halimi, Le Grand Bond en arri&#232;re, 2006 (Agone 2012).&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), incarnant la quintessence du parti politique. Il y eut aussi toutes les avant-gardes artistiques, devenues des canons, ou les postulats h&#233;t&#233;rodoxes de quelques groupuscules (tels que &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;l'Internationale Situationniste&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Noir &amp; Rouge&lt;/i&gt;) qui devinrent des lieux communs au lendemain de Mai 68 &#8212; ou encore le cercle Petofi, ferment de l'insurrection antitotalitaire de Budapest de 1956.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe de cette tendance est d'ordre essentiellement th&#233;orique : il s'agit radicalement de mettre &#224; profit l'h&#233;ritage intellectuel de l'humanit&#233; pour comprendre les ph&#233;nom&#232;nes contemporains et envisager toutes les dimensions d'un bouleversement des repr&#233;sentations. Travail de pens&#233;e qui vise donc la totalit&#233; de l'institution sociale, et y trouve ses structures (universit&#233; m&#233;di&#233;vale, soci&#233;t&#233; de correspondances, clubs r&#233;volutionnaires, cercle d'&#233;ducation populaire, comit&#233;s de r&#233;daction,...) et ses moyens d'expression (discours, romans et contes, essais philosophiques ou scientifiques, pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre et trag&#233;dies, enqu&#234;tes ouvri&#232;res, tracts, etc.). D&#233;masquer les sophismes qui maintiennent l'ordre &#233;tabli, d&#233;noncer les injustices que l'on croit naturelles, d&#233;celer les postulats intenables qui maintiennent l'architecture du pouvoir, poser d'autres axiomes, montrer d'autres exemples, faire &#233;clater l'&#233;vidence d'un autre savoir possible, d'une soci&#233;t&#233; future &#224; peine entrevue mais potentiellement existante, et interroger chacun, au plus profond de son humanit&#233;, sur ce qu'il vit et ce qu'il croit vrai et bon : &#339;uvres de l'esprit, mais qui &#339;uvrent sur l'esprit du temps, et en traduisant celui-ci, ce courant cherche &#224; y d&#233;busquer la puissance d'une humanit&#233; ne devant rendre de comptes qu'&#224; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre plus que toute autre du fait de ses soubassements m&#233;taphysiques dominants, la tendance doctrinaire tend &#224; la cl&#244;ture id&#233;ologique et organisationnelle, &#224; la scl&#233;rose qui transforme la pens&#233;e insaisissable en dogme fig&#233; et le collectif en parti, en &#201;glise, en arm&#233;e, en &#201;tat imposant son conformisme passionn&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;canisme fondamental repris par les sectes et qui vise &#224; se couper de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'autoritarisme n'est alors plus que la cons&#233;quence logique de postulats depuis longtemps accept&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Michels, 1914 ; Les partis politiques &#8212; Essai sur les tendances (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le cas du parti bolchevique est arch&#233;typal et ses infinies d&#233;clinaisons n'ont cess&#233; de briser toute tentative de fonder une th&#233;orie critique &#233;paulant la contestation sociale. Ses derniers surgeons v&#233;g&#232;tent aujourd'hui en resu&#231;ant d'&#233;ni&#232;mes interpr&#233;tations de la parole proph&#233;tique marxienne, incapables de tirer la moindre s&#232;ve d'un arbre p&#233;trifi&#233; depuis longtemps. Source in&#233;puisable lorsqu'elle est elle-m&#234;me aliment&#233;e par une soci&#233;t&#233; en effervescence qu'elle irrigue en retour, la tendance intellectuelle se tarit et s'ass&#232;che lorsqu'elle tourne en circuit ferm&#233;. Elle accouche aujourd'hui de nouveaux rejetons st&#233;riles : le verbiage postmoderne, la rationalisation du n'importe quoi, le jusqu'au-boutisme &#224; partir de quelques axiomes simplistes, la perte de cette &lt;i&gt;d&#233;cence commune&lt;/i&gt; de la pens&#233;e. Encore faudrait-il nuancer : le dogmatisme contemporain n'exige m&#234;me plus de P&#232;re fondateur &#224; la Parole sacr&#233;e, il se forme en concr&#233;tion autour du dernier petit gourou &#224; la mode qui d&#233;couvre dans ses lubies quelques solutions ultimes &#224; l'effondrement civilisationnel. Plus grave encore : les classes sociales et les milieux qui ont pu &#234;tre les repr&#233;sentants historiques de l'argumentation rationnelle deviennent incapables de concevoir la moindre esp&#232;ce de d&#233;bat contradictoire raisonnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discr&#233;dit global de la d&#233;marche th&#233;orique et le d&#233;clin de la culture politique tendent progressivement &#224; &#233;lire l'&lt;i&gt;action&lt;/i&gt; comme seul crit&#232;re valable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tendance militante / provocatrice / d&#233;clencheuse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute la tendance la plus logique : chercher &#224; provoquer l'embrasement qui mettra &#224; bas tout l'&#233;difice social et politique. Cette activit&#233;, qui seule pourrait porter le qualificatif de r&#233;volutionnaire, a ses racines dans les mouvements h&#233;r&#233;tiques contre la papaut&#233;, puis dans les &#233;meutes, r&#233;voltes et jacqueries jusqu'aux r&#233;volutions, y compris d'ind&#233;pendance. Si, comme le remarquait H. Arendt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la r&#233;volution, 1963, p. 563-564, Gallimard 2012.&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&#233;tincelle du soul&#232;vement n'est que providentiellement le fait de collectifs organis&#233;s explicitement &#224; ces fins, comme le &lt;i&gt;Mouvement du 22 mars&lt;/i&gt; pour Mai 68, la doctrine insurrectionnaliste a toujours &#233;t&#233; tr&#232;s pr&#233;sente : des &lt;i&gt;Enrag&#233;s&lt;/i&gt; de 1789 au blanquisme, des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes du XIXe jusqu'&#224; la floraison d'initiatives plus ou moins malheureuses des ann&#233;es 1970, notamment le mouvement dit &#171; autonome &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; de la recherche du point d'application qui parviendrait &#224; coaliser les forces latentes et dispers&#233;es de la r&#233;volte sociale, de la tentative de donner &#224; un mot d'ordre, &#224; une mobilisation, &#224; une action de faible port&#233;e une dimension radicalement politique entra&#238;nant &#224; sa suite l'ensemble du monde social. C'est un corps &#224; corps avec la soci&#233;t&#233; concr&#232;te, qui en d&#233;voile les limites et r&#233;v&#232;le &#224; tous la puissance des petites gens, des sans-grade lorsqu'ils entrevoient la possibilit&#233; d'un changement de la situation. Cet affrontement joue alors le r&#244;le d'&lt;i&gt;analyseur&lt;/i&gt; : c'est &#224; travers cette lutte qu'appara&#238;t l'organisation sociale dans sa r&#233;alit&#233;, notamment r&#233;pressive, ou plut&#244;t que chacun en entreprend l'&lt;i&gt;analyse pratique&lt;/i&gt;. N'importe qui peut alors, pour la premi&#232;re fois de sa vie, s'immergeant dans la totalit&#233; sociale, voir ce qui est mort et toujours debout, mais surtout ce qui est &#224; na&#238;tre, et jaillit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira ainsi les belles pages de Jean-Franklin Narodetzki dans sa pr&#233;face (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On a pu parler, &#224; raison, d'&lt;i&gt;analyse institutionnelle g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Ren&#233; Loureau, L'analyseur Lip, 10/18, 1974, p. 11 sqq.&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, prenant au mot la formule de Marx pour qui la connaissance sur la soci&#233;t&#233; est devenue ins&#233;parable de sa transformation &#8212; meilleure d&#233;finition, au passage, de la notion de &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque les masses d&#233;&#231;oivent, ce projet d&#233;rive facilement en &lt;i&gt;substitionnisme&lt;/i&gt; : cela va jusqu'au terrorisme purificateur des nihilistes russes, du &#171; bombisme &#187; anarchiste fran&#231;ais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. A. Skirda, Autonomie individuelle et force collective. Les anarchistes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou des naufrages gauchistes de l'apr&#232;s-68, comme la navrante trag&#233;die d'&#171; Action Directe &#187;. Dans un genre plus litt&#233;raire, on peut &#233;galement croiser des f&#233;tichistes de l'&#233;meute&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. G. Fargette &#171; Principes du verbalisme &#171; radical &#187; &#187;, et &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, for&#231;ant le moindre soubresaut &#224; rentrer dans le lit de Procuste du Salut imminent &#8212; et nourrissant finalement l'anomie sociale et sa compagne de toujours, la demande d'ordre. Une autre forme de d&#233;gradation toute contemporaine consiste &#224; l'inverse &#224; servir des causes tr&#232;s particuli&#232;res (antinucl&#233;aire, antipsychiatrie, antip&#233;nitentiaire, etc.), voire des mobilisations ne visant finalement qu'une int&#233;gration sociale croissante &lt;i&gt;pour soi&lt;/i&gt; (logement, papier, statut, racisme, LGBT, etc.) : on continue alors de miser plus ou moins honn&#234;tement sur la fameuse &#233;tincelle qui mettra le feu &#224; toute la plaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. nos quelques remarques &#171; Sur les &#171; convergences de luttes &#187; &#187;, texte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais sans s'apercevoir que se g&#233;n&#233;ralisent ainsi des pratiques corporatistes, lobbyistes, communautaires voire quasi maffieuses. Cet &lt;i&gt;anti-&#201;tatisme monoth&#233;matique&lt;/i&gt; ne conduit qu'&#224; la mise en concurrence de pyramides client&#233;listes, donc ne fait que finalement renforcer l'emprise de l'oligarchie sur le corps social &#8212; on retrouve ici des traits de soci&#233;t&#233;s pr&#233;modernes, telles qu'elles fonctionnent encore en Gr&#232;ce, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; immense &#224; constituer un camp l&#233;gitime pousse souvent &#224; tenter de mettre en pratique et sans d&#233;lais les principes politiques d&#233;fendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tendance utopique / exp&#233;rimentale / communautaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit peut-&#234;tre de la tendance la plus spontan&#233;e : instituer localement la nouvelle soci&#233;t&#233;, faire na&#238;tre et fonctionner &#224; &#233;chelle r&#233;duite la collectivit&#233; selon les principes et les r&#232;gles d'une nouvelle organisation sociale, sans attendre d'&#233;ch&#233;ance eschatologique. Ce sont les courants monastiques et les communaut&#233;s religieuses, quakers ou j&#233;suites, ce sont les coop&#233;ratives et mutuelles du mouvement ouvrier, le mouvement ow&#233;niste et les phalanst&#232;res fouri&#233;ristes. Ce sont les milieux libres anarchistes de la Belle &#201;poque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira &#224; ce propos le beau livre de C. Beaudet, Les milieux libres. Vivre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et les kibboutzim, les p&#233;dagogies autogestionnaires ou tout le mouvement de retour &#224; la terre qui court des communaut&#233;s de Lanza del Vasto au n&#233;oruralisme contemporain. Aujourd'hui, ce seraient par exemple les squats ou le quartier d'Exarcheia &#224; Ath&#232;nes, certaines SCOP, les &#233;covillages, les AMAP ou les SEL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas ici &#224; attendre de Grand Soir ou d'ultime th&#233;orie critique mais &#224; construire, dans le concret du quotidien, la soci&#233;t&#233; de demain en affrontant r&#233;ellement ou potentiellement, qu'on le veuille ou non, toutes les dimensions de l'institution sociale : le partage du travail et la r&#233;partition des revenus, l'alimentation et la culture, la m&#233;decine et la technique, les relations de s&#233;duction et de pouvoir, la vie sexuelle et l'&#233;ducation des enfants, les principes, r&#233;flexes et automatismes int&#233;rioris&#233;s par chacun. Que la perspective soit de cr&#233;er une enclave &#233;tanche au monde ext&#233;rieur ou de promouvoir par l'exemple et la capillarit&#233; la possibilit&#233; tangible d'une autre soci&#233;t&#233;, il s'agit toujours de vivre une coh&#233;rence existentielle et de se confronter aux efforts effectifs qu'exige une autre forme d'humanit&#233;. Car ce courant se heurte souvent moins aux limites impos&#233;es par les institutions de l'ancienne soci&#233;t&#233; qu'aux r&#233;sistances multiformes de l'individu social tel qu'il a &#233;t&#233; model&#233; depuis son plus jeune &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;canismes de cl&#244;ture apparaissent alors : l'entre-soi transitoire devient tribalisme libidinal, la s&#233;cession exemplaire se mue en retrait, retraite et repli sur soi, l'auto-&#233;ducation conjointe glisse insensiblement de la psychoth&#233;rapie groupale vers la psychopathie collective, les id&#233;aux &#233;galitaires et d'amour universel se retournent en &#233;go&#239;sme pluriel, en privatisation des individus et en refus non seulement de la soci&#233;t&#233; honnie, mais du principe social lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le &#171; survivalisme &#187; en &#233;tant le dernier et monstrueux avatar (cf. B. Vidal, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On trouve ces traits dans les exp&#233;riences pass&#233;es, mais ce sont dans les formes contemporaines qu'ils s'illustrent parfaitement : on peut retrouver dans les SELs la reproduction endog&#232;ne des m&#233;canismes capitalistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B. Liatard &amp; D. Lapon &#171; Analyses internes contre apathie et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou dans les SCOP des laboratoires exp&#233;rimentaux d'autoservitude&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira sur la question de l'autoservitude manag&#233;riale J.-P. Le Goff, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des formes d'ali&#233;nation familiales archa&#239;ques dans les n&#233;o-communaut&#233;s rurales, les squats ou les colocations, voire un protofascisme dans les tentatives d'&#233;covillages. Et il n'est pas absurde de voir dans la profusion de sectes plus ou moins &lt;i&gt;soft&lt;/i&gt;, la gangr&#232;ne communautariste ethno-religieuse ou l'essor du brigandage et de la piraterie des formes extr&#234;mement d&#233;grad&#233;es de ce courant, autrement dit des r&#233;gressions &#224; un &#233;tat pr&#233;moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;gradation contemporaine de ces trois tendances ne doit pas faire croire que leur destin &#233;tait in&#233;luctable &#8212; ce serait d&#233;clarer notre projet intrins&#232;quement irr&#233;alisable &#8212; ni d'ailleurs qu'il est irr&#233;m&#233;diable &#8212; cela reviendrait &#224; d&#233;clarer un peu rapidement la fin du courant d'&#233;mancipation. Actives pendant trois ou quatre si&#232;cles, elles &#233;taient le ferment des r&#233;volutions, le bouillon o&#249; s'&#233;laboraient, s'exp&#233;rimentaient, se confrontaient confus&#233;ment ou lucidement les recettes des marmites de l'avenir. La formation et l'influence des bourses du travail et des syndicats &#224; la fin du XIXe si&#232;cle fut l'apog&#233;e de ce vaste mouvement : ils parvenaient, en p&#233;riode froide, &#224; synth&#233;tiser ces trois cat&#233;gories, en se constituant &#224; la fois des lieux d'exp&#233;rimentation sociale, de d&#233;clenchement d'actions et d'&#233;laboration intellectuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On ne retrouve aujourd'hui un tel agencement spontan&#233; d'o&#249; &#233;mane une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Leur int&#233;gration totale au jeu parlementaire, au lendemain de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, rend indiscutable le d&#233;clin de cet ample courant de transformation sociale radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?763-Notes-sur-l-organisation-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; Entr&#233;e en p&#233;riode troubl&#233;e &#187;, introduction g&#233;n&#233;rale de nos brochures n&#176; 18 &amp; 18 bis, &lt;i&gt;Le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe&lt;/i&gt;, septembre-octobre 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Principalement durant l'ann&#233;e 2011 en Gr&#232;ce, en Espagne, aux &#201;tats-Unis. Cf. &#171; Sur la dynamique des mouvements actuels &#187;, brochure n&#176; 18 bis, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 52.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir G. Cohen, &lt;i&gt;La grande clart&#233; du moyen &#226;ge&lt;/i&gt;, 1945 Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur tous ces mouvements, on pourra se reporter, par exemple &#224; Y.-M. Berc&#233;, &lt;i&gt;F&#234;te et r&#233;volte : des mentalit&#233;s populaires du XVIe au XVIIIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Hachette 2011 ; J. Jacques, &lt;i&gt;Luttes sociales et gr&#232;ves sous l'Ancien R&#233;gime. Vie et mort des corporations&lt;/i&gt;, Spartacus 1948 ; et E. P. Thompson, &lt;i&gt;La formation de la classe ouvri&#232;re anglaise&lt;/i&gt;, 1963, Points 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Hazard, &lt;i&gt;La crise de la conscience europ&#233;enne. 1680-1715&lt;/i&gt;, Gallimard 1961.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Et la source d'inspiration d'autres mondes. Cf. par exemple J. Servier, &#171; L'utopie et la conqu&#234;te du nouveau monde &#187; et &#171; Lorsque les utopies se r&#233;alisent... &#187;, dans son classique &lt;i&gt;Histoire de l'utopie&lt;/i&gt;, NRF, 1967, p. 122 et 201 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;, ainsi que P. Hazard, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; Tome 1 &#171; De la stabilit&#233; au mouvement &#187;, p. 15 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On retrouve l&#224; une des composantes qui accompagn&#232;rent l'&#233;mergence de l'autonomie en Gr&#232;ce antique et sur les trois continents (cf. par ex. G. Glotz, &lt;i&gt;La cit&#233; grecque&lt;/i&gt;, 1968, Albin Michel, p. 114-115 ou D. Cosandey, &lt;i&gt;Le secret de l'Occident&lt;/i&gt; (1997), Flammarion 2007, p. 584-590), comme la naissance des villes franches &#224; partir du XIe si&#232;cle (cf. L. Mumford, &#171; Les villes franches, postes avanc&#233;s de la colonisation &#187; in &lt;i&gt;La cit&#233; &#224; travers l'Histoire&lt;/i&gt;, 1961, Agone 2011, p. 388 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Par exemple la &#171; r&#233;publique &#187; j&#233;suite au Paraguay, &#233;voqu&#233;e par M. Ferro dans son excellent &lt;i&gt;Histoire des colonisations. Des conqu&#234;tes aux ind&#233;pendances XIIIe-XXe si&#232;cle&lt;/i&gt; (chap. &#171; Les mouvements d'ind&#233;pendance-colon &#187;, p. 271 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.) On pourra &#233;galement lire la version stalino-chr&#233;tienne dans C. Lugon, &lt;i&gt;La r&#233;publique des Guaranis. Les J&#233;suites au pouvoir&lt;/i&gt;, Ed. Foi vivante, 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ou encore aux huguenots, diss&#233;min&#233;s &#224; travers les Am&#233;riques ou les Indes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir M. Ferro, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; p. 193 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; La r&#233;publique contre la d&#233;mocratie &#187;, revue &lt;i&gt;La guerre de la libert&#233;&lt;/i&gt; n&#176; 2, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le cas de Mai 68 est parfaitement illustr&#233; par les tr&#232;s bons entretiens de Nicolas Daum, &lt;i&gt;Mai 68. Des r&#233;volutionnaires dans un village parisien. 20 ans apr&#232;s&lt;/i&gt;, Londreys 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira sans r&#233;serves Simone Weil, 1940 ; &lt;i&gt;Notes sur la suppression g&#233;n&#233;rale des partis politiques&lt;/i&gt;, Climats, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. S. Halimi, &lt;i&gt;Le Grand Bond en arri&#232;re&lt;/i&gt;, 2006 (Agone 2012).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M&#233;canisme fondamental repris par les sectes et qui vise &#224; se &lt;i&gt;couper de la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;. On lira &#224; ce propos avec grand int&#233;r&#234;t L.Festinger, H. Riecken, S. Schachter, 1956 ; &lt;i&gt;L'&#233;chec d'une proph&#233;tie. Psychologie sociale d'un groupe de fid&#232;les qui pr&#233;disaient la fin du monde&lt;/i&gt;, Puf (1993).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Michels, 1914 ; &lt;i&gt;Les partis politiques &#8212; Essai sur les tendances oligarchiques des d&#233;mocraties&lt;/i&gt;, Flammarion, 1971, chap. &#171; Les tendances oligarchiques de l'organisation &#187;, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;De la r&#233;volution, 1963, p. 563-564, Gallimard 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira ainsi les belles pages de Jean-Franklin Narodetzki dans sa pr&#233;face au livre &#171; Mai 68 &#224; l'usage des moins de vingt ans &#187; de G. Gu&#233;gan, Actes Sud (1998) r&#233;ed 2008, ainsi que &#171; Mai 68 racont&#233; aux enfants. Contribution &#224; la critique de l'inintelligence organis&#233;e &#187;, Le D&#233;bat n&#176;51, septembre-octobre 1988, textes disponibles sur le site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Ren&#233; Loureau, &lt;i&gt;L'analyseur Lip&lt;/i&gt;, 10/18, 1974, p. 11 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. A. Skirda, &lt;i&gt;Autonomie individuelle et force collective. Les anarchistes et l'organisation de Proudhon &#224; nos jours&lt;/i&gt;, AS 1987, p. 73 &lt;i&gt;sqq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. G. Fargette &#171; Principes du verbalisme &#171; radical &#187; &#187;, et &#171; L'antid&#233;mocratisme &#187;, disponibles sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. nos quelques remarques &#171; Sur les &#171; convergences de luttes &#187; &#187;, texte disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira &#224; ce propos le beau livre de C. Beaudet, &lt;i&gt;Les milieux libres. Vivre en anarchiste &#224; la Belle &#201;poque en France&lt;/i&gt;, (&#201;ditions libertaires, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le &#171; survivalisme &#187; en &#233;tant le dernier et monstrueux avatar (cf. B. Vidal, &#171; Survivre au d&#233;sastre et se pr&#233;parer au pire &#187;, Les cahiers psychologie politique, n&#176; 20, disponible sur notre site). On lira &#224; ce propos les r&#233;flexions int&#233;ressantes de Bernard Lacroix dans &lt;i&gt;L'utopie communautaire&lt;/i&gt; (PUF 1981) ainsi que &lt;i&gt;Le retour &#224; la nature. Au fond de la for&#234;t... l'&#201;tat&lt;/i&gt;, (Hervieux &amp; Hervieux, 1979, L'Aube 2005)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B. Liatard &amp; D. Lapon &#171; Analyses internes contre apathie et r&#233;cup&#233;ration. Tentative d'analyse interne d'un SEL &#187;, revue &lt;i&gt;Silence&lt;/i&gt; n&#176; 317 &#8212; 12/2004, ainsi que &#171; Un sel entre id&#233;al d&#233;mocratique et esprit du capitalisme &#187;, &lt;i&gt;Revue du MAUSS&lt;/i&gt; n&#176; 26, 2005/2, La D&#233;couverte, p. 317-338.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira sur la question de l'autoservitude manag&#233;riale J.-P. Le Goff, &lt;i&gt;La Barbarie douce&lt;/i&gt;, 1999, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On ne retrouve aujourd'hui un tel agencement spontan&#233; d'o&#249; &#233;mane une impression d'irr&#233;sistible, au point qu'on a cru y lire le sens fondamental de l'histoire universelle, que dans ce vaste mouvement islamiste qui a &#233;tendu en quarante ans son emprise sur quatre continents sur cinq &#8212; et dans lequel on rep&#232;re ais&#233;ment ces trois ensembles. On y verra facilement la fascination qu'il exerce sur tout ce que le postgauchisme compte de rebuts, et sa veulerie &#224; son endroit, lorsqu'ils admettent de le qualifier d'extr&#234;me-droite religieuse. Cf. &lt;i&gt;Islamisme, islamophobie, islamogauchisme&lt;/i&gt;, avril 2013, disponible sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le pouvoir entre parano&#239;a et perversion (2/2)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?738-le-pouvoir-entre-paranoia-et</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?738-le-pouvoir-entre-paranoia-et</guid>
		<dc:date>2014-06-09T10:41:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>An&#233;antissement / G&#233;nocide</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Extr&#234;mes-droites</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) LE PERVERS OU LA GESTION DU MONDE CALME (DES AFFAIRES) La position perverse se caract&#233;rise par un d&#233;fi au r&#233;el, par une remise en cause du monde au nom de la v&#233;rit&#233; (de la raison), par la transformation de tous les rapports humains en rapports d'objets et par l'&#233;dification d'un syst&#232;me mondial fond&#233; sur les flux de marchandises et les flux mon&#233;taires. Le pervers continue le travail du parano&#239;aque en l'instituant et en le normalisant. Le d&#233;fi au r&#233;el (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-118-aneantissement-+" rel="tag"&gt;An&#233;antissement / G&#233;nocide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-162-extremes-droites-+" rel="tag"&gt;Extr&#234;mes-droites&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?731-le-pouvoir-entre-paranoia-et' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE PERVERS OU LA GESTION DU MONDE CALME (DES AFFAIRES)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position perverse se caract&#233;rise par un d&#233;fi au r&#233;el, par une remise en cause du monde au nom de la &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; (de la raison), par la transformation de tous les rapports humains en &lt;i&gt;rapports d'objets&lt;/i&gt; et par l'&#233;dification d'un syst&#232;me mondial fond&#233; sur les flux de marchandises et les flux mon&#233;taires. Le pervers continue le travail du parano&#239;aque en l'instituant et en le normalisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;fi au r&#233;el&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crit Piera Aulagnier (1967) : &#171; Ce que le pervers d&#233;fie sans le savoir &#8212; et c'est la motivation inconsciente de sa d&#233;marche &#8212; c'est le r&#233;el&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle ajoute : Et s'il d&#233;fie le r&#233;el par le biais de la loi, c'est que la loi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'accepte aucune r&#233;f&#233;rence &#224; une loi existant en dehors de lui. Bien plus, c'est cette loi qu'il va mettre au d&#233;fi. &#187; Il est &#171; celui par lequel le scandale arrive &#187;. Et quel plus grand scandale que celui qui &#233;tablit que pour lui il n'existe pas d'autre loi que celle de son &lt;i&gt;d&#233;sir&lt;/i&gt; ? Le monde tel qu'il est avec ses lois, avec ses r&#232;gles, doit &#234;tre transgress&#233;. Il est le monde de tous, le monde de l'&#233;change, de la r&#233;ciprocit&#233;, de la reconnaissance et de la mort. Pour le pervers, le monde est ce qu'il veut. Les autres doivent se plier &#224; son d&#233;sir (ils n'existent que pour cela), la mort peut toujours s'apprivoiser. C'est un &#171; trompe-la-mort &#187;. Il essaye d'abolir le hasard, de tenir en mains sa destin&#233;e et celle des autres. Il se situe sur le registre de &lt;i&gt;la ma&#238;trise totale&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le chef pervers (le technocrate), c'est celui qui ne voit la &lt;i&gt;situation&lt;/i&gt; qu'au travers des plans, des programmes, des indicateurs &#233;conomiques et sociaux qu'il a &#233;labor&#233;s. La r&#233;alit&#233; doit se conformer au mod&#232;le construit. Si elle est diff&#233;rente, ce n'est pas le mod&#232;le qui est inexact, c'est la sc&#232;ne du r&#233;el qui se trompe. Et le pervers fera tout pour r&#233;int&#233;grer la r&#233;alit&#233; dans le sch&#233;ma, par la persuasion ou par la force. Les plans qu'il propose sont toujours des plans qui apparaissent scandaleux aux hommes en place : c'est l'homme du &lt;i&gt;changement&lt;/i&gt;, mais d'un changement &lt;i&gt;programm&#233;&lt;/i&gt;, ma&#238;tris&#233; dans ses moindres d&#233;tails, qui doit lui permettre de conna&#238;tre l'&#233;tat du monde dans cinq ans ou dix ans. Il ne doit pas y avoir de hiatus, d'&#233;v&#233;nement impr&#233;vu. C'est pourquoi il est contre tout surgissement, contre &#171; toute &lt;i&gt;histoire&lt;/i&gt; &#187; dont les individus seraient les sujets. L'histoire universelle ne peut &#234;tre que l'application de sa pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le langage de la v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il ne peut en &#234;tre autrement pour lui puisqu'il poss&#232;de le &lt;i&gt;savoir&lt;/i&gt;. Non pas le savoir souffl&#233; par les dieux, comme chez le parano&#239;aque, mais le savoir fond&#233; sur la logique, l'exp&#233;rimentation et la v&#233;rification scientifique. Son d&#233;sir s'origine dans le savoir. Il est le seul qui sait et qui en sait plus que l'autre sur son propre d&#233;sir. C'est lui qui peut d&#233;finir ce dont l'autre a besoin, le type de production et de consommation qu'il doit assurer, le genre de vie qu'il doit mener. Il est le garant du progr&#232;s, de l'&#233;volution et il prend en charge le destin des autres en contr&#244;lant toutes les sources d'information et les r&#233;seaux de d&#233;cision, c'est-&#224;-dire en les mettant dans une situation &lt;i&gt;d'ali&#233;nation totale.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'on se rapporte &#224; Sade et on constatera que les libertins parlent toujours le langage de la raison, s'adonnent &#224; des exp&#233;rimentations scientifiques, &#233;prouvent toujours la n&#233;cessit&#233; de justifier leur action par la logique de la nature. Le discours de Dolmanc&#233; dans &lt;i&gt;La philosophie dans le boudoir&lt;/i&gt; est exemplaire &#224; cet &#233;gard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; ... c'est que rien n'est affreux en libertinage, parce que tout ce que le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais, comme nous l'avons vu plus haut, la science a abandonn&#233; les questions : pourquoi, pour se focaliser sur les questions : comment. Les fins (le d&#233;sir) ne sont pas v&#233;ritablement interrog&#233;es par la science. Elles pr&#233;sentent une fausse coloration scientifique. En r&#233;alit&#233;, elles ne sont qu'&lt;i&gt;id&#233;ologie&lt;/i&gt;, que savoir se couvrant du masque de la v&#233;rit&#233;. Et c'est pourquoi, au contraire du parano&#239;aque qui d&#233;livre un message articul&#233;, une doctrine cristallis&#233;e, le pervers pourra se contenter d'un discours flou, creux, de bon sens. Comme l'&#233;crit remarquablement Barthes : &#171; Il se repr&#233;sentait le monde du langage (la logosph&#232;re) comme un immense et perp&#233;tuel conflit de parano&#239;a. Seuls survivent les syst&#232;mes [... ] assez inventifs pour produire une derni&#232;re figure, celle qui marque l'adversaire sous un vocable mi-scientifique, mi-&#233;thique, sorte de tourniquet qui permet &#224; la fois de constater, d'expliquer, de condamner, de vomir, de r&#233;cup&#233;rer l'ennemi, en un mot : de le faire payer... Il s'&#233;tonnait de ce que le langage du pouvoir capitaliste ne comport&#226;t pas, &#224;, premi&#232;re vue, une telle figure de syst&#232;me (sinon de la plus basse esp&#232;ce, les opposants n'y &#233;tant jamais dits que &#171; intoxiqu&#233;s &#187;, &#171; t&#233;l&#233;guid&#233;s &#187;, etc.) ; il comprenait alors que la pression du langage capitaliste (d'autant plus forte) n'est pas d'ordre parano&#239;aque, syst&#233;matique, argummentatif, articul&#233; : c'est un empoisonnement implacable, une &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;, une mani&#232;re d'inconscient. Bref, l'id&#233;ologie dans son essence. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais, s'il ne d&#233;livre qu'un discours g&#233;n&#233;ral sur &#171; la croissance &#233;conomique et le progr&#232;s social &#187;, nourris de sous-entendus et de malentendus, o&#249; les mots utilis&#233;s sont toujours les plus ternes et les plus usit&#233;s, le pervers raffinera le comment, utilisera les instruments les plus subtils pour prouver la v&#233;rit&#233; de ses dires, les m&#233;thodes de calcul les plus modernes pour &#233;tayer son action. La perversion est toujours &lt;i&gt;mise en &#339;uvre d'instruments&lt;/i&gt;. Qu'il s'agisse du fouet, des techniques d'agressivit&#233; visuelle ou auditive (publicit&#233;), d'ordinateurs ou d'&#233;tudes de march&#233;s, le pervers n'existe pas en dehors des instruments &#224; sa disposition, c'est-&#224;-dire de tout objet favorisant l'instauration d'un rite. Aussi, raffolera-t-il des techniques et sera-t-il toujours pr&#234;t &#224; en inventer ou &#224; en accepter de nouvelles. La v&#233;rit&#233;, c'est la technologie dans tous les domaines, la ritualisation de toutes les conduites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des rapports humains aux rapports d'objets&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul rapport que le pervers puisse concevoir, c'est un rapport aux objets, aux choses inertes auxquels il sera seul &#224; donner vie. De la m&#234;me mani&#232;re qu'il s'amusera avec ses tech&#173;niques, il fera en sorte que les &#234;tres humains soient uniquement des objets manipulables, adoptent les types de comportements standardis&#233;s requis par la bonne application des techniques et ne se manifestent que comme &lt;i&gt;&#233;l&#233;ments&lt;/i&gt; toujours rempla&#231;ables et permutables d'un jeu dont il a seul le secret. Rempla&#231;abilit&#233; des individus qui doivent assurer la jouissance du pervers (chez Sade, les individus aux mains des libertins sont l&#233;gion et quand l'un d'entre eux dispara&#238;t &#8212; ou a cess&#233; de plaire &#8212; d'autres sont l&#224; pour prendre sa place), rempla&#231;abilit&#233; des subordonn&#233;s dans l'en&#173;treprise, des soldats dans l'arm&#233;e. Le jeu n&#233;cessite qu'il n'y ait que la rencontre du d&#233;sir et des instruments (techniques et humains) lui permettant de se r&#233;aliser. C'est donc un rapport sadomaso&#173;chiste qui est institu&#233;, le pervers assignant &#224; l'autre une place qui ne lui laisse aucune possibilit&#233; de choix et le marquant &#224; ses armes. Devenu instrument de jouissance ou marchandise substi&#173;tuable, le partenaire ne peut acc&#233;der ni &#224; son propre d&#233;sir (car c'est l'autre qui en tient les cl&#233;s), ni de ce fait &#224; la prise en main de son existence : &#171; Car l'acte pervers r&#233;v&#232;le surtout une br&#232;che o&#249; il appara&#238;t que l'autre est toujours corruptible, son d&#233;sir irr&#233;sistiblement mobilisable, sa jouissance possible &#224; forcer, sa complicit&#233; acquise &#224; l'avance &#187; (J. Clavreul, 1967). Le pervers appara&#238;t toujours comme ragent de la castration ou comme celui qui la d&#233;voile chez l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#201;dification d'un syst&#232;me fond&#233; sur les &#233;changes &#233;conomiques&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde que le pervers tend &#224; cr&#233;er, ce n'est pas celui du paroxysme, de la guerre, de la conqu&#234;te des territoires, de l'embrasement, de la r&#233;alisation du grand dessein. C'est celui de la vie quotidienne, du calme, de la tranquillit&#233;, de la r&#233;p&#233;tition, de l'&#233;galit&#233; de tous devant son propre d&#233;sir. Aussi est-il &#233;tranger au monde de la guerre ou ne l'utilise-t-il que lorsque, d'apr&#232;s ses calculs, il ne peut en &#234;tre autrement. Sans le vouloir, et en esp&#233;&#173;rant qu'elle n'arrivera jamais, il la pr&#233;parera logiquement, lucide&#173;ment car, sans &#171; force de dissuasion &#187;, comment &#171; se promener au bord du gouffre &#187;, &#171; contenir &#187; l'ennemi, proc&#233;der &#224; &#171; l'escalade n&#233;cessaire &#187;, &#171; r&#233;aliser la coexistence pacifique &#187;, ou abattre les &#171; forces du mal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces expressions d&#233;crivent les quatre types de strat&#233;gies d&#233;finies par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais ce qui l'int&#233;resse, c'est ce qui peut s'ins&#173;crire sous forme quantifiable, comptabilisable, abstraite, c'est la balance entre cr&#233;ances et dettes, c'est ce qui peut prendre la forme de &lt;i&gt;capitalisation sociale&lt;/i&gt;. Ce sont les organigrammes, les comptes d'exploitation, de bilan, c'est le jeu avec les stocks et les flux, c'est la strat&#233;gie &#233;conomique (qui r&#233;alise la strat&#233;gie du d&#233;sir). Plus besoin de territoires ; c'est par l'&#233;change que se cr&#233;e l'empire universel. Il faut d&#233;velopper les &#233;changes internationaux, augmenter le commerce entre l'Est et l'Ouest, amener la civilisa&#173;tion industrielle partout, assurer le d&#233;veloppement du capitalisme monopolistique (soit priv&#233;, soit d'&#201;tat), assurer la p&#233;rennit&#233; de l'&#233;change in&#233;gal (Emmanuel), tout prendre dans les rets de l'&#233;co&#173;nomique. De cette fa&#231;on, tous les aspects de la vie seront envahis par le calcul et &#171; le r&#233;sultat normal sera un produit humain standardis&#233;, rationalis&#233;, syst&#233;matiquement v&#233;rifi&#233; par le moyen de contr&#244;les statistiques de qualit&#233; effectu&#233;s par les innombrables services de surveillance mis en place depuis l'&#233;cole maternelle &#187; (P. Baran et P. Sweezy, 1968) en libert&#233; surveill&#233;e. Ce qui dominera, ce sera l'efficience, la rationalit&#233;, la productivit&#233; : le monde de la marchandise produite et consomm&#233;e. Ce sera essentiellement le monde de &lt;i&gt;l'abstraction&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;signe&lt;/i&gt; mon&#233;taire, de la &lt;i&gt;diff&#233;rence&lt;/i&gt; comptable (les joueurs en bourse ne disent-ils pas qu'ils font &#171; des diff&#233;rences &#187; ?). Les hommes n'ont plus de r&#244;le &#224; jouer, ils sont entra&#238;n&#233;s par les flux de production qu'ils ont cr&#233;&#233;s. Mais &#224; ce jeu, on peut se br&#251;ler. La crise de 1929 est toujours l&#224; pour nous rappeler que la richesse ne r&#233;side pas dans les produits, mais dans leur mode d'inscription comptable. L'acte capitaliste qui est fait, par l'argent, pour l'argent, devient totalement soumis &#224; l'argent (&#233;quivalent universel) qui tend &#224; devenir autonome et &#224; assurer la place qui &#233;tait autrefois occup&#233;e par le destin.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le pouvoir pervers, c'est celui de &lt;i&gt;l'&#233;conomie comme seule r&#233;alit&#233; vitale&lt;/i&gt;, celui de la r&#233;ification des rapports humains, de la transformation de la sc&#232;ne de l'histoire o&#249; des sujets pensent et agissent en sc&#232;ne, du triomphe &#233;ternel des instruments de ma&#238;trise de la nature et des hommes.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le pouvoir pervers est, au contraire du pouvoir parano&#239;aque, un pouvoir &lt;i&gt;serein&lt;/i&gt;, sans sentiment de culpabilit&#233; (de quoi l'homme serait-il coupable, puisqu'il se fait le h&#233;raut du r&#232;gne de la raison), sans affectivit&#233; (ou exprimant au maximum la passion froide du travail bien fait, de la conscience professionnelle, de la &lt;i&gt;Beruf&lt;/i&gt; puritaine). Les exp&#233;riences de Milgram (1974) le montrent avec &#233;clat : les &#233;tudiants, qui acceptaient sans broncher d'envoyer des d&#233;charges &#233;lectriques de plus en plus fortes et de plus en plus dangereuses &#224; leurs coll&#232;gues chaque fois que ceux-ci se trompaient dans la t&#226;che qu'ils avaient &#224; accomplir, &#233;taient de bons &#233;tudiants moyens, qui avaient &#224; coeur de remplir correctement le programme demand&#233; par &lt;i&gt;l'exp&#233;rimentateur&lt;/i&gt; et qui ne s'interrogeaient pas sur le bien-fond&#233; d'un tel programme (H.V. Dicks, 1973). Hannah Arendt a d'ailleurs mis en &#233;vidence dans le cas d'Eichmann, le c&#244;t&#233; artisan scrupuleux &#171; bureaucrate qui ne fit que s'asseoir derri&#232;re son bureau et accomplir son travail &#187;, voulant r&#233;aliser, du mieux qu'il pouvait, ce que ses sup&#233;rieurs lui avaient demand&#233; (la mise en &#339;uvre de la r&#233;solution finale). Le monde pervers, c'est celui de la raison tranquille, assur&#233;e d'elle-m&#234;me, de la &#171; banalit&#233; du mal &#187; (Arendt, 1966). C'est aussi par voie de cons&#233;quence, un monde sans procr&#233;ation. Car procr&#233;er, c'est entrer dans l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui n'est pas le cas de la procr&#233;ation parth&#233;nog&#233;n&#233;tique.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or l'histoire, surgissement d'&#233;v&#233;nements impr&#233;visibles non raisonnables, et donc non planifiables, &#171; est pur non-sens &#187;. &#171; La seule forme de paternit&#233; que pourrait assumer (le pervers) serait celle d'un transfert de savoir &#187; (P. Aulagnier, 1967). Seul le savoir, la raison intemporelle, la v&#233;rit&#233;, la connaissance (autrement dit la ma&#238;trise) doivent gouverner les rapports des hommes entre eux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce gouvernement se fera sous des formes moins despotiques que dans le cas du pouvoir parano&#239;aque. La d&#233;mocratie sera la r&#232;gle des soci&#233;t&#233;s perverses, mais une d&#233;mocratie n'acceptant pas la division m&#234;me si elle se fonde sur elle. Il s'agira uniquement, comme nous l'avons not&#233; plus haut, d'une d&#233;mocratie visant l'uniformit&#233;, la r&#233;solution anticip&#233;e des conflits, la suppression des diff&#233;rences dangereuses. Seules seront permises et encourag&#233;es les diff&#233;rences au niveau du savoir et de la possession des richesses, mais elles seront imm&#233;diatement gomm&#233;es par l'illusion de l'&#233;galit&#233; de tous (ou par la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; de l'&#233;galit&#233; de tous devant le d&#233;sir pervers).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soci&#233;t&#233; parano&#239;aque et soci&#233;t&#233; perverse nous r&#233;v&#232;lent main tenant leurs aspects semblables et divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; parano&#239;aque se pr&#233;sente comme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Relevant d'un totalitarisme &lt;i&gt;despotique&lt;/i&gt; (li&#233; &#224; la parole d'un ma&#238;tre qui tente de saisir l'ensemble de la soci&#233;t&#233; comme un double de lui-m&#234;me) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) &#201;tant du c&#244;t&#233; de la cr&#233;ation d'un syst&#232;me &lt;i&gt;clos&lt;/i&gt;, &#233;touffant, r&#233;p&#233;titif o&#249; la violence est la r&#232;gle, la fascination, le fondement ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) S'articulant sur le d&#233;sir de r&#233;alisation d'un &lt;i&gt;mythe&lt;/i&gt; : celui du monde revenu &#224; l'origine (re-cr&#233;&#233;) et prenant, cette fois-ci, le vrai d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; perverse, de son c&#244;t&#233;, peut &#234;tre caract&#233;ris&#233;e comme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Relevant d'un totalitarisme &lt;i&gt;d&#233;mocratique&lt;/i&gt; (fond&#233; sur le contr&#244;le total de l'information (la pr&#233;vision) et sur l'&#233;galit&#233; formelle et l'uniformit&#233; de tous les citoyens ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) &#201;tant du c&#244;t&#233; du d&#233;roulement d'un &lt;i&gt;paradigme&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire se pr&#233;sentant comme &#233;tant toujours &#233;voluable, mobile, d&#233;clinable et donnant ainsi l'illusion de la possibilit&#233; de l'action et du changement ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Manifestant le d&#233;sir de transformer toutes les conduites en &lt;i&gt;rites&lt;/i&gt; ordonn&#233;s et int&#233;gr&#233;s et occultant d&#233;finitivement le sens qu'ils peuvent comporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ces &#233;l&#233;ments diff&#233;renciateurs, elles sont toutes deux des soci&#233;t&#233;s de la &lt;i&gt;pl&#233;nitude&lt;/i&gt;, du refus de la castration et du manque qui visent &#224; supprimer toutes les zones d'ombres et toutes les interrogations. Or, nous savons bien (depuis les mythes de la Femme sans ombre et de Parsifal), que la suppression de l'ombre, la suspension des interrogations, c'est l'instauration d'un monde froid, st&#233;rile et qui va &#224; la destruction : &lt;i&gt;The Waste Land&lt;/i&gt;, la Terre Gaste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA &#171; SOLUTION FINALE &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelque c&#244;t&#233; que nous, tournions nos regards, ce qui nous est promis, ce qui est notre horizon, c'est la destruction totale. &#171; Je ne dis pas : il y a des fous dangereux au pouvoir &#8212; et un seul suffirait &#8212;, je dis bien : il n'y a, au pouvoir, que des fous dange&#173;reux. Tous jouent au m&#234;me jeu, et cachent &#224; l'humanit&#233; qu'ils am&#233;nagent sa mort. Sans hasard. Scientifiquement &#187; (M. Serres, 1972). Notre syst&#232;me est &#171; un syst&#232;me mauvais et destructeur qui mutile, opprime et d&#233;shonore ceux qui en d&#233;pendent et qui menace de d&#233;vastation et de mort des millions d'hommes &#224; travers la plan&#232;te &#187; (P. Baran et P. Sweezy, 1968). Que ce soit la soci&#233;t&#233; paroxystique, trouvant sa finalit&#233; dans la guerre totale, dans l'id&#233;e insoutenable de la n&#233;gation de toute limite, que ce soit la soci&#233;t&#233; de l'&#233;conomie politique, o&#249; la destruction, l'exploitation, l'ali&#233;nation est quotidienne et men&#233;e tranquillement et rationnellement, les soci&#233;t&#233;s dans lesquelles nous &#339;uvrons et que nous essayons de construire ont comme seules r&#233;ponses &#224; nos interrogations et &#224; nos d&#233;sirs : leur mort et la n&#244;tre. Mais le pire est-il toujours s&#251;r ? N'y a-t-il aucune voie de sortie, aucun espoir qui ne soit pas la remise de notre destin &#224; des chefs charisma&#173;tiques qui inventeront de nouvelles causes et de nouvelles formes de violence ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce que nous pouvons constater journellement ne nous incline pas &#224; beaucoup d'optimisme : les stocks d'armements, la g&#233;n&#233;ralisation de la torture, l'instauration d'une civilisation du d&#233;chet, la disparit&#233; croissante entre pays riches et pays pauvres, la prolif&#233;ration des chefs charismatiques et des r&#233;gimes militaires, la puissance de la violence l&#233;gale et de l'intoxication id&#233;ologique, &#171; la capacit&#233; incroyable de la soci&#233;t&#233; &#233;tablie de r&#233;sorber, d&#233;tourner, r&#233;cup&#233;rer tout ce qui la met en cause &#187; (Castoriadis, 1972), sont autant d'&#233;l&#233;ments fortement articul&#233;s et qu'il semble impossible &#224; combattre et &#224; vaincre. D'autant plus que parano&#239;aque et pervers ont l'art, soit de se succ&#233;der habilement, soit de combiner leurs efforts. Ce point central se doit d'&#234;tre soulign&#233; et comment&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La succession&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre, apr&#232;s les militaires, viennent l'&#233;conomie et les hommes d'affaires. Quand les grandes nations ne se font pas &#224; guerre, elles font du commerce et le cycle recommence. Si la guerre est la continuation de l'&#233;conomie par d'autres moyens, nous sommes devant une &#233;quivalence th&#233;orique et pratique : guerre = &#233;conomie, parfaitement r&#233;versible et dont les deux termes s'engendrent r&#233;ciproquement. Couple aberrant o&#249; chacun est le m&#234;me et l'autre, o&#249; chacun peut donner naissance &#224; l'autre ou &#234;tre procr&#233;&#233; par lui.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est pourquoi, si pouvoir parano&#239;aque et pouvoir pervers semblent s'opposer, et donnent effectivement naissance &#224; des formations sociales diff&#233;rentes, ils sont faits pour se succ&#233;der. Car ce qu'ils visent est le m&#234;me but : le gouvernement mondial, &lt;i&gt;l'&#201;tat&lt;/i&gt; universel et homog&#232;ne. Seuls les moyens divergent et ils ne sont pas secondaires. Mais ils ne p&#232;sent quand m&#234;me pas lourd devant la similitude de l'objectif. Qu'il s'agisse du culte du h&#233;ros inspir&#233; par les dieux ou du culte de l'argent r&#233;gl&#233; par le l&#233;giste, qu'il s'agisse de la pl&#233;nitude affective ou de la pl&#233;nitude rationnelle, il s'agit toujours d'un monde &lt;i&gt;sans manque&lt;/i&gt;, sans d&#233;chirure, sans &lt;i&gt;ouverture&lt;/i&gt;, niant la mort et la mettant en &#339;uvre, niant la castration et la r&#233;p&#233;tant inlassablement, affirmant la ma&#238;trise du (ou des) chefs, et se perdant pour la possession de l'embl&#232;me phallique. &#192; ce jeu, c'est toujours &lt;i&gt;l'&#201;tat&lt;/i&gt; qui gagne. Il renforce sa puissance dans la guerre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Halevy a &#233;nonc&#233; que la guerre &#233;tait le grand facteur de socialisation des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il intervient directement et massivement dans l&#224; politique &#233;conomique en temps de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La combinaison&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais guerre et &#233;conomie ne font pas que se succ&#233;der, elles se combinent &#224; merveille. Caillois r&#233;v&#232;le parfaitement ce m&#233;canisme lorsqu'il &#233;crit : &#171; La perspective de la guerre influence l'ac&#173;tivit&#233; &#233;conomique. On &#233;difie les cit&#233;s dans la pr&#233;vision d'un conflit futur, avec la double pr&#233;occupation de les mettre &#224; l'abri et d'en adopter d'avance l'outillage aux besoins militaires [...]. I'ensemble de l'existence ne tarde pas &#224; s'en trouver modifi&#233;. Une strat&#233;gie g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; la fois politique, &#233;conomique et scientifique travaille en permanence &#224; donner aux empires rivaux le plus gros potentiel de projectiles meurtriers et efficaces. Il y a plus grave : chaque guerre stimule partout l'&#233;conomie [...]. Une arm&#233;e, remarque Lewis Mumford, est un corps de consommateurs purs, mieux un corps de producteurs n&#233;gatifs. Il faut la loger, la nourrir, l'&#233;quiper et elle ne rend aucun service en retour que celui de d&#233;truire [...]. R&#233;duisant &#224; l'extr&#234;me le d&#233;lai de remplacement, la guerre justifie &#224; la fin la production massive et standardis&#233;e, la production sur une grande &#233;chelle doit compter pour son succ&#232;s sur une destruction &#224; grande &#233;chelle et rien n'assure le remplacement comme la destruction organis&#233;e &#187; (R. Caillois, 1963).&lt;br class='manualbr' /&gt;Position parano&#239;aque et position perverse, lorsqu'elles se combinent, aboutissent &#224; la cr&#233;ation d'un univers parfaitement clos : le rationnel est mis au service des d&#233;sirs les plus fous, l'imaginaire permet aux programmes les plus &#171; scandaleux &#187; d'avoir droit de cit&#233; dans une perspective &#171; prospective &#187; ou &#171; futurible &#187;. Mais ceci n'est peut-&#234;tre apr&#232;s tout qu'accessoire. Ce qui est essentiel, c'est l'unification op&#233;r&#233;e entre libido (fascination) et travail, monde de la filiation et de la transmission du savoir absolu, monde de la parent&#233; (la grande famille constitu&#233;e autour du chef charismatique) et monde de l'&#233;conomie. Le charisme devient technocratique, la technocratie se personnalise. Le parano&#239;aque s'appuie sur des artisans consciencieux (Hitler a son Eichmann), le pervers permet au parano&#239;aque de s'exprimer si ce dernier peut favoriser la r&#233;alisation de ses projets (le grand capital allemand favorable &#224; l'ascension de Hitler). Les domin&#233;s, quant &#224; eux, n'ont plus qu'&#224; adorer le chef et leur travail, accepter d'&#234;tre procr&#233;&#233; par lui, de s'identifier &#224; lui et d'&#234;tre investi par lui, s'il le d&#233;sire, de la puissance phallique, ils sont tous fils (semblables) et puisqu'ils sont fils, ils doivent fid&#233;lit&#233; et loyaut&#233; &#224; l'&#339;uvre dont le chef est le garant. Aucune porte de sortie : le totalitarisme est toujours l&#224;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'entreprise tyrannique, ou totalitaire, peut &#234;tre conjur&#233;e sur le mode (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi se perp&#233;tue et s'approfondit le sentiment de culpabilit&#233; et se constitue un Sur-Moi collectif d'une rigidit&#233; extr&#234;me, totalement d&#233;sexualis&#233;. Alors la destructivit&#233; devient compl&#232;tement mobilisable au b&#233;n&#233;fice du Surmoi et se transforme-t-elle en &#171; pure culture de la pulsion de mort &#187;. Comme le pensait Freud, la civilisation dans son &#339;uvre de construction, dans son essai pour arr&#234;ter l'agressivit&#233;, n'aboutit qu'&#224; la destruction et &#224; fournir de nouvelles armes &#224; l'agressivit&#233;. Lorsque l'agressivit&#233; atteint le monde entier, alors il n'y a plus de diff&#233;rence entre auto et allo-destruction. C'est l'univers tout entier qui se cl&#244;ture, qui se r&#233;p&#232;te. L'existence sociale achev&#233;e, c'est le triomphe de la tendance au z&#233;ro.&lt;br class='manualbr' /&gt;Une telle affirmation peut appara&#238;tre excessive, en particulier aux sp&#233;cialistes des soci&#233;t&#233;s archa&#239;ques. Un auteur, comme Clastres, ne dit-il pas qu'il &#171; faut briser la relation n&#233;cessaire entre pouvoir et coercition &#187; (1974) ? Et les exemples sont nombreux de soci&#233;t&#233;s o&#249; les diff&#233;rences ne sont que temporaires, o&#249; existe un pouvoir ouvert &#224; tous, non coercitif. Mais il s'agit toujours de soci&#233;t&#233;s non historiques, c'est-&#224;-dire de communaut&#233;s o&#249; &#171; la diff&#233;rence radicale de l'ordre de la Loi garantit [... ] que nul ne peut s'emparer de la Loi, non plus s'y d&#233;rober, que le pouvoir, autrement dit, ne vient jamais pr&#233;tendre incarner et &#233;dicter la Loi, non plus qu'un groupe ne vient jamais r&#233;cuser l'universalit&#233; de la Loi en la montrant comme loi particuli&#232;re du dominateur et se poser en s&#233;cession de l'ordre &#233;tabli, auquel il pr&#233;tend substituer son ordre propre &#187; (Cl. Lefort et M. Gauchet, 1971).&lt;br class='manualbr' /&gt;La soci&#233;t&#233; historique, elle, inventrice de formes neuves, n'est jamais sous l'empire d'une Loi ext&#233;rieure &#224; elle, elle n'a comme loi que celle prof&#233;r&#233;e par le tenant du pouvoir. C'est en cela qu'elle est une soci&#233;t&#233; du conflit et de la lutte permanente.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si donc la soci&#233;t&#233; historique veut essayer de combattre le visage du totalitarisme et de la mort, son alli&#233;e, elle ne peut le faire que si les individus qui la composent se restituent &#224; eux-m&#234;mes leur propre destin, essayent de prof&#233;rer une nouvelle loi, une parole &#171; neuve &#187; qui soit, non pas la contradiction de celle qui a &#233;t&#233; prononc&#233;e, mais celle qui rejette, dans les limbes, et le monde de l'&#233;conomie rationnelle et de la procr&#233;ation parth&#233;no-g&#233;n&#233;tique, celle qui remet en cause l'instauration de l'imaginaire et le savoir sur le d&#233;sir des autres, celle qui annonce la &#171; brisure &#187; du cycle par l'&#233;lucidation, l'analyse de son m&#233;canisme. Mais les hommes ne pr&#233;f&#232;rent-ils pas la certitude de la mort au risque d'une parole incertaine, vacillante et continuellement &#224; reprendre ? C'est la r&#233;ponse &#224; une telle question qui pourra nous dire si nous sommes condamn&#233;s &#224; ce que la mort &#171; triomphe dans cette voix &#233;trange &#187; ou s'il sera possible de &#171; donner un sens plus pur aux mots de la tribu &#187; (Mallarm&#233;).
R&#233;ponse qui, en tout &#233;tat de cause, ne pourra jamais &#234;tre th&#233;orique. Ce n'est que dans l'action historique qu'elle pourra &#234;tre &#233;nonc&#233;e, v&#233;cue et interrog&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Elle ajoute : Et s'il d&#233;fie le r&#233;el par le biais de la loi, c'est que la loi vient, a nom du savoir, d&#233;signer et codifier la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; ... c'est que rien n'est affreux en libertinage, parce que tout ce que le libertinage inspire l'est &#233;galement par la nature : les actions les plus extraordinaires, les plus bizarres, celles qui paraissent choquer le plus &#233;videmment toutes les lois, toutes les institutions humaines... celles-l&#224; m&#234;mes ne sont point affreuses (sur la citation) : et il n'en est pas une d'elles qui ne puisse se d&#233;montrer dans la nature. &#187; Sade, &lt;i&gt;La philosophie dans le boudoir&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ces expressions d&#233;crivent les quatre types de strat&#233;gies d&#233;finies par les mili&#173;taires am&#233;ricains depuis la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce qui n'est pas le cas de la procr&#233;ation parth&#233;nog&#233;n&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Halevy a &#233;nonc&#233; que la guerre &#233;tait le grand facteur de socialisation des &#201;tats modernes (1938).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; L'entreprise tyrannique, ou totalitaire, peut &#234;tre conjur&#233;e sur le mode symbolique, au sein de la d&#233;mocratie, par exemple, mais son chemin ne saurait &#234;tre d&#233;finitivement barr&#233; &#224; l'int&#233;rieur de quelque syst&#232;me politique que ce soit ; tel est le constat d'in&#233;luctable auquel nous affronte l'investigation de l'exp&#233;rience du pouvoir &#187; (Cl. Lefort et M. Gauchet, 1971).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le pouvoir entre parano&#239;a et perversion (1/2)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?731-le-pouvoir-entre-paranoia-et</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?731-le-pouvoir-entre-paranoia-et</guid>
		<dc:date>2014-05-30T10:32:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Lib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>An&#233;antissement / G&#233;nocide</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Extr&#234;mes-droites</dc:subject>
		<dc:subject>Enriquez E.</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;E. Enriquez, Clinique du pouvoir. Les figures du ma&#238;tre, ERES 2007, p.105-122. Le pouvoir a toujours un visage, il trouve son incarnation dans un individu ou dans un groupe qui m&#233;diatise les rapports du peuple avec l'&#201;tat, des travailleurs avec l'entreprise. C'est ce visage qu'il nous faut maintenant tenter de d&#233;voiler (du moins en partie) pour essayer de comprendre les raisons pour lesquelles les forces de mort agissent avec un tel impact dans la soci&#233;t&#233;. Ceci ne signifie pas que notre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-118-aneantissement-+" rel="tag"&gt;An&#233;antissement / G&#233;nocide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-162-extremes-droites-+" rel="tag"&gt;Extr&#234;mes-droites&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-173-enriquez-e-+" rel="tag"&gt;Enriquez E.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;E. Enriquez, Clinique du pouvoir. Les figures du ma&#238;tre, ERES 2007, p.105-122.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le pouvoir a toujours un visage, il trouve son incarnation dans un individu ou dans un groupe qui m&#233;diatise les rapports du peuple avec l'&#201;tat, des travailleurs avec l'entreprise. C'est ce visage qu'il nous faut maintenant tenter de d&#233;voiler (du moins en partie) pour essayer de comprendre les raisons pour lesquelles les forces de mort agissent avec un tel impact dans la soci&#233;t&#233;. Ceci ne signifie pas que notre vis&#233;e soit psychologique, qu'elle tente de r&#233;duire les ph&#233;nom&#232;nes sociaux &#224; l'action de quelques personnes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malgr&#233; tout, comme le dit Lagache (1950) : &#171; Le r&#244;le des personnalit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Notre but est au contraire de tenter de saisir pour&#173;quoi des syst&#232;mes sociaux &lt;i&gt;s'identifient&lt;/i&gt;, &#224; un moment donn&#233;, &#224; certains types d'individus, les acceptent (ou les intronisent) comme chefs, y font &#233;cho, les raisons pour lesquelles ils fa&#231;on&#173;nent les hommes suivant un certain registre et marginalisent ceux qui n'adh&#232;rent pas &#224; ce &lt;i&gt;pattern&lt;/i&gt;, pourquoi des soci&#233;t&#233;s tout enti&#232;res deviennent folles, m&#234;me si cette folie appara&#238;t comme parfaitement acceptable &#224; ses membres.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il nous a sembl&#233; que les deux figures essentielles de chefs que nous rencontrons dans le monde moderne, le leader charismatique et le technocrate, pouvaient &#234;tre d&#233;crites et leur action sociale &#233;clair&#233;e, en se r&#233;f&#233;rant &#224; deux cat&#233;gories ayant un rapport sp&#233;cifique avec la loi (le pouvoir institu&#233;) et le d&#233;sir : le parano&#239;aque et le pervers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE PARANO&#207;AQUE OU LA MISSION SALVATRICE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parano&#239;aque parle. Le discours, l'&#233;criture sont les preuves de son existence, de sa puissance. Ce qu'il &#233;nonce, c'est non seulement sa grandeur (ou sa pers&#233;cution), c'est un message de sauvetage, de r&#233;demption de l'humanit&#233;. Le parano&#239;aque est un messie, envoy&#233; pour remettre &lt;i&gt;de l'ordre&lt;/i&gt; et pour assurer le r&#232;gne de la vraie loi, dont il est seul porte-parole possible. Ce qu'il 'annonce, c'est une nouvelle origine et une nouvelle &lt;i&gt;fondation&lt;/i&gt; du syst&#232;me social &#224; partir de son entr&#233;e dans le monde.&lt;br class='manualbr' /&gt;Son discours s'articule sur trois fantasmes principaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Micheline Enriquez a point&#233; l'existence de trois phantasmes dans la parano&#239;a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : la culpabilit&#233; du monde ; la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;demption (de changement du monde) ; l'engendrement parth&#233;nog&#233;n&#233;tique de la nouvelle soci&#233;t&#233;, et se cristallise sur trois positions : la forclusion de la mort ; la relation duelle (exclusion du tiers) ; l'installation dans l'imaginaire (tout est possible).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La culpabilit&#233; du monde&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde est mauvais. Il est pourri, souill&#233;, que ce soit par les Juifs, les N&#232;gres, les francs-ma&#231;ons, les bolcheviks, les hippies, les capitalistes, les immigr&#233;s, les sorci&#232;res, etc. Il existe, en tout &#233;tat de cause, un groupe ou une s&#233;rie de groupes qui mettent en p&#233;ril la nation, qui la dominent de fa&#231;on &lt;i&gt;occulte&lt;/i&gt;, afin de l'asservir &#224; leurs propres projets, qui promulguent des lois garantissant leur pouvoir et pla&#231;ant les autres dans l'impossibilit&#233; de s'exprimer et de contester. En acceptant cette situation, les domin&#233;s (la majorit&#233; de la population) troque son besoin de r&#233;alisation de soi contre le besoin de s&#233;curit&#233;, ses capacit&#233;s agressives contre un sentiment de culpabilit&#233;. En int&#233;riorisant les normes d&#233;finies par le syst&#232;me de la loi, en renfor&#231;ant la conscience morale et le Sur-Moi, ils acceptent de renoncer &#224; leurs d&#233;sirs et &#224; leur exp&#233;rience de satisfaction, de prendre en charge le &lt;i&gt;p&#233;ch&#233;&lt;/i&gt; et la soumission.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce que le parano&#239;aque introduit, c'est la mise en cause de ce sentiment de culpabilit&#233;, c'est la &lt;i&gt;culpabilit&#233;&lt;/i&gt; d'avoir ce sentiment de culpabilit&#233;. Car s'il y a culpabilit&#233;, c'est par rapport &#224; l'existence d'une loi. Or, dit le parano&#239;aque, cette loi est fausse, inique et l'accepter comme vraie, c'est se sentir &lt;i&gt;faussement&lt;/i&gt; coupable. Ce qu'il annonce, c'est la vraie loi dont il est l'instrument. Et il doit l'&#233;noncer sinon, &#224; ses propres yeux, il deviendrait le v&#233;ritable grand coupable : celui qui, ayant pu sauver le monde, aurait d&#233;missionn&#233; l&#226;chement. C'est donc sur une &lt;i&gt;transformation&lt;/i&gt; du sentiment de culpabilit&#233; que se fonde le discours parano&#239;aque : le sentiment de culpabilit&#233; li&#233; au d&#233;veloppement de la civilisation, &#224; l'adh&#233;sion &#224; la loi (ch&#232;re &#224; Freud) se transforme en sentiment de culpabilit&#233; par rapport &#224; la vraie loi, &#224; la loi plus haute qu'il s'agit d'&#233;noncer et de faire exister. Lorsque De Gaulle dit qu'il repr&#233;sente la &#171; l&#233;gitimit&#233;, fran&#231;aise depuis vingt ans &#187;, lorsque Hitler se d&#233;finit comme &#171; le tambour de la nation allemande &#187;, comme &#171; le repr&#233;sentant de la nature allemande &#187;, ils en appel-lent &#224; la loi qu'ils incarnent contre la fausse loi (usurpatrice) qui gouverne le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La n&#233;cessit&#233; de la r&#233;demption&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre le chaos, l'anarchie, la honte, la mis&#232;re, le parano&#239;aque se dresse. Ce qu'il proclame, c'est la &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;. Chez lui existe une confusion compl&#232;te entre croyance, savoir et v&#233;rit&#233;. Ce qu'il croit, ce qu'il pense est n&#233;cessairement vrai. Il n'est besoin d'aucune justification, d'aucune v&#233;rification scientifique de ses dires. On peut rapprocher sa figure de celle de l'image du souverain que G. Dum&#233;zil nomme l'inspir&#233; par rapport &#224; l'autre image oppos&#233;e et compl&#233;mentaire qui est celle du l&#233;giste (1962). Il est effectivement inspir&#233; par les dieux, la France, la nature. La l&#233;gitimit&#233; lui est fournie par une instance sup&#233;rieure qui lui a directement parl&#233; et que personne ne pourra interroger (pour cause !). Mais s'il est inspir&#233;, fr&#233;n&#233;tique (parfois), le discours qu'il &#233;nonce est toujours celui de &lt;i&gt;l'ordre&lt;/i&gt;, ordre nouveau qui purifiera le monde de sa souillure, de sa honte, de sa mis&#232;re et qui lui permettra, au contraire, de r&#233;aliser un &lt;i&gt;grand dessein&lt;/i&gt; (le national-socialisme dans le monde, l'ind&#233;pendance de la France ou l'unit&#233; arabe). Il ne s'agit donc pas seulement de &#171; remettre de l'ordre dans la maison &#187;, il s'agit surtout de faire des hommes des surhommes, des domin&#233;s des dominateurs, des &#234;tres mesquins des individus d&#233;sirant la &#171; grandeur &#187; de leur pays. La loi promulgu&#233;e n'est pas celle du &#171; monde calme &#187;, c'est la loi n&#233;cessaire au triomphe de la &lt;i&gt;Cause&lt;/i&gt;. Comme l'a fort bien montr&#233; Caillois (1964), le chef qui parle ainsi est simultan&#233;ment le r&#233;dempteur, le sauveur, le Poliorc&#232;te et le Pantocrator. R&#233;dempteur, il rach&#232;te les fautes pass&#233;es, il lave ses sujets du sentiment de culpabilit&#233; ancien, il purifie. Sauveur, il propose le grand dessein, il prend l'avenir de la nation dans ses mains, il d&#233;cide et lib&#232;re ainsi chacun de ses soucis et de ses probl&#232;mes. Poliorc&#232;te, &#171; on le tient pour l'invincible seigneur de la guerre, celui qui renverse les murailles, qui force les cit&#233;s et disperse les bataillons &#187;. Pantocrator, il est l'instrument du destin, le &#171; champion &#187; qui doit amener la r&#233;ussite de la grande entreprise, celui qui est &#233;lu de toute &#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'engendrement parth&#233;nog&#233;n&#233;tique de la nouvelle soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parano&#239;aque &#233;difie un nouveau syst&#232;me. Il se r&#233;f&#232;re et il est port&#233; par un mythe instaurateur : celui des origines. Avant lui, rien ne s'est pass&#233;. C'est la pr&#233;histoire de l'humanit&#233;, le monde avort&#233;. C'est &#224; lui de r&#233;enfanter l'univers. Mais un univers qui ne sera que le renvoi d'un double narcissique dans lequel il se mire. Aussi l'engendrement ne passera-t-il pas par la diff&#233;rence des sexes. Le parano&#239;aque est au-del&#224; de la diff&#233;rence des sexes. Il privil&#233;gie les pulsions homosexuelles et &#233;vacue tout rapport possible entre hommes et femmes. La f&#233;condation se fera par des voies non naturelles (qu'on se rappelle les voies surnaturelles du Pr&#233;sident Schreber). Chez le chef parano&#239;aque, il s'agira toujours d'une union &lt;i&gt;mystique&lt;/i&gt; : le chef dit : &#171; J'existe en vous et vous existez en moi. &#187; Il s'agit d'une communion imm&#233;diate, op&#233;r&#233;e par la voix ou le regard. C'est pourquoi le chef aime les bains de foule, les grands rassemblements de masse. II parle et la parole engendre de nouveaux &#234;tres directement. C'est un monde plein auquel il se r&#233;f&#232;re. Aucun &lt;i&gt;manque&lt;/i&gt; ne doit appara&#238;tre, c'est pourquoi aucune Diotime ne viendra jamais au banquet pour questionner le chef sur son pouvoir ; elle poserait alors et l'existence de la castration et la fonction du manque, ce qui serait insupportable puisque la passion dont il est question est une passion sans rupture et sans corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois phantasmes sont mis en &#339;uvre dans le r&#233;el, au travers de trois positions centrales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt;la forclusion de la mort.&lt;/i&gt; &#8212; S'il peut engendrer sans m&#233;diation, s'il peut &#234;tre la &lt;i&gt;nouvelle origine&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;h&#233;ros cr&#233;ateur&lt;/i&gt; ; le seul, le vrai, celui qui n'a pas eu de p&#232;re, celui qui s'est cr&#233;&#233; tout seul (ou qui a &#233;t&#233; engendr&#233; par la &lt;i&gt;vraie&lt;/i&gt; loi), c'est que le parano&#239;aque se veut &lt;i&gt;tout-puissant&lt;/i&gt;, sans angoisse de castration, d&#233;finitivement inattei&#173;gnable, d&#233;livr&#233; de la menace de la mort. Ce qu'il fait, il l'accomplit en toute impunit&#233;. Car il croit en son &lt;i&gt;immortalit&#233;&lt;/i&gt;. Il n'existe chez lui aucune r&#233;f&#233;rence &#224; sa mort possible. Il ne s'agit pas seulement d'une n&#233;gation ou d'une m&#233;connaissance mais d'un rejet total. C'est lui le garant du nouvel ordre. C'est pour&#173;quoi il se conduit effectivement comme s'il &#233;tait immortel. Il veut fonder l'Empire universel, mais cet Empire est li&#233; &#224; sa propre personne. C'est pourquoi il ne croit pas en l'histoire. Apr&#232;s son passage, l'histoire s'arr&#234;te. C'est lui qui fait l'histoire. Apr&#232;s le passage de &#171; l'&#226;me du monde &#187; (Hegel), c'est soit le retour au chaos, soit le temps immobile du gouvernement mondial, la fin de l'histoire. La soci&#233;t&#233; n'a plus qu'&#224; vaquer aux affaires courantes. Cette impossibilit&#233; de se repr&#233;senter la mort, de &lt;i&gt;se repr&#233;senter&lt;/i&gt; le r&#233;el, a pour cons&#233;quence que la mort sera &lt;i&gt;continuellement agie&lt;/i&gt;. Il faut d&#233;truire le vieux monde, les vieilles valeurs, les coutumes absurdes : aussi faut-il porter le fer partout o&#249; se marquent des r&#233;sistances : les liquidations massives, la guerre totale, le camp de concentration seront le signe qu'il est toujours possible de donner la mort sans jamais y &#234;tre soumis ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt;la relation duelle.&lt;/i&gt; &#8212; De m&#234;me qu'il n'y a aucune r&#233;f&#233;rence &#224; la mort, de m&#234;me il n'y a aucune r&#233;f&#233;rence au tiers. Le tiers, c'est la reconnaissance de la faille, de l'existence humaine. C'est ce qui nous questionne sur notre &#234;tre, sur notre virilit&#233;, ce qui am&#232;ne le manque o&#249; croyait se trouver le plein. Une fois le tiers exclu, alors peut exister la relation duelle pure, l'union mystique, la communion parfaite. Le chef prend ses troupes dans ses mailles totalement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Alors vint le grand frisson de bonheur. Je le (Hitler) regardai dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et ceux-ci s'identifient &#224; lui. Relation quasi hypnotique, relation de participation totale : pour &#234;tre un v&#233;ritable homme, il est n&#233;cessaire d'&#234;tre comme le chef. Non seulement de lui &#234;tre soumis et fid&#232;le, de le prendre comme exemple, mais d'&#234;tre exactement le fils qu'il a souhait&#233;. Par la relation duelle, le parano&#239;aque devient le &lt;i&gt;g&#233;niteur&lt;/i&gt; ador&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt;l'installation dans l'imaginaire.&lt;/i&gt; &#8212; Tout est possible &#224; qui veut transformer le monde. Les r&#234;ves les plus d&#233;mesur&#233;s, les mensonges les plus grossiers, les simplifications les plus outranci&#232;res, les entreprises les plus d&#233;lirantes, voil&#224; ce que propose le parano&#239;aque, en indiquant que le paradis est sur cette terre, que le r&#233;el c'est ce que nous voulons imaginer et mettre en &#339;uvre, que l'exigence sacrificielle sera pay&#233;e cent fois plus tard. On peut comprendre que ce discours grandiloquent soit &lt;i&gt;toujours &#233;cout&#233;&lt;/i&gt;. Car ce qu'il promet, c'est la grandeur, la puret&#233;, l'exigence, le culte du h&#233;ros, la rigueur dans l'ob&#233;issance (&lt;i&gt;perinde ac cadaver&lt;/i&gt;). C'est la promesse d'un monde r&#233;concili&#233;, d'un banquet triomphal o&#249; ne s'assi&#233;ront que les &#233;lus, de &lt;i&gt;l'acting-out&lt;/i&gt; permanent, du &lt;i&gt;renversement&lt;/i&gt; de l'ordre des choses, de la n&#233;gation de toute limite. Et cette promesse sera tenue dans l'ordre. Il n'y a donc plus d'antinomie possible : imaginaire et r&#233;el ne sont plus contradictoires, ni ordre et changement. Comment r&#233;sister &#224; un tel programme qui donne tout&lt;/i&gt; et de fa&#231;on constante ? Sera quelque peu cach&#233;e &lt;i&gt;la dette&lt;/i&gt; &#224; payer : le sacrifice de certaines g&#233;n&#233;rations, la duret&#233; de l'entreprise (la conqu&#234;te du monde se fera par le &lt;i&gt;blitzkrieg&lt;/i&gt;, la grandeur de la France existe une fois que cette grandeur est nomm&#233;e). En fait, ce que promet le vrai parano&#239;aque : c'est la &lt;i&gt;guerre totale&lt;/i&gt; encore et toujours jusqu'&#224; la cr&#233;ation du gouvernement mondial sous son &#233;gide, c'est la soci&#233;t&#233; port&#233;e &#224; son paroxysme, &#224; son &#233;tat de fusion. Par la guerre, &#171; l'&#201;tat s'affirme et se justifie, s'exalte et se renforce en affrontant une autre rafale. C'est pourquoi la guerre ressemble &#224; la f&#234;te, constitue son &#233;gal paroxysme, appara&#238;t &#224; son exemple comme un absolu et suscite &#224; la fin, avec le m&#234;me vertige, la m&#234;me mythologie &#187; (Caillois, 1964). L'installation dans l'imaginaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En tant que leurre et couverture des relations sociales r&#233;elles.&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est l'instauration de la guerre et de la pr&#233;&#233;minence absolue de l'&#201;tat sur ses citoyens.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le pouvoir parano&#239;aque nous r&#233;v&#232;le ainsi son v&#233;ritable visage : impossibilit&#233; de d&#233;passer le stade du narcissisme le plus mortel, o&#249; les objets sociaux ne sont l&#224; que pour t&#233;moigner de la toute-puissance du ma&#238;tre, discours de l'amour et de la pulsion de vie qui n'est que celui de la fascination et du vertige, discours de l'ordre qui n'est en r&#233;alit&#233; que le discours de la violence nue et de la destruction, incapacit&#233; &#224; discerner loi symbolique et loi incarn&#233;e (le parano&#239;aque &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; la loi), insistance sur la paternit&#233; et la filiation (le parano&#239;aque est le &lt;i&gt;p&#232;re&lt;/i&gt;, non engendr&#233;, qui a procr&#233;&#233; des millions de fils semblables &#224; lui sans avoir besoin de la m&#233;diation de la femme), possession du savoir absolu (il poss&#232;de toutes les &lt;i&gt;r&#233;ponses&lt;/i&gt; &#224; toutes les questions possibles). Ajoutons un &#233;l&#233;ment que nous n'avons pas eu l'occasion de souligner : le pouvoir parano&#239;aque a besoin &lt;i&gt;d'espace&lt;/i&gt; pour se d&#233;ployer (espace vital cher &#224; Hitler, annexion de territoires par l'Union sovi&#233;tique, d&#233;sir de conqu&#234;te de l'Asie par le Japon...). Dans la mesure m&#234;me o&#249; il vise le gouvernement mondial, et o&#249; il impose sa volont&#233; d'un monde peupl&#233; d'&#234;tres uniformes (semblables &#224; lui) et d'esclaves, il a besoin de pouvoir compter concr&#232;tement les arpents de terre et les t&#234;tes. Aussi, la guerre qu'il engagera sera une guerre de conqu&#234;tes, d'annexions et non une guerre dont les r&#233;sultats pr&#233;vus pourraient &#234;tre comptabilisables abstraitement (&#233;conomiquement). Le parano&#239;aque vit de la foule et par la foule, et il aura toujours besoin de nouvelles foules pour l'acclamer et le porter plus loin.&lt;br class='manualbr' /&gt;Proposant un &lt;i&gt;ordre&lt;/i&gt;, une loi intangible&lt;/i&gt; qui a r&#233;ponse &#224; tout, une grande &lt;i&gt;entreprise&lt;/i&gt;, le savoir parano&#239;aque &lt;i&gt;produit des syst&#232;mes sociaux&lt;/i&gt;. Tout syst&#232;me social n'a-t-il pas besoin d'un but, d'une croyance, de r&#232;gles de fonctionnement ? Le savoir parano&#239;aque les fournit et il donne en suppl&#233;ment la r&#233;assurance narcissique, l'abandon du risque, un culte commun, la suppression de tout sentiment de culpabilit&#233;. Certes les syst&#232;mes sociaux qu'il fonde sont fragiles, mais que le parano&#239;aque se rassure, il va trouver son action prolong&#233;e par son comp&#232;re diff&#233;rent de lui et en m&#234;me temps, &#244; combien ! semblable : le pervers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?738-le-pouvoir-entre-paranoia-et' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Malgr&#233; tout, comme le dit Lagache (1950) : &#171; Le r&#244;le des personnalit&#233;s indi&#173;viduelles dans l'histoire ne peut &#234;tre &#233;cart&#233; a priori. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Micheline Enriquez a point&#233; l'existence de trois phantasmes dans la parano&#239;a : un phantasme d'&#233;masculation, un de r&#233;demption du monde, un de procr&#233;ation. Cf. Micheline Enriquez (1984).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Alors vint le grand frisson de bonheur. Je le (Hitler) regardai dans les yeux, il me regarda dans les yeux, et je n'eus plus qu'un d&#233;sir : rentrer chez moi pour rester avec cette impression immense dont j'&#233;tais &#233;cras&#233;. &#187; R. Caillois (1964)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En tant que leurre et couverture des relations sociales r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le Graal illusoire de l'Organisation</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?Le-Graal-illusoire-de-l</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?Le-Graal-illusoire-de-l</guid>
		<dc:date>2012-07-03T16:26:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Organisation politique</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Fargette G.</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Pal&#233;o-marxismes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de G. Fargette, &#171; Le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;23 - 24, novembre 2011 Il est des &#233;poques o&#249; de nombreuses personnes comprennent qu'un changement fondamental des m&#233;canismes sociaux est n&#233;cessaire. Quand cette disposition prend la voie de l'action politique dans les soci&#233;t&#233;s modernes, elle exclut l'adh&#233;sion aux partis constitu&#233;s, qui ne sont plus que les locataires de l'appareil d'&#201;tat, vou&#233;s &#224; la gestion des affaires courantes. Quels regroupements souhaiter, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-29-organisation-politique-+" rel="tag"&gt;Organisation politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-48-fargette-g-+" rel="tag"&gt;Fargette G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-114-paleo-marxismes-+" rel="tag"&gt;Pal&#233;o-marxismes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de G. Fargette, &#171; Le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;23 - 24, novembre 2011&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est des &#233;poques o&#249; de nombreuses personnes comprennent
qu'un changement fondamental des m&#233;canismes sociaux est
n&#233;cessaire. Quand cette disposition prend la voie de l'action
politique dans les soci&#233;t&#233;s modernes, elle exclut l'adh&#233;sion
aux partis constitu&#233;s, qui ne sont plus que les locataires de
l'appareil d'&#201;tat, vou&#233;s &#224; la gestion des affaires courantes.
Quels regroupements souhaiter, vers lesquels se tourner ?
Telle est la question que nous avons eu &#224; r&#233;soudre depuis plus
de quarante ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Simplicit&#233; de la lucidit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les individus &#8220;s'engageant&#8221; dans une cause manquent presque
toujours de r&#233;flexion et de recul dans les premiers temps,
mais le plus frappant est qu'ils conservent tout au long de leur
vie activiste les d&#233;fauts si vite acquis, et semblent presque
toujours condamn&#233;s &#224; les reproduire ind&#233;finiment, comme si
une cristallisation irr&#233;versible s'&#233;tait produite. Cette attitude
pr&#233;sente de fortes analogies avec la conversion religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche du Cr&#233;puscule s'enracine par contraste dans
deux principes qui furent d'embl&#233;e, et sans m&#234;me le savoir, en
rupture compl&#232;te avec cette cuisine militante r&#233;p&#233;titive. Ils
reposent sur une attitude de prudence minimale justifi&#233;e par
l'ampleur de l'enjeu et constituent un pr&#233;alable &#224; toute intervention sur le terrain de la r&#233;flexion et de la pratique politiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re r&#232;gle&lt;/strong&gt; : consid&#233;rer que le fait d'entrer en contact
avec un groupe particulier n'implique nullement de s'y rallier,
l'affaire &#233;tant trop importante pour se fier au hasard de rencontres et de contacts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en effet imp&#233;ratif de faire &#233;chec aux impond&#233;rables et
de conna&#238;tre le plus grand nombre possible de groupes pour
&#233;tablir un bilan comparatif de ce qu'ils sont et de ce qu'ils
tendent &#224; devenir. Ce souci est d'autant plus justifi&#233; que tout
regroupement est &#224; beaucoup d'&#233;gards comparable &#224; un
navire &#224; flot : on en voit d'abord la m&#226;ture et les directions
plus ou moins changeantes, mais il faut du temps pour appr&#233;cier la nature du lest pr&#233;sent au fond de ses cales, qui orientera sa course dans les situations les plus critiques, ind&#233;pendamment des d&#233;clarations les plus solennelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Seconde r&#232;gle&lt;/strong&gt; : se r&#233;f&#233;rer d'abord &#224; ce que serait un bouleversement complet des rapports sociaux dans une soci&#233;t&#233; industrielle moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur de la t&#226;che est telle qu'aucun groupuscule ne peut
servir de point de d&#233;part pour une mutation historique aussi
vaste, et qu'aucune th&#233;orie ne peut pr&#233;tendre &#234;tre la source de
la soci&#233;t&#233; &#224; venir. Si un &#8220;parti&#8221;, au sens classique, pr&#233;moderne, de regroupement li&#233; par une cause commune et non
d'une structure domin&#233;e par un appareil, devait se constituer
pour accompagner une mutation pratique &#233;manant de la
soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, il serait constitu&#233; d'une f&#233;d&#233;ration vivante
des multiples tendances favorables &#224; cette &#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux points de rep&#232;re permettaient dans les ann&#233;es 1970
une analyse d&#233;passionn&#233;e des groupuscules de taille vari&#233;e
qui pr&#233;tendaient occuper le terrain de la critique sociale. Il a
rapidement fallu constater, dans toutes les occasions de v&#233;rification fondamentale, qu'il n'y en avait aucun qui f&#251;t &#224; la
hauteur des exigences d'un changement de soci&#233;t&#233;. Chacun
d'entre eux entendait se subordonner ses rivaux avec lesquels
aucune convergence ne pouvait jamais se tisser. Pire, derri&#232;re
une fa&#231;ade de d&#233;magogie particuli&#232;re, ils &#233;prouvaient tous
une m&#233;fiance visc&#233;rale pour les tendances cr&#233;atrices et toujours pleines d'impr&#233;vus des mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;f&#233;rences &#8220;th&#233;oriques&#8221; auxquelles tous ces gens se raccrochaient constituaient par leur sch&#233;matisme une esp&#232;ce
d'&#8220;&#233;vangile&#8221; minimaliste qu'il &#233;tait exclu de seulement questionner. Tout individu qui acceptait d'entrer en contact avec un
groupe &#233;tait simplement consid&#233;r&#233; comme un converti potentiel, et n'int&#233;ressait le groupe qu'&#224; ce titre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se montrer &#233;tranger au sectarisme g&#233;n&#233;ralis&#233;, rel&#232;ve du bon
sens le plus &#233;l&#233;mentaire, l'arbitre d&#233;cisif devant &#234;tre l'int&#233;r&#234;t
g&#233;n&#233;ral du mouvement d'ensemble qui vise &#224; d&#233;passer les
conditions existantes. Cela permet de s'immuniser vis-&#224;-vis
des automatismes suffocants que chaque groupuscule cultive
comme signe de reconnaissance. La contre-partie de cette
lucidit&#233; n'est pas n&#233;gligeable : on devient la cible d'attaques
innombrables d&#232;s lors que les partis et les groupuscules quadrillent ce qui reste d'espace public, comme c'est le cas depuis
les ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de trente-cinq ans d'observation politique, il a cependant fallu constater qu'une mutation significative s'&#233;tait op&#233;r&#233;e dans les types de regroupement, qui n'ont pu se reproduire
&#224; l'identique. Le sectarisme est demeur&#233;, mais il se r&#233;partit en
deux esp&#232;ces bien distinctes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Stalino-gauchisme et radicalisme abstrait&lt;/strong&gt;, les deux
types pr&#233;dominants de comportement chez les activistes
&#8220;politis&#233;s&#8221; :
Il y a d'abord ceux qui se situent dans l'h&#233;ritage de la III&#232;me
internationale, les staliniens des divers PC survivants, les
mao-staliniens r&#233;siduels, et la zone vassale trotskisante qui
en mime les m&#233;thodes tout en conservant un langage de dissidence superficielle (ceux qui ont cru &#233;chapper aux impasses
trotskistes en se r&#233;fugiant dans une th&#233;orie commode du
&#8220;capitalisme d'&#201;tat&#8221; pour l'Union sovi&#233;tique, sans plus, ont
cultiv&#233; les m&#234;mes r&#233;flexes). Ils sont tous h&#233;ritiers des courants marxistes historiques &#224; vis&#233;e apocalyptique, qui consid&#232;rent au fond que la catastrophe est indispensable pour faire
advenir le monde nouveau, et la recherchent d'instinct de
toutes les mani&#232;res possibles, quelles qu'en soient les sinistres
cons&#233;quences pour le mouvement social. Le tronc commun
qui les unit se dissimule sous une floraison de divergences
anecdotiques, mais le recul autorise &#224; les regrouper aujourd'hui
sous l'appellation &#233;loquente de &#8220;stalino-gauchisme&#8221;. Leur
comportement a parfois connu de fortes inflexions de fa&#231;ade
dans le sens d'un mim&#233;tisme avec la social-d&#233;mocratie historique. Leurs r&#233;flexes &#8220;bolch&#233;visants&#8221; reviennent cependant
presque toujours, comme on le voit d'apr&#232;s le style d'individus
ayant pratiqu&#233; &#8220;l'entrisme&#8221;, tels que le d&#233;magogue M&#233;lanchon,
etc. Les moeurs et les r&#233;flexes exterminationnistes vis-&#224;-vis
de leurs opposants, s'ils ne les hantent pas &#224; chaque instant,
demeurent en r&#233;serve, intacts, pr&#234;ts &#224; servir &#224; la premi&#232;re
occasion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est &#224; noter que m&#234;me les infimes courants &#8220;marxistes&#8221; h&#233;ritiers de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toute personne en d&#233;saccord avec eux serait une
&#8220;canaille&#8221; qu'il faudrait un jour fusiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette queue de com&#232;te du bolchevisme a &#233;norm&#233;ment perdu
de sa force organisationnelle, mais elle parvient encore &#224;
peser d&#233;sastreusement sur les simulacres de &#8220;d&#233;bats publics&#8221;
par une esp&#232;ce de droit de veto id&#233;ologique, que la bien-pensance officielle relaie et instrumentalise toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de cette survivance d&#233;g&#233;n&#233;rescente, il existe une
mouvance informe, o&#249; la pulv&#233;risation est d&#233;multipli&#233;e : elle
se caract&#233;rise par son &lt;strong&gt;radicalisme abstrait&lt;/strong&gt;. Ces gens apparus
dans les ann&#233;es 1960 ont compris &#224; quel point il &#233;tait devenu
imp&#233;ratif de se d&#233;marquer des tares les plus catastrophiques
du stalino-gauchisme, mais leur culture du sectarisme s'ajoute
&#224; une incapacit&#233; organisationnelle absolue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le situationnisme a cristallis&#233; ces d&#233;fauts de la fa&#231;on la plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour eux, la
soci&#233;t&#233; nouvelle devrait d&#233;couler non de leur &#8220;organisation&#8221;
mais directement de leur th&#233;orie. Leur gesticulation verbale
incessante sert de compensation &#224; une impuissance pratique
qu'ils doivent affecter de nier &#224; chaque instant. Leur &#233;chelle
d'agr&#233;gation ne parvient jamais &#224; d&#233;passer le rayon d'action
du copinage &#233;troit, du c&#233;nacle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les quelques survivances groupusculaires anarchisantes qui reproduisent les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les stalino-gauchistes comme les tenants de cette &#8220;radicalit&#233;&#8221;
creuse attendent toujours un miracle historique qui effacerait
sans effort toutes leurs erreurs et leurs d&#233;convenues. Ils sont
hant&#233;s par la recherche d'un &#171; Graal &#187; : la question de l'organisation, id&#233;al &#8220;technique&#8221; qui r&#233;soudrait enfin tout. La pratique
l&#233;niniste pr&#233;tendait l'avoir trouv&#233;, et a produit le naufrage
&#8220;sovi&#233;tique&#8221; que l'on sait, tandis que les versions les plus
id&#233;ologis&#233;es du radicalisme abstrait se sont fait une sp&#233;cialit&#233;
publicitaire de l'avoir &#8220;r&#233;solue&#8221;, sans jamais avoir jamais su
mettre sur pied la moindre &#8220;organisation&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux types de comportements rebutants expliquent que
les r&#233;actions concr&#232;tes dans la soci&#233;t&#233; contemporaine ne
trouvent d'issue &#224; l'inertie g&#233;n&#233;rale qu'en prenant la forme non
du parti ou de l'organisation mais de l'association, qui ne se
pose pas en contre-soci&#233;t&#233; mais demeure poreuse aux processus sociaux. Ce r&#244;le de l'association n'a rien d'une assurance
contre les d&#233;fauts accablants des organisations politiques et
des groupuscules, qui cherchent toujours &#224; la vampiriser, mais
il est significatif que les appareils politiques tentent r&#233;guli&#232;rement de se cr&#233;er de tels paravents satellites afin d'att&#233;nuer
l'impression calamiteuse qu'ils d&#233;gagent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qu'avancent les cat&#233;chismes triomphalistes, il n'existe pas de solution g&#233;n&#233;rale &#224; la &#8220;question de
l'organisation&#8221;. Celle-ci ne peut trouver d'issue pratique &#233;ventuelle que dans des situations concr&#232;tes, en fonction du but
recherch&#233;. La th&#233;matique sp&#233;cialis&#233;e de &#8220;la question de l'organisation&#8221; n'est indispensable qu'&#224; ceux qui s'efforcent de
b&#226;tir un outil de pouvoir nouveau, et ne peut apporter aucune
solution d&#233;fendable. La r&#233;flexion sur la mani&#232;re de &#8220;s'organiser&#8221; n'est utile que dans la mesure o&#249; elle identifie les erreurs
&#224; &#233;viter, sans plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 17 septembre 2011&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il est &#224; noter que m&#234;me les infimes courants &#8220;marxistes&#8221;
h&#233;ritiers de la dissidence des ann&#233;es 1920 vis-&#224;-vis de l'internationale moscovite (comme les &#8220;communistes de conseil&#8221;)
tendent &#224; adopter les d&#233;fauts standards du stalino-gauchisme
les rares fois o&#249; ils sortent de l'analyse platonique et s'efforcent
d'acc&#233;der &#224; une activit&#233; pratique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le situationnisme a cristallis&#233; ces d&#233;fauts de la fa&#231;on
la plus syst&#233;matique, bien qu'il soit d&#233;sormais concurrenc&#233; par
des th&#233;matiques antid&#233;mocratiques int&#233;gristes, qui se r&#233;f&#232;rent &#224;
un marxisme de plus en plus herm&#233;tique arc-bout&#233; sur une m&#233;taphysique sommaire du &#8220;communisme&#8221; envers et contre tout.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les quelques survivances groupusculaires anarchisantes qui reproduisent les anciens enlisements propres &#224; cette
tradition du XIXe si&#232;cle ne rentrent pas dans ce cadre, bien
que le comportement actuel d'une CNT fran&#231;aise tout en &#233;voquant le syndicalisme-r&#233;volutionnaire d'avant 1914, plut&#244;t que
l'anarcho-syndicalisme, reprenne nombre des d&#233;fauts du gauchisme contemporain. Il en va de m&#234;me de quelques groupes
&#224; &#233;tiquette &#8220;libertaire&#8221; qui ont cherch&#233; &#224; se rapprocher des pratiques gauchistes, jusqu'&#224; une participation &#233;lectorale &#8220;tactique&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales de Syntagma : structure et fonctionnement</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?538-assemblees-generales-de-syntagma</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?538-assemblees-generales-de-syntagma</guid>
		<dc:date>2011-10-11T19:35:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Pal&#233;o-marxismes</dc:subject>
		<dc:subject>Assembl&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>
		<dc:subject>&#171; Indign&#233;s &#187; (2011)</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement des places (Gr&#232;ce, 2011)</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>Lieux Communs</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;18 &#171; Le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe - Le &#187;mouvement des places&#171; du printemps 2011 dans la crise mondiale &#187;, premi&#232;re partie. Elle est en vente pour 2&#8364; dans nos librairies. Son achat permet notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies ind&#233;pendantes (vous pouvez &#233;galement nous aider &#224; la diffusion). Il est &#233;galement possible de la t&#233;l&#233;charger dans la rubrique brochures. Elle est constitu&#233;e des documents suivants : (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-114-paleo-marxismes-+" rel="tag"&gt;Pal&#233;o-marxismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-120-assemblee-+" rel="tag"&gt;Assembl&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-121-mouvements-sociaux-+" rel="tag"&gt;Mouvements sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-151-indignes-+" rel="tag"&gt;&#171; Indign&#233;s &#187; (2011)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-201-mouvement-des-places-grece-2011-+" rel="tag"&gt;Mouvement des places (Gr&#232;ce, 2011)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-98-lieux-communs-+" rel="tag"&gt;Lieux Communs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/arton538.jpg?1621968971' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='143' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;18 &#171; Le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe - Le &#187;mouvement des places&#171; du printemps 2011 dans la crise mondiale &#187;, premi&#232;re partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est en vente pour 2&#8364; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?531-Points-de-diffusion-et-de-vente-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans nos librairies&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Son achat permet notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies ind&#233;pendantes (vous pouvez &#233;galement &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?626-Nous-aider' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;nous aider &#224; la diffusion&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;galement possible de la t&#233;l&#233;charger &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans la rubrique brochures&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;figure class='spip_document_269 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:100px;&#034; data-w=&#034;100&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:141.33333333333%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/vignette_-_MouvementGrecDemocratieDierctPremierePartie-3.jpg&amp;taille=100&amp;1621969978' alt='' data-src='IMG/jpg/vignette_-_MouvementGrecDemocratieDierctPremierePartie-3.jpg' data-l='150' data-h='212' data-tailles='[\&#034;100\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/vignette_-_MouvementGrecDemocratieDierctPremierePartie-3.jpg&amp;#38;taille=100&amp;#38;1621969978 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/vignette_-_MouvementGrecDemocratieDierctPremierePartie-3.jpg&amp;#38;taille=150&amp;#38;1621969978 2x' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Elle est constitu&#233;e des documents suivants :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?535-entree-en-periode-troublee' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Introduction g&#233;n&#233;rale : Entr&#233;e en p&#233;riode troubl&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?536-considerations-sur-la-grece' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Consid&#233;rations sur la Gr&#232;ce moderne (C. Castoriadis)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?537-les-premisses-du-mouvement-grec' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les pr&#233;misses du mouvement. 2008 &#8211; 2011 : La lente mont&#233;e de l'exasp&#233;ration sociale&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?501-reportage-a-athenes-place-syntagma' class=&#034;spip_in&#034;&gt;R&#233;cit d'un participant sur la place Syntagma&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales de Syntagma : Structure et fonctionnement, Ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?539-Le-mouvement-des-places-en-Grece' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le mouvement des places en Gr&#232;ce : Les r&#233;alit&#233;s grecques aux prises avec les exigences de la d&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?520-athenes-nous-sommes-a-un-stade' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Nous sommes &#224; un stade embryonnaire de la d&#233;mocratie directe &#187;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cette brochure a donn&#233; lieu &#224; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?548-sur-la-dynamique-des-mouvements' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;une r&#233;union publique dont le compte-rendu est en ligne&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et publi&#233; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans la brochure 18bis&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales de Syntagma : structure et fonctionnement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Structure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de la place Syntagma r&#233;unissait quotidiennement des milliers de personnes. Elle s'est tenue au milieu de la place de mani&#232;re continue du 25 mai au 29 juin. Il en fut de m&#234;me, dans des proportions moindres, dans vingt-quatre villes de l'Attique (r&#233;gion d'Ath&#232;nes) et vingt-quatre autres villes du pays. Elle fonctionnait sur le principe de la s&#233;para&#173;tion entre instances d&#233;lib&#233;ratives (assembl&#233;es th&#233;matiques) et instance de prise de d&#233;cision (assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale avait lieu tous les soirs &#224; 20 heures. La participa&#173;tion &#233;tait ouverte &#224; tout individu parlant en son nom propre. Les repr&#233;sen&#173;tants, porte-parole, d&#233;l&#233;gu&#233;s de partis, syndicat ou groupe politique n'&#233;taient pas admis en tant que tels. Des responsables de la commission &#171; Secr&#233;tariat &#187; s'occupaient du bon d&#233;roulement des s&#233;ances jusqu'&#224; ce qu'il fut d&#233;cid&#233;, pour parer au noyautage gauchiste, qu'il revenait &#224; un seul secr&#233;taire tir&#233; au sort de faire respecter l'ordre du jour et faire voter les d&#233;&#173;clarations, r&#233;solutions et motions propos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les assembl&#233;es th&#233;matiques (1)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 mai, &#171; l'Assembl&#233;e du Peuple de la place Syntagma &#187; a d&#233;cid&#233; de cr&#233;er des &#171; assembl&#233;es th&#233;matiques &#187; (ou comit&#233;s ou commissions). Elles avaient pour objet d'&#234;tre des lieux d'&#233;laboration, de d&#233;lib&#233;ration et de pro&#173;position. Il y eut ainsi des assembl&#233;es th&#233;matiques consacr&#233;es &#224; l'&#233;conomie, &#224; l'&#233;ducation, au genre, &#224; l'environnement, &#224; la &#171; Solidarit&#233; sociale &#187;, etc. C'est l&#224; que les discussions avaient lieues et que s'&#233;crivaient les textes pro&#173;pos&#233;s &#224; l'AG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diverses assembl&#233;es th&#233;matiques se r&#233;unissaient avant l'AG. Elles discutaient de la plupart des questions, hors des questions d'ordre pratique (blocage du Parlement, occupations,&#8230;). Cela facilitait et favorisait un en&#173;gagement plus coh&#233;rent des participants, et cela permettait d'arriver &#224; l'AG avec des propositions d&#233;j&#224; d&#233;battues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une commission eut une charge particuli&#232;re : la &#171; commission poli&#173;tique &#187;, qui proposait des textes d'orientations g&#233;n&#233;rales du mouve&#173;ment. Elle fut &#233;videmment un enjeu consid&#233;rable entre les gauchistes et les non-affili&#233;s, au point que ces derniers, lors de la r&#233;daction de la &#171; d&#233;clara&#173;tion politique du mouvement &#187; furent oblig&#233;s d'en cr&#233;er un doublon, qui en prit la rel&#232;ve, le &#171; comit&#233; pour la d&#233;mocratie directe &#187;, tr&#232;s actif jusqu'&#224; la fin du mouvement et auquel participa l'un des n&#244;tres (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les groupes techniques&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 mai toujours, et de la m&#234;me mani&#232;re des &#171; groupes techniques &#187; furent cr&#233;&#233;s. Ils &#233;taient charg&#233;s des fonctions plus concr&#232;tes : aide juri&#173;dique, diffusion de tracts et affichage, restauration, salubrit&#233;, communica&#173;tion, parit&#233;, etc. Un groupe &#233;tait particuli&#232;rement important, celui charg&#233; du &#171; Secr&#233;tariat &#187; de l'AG, centralisant et rendant publique les propositions des &#171; assembl&#233;es th&#233;matiques &#187; et &#233;laborant l'ordre du jour de l'AG. Tous les textes propos&#233;s &#233;taient imprim&#233;es et distribu&#233;es &#224; tous les participants le jour du vote, et les d&#233;cisions &#233;taient publi&#233;es sur le site du mouvement (3). Le &#171; Secr&#233;tariat &#187; fut bien entendu tr&#232;s investi par les gauchistes, qui ten&#173;taient de manipuler, de saboter ou de modifier les textes &#224; leur convenance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Fonctionnement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Modalit&#233; de prise de parole en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale a rassembl&#233; 5000 personnes, et, m&#234;me si ce nombre fut moindre par la suite, quiconque a une petite exp&#233;rience d'une AG peut mesurer les difficult&#233;s d'organisation que cela pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prises de parole se d&#233;cidaient par tirage au sort. On donnait &#224; chaque personne d&#233;sireuse de prendre la parole un petit papier num&#233;rot&#233;, parmi cent num&#233;ros, puis on en tirait dix au hasard. Une fois les dix ora&#173;teurs pass&#233;s, on recommen&#231;ait. Ce syst&#232;me, qui vise &#224; &#233;viter la monopoli&#173;sation du micro, demande de la vigilance (les &#171; noyauteurs &#187; essayaient d&#232;s le d&#233;but d'obtenir le plus de papiers possible). Mais en g&#233;n&#233;ral, ce sys&#173;t&#232;me &#233;tait assez efficace. Son d&#233;faut principal &#233;tait que les prises de parole se faisaient dans le d&#233;sordre et ne pouvaient pas se r&#233;pondre. Mais il &#233;tait att&#233;nu&#233; par le fait que l'AG est une instance de prise de d&#233;cisions, et non une instance de d&#233;lib&#233;rations comme l'&#233;taient, par contre, les assembl&#233;s th&#233;ma&#173;tiques o&#249; la parole &#233;tait bien plus libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps de parole maximum en assembl&#233;e pleini&#232;re variait entre une minute et demie et deux minutes, comme le nombre d'orateur nombre d'orateurs, en fonction du temps total disponible. De nombreuses per&#173;sonnes se sont plaintes de ne pas avoir le temps de d&#233;velopper leur argumentation, mais le dispositif s'est av&#233;r&#233; un garde-fou n&#233;cessaire face aux discours passionn&#233;s ou aux d&#233;lires incoh&#233;rents de gens qui prenaient la pa&#173;role pour la premi&#232;re fois en public, ou face &#224; la langue de bois des d&#233;j&#224;-af&#173;fili&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temp&#233;rament exub&#233;rant des Grecs et le climat d'extraordinaire qui r&#233;&#173;gnait ne les ont pas port&#233;s &#224; se contenter de l'adoption des mouvements de mains muets des altermondialistes, surtout quand il s'agissait de d&#233;noncer un manipulateur. Lorsqu'un tel orateur ne leur plaisait pas, ils le huaient et lui faisaient des gestes bien plus &#233;loquents... Tourner le dos &#224; l'orateur, moyen plus calme, mais symboliquement fort, a &#233;t&#233; propos&#233;, mais nous ne savons pas si cette proposition a &#233;t&#233; adopt&#233;e &#8211; elle ne fut pas suivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Actions men&#233;es&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AG n'a pas organis&#233; que des actions de blocage du Parlement et d'oc&#173;cupations, ou des &#171; journ&#233;es paneurop&#233;ennes &#187; tous les dimanches, qui ras&#173;semblaient plus de 100.000 personnes. Elle a aussi organis&#233; quatre jour&#173;n&#233;es de travail de fond en assembl&#233;e pl&#233;ni&#232;re sur la place Syntagma. La premi&#232;re fut une &#171; Journ&#233;e de la dette &#187; consacr&#233;e &#224; l'aspect &#233;conomique de la crise grecque,organis&#233;e le 11 juin. La seconde, intitul&#233;e &#171; Constitu&#173;tion et d&#233;mocratie directe &#187;, se tint le 17 juin. La troisi&#232;me, consacr&#233;e aux &#171; Modes alternatifs d'&#233;changes, de commerce, et d'organisation collec&#173;tive &#187; se d&#233;roula le 21 juin. La quatri&#232;me, intitul&#233;e &#171; Racisme et x&#233;nopho&#173;bie &#187; n'a pas eu lieu, &#224; notre connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 On trouvera ici les principales r&#233;solutions des &#233;quipes th&#233;matiques : &lt;a href=&#034;http://real-democrac&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://real-democrac&lt;/a&gt;&#173;y.gr/fr/teamvotes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Cf. le texte &#171; R&#233;cit d'un participant sur la place Syntagma &#187; et la retranscription prochaine de l'&#233;mis&#173;sion du 15 septembre &#224; la radio FPP sur notre site, rubrique Nos textes &gt; Analyses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 On trouvera ici, promptement traduites en fran&#231;ais, les premi&#232;res minutes de la toute pre&#173;mi&#232;re assembl&#233;e du 25 mai :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://real-democracy.gr/fr/minutes/2011-05-25-minutes-de-la-premiere-assemblee-25052011&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://real-democracy.gr/fr/minutes...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ici les principales r&#233;solutions des assembl&#233;es ath&#233;niennes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://real-democracy.gr/fr/votes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://real-democracy.gr/fr/votes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le conseil de coop&#233;rative (3/3)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?481-le-conseil-de-cooperative-3-3</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?481-le-conseil-de-cooperative-3-3</guid>
		<dc:date>2011-06-15T14:31:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il est ici question de stricte p&#233;dagogie (institutionnelle), mais il serait &#233;tonnant que le &#171; politique &#187; n'y trouve pas mati&#232;re &#224; r&#233;flexion... Le &#171; conseil de coop&#233;rative &#187; dont il est question, assembl&#233;e scolaire hebdomadaire, est le lieu o&#249; s'organise et se r&#233;organise la classe, dans la dur&#233;e, s'affrontant autant &#224; la scl&#233;rose de la routine qu'aux d&#233;sirs multiformes de chacun. On ne trouvera dans ce texte de la fin des ann&#233;es 60 aucune recette clefs en main, et on trouvera ailleurs (ici (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il est ici question de stricte &lt;a href=&#034;http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?mot69&amp;lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;p&#233;dagogie (institutionnelle&lt;/a&gt;), mais il serait &#233;tonnant que le &#171; politique &#187; n'y trouve pas mati&#232;re &#224; r&#233;flexion... Le &#171; conseil de coop&#233;rative &#187; dont il est question, assembl&#233;e scolaire hebdomadaire, est le lieu o&#249; s'organise et se r&#233;organise la classe, dans la dur&#233;e, s'affrontant autant &#224; la scl&#233;rose de la routine qu'aux d&#233;sirs multiformes de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne trouvera dans ce texte de la fin des ann&#233;es 60 aucune recette clefs en main, et on trouvera ailleurs (&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?296-C-est-pire-que-si-il-n-y-avait' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici par exemple&lt;/a&gt;) le t&#233;moignage de la transformation ult&#233;rieure de ces outils en m&#233;caniques de management. Cette &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?137-echange-mail-sur-la-recuperation' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; r&#233;cup&#233;ration &#187;&lt;/a&gt; ne peut servir de condamnation : elle montre au contraire de mani&#232;re &#233;clatante ce que cette v&#233;ritable &#171; praxis p&#233;dagogique &#187; (F. Imbert) avait de radicalement novateur mais que les relais pour perp&#233;tuer une telle pens&#233;e / pratique se sont rar&#233;fi&#233;s &#224; l'extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage est extrait de &#171; De la classe coop&#233;rative &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle &#187; d'A. Vasquez &amp; F. Oury, Maspero, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?423-le-conseil-de-cooperative-1-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Premi&#232;re partie disponible ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?478-le-conseil-de-cooperative-2-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Seconde partie disponible l&#224;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me partie, ci-dessous...&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(... / ...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Le Conseil, lieu d'&#233;ducation et de th&#233;rapie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a) Notes sur le &#171; Groupe de formation &#187; ou &#171; T-Group &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, &#224; propos du Conseil, parler de ces groupes ? La prolif&#233;ration de ce mode de formation (qui constitue sur le cours magistral de psychop&#233;dagogie un progr&#232;s ind&#233;niable), les vertus &#233;tonnantes attribu&#233;es &#224; la dynamique de groupe, le myst&#232;re et le tapage d&#233;velopp&#233;s &#224; l'entour et surtout la confusion (na&#239;ve ou entretenue) entre Conseil de coop&#233;rative et Training Group, nous incitent &#224; donner quelques indications, &#224; d&#233;faut d'une &#233;tude (189).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Savoir que ces groupes sont &#233;videmment r&#233;serv&#233;s &#224; la formation d'adultes en bonne sant&#233;, volontaires ; et aussi que la transposition, &#224; la suite d'un stage, de techniques souvent d&#233;structurantes, dans la classe, a donn&#233; lieu &#224; des exp&#233;riences invraisemblables, dites de &#171; p&#233;dagogie nouvelle &#187; ou de &#171; p&#233;dagogie de groupe &#187;, dont les enfants ou les &#233;tudiants ont fait les frais. Qu'il s'agisse d'exp&#233;rimentateurs hardis ou de na&#239;fs pleins de bonne volont&#233;, les r&#233;sultats obtenus desservent &#224; la fois la psycho-sociologie et la p&#233;dagogie moderne. Seule une connaissance approfondie de ce qui se passe dans une classe encastr&#233;e dans un syst&#232;me institutionnel bien d&#233;fini mettrait le formateur (qui demeure &#224; nos yeux responsable de la formation donn&#233;e) &#224; l'abri de telles m&#233;saventures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en effet bien naturel que le ma&#238;tre qui innove, inquiet ou inqui&#233;t&#233;, cherche des appuis, qu'il essaie de se raccrocher aux branches, que, faute de recours, il r&#233;gresse en s'identifiant &#224; ce formateur non directif, Sujet Suppos&#233; Savoir... et que, inconsciemment, il rejoue le stage. Comment s'&#233;tonner alors des r&#233;sultats ? De quoi s'agit-il ? Dix &#224; quinze participants volontaires ne se connaissant pas (n'ayant pas d'histoire commune), r&#233;unis dans une pi&#232;ce (toujours la m&#234;me), sous la conduite (et la responsabilit&#233; ?) d'un moniteur, sont plac&#233;s en situation d'inter-agir ou plut&#244;t d'interrelation (tout passage &#224; l'acte &#233;tant exclu). Le moniteur est membre du groupe, mais son statut privil&#233;gi&#233; fait de lui un objet, un support de transferts, car son r&#244;le, d&#233;fini &#224; l'avance, ne correspondant pas aux repr&#233;sentations habituelles, appara&#238;t particuli&#232;rement &#233;quivoque. (Une comparaison est possible avec l'analyste.) Sa fonction consiste &#224; catalyser les relations, &#224; faire prendre conscience des types de relations qui s'&#233;tablissent, des r&#244;les jou&#233;s dans le groupe, des ph&#233;nom&#232;nes de groupe aussi. Il peut conseiller, favoriser ou bloquer les &#233;changes, entra&#238;ner les participants et le groupe &#224; surmonter les obstacles &#224; la communication. D'o&#249; cette d&#233;nomination de Training Group ou T-Group.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir des recherches de K. Lewin et Moreno (1945), des s&#233;minaires de Bethel (U.S.A., d&#232;s 1947), les travaux et r&#233;alisations se multiplient aux U.S.A., en Angleterre (1948), puis en France, apr&#232;s 1955 surtout (190). Le &#171; groupe de formation au diagnostic de groupe &#187; s'adapte &#224; certains besoins fran&#231;ais et s'appelle, selon les auteurs et les buts vis&#233;s : T-Group (M. Pag&#232;s), Groupe de base (R. Pag&#232;s), Groupe de diagnostic (J. Ardoino), Groupes institutionnels, d'autogestion (G. Lapassade). Il semble qu'il s'agisse surtout de &#171; groupes centr&#233;s sur le groupe &#187; (Meigniez) (191).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les critiques du T-Group n'ont pas manqu&#233;. Sur le plan de la th&#233;orie, cette technique est apparue souvent insuffisamment fond&#233;e. En 1959, R. Pag&#232;s parle de &#171; bluff d&#233;sastreux &#187;. Pour J.-P. Sartre, cette &#171; dialectique du dehors &#187; interdit l'acc&#232;s &#224; &#171; la dialectique du dedans &#187; (des groupes). J.-B. Pontalis souligne le danger de certaines &#171; rationalisations &#187;. J. Lacan invite le psychanalyste &#224; &#171; se pr&#233;server de l'objectivation psycho-sociologique [...], abstraction inad&#233;quate o&#249; sa pratique s'enlise et se dissout &#187;. G. de Montmollin parle d'&#171; experts jouant avec le feu &#187; et refuse de g&#233;n&#233;raliser les conclusions obtenues &#224; partir de petits groupes exp&#233;rimentaux pour expliquer les ph&#233;nom&#232;nes sociaux. Sur un autre plan, repla&#231;ant ces formations dans leur contexte &#233;conomique, id&#233;ologique et social, on parle d'&#171; action psychologique &#187;, de &#171; psycho-sociologie patronale &#187; et &#171; d'ali&#233;nation organis&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, il n'est pas inutile de savoir que les stages sont organis&#233;s en vue de la formation des cadres (industrie, commerce, administration, arm&#233;e) avec parfois des vis&#233;es particuli&#232;res de formation (conduite de r&#233;unions, techniques d'interview, p&#233;dagogie des adultes, psychodrame, etc.) par des groupements vari&#233;s (192) qui ont parfois des soucis de rendement, de rentabilit&#233;. Il s'agit de s&#233;jours r&#233;sidentiels, ordinairement assez on&#233;reux (193), rarement destin&#233;s aux enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte actuel, des stages organis&#233;s par des instituteurs et des psychanalystes b&#233;n&#233;voles &#171; ne font pas s&#233;rieux &#187;, et l'on parle volontiers de bricolage p&#233;dagogique &#187;. Freinet aussi a fait du bricolage, imprimant les premiers textes libres derri&#232;re des bulletins de vote...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La solution &#224; la mode : &#171; Faites du groupe ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique de groupe et les T-Group sont et seront vraisemblablement de plus en plus pr&#233;sent&#233;s comme LA solution aux maux dont souffrent l'Universit&#233; et l'Education nationale. Parviendra-t-on par ce biais &#224; redonner vie 'au syst&#232;me, &#224; r&#233;nover, &#224; sauver les meubles et les institutions ? D&#233;j&#224;, pour les cadres sup&#233;rieurs, des stages de recyclage, de haute valeur, sont l&#233;galement organis&#233;s. A ce niveau, les offres de service ne manquent pas (194)... Bien que les enseignants, les &#171; ma&#238;tres aux silhouettes besogneuses &#187;, &#171; effectuant leurs t&#226;ches routini&#232;res &#187; (195) soient vigoureusement invit&#233;s &#224; &#233;voluer, &#224; faire un effort, &#224; participer &#224; la r&#233;novation, &#224; s'inscrire &#224; des stages (?), la formation de la pi&#233;taille (196) &#171; au contact &#187; (197) suscite, pour des raisons multiples faciles &#224; comprendre, moins de vocations. Il se trouve que cette formation de praticiens est, depuis une quinzaine d'ann&#233;es, notre sp&#233;cialit&#233;. Or, la vogue actuelle a l'inconv&#233;nient de cr&#233;er un mythe : &#171; Faites du groupe, tout va s'arranger. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas l'intention de mettre en question ici la valeur th&#233;orique des stages, leur utilit&#233; (ou leur nocivit&#233;) qui varient avec la comp&#233;tence des animateurs, mais nous croyons urgent de d&#233;noncer ce mythe du T-Group, image caricaturale d'une formation r&#233;duite &#224; l'un de ses &#233;l&#233;ments, image s&#233;duisante, largement r&#233;pandue et, dans la mesure o&#249; elle s&#233;curise, dangereuse pour ceux qui, au sortir du s&#233;minaire, se retrouvent dans une vraie classe, en proie &#224; un milieu autrement complexe et brutal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous a plusieurs fois sembl&#233; que le fait d'avoir particip&#233; &#224; des &#171; groupes &#187; (souvent trop courts) avait renforc&#233; les d&#233;fenses et les r&#233;sistances &#224; la communication, que les enseignants avaient davantage appris &#224; se taire (&#224; &#171; la boucler &#187;) qu'&#224; prendre et &#224; donner la parole et le pouvoir. Nous ne pensons pas que ce soit l&#224; le but recherch&#233;. Nous ne pensons pas non plus que la m&#234;me technique soit &#224; employer avec un fonctionnaire auxiliaire &#233;cras&#233; par la hi&#233;rarchie et avec un chef trop s&#251;r de lui-m&#234;me et de sa sup&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De l'exp&#233;rience involontaire...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; l'obligeance de quelques &#171; sp&#233;cialistes &#187;, nous avons eu l'avantage de vivre des exp&#233;riences involontaires mais tr&#232;s instructives, d'appr&#233;cier l'efficacit&#233;, les limites et les dangers de certaines techniques ou proc&#233;d&#233;s &#171; de groupe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... &#224; l'exp&#233;rimentation prudente&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres exp&#233;riences (cette fois volontaires, prudentes et contr&#244;l&#233;es) nous permettront, nous l'esp&#233;rons, de publier, apr&#232;s analyse, quelques documents utilisables pour la formation des ma&#238;tres. Nous ne pourrons nous faire entendre des gens &#171; normaux &#187;, fussent-ils professeurs de psychologie ou de morale, que si nous sacrifions &#224; la coutume, au sens commun. Sachant qu'en milieu enseignant (plus qu'ailleurs peut-&#234;tre) il est ind&#233;cent de parler des &#171; fous &#187; (198), nous &#233;viterons de signaler d'autres exp&#233;riences, pourtant instructives. Notre pratique se limitera ainsi au monde enseignant (instituteurs, professeurs, &#233;tudiants) : s&#233;quences non directives dans des stages (I&#034; ann&#233;e), groupes de formation sans objet (Aida Vasquez, stages 2e ann&#233;e), s&#233;minaires de contact de style non directif (formation de ma&#238;tres de classe pratique), groupes de contr&#244;le analytique (199). Certes, la pratique de la classe coop&#233;rative nous offre un autre entra&#238;nement en nous ouvrant constamment un monde moins familier aux sp&#233;cialistes de psychosociologie : le monde des enfants et des parents de milieux divers, mais cette exp&#233;rience limit&#233;e ne nous autorise pas &#224; formuler autre chose que...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... des conclusions provisoires (200)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur le plan de la th&#233;orie.&lt;/i&gt; Nous comprenons fort bien que, faute de r&#233;f&#233;rences autres, il soit commode et tentant de r&#233;duire la p&#233;dagogie institutionnelle au conseil de classe et le conseil au T-Group. C'est le moyen de se faire entendre d'un auditoire lui aussi priv&#233; de ces r&#233;f&#233;rences autres et pr&#234;t &#224; raffiner sur les concepts. Nous l'avons dit en 1965 : cette r&#233;duction de la p&#233;dagogie institutionnelle au T-Group est, pour nous, inacceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur le plan de la pratique.&lt;/i&gt; Il n'est nullement assur&#233; que cette d&#233;marche hardie, par la r&#233;assurance provisoire qu'elle procure, ne soit pas &#224; l'origine de certains d&#233;sastres lors de la reprise de contact avec les r&#233;alit&#233;s scolaires. Quel qu'en soit le prix de revient, une formation des ma&#238;tres qui se limiterait &#224; cette seule pratique du T-Group serait &#224; nos yeux v&#233;ritablement une formation au rabais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous consid&#233;rons actuellement nos &#171; groupes de formation &#187; comme un entra&#238;nement &lt;i&gt;compl&#233;mentaire&lt;/i&gt;, un perfectionnement que nous r&#233;servons &#224; des camarades d&#233;j&#224; aguerris par des stages ant&#233;rieurs et des aventures coop&#233;ratives. Les probl&#232;mes techniques (journal, enqu&#234;te, etc.) et p&#233;dagogiques (utilisation en fran&#231;ais ou en math&#233;matiques de...) et les probl&#232;mes d'organisation. (&#233;quipes, etc.) &#233;tant suffisamment ma&#238;tris&#233;s pour n'&#234;tre plus anxiog&#232;nes, des institutions assurant &#224; tous (ma&#238;tre compris), dans la classe, une certaine s&#233;curit&#233;, il devient alors (et alors seulement) possible et raisonnable de renoncer &#224; des d&#233;fenses devenues inutiles et d&#233;risoires. Au prix d'une exp&#233;rience qui souvent &#171; remue &#187; les participants, on souhaite alors acqu&#233;rir plus de &#171; disponibilit&#233;-vigilance &#187; : devenir &#233;ducateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de r&#233;pondre &#224; cette demande par un &#171; groupe sans objet &#187;, centr&#233; davantage sur les r&#233;sistances &#224; la communication (conscientes et inconscientes, &#233;manant des personnes ou de la situation) que sur le groupe lui-m&#234;me. Il est alors utile de savoir que, s'il est bon d'&#233;roder ou d'attaquer ces r&#233;sistances, il l'est certainement moins de d&#233;molir les d&#233;fenses personnelles, conditions de l'&#233;quilibre psychique de chacun. Le risque de d&#233;compensation est &#233;vident. Il est possible d'aider &#224; voir, entendre et parler juste, de d&#233;boucher un peu les yeux, les oreilles, de rendre &#224; chacun l'usage de ses sens sans pour autant fragiliser. On peut fort bien retirer une cuirasse devenue inutile sans entamer la peau du stagiaire. Noter que ce groupe de formation est toujours associ&#233; &#224; un &#171; atelier &#187; parall&#232;le o&#249;, &#224; propos de travaux, les ma&#238;tres sont entra&#238;n&#233;s &#224; la prise de d&#233;cision et &#224; la conduite de r&#233;union. Malheureusement, la difficult&#233; d'une telle formation cro&#238;t en raison directe de son utilit&#233; : ce sont &#233;videmment les individus les plus inhib&#233;s, donc les plus fragiles, qui ont besoin d'une intervention sur le plan psychologique. Or, il n'est pas toujours possible, en un temps tr&#232;s limit&#233;, de prendre en responsabilit&#233; une formation qui n'a jamais pr&#233;tendu remplacer une psychoth&#233;rapie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la limite, on pourrait faire remarquer que de tels stages devraient &#234;tre r&#233;serv&#233;s... &#224; ceux qui n'en ont pas besoin. Rappelons simplement que les groupes de formation n'interviennent qu'au deuxi&#232;me stage et pr&#233;cisons que l'admission est subordonn&#233;e &#224; l'accord des responsables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur le plan de la d&#233;ontologie.&lt;/i&gt; A moins de d&#233;nier au T-Group toute efficacit&#233;, nous estimons que cette technique, comme toute intervention th&#233;rapeutique, engage la responsabilit&#233; morale des organisateurs et nous ne voyons pas comment prendre en charge un groupe de formation sans avoir sur les transferts, les identifications, les projections, la contagion hyst&#233;rique, les d&#233;compensations et les passages &#224; l'acte autre chose que des id&#233;es : la comp&#233;tence n&#233;cessaire pour entendre, pr&#233;voir, contr&#244;ler et, au besoin, intervenir correctement. Une formation analytique nous para&#238;t un pr&#233;alable, pour qui prend la responsabilit&#233; d'exp&#233;riences de ce genre. Cette condition n&#233;cessaire, mais non suffisante, est-elle toujours remplie ? Il est &#233;videmment plus simple de nier l'existence de l'Inconscient. Il est regrettable que cette annulation magique ne suffise pas &#224; en supprimer les effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur le plan politique.&lt;/i&gt; Avec J. Ardoino, nous consid&#233;rons volontiers que &#171; ces techniques sont des outils, et comme tels, elles ne sont pas plus essentiellement au service du capitalisme qu'&#224; celui d'une classe sociale quelconque. En tant qu'objet, elles sont inertes &#187;. Elles peuvent servir... Au lieu de s'en d&#233;tourner avec horreur et terreur, les travailleurs pourraient en apprendre l'usage. Certes, nous ne voyons pas pourquoi un syst&#232;me bureaucratique, hi&#233;rarchis&#233; et autoritaire, ne s'accommoderait pas fort bien de ces groupes de formation si pris&#233;s dans l'industrie. On peut m&#234;me imaginer un syst&#232;me organis&#233;, r&#233;pondant aux besoins : entra&#238;nement &#224; la conduite de r&#233;union et &#224; la prise de d&#233;cision pour ceux qui auront &#224; tirer les ficelles, &#224; administrer, &#224; conduire, &#224; d&#233;cider ; T-Groups non directifs d'&#233;panouissement, d'expression libre, de &#171; lib&#233;ration &#187; avec jeux affectifs, voire &#233;rotiques (201), soupapes de s&#251;ret&#233; pour ceux qui auront &#224; ob&#233;ir. Ce syst&#232;me de formations diff&#233;renci&#233;es n'est-il pas en train de se mettre doucement en place ? La chose vaudrait d'&#234;tre &#233;tudi&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b) Du r&#233;glage de l'&#171; ambiance &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Garder la parole&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine a-t-il donn&#233; vraiment la parole que le ma&#238;tre craint de l'avoir perdue. Au risque d'&#233;noncer des banalit&#233;s, nous remarquerons qu'il est des choses qu'on peut fort bien &#224; la fois donner et garder, des puissances qui n'accroissent celle du donateur que dans la mesure o&#249; elles sont donn&#233;es &#224; d'autres. Pour rester dans le domaine scolaire, disons qu'il est rare qu'un professeur se plaigne de la science de ses &#233;l&#232;ves. On donne plus volontiers du savoir que du pouvoir. Pourquoi ? Cette crainte de perdre le pouvoir si on le donne proc&#233;derait-elle d'une illusion ? d'une confusion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les mains libres&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui est cach&#233; sous ce mot &#171; pouvoir &#187; ? Et d'o&#249; vient cette peur de le perdre ? Dans sa classe qui bouillonne ou qui d&#233;croche, le ma&#238;tre d'&#233;cole ne peut gu&#232;re r&#233;fl&#233;chir &#224; ces questions. Il a surtout besoin d'avoir les mains libres et aussi la t&#234;te... C'est, bien s&#251;r, le pr&#233;sident qui dirige la s&#233;ance, mais qui, finalement, est responsable ? qui donne le ton ? Savoir que le silence du ma&#238;tre est interpr&#233;t&#233;, et parfois aussi v&#233;cu comme une interpr&#233;tation. Savoir que toute non-intervention est en fait une intervention...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;interpr&#233;ter (202) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors ? Doit-on interpr&#233;ter ? &#187;, demande le n&#233;ophyte. Interpr&#233;ter quoi ? qui ? quand ? comment et par qui ? Nous sortons ici du domaine de la technique : personne ne peut dire au ma&#238;tre ce qu'il doit faire, ce qu'il doit souligner, att&#233;nuer, &#171; ignorer &#187; publiquement. Doit-il donner un sens &#224; ce qui n'en avait pas et qui, pour cette raison, est angoissant ? donner &#224; un &#233;v&#233;nement un sens nouveau et plus acceptable ou au contraire laisser agir le temps ? Autant &#233;crire le manuel du petit psychanalyste. On
trouverait des r&#233;ponses partielles en relisant les quelques comptes rendus de conseil, mais ne nous faisons pas d'illusions : a-t-on jamais appris &#224; nager par correspondance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est s&#251;re : si le responsable n'a pas les mains libres, s'il est encombr&#233; de &#171; science &#187;, de principes, de bons conseils, de scrupules et d'inhibitions, s'il r&#233;fl&#233;chit trop et s'interroge au lieu de r&#233;agir, il manque le coche, il laisse passer le moment. Aussi nous bornerons-nous &#224; citer quelques proc&#233;d&#233;s qui nous ont parfois aid&#233; &#224; agir vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#233;culpabiliser&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un drame, petit ou grand, r&#233;el ou imaginaire... Un enfant en impasse, culpabilis&#233;, angoiss&#233;, agressif ou d&#233;prim&#233;, bloqu&#233; ou agit&#233; et incapable de parler ou de se taire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a fort &#224; parier que, sous-jacents et proches, on trouve l&#224; le Sexe ou la Mort (203), sujets passionnants qu'il est aussi difficile d'aborder en public, au Conseil, qu'en priv&#233; en face &#224; face (204). Situation difficile pour le ma&#238;tre : tout refus de r&#233;ponse &#233;quivaut &#224; une fuite, &#224; un abandon. Qui fuit perd la face et la parole : que montre-t-il, sinon l'envers de son personnage, son absence de courage ? On pourrait parler, dans certains cas, de non-assistance &#224; personne en danger, mais comment se jeter &#224; l'eau quand on ne sait pas nager ? Nous avons d&#233;j&#224; parl&#233; de traumatisme et de recours : il suffit parfois d'&#233;couter calmement l'enfant en d&#233;tresse en l'encourageant par une s&#233;rie de : &#171; oui.. et apr&#232;s ?... et apr&#232;s ? &#187;, et de clore l'entretien par un &#171; et alors ? &#187; qui ne cl&#244;t rien du tout, laisse les portes ouvertes sur un &#171; &#224; venir &#187;. C'est le gosse, non la cause, qui est entendu ; il reste certes d&#233;muni, mais d&#233;livr&#233; d'une culpabilit&#233; que vous jugiez n&#233;faste, simplement parce que vous avez refus&#233; d'&#234;tre le Grand Inquisiteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#233;dramatiser&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antoine et le directeur, Henri et le serin, Hassan le &#171; cradeux &#187;, Line et le manteau gris, etc., c'est constamment que nous sommes amen&#233;s &#224; d&#233;dramatiser - &#224; &#171; d&#233;psychodramatiser &#187; - pour que, au Conseil, la parole passe et que &#171; &#231;a passe par la parole &#187;. Faire appara&#238;tre, pr&#233;cis&#233;, l'objet de la discussion, polarise les affects, centre les projections sur un objet, &#233;vite les &#233;claboussures et les &#233;clats (sur les sujets). En favorisant l'expression publique des repr&#233;sentations et des fantasmes de chacun (qui entrent ainsi en concurrence), le probl&#232;me se simplifie, se clarifie, s'objective. Chacun peut alors devenir plus objectif et mettre &#224; distance, voir ce qui &#171; crevait les yeux &#187;, moins et mieux parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps, souvent, joue un r&#244;le important : &#171; Nous verrons cela au prochain Conseil 205. &#187; Savoir ici que le ton, l'attitude du ma&#238;tre et du pr&#233;sident (qu'ils agissent par contagion ou que, en lui donnant un sens, ils interpr&#232;tent l'&#233;v&#233;nement) sont au moins aussi efficaces que les paroles dites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dramatiser ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean et Julien coupant tranquillement les cornes des escargots avec les ciseaux de la coop&#233; (206), le comportement dominateur des grandes filles (207), la pers&#233;cution d'Ahmed par le groupe (208) ne font pas probl&#232;me ; Nasser trouve parfaitement normal d'attaquer les filles dans la rue : elles sont pour lui des inf&#233;rieures, objets de consommation ; Albert commente sans inqui&#233;tude certains pillages effectu&#233;s en bande, avec des grands qui ont une auto. Tout cela appara&#238;t normal... Il se trouve que le ma&#238;tre a une opinion contraire et d&#233;sire l'exprimer : comment ? C'est simple, pense-t-on, il n'a qu'&#224; parler. Son discours viendra s'ajouter et se perdre dans le flot de paroles moralisatrices d&#233;vers&#233;es par la Famille, l'Ecole et la TV. Il peut aussi provoquer des d&#233;bats o&#249; les coupeurs de cornes seront confondus et &#233;tonn&#233;s (209), o&#249; l'on parlera incidemment de vol avec effraction ou bien du statut de la femme en France et en Alg&#233;rie. II suffit parfois de laisser un Luigi clamer son indignation (211) ou de proposer une bataille (211) pour attirer l'attention, dramatiser la situation et provoquer certains changements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le psychodrame&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est souvent inopin&#233;ment que le Conseil se transforme en psychodrame. Faute de pouvoir &#234;tre verbalis&#233;s, les drames sont rejou&#233;s, rev&#233;cus. En g&#233;n&#233;ral, l'aventure n'enthousiasme pas le ma&#238;tre. La situation de Conseil peut &#234;tre per&#231;ue comme une invitation : le public est l&#224;, parfois tr&#232;s coop&#233;rant, pr&#234;t &#224; applaudir qui se donne en spectacle gratuitement : &#171; On va bien rigoler. &#187; Pour peu on crierait : &#171; Oll&#233; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toute complaisance serait hautement toxique. Le risque de cultiver l'hyst&#233;rie ou le masochisme existe tr&#232;s concr&#232;tement dans une telle situation. Le ma&#238;tre classique, ici, risque et fait risquer &#187;, nous &#233;crivait le docteur Claude Veil en 1958. Il ne s'agit pas ici de psychodrame, mais de (mauvais) th&#233;&#226;tre, voire d'exhibitionnisme. Le pr&#233;sident d'ordinaire r&#233;agit : &#171; &#199;a va, on conna&#238;t ton num&#233;ro &#187; ou : &#171; Quand tu auras fini ton cirque (ton cin&#233;ma ou ton strip-tease), on pourra reprendre le Conseil. &#187; Il est souvent utile d'appuyer (calmement surtout, pour ne pas transformer le num&#233;ro en corrida, ce qui est d'ordinaire le but recherch&#233;) l'action du pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, nous le verrons avec Monique (212) et Luigi (213), le Conseil peut devenir brusquement le lieu d'expression de drames v&#233;ritables qui engagent l'avenir d'un enfant. Le groupe entier participe. Sa r&#233;ponse peut &#234;tre d&#233;cisive. Nous n'imaginons pas qu'un &#233;ducateur puisse se d&#233;sint&#233;resser de ce qui arrive, se laisser prendre au jeu, participer aveugl&#233;ment &#224; l'&#233;motion g&#233;n&#233;rale, renoncer &#224; sa vigilance et laisser au hasard le soin de d&#233;cider. Ce n'est pas toujours facile (214). Si nous repla&#231;ons le Conseil dans son contexte, il est facile de voir qu'il existe d'autres lieux sp&#233;cialement destin&#233;s &#224; l'expression socialis&#233;e (215) : la pr&#233;sentation des textes libres (216), les jeux libres dans le terrain, les marionnettes et le th&#233;&#226;tre libre, ou jeux dramatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcel - le bouffon - avait camp&#233; ce jour-l&#224; une silhouette de m&#232;re au foyer charg&#233;e de famille que les petits lapins de H.L.M. avaient hautement appr&#233;ci&#233;e. Il r&#233;glait l&#224;, sans aucun doute, des probl&#232;mes familiaux tr&#232;s pr&#233;cis. Nous rions encore de la grosse bonne femme, m&#233;nag&#232;re ultra-affair&#233;e, d&#233;bord&#233;e de travail, qui envoie les gosses en commission parce qu'elle n'a pas le temps... occup&#233;e qu'elle est toute la journ&#233;e &#224; jacasser avec ses comm&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Oury et A. Vasquez auraient &#233;t&#233; en peine d'imaginer un psychodrame aussi r&#233;ussi : c'est ce spectacle qui nous apportait les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires. Faut-il parler de la peinture, du modelage, du bricolage, de la construction &#224; partir de n'importe quoi d'objets &#171; insens&#233;s &#187; (qui n'ont de sens que pour leur auteur) ? R&#233;p&#233;tons que le Conseil, avec ses r&#232;gles, ses limitations, n'a de sens et peut-&#234;tre d'utilit&#233; que dans un contexte : institution parmi d'autres institutions qui toutes visent &#224; donner des possibilit&#233;s vari&#233;es de production, d'expression, de travail et de langage (217). Le psychodrame, jeu dramatique &#224; vis&#233;e th&#233;rapeutique, pourrait &#234;tre une de ces possibilit&#233;s. En ce qui concerne la th&#233;rapie, l'instrument nous parait &#234;tre d'un maniement d&#233;licat. En invitant inconsid&#233;r&#233;ment certains n&#233;vros&#233;s &#224; revivre leur drame, on risquait fort de r&#233;activer des angoisses difficilement contr&#244;lables...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous laissons volontiers le psychodrame, la psychanalyse, les neuroleptiques et les &#233;lectrochocs aux sp&#233;cialistes (218) qui prennent leurs responsabilit&#233;s. Amateurs, s'abstenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c) Le Conseil, lieu privil&#233;gi&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quitte &#224; provoquer quelques d&#233;ceptions, avouons que nous n'avons pas trouv&#233; La M&#233;thode, pas m&#234;me la technique-miracle, applicable en tout lieu par le premier imb&#233;cile venu. La machine &#224; instruire, &#224; &#233;duquer, &#224; soigner ? Peut-&#234;tre avons-nous seulement trouv&#233; qu'il &#233;tait grand temps de renoncer aux r&#234;veries p&#233;dagogiques et de se mettre s&#233;rieusement au travail, dans la r&#233;alit&#233;. Que livrer d'autre, actuellement, que des notes imparfaites, en invitant le lecteur &#224; confronter avec son exp&#233;rience ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;NOTES PRISES AU STAGE DE 1964 AU COURS D'UNE DISCUSSION
&lt;p&gt;A LAQUELLE PARTICIPAIT LE DR JEAN OURY&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A propos du traumatisme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est devant quelque chose d'important. On a quelque chose &#224; faire ou &#224; dire : d'une part, on ne peut pas le faire ou le dire, on en est emp&#234;ch&#233; ; mais d'autre part, on est sans recours, ni &#224; la m&#232;re, ni au p&#232;re, ni aux fr&#232;res, institutions, Etat, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun, dans son enfance, s'est trouv&#233; sans recours, traumatis&#233;. Certains individus adultes se trouvent dans des situations o&#249; ils sont ainsi coinc&#233;s... Dans une classe, il y a toute une somme de traumatismes qui bloquent les individus... et des blocages, des interdictions qui traumatisent. Dans un groupe organis&#233;, il y aura toujours des interdictions. Il pourrait y avoir, institu&#233;s ou non, des recours. Le Conseil par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Moment f&#233;cond...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tensions, les &#233;motions collectives transforment les groupes et font &#233;voluer les individus. La pr&#233;sence de tous et de chacun, les apports impr&#233;vus &#224; la discussion, les interventions d'enfants non engag&#233;s affectivement dans un conflit permettent des mises en lumi&#232;re, des reprises aussi. On reprend la situation, on reprend la question &#224; z&#233;ro, on reprise aussi certaines d&#233;chirures...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... lieu de recours...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait d&#233;finir le Conseil comme un lieu o&#249; tout ce qui a &#233;t&#233; provisoirement sans recours est rapport&#233; pour &#234;tre mis en circulation, discut&#233;... L'Autrui, qui &#233;tait apparu brusquement mena&#231;ant, sera autre devant les autres, demain, au Conseil. Au bout d'un certain temps, on sait qu'il existe dans la classe un organe pour r&#233;gler les questions et la machine antitraumatisme fonctionne en permanence : &#171; Je m'en fous, je le dirai au Conseil ! &#187; Autrement dit : &#171; Je ne suis pas traumatis&#233; : j'ai un recours. &#187; Enfin, on peut vivre en classe !... sans risquer &#224; tout moment de &#171; traumatiser &#187; ou d'&#171; &#234;tre traumatis&#233; &#187;. Ouf !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... le Conseil peut lever des inhibitions...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On explique volontiers la nocivit&#233; du milieu scolaire habituel par le nombre des interdictions ou des ordres : &#171; Fais ci. Fais &#231;a. Ne fais pas. Tais-toi. Recommence, etc. &#187; Or, des r&#232;gles, des interdictions, il y en a bien d'autres dans une classe coop&#233;rative ! Ce qui est dangereux, c'est de se trouver clou&#233;, arr&#234;t&#233;, sans pouvoir : inhib&#233;. C'est cela, un milieu nocif : qui cr&#233;e, qui favorise, qui renforce des inhibitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... qui ont leur importance sur le plan scolaire...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas trop ce qu'on fait quand on &#171; coince &#187; un gosse, &#231;a peut se retrouver en calcul, en orthographe, dans le simple fait de parler au copain ou plus tard. (Pour parler aux filles, mieux vaut n'&#234;tre pas trop inhib&#233;...) Ainsi s'expliqueraient certains progr&#232;s scolaires inattendus qui succ&#232;dent, comme par hasard, &#224; un Conseil o&#249; &#231;a a parl&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas faire de fronti&#232;res entre th&#233;rapeutique et p&#233;dagogie : c'est le m&#234;me processus. On ne peut pas lire ou apprendre &#224; lire si on a la t&#234;te ailleurs, l'esprit occup&#233;, si l'on est trop pr&#233;-occup&#233; par des choses qui trottent par la t&#234;te. Souvent il suffit de &#171; r&#233;gler &#231;a &#187; pour que le &#171; &#231;a &#187; rentre dans l'ordre et que l'esprit lib&#233;r&#233; s'adonne aux sciences et aux arts. Le Conseil peut aider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... &#224; condition que le Conseil existe...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme un lieu tout &#224; fait d&#233;fini, structuralement con&#231;u avec un certain rythme, tout un appareillage de groupe, de discussion, qui se distingue sur le fond de la vie quotidienne, avec cette vis&#233;e de r&#233;glage des &#171; sans-recours &#187; : avec cette vis&#233;e th&#233;rapeutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... accueillant &#224; n'importe quoi : au &#171; mensonge &#187;...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas bon que le Conseil apparaisse comme une cour de justice. Il n'est pas bon qu'il se passe sur le plan de la r&#233;alit&#233;. Bien s&#251;r, pour que les gens puissent parler, il faut bien qu'ils y croient, qu'ils parlent sur ce plan de la r&#233;alit&#233;, mais il vaut mieux savoir que la v&#233;rit&#233; est souvent cach&#233;e dans le mensonge, pas toujours dans ce qui est clair et logique. Si on le pousse, on voit bien que l'enfant veut dire quelque chose de bien plus profond que ce qui s'est pass&#233;, on voit bien qu'il est conscient qu'il ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... &#224; la v&#233;rit&#233;, &#224; l'imaginaire...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se passe dans un Conseil &#224; propos de la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; se situe plut&#244;t sur le plan de la fiction, fiction qui n'est pas mensonge, presque le plan du th&#233;&#226;tre, de la mythomanie : une partie de l'imaginaire. Bien s&#251;r, pour que les gens parlent, il faut faire semblant de croire : &#8212; Dis-le, ce qui s'est pass&#233;, mais ne pas prendre &#224; la lettre, prendre un certain recul, ne pas se f&#226;cher pour que les gens puissent mentir &#224; volont&#233;, pour que ce qui est dit puisse s'articuler apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... aux fantasmes...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, que &#231;a d&#233;bouche sur le plan du fantasme, qui est le ressort de toute th&#233;rapeutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait une autre fa&#231;on de d&#233;finir le Conseil : &#171; fen&#234;tre ouverte sur les fantasmes qui s'accrochent &#224; partir de n'importe quel &#233;v&#233;nement r&#233;el &#187;. Fantasmes dans la classe, fantasmes de la classe... Il vaut mieux savoir que l'angoisse du ma&#238;tre joue un r&#244;le essentiel dans tout ce qu'il fait en classe, et, en particulier, dans la mise en place de ces institutions comme syst&#232;me de d&#233;fense contre sa propre angoisse et contre celle qu'il fait &#233;clore. Cette tendance polici&#232;re, chez certains, n'est pas fortuite (219) : &#171; Que s'est-il pass&#233; ? n Il faut savoir la v&#233;rit&#233;. Une enqu&#234;te. Des t&#233;moins qui apportent des &#233;l&#233;ments fauss&#233;s. &#171; C'est pas vrai. &#187; Nouveaux conflits. On n'en sort pas. &#171; N'explore pas leurs &#171; petites histoires entre eux &#187; sans tenir ferme l'&#233;chelle par laquelle tu es descendu. Tu risques de t'y asphyxier comme au fond d'un puits (220). Un puits o&#249; est la V&#233;rit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas se tromper et croire que, plus on a de renseignements sur ce qui s'est pass&#233;, mieux cela s'arrangera. C'est souvent faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... au langage vrai&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil, seul endroit de mise en fonction de quelque chose d'essentiel pour la reconnaissance des uns et des autres, non pas sous forme d'images, de mirages, mais de langage avec les autres qui sont l&#224;. Il y a l&#224; une possibilit&#233; de re-jeu, plus ou moins conscient, de ce qui s'est pass&#233; dans les conflits. Les autres interviennent m&#234;me s'ils n'en ont pas envie au d&#233;but, et cela remue l'ambiance. Il est bon de parler d'un muet agressif : il se met parfois &#224; r&#233;pondre. Est-ce la profession qui rend l'instituteur toujours press&#233; ? Au Conseil, il est comme les autres, soumis aux m&#234;mes lois, il est bien oblig&#233; de prendre le temps d'&#233;couter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et le ma&#238;tre ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De qui parlions-nous ? des enfants ? pourquoi pas du ma&#238;tre ? Peut-&#234;tre conviendrait-il de parler l&#224; aussi de traumatismes, d'inhibitions, de fantasmes et d'hygi&#232;ne mentale ? Les agressions symboliques dont il est le t&#233;moin et souvent la victime r&#233;activent des conflits mal liquid&#233;s. Nous avons vu qu'une r&#233;action en cha&#238;ne peut se produire si, inquiet, il cesse de s'affirmer comme symbole de la Loi (221). Son anxi&#233;t&#233;, parfaitement per&#231;ue, ins&#233;curise et agite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une formation &#224; la relation ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de croire que l'organisation compartiment&#233;e des &#233;coles urbaines, les conditions de travail et les mod&#232;les offerts favorisent, chez les enseignants, l'ouverture &#224; autrui. Recommander des groupes de ma&#238;tres, n'est-ce pas supposer le probl&#232;me r&#233;solu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le papier, tout est simple : n'est-ce pas le Conseil des ma&#238;tres qui g&#232;re l'&#233;cole primaire ? Dans les r&#233;unions de synth&#232;se, r&#233;guli&#232;rement, m&#233;decins, &#233;ducateurs, administrateurs coordonnent leurs activit&#233;s dans les &#233;tablissements d'enseignement sp&#233;cial... Trois ma&#238;tres pour deux classes pratiques : une r&#233;union de coordination incluse dans l'horaire. Ici et l&#224;, des inspecteurs remplacent la conf&#233;rence p&#233;dagogique par des groupes de travail... Ailleurs (apr&#232;s la classe), des ma&#238;tres se r&#233;unissent et parlent de leurs difficult&#233;s... Des &#233;changes sont possibles, des recours aussi. (Savoir cependant que, statistiquement, ces r&#233;unions ne p&#232;sent pas lourd.) Seulement, &#224; ce niveau, on retrouve les m&#234;mes probl&#232;mes d'organisation, de conduite de r&#233;union que nous venons d'&#233;voquer &#224; propos du Conseil de coop&#233;rative, souvent aggrav&#233;s du fait que, conditionn&#233;s, les enseignants attendent la bonne parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ordinaire, ils n'attendent pas longtemps. Si l'inspecteur, le docteur ou le directeur laissent la parole, elle est vite reprise par quelque militant politique ou syndicaliste press&#233; d'endoctriner ce public de choix. Il est peu probable que, spontan&#233;ment, de tels groupes &#233;voluent vers l'efficacit&#233; : que devient la formation des ma&#238;tres ? Un sp&#233;cialiste de la conduite de r&#233;unions serait-il au courant de ce qui se passe dans l'&#233;cole ? Au demeurant, qui le paierait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;livr&#233;s de la hi&#233;rarchie, certains groupes d'enseignants r&#233;ussissent &#224; faire du bon travail &#8212; dans quelles conditions ! Il faut cependant dire ici que, paradoxalement, certains ap&#244;tres d'une pr&#233;tendue &#171; &#233;ducation nouvelle &#187; peuvent se r&#233;v&#233;ler fort nocifs. Simplifiant les probl&#232;mes, c'est en toute candeur qu'ils pr&#234;chent, au nom d'une libert&#233; id&#233;ale, le renoncement au pouvoir. Certains&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;avouent ing&#233;nument leur espoir de &#171; culpabiliser les ma&#238;tres &#187; (222) ! Mais &#224; qui s'adressent-ils ? Aux pr&#233;sents, bien s&#251;r. Leur sermon est entendu justement de ceux qui, sensibilis&#233;s, inquiets, parfois traumatis&#233;s, n'en ont nullement besoin. Les autres, bien s&#251;r, ne se sont pas d&#233;rang&#233;s. Le risque existe - et il est de taille ! - de confondre formation des ma&#238;tres avec culture des inhibitions et du masochisme. Alors ? Renoncer aux r&#233;unions ? Revenir &#224; la le&#231;on de p&#233;dagogie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voyons pas encore comment des &#233;missions, m&#234;me quand elles pr&#233;sentent des classes coop&#233;ratives, constituent un entra&#238;nement &#224; la conduite des r&#233;unions. Nous ne voyons pas comment un apport de contenu peut remplacer l'exp&#233;rience v&#233;cue, les exp&#233;riences confront&#233;es et analys&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Encore le Conseil ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la formation des ma&#238;tres n'est pas r&#233;solu, et nous ne pensons pas qu'il se pose seulement en termes quantitatifs. Des exp&#233;riences sont tent&#233;es. Dans quelques ann&#233;es, nous publierons, textes &#224; l'appui, les n&#244;tres ; mais, d&#232;s aujourd'hui, nous sommes en mesure d'affirmer que la vie coop&#233;rative &#233;duque aussi le ma&#238;tre. Un enfant parle &#224; d'autres devant le ma&#238;tre, ou au ma&#238;tre devant d'autres enfants. Cette grande personne qui, d'ordinaire, pr&#233;f&#232;re que les enfants &#233;coutent, est bien oblig&#233;e d'&#233;couter et parfois d'entendre. Ce retournement, cette reconversion, permet &#224; l'enseignant de vaincre sa peur de l'enfant en le d&#233;mystifiant, sa peur d'autrui aussi et sa peur de lui-m&#234;me. (Combien d'enseignants, sans le savoir, ont choisi un m&#233;tier qui, au moins en principe, les met &#224; l'abri de la contestation, de la relation de r&#233;ciprocit&#233; ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie coop&#233;rative consid&#233;r&#233;e comme une asc&#232;se, une autodiscipline s&#233;v&#232;re qui m&#251;rit autant l'instituteur que les &#233;l&#232;ves... Accepter l'autre et la relation avec l'autre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pensons pas pour autant que cette vie coop&#233;rative &#8212; un adulte avec des enfants &#8212; puisse &#224; elle seule constituer une formation. Des confrontations, des &#233;changes, des critiques, des mises en question, aussi, sont n&#233;cessaires. O&#249; ? Quand (223) ? La r&#233;novation p&#233;dagogique dont on vient de d&#233;couvrir la n&#233;cessit&#233; passe in&#233;luctablement par une formation des ma&#238;tres &#224; la conduite des groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette formation passe vraisemblablement par une critique impitoyable de l'institution qui interdit les relations &#171; horizontales &#187; ou &#171; transversales &#187;. Peut-&#234;tre vaut-il mieux parler de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;d) Extrapoler ? G&#233;n&#233;raliser ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que nous risquons de discourir. Nous d&#233;crivons ce que nous faisons, dans le contexte d&#233;fini de la classe coop&#233;rative, sans pr&#233;tendre apporter quoi que ce soit de directement transposable. Quelques &#233;l&#233;ments, quelques lignes de force seraient utilisables ailleurs ? Nous l'esp&#233;rons, mais le travail reste &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de ne pas remarquer certaines similitudes. Ce qui se passe dans un Conseil de maternelle ou de perfectionnement se passe aussi dans un stage d'instituteurs, dans un groupe de th&#233;rapie, dans une commission de personnes respectables ou dans une r&#233;union de militants politiques. Notre exp&#233;rience - quelques centaines de r&#233;unions -, notre travail d'analyse, nos recherches de &#171; ce qui pourrait servir l&#224; &#187; nous autorisent &#224; formuler quelques hypoth&#232;ses, &#224; proposer m&#234;me quelques explications. Nous ne sommes pas assez arm&#233;s socialement pour affronter le ridicule des affirmations p&#233;remptoires, des extrapolations hardies, des g&#233;n&#233;ralisations &#171; n&#233;cessaires &#187;. Il nous suffit d'&#233;couter des neurologues, des psychiatres, des psycho-sociologues ou des psychanalystes pour &#234;tre convaincus que, en 1970, nous n'en sommes, en psychologie, qu'&#224; l'aube de l'histoire. La seule certitude &#224; laquelle nous arrivons est que &#171; ce qui se passe l&#224;-dedans &#187; est bien plus compliqu&#233; qu'on ne le croit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous trouvons devant un travail long, difficile, assez effrayant. Nous ne comptons gu&#232;re pour le r&#233;aliser sur de g&#233;niales intuitions, mais plut&#244;t sur l'obstination de ceux qui, un jour, viendront dans les classes avec le d&#233;sir, le temps et la comp&#233;tence n&#233;cessaires pour analyser ce qui s'y passe (224). La p&#233;dagogie institutionnelle pourrait s'appliquer ailleurs ? Doit-elle n&#233;cessairement &#234;tre limit&#233;e &#224; quelques classes &#171; sp&#233;ciales &#187; ? A chacun d'en juger... Nous retournons provisoirement dans la classe coop&#233;rative explorer une autre voie d'acc&#232;s &#224; la complexit&#233; des groupes et des relations : la sociom&#233;trie.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;189. La litt&#233;rature sur ce sujet est abondante. Nous renvoyons le lecteur int&#233;ress&#233; &#224; J. ARDOINO, &lt;i&gt;Propos actuels sur l'&#233;ducation&lt;/i&gt;, Gauthier-Villars &#233;d., 1965 : la 2, partie est consacr&#233;e au groupe de diagnostic, p. 113-289 ; J.-M. AUBRY et Y. SAINT-ARNAUD,&lt;i&gt; Dynamique des groupes&lt;/i&gt;, Editions universitaires, et aux bibliographies propos&#233;es par ces auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;190. Signalons cependant d'autres travaux, bien ant&#233;rieurs, dans le domaine psychiatrique &#224; propos des clubs de malades (dont Bierer et Strauss &#224; la Tavistock-Clinic). Le club Paul-Balvet, qui fonctionnait &#224; l'h&#244;pital de Saint-Alban en 1948 avec le docteur Tosquelles, n'ignorait pas les ph&#233;nom&#232;nes de groupe, Moreno et Lewin. L&#224; encore, les a d&#233;couvertes &#187; r&#233;centes n'&#233;meuvent gu&#232;re... Cf. F. TOSQUELLES, &lt;i&gt;P&#233;dagogie et psychoth&#233;rapie institutionnelle&lt;/i&gt; ; J. OURY, &lt;i&gt;Les Clubs th&#233;rapeutiques&lt;/i&gt;, 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;191. N'&#233;voquons pas ici les groupes centr&#233;s sur la th&#233;rapie : groupes de psychodrame plus ou moins analytiques, groupes de contr&#244;le, groupes Balint, groupes de monographie ou d'&#233;tude de cas, clubs th&#233;rapeutiques, etc. Il serait &#233;tonnant que l&#224;, parce que ce n'est pas l'objet de la r&#233;union, on puisse longtemps n&#233;gliger ce qui se passe au niveau du groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;192. Citons, parmi d'autres :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; le Groupe fran&#231;ais de sociom&#233;trie, dynamique de groupe et psychodrame (A. Ancelin-Sch&#252;tzenberger) ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'ARIP, Association pour la recherche et l'intervention psycho-sociologiques (G. Palmade, M. Pag&#232;s, A. de Peretti) ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'ANDSHA, Association nationale pour le d&#233;veloppement des sciences humaines appliqu&#233;es (J. Ardoino) ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'IPA, Institut promotion animation (B. Pasquier) ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; le CEPREG, Centre de perfectionnement des responsables de groupes.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;193. Citons :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Prise de d&#233;cision, conduite des organisations, oct. 1967, 6 jours, 1 020 F ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; P&#233;dagogie et formation des adultes, 11 jours, en 1968, 1 640 F ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Cycle psycho-sociologie et sociologie &#233;conomique, 1968-1969, 12 500 F.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le CEPREG, association loi 1901, organise des sessions plus accessibles (1968, 6 jours, 400 F environ), mais surtout, subventionn&#233;, l'IFEPP, Institut de formation en psychop&#233;dagogie familiale et sociale, peut accueillir des instituteurs. Nos stages de formation &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle s'adressent &#224; un public diff&#233;rent, &#233;conomiquement faible et moins int&#233;ressant : en 1970, 8 jours en internat, 10 % du salaire mensuel (ire ann&#233;e) ou 15 % (2e ann&#233;e) + 150 F de s&#233;jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;194. Cf. A. de PERERRI, &lt;i&gt;Les Contradictions de la culture et de la p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, l'Epi, en conclusion : &#171; Les hommes sont l&#224;... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;195. Le Monde, 8-9-1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;196. &#171; Qu'on titularise un &#233;boueur qui a ramass&#233; les poubelles pendant six ou sept ans, c'est une chose. Ce n'est pas une raison parce qu'un maitre enseigne depuis quelques ann&#233;es pour qu'il pr&#233;tende s'int&#233;grer au corps enseignant. &#187; Les suppl&#233;ants, les ma&#238;tres auxiliaires d'origine ouvri&#232;re appr&#233;cieront ces propos du pr&#233;sident de la Soci&#233;t&#233; des agr&#233;g&#233;s. (Cf. L'Education, 5-11-70.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;197. Cf. J. Wirrwer, &lt;i&gt;Pour une r&#233;volution p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, Ed. Universitaires, p. 37 : Situation des &#171; &#233;ducateurs au contact &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;198. Cf. Dr GENTIS, &lt;i&gt;Les Murs de l'asile : qui est fou, qui ne l'est pas ?&lt;/i&gt;, Maspero &#233;d., 1970 ; Gu&#233;rir la vie, Maspero &#233;d., 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;199. Cf. infra, chap. 5 (Pauv' Th&#233;r&#232;se).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;200. A partir de l'analyse de nos stages et des a d&#233;marrages &#187; dans les classes, signalons un livre en pr&#233;paration sur la formation des ma&#238;tres et les techniques de d&#233;marrage de la coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;201. Pourquoi pas ? Il suffirait de peu pour faire appara&#238;tre une demande sociale de recyclage en ce domaine. Il suffirait, les r&#233;sistances surmo&#239;ques &#233;tant amoindries provisoirement, de laisser faire, d'interdire d'interdire, de ne pas rep&#233;rer ou de ne pas interpr&#233;ter &#224; temps certains transferts pour transformer le T-Group en f&#234;te, glisser du &#171; groupe en fusion &#187; aux effusions en groupe, des &#171; transferts lat&#233;raux s aux transports en commun...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains alors se r&#233;jouiraient et parleraient de lib&#233;ration, de d&#233;foulement, d'inhibitions surmont&#233;es, etc. Justement parce qu'il ne s'agit que de transferts et de contagion affective, il semble plus prudent de se m&#233;fier des lendemains qui d&#233;chantent, et de pr&#233;f&#233;rer aux passages &#224; l'acte des modes d'expression plus symboliques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;202. Cf. infra, p. chap. 5 (Luigi et Ahmed).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;203. Cf. supra, p. 456 et s. (Tumulte &#224; Ivry).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;204. Cf. supra, p. 474 et s. (Le Groupe X).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;205. Cf. supra, p. 436 et s. (De la confusion au remaniement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;206. Cf. VPI, p. 84.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;207. Cf. supra, p. 441 (De la confusion au remaniement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;208. Cf. infra, chap. 5 (Luigi et Ahmed).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;209. Cf. VPI, p. 84.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;210. Cf. infra, chap. 5 (Luigi et Ahmed).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;211. Cf. supra, p. 438 (De la confusion au remaniement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;212. Cf. infra, chap. 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;213. Cf. infra, chap. 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;214. Cf. infra, chap. 5 (Pauv' Th&#233;r&#232;se, Le Papillon mort, Mohamed, Mon pauvre copain).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;215. On parlera ici, au choix, d'art ou de sublimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;216. Cf. supra, p. 109 et s. (Enfants &#171; normaux &#187; ; p. 216 et s. (Le 30 novembre) ; infra, chap. 5 (Mohamed, Guillaume).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;217. Voir ci-dessus, note 215.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;218. Cf., entre autres, Ancelin SCHUTZENBERGER, &lt;i&gt;Pr&#233;cis de psychodrame&lt;/i&gt; ; D. ANZMU, &lt;i&gt;Le Psychodrame analytique chez l'enfant&lt;/i&gt;, P.U.F. ; DIATKINE et KESTEMBERG, &lt;i&gt;Dix ans de th&#233;rapeutique par le psychodrame&lt;/i&gt;, La Psychiatrie de l'enfant, vol. I, fasc. 1, 1958 ; MORENO, &lt;i&gt;Fondements de la sociom&#233;trie&lt;/i&gt;, P.U.F. ; &lt;i&gt;Psychoth&#233;rapie de groupe et psychodrame&lt;/i&gt;, P.U.F. ; SLAVSON, &lt;i&gt;Psychoth&#233;rapie de groupe&lt;/i&gt;, P.U.F.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;219. Comme la S&#251;ret&#233; nationale, l'Education nationale a ses inspecteurs. Pour l'Administration, pour l'option publique, donc les &#233;l&#232;ves, surveiller, contr&#244;ler, chercher &#224; savoir, juger ou rapporter aux Autorit&#233;s fait partie des devoirs de l'instituteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, dans le secondaire, cette fonction polici&#232;re, jug&#233;e indigne du professeur, est laiss&#233;e &#224; des surveillants, personnel subalterne charg&#233; de maintenir l'ordre. Mais comment s'&#233;tonner si, dans le contexte institutionnel &#171; normal &#187;, rien ne r&#233;ussit, si les enseignants et les inspecteurs, quelle que soit leur &#171; attitude i, sont d'abord per&#231;us comme une instance surmo&#239;que pers&#233;cutrice qui r&#233;veille l'agressivit&#233;, comme des &#171; agents de la r&#233;pression &#187; ? Si les &#233;l&#232;ves vivent la participation comme une &#171; collaboration &#187; et r&#233;pugnent &#224; organiser l'&#171; autodiscipline &#187; ? Si des professeurs de bonne volont&#233; d&#233;sesp&#232;rent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;220. F. DELIGNY, &lt;i&gt;Graine de crapule&lt;/i&gt;, cit&#233; dans VPI, p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;221. R&#233;p&#233;tons qu'il n'est pas question ici de l&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;222. &#171; &lt;i&gt;Un loup quelque peu clerc prouva par .sa harangue
Qu'il fallait d&#233;vouer ce maudit anima&lt;/i&gt;l &#187;. D (La Fontaine.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;223. La formation en alternance, r&#233;alis&#233;e par les Centres de formation de ma&#238;tres de classes pratiques, constitue une tentative int&#233;ressante (qualifi&#233;e aussit&#244;t de &#171; formation au rabais :0).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;224. Cf. en annexe quelques propositions :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Pour un centre d'&#233;tudes et de formation en &#233;ducation et p&#233;dagogie, 1968.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Pour un code de d&#233;ontologie de la recherche p&#233;dagogique, 1967.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le conseil de coop&#233;rative (2/3)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?478-le-conseil-de-cooperative-2-3</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?478-le-conseil-de-cooperative-2-3</guid>
		<dc:date>2011-06-10T10:51:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Psychoth&#233;rapie</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Assembl&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il est ici question de stricte p&#233;dagogie (institutionnelle), mais il serait &#233;tonnant que le &#171; politique &#187; n'y trouve pas mati&#232;re &#224; r&#233;flexion... Le &#171; conseil de coop&#233;rative &#187; dont il est question, assembl&#233;e scolaire hebdomadaire, est le lieu o&#249; s'organise et se r&#233;organise la classe, dans la dur&#233;e, s'affrontant autant &#224; la scl&#233;rose de la routine qu'aux d&#233;sirs multiformes de chacun. On ne trouvera dans ce texte de la fin des ann&#233;es 60 aucune recette clefs en main, et on trouvera ailleurs (ici (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-8-pedagogie-+" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-55-travail-+" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-67-psychotherapie-+" rel="tag"&gt;Psychoth&#233;rapie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-120-assemblee-+" rel="tag"&gt;Assembl&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il est ici question de stricte &lt;a href=&#034;http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?mot69&amp;lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;p&#233;dagogie (institutionnelle&lt;/a&gt;), mais il serait &#233;tonnant que le &#171; politique &#187; n'y trouve pas mati&#232;re &#224; r&#233;flexion... Le &#171; conseil de coop&#233;rative &#187; dont il est question, assembl&#233;e scolaire hebdomadaire, est le lieu o&#249; s'organise et se r&#233;organise la classe, dans la dur&#233;e, s'affrontant autant &#224; la scl&#233;rose de la routine qu'aux d&#233;sirs multiformes de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne trouvera dans ce texte de la fin des ann&#233;es 60 aucune recette clefs en main, et on trouvera ailleurs (&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?296-C-est-pire-que-si-il-n-y-avait' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici par exemple&lt;/a&gt;) le t&#233;moignage de la transformation ult&#233;rieure de ces outils en m&#233;caniques de management. Cette &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?137-echange-mail-sur-la-recuperation' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; r&#233;cup&#233;ration &#187;&lt;/a&gt; ne peut servir de condamnation : elle montre au contraire de mani&#232;re &#233;clatante ce que cette v&#233;ritable &#171; praxis p&#233;dagogique &#187; (F. Imbert) avait de radicalement novateur mais que les relais pour perp&#233;tuer une telle pens&#233;e / pratique se sont rar&#233;fi&#233;s &#224; l'extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage est extrait de &#171; De la classe coop&#233;rative &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle &#187; d'A. Vasquez &amp; F. Oury, Maspero, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?423-le-conseil-de-cooperative-1-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Premi&#232;re partie disponible ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seconde partie, ci-dessous,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?481-le-conseil-de-cooperative-3-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Troisi&#232;me partie disponible l&#224;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(... / ...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Pr&#233;cisions. Techniques. Proc&#233;dures et proc&#233;d&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a) A propos de ficelles...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Discours p&#233;dagogique se maintient d'ordinaire &#224; un &#171; niveau &#233;lev&#233; &#187; : apr&#232;s les finalit&#233;s de l'&#233;ducation (d&#233;sir de la soci&#233;t&#233; et devoirs du ma&#238;tre), on salue l'art de l'&#233;ducateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparaissent l'esprit de finesse, le sens de l'humain, les qualit&#233;s indispensables. Qu'un praticien ing&#233;nu dise : &#171; Cela est fort beau : comment faites-vous ? &#187;, et le Discours, alors, se fait m&#233;prisant : &#171; trucs de m&#233;tier &#187;, &#171; recettes &#187;, &#171; petits proc&#233;d&#233;s &#187;, &#171; ficelles &#187;. &#171; Faites preuve d'intelligence, d'ing&#233;niosit&#233;, d'initiative, de cr&#233;ativit&#233;, innovez sans crainte (144) ! &#187; Et le miracle se produit : les d&#233;munis reprennent &#224; leur compte le Discours : &#171; Ce qui importe, c'est l'Esprit, etc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la p&#233;dagogie est dans la classe, si notre travail quotidien a une valeur, si les solutions ne peuvent venir que de l&#224; o&#249; se posent des probl&#232;mes, nous n'avons aucune raison de garder nos outils dans notre musette (145). Certes, nous n'avons gu&#232;re de m&#233;thode &#224; proposer, de &#171; syst&#232;me bas&#233; sur des &#233;l&#233;ments s&#251;rs prouv&#233;s scientifiquement et coordonn&#233;s d'une fa&#231;on absolument logique &#187; (146). Freinet a toujours pr&#233;f&#233;r&#233; parler de techniques que de m&#233;thode. Laissant &#224; ceux qui d&#233;couvrent Moreno (et ignorent Freud) le soin d'&#233;laborer des m&#233;thodes, nous n'avons &#224; offrir que d'autres techniques, des proc&#233;d&#233;s qui ont permis &#224; des ma&#238;tres et &#224; des &#233;l&#232;ves de se sortir d'affaire : bric-&#224;-brac indigne de la p&#233;dagogie ? Peut-&#234;tre. Mais il est parfois bien utile d'avoir de la ficelle dans sa poche et de savoir s'en servir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t l'objection : &#171; Les enseignants vont g&#233;n&#233;raliser, ils prendront vos &#171; combines &#187; pour des solutions et s'en serviront &#224; tort et &#224; travers. &#187; Sont-ils vraiment si b&#234;tes ? Quinze ans de stages, avec des volontaires, il est vrai, nous ont sans doute rendus optimistes : c'est surtout vus de dessus et &#233;cras&#233;s que les subalternes paraissent d&#233;pourvus d'intelligence. Nous ouvrons notre musette, chacun se servira &#224; sa guise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lisant les comptes rendus de Conseils, vous avez d&#233;j&#224; rep&#233;r&#233; des rites, des ma&#238;tres mots, des strat&#233;gies, des manipulations. Vous en avez constat&#233; l'utilit&#233;, les limites et les dangers. Mais les mots, les mots malades, ont introduit de nouvelles confusions, de nouveaux malentendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Manipulation&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On manipule un objet. Si je manipule une personne (ou un groupe), je lui d&#233;nie la qualit&#233; de sujet, j'en fais un objet : mon objet. Par force ou par ruse, j'annihile ses r&#233;actions pour la tenir &#224; ma merci et affirmer mon pouvoir. Il s'agit d'avoir l'autre (147). On con&#231;oit que l'&#233;ducateur &#233;prouve quelque scrupule &#224; &#171; manipuler &#187; un &#233;l&#232;ve ou une classe (que fait d'autre le &#171; bon ma&#238;tre &#187; ?). Dans le contexte actuel, on pourrait souhaiter qu'il &#233;prouve autant de scrupules &#224; laisser manipuler le groupe par quelque leader ou &#224; se laisser lui-m&#234;me prendre en main par les &#233;l&#232;ves. Comme la self-defense, les techniques de manipulation peuvent servir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... et strat&#233;gie :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie reconna&#238;t &#224; l'autre une existence, une valeur, une possibilit&#233; de r&#233;action, d'initiative. Elle ne le r&#233;duit pas &#224; l'&#233;tat de chose, d'objet : au contraire. Explicit&#233;e, elle devient entra&#238;nement, &#233;ducation. Il n'est pas de r&#233;union sans strat&#233;gie (que celle-ci soit ou non volontaire et consciente). Comment aborder ce probl&#232;me ? &#233;viter ce gu&#234;pier ? tirer Line de ce mauvais pas ? stopper Lucie qui se donne en spectacle en racontant sa vie ? accrocher le groupe &#224; cette question dont il ne voit pas l'urgence ? Comment faire taire Meziane qui parle si bien... &#224; la place de son fr&#232;re ? Et comment arriver &#224; ce que Christian, qui n'a jamais rien &#224; dire au Conseil (ni ailleurs), prenne la parole ? Que faire ? Prier ? Peut-&#234;tre est-il opportun de souligner que le retrait, la passivit&#233;, le silence, le laisser-faire et ce qui est appel&#233; &#171; non-directivit&#233; &#187; sont des &#233;l&#233;ments d'une strat&#233;gie dont il vaut mieux &#234;tre conscient et responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu dans plusieurs Conseils le ma&#238;tre se retirer provisoirement du jeu. Il ne s'agit ni d'une mise &#224; l'abri, ni d'une ob&#233;issance &#224; une mode quelconque, mais bien d'une strat&#233;gie consciente et organis&#233;e dont on prend l'enti&#232;re responsabilit&#233; (148). P. Dujon, A. Vasquez, M. Renaud et S. Timmermans contr&#244;lent la confusion, la bataille imaginaire, le remaniement, l'&#171; autogestion &#187; et le tumulte. A quel moment vous a-t-il sembl&#233; que ces femmes, &#233;mues, troubl&#233;es, perdaient la t&#234;te et s'abandonnaient au &#171; groupe &#187;... en abandonnant les enfants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; d'autres exp&#233;riences, souvent involontaires, que nous voulons faire allusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... une distinction n&#233;cessaire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous insistons sur ces notions de manipulation et de strat&#233;gie, c'est que la confusion a eu des cons&#233;quences dans bien des classes &#171; r&#233;nov&#233;es &#187;. N'est-il pas l&#233;gitime qu'un &#233;ducateur (et plus encore un fonctionnaire constamment manipul&#233; par la bureaucratie) r&#233;pugne &#224; manipuler les &#233;l&#232;ves ? Mais il arrive bien souvent que, d&#233;mocrates optimistes ou scrupuleux, enthousiasm&#233;s par des id&#233;ologies dites d'avant-garde (149), des &#233;ducateurs refusent cette id&#233;e de strat&#233;gie n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous des pr&#233;textes (150) &#233;thiques, le ma&#238;tre refuse le pouvoir et l'agressivit&#233;. L'exp&#233;rience r&#233;pond d'ordinaire : le groupe entier, les plus fragiles et le ma&#238;tre d&#233;missionnaire sont tr&#232;s vite mani&#233;s &#224; loisir par les &#233;l&#233;ments les plus dynamiques. On conna&#238;t la suite : apr&#232;s la f&#234;te et apr&#232;s l'agitation joyeuse, l'anxi&#233;t&#233;, la lassitude, l'apathie d&#233;pressive en attendant la s&#233;curisante reprise en main. Dans le meilleur des cas, l'enseignant, gu&#233;ri &#224; jamais de ce qu'il appelle &#171; l'&#233;ducation nouvelle &#187;, remonte tant bien que mal sur sa chaire et reprend son cours... S'il a disparu dans la tourmente, c'est l'institution externe, intacte, qui r&#233;tablit l'ordre, et tout redevient &#171; normal &#187;. Manipulation, strat&#233;gie des r&#233;unions... Notions qui ne s'acqui&#232;rent que par l'entra&#238;nement. Pourquoi demeureraient-elles l'apanage de &#171; sp&#233;cialistes &#187; ou de &#171; cadres sup&#233;rieurs &#187; ? Peut-&#234;tre est-il utile de savoir que l'inertie, la candeur, la l&#226;chet&#233; et surtout l'ignorance deviennent des armes pour qui sait manier la b&#234;tise avec intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b) De la fonction pr&#233;sidentielle&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi parlons-nous ? Du pr&#233;sident de la coop&#233;rative ? Du pr&#233;sident de la R&#233;publique ? Qu'on le veuille ou non, au moins au niveau primaire, le ma&#238;tre majeur est (ou devrait &#234;tre) l&#233;galement responsable de la classe, en assurer la continuit&#233;, en &#234;tre le support symbolique. Peut-on, sans leurrer et sans se leurrer, laisser la place d'une fa&#231;on permanente &#224; un jeune enfant ? Il ne sera ici question que du pr&#233;sident de s&#233;ance, de celui qui, lors du Conseil et seulement l&#224;, d&#233;tient un pouvoir limit&#233; dans le temps mais r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait parler des pr&#233;sidents de s&#233;ance puisque, en principe, les &#233;l&#232;ves se succ&#232;dent, mais c'est la fonction, plus que les personnes, qui nous int&#233;resse ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le pr&#233;sident de s&#233;ance&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe a d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; l'un de ses membres, pour un temps donn&#233;, un pouvoir d&#233;fini... Le pouvoir de donner la parole, de faire exister le groupe qui le fait exister, lui, en tant que pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des accidents sont pr&#233;visibles :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Hassan croit que c'est arriv&#233; : il est devenu ca&#239;d, roi, Dieu le P&#232;re ou Monsieur le directeur. Ecrasant all&#233;grement ceux qui lui donnent pouvoir, il ne s'aper&#231;oit pas que sa puissance grandiose est devenue imaginaire. Il est fort surpris d'entendre : &#171; Qui critique le pr&#233;sident ? &#187; et de voir tant de mains lev&#233;es... S'il le pouvait, il ferait donner la garde. Remis &#224; sa place, il pourra m&#233;diter : &#171; Qu'est-ce que le pouvoir ? &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Denis a compris qu'il faut &#234;tre gentil et populaire, laisser parler : personne n'entend plus personne. &#171; C'est pas un Conseil, c'est la r&#233;cr&#233; ! &#187; &#171; Taisez-vous &#187;, crie Denis. &#171; Ta gueule ! &#187;, r&#233;pond une voix. Le Conseil est termin&#233;. Le pr&#233;sident a d&#233;truit lui-m&#234;me la loi qui le faisait exister. Th&#232;me de r&#233;flexion : le pouvoir s'use si l'on ne s'en sert pas.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; J&#233;r&#244;me, le retors, s'est instruit. Il est expert en manipulation. Ce n'est pas lui qui fera taire brutalement ! D&#233;mocrate, il donne la parole aux petits, sugg&#232;re, aide, reformule gentiment, oublie un grand qui le g&#234;ne... Il oublie simplement qu'il n'est pas seul &#224; conna&#238;tre la musique. S'il n'est pas &#171; descendu en flammes &#187; par quelque Luigi (151) furieux d'&#234;tre pris pour un imb&#233;cile, J&#233;r&#244;me sera peut-&#234;tre f&#233;licit&#233; publiquement par le ma&#238;tre pour son habilet&#233; tactique... Les autres apprendront ainsi &#224; ne pas se laisser avoir.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Utiles exp&#233;riences ? Utiles pour qui ? Pour tous ? A en juger par le comportement de la plupart des adultes confront&#233;s &#224; des situations anxiog&#232;nes (groupes de travail ou de d&#233;cision), nous en venons &#224; penser que l'entra&#238;nement &#224; la conduite des r&#233;unions pourrait constituer l'essentiel de la formation des ma&#238;tres (qui d&#233;sirent faire vivre des groupes coop&#233;ratifs). Mais ce qui est possible est-il vraiment souhait&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et le ma&#238;tre ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut dispara&#238;tre de la sc&#232;ne, il ne dispara&#238;t pas de la classe (152). Nous dirions m&#234;me : au contraire. A un pouvoir imaginaire se substitue un pouvoir symbolique autrement efficace. Il est l&#224;, bien s&#251;r, comme gardien de la loi locale (153), mais aussi comme repr&#233;sentant de la loi sociale (154) et comme garant d'une autre Loi qui diff&#233;rencie l'homme de l'animal (155). Il est l&#224; comme r&#233;f&#233;rence &#224; autre chose d'ext&#233;rieur au groupe, qui vient constamment en m&#233;diation, &#233;vitant affrontements et blocages et, au moins dans des groupes d'enfants, son existence nous para&#238;t &#234;tre une condition n&#233;cessaire aux &#233;changes. Est-il utile de signaler que le ma&#238;tre constitue un recours ? Recours pour R&#233;mi, l'apprenti pr&#233;sident ; pour le secr&#233;taire qui s'embrouille ; pour le groupe entier, en proie &#224; l'agitation ou au blocage ; pour chaque enfant, qui ne parle que parce qu'il se sent en s&#233;curit&#233; (156).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le r&#244;le du pr&#233;sident&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; est &#233;videmment de conduire la r&#233;union, c'est-&#224;-dire :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; donner la parole. C'est parce qu'il parle au nom de la loi que le pr&#233;sident assure la s&#233;curit&#233; de l'orateur qui peut, &#224; coup s&#251;r, &#234;tre entendu.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; conduire vers quoi ? Il n'est pas toujours facile de renoncer &#224; conduire le groupe vers la a bonne d&#233;cision D : celle que le pr&#233;sident avait prise. Mieux vaut cependant, le jour o&#249; l'on a une position &#224; d&#233;fendre, renoncer &#224; la pr&#233;sidence.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi se r&#233;unir en Conseil ? Pour bavarder agr&#233;ablement, parler pour ne rien dire, chanter en choeur ou vocif&#233;rer en tas ? Si le but n'est pas fix&#233;, la voie est trac&#233;e. Nous sommes l&#224; pour essayer d'y voir clair, pour y comprendre quelque chose et pour d&#233;cider ensemble. Au pr&#233;sident de nous aider.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; ...et sans accident. Des choses sont dites. Comment sont-elles re&#231;ues ? N'a-t-on pas, sans le vouloir, parl&#233; de corde dans la maison du pendu ? Et celui-l&#224;, si heureux de raconter sa vie, quelle t&#234;te fera-t-il demain ? Parler d&#233;gage, mais parler engage. Le pr&#233;sident, qui donne la parole, la retire parfois...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un pr&#233;sident &#233;lu...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;videmment la solution id&#233;ale lorsque tous les participants sont capables de pr&#233;sider et le d&#233;sirent. Pour &#233;viter une perte de temps, on peut aussi d&#233;cider que chacun pr&#233;sidera &#224; son tour...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement il arrive que chaque enfant ne soit pas d'embl&#233;e capable d'assumer une fonction dont nous venons de pressentir la complexit&#233; (157), il serait alors int&#233;ressant de voir ce qui se cache sous l'attitude &#171; d&#233;mocratique &#187; du ma&#238;tre. C'est ordinairement quand la place devient intenable que le ma&#238;tre offre la pr&#233;sidence et il y a toujours quelques &#233;tourdis pour se disputer cet honneur... On note ; le ma&#238;tre devient observateur (se met en A, comme disent les sp&#233;cialistes) et, s'il est frott&#233; de psycho-sociologie, analyse le naufrage de l'imprudent qui a voulu prendre sa place... Il est possible que l'&#233;chec soit &#233;ducatif... Comment apprendre sans essayer ? Il est possible aussi d'interpr&#233;ter diff&#233;remment cette &#171; non-directivit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... ou choisi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une classe de petits, dans un Perfectionnement, le choix est limit&#233; &#224; quelques volontaires, toujours les m&#234;mes : ceux qui sont capables de pr&#233;sider (les bleus), ceux qui peuvent essayer (les verts) (158). Nous avons vu, &#224; Nanterre, R&#233;mi conduire tant bien que mal une r&#233;union houleuse, assist&#233; par le ma&#238;tre (159). Pr&#233;sider un Conseil est une &#233;preuve et un honneur, un exploit dont les r&#233;percussions psychologiques ne sont pas n&#233;gligeables, et le ma&#238;tre a peut-&#234;tre mieux &#224; faire qu'&#224; jouer au d&#233;mocrate. Il s'int&#233;resse plut&#244;t &#224; la m&#233;t&#233;o : temps calme, mer belle ? C'est le moment d'offrir &#224; un timide ou &#224; un gar&#231;on qui a besoin de se r&#233;affirmer (160) une occasion de r&#233;ussite. Mer agit&#233;e, coups de vent pr&#233;vus ? Mieux vaut d&#233;signer un pilote entra&#238;n&#233;. On ne pr&#233;side pas deux fois de suite ; sur le cahier de Conseil s'inscrit le nom du pr&#233;sident de s&#233;ance ; il est facile d'&#233;viter la formation d'un sous-groupe de pr&#233;sidents professionnels, de technocrates...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Petites et grosses ficelles. Faciliter...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit bien que Christian veut parler, mais h&#233;site, que R&#233;mi s'endort... Il est facile d'annoncer : &#171; Je crois que Christian voulait dire quelque chose... &#187; : ou &#171; R&#233;mi a un avis diff&#233;rent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... ou limiter la parole&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meziane et Nasser ont entam&#233; une petite conversation. Nasser sursaute quand il entend le pr&#233;sident annoncer : &#171; Nasser a quelque chose d'important &#224; dire qui int&#233;resse tout le monde. &#171; Moi ? Non. - Alors, tais-toi. &#187; Il est bien connu qu'il suffit de donner la parole pour faire taire. Il semblait difficile d'interrompre Gilbert qui racontait ses vacances en Conseil. On pouvait bien s&#251;r profiter du moment o&#249; il reprendrait son souffle, r&#233;sumer son histoire et conclure &#224; sa place. Il a &#233;t&#233; plus exp&#233;ditif de demander : &#171; Quels sont ceux que cela int&#233;resse ? &#187; Avec un peu de chance, le pr&#233;sident a ramen&#233; le bavard &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Relancer...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Albert, l'affaire est r&#233;gl&#233;e : il a donn&#233; son avis. Le pr&#233;sident en juge autrement : &#171; C'est une question int&#233;ressante. Qu'en pensez-vous ? &#187; Et voil&#224; la discussion rouverte, de nouveaux &#233;l&#233;ments, et Albert, qui croyait bien avoir gagn&#233; la partie, amen&#233; &#224; se justifier, &#224; tenir compte d'autres avis. Le pr&#233;sident aurait pu dire : &#171; Personne ne propose autre chose ? &#187;, en comptant sur l'intervention de Pierre qui a toujours quelque chose &#224; proposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... ou terminer une discussion&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette discussion qui s'&#233;ternise sur un d&#233;tail finira-t-elle ? Il suffit de reformuler et de demander au groupe somnolent (161) ou press&#233; de sortir : &#171; Avis contraires ? &#187; pour que la proposition devienne d&#233;cision. La manoeuvre est classique, et les organisateurs savent bien que c'est en fin de s&#233;ance que sont prises les bonnes d&#233;cisions. Petites ruses de maquignons, astuces d'&#171; animateurs &#187; ou de &#171; mod&#233;rateurs &#187; qui d&#233;concertent, &#233;merveillent ou scandalisent ceux qui, enferm&#233;s dans leur classe, ont rarement l'occasion d'affronter des groupes d'&#233;gaux. Habilet&#233;s tactiques qui permettent de gagner des batailles, de perdre des guerres et certainement pas d'assurer la vitalit&#233; et l'avenir d'un Conseil de coop&#233;rative. Est-ce &#224; ce niveau que se joue la partie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Redirons-nous, une fois encore, que l'essentiel est jou&#233; sur le plan du D&#233;sir ; que le Conseil, s'il ne r&#233;pond &#224; aucun besoin, &#224; aucune demande (implicite) ne rime &#224; rien, n'a aucun sens ni aucune raison d'&#234;tre ? Il n'a m&#234;me pas le m&#233;rite d'amuser les enfants : les marionnettes ou les jeux dramatiques ont d'autres pouvoirs ! Supposons donc une r&#233;union qui r&#233;pond &#224; une attente du groupe. Pourquoi s'ach&#232;ve-t-elle, neuf fois sur dix, dans la confusion ? &#171; Ces enfants-l&#224; (162), bien s&#251;r, on n'en peut rien tirer... &#187; Mais le ma&#238;tre honn&#234;te, prompt &#224; s'accuser, all&#232;gue sa maladresse : &#171; Montrez-moi... &#187; H&#233;las ! il n'y a rien &#224; montrer, et les habilet&#233;s, si elles sont utiles, ne seront jamais suffisantes. Nous risquons ici de nous r&#233;p&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c) Rituel et ma&#238;tres-mots&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en avons dit l'importance (163). Nous avons vu, surtout pour les petits (164), l'utilit&#233; d'une langue. efficace, accessible &#224; tous : les petits, les &#233;trangers g&#234;n&#233;s par le vocabulaire peuvent utiliser des mots, bien connus, qui leur donnent pouvoir. Il s'agit d'une premi&#232;re ordonnation des r&#233;actions passionnelles, qui donne sens &#224; l'institution. Chacun sait que son tour viendra, comment il doit faire pour &#234;tre entendu et imagine facilement ce qui va se passer. Pourquoi s'inqui&#233;ter ? Dans un cadre institu&#233;, qui n'a rien d'une sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre, il est difficile de faire une sc&#232;ne ou d'&#234;tre th&#233;&#226;tral. Gesticulations et mimiques perdent de leur pouvoir suggestif, et cela est bien appr&#233;ciable quand l'irruption de l'affectivit&#233; favorise les contagions hyst&#233;riques et les formes pr&#233;-verbales de communication. Un rituel stable &#233;vite les phases d'irr&#233;solution si propices au d&#233;sordre et aux manipulations. Jouant le r&#244;le des consonnes dans une langue, les ma&#238;tres-mots introduisent dans le discours collectif, souvent informe et confus, des coupures, des scansions qui l'organisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bien agr&#233;able d'avoir &#224; sa disposition une &#171; machine &#224; d&#233;dramatiser et &#224; clarifier le discours &#187;, une machine qui enseigne &#224; tous (au ma&#238;tre aussi) &#224; parler utilement : c'est de cette possibilit&#233; de parole utile que d&#233;pend l'avenir du Conseil... et de la coop&#233;rative. Nous donnons ci-dessous la quinzaine de ma&#238;tres-mots en usage dans une classe de perfectionnement de Nanterre vers 1960 et quelques r&#232;gles qui assuraient le d&#233;roulement des s&#233;ances. A titre d'&#233;chantillon : il ne s'agit pas de r&#232;gles monastiques ; &#224; chaque groupe de trouver son langage, de cr&#233;er ses rites, en se souvenant simplement que c'est de la r&#233;gularit&#233; que naissent la r&#232;gle et la r&#233;gulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. LE CONSEIL COMMENCE. Et le silence se fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. D&#201;CISIONS DU DERNIER CONSEIL. Au secr&#233;taire, chaque responsable r&#233;pond : FAIT, ou explique ses difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. QUI TROUVE QUE LA CLASSE MARCHE MAL (165) ? 16 pr&#233;sents, 4 mains lev&#233;es = 12 sur 16. C'est la classe qui se trouve ainsi not&#233;e. Les 4 m&#233;contents, not&#233;s par le secr&#233;taire, auront certainement quelque chose &#224; dire, sinon pourquoi auraient-ils lev&#233; la main ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Une querelle sans importance est longuement &#233;voqu&#233;e. On s'ennuie. Le pr&#233;sident estime que cela a assez dur&#233; : TAS DE SABLE (166) ? On manifeste son manque d'int&#233;r&#234;t en levant la main. L'affaire est r&#233;gl&#233;e (167).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Il est bien agr&#233;able pour un taquin d'&#233;couter les plaintes de ses victimes : on rit, et pour un h&#233;ros d'entendre le r&#233;cit de ses exploits : on admire. Mais les dramatisations, l'exhibitionnisme, les chantages affectifs ne r&#233;sistent gu&#232;re &#224; la statistique : QUI SE PLAINT DES TAQUINERIES DE DOMINIQUE ? Le secr&#233;taire compte, inscrit et annonce : DOMINIQUE TAQUIN : 7. Aucun commentaire. Dominique sait qu'on en reparlera au prochain Conseil. L'agressivit&#233; du groupe s'est exprim&#233;e d'une mani&#232;re froide, impersonnelle, &#224; peine ressentie comme telle. La taquinerie est une monnaie qui n'a pas cours : il n'y aura pas d'&#171; affaire Dominique &#187;. Il faudra trouver autre chose, &#233;voluer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Le Conseil se transformerait en tribunal : Pierrot est mort. On a voulu empoisonner Thierry (168). Il importe d'&#233;viter les psychodrames d'amateurs et d'acc&#233;l&#233;rer la proc&#233;dure. L'accus&#233; sait qu'automatiquement il aura la parole : il peut s'abstenir de gesticuler et pr&#233;parer sa d&#233;fense en attendant le traditionnel : LA PAROLE EST A L'ACCUS&#201;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Il r&#233;cuse les faits ? T&#201;MOINS ? Le nombre de mains lev&#233;es donne une premi&#232;re id&#233;e sur ce qui s'est pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Mais l'affaire n'est pas close. Il faut en parler ensemble : QUI VEUT PARLER DE CETTE AFFAIRE ? C'est un conseil dans le Conseil qui s'organise (169). Le pr&#233;sident a bien centr&#233; le d&#233;bat, mais trop de mains se l&#232;vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Incapable de noter, il distribue des num&#233;ros, limite le temps de parole et interdit les redites : chacun &#233;coute et parlera &#224; son tour, sans fioritures, &#233;vitant le D&#201;JA DIT ! qui lui retirerait la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. La discussion a abouti. On pressent que, dans l'ensemble, le groupe est d'accord sur la d&#233;cision &#224; prendre, qui vient d'&#234;tre formul&#233;e clairement. Un : AVIS CONTRAIRES ? permet de clore le d&#233;bat (... ou de le rouvrir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. D&#201;CISION : Le pr&#233;sident (ou le secr&#233;taire) redit lentement ce qui s'&#233;crit sur le cahier de Conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. LE CONSEIL CONTINUE : l'affaire est entendue, on passe &#224; la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. C'est long ! Les uns se passionnent, d'autres somnolent ou jouent. Jean-Paul pratique d&#233;lib&#233;r&#233;ment l'obstruction, parle, grogne et amuse tout le monde. Une remontrance du pr&#233;sident ferait rire : c'est ce qu'il attend. JEAN-PAUL G&#202;NEUR ! Ledit Jean-Paul se calme : il sait que c'est inscrit, il sait aussi que, s'il insiste, il entendra encore JEAN-PAUL G&#202;NEUR ! Le secr&#233;taire ajoutera : DEUX FOIS. Il lui restera &#224; prendre sa chaise et &#224; sortir du cercle, &#224; &#233;couter (s'il le veut) les autres proposer et d&#233;cider. Il aura (momentan&#233;ment) perdu la parole et n'aura pas int&#233;r&#234;t &#224; protester : on ne l'&#233;coute plus et, n'&#233;tant plus prot&#233;g&#233; par la loi que, lui-m&#234;me, il vient de nier...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. C'est la fin ; le secr&#233;taire annonce : D&#201;CISIONS DU CONSEIL, et relit lentement. Sa parole devient loi, que nul n'est cens&#233; ignorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. LE CONSEIL EST TERMIN&#201;. &lt;i&gt;Ite missa est&lt;/i&gt;. Ouf ! on peut bavarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On vient de dire en 45 minutes ou 1 heure plus de choses qu'on n'en aurait pu dire en trois si l'on avait jacass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s dure, tr&#232;s directive dans sa forme et ses proc&#233;dures, la r&#233;union demeure absolument non directive quant au fond, au contenu. Chacun, y compris le ma&#238;tre, a pu dire ce qu'il avait &#224; dire, dans le langage qui lui convenait, sans risquer de jugement de valeur autre que celui du groupe. Si cette condition n'est pas remplie, pourquoi faire un Conseil ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains, fiers du s&#233;rieux et du calme de leurs &#171; r&#233;unions de travail &#187;, se rendent &#224; peine compte que lesdites r&#233;unions ont perdu leur sens et leur utilit&#233;. Il est bon de s'assurer que, si les conflits ne viennent plus en Conseil, ils ne sont pas r&#233;gl&#233;s ailleurs, autrement et sans contr&#244;le possible, et que les probl&#232;mes de relation &#171; qui ne se posent plus &#187; n'ont pas &#233;t&#233; scotomis&#233;s. Il faut avouer que la tentation est forte : &#224; certaines &#233;poques (cf. &#171; Le tumulte au Conseil &#187;), avec des petits ou des &#233;l&#232;ves d'&#233;cole-caserne, les conflits occupent tout le champ du Conseil et par l&#224; m&#234;me risquent de s'&#233;terniser si la classe s'y int&#233;resse. Il n'est point de recette magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ordre du jour...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raymond Fonvieille, dans une classe de grands (170), a signal&#233; les inconv&#233;nients du journal mural. Au cours de la semaine, le pr&#233;sident ou le secr&#233;taire (d&#233;sign&#233;s &#224; la s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente) notent les titres et pr&#233;sentent en d&#233;but de s&#233;ance un ordre du jour coh&#233;rent. Ailleurs, le cahier de Conseil est en permanence sur un bureau et en principe l'ordre du jour s'y inscrit. Ailleurs, c'est une bo&#238;te qui recueille les titres d'interventions (171)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand tous les enfants ne savent pas &#233;crire ? Les grands et le ma&#238;tre sont avantag&#233;s. Les petits, bien s&#251;r, peuvent faire &#233;crire, mais ils oublient (ainsi s'&#233;liminent en douceur bien des querelles sans importance). Peut-on vraiment parler d'ordre du jour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... ou tour de table (172) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun parlera &#224; son tour et, si l'on n'a rien &#224; dire, on le dira, et le pr&#233;sident ajoutera : LA VIE EST BELLE, signifiant par l&#224; que ce n'est pas apr&#232;s le Conseil qu'il faudra venir se plaindre ou r&#233;clamer. La pr&#233;sidence se complique : il s'agit d'organiser une s&#233;rie de d&#233;bats sur les sujets qui arrivent sans crier gare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A qui donner d'abord la parole ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les petits d'abord&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils parlent mal. Ils ont du mal &#224; &#233;couter. S'ils ont quelque chose &#224; dire, ou bien ils n'&#233;couteront rien avant d'avoir parl&#233;, ou bien ils oublieront. Souvent ce qu'ils ont &#224; dire n'int&#233;resse que m&#233;diocrement le groupe ; or, il importe qu'ils soient &#233;cout&#233;s : ils parlent d'abord. Sont consid&#233;r&#233;s comme &#171; petits &#187; ceux qui ne peuvent pas attendre, les &#171; caract&#233;riels &#187;, les &#171; affol&#233;s &#187;, ceux qu'on appelait les durs et qui ne revendiquent gu&#232;re l'honneur de parler &#171; en premier &#187;. Les &#171; petits &#187; disent : &#171; Je me plains de. &#187; L'art du pr&#233;sident consiste &#224; &#233;liminer les querelles, les v&#233;tilles en &#233;vitant de laisser sans recours un enfant qui parle au Conseil. Sous un langage informe se dissimule parfois un drame. C'est le moment d'&#234;tre vigilant. Nous l'avons dit, un grand ou le ma&#238;tre peut parler &#224; la place d'un petit ou d'un inhib&#233;. Souvent, heureusement, n'importe quelle r&#233;ponse convient : une bonne parole, une parole vide, un signe suffisent. Florent a parl&#233;, il a &#233;t&#233; entendu, une voix a r&#233;pondu. B&#233;b&#233; &#233;tait seul, il a appel&#233; : maman vient et sourit...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; une possibilit&#233; &#233;vidente de manipulation : combien d'adultes se laissent d&#233;sarmer en douceur par un pr&#233;sident affable... et adroit. Nous savons que les &#171; grands &#187; (verts, comportement 10 ans) disent : &#171; Je critique &#187;, mais ajoutent : &#171; Je propose &#187; (173), sinon ils sont consid&#233;r&#233;s comme petits (174). Bien s&#251;r, les petits peuvent faire comme les grands, critiquer et proposer, mais les grands ne peuvent se plaindre sans perdre la face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ma&#238;tre (le plus grand) parle &#224; la fin. Il a su attendre. Il avait not&#233; beaucoup de choses, mais il &#233;vite de reprendre ce qui s'est trouv&#233; r&#233;gl&#233; sans son intervention. Moins il parlera, plus il sera entendu. La multiplicit&#233; de ses r&#244;les l'oblige parfois &#224; pr&#233;ciser qui parle : responsable de la production coop&#233;rative, repr&#233;sentant de l'Administration, des familles, de la classe correspondante, &#171; garde des sceaux &#187;, avocat de X ou de Y, ou simple coop&#233;rateur qui, comme tout le monde, exprime des d&#233;sirs, des critiques, fait des propositions, d&#233;fend son int&#233;r&#234;t, accepte de n'&#234;tre qu'un homme imparfait... infiniment sup&#233;rieur aux images d&#233;risoires que l'on propose parfois comme mod&#232;le aux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;d) Le secr&#233;tariat de s&#233;ance&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enfants ont compris la puissance de l'&#233;crit (175), tout comme ce chef Nambikwara, cit&#233; par L&#233;vi-Strauss (176), qui tra&#231;ait des lignes ondul&#233;es, participant ainsi au pouvoir secret du Blanc, et nous avons signal&#233; le pouvoir que peut d&#233;tenir un secr&#233;taire permanent (177). Puisque c'est sa voix qui, en fin de Conseil, annonce les d&#233;cisions, le secr&#233;taire est, plus ou moins consciemment, identifi&#233; &#224; la Loi, au pouvoir. Il importe que cette voix soit celle d'un enfant, et pas toujours le m&#234;me. Il est int&#233;ressant aussi que les enfants sachent lire : le pouvoir aux lettr&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cahier de Conseil est la m&#233;moire du groupe : &#171; &#199;a, on l'avait d&#233;cid&#233; avant No&#235;l ! &#187;, affirme un responsable. Il est facile de v&#233;rifier (pour peu qu'une disposition correcte favorise les recherches (178)). &#171; Si j'ai bonne m&#233;moire, ce n'est pas la premi&#232;re fois qu'une semblable m&#233;saventure t'arrive &#187;, dit le secr&#233;taire en feuilletant son cahier et, dans le soleil d'avril, une sombre histoire d'octobre r&#233;appara&#238;t : c'est &#233;crit. Les enfants, qui ont du temps une notion assez diff&#233;rente de la n&#244;tre, sont ordinairement tr&#232;s sensibles &#224; ce genre d'intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fonction de secr&#233;tariat, qui fait exister le Conseil dans le temps, assure sa dur&#233;e, sa p&#233;rennit&#233; : sa puissance. Le secr&#233;taire qui relit les d&#233;cisions relie au pass&#233; et ouvre le futur : &#171; D&#233;cisions du dernier Conseil &#187;, &#171; D&#233;cisions prises au Conseil &#187; (d'aujourd'hui). Il implante la Parole de tous dans le temps, dans la r&#233;alit&#233;. Attention ! Il ne s'agit plus d'un jeu, la r&#233;union a eu des cons&#233;quences : des institutions nouvelles, des lois auxquelles tous (et le ma&#238;tre plus que tout autre) vont se soumettre. A&#239;e ! Le Conseil a fait la loi. Bavards, d&#233;biles, agit&#233;s, minables, ces enfants-l&#224; et leur instituteur pr&#233;tendent exister, &#234;tre pris au s&#233;rieux. Le bon sens reprend ses droits : &#171; Alerte au D&#233;sordre ! Ce n'est pas tol&#233;rable, donc ce n'est pas possible. P&#233;dagogues, &#224; vos postes ! &#187; Il suffit de remarquer que le secr&#233;taire, s'il sait un peu &#233;crire, est bien incapable de r&#233;sumer, clarifier, r&#233;diger : si les enfants savaient &#233;crire, que viendraient-ils faire &#224; l'&#233;cole ? La fonction ne peut donc &#234;tre correctement assur&#233;e qu'apr&#232;s le cours moyen, justement quand les enfants quittent l'&#233;cole primaire... Mais, direz-vous, le ma&#238;tre existe, il peut aider, d&#233;panner, contr&#244;ler, intervenir et m&#234;me, avec des petits, assurer seul cet indispensable secr&#233;tariat de s&#233;ance. Vous manquez de &#171; culture &#187; (179) : ne savez-vous pas que, au nom de la Non-Directivit&#233;, de la Puret&#233; et de l'Autogestion, il vous est d&#233;sormais interdit d'intervenir ? Honte sur vous ! Vous risquez d'&#234;tre class&#233; parmi les &#171; directifs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissez donc la parole aux enfants. Laissez jaser &#224; l'infini. Pur, intemporel, le Conseil s'&#233;vanouira comme un r&#234;ve dans l'ici et maintenant, sans laisser de traces et, au bout de quelques s&#233;ances, les enfants (plus s&#233;rieux en cela que les p&#233;dagogues) renonceront d'eux-m&#234;mes &#224; des r&#233;unions dont ils auront mesur&#233; l'inutilit&#233; (180) : &#171; A quoi &#231;a sert ?... C'est du vent... Le Conseil, c'est impossible en primaire : j'ai essay&#233;, etc. &#187; Tout rentrera dans l'Ordre. A moins que le ma&#238;tre, d&#233;livr&#233; des fantasmagories non directives, ne laisse les &#171; d&#233;mocrates &#187; &#224; leurs interrogations, &#224; leurs scrupules et &#224; leurs inhibitions. A moins que le ma&#238;tre, capable de renoncer &#224; ses d&#233;fenses et &#224; leurs camouflages id&#233;ologiques, et devenu authentiquement d&#233;mocrate et non directif, d&#233;passant sa peur (181), ose intervenir et donner du pouvoir &#224; ceux qui, naturellement et institutionnellement, n'en ont pas. Existent, en maternelle, des classes coop&#233;ratives o&#249; le Conseil n'a rien d'une plaisanterie (182), le secr&#233;tariat &#233;tant bien entendu assur&#233; par la ma&#238;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;e) De la fonction pr&#233;sidentielle (suite)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute avez-vous remarqu&#233; que, parlant du r&#244;le du pr&#233;sident, nous avions, tout naturellement, comme le veut la coutume, &#171; oubli&#233; &#187;, esquiv&#233; la question essentielle : la question du pouvoir qui arr&#234;te la plupart des tentatives. Assurer la libert&#233; de parole, c'est aussi assurer l'ordre dans la r&#233;union et au besoin le maintenir. Probl&#232;me de la discipline ? faux probl&#232;me, peut-&#234;tre, si nous consid&#233;rons le d&#233;sordre dans le groupe comme un signe, l'agitation comme le sympt&#244;me d'une anxi&#233;t&#233; due souvent elle-m&#234;me &#224; une carence de pouvoir ; mais probl&#232;me tout de m&#234;me que, sans esp&#233;rer le r&#233;soudre, nous nous efforcerons de ne pas escamoter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ordre, condition de la libert&#233;...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui demande au lecteur fran&#231;ais, et plus encore au fonctionnaire habitu&#233; &#224; l'&#233;cole-caserne, un effort d'imagination ! Lib&#233;rer, c'est d'abord abolir la royaut&#233;, contester le pouvoir, le bon plaisir du Ma&#238;tre. On sait ce qu'il en advient, t&#244;t ou tard : le pouvoir est repris par quelque tyranneau qui pr&#233;tend imposer sa volont&#233;. Pourquoi ne pas laisser le pouvoir au pr&#233;sident, quitte &#224; le lui reprendre s'il en fait abus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le pr&#233;sident en question&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu Hassan, puis Denis, dispara&#238;tre de la sc&#232;ne et remarqu&#233; que le pr&#233;sident se servait d'un pouvoir qui finalement n'&#233;tait pas le sien. Qu'il s'identifie &#224; ce pouvoir, qu'il en use &#224; des fins personnelles, qu'il n&#233;glige de s'en servir ou enfreigne la loi qui le faisait exister, la r&#233;action est pr&#233;visible, pr&#233;vue, l&#233;gale... La confusion pass&#233;e, un autre pr&#233;sident reprend un pouvoir intact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi le pr&#233;sident serait-il le seul &#224; enfreindre la loi commune, &#224; vouloir dominer ? Le groupe est-il compos&#233; de ch&#233;rubins raisonnables que seule la pr&#233;sidence pourrait d&#233;voyer ? Personne ne cherche &#224; manipuler le groupe ? Bien s&#251;r, le pr&#233;sident a pour lui la l&#233;galit&#233;, mais pourquoi lui interdire d'utiliser des proc&#233;d&#233;s que d'autres n'h&#233;sitent pas &#224; employer ? Il peut &#234;tre utile alors de contr&#244;ler ce qui se passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Deux proc&#233;d&#233;s discutables : le bouc &#233;missaire...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agressivit&#233; diffuse du groupe est &#224; la recherche d'un objet. Le pr&#233;sident de s&#233;ance et le ma&#238;tre paraissent tout d&#233;sign&#233;s. Ils peuvent utiliser l'ambivalence des enfants &#224; leur &#233;gard pour d&#233;river cette agressivit&#233; contre des &#171; g&#234;neurs &#187;, et plus particuli&#232;rement contre l'imprudent qui les a mis en cause. Il s'agit &#233;videmment d'une manipulation, d'une manoeuvre dont la valeur &#233;ducative n'appara&#238;t pas d'embl&#233;e. On en voit les risques : peut-on se permettre d'&#233;craser un participant sous le groupe (183) ? Il est quelquefois fort &#233;ducatif de montrer &#224; un jeune strat&#232;ge qu'il peut trouver &#224; qui parler... La responsabilit&#233; morale du ma&#238;tre est ici engag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... et la d&#233;mission provisoire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La complexit&#233; de la r&#233;union &#171; touffue &#187;, la rapidit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes de groupe simultan&#233;s, la r&#233;gression &#224; des stades de communication pr&#233;verbaux, la r&#233;activation aussi d'angoisses primitives peuvent provoquer chez le pr&#233;sident un aveuglement provisoire (incapable de voir ce qui se passe, il est incapable de conduire la r&#233;union) et une anxi&#233;t&#233; qui va &#234;tre per&#231;ue par le groupe. Cette anxi&#233;t&#233; risque de provoquer des ph&#233;nom&#232;nes d'agitation incontr&#244;lables. Il para&#238;t alors pr&#233;f&#233;rable d'arr&#234;ter la r&#233;union : accepter l'&#233;chec provisoire &#233;vite parfois d'avoir &#224; enregistrer un &#233;chec d&#233;finitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Savoir qu'il ne s'agit pas d'une r&#233;union publique, que les &#233;l&#232;ves demeurent en classe et qu'il est bien utile de pouvoir passer tr&#232;s vite &#224; autre chose...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'institution en question&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gitimit&#233; m&#234;me du pouvoir pr&#233;sidentiel, donc du Conseil, peut &#234;tre contest&#233;e : crise institutionnelle (184). Ill&#233;gal, sans pouvoir, le Conseil dispara&#238;t... en tant que Conseil d'administration, lieu de Pouvoir (185), mais demeure... en tant que lieu o&#249; l'on peut parler ensemble. Il serait alors &#233;tonnant, si des activit&#233;s sont en cours, qu'on n'ait pas bient&#244;t &#224; prendre des d&#233;cisions. S'il tient &#224; faire regretter le Conseil, le ma&#238;tre propose des solutions burlesques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil a bien s&#251;r le pouvoir de se supprimer lui-m&#234;me. Pourquoi faire la r&#233;volution ? Elle est permanente, et m&#234;me institutionnalis&#233;e. C'est ailleurs que peut se situer la contestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Droit de veto et dernier mot&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Y a qu'&#224; y mettre une grosse pierre et le f... dans la Seine. &#187; Cette proposition de Philippe (186) d&#233;barrasserait &#233;videmment la classe de Guy l'infernal. Elle est envisag&#233;e calmement par le groupe exc&#233;d&#233; par les inventions de Guy. Le ma&#238;tre, qui n'est pas un fanatique de l'autogestion, intervient : veto. Il s'agit d'un cas particulier : enfants d&#233;biles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En milieu psychiatrique, des contestataires (apparemment ni d&#233;biles, ni malades) s'insurgent contre la dictature des m&#233;decins, d&#233;noncent le caract&#232;re pseudo-d&#233;mocratique des institutions qui ne permettent pas aux malades mentaux de choisir eux-m&#234;mes leurs m&#233;dicaments et les doses... Les responsables r&#233;agissent, justifiant ainsi les critiques &#233;mises. Il s'agit encore d'un cas particulier 187... Laissant aux d&#233;mocrates en chambre le soin de critiquer les travailleurs en proie aux dits cas particuliers, aux soi-disant &#171; philosophes &#187; celui de g&#233;n&#233;raliser et de tirer des conclusions du type : &#171; C'est une mystification ! Vous gardez le pouvoir ! etc. &#187;, nous &#233;non&#231;ons sans &#233;motion : &#171; Le ma&#238;tre garde le droit de veto et c'est lui qui, en cas de conflit, a le dernier mot. &#187; Si, dans un groupe d'adultes en bonne sant&#233;, nous ne voyons gu&#232;re d'inconv&#233;nient &#224; laisser &#224; qui veut le prendre l'indissociable ensemble &#171; pouvoir-libert&#233;-responsabilit&#233; &#187;, nous ne croyons pas qu'une telle attitude est concevable en tout lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que nous ne sommes pas des sp&#233;cialistes de la d&#233;mocratie id&#233;ale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La contestation &#224; l'&#233;cole primaire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, nous y sommes : il ne s'agit plus de d&#233;saccord provisoire ou d'&#233;preuve initiatique impos&#233;e par le groupe &#224; un nouveau ma&#238;tre qui doit &#171; payer son entr&#233;e &#187; et faire preuve de courage. Le ma&#238;tre est globalement refus&#233;. Il n'a plus la parole. Qu'il s'en aille, c'est un mauvais ma&#238;tre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que r&#233;clame-t-on ? Neuf fois sur dix : le retour au traditionnel. Parents et coll&#232;gues sont souvent, sans le savoir, &#224; l'origine de cette &#171; r&#233;volution &#187;. Pourquoi insister ? Si le ma&#238;tre est logique avec lui-m&#234;me, il se retire : pas plus que le texte libre, on n'impose la libert&#233;. Pourquoi d&#233;fendre une institution qui donne la parole aux opposants ? La m&#233;canique va jouer, les enfants vont remettre tout en place : l'estrade, la blouse, la baguette et le sifflet, et l'Image du Ma&#238;tre &#224; laquelle ils ob&#233;iront (conditionnements ant&#233;rieurs) pendant un certain temps. Tout redeviendra normal. Si, pour des raisons personnelles, la place et le personnage ne conviennent pas, le ma&#238;tre peut chercher ailleurs ou d&#233;missionner (combien de jeunes sans &#171; formation &#187; quittent pour cette raison ?). Th&#233;oriquement, la classe sans ma&#238;tre &#233;tablit des relations directes avec l'administration, les familles, l'Etat. Ce qui est concevable au niveau de l'Universit&#233; est-il imaginable dans une classe de jeunes enfants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de discussion, qui a passionn&#233; certains auditoires, nous para&#238;t d&#233;nu&#233; d'int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;f) Th&#233;l&#232;me ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous essayons de donner aux enfants l'usage du pouvoir. Ce n'est certainement pas pour nier, au nom de la libert&#233;, la r&#233;alit&#233; de ce pouvoir. Et c'est l&#224; que nous nous s&#233;parons de certains qui ont cru voir dans l'&#171; &#233;ducation nouvelle &#187;, la &#171; non-directivit&#233; &#187; et... la &#171; p&#233;dagogie institutionnelle &#187; poindre l'&#226;ge d'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il est agr&#233;able d'imaginer une soci&#233;t&#233; id&#233;ale, d&#233;livr&#233;e du mal, sorte de f&#234;te o&#249; chacun, libre de s'&#233;panouir, renonce &#224; asservir le voisin. Du jardin d'Eden au (futur) paradis socialiste, est-ce l'imagination ou le d&#233;lire qui a pris le pouvoir ? Supposer r&#233;solu le probl&#232;me &#233;vite d'avoir &#224; le r&#233;soudre. On a m&#234;me r&#233;ussi &#224; faire vivre, dans un ici et maintenant limit&#233;, hors du bruit et de la fureur, quelques micro-soci&#233;t&#233;s exp&#233;rimentales et, de leur observation scientifique, tir&#233; des conclusions bien s&#233;duisantes. Est-ce parce que, confront&#233;s chaque jour &#224; la raret&#233; et &#224; la violence, nous n'avons pas l'exp&#233;rience de ces milieux idylliques que nous demeurons sceptiques ? Il s'agit, semble-t-il, d'adultes et d'adolescents issus de &#171; bons milieux &#187; qui, &#224; l'abri des contraintes physiques ou institutionnelles, se r&#233;unissent dans des lieux ouat&#233;s. Peut-&#234;tre s'agit-il aussi d'individus hypercivilis&#233;s, surmo&#239;ques et inhib&#233;s sous des dehors parfois libertaires et libertins, chez qui la r&#233;pression bien int&#233;rioris&#233;e rend indisponibles une agressivit&#233; et une sexualit&#233; normales. L'expression de quelques fantasmes peut &#234;tre b&#233;n&#233;fique et permettre des r&#233;investissements d'&#233;nergie int&#233;ressants. Nous croyons cependant pr&#233;f&#233;rable que ces pulsions agressives ou sexuelles s'ext&#233;riorisent sur un mode symbolique en des lieux o&#249; les passages &#224; l'acte sont improbables. Que l'int&#233;ress&#233; et le groupe prennent conscience de la r&#233;alit&#233; psychique, l'acceptent et lui donnent un sens (un nouveau sens) et permettent &#224; ces dynamismes lib&#233;r&#233;s de s'investir dans de nouveaux objets ou projets, et l'&#233;nergie r&#233;cup&#233;r&#233;e devient utile (188). Y a-t-il l&#224; de quoi crier au miracle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui, psychanalystes ou instituteurs, utilisent l'expression libre &#224; des fins de th&#233;rapie ne sont pas surpris. Ils savent que le mot &#171; d&#233;bloquer &#187; a plusieurs sens, que ces r&#233;investissements de la libido, qui sont de nouvelles ali&#233;nations dans le travail et le langage, s'appellent aussi sublimation. Quoi de neuf ? Pourquoi ne pas parler tout bonnement d'&#233;ducation ? Sans doute parce que, pour &#234;tre &#233;ducative, cette exp&#233;rience de lib&#233;ration doit &#234;tre associ&#233;e &#224; d'autres, moins agr&#233;ables, o&#249; le d&#233;sir se heurte &#224; ce qui est et qui r&#233;siste : la mati&#232;re ou l'&#171; autre &#187; (qui a, lui aussi, un d&#233;sir). C'est de cette opposition entre ce que l'on d&#233;sire et la r&#233;alit&#233; que naissent des conduites adapt&#233;es, c'est par l&#224; que celui qui renonce &#224; sa toute-puissance imaginaire acquiert un pouvoir r&#233;el mais limit&#233;, etc. Est-ce bien nouveau ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exp&#233;riences &#233;merveillent surtout ceux que leur situation privil&#233;gi&#233;e a maintenus dans un &#233;tat d'infantilisme, ces nourrissons prolong&#233;s que Jean Oury appelle des &#171; pourrissons A. Disons simplement que la classe coop&#233;rative, que le Conseil o&#249; l'on s'exprime ne sont ni des Th&#233;l&#232;me ni des enfers : des lieux o&#249; plus qu'ailleurs peut-&#234;tre on peut vivre et on vit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(... / ...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?481-le-conseil-de-cooperative-3-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Voir la troisi&#232;me partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;144. On ajoutera bient&#244;t : &#171; Recyclez-vous. Rien ne vous interdit de suivre (&#224; vos frais) des stages de &#171; conduite de r&#233;union &#187; &#224; 250 F par jour. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;145. Plus &#171; intelligents &#187;, nous pourrions les vendre, envelopp&#233;s de beau langage et de parchemins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;146. C. Freinet, 1928. Cf. E. FREINET, &lt;i&gt;Naissance d'une p&#233;dagogie populaire&lt;/i&gt;, Paris, Maspero &#233;d., 1968, p. 78-84.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;147. Cf. Antonio, &lt;i&gt;Propos actuels sur l'&#233;ducation&lt;/i&gt;, Gauthier-Villars &#233;d., 1965, notamment p. 56-70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;148. Cf. supra, p. 436, 446, 456.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;149. Qui datent parfois de plusieurs si&#232;cles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;150. Nous n'avons pas (Dieu merci !) &#224; examiner les motivations inconscientes qui poussent certains adultes &#224; se laisser &#171; d&#233;vorer &#187; par des enfants ou manipuler par des adolescents... et &#224; prendre plaisir &#224; ces jeux. Il y a bien des fa&#231;ons d'&#171; aimer les jeunes &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;151. Cf. infra, chap. 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;152. Cf. supra, p. 446 et p. 456 (&lt;i&gt;Autogestion au cours pr&#233;paratoire et Tumulte &#224; Ivry&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;153. Cette fonction de &#171; garde des sceaux &#187; peut &#234;tre assur&#233;e par un responsable &#233;lu. Elle l'est aussi, en partie, par le secr&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;154. Il ne sert &#224; rien de nier que le fonctionnaire est pay&#233; par une certaine soci&#233;t&#233;. Qu'il agisse en petit gardien soucieux de l'int&#233;r&#234;t de ses ma&#238;tres, en ex&#233;cutant conformiste et scrupuleux, en r&#233;volutionnaire mettant en question ce qui est ou simplement en homme prenant ses responsabilit&#233;s, ne change rien, sur le plan de la th&#233;orie, au fait que le ma&#238;tre, pour les enfants, repr&#233;sente la soci&#233;t&#233; des adultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;155. Ainsi, apr&#232;s l'intervention de Pierrette Dujon, les enfants red&#233;couvrent que les chiens ne parlent pas. (Cf. supra, p. 439.) Nous serions &#233;tonn&#233;s d'apprendre qu'un &#233;ducateur, quelles que soient ses options philosophiques, ait encourag&#233; un inceste, un viol ou un crime crapuleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;156. Cf. infra, chap. 5 (Mohamed).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;157. Il suffit de voir comment des adultes pleins de bonne volont&#233; conduisent des r&#233;unions pour &#234;tre convaincu de la n&#233;cessit&#233; d'un apprentissage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;158. Cf. supra, p. 415.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;159. Cf. supra, p. 429.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;160. Robert, accus&#233; le samedi, pr&#233;side la s&#233;ance du mardi. Cf. supra, p. 426.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;161. Pour r&#233;veiller un groupe, il suffit parfois d'annoncer une d&#233;cision invraisemblable en ponctuant d'un : a Vous &#234;tes d'accord ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;162. Des probl&#232;mes identiques se posent avec des adultes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;163. VPI, &#171; &lt;i&gt;Le Tumulte au Conseil&lt;/i&gt; &#187;, p. 96-97.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;164. Cf. supra, p. 448.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;165. La question optimiste : &#171; Qui trouve que la classe marche bien ? &#187; provoquait une joyeuse animation inopportune en ce d&#233;but de r&#233;union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;166. Raccourci de : &#171; Querelle de bambins autour d'un tas de sable &#187; : aucune importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;167. Bien savoir que, si cette censure du groupe est s&#233;v&#232;re, certains petits ne s'exprimeront jamais. Heureusement, le ma&#238;tre existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;168. Cf. supra, p. 429-430.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;169. Il suffirait de respecter &#171; d&#233;mocratiquement &#187; l'ordre du jour ou le tour de parole pr&#233;vu pour rendre improbable toute discussion r&#233;elle et noyer l'affaire. La manoeuvre est classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;170. Cf. supra, p. 452 et s. (Exemple &#224; ne pas suivre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;171. Le pr&#233;sident qui n'ouvre pas la bo&#238;te avant la r&#233;union peut avoir des surprises...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;172. Sans table et sans tapis vert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;173. Il serait trop beau que les propositions soient d'embl&#233;e pertinentes : quelle importance ? C'est la d&#233;marche, l'affirmation de soi, l'orientation vers une action qui importent. De l'acceptation du nourrisson au refus du b&#233;b&#233;, puis &#224; l'affirmation d'un sujet qui parle dans un groupe. Du &#171; b&#234;e b&#233;e &#187; oral au &#171; non &#187; anal et agressif, puis au &#171; je &#187; phallique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;174. A ce titre, combien d'adultes en situation de groupe seraient consid&#233;r&#233;s comme &#171; grands &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;175. Cf. supra, p. 430 (Nous inscrivons).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;176. &lt;i&gt;Tristes tropiques&lt;/i&gt;, Plon &#233;d., p. 262-263.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;177. Cf. supra, p. 417. Qui, &#224; la mort de L&#233;nine, &#233;tait secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Parti ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;178. VPI, p. 96.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;179. D'ordinaire, les instituteurs frott&#233;s de psychologie sont aussi nocifs que les m&#232;res frott&#233;es de psychanalyse...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;180. Toute ressemblance avec ce qui se passe dans des r&#233;unions d'adultes manipul&#233;es par des sp&#233;cialistes de la a d&#233;mocratie &#187; serait effet de pur hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;181. Peur de l'institution, peur institu&#233;e, institution elle-m&#234;me, indispensable &#224; la survie des syst&#232;mes d'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;182. Nous avons regrett&#233; que l'&#233;mission de t&#233;l&#233;vision, r&#233;alis&#233;e par le Service de la recherche, qui montrait, entre autres choses, une de ces classes, n'ait pu &#234;tre programm&#233;e, comme nous l'avions esp&#233;r&#233;, le 23 juin 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;183. Les braves gens qui commentent classements et r&#233;sultats de composition n'ont pas toujours de tels scrupules ! Ne parlons pas d'enfants au pilori : &#231;a n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;184. Savoir que souvent cette contestation n'est qu'apparente. A travers les enfants s'exprime l'inqui&#233;tude des parents : &#171; Ils perdent leur temps, etc. &#187; Il est facile de satisfaire cette (fausse) demande de retour au traditionnel s&#233;curisant et d'attendre que la demande inverse se fasse jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;185. Ledit pouvoir revient au ma&#238;tre, qui exp&#233;die les affaires courantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;186. Cf. supra, p. 219, n. 222.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;187. Dans &lt;i&gt;Sa Majest&#233; des Mouches&lt;/i&gt;, W. Golding imagine une histoire particuli&#232;re (Livre de poche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;188. Utile &#224; qui ? La r&#233;cup&#233;ration de l'&#233;nergie d'un individu par le groupe, celle du groupe par d'autres groupes ext&#233;rieurs au moyen d'institutions sont des ph&#233;nom&#232;nes banaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le conseil de coop&#233;rative (1/3)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?423-le-conseil-de-cooperative-1-3</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?423-le-conseil-de-cooperative-1-3</guid>
		<dc:date>2011-06-06T19:25:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Psychoth&#233;rapie</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Assembl&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Vasquez A.</dc:subject>
		<dc:subject>Oury F.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il est ici question de stricte p&#233;dagogie (institutionnelle), mais il serait &#233;tonnant que le &#171; politique &#187; n'y trouve pas mati&#232;re &#224; r&#233;flexion... Le &#171; conseil de coop&#233;rative &#187; dont il est question, assembl&#233;e scolaire hebdomadaire, est le lieu o&#249; s'organise et se r&#233;organise la classe, dans la dur&#233;e, s'affrontant autant &#224; la scl&#233;rose de la routine qu'aux d&#233;sirs multiformes de chacun. On ne trouvera dans ce texte de la fin des ann&#233;es 60 aucune recette clefs en main, et on trouvera ailleurs (ici (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-8-pedagogie-+" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-55-travail-+" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-67-psychotherapie-+" rel="tag"&gt;Psychoth&#233;rapie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-120-assemblee-+" rel="tag"&gt;Assembl&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-187-vasquez-a-+" rel="tag"&gt;Vasquez A.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-188-oury-f-+" rel="tag"&gt;Oury F.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il est ici question de stricte &lt;a href=&#034;http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?mot69&amp;lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;p&#233;dagogie (institutionnelle&lt;/a&gt;), mais il serait &#233;tonnant que le &#171; politique &#187; n'y trouve pas mati&#232;re &#224; r&#233;flexion... Le &#171; conseil de coop&#233;rative &#187; dont il est question, assembl&#233;e scolaire hebdomadaire, est le lieu o&#249; s'organise et se r&#233;organise la classe, dans la dur&#233;e, s'affrontant autant &#224; la scl&#233;rose de la routine qu'aux d&#233;sirs multiformes de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne trouvera dans ce texte de la fin des ann&#233;es 60 aucune recette clefs en main, et on trouvera ailleurs (&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?296-C-est-pire-que-si-il-n-y-avait' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici par exemple&lt;/a&gt;) le t&#233;moignage de la transformation ult&#233;rieure de ces outils en m&#233;caniques de management. Cette &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?137-echange-mail-sur-la-recuperation' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; r&#233;cup&#233;ration &#187;&lt;/a&gt; ne peut servir de condamnation : elle montre au contraire de mani&#232;re &#233;clatante ce que cette v&#233;ritable &#171; praxis p&#233;dagogique &#187; (F. Imbert) avait de radicalement novateur mais que les relais pour perp&#233;tuer une telle pens&#233;e / pratique se sont rar&#233;fi&#233;s &#224; l'extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage est extrait de &#171; De la classe coop&#233;rative &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle &#187; d'A. Vasquez &amp; F. Oury, Maspero, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie ci-dessous,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?478-le-conseil-de-cooperative-2-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/a&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?481-le-conseil-de-cooperative-3-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Troisi&#232;me partie disponible l&#224;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(...) Parce que nous pensons que le Conseil de coop&#233;rative est un moment &#224; la fois d&#233;cisif et difficile, nous croyons utile de faire part de notre exp&#233;rience collective. Mais le pouvions-nous sans ajouter &#224; la confusion et aux malentendus ? Nous esp&#233;rons que le lecteur, apr&#232;s ces quelques comptes rendus, a pu se faire une id&#233;e de ce qui est en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre souci majeur demeure &#233;videmment l'&#233;volution des enfants, et de pr&#233;f&#233;rence de ceux qui ont int&#233;r&#234;t &#224; &#233;voluer vite : d'o&#249; ces groupes d'&#171; &#233;ducation th&#233;rapeutique &#187;. On peut imaginer que ce Conseil, lieu d'&#233;mergence de la parole vraie, peut avoir quelque vertu dans ce domaine... Pourtant, c'est de &#171; technique &#187; que nous allons &#224; pr&#233;sent traiter. Simplement parce que nous pensons que, dans ce m&#233;tier de ma&#238;tre d'&#233;cole, il existe, comme ailleurs, des techniques communicables, et aussi des erreurs &#224; &#233;viter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quitte &#224; retrouver au chapitre 5, avec Monique, Luigi et Ahmed, des moments de Conseils qui d&#233;cident de l'avenir d'un enfant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE CONSEIL&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce ne sont pas les m&#233;chants qui font le mal, ce sont les na&#239;fs et les maladroits.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Val&#233;ry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chapitre 3 pourrait s'arr&#234;ter l&#224; : la suite n'apporte rien de vraiment nouveau, et le lecteur attentif, pour peu qu'il dispose de quelque loisir, pourrait trouver dans les textes pr&#233;c&#233;dents la plupart des &#233;l&#233;ments qui permettent de d&#233;finir le Conseil de coop&#233;rative, de pr&#233;ciser certains &#171; d&#233;tails &#187; dont d&#233;pendent l'efficacit&#233; et la valeur &#233;ducative de la r&#233;union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons cependant que nous avons eu maintes fois l'occasion de noter les r&#233;sultats de l'introduction de th&#232;mes en rapport avec l'argent, le sexe ou la mort dans l'imaginaire d'un groupe. Qu'il s'agisse d'enfants, d'instituteurs en s&#233;minaire ou de stagiaires adultes en groupes de formation, les m&#234;mes ph&#233;nom&#232;nes (agitation, angoisse, etc.) semblent se produire avec une r&#233;gularit&#233; int&#233;ressante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de ne pas entendre ceux qui, aux prises avec une classe et parfois coinc&#233;s dans des situations d&#233;licates, r&#234;vent d'un (impossible) chapitre &#171; technique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Mais enfin, ce Conseil, cette clef de vo&#251;te de &#171; votre &#187; &#233;difice institutionnel, qu'est-ce que c'est ? Moi, j'ai essay&#233;... Dans tel cas, comment faire ?&lt;/i&gt; &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons choisi de r&#233;pondre : de reprendre, redire et expliciter &#224; partir des exemples cit&#233;s. R&#233;p&#233;ter ? Le risque est accept&#233;, et qui n'est pas directement engag&#233; dans une aventure coop&#233;rative trouvera peut-&#234;tre fastidieux un passage qui se voudrait un peu technique. Reste &#224; nous excuser et &#224; souhaiter que, tel qu'il est, ce texte rende quelque service &#224; ceux qui, dans l'&#233;cole, essaient de faire vivre des groupes d'enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. D&#233;finition simple...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est simple, pense la coll&#232;gue : &#224; un moment donn&#233;, la classe cesse ; on parle ensemble de ce qui se passe pour le changer, puis on d&#233;cide... C'est simple, pense le visiteur : on met le contact, les r&#233;acteurs soufflent. Face au vent, on met les gaz et l'avion d&#233;colle...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On essaie et, dans les deux cas, on obtient des r&#233;sultats... int&#233;ressants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;... d'une r&#233;union complexe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous croyons utile de reprendre cette d&#233;finition. A un moment donn&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donn&#233; par qui ? impos&#233; par quoi ? par l'emploi du temps que Jacques va consulter : &#171; &lt;i&gt; Y'a pas c et ON...&lt;/i&gt; &#187; (Cf. p. 447) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons plut&#244;t &#224; un moment pr&#233;vu, attendu par tous, et remarquons que l'institution existe d'une fa&#231;on permanente dans l'imaginaire de chacun. &#171; &lt;i&gt;J'm'en fous, j'le dirai au Conseil !&lt;/i&gt; &#187;, dit le gosse. Le ma&#238;tre fait-il autre chose quand il note sur son agenda ce qu'il dira au Conseil ? &#199;a a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; au Conseil devient l'argument p&#233;remptoire qui &#233;limine les discussions inutiles. Le temps est arr&#234;t&#233;. Ainsi se trouve marqu&#233; un &#171; lieu &#187; diff&#233;rent (que la disposition en cercle souligne) et une loi diff&#233;rente : la classe habituelle est interrompue. Effet de coupure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;... le travail cesse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que deviennent alors les r&#244;les, les statuts habituels ? Manuel parle, mais qui parle ? Le tr&#233;sorier, le chef d'&#233;quipe, le copain de Robert ou simplement &#171; celui qui a attaqu&#233; Henri &#187; ? J&#233;r&#244;me, en tant que pr&#233;sident de s&#233;ance, fait taire le ma&#238;tre au nom de la loi, et le ma&#238;tre ob&#233;it. Le visiteur de s'&#233;tonner, scandalis&#233; ou &#233;merveill&#233; : un adulte ob&#233;it &#224; un enfant ! O Education nouvelle ! O Non-Directivit&#233; ! O R&#233;volution !... Etc. Qui ob&#233;it &#224; qui ? Fernand Oury ob&#233;it &#224; J&#233;r&#244;me ? Il serait &#233;tonnant (et regrettable) qu'un adulte, responsable d'un groupe d'enfants, prenne plaisir &#224; subir le caprice d'un gamin de 11 ans. J&#233;r&#244;me se hasarderait-il &#224; &#171; faire la loi &#187; sans support symbolique, sans r&#233;f&#233;rence (131) ? Mais il serait aussi &#233;tonnant (et regrettable) qu'un &#233;ducateur soit incapable d'ob&#233;ir &#224; la loi qu'il a accept&#233;e, qu'il cr&#233;e avec les enfants, et qu'il pr&#233;tend repr&#233;senter dans le groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ma&#238;tre ? Son pouvoir ex&#233;cutif est laiss&#233; momentan&#233;ment au pr&#233;sident. Il n'a rien &#224; enseigner en Conseil : On se voit plus pareil au Conseil. Il serait pu&#233;ril de se leurrer : m&#234;me discret, muet, voire physiquement absent, le ma&#238;tre continue &#224; exister, &#224; &#234;tre per&#231;u diff&#233;remment selon les moments et selon les participants : repr&#233;sentant de l'Administration, t&#233;moin de la Soci&#233;t&#233;, homme ou femme, support de toutes sortes de transferts, adulte repr&#233;sentant de la loi humaine, recours, et aussi lui-m&#234;me tel qu'il est, avec ses qualit&#233;s, ses d&#233;fauts, ses r&#233;actions, ses d&#233;sirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui parle ? Il est quelquefois utile de le pr&#233;ciser, il est toujours bon de le savoir soi-m&#234;me si l'on pr&#233;tend &#224; quelque action contr&#244;l&#233;e (132).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tactique qui consiste &#224; m&#233;langer sciemment les r&#244;les pour affermir son pouvoir personnel sur un groupe se r&#233;v&#232;le souvent efficace. Ainsi le pr&#233;sident de s&#233;ance, qui se trouve &#234;tre le pr&#233;sident de l'Association, parle &#171; en homme &#187;, au nom des parents pr&#233;sents et absents, et dit &#171; Nous &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il utile d'envisager le cas (normal) o&#249; la pr&#233;sidence de s&#233;ance est confi&#233;e au directeur d'&#233;tablissement ou au repr&#233;sentant de l'Administration qui a pouvoir sur les &#171; participants &#187; ? Il ne s'agit plus ici d'&#233;ducation, mais de gestion &#171; d&#233;mocratique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait int&#233;ressant d'&#233;tudier les changements dans la perception du ma&#238;tre par les enfants en fonction des situations. Le langage peut nous renseigner : comment les enfants appellent-ils le ma&#238;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;EN CLASSE&lt;/strong&gt; (rappel d'images scolaires ant&#233;rieures)&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;A L'ATELIER&lt;/strong&gt; (rappel de situations parascolaires)&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Au CONSEIL&lt;/strong&gt; (situation nouvelle)&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;Dans un cours pr&#233;paratoire (filles)&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Ma&#238;tresse&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Tutoiement maman&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Pr&#233;nom, Nom&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Dans un cours moyen (filles)&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Ma&#238;tresse&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Ma&#238;tresse maman (ni&#233;) tutoiement&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Mademoiselle&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;Dans un perfectionnement (filles)&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Ma&#238;tresse&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Ma&#238;tresse maman tutoiement&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;La Ma&#238;tresse ou pr&#233;nom&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Dans un perfectionnement (gar&#231;ons)&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Monsieur&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Monsieur X ou tutoiement&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Monsieur ou le Ma&#238;tre&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On parle...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... parce qu'on ne parle pas ailleurs (des m&#234;mes choses et de la m&#234;me fa&#231;on). Ce qui se dit ailleurs est sans valeur : &#171; Tu diras cela au Conseil. &#187; Le Conseil est le lieu o&#249; la parole engage. Ceux qui jasent, bavardent, critiquent &#171; par-derri&#232;re &#187; sont consid&#233;r&#233;s comme des l&#226;ches incapables d'affronter le groupe ou comme des &#171; petits &#187;. Il est important de &#171; d&#233;sinfecter les couloirs &#187;, de se d&#233;barrasser des &#171; rumeurs &#187; qui empoisonnent l'atmosph&#232;re d'une classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... parce qu'on parle ailleurs (d'autres choses et autrement). On bavarde &#224; l'atelier, &#224; la causette, et les timides apprennent qu'ils peuvent parler. Les autres r&#233;unions constituent un entra&#238;nement n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... parce qu'on sait qu'on peut parler sans crainte. En principe, rien de ce qui se dit au Conseil ne sort de la classe, chacun peut rappeler cette r&#232;gle. Mais surtout chacun est assur&#233; que le fait de parler au Conseil ne peut en aucun cas provoquer automatiquement une sanction. La moquerie, l'obstruction sont interdites. Est-il besoin d'&#234;tre tr&#232;s intelligent pour comprendre que, si je punis celui qui a parl&#233; ou celui de qui on a parl&#233;, je transforme le Conseil en cour martiale et signe par l&#224; son impuissance en tant qu'institution ? Je vais retrouver le Silence au Conseil, et le vieux probl&#232;me de la d&#233;lation... Mais l'instituteur form&#233; &#224; la r&#233;pression peut-il imaginer &#171; autre chose &#187; ? Des mois d'exp&#233;riences et d'efforts sont n&#233;cessaires pour comprendre que &#171; la punition bouche l'acc&#232;s au langage &#187; (133), et que les enfants, souvent, sont les plus longs &#224; gu&#233;rir quand ils ont pris go&#251;t &#224; &#171; ces vices de grandes personnes &#187; (134).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ceux qui ne parlent pas ? II suffit de laisser faire : la parole sera monopolis&#233;e par ceux qui savent parler. Mais les petits, les inhib&#233;s, les mutiques ont beau savoir qu'on peut tout dire au Conseil, que chacun s'exprime dans sa langue, ils ne parlent pas, ou gu&#232;re. L'aide du groupe est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le petit Manuel, nouveau, se plaignit des grands et pr&#233;cisa de sa voix d'ange : &#171; Ils m'emmerdent &#187;, personne ne rit. Ce n'&#233;tait pas le moment de faire une le&#231;on de vocabulaire ou de politesse, mais plut&#244;t de &#171; donner la parole &#187; aux dits grands pas tellement fiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un grand (ou le ma&#238;tre) qui parle pour Florent, absolument incapable de s'exprimer, ravi d'entendre dire ce qu'il avait &#224; dire : de parler au Conseil, d'&#234;tre l&#224;. Le probl&#232;me se pose (on le verra ci-dessous avec Luigi et Ahmed) avec les enfants &#233;trangers. Il est prudent alors d'alerter tout le groupe : Ahmed ne parle pas, cela ne signifie pas qu'il n'a rien &#224; dire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On parle ensemble...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas supposer le probl&#232;me r&#233;solu ? S'ils arrivent &#224; parler ensemble, ils vont s'entendre... Pour s'entendre, il est souvent n&#233;cessaire d'&#233;couter, et ceux qui ont quelque habitude des r&#233;unions savent combien il est difficile d'&#233;couter autrui. Apprentissage utile. Il suffit que le pr&#233;sident laisse bavarder pour que se perde ce d&#233;sir d'&#233;couter (135). Est-il utile de souligner l'importance de l'ordre dans la r&#233;union ? II suffit que deux personnes parlent en m&#234;me temps pour que la communication soit impossible. Diverses solutions sont possibles, mais il semble important qu'au Conseil chacun ait &#233;t&#233; sollicit&#233; et dise qu'il n'a rien &#224; dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#232;gle est nette : &#171; Fallait le dire au Conseil ! Trop tard (136). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;...de ce qui se passe...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si rien ne se passe ? Si tout est r&#233;gl&#233;, pr&#233;vu, d&#233;cid&#233; &#224; l'avance par l'autorit&#233; sup&#233;rieure et comp&#233;tente ? Dans ce cas, parlons de le&#231;on d'&#233;locution, non de Conseil. Quand la comp&#233;tence des coop&#233;rateurs se limite &#224; la d&#233;coration de la classe, &#224; la surveillance des mauvais &#233;l&#232;ves (on dit : &#171; autodiscipline &#187;), on peut se demander &#224; quoi rime une r&#233;union : service de renseignements ? r&#233;union d'&#233;valuation ? police auxiliaire ? L'importance, l'efficacit&#233; du Conseil sont fonction de la comp&#233;tence reconnue aux coop&#233;rateurs et &#224; l'institution. Quelle que soit l'intention du p&#233;dagogue, elles sont nulles dans un syst&#232;me traditionnel quand la discipline demeure &#171; classique &#187;. Il serait na&#239;f de s'&#233;tonner de l'accueil fait &#224; certaines tentatives de &#171; participation &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que, pour nous, le Conseil n'a de sens que dans le contexte d'une activit&#233; coop&#233;rative permanente, comme &#233;l&#233;ment d'un complexe... Ne soulignons qu'une liaison dialectique : le Conseil ne vit que parce qu'on &#233;voque des activit&#233;s, mais permet &#224; chacun de se sentir concern&#233; par ces activit&#233;s, donc aux activit&#233;s d'exister. Si, pour eux, il ne se passe rien, pourquoi les &#171; participants &#187; participeraient-ils ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre convient-il de v&#233;rifier si ce qui vient au Conseil concerne le groupe entier. Certaines affaires personnelles, des difficult&#233;s dans une &#233;quipe auraient pu &#234;tre r&#233;gl&#233;es, hors Conseil, dans d'autres r&#233;unions et ne venir l&#224; qu'en cas d'&#233;chec pour demander la m&#233;diation du groupe entier. Mais si, vraiment, ce qui est l&#224; n'int&#233;resse personne, la r&#233;union n'a plus d'objet et doit &#234;tre &#233;court&#233;e... La vie de la classe se chargera d'apporter, sans tarder, des &#233;l&#233;ments &#171; int&#233;ressants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;... pour le changer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; est sans doute le secret. La formule : &#171; Discutez, nous d&#233;cidons &#187; n'est utilisable qu'avec des intellectuels amateurs de joutes verbales. Si les d&#233;cisions ne sont pas appliqu&#233;es, si le ma&#238;tre laisse prendre des d&#233;cisions qu'il sait inapplicables, si le Conseil n'a aucun pouvoir, il dispara&#238;t. Plus s&#233;rieux que bien des adultes, les enfants pr&#233;f&#232;rent jouer au ballon que &#171; jouer au Conseil &#187;. Il est facile de juger de la r&#233;alit&#233; d'un Conseil de coop&#233;rative : les m&#234;mes d&#233;cisions ne se trouvent pas deux fois sur le cahier du secr&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une d&#233;finition compliqu&#233;e...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a) une r&#233;union d'information&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Information verticale : le ma&#238;tre, porte-parole de l'Administration, informe les &#233;l&#232;ves des d&#233;cisions qui ont &#233;t&#233; prises (il est prudent parfois de pr&#233;ciser ce r&#244;le de porte-parole). Evaluation aussi. Il suffit d'&#233;couter, de faciliter l'expression pour avoir un &#171; feed-back &#187; qui renseigne sur la fa&#231;on dont les informations pr&#233;c&#233;dentes ont &#233;t&#233; re&#231;ues, les nouveaut&#233;s accueillies, les ordres ex&#233;cut&#233;s. Il est facile alors d'annihiler les r&#233;sistances. On comprend pourquoi, dans certains secteurs, on transforme le Conseil de coop&#233;rative en &#171; s&#233;ances d'&#233;valuation &#187; bien plus acceptables. Nous ne voyons l&#224; qu'un aspect, utile pour les responsables, d'une r&#233;union qui en comporte bien d'autres. C'est l'information de tous par tous, antidote de la manipulation, information &#171; horizontale &#187; ou &#171; transversale &#187; qui nous para&#238;t une condition premi&#232;re de cette discipline d&#233;mocratique que nous nous effor&#231;ons d'instaurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aux yeux de tous qu'appara&#238;t le comportement de chacun : &#171; Hier, je suis sorti le dernier : c'est parce que Denis m'avait cach&#233; mon cartable. &#187; &#171; Denis ne m'a pas rendu le stylo-bille que je lui avais pr&#234;t&#233;. &#187; &#171; Denis dit que... &#187; Denis, qui semble si sage, silencieux, inoffensif, se r&#233;v&#232;le &#234;tre un perturbateur de premi&#232;re classe ! C'est Guillaume qui fait remarquer que Mohamed, Nasser, Meziane et Jean-Paul ne se critiquent jamais entre eux, que Jean, Roland et Robert font de m&#234;me. Il est facile de voir que la plupart des incidents ont lieu entre ces deux bandes rivales. Pas besoin de sociogramme. Mise &#224; jour, pour tous, de structures implicites. Dans quelle mesure recouvrent-elles les structures institu&#233;es (&#233;quipe de travail, groupes occasionnels, places actuelles dans la classe, etc.) ? Plus que l'origine ou les motivations de ces groupements spontan&#233;s, leur dynamisme est int&#233;ressant : peut-on, par le biais de t&#226;ches &#224; r&#233;aliser en commun, les r&#233;int&#233;grer dans le groupe total ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en discuter ensemble et d&#233;cider. Le Conseil est l&#224; pour &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b) une r&#233;union d'analyse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en commun des informations, l'arriv&#233;e de faits nouveaux ne simplifient pas obligatoirement les probl&#232;mes. Il peut m&#234;me se produire des ph&#233;nom&#232;nes d'encombrement : &#171; Alors maintenant, on n'y comprend plus rien du tout. &#187; Or, nous &#233;tions r&#233;unis pour essayer d'y voir plus clair (si possible), de donner un sens aux &#233;v&#233;nements afin de prendre des d&#233;cisions sens&#233;es. De la n&#233;cessit&#233; d'analyser, d'abstraire, d'interpr&#233;ter, de proposer des hypoth&#232;ses, de confronter, de choisir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut discuter &#224; l'infini sur la part du ma&#238;tre. Les enfants sont trop petits pour avoir des id&#233;es, dit-on, mais si le ma&#238;tre intervient, il est directif. Et l'on propose des solutions r&#233;alistes (137) : un psycho-sociologue par classe... exp&#233;rimentale (138). A relire les comptes rendus de s&#233;ance dans des classes de &#171; petits &#187; (139), on peut penser qu'avec quelque entra&#238;nement les &#233;l&#232;ves et le ma&#238;tre sont aptes &#224; se tirer d'affaire et nous croyons inutile d'insister sur ce r&#244;le essentiel du Conseil : aider &#224; y voir clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La participation des int&#233;ress&#233;s &#224; ce travail est pour nous une condition sine qua non. Est-il utile de dire qu'elle est moindre en maternelle qu'en classe de 4&#034;4&#176; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c) une r&#233;union de d&#233;cision&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Organe du pouvoir comparable &#224; un grand quartier g&#233;n&#233;ral, &#224; un (v&#233;ritable) soviet, &#224; un (v&#233;ritable) conseil d'administration, &#224; l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de Makarenko. L'aspect &#171; production &#187; est ici mis en relief. C'est vraisemblablement l'aspect essentiel : si la r&#233;union n'a pas de pouvoir, si les d&#233;cisions ne sont pas appliqu&#233;es, si elles sont contest&#233;es &#224; l'int&#233;rieur ou annul&#233;es de l'ext&#233;rieur, mieux vaut renoncer &#224; tourner en rond, &#224; bavarder au Conseil. Toute parodie de Conseil est dangereuse dans ce sens qu'elle est un obstacle &#224; la cr&#233;ation ult&#233;rieure d'un Conseil r&#233;el, pi&#232;ce essentielle selon nous d'une classe qui tend vers l'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;d) une r&#233;union de &#171; r&#233;gulation &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas question seulement de la r&#233;gulation de la r&#233;union, mais bien de la r&#233;gulation de la vie de la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos du Conseil, on pourrait parler parfois de psychodrame (cf. Monique, Luigi, Ahmed, chap. 5), parfois de training-group, dans certains Conseils non directifs. Nous parlons plus volontiers de r&#233;union th&#233;rapeutique (th&#233;rapie du groupe, th&#233;rapie des individus dans et par le groupe) et, plut&#244;t que d'insister sur certains effets cathartiques ind&#233;niables, nous pr&#233;f&#233;rons souligner que l'interdiction des passages &#224; l'acte et l'obligation de la verbalisation dans un groupe contr&#244;l&#233; o&#249; la parole dite et re&#231;ue donne un sens aux &#233;v&#233;nements, o&#249; le &#171; mal dit &#187; (voire l'indicible) arrive &#224; bien se dire et &#224; s'accepter, favorise l'acceptation de la r&#233;alit&#233; (le mot &#233;tant pris ici dans le sens que lui donne Lacan en l'opposant au &#171; r&#233;el &#187;), condition de l'action sur cette r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;e) un &#171; trou &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire saisir cet aspect du Conseil dans un groupe d'instituteurs, nous proc&#233;dons de la fa&#231;on suivante. Quand chacun est satisfait, que l'emploi du temps est totalement bouch&#233; par des occupations vari&#233;es, nous faisons un trou dans cet emploi du temps affich&#233;. Un v&#233;ritable trou, une fen&#234;tre dans la feuille de papier, et l'on voit appara&#238;tre ce qu'il y a derri&#232;re : le sous-jacent (souvent un autre texte).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce trou, chacun mettra ce qu'il ne peut pas mettre ailleurs, dira ce qu'il ne peut pas dire &#224; un autre moment (on n'a pas le temps. C'est hors du sujet : ce n'est jamais le moment de dire cela). Chacun pourra s'exprimer. Trou dans le quotidien, le banal, l'obligatoire. Espace vide. Vacuole en apparence inutile, mais indispensable au fonctionnement de cette cellule vivante qu'est la classe-groupe. Vacuole qui permet certes d'&#233;vacuer les r&#233;sidus, de liquider ce qui pourrait cristalliser en granules douloureux et fort g&#234;nants, mais aussi de r&#233;cup&#233;rer ce qui semblait, dans le contexte quotidien, sans valeur. C'est l'existence de ce trou qui rend possible le travail : peut-on imaginer une production quelconque sans contraintes, sans frustrations, sans conflits ? un pouvoir sans quelques abus de pouvoir ? Sans cette possibilit&#233; de dire : &#171; Je te critique au Conseil &#187;, de mettre dans le trou demain ce que je refuse d'&#171; encaisser &#187; aujourd'hui, la classe-atelier peut-elle &#234;tre autre chose qu'une morne dictature technocratique ou une perp&#233;tuelle discussion ? Sans cette possibilit&#233; de dire : &#171; Si tu n'es pas content, tu me critiqueras au Conseil &#187;, un responsable peut-il commander ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais vacuole qui permet aussi l'&#233;mergence d' &#171; autre chose &#187;. Fen&#234;tre ouverte sur ce qui est derri&#232;re, ou dessous : sur les fantasmes et l'inconscient de chacun et du groupe. Une comparaison avec la s&#233;ance analytique est possible, mais plus simplement ce &#171; trou dans l'emploi du temps &#187; ne rappelle-t-il pas ce qui se passe parfois lorsqu'on va prendre un pot ou boire un caf&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;... pour une chose bien simple&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, direz-vous, &#224; quoi riment cette longue description et ces pr&#233;cisions ? N'auriez-vous pas tendance &#224; compliquer les choses simples, &#224; vous compliquer la vie ? Quand &#171; &#231;a marche &#187;, quand &#171; &#231;a tourne &#187;, chacun parle simplement, naturellement : &#171; Moi, dans ma classe... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai, tout est simple, normal, naturel : un homme marche, des enfants parlent entre eux, un moteur tourne, un oiseau s'envole, Caravelle atterrit, le d&#238;ner est servi. Au diable les psychologues, les ing&#233;nieurs et les m&#233;caniciens. N'est-il pas plus agr&#233;able et plus sain de commenter le vol gracieux de l'hirondelle et l'ambiance d&#233;tendue de nos bonnes r&#233;unions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descendus de leur chaire, des instituteurs, des professeurs ont voulu donner la parole &#224; l'Enfant, et pour eux la vie s'est brusquement compliqu&#233;e. Dans les remous du milieu enfantin, en proie aux silences, aux refus, aux orages, interpell&#233;s, pris au ventre, ils attendent, d&#233;munis, autre chose que des discours sur l'ambiance ou la non-directivit&#233;. Nous nous permettrons de les mettre en garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On peut tout dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil est accueillant &#224; n'importe quoi : on peut tout dire, puisqu'on est entre nous. Est-il assur&#233; qu'on peut tout dire ? n'importe comment ? Est-il assur&#233; qu'on peut tout laisser dire ? N'abordons pas ici l'aspect th&#233;rapeutique. Il n'est pas obligatoirement &#171; th&#233;rapeutique &#187; de laisser tel hyst&#233;rique faire son num&#233;ro, d'accueillir le discours r&#233;p&#233;titif de tel parano&#239;aque en herbe. Et que restera-t-il de celui qui, inconsid&#233;r&#233;ment, raconte sa vie, se livre et se vide ?... Le groupe est-il en mesure d'accueillir comme il convient de tels discours ? Sans public, il n'y a gu&#232;re de cirque possible. Or, le risque existe au Conseil (et ailleurs) de cultiver l'exhibitionnisme et le masochisme. Qui contr&#244;le le voyeurisme et l'agressivit&#233; (le sadisme parfois) de ceux qui regardent au lieu d'&#233;couter ? &#171; Il est des cas o&#249;... &#187; Cela nous indique qu'il est davantage question ici de vigilance, d'entra&#238;nement et de comp&#233;tence que de recettes ou de r&#232;gles g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accordons au responsable, lib&#233;r&#233; de ses r&#244;les habituels, quelque perspicacit&#233; et quelque sensibilit&#233; (&#224; d&#233;faut de formation s&#233;rieuse) pour r&#233;gler &#171; ces cas o&#249;... &#187; et envisageons des probl&#232;mes plus simples que nous dirons &#171; diplomatiques &#187;. Antoine aurait pu critiquer Monsieur le directeur en termes autrement vifs et imag&#233;s ; l'attitude d'un coll&#232;gue peut &#234;tre &#233;voqu&#233;e et comment&#233;e de fa&#231;on peu flatteuse ; la vie priv&#233;e des participants ou de leur famille peut inopin&#233;ment &#171; arriver au Conseil &#187; : une m&#232;re encourage son fils &#224; &#171; trouver &#187; du mat&#233;riel ; une autre lui conseille de &#171; se d&#233;fendre &#187; &#224; coups de pierres ; la fr&#233;quence des conflits entre A... et C... s'explique par les relations sexuelles et &#233;conomiques entre Monsieur C... et Madame A..., etc. Bien s&#251;r, il peut &#234;tre fort &#233;ducatif de faire revivre certains &#233;v&#233;nements dans un nouveau contexte : la fa&#231;on dont ils sont v&#233;cus a souvent plus d'importance que les &#233;v&#233;nements eux-m&#234;mes, etc. Ce qui importe aussi, c'est la survie du contexte en question, la survie du Conseil et de la coop&#233;rative. Prudence ! Il est souvent facile de faire remarquer soit que les &#233;v&#233;nements ne concernent pas directement le groupe, soit que nous n'avons aucun moyen d'action : changerons-nous l'Ecole ou les gens ? Pourquoi bavarder ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'est pas toujours possible de &#171; tourner la page &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Monique, plus volubile que d'habitude, d&#233;bite, au milieu d'une foule, des d&#233;tails sur l'assassinat de Chantal : &#171; Il l'a &#233;trangl&#233;e. Il l'a viol&#233;e devant et derri&#232;re. Il lui a fait un b&#233;b&#233; et tue la jeune fille. Il &#233;trangle le b&#233;b&#233;. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s int&#233;ressant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; - Qu'auriez-vous fait ? &#187; demande la ma&#238;tresse... (Cf. infra, chap. 5, Monique.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. C..., stagiaire, a &#171; emprunt&#233; &#187; des documents expos&#233;s par M. F... Celui-ci, blanc de rage, ne veut rien entendre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; - J'en ai rien &#224; f... de votre Conseil. Il ne sortira pas entier d'ici... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit cette fois d'adultes solides. Jolie bagarre en perspective. C'est tr&#232;s int&#233;ressant... &#171; Qu'auriez-vous fait, vous ? &#187;, demande le responsable du groupe... Il s'agit &#233;videmment de cas extr&#234;mes et heureusement rares. Est-ce une raison pour ne pas en parler ? Le ma&#238;tre risque d'&#234;tre pris au d&#233;pourvu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En psychoth&#233;rapie institutionnelle, de tels cas n'ont rien d'exceptionnel. Peut-&#234;tre n'est-il pas mauvais d'avoir une id&#233;e sur les ph&#233;nom&#232;nes de contagion hyst&#233;rique, sur l'angoisse et le d&#233;sir que r&#233;veille en chacun l'&#233;vocation de ce qui est interdit, tabou, sacr&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute soci&#233;t&#233; a ses tabous, qu'on ne viole pas impun&#233;ment : dans une conversation banale, introduisez des questions d'argent. Notre monnaie int&#233;rieure, pourtant b&#233;nigne, provoque ordinairement chez nos coll&#232;gues une &#233;motion inexplicable : des enfants qui manipulent l'argent Nous l'avons d&#233;j&#224; dit (141). Parlez du sexe ou de la mort dans un groupe, sans pr&#233;cautions... Si vous &#234;tes capable de prendre sur vous l'angoisse et l'agressivit&#233; que vous avez r&#233;veill&#233;es, tout ira bien et vous acquerrez le pouvoir du sorcier, sinon vous risquez et vous faites courir des risques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose nous para&#238;t certaine : le Conseil, o&#249; chacun &#233;coute, participe, est engag&#233;, n'est pas un lieu id&#233;al pour de pareilles transgressions des interdits sociaux. Que faire, et comment faire ? Avons-nous retrouv&#233; le colloque singulier, le face-&#224;-face, la relation duelle, ses fascinations et ses risques ? Le ma&#238;tre amateur de &#171; psychanalyse &#187; va-t-il jouer &#224; l'attention flottante, manier les transferts et installer un divan dans sa classe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le groupe X &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;diation du groupe total se r&#233;v&#232;le non seulement inop&#233;rante, mais dangereuse : les acteurs vont jouer en public. Or, nous abordons le domaine de la trag&#233;die... Peut-&#234;tre suffit-il de choisir une autre m&#233;diation, un autre groupe ? Sans aborder ici cette question du groupe d'intervention psychologique (142), nous signalerons la composition d'un groupe X qui nous a permis de r&#233;soudre un conflit important. Le Conseil a d&#233;l&#233;gu&#233; ses pouvoirs &#224; une commission compos&#233;e de : les deux adversaires A et B, deux &#171; avocats &#187; A' et B', un &#171; neutre &#187;, calme, non impliqu&#233;, substance tampon repr&#233;sentant le groupe, et le ma&#238;tre repr&#233;sentant non seulement la loi du groupe et la l&#233;galit&#233;, mais la Loi. Sans t&#233;moins, sans r&#233;actions de prestance possible, sans &#233;motions surajout&#233;es, nous avons repris ( et r&#233;solu ) l'affaire. Une autre affaire grave (143) a &#233;t&#233; ainsi r&#233;solue par un groupe X auquel ne participait pas le ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, penserez-vous, voil&#224; qui ressemble fort &#224; un tribunal ; or nous parlions d'&#171; intervention psychologique &#187;. C'est d'aide qu'il s'agit : le groupe X n'a pas pouvoir de juger. Ce qui ne peut pas &#234;tre dit au Conseil peut &#234;tre dit ailleurs. Est-il possible en groupe total de &#171; d&#233;baller &#187; la vie priv&#233;e de Stani, au risque de r&#233;activer des probl&#232;mes en voie de r&#233;solution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De L'Educateur d'Ile-de-France, d&#233;cembre 1960, nous reprenons le texte suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IL FAUT SAUVER STANI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que nous voyions ensemble le cas de Stani.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'ann&#233;e, on m'a propos&#233; de le placer dans un centre de r&#233;&#233;ducation. J'ai dit que je le gardais et que j'en prenais la responsabilit&#233;. Mais je ne peux pas faire cela tout seul.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Bien s&#251;r, c'est tout le monde... qui peut l'aider.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Croyez-vous que j'ai bien fait de le garder ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Oh oui ! il est beaucoup moins fou que l'ann&#233;e derni&#232;re. Il ne se bagarre plus tout le temps.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Nous regardons un moment Stani. Il a une petite bo&#238;te et ramasse des bestioles pour nourrir la mante religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; ... et puis il s'occupe bien de l'oiseau.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Bon, essayons de voir ce qui ne va pas.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Il est intelligent. Il comprend bien et quand il veut il travaille bien...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Oui, c'est le plus intelligent de tous. Mais il ne veut rien faire. Il s'occupe de tout, il grouille tout le temps. Il laisse tout tomber. Il fait expr&#232;s &#224; votre avis ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Je ne sais pas. Il ne veut pas ou il ne peut pas ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Il y a un peu des deux. Et comment expliquez-vous cela ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est dr&#244;le, il croit toujours qu'on l'attaque...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Vous rappelez-vous la premi&#232;re chose qu'il a faite dans le champ ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ah oui, sa cabane !&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Stani avait construit une esp&#232;ce de blockhaus.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'&#233;tait pour se prot&#233;ger.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Mais on ne l'attaque pas.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Essayez de comprendre que devient le b&#233;b&#233; si la m&#232;re meurt ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Il meurt aussi si...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; ... si l'on ne trouve pas tout de suite quelqu'un pour remplacer la maman.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; O&#249; est la m&#232;re de Stani ? Morte.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Et le p&#232;re ? Mort aussi.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Oui, mais il a son grand-p&#232;re et sa grand-m&#232;re.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#199;a n'emp&#234;che pas que, quand il &#233;tait petit, Stani s'est trouv&#233; abandonn&#233;. C'est peut-&#234;tre ce qui explique beaucoup de choses.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Moi aussi ma m&#232;re est morte...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Oui, tu as perdu ta maman l'ann&#233;e derni&#232;re. C'&#233;tait plus triste, mais tu &#233;tait grand, tu comprenais. Ce n'&#233;tait pas la m&#234;me chose que pour un b&#233;b&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Alors, que faut-il faire ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Faut &#234;tre gentil avec lui, jouer avec lui. Tenez, regardez, les autres jouent au foot, mais lui est tout seul.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Stani n'est pas fou. C'est un orphelin, il a peur de quelque chose qui n'existe plus. Il se d&#233;fend. Il a besoin d'&#234;tre rassur&#233;, de sentir autour de lui des amis.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Oui, mais on ne peut pas se laisser em... b&#234;ter.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Qui a dit cela ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Et puis, si on ne le force pas &#224; travailler, il ne r&#233;ussit rien et comme il ne r&#233;ussit rien il empoisonne tout le monde. Il faut le forcer &#224; travailler.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Oui, c'est bien difficile, il faut &#234;tre avec lui et contre lui.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est pour cela qu'il faut &#234;tre plusieurs.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Et puis, &#231;a d&#233;pend des moments, quand il joue, il faut &#234;tre gentil avec lui, avoir de la patience, mais quand on travaille...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Quand on est chef, avec lui il faut &#234;tre s&#233;v&#232;re, sans cela il ne fera rien.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Bon, alors nous sommes d'accord. J'ajouterai quelque chose : quand il se fait disputer ou un peu &#233;craser, c'est justement l&#224; que les autres doivent &#234;tre gentils avec lui.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Vous l'avez devin&#233;, il ne s'agit pas d'une r&#233;union de synth&#232;se de psychologues ou d'&#233;ducateurs, mais d'une conversation &#224; l'heure du &#171; temps libre &#187; entre un instituteur, Fernand Oury, et deux &#171; grands &#187;, Manuel et Julien, chefs d'&#233;quipe et responsables dans cette classe de perfectionnement o&#249; la coop&#233;ration joue aussi un r&#244;le psychologique. Il serait int&#233;ressant de remarquer combien la compr&#233;hension profonde d'autrui est souvent ind&#233;pendante du niveau de culture intellectuelle. Mais cette constatation remettrait peut-&#234;tre en question la notion m&#234;me de culture...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(... / ...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?478-le-conseil-de-cooperative-2-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Lire la seconde partie&lt;/a&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;131. Ce qui nous para&#238;t non pas &#233;tonnant, mais inacceptable, c'est que des notions aussi simples et aussi utiles ne soient pas mises &#224; la disposition de ceux qui ont charge d'enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;132. Nous n'&#233;voquons pas ici les r&#244;les qu'il croit jouer, ceux qu'on lui attribue... Nous limitant au seul plan sociologique, remarquons que les enseignants, qui constamment &#171; doivent faire &#187;, ne sont gu&#232;re favoris&#233;s : leur r&#244;le est d&#233;fini. O&#249;, quand, comment et pourquoi prendraient-ils conscience de la complexit&#233;, de la multiplicit&#233; de leurs r&#244;les ? apprendraient-ils &#224; en user intelligemment ? Ils sont &#233;videmment &#224; la merci de certains &#171; sp&#233;cialistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;133. Dr Jean OURY, A propos de la punition, ron&#233;ot&#233;, 1954.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;134. F. DELIGNY, Graine de crapule, Lille, Michon &#233;d., r&#233;&#233;dit&#233; au Scarab&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;135. La t&#233;l&#233;vision qui cause en permanence dans certaines familles, le discours moralisateur (et certains cours) ont le m&#234;me effet : par une salutaire r&#233;action de d&#233;fense, les enfants n'&#233;coutent plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;136. Il n'est pas sans int&#233;r&#234;t de remarquer que, souvent, la libert&#233; de parole, la possibilit&#233; de se faire entendre sont assur&#233;es par une s&#233;rie d'interdictions, de limites, de r&#232;gles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;137. Plus qu'on ne le croit : le ch&#244;mage est un probl&#232;me grave...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;138. Entendu au Congr&#232;s mondial de la sant&#233; mentale en 1961, puis en 1964 et en 1966 en d'autres hauts lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;139. Cf. supra, p. 424-446.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;140. Cf. Marthe BRICKS (7e) et Raymond FONVIEILLE (4'), dans Changer l'&#233;cole, EPI.
141. Cf. supra, p. 456 (Tumulte &#224; Ivry).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;142. Nous esp&#233;rons la reprendre dans un ouvrage ult&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;143. Pour des enfants ou des instituteurs, un vol de 100 francs est une affaire grave.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Vivre ensemble ou un exemple de p&#233;dagogie institutionnelle en maison d'enfants </title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?393-vivre-ensemble-ou-un-exemple-de</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?393-vivre-ensemble-ou-un-exemple-de</guid>
		<dc:date>2010-11-14T14:07:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Psychoth&#233;rapie</dc:subject>
		<dc:subject>Pain J.</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article paru dans Informations sociales (1989), n&#176;7. J. PAIN &amp; M. PONCELET Constitu&#233;e au coeur des techniques Freinet dans les ann&#233;es 60 (1) la p&#233;dagogie institutionnelle s'est progressivement ouverte de l'&#233;cole et de la classe aux institutions &#233;ducatives, sp&#233;cifiquement d'internat et d'h&#233;bergement (2), en m&#234;me temps qu'&#224; la formation (3). Nous nous appuierons ici sur l'une des exp&#233;riences de nos r&#233;seaux, en maison d'enfants, initi&#233;e en 1976, pour montrer bri&#232;vement le dispositif (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-8-pedagogie-+" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-67-psychotherapie-+" rel="tag"&gt;Psychoth&#233;rapie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-68-pain-+" rel="tag"&gt;Pain J.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article paru dans Informations sociales (1989), n&#176;7.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. PAIN &amp; M. PONCELET&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constitu&#233;e au coeur des techniques Freinet dans les ann&#233;es 60 (1) la p&#233;dagogie institutionnelle s'est progressivement ouverte de l'&#233;cole et de la classe aux institutions &#233;ducatives, sp&#233;cifiquement d'internat et d'h&#233;bergement (2), en m&#234;me temps qu'&#224; la formation (3). Nous nous appuierons ici sur l'une des exp&#233;riences de nos r&#233;seaux, en maison d'enfants, initi&#233;e en 1976, pour montrer bri&#232;vement le dispositif p&#233;dagogique au travail.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une institution instituante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Implant&#233;e dans la province de Namur et d&#233;pendant de la Maison de nos enfants, une unit&#233; de vie (dite M 12 pour Maison de douze enfants) accueille une quinzaine de jeunes gar&#231;ons et filles. Le groupe est encadr&#233; par une &#233;quipe de trois &#233;ducateurs, deux &#233;ducatrices, une chef &#233;ducatrice et une assistante sociale &#224; mi-temps. Nous y avons exp&#233;riment&#233; et approfondi un certain nombre d'outils p&#233;dagogiques permettant aux jeunes et aux adultes de vivre ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chacun &#224; la parole, mais d'une mani&#232;re structur&#233;e et non destructrice. Le pouvoir et les responsabilit&#233;s sont partag&#233;s, les lois de vie commune n&#233;goci&#233;es d&#233;mocratiquement. Un fonctionnement qui apprend au jeune &#224; mieux ma&#238;triser et comprendre la situation dans laquelle il se trouve, en le r&#233;habilitant comme sujet susceptible d'int&#233;r&#234;t, capable de mener &#224; bien son existence, d'&#234;tre consid&#233;r&#233; en tant qu'individu, reconnu et estim&#233; socialement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, les jeunes qui nous arrivent ont, pour la plupart, d&#233;j&#224; v&#233;cu un p&#233;riple institutionnel. On parle de &#171; cas sociaux &#187;. En g&#233;n&#233;ral, apr&#232;s la faillite familiale bien vite cautionn&#233;e, se multiplient des interventions fr&#233;quentes qui font suivre au jeune un itin&#233;raire chaotique de placement en placement Cette situation engendre chez l'enfant des attitudes de revendication, un sentiment profond d'injustice et d'ins&#233;curit&#233;, de d&#233;valorisalion, de culpabilit&#233;. Il consid&#232;re son placement en partie comme le r&#233;sultat d'une faute qu'il a commise et qui se perp&#233;tue (4). D&#232;s lors, l'agressivit&#233;, la violence du jeune, n&#233;e de ces sentiments de frustration, d'impasse, le manque de dialogue, l'absence de rep&#232;res structurants, contribuent &#233;galement &#224; inciter au passage &#224; l'acte, r&#233;ponse individuelle &#224; un probl&#232;me plus global li&#233; &#224; l'environnement du jeune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est pourquoi il nous semble important d'utiliser dans le cadre des foyers d'h&#233;bergements des structures qui tendent &#224; repositionner l'individu. Retrouver la confiance des autres, la sienne et, par le langage, se distancier du rapport de force physique, des coups induits par la crainte d'&#234;tre soi-m&#234;me d&#233;truit (5).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Outils, instances, dispositif&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; LE CONSEIL&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est l'outil central de notre syst&#232;me p&#233;dagogique mais ne peut se dissocier de la structure globale qu'il articule en fait, puisqu'il est le lieu de n&#233;gociation, de l'organisation de la vie du groupe et de l'unit&#233;. C'est donc le lieu des &#233;changes et le lieu o&#249; s'&#233;laborent les lois. Dans ce cadre, la structuration y est tout &#224; fait importante puisqu'elle rend le lieu s&#233;curisant et permet la r&#233;solution des situations conflictuelles et des tensions affectives qui, non r&#233;solues, am&#232;neraient la &#171; mort symbolique &#187; du groupe (1). Chaque lundi, &#224; la m&#234;me heure, au m&#234;me endroit, enfants et adultes se r&#233;unissent La premi&#232;re semaine pour le conseil, la seconde pour la r&#233;union des ceintures de comportement et ainsi de suite. Lors du conseil, tout le groupe se r&#233;unit sous la pr&#233;sidence d'un jeune ayant &#233;t&#233; &#233;lu &#224; la majorit&#233; quinze jours plus t&#244;t. C'est lui qui anime ou co-anime, distribue la parole et organise, avec le secr&#233;taire et un &#233;ducateur, l'ordre de passage des points repris pr&#233;alablement dans le &#171; carnet de conseil &#187;. Ce carnet, &#224; la disposition de celui ou celle qui d&#233;sire y noter un point pr&#233;cis &#224; d&#233;battre au conseil, se compose de deux parties : d'un c&#244;t&#233;, l'ordre du jour, les informations, les demandes pr&#233;cises, les activit&#233;s, les responsabilit&#233;s ; de l'autre c&#244;t&#233;, la rubrique &#171; Je critique - je propose &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil commence toujours par cette partie qui est beaucoup plus utilis&#233;e par les plus jeunes. Dans de nombreux cas, le carnet sert &#224; &#233;viter le r&#232;glement de compte imm&#233;diat et prot&#232;ge les plus jeunes de l'agressivit&#233; et de la brutalit&#233; de certains grands &#224; leur &#233;gard. Le &#171; Je propose &#187; permet ainsi au jeune de travailler sur la r&#233;paration, agie et contr&#244;l&#233;e par le groupe. Toutes les d&#233;cisions du conseil sont inscrites dans un cahier et font force de loi. On &#233;vite, de ce fait, les sanctions arbitraires, les faveurs... Il s'agit de restaurer le travail de la symbolisation perp&#233;tuellement d&#233;grad&#233;e par le milieu socio familial et de situer &#224; sa juste place la fantasmatique imaginaire du jeune, celle qui lui permet d'&#233;viter la loi, en le ramenant sans cesse &#224; la r&#233;alit&#233;, comme r&#233;alisation tout aussi possible de soi-m&#234;me. Il faut n&#233;cessairement &#171; s'expliquer autrement &#187;. Il n'est pas question d'imposer ou d'exercer son pouvoir par la force physique. Le partage des pouvoirs, des responsabilit&#233;s, la rencontre des autres, la confrontation s'articulent par le langage. Chacun peut alors avoir une place, la sienne, reconnue par tous (6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; LES CEINTURES DE COMPORTEMENT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous nous sommes inspir&#233;s du fonctionnement des ceintures dans les classes coop&#233;ratives (15 et 20), ainsi que de l'exp&#233;rience de l'&#233;cole de La Neuville (7). Il s'agissait pour nous d'adapter ce syst&#232;me &#224; l'h&#233;bergement. Car nous n'avons pas &#224; mesurer des niveaux scolaires (tous les jeunes vont dans des &#233;coles &#224; l'ext&#233;rieur) mais avant tout le degr&#233; d'autonomisation et de socialisation de chaque jeune. Donc, les ceintures de comportement sont centr&#233;es sur la responsabilit&#233; individuelle et collective, l'acquisition de comportements &#171; attendus &#187;. Chaque enfant sait o&#249; il en est et voit ce qu'il doit apprendre pour progresser dans tel ou tel domaine (la prise en charge de soi, l'hygi&#232;ne, la politesse, le respect de l'unit&#233;, au conseil, en scolaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Des crit&#232;res &#233;tablissent la progression dans chacun des diff&#233;rents domaines et sont repr&#233;sent&#233;s sur un grand panneau d'affichage, suivant le syst&#232;me des couleurs des arts martiaux : auto- et inter&#233;valuation. Deux grilles de ceintures sont en application : nous avons bas&#233; le syst&#232;me pour les plus jeunes sur des crit&#232;res d'apprentissage et d'acquis, tandis que pour les adolescents nous parlons du comportement. La r&#233;union des ceintures a lieu un lundi sur deux. Les plus jeunes se retrouvent avec deux &#233;ducateurs pour faire le point sur leurs ceintures ; le groupe des grands se r&#233;unit ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On assiste l&#224; &#224; une forme de socialisation extr&#234;mement nette : socialisation qui se traduit par la coop&#233;ration, la cat&#233;gorisation, l'attribution, et qui s'accompagne d'une individualisation comparative et corr&#233;lative (8), d'o&#249; l'importance de prendre le temps pour encourager leurs efforts pour &#171; grandir &#187;. C'est aussi, comme au conseil, un lieu privil&#233;gi&#233; d'expression et d'&#233;laboration progressive de la parole des petits. Avec les a&#238;n&#233;s, nous parlons d'autonomie et analysons avec eux la &#171; probl&#233;matique adolescente &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE REFERENT EDUCATIF&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chaque jeune de l'unit&#233; a un r&#233;f&#232;rent. C'est un &#233;ducateur plus particuli&#232;rement responsable qui va s'occuper du suivi scolaire, accompagner l'assistante sociale et le jeune lors des visites en famille et sera plus attentif &#224; son &#233;volution p&#233;dagogique et individuelle. Avec lui, lors d'entretiens structur&#233;s dans le temps et l'espace, il fait ponctuellement le point sur sa situation dans l'unit&#233;, sur l'&#233;volution des projets &#224; court et long termes, l'aide et le soutien dans ses d&#233;marches et activit&#233;s ext&#233;rieures. Le cadrage de cette relation va constituer un tiers m&#233;diateur. L'&#233;change n'est possible que si l'objet en est bien d&#233;fini. On se parle &#171; &#224; propos de... &#187;. Il est bien question ici de rep&#233;rer les ph&#233;nom&#232;nes de transfert institutionnel et les relations dites &#171; duelles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comme on a pu en juger, en p&#233;dagogie institutionnelle, la pratique des r&#233;unions est fondamentale ; le conseil est l'&#233;l&#233;ment clef du syst&#232;me des r&#233;unions et de la structure &#233;ducative que cette p&#233;dagogie nous propose. Les r&#233;unions, par leur rituel, et leur diff&#233;renciation ajust&#233;e, permettent de lib&#233;rer la parole tout en la structurant et offrent &#224; chacun la possibilit&#233; d'&#234;tre reconnu en tant qu'individu avec sa personnalit&#233; propre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;marrer l'ann&#233;e &#233;ducative : un point clef&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; La remise en place du dispositif institutionnel et de la structure M 12 s'effectue chaque ann&#233;e d&#232;s la rentr&#233;e scolaire de septembre. Une &#224; deux journ&#233;es de travail ont heu au sein de l'unit&#233;. Le travail de ces deux jours est essentiel, il pose les bases de la structure p&#233;dagogique, permet &#224; chacun de reclarifier son r&#244;le et ses responsabilit&#233;s, pour une meilleure prise en charge des jeunes qui nous sont confi&#233;s. Un fascicule constituant un condens&#233; des rep&#232;res quotidiens est pr&#233;alablement envoy&#233; &#224; chaque membre de l'&#233;quipe ainsi qu'aux divers personnels travaillant de mani&#232;re ponctuelle dans l'unit&#233;. Pour les jeunes, il est tout aussi important de marquer symboliquement le d&#233;marrage de l'ann&#233;e. C'est pourquoi le conseil de la rentr&#233;e a lieu le premier lundi de septembre (lundi &#233;tant un jour clef dans cette unit&#233; : alternativement jour du conseil ou de la r&#233;union des ceintures). Chacun y vient avec le fascicule qu'il a, comme les personnels, re&#231;u pr&#233;c&#233;demment et que nous reprenons oralement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lors du premier conseil de 1988, chacun s'est pr&#233;sent&#233; et a fait le bilan de la p&#233;riode de vacances &#233;coul&#233;es ainsi que le point sur la situation &#224; venir. Nous sommes ensuite pass&#233;s aux points et &#224; la distribution provisoire des t&#226;ches ainsi que de certaines responsabilit&#233;s. 11 fut alors propos&#233; &#224; chacun de r&#233;fl&#233;chir &#224; l'&#233;laboration de ses &#171; ceintures &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un exemple de probl&#232;me et de sa prise en charge p&#233;dagogique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Fin juillet 1988, le groupe ne compte plus que huit jeunes ; en septembre, il est &#224; nouveau complet : quatorze. La difficult&#233; na&#238;tra donc en partie de sa restructuration relationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#233;quipe g&#232;re assez sereinement les probl&#232;mes classiques li&#233;s &#224; la constitution d'un nouveau groupe lorsque, fin octobre, elle constate d'autres probl&#232;mes plus aigus : tension importante, angoisse de certaines adolescentes. Certains, semble-t-il, supportent moins la vie collective mais, paradoxalement, d&#233;sinvestissent l'organisation de la vie &#224; l'ext&#233;rieur de l'unit&#233;. Le journalier rapporte alors une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements qui vont inqui&#233;ter l'&#233;quipe par leur multiplicit&#233; : les disputes entre filles ou entre filles et gar&#231;ons deviennent fr&#233;quentes ; les vols d'objets personnels, ou la destruction, sont l'objet de discussions au conseil. Il est aussi question de &#171; brossages &#187; scolaires, de &#171; saouleries &#187; &#224; Beauraing. Un gar&#231;on, le plus perturb&#233;, fera m&#234;me une fugue de deux jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 26, deux (anciens) a&#238;n&#233;s vont assez mal ; Marie court, crie, &#233;nerve tout le monde ; Jean, pour la deuxi&#232;me fois de la semaine, casse la cruche du percolateur. L'&#233;ducateur pr&#233;sent ce jour-l&#224; est un ancien de l'&#233;quipe ; c'est &#224; lui que Jean et Marie vont expliquer ce qui les pr&#233;occupe : une des nouvelles, Aline, treize ans, croit &#234;tre enceinte car Pierre, au retour d'une &#171; saoule-rie &#187; avec les autres, est all&#233; la retrouver dam sa chambre, en pleine nuit. L'&#233;ducateur apprend aussi que la soeur d'Aline avait eu des relations sexuelles avec L&#233;on ; ce jour-la, d'ailleurs, il avait surpris une r&#233;union &#171; secr&#232;te &#187; de tous les grands, hormis Jean et Marie. Deux des lois fondamentales avaient donc &#233;t&#233; transgress&#233;es : pas de relations sexuelles &#171; institutionnelles &#187;, pas de violence (la troisi&#232;me &#233;tant : pas de &#171; parasitage &#187; du collectif).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#233;ducateur a une premi&#232;re discussion avec les deux gar&#231;ons concern&#233;s. C'est l'angoisse par rapport &#224; ce que cela va provoquer en terme de remise en question de leur projet au M 12, mais c'est aussi un soulagement devant ce probl&#232;me qui les d&#233;passe. D'ailleurs, la tension du groupe s'apaise compl&#232;tement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le lendemain, le directeur, l'assistante sociale et la chef-&#233;ducatrice d&#233;cident d'une strat&#233;gie &#233;ducative :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; pas de renvoi m&#233;canique de la maison ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; nous informons les juges de la jeunesse concern&#233;s et nous demandons des r&#233;unions o&#249; seront convoqu&#233;s le ou les parents, le jeune et nous-m&#234;mes ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; le directeur programme d'autres r&#233;unions, d&#232;s le soir m&#234;me. Dans un premier temps, nous recevons chaque jeune pour reparler de la loi et signifier que des d&#233;cisions, autres que le renvoi, seront prises en r&#233;union d'&#233;quipe et discut&#233;es en conseil ; toutefois, il est dit qu'une nouvelle transgression d'une des lois fondamentales entra&#238;nera illico le renvoi car il est important de r&#233;tablir des limites. Dans un second temps, l'assistance sociale est pr&#233;sente &#224; la r&#233;union, mais uniquement pour appliquer la d&#233;cision du directeur : prendre rendez-vous avec parents e : juges - ceci afin de pr&#233;server son r&#244;le ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'assistante sociale est &#233;galement charg&#233;e de contacter une sexologue qui viendra faire une ou deux s&#233;ances de travail avec les adolescents.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt; Lundi 31 : l'&#233;quipe propose plusieurs choses, cautionn&#233;es par la direction :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; les ceintures sont suspendues pour certains ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; un d&#233;m&#233;nagement des chambres s&#233;parera davantage celle des filles et celle des gar&#231;ons ; la &#171; chambre de garde &#187; des &#233;ducateurs sera install&#233;e entre les deux. Un plan avec l'attribution des lits sera affich&#233; ; le d&#233;m&#233;nagement est pr&#233;vu pour le mercredi ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; un conseil extraordinaire avec les plus de douze ans est programm&#233; pour le lundi suivant (en fait il s'agit plus d'un temps de parole avec, comme base de discussion, les raisons de la loi sur l'interdit de la sexualit&#233; dans la maison et une analyse du probl&#232;me de ce groupe &#224; l'&#233;gard de la loi) ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; la r&#233;f&#233;rente des deux filles prendra rendez-vous chez une gyn&#233;cologue, plus pour des explications sur l'anatomie et son fonctionnement que pour un examen physique puisqu'un rapport du test de grossesse et de la prise de sang r&#233;v&#232;le un r&#233;sultat n&#233;gatif ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; il est demand&#233; &#224; la psychologue de voir les plus jeunes afin qu'ils expriment ce qu'ils ont compris de la situation du groupe des grands et s'ils n'en souffrent pas ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; nous transmettons nos d&#233;cisions aux juges et leur demandons de les communiquer aux jeunes lors des rendez-vous qu'ils nous avaient fix&#233;s d'urgence.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt; De ce fait le jour du conseil extraordinaire, chacun savait &#224; quoi s'en tenir. D'ailleurs, on peut consid&#233;rer que cette r&#233;union a clos une premi&#232;re phase de l'analyse, permettant symboliquement un &#171; nouveau d&#233;part &#187;. La plupart des jeunes purent y prendre la parole, il est &#233;vident que, plus tard, des incidents eurent encore un lien avec cette histoire. Les probl&#232;mes ne manquent pas ! Mais cet incident avait pu &#234;tre discut&#233; en conseil et g&#233;r&#233; sainement par le dispositif, les instances et les structures p&#233;dagogiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est &#224; travers un fonctionnement int&#233;grant &#233;troitement adultes et jeunes que se mettront en place les rep&#233;rages essentiels &#224; la vie et &#224; l'existence de la collectivit&#233; (9).&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(1) Cf. &#171; La p&#233;dagogie institutionelle des groupes d'&#233;ducation th&#233;rapeutique &#187;, in OURY F., VASQUEZ A. (1971), &#171; De la classe coop&#233;rative &#224; la p&#233;daggie institutionnelle &#187; - POCHET C. OURY F., OURY J., (1986), Miloud, ou l'ann&#233;e derni&#232;re j'&#233;tais mort. Matrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) L'exp&#233;rience belge et la p&#233;dagogie des r&#233;seaux institutionnels sont illustr&#233;es par deux livres : l'un du Grapi (Groupe de recherche et d'action en p&#233;dagogie institutionnelle), l'autre de l'Arespi (Association pour un r&#233;seau des pratiques de l'institutionnel)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) PAIN J. (1981). P&#233;dagogie institutionnelle et formation, Micropolis - PAIN J. (1987), &#171; L'intervention institutionnelle &#187;. Traces de Faires, n&#176; 3, Matrice - PAIN J. (1993), La p&#233;dagogie institutionnelle d'intervention. Matrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) MAZETP. (1979), &#171; Ils ne sont pas n&#233;s d&#233;linquants &#187;. Autrement, novembre 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) HELLBRUNN R., PAIN J. (1986), Int&#233;grer la violence. Matrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(6) OURY F., POCHET C. (1979), Qui c'est l'conseil ?, Maspero.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(7) Fond&#233;e il y a quinze ans, l'&#233;cole de La Neuville (Seine-et-Marne) a &#233;t&#233; suivie par Fran&#231;oise DOLTO et Fernand OURY. Deux cassettes vid&#233;o sont disponibles aux &#233;ditions Matrice : L'Ecole de La Neuville et Le Journal scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(8) WALLON H.. &#171; Psychologie et &#233;ducation de l'enfance. Buis et m&#233;thodologie de la psychologie &#187;. Enfance, num&#233;ro sp&#233;cial. 1959-1963 ; - BANDURA A. (1980), L'Apprentissage social. Mardaga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(9)OURYJ. (1986). Le Collectif, Scarab&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Une vie d&#233;t&#233;rior&#233;e, &#233;crivait-il...</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?391-une-vie-deterioree-ecrivait-il</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?391-une-vie-deterioree-ecrivait-il</guid>
		<dc:date>2010-10-20T14:19:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Psychoth&#233;rapie</dc:subject>
		<dc:subject>Pain J.</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;J. PAIN (92000 Nanterre), Cahiers p&#233;dagogiques n&#176; 138, Novembre 1975&#65279; Les jeunes de 15 &#224; 24 ans forment le quart de la population ouvri&#232;re. 65 jeunes ouvriers sur 100 n'ont pas poursuivi leurs &#233;tudes au-del&#224; de 16 ans : -- 37 % pour quitter l'&#233;cole (d&#233;sint&#233;r&#234;t) ; -- 24 % pour gagner de l'argent ; -- 11 % pour raisons familiales. 31 % n'ont aucun dipl&#244;me d'enseignement g&#233;n&#233;ral, 55 % n'ont aucun C.A.P. ou dipl&#244;me technique. Les 3/4 de ces jeunes ouvriers gagnent moins de 1 500 F par (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-8-pedagogie-+" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-55-travail-+" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-67-psychotherapie-+" rel="tag"&gt;Psychoth&#233;rapie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-68-pain-+" rel="tag"&gt;Pain J.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J. PAIN (92000 Nanterre), Cahiers p&#233;dagogiques n&#176; 138, Novembre 1975&#65279;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les jeunes de 15 &#224; 24 ans forment le quart de la population ouvri&#232;re. 65 jeunes ouvriers sur 100 n'ont pas poursuivi leurs &#233;tudes au-del&#224; de 16 ans :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 37 % pour quitter l'&#233;cole (d&#233;sint&#233;r&#234;t) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 24 % pour gagner de l'argent ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 11 % pour raisons familiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 % n'ont aucun dipl&#244;me d'enseignement g&#233;n&#233;ral, 55 % n'ont aucun C.A.P. ou dipl&#244;me technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 3/4 de ces jeunes ouvriers gagnent moins de 1 500 F par mois, 44 % moins de 1 200 F. 1/3 ne prend pas de vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur 100 jeunes ouvriers titulaires d'un C.A.P. :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 11 sont embauch&#233;s comme man&#339;uvres ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 26 comme &#171; jeunes ouvriers &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 25 comme 0. S. ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et seulement 32 comme O.P.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les jeunes ouvriers &#187; (enqu&#234;te I.F.O.P.-C.G.T., novembre 1973).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA SOCIETE, MAIS OUI MON CHER !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C..., Val d'Oise. Une petite ville, &#171; dortoir &#187; et pavillonnaire. Environ 15.000 habitants. Une seule grosse entreprise, du b&#226;timent, qui emploie et loge une main-d'&#339;uvre principalement &#233;trang&#232;re, nord-africaine, portugaise, espagnole, chinoise. La population se compose surtout de salari&#233;s des couches moyennes, de retrait&#233;s, et de paysans et ouvriers, en nombre plus restreint. Les immigr&#233;s y sont rest&#233;s marginaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement secondaire se r&#233;sume &#224; deux &#233;tablissements : le C.E.S.[Coll&#232;ge d'Enseignement Secondaire ou Coll&#232;ge] et le C.E.T [Centre d'Enseignement Technique, futurs Lyc&#233;e d'Enseignement Professionnel]. Les seuls contacts qu'ils maintiennent sont dus &#224; l'orientation (orientation, ou &#171; rel&#233;gations &#187; ?) d'une fraction des &#233;l&#232;ves du C.E.S. vers le C.E.T. Celui-ci, C.E.T. du b&#226;timent, est constitu&#233; dans sa version d&#233;finitive depuis 1950, en cinq sections : plomberie, peinture, serrurerie, menuiserie, ma&#231;onnerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;dagogie, et plus encore l'innovation p&#233;dagogique, comme dit la mode universitaire, sont au C.E.T. de C... &#233;troitement d&#233;termin&#233;es par deux m&#233;canismes dont les effets se cumulent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; L'origine sociale des &#233;l&#232;ves, dont la massivit&#233; est &#233;loquente. J'ai ainsi montr&#233; en 1971 sur la base d'une &#233;tude des 150 &#233;l&#232;ves de premi&#232;re ann&#233;e qu'un &#233;l&#232;ve sur deux &#233;tait fils d'ouvrier, et neuf &#233;l&#232;ves sur dix fils d'ouvriers ou d'employ&#233;s. Je retrouve en 73-74 les m&#234;mes proportions, en ce qui concerne les trois classes (1re, 2e et 3e ann&#233;e) de pr&#233;paration au C.A.P., dont j'avais la charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; L'orientation scolaire, dont la m&#234;me &#233;tude montrait qu'elle fournissait le C.E.T. &#224; 95 % en 1971 &#224; partir des classes pratiques et de transition. Aujourd'hui les classes pr&#233;-professionnelles de niveau et pr&#233;paration &#224; l'apprentissage remplacent les &#171; pratiques &#187;. Or ce sympt&#244;me social du technique est ici renforc&#233; par une double hi&#233;rarchisation : la hi&#233;rarchie des C.E.T., qui s'ordonne des &#233;tablissements de l'&#233;lectricit&#233; et de la m&#233;canique, aux &#233;tablissement du b&#226;timent, et la hi&#233;rarchie des m&#233;tiers dans l'&#233;tablissement, qui &#224; C... s'ordonnent de la plomberie, fili&#232;re noble qui en octobre 1973 sollicitait trois pr&#233;f&#233;rences sur cinq, &#224; la serrurerie, la peinture, la menuiserie, et en dernier lieu la ma&#231;onnerie. Ainsi, la classe de 1re ma&#231;onnerie que j'ai connue cette ann&#233;e derni&#232;re comptait au d&#233;part 35 &#233;l&#232;ves ; mais seulement 12 avaient choisi la ma&#231;onnerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire d'insister sur ces m&#233;canisme de &#171; rel&#233;gation &#187; sociale, directement li&#233;e &#224; la structure de la soci&#233;t&#233;, et &#224; la structure du march&#233; du travail. Car les exp&#233;riences entreprises portent sur une classe de ma&#231;onnerie (1re ann&#233;e), de ma&#231;onnerie et peinture (2e ann&#233;e), de ma&#231;onnerie et menuiserie (3e ann&#233;e), dans le contexte que nous venons de d&#233;finir. Il est certain qu'un profond sentiment de d&#233;classement &#171; social &#187; est &#224; l'&#339;uvre dans ces classes. Il faut savoir &#233;galement que plus de 10 % des effectifs d'ensemble du C.E.T. s'&#233;vanouissent en cours d'ann&#233;e, avec ou sans autorisation l&#233;gale (20 &#224; 30 % des effectifs de 1re ann&#233;e), la 1re ma&#231;onnerie est tr&#232;s vite tomb&#233;e &#224; 25 &#233;l&#232;ves. Et puis, ce sont les familles des &#233;l&#232;ves de ma&#231;onnerie qui sont les plus nombreuses : 6 enfants en moyenne, avais-je montr&#233; en 1971, ce qui encore une fois limite l'ensemble des conditions de travail, de motivation, de disponibilit&#233; de l'&#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exclus des lyc&#233;es puis des C.E.T. &#171; nobiliaires &#187;, 40 &#233;l&#232;ves sur 100 sont donc encore exclus de la fili&#232;re &#171; prestigieuse &#187; : la plomberie. Silencieux, les yeux vides, ils sont l&#224;, dans un coin de la classe, inaccessibles. Ou alors ils ricanent, ils agressent, ils cassent. Ton &#233;cole, j'en ai rien &#224; foutre ! Je m'en branle ! Alors ? Parfois, je pense qu'il n'y a presque plus rien &#224; faire, qu'il est d&#233;j&#224; trop tard... la &#171; rel&#233;gation &#187;, &#233;crit Grignon.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES PETITS BRICOLEURS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1971, je d&#233;barque au C.E.T. de C..., mais comme &#233;tudiant. Je d&#233;marre une observation, dite participante, dans la mesure o&#249; je me retrouve vite dans les &#233;quipes de travail. Car le C.E.T., sous l'impulsion du directeur et d'un inspecteur, fait des tentatives exp&#233;rimentales au niveau de l'orientation (rotation des &#233;l&#232;ves dans les diff&#233;rents ateliers avant choix), du contr&#244;le, des motivations et comportements des &#233;l&#232;ves, et pr&#233;tend implanter en d&#233;finitive le contr&#244;le continu par unit&#233;s capitalisables (sortes d'U.V, ce que pratiquent d&#233;j&#224; une douzaine de C.E.T., et qui lui sera refus&#233;, tardivement d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la rentr&#233;e 72, je suis nomm&#233; P.E.G. lettres &#224; C... J'ai d'embl&#233;e toute latitude, et un horaire r&#233;duit, pour intervenir plus avant dans la vie du C.E.T. En fait, je vais plus m'attacher aux classes dont j'ai &#224; m'occuper, qu'aux probl&#232;mes collectifs : foyer, biblioth&#232;que, centre de documentation, analyse de l'exp&#233;rience en cours. N&#233;anmoins ce climat de recherche autorise le changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re ann&#233;e je me limite, dans les classes traditionnelles, &#224; organiser des travaux de groupe de &#171; sp&#233;cialit&#233; &#187; : en fran&#231;ais, mais surtout en histoire et g&#233;ographie, sur les th&#232;mes du programme, et sur la base des manuels. Dans des classes de soutien, &#224; effectif r&#233;duit, je d&#233;veloppe des formes embryonnaires de dynamique de groupe. Enfin, avec une professeur de math&#233;matiques, nous prenons en charge une classe dite &#171; pr&#233;-professionnelle &#187; de 18 &#233;l&#232;ves, sans programme, que nous installons dans des locaux retir&#233;s du groupe scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travaux des petits groupes en classe se heurtent &#224; un manque de mat&#233;riel, &#224; un manque de place, &#224; un manque de mobilit&#233; (si sortie il y a, pourquoi tous sortir en m&#234;me temps ?). Mais ils paraissent &#171; lib&#233;rer &#187; certains &#233;l&#232;ves, bloqu&#233;s par l'enseignement magistral, &#224; partir du moment o&#249; leur initiative personnelle &#233;tait sollicit&#233;e. J'alternais en fait cours et travaux de groupes. Ces cours, centr&#233;s sur des notions ou structures (grammaticales, historiques, g&#233;ographiques), me pos&#232;rent progressivement probl&#232;me, dans la mesure o&#249; les contr&#244;les en d&#233;montraient la port&#233;e tr&#232;s &#233;ph&#233;m&#232;re. Par ailleurs j'avais abandonn&#233; l'arsenal des sanctions habituelles : colles, exclusions, avertissements, etc. au profit de la discussion syst&#233;matique des situations de conflit, ce qui du reste correspondait plus &#224; des positions spontan&#233;es de ma part qu'&#224; des options argument&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes de soutien, temporaires, visaient &#224; int&#233;grer des &#233;l&#232;ves pr&#233;tendus &#171; retard&#233;s &#187; au niveau moyen de leur classe d'accueil. Dans la plupart des cas, ces &#233;l&#232;ves &#233;taient des caract&#233;riels, ou des instables, qui furent catalogu&#233;s &#171; faibles &#187; par un professeur surcharg&#233;, d&#233;sireux de r&#233;duire ses effectifs deux heures sur cinq. Ils d&#233;veloppaient une ostensible demande de prise en charge, voire d'assistance, de caract&#232;re affectif. Apr&#232;s un s&#233;jour assez court de certains de ces &#171; insupportables soutenus &#187; dans ces groupes, o&#249; l'on dessinait, mimait, parlait beaucoup, je fus surpris par des changements remarquables de comportement. Je pr&#233;sume qu'il s'agissait autant d'un effet de l'institution &#171; soutien &#187; sur l'&#233;l&#232;ve et sur le professeur (s&#233;curisation' et normalisation) que d'une brutale modification de la personnalit&#233; de l'&#233;l&#232;ve... Et celui qui bondissait sur les tables, grima&#231;ant et sardonique, exclu de tous les cours d'enseignement g&#233;n&#233;ral, devint un &#233;l&#232;ve comme les autres lorsque le professeur de lettres de sa classe d'accueil, le consid&#233;rant comme &#171; rattrap&#233; &#187;, l'accueillait &#171; in extenso &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la classe pr&#233;-professionnelle s'ouvrait &#224; C... l'&#232;re de la p&#233;dagogie &#171; sauvage &#187;. Dix-huit &#233;l&#232;ves, dont on ne savait trop que faire, dont la moiti&#233; quitterait le C.E.T. d&#232;s les seize ans l'entr&#233;e au C.E.T. s'effectue entre 14 et 16 ans). Nous avions obtenu qu'ils suivent un enseignement en atelier, pour &#233;ventuellement &#234;tre admis directement en 2e ann&#233;e, et non refaire &#8212; st&#233;rilit&#233; bien fran&#231;aise &#8212; une 1&#232;re ann&#233;e, ce qui est la loi naturelle des pr&#233;-professionnelles, ces parkings scolaires. Un &#171; couple &#187; (professionnel) leur assurait un enseignement en dessin industriel et dessin d'art. Outre l'&#233;ducation physique, qui fut surtout centr&#233;e sur l'expression corporelle, un autre &#171; couple &#187; (une P.E.G. sciences et moi) &#233;tait charg&#233; de l'enseignement g&#233;n&#233;ral. Singuli&#232;re classe, o&#249; nous avons en six mois tent&#233; de comprendre les probl&#232;mes qui se posaient aux Portugais, &#224; l'Alg&#233;rien, &#224; l'orphelin, au dyslexique. Jamais je n'ai ressenti comme alors cette extraordinaire mutilation scolaire, qui les avait plus que les autres encore d&#233;class&#233;s. Un jour ils cass&#232;rent les carreaux de leur &#171; classe &#187;, et s'en expliqu&#232;rent tr&#232;s bien : nous ne sommes pas comme les autres, et puis les autres nous le disent ; et on se fout de nous ; et on nous prend pour des cons ; et on est parqu&#233;s l&#224;, pour nous faire passer temps... Heureusement le directeur s'en remettait &#224; nous. Beaucoup de discussions, des sorties dans les bois, un peu de maths, un peu de fran&#231;ais. Les Portugais, qui n'avaient jamais dit un mot, s'emparent du magn&#233;tophone. Ils parlent, en fran&#231;ais, et en portugais. La classe se constitue d&#233;finitivement comme groupe en canardant &#224; coups de limes usag&#233;es les draps d'une voisine. Les draps seront rembours&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des b&#233;gaiements disparaissent. Dans certains cas des progr&#232;s d'expression nets et soudains sont enregistr&#233;s. Alors que l'angoisse nous mine, devant la carence d'organisation de la classe dont nous avons fait preuve (tous les plannings structur&#233;s que nous avions propos&#233;s sont tomb&#233;s &#224; l'eau), lors du bilan de fin d'ann&#233;e nous entendons les professeurs d'atelier souligner des progr&#232;s dans le comportement, et- m&#234;me des progr&#232;s en fran&#231;ais et surtout en maths ! Est-ce possible ? Pourtant, quelques s&#233;ances de piscine ont permis &#224; deux &#233;l&#232;ves de vaincre leur peur (de l'eau ?), et &#224; l'un des deux du coup d'abandonner son exhibitionnisme et ses provocations ; il est pr&#233;sent en seconde ann&#233;e, pratique l'a&#239;kido, et passe pour s&#233;rieux, lui l'insupportable d'hier. Et cet autre, &#171; le crapaud &#187;, disait-on, &#224; cause de ses lunettes, b&#234;te noire des &#233;l&#232;ves et de certains enseignants, &#224; deux doigts de l'exclusion ? En cours d'ann&#233;e, il a chang&#233; de lunettes, appris &#224; faire le coup de poing pour &#234;tre respect&#233;, est devenu un &#171; bon &#187; &#233;l&#232;ve. Aujourd'hui il est parmi les meilleurs serruriers du C.E.T., et responsable du foyer. El&#232;ves et profs ont oubli&#233; le crapaud... Et tous ces rattrapages affectifs, nous &#233;tions tellement dedans que nous n'en pouvions rien dire. C'&#233;tait une classe sans &#171; contenu &#187;, malgr&#233; tout, et j'en restais profond&#233;ment pr&#233;occup&#233;. Hormis les films de la cin&#233;math&#232;que de l'enseignement public, qui donnaient lieu chaque semaine &#224; un forum inter-classes, avec &#171; nos &#187; pr&#233;-professionnels, et &#224; discussion (histoire, cin&#233;ma, litt&#233;rature...), nous n'avions rien &#171; fait &#187;, rien produit, pas m&#234;me des dossiers, un journal... Rien... Et ce rien me restait en travers de la gorge. C'est pourquoi j'ai voulu insister sur cette ann&#233;e 72-73, car elle a largement conditionn&#233; mes tentatives de l'ann&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PEDAGOGIE INSTITUTIONNELLE, OU &#199;A ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Travaillant depuis plusieurs ann&#233;es sur la p&#233;dagogie institutionnelle, je gardais du gros livre rouge, comme disent les Groupes d'Education Th&#233;rapeutiques, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;De la classe coop&#233;rative &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle&lt;/i&gt;, un fantasme de l'organisation qui me rongeait comme un ver. Car la &#171; classe de Charlie &#187; produit une p&#233;dagogie d&#233;mocratique PARCE QU'ELLE est organis&#233;e. Pourtant, combien de fois Oury n'avait-il dit : pour mettre en route une classe pareille, il faut deux ans. Mais nous avions tendance &#224; l'oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au stage G.E.T. de septembre 73, &#224; Saint-Vincent-de-Jalmoutiers, nous avions de surcro&#238;t, nous les &#171; secondaires &#187;, exp&#233;riment&#233; nos impuissances en face des &#171; primaires &#187;, install&#233;s dans leurs classes coop&#233;ratives. Apr&#232;s un &#233;change d'inexp&#233;riences, et quelques s&#233;quences d'auto-mutilation, nous nous rend&#238;mes compte que pas mal de secondaires tentaient de changer leur pratique. Du coup nos castrations se mu&#232;rent en simples &#171; manques &#224; gagner &#187;... A Saint-Prix, d'autres secondaires parvenaient aux m&#234;mes conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens le stage, &#224; la veille de la rentr&#233;e, joua un r&#244;le de suppl&#233;ment phallique. Cette ann&#233;e-l&#224; une s&#233;rie de G.E.T. secondaires se mit en place d&#232;s octobre 73.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; moi j'avais v&#233;cu ce stage outrageusement pr&#233;occup&#233; de &#171; l'organisation &#187;, une fois de plus. La structure que j'eus &#224; me mettre, avec les autres stagiaires, sous la r&#233;flexion, me parut r&#233;pondre directement &#224; mes pr&#233;occupations. Disons qu'elle sollicite et autorise une prise de conscience et une prise de pouvoir des stagiaires, mais seulement par la construction d'instances collectives (d&#233;l&#233;gation de pouvoir, &#233;lection de responsables, l&#233;gislation...) &#233;troitement coordonn&#233;es. En somme, il s'agit AUSSI d'un stage initiatique &#224; l'organisation d'une collectivit&#233;. Comment, de foule devenir groupe, et d'individu &#171; sujet &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je repris donc la structure p&#233;dagogique du stage, pour en faire l'armature des classes de 1re, 2e et 3e ann&#233;e C.A.P., qui m'&#233;taient attribu&#233;es pour l'ann&#233;e 73-74. Je crus, du moins. Placage, ou th&#233;oricisme ? Il s'est pass&#233; quelque chose. Mais quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;UNE EXPERIENCE &#171; TOTALE &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avant la rentr&#233;e, je mets au point un emploi du temps g&#233;n&#233;ral, tr&#232;s d&#233;taill&#233;. J'avais l'ann&#233;e scolaire pr&#233;c&#233;dente deux des classes concern&#233;es, et elles sont accoutum&#233;es aux essais et erreurs du travail en groupe. Cette fois je d&#233;cide d'aller beaucoup plus loin, avec l'appui toujours d&#233;terminant du directeur, et de rompre avec toute astreinte institutionnelle : je ne tiendrai aucun compte a priori des programmes, ni du d&#233;coupage institu&#233; de mon enseignement en r&#233;daction, orthographe-grammaire, lecture, histoire, g&#233;ographie ; j'&#233;claterai la classe, en utilisant pour les travaux de groupe les salles du foyer, la biblioth&#232;que des professeurs, les salles libres ; je ne ferai aucun apport magistral &#171; abstrait &#187;, c'est-&#224;-dire non motiv&#233; ; je prendrai la responsabilit&#233; d'autoriser toute sortie de petits groupes en ville (1re ann&#233;e), voire &#224; Paris ou ailleurs (2e et 3e ann&#233;e), qui corresponde (ou qui provoque) &#224; un travail bien d&#233;fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me r&#233;serve seulement un droit de veto sur la s&#233;curit&#233; collective. En fait, j'ai demand&#233; l'autorisation des parents, pour ces sorties &#171; non encadr&#233;es &#187; et le directeur me couvre. De plus, d&#233;parts et retours sont point&#233;s &#224; la surveillance g&#233;n&#233;rale (il faut savoir que les textes n'interdisent en rien les sorties de groupes d'&#233;l&#232;ves sur le territoire de la commune d'&#233;tablissement, voire au-del&#224;, sous la conduite d'un &#233;l&#232;ve responsable, bien que ce dernier point soit moins &#233;vident). Enfin je me suis entendu avec plusieurs enseignants pour que ces sorties puissent s'&#233;tendre &#224; la demi-journ&#233;e ou &#224; la journ&#233;e, dans tous les cas justifi&#233;s (visite d'un petit groupe au Jardin des plantes, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois classes se verront donc soumettre un emploi du temps dont l'ossature commune repose sur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Un travail libre par groupes, portant sur deux ou trois heures par semaine, au CE.T., donnant &#233;ventuellement lieu &#224; des sorties-enqu&#234;tes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Un cin&#233;-forum inter-classes, entre ces classes et parfois d'autres, bi-hebdomadaire, avec pr&#233;sentation et d&#233;bat chaque fois que possible. Les films portaient sur l'histoire, particuli&#232;rement contemporaine (le fascisme, la r&#233;sistance...), la culture (cin&#233;ma, th&#233;&#226;tre, po&#233;sie, peinture, urbanisme...), la g&#233;ographie &#233;conomique et sociale (la Chine, le Maroc, l'Inde...), la profession...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mieux saisir le &#171; concret en acte &#187;, nous allons suivre dans le d&#233;tail la classe de 3e ann&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA MECANIQUE DES MACHINES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ils sont 23, dont 17 menuisiers et 6 ma&#231;ons. Je les &#171; avais &#187; tous l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Ils ont pris un mois de vacances, mais ont pratiquement tous travaill&#233;. En 3e ann&#233;e, de plus, &#171; on &#187; travaille souvent pendant les petites vacances, les fins de semaine ; et parfois on s'absente pour faire un chantier, dans le cas des ma&#231;ons, &#171; au noir &#187;. Ils sont l&#224;, et attendent. Certains ont d&#233;j&#224; d&#233;cr&#233;t&#233; qu'ils n'ont &#171; rien &#224; foutre du C.A.P. &#187;, qu'ils ne veulent &#171; entendre parler de rien &#187;, etc. Je leur explique donc, ce mardi 18 septembre, que je propose de tenter dans la classe de travailler en petits groupes, librement. Je leur soumets un planning, en r&#233;p&#233;tant avec insistance que &#171; tout &#187; est &#224; discuter : les activit&#233;s, leur r&#233;partition, l'organisation, les sanctions... Mais j'ajoute qu'une fois explor&#233;e la question, si l'organisation de la classe que je propose est adopt&#233;e, elle fonctionnera sans remise en cause possible &#8212; sauf am&#233;nagements minimes &#8212; jusqu'au lundi 29 octobre 73 (le &#171; temps de latence &#187; que je pensais n&#233;cessaire &#224; la perception dans la pratique par les &#233;l&#232;ves et moi, de l'organisation, et de ses probl&#232;mes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion est difficile. Pr&#233;sident de s&#233;ance ou pas, l'anarchie que je retrouve dans toutes les classes de CET est install&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parle qui veut, et quand il le veut. Si le pr&#233;sident, ou l'un, ou l'autre, proteste contre un groupe qui parle en apart&#233; de Mick Jagger, des Deep Purple, ou d'Agostini, c'est imm&#233;diatement la menace et l'insulte : &#171; Ta gueule, h&#233;, con &#187; ; &#171; Tu veux mon poing sur la gueule ? &#187; Ils ont seize, dix-sept, parfois dix-huit ans, ils raffolent des motos, de pop, de bagarre. Implicitement, mon statut de karat&#233;ka joue d'ailleurs un r&#244;le &#171; clef &#187;. Alors, bien s&#251;r, nous ne sommes pas &#224; Neuilly... Un &#233;l&#232;ve est d'origine espagnole, un d'origine italienne, deux d'origine alg&#233;rienne, un d'origine vietnamienne, quatre vivent avec leur m&#232;re seule, -un avec une famille d'adoption. Un seul est fils de cadre, les autres fils d'ouvriers, employ&#233;s, un &#233;l&#232;ve est fils d'un musicien professionnel. Tr&#232;s sensible, ils viendra &#224; plusieurs reprises me parler de ses angoisses de &#171; d&#233;class&#233; &#187;. Il voudrait retourner dans un lyc&#233;e. Il &#233;crit de la musique la nuit. Il m&#233;prise la ma&#231;onnerie. Alors !... L'&#233;t&#233; dernier il s'est mis &#224; boire et s'est battu avec son p&#232;re, qu'il &#171; plantera &#187; s'il le frappe &#224; nouveau. Plus r&#233;cemment il s'est profond&#233;ment entaill&#233; le bras droit. Juste sur les veines... &#171; Je voudrais savoir parler, me disait-il, pouvoir tenir une conversation &#187;. Son fr&#232;re est professeur. A pr&#233;sent, il a trouv&#233; une fille de son &#226;ge. Ils veulent se marier... Un exemple parmi d'autres... Lui, au fond, qui b&#226;ille, il vit avec sa m&#232;re, femme de m&#233;nage, il travaille toutes les fins de semaine, &#224; la coop&#233;rative, &#224; livrer avec un chariot des caisses de vin. Le lundi, il dort au CET... Et lui, l'Espagnol, qui fait tellement de fautes en fran&#231;ais qu'il passera presque un an avec moi (72-73) &#224; refuser d'&#233;crire, honteux, il travaille sur des chantiers avec son p&#232;re... Comme le &#171; meilleur &#187; &#233;l&#232;ve de la 'classe, qui fait les march&#233;s, et trouve pourtant le temps de lire de la science-fiction, et des manuels de litt&#233;rature, car il veut passer, en plus du C.A.P., un B.E.P... Et cet autre, fils d'O.S., qui accompagne son p&#232;re dans les manifestations et meetings. Qui - veut &#171; faire une t&#234;te &#187; &#224; tout le monde, moi y compris, chaque matin ?... Il y a celui qui vit pour sa moto, et qui reste, les yeux vides, dans un coin, anim&#233; cinq minutes par une engueulade sur le &#171; trail &#187;... Celui qui vit pour ses disques, et qui vient d'acheter le dernier Mac Laughlin... Celui qui croit aux soucoupes volantes, puisqu'il les a vues... Ceux qui guettent la fin de la journ&#233;e, pour fuir en &#171; b&#233;cane &#187; retrouver les copains. &#171; On reste des heures sans rien dire, des fois. Mais y'a pas b'soin d'parler, on est bien. Ouais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous, sans exception, &#171; s'emmerdent &#187; au CET. Tous. Certains le crient. D'autres le portent au fond des yeux. Ils me le disent tous. Et j'en reste parfois p&#233;trifi&#233;. Car ils sont l&#224;, devant moi, reflet de leur famille, duplication rigide du p&#232;re, perdus dans un monde dont la compr&#233;hension d&#233;taill&#233;e n&#233;cessite des instruments qui leur sont soustraits &#171; par syst&#232;me &#187;. Le groupe baigne dans une confiture d'opinions, d'id&#233;es, de valeurs, une confusion &#8212; c'est &#231;a l'id&#233;ologie dominante &#8212; qui s'ouvre sur le heurt individuel, l'isolement, la destruction. Plus de &#171; morale &#187;. La classe est une jungle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins nous discutons. Mon planning recouvre une partie de l'enseignement de math&#233;matiques, jumel&#233; &#224; mon enseignement de lettres par accord tacite entre enseignants et directeur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Travail libre par petits groupes, le lundi matin (1 h 30) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Enqu&#234;tes scientifiques, avec sorties sur le terrain, le mercredi matin, en petits groupes (3 h) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Initiation aux techniques de groupes : conduire un groupe, d&#233;battre en groupe (1 h), et aux techniques de travail : prise de notes, compte rendu (1 h), le mardi matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit 1 h 30 de plus qu'il ne m'est d&#233;volu... En plus, nous tentons, le lundi apr&#232;s-midi (1 h), de r&#233;unir cette classe de 3e A avec la 1A en pleine p&#233;riode d'orientation. Cette derni&#232;re initiative ne repose sur rien de pr&#233;cis, sinon une id&#233;e d'assistance, d'aide mutuelles, surtout dans le sens 3A-1A. L'exp&#233;rience ne durera qu'un mois et demi. Deux s&#233;ances furent consacr&#233;es &#224; la discussion en groupes (deux &#233;l&#232;ves de 3A prenant en charge 4 &#233;l&#232;ves de 1A) des &#171; probl&#232;mes des 1A &#187;. Elles furent positives. Puis la perplexit&#233; s'installa. Nous propos&#226;mes alors des travaux dirig&#233;s en math&#233;matiques et en fran&#231;ais sur progression (nous &#233;tions &#224; cette heure-l&#224; les deux professeurs avec les deux classes). Ce fut l'&#233;chec. Il n'y eut pas d'enseignement &#171; mutuel &#187; ? Nous notions pourtant que trois groupes (sur neuf) prenaient l'affaire au s&#233;rieux, et sollicitaient de s'isoler &#8212; nous assurions cette heure &#171; mixte &#187; au foyer pour &#171; faire des cours de rattrapage &#187; (en physique, math&#233;matiques, et fran&#231;ais) ; que les contacts du d&#233;but devenaient relations, qui pour certaines se poursuivirent l'ann&#233;e durant ; que seuls trois &#233;l&#232;ves de 3A refus&#232;rent de s'occuper des 1A. Mais ils &#233;taient 57 &#224; cette heure-l&#224;. Nous d&#233;cid&#226;mes d'y renoncer, sous la pression d'une partie des &#233;l&#232;ves, et surtout parce que nous n'avions pas une id&#233;e tr&#232;s claire de nos objectifs dans le cadre de cette heure &#171; en plus &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, je reproduis mes propositions au tableau. Je d&#233;finis les trois activit&#233;s : le lundi il s'agit d'un &#171; atelier &#187; (ils n'aiment pas le mot) o&#249; ils constituent, en groupes, des dossiers sur des th&#232;mes qu'ils choisissent eux-m&#234;mes, ou sur une liste de suggestions que j'ai faites (orient&#233;es vers la connaissance du C.E.T. et des professions) ; le mercredi il s'agit d'enqu&#234;tes d'actualit&#233; sur choix libre &#233;galement, &#224; r&#233;aliser essentiellement sur le terrain (je &#034;' cite quelques entreprises r&#233;gionales) ; le mardi d'un &#171; alphabet &#187; du travail en groupe avec d&#233;bats &#8212; o&#249; je ne suis . qu'observateur, et analyse apr&#232;s coup la &#171; conduite &#187; du groupe ; et l'apprentissage du compte rendu et de la prise de notes &#8212;, par exemple sur lectures d'articles courts, ou vision de films.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;l&#232;ve est particuli&#232;rement r&#233;ticent &#224; cette p&#233;dagogie de groupe : ce &#171; meilleur &#187; &#233;l&#232;ve dont j'ai d&#233;j&#224; parl&#233;, qui collectionne les tableaux d'honneur et les f&#233;licitations depuis deux ans d&#233;j&#224;. Il pose des questions, argumente. Il est contre parce qu'il est s&#251;r du &#171; bordel &#187; qui en r&#233;sultera. &#171; Nous ne sommes pas capables de travailler comme &#231;a. &#187; Mais d'autres proposent d&#233;j&#224; des th&#232;mes. Certains s'inqui&#232;tent du C.A.P. Une dizaine d'&#233;l&#232;ves semble par contre ni plus ni moins motiv&#233;s. &#171; Comme &#231;a ou autrement, on s'en fout. &#187; Et la question revient comme un leitmotiv, espoir et angoisse . &#171; Alors, c'est vrai, on peut faire c'qu'on veut ? &#187; Je r&#233;ponds oui, en r&#233;p&#233;tant qu'il s'agit cependant d'un engagement personnel, et d'un engagement du groupe, sur les th&#232;mes choisis. Je parle de la division du travail, des conflits de groupe, des responsabilit&#233;s &#224; prendre... dans leur langue bien s&#251;r, notre &#171; langue CET. &#187;, la langue du peuple ; ou plut&#244;t dans une langue interm&#233;diaire, car j'introduis les termes, des &#171; concepts &#187;, mais parfois &#224; travers un discours &#224; faire pleurer l'Acad&#233;mie Fran&#231;aise. Je parle aussi du C.A.P., des classes sociales, de la culture et de la s&#233;gr&#233;gation culturelle, de l'apprentissage de la d&#233;mocratie en groupe. Je &#171; mets le paquet &#187;, quoi, pour que mes options soient claires. Finalement, je suis somm&#233; de passer au vote de mon planning. Sur 18 &#233;l&#232;ves pr&#233;sents, 17 votent pour et un contre &#171; l'organisation de la classe propos&#233;e par le professeur &#187;, qui est &#171; adopt&#233;e jusqu'au conseil du lundi 29 octobre 73 &#187;. Je d&#233;finis ce qui vient d'&#234;tre vot&#233; comme une loi de la classe. Dans les trois premi&#232;res semaines quatre lois seront ainsi discut&#233;es et vot&#233;es en r&#233;union pl&#233;ni&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; La loi initiatique, d&#233;j&#224; cit&#233;e ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Une loi sur les sanctions : &#171; le professeur envoie en permanence sans sanction celui qui g&#234;ne les autres &#187; (19 septembre) ; pour cela il a fallu convaincre les deux conseillers d'&#233;ducation, &#233;videmment responsables de la discipline, et qui acceptent, &#224; condition d'avoir droit de regard sur l'activit&#233; des exclus en permanence ; ce qui me semble normal. Mais tr&#232;s vite le probl&#232;me se pose en classe : un ma&#231;on, autonomiste, de ceux qui n'en ont rien &#224; foutre depuis le d&#233;but, et de ceux qui sont incapables de ne pas parler lorsqu'ils en ont envie, s'est vu d&#233;signer pour l'exclusion, par des &#233;l&#232;ves et le professeur de math&#233;matiques (en discussion pl&#233;ni&#232;re). Il refuse tout simplement de sortir. Mieux, il se marre. Du coup, apr&#232;s maintes tergiversations, nous votons un additif, autre &#171; loi &#187; : &#171; lorsque le professeur propose d'envoyer un &#233;l&#232;ve en permanence, la classe vote sa proposition, qui est accept&#233;e &#224; la majorit&#233; relative &#187; (avec vote secret).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirai d'embl&#233;e que cette loi resta inappliqu&#233;e. Un &#233;l&#232;ve, et un seul, fut envoy&#233; en permanence (d'ailleurs apr&#232;s le vote de cette fameuse loi (26 septembre) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Une loi d'obligation : &#171; chaque groupe fait dans un dossier ou cahier du groupe le compte rendu de ses activit&#233;s &#224; chaque s&#233;ance, et y dispose les documents ou le mat&#233;riel d'enqu&#234;te employ&#233;. Ce cahier doit &#234;tre disponible &#224; tout - moment &#187; (2 octobre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour m&#234;me est &#233;lu un responsable du m&#233;nage et rangement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours pris l'initiative de formuler ces lois, sur des conflits ou probl&#232;mes qui se d&#233;veloppaient, puis de les d&#233;fendre. Nous les votions. Mais peut-&#234;tre &#233;tais-je le seul &#224; y croire ? D&#233;j&#224; deux ou trois irr&#233;ductibles m'ont expliqu&#233; en public qu'ils en avaient &#171; ras l'bol &#187; de mes &#171; votes &#187;, &#171; proc&#233;dures &#187;, &#171; d&#233;mocratiques &#187;, et autres conneries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les groupes ont pendant ce temps d&#233;marr&#233;. Deux groupes-atelier du lundi se consacrent &#224; l'exploration du C.E.T. : ils iront interviewer le directeur, un conseiller d'&#233;ducation, des professeurs, sillonneront les ateliers, feront des plans, utilisant le magn&#233;tophone sans grand probl&#232;me. Un groupe est sur les soucoupes volantes, un autre sur la musique pop. Un groupe &#171; karat&#233; &#187; est form&#233; par deux de mes &#233;l&#232;ves pratiquants. Un groupe enfin veut parler de musique orientale. Deux &#233;l&#232;ves pr&#233;f&#232;rent lire seuls, et tenir un cahier de lecture (compte-rendu de lecture, et &#233;ventuellement recherche de vocabulaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes-enqu&#234;te du mercredi se sont orient&#233;s vers : une entreprise de piles &#233;lectriques, une platrerie, la fabrique et les maisons du disque, la batellerie et le transport par p&#233;niches, les probl&#232;mes des immigr&#233;s. Ils investissent l'intendance et le secr&#233;tariat, pour consulter les annuaires, t&#233;l&#233;phonent, &#233;crivent. Ils. sortent. Je leur fais un billet de sortie &#171; enqu&#234;te &#187;, vis&#233; par la surveillance g&#233;n&#233;rale, et les voil&#224; disparus. Avec des probl&#232;mes et des menaces : un groupe &#233;clate &#224; la gare, avant de prendre le train pour Argenteuil, et chacun part de son c&#244;t&#233;, parce qu'&#171; on n'est pas d'accord &#187;. Un autre groupe, apr&#232;s une discussion avec un man&#339;uvre alg&#233;rien, est &#171; vu &#187; au bistrot, &#224; jouer au billard. D'autres font des interviews sans brancher le magn&#233;tophone. Les responsables des groupes ne savent plus o&#249; donner de la t&#232;te, moi non plus. Et puis aucune maison de disque ne veut nous recevoir ; nous ne parvenons pas &#224; &#233;tablir un contact, d'autre part, avec l'entreprise de piles que nous avions localis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mardis du premier trimestre se partageront entre des d&#233;bats (les probl&#232;mes du CET., les hippies, la musique, l'automobile &#224; l'occasion du salon, etc.) donnant lieu &#224; des comptes rendus du secr&#233;taire de s&#233;ance, et des prises de notes sur articles lus en classe (la mort de Cevert...) ou encore l'analyse de &#171; l'id&#233;ologie &#187; dans la presse, sur les journaux quotidiens &#224; partir de tableaux des titres et volumes d'informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves circulent beaucoup, et les groupes quadrillent le C.E.T. Je vais en permanence de l'un &#224; l'autre, en axant mes interventions sur la r&#233;partition du travail : que faites-vous ? que fait un tel ?... et sur l'information. Chaque &#171; cours &#187; d&#233;bute par une prise de parole de ma part sur les probl&#232;mes, et se termine &#233;galement en pl&#233;ni&#232;re sur un bilan rapide du travail. Ce sont les seuls moments o&#249; la classe existe comme telle. En g&#233;n&#233;ral, &#231;a marche. Mais cinq ou six &#233;l&#232;ves restent en retrait, et ne &#171; produisent &#187; pas. Ils se tra&#238;neront ainsi tout au long de l'ann&#233;e. Pourtant ils lisent, ils parlent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les dossiers ne sont pas termin&#233;s, le &#171; conseil &#187; est report&#233; au 19 novembre. Entre temps chaque groupe a pu exposer ses recherches et son travail &#224; la classe. A ma fr&#233;n&#233;sie du d&#233;but, qui me poussait chaque soir &#224; l'analyse &#233;crite de la situation, a succ&#233;d&#233; une certaine d&#233;contraction. Mais d&#233;but octobre j'avais failli &#171; mollir &#187;, car le directeur lui-m&#234;me m'avait r&#233;percut&#233; avec inqui&#233;tude le murmure souterrain de l'institution. Ces &#233;l&#232;ves partout ! Et au bistrot aussi ! Ils bordelisent la biblioth&#232;que, les profs ! Ils travaillent &#224; plat ventre sur les pelouses ! On fout rien, r&#226;lent de plus certains d'entre eux... Ce jour-l&#224; je note : &#171; Ne pas prendre le probl&#232;me de l'institution pour le mien&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19, j'annonce le conseil, sur l'ordre des critiques, et je me tais. &#199;a cause mais les m&#234;mes parlent trop souvent. Le C.A.P. revient sur le tapis. On r&#233;clame des devoirs &#171; type &#187; C.A.P., et des cours sur la l&#233;gislation du travail... Tes m&#233;thodes, &#231;a sert &#224; rien... On s'emmerde, on fout rien... Si, nos conversations nous apprennent les contacts. On apprend &#224; se d&#233;brouiller... On apprend des trucs dehors... Mais il y a trop d'enqu&#234;tes... C'est pas mal, mais on s'est lanc&#233; trop vite... Moi je m'en fous, &#231;a ou autre chose !... Ces m&#233;thodes de groupe n'apportent rien. Si ! Non ! Ta gueule !... Le &#171; meilleur &#187; ne veut rien dire, mais n'en pense pas moins...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi nous &#171; exposons &#187; les dossiers, car j'ai demand&#233; au directeur de venir dans la classe. Je m'efface. Il questionne, compulse. Il argumente, analyse. Les &#233;l&#232;ves reprennent leur discours du lundi, au conseil. Dans la foul&#233;e, nous aboutissons &#224; une nouvelle organisation, mat&#233;rialis&#233;e par trois lois, vot&#233;es, inscrites dans le cahier de la classe : le lundi nous poursuivons les travaux de groupe, qui peuvent au besoin s'&#233;tendre au mercredi ; le mardi nous aurons au deuxi&#232;me trimestre des &#171; entra&#238;nements C.A.P. &#187; en groupe (analyse de la technique d'examen, de textes &#171; type &#187;, discussions sur la l&#233;gislation du travail, et devoirs &#171; blancs &#187;) ; le mercredi nous verrons des films &#8212; car la 3A restait en dehors du circuit &#171; forum &#187; &#8212; mais &#224; chaque fois quelqu'un fera un compte rendu, ou nous reprendrons le d&#233;bat en classe ; enfin les responsables de groupe &#171; doivent &#187; un compte rendu d'activit&#233; &#224; chaque s&#233;ance de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lois sont vot&#233;es &#224; l'unanimit&#233;, moins une abstention dans un cas, et par ailleurs un refus. Et puis &#171; le meilleur &#187; y va de son num&#233;ro, et me demande de me comporter &#171; comme un professeur &#187;, et d'&#171; imposer &#187;. Je manque piquer ma crise. Et &#231;a s'arrange. Je m'aper&#231;ois aussi que certains travaillent seuls &#224; la maison, sur la l&#233;gislation, la grammaire... Bient&#244;t, ils m'apporteront des r&#233;dactions, des r&#233;sum&#233;s de lecture, des po&#232;mes, et poseront des questions... Un autre conseil est fix&#233; au 28 janvier. De nouveaux th&#232;mes de travail sont choisis, o&#249; histoire et g&#233;ographie font leur rentr&#233;e : les U.S.A., un pays socialiste (la Chine), le Japon, les Incas et les Azt&#232;ques... et le v&#233;lo, les volcans... Du coup ils iront dans les ambassades &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je discute aussi de mon attitude au conseil de classe trimestriel. En d&#233;cembre je reste dans l'expectative : la moyenne, ou plus, pour tous. Mais en mars je serai amen&#233; &#224; sanctionner par des notes inf&#233;rieures &#224; la moyenne l'absence &#171; d'effort &#187; de certains &#233;l&#232;ves (huit en tout), sur la base de leur choix. Et &#224; accepter des demandes de &#171; bl&#226;me pour travail insuffisant &#187; (trois). A tort ou &#224; raison ? Ils sont &#224; trois mois du C.A.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors la classe se &#171; machinise &#187;, et les probl&#232;mes, les questions, se d&#233;veloppent beaucoup plus souplement, au niveau individuel, ou du petit groupe, ou du groupe-classe. Certains d&#233;bats spontan&#233;s r&#233;apparaissent, sur la po&#233;sie, la faim dans le monde (&#224; partir d'un film r&#233;cent sur Nerval, et d'un film de Josu&#233; de Castro), et trouvent un &#171; lieu &#187; sans que l'organisation en souffre. Des &#233;l&#232;ves travaillent seuls (trois), sur des lectures ou sur des manuels (grammaire, maths...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 janvier, nous faisons le bilan. Il semble que &#171; &#231;a aille mieux &#187;, mais &#171; qu'on perde trop de temps &#187; pour travailler. Le probl&#232;me de la documentation revient sur le tapis &#224; maintes reprises. Les discussions sur la l&#233;gislation int&#233;ressent tout le monde. La prise de notes est aussi mentionn&#233;e : elle devrait &#234;tre faite plus t&#244;t, dit-on. Et le &#171; meilleur &#187; demande que les groupes de 3A puissent avoir des expos&#233;s des 1A et 2A &#171; pour voir ce qu'ils font &#187;. Je ne trouverai pas, &#224; tort je crois, le moyen d'organiser ces &#233;changes (pourtant spontan&#233;ment des TA viennent voir les 3A pendant nos cours, s'ils sont libres, des 3A les 2A, des 2A les 1A, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#231;a repart. Toujours les films du mercredi. Les &#171; entra&#238;nements &#187; (ou discussions) du mardi. Les travaux de groupe du lundi : l'espace, la sexualit&#233;, le rugby, le football, les voitures de course ; &#224; pr&#233;sent quatre &#233;l&#232;ves lisent, seuls, et deux autres travaillent la l&#233;gislation. Quelques &#233;l&#232;ves produisent r&#233;guli&#232;rement des textes, sur des films, sur des sujets de C.A.P... Un &#233;l&#232;ve me remet un cahier de po&#233;sie, qu'il m'avait jusqu'alors cach&#233;, et qui m'enthousiasme... Nous sautons du fascisme aux arts martiaux, de la psychanalyse &#224; Lip et R&#226;teau, des r&#234;ves aux pr&#233;sidentielles. (Je suis s&#251;r d'une chose : on parle beaucoup moins qu'&#171; ils &#187; ne parlent, ou ne se parlent.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 mai, alors qu'ils sont &#224; un mois du C.A.P., je sollicite une &#171; &#233;valuation &#187; &#233;crite des &#171; nouvelles m&#233;thodes &#187; de travail de la classe, sans concession aucune je pr&#233;cise. Sur 16 &#233;l&#232;ves pr&#233;sents, 15 me remettent un texte, le seizi&#232;me se refusant &#224; tout effort ce matin-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux &#233;l&#232;ves n'en retirent rien apparemment, parce que &#171; &#231;a a &#233;t&#233; le bordel &#187;. Ces m&#233;thodes conviendraient s&#251;rement &#224; &#171; d'autres &#233;l&#232;ves &#187;, mais pas &#224; ces &#171; sujets de perturbation &#187; qu'ils sont. Or, ce sont ces deux &#233;l&#232;ves qui m'ont le plus fourni de r&#233;dactions spontan&#233;es dans l'ann&#233;e, qu'apr&#232;s correction ils reprenaient, et que nous int&#233;grions &#224; un dossier de &#171; comptes rendus &#187;. Le cahier de po&#233;sie est de l'un d'eux. Ce sont sans doute deux des &#233;l&#232;ves qui n'auront pas de probl&#232;me au C.A.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq trouvent &#231;a tr&#232;s bien &#224; tous points de vue, parce qu'on fait ce qu'on veut ; parce que le travail est choisi et correspond au &#171; d&#233;sir &#187; ; am&#232;ne &#224; apprendre &#224; &#171; regarder des livres &#187; et &#224; &#171; r&#233;diger tr&#232;s vite ce qu'on voit ou qu'on entend &#187; ; &#171; ces m&#233;thodes d&#233;veloppent le cerveau &#187;. L'un des cinq trouve m&#234;me &#231;a tr&#232;s bien pour les &#171; courageux &#187; &#8212; ils travaillent &#224; leur go&#251;t &#8212; , et pour les &#171; fain&#233;ants &#187;, car s'ils ne font rien, malgr&#233; tout &#171; aux comptes rendus ils apprennent sans le vouloir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit ont un avis partag&#233;. Ils ont appr&#233;ci&#233;, parce que travaux de groupe, sorties &#171; apprennent &#224; s'exprimer en groupe et &#224; r&#233;diger en groupe &#187;, &#171; &#224; se d&#233;brouiller et &#224; chercher des renseignements &#187;, &#171; &#224; travailler &#224; son d&#233;sir &#187;. Mais ils pensent que les &#171; gars ne s'int&#233;ressaient pas assez &#187;, qu'ils n'&#233;taient pas &#171; raisonnables &#187; ; que &#231;a &#171; ne pla&#238;t gu&#232;re &#224; de nombreux professeurs &#187; ; que je &#171; gueule &#187; un peu trop ; que je devrais faire respecter la discipline, car je suis &#171; trop bon &#187;, &#171; pour ne pas dire autre chose &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi 4 juin, alors que les derniers dossiers se terminent difficilement, j'ouvre une discussion pr&#233;tendue approfondie sur les m&#233;thodes et la classe, dans l'id&#233;e de parfaire l'analyse &#233;valuative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; une semaine du C.A.P., ils ne sont plus que onze. Quelques dossiers sont rendus. Ils sourient &#224; mes questions... Ont-ils chang&#233; d'attitude, ont-ils constat&#233; des changements dans leur mani&#232;re de s'exprimer ? Ils ne pensent pas. Us plaisantent... Sur les onze pr&#233;sents, un seul &#233;l&#232;ve ne lit jamais. Tous lisent des bandes dessin&#233;es, sauf deux. Tous lisent des romans d'aventures, policiers, ou des &#171; Bob Morane &#187;. Un &#233;l&#232;ve a voulu lire Eisa Triolet ; il s'est arr&#234;t&#233;, parce qu'il n'y comprenait rien. Un autre a lu Edgar Poe, mais ne s'en souvient plus. Un &#233;l&#232;ve lit un livre de sciences naturelles... Ont-ils appris quelque &#034;chose, cette ann&#233;e, par les travaux de groupe, les films ou les d&#233;bats ? Oui, sur les volcans, les soucoupes volantes, L&#233;onard de Vinci, la peinture, Hitler, les plan&#232;tes, les p&#233;niches (sur ces huit th&#232;mes, cinq furent trait&#233;s sur film 16 mm). Enfin, ils ont appr&#233;ci&#233; les deux sorties de la classe pl&#233;ni&#232;re, en entreprise, et &#224; Ch&#226;teau-Gaillard (avec d'autres enseignants). Qu'en penser ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, je m'entretiens avec quelques personnes particuli&#232;rement concern&#233;es par les classes en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec un autre professeur de lettres, qui a la 2A en histoire et g&#233;ographie. Il d&#233;clare avoir d&#251; raidir la discipline, au d&#233;but, car l'alternative &#233;tait simple : ou faire comme moi, ou travailler selon sa m&#233;thode habituelle. Mais ceci ne fut vrai que les quatre premiers mois. Car il se rendit compte qu'il s'agissait plus de son probl&#232;me que du probl&#232;me de la classe. A pr&#233;sent, les &#233;l&#232;ves sont adapt&#233;s aux deux m&#233;thodes. Il a pu constater que cette classe peut rester seule sans risque : une sorte d'autodiscipline rudimentaire s'est instaur&#233;e. Certains, qui plus est, lisent en attendant ! Est-ce d&#251; aux m&#233;thodes de groupe ?... En fin de compte, si aucun &#233;l&#232;ve ou groupe d'&#233;l&#232;ves n'a fait pr&#232;s, ion sur lui pour &#171; changer &#187;, cette classe lui a tout de m&#234;me impos&#233; une tension nerveuse pas ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les deux conseillers d'&#233;ducation... Ils ont not&#233; que ces &#233;l&#232;ves &#233;taient tr&#232;s d&#233;contract&#233;s, trop d&#233;contract&#233;s. Ils pensent que souvent les sorties en petits groupes, en particulier pour les 3A, &#233;taient le moyen d'aller au bistrot jouer au baby ou au billard. Cette exp&#233;rience est difficile, car elle porte en g&#233;n&#233;ral sur les ma&#231;ons, peu motiv&#233;s. Ils ne savent pas respecter la r&#232;gle. Et puis ces m&#233;thodes ont pos&#233; de gros probl&#232;mes &#224; d'autres enseignants, qui ne pouvaient plus tenir les &#233;l&#232;ves en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le directeur... Au d&#233;part, il y avait un choix &#224; faire, pour lui. Les &#171; ma&#231;ons &#187; avaient en fait tout &#224; gagner, et rien &#224; perdre, par leur position au CET. Tr&#232;s vite il fut l'objet de plaintes, de la surveillance g&#233;n&#233;rale, d'autres professeurs, devant tous ces &#233;l&#232;ves qui se promenaient et envahissaient les locaux. Il y eut ces d&#233;gradations. Il d&#233;cida de soutenir l'exp&#233;rience... Selon lui, les &#233;l&#232;ves se sont ouverts, viennent le trouver sans g&#234;ne, l'interviewer, interviewer les surveillants g&#233;n&#233;raux. Ils ont chang&#233; d'attitude, et apprennent certaines formes d'autonomie. Il avait un peu peur pour la biblioth&#232;que des professeurs, mais si les livres ont beaucoup servi, il ne semble pas en manquer (N.B. : alors qu'on voie pas mal au CET.). Et puis ce sont les classes qui lisent le plus du CET. Certains &#233;l&#232;ves s'en sont sortis, qui dans une classe traditionnelle &#224; 35 n'auraient pas tenu. Enfin i ! souligne la complicit&#233; qui s'instaure autour de moi pour me laisser faire. Il termine sur la n&#233;cessit&#233; d'adapter les acquisitions &#224; ces m&#233;thodes, et la n&#233;cessit&#233; d'un contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;QUELQUES QUESTIONS, POUR NE PAS CONCLURE :&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi des travaux par groupe ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il devient progressivement &#233;vident pour moi qu'une p&#233;dagogie d&#233;mocratique repose sur une p&#233;dagogie de groupe, mais o&#249; l'organisation est d&#233;terminante. Il me semble n&#233;cessaire de lutter contre l'individualisme, en classe, directement produit par un syst&#232;me (entre autre scolaire) qui reste le royaume de l'homme seul, cet &#171; individu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une p&#233;dagogie de groupe, ou d'&#233;quipe, se construit sur une infrastructure complexe : les effectifs de la classe (20 &#233;l&#232;ves, ce sont d&#233;j&#224; 5 groupes de 4, ou 7 groupes de 3) ; la documentation (comment &#233;tudier le Maroc, la drogue, les jeux olympiques, sans livres et manuels, dossiers, films et diapos, avant m&#234;me toute sortie-enqu&#234;te, ou comme ossature d'une sortie-enqu&#234;te ?) ; les locaux (est-il possible de travailler, pour 5 ou 7 groupes, dans &#171; la &#187; salle de classe r&#233;glementaire et st&#233;r&#233;otypique ?), c'est-&#224;-dire l'espace de travail : &#224; chaque groupe son espace, &#224; chaque dossier son casier ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une certaine mobilit&#233; institutionnelle est n&#233;cessaire, pour rassembler des classes (un film peut &#234;tre vu par 100 &#233;l&#232;ves en m&#234;me, temps), ou les &#233;clater (iriez-vous interviewer des commer&#231;ants &#224; 25 ?). Et, par exemple, lorsqu'un groupe manquait d'une revue, ou d'un livre, ou de petit mat&#233;riel, des &#233;l&#232;ves se rendaient sur le champ &#224; la librairie ; l'intendance nous remboursait apr&#232;s coup (sur le compte courant, qui joue pour les factures inf&#233;rieures &#224; 50 F).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et l'acquisition des connaissances ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Grave probl&#232;me. Car le groupe pour le groupe ne prouve rien, dans une &#233;cole qui demeure pour les enfants d'ouvriers le seul lieu collectif d'&#233;ducation &#171; obligatoire &#187;. Or, l'assimilation des contenus fait probl&#232;me, et fait probl&#232;me &#171; de forme &#187; dirai-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que d'accumuler des contenus, m&#234;me sur comp&#233;tence affirm&#233;e (certains agr&#233;g&#233;s de maths, histoire, fran&#231;ais, sont incapables de motiver les &#233;l&#232;ves), je jugeais l&#233;gitime d'agir au niveau des m&#233;canismes en jeu dans l'apprentissage. Ou l'&#233;l&#232;ve s'accommode &#224; des contenus pr&#233;sent&#233;s comme des blocs de connaissances, ou il assimile &#171; des &#187; connaissances, et s'installe dans &#171; la &#187; connaissance, car il la produit. Il me para&#238;t ainsi que certaines techniques : r&#233;sumer un texte, composer un r&#233;cit ou une exposition, par exemple, qui interviennent dans la fabrication d'un dossier, ou d'une d&#233;marche d'enqu&#234;te, sous-tendent la &#171; m&#233;canique &#187; de la classique r&#233;daction, et de l'&#233;preuve de fran&#231;ais type C.A.P. dans notre cas. Un travail sur les m&#233;canismes ne vaut-il pas largement une r&#233;p&#233;tition de r&#233;dactions ? En somme, instrumentaliser la &#171; culture &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Avez-vous pris des sanctions ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les sanctions que nous avions vot&#233;es ne furent jamais appliqu&#233;es. Nous avons escamot&#233; le probl&#232;me. Il n'en subsiste pas moins. Certaines s&#233;ances furent extr&#234;mement anarchiques, alors que j'avais du pouvoir, et des lois ! Par ailleurs, je ne' voulais pas que des &#233;l&#232;ves aient le pouvoir personnel d'en sanctionner d'autres. Pourtant j'estime les &#171; sanctions &#187; (&#224; d&#233;finir) importantes. Nous rencontrons ici les n&#233;cessit&#233;s d'une &#171; contrainte &#224; la culture &#187;, que j'ai parfois ressentie avec une grande intensit&#233;. Car ai-je le droit d'abandonner &#224; leur auto-ind&#233;termination le fils d'ouvrier, le fils de l'agent du C.E.T., qui ne veulent rien faire ? Aussi &#233;tais-je intransigeant sur la r&#233;ciprocit&#233; choix libre DU travail/obligation DE travail. Mais quelle sanction proposer ? 50 &#233;l&#232;ves, les m&#234;mes ou &#224; peu pr&#232;s, sont coll&#233;s chaque semaine...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la classe les relations se d&#233;veloppaient avec les &#233;changes. Transferts et contre-transferts sont un moteur autrement puissant. Tel &#233;l&#232;ve ne me quitte plus pendant 15 jours, s'assied pr&#232;s de moi, fume mes cigarettes, pr&#233;tend porter mon sac. Tel autre sollicite une entrevue, et me parle de suicide. Tel autre encore me provoque avec syst&#232;me. Des couplages s'effectuent un temps. Des bagarres &#233;clatent. Il ne s'agit pas l&#224; de ph&#233;nom&#232;nes sans int&#233;r&#234;t, mais comme l'&#233;crivait Oury dans &lt;i&gt;De la classe coop&#233;rative &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle&lt;/i&gt;, de &#171; crises n&#233;cessaires &#187;, et de &#171; conflits &#187; qui sont autant de &#171; points de d&#233;part &#224; l'action &#233;ducative &#187; (p. 349). N&#233;gliger une demande, c'est rater &#224; la fois le besoin et le d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne fut pas de la p&#233;dagogie institutionnelle ; en particulier parce que le conseil ne fut jamais qu'un bilan du travail, et non &#171; trou &#187; ou &#171; analyse &#187; ; ensuite parce que le groupe des &#233;l&#232;ves ne s'est pas vraiment nanti de son pouvoir dans la classe, et que je restais l'unique r&#233;f&#232;rent, et non l'ultime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le m&#234;me acte, la m&#234;me institution sont authentiques ou d&#233;risoires, selon qu'ils s'ins&#232;rent ou non dans une double r&#233;alit&#233; : d'une part, la r&#233;alit&#233; des adultes en un lieu et &#224; un moment historique donn&#233;s ; d'autre part, la r&#233;alit&#233; v&#233;cue par les enfants &#224; un moment donn&#233; de leur &#233;volution &#187; (Oury, &lt;i&gt;De la classe...&lt;/i&gt;, p. 367).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'est-il possible de faire actuellement ?</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?403-Qu-est-il-possible-de-faire</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?403-Qu-est-il-possible-de-faire</guid>
		<dc:date>2010-10-15T13:51:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Organisation politique</dc:subject>
		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Apathie</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait (derni&#232;re question) de l'entretien r&#233;alis&#233; le 26 janvier 1974 par l'&#233;quipe de l'Agence de Presse Lib&#233;ration, repris sous le titre &#171; Pourquoi je ne suis plus marxiste &#187; dans &#171; Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive &#187;, Seuil, 2005. (... / ...) Qu'est-il possible de faire actuellement ? Et quelles sont les t&#226;ches des r&#233;volutionnaires, plus particuli&#232;&#173;rement en tant qu'intellectuels ? La premi&#232;re t&#226;che est d'essayer de s'organiser en tant que militants r&#233;volutionnaires. Aussi long&#173;temps qu'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-29-organisation-politique-+" rel="tag"&gt;Organisation politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-119-apathie-+" rel="tag"&gt;Apathie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait (derni&#232;re question) de l'entretien r&#233;alis&#233; le 26 janvier 1974 par l'&#233;quipe de l'Agence de Presse Lib&#233;ration, repris sous le titre &#171; Pourquoi je ne suis plus marxiste &#187; dans &#171; Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive &#187;, Seuil, 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(... / ...)&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_205 spip_documents spip_documents_right' style=&#034;max-width:64px;&#034; data-w=&#034;64&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf_QueFaire_.pdf' arial-label=&#034;&#034; type=&#034;application/pdf&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:100%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg&amp;taille=64&amp;1774023687' alt='' data-src='local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg' data-l='64' data-h='64' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;64&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=local\/cache-vignettes\/L64xH64\/pdf-b8aed.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1774023687&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=local\/cache-vignettes\/L64xH64\/pdf-b8aed.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1774023687&#034;}}' class='image_responsive' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-il possible de faire actuellement ? Et quelles sont les t&#226;ches des r&#233;volutionnaires, plus particuli&#232;&#173;rement en tant qu'intellectuels ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La premi&#232;re t&#226;che est d'essayer de s'organiser en tant que militants r&#233;volutionnaires. Aussi long&#173;temps qu'un r&#233;volutionnaire reste isol&#233;, la question pos&#233;e reste sans grand myst&#232;re et sans grand int&#233;r&#234;t. Des individus isol&#233;s doivent essayer de faire ce qu'ils peuvent l&#224; o&#249; ils se trouvent, mais aucune r&#233;ponse g&#233;n&#233;rale n'est possible. La question qui importe est : comment d&#233;passer les probl&#232;mes qui se posent &#224; une collectivit&#233; de r&#233;volutionnaires et s'opposent &#224; sa survie et &#224; son d&#233;veloppement ? Pour le reste, nous n'y pouvons rien : les ouvriers lutteront ou ne lutteront pas, le mouvement des femmes s'&#233;tendra ou ne s'&#233;ten&#173;dra pas, les lyc&#233;ens continueront ou rentreront au bercail. Mais ce dont on doit se sentir responsable, c'est qu&lt;i&gt;'il y a en France des centaines, au bas mot, de gens qui pensent &#224; peu pr&#232;s dans la direction trac&#233;e par le cadre de notre discussion, par la probl&#233;matique qui nous importe&lt;/i&gt; (peu importe si leurs r&#233;ponses va&#173;rient) &#8211; cadre et probl&#233;matique que d'autres refusent. Cependant chacun parmi eux sent ou sait que les fl&#233;aux qui ont ravag&#233;s les petites organisations r&#233;volutionnaires n'ont pas disparu, et ils ne sont pas plus pr&#232;s aujourd'hui qu'hier de croire qu'ils pourraient donner une r&#233;ponse aux probl&#232;mes qui resurgiraient si une organisation &#233;tait de nouveau reconstitu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour savoir si l'on peut nager, il n'y a aucun autre moyen que d'entrer dans l'eau. Evidemment, on peut se noyer, mais on peut aussi choisir pour commencer un endroit o&#249; l'on a pied. Il faut d'abord essayer de savoir si un embryon d'organisation dans la direction &#224; laquelle je faisais allusion &#224; l'instant est pos&#173;sible (si des gens qui y participeraient existent), puis essayer de d&#233;finir un certain nombre de points d'accord n&#233;&#173;cessaires et suffisants pour qu'une activit&#233; collective commence. A partir d'un r&#233;f&#233;rentiel commun de pro&#173;bl&#232;mes et d'id&#233;es peut commencer la mise en pratique du principe que l'organisation s'autod&#233;termine constamment, avec tout ce que cela implique. Il faut que les gens soient dispos&#233;s &#224; assumer une activit&#233; collective permanente de longue haleine et de caract&#232;re tant soit peu g&#233;n&#233;ral. Il faut aussi que les gens soient pr&#234;ts &#224; examiner les relations qui se nouent entre eux, et plus g&#233;n&#233;ralement les probl&#232;mes internes &#224; l'organisation, en liaison avec ceux qui se posent par rapport &#224; l'ext&#233;rieur ; il faut, autrement dit, qu'ils aient compris et admis qu'un groupe est compos&#233; d'individus en chair et en os, et nom pas de consciences politiques pures. A ces probl&#232;mes, on peut donner de belles solutions sur le papier, qui ne servent &#224; rien dans la pratique. Car ce qui d&#233;termine le comportement effectif des gens dans l'organisation, beaucoup plus que leurs &#171; id&#233;es &#187;, est leur vie, leur personnalit&#233;, leurs pr&#233;occupations, leur exp&#233;rience, les rapports qu'ils nouent avec d'autres dans l'organisation, etc. Tout cela influe d'autant plus que le champs d'activit&#233; d'une organisation r&#233;volutionnaire ne pr&#233;sente pas les contraintes &#171; objectives &#187; que pr&#233;sentent d'autres types d'activit&#233; collective. Lorsqu'il s'agit de travail productif, par exemple, qu'il soit ali&#233;n&#233; ou non, il existe une contrainte &#171; objective &#187; qui tend &#224; minimiser les effets des facteurs mentionn&#233;s plus haut. Il n'en va pas de m&#234;me lorsqu'il s'agit d'une collectivit&#233; qui, en un sens, flotte quelque peu en l'air, et qui doit tirer d'elle-m&#234;me l'essentiel de ce qu'elle pense, de ce qu'elle veut faire, et comment elle veut et doit le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Maintenant, si votre question signifie : supposons que cette organisation existe, quelles doivent &#234;tre ses t&#226;ches ?, je r&#233;pondrai &#233;videmment que c'est &#224; elle de les d&#233;finir, et qu'elles d&#233;pendent pour une grande part de facteurs conjoncturels. Pour ma part, je consid&#232;re que des t&#226;ches immenses sont &#224; remplir sur le plan de l'&#233;lucidation de la probl&#233;matique r&#233;volutionnaire, de la d&#233;nonciation du faux et des mystifi&#173;cations, de la diffusion d'id&#233;es justes et justifiables, et d'informations pertinentes, significatives et exactes ; comme aussi de la propagation d'une nouvelle attitude vis &#224; vis des id&#233;es et de la th&#233;orie. Car il faut &#224; la fois casser le type de relations que les gens entretiennent actuellement avec les id&#233;es et la th&#233;orie, type toujours essentiellement religieux, et montrer qu'on ne peut pas pour autant s'autoriser &#224; dire n'im&#173;porte quoi. Il me para&#238;t &#233;videmment tout aussi essentiel que l'organisation participe aux luttes l&#224; o&#249; elles se d&#233;roulent et en devienne l'instrument, &#224; condition que cette participation ne soit pas fabriqu&#233;e ou pa&#173;rachut&#233;e. Etablir un nouveau rapport entre les r&#233;volutionnaires, au sens que nous voulons donner &#224; ce mot, et le milieu social commence par la conviction que l'organisation a autant &#224; apprendre des gens dans la rue que ceux-ci ont &#224; apprendre d'elle. Mais cela encore ne veut rien dire si cela n'est pas concr&#233;tis&#233;, et ici encore un champs &#233;norme d'invention est ouvert &#224; l'activit&#233; des r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Pour des pratiques de l'institutionnel</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?392-pour-des-pratiques-de-l</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?392-pour-des-pratiques-de-l</guid>
		<dc:date>2010-09-19T14:44:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Psychoth&#233;rapie</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Psychiatrie</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article paru dans Hayez J.-Y., Kinoo P., Meynckens-Foureg M., Vander Borght C. L'Institution r&#233;sidentielle, m&#233;diateur th&#233;rapeutique, Matrice, 1994. Source : https://docs.google.com/Doc++cs_INTERRO++docid=0... ; ;hl=fr Christine Vander Borght [1] Chacun de nous a travers&#233;, au cours de son existence, quelques institutions qui nous ont plus ou moins fa&#231;onn&#233;s, cadr&#233;s, structur&#233;s&#8230; La famille, l'&#233;cole, l'arm&#233;e, l'h&#244;pital, la religion, les partis politiques, nos lieux de travail&#8230; Pour chacune de ces (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-8-pedagogie-+" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-67-psychotherapie-+" rel="tag"&gt;Psychoth&#233;rapie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-71-psychiatrie-+" rel="tag"&gt;Psychiatrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article paru dans Hayez J.-Y., Kinoo P., Meynckens-Foureg M., Vander Borght C. L'Institution r&#233;sidentielle, m&#233;diateur th&#233;rapeutique, Matrice, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://docs.google.com/Doc?docid=0AaE1A48ESoVyZGc3cXp6bThfNmZxMzRkOWNy&amp;hl=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://docs.google.com/Doc?docid=0...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christine Vander Borght&lt;/strong&gt; [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de nous a travers&#233;, au cours de son existence, quelques institutions qui nous ont plus ou moins fa&#231;onn&#233;s, cadr&#233;s, structur&#233;s&#8230; La famille, l'&#233;cole, l'arm&#233;e, l'h&#244;pital, la religion, les partis politiques, nos lieux de travail&#8230; Pour chacune de ces institutions, nous pourrions faire le travail d'analyse des conditions et des effets du marquage institutionnel. Je n'utilise pas ce terme de &#171; marquage &#187; seulement dans sa compr&#233;hension p&#233;jorative relative &#224; l'op&#233;ration par laquelle on marque des animaux ou des marchandises. Je voudrais souligner aussi, en utilisant ce terme, d'autres connotations telles que rep&#232;re, signe distinctif, garantie de qualit&#233;, t&#233;moignage ou trace. Il y a forc&#233;ment de la contrainte, des limites, des espaces/temps, des lieux, du d&#233;sir, et tout cela produit des &#233;changes langagiers, ouvre une surface relationnelle travers&#233;e d'imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre champ de travail psychosocial, les institutions repr&#233;sentent d'importants investissements professionnels que nous avons souvent tendance &#224; aborder comme si le statut professionnel acquis nous fermait la m&#233;moire, comme si nous &#233;tions confront&#233;s pour la premi&#232;re fois &#224; de &#171; l'institutionnel &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; cet ensemble complexe d'ambiances, de contraintes et de ph&#233;nom&#232;nes inter-relationnels. Comme si nos exp&#233;riences de vie devenaient soudain inop&#233;rantes dans ce contexte professionnel. C'est &#233;videmment bien normal, me direz-vous. C'est m&#234;me le signe d'une formation professionnelle r&#233;ussie que d'installer de la distance vis-&#224;-vis de soi et de produire des outils de repr&#233;sentation et de ma&#238;trise des ph&#233;nom&#232;nes institutionnels. Mais pas au prix d'une surdit&#233; subjective. La r&#233;mun&#233;ration qui sanctionne nos prestations de travail semble nous situer d'embl&#233;e en position d'acteur institutionnel : c'est nous qui faisons, produisons le travail qui m&#233;rite salaire. Se tracerait ainsi la ligne de d&#233;marcation entre les sujets institutionnels et les &#171; objets sujets &#187; institutionnels, ceux auxquels est destin&#233; ce travail. Cette s&#233;paration est, bien s&#251;r, &#224; maintenir toujours pr&#233;sente, nous en reparlerons, mais nous ne pouvons faire l'impasse sur ce par quoi nous sommes pass&#233;s, chacun dans notre propre travers&#233;e des institutions, et sur ce que nous y avons appris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voulais rappeler ce pr&#233;suppos&#233; avant d'aborder le contexte historique dans lequel les termes de psychoth&#233;rapie institutionnelle et de p&#233;dagogie institutionnelle ont fait leur apparition.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contexte historique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le terme de &lt;i&gt; psychoth&#233;rapie institutionnelle&lt;/i&gt; fait officiellement son apparition en 1952, dans un article de Daum&#233;zon et K&#339;chlin, psychiatres, et y est d&#233;fini comme l'&#171; utilisation th&#233;rapeutique de la vie sociale dans laquelle baigne le patient quel qu'il soit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daum&#233;zon travaillait depuis 1935 en h&#244;pital psychiatrique et a &#233;t&#233; l'un des premiers psychiatres fran&#231;ais &#224; introduire et organiser une vie sociale &#224; l'int&#233;rieur de l'asile. Son objectif &#233;tait de modifier la structure intra-hospitali&#232;re c'est-&#224;-dire de rendre possible, de l'int&#233;rieur, une d&#233;sali&#233;nation des rapports entre soignants et soign&#233;s, par la ma&#238;trise et le travail d'ambiance au quotidien dans le milieu institutionnel. D'autres psychiatres, avec Daum&#233;zon, se sont fait conna&#238;tre par leurs pratiques de psychoth&#233;rapie institutionnelle, dont Tosquelles, qui insistait sur les conditions r&#233;elles de mise en pratique de ce versant du travail dans le contexte sp&#233;cifique de chaque institution. &#171; Ainsi tout cheminement institutionnel rel&#232;vera obligatoirement de l'intrication de l'imaginaire de chacun des intervenants et de leur histoire personnelle, de la confrontation d'une r&#233;flexion th&#233;orique et de sa pratique en &#233;quipe, et enfin de l'historicit&#233; du lieu, de son h&#233;ritage culturel et de sa tradition [2]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons &#233;voqu&#233;s ici trois plans, qui se recouvrent ou se chevauchent dans le champ institutionnel : chacun, soignant ou soign&#233;, y est sujet de sa propre histoire ; c'est la dimension individuelle qui est mise en &#233;vidence. Ensuite, la pratique s'organise en r&#233;f&#233;rence &#224; une r&#233;flexion th&#233;orique, que celle-ci soit clairement &#233;nonc&#233;e ou qu'elle soit implicite. Enfin, nous disent les auteurs, tout cela se vit dans la tradition culturelle et l'histoire d'un lieu et des personnes qui l'habitent. La mission officielle ne fait aucun doute : il s'agit de soigner. Le d&#233;bat s'ouvre sur le &#171; comment &#187; soigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence &#224; la &#171; psychoth&#233;rapie institutionnelle &#187; s'est diffus&#233;e dans les lieux de soins psychiatriques, donnant naissance &#224; des pratiques diverses, mettant l'accent soit sur l'animation et l'organisation des lieux de soins, soit sur les relations entre l'individu et le champ social, d&#233;veloppant alors particuli&#232;rement les th&#233;rapeutiques de groupe, soit sur les interventions socio-analytiques dans les institutions, soit sur l'&#233;laboration, dans une perspective psychanalytique, psychosociale et politique, des concepts propres &#224; la th&#233;rapeutique institutionnelle. Dans le travail poursuivi depuis 1953 par Jean Oury [3] &#224; la clinique de La Borde, plusieurs id&#233;es fortes apparaissent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; l'am&#233;nagement du cadre, cf. la &#171; grille d'emploi du temps [4]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; le collectif soignant ou communaut&#233; th&#233;rapeutique (disponibilit&#233; aussi bien individuelle que groupage, et vigilance, &#224; travers un syst&#232;me pr&#233;cis de multiples r&#233;unions afin de rester pr&#234;ts &#224; accueillir l'insolite, &#171; cet insolite cach&#233; derri&#232;re la banalit&#233; du fou [5]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; le transfert institutionnel. Il s'agit de cr&#233;er et de promouvoir des champs transf&#233;rentiels multifocaux. J. Oury cite quelques principes de base :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; libert&#233; de circulation, lieux structur&#233;s concrets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; contrats facilement r&#233;visables d'entr&#233;e et de sortie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; accueil permanent disposant de grilles symboliques et de m&#233;diations ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; le jeu des institutions en mouvement (clubs, poulailler, jardin, cuisine, comit&#233; d'accueil&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles r&#233;sument ainsi tout ce qu'il est n&#233;cessaire de mettre en place chaque jour pour lutter contre la tendance d'un collectif &#224; se rigidifier dans une structure ali&#233;nante ou s&#233;gr&#233;gative [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la p&#233;dagogie aux pratiques de l'institutionnel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;p&#233;dagogie institutionnelle&lt;/i&gt; est un terme utilis&#233; par Jean Oury en 1958 pour caract&#233;riser le travail poursuivi par les Groupes d'&#233;ducation th&#233;rapeutique (GET) dans le contexte de l'&#201;ducation nationale, donc de l'Institution &#201;cole, par des instituteurs pour la plupart r&#233;f&#233;renc&#233;s &#224; la p&#233;dagogie Freinet (1896-1966). Fernand Oury [7] est une figure centrale de ce mouvement. &#192; partir du travail effectu&#233; dans sa classe et avec des groupes d'instituteurs se r&#233;f&#233;rant &#224; la pratique des classes &#171; actives &#187;, un mouvement de p&#233;dagogie institutionnelle s'est organis&#233; autour de l'analyse des pratiques, de leur &#233;criture, et de la mise en place de stages de formation &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1970, je travaillais dans un IMP o&#249; nous formions une &#233;quipe pluridisciplinaire (instituteur, logop&#232;de, &#233;ducateurs et psychologue), confront&#233;e &#224; la fois aux apprentissages scolaires difficiles et aux comportements caract&#233;riels d&#233;concertants. Nous &#233;tions bien forc&#233;s de bricoler des r&#233;ponses, cherchant dans le mouvement issu de l'antipsychiatrie des id&#233;es transposables dans notre contexte institutionnel. Nous sommes partis suivre un stage GET et nous avons d&#232;s lors essay&#233; d'appliquer une m&#233;thodologie qui nous paraissait coh&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle tenait compte en effet de trois niveaux de complexit&#233; identifiable, chacun d'eux n&#233;cessitant une approche technique et m&#233;thodologique sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'animation du quotidien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire tout ce qui fait vivre et fonctionner au jour le jour. Tout ce qui a trait aux techniques d'ambiance, &#224; l'organisation du cadre et aux n&#233;cessit&#233;s vitales. Faire que la classe, tout en respectant sa mission d'&#234;tre un lieu d'apprentissage pour lire, &#233;crire et compter, soit aussi un lieu de vie dans lequel &#171; les enfants gardent ou retrouvent le d&#233;sir de communiquer, d'apprendre, de produire, de s'organiser, de grandir&#8230; [8]. &#187; Ce lieu est rendu vivant par l'utilisation des &#171; techniques Freinet &#187; : &#171; quoi de neuf ? &#187; Une mani&#232;re institu&#233;e de permettre aux &#233;l&#232;ves et &#224; l'instituteur de se retrouver apr&#232;s le week-end et de dire sa pr&#233;occupation. Les &#233;v&#233;nements chauds &#233;nonc&#233;s lors de cette s&#233;quence r&#233;apparaissent en g&#233;n&#233;ral &#224; d'autres moments dans la classe, particuli&#232;rement dans la s&#233;quence &#171; texte libre &#187; et &#171; choix de texte &#187;. D'autres moments forts de l'animation d'une classe seront les temps de travail individuel &#224; l'aide des fichiers autocorrectifs, les ateliers artistiques et scientifiques, les sorties-enqu&#234;tes, la production d'albums collectifs, les envois aux correspondants&#8230; Sans oublier les &#171; m&#233;tiers &#187; tels que : objets perdus, rangement de la table d'exposition, cahier d'appel, caissier, r&#233;veil, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'organisation du collectif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nombreuses activit&#233;s ainsi &#233;num&#233;r&#233;es ne tombent pas du ciel, elles n&#233;cessitent des outils vari&#233;s et une organisation tr&#232;s pouss&#233;e. Car chaque outil suppose un mode d'emploi et des r&#232;gles d'utilisation. Il faut donc &#224; la fois mettre en place un lieu de d&#233;cision, une m&#233;thodologie de prise de d&#233;cisions et que ce lieu reste &#233;galement l'espace-temps de r&#233;gulation, de n&#233;gociation et de prise de distance. Nous savons tous combien est d&#233;licate la vie en collectif et que les motifs d'affrontement ne manquent pas. Bref, il est n&#233;cessaire de cr&#233;er un espace d'institutionnalisation : une situation fait probl&#232;me, elle est parl&#233;e en &#171; conseil &#187; de coop&#233;rative [9] et fait l'objet d'une organisation sp&#233;cifique, assortie de responsabilit&#233;s &#224; assumer. Si ensuite cette fonction perd de sa pertinence ou de son utilit&#233;, elle sera supprim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ici dans le champ du travail en groupe et sur le groupe, conjuguant &#224; la fois les apports de la sociologie et de la dynamique des groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers l'organisation de la coop&#233;rative, chaque enfant va trouver une place, une fonction, un statut, il sera reconnu par les autres. L'espace de la classe est ainsi d&#233;fini comme un espace dans lequel on ne peut pas faire n'importe quoi, n'importe quand, n'importe comment. Il y a des limites des lieux, des lois... et cela produit du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a apprentissage de la limite impos&#233;e par la r&#232;gle, mais aussi de l'ouverture &#224; un espace de libert&#233;, de responsabilit&#233; et de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La place du sujet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe institutionnalis&#233;e organise un &#171; treillis &#187; relationnel qui apporte son lot de gratifications ou de frustrations, mod&#233;r&#233;es mais in&#233;luctables. On pourrait en rester l&#224;, mais tous ceux qui se retrouvent confront&#233;s aux exigences d'un travail relationnel, surtout quand il s'inscrit dans une histoire marqu&#233;e par des cassures ou ruptures symboliques, ceux-l&#224; savent combien les rep&#232;res psychanalytiques peuvent &#234;tre aidants, combien il est utile de se rep&#233;rer dans sa propre histoire quand le jeu des identifications, transfert et contre-transfert, menace notre s&#233;r&#233;nit&#233; professionnelle (et personnelle). Les instituteurs des GET avaient d'ailleurs d&#233;velopp&#233; un axe de recherche autour des &#171; monographies &#187; d'enfant. Ni simples narrations d'histoires d'enfants ni psychoth&#233;rapie de groupe, mais dr&#244;les d'histoires quand m&#234;me, autour desquelles se tissent les fantasmes des enseignants. Le travail consistant pr&#233;cis&#233;ment &#224; passer du &#171; cas &#187; d'&#233;l&#232;ve &#224; un effet de sujet. Analyse psychop&#233;dagogique de la vie quotidienne et travail de la relation se poursuivant en groupe ferm&#233; de 5 &#224; 8 personnes (avec objectif de production). Celui qui expose s'expose en m&#234;me temps, car c'est bien de lui qu'il s'agit &#224; travers l'histoire de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois niveaux ont &#233;t&#233; mis en &#233;vidence dans les textes fondateurs des praticiens de la p&#233;dagogie institutionnelle avec une grande rigueur d'analyse [10] et beaucoup d'inventivit&#233;. Tout un travail de conceptualisation et de transposition a &#233;t&#233; entrepris ensuite afin de le rendre utilisable dans le champ des institutions dites d'&#233;ducation : IMP, &#201;ducation surveill&#233;e, OPJ, institutions soignantes. J'ai, pour ma part, poursuivi ce travail dans le Groupe d'&#233;tudes et de formation &#224; l'intervention &#233;ducative et ensuite sur mon lieu de travail [11]. Ces recherches s'&#233;loignant des terrains strictement scolaires, nous avons &#233;largi l'appellation P&#233;dagogie Institutionnelle &#224; celle de &#171; Pratiques de l'Institutionnel &#187;, voulant soutenir ainsi que tout travail institutionnel n&#233;cessite un outillage sp&#233;cifique et une m&#233;thodologie particuli&#232;re si l'on veut bien tenir compte et profiter de la complexit&#233; des dispositifs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour des pratiques de l'Institutionnel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'animation au quotidien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y retrouve l'organisation du cadre (entretien, d&#233;coration&#8230;), le rapport aux n&#233;cessit&#233;s de base : se nourrir, &#234;tre v&#234;tu, l'hygi&#232;ne de vie, les rituels de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'organisation du collectif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfants et adultes, clients et professionnels se croisent et se rencontrent quotidiennement en fonction de certaines r&#232;gles qui vont organiser ces ensembles relationnels, c'est-&#224;-dire indiquer des itin&#233;raires de mise en relation. L'organigramme, par exemple, est un outil n&#233;cessaire pour que les interrelations au sein de l'unit&#233; institutionnelle soient clairement indiqu&#233;es. On peut suivre, sur un organigramme, le chemin trac&#233; pour qu'une information soit trait&#233;e &#224; son juste niveau : le groupe enfants ou clients, l'unit&#233; &#233;ducative ou soignante, le staff de direction&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organigramme indique donc qui est en relation avec qui, et cela fait gagner du temps et de l'&#233;nergie. C'est aussi, comme le dit Selvini, une fa&#231;on de &#171; ligoter &#187; les relations. Nous retrouvons ici le couple dialectique contrainte/espace de libert&#233; ou, autrement dit, c'est le contenant qui donne forme au contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait peut-&#234;tre judicieux de rappeler la distinction faite par Varela [12] entre &#171; organisation &#187; et &#171; structure &#187;. L'organisation d'un syst&#232;me vivant se caract&#233;rise par l'ensemble des relations qui relient les diff&#233;rents composants d'un syst&#232;me. Ce qui est propre &#224; la structure, concerne la nature des composants particuliers constitutifs d'un syst&#232;me et la fa&#231;on dont ils s'agencent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation du collectif nous oblige &#224; parler des statuts, des r&#244;les, des espaces de n&#233;gociation, des r&#232;gles et des lois. Bref, il s'agit de la ma&#238;trise des institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La place du sujet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour vers la trajectoire identitaire, ce que chacun fait l&#224;, dans cette histoire-l&#224; ; ce n'est pas l'institution que nous traversons qui nous a produit, nous y sommes entr&#233;s, nous en sortirons, mais le moment de ce passage m&#233;rite r&#233;flexion. L'ouverture de ce champ de travail donne acc&#232;s au travail du sens et implique qu'on y pr&#234;te attention, car il est &#233;vident que, comme le dit Pierre L&#233;vy [13] : &#171; Pour que les collectivit&#233;s partagent du sens, il ne suffit donc pas que chacun de leurs membres re&#231;oive le m&#234;me message. &#187; Si le message est le m&#234;me, l'interpr&#233;tation subjective diff&#232;re, c'est-&#224;-dire la mise en relation du message dans un r&#233;seau d'associations, de connexions, par le jeu du signifi&#233; et du signifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence psychanalytique, et plus pr&#233;cis&#233;ment lacanienne, peut &#224; ce niveau servir de point d'appui. On ne peut, en aucune mani&#232;re, effacer ce niveau de travail au plus pr&#232;s des individus qui composent un collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons tous combien nous sommes &#171; pris &#187; au corps par l'aventure institutionnelle. Nous pouvons en &#234;tre malade, en r&#234;ver, ne plus pouvoir nous en s&#233;parer ou la ha&#239;r. Qui de nous n'a pas travers&#233; une &#171; crise &#187; institutionnelle telle que sa vie s'en est trouv&#233;e chang&#233;e sinon boulevers&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y va parfois de notre survie mentale d'avoir &#224; rassembler nos &#233;nergies pour &#233;chapper &#224; un environnement institutionnel rigide, totalitaire [14], chaotique ou lisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il y a une conception du travail institutionnel &#224; soutenir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; pour la comp&#233;tence et la coop&#233;ration ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; pour la complexit&#233; et les r&#233;seaux de logiques diverses ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; pour la cr&#233;ativit&#233; et la responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les rapports humains et les capacit&#233;s de coop&#233;ration sont des faits aussi importants que les montages financiers &#187;, &#233;crit M. Crozier [15]. Ce sont des richesses que les modes actuelles de management et les cultures dites &#171; d'entreprise &#187; commencent &#224; envier aux praticiens des sciences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[1] In Plac&#233;s vous avez dit ?, sous la direction de Jacques Pain, Vigneux, Matrice, 1987 ; pour partie in Information sociales, n&#176; 7, Paris, 1989 ; pour partie in Le Courrier de Suresnes, n&#176; 61, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Vidon G., Petitjean F., Bonnet-Vidon B., &#171; Th&#233;rapeutiques institutionnelles &#187;, in Encyclop&#233;die m&#233;dico-chirurgicale, Paris, 1989, Psychiatrie, 37930 G 10-1989, p. 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Oury J., Psychiatrie et psychoth&#233;rapie institutionnelles, Payot, 1977, id. p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] id.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] id., p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Michaud G., La Borde&#8230; un pari n&#233;cessaire, Gauthier Villars, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Oury F., Vasquez A., Vers une p&#233;dagogie institutionnelle, Maspero, 1967 ; Oury F., Vasquez A., De la classe coop&#233;rative &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle, Maspero, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Laffitte R., Une journ&#233;e dans une classe coop&#233;rative, Syros, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Oury F., Pochet C., Qui c'est l' conseil ?, Maspero, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Pochet C., Oury F., Oury J., Miloud, ou L'ann&#233;e derni&#232;re j'&#233;tais mort, Vigneux, Matrice, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Pain J., sous la direction de, Plac&#233;s, vous avez dit ?, Groupe de recherche et d'action en p&#233;dagogie institutionnelle, Vigneux, Matrice, 1987 ; Arespi, Comment d&#233;marrer une structure &#233;ducative ?, Association pour un r&#233;seau des pratiques de l'institutionnel, Vigneux, Matrice, 1988 ; Hayez J.-Y., Kinoo P., Meynckens-Foureg M., Vander Borght C. L'Institution r&#233;sidentielle, m&#233;diateur th&#233;rapeutique, Vigneux, Matrice, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Varela F.J., Autonomie et connaissance, essai sur le vivant, Seuil, population, pp. 41 &#224; 44, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] L&#233;vy P., Les Technologies de l'intelligence &#8211; L'Avenir de la pens&#233;e &#224; l'&#232;re informatique, La D&#233;couverte, p. 81, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Spiegelman Art, &#171; Maus &#187;, L'Autre journal, juillet-ao&#251;t 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Crozier M., L'Entreprise &#224; l'&#233;coute. Apprendre le management postindustriel, Inter &#201;ditions, 1987.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Notes sur la psychoth&#233;rapie institutionnelle</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?304-notes-sur-la-psychotherapie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?304-notes-sur-la-psychotherapie</guid>
		<dc:date>2009-12-07T16:00:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychoth&#233;rapie</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Psychiatrie</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Source : http://www.cliniquedelaborde.com/ Note : Cet article a d'ores et d&#233;j&#224; fait l'objet de publications, en 1986, dans Psychologie m&#233;dicale et en 1999 dans la revue &#171; Institution &#187;. Nous pensons qu'il illustre remarquablement bien ce que la fonction club peut engendrer de r&#233;alisations inattendues, vivantes et th&#233;rapeutiques. Cet article ne rend pas compte des nombreuses &#233;volutions de l'association La Borde-Ivoire. Depuis 1986, en effet, beaucoup d'eau a coul&#233; sous les ponts de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-67-psychotherapie-+" rel="tag"&gt;Psychoth&#233;rapie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-71-psychiatrie-+" rel="tag"&gt;Psychiatrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.cliniquedelaborde.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.cliniquedelaborde.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Note : Cet article a d'ores et d&#233;j&#224; fait l'objet de publications, en 1986, dans Psychologie m&#233;dicale et en 1999 dans la revue &#171; Institution &#187;. Nous pensons qu'il illustre remarquablement bien ce que la fonction club peut engendrer de r&#233;alisations inattendues, vivantes et th&#233;rapeutiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article ne rend pas compte des nombreuses &#233;volutions de l'association La Borde-Ivoire. Depuis 1986, en effet, beaucoup d'eau a coul&#233; sous les ponts de la Loire et de nombreuses palabres se sont d&#233;roul&#233;es sous l'apatam de Trinl&#233; Diapleu. Dans les prochains num&#233;ros d' Institutions nous reviendrons sur les moments importants de l'histoire de cette association et sur les entreprises men&#233;es &#224; bien, dont, entre autres, la construction d'un dispensaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1985, un petit groupe de cinq pensionnaires de la clinique de La Borde a pass&#233; trois semaines au village de Trinl&#233;-Diapleu, dans la r&#233;gion des Yacoubas en C&#244;te d'Ivoire. Ce voyage n'a &#233;t&#233; possible que du fait de l'organisation particuli&#232;re de la clinique qui s'inscrit dans le mouvement de psychoth&#233;rapie institutionnelle. Au d&#233;part, une anecdote : un membre du personnel regagne son pays d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'originalit&#233; de la psychoth&#233;rapie institutionnelle est de pouvoir se servir d'une telle contingence pour en faire un instrument de soin. Nous d&#233;crirons donc le processus d'institutionnalisation qui a fait de ce voyage, un &#171; voyage th&#233;rapeutique &#187; pas comme les autres, apr&#232;s avoir &#233;voqu&#233; notre souci de la dimension de l'accueil dans notre pratique quotidienne. L'omnipr&#233;sence de l'accueil dans la tradition africaine a &#233;t&#233; un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant dans le bon d&#233;roulement de ce voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accueil, pr&#233;occupation de base de la psychoth&#233;rapie institutionnelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malade mental, en particulier le sujet schizophr&#232;ne, du fait de son ali&#233;nation mentale et de la structure sociale de la soci&#233;t&#233; occidentale, est rejet&#233; hors du socius derri&#232;re les murs de l'asile. Au m&#234;me titre que les conditions de vie et d'environnement n'ont pas permis au sujet schizophr&#232;ne de se maintenir dans une vie normale, nous constatons que les conditions de vie et d'environnement du malade hospitalis&#233; ont des effets sur l'&#233;volution de son &#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, Fran&#231;ois Tosquelles, &#224; l'h&#244;pital de Saint-Alban en Loz&#232;re, quand il a ouvert le service de &#171; g&#226;teux &#187; a constat&#233; que 80 % des malades, une fois chang&#233;s de milieu, ne manifestaient plus de sympt&#244;mes de g&#226;tisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est en question, c'est la dimension pathoplastique qui repose sur des ph&#233;nom&#232;nes identificatoires. C'est le m&#234;me probl&#232;me qui est mis en &#233;vidence dans les contagions hyst&#233;riques. C'est-&#224;-dire que la pathoplastie est cette pathologie surajout&#233;e &#224; la pathologie pr&#233;&#233;xistante du fait que le milieu, l'environnement est lui-m&#234;me pathog&#232;ne. A l'ali&#233;nation mentale du sujet schizophr&#232;ne s'ajoute une ali&#233;nation sociale qui occulte la singularit&#233; de ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A un premier niveau, accueillir un sujet psychotique, c'est tenir compte de sa diff&#233;rence en tant que singularit&#233;. Tenir compte de la singularit&#233;, c'est un parti pris &#233;thique car ce qui est en question c'est autrui, au sens d'Emmanuel Levinas. Cela n&#233;cessite de travailler sur le milieu afin de &#171; nettoyer &#187; la dimension pathoplastique pour acc&#233;der &#224; la singularit&#233; du sujet psychotique. La mise en place d'un club th&#233;rapeutique, c'est-&#224;-dire d'une association loi 1901 constitu&#233;e paritairement de soignants et de soign&#233;s, est l'outil, l'instrument que la psychoth&#233;rapie institutionnelle a mis en place dans une perspective de d&#233;sali&#233;nation : au niveau social, dans la responsabilisation de chacun, et, au niveau th&#233;rapeutique dans sa fonction d'accueil et de gestion de l'ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet schizophr&#232;ne est dissoci&#233; c'est-&#224;-dire qu'il n'a pas de point de rassemblement ; dans la rencontre, on a le sentiment qu'il y a plusieurs points, plusieurs axes. Il n'arrive pas &#224; se situer, il n'est nulle part, il est en souffrance dans une attente passive. Si on demande &#224; un schizophr&#232;ne qui est rest&#233; toute la journ&#233;e &#224; d&#233;ambuler ou est rest&#233; assis l&#224; &#224; ne rien faire : &#171; Est-ce que vous vous ennuyez ? &#187; Non, il ne s'ennuie pas, il peut rester des heures &#224; &#171; ne rien faire &#187;, il ne s'ennuie pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-on acc&#233;der &#224; ce monde clos, &#224; cet isolement, &#224; ce repli ? La seule mani&#232;re est d'essayer de saisir, quand cela se pr&#233;sente, l'&#233;mergence de fantasmes, aussi bizarres et &#233;tranges qu'ils soient. Par exemple, Monsieur R. pr&#233;sente une dissociation extr&#234;me avec une d&#233;sint&#233;gration du langage qui le rend parfois presque incompr&#233;hensible. Tr&#232;s isol&#233; et apragmatique, un jour lors d'une r&#233;union du club, il s'inqui&#232;te au sujet du petit &#226;ne Cadichon qui est seul dans son pr&#233; : il lui faut une compagne. Pour une fois, il se fait comprendre et laisse &#233;merger quelque chose de l'ordre du fantasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'outil club permet de travailler ce fantasme, tout d'abord parce qu'il y a, au travers de la possibilit&#233; pour ce sujet d'&#234;tre entendu, l'accueil de sa singularit&#233;. Ensuite, il y a une mise en place de rapports compl&#233;mentaires c'est-&#224;-dire que tel autre est d'accord avec lui et s'int&#233;resse aussi au probl&#232;me de Cadichon ; et puis un autre encore conna&#238;t quelqu'un de sa famille qui vend des &#226;nes, on peut alors cr&#233;er une commission qui va &#233;tudier le probl&#232;me sous un aspect &#233;conomique par exemple : &#171; Combien co&#251;te un &#226;ne ? Est-ce que le club a assez d'argent ? &#187; ; ou alors envisager de s'occuper plus de cet &#226;ne, de lui rendre visite ; que Monsieur R. nous tienne au courant de son &#233;tat de sant&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet exemple, nous voyons comment le club, par sa fonction d'accueil de la singularit&#233;, permet de saisir l'&#233;mergence d'un fantasme et de placer un sujet schizophr&#232;ne dans des relations d'&#233;change, dans une circulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les techniques d'accueil, la fonction d'accueil ne se limitent pas &#224; l'admission : &#171; L'accueil se prolonge inlassablement au cours du s&#233;jour et il constitue la disponibilit&#233; de base qui permet la rencontre du malade et de l'institution. &#187; (Fran&#231;ois Tosquelles, Education et Psychoth&#233;rapie institutionnelle. Collection P.I. Hiatus) Le club, &#224; travers la gestion de la vie quotidienne (ateliers, sorties, modalit&#233;s de repas, r&#233;unions diverses&#8230;) est un instrument de travail sur l'ambiance. En tant qu'organisation paritaire, il d&#233;nonce deux faux probl&#232;mes, &#224; savoir : premi&#232;rement, le mythe de l'indiff&#233;rence, deuxi&#232;mement, celui de l'irresponsabilit&#233; du malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est en question, c'est la position de m&#233;connaissance, de peur, de la part des soignants, qui entra&#238;ne tous les ph&#233;nom&#232;nes de contre-transfert dangereux pour l'&#233;volution du malade (cf &#171; la r&#233;putation &#187;, au sens de Racamier). Il est tr&#232;s important de mettre en place la possibilit&#233; d'une r&#233;flexion permanente collective au sein de l'&#233;quipe de soins. &#171; A l'organisation d'une vie collective offerte au malade, il faut superposer le collectif de soins, lui-m&#234;me mis en question devant chaque malade et devant chaque probl&#232;me. Les r&#233;unions de quartiers, d'ergoth&#233;rapeutes, de socioth&#233;rapeutes etc&#8230; en constituent son organe institutionnel et indispensable. &#187; (Fran&#231;ois Tosquelles, idem pr&#233;c&#233;dent.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions conclure cette premi&#232;re partie en posant que l'accueil dans la psychoth&#233;rapie institutionnelle c'est : au niveau du club, la cr&#233;ation d'espaces qui donnent sans cesse la possibilit&#233; au sujet psychotique d'&#234;tre accueilli dans sa singularit&#233;, et l'exploitation des relations compl&#233;mentaires qui permet de placer le sujet dans des relations d'&#233;changes, de convivialit&#233; afin de lutter contre l'autisme. Au niveau du collectif, la cr&#233;ation de r&#233;unions de soignants qui permet l'analyse du contre-transfert et la mise en question des pr&#233;jug&amp;eas}te ;s de chacun vis-&#224;-vis de la maladie mentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus d'institutionnalisation : l'exemple de la borde-ivoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela commence comme une contingence anecdotique : Michel B., cuisinier &#224; La Borde depuis dix ans, est assez nostalgique de son pays, ou du moins de ses racines africaines. Son village maternal est Bogouine, &#224; proximit&#233; de Man en C&#244;te d'Ivoire. Enfant, il se promenait souvent dans les rues de Man o&#249; un coop&#233;rant fran&#231;ais qui s'est li&#233; d'amiti&#233; avec sa famille tient un garage. Ce coop&#233;rant, de retour en France, invite Michel &#224; venir y faire des &#233;tudes. C'est ainsi qu'apr&#232;s quelques ann&#233;es pass&#233;es &#224; &#233;tudier, Michel a un dipl&#244;me de cuisinier et vient travailler &#224; La Borde. Michel B. va &#234;tre le point de d&#233;part, l'initiateur de ce projet original, la cr&#233;ation de l'association La Borde-Ivoire, association loi 1901 &#224; but non lucratif dont l'objet est de d&#233;velopper bj des &#233;changes culturels entres les villageois (soignants et soign&#233;s) de La Borde et ceux de Trinl&#233; Diapleu. Il parle tr&#232;s souvent de la C&#244;te d'Ivoire et du village maternel de son p&#232;re, Trinl&#233; Diapleu, situ&#233; &#224; trois kilom&#232;tres de Bogouine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trinl&#233; Diapleu est un village d'agriculteurs de l'ethnie yacouba. Michel veut aider son village. Il conna&#238;t un peu les probl&#232;mes &#233;conomiques des villageois qui vivent essentiellement de la r&#233;colte du caf&#233; et du cacao ainsi que d'un peu d'&#233;levage domestique et aussi de la culture du riz pour leur propre consommation. La modernisation avance dans le village, il y a une &#233;cole depuis quelques ann&#233;es. Certaines familles n'ont pas un revenu suffisant pour scolariser tous les enfants. Les frais de maladie (m&#233;dicaments, hospitalisation) ne sont pas pris en charge ce qui oblige certains villageois &#224; emprunter de l'argent &#224; des conditions prohibitives. Il arrive que le villageois vende, avant m&#234;me d'avoir fait la r&#233;colte, une partie de son caf&#233; &#224; des prix tr&#232;s bas. De toute fa&#231;on, quand le villageois transporte son caf&#233; &amp;mgrave; l'usine de traitement, il paie sans cesse des &#171; taxes &#187; et des &#171; pots de vin &#187;. La sp&#233;culation et la corruption &#233;gorgent les villageois un par un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me peut, d'apr&#232;s Michel, quand m&#234;me trouver des solutions. L'exp&#233;rience de dix ans de travail &#224; La Borde, le fonctionnement d'une clinique de psychoth&#233;rapie institutionnelle lui donnent des id&#233;es. Effectivement, &#234;tre cuisinier &#224; La Borde cela n'est pas simplement faire de la cuisine. Michel participe, ainsi que les autres cuisiniers, &#224; la th&#233;rapeutique. La cuisine n'est pas isol&#233;e du reste de la clinique, c'est un lieu de passage mais aussi d'arr&#234;t, de discussion, de travail. Quiconque, soignant ou soign&#233; est libre d'y circuler et m&#234;me, &#224; la grande joie des cuisiniers, de participer &#224; l'&#233;laboration des plats. D&#232;s six heures du matin, la cuisine s'&#233;veille et les premiers hors de leur lit dirigent leurs pas vers ce lieu si particulier. C'est &#224; proximit&#233; de la cuisine, dans la salle &#224; manger, que s'instaurent les premiers moments de convivialit&#233; de la journ&#233;e. Le cuisinier du matin est donc pour un certain nombre de pensionnaires le premier soignant &#224; les accueillir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la fa&#231;on dont le cuisinier va accueillir le matin tel ou tel pensionnaire ne va pas &#234;tre sans effet ; bien au-del&#224; de son statut de cuisinier, il s'agit d'une fonction soignante au m&#234;me titre que la fonction soignante d'un infirmier, d'un psychologue ou de n'importe quel employ&#233; de la clinique. La cuisine est en fait un atelier Cuisine ; un certain nombre de pensionnaires participent quotidiennement &#224; la pr&#233;paration des repas. C'est d'ailleurs un atelier tr&#232;s complexe, parce que c'est l'un des seuls en fait o&#249; il y a un imp&#233;ratif de production (&#224; 13 h, le repas doit &#234;tre servi ainsi qu'&#224; 19 h). Si le cuisinier n'est pas vigilant (selon Jean Oury, les deux axiomes de base de la psychoth&#233;rapie institutionnelle sont, pour les soignants, la disponibilit&#233; et la vigilance), il ne peut s'attacher qu'&#224; la production, juger les gens sur leur seule qualit&#233; de travail et finir par dire que tel schizophr&#232;ne est un fain&#233;ant. C'est alors que la cuisine se cloisonne et devient un lieu de s&#233;gr&#233;gation r&#233;serv&#233; aux bons travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tenir compte du r&#244;le th&#233;rapeutique des cuisiniers, c'est aussi tenir compte de leur demande. Ils avaient demand&#233; il y a quelques ann&#233;es &#224; ce que leur &#233;quipe soit renforc&#233;e car ils d&#233;siraient participer, pour &#233;viter le cloisonnement, &#224; d'autres activit&#233;s ; le projet &#233;tait de se d&#233;placer de temps en temps, par roulement, au jardin afin d'y faire avec quelques pensionnaires de la culture vivri&#232;re. Un atelier jardin s'est mis ainsi en place, organis&#233; par deux cuisiniers. Un autre prend en charge l'entretien des v&#233;hicules du club. Michel quant &#224; lui fait partie de l'&#233;quipe de packing. 0 En fait, cette r&#233;flexion des cuisiniers sur eux-m&#234;mes sur le risque toujours pr&#233;sent de cloisonnement s'est &#233;labor&#233;e &#224; l'int&#233;rieur d'un groupe de contr&#244;le bi-mensuel avec d'autres soignants et un m&#233;decin, le Docteur Oury.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est lors d'une de ces r&#233;unions que Michel fait part de son projet : retourner en Afrique pour &#233;lever des cochons et aider son village. A cet effet, il demande une aide financi&#232;re au Docteur Oury, il pr&#233;cise qu'il voudrait y faire ou du moins mettre en place quelque chose comme le club. Mais la demande adress&#233;e &#224; l'int&#233;rieur du groupe au Docteur Oury, n'est pas acceptable sous cette forme trop personnalis&#233;e. Pourtant, Michel est d&#233;cid&#233; &#224; repartir chez lui et c'est quelqu'un qui compte pour beaucoup de pensionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie-Lou, vieille maniaco-d&#233;pressive diab&#233;tique, est une vraie campagnarde, elle a l'allure d'une fille qui a gard&#233; les vaches ou les moutons et elle aime bien les plaisanteries grivoises. Quand Marie-Lou passe &#224; la cuisine et que Michel lui raconte des histoires, son visage s'illumine et ses yeux p&#233;tillent de joie quand elle lui r&#233;pond : &#171; Arr&#234;te donc tes b&#234;tises ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela s'appelle une greffe de transfert, pour Marie-Lou, Michel est quelqu'un qui compte, m&#234;me s'il ne la fait rire que de temps en temps, elle sait bien qui il est. Et, pour beaucoup d'autres personnes, Michel c'est un petit bout de leur vie. Alors qu'il retourne chez lui l&#224;-bas au bout du monde, &#231;a fait quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc tenir compte de cet aspect transf&#233;rentiel, et aussi de la diff&#233;rence d'ordre affectif qu'&#233;prouve Michel &#224; quitter La Borde. Mais quel sens, un don individuel aurait-il pu avoir ? Pour r&#233;soudre cette contradiction, nous avons l'id&#233;e d'inscrire cette demande dans un projet institutionnel. Ce qui permet de pr&#233;server et m&#234;me de de mettre au premier plan la dimension transf&#233;rentielle, tout en &#233;cartant le risque de tomber dans la charit&#233;, une forme larv&#233;e de n&#233;o-colonialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;er une association loi 1901 dont le but serait de d&#233;velopper des &#233;changes culturels entre La Borde et Trinl&#233; Diapleu et de favoriser le d&#233;veloppement d'une coop&#233;rative agricole au village, telle fut la r&#233;ponse faite &#224; Michel. Ainsi l'association La Borde-Ivoire, sorte de jumelage entre la clinique de La Borde et le village ivoirien de Trinl&#233; Diapleu, est cr&#233;&#233;e en ao&#251;t 1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me le d&#233;part de Michel pour la C&#244;te d'Ivoire, en septembre 1983, l'association est l&#233;galis&#233;e par la pr&#233;fecture. Apr&#232;s avoir rapidement &#233;tabli un conseil d'administration constitu&#233; de fa&#231;on paritaire par des soignants et des soign&#233;s, l'atelier Cacao commence un travail d'information sur le village de Trinl&#233; Diapleu et sur le projet d'aide &#224; la cr&#233;ation d'une coop&#233;rative agricole par les villageois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu, &#224; partir de cette association, se mettent en place plusieurs institutions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Des r&#233;unions bi-mensuelles sous la forme de conseil d'administration ouverts dans lesquels les soignants et les soign&#233;s r&#233;fl&#233;chissent aux meilleurs moyens d'aider le village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Des ateliers : constitution d'une maquette du village, r&#233;alisation d'une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre &#224; partir d'un conte africain, commissmon Correspondance&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces r&#233;alisations de l'association, nous allons vous pr&#233;senter le projet original d'un s&#233;jour de trois semaines &#224; Trinl&#233; Diapleu de cinq pensionnaires accompagn&#233;s d'un m&#233;decin et d'un cuisinier ; un autre m&#233;decin viendra rejoindre le groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;paration du voyage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 1983, l'un de nous se rend &#224; Trinl&#233; Diapleu afin de faire le point sur l'association avec Michel et les villageois. Certains &#233;l&#233;ments de la vie quotidienne au village lui &#233;voquent La Borde : les palabres ne sont pas sans &#233;voquer certaines discussions interminables du club, et surtout la dimension de l'accueil est pr&#233;sente &#224; chaque instant, inscrite dans la tradition, alors que sa pr&#233;servation dans un lieu de soins n&#233;cessite une vigilance et un travail continuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, d&#232;s qu'un &#233;tranger arrive au village, il est install&#233; confortablement dans un fauteuil, et tous les villageois viennent le saluer ; &#224; La Borde quand un nouveau pensionnaire arrive, il est pr&#233;sent&#233; &#224; l'ensemble des &#171; villageois &#187; de la clinique lors de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale hebdomadaire du club.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au village, l'&#233;tranger est log&#233; chez un habitant qui devient son tuteur et qui est charg&#233; d'assurer un accompagnement tout au long de son s&#233;jour. C'est-&#224;-dire de l'initier aux r&#232;gles de la vie du village (rituel de salutations, rituel des danses, etc.) mais aussi de pr&#233;venir tous ses besoins afin qu'il se sente le plus &#224; l'aise possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A La Borde, gr&#226;ce au Comit&#233; d'accueil, un petit groupe de pensionnaires est charg&#233; d'expliquer &#224; tout nouvel arrivant, les rouages de la clinique (&#171; rituel &#187; des repas, &#171; rituel &#187; de la prise de m&#233;dicaments&#8230;) et de lui indiquer les diff&#233;rents lieux qui peuvent lui &#234;tre utiles (t&#233;l&#233;phone, lingerie, etc.) Mais cette dimension d'accompagnement tend &#224; s'&#233;puiser rapidement tant au niveau des pensionnaires qu'au niveau des soignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le projet d'un voyage avec des pensionnaires nous apparaissait pouvoir &#234;tre un riche enseignement par rapport &#224; cette dimension de l'accueil o&#249; les villageois avaient bien des choses &#224; nous apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la premi&#232;re difficult&#233; dans la r&#233;alisation de ce voyage tenait au fait que les&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;villageois de Trinl&#233; Diapleu n'arrivaient pas &#224; se repr&#233;senter ce que pouvait &#234;tre la clinique de La Borde. L'id&#233;e nous vint alors d'inviter un villagois, C&#233;sar, &#224; passer quelques mois &#224; la clinique afin qu'il puisse lui-m&#234;me s'initier &#224; la psychiatrie et faire un compte-rendu aux villageois d&#232;s son retour. Durant son s&#233;jour de trois mois &#224; la clinique, l'adaptation de C&#233;sar s'est faite de fa&#231;on surprenante. Les nombreuses activit&#233;s institutionnelles auxquelles il a particip&#233; ont permis que certains pensionnaires manifestent le d&#233;sir d'aller voir, d'aller vivre dans son village qui est aussi celui de Michel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les indications d'un tel voyage se sont pos&#233;es &#224; partir de &#171; greffes de transfert &#187; qui se sont &#233;tablies autour de ce projet entre les pensionnaires et C&#233;sar, mais aussi vis-&#224;-vis de deux soignants qui travaillaient &#224; la r&#233;alisation de ce projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faciliter la r&#233;alisation de ce projet, C&#233;sar a pu aussi nous &#233;clairer sur certains points. Par exemple, le village de Trinl&#233; Diapleu est de structure traditionnelle c'est-&#224;-dire qu'il est divis&#233; en quartiers, chaque quartier constituant une famille &#233;largie. Dans chaque quartier, il y a une vingtaine de familles ayant chacune deux, trois ou quatre cases, selon le nombre de femmes que le p&#232;re de famille a &#233;pous&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ce groupe de sept personnes, deux soignants et cinq pensionnaires va-t-il &#234;tre log&#233; dans le village ? D'apr&#232;s C&#233;sar, la premi&#232;re tendance des villageois va &#234;tre de placer chacune des personnes dans une famille et dans des quartiers diff&#233;rents, afin qu'il n'y ait pas trop de rivalit&#233;s entre chaque quartier. Mais le village est assez grand, il y a plus de mille habitants, de plus il est constitu&#233; par la fusion de deux villages Trinl&#233;, village d'en haut et Diapleu, village d'en bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;sar &#233;tant de Trinl&#233;, sa venue en France a d&#233;j&#224; fait des jaloux dans le village de Diapleu. Comment, sans l'aide de C&#233;sar, sans rien savoir de l'existence de ces risques de conflits, aurions-nous pu aller au village sans que cela n'entra&#238;ne des r&#233;percussions difficiles &#224; pr&#233;ciser chez les pensionnaires ? De plus, il nous semblait tr&#232;s dangereux de placer certains de nos pensionnaires d&#232;s leur arriv&#233;e dans une famille d'accueil qui ne les connaissait pas et ne se repr&#233;sentait pas du tout ce que pouvait &#234;tre un sujet psychotique ; le d&#233;paysement pouvait de plus &#234;tre source d'angoisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait donc absolument que C&#233;sar connaisse d&#233;j&#224; chacun des pensionnaire et appr&#233;cie l'intensit&#233; de leur pathologie. Que d&#233;j&#224;, avant m&#234;me que nous arrivions au village, il nous devance et pr&#233;pare le terrain. Ce n'&#233;tait pas l'accueil d'&#233;trangers &#171; ordinaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ayant d&#233;termin&#233; quels seraient les pensionnaires qui partiraient au village, nous avons mis au point une strat&#233;gie d'accueil. Pour deux d'entre eux, Philippe et Yvo, il paraissait impossible de les h&#233;berger dans une famille d'accueil, il fallait que les soignants qui les accompagneraient assurent une pr&#233;sence jour et nuit, vue l'importance, au moins pour l'un d'eux, du risque d'intrusion permanent que repr&#233;sentait toute personne &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc d&#233;cid&#233; qu'il fallait constituer une sorte de &#171; famille &#187;, c'est-&#224;-dire que nous aurions un lieu g&#233;ographique, une grande case o&#249; Philippe, Yvo et Ren&#233; (accompagnateur) logeraient, et o&#249; tout le monde prendrait ses repas. Les trois autres pensionnaires, Eric, Jean-Claude, Janine pouvant loger dans des familles, mais &#224; proximit&#233; de notre quartier g&#233;n&#233;ral, &#224; l'exception de Jean-Claude, seul pensionnaire non-psychotique qui pourrait &#234;tre plus ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;sar retourne au village un mois avant que nous n'arrivions. Il est charg&#233; de mettre en place ce plan d'accueil et de trouver pour chacun des pensionnaires un villageois qui assurera l'accompagnement tout au long du s&#233;jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;jour &#224; Trinl&#233; Diapleu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;sar avait pr&#233;par&#233; pour ces &#233;trangers particuliers un accueil extraordinaire. Lors de palabres au village avant notre arriv&#233;e, tout un travail institutionnel avait &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;. Par exemple, sachant que l'on devait rester vingt et un jours, les villageois avaient d&#233;cid&#233; que, chaque jour, une famille diff&#233;rente nous pr&#233;parerait les repas. Par ailleurs, pour chaque pensionnaire, un accompagnateur avait &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; en tenant compte des conseils de C&#233;sar qui connaissait personnellement chacun des pensionnaires. Janine, Eric et Jean-Claude logent dans une case individuelle au sein d'une famille d'accueil &#224; laquelle appartient leur &#171; tuteur &#187;. Philippe et Yvo, les plus fragiles, logent avec Ren&#233; dans une case &#171; en dur &#187; (construction en parpaing ayant plusieurs pi&#232;ces). Cette petite maison &#233;tant notre point de rassemblement, nous prenons tous en commun (pensionnaires, soignants, accompagnateurs et invit&#233;s) les trois repas quotidiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du repas de midi, nous &#233;crivons les impressions des pensionnaires dans un journal de bord et d&#233;terminons les projets de chacun pour l'apr&#232;s-midi. Par exemple : Philippe, Ren&#233; et un villageois vont aller visiter un campement &#224; deux kilom&#232;tres du village ; Eric et Gamba, son accompagnateur, vont passer la journ&#233;e &#224; Logouale, petit village &#224; proximit&#233; ; Janine et Madeleine, son accompagnatrice, vont assister &#224; des cours &#224; l'&#233;cole ; Yvo, Jean-Claude et l'un de nous allons faire des courses &#224; Man.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de faire un r&#233;sum&#233; rapide d'un tel s&#233;jour car, chaque jour, il se passait tellement de choses !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant Ren&#233;, qui a l'exp&#233;rience des &#171; voyages th&#233;rapeutiques &#187; plus classiques, est tr&#232;s surpris de la facilit&#233; avec laquelle se passe le s&#233;jour, il ne ressent pas lourdeur et angoisse que la vie 24 heures sur 24 avec des schizophr&#232;nes peut entra&#238;ner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est remarquable, c'est l'absence de clinophilie, de retrait, d'isolement de tous ces pensionnaires qui sont sans cesse pris dans un mouvement et participent &#224; des activit&#233;s fort diverses (promenades, courses, danses, spectacles de lutte traditionnelle, football, piscine, palabres&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la prise en charge de chacun des pensionnaires est multitransf&#233;rentielle, elle ne repose pas seulement sur Ren&#233; et nous-m&#234;mes, mais avant tout sur les accompagnateurs et d'autres villageois avec lesquels des sympathies se sont &#233;tablies. Philippe notera que l'accompagnement des pensionnaires &#233;tait bien mieux assur&#233; &#224; Trinl&#233; Diapleu qu'&#224; La Borde : &#171; Il n'y a pas de trou, il y a toujours un bruit de fond, &#231;a donnait comme une ossature. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au retour, nous avons senti avec Ren&#233; la n&#233;cessit&#233; d'assurer un passage, une transition entre le village et la clinique, afin que le voyage ne devienne pas seulement un &#233;v&#233;nement ponctuel dont les effets seraient vite &#233;puis&#233;s. Nous avons donc d'abord institu&#233; une r&#233;union hebdomadaire o&#249; des pensionnaires pourraient venir interviewer les voyageurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, pour parler encore de ce voyage, nous avons transform&#233; apr&#232;s discussion avec les voyageurs, cette r&#233;union en un atelier de r&#233;daction d'une brochure. Durant trois mois, des r&#233;unions hebdomadaires nous ont permis, &#224; partir du journal de bord et du reportage photographique, d'&#233;laborer un Feuilleton en noir et blanc qui raconte le voyage &#224; Trinl&#233; Diapleu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;flexions sur cette exp&#233;rience&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux qualit&#233;s de base d'un soignant sont la vigilance et la disponibilit&#233;. Les villageois qui assuraient la fonction d'accompagnement avaient sans aucun doute et sans aucune formation particuli&#232;re, ces deux qualit&#233;s. Ils ont assur&#233; tout au long du s&#233;jour une continuit&#233; dans la prise en charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette qualit&#233; d'accueil a permis &#224; ces sujets psychotiques de se sentir &#224; l'aise, ce qui au niveau de la clinique a &#233;t&#233; tout &#224; fait rep&#233;rable. En effet, pour chacun d'eux, une nette diminution de sympt&#244;mes parano&#239;des a eu pour effet la possibilit&#233; de vraies rencontres. Pour qu'il y ait rencontre avec un sujet psychotique, cela n&#233;cessite une certaine qualit&#233; de pr&#233;sence, un certain &#171; espace &#187; et aussi une certaine ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La qualit&#233; de pr&#233;sence des villageois traditionnels, si l'on se r&#233;f&#232;re &#224; Ortigues (&#339;dipe africain. Edition Lharmattan, 1984), c'est la &#171; participation contemplative &#187; : pr&#233;sence dans le retrait. Il met cela en rapport avec une structuration diff&#233;rente des &#233;laborations au stade anal qui apparaissent dans la vie sociale (le cadeau, les rituels magiques) beaucoup plus que dans les fantasmes. C'est-&#224;-dire qu'&#224; un certain niveau, le Surmoi chez l'Africain traditionnel, n'est pas structur&#233; de la m&#234;me mani&#232;re que chez l'Occidental. La m&#233;tabolisation de l'agressivit&#233; issue de la relation duelle m&#232;re-enfant est plus pr&#233;cocement m&#233;diatis&#233;e par le groupe social. L'agressivit&#233; n'est pas compl&#232;tement int&#233;rioris&#233;e, elle sert, gr&#226;ce &#224; la loi du groupe, de lien social, elle place l'individu dans l'&#234;tre pour le groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rivalit&#233; entre individus est en r&#233;alit&#233; d&#233;plac&#233;e vers une solidarit&#233;. Alors que dans la soci&#233;t&#233; occidentale, l'individu seul face &#224; son agressivit&#233; la d&#233;place dans la comp&#233;titivit&#233; qui est un renforcement du narcissisme et des comportements sado-masochistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette qualit&#233; particuli&#232;re de pr&#233;sence des Africains traditionnels &#233;voque ce que Jean Oury nomme le para&#238;tre du retrait : un mode de pr&#233;sence qui est &#224; la fois un point de surgissement et de retrait, et qui permet au sujet psychotique d'&#234;tre-avec l'autre car cela respecte toute sa probl&#233;matique &#224; dialectiser sa probl&#233;matique du proche et le lointain. La pr&#233;sence de l'autre n'&#233;tant pas intrusive et respectant sa singularit&#233;, il peut &#233;tablir un contact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace qui permet qu'il y ait rencontre est un espace cod&#233; par une certaine qualit&#233; d'ambiance o&#249; le sujet psychotique &#233;gar&#233; peut s'arr&#234;ter, trouver une certaine jach&#232;re, une certaine tranquillit&#233; : on peut le rapprocher de l'espace transitionnel de Winnicott. Par exemple, chez Yvo, schizophr&#232;ne avec une pr&#233;dominance du trouble du contact au sens szondien, c'est-&#224;-dire dans un registre psychotpathique ce n'est pas un trouble au niveau de la continuit&#233; de l'existence, mais plut&#244;t c'est la mise en forme primordiale de l'existence qui est touch&#233;e. Il y a une sorte de fusion entre lui et le monde, entre lui et la m&#232;re comme s'il n'y avait pas eu d'espace transitionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A La Borde, le fait qu'il soit dans une sorte d'imm&#233;diatet&#233;, d'impulsivit&#233; (&#171; Je veux ceci &#187;) avec risque continuel de passage &#224; l'acte, d&#233;veloppe contre sa toute-puissance chez de nombreux soignants un contre-transfert agressif et rejetant. Au village de Trinl&#233; au contraire, il devient pour les villageois une sorte de mascotte ; pour eux, c'est l'enfant du groupe. Ainsi, il est tr&#232;s vite &#224; l'aise, il peut circuler, aller et venir en toute tranquillit&#233; car il est toujours bien accueilli. Une femme africaine va m&#234;me l'&#171; adopter &#187; et l'appeler &#171; mon fils &#187;. Le village a tenu lieu pour Yvo d'espace transitionnel, d'espace de jeu comme peut le d&#233;finir Gisela Pankov : &#171; (&#8230;) C'est-&#224;-dire cet espace non-&#233;rotique entre la symbiose et la s&#233;paration. &#187; (Image du corps et Objet transitionnel. RFP, 1976, tome 2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dimension de l'ambiance dans son articulation avec la rencontre et avec l'accueil met en question une certaine qualit&#233; de pr&#233;sence mais aussi un certain mode de sentir, de ressentir : c'est la dimension pathique au sens ph&#233;nom&#233;nologique : &#171; Le pathique appartient justement &#224; l'&#233;tat du v&#233;cu le plus originaire&#8230; il est lui-m&#234;me la communication imm&#233;diatement pr&#233;sente, intuitive, sensible, encore pr&#233;conceptuelle, que nous avons avec les ph&#233;nom&#232;nes. &#187; Henri Maldiney (Regard, parole, espace. Editions de l'Age d'homme, 1973).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sentir, ce ressentir permet d'appr&#233;cier la singularit&#233; du sujet psychotique, de ne pas &#234;tre intrusif, de respecter son opacit&#233; et de faire qu'il puisse &#234;tre avec l'autre. C'est au niveau de cet &#234;tre-avec l'autre que l'on peut parler de rencontre. Nous pouvons dire qu'au village, il y a eu rencontre entre des villageois et des pensionnaires. C'est au travers de cette rencontre comme nous avons pu la d&#233;finir qu'il y a mise en place de &#171; greffe de transfert &#187;. Philippe, par exemple, insiste beaucoup pour que Mahmo son accompagnateur vienne &#224; La Borde en tant que &#171; sp&#233;cialiste de la fonction d'accueil &#187;, il lui &#233;crit r&#233;guli&#232;rement et nous en parle souvent. Pour Philippe, Mahmo c'est quelqu'un qui compte. Il est vrai que la qualit&#233; de pr&#233;sence de Mahmo, pr&#233;sident du Comit&#233; Cuigon est exceptionnelle. Janine s'&#233;tonnait qu'avant qu'elle ait eu le temps de demander de l'ananas, Mahmo le lui avait d&#233;j&#224; coup&#233; et servi. V&#233;ritable magicien, il apparaissait quand l'un de nous avait besoin de quelque chose puis il se fondait dans le village. Au-del&#224; de cette le&#231;on d'accueil, l'int&#233;r&#234;t de cette exp&#233;rience, r&#233;side dans l'institutionnalisation de ce projet, l'institutionnalisation qui est peut-&#234;tre la trame m&#234;me de l'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce voyage n'a pas &#233;t&#233; qu'un moment pour les participants, puisqu'il s'int&#233;grait dans une structure pr&#233;&#233;xistante, l'association La Borde-Ivoire, et qui a &#233;t&#233; suivi pendant au moins trois mois par des r&#233;unions r&#233;guli&#232;res du groupe (r&#233;unions dont le pr&#233;texte a &#233;t&#233; la r&#233;daction du Feuilleton en noir et blanc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, ce feuilleton n'est pas l'affaire de ceux qui l'ont effectu&#233; : l'association La Borde-Ivoire tient des r&#233;unions r&#233;guli&#232;res. Si chacun des voyageurs conna&#238;t ses correspondants, d'autres pensionnaires ont des correspondants qu'ils ne connaissent pas, mais que, peut-&#234;tre un jour, ils iront voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet &#171; greffe de transfert &#187; de l'association d&#233;borde largement le petit groupe de ceux qui sont all&#233;s au village. C'est dans ce sens que La Borde-Ivoire est une institution (au sens d'Oury) parmi d'autres, support d'&#233;changes, de paroles et d'&#233;bauches de fantasmes. De plus, la constitution &#171; paritaire &#187; de l'association permet un remaniement des statuts et des fonction, des r&#244;les et des personnes. Nombreux sont les soignants qui r&#234;vent ussi d'aller &#224; Trinl&#233; Diapleu&#8230; ou d'y retourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gisela Pankov. Image du corps et Objet transitionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tome 2, 1976, RFP, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Maldiney. Regard, Parole, Espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1973, Editions de l'Age d'Homme, Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Oury. S&#233;minaires non publi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Association culturelle de la clinique de La Borde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M.-C. Ortigues et E. Ortigues. Oedipe africain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1984, Editions de Lharmattan, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Tosquelles. Education et Psychoth&#233;rapie institutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Collection P.I., 1984, Hiatus &#233;ditions, Paris.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Existence personnelle et institution social-historique</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?249-existence-personnelle-et</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?249-existence-personnelle-et</guid>
		<dc:date>2009-09-27T14:22:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>Linguistique</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;EXISTENCE PERSONNELLE ET INSTITUTION SOCIAL-HISTORIQUE : UNE REFLEXION A PARTIR DE C. CASTORIADIS. Par CATERINA REA Introduction &#171; L'institution pr&#233;suppose l'institution ; elle ne peut exister que si des individus fabriqu&#233;s par elle la font exister. Ce cercle primitif est le cercle de la cr&#233;ation &#187;.1 C'est par cette figure paradoxale, mais irr&#233;ductible &#224; une circularit&#233; vicieuse, que C. Castoriadis nous invite &#224; penser l'articulation des individualit&#233;s et de leur insertion dans un (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-41-linguistique-+" rel="tag"&gt;Linguistique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;EXISTENCE PERSONNELLE ET INSTITUTION SOCIAL-HISTORIQUE : UNE REFLEXION A PARTIR DE C. CASTORIADIS.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par CATERINA REA&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'institution pr&#233;suppose l'institution ; elle ne peut exister que si des individus fabriqu&#233;s par elle la font exister. Ce cercle primitif est le cercle de la cr&#233;ation &#187;.1 C'est par cette figure paradoxale, mais irr&#233;ductible &#224; une circularit&#233; vicieuse, que C. Castoriadis nous invite &#224; penser l'articulation des individualit&#233;s et de leur insertion dans un monde social et culturel. Figure paradoxale donc car elle se base sur la pr&#233;supposition d'une condition sociale, d'une appartenance &#224; la trame collective qui, en tant qu'auto-cr&#233;ation, se pr&#233;suppose toujours elle-m&#234;me. Or, ce n'est que dans ce cercle que nous pensons et que nous sommes, que nous nous trouvons toujours d&#233;j&#224;. Ceci signifie qu'il n'y a pas de point de vue de surplomb, de pens&#233;e d&#233;racin&#233;e et qui ne soit pas quelque part 'contamin&#233;e' par des significations socialement institu&#233;es. Mais ceci veut dire surtout qu'il n'y a pas d'individu pr&#233;alablement isol&#233;, qui pourrait se constituer comme un sujet absolu, imm&#233;diat et d&#232;s lors externe &#224; tout lien &#224; tout lien social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La perspective de notre analyse sera celle d'une ph&#233;nom&#233;nologie de l'insertion culturelle et sociale visant &#224; saisir, dans le processus m&#234;me de la socialisation, le moment g&#233;n&#233;tique de tout &#234;tre personnel. La notion fondamentale que nous essayerons de mettre &#224; l'&#339;uvre est celle d'institution en tant que dynamisme formateur qui nous permet de concevoir l'articulation voire l'entrelacement du plan individuel et public. Outre &#224; la pens&#233;e castoriadienne du cercle de la cr&#233;ation et de l'inh&#233;rence social-historique, nous faisons r&#233;f&#233;rence ici &#224; la philosophie de l'institution de Merleau-Ponty telle qu'il la d&#233;veloppe dans ses cours de 1954-19552. Merleau-Ponty pr&#233;sente en effet l'institution comme la tension qui structure les formes de notre existence. C'est en elle et par elle que les &#233;v&#233;nements multiples de notre exp&#233;rience font sens et donnent lieu &#224; une histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La f&#233;condit&#233; de cette d&#233;marche consiste dans la mise au point d'une telle notion autant dans la compr&#233;hension de l'existence individuelle formant une &#171; histoire personnelle &#187; que dans l'articulation des &#233;v&#233;nements &#171; ouvrant un champs historique qui a unit&#233; &#187;3. Une telle notion permet ainsi d'articuler et d'entrelacer les deux plans, de les tenir ensemble en montrant leur caract&#232;re ins&#233;parable. Aucune coupure entre institution priv&#233;e et publique &#034;4 - affirme clairement Merleau-Ponty dans ses notes de cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans cette direction, nous devons distinguer deux conceptions de l'individualit&#233; : l'une comme existence priv&#233;e et solitaire, pr&#233;tendument capable de se poss&#233;der imm&#233;diatement, de disposer d'elle-m&#234;me en tant qu'&#234;tre isol&#233; et d&#233;tach&#233; de toute appartenance socio-historique, l'autre comme individu social et dynamique qui ne peut, en revanche, se d&#233;velopper qu'en s'articulant avec le mouvement d'une histoire collective et culturelle au sein de laquelle des significations et des valeurs ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; institu&#233;es. C'est bien entendu vers ce deuxi&#232;me sens que l'analyse de l'institution nous conduit. &#171; L'individu (les individus) est institution, institution une fois pour toutes et institution &#224; chaque fois autre dans les diff&#233;rentes soci&#233;t&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'homme s'ins&#232;re ainsi dans l'horizon de la &#171; polis &#187;, dans l'institution culturelle et collective en dehors de laquelle il ne peut pas s'appara&#238;tre ni parvenir &#224; soi-m&#234;me. Penser le rapport qui lie individu et soci&#233;t&#233; selon cette circularit&#233; productive et cr&#233;atrice signifie concevoir la trame de l'institu&#233; dans laquelle nous sommes ins&#233;r&#233;s en tant que condition originairement plurielle de l'homme, &#224; la fois comme l'expression et pr&#233;suppos&#233; de tout espace proprement social. L'entrelacement de l'institution d&#233;gage l'aspect praxique et l'interaction du plan individuel et public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans ces pages, nous essayerons d'articuler la lecture ph&#233;nom&#233;nologique du processus d'institution et de l'insertion collective avec ses implications anthropologiques envisageant les diff&#233;rentes modalit&#233;s d'appartenance culturelle et sociale. Le maintient de cette tension nous permet de r&#233;v&#233;ler, dans toute formation historique, le caract&#232;re intrins&#232;que du dynamisme de l'auto-alt&#233;ration en soulignant pourtant le fait de son occultation aupr&#232;s de la plupart des soci&#233;t&#233;s donn&#233;es. Au-del&#224; d'une telle tendance, il s'agit ici de d&#233;gager la composante critique et instituante par laquelle une formation socio-culturelle parvient &#224; mettre en question l'exclusivit&#233; de sa propre auto-r&#233;f&#233;rence et &#224; rompre la cl&#244;ture qui la renferme dans l'ordre &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une telle perspective nous permettra peut-&#234;tre un regard critique sur notre &#233;poque et sur le ph&#233;nom&#232;ne de la globalisation qui la caract&#233;rise. Ce ph&#233;nom&#232;ne, complexe et difficilement d&#233;finissable, semble souvent se traduire dans &#171; le renversement de cette formation d&#233;termin&#233;e de l'individu social et de l'espace public &#187;5. On assiste ainsi au &#171; triomphe du priv&#233; &#187;6 qui, en soustrayant l'individu de son existence proprement sociale, le situe dans la multitude a-historique et homog&#233;n&#233;isant du Syst&#232;me global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 1. L'entrelacement de l'institution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En tant qu'il est d&#233;j&#224; fa&#231;onn&#233; par l'institution sociale, l'homme - tout homme individuel - est lui-m&#234;me institution, &#171; un fragment ambulant &#187;7 de celle-ci. Un tel constat appara&#238;t ici comme intrins&#232;que &#224; la structure du cercle de la cr&#233;ation par lequel la trame collective et plurielle de l'institution se pr&#233;suppose toujours elle-m&#234;me. De cette pr&#233;supposition de la socialit&#233; &#224; son instauration t&#233;moigne la structure du langage, forme exemplaire de l'institution. &#171; Qu'est-ce qui signifie que nous avons derri&#232;re nous l'institution ? Je ne pourrais pas dire ce que je dis, s'il n'avait pas d&#233;j&#224; &#233;t&#233; institu&#233; un rapport entre nous qui s'inscrit dans le champ relationnel. Je parle dans ce champ (...). Le langage que nous utilisons a &#233;t&#233; produit, en partie, derri&#232;re nous, nous parlons dans le langage, habitons le langage qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; institu&#233; &#187;8. C'est donc dans son caract&#232;re actif et praxique que la cr&#233;ation sociale pr&#233;c&#232;de elle-m&#234;me et le champ relationnel au sein duquel tout individualit&#233; se trouve d&#233;j&#224; ins&#233;r&#233;e. Par ce devancement structurel, le cercle de l'institution d&#233;gage l'interp&#233;n&#233;tration du plan singulier et du plan collectif - pourtant jamais r&#233;ductibles l'un &#224; l'autre - formant la trame originairement et intrins&#232;quement plurielle de la condition humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est bien dans ce sens qu'il faut entendre l'affirmation castoriadienne selon laquelle la cr&#233;ation historique et sociale est bien une cr&#233;ation ex nihilo, mais non pas in nihilo ou cum nihilo, car la production du nouveau et le caract&#232;re in&#233;dit de l'espace public de la polis dispose d&#233;j&#224; du mat&#233;riel qu'elle-m&#234;me ne cesse pourtant de produire. Or, il &#171; s'agit bien d'un cercle mais qui n'est pas vicieux car c'est le cercle de la cr&#233;ation historique. Les politai grecs ont-ils cr&#233;&#233; la polis, ou la polis les politai ? Cette question est absurde pr&#233;cis&#233;ment parce que la polis ne peut avoir &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e que par l'action d'&#234;tres humains qui &#233;taient, pour la m&#234;me raison, en train de se transformer en politai &#187;9. Le 'en train de' du dynamisme formateur montre que la production de la sph&#232;re sociale - de ce que Castoriadis appelle le collectif anonyme - s'enracine et renvoie aux individus qui la composent et qui la font &#234;tre par leur activit&#233; collective et instituante. Encore une fois donc l'institution pr&#233;suppose l'institution et la cr&#233;ation pr&#233;suppose la cr&#233;ation. Elle ne s'op&#232;re en effet qu'en s'incarnant dans les individus sociaux et dans des &#171; significations disponibles &#187; qui sont d&#233;j&#224; collectivement institu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est dans ce sens que nous pouvons conclure que l'individu est institution : il s'agit d'approfondir cette th&#232;se pour en expliciter toutes les implications, mais aussi pour en r&#233;v&#233;ler les limites internes qui emp&#234;chent d&#232;s lors la sph&#232;re publique de se muer en une sph&#232;re omni-englobante et homog&#232;ne qui r&#233;sorberait et annihilerait la pluralit&#233; individuelle. Comment expliquer d&#232;s lors cette trame et rendre compte de son entrelacement ? Nous soulignons &#224; ce propos que l'individu est lui-m&#234;me le porteur d'une histoire personnelle, d'un processus de reprise et de formation de soi. Dans cette direction, Merleau-Ponty remarque dans ses notes de cours que &#171; la personne elle-m&#234;me [doit &#234;tre] comprise comme institution, non comme conscience de... &#187;10 et que c'est &#224; partir d'une telle structure que - loin de s'opposer &#224; l'institution historique et collective - elle s'y ins&#232;re et l'habite activement par la m&#233;diation d'un r&#233;seau symbolique de renvois. L'individu est donc dynamisme se faisant et s'instituant par son propre agir, par sa capacit&#233; praxique en interaction constante et structurelle avec un monde socialement institu&#233; qui, &#224; son tour, le fa&#231;onne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans un texte consacr&#233; &#224; Merleau-Ponty Castoriadis lie la figure de l'individu originairement socialis&#233;, fabriqu&#233; par l'institution avec l'id&#233;e d'une institution individuelle. Celle-ci est comprise comme la reprise incessante de toute son existence, de l'ensemble de son exp&#233;rience, jusqu'&#224; son &#233;tayage : &#171; toute son histoire, sa pens&#233;e, sa langue, son sexe, son monde - bref, son 'institution personnelle', si nous osons nous permettre cette expression &#187;11. Cette histoire singuli&#232;re qui appara&#238;t comme profond&#233;ment enracin&#233;e et entrelac&#233;e avec &#171; l'institution social-historique qui (...) fait exister chacun comme individu &#187;12. Dans l'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, Castoriadis s'efforce d&#233;j&#224; d'entrelacer le plan individuel et le plan collectif. Contre toute perspective solipsiste, voire contre ce qu'il appelle l' &#171; &#233;gologie insurmontable &#187;13 de la philosophie h&#233;rit&#233;e, il saisit la gen&#232;se du sens et l'&#233;mergence perceptive au point de croisement de l'histoire subjective et de la trame sociale d&#233;j&#224; partag&#233;e. &#171; Cette &#233;mergence de la perception et de la chose dans l'histoire du sujet ne peut jamais &#234;tre pens&#233;e uniquement dans la perspective psychog&#233;n&#233;tique - ou plus g&#233;n&#233;ralement, idiog&#233;n&#233;tique, comme production, cr&#233;ation, maturation, d&#233;couverte de ou par un sujet propre et singulier (idion) (...). L'&#233;mergence de la perception et de la chose ne peut &#234;tre pens&#233;e que dans une perspective sociog&#233;n&#233;tique ou koinog&#233;n&#233;tique (koinos, commun, partag&#233;) &#187;14, donc comme r&#233;f&#233;rence et insertion dans un sens pr&#233;suppos&#233; et publiquement &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Penser le th&#232;me de l'institution signifie d&#232;s lors concevoir l'existence singuli&#232;re comme activit&#233;, capacit&#233; praxique et pouvoir formateur visant le monde dans lequel il s'ins&#232;re comme la trame s&#233;diment&#233;e et ouverte d'un sens toujours &#224; faire. C'est ainsi que l'activit&#233; instituante donne forme &#224; l'interaction de l'homme et du monde. Une telle r&#233;flexion nous conduit ainsi Castoriadis vers une prise en compte de l'imaginaire comme le signe et le trait de la condition humaine permettant d'articuler les deux dimensions de l'institution : imaginaire collectif &#224; la fois cr&#233;ateur et d&#233;positaire des significations culturelles et social-historiques et l'imagination de la psych&#233; singuli&#232;re fa&#231;onn&#233;e, voire partiellement socialis&#233;e par le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ici se d&#233;gage pourtant la limite intrins&#232;que de la socialisation qui garde l'irr&#233;ductibilit&#233; de la sph&#232;re singuli&#232;re au collectif : le caract&#232;re pr&#233;-social de la monade psychique, noyau profond et imp&#233;n&#233;trable de toute individualit&#233;. C'est dans ce sens que le rapport de l'existence personnelle et de la dimension sociale maintient sa tension f&#233;conde et par l&#224; un &#233;cart dans l'entrelacement des deux plans. Le relief de cette limite de la socialisation concernant la psych&#233; comme le fond naturel de l'individualit&#233; institu&#233;e ne conteste d'ailleurs pas la figure du cercle et de la cr&#233;ativit&#233; socio-culturelle. L'&#233;cart et le d&#233;phasage de la singularit&#233; psychique &#224; l'&#233;gard du social-historique appara&#238;t, en revanche, comme ce qui permet et rend possible la constante alt&#233;ration de celui-ci en laissant toujours ouvert et inachev&#233; le champ praxique et dynamique de l'institution et toute cr&#233;ation culturelle, sociale voire politique. Or, c'est seulement par une telle tension constante et irr&#233;ductible entre les deux plans que l'espace collectif garde son caract&#232;re pluriel et multiple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En effet, dans leur noyau singulier, les individualit&#233;s ne sont pas r&#233;sorb&#233;es ni compl&#232;tement plaqu&#233;es sur la sph&#232;re collective. Ici r&#233;side la possibilit&#233; d'une prise de distance des individus vis-&#224;-vis de l'institution qui les a fabriqu&#233;s et qu'&#224; leur tour ils ne cessent de fa&#231;onner et alt&#233;rer. Encore une fois, la rupture et le changement op&#233;rant dans l'&#233;cart du singulier et de l'institu&#233; et ouvrant la production nouvelle du sens s'accomplissent au sein du cercle de cr&#233;ation. &#171; Cette rupture implique que ces m&#234;mes individus qui ont &#233;t&#233; fabriqu&#233;s par leur soci&#233;t&#233;, qui en sont les fragments ambulants, ont pu se changer essentiellement, ont pu se cr&#233;er les moyens de mettre en cause et en question les institutions dont ils avaient h&#233;rit&#233;, les institutions de la soci&#233;t&#233;s qui les avaient form&#233;s eux-m&#234;mes - ce qui est all&#233; de pair avec un changement essentiel de tout le champ social institu&#233; &#187;15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 2. La tension de l'instituant et de l'institu&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans cet enchev&#234;trement de l'institution personnelle avec le processus d'une histoire collective semble se situer l'&#233;mergence du ph&#233;nom&#232;ne culturel, son expression et son &#233;volution. Histoire, culture et soci&#233;t&#233; fa&#231;onnent les &#234;tres humains qui &#224; leur tour fa&#231;onnent ces dimensions et les transforment. Or, l'affirmation de l'insertion dans un espace public et pluriel appara&#238;t irr&#233;ductible &#224; la pure identification avec la concr&#233;tion de l'institu&#233;, &#224; l'adh&#233;sion &#224; un ordre &#233;tabli et &#224; la structure de sa r&#233;p&#233;tition. Il s'agit alors de penser cette appartenance &#224; la sph&#232;re socio-culturelle diff&#233;remment de la simple identification a-probl&#233;matique et passive aux formes donn&#233;es de l'institution dans lesquelles elle risque pourtant toujours de glisser. Toute stabilit&#233; de la soci&#233;t&#233; donn&#233;e exige ainsi la r&#233;f&#233;rence au dynamisme qui la fait &#234;tre et qui la tient en vie. L'institution se pr&#233;sente d&#232;s lors comme un processus toujours ouvert et comme la tension de deux moments jamais co&#239;ncidant et r&#233;ductibles l'un &#224; l'autre. C'est ainsi qu'elle articule sans cesse l'institu&#233;, c'est-&#224;-dire des s&#233;dimentations de significations ou des normes &#233;tablies au fil d'une histoire qui nous pr&#233;c&#232;de, et l'instituant, le pouvoir proprement formateur gr&#226;ce auquel seul l'institution peut ouvrir un advenir, &#233;voluer, se d&#233;velopper, voire poser des significations nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans la figure de ce d&#233;calage qui marque la temporalit&#233; intrins&#232;que de ce dynamisme nous retrouvons le propos merleau-pontien des notes de cours de 1954. &#171; On entendait par institution ces &#233;v&#233;nements d'une exp&#233;rience qui la dotent de dimensions durables par rapport auxquelles toute une s&#233;ries d'autres exp&#233;riences aurons sens, formeront une suite pensable ou une histoire - ou encore ces &#233;v&#233;nements qui d&#233;posent en moi un sens non pas &#224; titre de survivance et de r&#233;sidu, mais comme appel &#224; une suite, exigence d'un avenir &#187;16. Reprise et d&#233;passement sont les moments fondamentaux de ce dynamisme : la pr&#233;supposition d'une sens d&#233;j&#224; disponible, &#171; l'institution comme &#233;tablissement &#187;17, contient - pour le dire avec C. Lefort - &#171; la possibilit&#233; de la r&#233;activation de la force instituante &#187;18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'entrelacement de l'individuel et de la trame collective que nous avons essay&#233; d&#232;s le d&#233;but de tenir ensemble au sein du cercle de la cr&#233;ation implique ainsi la tension de l'instituant et de l'institu&#233;, tension qu'&#224; tout moment traverse et anime la co-p&#233;n&#233;tration des deux sph&#232;res. Si en effet toute relation de l'individu &#224; l'espace social et collectif, toute coexistence des hommes investit et pr&#233;suppose le rythme de l'institution, celle-ci ne se traduit gu&#232;re dans la mat&#233;rialisation des &#339;uvres accomplies. Dans cette direction, il &#171; ne peut pas &#234;tre question (...) d'une soci&#233;t&#233; qui co&#239;nciderait int&#233;gralement avec ses institutions, qui serait extr&#234;mement recouverte, sans exc&#232;s (...). Il y a toujours distance entre la soci&#233;t&#233; instituante et ce qui est, &#224; chaque moment, institu&#233; - et cette distance n'est pas un n&#233;gatif ou un d&#233;ficit, elle est une des expressions de la cr&#233;ativit&#233; de l'histoire, ce qui l'emp&#234;che de se figer &#224; jamais dans la 'forme enfin trouv&#233;e' des rapports sociaux et des activit&#233;s humaines, ce qui fait que la soci&#233;t&#233; contient toujours plus que ce qu'elle pr&#233;sente &#187;19. Cet exc&#232;s et cette distance que l'institution ouvre en son sein s'expriment dans la capacit&#233; r&#233;flexive et auto-critique qui seul rendent possible la praxis et inter-action continuelle des individus et de l'espace collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si du point de vue ph&#233;nom&#233;nologique de l'analyse de l'institution et de l'insertion sociale les deux moments apparaissent ins&#233;parables, une telle articulation est le plus souvent oubli&#233;e, cach&#233;e, voire refoul&#233;e dans le processus concret de la formation identitaire des soci&#233;t&#233;s et leurs rep&#232;res imaginaires et culturels. Ici se manifeste l'ambigu&#239;t&#233; intrins&#232;que au cercle de la cr&#233;ation dont la cl&#244;ture, essentielle &#224; son caract&#232;re circulaire et auto-institu&#233;, est toujours sur le point d'oublier et de recouvrir le dynamisme et le d&#233;phasage qui l'habite. Ce dynamisme est celui de l'histoire travaillant et alt&#233;rant toute soci&#233;t&#233; qui &#224; son tour le fa&#231;onne. Dans ce sens, remarque Castoriadis, l' &#171; histoire humaine est cr&#233;ation ; ce qui veut dire que l'institution de la soci&#233;t&#233; est toujours auto-institution, mais auto-institution qui ne se sait pas comme telle et ne vaut pas se savoir comme telle &#187;20. En dehors de la prise en compte de sa dimension praxique, active et formatrice, l'institution tend &#224; se figer dans la pr&#233;tention de co&#239;ncider pleinement avec l'ordre &#233;tabli, &#224; s'identifier avec elle-m&#234;me de mani&#232;re passive et a-critque. La cl&#244;ture devient ainsi cl&#244;ture de sens, repli sur les croyances partag&#233;es voire refus de tout contact avec la diff&#233;rence, avec tout ce qui, de l'int&#233;rieur avant m&#234;me que de l'ext&#233;rieur, la questionne et l'alt&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une telle tentation est celle des soci&#233;t&#233;s closes qui absolutisent leur identit&#233; en dissolvant tout espace v&#233;ritablement pluriel et relationnel dans l'unit&#233; pr&#233;tendument homog&#232;ne d'une adh&#233;sion totale et intense aux significations culturelles qui leurs sont propres. Une telle structure finit ainsi par r&#233;sorber la tension f&#233;conde et cr&#233;atrice de l'existence individuelle et du champ collectif qui seul permet de d&#233;ployer la r&#233;flexivit&#233; et la capacit&#233; auto-critique et d'ouvrir un pouvoir proprement instituant. Or, si au sein du cercle de la cr&#233;ation, la socialisation s'av&#232;re comme une structure anthropologique ind&#233;passable et qu'elle exige une certaine participation aux formes collectivement fa&#231;onn&#233;es, toute r&#233;alit&#233; sociale n'est pourtant pas &#233;quivalente. Le type de socialisation que nous avons essay&#233; jusqu'ici de d&#233;velopper reconna&#238;t le caract&#232;re intimement pluriel de l'espace public, &#224; savoir l'activit&#233; questionnante, critique qui rend possible l'auto-institution, la tension cr&#233;atrice qui se relance soi-m&#234;me et sans cesse s'alt&#232;re. Une telle structure ne serait concevable que comme tension entre le p&#244;le singulier et le social qui s'interp&#233;n&#232;trent, s'enchev&#234;trent sans jamais pour autant s'identifier ni fusionner. &#171; Seulement si nous pensons le multiple, le pluriel en tant que 'coexistence originaire de diversit&#233; irr&#233;ductibles' nous pouvons penser la cr&#233;ation sociale des significations comme absolument non r&#233;f&#233;r&#233;e &#224; un sujet, comme production d'un collectif anonyme, pluriel &#224; plusieurs voix, comme un ch&#339;ur non r&#233;ductible &#224; un sujet unique, et nous pouvons penser aussi (&#224; c&#244;t&#233; de ce collectif pluriel, en tant que champ relationnel) l'individu comme sujet non r&#233;ductible &#187; 21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est donc l'ambigu&#239;t&#233; m&#234;me du cercle de la cr&#233;ation qui semble poser ici une limite &#224; la socialisation, en ouvrant ainsi l'&#233;cart &#171; qui constitue l'autonomie individuelle &#187;22 et par l&#224; aussi celle du collectif. Or, le mouvement vers l'autonomie, noyau fondamental de la pens&#233;e castoriadienne, ne peut trouver en effet de r&#233;ponse &#171; que simultan&#233;ment au plan collectif et au plan individuel &#187;23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'insertion ou l'inh&#233;rence socio-historique exige d&#232;s lors constamment l'effort critique et r&#233;flexif afin que l'institution ne soit pas p&#233;trifi&#233;e ou fig&#233;e dans les cristallisations de l'institu&#233;. C'est dans cette direction que Castoriadis souligne la &#171; d&#233;hiscence interne &#187;24 &#224; toute soci&#233;t&#233; critique qui la rend capable de prendre distance &#224; l'&#233;gard d'elle-m&#234;me voire de retrouver la force instituante de la collectivit&#233;. Or, sans une telle d&#233;marche, sans une telle alt&#233;ration constante de soi, non seulement il n'y aurait plus d'espace pour la cr&#233;ativit&#233; et la productivit&#233; du nouveau, mais non plus pour une v&#233;ritable coexistence avec une alt&#233;rit&#233;. &#171; C'est pourquoi le mouvement vers la reconnaissance de cette alt&#233;rit&#233; essentielle commence en m&#234;me temps et avec les m&#234;mes motivations profondes que le mouvement vers la rupture de la cl&#244;ture de la signification, c'est-&#224;-dire vers la mise en question de l'institution donn&#233;e de la soci&#233;t&#233; &#187;25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La soci&#233;t&#233; critique et autonome reconna&#238;t d&#232;s lors le caract&#232;re non absolu des significations qu'elle institue. De m&#234;me, elle n'avance pas la pr&#233;tention de s'y identifier de mani&#232;re imm&#233;diate et pleine en niant par l&#224; tout ce qui lui serait diff&#233;rent. Castoriadis exclue ainsi que tout rapport r&#233;flexif &#224; l'&#233;gard des significations imaginaires sociales se comprenne selon les cat&#233;gories de la n&#233;cessit&#233; et de la contingence. Une telle alternative finirait en effet par figer ce rapport entre une cl&#244;ture radicale et solipsiste, exaltation narcissique de sa propre sp&#233;cificit&#233; renferm&#233;e sur elle-m&#234;me, et un relativisme qui dissoudrait toute trame sociale et toute insertion proprement r&#233;fl&#233;chie et donc instituante et cr&#233;atrice. Or, &#171; l'id&#233;e que les significations sociales sont, dans leur &#234;tre ainsi d&#233;fini, n&#233;cessaires est all&#233;e de pair, historiquement, avec l'&#233;quivalent d'un solipsisme social-historique : (...) notre soci&#233;t&#233; est la seule vraie ou soci&#233;t&#233; par excellence, les autres ne sont pas vraiment, sont moins, sont dans les limbes, sont en attendant d'&#234;tre - d'&#233;vang&#233;lisation. De m&#234;me, l'id&#233;e que les significations sociales sont simplement contingentes semble bien &#224; la base de la d&#233;composition progressive du tissu social dans le monde contemporain &#187;26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le cercle de la cr&#233;ation semble impliquer d&#232;s lors un &#233;quilibre difficile : la rupture de la cl&#244;ture de signification qui inaugure la mise en question de notre institution en ouvrant par l&#224; la compr&#233;hension des autres et de leurs modes d'&#234;tre n'impose pas pour autant de sauter au-dessus de cette institution ou de l'abandonner, car ce n'est au fond qu'en elle et par elle que la d&#233;marche critique est n&#233;e et devenue possible. La lutte contre la x&#233;nophobie et contre toute haine de l'autre, ne se traduit jamais, pour Castoriadis, dans la relativisation de ce qu'il d&#233;finit, en revanche, comme &#171; le seul projet politique d&#233;fendable, le projet de la libert&#233; universelle &#187;27, &#224; savoir celui d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique et autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Toute soci&#233;t&#233;, toute formation historique est structurellement travers&#233;e par le dynamisme de son institution, c'est-&#224;-dire par la temporalit&#233; du changement et de la productivit&#233; du nouveau. D&#232;s l'origine, elle est d&#233;calage &#224; l'&#233;gard de soi, d&#233;doublement de l'instituant et de l'institu&#233;, donc, auto-alt&#233;ration au sein du cercle de la cr&#233;ation. Etre origine de soi, &#234;tre autonome n'entra&#238;ne pas l'homog&#233;n&#233;it&#233; d'une identit&#233; uniforme et ressaisie, mais la non-co&#239;ncidence, l'&#233;cart voire la pr&#233;sence d'une diff&#233;renciation intrins&#232;que et constitutive. &#171; L'origine, la cause, le fondement de la soci&#233;t&#233; est la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, comme soci&#233;t&#233; instituante ... &#187;28. Cette reconnaissance implique la capacit&#233; de &#171; se voir comme cr&#233;ation, source de son institution, possibilit&#233; toujours pr&#233;sente d'alt&#233;ration de cette institution ; se conna&#238;tre comme toujours plus et toujours aussi autre chose que ce qu'elle est &#187;29. Reconnaissance donc que son identit&#233; n'est jamais pure ni imm&#233;diatement saisissable. En tant qu'institution, l'origine du social se soustrait ainsi au mythe de la puret&#233; et de la possession directe, qui pr&#233;tendraient la figer dans la forme d'une unit&#233; organique et substantielle, immuable et par l&#224; insurmontable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 3. Refus de l'institution et fixation identitaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est pr&#233;cis&#233;ment une telle 'logique' refusant l'&#233;change et toute alt&#233;ration qui est &#224; la base de toute forme de nationalisme, de fondamentalisme mobilisant des appartenances, des groupes et des communaut&#233;s qui se veulent naturels et qui rejettent, excluent ou r&#233;duisent toute alt&#233;rit&#233;. Le dit clairement aussi la philosophe 'yougoslave' Rada Ivekovi&#230; dans un texte consacr&#233; au drame des Balkans. &#171; L'id&#233;al nationaliste, fondamentaliste et communaliste, c'est de ne pas avoir &#224; passer par l'autre (...) pour atteindre son origine ; c'est-&#224;-dire pour na&#238;tre par soi-m&#234;me et en isolement complet. C'est un autisme social-historique... &#187;30 qui, par le rejet de tout rapport constitutif avec un autre que soi, refuse la figure dynamique et plurielle de l'espace collectif, son alt&#233;ration continuelle, bref toute distance critique et r&#233;flexive &#224; l'&#233;gard de l'institu&#233;. R. Ivekovi&#230; utilise ainsi la cat&#233;gorie d'autisme pour indiquer la fixation monadique de l'identit&#233; qui m&#233;conna&#238;t son alt&#233;ration originaire, l'enchev&#234;trement constitutif du propre et de l'&#233;trange marquant le dynamisme et le changement qu'intimement la traverse. C'est ainsi que l'&#171; uniformit&#233; requise par l'adh&#233;sion sans exception au groupe (...), &#224; la communaut&#233;, &#224; la tribu signifie aussi qu'on ne reconna&#238;t pas le temps &#187;31 en tant que forme de l'institution et de son alt&#233;ration perp&#233;tuelle. L'immobilit&#233; et l'unit&#233; s'exprimant dans la pure reproduction de l'identique an&#233;antissent l'entrelacement actif et instituteur des individus et du social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La n&#233;gation du temps est n&#233;gation de dynamisme historique qui soumet toute soci&#233;t&#233; au changement. Mais elle traduit aussi la pr&#233;tention &#224; l'imm&#233;diatet&#233;, &#224; la possession solitaire et exclusive de son identit&#233; aliment&#233;e par le mythe d'une origine commune, d'une source naturellement partag&#233;e. R. Ivekovi&#230; parle &#224; ce propos de r&#233;gression &#224; l'instance parentale pour indiquer la fuite, le refuge dans l'unit&#233; pr&#233;sum&#233;e et rassurante d'une naissance commune, de l'appartenance aux liens de sang, entra&#238;nant la tentation de s'accrocher de mani&#232;re totale, organique et close &#224; son enracinement identitaire. Cette r&#233;gression au lieu parental qui fantasme &#171; l'identification avec la figure national-paternelle &#187;, est &#224; la base de toute attitude nationaliste qui fl&#233;trit et dissout tout espace collectif. Ici le social n'est pas en effet le champ pratique et actif de l'auto-institution, mais l'homog&#233;n&#233;it&#233; statique et totalisante d'une communaut&#233; qui se veut naturellement fond&#233;e et qui fixe le r&#233;cit de son pass&#233; pour en faire le repaire rassurant de son propre futur. &#171; Le r&#233;cit de l'origine, qui renoue avec le mythe, la nature (le droit naturel), l'irrationnel, joue un r&#244;le de fondation. Dans cette narration, o&#249; l'on ne fait plus appel aujourd'hui &#224; l'universel (...), le pass&#233; fictif et reconstruit passe pour du futur certain et promis, c'est-&#224;-dire pour l'id&#233;al &#224; poursuivre &#187;32. Toute identification et toute auto-reconnaissance collective est ici bas&#233;e sur la revendication particulariste et violente de sa propre relation avec l'origine partag&#233;e et exclusive de toute autre diff&#233;rence. C'est ainsi que l'apologie des diff&#233;rences, aujourd'hui &#224; la mode, finit souvent par se tourner en son contraire, en l'exaltation nationaliste et par l&#224; narcissique de sa propre diff&#233;rence, pure et non m&#233;diatis&#233;e par aucune r&#233;f&#233;rence &#233;trang&#232;re. &#171; D&#232;s que l'on fige la diff&#233;rence, elle devient mod&#232;le policier, et se transforme en son oppos&#233; &#187;33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce n'est pas pourtant ici la situation des Balkans, mais plus largement celle d'un monde de plus en plus travers&#233; par la restriction de tout espace v&#233;ritablement public, instituant et collectivement responsable. Un monde o&#249; l'instance sociale semble de plus en plus s'associer aux revendications particularistes et identitaires en dissolvant le n&#339;ud praxique de la coexistence plurielle. Les pouss&#233;es particularistes et le repli individuel vont de pair avec un processus de d&#233;historicisation qui soustrait les individus &#224; l'alt&#233;ration de la r&#233;alit&#233; social-historique pour les inscrire dans la sph&#232;re immuable et homog&#232;ne du syst&#232;me global. Tout en nivelant les diff&#233;rences et en proposant un mod&#232;le unique et mondialis&#233;, la globalisation ne semble pas pour autant nous mettre &#224; l'abri des tensions et des revendications identitaires. Un tel ph&#233;nom&#232;ne, li&#233; &#224; l'effritement de du social, appara&#238;t ici beaucoup plus complexe et ambigu. L'homog&#233;n&#233;isation &#233;conomique, qui s'incarne dans &#171; un march&#233; gigantesque de comp&#233;tition, est constamment travers&#233; par la prolif&#233;ration de brisures profondes et de conflits insanables. Au-del&#224; de faciliter l'appui aux tentations autoritaires, ceci entra&#238;ne in&#233;vitablement la brisure de la soci&#233;t&#233; globale. Celle-ci tend d&#233;cid&#233;ment &#224; la d&#233;territorialisation. Par cons&#233;quence, les liens concrets de la socialisation s'affaiblissent &#187;34. L'image serait ici celle d'un monde global et morcel&#233; domin&#233; par la m&#233;connaissance de l'institution comme processus de m&#233;diation du particulier et de l'universel, &#224; savoir comme m&#233;diation de toute appartenance social-historique qui se voudrait pr&#233;tendument autrement comme imm&#233;diate et directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Contre toute revendication d'imm&#233;diatet&#233;, contre toute pr&#233;tention de la possession directe et pleine d'une origine pure, garantie pr&#233;sum&#233;e d'un ordre homog&#232;ne et immuable, nous avons essay&#233; de faire appel &#224; la figure de l'institution, d'une cr&#233;ativit&#233; capable de conjuguer dans et par la praxis r&#233;flexive la dimension collective et individuelle sans les r&#233;sorber ni les assimiler l'une &#224; l'autre. Une telle d&#233;marche nous a r&#233;v&#233;l&#233; le caract&#232;re pluriel du social, constamment travers&#233; par son alt&#233;ration, voire par l'entrelacement structurel et originaire du propre et de l'&#233;trange. De cet enchev&#234;trement t&#233;moigne aussi la pens&#233;e de B. Waldenfels. Sur la ligne de Merleau-Ponty, le philosophe allemand remarque en effet que &#171; le propre et l'&#233;trange sont entrelac&#233;s l'un avec l'autre : ils forment (...) une comp&#233;n&#233;tration r&#233;ciproque (Ineinander), ne sont jamais compl&#232;tement congruents ni compl&#232;tement non congruents. D&#232;s le d&#233;but, il n'y a pas d'&#233;tat de puret&#233;, mais un m&#233;lange &#187;35. L'exp&#233;rience de l'&#233;trange commence d&#232;s lors bien d&#233;j&#224; au c&#339;ur de soi-m&#234;me : toute confrontation interculturelle et d'intergroupes implique et exige la d&#233;couverte d'une &#233;tranget&#233; intraculturelle et d'intra-groupe. Toujours sur la ligne de Merleau-Ponty, Waldenfels identifie au sein de toute culture une zone sauvage indiquant ce qui, dans le propre, demeure partiellement insaisissable, inassimilable ou non identifiable avec les confins qui nous d&#233;finissent. &#171; Comme Merleau-Ponty le constate, ici se manifeste une ''r&#233;gion sauvage'' &#224; l'int&#233;rieur de sa propre culture, une tache blanche, gr&#226;ce &#224; laquelle nous nous trouvons en contact avec d'autres cultures &#233;trang&#232;res. On est hors de soi, car on est pas compl&#232;tement en soi &#187;36. Dans cette direction, Waldenfels affirme que sa ph&#233;nom&#233;nologie de l'extran&#233;it&#233; comporte &#224; tout moment une remise en question de tout sens constitu&#233;, de la trame des r&#232;gles en vigueur et qu'elle met en place &#171; une forme de d&#233;calage dans le champ commun, une co&#239;ncidence contemporaine &#224; une non-co&#239;ncidence... &#187;37. Ici se dessine la figure d'une alt&#233;ration &#224; l'&#233;gard de soi en tant qu'extran&#233;it&#233; constitutive et structurelle au propre et &#224; son identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Reconna&#238;tre l'origine mixte ou l'entrelacement originaire c'est aussi reconna&#238;tre le caract&#232;re auto-institu&#233; et par l&#224; jamais immuable ni d&#233;finitif de tout ordre social. C'est &#224; une telle conclusion que l'analyse du cercle de la cr&#233;ation nous a conduit. A l'origine, il y a institution, cr&#233;ation d'un ordre social-historique &#224; partir de l'&#233;trange, le pas de sens qui est sans cesse appel et surgissement de sa production. L'originaire incarne ici encore une fois le d&#233;phasage entre l'institu&#233; et l'instituant au sein duquel se r&#233;v&#232;le le pr&#233;suppos&#233;, marquant le caract&#232;re incomplet et inachev&#233; de toute d&#233;termination pr&#233;sente. Comme le remarque Waldenfels, la cr&#233;ation social-historique est - pour Castoriadis - radicale, mais non pas pour autant absolue, ce qui laisse toujours ouvert l'&#233;cart et l'espace pour toute r&#233;-cr&#233;ation, pour le changement et le renouvellement du dynamisme auto-instituteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or, accepter le fait que l'on n'est soi-m&#234;me, que l'on ne forme sa propre identit&#233; sans passer par la m&#233;diation de l'autre, accepter l'entrelacement originaire du propre et de l'&#233;trange constitue l'un de grands d&#233;fis que, selon B. Waldenfels et R. Ivekovi&#230;, outre que Castoriadis, attendent toute culture et toute soci&#233;t&#233; de notre &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous serions renvoy&#233; ici encore une fois au ph&#233;nom&#232;ne de la globalisation et &#224; l'ambigu&#239;t&#233; qui la caract&#233;rise. Elle semble offrir un espace universel qui, en d&#233;passant les particularismes, permet d'accourcir les distances langagi&#232;res ou culturelles. On souligne souvent &#224; ce propos que la globalisation ouvre de nouvelles possibilit&#233;s &#171; de dialogue et permet des capacit&#233;s tr&#232;s singuli&#232;res d'entente &#187;38. Cet &#171; universalisme in&#233;dit &#187;39 que la modernit&#233; tardive a r&#233;alis&#233;, &#171; impose une rupture des confins qui s&#233;parent les collectivit&#233;s traditionnelles &#187;40 et refuse la tendance des groupes locaux et sectaires &#224; se renfermer en eux-m&#234;mes. N&#233;anmoins, le syst&#232;me global est-il v&#233;ritablement &#224; m&#234;me de fournir un tissu connectif nouveau, le lieu de d&#233;ploiement d'une coop&#233;ration et praxis collective ? Une r&#233;ponse nette &#224; une telle question n'est certes pas facile comme du reste ne l'est la d&#233;finition de ce ph&#233;nom&#232;ne complexe, ambigu et &#224; plusieurs facettes. Celui-ci appara&#238;t en effet comme irr&#233;ductible &#224; la seule perspective qui en fait la voie certaine de sortie de tout isolement et de tout repli sectaire, l'instrument permettant une convergence des traditions et des cultures. Dans sa version &#233;conomique, la globalisation appara&#238;t en m&#234;me temps comme l'expression de la reproduction et de la r&#233;p&#233;tition de l'identique entra&#238;nant une homog&#233;n&#233;isation culturelle et sociale incapable de rendre raison de la richesse du devenir historique. Ce nouveau Syst&#232;me uniformis&#233; risque d'entra&#238;ner une privatisation progressive du monde mena&#231;ant tout espace de socialisation, tout champ concret d'une praxis critique et proprement cr&#233;atrice. Castoriadis d&#233;nonce &#224; ce propos le lien cach&#233; qui unit la crise de l'institution &#224; l'&#226;ge de la globalisation avec l'explosion r&#233;cente de la haine identitaire et nationaliste. &#171; La dissolution, dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes, de presque toutes les instances de collectivit&#233;s interm&#233;diaires signifiantes, et par l&#224; des possibilit&#233;s d'identification alternative pour les individus, a certainement eu pour effet une crispation identificatoire sur les unit&#233;s 'religion', 'nation' ou 'race' (...). La situation n'est pas essentiellement diff&#233;rent dans les soci&#233;t&#233;s non europ&#233;ennes qui subissent de plein fouet le choc de l'invasion de la modernit&#233; et donc de la pulv&#233;risation de leur repaires identificatoires traditionnels, et r&#233;agissent par un surcro&#238;t de fanatisme religieux et/ou national &#187;41.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La globalisation demeure ainsi un ph&#233;nom&#232;ne ambigu : derri&#232;re son programme universaliste, faisant appel au r&#233;seau commun et apparemment conciliateur, elle cache son visage fragment&#233;, travers&#233; par des tensions et des divisions nouvelles. Ce processus va, en effet, de pair avec la restriction de l'espace public, se pliant aux imp&#233;ratifs de l'&#233;conomie, et avec l'effritement du social-historique, la perte de la dimension temporelle comme condition du changement et de l'auto-alt&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or, si comme le pense encore Castoriadis, l'&#233;poque de la globalisation appara&#238;t comme l'&#233;poque de la privatisation et du triomphe d'individualit&#233;s atomis&#233;es, simplement contigu&#235;s dans &#171; un patchwork de collage &#187;42, si elle incarne l'&#233;poque du &#171; conformisme g&#233;n&#233;ralis&#233; &#187;43 se traduisant dans la d&#233;rive du social, une telle d&#233;rive ne saurait pourtant pas co&#239;ncider pas avec un destin in&#233;luctable ni supplanter gu&#232;re le projet d'&#233;mancipation et d'autonomie qui, d'un bout &#224; l'autre, ne cesse d'animer la pens&#233;e castoriadienne. Irr&#233;ductible &#224; une d&#233;bouch&#233; n&#233;cessaire, ce projet conjugue l'effort constant d'une difficile libert&#233; et celui d'une praxis cr&#233;atrice exigeant aujourd'hui plus que jadis une nouvelle &#171; cr&#233;ation qui mettrait au centre de la vie humaine d'autres significations que l'expansion de la production et de la consommation, qui poserait des objets de vie diff&#233;rents pouvant &#234;tre reconnus par les &#234;tres humains comme valant la peine &#187;44.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1 C. CASTORIADIS, Domaines de l'homme, Seuil, Paris, 1977, &#233;d. poche, p.460.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 M. MERLEAU-PONTY, L'institution. La passivit&#233;. Notes de cours au Coll&#232;ge de France (1954-1955), Belin, Paris, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Ibidem, p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Ibidem, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 P. BARCELLONA, La strategia dell'anima, Citt&#224; Aperta, Enna, 2003, p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Idem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 C. CASTORIADIS, Figures du pensable. Les carrefours du labyrinthe VI, Seuil, Paris, 1999, p. 116.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 P. BARCELLONA, La strategia dell'anima, Citta Aperta, Enna, 2003, p. 127.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 C. CASTORIADIS, Figures du pensable. Les carrefours du labyrinthe VI, ibidem,, p. 139.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 M. MERLEAU-PONTY, L'institution. La passivit&#233;. Notes de cours au Coll&#232;ge de France, ibidem, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 C. CASTORIADIS, Fait et &#224; faire. Les carrefours du labyrinthe V, Seuil, Paris, 1997, p. 174.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Idem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 C. CASTORIADIS, L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, Seuil, Paris, 1975, &#233;d. de poche, p. 485.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 Idem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 C. CASTORIADIS, Figures du pensable. Les carrefours du labyrinthe VI, ibidem, 117.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 M. MERLEAU-PONTY, L'institution. La passivit&#233;. Notes de cours au Coll&#232;ge de France, ibidem, p. 124.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 C. LEFORT, Pr&#233;face &#224; L'institution. La passivit&#233;. Notes de cours au Coll&#232;ge de France, ibidem, p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 idem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 C. CASTORIADIS, L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, ibidem, p. 169.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 C. CASTORIADIS, La mont&#233;e de l'insignifiance. Les carrefours du labyrinthe IV, Seuil, Paris, 1996, p. 99.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 P. BARCELLONA, La strategia dell'anima, ibidem, p. 127-128.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 Ibidem, p. 63.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 C. CASTORIADIS, Domaine de l'homme, ibidem, p. 479.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 C. CASTORIADIS, Les figures du pensable. Les carrefours du labyrinthe VI, p. 194.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 Ibidem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 C. CASTORIADIS, Domaines de l'homme, p. 480.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 C. CASTORIADIS, Les figures du pensable. Les carrefours du labyrinthe VI, p. 196.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 C. CASTORIADIS, Domaines de l'homme, ibidem, p. 476.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 Idem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 R. IVEKOVIC, &#171; Le faux langage du vrai sacrifice &#187;, dans Gu&#233;rir de la guerre et juger la paix, l'Harmattan, Paris, 1998, pp. 33-44, p. 38.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 Ibidem, p. 39.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32 Ibidem, p. 40.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33 Ibidem, P : 35.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34 F. CIARAMELLI, La distruzione del desiderio. Il narcisismo nell'epoca del consumo di massa, Dedalo, Bari, 2000, p. 10. Je donne ici ma propre traduction fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35 B. WALDENFELS, Fenomenologia dell'estraneit&#224;, traduction italienne par G. Baptist, Vivarium, Naples, 2002, p. 103. Je donne ici ma propre traduction fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36 Ibidem, p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37 Ibidem, p. 98.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38 G. JERVIS, Contro il relativismo, Laterza, Bari, 2005, p. 105. Je donne ici ma propre traduction fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39 Idem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40 Idem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41 C. CASTORIADIS, Figures du pensable. Les carrefours du labyrinthe VI, ibidem, p. 195.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42 C. CASTORIADIS, La mont&#233;e de l'insignifiance. Les carrefours du labyrinthe IV, ibidem, p. 134.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;43 Idem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;44 Ibidem, p. 95.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;BIBLIOGRAPHIE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. Barcellona, La strategia dell'anima, Citt&#224; Aperta, Enna, 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis, L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, Seuil, Paris, 1975, &#233;d. de poche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis, Domaines de l'homme. Les carrefours du labyrinthe II, Seuil, Paris, 1977, &#233;d. de poche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis, La mont&#233;e de l'insignifiance. Les carrefours du labyrinthe IV, Seuil, Paris, 1996&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire. Les carrefours du labyrinthe V, Seuil, Paris, 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis, Les figures du pensable. Les carrefours du labyrinthe VI, Seuil, Paris, 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Ciaramelli, La distruzione del desiderio. Il narcisismo nell'epoca del consumo di massa, Dedalo, Bari, 2000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. Ivekovi&#230;, &#171; Le faux langage du vrai sacrifice &#187;, dans Gu&#233;rir de la guerre et juger la paix, l'Harmattan, Paris, 1998, pp. 33-44&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G. Jervis, Contro il relativismo, Laterza, Bari, 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Merleau-Ponty, L'institution. La passivit&#233;. Notes de cours au Coll&#232;ge de France, Belin, Paris, 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Waldenfels, Fenomenologia dell'estraneit&#224;, a cura di G. Baptist, Vivarium, Naples, 2002&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; C'est pire que si il n'y avait rien... &#187; </title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?296-C-est-pire-que-si-il-n-y-avait</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?296-C-est-pire-que-si-il-n-y-avait</guid>
		<dc:date>2009-09-09T11:52:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cup&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>Lib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>Elmansour Sofia</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article publi&#233; dans La Revue Du Mauss n&#176;28, second semestre 2006 ; &#171; Penser la crise de l'&#233;cole &#187; Je traite ici d'une exp&#233;rience dans une classe relais, qui se dit &#233;cole &#171; diff&#233;rente &#187;, situ&#233;e en ZEP, dans une banlieue sensible. J'ai pass&#233; dans cette &#233;cole un peu plus d'un an en tant que professeur. Avant de d&#233;crocher comme mon pr&#233;d&#233;cesseur&#8230; [1] Le double objectif de re-scolarisation / socialisation assign&#233; &#224; cette classe relais [2], &#233;choue lamentablement ; elle reproduit, &#224; petite (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-8-pedagogie-+" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-32-recuperation-+" rel="tag"&gt;R&#233;cup&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-286-Elmansour-Sofia-+" rel="tag"&gt;Elmansour Sofia&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article publi&#233; dans La Revue Du Mauss n&#176;28, second semestre 2006 ; &#171; Penser la crise de l'&#233;cole &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je traite ici d'une exp&#233;rience dans une classe relais, qui se dit &#233;cole &#171; &lt;i&gt;diff&#233;rente&lt;/i&gt; &#187;, situ&#233;e en ZEP, dans une banlieue sensible. J'ai pass&#233; dans cette &#233;cole un peu plus d'un an en tant que professeur. Avant de d&#233;crocher comme mon pr&#233;d&#233;cesseur&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; pendant un arr&#234;t maladie qui se prolongea jusqu'&#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le double objectif de re-scolarisation / socialisation assign&#233; &#224; cette classe relais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les classes relais naissent au d&#233;but des ann&#233;es 90 dans le cadre des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;choue lamentablement ; elle reproduit, &#224; petite &#233;chelle, les processus d'exclusion cens&#233;s &#234;tre combattus et renforce un peu plus les d&#233;terministes sociaux des jeunes d&#233;crocheurs. Oscillant entre d&#233;magogie et rigidit&#233;, l'&#233;quipe p&#233;dagogique dans sa totalit&#233; a renonc&#233; &#224; concevoir une authentique rencontre avec ces jeunes &lt;i&gt;anti-scolaires &lt;/i&gt;(Lapassade, 1993) qu'elle est cens&#233;e encadrer et r&#233;concilier avec le savoir. Des jeunes qui, bien souvent apr&#232;s avoir fait le tour des quelques &lt;i&gt;gadgets&lt;/i&gt; de l'&#233;cole, la quittent, n'y trouvant finalement rien de bien diff&#233;rent avec ce qu'ils ont connu jusque l&#224;. Lucides certains d'entre eux se d&#233;tourneront rapidement de cette farce, d'autres plus r&#233;sign&#233;s apr&#232;s avoir fait leur &lt;i&gt;mea culpa&lt;/i&gt; (Le Goff, 1999), auront (enfin&#8230;) appris &#224; se taire face &#224; ceux qui Savent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des atteintes symboliques port&#233;es &#224; l'institution (vols, d&#233;gradations) aux atteintes physiques et verbales des personnes (insultes, agressions physiques, menaces...), en passant par la d&#233;motivation et l'absent&#233;isme, on retrouve ici les m&#234;mes sympt&#244;mes criant d'une &#233;cole malade, largement d&#233;crite, analys&#233;e depuis plus d'une trentaine d'ann&#233;es (Oury, Pain, 1971). Ici, je croyais pouvoir trouver un lieu o&#249; s'articulent &#233;laboration de la Loi commune et construction des collectifs qui la vivent. C'est pour moi l'enjeu majeur de notre d&#233;mocratie, qu'expriment les probl&#232;mes de l'enseignement aujourd'hui (&#171; probl&#232;mes d'autorit&#233; &#187;, &#171; discipline &#187;, &#171; savoir-vivre &#187;, etc.&#8230;) et qui ne rencontrent sauf exception de v&#233;ritables volont&#233;s p&#233;dagogiques. C'&#233;tait le d&#233;fi relev&#233; par la p&#233;dagogie institutionnelle, dont cette &#233;cole se r&#233;clamait, que je pratique depuis quelques ann&#233;es, et dont je connais bien les fondements th&#233;oriques. J'&#233;tais &#233;galement familiaris&#233;e avec le milieu d'implantation de l'&#233;cole pour y avoir v&#233;cu et travaill&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au cours de mon parcours dans l'animation et en parall&#232;le &#224; mes &#233;tudes en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des comp&#233;tences connues de tous dans l'&#233;quipe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ma candidature &#224; ce poste &#233;tait accompagn&#233;e d'un dossier complet (CV, lettre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose dans un premier temps de cerner les besoins criants qui ont fond&#233; la cr&#233;ation de ces classes parall&#232;les pour voir ensuite en quoi la p&#233;dagogie institutionnelle travaille fondamentalement, depuis presque 40 ans, ces m&#234;mes besoins. Alors nous verrons comment dans la pratique cette classe relais d&#233;naturait cette approche concr&#232;te en utilisant ses outils vid&#233;s de toutes fonctions r&#233;gulatrices de la vie sociale et scolaire de l'&#233;tablissement. Pour finir, je tenterai d'&#233;lucider ce qui, dans l'histoire de l'&#233;cole et dans le fonctionnement de l'&#233;quipe, a entra&#238;n&#233; cet &#233;tat d'&#233;garement aux cons&#233;quences lourdes pour le public, le personnel et qui, plus g&#233;n&#233;ralement, porte pr&#233;judice aux initiatives qui tentent de construire des alternatives &#224; &#171; &lt;i&gt;l'&#233;cole-caserne&lt;/i&gt; &#187; qui ne soient pas des &#171; &lt;i&gt;&#233;coles&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#233;gog&#233;r&#233;es&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une classe relais pour qui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les jeunes re&#231;us dans cette &#233;cole sont issus des cit&#233;s du d&#233;partement, o&#249; certains vivent quand d'autres y sont plac&#233;s en foyer. La population de cette zone est particuli&#232;rement touch&#233;e par toutes les pr&#233;carit&#233;s possibles (emplois, papiers, logement, famille...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils seront en tout 24 &#224; passer par cette classe. Ils ont entre 15 &#224; 18 ans, la majeure partie d'entre eux est d'origine africaine (Afrique de l'Ouest, Afrique du Nord). Les &#171; &lt;i&gt;meilleurs&lt;/i&gt; &#187; scolairement ont un niveau d&#233;but 4i&#232;me (deux &#224; trois ans &#171; &lt;i&gt;de retard&lt;/i&gt; &#187;), les autres - la majorit&#233; - ont &#224; peine le niveau cinqui&#232;me. Deux ne savent pas lire et ma&#238;trisent &#224; peine l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis &#224; part quatre jeunes qui tentent de s'accrocher en BEP, CFA et 3&#232;me d'insertion, tous les autres, apr&#232;s leurs passages, resteront sur le carreau : leurs tentatives de r&#233;int&#233;gration en milieu scolaire classique ou en formation professionnelle ont rapidement &#233;chou&#233;... Ceux qui sont en &#226;ge l&#233;gal de travailler se tourneront vers la recherche d'emploi, c'est-&#224;-dire la pr&#233;carit&#233; socioprofessionnelle. Deux d'entre eux ont repris activement leur carri&#232;re dans le commerce illicite. Je pr&#233;cise que les &#233;l&#232;ves des classes relais sont prioritaires pour les affectations en CAP, BEP, et 3i&#232;me d'insertion ; cela donne lieu dans cette &#233;cole &#224; des inscriptions chaotiques, dans l'urgence de la fin de l'ann&#233;e scolaire&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#233;l&#232;ves de classes relais peuvent &#233;galement pr&#233;tendre au passage du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;. Bien des jeunes n'ont ni le niveau scolaire, ni le comportement social qu'exige leur orientation et de ce fait ils sont directement mis en situation d'&#233;chec. Situations d'&#233;checs multiples donc, pour des raisons principalement interne &#224; cette classe relais.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il [le public concern&#233;] est constitu&#233; d'&#233;l&#232;ves de coll&#232;ge, faisant parfois l'objet d'une mesure judiciaire d'assistance &#233;ducative... qui sont entr&#233;s dans un processus &#233;vident de rejet de l'institution scolaire. La plupart du temps, ce rejet prend la forme de manquements graves et r&#233;p&#233;t&#233;s au r&#232;glement int&#233;rieur, d'un comportement marqu&#233; par une forte agressivit&#233; vis &#224; vis des autres &#233;l&#232;ves ou des &#171; adultes &#187; de la communaut&#233; scolaire, d'un absent&#233;isme chronique non justifi&#233;, aboutissant &#224; des exclusions temporaires ou d&#233;finitives d'&#233;tablissements successifs&lt;/i&gt;... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;BO N&#176;25 (18 / 06 / 98).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si on peut regretter le fait que le lien entre absent&#233;isme - pr&#233;sent&#233; ici comme &#171; &lt;i&gt;non justifi&#233;&lt;/i&gt; &#187; - et rejet de l'institution scolaire ne soit pas pos&#233;, cette circulaire a le m&#233;rite de pointer clairement les difficult&#233;s majeures des &#233;l&#232;ves concern&#233;s par ces structures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part ce rejet des lois ne se limite pas au cadre scolaire (&#171; &lt;i&gt;manquement graves et r&#233;p&#233;t&#233;s au r&#232;glement int&#233;rieur &lt;/i&gt; &#187;) mais au niveau des lois sociales en g&#233;n&#233;ral (&#171; &lt;i&gt;ils font parfois l'objet de mesures judiciaires&lt;/i&gt;. &#187;). Les jeunes concern&#233;s par ces structures semblent donc pris dans une impossible soumission &#224; la Loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, pour signifier ce rejet, ces &#233;l&#232;ves mettent en oeuvre deux strat&#233;gies qui toutes deux conduisent &#224; l'exclusion de la communaut&#233; scolaire : celle de la fuite (&lt;i&gt;absent&#233;isme)&lt;/i&gt; et celle de la violence (&lt;i&gt;forte agressivit&#233;&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc face &#224; ce probl&#232;me du rejet de la Loi dans un collectif que se construisent depuis des d&#233;cennies diverses mesures cens&#233;es &#171; accrocher &#187; les jeunes dans des &#171; dynamiques &#187; collectives. C'est le cas, plus r&#233;cemment, des classes relais et des dispositifs &#171; Seconde Chance &#187; et, derni&#232;rement, des &#171; Centres Educatifs Ferm&#233;s &#187;. Deux options radicalement oppos&#233;es par leurs approches : faire respecter la Loi comme construction collective pour les premiers ou comme corset disciplinaire pour les seconds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re repose sur le postulat, partag&#233; ici, que ce qui &#233;loigne ces jeunes du syst&#232;me scolaire c'est surtout l'existence et l'application de lois injustes en son sein. Ce que ces d&#233;crocheurs attendent de l'&#233;cole c'est principalement qu'elle soit &#171; juste &#187;, c'est-&#224;-dire justifi&#233;es, explicables, &#171; rationnelles &#187;&#8230; N&#233;anmoins, ils sont impr&#233;gn&#233;s d'une envie de r&#233;ussite sociale dont les signes sont dict&#233;s par les m&#233;dias. Ils veulent donc avoir leur place dans le &#171; festin &#187; capitaliste, dont ils sont pour l'instant exclus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A la fin d'un des ateliers de relaxation que j'animais, Tarek en s'&#233;tirant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Avoir leur place, oui mais&#8230; pas &#224; n'importe quel prix, notamment pas aux prix de la n&#233;gation de soi qu'exige l'institution scolaire (Imbert, 1983) telle qu'elle existe &#171; traditionnellement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de ces &#233;coles dites diff&#233;rentes pr&#244;nent donc l'acc&#232;s &#224; l'autonomie &#224; travers un fonctionnement dit &#171; d&#233;mocratique &#187; dans lequel &#171; l'&#233;ducation &#224; la citoyennet&#233; &#187; est revendiqu&#233;e. La demande d'une &#233;cole diff&#233;rente venant des d&#233;crocheurs ouvre sur des possibles p&#233;dagogiques ambitieux mais r&#233;alisables&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Bref aper&#231;u de la P&#233;dagogie Institutionnelle&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;La p&#233;dagogie Institutionnelle (Vasquez, Oury, 1966, 1971.Ardoino, Loureau, 1994) dont on retrouve dans cette &#233;cole certains outils (Quoi de Neuf, Conseil, Journal) travaille pr&#233;cis&#233;ment l'articulation Loi / Collectif.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Cette p&#233;dagogie prolonge le travail engag&#233; par C.Freinet qui il y a plus de 50 ans mettait au centre de l'enseignement la question de la motivation et du d&#233;sir (Freinet, 1969). Il s'agissait alors de construire une communaut&#233; &#233;ducative, travaillant autour de productions d'&#233;l&#232;ves (textes, correspondances, journal, sorties, enqu&#234;tes&#8230;) en liens directs avec leur vie et leur environnement quotidien. Le &lt;i&gt;Conseil&lt;/i&gt; hebdomadaire &#233;tait une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale permettant &lt;i&gt;d'organiser la vie de la classe&lt;/i&gt;. En P&#233;dagogie Institutionnelle, il devient un lieu de r&#233;gulation des conflits, de construction de la Loi et de ses d&#233;clinaisons, o&#249; &#233;merge la parole de tous. Il se transforme, de ce fait, en dispositif &lt;i&gt;central&lt;/i&gt; autour de quoi toute la communaut&#233; s'organise.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Les lois et les r&#232;gles dans l'&#233;cole, la plupart du temps, sont construites par un &#171; ailleurs &#187; du collectif : elles sont donc &lt;i&gt;ext&#233;rieures&lt;/i&gt; au groupe cens&#233; s'y soumettre et rev&#234;tent par-l&#224; m&#234;me un caract&#232;re &#171; injuste &#187;, justifi&#233; ou non dans les faits, peu importe. Ici les lois de la classe sont respect&#233;es &lt;i&gt;parce que&lt;/i&gt; c'est la classe qui les construit, les d&#233;construit, les reconstruit continuellement, en fonction des &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;s&lt;/i&gt; du collectif. Le professeur ou l'&#233;quipe, a une fonction d'animation essentielle (et non de direction), permettant le respect, la prise en compte de la parole de tous et, par-l&#224;, installe les conditions de l'&#233;mergence du d&#233;sir de chaque individu. On peut r&#233;sumer cela ainsi : Ne rien laisser passer qui puisse me nuire et nuire &#224; la vie du groupe, la sanction / r&#233;paration &#233;tant l&#224;, si n&#233;cessaire, pour r&#233;affirmer cette loi qui permet l'existence du collectif.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Ce n'est donc pas l'effritement du pouvoir qui se joue l&#224;, mais bien la construction d'un pouvoir collectif dont l'adulte est le garant et o&#249; les d&#233;sirs les plus naturellement &lt;i&gt;d&#233;lirants&lt;/i&gt; de chacun (se prendre pour un p&#232;re, une m&#232;re, un dieu, un roi, pour les plus courants, bref quelqu'un de symboliquement tout puissant) se trouvent limit&#233;s par &lt;i&gt;l'autorit&#233; du groupe&lt;/i&gt;, et non par l'autoritarisme d'une personne qui endosserait ces m&#234;mes d&#233;sirs exaltants de puissance.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Pour accrocher le d&#233;sir de l'autre &#8211; ici du jeune - il faut soi&#8211;m&#234;me vouloir modifier les &lt;i&gt;relations de pouvoir&lt;/i&gt; dominant / domin&#233;, qui inhibent ce m&#234;me d&#233;sir.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;L'investissement dans ces espaces collectifs, implique que chacun y trouve pleinement sa place. Donner l'occasion &#224; celui qui a &#171; d&#233;croch&#233; &#187; d'occuper, au sein de l'&#233;cole, une autre place que celle classiquement attribu&#233;e de &#171; racaille &#187; o&#249; de &#171; fain&#233;ant &#187;, proc&#232;de de cette d&#233;marche. On peut multiplier les situations ou le jeune est impliqu&#233; et responsabilis&#233;, on peut instituer alors des m&#233;tiers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des m&#233;tiers qui tournent : aujourd'hui je suis cantini&#232;re, les semaines (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Freinet). Il s'agit alors de reconna&#238;tre la pr&#233;sence du jeune dans le dispositif comme acteur r&#233;el dans l'organisation de l'&#233;cole et de ses apprentissages ; c'est &#224; dire de se mettre en position d'accueillir et d'entendre ses critiques, ses conflits, ses propositions et que celles ci donnent lieu &#224; des prises de &lt;i&gt;d&#233;cisions collectives effectives&lt;/i&gt;.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'&#233;tait quoi la Loi ici ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#232;glement d&#233;j&#224; ancien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tous les documents utilis&#233;s (en possession de l'auteur) sont l'&#339;uvre des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, affich&#233; un peu partout dans l'&#233;cole (salles, couloirs...) qui comportait en tout et pour tout six r&#232;gles. Une note finale (et non une r&#232;gle) pr&#233;cisait que les autres r&#232;gles de l'&#233;cole se d&#233;cidaient &#171; &lt;i&gt;ensemble au grand conseil&lt;/i&gt; &#187;. Pourtant jamais dans les faits n'&#233;tait pos&#233; le lien majeur entre ces deux institutions centrales : r&#232;glement et conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#232;glement proposait en creux une d&#233;finition st&#233;r&#233;otyp&#233;e, &#233;manant de quelques adultes, des caract&#233;ristiques de l'&#233;l&#232;ve des cit&#233;s pas motiv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce r&#232;glement il &#233;tait suppos&#233; que : Le jeune arrivait en retard ou &#233;tait absent souvent (r&#232;gles n&#176;1 &amp; 2), qu'il avait un look banlieue dont on s'effor&#231;ait ici d'effacer tous les signes (r&#232;gle n&#176;3), qu'il n'avait pas son mat&#233;riel pour travailler (r&#232;gle n&#176;4), qu'il fumait (r&#232;gle n&#176;5), et pour finir qu'il n'&#233;tait pas digne de confiance. Alors pendant les pauses il n'&#233;tait pas dans &#171; &lt;i&gt;les salles, et les portes restaient ouvertes&lt;/i&gt; &#187; (r&#232;gle n&#176; 6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Six r&#232;gles &#224; respecter&lt;/i&gt; &#187;, effectivement c'est facile. Encore faut-il qu'elles fassent sens pour les premiers concern&#233;s. Ce qui &#233;tait loin d'&#234;tre le cas&#8230; De ce fait les &#233;l&#232;ves ne les respectaient que peu ou pas sans que jamais cela donne lieu &#224; la relecture d'un r&#232;glement qui, dans sa forme, ressemblait &#233;trangement &#224; un r&#232;glement traditionnel miniature et, dans le fond, r&#233;sumait ce qu'une &#171; racaille &#187; devait faire pour se &lt;i&gt;transformer &lt;/i&gt;en &#233;l&#232;ve id&#233;al&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On retrouve dans les termes du contrat bidon pass&#233; entre l'&#233;l&#232;ve, sa famille (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces tables de la loi, la premi&#232;re chose qui m'a frapp&#233;, c'est que rien ne marquait, rien ne rep&#233;rait la violence - toujours r&#233;actionnelle - souvent spectaculaire de ces jeunes. De ce fait, insidieusement, elle se banalisait, se renfor&#231;ait ; &#171; &lt;i&gt;ici ils ne sont pas violents, il n'y a pas de violence ici&lt;/i&gt;... &#187; - autant de positions qui marquaient l'aveuglement... Des jeunes qui se bastonnaient, un autre qui insultait un coll&#232;gue, des &#171; ca&#239;ds &#187; qui &#224; longueur de journ&#233;e se moquaient des autres identifi&#233;s comme plus faibles, une autre qui se faisait r&#233;guli&#232;rement racketter ses cigarettes ... C'&#233;tait important de remarquer et de sanctionner tous ces abus... Ils &#233;taient ici ignor&#233;s. &#171; &lt;i&gt;C'est de l'abus, il se passe des trucs de ouf [de fou NDT] et vous vous ne faites rien &lt;/i&gt; &#187; disait Yasmine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms et mati&#232;res enseign&#233;es ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&#034; id=&#034;nh9-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, victime de vol, avant de se d&#233;courager et de fuir au bout de quatre mois. Mais en face, les adultes hallucinaient le r&#233;el, l&#224; o&#249; ils ne se donnaient plus les moyens d'entendre et de penser la r&#233;alit&#233;. Ce que disait tr&#232;s bien Yasmine, c'est que ces &#171; &lt;i&gt;trucs de ouf&lt;/i&gt; &#187;, &#233;taient la cons&#233;quence des abus de l'&#233;quipe, qui par son silence permettait la violence du lieu. Ce qu'elle signalait de fa&#231;on forte c'&#233;tait tout simplement la faillite de l'autorit&#233; dans l'&#233;cole... Et &#231;a l'&#233;quipe ne voulait pas l'entendre. A partir de l&#224;, toutes les interventions dans le sens d'une reconnaissance de cette violence et de sa prise en compte dans l'organisation de l'&#233;cole, qu'elles viennent de moi ou des jeunes, &#233;taient rejet&#233;es, occult&#233;es, voire imput&#233;es &#224; une incapacit&#233; &#171; naturelle &#187; d'adaptation sociale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jeune, lors d'un entretien individuel de crise, reprochait aux adultes de l'&#233;cole &#171; &lt;i&gt;de donner la confiance&lt;/i&gt; &lt;i&gt;trop&lt;/i&gt; &lt;i&gt;vite &#187;...&lt;/i&gt; Ces r&#233;actions d'&#233;l&#232;ves, rendaient compte de leur lucidit&#233; d'une part, mais surtout signifiait l'angoisse d'adolescents qui se savaient capables de violences dans des contextes bien pr&#233;cis et qui demandaient des limites l&#224; o&#249; ils ne rencontraient qu'un magma de contraintes d&#233;cal&#233;es, inefficaces... Un air de d&#233;j&#224; v&#233;cu ailleurs. &#171; &lt;i&gt;Pire qu'ailleurs&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crira un ancien &#233;l&#232;ve&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bilan 1996/97 (Archives de l'&#233;cole).&#034; id=&#034;nh9-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Car effectivement, dans des &#233;tablissements plus classiques on se donne les moyens de poser l'arbitraire ; il existe des sanctions &#224; toute transgression du r&#232;glement int&#233;rieur. Des choix p&#233;dagogiques, certes tout &#224; fait discutables, mais au moins l&#224;, c'est tr&#232;s clair : On sait o&#249; on est&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune r&#232;gle ne r&#233;pond &#224; des besoins r&#233;els dans ce r&#232;glement. Aucune sanction (autre que le renvoi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parfois celui ci peut &#234;tre &#233;vit&#233; si le jeune accepte d'aller voir un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) n'en assure le soutient. Aucun droit, contrepartie du devoir, n'y est &#233;voqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant il y avait bien ici une institution, cens&#233;e accueillir et tenir compte des critiques et propositions autour de l'organisation de la vie &#224; l'&#233;cole : Il s'agissait du &#171; &lt;i&gt;Grand conseil&lt;/i&gt; &#187;. Comme reconnu depuis longtemps, l'adjectif r&#232;gne en ma&#238;tre l&#224; o&#249; la pens&#233;e se d&#233;robe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui avait le pouvoir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; &lt;i&gt;Grand conseil&lt;/i&gt; &#187; se d&#233;roulait en d&#233;but de semaine et durait une heure. Nous disposions d'un tableau sur lequel nous notions durant la semaine les points que nous voulions discuter. Seul un point sign&#233; par son auteur pouvait &#234;tre abord&#233;. R&#233;guli&#232;rement, ce tableau &#233;tait maltrait&#233; : certains s'amusaient &#224; y inscrire des insultes, d'autres &#224; barrer des points, d'autres encore faisaient des remarques grotesques et signaient du nom d'un autre, celui-l&#224; taguait r&#233;guli&#232;rement le nom de sa ville, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait ici, avant tout, de faire parler professeurs et &#233;l&#232;ves, sans trop se soucier de la question fondamentale du &lt;i&gt;pourquoi&lt;/i&gt; on parle et du &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt; on se parle. De fait, on &#171; &lt;i&gt;babillait&lt;/i&gt; &#187; plut&#244;t. Pourtant, un document pr&#233;cis et rigoureux fixait les modalit&#233;s de l'organisation de ce temps. Les conditions validant toute prise de d&#233;cisions en conseil &#233;taient &#233;nonc&#233;es en introduction ; le r&#244;le du pr&#233;sident ainsi que celui du secr&#233;taire &#233;taient clairement d&#233;finis ; et la sanction face aux &#233;ventuels perturbateurs de ce moment &#233;tait pos&#233;e (en th&#233;orie, le g&#234;neur pouvait &#234;tre exclu du conseil au bout de deux rappels &#224; l'ordre du pr&#233;sident). Malheureusement, l'&#233;quipe ne s'y r&#233;f&#233;rait jamais et certains inscrits arriv&#233;s en milieu d'ann&#233;e ignoraient jusqu'&#224; son existence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je d&#233;couvrais moi-m&#234;me ce r&#232;glement du conseil en milieu d'ann&#233;e en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour pouvoir &#234;tre pr&#233;sident du conseil, il fallait avoir &#233;t&#233; secr&#233;taire, c'est &#224; dire avoir produit un compte rendu de conseil. Ce qui principalement motivait le secr&#233;taire &#233;tait la perspective d'&#234;tre pr&#233;sident, c'est &#224; dire d'acqu&#233;rir une position de pouvoir proche de celle des adultes. Le seul mod&#232;le de pr&#233;sidence que ces jeunes avaient &#233;tait celui des quelques adultes ayant assum&#233; cette fonction en d&#233;but d'ann&#233;e ; Loin d'animer ce temps, ces derniers se contentaient de diriger la parole dans le sens des int&#233;r&#234;ts id&#233;ologiques de l'&#233;cole. En tant que participants, les adultes ne relevaient qu'exceptionnellement l'incomp&#233;tence et les abus de pouvoir des jeunes pr&#233;sidents. Des d&#233;rives in&#233;vitables qui n'&#233;taient absolument pas soulign&#233;s et analys&#233;s. Tel ca&#239;d, craint de tous, &#233;tait jug&#233; &#171; &lt;i&gt;bon&lt;/i&gt; &lt;i&gt;pr&#233;sident&lt;/i&gt; &#187; alors qu'il n'h&#233;sitait pas &#224; confisquer la parole &#224; ceux avec qui il &#233;tait en conflit, s'aidant de quelques insultes ou moqueries. D'autres pr&#233;sidents d&#233;bord&#233;s par des probl&#232;mes de discipline abandonnaient leur fonction en milieu de conseil. Tout cela &#233;tait compl&#232;tement tol&#233;r&#233; par les adultes, &#244;tant ainsi toute valeur p&#233;dagogique &#224; l'exercice d'un pouvoir d&#233;l&#233;gu&#233; et cadr&#233;. En adoptant une position d&#233;missionnaire dans leur fonction de facilitation de l'analyse du groupe par le groupe, l'adulte abandonnait sa fonction principale (Lapassade, 1971).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restitution des propos dans les comptes &#8211; rendus du conseil &#233;tait tout aussi artificielle : ils &#233;taient d'ailleurs produits de fa&#231;on al&#233;atoire et souvent boucl&#233;s &#224; la h&#226;te quelques minutes avant le d&#233;but du conseil. Ils &#233;taient le fruit du travail d'un adulte - celui de l'&#233;l&#232;ve se r&#233;duisant, sauf exception, &#224; sa saisie informatique. Le travail de restitution &#233;crite, d'une valeur scolaire et p&#233;dagogique importante, &#233;tait ici rendu compl&#232;tement factice tout en maintenant les apparences d'un fonctionnement d&#233;mocratique. Les jeunes ne rencontrant aucun espace d'implication autre qu'illusoire ne manifestaient que d&#233;sint&#233;r&#234;t et d&#233;motivation pour une paperasserie de plus qui ne servait &#224; rien et laissaient donc faire les adultes. Seules les d&#233;cisions de l'&#233;quipe y figuraient, &#233;tay&#233;s de quelques critiques et propositions secondaires d'&#233;l&#232;ves pour la forme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'apprenais &#224; la fin de ma premi&#232;re ann&#233;e, tous comme certains &#233;l&#232;ves, que la note d'oral de fran&#231;ais &#233;tait en partie li&#233;e &#224; la participation au conseil&#8230; Une carotte pour motiver certains &#224; se pr&#234;ter &#224; cette singerie de la parole collective. Notamment ceux dont le silence angoissait les adultes, tant il r&#233;v&#233;lait leur incomp&#233;tence &#224; faire de ce temps un moment d'&#233;change authentique : &lt;i&gt;&#171; On fait zarma [comme si, semblant], on parle, en fait on ne fait rien &#187; &lt;/i&gt;disait la jeune Rachida&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes devaient, dans le cadre du cours de sport, aller &#224; la piscine. Rachida refusait cat&#233;goriquement d'y aller : elle pr&#233;cisa alors que vivant dans une cit&#233; avec certains &#233;l&#232;ves pr&#233;sents, elle n'avait pas envie de &#171; &lt;i&gt;s'ex&lt;/i&gt;&lt;i&gt;hiber &lt;/i&gt; &#187; devant eux. Jusqu'ici le cours de sport &#233;tait un des rares auxquels elle &#233;tait assidue. Lorsqu'elle aborda ce point en conseil, elle se heurta &#224; la m&#234;me non-r&#233;ponse que moi quelques jours plus t&#244;t, &lt;i&gt;&#171; c'est comme &#231;a !&lt;/i&gt; &#187;. Le bien &#234;tre de l'adolescent et son d&#233;veloppement personnel furent alors paradoxalement &#233;voqu&#233;s. Face au dialogue impossible, Rachida joua la carte de la franchise et d&#233;clara &lt;i&gt;&#171; je m'en fout j'esquive : certif' [certificat m&#233;dical]&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Un silence de g&#232;ne succ&#233;da &#224; son intervention, comme &#224; chacune des rares fois ou une parole brutalement franche &#233;mergeait. Sur les douze &#233;l&#232;ves fr&#233;quentant l'&#233;cole en cette p&#233;riode, seuls trois d'entre eux all&#232;rent &#224; la piscine ; beaucoup manqu&#232;rent le conseil, qui se d&#233;roulait en d&#233;but d'apr&#232;s midi, juste avant le sport. L'&#233;quipe, conform&#233;ment aux textes officiels, parlera &#171; &lt;i&gt;d'absent&#233;isme non justifi&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, Alex, un &#233;l&#232;ve qui venait d'arriver, mit un point des plus int&#233;ressants au tableau du Conseil : &#171; &lt;i&gt;j'aimerais ne pas &#234;tre d&#233;rang&#233; quand je travaille&lt;/i&gt; &#187;. Il &#233;voquait un incident survenu lors de la fin du &#171; &lt;i&gt;temps Internet&lt;/i&gt; &#187;, pendant lequel il travaillait &#224; un article pour le journal de l'&#233;cole sur un gang de braqueur de la fin des ann&#233;es 80 (dont son p&#232;re incarc&#233;r&#233; avait fait partie) : l'aide &#233;ducateur aurait subitement &#233;teint l'ordinateur. Alex identifia cet acte comme une entrave &#224; son travail en cours, et voulut aborder la question en conseil, qui lui semblait &#224; juste titre &#234;tre le lieu pour&#8230; Malheureusement l'&#233;vocation publique de cet &#233;v&#233;nement fut v&#233;cue comme une agression par l'aide &#233;ducateur et par l'&#233;quipe qui s'empress&#232;rent de lui faire la morale sur sa subite mise au travail. Tr&#232;s vite, Alex se d&#233;sinvestit de ce r&#232;glement de compte absurde, et mit fin &#224; la discussion par un &#171; &lt;i&gt;&#231;a sert &#224; rien votre truc&lt;/i&gt; &#187;, une &#171; &lt;i&gt;provocation&lt;/i&gt; &#187; de plus d'un &#233;l&#232;ve que la majorit&#233; de l'&#233;quipe disait arrogant. Malgr&#233; mes interventions, personne ne voulu s&#233;rieusement aborder cette affaire d'Alex&#8230; Peu de temps apr&#232;s, il d&#233;crochait de nouveau&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres jeunes tent&#232;rent de tester le conseil comme lieu de parole, et se rendirent vite compte de son inutilit&#233;. Comment ne pas relier alors les probl&#232;mes de discipline avec ce constat puisqu'au cours de mon passage, &#224; part quelques sorties (notamment celle de fin d'ann&#233;e pour une s&#233;ance du film &#171; &lt;i&gt;Ast&#233;rix&lt;/i&gt; &#187;), aucune d&#233;cision concernant la vie de l'&#233;cole ne fut prise et appliqu&#233;e et qu'aucun conflit n'y fut abord&#233; s&#233;rieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec beaucoup de retenue et l'impression de trahir un secret que j'insistais pour que l'on s'efforce de traiter avec lucidit&#233; les probl&#232;mes qui surgissaient en conseil. Souvent ces d&#233;buts de discussions &#233;taient alors abr&#233;g&#233;s par l'&#233;quipe : &lt;i&gt;&#171; &#199;a on verra entre nous&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Pour l'&#233;quipe, l'organisation de l'&#233;cole, m&#234;me dans ses aspects les plus mall&#233;ables, ne semblait pas &#234;tre &#224; l'ordre du jour dans cet espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faisait-on des conflits ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Saisit de fa&#231;on hasardeuse, &#171; les Rapports d'incident &#187; &#233;tait aussi inefficace que le grand conseil.&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;{}Il s'agissait d'un document sur lequel &#233;taient inscrits le nom de l'adulte m&#233;diateur, et celui du (des) d&#233;sob&#233;issant(s) de quelques interdits implicites et aux applications al&#233;atoires (ne pas se bagarrer, ne pas insulter les professeurs ou les &#233;l&#232;ves, ne pas faire de vandalisme, ne pas refuser de travailler, ne pas tra&#238;ner dans les couloirs &#224; ne rien faire, ne pas s&#233;cher certains temps de l'&#233;cole etc...). Les protagonistes &#233;taient invit&#233;s &#224; &#233;crire leur version des faits, ces derni&#232;res &#233;taient lues &#224; voix haute par un adulte &#171; &lt;i&gt;m&#233;diateur&lt;/i&gt; &#187;. Celui qui devait permettre un &#233;change&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un tiers qui intervient entre deux personnes en conflit, pour qu'elles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se contentait de r&#233;p&#233;ter soit le r&#232;glement, soit quelques formules consacr&#233;es de l'id&#233;ologie de l'&#233;cole &#171; &lt;i&gt;c'est pour ton bien&#8230; il faut que tu respectes les r&#232;gles&#8230; quand tu travailleras plus tard&#8230;&lt;/i&gt; &#187;. Une le&#231;on de morale donc, pas une m&#233;diation. Certains jeunes s'intriguaient de la destination de ce document, quelques-uns, perplexes, me demanderont si ce papier les &#171; &lt;i&gt;suit&lt;/i&gt; &#187; dans leur dossier ! En th&#233;orie un &#233;l&#232;ve pouvait demander un Rapport d'Incident en cas de probl&#232;me avec un professeur mais cela ne s'est jamais produit durant mon s&#233;jour &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de Michael (16 ans) est significatif du cercle vicieux de la non communication dans l'&#233;cole. Cela faisait plusieurs fois qu'il mettait ce point au conseil &lt;i&gt; : &#171; est-ce qu'on peut porter des casquettes ? &#187;&lt;/i&gt;. L'&#233;quipe n'a jamais pu lui fournir des arguments justifiants l'interdit. A un moment, l'effort d'imagination poussa l'&#233;quipe &#224; adopter un &#171; &lt;i&gt;compromis&lt;/i&gt; &#187; : Pour les filles, le port d'un couvre chef &#233;tait autoris&#233;. Pour les gar&#231;ons c'&#233;tait toujours &#171; &lt;i&gt;Non&lt;/i&gt; &#187;. Pourquoi ? On conna&#238;t la r&#233;ponse : &#171; &lt;i&gt;C'est comme &#231;a&lt;/i&gt; ! &#187;. Impossible d'aller plus loin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette question du &#171; petit casque &#187; (Defrance.B) et sa cristallisation &#233;voque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michael, non entendu en conseil, fut l'objet de plusieurs Rapports d'incident et quitta l'&#233;cole au bout de quelques semaines. A chaque fois, en guise de m&#233;diation, il se heurtait &#224; la formule incantatoire : &lt;i&gt;&#171; C'est&lt;/i&gt; &lt;i&gt;pourtant facile 6 r&#232;gles &#224; respecter&lt;/i&gt; &#187;. Ce rappel au r&#232;glement &#233;chouait &#224; chaque fois, faute de pouvoir en justifier pos&#233;ment les r&#232;gles et celle-l&#224; en particulier. &#171; &lt;i&gt;L'ordre scolaire de surface&lt;/i&gt; &#187; (Dubet, 2002, p.166) &#233;tait respect&#233;, mais ni les uns ni les autres ne parvenaient &#224; comprendre ce &#224; quoi les renvoyait cette question de &#171; chefs &#187; : identit&#233;s, places et agencements des personnes et des territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;C'&#233;tait quoi la classe ? &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des cours particuliers...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'emploi du temps, il y avait 4 heures de cours dans la matin&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toutes les activit&#233;s de l'&#233;cole (cours, cantine, ateliers, sorties&#8230;) &#233;taient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Juste avant il y avait le Quoi de Neuf (15 minutes) transform&#233; ici en &lt;i&gt;briefings&lt;/i&gt;, et dont le temps fort &#233;tait la justification public des absences et retards. Avec tr&#232;s rarement plus de trois ou quatre &#233;l&#232;ves par cours, ces derniers prenaient vite l'aspect de cours particuliers. Le va et vient des &#233;l&#232;ves au gr&#233; des affectations de l'Acad&#233;mie et des abandons rendait impossible la constitution d'un groupe et donc de tout travail s'y r&#233;f&#233;rant ; jamais l'&#233;quipe n'&#233;prouva le besoin d'exercer une quelconque pression sur l'Acad&#233;mie afin d'avoir un groupe fixe d&#232;s le d&#233;but d'ann&#233;e. L'approche &#233;ducative &#233;tait donc celle du cas par cas, en incoh&#233;rence totale avec les besoins des d&#233;crocheurs que je soulignais plus haut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La derni&#232;re commission d'affectation avait lieu courant avril, il nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bien qu'en sous-effectifs les cours n'en &#233;taient pas moins perturb&#233;s car une partie des jeunes &#171; vir&#233;s &#187; d'un cours ou &#171; s&#233;chant &#187; tel autre erraient plus ou moins calmement dans les couloirs. Lorsqu'ils n'&#233;taient que deux ou trois &#224; l'&#233;cole, les jeunes tra&#238;naient leur ennui de cours particuliers en cours particuliers. La plupart d'entre eux n'aimaient pas ces situations o&#249;, par manque d'effectif, ils se retrouvaient seul avec le professeur. A chaque fois, les m&#234;me professeurs savaient leur rappeler, non sans les culpabiliser, le caract&#232;re privil&#233;gi&#233; de ces cours que ces &#171; &lt;i&gt;jeunes g&#226;t&#233;s&lt;/i&gt; &#187; boudaient, allant jusqu'&#224; leur pr&#233;ciser le co&#251;t de telles s&#233;ances. Ces situations de face &#224; face contribuaient &#224; d&#233;velopper les attirances et les rejets entre enseignants et enseign&#233;s, la dualit&#233; des rapports exacerbant les ph&#233;nom&#232;nes de transferts et de contre transferts, ici compl&#232;tement ni&#233;s : &lt;i&gt;&#171; Il n'y a pas d'affects ici, il n'y a pas &#224; avoir d'affects&#8230; &#187; &lt;/i&gt;me dira un des professeurs appel&#233; &#224; devenir coordinateur l'ann&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;O&#249; &#233;tait la parole ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les interstices o&#249; l'on parle : les pauses, les couloirs &#8230;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant ma premi&#232;re ann&#233;e scolaire dans cette &#233;cole, j'ai &#233;t&#233; amen&#233;e &#224; adopter diff&#233;rentes strat&#233;gies d'adaptation (Lapassade, 1998). Le caract&#232;re r&#233;gressif du milieu, auquel je n'&#233;chappais pas, fut cependant att&#233;nu&#233; par les paroles des jeunes auxquelles j'avais acc&#232;s pendant les pauses et &#224; divers moments de flottement dans l'&#233;cole. Mes interventions sur l'&#233;quipe trouvaient leur origine essentiellement ici, mes tentatives isol&#233;es et &#233;ph&#233;m&#232;res de modification des institutions &#233;galement (introduction de sociogrammes lors des s&#233;ances de tutorat hebdomadaires, cr&#233;ation d'une commission sanction /r&#233;paration, propositions de r&#232;gles...). J'&#233;tais un des rares professeurs &#224; &lt;i&gt;descendre d'un &#233;tage&lt;/i&gt;, dans la cour, rejoindre les &#233;l&#232;ves en pause. J'avais l'impression de &#171; consulter la base &#187;, tandis que l'&#233;quipe, &lt;i&gt;&#224; l'&#233;tage au-dessus&lt;/i&gt;&#8230; Pauses multiformes, multifonctions&#8230; Tant&#244;t Quoi de Neuf, o&#249; je d&#233;couvrais la passion, jusque l&#224; secr&#232;te, de ce gaillard ex-taulard de 18 ans pour les hamsters, les d&#233;boires de tels autres en visite &#224; un ami en prison, les d&#233;tails de la r&#233;cente fugue en duo de Yacine et Mohamed&#8230; Tant&#244;t Conseil o&#249; &#233;taient abord&#233;s tous les petits malheurs du coll&#233;gien, qu'ils essayaient, pour certains d'entre eux, d&#233;sesp&#233;r&#233;ment d'&#234;tre. Des confidences lourdes, tout comme des critiques, qui se heurtaient &#224; l'absurdit&#233; du syst&#232;me, y trouvaient leur place. Parfois, je d&#233;cidais de ne plus descendre vers cette &#171; base &#187;, dont j'avais l'impression d'&#234;tre &#224; la fois la confidente et la d&#233;l&#233;gu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Myriam, 15 ans, veut changer de &#171; groupe &#187;&#8230; Des groupes poreux, mouvants, constitu&#233;s de trois &#224; cinq &#233;l&#232;ves, r&#233;unis de fa&#231;on compl&#232;tement arbitraire. Cela fait trois semaines que Myriam signale &#224; son tuteur son malaise, et son incapacit&#233; &#224; travailler entre les deux gar&#231;ons chahuteurs de son groupe&#8230; &#171; &lt;i&gt;et il ne se passe rien &#187;. &lt;/i&gt;Elle voudrait que j'en parle &#224; la coordinatrice. Tel autre veut des revues de Rap mais n'ose pas en parler&#8230; Au d&#233;but, &#224; chaque fois que ces &#233;changes concernaient la vie de l'&#233;cole, je renvoyais les &#233;l&#232;ves vers le conseil. Certain s'y risquaient &#224; leurs risques et p&#233;rils. D'autres, d&#233;j&#224; convaincus de l'inutilit&#233; de la chose, me riaient au nez&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lieux parall&#232;les d'&#233;change avec les jeunes me paraissaient d'autant plus inconfortables et indispensables que les dispositifs de paroles ne jouaient pas leur r&#244;le (Conseil, Quoi de Neuf, Rapports d'incident). C'est entre autres, ce que je r&#233;pondais &#224; deux de mes coll&#232;gues qui me reprochaient de &#171; &lt;i&gt;trop les &#233;couter&lt;/i&gt; &#187;. Il ne s'agit s&#251;rement pas l&#224; de nier le caract&#232;re p&#233;rilleux de cette proximit&#233; avec ces jeunes, mais bien d'en cerner le danger dans un lieu de vie &#8211; qui se nie en tant que tel &#8212; vide de dispositifs permettant de d&#233;placer ces relations dans des espaces de m&#233;diation collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des conflits larv&#233;s qui ne trouvaient nulle part, malgr&#233; les apparences, l'occasion d'&#234;tre reconnus et trait&#233;s, conduisaient souvent &#224; des violences r&#233;actionnelles diverses : chahut, insultes, menaces, bagarres &#224; r&#233;p&#233;tition, vols, d&#233;gradations&#8230; Ce climat contribuait au d&#233;couragement des &#233;l&#232;ves &#224; l'origine les plus motiv&#233;s par la reprise d'une scolarit&#233;. L'image, la renomm&#233;e de l'&#233;cole, entre autres, obligeait le silence de l'&#233;quipe face &#224; ce qui se pr&#233;sentait comme un obstacle majeur &#224; tout apprentissage : la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle &#233;tait la participation des &#233;l&#232;ves aux t&#226;ches ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propri&#233;t&#233; et propret&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Une fois par semaine, le vendredi, quelques minutes avant le m&#233;nage, les jeunes sont r&#233;unis dans une salle avec sur le tableau en face d'eux, une liste de t&#226;ches (ou plut&#244;t une liste de salles, dans lesquelles ils doivent passer la serpilli&#232;re et vider les corbeilles) parmi lesquelles ils doivent choisir&#8230; Et l&#224; souvent c'est la foire : Les ca&#239;ds obtiennent ce qu'ils veulent, les &#171; timides &#187;, prennent le reste ; et puis il y a Samir, qui, &#224; chaque fois veut nettoyer les toilettes, sans qu'on sache pourquoi et surtout sans que cela pose probl&#232;me&#8230; &#231;a tombe plut&#244;t bien d'ailleurs, car personne ne veut jamais de cette tache ingrate. La plupart des bagarres entre jeunes &#233;clatent pendant ce temps, et les quelques t&#226;ches &#224; effectuer, sont faites au prix d'interminables relances des adultes&#8230;Apr&#232;s le m&#233;nage souvent, l'&#233;quipe est &#233;puis&#233;e. Ce temps para&#238;t si illusoire que nous rechignons tous &#224; la t&#226;che&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notes personnelles, prise au cours de ma premi&#232;re ann&#233;e.&#034; id=&#034;nh9-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la seule t&#226;che propos&#233;e aux jeunes &#171; &lt;i&gt;pour s'approprier l'&#233;cole&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Souvent, il y a plus de m&#233;tiers que d'&#233;l&#232;ves pour les remplir &#187; &#233;crit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... Le professeur de biologie, responsable &lt;i&gt;ad viternam&lt;/i&gt; de l'organisation de ce temps, concentrait toute la haine des jeunes pour cette t&#226;che, notamment celle des gar&#231;ons qui le surnommaient : &#171; &lt;i&gt;M. Propre&lt;/i&gt; &#187;. Certains jeunes (&#224; juste titre...) r&#233;clamaient que le m&#233;nage soit assum&#233; par le personnel technique de notre coll&#232;ge de rattachement. Il apparaissait totalement injuste de demander &#224; ceux qu'on consid&#233;rait uniquement comme des &#171; &#233;l&#232;ves &#187; dans tous les autres temps de l'&#233;cole d'&#234;tre femmes et hommes de m&#233;nage d'une &#233;cole dont on leur refusait par ailleurs l'appropriation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la suite d'un r&#232;glement de comptes &#224; coups de b&#226;tons o&#249; je fus particuli&#232;rement expos&#233;e, et seule, consciente des m&#233;canismes absurdes et pr&#233;visibles qui avaient engendr&#233; cette situation dangereuse, que je d&#233;cidais qu'il s'agissait l&#224; de mon dernier jour dans cette &#233;cole. Une goutte d'eau&#8230; Je quittais donc d&#233;finitivement l'&#233;cole, la veille d'une &#233;ni&#232;me r&#233;union de crise, &#233;chappant alors aux conseils d&#233;plac&#233;s, aux remontrances et lamentations diverses qui devenaient coutumes lors des moments les plus critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte pourrait s'arr&#234;ter l&#224;. Il exprimerait alors le fatalisme et le manque de volont&#233; autour des difficult&#233;s qui accablent le personnel &#233;ducatif impliqu&#233;. Mais les dysfonctionnements &#233;voqu&#233;s &#233;taient avant tout la r&#233;sultante des rapports entre les adultes, et des rapports qu'ils entretenaient avec cette &#233;cole&#8230; Il est clair qu'il est impossible de demander aux jeunes ce qui pour nous adultes para&#238;t irr&#233;alisable (s'&#233;couter, se respecter, parler, &#233;crire&#8230;) ; en d'autres termes de travailler la motivation du jeune sans &#234;tre soi m&#234;me dans une dynamique bien particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit ici de d&#233;gager quelques &#233;l&#233;ments dans l'histoire de cette &#233;cole et dans le fonctionnement des &#233;quipes qui peuvent aider &#224; comprendre cette d&#233;rive. Puissent-ils aider quelques lecteurs &#224; y voir plus clair dans leurs pratiques respectives, et/ou les orienter vers quelques lectures, souvent salvatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La singularit&#233; de cette classe relais :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole obtient au d&#233;but des ann&#233;es 90 une ouverture &#224; l'arrach&#233;e ; pour autant qu'elle existe enfin, l'&#233;cole n'en est pas moins menac&#233;e puisqu'elle elle conna&#238;tra plus d'une rentr&#233;e incertaine. Au gr&#233; des humeurs de l'inspection acad&#233;mique et de l'air du temps minist&#233;riel, tel ou tel axe touchant &#224; l'identit&#233; initiale de l'&#233;cole et &#224; son fonctionnement sera ponctuellement remis en cause, de l'ext&#233;rieur : Affectation d'un aide &#233;ducateur, mode d'affectation des &#233;l&#232;ves, nombre de professeurs contractuels, nombre d'heures suppl&#233;mentaires, cooptation... C'est donc une &#233;cole qui doit s'imposer pour exister aupr&#232;s de l'Education Nationale. R&#233;sister, convaincre de la l&#233;gitimit&#233; de l'&#233;cole telle qu'elle est, ce r&#244;le &#233;tait essentiellement assum&#233; par la coordinatrice de l'&#233;quipe ; c'&#233;tait elle &#171; &lt;i&gt;qui montait au front&lt;/i&gt; &#187; lorsque l'&#233;cole &#233;tait &#171; attaqu&#233;e &#187;, c'est elle aussi qui v&#233;hiculait l'image de l'&#233;tablissement dans des r&#233;seaux d'implication divers : M&#233;diatique, universitaire, institut de formation, partenaires&#8230; Dans le contexte que j'ai d&#233;cris plus haut, la coordinatrice &#233;tait l'absente / pr&#233;sente dans l'&#233;cole ; pr&#233;sente dans le sens ou elle participait &#224; certains temps de l'&#233;cole ; absente dans le sens o&#249;, comme elle le dira quelques jours avant son d&#233;part &#224; la retraite, elle &#171; &lt;i&gt;ne s'accordait ni le temps de l'observation ni le temps de l'analyse&lt;/i&gt; &#187; et n'instituait rien dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant mon passage, il n'y avait pas de projet &#233;manant de l'&#233;quipe enseignante qui aurait assur&#233; la coh&#233;sion autour d'objectifs pr&#233;cis et partag&#233;s par tous, et dont la coordinatrice aurait &#233;t&#233; la garante des conditions de r&#233;alisation. Cela n'emp&#234;chaient pas quelques adultes qui se persuadaient malgr&#233; tout de &#171; &lt;i&gt;travailler ensemble, dans le m&#234;me sens&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'illusion du travail en &#233;quipe et la confusion entre &#171; autogestion &#187; et &#171; laisser faire &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'absence de vrai projet f&#233;d&#233;rateur et de normes reconnues et discutables, les rapports entre les membres de l'&#233;quipe &#233;taient surtout amicaux et duels, toutes les d&#233;cisions &#233;taient prises sous l'influence de la coordinatrice (bien que, voire parce que, souvent absente pour cause de &lt;i&gt;relationship&lt;/i&gt; et publicit&#233;) puis du professeur d'histoire / G&#233;ographie (coordinatrice implicite)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toutes deux militantes d'extr&#234;me soixante-huitarde, tendance mao pour la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est vers ces figures de pouvoir que se tournaient les regards chercheurs d'approbation, que ce soit en Conseil ou en r&#233;union d'&#233;quipe, c'&#233;tait souvent elles qui mettaient un point final aux questions les plus d&#233;rangeantes concernant l'&#233;tat de l'&#233;cole et les injustices qui s'y perp&#233;traient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans &lt;i&gt;l'arri&#232;re cuisine&lt;/i&gt; des r&#233;unions d'&#233;quipe que la confusion entre autogestion et laisser-faire atteignait son paroxysme. Le soi&#8211;disant fonctionnement en autogestion &#233;tant invoqu&#233; &#224; chaque demande de cadrage, &#233;manant essentiellement du professeur de biologie et de moi &#8230; A chaque fois que nous demandions &#224; la coordinatrice de jouer son r&#244;le d'animatrice dans ces r&#233;unions, cela &#233;tait interpr&#233;t&#233; par le reste de l'&#233;quipe comme une demande infantile de direction et de hi&#233;rarchie... Souvent un professeur, appel&#233; &#224; assumer les fonctions de coordinateur, insistait sur la ferme croyance &#171; &lt;i&gt;qu'il n'y avait pas de chef ici &#187;&lt;/i&gt;. Or nous ne demandions pas &#224; &#234;tre command&#233; aveugl&#233;ment mais pr&#233;cis&#233;ment &#224; &#233;voluer dans un cadre assum&#233; et tenu par un responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais structur&#233;, l'ordre du jour &#233;tait rarement respect&#233;, Dans ces r&#233;unions il n'y avait aucune prise en compte des difficult&#233;s rencontr&#233;es, aucune valeur accord&#233;e aux critiques plus ou moins poliment &#233;vinc&#233;es. Une large place &#233;tait accord&#233;e aux &#233;changes de points de vue sur le comportement des jeunes qui &#171; &lt;i&gt;posaient probl&#232;me&lt;/i&gt; &#187;. L'inexistence d'outils pr&#233;cis d'&#233;valuation (outre les quelques notes dans les mati&#232;res enseign&#233;es) donnait lieu &#224; des positionnements des plus arbitraires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'apprendrai un jour que le professeur d'espagnol que je rempla&#231;ais &#233;tait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#224; des prises de d&#233;cisions injustifi&#233;es et injustifiables. Les rares et vagues &#233;crits que la coordinatrice produisait &#233;taient destin&#233;s a l'ext&#233;rieur. J'ai constamment essay&#233; d'instituer des comptes rendus de r&#233;union, puisque jusqu'ici les seules traces de nos &#233;changes &#233;taient consign&#233;es dans des notes personnelles ; cela envenimait parfois quelques conflits entre nous, chacun &#233;tant persuad&#233; d'avoir, &#224; partir de ses notes, l'information qui venait contredire le coll&#232;gue qui, lui, avait not&#233; autre chose ! Durant la premi&#232;re ann&#233;e seuls quatre comptes rendus de r&#233;unions furent produits et distribu&#233;s &#224; l'&#233;quipe. J'&#233;tais l'auteur de trois d'entre eux. En effet si nous exigions des jeunes qu'ils produisent des comptes rendus de conseil, nous &#233;tions loin d'avoir la m&#234;me exigence quant aux &#233;crits restituant les propos de l'&#233;quipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cet espace, non sans mal, que se situeront dans un premier temps nombre de mes interventions, d&#233;termin&#233;es souvent, maladroites parfois&#8230; En tous cas toujours autour de la pr&#233;cision de notre t&#226;che, et de nos difficult&#233;s quotidiennes. Souvent, j'interviendrai de fa&#231;on formelle avec des documents de travail remis &#224; tous sur lesquelles figurait des propositions de points &#224; aborder tel que : Nos conflits, notre conception des jeunes, les objectifs et moyens de l'&#233;cole, l'&#233;valuation de l'&#233;quipe et des jeunes etc.&#8230; Maintes fois j'ai essay&#233; d'engager des discussions sur le r&#232;glement, le conseil, la loi et ses garants&#8230; Jamais aucun de ces points ne fut abord&#233;, ni par la premi&#232;re &#233;quipe, ni par la suivante. Ces interventions donnaient lieu &#224; des r&#233;actions qui, bien souvent jetaient un peu plus de flou dans le marasme de mes sentiments vis &#224; vis de notre travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des arguments peu recevables m'&#233;taient souvent avanc&#233;s, pour me signifier que mes interventions n'avaient pas lieu d'&#234;tre. Le plus r&#233;curent &#233;tant li&#233; au fait que je n'avais pas particip&#233; aux r&#233;unions d'&#233;quipe en d&#233;but d'ann&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je suis entr&#233;e dans cette &#233;cole en d&#233;cembre.&#034; id=&#034;nh9-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la coordinatrice me signalait alors que tous les points que j'&#233;voquais dans ces documents de travail avaient &#233;t&#233; longuement abord&#233;s par l'&#233;quipe au cours de la vie de l'&#233;cole ainsi qu'&#224; la rentr&#233;e. L'ambiance dans l'&#233;cole d&#233;montrait pourtant clairement que ces pr&#233;tendus &#233;changes n'avaient jamais donn&#233; lieu &#224; des prises de d&#233;cision...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bilan de fin d'ann&#233;e et changement partiel de l'&#233;quipe :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de l'ann&#233;e scolaire, la coordinatrice partait &#224; la retraite. Avant son d&#233;part, elle r&#233;agit de fa&#231;on distanci&#233;e &#224; mon bilan &#233;crit, seul travail s&#233;rieux avec celui du professeur de fran&#231;ais dont c'&#233;tait &#233;galement la derni&#232;re ann&#233;e ici. Elle reconnut sa part de responsabilit&#233; dans certains &#233;garements du dispositif que j'&#233;voquais. Point de vue honn&#234;te, que l'ensemble des autres professeurs s'empressa alors d'att&#233;nuer, en justifiant tant bien que mal son n&#233;cessaire r&#244;le &#171; d'ambassadrice &#187; de l'&#233;cole &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la rentr&#233;e 2002/03, le poste de coordinateur revint au plus ancien des professeurs qui s'&#233;tait vu refuser sa demande de mutation en province pour la seconde fois. Celui-ci &#233;tait &#233;galement le plus proche de la coordinatrice sortante. Une ex-directrice de SEGPA v&#238;nt prendre la place du professeur d'Histoire / G&#233;ographie (qui partait en IUFM). Cette nouvelle professeure assuma de fait et de mani&#232;re totalement implicite le r&#244;le de coordinatrice d&#232;s les premiers jours de l'ann&#233;e scolaire. Sa motivation pour la direction &#233;tant bien plus forte que celle du coordinateur &#171; officiel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la rentr&#233;e, j'entrais en conflit avec celui-ci, quant &#224; l'&#233;quilibre des horaires de chacun dans l'&#233;cole. Deux semaines apr&#232;s la rentr&#233;e il apparut que la professeure d'histoire &#171; coordinatrice implicite &#187; faisait beaucoup plus d'heures que le reste de l'&#233;quipe, coordinateur compris&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette ann&#233;e l&#224; l'administration avait r&#233;duit le nombre d'heures par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je m'interrogeais sur la nature de ce surinvestissement, et demanda avec insistance au coordinateur de faire le point en &#233;quipe sur les horaires effectu&#233;s. L&#224; encore la confusion entre autogestion et laisser-faire se fit sentir. Pourtant, ma d&#233;marche &#233;tait anim&#233;e par la volont&#233; d'initier une analyse de l'investissement de chacun, la surimplication &#233;tant ici synonyme d'appropriation de l'&#233;cole, donc de prise de pouvoir. Le nouveau professeur de math&#233;matiques et moi, tous deux contractuels, n'&#233;tions pas pay&#233;s pendant pr&#233;s de trois mois et demi... ponctu&#233;s d'arr&#234;ts maladies de notre part. Tr&#232;s vite, les &#233;l&#232;ves l'apprirent ; certains nous interpellaient &#224; juste titre : &lt;i&gt;&#171; Pourquoi vous ne faites pas gr&#232;ve&lt;/i&gt; ? &#187;. Le besoin de justice de ces jeunes nous renvoyait &#224; notre propre soumission face &#224; l'injustice. C'est non sans soulever une certaine culpabilit&#233;, caract&#233;ristique du professeur charitable de ZEP, qui travaille dans &#171; le social &#187;, que j'abordais en &#233;quipe ce point, tout comme la question de la r&#233;partition des horaires &#233;voqu&#233;e plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur de biologie, seul inqui&#233;t&#233; par cette situation, proposa de se joindre &#224; moi si je d&#233;cidais de me mettre en gr&#232;ve&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce qui concerne mon coll&#232;gue impay&#233;, c'&#233;tait son premier emploi &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le reste de l'&#233;quipe &#8211; sous l'influence de la professeure d'histoire &#171; &lt;i&gt;coordinatrice implicite&lt;/i&gt; &#187; - s'y opposa ; ceci, au nom du sacrifice &#224; la cause El&#232;ve, dont on se passa bien s&#251;r de demander l'avis&#8230; Cette gr&#232;ve n'eut donc pas lieu et l'emploi du temps fut maintenu tel quel, malgr&#233; l'absence des professeurs impay&#233;s. La solidarit&#233; et le militantisme actif des &#233;quipes pr&#233;c&#233;dentes (qui n'h&#233;sitaient pas dans ce genre de situation &#224; menacer de fermer l'&#233;cole par voie de presse), n'&#233;taient maintenant plus de mise. Cette situation participa &#224; renforcer le pouvoir du professeur d'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rentr&#233;e, malgr&#233; les espoirs port&#233;s par le changement partiel de l'&#233;quipe, n'&#233;tait pas plus marqu&#233;e par le d&#233;sir de faire l'&#233;cole autrement et s&#233;rieusement... Angoiss&#233;e et fatigu&#233;e je d&#233;cidai de partir au milieu du mois de d&#233;cembre. J'annon&#231;ai mon d&#233;part au coordinateur par t&#233;l&#233;phone et je fis parvenir &#224; l'&#233;quipe un courrier le motivant. Si cette rupture fut v&#233;cue comme une agression port&#233;e &#224; l'&#233;quipe, elle ne questionna pas d'avantage cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant l'&#233;cole avait des moyens, beaucoup de moyens. A une certaine p&#233;riode, c'&#233;tait m&#234;me l'une des &#233;coles qui recevait le plus d'aide financi&#232;re de l'Etat et de la r&#233;gion et de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole disposait de moyens importants en terme d'effectifs du personnel &#233;ducatif d'une part : 5 professeurs &#224; raison de 29 heures hebdomadaires chacun, un professeur d'&#233;ducation physique (6 heures), un aide &#233;ducateur (29 heures) pour un maximum de 25 &#233;l&#232;ves inscrits, et en moyenne moins d'une dizaine de pr&#233;sents durant l'ann&#233;e ; et d'autre part en termes de moyens financiers. En effet, aux cours de ses 10 ann&#233;es d'existence l'&#233;cole &#224; d&#233;velopp&#233; un r&#233;seau de partenaires cons&#233;quent, dont certains financent activement l'&#233;cole, et d'autres lui facilitent l'acc&#232;s &#224; certaines infrastructures (Fond Social Europ&#233;en, locaux gracieusement mis &#224; disposition par la Mairie, ateliers artistiques ext&#233;rieurs hebdomadaires sous l'&#233;gide d'un psychiatre...). Je ne saurais donner plus de pr&#233;cisions sur les finances de l'&#233;cole mais jamais au cours de mon passage l'argent ne fut un obstacle &#224; la r&#233;alisation de quoi que ce soit... D'ailleurs les nombreux vols &#224; l'int&#233;rieur de l'&#233;cole, outre la valeur symbolique d'agression de l'institution qu'ils r&#233;v&#233;laient, rendaient compte du d&#233;sarroi de certains &#233;l&#232;ves face &#224; cette profusion de mat&#233;riel tentant (calculatrices, appareil photo num&#233;rique, postes audio cd, nombreux ordinateurs, casques audio, etc...) dont ils percevaient d'avantage l'utilit&#233; directe dans leur sph&#232;re priv&#233;e que dans un collectif ne sachant s'en saisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception de la t&#226;che, induite par cette profusion de moyens, peut se r&#233;sumer ainsi : Face &#224; une demande de justice, l'adulte d&#233;sempar&#233; propose des choses &lt;i&gt;en plus&lt;/i&gt; (plus d'activit&#233;s, plus d'attention individuelle en apparence, plus de proximit&#233; avec le professeur que l'on tutoie ici sauf exception...) ou des choses &lt;i&gt;en moins&lt;/i&gt; (moins de r&#232;gles, moins de cours, moins d'&#233;l&#232;ves...) afin de divertir le jeune. Il ne s'agit l&#224;, selon moi, que d'une d&#233;marche qui tend &#224; faire oublier cette &#233;cole plus juste que le jeune r&#233;clame, et qui pour l'adulte para&#238;t irr&#233;alisable. Ainsi, je m'entendrai dire un jour, par le professeur d'histoire &#171; coordinatrice &#187; qui se disait anarcho&#8211;syndicaliste : &#171; &lt;i&gt;l'autogestion, le partage des d&#233;cisions, pas avec eux&lt;/i&gt; &#187;. L'assurance de son affirmation entre autres, me laissa alors sans voix. Il s'agit pourtant d'un parti pris p&#233;dagogique revendiqu&#233; haut et fort par l'&#233;cole : que la d&#233;mocratie est faite pour tous et qu'il est possible, sinon d'y &#233;duquer, au moins d'encadrer sans aller &#224; son encontre. Quelle id&#233;e de la d&#233;mocratie un tel positionnement sous tend ? Est-ce &#224; dire qu'il y aurait des gens &#171; faits &#187; pour &#234;tre citoyens dans une d&#233;mocratie et d'autres uniquement des techniciens, des ex&#233;cutants, in&#233;ducables ? Et plus pr&#233;cis&#233;ment pourquoi maintenir une telle pr&#233;tention quand on reconna&#238;t son impuissance et que l'on s'en satisfait... Car cette &#233;cole est fig&#233;e dans une &lt;i&gt;illusion de la diff&#233;rence&lt;/i&gt; tandis qu'&#224; l'int&#233;rieur, il n'y a plus de volont&#233; ni de changement, ni d'am&#233;lioration. Ce qui en fait un syst&#232;me rigide et clos ; mes interventions et les r&#233;sistances qu'elles ont suscit&#233;es en t&#233;moignent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ces murs, et notamment dans le milieu de la recherche universitaire, il en est de m&#234;me ; au cours de cette exp&#233;rience, mes sollicitations dans cette direction ont &#233;t&#233; nombreuses, et non entendues, voire totalement incomprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette illusion de la diff&#233;rence - que la recherche sur l'innovation p&#233;dagogique cautionne, au mieux par son silence, au pire en organisant leur publicit&#233; dans des manifestations diverses - n'est pas sans cons&#233;quences : d'une part, pour les &#233;quipes porteuses d'un projet r&#233;ellement exp&#233;rimental, qui se voyant amalgam&#233;es avec des exp&#233;riences relevant du folklore gauchiste ont peu de chances d'&#234;tre soutenues par qui que ce soit, et sont souvent peu cr&#233;dibles aupr&#232;s de leurs coll&#232;gues qui doutent de l'efficacit&#233; de ces projets ; d'autre part, pour les jeunes qui participent au &lt;i&gt;make-believe&lt;/i&gt; d&#233;mocratique. En effet, pour la grande majorit&#233; de ces jeunes, ces classes &#171; diff&#233;rentes &#187; repr&#233;sentent l'unique espace de rencontre avec ce que pourrait &#234;tre un projet &#233;ducatif &#224; la hauteur. Le spectacle a son prix : le nihilisme que l'on pr&#234;te souvent &#224; ces jeunes de banlieue trouve l&#224; l'occasion de se nourrir. Des jeunes qui, pourtant, portent en eux l'imp&#233;ratif d'une &#233;volution de l'&#233;cole qui para&#238;t aujourd'hui encore impensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que d'aborder de front les questions de fond soulev&#233;es par le d&#233;crochage, l'Education Nationale a cr&#233;&#233; des structures, pour ces jeunes &#171; &lt;i&gt;paum&#233;s &lt;/i&gt; &#187;comme elle en cr&#233;e depuis des d&#233;cennies pour les &#171; &lt;i&gt;anormaux &lt;/i&gt; &#187;, afin que les autres, les &lt;i&gt;&#171; normaux &#187;&lt;/i&gt;, puissent avoir la paix dans leurs &#233;tablissements. Puis allant plus loin encore dans sa volont&#233; d'&#233;luder ce probl&#232;me, des lieux de dressage, ferm&#233;s depuis cinquante ans, ont &#233;t&#233; remis en place sous l'appellation paradoxale de Centres d'Education Ferm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte de banalisation de l'innovation il conviendrait peut-&#234;tre, d'&#233;valuer ces &#233;coles dites &#171; diff&#233;rentes &#187; en ce qu'elles ont de vraiment diff&#233;rent. Terrain d'entente des lib&#233;raux et des libertaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il faut multiplier les Gaby Cohn Bendit et les Marie-Dani&#232;le Pierrel&#233;e et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&#233;clatement du groupe classe au non d'une mythique subjectivit&#233; de l'&#233;l&#232;ve, dessine la r&#233;alit&#233; d'une &#233;cole vid&#233;e de sa vis&#233;e politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les constats alarmants et les cons&#233;quences proprement r&#233;gressives que je cerne ici trouvent-ils &#233;chos dans les milieux &#171; p&#233;dagogiques &#187; ? Se pose-t-on quelque part la principale question p&#233;dagogique qui vaille aujourd'hui, &#224; savoir l'articulation de la Loi et du Collectif ? Qui, aujourd'hui peut r&#233;pondre politiquement (par la r&#233;flexion et par l'action) aux arguments r&#233;actionnaires et conservateurs de tous bords, sur les questions qui assaillent l'&#233;cole (autorit&#233;, violences, baisse du niveau, d&#233;labrement et flottement de ses objectifs&#8230;) autrement qu'en ayant recours &#224; l'argument facile et d&#233;missionnaire du &#171; &lt;i&gt;manque de moyens&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nayla NAFISSA&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;juillet&lt;/i&gt; &lt;i&gt;2003&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ardoino.J, Loureau.R ,1994 ; &#171; Les p&#233;dagogies Institutionnelles &#187;, Puf.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Dubet.F, 2002 ; &#171; Le d&#233;clin de l'institution &#187;,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Freinet.C, 1969 ; &#171; &lt;i&gt;Pour une &#233;ducation populaire&lt;/i&gt; &#187;, Masp&#233;roLapassade.G, 1971 ; &#171; &lt;i&gt;L'autogestion p&#233;dagogique&lt;/i&gt; &#187;, Gauthier-villars&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Imbert.F, 1983 ; &#171; &lt;i&gt;Si tu pouvais changer l'&#233;cole, l'enfant strat&#232;ge &lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Le Centurion.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Lapassade.G, 1993 ; &lt;i&gt;&#171; Guerre et paix dans la classe. La d&#233;viance scolaire &#187;, &lt;/i&gt;A. Colin.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Lapassade.G, 1998 ; &lt;i&gt;&#171; Microsociologie de la vie scolaire &#187;,&lt;/i&gt; Anthropos.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le Goff. JP, 1999 ; &#171; &lt;i&gt;La barbarie douce. La modernisation aveugle des entreprises et de l'&#233;cole &#187;,&lt;/i&gt; La D&#233;couverte.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Mendel.G, 1968 ; &#171; &lt;i&gt;La r&#233;volte contre le p&#232;re, une introduction &#224; la sociopsychanalyse&lt;/i&gt; &#187; Payot.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Oury.F, Pain.J, 1971 ; &#171; &lt;i&gt;Chronique de l'&#233;cole caserne &lt;/i&gt; &#187;, Matrice, r&#233;&#233;d. 1998.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Terray.E, 2004 ; &#171; &lt;i&gt;La question du voile : une hyst&#233;rie politique&lt;/i&gt; &#187;, in Collectif, 2004 ; &#171; &lt;i&gt;Le foulard islamique en question&lt;/i&gt; &#187;, ed. Amsterdam&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Tosquelles.F, 1966 ; &#171; &lt;i&gt;P&#233;dagogie et psychoth&#233;rapie institutionnelle&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;&#233;d Matrice&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Vasquez.A, Oury.F, 1966 ; &#171; &lt;i&gt;Vers la p&#233;dagogie institutionnelle&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;ed Matrice 1998&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Vasquez.A, Oury.F, 1971 ; &#171; &lt;i&gt;De la classe coop&#233;rative &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle&lt;/i&gt; &#187;, Masp&#233;ro&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce texte a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; pendant un arr&#234;t maladie qui se prolongea jusqu'&#224; la fin de l'ann&#233;e scolaire 2002-03. L'&#233;quipe n'a, a aucun moment, exprim&#233; la volont&#233; d'une rencontre, que j'ai tent&#233; plusieurs fois d'initier&#8230; Cet arr&#234;t maladie n'a en rien emp&#234;ch&#233; l'&#233;quipe d'embaucher un rempla&#231;ant, chose qui ne fut pas r&#233;alis&#233;e faute de candidat selon le coordinateur de l'&#233;cole. Il s'agit ici avant tout d'un t&#233;moignage sous forme brut, pour une approche plus analytique se r&#233;f&#233;rer &#224; l'article &#171; Post-Gauchisme et n&#233;o-management &#187; Quentin et Nafissa, Rev. &lt;i&gt;EcoRev'&lt;/i&gt;, septembre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un remerciement particuliers G. Lapassade, G. Chevalier (enseignants chercheurs retrait&#233;s) et Quentin (Rmiste).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les classes relais naissent au d&#233;but des ann&#233;es 90 dans le cadre des politiques de lutte contre la violence en banlieue. Bien que rattach&#233;es administrativement &#224; un coll&#232;ge, elle jouissent d'une autonomie totale en ce qui concerne l'&#233;laboration de leur projet et de leur programme scolaire : Nombre d'entre elles sont situ&#233;es hors des murs du coll&#232;ge de rattachement et s'en distinguent parfois, en adoptant un nom diff&#233;rent pr&#233;c&#233;d&#233; de la mention &#171; &#233;cole &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Au cours de mon parcours dans l'animation et en parall&#232;le &#224; mes &#233;tudes en sciences de l'&#233;ducation, j'ai encadr&#233; des colonies de vacances en cogestion (Ardoino, 1995), et ai &#233;t&#233; deux ans directrice de centres de loisirs dans deux banlieues sensibles dans tout les sens du terme puis professeure pr&#233;caire en lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral et technique dans ces m&#234;mes banlieues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ma candidature &#224; ce poste &#233;tait accompagn&#233;e d'un dossier complet (CV, lettre de motivations insistant sur l'aspect militant de ma d&#233;marche, article rendant compte d'une de mes exp&#233;riences p&#233;dagogique)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les &#233;l&#232;ves de classes relais peuvent &#233;galement pr&#233;tendre au passage du Brevet des coll&#232;ges. Pour le professeur d'Histoire de la premi&#232;re ann&#233;e et des enseignants du coll&#232;ge de rattachement, cela a donn&#233; lieu ici &#8211; il y a quelques ann&#233;es - &#224; des passages de brevet, dans lesquelles les &#233;l&#232;ves se seraient vus attribuer des notes fictives dans les mati&#232;res non enseign&#233;s par l'&#233;cole. Certains &#233;l&#232;ves auraient donc eut ce brevet par falsification du dossier. Cela aurait provoqu&#233; quelques boutades des enseignants du coll&#232;ge de rattachement de l'&#233;cole du style &#171; &lt;i&gt;si tu veux qu'il ait son brevet envoie ton cancre dans cette classe relais !&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A la fin d'un des ateliers de relaxation que j'animais, Tarek en s'&#233;tirant me dit : &lt;i&gt;&#171; j'ai r&#234;v&#233; que j'&#233;tais au bord d'une piscine&#8230;j'&#233;tais un big boss, avec plein super meufs&#8230;y avait tout&#8230;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Des m&#233;tiers qui tournent : aujourd'hui je suis cantini&#232;re, les semaines prochaines je serai laveur de tableau, standardiste, jardinier&#8230;&#231;a &#233;vite de faire toujours la m&#234;me chose, &#231;a &#233;vite de s'ennuyer, de ronronner, de s'endormir ou de devenir irritable. &#199;a &#233;vite aussi que ce soit toujours le m&#234;me qui se tape le sale boulot, car il y a toujours un truc que personne ne veut faire, mais qu'il faut quand m&#234;me faire sinon, c'est plus supportable&#8230;&#231;a permet surtout quand quelqu'un est absent de pouvoir continuer ce qu'il y a &#224; faire. Chacun peut se sp&#233;cialiser sans se scl&#233;roser dans une t&#226;che en particulier&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Tous les documents utilis&#233;s (en possession de l'auteur) sont l'&#339;uvre des &#233;quipes pr&#233;c&#233;dentes...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On retrouve dans les termes du contrat bidon pass&#233; entre l'&#233;l&#232;ve, sa famille et l'&#233;quipe enseignante la m&#234;me d&#233;termination id&#233;aliste et la m&#234;me confusion, tout cela dans une prose qui n'est pas sans rappeler celle du n&#233;o-management (Le Goff, 1999)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les pr&#233;noms et mati&#232;res enseign&#233;es ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bilan 1996/97 (Archives de l'&#233;cole).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Parfois celui ci peut &#234;tre &#233;vit&#233; si le jeune accepte d'aller voir un psychiatre de renomm&#233;, partenaire de l'&#233;cole ! Seul un jeune restera jusqu'&#224; la fin de l'ann&#233;e gr&#226;ce &#224; ce &#171; &lt;i&gt;compromis&lt;/i&gt; &#187; : rendu docile, l'&#233;quipe lui accordera sa place dans l'&#233;cole et soulignera le &#171; &lt;i&gt;succ&#232;s&lt;/i&gt; &#187; de cette d&#233;marche...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je d&#233;couvrais moi-m&#234;me ce r&#232;glement du conseil en milieu d'ann&#233;e en consultant les archives de l'&#233;cole !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Un tiers qui intervient entre deux personnes en conflit, pour qu'elles s'entendent (c'est &#224; dire que chacun comprenne bien ce que l'autre veut dire, et ce qui les oppose.) : Sa fonction est donc de r&#233;tablir une communication qui semble rompue. Il convient d'&#234;tre alors particuli&#232;rement form&#233;. On l'aura compris, aucun prof ne l'&#233;tait.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette question du &#171; petit casque &#187; (Defrance.B) et sa cristallisation &#233;voque la notion d'hyst&#233;rie collective, telle que la pr&#233;cise E.Terray &#224; propos du d&#233;lire collectif qui s'est d&#233;roul&#233; en France &#224; la rentr&#233;e 2003 sur la &#171; question du voile islamique &#224; l'&#233;cole &#187; : &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce que l'hyst&#233;rie politique ? Soit une communaut&#233; confront&#233;e &#224; une situation ou &#224; un probl&#232;me difficile, qui mettent profond&#233;ment en cause, sinon son existence, au moins sa mani&#232;re d'&#234;tre et la repr&#233;sentation qu'elle se donne d'elle-m&#234;me. Si elle ne trouve pas en son propre sein l'&#233;nergie et les moyens n&#233;cessaires pour transformer cette situation ou r&#233;soudre ce probl&#232;me, si en cons&#233;quence elle se sent &#224; la fois menac&#233;e et impuissante, elle peut &#234;tre tent&#233;e par une sorte de conduite de fuite ; de la situation r&#233;elle qui la met &#224; l'&#233;preuve, elle va se fabriquer une image d&#233;form&#233;e et fantasmatique ; au probl&#232;me r&#233;el dont elle ne vient pas &#224; bout, elle va substituer un probl&#232;me fictif, imaginaire, construit de telle sorte qu'il puisse &#234;tre trait&#233; avec les seules ressources du discours et par le seul maniement des symboles. Comme il est toujours possible de parler et de jouer sur les symboles, la communaut&#233; peut ainsi se donner &#224; bon compte le sentiment qu'elle a vaincu la difficult&#233;, et recommencer &#224; vivre comme avant&lt;/i&gt;. &#187; (Terray, 2004) &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Toutes les activit&#233;s de l'&#233;cole (cours, cantine, ateliers, sorties&#8230;) &#233;taient obligatoires, ce qui donnait un tour particulier au leitmotiv &#171; &lt;i&gt;tu viens quand tu veux&#8230; t'est pas oblig&#233; de venir&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La derni&#232;re commission d'affectation avait lieu courant avril, il nous arrivait donc de recevoir des &#233;l&#232;ves en fin d'ann&#233;e scolaire pour un ou deux mois - sachant que ces derniers n'avaient droit qu'&#224; une inscription dans ce dispositif.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Notes personnelles, prise au cours de ma premi&#232;re ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Souvent, il y a plus de m&#233;tiers que d'&#233;l&#232;ves pour les remplir&lt;/i&gt; &#187; &#233;crit J.Pain (&#171; &lt;i&gt;Conf&#233;rence europ&#233;enne sur les initiatives pour lutter contre la violence dans les &#233;coles&lt;/i&gt; &#187;, in &lt;a href=&#034;https://www.gold.ac.uk/euconf/french&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.gold.ac.uk/euconf/french&lt;/a&gt;). Le fait qu'agent d'entretien soit le seul m&#233;tier propos&#233; en dit long sur les pr&#233;jug&#233;s de l'&#233;quipe quant aux jeunes de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Toutes deux militantes d'extr&#234;me soixante-huitarde, tendance mao pour la premi&#232;re, anarchiste pour la seconde.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J'apprendrai un jour que le professeur d'espagnol que je rempla&#231;ais &#233;tait tr&#232;s souvent agac&#233; par les interminables tergiversations, en r&#233;union d'&#233;quipe, que posait la d&#233;cision d'exclure un &#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je suis entr&#233;e dans cette &#233;cole en d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette ann&#233;e l&#224; l'administration avait r&#233;duit le nombre d'heures par professeur : de 11 heures suppl&#233;mentaires nous passions &#224; 3. Ceci ne fut pas sans surprendre de fa&#231;on d&#233;sagr&#233;able le professeur de biologie, tr&#232;s motiv&#233; par le salaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En ce qui concerne mon coll&#232;gue impay&#233;, c'&#233;tait son premier emploi &#224; l'Education Nationale et ne manifestait pas, de ce fait, la volont&#233; d'exercer une pression sur son employeur pour rem&#233;dier &#224; cette injustice...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Il faut multiplier les Gaby Cohn Bendit et les Marie-Dani&#232;le Pierrel&#233;e et cr&#233;er 1000 coll&#232;ges et lyc&#233;es exp&#233;rimentaux&lt;/i&gt; &#187; Alain Madelin, Lib&#233;ration (24/11/2000). C'est pr&#233;cis&#233;ment l'&#233;cole dont il est question ici que A.Madelin a en t&#234;te lorsqu'il tient ces propos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Vers des coordinations d&#233;mocratiques ?</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?235-vers-des-coordinations</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?235-vers-des-coordinations</guid>
		<dc:date>2009-09-06T16:42:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Organisation politique</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cup&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Assembl&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte (datant lui-m&#234;me de 2000..) et r&#233;actions sur le forum &#171; R&#233;seauDesBahuts &#187; lors du mouvement de Mai 2003, qui gardent, malheureusement, leur brulante actualit&#233;. Ces ricochets montrent en eux-m&#234;mes que la question trait&#233;e est &#233;videmment de la plus haute importance, et qu'elle n'est, bien entendu, discut&#233;e qu'une fois l'oligarchisation quasiment achev&#233;e... Les &#171; garanties &#187; avanc&#233;es n'en sont pas, bien entendu, et sont bien plus des voeux pieux, tant la situation actuelle est profond&#233;ment (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-29-organisation-politique-+" rel="tag"&gt;Organisation politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-32-recuperation-+" rel="tag"&gt;R&#233;cup&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-120-assemblee-+" rel="tag"&gt;Assembl&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-121-mouvements-sociaux-+" rel="tag"&gt;Mouvements sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte (datant lui-m&#234;me de 2000..) et r&#233;actions sur le forum &#171; R&#233;seauDesBahuts &#187; lors du mouvement de Mai 2003, qui gardent, malheureusement, leur brulante actualit&#233;. Ces ricochets montrent en eux-m&#234;mes que la question trait&#233;e est &#233;videmment de la plus haute importance, et qu'elle n'est, bien entendu, discut&#233;e qu'une fois l'oligarchisation quasiment achev&#233;e... Les &#171; garanties &#187; avanc&#233;es n'en sont pas, bien entendu, et sont bien plus des voeux pieux, tant la situation actuelle est profond&#233;ment enracin&#233;e et occulte des interrogations pratiques abyssales ; mais elles peuvent constituer un cadre, au moins en tant que cadre de lecture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;POUR UNE COORDINATION DEMOCRATIQUE&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche 25 mai 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La coordination nationale du 24 mai a refus&#233; le principe d'une repr&#233;sentation d&#233;mocratique des &#233;tablissements en lutte. J'ai du mal &#224; percevoir les motivations de ceux qui ont organis&#233; cette manoeuvre. Le probl&#232;me s'&#233;tait pos&#233; dans les m&#234;mes termes lors des coordinations du mouvement de 2000 contre les mesures All&#232;gre. J'avais alors r&#233;dig&#233; un bilan intitul&#233; &#171; Pour une coordination d&#233;mocratique &#187;. Il me semble encore tout &#224; fait d'actualit&#233;. Je l'envoie donc en fichier joint et ci-dessous dans le corps du message. C'est une fa&#231;on de faire avancer un d&#233;bat que je crois d&#233;terminant pour la suite du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. M. (Ch&#226;tenay-Malabry)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention : je r&#233;p&#232;te qu'il s'agit d'un texte &#233;crit et diffus&#233; en mars 2000. Il faut en tenir compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
18 mars 2000 POUR UNE COORDINATION D&#201;MOCRATIQUE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coordination des &#233;tablissements en lutte de mars 2000 a eu un &#233;norme m&#233;rite : celui d'exister, de rassembler du monde dans une ambiance parfois survolt&#233;e qui a contribu&#233; &#224; rallier des h&#233;sitants. Mais, pour le reste, elle n'a que partiellement tenu le r&#244;le d'une repr&#233;sentation d&#233;mocratique des gr&#233;vistes. Une coordination, pour quoi faire ? Certains syndicalistes (pas tous, loin de l&#224;, et heureusement !) consid&#232;rent les coordinations avec m&#233;fiance. Ils estiment que les syndicats, dont les options et les dirigeants sont connus, sont mieux &#224; m&#234;me de repr&#233;senter les personnels en lutte que des inconnus surgis d'on ne sait o&#249;, repr&#233;sentant on ne sait qui et aux options parfois inv&#233;rifiables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien reconna&#238;tre que les conditions dans lesquelles se sont tenues les coordinations de mars dernier &#224; la Bourse du travail n'ont pu que les conforter dans leurs pr&#233;ventions, m&#234;me si sur le fond, ils n'ont pas raison. Mais, inversement, certains enseignants (et plus g&#233;n&#233;ralement nombre de salari&#233;s) manifestent une vive d&#233;fiance envers les syndicats. C'est dans l'air du temps et le reflet (et un facteur) du recul des organisations (politiques et syndicales) des travailleurs. Mais c'est aussi la ran&#231;on des politiques pass&#233;es des syndicats (gr&#232;ves presse-bouton, retard &#224; l'allumage dans les luttes, attitudes bureaucratiques pour enterrer les mouvements g&#234;nant ceux dont ils sont proches politiquement). Pourtant, m&#234;me si elles ont parfois &#233;t&#233; la r&#233;plique au refus des syndicats d'adopter leurs revendications et de soutenir leurs luttes, les coordinations ne sont pas des machines de guerre anti-syndicales. Elles visent &#224; une repr&#233;sentation de tous les gr&#233;vistes, syndiqu&#233;s ou non, et &#224; leur contr&#244;le sur le mouvement. Les syndicats n'organisent que des minorit&#233;s. Or, dans la gr&#232;ve, tout le monde, syndiqu&#233; ou non, participe &#224; &#233;galit&#233;, consent aux m&#234;mes sacrifices et prend les m&#234;mes risques. Il est d'&#233;l&#233;mentaire d&#233;mocratie que chacun puisse faire entendre sa voix et participer aux d&#233;cisions &#224; &#233;galit&#233;, condition de l'implication de tous dans le mouvement. Les coordinations (ou les comit&#233;s de gr&#232;ve) le permettent.... quand elles s'en donnent r&#233;ellement les moyens. Ce que la coordination des &#233;tablissements en lutte de mars 2000 n'a pas r&#233;ellement r&#233;ussi &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'intituler Coordination n'est pas une garantie de fonctionnement d&#233;mocratique et efficace. Une fausse d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Convoqu&#233;es &#224; l'issue des manifestations parisiennes ou nationales, les coordinations rassemblaient plusieurs centaines de participants enthousiastes, toujours pr&#234;ts &#224; entonner en ch&#339;ur de vibrants &#171; Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de l'Education ! &#187; C'&#233;taient des meetings exaltants tournant parfois &#224; la foire d'empoigne. Mais rarement de v&#233;ritables coordinations. Leur succ&#232;s, le nombre des participants, rendaient impossible la r&#233;flexion, l'&#233;laboration de propositions, la prise de d&#233;cisions et m&#234;me la simple discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette difficult&#233; &#224; avoir de r&#233;els d&#233;bats a contribu&#233; &#224; alimenter le climat de suspicion r&#233;ciproque entre certains membres de la Coordination et les syndicats. Entre les r&#233;ticences ou le retard des syndicats &#224; reprendre certaines des revendications (retrait de la Charte au d&#233;but, titularisation des pr&#233;caires m&#234;me &#233;trangers, appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de l'Education) et le climat de suspicion anti-syndical, certaines AG ont tourn&#233; au psychodrame st&#233;rile. Il aurait fallu, pour en sortir que la Coordination soit insoup&#231;onnable. Cela n'a pas &#233;t&#233; le cas. Les Coordinations se sont d&#233;roul&#233;es selon un protocole quasi invariable.. Sans que l'on sache qui les avait propuls&#233;s l&#224;, un nombre tr&#232;s r&#233;duit de camarades s'est &#233;tabli pr&#233;sident de s&#233;ances &#224; tour de r&#244;le. Ils semblaient d&#233;sireux de bien faire, prenaient la peine de faire ratifier leurs fonctions. Pourquoi leur disputer la place, apparemment modeste, qu'ils accaparaient ? Pourtant, distribuer la parole, proposer l'ordre du jour, mettre les propositions aux voix n'est pas qu'une fonction technique et on peut supposer que ce n'&#233;tait pas pour la seule jubilation de para&#238;tre &#224; la tribune que ces camarades s'y cramponnaient. C'&#233;tait &#233;videmment dans l'espoir de gagner une influence &#224; peu de compte. L'ordre du jour adopt&#233;, un premier (et le plus souvent unique) tour d'inscription &#233;tait pris, en g&#233;n&#233;ral d'une vingtaine d'intervenants dont, &#224; chaque fois, un bon tiers qui, hasard sans doute, se relayaient pour dire &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me chose et faire les m&#234;mes propositions. On passait ensuite au vote, bien souvent sous le forcing de la tribune, ceux syndicalistes ou non ayant des objections ou des nuances &#224; exprimer par rapport au projet de la pr&#233;sidence de s&#233;ance ayant parfois du mal &#224; obtenir la parole (&#171; Il est tard, il faut qu'on d&#233;cide &#187;) et &#224; se faire entendre (clameurs de la salle : &#171; On vote &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fa&#231;on de proc&#233;der n'est ni satisfaisante, ni d&#233;mocratique. Sans doute in&#233;vitable lors des premi&#232;res assembl&#233;es, elle n'a pas &#233;volu&#233; ensuite. Les coordinations ont &#233;chou&#233; &#224; se structurer en organe r&#233;ellement repr&#233;sentatif. Quand, le 11 mars, une tentative en ce sens fut organis&#233;e (des d&#233;l&#233;gu&#233;s avaient &#233;t&#233; &#233;lus par les coordinations d&#233;partementales) elle fut sabot&#233;e au nom d'un d&#233;magogique &#171; tout le monde vote &#187;, permettant &#224; qui le voulait de bourrer la salle, de hurler, ou de voter n'importe quoi au nom de n'importe qui. Ce mauvais fonctionnement a constitu&#233; un handicap pour le mouvement qui, heureusement, a &#233;t&#233; assez fort pour s'en remettre. L'opposition des syndicats (&#171; ce n'est pas &#224; nous de formuler les revendications des coll&#232;ges et des lyc&#233;es &#187;), la myopie politique aussi de ceux qui s'&#233;taient institu&#233;s pr&#233;sidents &#224; vie, ont emp&#234;ch&#233; que la coordination &#233;largisse suffisamment t&#244;t ses revendications aux autres cat&#233;gories d'enseignants (quand l'id&#233;e fut lanc&#233;e lors d'une assembl&#233;e intersyndicale, elle fut combattue notamment par nos trois pr&#233;sidents-relayeurs). Nombre d'enseignants de coll&#232;ges et de lyc&#233;es sont repartis de la Bourse du Travail avec le sentiment que cette coordination n'&#233;tait pas la leur, voire qu'ils n'y &#233;taient que tol&#233;r&#233;s. En outre, les foires aux braillards qu'ont &#233;t&#233; certaines r&#233;unions en ont &#233;c&#339;ur&#233; d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mode de fonctionnement autorise toutes les man&#339;uvres. C'est ainsi que FO qui avait garni la salle et dispers&#233; ses acolytes dans les trav&#233;es est parvenue &#224; faire d&#233;cider d'une manifestation commune avec les enseignants et les parents du Gard et de l'H&#233;rault qui &#171; montaient &#224; Paris le 11 mars &#187; alors qu'en r&#233;alit&#233; seule une d&#233;l&#233;gation faisait le d&#233;placement.. SUD qui avait l'information exacte a &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233; de parler. L'id&#233;e avait &#233;t&#233; avanc&#233;e que des repr&#233;sentants des &#233;tablissements en lutte accompagnent les syndicats lors des rencontres avec le ministre. Initiative juste. On vit, des militants se regrouper autour de la tribune et essayer, &#224; l'arrach&#233;, de se faire &#233;lire comme d&#233;l&#233;gu&#233;s. Qui &#233;taient-ils ? Que repr&#233;sentaient-ils ? Avec quelles id&#233;es ? Personne, en dehors de leurs coll&#232;gues directs, n'aurait pu le dire. Alors pourquoi eux plut&#244;t que d'autres ? La man&#339;uvre &#233;tait cousue de fil blanc. Elle &#233;choua.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'une des AG, on vit se succ&#233;der six ou sept intervenants (sur une vingtaine) qui, curieusement, avaient tous eu la m&#234;me id&#233;e : &#171; il serait bien que se cr&#233;&#233;e un collectif un peu permanent qui pourrait prendre des initiatives comme des banderoles entre les coordinations &#187;. Tout le monde sera tr&#232;s &#233;tonn&#233;&#8230; mais l'id&#233;e fut chaleureusement soutenue par la tribune qui, au moment du vote, essaya de me refuser la parole, pressentant que je n'allais pas plaider la constitution clandestine d'une direction permanente qui ne dirait pas son nom. C'est ce qui s'est produit : bien qu'il ait &#233;t&#233; explicitement dit que cet organe n'aurait aucun pouvoir de d&#233;cision, il a par la suite, sans que l'on sache qui y si&#232;ge ni o&#249; ni quand, pondu des communiqu&#233;s (politiques, &#233;videmment), collect&#233; de l'argent et &#233;dit&#233; une affiche. Hors du hors du contr&#244;le de quiconque mais au nom de tous. Peut-&#234;tre ce comportement est-il l'id&#233;al de ceux qui ont la volont&#233; de tirer partie d'un climat propice aux magouilles. Mais ce ne peut &#234;tre le mode de fonctionnement normal d'un organe d&#233;mocratique. Et si une coordination n'est pas d&#233;mocratique, &#224; quoi sert-elle ? Si elle doit &#234;tre simplement le cadre de manipulations organis&#233;es par on ne sait qui, autant laisser les mains libres aux syndicats. Au moins on sait &#224; qui on a affaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des garanties d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible de d&#233;battre, de discuter des propositions, de les nuancer, etc., &#224; plusieurs centaines de personnes qui, en outre, ne se connaissent pas. Le minimum d&#233;mocratique aurait &#233;t&#233; que les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales d'&#233;tablissement (o&#249; tout le monde se conna&#238;t) &#233;lisent un d&#233;l&#233;gu&#233; (contr&#244;l&#233; et r&#233;vocable, &#233;videmment) puis que, si n&#233;cessaire, les coordinations d&#233;partementales d&#233;signent &#224; leur tour des repr&#233;sentants (responsables et r&#233;vocables !) &#224; la coordination nationale. La formule n'a rien de bien original, ni rien de sorcier &#224; mettre en place. Elle n'est pas une panac&#233;e et elle ne dispense en rien les gr&#233;vistes de contr&#244;ler leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; tous les niveaux, de leur demander des comptes et, si besoin est, de les d&#233;gommer. Mais elle est le minimum dont puisse se doter un mouvement soucieux de son ind&#233;pendance et de son fonctionnement d&#233;mocratique. Une efficacit&#233; accrue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une coordination qui pourrait se pr&#233;valoir de la l&#233;gitimit&#233; d'un mode de d&#233;signation d&#233;mocratique et transparent aurait &#224; l'&#233;vidence une autorit&#233; d&#233;cupl&#233;e aussi bien face aux syndicats que dans sa revendication de participation aux n&#233;gociations avec le minist&#232;re. Ceux qui se sont oppos&#233;s &#224; la mise en place d'un fonctionnement d&#233;mocratique et transparent ont jou&#233; contre la coordination elle-m&#234;me et, par l&#224;, contre le mouvement. La Coordination est morte, vive la Coordination ! Il ne saurait pourtant &#234;tre question de jeter le b&#233;b&#233; avec l'eau de la baignoire. Pouss&#233;e par un mouvement d'une profondeur exceptionnelle, la coordination a contribu&#233;, malgr&#233; ses insuffisances, au succ&#232;s de la gr&#232;ve de mars 2000. Dire ses critiques est aussi une fa&#231;on de lui rendre l'hommage qu'elle m&#233;rite. Mais c'est aussi pr&#233;parer l'avenir. Au moment o&#249; ce texte est r&#233;dig&#233;, nul sait si la gr&#232;ve repartira ni, le cas &#233;ch&#233;ant, sur quelles revendications, maintenant ou plus tard. Mais une chose est s&#251;re : le mouvement ne peut pas ne pas resurgir &#224; un moment ou un autre. Car le fait que le gouvernement ait &#233;t&#233; contraint de vider le statut des PLP de son contenu (sans renoncer au cadre l&#233;gal qui avait permis l'offensive) ne r&#233;sout rien des probl&#232;mes qui minent l'enseignement. Retourner au statut quo ante est insuffisant. T&#244;t ou tard, il faudra que les questions de fond viennent et soient r&#233;solues. Cela se fera n&#233;cessairement par la lutte. Une lutte qui, pour &#234;tre victorieuse, devra se donner les moyens d'un fonctionnement authentiquement d&#233;mocratique. C'est aussi de notre mission d'enseignants : apprendre aux jeunes &#224; ne s'en remettre &#224; aucun sauveur supr&#234;me proclam&#233; ou occulte. Ce qui suppose que nous soyons capables de le faire dans nos propres rangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P-L P J ,18 mars 2000&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;actions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;agir &#224; cet article&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	&gt; POUR UNE COORDINATION DEMOCRATIQUE 29 mai 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu ne comprends pas la motivation de ceux qui, lors la coordination nationale, se sont oppos&#233;s au principe d'une repr&#233;sentativit&#233; d&#233;mocratique ? Mais le pouvoir ! ! ! ! Car ils appartiennent &#224; un groupuscule politique qui serait extr&#234;mement minoritaire lors d'une repr&#233;sentation d&#233;mocratique ! ! ! ! Il faut leur reconnaitre une organisation et une manipulation impeccables. Mais ils ne sont pas du tout dou&#233;s pour la coordination ! ! ! Beaucoup de monde, &#233;coeur&#233;, se barre de ces coordinations pitoyables. (De plus, lors de ces coordinations est v&#233;hicul&#233; un esprit antisyndical inqui&#233;tant) Rappelons que la plus part des syndicats, &#224; l'exception de la CFDT, ont adopt&#233;s et soutiennent toutes nos revendications. Et que ce sont eux qui s'entretiendront avec le gouvernement. (Au fait, &#234;tes vous absolument sure que les 500 personnes ayant vot&#233;s lors de la coordination nationale sont bien des personnels de l'&#233;ducation nationale ? Je pose la question ....) Prof (non syndiqu&#233;e) tr&#232;s en col&#232;re contre la politique n&#233;o-lib&#233;rale du gouvernement et tr&#232;s &#233;nerv&#233;e par la coordination des &#233;tablissements en lutte du 93 et par la coordination nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	&gt; Une r&#233;ponse possible : la motion du 19&#232;me. 27 mai 2003, par Michel SAFATLY, coll&#232;ge Georges Rouault ( Paris 19&#232;me )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la motion pour la structuration de la coordination nationale, vot&#233;e par l'AG du 19&#232;me le 26 mai. Nous pensons nous aussi que cette question est absolument fondamentale. L'une des difficult&#233;s tient &#224; la convergence objective entre illusions et calculs politiques de groupes organis&#233;s ; les premi&#232;res, qui privil&#233;gient &#171; les actions &#187;, et l'&#233;change sanctionn&#233; par des votes &#224; main lev&#233;e, font comme si la r&#233;alit&#233; &#233;tait id&#233;ale, comme si chacun &#233;tait respectueux de la d&#233;mocratie et seulement soucieux de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral ; les groupes organis&#233;s jouent leur propre partition, au risque asum&#233; par avance de faire &#233;clater le mouvement, puisque l'objectif est ailleurs que dans la &#171; simple &#187; satisfaction des revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MOTION POUR LA STRUCTURATION DE LA COORDINATION NATIONALE vot&#233;e par l'AG Paris 19&#232;me arrondissement le 26 mai 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coordination nationale doit naturellement rester ouverte &#224; tous. Mais elle doit absolument se doter de mandats nationaux : le large mouvement de gr&#232;ve doit poss&#233;der sa propre organisation, pens&#233;e en termes de repr&#233;sentativit&#233; et de mandatement d&#233;mocratique. Les mandats nationaux permettront d'&#233;viter que la r&#233;gion invitante soit en mesure d'imposer ses vues &#224; tous les autres d&#233;partements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; D&#233;termination des mandats&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les AG souveraines se r&#233;unissent pour le moment soit par &#233;tablissement, soit par ville, soit par secteur g&#233;ographique plus large. Nous proposons que ce type de r&#233;unions se poursuive. Pour &#233;tablir une r&#232;gle commune, voici quelle pourrait &#234;tre la marche &#224; suivre : Echelon de base : &#233;tablissement ou ville, etc. Election de mandats d&#233;partementaux sur une base num&#233;rique simple de gr&#233;vistes en mouvement reconductible : un mandat d&#233;partemental pour 20 gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Echelon d&#233;partemental (Paris &#233;tant consid&#233;r&#233; comme un d&#233;partement) : les d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus par mandats d&#233;partementaux se r&#233;unissent pour mandater des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la coordination nationale sur une base num&#233;rique simple &#224; nouveau : un mandat national pour 20 mandats d&#233;partementaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Echelon national : les d&#233;l&#233;gu&#233;s nationaux se r&#233;unissent et mandatent une d&#233;l&#233;gation restreinte en cas de n&#233;gociations, si n&#233;gociations il y a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Ouverture des AG, r&#233;vocabilit&#233;, rotation des d&#233;l&#233;gu&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouverture des AG &#224; tous les &#233;chelons : les AG et la coordination nationale sont ouvertes &#224; tous les gr&#233;vistes qui peuvent non seulement intervenir mais aussi contr&#244;ler si les d&#233;l&#233;gu&#233;s respectent leur mandat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;vocabilit&#233; : si, quel que soit l'&#233;chelon, un d&#233;l&#233;gu&#233; ne respecte pas son mandat, il peut &#234;tre r&#233;voqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rotation des d&#233;l&#233;gu&#233;s : pour que le mouvement garde toute sa dynamique, et pour &#233;viter toute d&#233;rive, il est souhaitable que la rotation des d&#233;l&#233;gu&#233;s soit r&#233;guli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Place respective des syndicats et de la coordination&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chaque &#233;chelon, les syndicats sont associ&#233;s &#224; la lutte car leur poids et leur r&#244;le restent incontournables. Lors de n&#233;gociations ou de discussions, les d&#233;l&#233;gu&#233;s nationaux ne se substituent pas aux diff&#233;rentes organisations syndicales : ils sont l&#224; pour porter de mani&#232;re claire la plate-forme correspondant aux revendications des gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	&gt; POUR UNE COORDINATION DEMOCRATIQUE 26 mai 2003, par Fr&#233;d&#233;ric
Motion de la cit&#233; scolaire Henri Wallon (Aubervilliers 93)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnels de la cit&#233; scolaire souhaitent que les AG ou Coordinations fonctionnent d&#233;sormais sur la base de d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus (deux d&#233;l&#233;gu&#233;s par &#233;tablissement, par exemple) et mandat&#233;s sur les questions essentielles par les assembl&#233;es de gr&#233;vistes des &#233;coles, des coll&#232;ges et des lyc&#233;es. Ces d&#233;l&#233;gu&#233;s sont r&#233;&#233;lus pour chaque coordination ou assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale. Toutes ces AG ou Coordinations doivent rester ouvertes &#224; celles et ceux qui souhaitent y participer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 pour 1 contre&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>La d&#233;mocratie dans les &#233;tablissements m&#233;dico-sociaux</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?229-la-democratie-dans-les</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?229-la-democratie-dans-les</guid>
		<dc:date>2009-09-01T17:28:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Psychoth&#233;rapie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie dans les &#233;tablissements m&#233;dico-sociaux (EMS) : une coquille vide ou un enjeu majeur ? Introduction : Le titre &#224; la forme interrogative de cet atelier nous pose d'embl&#233;e plusieurs questions : nous resterons sous la forme du questionnement tout au long de cette intervention, souhaitant susciter la r&#233;flexion et le d&#233;bat plut&#244;t qu'apporter des r&#233;ponses ou des exp&#233;riences toutes faites, ce qui serait par ailleurs en contradiction avec notre propre conception de la d&#233;mocratie. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-67-psychotherapie-+" rel="tag"&gt;Psychoth&#233;rapie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La d&#233;mocratie dans les &#233;tablissements m&#233;dico-sociaux (EMS) :
&lt;p&gt;une coquille vide ou un enjeu majeur ?&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le titre &#224; la forme interrogative de cet atelier nous pose d'embl&#233;e plusieurs questions : nous resterons sous la forme du questionnement tout au long de cette intervention, souhaitant susciter la r&#233;flexion et le d&#233;bat plut&#244;t qu'apporter des r&#233;ponses ou des exp&#233;riences toutes faites, ce qui serait par ailleurs en contradiction avec notre propre conception de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord plusieurs questions peuvent &#234;tre soulev&#233;es par ce titre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommes-nous dans une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il possible et acceptable d'exclure dans une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; qui exclut peut-elle &#234;tre d&#233;mocratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ins&#233;rer la personne diff&#233;rente (&#224; quelque titre que ce soit) dans une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retiendrons cette derni&#232;re interrogation pour la pr&#233;ciser en nous demandant comment les EMS participent (ou non !) &#224; l'insertion1 de leurs usagers dans la soci&#233;t&#233; et s'ils sont en capacit&#233; d'y parvenir compte tenu des contraintes qui sont les leurs. En pr&#233;cisant le lien qui nous semble exister entre l'autonomie des personnes et le caract&#232;re d&#233;mocratique d'une organisation ou d'une soci&#233;t&#233;, nous interrogerons le travail quotidien r&#233;alis&#233; dans les EMS autour de ces notions d'autonomie et de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Les missions et vocations des EMS :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi 2002-2 nous l'a rappel&#233; - mais cela n'aurait pas d&#251; &#234;tre nouveau- les EMS ont pour vocation de promouvoir l'autonomie et la protection des personnes, la coh&#233;sion sociale, l'exercice de la citoyennet&#233; et de pr&#233;venir les exclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi repr&#233;cise aussi les missions des EMS :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Evaluation et pr&#233;vention des risques sociaux et m&#233;dico-sociaux, information, investigation, conseil, orientation, formation, m&#233;diation et r&#233;paration.
* * Protection administrative ou judiciaire
* * Actions &#233;ducatives, m&#233;dico-&#233;ducatives, m&#233;dicales et th&#233;rapeutiques, p&#233;dagogiques et de formation adapt&#233;es aux besoins de la personne, &#224; son niveau de d&#233;veloppement, &#224; ses potentialit&#233;s, &#224; l'&#233;volution de son &#233;tat ainsi qu'&#224; son &#226;ge
* * Actions d'int&#233;gration, d'adaptation, de r&#233;adaptation, de r&#233;insertion sociale, d'aide &#224; la vie active, d'information et de conseil
* * Actions d'assistance dans les divers actes de la vie, de soutien et d'accompagnement, y compris &#224; titre palliatif,
* * Actions contribuant au d&#233;veloppement social et culturel
* Au travers de cette loi, la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise confie donc aux EMS la mission de d&#233;velopper l'autonomie de leurs usagers pour favoriser leur int&#233;gration sociale, afin qu'ils aient acc&#232;s &#224; l'exercice de la citoyennet&#233;. Il s'agit d'une mission parmi d'autres (par exemple celles de protection ou d'assistance) mais si elle appara&#238;t souvent dans le d&#233;claratif (projets d'&#233;tablissements ou personnalis&#233;s) comment se traduit-elle dans les actions quotidiennes ? N'est-elle pas justement en contradiction avec d'autres missions : peut-on favoriser le d&#233;veloppement de l'autonomie de quelqu'un que l'on doit assister et prot&#233;ger ? De m&#234;me que l'on ne peut ordonner &#171; sois libre &#187;, peut-on confier la mission &#171; rends autonome &#187; &#224; un professionnel dont on ne sait pas si lui-m&#234;me a la possibilit&#233; de d&#233;velopper son autonomie dans la structure qui l'emploie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de r&#233;fl&#233;chir sur ces points, il nous para&#238;t indispensable de pr&#233;ciser le sens que nous attribuons aux diff&#233;rents termes que sont l'autonomie et la d&#233;mocratie et quelles sont les conditions qui semblent n&#233;cessaires et indispensables pour que l'une comme l'autre puissent exister...et donc se remettre en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;strong&gt;2. Quelques d&#233;finitions pour plus de clart&#233; :&lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;finitions sont celles qui fondent notre r&#233;flexion comme notre pratique. Elles ne doivent pas s'entendre comme d&#233;finitives mais comme propositions susceptibles, elles-aussi, d'&#234;tre remises en question et r&#233;interrog&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan psychologique, PIAGET2 d&#233;crit le ph&#233;nom&#232;ne de d&#233;veloppement de l'intelligence par l'adaptation, repr&#233;sentant l'&#233;quilibre progressif entre deux types d'&#233;changes : les &#233;changes assimilateurs et les &#233;changes accommodateurs de l'organisme avec le milieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette adaptation est un ensemble de &#171; comportements propres cognitifs &#187; qui caract&#233;risent l'individu. Selon VARELLA 3, ce n'est pas faire violence &#224; PIAGET que de reformuler ces op&#233;rations cognitives en terme &#171; d'organisation autonome &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assimilation repr&#233;sente le processus par lequel le sujet impose ses structures propres, qui pr&#233;existent en lui, &#224; un &#233;l&#233;ment du milieu ou &#224; un objet. Il s'agit de l'int&#233;gration de donn&#233;es ext&#233;rieures dans les structures du sujet. Ce terme auquel PIAGET donne un sens tr&#232;s g&#233;n&#233;ral peut s'appliquer aussi bien &#224; l'assimilation physiologique d'aliments (transformation d'aliments issus du milieu ext&#233;rieur en nutriments, ayant la m&#234;me structure que ceux existant d&#233;j&#224; dans l'organisme) qu'&#224; l'assimilation psychologique du scientifique qui, devant des donn&#233;es empiriques ext&#233;rieures assimile un ph&#233;nom&#232;ne &#224; ses structures mentales personnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accommodation constitue le processus par lequel le sujet modifie ses structures propres, en tenant compte de la r&#233;sistance que le milieu ou les objets opposent &#224; leur assimilation. Cette accommodation permet de surmonter cette r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assimilation et l'accommodation sont deux processus paradoxaux. L'accommodation pr&#233;suppose l'assimilation, la compl&#232;te et la corrige, et en est aussi l'inverse. Dans l'assimilation, le sujet agit sur l'objet (ou le milieu), dans l'accommodation, l'objet (ou le milieu) oblige le sujet, par la r&#233;sistance qu'il lui oppose, &#224; s'aligner sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PIAGET interpr&#232;te cette adaptation dans un cadre syst&#233;mique. Il s'agit d'une &#233;quilibration concernant le syst&#232;me de relations entre un organisme et son milieu. Pour PIAGET, dans la conduite intelligente (ou autonome), le sujet s'adapte le monde (assimilation) en s'adaptant au monde (accommodation). Il y a des &#233;tapes et des degr&#233;s diff&#233;rents dans cette &#233;quilibration qui se situe entre deux extr&#234;mes d&#233;finis par Piaget comme le jeu (assimilation pure) et l'imitation (accommodation pure).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour CASTORIADIS4, l'individu autonome cr&#233;e un sens pour sa vie en participant aux significations que cr&#233;e sa soci&#233;t&#233;, en participant &#224; leur cr&#233;ation, soit comme &#171; auteur &#187;, soit comme &#171; r&#233;cepteur &#187; (public) de ces significations. Pour cet auteur, l'autonomie, c'est la libert&#233; sous la loi, ce qui signifie participation &#224; la position de cette loi. Cette participation ne caract&#233;rise la libert&#233; que si elle est &#233;galement possible pour tous, non pas dans la lettre de la loi, mais dans l'effectivit&#233; sociale. Cela signifie aussi qu'il n'y peut y avoir d'autonomie individuelle sans autonomie collective, qu'il ne peut y avoir de cr&#233;ation de sens pour sa vie pour chaque individu qui ne s'inscrive dans le cadre d'une cr&#233;ation collective de significations. Dans une soci&#233;t&#233; autonome (ou d&#233;mocratique), chaque individu est libre de cr&#233;er pour sa vie le sens qu'il veut, et qu'il peut. Mais selon CASTORIADIS, il est absurde de penser que l'individu peut faire cela hors de tout contexte et de tout conditionnement social-historique : cela nous renvoie donc au &#171; s'adapter le monde et s'adapter au monde &#187; de PIAGET. Il y a donc aussi une id&#233;e d'auto-limitation pour l'individu autonome : il rep&#232;re et tient compte des contraintes de son environnement (par exemple contraintes &#233;cologiques dans le respect des g&#233;n&#233;rations futures...). L'individu autonome analyse aussi et utilise les le&#231;ons de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; autonome ou d&#233;mocratique, toujours selon CASTORIADIS, est une soci&#233;t&#233; qui met en question tout sens pr&#233;donn&#233;, et o&#249;, de ce fait m&#234;me, est lib&#233;r&#233;e la cr&#233;ation de significations nouvelles. La d&#233;mocratie n'est pas un mod&#232;le institutionnel ni un r&#233;gime au sens traditionnel du terme. La d&#233;mocratie c'est l'auto-institution de la collectivit&#233; par la collectivit&#233; (constitu&#233;e d'individus autonomes) et cette auto-institution comme mouvement. Ce mouvement s'appuie sur des institutions d&#233;termin&#233;es, qui le facilitent, mais aussi il s'appuie aussi sur le savoir que nos lois ont &#233;t&#233; faites par nous et que nous pouvons les changer. Il ne peut y avoir de soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique sans paideia (ou &#233;ducation) d&#233;mocratique, visant &#224; d&#233;velopper chez tous les capacit&#233;s correspondantes qui permettent d'assumer la charge publique. Une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique est donc une institution d'&#233;ducation et d'auto-&#233;ducation permanentes de ses citoyens, qui ne peut perdurer sans cela. La centralit&#233; de l'&#233;ducation dans une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique est donc indiscutable. Une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, en tant que collectivit&#233; politique r&#233;flexive et d&#233;lib&#233;rative, doit faire constamment appel &#224; l'activit&#233; lucide et &#224; l'opinion &#233;clair&#233;e de tous ses citoyens (le citoyen responsable &#233;tant celui qui est capable de gouverner et d'&#234;tre gouvern&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon ces conceptions de la d&#233;mocratie et de l'autonomie, la d&#233;mocratie favorise le d&#233;veloppement de l'autonomie de l'individu, comme celle-ci est elle-m&#234;me n&#233;cessaire au fonctionnement de la d&#233;mocratie : elles s'alimentent l'une l'autre, dans un mouvement continu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Quelques questions :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au regard du texte de la loi 2002-2, et des d&#233;finitions que nous venons de proposer, il appara&#238;t bien que la mise en place d'organisations d&#233;mocratiques, pour favoriser l'int&#233;gration et l'insertion5 des usagers dans la soci&#233;t&#233; et le d&#233;veloppement de leur autonomie, rel&#232;ve des missions confi&#233;es aux EMS par la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous appartient alors, en tant que professionnels et responsables de ce secteur, de nous interroger sur nos pratiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels types d'organisation et quelles pratiques permettent de garantir cette &#171; mise en question de tout sens pr&#233;donn&#233; &#187; et &#171; la lib&#233;ration de la cr&#233;ation de significations nouvelles &#187; au quotidien, pour reprendre les termes de CASTORIADIS ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faisons-nous dans ces &#233;tablissements pour d&#233;velopper les capacit&#233;s des usagers &#224; assumer &#171; la charge publique &#187; : quelles actions d'&#233;ducation sont d&#233;velopp&#233;es (ou paideia) dans cet objectif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en place des dispositifs instaur&#233;s par la loi 2002-2 (Conseils &#224; la vie sociale, projet d'&#233;tablissements, r&#232;glements de fonctionnement...) ne peut &#234;tre suffisante &#224; elle seule pour garantir le caract&#232;re d&#233;mocratique de nos fonctionnements6 : comment impliquer les diff&#233;rents acteurs dans cette mise en place en mobilisant leur autonomie et en leur permettant de la d&#233;velopper ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne risquons-nous pas, en r&#233;pondant &#224; la commande de la loi par rapport &#224; ces dispositifs, de cr&#233;er des &#171; coquilles vides &#187; juste pour ob&#233;ir &#224; ses prescriptions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains de nos fonctionnements et de nos choix d'organisation n'ont-ils pas d'ailleurs comme effet de plut&#244;t renforcer l'exclusion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233; (dont on peut aussi, au passage, se demander si elle est r&#233;ellement d&#233;mocratique) ne nous place-t-elle pas dans cette &#171; barbarie douce &#187; dont parle LE GOFF7, en nous enjoignant de corriger et pr&#233;venir les effets de l'exclusion dont elle est elle-m&#234;me responsable, de d&#233;velopper l'autonomie d'usagers accompagn&#233;s par des professionnels qui eux-m&#234;mes n'ont pas toujours la possibilit&#233; d'exprimer et d&#233;velopper la leur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on demander &#224; des professionnels de d&#233;velopper leur autonomie et celle des usagers alors qu'on envisage de leur imposer des guides de bonnes pratiques (ou de &#171; bientraitance &#187;), des outils de mesure de leurs r&#233;sultats et d'une soi-disant auto-&#233;valuation8 : ne risque-ton pas de pratiquer un &#171; management paradoxal &#187; destabilisant &#224; la fois pour les professionnels et pour les usagers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs le d&#233;veloppement de l'autonomie de tous, usagers comme professionnels, ne doit-il pas se concevoir comme un seul et m&#234;me objectif ? Dans le cas contraire ne signifions-nous pas &#224; cet usager qu'il ne peut avoir acc&#232;s ou alors seulement &#224; un degr&#233; moindre, au r&#244;le de citoyen ? Ne risquons-nous pas alors, en lui niant ses capacit&#233;s, mais aussi en consid&#233;rant qu'il ne peut les d&#233;velopper, de &#171; tuer symboliquement l'autre &#187;, pourtant notre semblable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.Pas de r&#233;ponse : des pistes de travail et de r&#233;flexion :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au regard des missions qui nous sont confi&#233;es, ces interrogations permanentes, parmi d'autres, nous semblent favoriser cette &#171; mise en question de tout sens pr&#233;donn&#233; &#187;. Elles r&#233;pondent &#224; la n&#233;cessit&#233; de soumettre nos actions et leur contenu &#224; la question de leur sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette optique, la mise en place des dispositifs d&#233;finis par la loi 2002-2 peut nous permettre de d&#233;velopper cette institution d'&#233;ducation et d'auto-&#233;ducation. Pour que ces dispositifs ne soient pas qu'une r&#233;ponse &#224; la commande de la loi, et donc des coquilles vides parodies de d&#233;mocratie, nous devons en revanche nous en saisir comme des moyens de d&#233;velopper les capacit&#233;s des acteurs &#224; &#171; assumer la charge publique &#187;. Cela n&#233;cessite souvent un apprentissage pour les professionnels comme pour les usagers : nous avons vu que la d&#233;mocratie ne se d&#233;cr&#232;te pas, elle se construit tout en se remettant en question. Il semble en revanche essentiel que les acteurs participent aux prises de d&#233;cisions qui concernent leur vie dans l'institution et qu'ils puissent rep&#233;rer les cons&#233;quences de ces d&#233;cisions pour pouvoir &#233;ventuellement les r&#233;ajuster.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n&#233;cessite aussi d'adapter notre communication au public auquel elle s'adresse. Par exemple, un vote &#224; un Conseil de la vie sociale par des r&#233;sidents qui ne savent pas lire ne peut se concevoir avec des bulletins &#233;crits et doit proposer des bulletins avec des photos (ou tout autre moyen adapt&#233;) : c'est simple, alors il faut le faire ! Par ailleurs, &#234;tre repr&#233;sentant dans une telle instance n'est pas facile, que l'on soit d&#233;ficient ou pas : les professionnels doivent donc apprendre &#224; l'apprendre aux usagers...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe au quotidien bien d'autres occasions de solliciter les capacit&#233;s des personnes &#224; gouverner et &#224; &#234;tre gouvern&#233;es, &#224; cr&#233;er un sens pour leur vie en participant &#224; la cr&#233;ation des significations par l'organisation, soit comme acteur, soit comme r&#233;cepteur. La vraie r&#233;ception d'une &#171; &#339;uvre &#187; pouvant en effet &#234;tre autant cr&#233;atrice que sa cr&#233;ation. Cela n&#233;cessite en revanche d'&#234;tre &#224; l'&#233;coute attentive des r&#233;ponses exprim&#233;es face &#224; cette cr&#233;ation, de les souligner, de les analyser et de les remettre en travail avec leurs auteurs. Cette posture d'&#233;coute et d'observation est d'autant plus essentielle que pour certains publics la r&#233;ponse n'est pas verbale, ni imm&#233;diatement &#171; lisible &#187; et qu'elle peut prendre toutes sortes de formes d'expressions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise de conclusion, nous voudrions enfin attirer votre attention sur la r&#233;flexion d'Hannah ARENDT9 pour laquelle il existe trois fa&#231;ons, utilis&#233;es dans les r&#233;gimes totalitaires, de nier l'humanit&#233; chez un &#234;tre humain : nier sa personne juridique, nier sa personne morale et enfin nier son individualit&#233; psychique en cassant sa spontan&#233;it&#233; et sa capacit&#233; &#224; cr&#233;er quelque chose de neuf &#224; partir de ses propres ressources. Inversement, nous pouvons imaginer qu'en permettant &#224; la personne de d&#233;velopper et exprimer ses trois facettes nous favorisons le d&#233;veloppement de son autonomie et donc sa participation au projet d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous appartient donc de permettre aux acteurs des EMS d'exprimer leur spontan&#233;it&#233; et de d&#233;velopper leurs capacit&#233;s &#224; cr&#233;er quelque chose de neuf &#224; partir de leurs propres ressources : il n'est pas s&#251;r que cela fasse partie de nos pr&#233;occupations quotidiennes et principales d'encadrants et de professionnels...alors pour plus de d&#233;mocratie n'oublions pas de cr&#233;er et de laisser cr&#233;er...!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Nous pr&#233;f&#233;rons, &#224; l'instar du sociologue Mohand KHELLIL, le terme int&#233;gration qui nous semble mieux correspondre &#224; la n&#233;cessaire interaction entre l'individu et le milieu (ou la soci&#233;t&#233;) et donc mieux traduire la n&#233;cessit&#233; du travail autour de cette double autonomie : celle de l'individu et celle de la soci&#233;t&#233;, pour parvenir &#224; l'int&#233;gration, projet politique individuel et collectif. Mais force est de constater que les deux termes d'insertion et d'int&#233;gration sont utilis&#233;s indiff&#233;remment dans des acceptions fort diff&#233;rentes, teintant alors le discours d'un manque de pr&#233;cision et de clart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 PIAGET J., &#171; Psychologie de l'intelligence &#187;, Armand Colin, Paris, et : &#171; Biologie et connaissance &#187;, Gallimard, Paris,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 VARELLA F., &#171; Autonomie et connaissance &#187;, Seuil, Paris, 1989, p 167&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 CASTORIADIS C., &#171; La mont&#233;e de l'insignifiance &#187;, Seuil, Paris, 1996&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Ainsi que, comme nous le rappelle la loi, pr&#233;venir l'exclusion et corriger ses effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 De m&#234;me que le droit de vote n'est pas suffisant (bien que n&#233;cessaire) pour assurer la d&#233;mocratie d'une soci&#233;t&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 LE GOFF J.-P., &#171; La barbarie douce &#187;, La D&#233;couverte, Paris, 1999&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Dans l'auto-&#233;valuation, la personne doit &#233;laborer elle-m&#234;me l'outil : dans le cas contraire il s'agit d'une &#233;valuation auto-administr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 POCHE F., &#171; Penser avec Arendt et L&#233;vinas &#187;, Chronique Sociale, Lyon, 2003&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>De la conscience &#224; l'implication charnelle dans la pens&#233;e critique d'aujourd'hui</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?169-de-la-conscience-a-l-implication</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?169-de-la-conscience-a-l-implication</guid>
		<dc:date>2009-06-20T16:10:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;De la conscience &#224; l'implication charnelle dans la pens&#233;e critique d'aujourd'hui Par Marina Garc&#233;s, Vienne, 19 avril 2008 Deux si&#232;cles de pens&#233;e critique moderne ont produit de nombreuses d&#233;-finitions de la critique selon l'objet et le contexte consid&#233;r&#233;s. Je propose au d&#233;-part une d&#233;finition qui r&#233;sume de fa&#231;on pour ainsi dire transversale les princi-paux aspects de la tradition critique : &#171; la critique est un type de discours qui entra&#238;ne des effets pratique lib&#233;rateurs sur ce que (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la conscience &#224; l'implication charnelle dans la pens&#233;e critique d'aujourd'hui&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Marina Garc&#233;s, Vienne, 19 avril 2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux si&#232;cles de pens&#233;e critique moderne ont produit de nombreuses d&#233;-finitions de la critique selon l'objet et le contexte consid&#233;r&#233;s. Je propose au d&#233;-part une d&#233;finition qui r&#233;sume de fa&#231;on pour ainsi dire transversale les princi-paux aspects de la tradition critique : &#171; la critique est un type de discours qui entra&#238;ne des effets pratique lib&#233;rateurs sur ce que nous pouvons voir, ce que nous pouvons &#234;tre et ce que nous pou-vons faire. &#187; Comme vous le voyez, c'est l&#224; une d&#233;finition tout &#224; fait classi-que. Apr&#232;s bien des ann&#233;es de crise de la pens&#233;e critique, je crois que cette d&#233;-finition reste valide de m&#234;me que l'exigence qu'elle contient encore au-jourd'hui pour nous. Mais &#233;videmment, cette validit&#233; d&#233;pend de notre capacit&#233; &#224; lui donner une nouvelle signification, c'est-&#224;-dire &#224; la replacer dans les condi-tions r&#233;elles du monde actuel et &#224; l'incarner en tant que d&#233;termination de notre existence concr&#232;te. C'est ce que je vais tenter de faire ici.
Je distinguerai trois moments. Je consid&#233;rerai d'abord :
1&#176;/ Ce que nous pouvons voir, et je parlerai de cette nouvelle forme du dogme &#224; laquelle la critique est confront&#233;e, &#224; savoir le dogme sans masques, l'&#233;vidence du capitalisme mondialis&#233;.
2&#176;/ Ce que nous pouvons &#234;tre, et j'insisterai sur la question de savoir ce que signifie assumer corporellement la critique, autrement dit &#234;tre affect&#233;.
3&#176;/ Ce que nous pouvons faire, et je poserai la question des conditions de la cr&#233;ation d'une pens&#233;e critique au-jourd'hui, &#224; partir de mon exp&#233;rience du projet &#8216;Espai en Blanc' (espace en blanc, espace vide : tous renseigne-ments &#224; ce sujet sur &lt;a href=&#034;https://www.espaienblanc.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.espaienblanc.net&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CE QUE NOUS POUVONS VOIR
Presque toutes les d&#233;finitions et les traditions de la critique impliquent l'id&#233;e de montrer ou de mettre au jour quelque chose qu'on ne voit pas : une v&#233;rit&#233; cach&#233;e, des conditions de possibi-lit&#233;s, une contradiction, une irrationali-t&#233;, l'intol&#233;rable, les limites de ce que nous sommes, etc. La critique est donc quelque chose comme un effet de vi-sion qui ne se limite pas &#224; la contempla-tion mais est cens&#233; avoir un pouvoir de transformation : transformation de la conscience, du sujet, de l'histoire, des formes de vie, etc.
L'une des principales caract&#233;risti-ques du capitalisme mondialis&#233;, cepen-dant, de ce capitalisme qui est devenu le seul monde possible, c'est qu'il ne porte plus de masques. Il n'a rien &#224; ca-cher. Il n'y a plus de secret de la pro-duction. Une fois tomb&#233;s tous ses mas-ques, il nous laisse son &#233;vidence comme forme de l&#233;gitimation. &#171; Il n'y a rien d'autre &#187;, nous dit le monde.
Apr&#232;s la chute du communisme en tant qu'horizon de la transformation so-ciale, on a beaucoup parl&#233; du triomphe du capitalisme. Mais &#224; consid&#233;rer le v&#233;-ritable &#233;tat du monde aujourd'hui, m&#234;me superficiellement, il est clair que ce triomphe du capitalisme n'est pas un v&#233;ritable succ&#232;s. Ses promesses, ses vertus, ses r&#233;alisations ne sont plus le fondement de sa l&#233;gitimit&#233;. Il s'en tient &#224; cette v&#233;rit&#233; d'&#233;vidence qui lui permet de se d&#233;clarer le seul monde possible. Sans qu'il ait besoin de se d&#233;fendre ou de se justifier, son &#233;vidence est une nouvelle forme de dogmatisme. Un dogmatisme sans masques qu'aucune sorte de r&#233;v&#233;lation ne saurait percer &#224; jour ni combattre.
L'acte de braquer la lumi&#232;re sur le monde d'aujourd'hui ne peut plus le d&#233;senchanter, et pourtant son &#233;vidence est une sorte d'enchantement. Cet en-chantement est la neutralisation de la critique. L'&#233;vidence du monde neutra-lise la critique en ce qu'il la ram&#232;ne &#224; trois sortes de jugements :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;/ Un jugement moral : nous pouvons approuver ou condamner l'&#233;tat des choses ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;/ un jugement esth&#233;tique : nous pouvons aimer ou non la r&#233;alit&#233; et choi-sir en son sein diff&#233;rents style de vie ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;/ un jugement psychologique : nous pouvons vivre bien ou mal cette r&#233;alit&#233; &#8211; de plus en plus mal, si on se fie au nombre de nouveaux troubles psy-chiques en Europe et dans les soci&#233;t&#233;s d&#233;velopp&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi confin&#233;e, la critique se re-trouve pi&#233;g&#233;e entre impuissance et in-diff&#233;rence. J'analyse cette oscillation entre impuissance et indiff&#233;rence du point de vue ontologique dans mon li-vre Dans les prisons du possible (En las prisiones de lo posible, &#233;d. Bellaterra, Barcelone, 2002). J'y propose une ana-lyse du paradoxe de l'existence dans un monde o&#249; tout est possible mais qui ne peut &#234;tre chang&#233; et j'introduis le concept de contingence irr&#233;vocable.
D'un point de vue plus sp&#233;cifi-quement politique, l'expression &#8216;prisons du possible' signi-fie le kidnapping ou l'expropriation du monde en tant que ce que nous pou-vons collectivement transformer, en tant que la r&#233;alit&#233; qui &#233;merge entre nous, aux intersections de nos actions collectives. On pourrait dire que la mondialisation configure le monde comme une unit&#233; qui n'aurait pas de dimension commune. Nous sommes les t&#233;moins concern&#233;s de la prolif&#233;ra-tion d'innombrables mondes v&#233;cus qui n'ont aucun contact entre eux mais qui se conforment &#224; la r&#233;alit&#233; unique et confirment son unicit&#233;. C'est ce que certains ont analys&#233; comme la cons&#233;-quence de la privatisation de l'existence. A partir de chacun de ces micro-mondes de la vie privatis&#233;e on peut constater l'&#233;vidence du monde, on peut le juger (dans les trois registres mentionn&#233;s ci-dessus), mais sans que cela r&#233;sulte directement en sa transfor-mation. A quelles conditions un tel r&#233;-sultat pourrait-il &#234;tre obtenu ? Com-ment &#234;tre affect&#233; par notre exp&#233;rience du monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CE QUE NOUS POUVONS &#202;TRE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que quelque chose nous ar-rache &#224; notre existence impuissante et indiff&#233;rente. Il faut que quelque chose nous arrache &#224; notre r&#244;le de victimes et de spectateurs.
Or, pr&#233;cis&#233;ment, une exp&#233;rience a &#233;t&#233; men&#233;e en Espagne qui peut pr&#233;sen-ter un int&#233;r&#234;t &#224; cet &#233;gard. Apr&#232;s l'attentat &#224; la bombe du 11 mars &#224; Ma-drid, s'est enclench&#233; un processus d'&#233;laboration critique d'une nouvelle signification (voir l'article &#8216;Las luchas del vacio &#187; - les luttes de vide &#8211; dans Espai en blanc N&#176;3-4 ; et &#8216;La sociedad terap&#233;utica', &#233;d. Bellaterra, Barcelone, 2007.) Des survivants ou des personnes ayant perdu un proche dans les trains cr&#233;&#232;rent une association qui rejetait la cat&#233;gorie de victimes qu'on leur appli-quait officiellement. Ils d&#233;cid&#232;rent de se d&#233;signer comme &#171; affect&#233;s &#187;. Ce d&#233;pla-cement s&#233;mantique traduit une tr&#232;s int&#233;-ressante transformation de leur condi-tion politique. On peut l'analyser sous trois aspects, qui soul&#232;vent trois groupes de questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;/ Ils rejettent la passivit&#233; et la r&#233;-ceptivit&#233; de la souffrance pour engager une plus ample transformation d'eux-m&#234;mes. &#202;tre une victime vous place dans un processus unidirectionnel qui a un effet tr&#232;s concret. Mais que signifie &#234;tre un &#8216;affect&#233;' ? O&#249; commencent et o&#249; finissent les effets d'une telle situa-tion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;/ La r&#233;paration (punition pour les coupables et indemnisation pour les victimes) cesse d'&#234;tre l'unique but de qui a subi une agression. Qu'attend donc un &#8216;affect&#233;' ? Quelles sont ses perspectives, quel horizon ouvre une telle condition ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;/ L'identit&#233; de la victime, parfai-tement individualis&#233;e, s'estompe en se fondant dans une communaut&#233; d'exp&#233;rience. Qui sont les &#8216;affect&#233;s' ?
Le spectateur se limite &#224; condam-ner l'attentat et &#224; &#233;prouver l'horreur de cette vision. La victime se limite &#224; souf-frir et &#224; esp&#233;rer une r&#233;paration. Mais que peut un &#8216;affect&#233;' ? Que peuvent les &#8216;affect&#233;s' ? Telle est la question que le Forum cr&#233;&#233; apr&#232;s le 11 mars a pos&#233;e et maintient ouverte. La question qu'il a projet&#233;e sur nous.
Elle nous permet d'envisager sous un nouveau jour la question des possibi-lit&#233;s de la critique aujourd'hui. Face &#224; l'&#233;vidence de la r&#233;alit&#233; du monde, est-ce que cela a encore un sens de pr&#233;ten-dre &#224; davantage de conscience ? La pens&#233;e critique a toujours pr&#233;tendu &#8216;&#233;lever la conscience'. Pouvons-nous maintenir cette pr&#233;tention ? D&#232;s lors que nous pouvons voir et savoir &#224; peu pr&#232;s tout (le monde est d&#233;sormais &#233;clai-r&#233;) et qu'il ne se passe rien, le probl&#232;me qui se pose &#224; nous est celui de l'incarnation du discours critique : comment faire pour que la pens&#233;e criti-que acqui&#232;re un corps ? Si la cons-cience ne conduit qu'&#224; un jugement in-dividuel, la condition d' &#8216;affect&#233;' d&#233;-bouche sur une communaut&#233; d'exp&#233;rience et, nous l'avons dit, sur un horizon de perspectives qui nous laisse dans l'incertitude quant &#224; ce que nous pouvons exactement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on passe ainsi de l'&#233;tat de &#8216;conscient' &#224; celui d' &#8216;affect&#233;', la cen-tralit&#233; de l'esprit c&#232;de la place &#224; la cen-tralit&#233; du corps. Autrement dit, nous &#233;changeons la dualit&#233; lumi&#232;re/obscurit&#233; contre l'ambivalence de notre vuln&#233;-rabilit&#233;. Mais en quel sens la vuln&#233;rabi-lit&#233; est-elle ambivalente ?
D'un c&#244;t&#233;, vuln&#233;rabilit&#233; signale nos insuffisances ou nos incapacit&#233;s &#233;motionnelles. C'est ce que cultive en nous une nouvelle forme de pouvoir, qu'on appelle &#171; pouvoir th&#233;rapeuti-que &#187; ; c'est la n&#233;cessit&#233; o&#249; nous nous trouvons de recourir &#224; l'intervention institutionnelle dans la plupart des as-pects de notre existence et dans la con-duite de notre vie pr&#233;caire et privatis&#233;e. C'est aussi ce qui constitue l'aspect le plus radical de l'exploitation qu'impose quotidiennement la pr&#233;carit&#233; pr&#233;sente.
Mais d'un autre c&#244;t&#233;, la vuln&#233;rabi-lit&#233; est aussi notre lien fondamental aux autres, ce qui lie notre existence &#224; d'autres existences. Judith Butler dans son livre r&#233;cent &#171; Precarious life &#187;, ana-lyse ce second aspect de la vuln&#233;rabili-t&#233;. Elle prend pour point de d&#233;part de sa r&#233;flexion l'exp&#233;rience de la violence et du deuil, qui sont l'une et l'autre li&#233;s &#224; l'attaque du 11 septembre. Elle voit dans la violence et le deuil la source d'un possible d&#233;veloppement de cette dimension de notre existence qui fait de nous quelque chose de plus qu'un indi-vidu : ce lien qui non seulement nous lie mais qui aussi constitue notre exis-tence en y introduisant la question du NOUS, la question de ce qui est com-mun.
Si le 11 septembre et le 11 mars nous proposent un nouveau vocabulaire et peut-&#234;tre un nouveau point de d&#233;part pour une politique, il serait erron&#233;, se-lon moi, d'enfermer ces nouvelles si-gnifications dans le contexte de la catas-trophe, du d&#233;sastre et de la menace mortelle. Je crois tr&#232;s important d'affirmer que la vuln&#233;rabilit&#233; n'est pas seulement une d&#233;termination passive de l'existence humaine et qu'elle n'a pas seulement &#224; voir avec la souffrance et la douleur. La vuln&#233;rabilit&#233; n'est pas seu-lement r&#233;ceptive. Elle signifie &#233;gale-ment une r&#233;elle capacit&#233; de s'exposer. C'est cela &#234;tre vuln&#233;rable. Autrement dit, &#234;tre affect&#233;. En ce sens, la vuln&#233;ra-bilit&#233; n'entra&#238;nerait pas une incapacit&#233; ; ce serait une potentialit&#233;, qui r&#233;siderait n&#233;cessairement dans un pouvoir collec-tif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partant de ce second sens de la vuln&#233;rabilit&#233; et en suivant Butler mais en d&#233;passant le champ de la souffrance, il est possible d'envisager une vuln&#233;ra-bilit&#233; qui n'&#233;quivaudrait pas &#224; de l'impuissance mais qui nous r&#233;v&#233;lerait l'impossibilit&#233; d'&#234;tre seulement un in-dividu. C'est la d&#233;couverte de notre in-terd&#233;pendance. Faire l'exp&#233;rience de l'interd&#233;pendance, du NOUS comme dimension de notre propre existence, c'est un moyen de reconqu&#233;rir au-jourd'hui le monde. Dans ce monde confisqu&#233; par le capitalisme mondiali-s&#233;, l'interd&#233;pendance ne se manifeste que dans l'ombre d'une menace : la menace de la destruction de la plan&#232;te par l'action des hommes. Il s'agit l&#224; d'une interd&#233;pendance dans l'h&#233;t&#233;ronomie, qui dit &#224; chacun de nous que son existence est dans des mains &#233;trang&#232;res. Mais il y a un autre sens de l'interd&#233;pendance, que nous appelle-rons autonome. C'est la d&#233;couverte que le monde est la dimension commune de nos existences particuli&#232;res. Autonomie non pas entendue comme une propri&#233;t&#233; individuelle qu'il faudrait prot&#233;ger con-tre le monde et contre les autres, mais entendue comme la potentialit&#233; collec-tive de faire le monde.
Cette relation entre interd&#233;pen-dance et autonomie n'est pas &#233;vidente, pas du tout : en r&#233;alit&#233;, c'est l&#224; ce qui brise l'&#233;vidence de notre monde. L'interd&#233;pendance ne signifie pas que ma vie est menac&#233;e du fait des liens qui l'unissent &#224; l'action des autres, mais que mon existence a toujours une dimension qui est NOUS, m&#234;me si les faits semblent continuellement la d&#233;-mentir. Comment atteindre cette di-mension ? Comment l'&#233;prouver ? C'est le travail de la critique, cette op&#233;ration de transformation qui peut changer ra-dicalement ce que nous pouvons voir, ce que nous pouvons &#234;tre et ce que nous pouvons faire. Entre autres d&#233;finitions de la critique, Foucault donne celle-ci : cr&#233;ation et critique de nous-m&#234;mes dans notre autonomie. Pour moi, cette autonomie signifie aujourd'hui ce que je viens de dire : non plus une maturit&#233; du sujet capable de jugement, mais, bien plus important que cela, le courage d'une existence qui ose &#234;tre affect&#233;e, s'exposer. Non plus la conqu&#234;te de la libert&#233; comme mouvement d'un sujet qui se rend ind&#233;pendant du monde et des autres, mais la conqu&#234;te de la liber-t&#233; dans cet entrelacement qui nous lie aux autres. Explorer ces liens &#224; partir de la construction de l'autonomie comme potentialit&#233; collective, c'est l&#224;, selon moi, l'horizon de la pens&#233;e critique au-jourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CE QUE NOUS POUVONS FAIRE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui pr&#233;c&#232;de a des r&#233;percussions importantes sur la fa&#231;on dont nous de-vrions construire un discours critique aujourd'hui. Si nous affirmons qu'un discours critique a les effets pratiques de lib&#233;ration dont nous avons parl&#233; en commen&#231;ant, alors notre but doit &#234;tre de provoquer cette dimension du NOUS dans notre existence, de l'&#233;veiller ou de la d&#233;velopper. En ce sens, la critique continue d'&#234;tre un dis-cours pratique qui vise &#224; nous faire voir quelque chose que nous ne voyons pas. Mais cette vision n'est plus une vision de notre conscience qu'il suffirait d'annoncer ou de d&#233;clarer. Elle doit &#234;tre action. Elle doit s'incarner. Comment ?
Nous pourrions toujours dire que les mots sont des actes et rester confor-tablement install&#233;s dans le r&#244;le de pen-seurs critiques &#224; l'&#233;coute de nous-m&#234;mes. Mais cela ne suffit pas : je crois que nous avons tous senti combien souvent le champ de la critique se re-ferme en ghetto, un ghetto parmi tant d'autres, qui nous rend impossible de briser les cha&#238;nes de l'impuissance et de l'indiff&#233;rence.
Il est clair qu'il ne nous appartient pas de d&#233;cider de la r&#233;volution ni de la programmer. Mais il est urgent de met-tre en question et de transformer les conditions de cr&#233;ation d'un discours cri-tique aujourd'hui. Cela implique &#224; mes yeux d'effectuer au moins deux substi-tutions :
1&#176;/ renoncer &#224; la centralit&#233; de l'objet de la critique, toujours face &#224; nous, toujours isol&#233;, toujours &#224; distance de nous, pour en venir &#224; se demander QUI est affect&#233; par les probl&#232;mes que nous posons et que nous analysons. C'est cela que signifie incarner la criti-que. Le discours, habituellement cons-truit autour d'EUX (pour adopter la rh&#233;torique de l'analyste ou de l'expert) se transforme en une interrogation sur un NOUS, pour qui il n'existe plus d'objet d'analyse mais un champ commun d'exp&#233;rimentation que la cri-tique doit &#234;tre capable d'ouvrir et d'articuler. 2&#176;/ abandonner la l&#233;gitimit&#233; des voix qualifi&#233;es (intellectuels, prol&#233;tai-res, &#233;tudiants, pr&#233;caires, immigrants, etc.) au profit d'une voix anonyme pro-lif&#233;rante dont il est difficile de d&#233;finir les limites, aussi difficile que de r&#233;pon-dre &#224; la question toujours ouverte : qui sont les &#8216;affect&#233;s' ? Ces voix anonymes chassent la voix l&#233;gitime de son fau-teuil, non pour la faire taire mais pour l'ouvrir &#224; son infinitude, pour la contraindre &#224; se confronter &#224; sa dimen-sion de NOUS. La critique n'est plus un discours qu'on pr&#233;sente aux autres mais un discours qui se tricote avec les autres.
Si nous attendons de la critique des effets lib&#233;rateurs sur ce que nous pou-vons voir, sur ce que nous pouvons &#234;tre et sur ce que nous pouvons faire, dans un monde d'existences privatis&#233;es, si nous voulons rendre possible une exp&#233;-rience autonome de notre interd&#233;pen-dance, ces deux substitutions &#224; l'int&#233;rieur du discours critique et de ses conditions de cr&#233;ation sont aujourd'hui imp&#233;ratives.
J'ai mentionn&#233; plus haut le projet Espai en blanc. C'est un projet n&#233; il y a cinq ans de r&#233;flexion collective et prati-que &#224; l'intersection entre philosophie et activisme. Nous disions alors que notre but &#233;tait de retrouver ce qu'il y a de pas-sionnant &#224; penser. Et passionnant signi-fiait pour nous impliquer dans la pens&#233;e notre propre vie, se retrouver expos&#233;s et affect&#233;s par notre pens&#233;e. Tout ce que j'ai dit ici r&#233;sulte en quelque fa&#231;on de cette exp&#233;rience collective. Au cours de ces cinq ann&#233;es, cette activit&#233; s'est tra-duite par diverses interventions, publi-cations, etc. Mais ce qui a constitu&#233; &#224; Barcelone une intervention v&#233;ritable-ment critique, ce qui a remu&#233; bien des gens, ce n'est pas ce que nous avons dit ou &#233;crit, d&#233;pouill&#233; de son contexte, mais la fa&#231;on dont nous le disons. Ces deux derni&#232;res ann&#233;es, nous avons or-ganis&#233; tous les mois une r&#233;union dans un bar &#224; laquelle tout le monde est invi-t&#233; &#224; venir discuter avec les autres sur un probl&#232;me concret que nous proposons sur un blog ainsi que par voie d'affiches et de courrier. Pas de conf&#233;rencier pr&#233;-vu, pas de noms, et donc pas de public, pas de spectateurs. Les gens viennent pour r&#233;fl&#233;chir avec d'autres. C'est aussi simple que &#231;a, mais &#231;a a provoqu&#233; une v&#233;ritable r&#233;volution dans la fa&#231;on dont nous nous sentons affect&#233;s par ce que nous pensons, dont nous vivons dans notre corps des questions et des pro-bl&#232;mes nouveaux. Cette ann&#233;e, plus de cent personnes viennent &#224; chaque fois. Nous avons essay&#233; de prolonger ces r&#233;-unions par un forum sur internet. Cela n'a pas march&#233;. Pourquoi ? L'important, dans ces r&#233;unions, c'est d'&#234;tre l&#224;. D'&#234;tre affect&#233; par le silence, par les mots que nous cherchons en-semble et que parfois nous r&#233;ussissons &#224; trouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je donne l&#224; un tr&#232;s modeste exem-ple, mais j'ai voulu conclure l&#224;-dessus parce que dans notre monde on entend tous les jours de grands mots qui n'ont aucun effet. Trop souvent, ils nous ser-vent m&#234;me d'abri pour nous tenir &#224; dis-tance du monde. La critique doit an&#233;an-tir cette distance, nous aider &#224; trouver non pas un refuge mais bien le courage d'assumer notre autonomie interd&#233;pen-dante. Canetti le dit tr&#232;s bien : &#171; Ce n'est qu'ensemble que les hommes peuvent se lib&#233;rer du poids mort des distances qui les s&#233;parent. &#187; (Canetti, Masse et puissance).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Militer en paix avec la chefferie militante est-ce possible ?</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?168-militer-en-paix-avec-la-chefferie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?168-militer-en-paix-avec-la-chefferie</guid>
		<dc:date>2009-06-20T16:07:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Militer en paix avec la chefferie militante est-ce possible ? Philippe Coutant Oui il est possible de vivre en paix avec les diverses formes de chefferie militante &#224; condition d'accepter certaines r&#232;gles de bases. Je me permets d'en relever quelques unes et de vous les soumettre pour que vous en fassiez bon usage. Comme j'ai d&#233;j&#224; mon billet pour le Goulag, alors Basta ! Suite &#224; certaines difficult&#233;s r&#233;centes rencontr&#233;es dans les mouvements sociaux et dans mon engagement associatif et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Militer en paix avec la chefferie militante est-ce possible ?&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Philippe Coutant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui il est possible de vivre en paix avec les diverses formes de chefferie militante &#224; condition d'accepter certaines r&#232;gles de bases. Je me permets d'en relever quelques unes et de vous les soumettre pour que vous en fassiez bon usage. Comme j'ai d&#233;j&#224; mon billet pour le Goulag, alors Basta !
Suite &#224; certaines difficult&#233;s r&#233;centes rencontr&#233;es dans les mouvements sociaux et dans mon engagement associatif et politique, il m'a sembl&#233; n&#233;cessaire de revenir sur la question du pouvoir en politique. Je ne pense pas que l'engagement des personnes soit mauvais en lui-m&#234;me ou que les mouvements soient &#224; condamner au contraire, ils sont significatifs des contradictions actuelles de la domination capitaliste, il faut les soutenir et y participer. Ce qui fait probl&#232;me ce sont les mod&#232;les dans lequel l'existentiel militant se r&#233;alise. En fait il n'y a pas ou peu de d&#233;bats de fond sur les r&#233;f&#233;rences th&#233;oriques ou les buts g&#233;n&#233;raux, le communisme libertaire ou la r&#233;volution ne font pas probl&#232;me en eux-m&#234;mes. On peut d'ailleurs facilement constater que les grands buts humains sont n&#233;cessaires pour justifier le sacrifice &#224; la cause, pour rationaliser la soumission militante. Ce qui est en cause c'est la tactique et la strat&#233;gie, la vie militante et existentielle au quotidien. Si vous acceptez le pouvoir de certaines personnes, qui officiellement ne s'annoncent pas toujours comme &#233;tant des dirigeants ou des dirigeantes, mais qui ne s'en cachent pas en d'autres circonstances, vous n'aurez pas de probl&#232;mes. Si vous acceptez une vision de l'universel fa&#231;on &#171; chef &#187; tout ira bien, c'est &#224; dire que les critiques sont valables pour les autres jamais pour soi. On crie haut et fort &#224; la r&#233;cup&#233;ration, &#224; la manipulation, au comportement stalinien pour les autres, mais soi-m&#234;me en ne se montrant pas sous son vrai jour (la direction politique), on reproduit et profite au maximum de ce genre d'attitude.
Si vous acceptez d'&#234;tre intrumentalis&#233;-e, si en plus vous aimez votre soumission tout sera parfait, on vous aimera, vous valorisera, vous aurez votre place sans difficult&#233;, si au contraire vous froncez les sourcils, si vous souhaitez &#233;mettre un avis, une r&#233;serve vous devrez assumez le r&#244;le de tra&#238;tre. Ne vous &#233;tonnez si on vous regarde de travers, si on vous sert la soupe &#224; la grimace, fini les bisous, votre place sera toujours sur un si&#232;ge &#233;jectable, vous serez toujours suspect-e.
En fait vous devrez accepter que la chefferie militante poss&#232;de LA v&#233;rit&#233;. Ne cherchez pas pourquoi, c'est ainsi, l'organisation et son incarnation humaine (le dirigeant ou la dirigeante) sont intrins&#232;quement r&#233;volutionnaires, c'est par nature. Alors si vous osez certaines questions vous serez jug&#233; selon le crit&#232;re simple &#171; si tu n'es pas avec nous tu es contre nous ! &#187;. Cette coupure du tout ou rien se justifie facilement puisque la chefferie militante est l'organe dirigeant de l'organisation politique ou de l'association qu'il faut renforcer. Qu'importe si ainsi on r&#233;ussit &#224; faire rimer libertaire avec autoritaire, peu importe que l'on critique les partis classiques et que l'on adopte les m&#234;mes comportements qu'eux pour soi-m&#234;me. La chefferie militante ressemble en cela assez aux autres types de chefferies, elle n'est pas &#224; une contradiction pr&#232;s, l'important c'est de diriger sans forc&#233;ment le dire, sans n&#233;cessairement le revendiquer publiquement, d'instrumentaliser toutes les personnes rencontr&#233;es dans le sillage des luttes. Le l&#233;ninisme n'est pas mort, avec le secret en politique ce sont les bases de la construction et du d&#233;veloppement de la chefferie militante.
Sachez qu'il est inutile de respecter les r&#232;gles de bases de la d&#233;mocratie quand on a raison puisque les autres ont tort. On peut aussi la respecter en apparence en ayant une telle influence que les d&#233;bats sont fauss&#233;s d'avance. Il est inutile de reconna&#238;tre que la r&#233;volte se conjugue sous des modes multiples, que l'id&#233;e libertaire prend des formes diff&#233;rentes, l'essentiel c'est d'accepter la direction de la chefferie militante.
Suivant la ligne, dans un cas la rupture c'est tout de suite et vite, il n'y a pas de raison d'accepter des m&#233;diations, la lutte contre le capitalisme est une et ne se n&#233;gocie pas. Selon une autre modalit&#233; de la ligne politique, ce peut &#234;tre l'unit&#233; tout le temps, m&#234;me si les alli&#233;-es sont les repr&#233;sentantes objectifs de la domination. Dans les deux cas, quelque soit la lutte, le r&#233;el doit se plier &#224; la lignejuste.
L'autonomie c'est la chefferie militante qui la met en oeuvre, le fait que souvent elle n'appara&#238;t pas en tant que telle est li&#233; &#224; des questions de s&#233;curit&#233;, bien &#233;videmment. On pouvait rire de Georges Seguy qui disait que la CGT &#233;tait ind&#233;pendante du PCF dans les ann&#233;es soixante-dix, ici l'autonomie ne se discute pas si la chefferie militante est aux commandes. Sachez aussi qu'il y aura toujours une personne sinc&#232;re qui n'appartient pas &#224; la chefferie militante ou &#224; son regroupement pour justifier cette strat&#233;gie. En effet toutes les autres structures ont trahi, c'est bien connu ! Que cette personne ignore tout de la chefferie militante et de ses structures c'est encore mieux. On peut aussi justifier la ligne inverse d'unit&#233; inconditionnelle par l'adage &#171; plus on sera nombreux, mieux ce sera ! &#187;. Mais en fait tout cela c'est secondaire, ce qui compte c'est qui a la direction du mouvement. Il est impensable que celui-ci se donne seul les formes de direction qu'il souhaite ou pas de direction du tout d'ailleurs.
Comme le remarquait Nietszche, le soubassement mental qui permet &#224; la croyance de faire fortune c'est le ressentiment, ressentiment que prend bien soin de cultiver la chefferie militante. Dans un cas ce sera la gue-guerre permanente avec tout le monde qui sera l'&#233;l&#233;ment de base pour le succ&#232;s de ceux et celles qui ont raison seul-es contre tous et toutes ; dans un autre cas ce sera l'unit&#233; le leitmotiv avec la communion comme horizon mythique et le fameux &#171; tous ensemble &#187;, mais &#224; chaque fois, que ce soient des pr&#234;tres ou des r&#233;volutionnaires autoproclam&#233;-es, d&#233;tenir LA v&#233;rit&#233; pour avoir le pouvoir c'est fondamental.
Ces ph&#233;nom&#232;nes ne sont pas exotiques, pour nous aussi il est plus que temps de r&#233;fl&#233;chir au vieux proverbe russe qui &#233;nonce que : &#171; Un visage laid ne doit pas maudire le miroir ! &#187;.
Une fois le miroir tourn&#233; vers soi et ces critiques effectu&#233;es, &#171; comment vivre notre militance ? &#187; reste la question pr&#233;occupante. Michel Foucault &#224; la fin de sa vie se posait la question de comment d&#233;velopper sa puissance ou la puissance collective sans opprimer, je crois que c'est de cela qu'il s'agit. D&#233;j&#224; ne pas se mettre la t&#234;te dans le sable est important, en effet souvent d&#232;s que l'on aborde ce genre de probl&#232;mes on est saisi-e par le malaise, malaise du &#224; l'impuissance et &#224; la culpabilit&#233;.
Nous sommes la plupart du temps dans l'impossibilit&#233; de mettre &#224; jour et de poser publiquement la question du pouvoir hors le champ de la concurrence. Soit parce qu'on ne veut pas tout d&#233;truire (le mouvement de lutte en cours, le regroupement dans lequel on inscrit son action militante, la peur de faire mal aux personnes avec qui on milite, le sentiment d'&#234;tre coinc&#233;-e, que c'est toujours pareil et qu'il n'y a pas de solutions, la sensation de ne pas pouvoir assumer les conflits engendr&#233;s par tout cela, etc..). En g&#233;n&#233;ral l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur de la cause joue &#224; plein pour emp&#234;cher l'&#233;mergence de ce genre de discussion. Les probl&#232;mes affectifs sont &#233;galement en jeu : ses copines, ses copains, son amant ou son amante, son fr&#232;re ou sa soeur de combat, celui ou celle qui nous a initi&#233; &#224; la politique sont parfois au centre des d&#233;bats et l&#224; &#171; maman bobo ! &#187;. Jamais on ne se pose la question de comment militer avec des personnes que l'on n'aime pas ou que mod&#233;r&#233;ment. La plan&#232;te militante regorge de ces frustrations, de ces d&#233;go&#251;ts qui font abandonner tout engagement. La norme militante est spontan&#233;ment sacrificielle, la pression morale n'est pas ouverte et formalis&#233;e, mais elle existe bel et bien, elle est d'autant plus forte qu'elle reste un non-dit, on doit la subir et s'y conformer si on veut trouver une place ou la conserver dans les cercles militants.
En ce qui me concerne, la solution que j'ai trouv&#233;e, c'est d&#233;j&#224; de soulever &#224; ma fa&#231;on le probl&#232;me, je l'ai d&#233;j&#224; fait dans le texte &#171; Comment devenir un bon dirigeant politique en 10 le&#231;ons ! &#187;. Je continue aujourd'hui parce le d&#233;bat sur le contenu de la loi symbolique touche toute la soci&#233;t&#233; et en particulier celles et ceux qui veulent la transformer. La question de la violence institutionnelle n'est pas simple, mais je sais que la passer sous silence c'est criminel au sens du crime mental ou de la &#171; castration mentale &#187; selon le terme de Bernard No&#235;l.
Je n'ai pas de solution toute faite, je ne suis pas &#224; l'abri de ce que je critique. Je sais simplement que la lutte est multiple, que les formes de militance sont multiples et qu'il est difficile de juger de la v&#233;rit&#233;, que souvent la volont&#233; de v&#233;rit&#233; est suspecte. La vanit&#233; humaine a tendance &#224; dire &#171; moi je &#187;, ce qui a tendance &#224; perturber le rapport &#224; l'universel. La situation a toujours un cot&#233; particulier et relatif, mais &#233;galement un versant g&#233;n&#233;ral, une validit&#233; universelle, c'est la liaison entre les deux, en politique, qui donne sens et valeur &#224; l'engagement. Le relativisme post-moderne a tendance &#224; nier l'universel en &#233;non&#231;ant que &#171; tout se vaut ! &#187; pour ne garder que les int&#233;r&#234;ts individuels ou &#233;tatiques. Nous savons que ceci c'est une des formes id&#233;ologiques de la domination actuelle. Nous connaissons &#233;galement les limites du syndrome anar, qui &#233;nonce que la trahison est obligatoire et la r&#233;volution sera forcement trahie. Au contraire nous essayons d'agir et de penser tant bien que mal dans le r&#233;el de notre temps, les temps maudits. La militance n'est ni toute blanche, ni toute noire, souvent grise, avec des moments de passion et des retomb&#233;es d&#233;primantes. Tout cela se vit avec des personnes humaines telles qu'elles sont, fa&#238;tes de chair et de sang, d'amour et de haine, de grandeurs et de mesquineries, de d&#233;sirs et de peurs, de joies et de tristesse, parfois de l'humour, &#171; humain, trop humain &#187; disait Zarathoustra ! Nous n'ignorons pas que la lutte d'id&#233;e ou d'influence existe et qu'elle soit n&#233;cessaire au d&#233;bat d&#233;mocratique. Nous savons que la question de la puissance se conjugue &#224; la fois par le possible en action et en pens&#233;e, la capacit&#233; et par l'autorit&#233; du pouvoir, la domination. Mais je pense ou plut&#244;t je postule l'axiome suivant : Il est possible d'essayer de militer de fa&#231;on un peu conforme aux id&#233;es libertaires que nous d&#233;fendons.
Certes, c'est une exigence &#233;thique, mais comment supporter d'&#233;noncer de belles id&#233;es politiques et des contredire dans la pratique ? Comme le disait Corn&#233;lius Castoriadis : &#171; Nous ne philosophons pas pour sauver la R&#233;volution, mais pour sauver notre pens&#233;e et notre coh&#233;rence &#187;. Apr&#232;s le deuil du progr&#232;s, il nous faut peut-&#234;tre envisager le deuil de la r&#233;volution con&#231;ue comme une r&#233;demption. C'est ici et maintenant que cela se joue !
La sph&#232;re existentielle est tr&#232;s imbriqu&#233;e &#224; la politique en cette fin de si&#232;cle. C'est normal parce que c'est une instance de v&#233;rit&#233; pour la ou les subjectivit&#233;s qui &#233;mergent en ce lieu bizarre qu'est la politique. Pour moi la politique n'existe qu'au sens de la situation et de la critique ou de la vis&#233;e d'un impossible : l'&#233;galit&#233; et la justice, pas au sens de la gestion politicienne li&#233;e &#224; la d&#233;mocratie parlementaire si conforme au lib&#233;ralisme &#233;conomique. La question des mod&#232;les doit &#234;tre repos&#233;e et d&#233;battue. C'est une des voies, &#224; mon avis, qui permettra une reprise raisonn&#233;e pour &#233;valuer nos r&#233;f&#233;rents th&#233;oriques et id&#233;ologiques, pour assumer la force de notre inconscient militant et les implicites qui le structure. Sinon comme d'habitude nous serons condamn&#233; es &#224; reproduire des formes de domination parmi nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte ne concerne pas seulement les luttes en cours mais toutes les luttes, il s'adresse &#224; personne et &#224; tout le monde en m&#234;me temps. Je refuse la mise en place de tribunaux, je ne place pas sur le terrain de l'autocritique, cette notion &#233;tait li&#233;e au centralisme d&#233;mocratique, &#224; une conception partidaire, donc &#224; un certain type de chefferie. Au contraire je crois que c'est d'abord une r&#233;flexion &#224; mener pour soi-m&#234;me et par soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Coutant, Nantes, mi-janvier 1998&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce document n'engage pas les regroupements dont je suis membre par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Copyright &#169; 2001 Philippe Coutant, les copies conformes et versions int&#233;grales de cet article sont autoris&#233;es sur tout support pour peu que cette mention soit pr&#233;serv&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Contributions aux d&#233;bats sur l'organisation</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?167-contributions-aux-debats-sur-l</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?167-contributions-aux-debats-sur-l</guid>
		<dc:date>2009-06-20T16:05:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Contributions aux d&#233;bats sur l'organisation, Coordinadora Lucha Autonoma, Madrid 1999 Accion libertaria estudiantes Pour une federation des groupes libertaires et autonomes de Madrid Le 20 fevrier 1999, la premiere rencontre des collectifs de Madrid a eu lieu au squat Seko, a l'initiative de Lucha Autonoma, dans le but de se rapprocher et de discuter de positions sur les formes d'organisation et de communication. Cent personnes, representant plus de vingt groupes, ont assiste a (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contributions aux d&#233;bats sur l'organisation,&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coordinadora Lucha Autonoma,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madrid 1999&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accion libertaria estudiantes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une federation des groupes libertaires et autonomes de Madrid&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 fevrier 1999, la premiere rencontre des collectifs de Madrid a eu lieu au squat Seko, a l'initiative de Lucha Autonoma, dans le but de se rapprocher et de discuter de positions sur les formes d'organisation et de communication. Cent personnes, representant plus de vingt groupes, ont assiste a ces debats, qui se sont prolonges toute la journee durant. En resume, et malgre la dispersion et la pluralite des interventions, deux conceptions fondamentales se sont distinguees a propos des contenus et des organes qui pourraient structurer le monde autonome madrilene.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un cote, le modele du reseau. Modele diffus d'organisation, qui limiterait les contacts des groupes et des collectifs a la constitution d'un espace de communication. C'est-a-dire a des reunions dans lesquelles on fait circuler l'information que chaque regroupement veut, en toute liberte, transmettre au reste des individualites et des collectifs. Le reseau ne constitue pas proprement une organisation, mais un forum public, dans lequel se retrouvent regulierement differents acteurs sociaux, qui evoluent et se construisent dans differentes luttes, et qui appartiennent a differents mouvements sociaux. On ne prend pas de decisions communes, mais on lance des propositions et des idees d'action auxquelles adherent uniquement celles/ceux qui se sentent en affinite avec celles-ci. Dans ce sens, on peut se demander ce qu'apporte l'organisation-reseau ; la reponse est rien, sauf un lieu d'echange d'information, qui de fait existe deja a Madrid sous une forme diffuse et &#8220;spontanee&#8221; : les squats, les distros...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, cette proposition ne semble pas si simple a rejeter. Les partisan-e-s du reseau soutiennent, de maniere plus ou moins explicite, que le ciment de l'unite est l'action, c'est-a-dire l'accord ponctuel et precis dans une activite specifique, et non l'articulation collective autour de principes generaux - un projet. Ainsi, un conflit specifique pourrait etre l'origine d'un accord avec des groupes et des institutions avec lesquels, par ailleurs, on n'aurait aucune affinite particuliere. Cela permettrait des rencontres avec des ecologistes, des nationalistes, et meme des partis d'extreme-gauche ou des institutions publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La multiplicite, le plus grand respect des volontes individuelles et de la difference, et la possibilite de travailler avec des organisations et des collectifs tres differents, sont mis en avant pour defendre ces formes d'organisation diffuse. De fait, il a ete repete durant les debats que le reseau etait une structuration de divers acteurs possibles, de differentes identites sociales qui travaillaient sur differents terrains de lutte, qu'il etait une organisation &#8220;non autoritaire&#8221; dans la mesure ou il permettait de nouvelles relations et de nouvelles luttes - de nouvelles &#8220;perspectives&#8221;. Il ne faut pas oublier qu'il y a, derriere cette proposition, une elaboration theorique soignee, qui, bien qu'elle ne soit pas representee par un corps coherent de penseurs-euses, parmi lesquel-le-s figurent Deleuze, Negri, Guattari..., obeit a une pratique determinee et a un certain etat d'esprit de vieux militants et de vieilles militantes marxistes-leninistes fatigue-e-s, et ayant tire les lecons de leurs vieilles methodes et de leurs vieilles organisations bureaucratico-hierarchiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position favorable a l'organisation etait presentee d'une maniere un peu moins approfondie. De nombreuses interventions repeterent la necessite de creer une coordination ou une federation de caractere stable, qui devrait se presenter comme un espace de decisions, auquel participeraient et dans lequel seraient representes tous les groupes. Les critiques de cette position ont souligne les dangers de reprimer la possibilite d'innovation, d'uniformiser excessivement les modes d'actions et de travail, et de transformer l'organisation en une fin en elle-meme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plaidoyer pour une organisation de ce type reste malgre tout le notre, et nous apparait comme absolument necessaire dans les conditions actuelles de developpement du mouvement libertaire et autonome. L'existence de plus de quarante collectifs dans la region de Madrid, qui d'une maniere ou d'une autre, evoluent dans le milieu de la contestation autogestionnaire et horizontale, et l'augmentation du nombre de publications en lien direct ou indirect avec ces espaces, demontrent qu'une forte croissance quantitative et qualitative de nos pratiques et de nos idees a eu lieu dans la derniere decennie. Cependant, l'etat actuel de dispersion et le &#8220;localisme&#8221; - non seulement territorial, mais aussi pratique et theorique - d'une bonne partie des groupes n'a malgre tout pas permis un saut qualitatif qui genere une diffusion sociale effective du mouvement, mis a part les fameux lieux communs de l'insoumission et du squat. Les dangers de ghettoisation, de marginalisation et d'auto-marginalisation continuent decidement a constituer une bonne partie de la realite du mouvement. La construction d'une organisation qui englobe la majorite de ces groupes permettrait un saut qualitatif fondamental, non seulement en mettant en contact divers collectifs qui jusqu'a present avaient travaille separement, mais aussi en permettant une union des forces qui pourrait etre le germe de nouveaux champs de conflit dans des territoires ou jusqu'a present ne se maintient qu'une presence-temoin -travail, ecologie, developpement de nouveaux et plus puissants moyens de contre-information, etc.- ; en mettant en circulation des informations qui jusqu'a present restent a l'interieur de petits cercles ; en creant des structures permanentes qui servent d'ecoles et d'appuis politiques pour les nouveaux groupes, sans leur imposer &#8220;les modes de fonctionnement corrects&#8221;, mais en leur permettant la connaissance de l'histoire et de l'activite des autres groupes, nouvelle valeur d'usage d'une memoire qu'aujourd'hui meme on perd ou on meprise ; en conferant une voix et une presence a des modes authentiques de dissidence face a la pseudo-critique mediatique et spectaculaire qui regne actuellement sur les masses ; et surtout en creant un point de reference public et visible qui pourrait, avec une presence dans divers quartiers, organiser la participation immediate des nouveaux et nouvelles interesse-e-s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant nous considerons que l'unite ne peut etre obtenue a n'importe quel prix et par n'importe quel moyen. La construction de ce nouvel espace doit etre discutee et doit etre un processus actif auquel participent toutes les parties impliquees. D'autre part, nous croyons qu'il est necessaire que l'organisation se construise sur des fondements solides et sur une affinite qui aille au-dela de l'accord ponctuel et de l'action directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la n&#233;cessit&#233; de s'organiser autour d'un projet Nous pensons qu'il ne peut exister aucune forme d'action consciente si celle-ci n'est pas mise en oeuvre avec la volonte explicite qu'elle se produise dans un sens determine et pas dans un autre. L'action politique, bien que ses resultats soient toujours imprevisibles, et bien qu'elle se realise comme creation de nouveaux liens et relations, est toujours une action pleine de sens -nationaliste, bureaucratique, libertaire...-, un sens qui va donc bien au-dela du simple affrontement concret. Un projet ne represente rien de plus que l'explicitation du sens de nos pratiques ; il n'est donc ni un corps de doctrines ferme, ni l'expression pratique d'une identite sociale determinee -les basques, les anarchistes...-, ni meme une theorie mise en marche - comme le marxisme-leninisme. Bien qu'il puisse etre toutes ces choses, nous entendons qu'un projet n'est rien d'autre que les principes qui regroupent un ensemble determine de gens et qui oriente son action dans un sens specifique. &#8220;Un sens libertaire&#8221; ne represente pas l'organisation ideale de la societe pour le lendemain de la revolution -ce qui serait un programme revolutionnaire-, ni la determination absolue de ce qu'il faut faire, mais fait simplement reference a l'orientation des actions et a la visibilite de ce que nous voulons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel projet est pour nous le projet d'autonomie qui coincide essentiellement avec les principes postules par le mouvement libertaire classique. L'autonomie, comme piece centrale de l'organisation et de l'action politique, s'appuie sur la volonte que la communaute sociale decide directement de l'organisation et des buts de sa propre existence. C'est-a-dire que les individus realisent un effort intense de reappropriation de leur vie. En termes classiques, &#8220; l'emancipation des travailleurs et des travailleuses ne peut etre l'oeuvre que d'eux et d'elles-memes &#8221;. Cela suppose que l'on ne recoure a aucune instance superieure d'organisation sociale, qu'elle se nomme dieu, nature, raison, famille, nation, economie..., mais que ce soient le debat public meme et la decision consensuelle qui dirigent la vie publique du collectif. Ainsi, il n'y a pas de place dans l'organisation, suivant notre position, pour une quelconque sympathie ou proximite avec l'espace nationaliste basque, ou avec les mouvements dits &#8220;de liberation nationale&#8221;, qui pourraient tres bien etre rebaptises &#8220;de transition de pouvoirs&#8221; (du vieil Etat centraliste au nouvel Etat peripherique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie comporte ainsi tout un ensemble de traductions bien connues, comme le rejet du patriarcat ou des relations de domination de genre, l'anticapitalisme, l'autogestion, l'anti-etatisme, l'auto-organisation, etc... Des luttes et des positions qui ont toutes une longue experience historique. Ainsi le projet se place dans une tradition historique determinee, non pas pour repeter d'anciennes formules, mais pour en produire de nouvelles qui reprennent et renovent l'ancien sens de la theorie et de la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En resume, la construction de l'organisation autour d'un projet libertaire de ce type ne suppose pas la repression de toute difference, puisqu'en definitive on ne connait jamais parfaitement les moyens pour inserer ces valeurs dans le monde, et on ne connait pas non plus toutes les implications et les materialisations que peut revetir ce que nous voulons. Par contre, cela suppose de l'intransigeance, ou au moins de l'indifference, envers les pratiques qui apparaissent comme contraires au dialogue, a l'autonomie et a la reappropriation de la vie. Un projet libertaire semblable a ce que nous avons decrit est aussi ouvert que l'est l'imagination de ses participant-e-s, et, en se fondant sur des principes negatifs -absence de relations de domination- ou methodologiques -que les individus et les collectivites soient maitresses et conscientes de leur vie-, ne comporte de facon intrinseque aucune nouvelle forme de fondamentalisme ni de negation de la difference, il etablit simplement le cadre qui empechera la difference de s'imposer de maniere autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par consequent, nous considerons necessaire que la nouvelle organisation qui naitra de ces debats s'articule sur l'explicitation de ce que nous voulons et de ce qui nous anime, a travers la formulation statutaire de principes et de finalites, afin non pas de creer un corps de doctrines ni une definition ideologique officiels (il y a la place, dans une organisation de ce type, pour un grand nombre d'autodenominations : libertaire, anarchiste, autonome, communiste libertaire, ecologiste anticapitaliste,...), mais plutot de ne pas permettre un &#8220;tout se vaut&#8221;, dans l'organisation, qui pourrait nous faire glisser vers l'ambiguite et vers une dangereuse proximite avec des positions autoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par et pour l'organisation
L'allergie qu'inspirent a beaucoup de gens les compromis et la responsabilite qu'impliquent la participation a une organisation se trouve en parfaite resonance avec l'epoque que nous vivons. Les critiques saines et fondees du militantisme et du sacrifice personnel ont deja trop souvent degenere en un &#8220;je fais ce que je veux&#8221; incompatible avec le developpement responsable et autonome des decisions. Nous ne pouvons certes pas plaider pour le militantisme aveugle, propre a une bonne partie du mouvement ouvrier traditionnel, qui exigeait du militant une abnegation desinteressee qui la plupart du temps n'etait rien d'autre que le produit de l'etouffement de la capacite de reflexion et de participation effectives. Nous ne pouvons pas non plus defendre un modele d'organisation qui ruine toute difference et qui detruise la capacite d'innovation et de creation de nouvelles relations sociales et de nouvelles formes de lutte. Mais nous ne pouvons conclure que toute forme d'organisation qui recherche l'unite et le consensus, au moins dans une partie de son action, est capable de detruire toute difference subjective et d'imposer la tyrannie de la majorite. Loin de ce prejuge, nous pensons que l'individualisme extreme que demontrent certains groupes et l'expansion illimitee de la volonte et du desir personnels, quoi qu'il arrive, sont absolument inconciliables avec une quelconque organisation pratique du projet indique plus haut. Ils sont, par contre, tres significatifs de comportements largements promus par la publicite (&#8220;vive la difference&#8221;, &#8220;sois toi-meme&#8221;, &#8220;c'est toi qui choisis&#8221;). Cet ultra-individualisme reproduit les modes d'isolement social. La pluralite qui doit exister dans une assemblee (qui doit aussi necessairement provoquer cette pluralite, en faisant naitre la difference -problemes, attitudes, propositions-) peut trouver une reconciliation dans l'action commune, qui ne suppose pas le sacrifice d'une minorite, mais la recherche, en derniere instance, du consensus, fruit du dialogue et de la discussion. Consensus bien distinct de celui que l'on connait dans le cadre de la consommation et de l'Etat - espace de sequestation du politique. Distinct dans la mesure ou ce dernier est indiscutable, impose, ou il exige une adhesion irreflechie a ses principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, on ne peut pas tolerer un militantisme a la carte selon lequel &#8220;une fois je fais ceci et l'autre le contraire&#8221;, selon lequel a un moment je m'engage a faire une activite, puis &#8220;je renonce parce que ca ne me plait pas ou parce que je suis tombe sur d'autres choses qui m'interessent plus&#8221;. Il existe, bien sur, des degres d'engagement librement adoptes, qui sont redefinissables dans chaque situation, mais l'engagement implique toujours une responsabilite face aux camarades et face aux decisions prises par tou-te-s. D'autre part, personne ne peut croire que la mobilisation et l'action politique sont le resultat d'un accord spontane entre sujets heterogenes. Toute action est le fruit d'une preparation et doit etre le produit (surtout si l'on veut se solidariser avec le projet libertaire) du debat public, du dialogue et du consensus entre des parties qui, tout en etant differentes, avancent une volonte unitaire dans l'execution de la decision. En definitive, nous plaidons pour la responsabilite et l'engagement dans l'activite politique, pour la creation de nouveaux espaces publics, fondes sur les valeurs classiques d'auto-organisation et d'autonomie, et au sein desquels soit possible la participation effective de tou-te-s a la creation de nouvelles formes d'experience et d'activite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la federation
Il y a aussi une grande diversite de propositions concretes d'organisation. Cependant on peut avoir une preference pour deux modeles fondamentaux : la coordination et la federation. Malgre l'ambiguite de ces deux positions, on peut relever de notables differences. Une coordination serait plutot une reunion de collectifs et de groupes differents et independants, qui passent regulierement des accords et realisent des actions communes. La federation est une organisation unitaire dans laquelle travaillent des groupes et des collectifs aux terrains d'action varies. La coordination est donc une reunion, en general a des fins concretes, de differents collectifs et individus. Les autres groupes ne sont pas forcement tenus par les accords passes. La coordination est plus flexible, mais aussi plus faible, moins efficace au moment d'organiser des actions communes. Une federation suppose l'elaboration de statuts qui sont les memes pour tous les groupes. Les accords sont inalienables, et generalement l'organisation se dote d'une serie de postes sans capacite de decision et totalement subordonnes a l'assemblee des collectifs. Les detenteurs et detentrices de ces postes sont elu-e-s et n'ont pas, par ce biais, de pouvoir de decision. Ils/elles ne font que garantir qu'il existe des responsables pour executer des decisions prises par toute l'organisation. Ainsi peuvent exister des secretaires -archives, notes, propagande...- et des commissions -de la revue de la federation, d'investigation en cas de faute grave, comme la manipulation de compte-rendus ou l'exclusion d'un groupe ou d'un camarade...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous autres penchons pour cette derniere formule, puisque nous pensons qu'elle garantit vraiment l'application des decisions de l'assemblee, l'expansion des activites du mouvement et la creation d'un point de reference public et permanent d'organisation qui permet la creation beaucoup plus rapide de nouveaux groupes. Cependant, cela implique un niveau d'engagement beaucoup plus fort que celui qu'entretiennent aujourd'hui la plupart des collectifs, et que peu de personnes, soupconnons-nous, sont disposees a assumer. Voila pourquoi nous proposons que les deux modeles soient discutes et que chaque groupe manifeste sincerement sa volonte et sa capacite de developper un travail continu, afin de pouvoir creer la forme d'organisation qui sera la plus realiste et la plus incluante possible. Ainsi, nous amenons au debat l'ebauche suivante de future federation de groupes autonomes et libertaires de Madrid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La federation de groupes autonomes est formee par tous les collectifs et individualites disposes a participer a une activite de questionnement global theorique et pratique, bien que leur travail concret se concentre en un terrain d'action reduit, non seulement territorial (quartier, squat, universite, lieu de travail) mais aussi pratique (une revue, une agence de contre-information, une lutte specifique : squat, insoumission, ecologie...). Une federation de ce type est ainsi une organisation plurielle, au sein de laquelle chaque groupe et chaque collectif peut deployer son activite sur son terrain concret, et a la fois participer aux campagnes et actions communement decidees par tous et toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses &#8220;principes et finalites&#8221; comprennent les valeurs libertaires classiques du projet d'autonomie, qui doivent etre assumees par toutes celles et tous ceux qui veulent participer a l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les decisions doivent etre prises a un seul niveau : soit celui des groupes, soit celui des individualites. Nous pensons que les decisions doivent etre prises au niveau des groupes, dans une assemblee des membres hebdomadaire ou bimensuelle, dans laquelle chaque groupe presente ses propositions et les accords trouves dans ses propres reunions. Il est donc necessaire que chaque collectif discute des propositions des autres et envoie un membre avec ses accords et propositions ecrits. Et qu'a son tour ce membre recueille, par ecrit egalement, les accords generaux de l'organisation et les propositions des autres groupes. Les individualites ont l'opportunite de participer aux debats, aux commissions, aux secretariats, et a l'elaboration de nouvelles propositions, mais pas aux decisions, qui doivent etre prises par les groupes. Cela encourage les individualites a former de nouveaux collectifs, et en meme temps permet un haut degre de participation a celles et ceux qui ne veulent faire partie d'aucun des groupes existants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les decisions doivent etre prises par consensus, c'est-a-dire en regroupant les volontes de tou-te-s les membres de l'organisation. Au cas ou l'on n'y parvienne pas, on peut adopter le mecanisme de la pseudo-unanimite, ou faux consensus -tous les groupes moins un ou moins 10%- qui empeche le veto d'un seul groupe ou d'un nombre tres reduit de groupes. Les propositions qui ne gagnent pas le consensus ou le faux consensus des groupes sont reformulees ou abandonnees. Une fois un accord passe, il doit engager tous les groupes. La federation peut etablir des reunions speciales dans lesquelles on traitera de la modification des statuts, de l'engagement et du nombre de postes, de l'elaboration de strategies a long-terme et de la realisation du bilan d'une saison. Ces reunions sont les seances plenieres auxquelles doivent assister tous les groupes qui font partie de l'organisation. Ainsi, il est sain et necessaire d'organiser des colloques et des debats internes, dans lesquels on ne prend pas de decision, mais on stimule la reflexion sur la theorie et sur les pratiques de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La federation doit se doter d'une serie de postes, entretenus par des militant-e-s elu-e-s et responsables de la realisation d'un ensemble de taches qui sinon ne sont souvent pas realisees, a cause du laisser-aller que produit la denommee &#8220;responsabilite diffuse&#8221;, qui veut que &#8220;l'on parle de faire beaucoup de choses, sans que personne ne les fasse&#8221;. Ces postes accomplissent seulement ce que l'assemblee des groupes decide et sont constamment soumis, dans leur activite, a la possibilite d'etre revoques. Ils doivent tourner ou changer periodiquement pour ne pas conduire a une nouvelle specialisation des fonctions.
Colectivo Maldeojo
Reinventer le projet d'autonomie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, les observations qui suivent ne sont pas des reponses precises aux questions qui ont ete fixees a la derniere reunion de &#8220;refondation&#8221; (au squat laboratorio), comme questions-clefs du debat. Le present texte evolue sans doute sur les memes pistes que le debat de la derniere reunion, mais s'en va parfois tourner autour du pot toujours asseche (et pas seulement par l'ennemi) du projet autonome. Il a ete impossible d'atteindre une coherence totale, en partie a cause des urgences qui ont preside a l'elaboration de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi nous assemblons-nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Nous pensions que nous pouvions nous sauver d'une maniere ou d'une autre, par les voyages, la musique, l'amitie, le theatre, tout ca... Que la vie viendrait nous delivrer on sait pas bien comment, pendant que nous nous taisions, afin de ne pas les facher, les contrarier... mais aussi parce que nous voyions que nous etions coince-e-s, seul-e-s, isole-e-s. Maintenant nous le savons enfin : ce probleme n'etait pas personnel, individuel. C'est un probleme commun a nous tou-te-s !&#8221; (Paris, 1986)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour quoi nous assemblons-nous ?
Dans la derniere reunion de refondation de la Coordinadora de Lucha Autonoma, il a ete dit une chose avec laquelle nous sommes particulierement d'accord : nous nous assemblons pour reinventer le projet autonome et pour l'installer de maniere permanente et visible dans la societe. Mais si on veut vraiment reinventer ce projet et perenniser certaines pratiques, il faut non seulement depasser les querelles construites autour du fetichisme des mots et des symboles, mais aussi elargir le contenu reel donne jusqu'a present a ce projet et a ces pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes rendu-e-s compte depuis maintenant longtemps que la simple collectivisation des moyens de production ne faisait pas disparaitre par magie le reste des formes de domination existantes dans la societe. Nous nous sommes rendu-e-s compte, ainsi, que la societe ne s'organise pas selon le schema banal de base-superstructure. Tout cela est evident, bien qu'on commette toujours l'erreur d'illustrer cette conclusion avec l'exemple de l'Union Sovietique (comment peut-on parler de collectivisation quand une bureaucratie concentre tout le pouvoir de decision sur la production, l'orientation du travail, la redistribution, etc. ?). Mais, dans ce cas, comment se fait-il qu'on ait dedie si peu de temps et d'efforts a la comprehension de dimensions du social aussi fondamentales que le langage, l'art, l'urbanisme, le temps, la technique, l'inconscient, etc. ? Ne serions-nous pas encore en train de penser - sans oser le dire - que ces problemes se resoudront d'eux-memes le jour de la revolution ? Comment peut-on pretendre reinventer le projet autonome sans considerer un instant la vie quotidienne - parce que c'est bien ca qu'on fait quand on ne repond pas a des questionnements comme ceux sur le langage, l'urbanisme, le desir, etc. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tres clair que ces themes ont suscite de plus en plus d'interet ces dernieres annees. Et differentes personnes y ont prete attention en partant d'un point de vue qui relie ces analyses et le projet revolutionnaire de transformation globale. D'autre part, il est evident que l'on ne peut rejeter, en le qualifiant d'absurde, le danger de proliferation d'aristocraties qui utilisent la theorie pour confondre et voiler la realite -c'est a dire, qui font de l'ideologie- et conserver ainsi leur triste statut. Mais il faut toujours souligner un fait : c'est le desinteret pour l'analyse theorique qui est a l'origine de la propagation des impostures, et non le contraire. Si, au contraire, la theorie critique etait plus familiere, la capacite de seduction rhetorique des discours qui decorent le vide serait pratiquement nulle. Il est tres courant d'entendre des bravades contre le travail theorique. Occasionnellement, on entend aussi de justes critiques sur la masturbation intellectuelle. Mais il est tres curieux de voir ce qui se passe quand on cesse de faire le moindre effort theorique : on perd le respect pour la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre cote, si nous ne faisons pas attention et si nous n'operons pas de distinction entre theorie et pratique, nous finirons par essayer de resoudre les problemes pratiques dans et par la theorie. De cette maniere on perd l'autonomie de la pratique et on confond tout. Comment, par exemple, trouver une solution une bonne fois pour toutes au probleme des relations avec les institutions (concept qui inclut les administrations universitaires autant que les municipalites, en passant par les transports publics et les Jeunesses Communistes Revolutionnaires) ? Qui dictera les hypotheses a priori valables en tout temps et en tout lieu pour juger l'activite pratique ? L'autonomie relative de la pratique signifie precisement qu'il est impossible d'analyser une situation concrete avec un catalogue parfait d'hypotheses theoriques. La pratique nous confronte quotidiennement avec la nouveaute et la singularite, avec des situations que la theorie ne peut predire et qu'il faut analyser de maniere specifique entre gens impliques. Ainsi, la pratique meme fait naitre constamment un nouveau savoir. Nous jugeons tou-te-s durement la collaboration de Federica Montseny au gouvernement republicain, par exemple. Mais une donnee importante nous echappe : nous savons maintenant ce qui s'est passe, elle ne le savait pas. Celles et ceux qui savent lire comprendront que nous ne defendons aucunement la collaboration de temps a autre avec les appareils bureaucratico-hierarchiques, pas plus que nous ne legitimons les Pactes de la Moncloa. Il s'agit simplement de garder a l'esprit que la future organisation des groupes (quelle que soit sa forme) ne peut se fonder sur des hypotheses invariables qui s'arrogent le droit de juger la pratique. On peut, a partir de cette consideration, convenir malgre tout de denominateurs communs qui empecheront les contradictions de fleurir et de finir par dechirer l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette argumentation repond a la coutume que nous avons d'evoquer l'action politique a travers le schema theorique des fins et des moyens. Nous parlons, par exemple, de &#8220;traduire la theorie en realite&#8221;, comme si la theorie etait une hypothese qu'il faut verifier dans une experimentation pratique. Nous parlons aussi de &#8220;considerer l'organisation comme un moyen, un outil&#8221;. Metaphores equivoques. La praxis est precisement cette activite qui tend vers l'autonomie (fin) a partir de l'autonomie (moyen). Et l'organisation autogestionnaire, egalitaire et horizontale, est une manifestation fondamentale de la praxis ; elle tente en effet d'etendre l'autonomie a partir de l'exercice meme de l'autonomie. Dans la praxis, l'autonomie des autres n'est pas une fin mais un debut. Elle n'est pas finie, elle ne se laisse pas definir par un etat ou des caracteristiques definitives. Il n'y a pas un &#8220;etat&#8221; d'autonomie. Le reste n'est qu'une conception militaire de l'action : on choisit des moyens en vue de fins envisagees par avance, on calcule les couts, les pertes necessaires, et le succes ou l'echec de l'activite selon la proximite du resultat avec les fins envisagees au debut. La moindre experience d'activite politique autonome nous apprend que les choses ne sont pas ainsi, que le succes ou l'echec de l'activite ne peuvent jamais etre compares au programme initial parce que les objectifs changent dans l'action, l'activite provoque une serie de nouveaux evenements, etc. En disant que &#8220;l'organisation n'est qu'un moyen&#8221;, peut-etre veut-on signaler le danger que l'activite s'aliene a un programme. Le programme, qui n'est rien de plus qu'une vision fragmentee et provisoire du projet, peut etre pris pour quelque chose d'absolu ; on neglige alors la &#8220;fin&#8221; : l'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le fait que l'activite ne puisse pas reposer ailleurs que sur un savoir partiel ne veut pas dire qu'elle ne repose sur rien, qu'il est impossible de definir certaines choses, de verifier des tendances et d'en tirer les lecons adequates. Si nous decidons que sans theorie globale il ne peut y avoir d'action consciente, continue, projetee vers l'avenir, orientee selon certains principes, etc., nous sommes prisonnier-e-s du fantome du savoir absolu. Et si nous disons que l'action consciente, prolongee, etc., ne peut repondre qu'au reve totalitaire de reprimer les differences, nous sommes tout aussi prisonnier-e-s du fantome du savoir absolu. Le choix suppose entre geometrie et chaos est une fiction, et n'a aucun sens dans l'activite humaine, qui n'est jamais organisee de maniere exhaustive, ni soumise au desordre moleculaire complet. Peut-etre pourrions-nous dire de l'activite autonome ce que le philosophe Maurice Merleau-Ponty disait de son travail et de ses enfants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Mon metier, mes enfants, sont-ils pour moi des fins ou des moyens, ou une chose et l'autre en alternance ? Ils ne sont rien de tout ca : ils ne sont certainement pas des moyens de ma vie, qui se perd en eux au lieu de les utiliser, et ils sont beaucoup plus que des fins, puisqu'une fin est ce que l'on veut et puisque j'aime mes enfants et mon metier, sans mesurer d'avance jusqu'ou tout cela va m'entrainer, et bien au-dela de ce que je peux connaitre d'eux. Non pas que je ne sache pas a quoi je me dedie : je les vois avec le type de precision que supposent les choses existantes, je les reconnais entre tous, sans savoir du tout de quoi ils sont faits. Nos decisions concretes ne pointent pas des significations fermees.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux positions exprimees dans les debats ouverts par Lucha Autonoma pour reorganiser le monde autonome madrilene peuvent etre analysees separement puis reunies comme necessaires et complementaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation articulee en federation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apres avoir jete un coup d'oeil au panorama autonome madrilene, nous pensons qu'un bon nombre de groupes, surtout les collectifs de quartier, ont besoin d'une forme d'union qui irait au-dela de la simple communication ponctuelle ou de l'organisation diffuse (nous employons ici &#8220;organisation diffuse&#8221; non pas comme un concept defini, mais comme un simple terme de reference a l'assemblage de divers groupes au moyen de noeuds laches et sur la base de certaines pratiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probleme que rencontrent les differents collectifs est clair : l'absence d'une structure qui articule, sur tous les terrains, un front commun. Il n'est pas moins evident que cette articulation ne peut etre obtenue qu'a partir d'une base commune ; en effet la force deployee par chaque collectif sur son terrain doit avoir le meme sens collectif. Autrement dit, les collectifs qui forment cette organisation ne peuvent travailler en brutale contradiction les uns avec les autres. Cette necessite de convergence nous oblige a discuter avec un objectif clair : tomber d'accord sur une position unitaire, qui permette aux differents collectifs de travailler autour d'un meme axe qui tournerait en autant de sens qu'en suivent les collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui declarent que l'idee de federation porte en elle une repression des differences se trompent. Il s'agit simplement d'un probleme de coherence. L'union coherente de certaines formes de reflexion-action est une facon de conjuguer ces forces avec celles auxquelles nous avons fait reference plus haut, sans qu'elles s'affrontent entre elles. Par exemple, il serait incoherent d'entretenir une organisation au sein de laquelle un collectif de quartier lutterait durement contre la manipulation des syndicats bureaucratiques, pendant que le collectif du quartier voisin collaborerait activement avec ces memes syndicats. Ces contradictions brutales finiraient par miner l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probleme que nous entrevoyons tou-te-s a present est la prolongation indefinie et tendue des discussions. Les debats des groupes qui veulent converger vers une federation devraient acquerir l'aspect d'une negociation : une discussion en vue de points d'accord et de conclusions qui, sans etre definitives, puissent mettre en marche la federation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le niveau de l'information&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, il serait souhaitable qu'en meme temps que ces collectifs entament le processus de federation, debute egalement (entre tous les groupes, federes ou non) la construction d'un espace stable d'echange d'information, de textes, de propositions, de debats, d'analyses, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet espace de communication, aussi necessaire que la federation, pourraient dialoguer tous les groupes &#8220;antagonistes&#8221; de Madrid. Le collectif Maldeojo, par exemple, qui ecarte pour l'instant la possibilite de se federer par incapacite d'affronter les implications que cela comporte forcement, serait tres interesse a participer a la construction de cet espace de rencontre et de discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en marche d'un espace d'echange d'information (nous entendons ici par &#8220;information&#8221; tout type de textes, propositions, analyses, etc.) permettrait d'en finir avec la meconnaissance generalisee des groupes entre eux et de mettre en conract des pratiques tres differentes et heterogenes : squats, distros, ecologistes, musicien-ne-s, feministes, antimilitaristes, situationnistes, surrealistes, agences de contre-information, etc. etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reflexion sur ce probleme est fondamentale ; en effet, la situation actuelle est caracterisee par la separation absolue de toutes les facons de concevoir la critique du systeme. Ouvrir et consolider un espace de communication, d'information et de debat permettrait de depasser cet isolement et favoriserait en chaque groupe l'elargissement de la critique, theorique ou pratique, par des themes de toute nature : du travail antifasciste jusqu'a l'intervention anti-urbaniste dans les villes ; de l'ecologisme jusqu'a la lutte syndicale, de l'antimilitarisme jusqu'a l'actionnisme esthetique, du squat jusqu'au travail sur la manipulation genetique, de la contre-information jusqu'a la critique du systeme educatif, etc. L'ouverture de nouveaux terrains d'analyse et de lutte ne peut se faire qu'a travers la communication entre les experiences de chacun de nos groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion : pour commencer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le disions ailleurs, tout reste a faire, tout reste a reinventer : le langage critique ; l'alliance de la reflexion, de la memoire et de l'action ; une veritable communaute radicale en definitive. Il s'agit, et c'est le plus difficile, d'inventer et de mettre en jeu certaines significations (le gout pour la liberte, le sens du temps historique, qui est le temps de l'action et non le temps de la repetition, le sens de la memoire et un appui de la tradition, un nouveau sens de la communaute, de l'union par ce que nous faisons et pas par ce que nous voyons a la television, etc.). Ces significations sont le contenu substantiel de mots comme l'autonomie et l'auto-organisation ; et sans un tel contenu ces mots ne sont que des tetines vides dont toutes les bouches se servent. Beaucoup de personnes vivent dans la soumission, non pas parce qu'elles ne savent pas s'auto-organiser, mais plutot parce qu'elles ne veulent pas le faire, parce que l'autonomie ne signifie pour elles rien de reel. La creation de nouvelles significations est indissociable de la creation de nouveaux espaces de socialisation dans lesquels ces significations puissent communiquer et vivre ; elle est egalement indissociable de la reactivation d'une memoire de l'Histoire, ou se trouvent les elements sur lesquels on pourra appuyer ces significations, afin justement de les creer.
Il s'agit, en definitive, de la creation d'une communaute radicale, d'un acteur collectif qui puisse contribuer a l'effondrement de l'etat actuel d'atomisation, a travers une conscience et une experience partagees, un projet et une memoire communs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;La r&#233;alit&#233; d'une telle communaut&#233; r&#233;side dans le fait qu'elle constitue en elle-m&#234;me une &#8220;unit&#233; plus intelligente que tous ses membres&#8221; (remplacer par collectifs). Le signe de son &#233;chec sera la r&#233;gression vers une esp&#232;ce de n&#233;o-famille, soit vers une unit&#233; moins intelligente que chacun de ses membres&#8221;. (Encyclop&#233;die des Nuisances).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Comment devenir un bon dirigeant politique en dix le&#231;ons ?</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?166-comment-devenir-un-bon-dirigeant</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?166-comment-devenir-un-bon-dirigeant</guid>
		<dc:date>2009-06-20T16:04:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Comment devenir un bon dirigeant politique en dix le&#231;ons ? Philippe COUTANT La m&#233;thode Assimil-vite-la-politique nous permet de publier en exclusivit&#233; quelques extraits de sa m&#233;thode &#233;prouv&#233;e pour devenir un dirigeant politique puissant. Ceci donne des r&#233;sultats efficaces pour un investissement raisonnable. Nous vous la conseillons donc. 1/ Etre un humain blanc &#171; occidental &#187; de sexe m&#226;le est une condition favorable sous nos climats. L'instruction et la culture peuvent &#234;tre moyenne, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment devenir un bon dirigeant politique en dix le&#231;ons ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe COUTANT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode Assimil-vite-la-politique nous permet de publier en exclusivit&#233; quelques extraits de sa m&#233;thode &#233;prouv&#233;e pour devenir un dirigeant politique puissant. Ceci donne des r&#233;sultats efficaces pour un investissement raisonnable. Nous vous la conseillons donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ Etre un humain blanc &#171; occidental &#187; de sexe m&#226;le est une condition favorable sous nos climats. L'instruction et la culture peuvent &#234;tre moyenne, l'habilet&#233; politique n'est pas li&#233;e aux dipl&#244;mes ni &#224; la sagesse ou au fait d'&#234;tre cultiv&#233;. On peut commencer jeune, mais la moyenne la plus courante est de 35 &#224; 60 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Il est indispensable d'avoir une structure organisationnelle stable o&#249; l'importance num&#233;rique des troupes peut &#234;tre une donn&#233;e importante. La dur&#233;e de l'organisation est en soi un enjeu de taille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ Il sait faire fonctionner et utiliser les mythes sur l'origine ou l'avenir, la puissance et la valorisation. Il remplace ais&#233;ment le pr&#234;tre d'antan comme intercesseur face aux puissances spirituelles. La promesse est un horizon de sens primordial.
C'est un bon connaisseur de l'&#226;me humaine et tire profit des passions tristes des humains qui pr&#233;f&#232;rent se soumettre en ayant un petit r&#244;le plut&#244;t que de prendre le risque de la libert&#233; &#233;ph&#233;m&#232;re.
Il sait que l'existentiel et l'identitaire sont des points cl&#233;s de l'humanitude, alors il en joue &#224; souhait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4/ Il s'entoure d'un cercle amical o&#249; l'affectif et la reconnaissance conforteront l'engagement des personnes proches. L'aspect &#171; tribal &#187; de l'&#233;conomie familiale n'a pas de secret pour lui, m&#234;me s'il affirme &#224; dessein que la politique prime.
Il s'efface pour distribuer des valorisations symboliques aux personnes dont il a besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5/ Il profite des forces neuves des personnes qui d&#233;butent en politique en leur montrant l'&#233;norme besoin que l'on a d'elles. La justification doit bien s&#251;r avoir une haute valeur morale et viser au bien de l'humanit&#233; pour compenser le sacrifice militant. Comme l'usure humaine est parfois rapide, il faut toujours de la chair fra&#238;che.
Les technocrates, eux, parlent maintenant de turn-over, mais le dirigeant politique sait qu'il s'agit de tout autre chose : du merveilleux que procure l'instance symbolique collective, car le monde politique est triste et froid s'il est d&#233;senchant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6/ Il a toujours raison, si besoin il met &#171; les principes &#187; en avant, il ne reconna&#238;t jamais qu'il a tort. Au mieux c'est une erreur d'appr&#233;ciation.
En cas de d&#233;saccord sur une initiative qu'il n'a pas prise lui-m&#234;me le dirigeant ne dit pas qu'il est contre. Non, il cr&#233;e une ambiance d&#233;favorable ou critique en sous-main et n'encourage pas &#224; y participer.
A l'inverse si il se sent en minorit&#233; il jouera de son &#171; aura &#187; personnelle en disant : &#171; vous pensez ce que vous voulez, personnellement je pense que ... &#187;. Cette tactique fonctionne &#224; merveille. L'instinct gr&#233;gaire vient au secours de la soumission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7/ Il fait des compromis quand c'est in&#233;vitable, c'est &#224; dire quand il ne peut diriger seul, et s'empresse de d&#233;noncer la compromission chez les autres.
Mais il conna&#238;t la valeur du rapport de force avec ses pairs en politique, car la r&#232;gle c'est de se soumettre plut&#244;t que de se d&#233;mettre, comme chez les grand singes.
La &#171; fin justifie les moyens &#187; est une m&#233;thode &#233;prouv&#233;e ; autre pr&#233;cepte de base bien connu : &#171; les ennemis de mes ennemis sont mes amis &#187;, il est ancien mais encore tr&#232;s efficace. En d&#233;sespoir de cause il aura recours au sempiternel &#171; diviser pour r&#233;gner &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8/ Avec l'&#226;ge vient le contr&#244;le des instances, l&#224; il faut souvent verrouiller pour se maintenir en place et garder son pouvoir. On peut le faire de multiples fa&#231;ons : la ma&#238;trise des statuts, la dramatisation &#233;motionnelle, le recours au danger externe pour rendre plus forte la coh&#233;sion interne, l'instrumentalisation des personnes proches donc d&#233;vou&#233;es, la mise en sc&#232;ne du pouvoir, etc...
Evidemment le contr&#244;le des finances et de l'information sera acquis discr&#232;tement. Comme de bien entendu on r&#233;clame la transparence pour les autres et on pratique l'opacit&#233; pour soi.
Le meilleur moyen &#233;tant de se rendre indispensable et incontournable par sa pr&#233;sence active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 / L'essentiel est de continuer, d'occuper l'espace, de marquer la situation, donc de faire parler de soi, on peut utiliser l'humour et m&#234;me aller jusqu'&#224; se plaindre ou se faire plaindre pour son d&#233;vouement &#224; la cause.
Au besoin on se fait rassurant devant les inqui&#233;tudes des personnes que l'on instrumentalise.
De ce point de vue le dirigeant politique est un bon cadre gestionnaire, il excelle dans les ressources humaines : la bonne personne &#224; la bonne place, la culture &#171; maison &#187;, la valorisation de la r&#233;ussite, l'&#233;vacuation des difficult&#233;s sur une victime expiatoire ou un bouc &#233;missaire, &#234;tre celui qui &#171; sait &#187;, la pratique de la convivialit&#233; bien comprise qui en fait un humain accessible malgr&#233; son pouvoir &#171; sup&#233;rieur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10/ La haute id&#233;e de soi-m&#234;me c'est fondamental.
Partager cela avec les autres ou leur donner un motif d'exister, de se sentir libre et utile, de vibrer pour un &#171; id&#233;al &#187; donne la cl&#233; du pouvoir symbolique. Partager et transmettre l'illusion sont de bonnes garanties pour que les autres se soumettent et s'en remettent &#224; vous en politique.
Face au vide du spectacle et de la marchandise proposer du sens c'est un excellent moyen de r&#233;ussir en politique. Allez bonne chance les petits loups, ayez les dents longues, l'&#233;poque est aux faux-semblants, n'h&#233;sitez pas les humains sont m&#233;prisables et adorent la soumission pourvu qu'on les caresse ou qu'il aient peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rire avant d'en mourir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Coutant, Nantes, en Juin 1996&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Copyright &#169; 2001 Philippe Coutant, les copies conformes et versions int&#233;grales de cet article sont autoris&#233;es et souhait&#233;es sur tout support pour peu que cette mention soit pr&#233;serv&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Organisation militante et autonomie</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?165-organisation-militante-et</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?165-organisation-militante-et</guid>
		<dc:date>2009-06-20T16:03:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Organisation politique</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Revolution</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Organisation militante et autonomie Les organisations que la classe ouvri&#232;re avait cr&#233;&#233;es pour se lib&#233;rer sont devenues des rouages du syst&#232;me d'exploitation. Telle est la brutale constatation qui s'impose &#224; tous ceux, travailleurs et militants qui regardent la r&#233;alit&#233; face. Ce qui surprend ici, ce n'est pas l'affirmation avanc&#233;e, mais son inactualit&#233;. Elle est de 1959 ; elle pourrait aussi bien &#234;tre de 1920 ou de 1995. Elle a &#233;t&#233; &#233;crite par Castoriadis ; elle aurait pu l'&#234;tre par (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-29-organisation-politique-+" rel="tag"&gt;Organisation politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-57-revolution-+" rel="tag"&gt;Revolution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Organisation militante et autonomie&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les organisations que la classe ouvri&#232;re avait cr&#233;&#233;es pour se lib&#233;rer sont devenues des rouages du syst&#232;me d'exploitation. Telle est la brutale constatation qui s'impose &#224; tous ceux, travailleurs et militants qui regardent la r&#233;alit&#233; face. Ce qui surprend ici, ce n'est pas l'affirmation avanc&#233;e, mais son inactualit&#233;. Elle est de 1959 ; elle pourrait aussi bien &#234;tre de 1920 ou de 1995. Elle a &#233;t&#233; &#233;crite par Castoriadis ; elle aurait pu l'&#234;tre par d'autres.
Il n'est pourtant pas douteux que beaucoup jugeront, au contraire, que de tels propos sont parfaitement dat&#233;s. Ne go&#251;tant gu&#232;re la perspective r&#233;volutionnaire qui les sous-tend, ils ne manqueront sans doute pas de s'en r&#233;jouir. Pour ceux-l&#224; la culture du compromis est le signe heureux d'une maturation collective perceptible depuis une vingtaine d'ann&#233;es : la grande majorit&#233; des citoyens en serait venue &#224; reconna&#238;tre dans la social-d&#233;mocratie l'horizon ind&#233;passable des temps modernes. M. Fukuyama aurait donc raison de persister dans son diagnostic de la fin de l'histoire. Resterait toutefois &#224; se demander s'il est bien s&#233;rieux de parler de la sorte d'un syst&#232;me qui a port&#233; les in&#233;galit&#233;s sociales &#224; un niveau rarement atteint, et quelle pertinence accorder &#224; une orientation politique dont la logique repose sur la conviction que libert&#233; et &#233;galit&#233; ne peuvent aller de pair1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ne faut-il pas reconna&#238;tre dans cette approche ce que les propos de Castoriadis cit&#233;s en introduction tendent &#224; combattre : la perspective d'une fausse dualit&#233; qui a pouss&#233; partis et syndicats &#224; soutenir la social-d&#233;mocratie &#180; faute de mieux &#170; ? Et n'est-ce pas du reste ce que refuse plus ou moins consciemment une bonne partie de ceux qui ne prennent gu&#232;re part &#224; la vie politique ? Le rejet du d&#233;sir r&#233;volutionnaire, tout aussi raisonnable qu'il paraisse, se r&#233;v&#233;lerait ainsi n'&#234;tre en r&#233;alit&#233; que l'expression d'une id&#233;ologie qui occulte scrupuleusement les th&#233;ories et les exp&#233;riences alternatives pour mieux affirmer la l&#233;gitimit&#233; du syst&#232;me en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refuser de s'en tenir l&#224; suppose donc de renouer les fils de la critique qui se sont peu &#224; peu rompus &#224; partir des ann&#233;es 1970, et de reprendre &#224; nouveaux frais la question qui se pose &#224; quiconque a clairement conscience de vivre dans une soci&#233;t&#233; &#224; la fois oppressive et mystificatrice, et &#233;prouve le d&#233;sir imp&#233;rieux que cela cesse : que faire ? La r&#233;f&#233;rence &#224; L&#233;nine ici n'est &#233;videmment pas fortuite2. Si le sens strat&#233;gique dont il a su faire preuve conduit &#224; s'arr&#234;ter sur son enseignement, le devenir m&#234;me de la politique qu'il a contribu&#233; &#224; mettre en place invite &#224; la prudence : il semble en effet difficile de continuer &#224; r&#233;fl&#233;chir aux raisons de la faillite de l'exp&#233;rience sovi&#233;tique en refusant de mettre en cause la mani&#232;re dont elle f&#251;t men&#233;e, et de penser encore devoir diriger le peuple - au moins le temps de lui r&#233;v&#233;ler la v&#233;rit&#233; sur la domination qu'il subit. Faut-il alors s'accorder avec ceux qui ont combattu ses m&#233;thodes et mettre sa confiance dans la capacit&#233; de r&#233;action des masses exploit&#233;es ? Position qui a assur&#233;ment l'avantage d'&#233;viter les d&#233;rives bureaucratiques, mais que l'atonie sociale rend peu cr&#233;dible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'affronter de nouveau &#224; cette question de l'agir politique, aujourd'hui que l'exp&#233;rience sovi&#233;tique a tourn&#233; court, nous para&#238;t &#234;tre une t&#226;che prioritaire pour qui n'a pas renonc&#233; &#224; parler d'&#233;mancipation. Mais, ne le cachons pas, la d&#233;marche est risqu&#233;e, qui pourrait conduire &#224; un certain d&#233;senchantement de la conscience militante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait une bonne vingtaine d'ann&#233;es d&#233;j&#224; qu'observateurs et analystes de la soci&#233;t&#233; contemporaine expriment leur inqui&#233;tude quant &#224; la perte du sens civique, dont la baisse continue du taux de syndicalisation ou la faiblesse chronique des participations &#233;lectorales seraient les signes le plus manifestes. Mais leur diagnostic n'a pas vari&#233; : d&#233;plorant un repli sur la sph&#232;re priv&#233;e ils stigmatisent les seuls comportements individuels. N&#233;gligeant de consid&#233;rer les organisations politiques en tant que telles, il n'abordent donc jamais l'&#233;pineux probl&#232;me de la l&#233;gitimit&#233; des repr&#233;sentations. Aussi ne peuvent-ils envisager que la d&#233;politisation qu'ils pointent &#224; regret n'est peut-&#234;tre pas sans rapport avec une d&#233;fiance nouvelle &#224; l'&#233;gard des partis et des syndicats traditionnels, de sorte qu'on pourrait y voir moins l'expression d'un d&#233;sengagement citoyen qu'une confuse demande de prise en compte effective des positions de chacun. Hypoth&#232;se qui prend tout son sens d&#232;s qu'on tient compte du fait que le mouvement qu'on vise s'est enclench&#233;, en France tout au moins, au moment o&#249; les critiques du stalinisme atteignaient un large public. Au-del&#224; de la remise en cause de la politique men&#233;e en Union Sovi&#233;tique, c'est l'essence m&#234;me de la bureaucratie qui &#233;tait vis&#233;e, de sorte que les formes traditionnelles d'organisation n'en sont pas sorties indemnes. Ce que les d&#233;rives bureaucratiques nous ont appris en effet, c'est bien que la domination sociale ne se limite pas &#224; une question &#233;conomique, comme on a pu le croire un temps, mais qu'elle est avant tout affaire de pouvoir de d&#233;cision. Dans la mesure o&#249; la collectivisation des moyens de production n'&#233;limine pas l'exploitation, comme la Russie stalinienne a conduit &#224; le reconna&#238;tre, elle ne saurait repr&#233;senter par elle-m&#234;me la voie vers le socialisme. Ce qui compte en termes d'&#233;mancipation concerne donc bien davantage les rapports de production, et plus g&#233;n&#233;ralement les rapports sociaux. Autrement dit, puisque la suppression de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'entra&#238;ne pas la fin de la domination, il faut reconna&#238;tre que les formes juridiques n'affectent nullement les relations de pouvoir entre les individus participant &#224; la production, les uns assumant les t&#226;ches de direction quand les autres se trouvent cantonn&#233;s &#224; des r&#244;les de simples ex&#233;cutants. C'est pourtant cette r&#233;duction des travailleurs au rang de moyens de production qui, fonci&#232;rement, repr&#233;sente leur ali&#233;nation. On s'aper&#231;oit alors que la bureaucratie, loin d'&#234;tre l'autre du capitalisme, reproduit plut&#244;t les m&#234;mes rapports de production, qu'elle exprime cette m&#234;me tendance &#224; ne voir dans les ouvriers qu'une main d'oeuvre passive.
Notons au passage le caract&#232;re pour le moins probl&#233;matique qu'il y a &#224; pr&#233;tendre g&#233;rer la vie des hommes comme s'ils s'agissaient d'&#234;tres totalement passifs. Au-del&#224; d'une condamnation purement morale, il faut en effet noter que l'activit&#233; proprement humaine, c'est-&#224;-dire l'activit&#233; qu'aucune machine, aussi perfectionn&#233;e soit-elle, ne peut r&#233;aliser, comporte toujours des &#233;l&#233;ments, m&#234;me minimes, d'auto-direction. C'est bien ce qu'attestent a contrario les r&#233;sistances effectives des ouvriers &#224; l'organisation tayloriste du travail : s'ils refusent d'appliquer purement et simplement des consignes impos&#233;es de l'ext&#233;rieur, c'est qu'ils ne peuvent faire autrement que de les adapter en fonction de leur singularit&#233;. Ainsi aborder les questions li&#233;es au travail en le comprenant comme une activit&#233; engageant l'&#234;tre entier de celui qui le r&#233;alise, permet de prendre conscience de l'impossibilit&#233; qu'il y a &#224; r&#233;ifier int&#233;gralement un sujet humain. Mais ce qui se d&#233;couvre l&#224;, au sein d'un atelier de production, peut et doit &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233;, amenant &#224; reconna&#238;tre qu'il est profond&#233;ment irrationnel de pr&#233;tendre organiser les hommes, qu'il s'agisse de production ou de vie politique, comme s'ils &#233;taient des objets en ignorant ce qu'eux-m&#234;mes veulent et pensent dans leur propre organisation3. Ainsi il nous para&#238;t que les militants du groupe Socialisme ou Barbarie avaient vu juste en affirmant que la vis&#233;e primordiale de toute lutte pour l'&#233;mancipation devait &#234;tre la suppression de la division centrale structurant les soci&#233;t&#233;s d'oppression, &#224; savoir la division entre dirigeants et dirig&#233;s. On comprend sans doute mieux &#224; pr&#233;sent la formulation de l'hypoth&#232;se selon laquelle l'apathie sociale aurait parti li&#233; avec la m&#233;fiance de beaucoup &#224; l'&#233;gard des organisations sens&#233;es d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts. Pour peu qu'on admette qu'il n'y a rien de plus l&#233;gitime que de vouloir dominer sa vie, on accordera que ceux qui se d&#233;tournent des com&#233;dies &#233;lectorales expriment par l&#224; leur rejet d'un syst&#232;me dans lequel ils savent pertinemment n'avoir pas voix au chapitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un hasard si une telle vision des choses retrouve la th&#232;se d&#233;velopp&#233;e par Lefort &#224; propos du prol&#233;tariat dans les ann&#233;es 1950, c'est-&#224;-dire du temps o&#249; il &#233;tait membre de Socialisme ou Barbarie ; th&#232;se qu'il n'est sans doute pas inutile de rappeler succinctement. A une &#233;poque o&#249; le milieu intellectuel &#233;tait domin&#233; par un marxisme accordant tout son poids &#224; la dimension &#233;conomique, il affirmait l'impossibilit&#233; de d&#233;duire la conduite des hommes d'une analyse de leur position sociale. Lefort n'entendait nullement nier l'importance des conditions d'existence, mais refusait toutefois qu'on puisse trouver en elles de quoi d&#233;terminer la nature du prol&#233;tariat. Ce dernier, assurait-il, n'est rien d'objectif, il est une classe en qui l'&#233;conomique et le politique n'ont plus de r&#233;alit&#233; s&#233;par&#233;e, qui ne se d&#233;finit que comme exp&#233;rience4. Fid&#232;le ainsi &#224; l'id&#233;e de Marx selon laquelle l'&#233;volution sociale rel&#232;ve d'une lutte de classes, il ne pouvait que s'opposer &#224; toute approche qui, faisant du marxisme une science, ne s'int&#233;ressait au fond qu'&#224; ce qu'on appelait alors l'infrastructure &#233;conomique, d&#233;niant par l&#224; tout pouvoir effectif d'action comme de d&#233;cision au prol&#233;tariat.
On pressent les cons&#233;quences d'une telle approche en mati&#232;re d'organisation. C'est en effet la conception l&#233;niniste du parti r&#233;volutionnaire qui se trouve ici r&#233;cus&#233;e. Con&#231;u en vue de la victoire socialiste, ce parti visait &#224; guider une population jug&#233;e incapable de se d&#233;gager toute seule des repr&#233;sentations de la classe dominante. On dira que c'est l&#224; une vue tr&#232;s cons&#233;quente qui semble encore s'imposer &#224; qui a conscience de la domination subie par les plus faibles : comment pourraient-ils, sans direction &#233;trang&#232;re, ne serait-ce que concevoir la possibilit&#233; concr&#232;te d'une soci&#233;t&#233; &#233;mancip&#233;e, et ne pas se limiter &#224; revendiquer de simples am&#233;nagements au syst&#232;me qui les exploite ? Certes. Mais si, comme Lefort, on admet au contraire que les individus ont la capacit&#233; de s'organiser et de lutter contre l'oppression, si l'on assure que les hommes sont sujets de leur histoire, on ne peut plus voir le parti l&#233;niniste comme le moyen de la lutte pour l'&#233;mancipation de tous puisque, assumant la n&#233;cessit&#233; d'une direction s&#233;par&#233;e, un tel parti reproduit les rapports hi&#233;rarchiques propres &#224; toute bureaucratie. Mais il y a plus. Si le prol&#233;tariat est exp&#233;rience, s'il n'a pas d'essence, si donc il est ind&#233;terminable, il n'est pas possible de trouver une repr&#233;sentation stable qui lui corresponde. Autant dire qu'aucune organisation ne peut pr&#233;tendre l&#233;gitimement parler ou agir en son nom, si elle n'est sous son contr&#244;le permanent. Ce qui est sans doute possible dans un milieu restreint et homog&#232;ne, comme celui du travail o&#249; chacun peut mesurer les effets des d&#233;cisions prises et donc apte &#224; juger par lui-m&#234;me quand il s'agit de d&#233;cider d'une politique &#224; suivre, mais non pas pour une organisation aux dimensions plus larges, comme un parti politique. N&#233;cessairement h&#233;t&#233;rog&#232;ne, puisque rassemblant des individus ayant des conditions de vie et une culture diff&#233;rentes, le parti ne peut alors assurer son unit&#233; que par une centralit&#233; qui le place &#224; la fois en position d'ext&#233;riorit&#233; et de direction de l'ensemble de ses membres. Ainsi sa ligne politique ne sera jamais l'expression r&#233;elle de la base. On voit mal au demeurant comment cette derni&#232;re &#233;viterait de s'en remettre au d&#233;l&#233;gu&#233; - ce camarade comp&#233;tent - pour des d&#233;cisions portant sur des questions g&#233;n&#233;rales dont il n'est pas toujours ais&#233; de saisir les enjeux sans une &#233;tude approfondie. l faut alors reconna&#238;tre qu'en dehors du cadre de l'entreprise, le pouvoir des simples membres de l'organisation n'est que formel - le principe de r&#233;vocabilit&#233; ne changeant rien &#224; l'affaire : Peu importe que le d&#233;l&#233;gu&#233; soit ou non r&#233;vocable &#224; tout instant, assure Lefort, les facteurs qui paralysent la base militante dans un parti ne tiennent pas &#224; ce qu'elle ne dispose pas du pouvoir permanent de r&#233;voquer, ils tiennent beaucoup plus profond&#233;ment &#224; ce que cette base est accoutum&#233;e &#224; l'existence de l'appareil dirigeant, &#224; la hi&#233;rarchisation des fonctions, &#224; la sp&#233;cialisation de l'activit&#233; politique5. Parti d'une r&#233;flexion sur le ph&#233;nom&#232;ne totalitaire et d'une remise en cause de la conception l&#233;niniste du parti, Lefort en venait ainsi &#224; &#233;largir sa critique pour assurer que le devenir de tout parti r&#233;volutionnaire ne pouvait qu'&#234;tre la d&#233;g&#233;n&#233;rescence bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on a cru bon de rappeler une telle analyse qui fut pourtant d&#233;velopp&#233;e dans un contexte qui n'est plus la n&#244;tre, c'est qu'elle nous semble n'avoir rien perdu de sa fra&#238;cheur. Pour qui conna&#238;t en effet le fonctionnement r&#233;el de la majorit&#233; des partis politiques et des syndicats, la pertinence des remarques de Lefort ne fait aucun doute. Quel sens, en effet, y a-t-il &#224; parler de d&#233;mocratie &#224; propos d'organisations dont l'autonomie des directions ne cesse de s'accro&#238;tre au point que les journalistes n'h&#233;sitent plus &#224; parler de chefs ou de leader pour d&#233;signer des repr&#233;sentants &#233;lus ? Ce que Lefort a parfaitement mis en lumi&#232;re et qui reste profond&#233;ment actuel, c'est la contradiction qu'il y a, pour un parti, &#224; pr&#233;tendre conduire la lutte des individus contre un syst&#232;me jug&#233; n&#233;gatif en raison de sa structuration sociale bas&#233;e sur la division entre dirigeants et ex&#233;cutants tout en reproduisant en son sein cette m&#234;me division. Reste que sa position n'est pas sans poser probl&#232;me pour autant. La conscience du risque de d&#233;rive bureaucratique conduit en effet Lefort &#224; r&#233;cuser toute forme d'organisation centralis&#233;e, c'est-&#224;-dire &#224; renoncer de facto &#224; toute activit&#233; politique concr&#232;te. Et s'il pouvait pr&#233;tendre rester par l&#224; fid&#232;le au principe fondamental de la premi&#232;re internationale, selon lequel l'&#233;mancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux-m&#234;mes, c'est qu'il avait encore foi en un sens de l'histoire. N'ayant plus d'illusion sur ce point, il se trouve aujourd'hui bien en peine de d&#233;velopper une quelconque critique de la soci&#233;t&#233; contemporaine, comme Castoriadis a pu le lui reprocher6.
l s'agit alors de se demander s'il est possible d'&#233;viter une telle impasse, sans pour autant m&#233;conna&#238;tre les risques de d&#233;rive bureaucratique que Lefort a su parfaitement mettre en lumi&#232;re. Peut-on parler d'ali&#233;nation des esprits ou de domination symbolique et pr&#233;tendre lutter contre, sans pour autant pr&#233;tendre guider les personnes ainsi domin&#233;es ? Autrement dit, peut-on encore militer de mani&#232;re cons&#233;quente pour l'av&#232;nement d'une soci&#233;t&#233; de justice et de libert&#233; ? Et si oui, comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que l'hypoth&#232;se selon laquelle la d&#233;saffection d'un grand nombre de personnes pour la vie publique gagnerait &#224; &#234;tre comprise comme l'expression confuse du rejet d'un syst&#232;me politique o&#249; la repr&#233;sentation rime avec usurpation, trouve tout son int&#233;r&#234;t. Elle nous semble en effet dessiner en creux une voie possible pour une nouvelle fa&#231;on de militer. Sans doute faut-il, pour le comprendre, admettre que tout acte humain renvoie en quelque mani&#232;re &#224; une valeur v&#233;hicul&#233;e par la collectivit&#233; &#224; laquelle il appartient. C'est que, contrairement &#224; ce que l'id&#233;ologie ambiante voudrait faire accroire, il faut cesser de concevoir l'individu comme un &#234;tre naturellement rationnel pour reconna&#238;tre qu'il se constitue progressivement au sein d'une soci&#233;t&#233; en int&#233;riorisant les repr&#233;sentations qu'elle v&#233;hicule. Ce n'est donc qu'au travers de telles repr&#233;sentations que chacun peut trouver un sens au monde : elles sont la m&#233;diation indispensable entre l'&#234;tre singulier et son environnement qu'il soit naturel ou social. On peut donc les comprendre comme des significations. Et puisqu'elles diff&#232;rent d'une soci&#233;t&#233; &#224; l'autre, et que l'histoire d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e n'est que l'histoire de leur succession, Castoriadis invite &#224; les appr&#233;hender comme des cr&#233;ations du collectif anonyme qui est le tout social et &#224; les nommer des significations imaginaires. Comme nous avons vu, ces significations sont ce qui procure du sens, d&#233;finissant notamment ce qui est l&#233;gitime et ce qui ne l'est pas, ce qui convient de valoriser ou de combattre. Mais ce n'est pas tout : elles cr&#233;ent en outre des affects correspondant aux valeurs qu'elles promeuvent. C'est ainsi que le christianisme a d&#233;velopp&#233; cet affect sp&#233;cifique qu'est la foi, que les Lumi&#232;res ont fa&#231;onn&#233; le d&#233;sir de libert&#233;, et que le capitalisme a donn&#233; naissance &#224; l'entrepreneur avide et conqu&#233;rant. Cela admis, il devient ais&#233; de voir que le mouvement de d&#233;politisation qu'on d&#233;plore depuis quelques ann&#233;es renvoie simultan&#233;ment &#224; deux des grandes significations imaginaires des temps modernes que sont le projet capitaliste tendant &#224; la ma&#238;trise rationnelle totale de la nature ainsi qu'&#224; la recherche d'un maximum de bien-&#234;tre pour l'individu singulier, et le projet d'autonomie qui, lui, vise l'institution d'une soci&#233;t&#233; pour laquelle la libert&#233; sans la justice est une v&#233;ritable contradiction7. Le d&#233;sint&#233;r&#234;t pour la vie politique depuis la fin des ann&#233;es 1970 est un fait que nul ne songe &#224; contester. Mais il semble difficile d'en comprendre le sens profond en ne le consid&#233;rant que comme l'expression d'une tendance au repli sur soi, sans percevoir qu'il manifeste aussi une aspiration confuse &#224; la gestion collective de la vie commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l y a l&#224; une dualit&#233; fondamentale qui permet bien d'&#233;clairer l'ambigu&#239;t&#233; de beaucoup face &#224; la politique et de saisir la complexit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne que repr&#233;sente l'ali&#233;nation. l faut en effet admettre que les individus ne subissent pas purement et simplement la domination dont ils sont pourtant victimes, mais qu'ils y participent en quelque mani&#232;re - tout comme ils sont partie prenante de la d&#233;rive bureaucratique des organisations politiques et syndicales cens&#233;es les repr&#233;senter - puisqu'ils adh&#232;rent, partiellement tout au moins, &#224; la signification imaginaire qui pose que la vie sociale ne peut se concevoir sans hi&#233;rarchie, qu'il est naturel que certains commandent et que les autres ob&#233;issent, et qu'il au revient aux premiers d'avoir les r&#233;mun&#233;rations les plus importantes. Aussi faut-il reconna&#238;tre l'emprise de l'imaginaire capitaliste sur des hommes et des femmes qui, cependant, expriment par ailleurs leur malaise &#224; vivre dans le monde actuel ainsi que leur aspiration &#224; une soci&#233;t&#233; plus &#233;galitaire. Ce qui ne va pas sans cons&#233;quences sur l'activit&#233; militante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l ne semble en effet plus possible de se contenter de mener des actions contre une organisation sociale sens&#233;e &#234;tre porteuse de tous les maux sans consid&#233;ration pour les consciences individuelles. Aussi nous para&#238;t-il que militer consiste d'abord &#224; rep&#233;rer les tendances &#224; l'autonomie pr&#233;sentes en chacun et qui se manifestent clairement dans les mouvements sociaux et &#224; tout faire pour les diffuser, les unifier et les amplifier, sans toutefois s'aveugler sur les forces &#224; l'oeuvre op&#233;rant comme r&#233;sistance &#224; l'&#233;mancipation ni oublier les le&#231;ons des analyses de Lefort. Ce en quoi la t&#226;che militante cons&#233;quente rel&#232;ve du registre de la praxis, si l'on entend par l&#224; ce faire dans lequel l'autre ou les autres sont vis&#233;s comme &#234;tres autonomes et consid&#233;r&#233;s comme l'agent essentiel du d&#233;veloppement de leur propre autonomie8. L'objectif est ici tout &#224; fait sp&#233;cifique puisqu'il s'agit de d&#233;velopper l'autonomie de tout un chacun. Or comme cela ne manque pas d'avoir des effets en retour sur le militant et plus g&#233;n&#233;ralement sur les conditions sociales au sein desquelles il op&#232;re, il ne peut plus &#234;tre question de former une arm&#233;e d&#233;vou&#233;e et efficace en vue de la prise du pouvoir ni de pr&#233;tendre &#233;laborer scientifiquement un programme r&#233;volutionnaire. Pas plus qu'il ne peut &#234;tre question d'apporter la v&#233;rit&#233; au peuple, de d&#233;cider pour lui des orientations &#224; prendre ou m&#234;me seulement de donner des consignes de vote. C'est que la praxis est tout autre chose que l'application d'un savoir pr&#233;alable comme l'assure Castoriadis. Non qu'elle soit aveugle, mais parce que le savoir sur lequel elle s'appuie &#233;merge de l'activit&#233; elle-m&#234;me, interdisant du m&#234;me coup de se placer en position d'ext&#233;riorit&#233; et de ma&#238;trise. l ne peut plus y avoir de directives puisqu'il n'y a plus de direction. Ainsi la lutte pour l'&#233;mancipation pousse-t-elle &#224; renoncer aux formes traditionnelles d'organisation, pour en appeler &#224; une pratique collective visant l'av&#232;nement d'une soci&#233;t&#233; o&#249; chacun serait autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira que c'est l&#224; chose impossible. Mais ce n'est pas saisir l'enjeu de l'activit&#233; militante red&#233;finie &#224; partir de la notion castoriadienne de praxis. Le probl&#232;me, en effet, n'est pas de se faire devin en t&#8218;chant de pr&#233;dire l'avenir, mais, plus modestement, d'interpr&#233;ter et de relayer les tendances &#224; l'autonomie, sachant fort bien qu'on se trouve alors pris dans un cercle : l'exigence d'autonomie diffuse dans la soci&#233;t&#233;, l'analyse de celui qui interpr&#232;te un fait social comme relevant d'une telle exigence, et enfin l'activit&#233; qu'il d&#233;ploie pour permettre aux individus de prendre conscience que leurs agissements renvoient &#224; cette exigence d'autonomie et d'en tirer eux-m&#234;mes les cons&#233;quences politiques, se conditionnent en effet mutuellement. l faut donc reconna&#238;tre que les bouleversements que suppose une soci&#233;t&#233; r&#233;ellement libre d&#233;pendent de la mobilisation militante tout autant qu'ils la conditionnent. Ainsi, postuler que le ph&#233;nom&#232;ne de d&#233;politisation auquel nous assistons rel&#232;ve d'un d&#233;sir confus des individus de ma&#238;triser leur histoire, ce n'est pas seulement r&#233;v&#233;ler une tendance effective, c'est &#233;galement ouvrir la voie &#224; un travail militant d'un nouveau type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il convient, bien &#233;videmment, de d&#233;fendre l'id&#233;e d'autonomie et de la propager, il faut encore et surtout aider les individus &#224; vivre cette id&#233;e. Ce qui suppose que les militants investissent simultan&#233;ment l'ordre de la r&#233;flexion et de l'action collective. Ils se doivent en effet, au plan de la r&#233;flexion, d'interpr&#233;ter les manifestations sociales afin de saisir ce qui en elles peut relever de la tendance &#224; l'autonomie, tout en d&#233;non&#231;ant sans cesse ce qui fait obstacle &#224; une telle tendance. Mais ils se doivent &#233;galement de contribuer &#224; la mise en place d'une organisation permettant &#224; tous de faire l'exp&#233;rience d'une structure non directive, et d'&#233;prouver que les motivations de l'&#234;tre humain ne sont pas n&#233;cessairement l'enrichissement personnel et le souci de soi dans l'indiff&#233;rence aux autres, qu'il n'est pas fonci&#232;rement un homo oeconomicus, comme on voudrait nous le faire accroire. La difficult&#233; m&#234;me d'une telle t&#226;che t&#233;moigne de la puissance de ces deux significations imaginaires centrales de la soci&#233;t&#233; moderne que sont la croyance en un d&#233;sir inn&#233; de possession et l'id&#233;e de la n&#233;cessit&#233; d'une hi&#233;rarchie dans tous les aspects de la vie sociale. La domination qu'elles exercent sur les esprits souligne du reste qu'elles tendent &#224; &#234;tre per&#231;ues, non pour ce qu'elles sont, &#224; savoir des cr&#233;ations sociales, mais comme naturelles. Marquant une nouvelle forme d'ali&#233;nation - celle de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble &#224; ses repr&#233;sentations, cette tendance qui repr&#233;sente un nouvel obstacle au travail militant en redouble pourtant la n&#233;cessit&#233;. Tout comme elle indique la direction qu'il devra prendre.
Si les significations imaginaires qui sont &#224; l'origine des diverses formes de domination sociale s'imposent &#224; l'ensemble du corps social, il convient sans doute de lutter prioritairement contre leur emprise dans les milieux militants. l s'agit alors de mener son action aupr&#232;s de ceux qui sont encore peu enclin &#224; contester l'orientation politique du parti ou du syndicat dont ils sont adh&#233;rents. Incapables de s'interroger sur l'attachement affectif qui les nouent &#224; leur organisation, ces militants ne se rendent pas compte qu'ils &#233;touffent en eux ce qui seul devrait commander leur pratique, la volont&#233; de ma&#238;triser leur histoire. Du coup ils ne peuvent pas saisir l'int&#233;r&#234;t d'une red&#233;finition de la t&#226;che militante en terme de praxis : si elle interdit de continuer de r&#234;ver au Grand Soir ou &#224; la lutte finale, elle interdit &#233;galement toute pr&#233;tention &#224; diriger qui que ce soit en (s') assurant &#234;tre porteur de la v&#233;rit&#233;, pour inviter, plus modestement sans doute, &#224; participer &#224; des actions collectives, pr&#233;figurations possibles de nouveaux rapports sociaux. C'est bien l&#224;, au demeurant, qui permet de vivre sa condition d'&#234;tre social-historique dans la plus grande coh&#233;rence possible, en faisant vivre un projet issu d'une tradition dont on se veut l'h&#233;ritier : le projet d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de savoir ce qu'il est possible de faire pour qui manifeste le d&#233;sir de changement radical de soci&#233;t&#233; trouve ainsi une r&#233;ponse. On dira la t&#226;che impossible. Mais l'exigence qu'elle manifeste et la radicalit&#233; dont elle est porteuse ne sont pas autre chose que l'expression de la volont&#233; de se tenir &#224; la hauteur de tous ceux qui, depuis les trois derniers si&#232;cles au moins, ont port&#233; le projet d'une soci&#233;t&#233; &#233;mancip&#233;e. R&#233;sistant envers et contre tout et peut &#234;tre d'abord envers eux-m&#234;mes, envers le sentiment d&#233;sesp&#233;rant de l'inutilit&#233; de leur geste, ils ont su ainsi montrer que la force mat&#233;rielle na&#238;t, un jour ou l'autre, de la force morale, comme la volont&#233; de r&#233;sistance cr&#233;e finalement, d'une mani&#232;re ou d'une autre, les moyens de r&#233;sister9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux antipodes de tout id&#233;alisme, puisant aux sources de l'exp&#233;rience historique, la red&#233;finition de la t&#226;che militante comme praxis appara&#238;t ainsi la seule mani&#232;re coh&#233;rente de ne pas c&#233;der devant le d&#233;veloppement de l'imaginaire capitaliste en assistant, passif, &#224; l'effacement du projet d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Ainsi K. Popper assurait-il sans rire : Nous vivons dans la soci&#233;t&#233; la plus libre qui ait jamais exist&#233;. Ne pas le dire est un crime !! Bien s&#251;r, conc&#233;dait-il, il y a des in&#233;galit&#233;s et la plupart des gens pr&#233;f&#233;reraient un monde o&#249; il serait possible de vivre non seulement dans la libert&#233;, mais aussi dans l'&#233;galit&#233;. Mais il semble (&#214;) qu'elles soient oppos&#233;es l'une l'autre. (L'Express du 19-02-1982).
2. L&#233;nine, Que faire ? (1902).
3. C. Castoriadis, L'exp&#233;rience du mouvement ouvrier, tome 1, Paris, 10/18, 1979, p. 108. Nous soulignons.
En ce qui concerne l'irr&#233;ductibilit&#233; du sujet humain, rappelons-nous la le&#231;on de R. Antelme : Parlant de son exp&#233;rience concentrationnaire, il &#233;crit : Nous sommes sur le point de ressembler &#224; tout ce qui ne se bat que pour manger et meurt de ne pas manger, au point de nous niveler sur une autre esp&#232;ce (&#214;). Mais il n'y a pas d'ambigu&#239;t&#233;, nous restons des hommes, nous ne finirons qu'en hommes. (L'esp&#232;ce humaine, Paris, Tel-Gallimard, 2002, p. 239).
4. C. Lefort, ...&#233;l&#233;ments d'une critique de la bureaucratie, Paris, Gallimard, 1979, p. 66. 5. C. Lefort, op. cit., p. 108.
6. Revue du MAUSS, n&#176; 13, Premier semestre 1999, p. 24.
7. Rousseau, Lettres &#233;crites de la montagne, Ve lettre, La Pl&#233;iade, tome 3, p. 842.
8. C. Castoriadis, L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op. cit., p. 112. Les citations qui suivent et ne font l'objet d'aucune note renvoient aux pages 112-118 de cet ouvrage.
9. Veiller, r&#233;sister, s'unir. Appel du g&#233;n&#233;ral Cochet diffus&#233; le 6 Septembre 1940 en zone sud.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Les enjeux invisibles du pouvoir</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?158-les-enjeux-invisibles-du-pouvoir</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?158-les-enjeux-invisibles-du-pouvoir</guid>
		<dc:date>2009-06-16T16:39:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Texte en provenance de : http://1libertaire.free.fr/ Suite &#224; son intervention du 16 janvier 2004, Henri Bernicard nous a transmis le texte d'une intervention au colloque JERC d'Aurillac en novembre 2004, qui reprend les propos de l'expos&#233; d'Albi Les enjeux invisibles du pouvoir par Henri Bernicard http://perso.wanadoo.fr/espace-cpp/... Tout d'abord, une quelques mots de pr&#233;sentation de notre[1] travail. Le &#171; Centre d'expertise des pratiques et des relations de pouvoir &#187; est un (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte en provenance de : &lt;a href=&#034;http://1libertaire.free.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://1libertaire.free.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; son intervention du 16 janvier 2004, Henri Bernicard nous a transmis le texte d'une intervention au colloque JERC d'Aurillac en novembre 2004, qui reprend les propos de l'expos&#233; d'Albi&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Les enjeux invisibles du pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par Henri Bernicard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://perso.wanadoo.fr/espace-cpp/seminairecpp.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://perso.wanadoo.fr/espace-cpp/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, une quelques mots de pr&#233;sentation de notre[1] travail. Le &#171; Centre d'expertise des pratiques et des relations de pouvoir &#187; est un organisme &#224; but non lucratif qui, &#224; la demande des organisations, &#233;tablit des bilans des relations d'autorit&#233;, des abus qui peuvent en d&#233;couler, et met en place la pr&#233;vention des risques professionnels li&#233;s au harc&#232;lement moral. Cette association pratique aussi l'accompagnement des dirigeants, particuli&#232;rement en p&#233;riode de transmission ou de red&#233;finition de l'autorit&#233;. Egalement, la r&#233;solution des situations de crise. Et, surtout, le CEPREP est un organisme de formation aux pratiques d'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justement, autorit&#233; ou pouvoir, c'est une question importante. Car de plus en plus, des organisations qui se sont b&#226;ties historiquement sur le mod&#232;le pyramidal, le mod&#232;le paternel, se rendent compte qu'elles ont atteint leur degr&#233; de saturation en mati&#232;re de ressentiment et de d&#233;motivation. Sans compter le stress et les somatisations orientent les m&#233;decins de travail vers les pathologies des relations de pouvoir. Ces prises de conscience sont nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donc, je vais vous parler des enjeux invisibles du pouvoir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir, on le voit &#224; l'&#339;uvre, que ce soit dans la sph&#232;re politique, dans la sph&#232;re relationnelle, dans la sph&#232;re organisationnelle ou associative ; mais on voit tr&#232;s peu ce qui se passe &#224; l'int&#233;rieur de l'individu, du dominateur, du tyran ; parce que pendant longtemps, cela a &#233;t&#233; un sujet tabou. Aujourd'hui, on peut dire que parler du pouvoir, c'est &#224; peu pr&#232;s aussi difficile, dans ce d&#233;but de 21&#232;me si&#232;cle, que parler de sexualit&#233; l'&#233;tait au d&#233;but du 20&#232;me si&#232;cle. D'ailleurs, il y a tr&#232;s peu d'&#233;crits l&#224;-dessus.
Il est urgent de parler du pouvoir, d'en conna&#238;tre les effets. C'est en connaissant le fonctionnement intime de cette dangereuse dimension humaine, qu'on peut en am&#233;liorer la ma&#238;trise et l'orienter vers une d&#233;ontologie.
Le pouvoir est de prime abord une chose brillante ; on voit des dominants, des ma&#238;tres, des gouvernants, &#224; la t&#233;l&#233;vision, partout, dans toute la presse ; et des gens qui cherchent &#224; &#234;tre khalife &#224; la place du khalife. Il y a donc une &#233;vidence imm&#233;diate du pouvoir.
Mais il y a surtout et c'est ce qui nous occupe, une face obscure. Celle dans laquelle on ne va pas regarder, c'est-&#224;-dire les effets psychiques du pouvoir.
Il y a de multiples d&#233;finitions du pouvoir, je ne vais pas les reprendre ici. Disons que le pouvoir ce n'est pas seulement le fait d'exercer une influence sur l'action ou la pens&#233;e de quelqu'un ; c'est aussi, dit Max Weber, l'usage l&#233;gitime de la violence. Et Freud ajoute : &#224; son propre profit.
Ainsi, il y a des gains &#224; esp&#233;rer du pouvoir ; c'est tr&#232;s recherch&#233;. Quels sont-ils ?
Il y a des b&#233;n&#233;fices apparents. C'est-&#224;-dire des avoirs. On peut citer, dans ce registre, la richesse, la notori&#233;t&#233;, la puissance, l'acc&#232;s &#224; l'information. Historiquement, c'&#233;tait aussi l'acc&#232;s &#224; la possession sexuelle, dans la tribu. Tout ceci se rapporte &#224; la logique des objets. Donc, c'est quelque chose qui est assez connu, et qui est bien d&#233;crit.
Mais il est d'autres ressorts. D'autres b&#233;n&#233;fices. Des b&#233;n&#233;fices invisibles du pouvoir. Et ces avantages ne sont pas sur le mode de l'avoir, mais de l'&#234;tre. Ils sont donc plus fondamentaux ; primordiaux. Ce sont les esp&#233;rances du sujet.
Comment ces enjeux se mettent-ils en place ? La r&#233;ponse &#224; cette question tient aux effets psychiques du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Les effets psychotropes du pouvoir&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir, &#224; la longue, on a pu le constater dans notre pratique, est une r&#233;alit&#233; - ou un fantasme - qui produit des effets psychotropes. C'est-&#224;-dire des effets qui entra&#238;nent l'esprit ; de m&#234;me qu'il existe des effets psychotropes de l'alcool ou des toxiques. Il y a quatre grands effets psychotropes du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, le pouvoir est d&#233;sinhibant. Certaines personnalit&#233;s pr&#233;sentent une atrophie d'une ou plusieurs manifestations de leur moi : c'est une inhibition. Lorsqu'on les met en position de pouvoir ou en position de s'imaginer qu'ils sont au pouvoir, ces individus se r&#233;v&#232;lent d&#233;sinhib&#233;s, particuli&#232;rement brillants, particuli&#232;rement efficaces m&#234;me. Et lorsqu'on les enl&#232;ve de cette position de pouvoir - par exemple lors d'une &#233;lection perdue - ces personnes redeviennent inhib&#233;es. Mais ce n'est pas toujours dans ce rythme-l&#224; ; cela peut &#234;tre l'alternance r&#233;guli&#232;re inhibition-puissance psychique, plusieurs fois par jour.
L'exemple type de cette d&#233;sinhibition au pouvoir, c'est Adolf Hitler. Dans les &#233;crits r&#233;cents, parus depuis l'ouverture des archives conserv&#233;s par les sovi&#233;tiques, on trouve des rapports des ambassadeurs et des ministres qui traitaient avec lui. Egalement des m&#233;moires de g&#233;n&#233;raux de l'arm&#233;e. Il y est d&#233;crit une personnalit&#233;, en priv&#233; ou en petit comit&#233;, timide et presque falote. Il commence sa journ&#233;e de travail &#224; midi. Il d&#233;l&#232;gue toutes les d&#233;cisions, sauf celles tenant &#224; son image, et &#224; la guerre. On voit pourquoi : ce sont deux domaines ou le phallus imaginaire l'emporte. Cette personne, mise en position de diriger une foule, devenait, de l'avis g&#233;n&#233;ral, une esp&#232;ce de Titan. Il y avait l&#224; un effet psychotrope fantastique, dans la position de pouvoir que repr&#233;sente une foule d&#233;sirante (et d&#233;lirante). Il a lui-m&#234;me dit, dans un entretien avec Goebbels : &#171; La foule, c'est comme une femme qu'il faut avoir &#187;. La foule repr&#233;sente, ici, un avatar de l'objet sexuel, dans une d&#233;marche qui rappelle la sublimation. Il en est de m&#234;me de certains de &#171; grands communicateurs &#187;. Cet effet d&#233;sincarnant, c'est ce que j'appellerai le pouvoir-extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre effet psychotrope du pouvoir : c'est un anxiolytique. On le voit, dans notre quotidien, lorsqu'il y a une surexigence du milieu, et que cela donne lieu &#224; des formations surmo&#239;ques compl&#232;tement anxiog&#232;nes. C'est le cas de la s&#233;lection des &#233;lites, en France, par le syst&#232;me des grandes &#233;coles. Les classes pr&#233;paratoires va donner des gens qui, une fois qu'ils ont int&#233;gr&#233; - notons le vocable, qui d&#233;note l'int&#233;grit&#233; physique et morale - vont se r&#233;v&#233;ler soulag&#233;s. Et cette &#233;motion du soulagement va &#234;tre promue au niveau d'objet morbide du d&#233;sir. Ils ne pourront plus s'en passer.
C'est le cas de Jean-Marie Messier, ancien &#233;l&#232;ve de grande &#233;cole, qui une fois &#224; la t&#234;te du groupe Vivendi Universal, a fait la confidence suivante &#224; Claude B&#233;b&#233;ar, un autre grand patron : &#171; J'&#233;tais tr&#232;s introverti quand j'avais 20 ans. Aujourd'hui, j'ai l'impression de vivre l'adolescence que je n'ai pas v&#233;cue. &#187; [2]
Face &#224; la surexigence surmo&#239;que du milieu, la cons&#233;cration a caus&#233; chez le PDG cet effet de fascination : c'est le pouvoir-soulagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me effet psychotrope du pouvoir : il est souvent aphrodisiaque. Il permet, historiquement, la possession sexuelle. Mais aussi, il facilite le d&#233;sir. Il vient potentialiser un fantasme de puissance sexuelle.
Ainsi, par exemple, Napol&#233;on premier, sujet dont l'enfance l'oriente plut&#244;t vers l'asc&#232;se et le refoulement, mais qui, une fois empereur, consomme beaucoup. Il s'&#233;tonnait lui-m&#234;me de cette cons&#233;quence du rang, en &#233;crivant : &#171; A la longue, trop de pouvoir ne peut que d&#233;praver l'homme, m&#234;me le plus honn&#234;te. &#187; [3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et c'est le plus important, il y a un effet addictif du pouvoir. Voici deux t&#233;moignages d'hommes de pouvoir.
&#171; La manie de r&#233;gner sur les esprits est la plus puissante de toutes les passions &#187; .
Napol&#233;on.[4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ce qui int&#233;resse l'homme politique (&#8230;) ce n'est pas l'argent. C'est le pouvoir. Il ne pense qu'&#224; &#231;a tout le temps, jour et nuit. S'il passe ses dimanches &#224; serrer des mains, &#233;couter des raseurs ou faire de la route, c'est pour le pouvoir. S'il sacrifie tout, sa famille, sa sant&#233;, sa dignit&#233;, c'est toujours pour le pouvoir. Il se g&#226;che la vie pour &#234;tre conseiller g&#233;n&#233;ral ou pr&#233;sident de la R&#233;publique. &#187; Fran&#231;ois Mitterrand. [5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est d&#233;crit par ces hommes, c'est une d&#233;pendance psychique, qui rend le d&#233;sir de l'objet irr&#233;sistible. Ils sont habit&#233;s par cette qu&#234;te. Ils en sont poss&#233;d&#233;s. C'est &#224; propos de telles errements que la Bo&#233;tie &#233;crivait : &#171; Nous ne poss&#233;dons pas le pouvoir, il nous poss&#232;de. &#187; Ainsi peut-on nommer une addiction au pouvoir : la dominod&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; La dominod&#233;pendance&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les sympt&#244;mes de cette assu&#233;tude ? Il y en a trois grands registres, alternatifs, c'est-&#224;-dire qu'il suffit d'un seul pour mettre sur la piste de l'homme de pouvoir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; La domino-manie, qu&#234;te effr&#233;n&#233;e et incessante du pouvoir, si bien &#233;voqu&#233;e par Napol&#233;on et Mitterrand. Tous les symboles recherch&#233;s sont &#233;quivalents (ce qui rappelle un &#233;rotisme anal) : m&#233;daille, sceptre, crosse de l'&#233;v&#234;que, carte de visite, sommet d'organigramme, pr&#233;rogative dans un protocole, etc. etc, et bien entendu : privil&#232;ge.
&#183; Domino-pathie : c'est la folie des grandeurs. Mise en position de pouvoir, la personne d&#233;veloppe une m&#233;galomanie comparable au fantasme de toute-puissance de l'&#233;thylique. Comme lui, aussit&#244;t la circonstance d'emprise termin&#233;e, il redevient une personnalit&#233; banale.
&#183; Domino-&#233;tayage : Il s'agit d'un contre-&#233;tayage[6] ; parce que l'homme de pouvoir a besoin qu'on lui objecte. Qu'un sujet se plaigne de la tyrannie, par exemple. Et c'est dans l'&#233;crasement de cette opposition que la jouissance se r&#233;v&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci am&#232;ne &#224; une addiction, caract&#233;ris&#233;e par des troubles de l'humeur en cas de sevrage, quand il y a eu destitution - &#224; la suite d'une &#233;lection perdue, par exemple ; ou, plus banalement, lorsqu'un autre est d&#233;sign&#233; chef de groupe, etc.
Ces troubles, avec somatisations qui peuvent &#234;tre graves, peuvent aller jusqu'&#224; la m&#233;lancolie, quand l'identification au pouvoir a &#233;t&#233; massive.
Ce n'est pas la perte d'argent qui provoque le suicide du millionnaire ruin&#233; ; ce n'est pas l'honneur perdu qui tue le seigneur vaincu. C'est l'effondrement du phallus imaginaire, qui soutenait leur maigre psy-chisme. Pour eux, si le pouvoir est perdu, alors le moi est perdu. Comme l'&#233;crivait Freud, &#171; l'ombre de l'objet tomba ainsi sur le moi &#187;. [7]
Ainsi, comme dans toutes les addictions, on finit toujours par entamer son corps. En latin, addictus d&#233;signait la contrainte par corps inflig&#233;e au d&#233;biteur d&#233;faillant.
Dans la dominod&#233;pendance, comme dans l'alcoolisme ou la toxicomanie, on paie en nature. L'homme de pouvoir se d&#233;tache de son corps. De nombreux exemples montrent un homme qui va au-del&#224; des limites de la sant&#233; ou m&#234;me de la survie, pour pr&#233;server l'image de C&#233;sar. Il devient un h&#233;ros, c'est-&#224;-dire un &#234;tre qui se reconna&#238;t &#224; sa mort.
Litt&#233;ralement, il d&#233;passe son incarnation. Il entre dans le d&#233;-corps. C'est ce que j'appelle l'effet soma-totrope du pouvoir.
Par parenth&#232;se, l'encouragement, tr&#232;s &#224; la mode, &#224; &#171; se d&#233;passer &#187;, &#171; se d&#233;foncer &#187; est aussi dangereux que l'&#233;tait, au 18&#232;me si&#232;cle, l'apologie du tabac par les apothicaires. Venons-en &#224; la construction de ces structures psychiques int&#233;ressantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Psychogen&#232;se&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point de vue de la formation psychique, ceci passe par un narcissisme d&#233;grad&#233;. Le sujet n'a pu s'identifier &#224; l'image paternelle, soit manquante, soit d&#233;faillante. Quelquefois m&#234;me, le p&#232;re est un fantoche dont la parole est gomm&#233;e par la m&#232;re - cr&#233;ant ainsi, chez l'enfant, le fantasme de la femme au p&#233;nis, et validant son d&#233;ni de la castration. D'autre fois, la parole paternelle a &#233;t&#233; inaccessible parce qu'id&#233;alis&#233;e ; c'est-&#224;-dire d&#233;sincarn&#233;e.
De telles carences ont ob&#233;r&#233; le fonctionnement du narcissisme secondaire, en privant le petit enfant d'un miroir indispensable &#224; sa construction.
Dans leur d&#233;marche de r&#233;paration, les futurs dominod&#233;pendants vont choisir le pouvoir comme ob-jet du d&#233;sir. Ce qui a pour effet de mettre l'autre &#224; une juste distance, focale, pour s'y mirer. Ils vont affubler le pouvoir d'un caract&#232;re fantastique : il permet de dominer la relation intersubjective en la figeant : le pou-voir est, dans leur fantasme, &#233;ternel. Il n'en faut pas moins pour les garantir de tout al&#233;a psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point de vue, donc, du traitement du corps, de l'objectivation de l'autre, et de l'&#233;tiologie de cette position subjective, on ne peut que conclure &#224; un diagnostic de perversion. Le dominod&#233;pendant est un pervers narcissique. Sociogen&#232;se
Il faut dire que notre distribution sociale facilite la mise en place, de proc&#233;dures d'&#233;mulation, de re-crutement, d'initiation et de valorisation de l'objet addictif. A chaque identit&#233; sociale son angoisse, et son addiction ? En tous cas, les &#233;lites go&#251;tent aux paradis artificiels de la domination.
Dans les milieux politiques, on ne stigmatise pas la manie du pouvoir ; c'est au contraire une marque d'appartenance au groupe. De m&#234;me qu'on ne d&#233;valorise pas l'alcool dans les cercles &#233;thyliques.
L'homme de pouvoir est un marginal. Seulement, cette marginalisation se fait par le haut. C'est un criminel, au sens &#233;tymologique : il ne passe pas au crible. Son ego et son prestige lui donnant une trop grande envergure, il lui faut une loi priv&#233;e, un privil&#232;ge. La famille aristocratique issue de l'ENA n'est pas une classe sociale, au sens o&#249; la mixit&#233; y serait permise. On ne s'y m&#233;lange pas ; et surtout pas dans le dis-cours d'appartenance. C'est une caste.[8]
Une telle mise &#224; l'&#233;cart de la population &#171; ordinaire &#187; ne peut que favoriser la dominod&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour que ces constructions psychiques et sociales s'&#233;difient, il faut une &#233;nergie f&#233;d&#233;ratrice. Ce moteur fondamental, c'est l'angoisse.
On la trouve chez tous les hommes, bien s&#251;r. En psychanalyse, elle est la cause et le garant de notre facult&#233; de d&#233;sirer. Elle est issue de la b&#233;ance (vacuit&#233;) originelle, celle de la mort dans nos repr&#233;sentations.
Le d&#233;sir de pouvoir est aussi prioritaire, et envahissant, parce qu'indispensable &#224; la r&#233;paration narcis-sique. C'est pourquoi le pervers est le plus apte &#224; garder le pouvoir, et le seul &#224; en faire une drogue dure.
Il existe aussi, bien entendu, un pouvoir n&#233;vrotique de l'hyst&#233;rie. Mais il ne s'exerce, lui que sur les regards. On n'a pas la place de d&#233;velopper ici, mais disons que l'hyst&#233;rique recherche la certification dans le d&#233;sir d'un Autre, l'ad-miration ; peut lui importe la puissance effective. Enfin, diff&#233;rence fondamentale, le pouvoir hyst&#233;rique s'exerce par instants, comme une inspiration d'artiste ; alors que le pervers est un ma&#238;tre dans la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, r&#233;sumons quelques enjeux, les en-je invisibles du pouvoir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; La satisfaction d'une addiction.
&#183; L'extase hyst&#233;rique (Foule, ma poule).
&#183; Le soulagement (J'existe, enfin).
&#183; Le jeu pervers. Don Juan ne poss&#232;de pas sa victime, il l'efface et passe &#224; la suivante : D&#232;s qu'il (son d&#233;sir) se r&#233;alise, au moment m&#234;me o&#249; il le rejoint, il perd son objet.&#034;
&#183; L'&#233;vitement d'un savoir (horror cognoscendi), sur un mode n&#233;vrotique, par glissement s&#233;mantique. Exemple : l'homosexualit&#233; (le sujet choisit de se faire ma&#238;tre).
&#183; Au contraire, un masticage de l'ignorance. Par exemple, dans les &#233;coles de psychanalyse, l'igno-rance est v&#233;cue comme une chose insupportable. On use de jargon, on cherche la virtuosit&#233;. Alors qu'&#224; nos yeux, elle est la condition normale, et la garantie d'une &#233;coute sans limite. Psychanalyser, c'est ignorer quel-que chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, les b&#233;n&#233;fices masqu&#233;s du pouvoir sont des pansements narcissiques. Ce qui fournit une di-rection pour la recherche d'une pr&#233;vention de la tyrannie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Vers une prophylaxie du pouvoir&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;-jouer ces positions subjectives, particuli&#232;rement celles des pervers, par des pratiques simples. Elles doivent &#234;tre conjointes, se renfor&#231;ant l'une l'autre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183; Ancrage dans le r&#233;el. Ici autant qu'ailleurs, le r&#233;el, c'est le corps. A travers une conscientisation fournie par une asc&#232;se. Qu'il s'agisse de danse, th&#233;&#226;tre, gymnastique aux agr&#232;s, yoga, etc. Ces re-centrages interdisent &#224; la personne de jouer trop loin de son enveloppe[9]. Et donc de placer en vedette (en veut-dette) le phallus imaginaire. Un corps authentique ne se joue pas.
&#183; D&#233;sacralisation du savoir (comme phallus symbolique). Le savoir, ce n'est pas quelque chose de plus, c'est quelque chose d'autre que l'ignorance.
&#183; Retour au f&#233;minin. Il nous a fallu, &#224; cet effet, red&#233;finir une chose simple. Le f&#233;minin, c'est ce qui n'en rajoute pas sur la nature. Ce qui permet au dominod&#233;pendant l'apprentissage de se passer de la chose en plus. Ou, comme l'indique la sagesse sto&#239;cienne, de changer ses d&#233;sirs plut&#244;t que l'ordre du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terminons, sur la pratique juste du pouvoir, par une citation du Tao[10] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Le plus tendre en ce monde Domine le plus dur. &#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.. A quoi je reconnais l'efficace du non-agir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Henri Bernicard, psychanalyste, dirige le CEPREP &#224; Toulouse.
[2] Cit&#233; par Le Monde II, septembre 2002.
[3] Cit&#233; par Man&#232;s Sperber, in Psychologie du pouvoir.Odile Jacob, 1995
[4] id. C'est nous qui soulignons.
[5] Entretien avec F-O Giesbert, in Le vieil homme et la mort. Folio, 1996. C'est nous qui soulignons.
[6] Notion utilis&#233;e par Maurice Berger, dans La folie cach&#233;e des hommes de pouvoir. Calmann-Levy, 1993.
[7] Sigmund Freud, in &#171; Deuil et m&#233;lancolie &#187;. M&#233;tapsychologie, Id&#233;es-Gallimard, 1974, p 158.
[8] cf Bourdieu : La noblesse d'Etat. Editions de Minuit, 1989
[9] Les neurosciences vont, depuis peu, dans cette direction.
[10] Lao Tseu. Tao te king, XLIII . Trad. Liou Kia-Hway. Gallimard, coll. Folio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>L'autorit&#233; dans les groupes militants</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?157-l-autorite-dans-les-groupes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?157-l-autorite-dans-les-groupes</guid>
		<dc:date>2009-06-16T16:35:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Organisation politique</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Anarchisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte en provenance de http://1libertaire.free.fr/ L'autorit&#233; dans les groupes militants, les groupes libertaires ? La notion d'autorit&#233; a deux sens, l'autorit&#233; de comp&#233;tence, li&#233;e au savoir, au savoir faire, &#224; l'exp&#233;rience et l'autorit&#233; comme possibilit&#233; de donner des ordres, de commander. Comme pour la qualification de ma&#238;tre, deux mani&#232;res d'&#234;tre sont concern&#233;es, celle qui transmet, qui aide &#224; apprendre, et celle qui suppose une position hi&#233;rarchique sup&#233;rieure, ce qui lui donne le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-29-organisation-politique-+" rel="tag"&gt;Organisation politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-165-anarchie-+" rel="tag"&gt;Anarchisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte en provenance de &lt;a href=&#034;http://1libertaire.free.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://1libertaire.free.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'autorit&#233; dans les groupes militants, les groupes libertaires ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'autorit&#233; a deux sens, l'autorit&#233; de comp&#233;tence, li&#233;e au savoir, au savoir faire, &#224; l'exp&#233;rience et l'autorit&#233; comme possibilit&#233; de donner des ordres, de commander. Comme pour la qualification de ma&#238;tre, deux mani&#232;res d'&#234;tre sont concern&#233;es, celle qui transmet, qui aide &#224; apprendre, et celle qui suppose une position hi&#233;rarchique sup&#233;rieure, ce qui lui donne le droit de se faire ob&#233;ir. Dans les deux cas, il y a une position asym&#233;trique entre la personne qui occupe la place du ma&#238;tre et les autres personnes. Mais il existe une diff&#233;rence notable entre les deux sens, le premier, celui de la comp&#233;tence, peut &#234;tre admis comme normal et justifi&#233; si la personne n'abuse pas de son pouvoir. Dans le second sens, le pouvoir hi&#233;rarchique du chef, le pouvoir est en lui-m&#234;me abus d'autorit&#233;, d'ailleurs l'interrogation sur l'origine de cet &#233;tat de fait, la question de savoir pourquoi c'est ainsi, &#233;merge toujours &#224; un moment ou &#224; un autre. La m&#234;me nuance se retrouve dans l'id&#233;e de pouvoir, qui peut se comprendre comme capacit&#233;, comme possibilit&#233; d'agir, de r&#233;fl&#233;chir, ou alors comme possibilit&#233; d'exercer un pouvoir sur autrui. C'est cette seconde acception de l'autorit&#233; dans les groupes militants qui nous pose probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1 / La chefferie et l'id&#233;e libertaire semblent contradictoires.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes dans un cadre libertaire, o&#249; il est question de r&#233;volte, de r&#233;bellion, d'&#233;mancipation, d'autogestion, d'autod&#233;termination, dans un contexte culturel antiautoritaire, du moins qui se revendique comme tel. L'existence de chefferies dans les groupes militants libertaires est un constat surprenant au premier abord. Face &#224; cela le d&#233;ni, le refus d'en parler semblent &#234;tre la r&#232;gle. Il est l&#233;gitime de penser que les structures militantes sont n&#233;cessaires &#224; la coordination, &#224; l'efficacit&#233; et que pour agir il faut d&#233;cider, organiser, donc exercer une autorit&#233;. Nous pouvons admettre facilement que tout cela contribue au d&#233;veloppement des luttes pour l'&#233;mancipation, &#224; la diffusion, &#224; l'extension de l'influence de l'id&#233;e libertaire. Nous essayons de nous rassurer en nous disant que c'est connu, que cela fait partie des vicissitudes, des concessions n&#233;cessaires pour fonctionner, pour faire gagner la cause. Nous tentons d'&#233;vacuer la difficult&#233; en pensant que nous pourrons r&#233;soudre ce type de probl&#232;me apr&#232;s la r&#233;volution, plus tard donc. Mais, il est &#233;galement possible de prendre en compte les cons&#233;quences n&#233;fastes de ce fonctionnement li&#233; &#224; la chefferie militante :
* La dispersion du mouvement libertaire, les querelles de chapelles que cela induit, l'esprit de concurrence que cela g&#233;n&#232;re, la violence que cela cr&#233;e sur les personnes, la violence dans les relations avec les autres groupes, ...
* Le d&#233;part des personnes qui s'en vont d&#233;go&#251;t&#233;es par l'&#233;cart entre les paroles et la pratique, les id&#233;es et les actes, l'aspect d&#233;pressif que cela induit sur les personnes qui se sentent victimes des fonctionnements incorrects. Si l'on doute de cette description, il est assez facile d'observer quelques aspects de cette autorit&#233; asym&#233;trique dans notre vie militante : * Le non-respect des personnes par l'imposition de t&#226;ches, par l'obligation de pr&#233;sence, par la demande puissante qui impose de rendre des comptes sur le degr&#233; d'investissement pour la cause ; * La condamnation des comportements &#224; propos du non-respect de la norme majoritaire. Ceci peut concerner le vocabulaire employ&#233;, la mani&#232;re de r&#233;agir &#224; certains &#233;v&#233;nements, l'attitude en certaines situations, les go&#251;ts culturels, la fa&#231;on de s'habiller, la mani&#232;re de s'amuser, .... * La d&#233;valorisation mentale des personnes qui sont trop peu ceci ou trop cela ; * L'&#233;nergie humaine perdue, g&#226;ch&#233;e, le temps perdu dans les d&#233;bats st&#233;riles, le sentiment d'impuissance et de d&#233;sespoir que cela provoque ; * L'id&#233;e que c'est partout pareil, que l'on n'y peut rien, que la nature humaine &#233;tant ce qu'elle est, c'est d&#233;sesp&#233;rant, que seule compte l'apparence, la repr&#233;sentation, les paroles, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soci&#233;t&#233; organis&#233;e autour de la domination, ces ph&#233;nom&#232;nes sont de l'ordre de la banalit&#233;. Nous devons donc admettre que les libertaires sont des humains comme les autres. En soi, c'est plut&#244;t rassurant parce qu'il n'y a pas besoin d'avoir une stature h&#233;ro&#239;que, d'&#234;tre surhumain/e pour militer parmi les libertaires. Mais nous devons aussi nous rendre compte que nos errements prennent un relief particulier, parce que l'&#233;cart entre les id&#233;es et la pratique d&#233;truit la confiance que l'on met dans l'id&#233;e libertaire. Au moment o&#249; toutes les autres solutions r&#233;volutionnaires (en particulier toutes les variantes issues du marxisme autoritaire) sont d&#233;cri&#233;es, d&#233;valoris&#233;es, refus&#233;es, l'id&#233;e libertaire, elle aussi, tend &#224; s'autod&#233;truire en ayant une praxis (une fa&#231;on de lier th&#233;orie et pratique) non conforme &#224; ce qu'elle &#233;nonce. L'effet est d&#233;sastreux sur beaucoup de personnes et collectivement. De plus, cela donne des armes &#224; nos ennemis qui peuvent nous d&#233;consid&#233;rer facilement. La reproduction du pouvoir asym&#233;trique en notre sein est une belle d&#233;monstration de notre incoh&#233;rence, ce qui d&#233;l&#233;gitime nos id&#233;es et notre action. Souvent, nous nous retrouvons coinc&#233;/es dans une double contrainte. D'un c&#244;t&#233;, nous condamnons l'autorit&#233; de la domination du capitalisme, de l'autre nous devons accepter l'argument d'autorit&#233; en notre sein. Comme nous int&#233;grons tr&#232;s vite qu'il est interdit de nous condamner nous-m&#234;mes, de d&#233;savouer nos camarades et nos structures, nous sommes assez souvent dans la souffrance morale, dans une esp&#232;ce de torture mentale, o&#249; il est impossible de sortir de ces contradictions sans dommages pour nous et les autres.
Peut-&#234;tre devons-nous &#233;mettre et admettre l'hypoth&#232;se suivante : notre difficult&#233;, voire notre refus &#224; nous condamner nous-m&#234;mes est certainement proportionnelle &#224; l'intensit&#233; de la fusion entre notre &#234;tre, la subjectivit&#233; de la personne et le regroupement, la structure militante. Dans le sens inverse, il semble juste de dire que l'intensit&#233; de la souffrance, li&#233;e &#224; la mise &#224; distance entre la personne militante et son groupe, est tout aussi proportionnelle &#224; la force de ce lien. La puissance de l'identification est inconsciente, pourtant les effets sont assez souvent visibles, d'abord sur nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2 / Les libertaires fonctionnent avec des lois, des r&#232;gles, des normes, des institutions.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos groupes militants sont des institutions. Ces structures collectives ne sont pas celles de la soci&#233;t&#233; ordinaire, mais malgr&#233; notre condamnation de l'institution, des institutions, en particulier de l'&#201;tat, malgr&#233; l'affirmation fr&#233;quente du refus des lois, nous ne pouvons pas nous passer d'institutions ni de lois. Nos structures collectives sont des institutions imaginaires d'une certaine socialit&#233;. Ce que d&#233;crit Castoriadis pour la soci&#233;t&#233; est valable aussi pour nous. Dans nos institutions, nos groupes, nos syndicats, nos comit&#233;s de lutte, nos collectifs, nos assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, nos conseils, il existe une hi&#233;rarchie interne, il y a r&#233;guli&#232;rement des d&#233;bats sur ce qui est bon et juste ou ce qui est mauvais, faux ou injuste. Ces d&#233;bats d&#233;montrent, par leur existence m&#234;me, que nous avons des r&#233;f&#233;rents pour juger, pour condamner ou non, pour accepter des id&#233;es, pour valider des actes, des fa&#231;ons de faire. La condamnation s'exerce d'abord, au niveau interne, par des choix pour certaines id&#233;es ou actions. Parfois, cela se traduit par l'exclusion de personnes ou par le refus de travailler avec certaines personnes. Pour r&#233;soudre le probl&#232;me, si cela est possible, nous essayons de pousser ces personnes vers la sortie. Souvent, nous installons un climat, une ambiance qui les d&#233;valorise, les isole, les met &#224; l'&#233;cart, les rejette. Il nous arrive de prononcer des anath&#232;mes, des sanctions, qui ont une forte charge symbolique, un contenu moral tr&#232;s fort. Cette fa&#231;on de proc&#233;der peut provoquer de graves malaises chez les personnes concern&#233;es. Les d&#233;bats prennent souvent la forme de discussions th&#233;orico-politiques, o&#249; la question de l'orthodoxie est en jeu. La radicalit&#233; est un enjeu tr&#232;s important. &#202;tre radical donne la cl&#233; de la puissance sur les autres en interne et &#224; l'ext&#233;rieur. La possession de la radicalit&#233; autoproclam&#233;e permet de prononcer des condamnations sur les personnes ou les groupes jug&#233;/es trop mous ou d&#233;cal&#233;/es avec l'orthodoxie du moment. L'exercice de la violence symbolique existe dans les groupes et entre les groupes. La fa&#231;on dont nous parlons des autres libertaires est significative de la mani&#232;re, dont nous nous percevons et dont nous qualifions les &#8220; autres &#8221;, les &#8220; mauvais/es &#8221;. Le rire et la connivence que provoquent certaines allusions sont significatifs de notre attitude. Souvent, nous nous &#233;levons facilement au-dessus des autres en les rabaissant, en les d&#233;consid&#233;rant, en mettant en oeuvre des strat&#233;gies d'inf&#233;riorisation, en pratiquant des mises &#224; mort symboliques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3 / L'interrogation sur les fins et les moyens est au centre du d&#233;bat.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique du socialisme autoritaire a montr&#233; que les moyens font partie des fins. Staline, comme figure embl&#233;matique, a &#233;t&#233; rejet&#233; parce qu'il mettait en oeuvre des m&#233;thodes qui contredisaient l'id&#233;al communiste. Mais, il reste une interrogation sur la m&#233;thode l&#233;niniste, qui consid&#233;rait que, d'une certaine fa&#231;on, la fin justifiait les moyens. Cette question est renforc&#233;e par le fait qu'on se demande quelquefois si les moyens ne sont pas plus importants que les fins qu'ils sont cens&#233;s servir. Nos structures sont devenues de fait des structures permanentes, elles semblent parfois ne fonctionner que pour elles-m&#234;mes. L'identification des personnes &#224; ces institutions est un &#233;l&#233;ment qui est significatif de notre situation et qui ajoute &#224; la difficult&#233;. Si nous posons des questions sur l'organisation, tout de suite, c'est v&#233;cu comme une attaque personnelle, une mise en cause inadmissible des personnes, un doute sur leur engagement, leur sinc&#233;rit&#233;. L'injure qui marque du sceau de l'infamie reste encore et toujours la qualification d'opportunisme. Aujourd'hui, la question du rapport entre les moyens et les fins prend encore plus de relief, parce que notre existentiel est tr&#232;s li&#233; &#224; notre vie politique. Nos affects, nos &#233;motions sont mobilis&#233;s dans notre vie militante. Le contexte contemporain postmoderne, avec le r&#232;gne de l'individualisme et du relativisme (&#8220; tout se vaut ! &#8221;), accentue l'implication existentielle de nos vies en politique. La biopolitique capitaliste mobilise la subjectivit&#233;, le mental pour faire fonctionner la domination du capitalisme avec des nouvelles fa&#231;ons de dominer, d'obtenir la soumission des corps et des esprits .
Notre engagement libertaire nous permet d'avoir une bonne image de nous-m&#234;mes, de trouver des r&#233;cits qui donnent du sens &#224; nos vies, qui organisent le temps long et court, qui structurent notre espace mental. La militance nous fournit beaucoup d'occupations qui att&#233;nuent l'angoisse m&#233;taphysique de vivre dans un monde absurde et destructeur, triste et froid. Nos embl&#232;mes, nos drapeaux, nos sigles, nos images nous donnent acc&#232;s &#224; des places et des significations en contrepartie de notre soumission. Nous nous soumettons sans contrainte et inconsciemment, c'est-&#224;-dire sans nous en rendre compte. Ces images s'adressent au regard pas &#224; la raison, elles se trouvent sur nos autocollants, nos tee-shirts, nos badges, nos tracts, nos affiches. Ce faisant, nous cr&#233;ons la place des ma&#238;tres alors qu'officiellement, consciemment de fa&#231;on raisonn&#233;e, nous cherchons &#224; d&#233;truire le ou les ma&#238;tres. Sans le vouloir, nous renfor&#231;ons les chefferies et leur permettons de se reproduire et de fonctionner en notre sein. Pour exercer une autorit&#233; efficace dans notre monde &#8220; d&#233;mocratique et lib&#233;ral &#8221;, avant toute chose, il est n&#233;cessaire de d&#233;clarer libre la personne que l'on veut soumettre ou contraindre &#224; un comportement. Dans notre milieu militant, la libert&#233; &#233;tant officiellement la r&#232;gle, ceci ne pose aucune difficult&#233;. Ensuite, nous devons fournir &#224; la personne en question des grands id&#233;aux pour lui permettre de rationaliser sa soumission, lui offrir des raisons qui vont justifier son engagement. Nous faisons cela r&#233;guli&#232;rement en invoquant nos grandes id&#233;es libertaires pour justifier notre fonctionnement. Nous pouvons aussi forcer la demande une fois que l'on a obtenu un premier engagement, aussi minime soit-il. Cet engagement est li&#233; aux affects et aux &#233;motions, si bien que nous n'osons plus dire non et revenir en arri&#232;re. Parfois nous nous retrouvons &#224; faire des choses que nous n'avions pas pr&#233;vues, il arrive m&#234;me que ces choses entrent en contradiction avec nos id&#233;es et notre sens moral. Ce que nous vivons est li&#233; &#224; l'id&#233;e de soi, &#224; la bonne image de nous-m&#234;mes, &#224; l'estime de soi, au narcissisme. Ce que nous refusons est d&#233;valoris&#233; de la m&#234;me mani&#232;re. Dans ce cas pr&#233;cis, il est impossible de trahir un/e camarade, la solidarit&#233; impose de soutenir les militant/es, de d&#233;fendre l'organisation, etc..
En th&#233;orie la patriarchie n'est pas compatible avec l'anarchie, mais en pratique elle existe encore et toujours. Le genre et le machisme se portent bien dans notre milieu. Il est facile de constater qu'avoir raison, c'est souvent &#234;tre le plus fort. Si l'on veut se rendre compte de tout cela, il suffit d'observer qui parle en r&#233;union, qui centralise les d&#233;bats, qui prend les notes, qui a de l'influence et qui n'en a pas, qui est charg&#233;/e de certaines t&#226;ches pratiques. Certaines t&#226;ches sont nobles et r&#233;serv&#233;es souvent en priorit&#233; aux chefs, d'autres sont plus triviales et sont le lot des militant/es de base. D'autre part, comment expliquer que l'antisexisme a si bonne presse alors que la m&#233;fiance est quasi-g&#233;n&#233;rale vis-&#224;-vis du f&#233;minisme. L'antisexisme participe d'une bonne image de nous-m&#234;mes, le f&#233;minisme impose de se questionner au niveau intime et cela est plus difficile, plus long, plus compliqu&#233;, plus complexe, jamais acquis. L'instrumentalisation des personnes militantes est banale, l'ob&#233;issance quotidienne. L'esprit de camaraderie vient en contrepartie du sacrifice, la soumission est justifi&#233;e pour la cause. La chaleur des relations amicales, voire fusionnelles parfois, nous aide &#224; lutter contre la tristesse, l'impuissance et l'apparence spectaculaire du monde capitaliste. Avec les occupations militantes, nous sommes dans une vie chaude de temps en temps. Parfois, nous essayons d'enchanter le monde qui est froid et brutal, y compris en notre vie militante. Nos r&#233;cits peuvent &#234;tre archa&#239;ques, ce qui compte c'est la fonction de ces r&#233;cits, ils soudent l'instance collective, le groupe. Je pense, comme Peter Sloterdijk , qu'il faut r&#233;habiliter la pens&#233;e froide contre les pens&#233;es chaudes qui entretiennent les mythes, les chefferies et pr&#233;tendent donner acc&#232;s au merveilleux de l'instance symbolique imagin&#233;e. Les philosophies de Nietzsche et de Sloterdijk nous montrent que le besoin de croyances et de mythes nourrit l'illusion qu'il existe quelque chose de d&#233;j&#224; l&#224; qui donnerait sens &#224; notre vie, &#224; nos vies. Avec ces approches, nous pouvons nous rendre compte que nos croyances sont le corollaire de la n&#233;cessit&#233; d'une illusion pour supporter notre vie, notre condition humaine, notre finitude, notre incompl&#233;tude. Apr&#232;s, nous nous demandons comment vivre avec cette d&#233;couverte, cette donn&#233;e anthropologique. Cette question ne trouve pas toujours des r&#233;ponses satisfaisantes.
Il ne s'agit pas ici de pr&#233;coniser une puret&#233;, qui n'existe pas, mais d'essayer de comprendre notre fonctionnement pour essayer d'am&#233;liorer notre fa&#231;on de vivre la politique, de mettre en oeuvre l'id&#233;e libertaire, de donner corps &#224; notre biopolitique. Il s'agit de nous donner les armes pour avancer et &#234;tre de temps en temps un petit peu &#224; la hauteur de nos id&#233;es. Nous pouvons d&#233;velopper nos outils critiques, aider &#224; leur diffusion, &#224; leur transmission pour l'auto-formation, la formation permanente. Les sciences humaines nous offrent beaucoup d'approches, qui peuvent nous aider. Par exemple, l'&#339;uvre d'Eug&#232;ne Enriquez est int&#233;ressante sur ces points. Nous pouvons essayer de nous approprier les th&#233;ories critiques &#224; notre disposition afin de les utiliser pour augmenter notre puissance humaine et politique. De plus, notre histoire militante, l'histoire des luttes nous a l&#233;gu&#233; des m&#233;thodes, des proc&#233;dures qui sont valides et l&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;4 / Nos moyens contre la reproduction de l'autorit&#233; :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous essayons de mettre en oeuvre la rotation des t&#226;ches, le f&#233;d&#233;ralisme, l'abstention amicale, le mandatement pour des t&#226;ches pr&#233;cises, pas un mandatement sur les personnes, ce qui, en principe, permet de ne pas tomber dans les travers de la repr&#233;sentation. Eduardo Colombo a d&#233;velopp&#233; une version de l'utopie qui est centr&#233;e sur l'espace et non le temps . L'utopie serait comme la ligne d'horizon, elle recule au fur et &#224; mesure que nous avan&#231;ons, que nous luttons. Cette fa&#231;on de concevoir l'utopie permet une reprise incessante de notre activit&#233; et de nos acquis ou de nos &#233;checs. Ainsi, nous ne sommes pas dans un &#8220; avant &#8221; assez gris et dans un &#8220; apr&#232;s &#8221; merveilleux, tout propre, sans domination. De mon point de vue, en parler et collectiviser publiquement ces difficult&#233;s est important pour conna&#238;tre le ph&#233;nom&#232;ne, pour comprendre sa reproduction, pour &#234;tre un peu moins dans le malaise. Il me semble que c'est une &#233;tape n&#233;cessaire, si nous voulons essayer autre chose. La militance ainsi con&#231;ue est un processus ininterrompu, un projet en acte qui tourne le miroir sur lui-m&#234;me de temps en temps. L'auto-r&#233;f&#233;rence contr&#244;l&#233;e est alors un objectif &#224; assumer, &#224; essayer, &#224; r&#233;&#233;valuer. Une r&#233;actualisation r&#233;guli&#232;re de notre pratique, de nos r&#233;sultats peut permettre de ne pas &#234;tre toujours dans la r&#233;p&#233;tition. Nous avons une difficult&#233; pour les allers et retours entre la th&#233;orie et la pratique, parce que nous sommes impliqu&#233;/es dans ce que nous &#233;tudions ici. La recherche th&#233;orique demande une certaine objectivit&#233;, dans notre cas, notre subjectivit&#233; est prise &#224; la fois dans les filets de la biopolitique de la domination capitaliste et dans celle de la biopolitique libertaire. Militer avec des gens que l'on aime c'est simple, facile &#224; vivre et souvent enthousiasmant. L'affaire se corse quand on s'aime moins, ou plus du tout. La question &#233;pineuse reste donc celle de savoir comment faire pour militer avec des gens que l'on aime mod&#233;r&#233;ment ou pas du tout.
Une autre question est corollaire de la pr&#233;c&#233;dente, si nous devons occuper &#224; un moment ou &#224; un autre une position de &#8220; chef &#8221;, comment exercer ce pouvoir sans &#234;tre ou devenir oppresseur ? Il est courant de profiter de cette situation pour clore les questions sur son regroupement. Dans cette position, nous sommes souvent tent&#233;/es d'organiser la vie militante autour de nous, nous essayons de capter les valorisations symboliques pour nous-m&#234;mes et de gonfler d&#233;mesur&#233;ment notre ego. Mais, il est aussi possible de laisser ouvertes ces questions d&#233;licates et de ne pas s'installer trop longtemps dans la posture d'autorit&#233;, qui nous place un petit peu au-dessus des autres.
La question de l'autorit&#233; devient un danger pour nous-m&#234;mes seulement au bout d'un certain temps de militance, lorsque les soubresauts de la vie politique nous confrontent avec nos valeurs, avec nos liens affectifs, nos &#233;motions, nos choix de vie.
Comment vivre une fois que l'on s'est confront&#233; au fait que notre construction de sens est la r&#233;ponse &#224; la n&#233;cessit&#233; d'une illusion ? Une fois que l'on s'est rendu compte que nos valeurs sont l'habillage de notre vie, rien de plus, comment continuer ? Ce constat peut &#234;tre amer, mais cela ne veut pas dire que tout se vaut, cela permet d'assumer qu'il n'y a pas de fondements ext&#233;rieurs &#224; la question du sens, que celui-ci vient du dedans de l'humanit&#233;, qu'il n'existe pas d'absolu, que nous n'avons aucune certitude sur nos choix, nos r&#233;alisations. L'id&#233;e libertaire vaut toujours le coup, le lien entre notre vie et cette id&#233;e permet d'indexer notre existentiel &#224; la vis&#233;e de justice et d'&#233;galit&#233;. Pour avancer, nous pouvons et peut-&#234;tre devrions-nous accepter le regard critique sur nous. Cette option peut permettre de continuer &#224; vivre la chaleur humaine li&#233;e &#224; notre politique tout en d&#233;veloppant le regard critique, la pens&#233;e froide qui analyse, qui d&#233;construit, parfois avec violence, nos choix culturels conscients ou inconscients et nous renvoie si souvent un reflet peu glorieux. En acceptant l'incompl&#233;tude, la croyance, l'inconscient, l'ambivalence, la multiplicit&#233;, nous sommes plus &#224; m&#234;me de les observer, y compris pour nous-m&#234;mes, nous sommes plus aptes &#224; avoir un regard critique et &#224; essayer de trouver des solutions pour ne pas toujours reproduire tout cela. Nous connaissons le r&#244;le fondamental de l'image de soi, de l'estime de soi, le besoin de faire quelque chose de bien de sa vie, le besoin de cr&#233;er. Il est facile d'observer pour nous-m&#234;mes et dans la soci&#233;t&#233;, que l'on vit mal si nous avons une mauvaise image de nous-m&#234;mes. Nous savons que nous ne pouvons pas cr&#233;er quelque chose de bien dans notre vie, si nous sommes dans l'incoh&#233;rence en permanence, si nous acceptons toujours le grand &#233;cart alors que nous sommes pris subjectivement dans notre politique. Nous passons notre temps &#224; d&#233;noncer les effets du capitalisme sur les humains et nous serions incapables d'admettre pour nous-m&#234;mes le poids du mental, du mal-&#234;tre ? Nous avons besoin des autres pour exister mentalement, comme les autres ont besoin de nous. Notre subjectivit&#233; est en cause dans ces d&#233;bats. Apr&#232;s l'effondrement des mythes humanistes du XVIII&#176; si&#232;cle, dont est issue l'id&#233;e libertaire, nous devons essayer de fonder sur nous-m&#234;mes les id&#233;aux humains qui donnent coh&#233;rence &#224; notre politique. Ces id&#233;aux semblent toujours ext&#233;rieurs &#224; nous-m&#234;mes parce qu'ils ont un statut de r&#233;f&#233;rence. De fait, ils le sont du point de vue fonctionnel et cela est indispensable au bon fonctionnement du psychisme humain. Pourtant, nous pouvons examiner de temps &#224; autre comment nous les vivons. Nous pouvons nous poser la question de savoir s'il est possible d'am&#233;liorer notre fonctionnement, d'interroger notre politique fond&#233;e sur l'autor&#233;f&#233;rence, puisque c'est nous qui nous donnons nos propres lois, ou qui tentons de le faire. La croyance en la v&#233;rit&#233;, en la radicalit&#233; que nous poss&#233;derions seul/es est la base de la violence symbolique si pr&#233;sente dans le milieu militant. Celle-ci s'appuie beaucoup sur les autres pour exister, c'est souvent en opposition aux autres que notre valeur augmente, devient si haute, que l'on cro&#238;t devenir sup&#233;rieur. Au contraire, je pr&#233;suppose que nous pouvons vivre ou essayer de vivre nos valeurs sans trop d'illusions et en essayant avec ce qui d&#233;pend de nous. Cette voie me semble plus propice &#224; donner de la valeur &#224; l'&#233;thique libertaire, qui, en ce sens, est une biopolitique, une vie politique, une politique de la vie, une politique pour la vie, une biopolitique libertaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Coutant, Nantes le 5 Septembre 2001&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>L'institution de la parole</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?149-l-institution-de-la-parole</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?149-l-institution-de-la-parole</guid>
		<dc:date>2009-06-16T15:01:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Linguistique</dc:subject>
		<dc:subject>Pain J.</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'INSTITUTION DE LA PAROLE De la construction de la parole &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle Jacques Pain Mai 1999 &#201;crire &#224; propos de la parole. &#201;crire la parole. Mais pour la langue, &#233;crire n'est pas parler. Il s'agit de bien autre chose. Et c'est vrai que l'&#233;criture nous enracine dans les fondations de l'histoire humaine, alors que la parole nous accroche aux lieux, aux liens, &#224; la complexit&#233; de la relation. Mais il y a une spirale de l'&#233;criture, et une spirale de la parole, qui se (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-8-pedagogie-+" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-41-linguistique-+" rel="tag"&gt;Linguistique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-68-pain-+" rel="tag"&gt;Pain J.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'INSTITUTION DE LA PAROLE&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De la construction de la parole &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Pain Mai 1999&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire &#224; propos de la parole. &#201;crire la parole. Mais pour la langue, &#233;crire n'est pas parler. Il s'agit de bien autre chose. Et c'est vrai que l'&#233;criture nous enracine dans les fondations de l'histoire humaine, alors que la parole nous accroche aux lieux, aux liens, &#224; la complexit&#233; de la relation. Mais il y a une spirale de l'&#233;criture, et une spirale de la parole, qui se tiennent en interface, soud&#233;es par ce point obscur o&#249; figure l'inconscient. Spirales &#233;clat&#233;es, des galeries taill&#233;es dans le temps j'usqu'aux r&#233;seaux qui filent la pr&#233;sence humaine, c'est toute la puissance et la fragilit&#233; de l'&#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'air du temps.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parole prend son soutien au plus profond du corps, nous rappelle Fran&#231;ois Tosquelles, dans la liti&#232;re o&#249; na&#238;t la pens&#233;e, et se construit dans des symphonies musculaires, un appareillage et une gestuelle, qui font des mots et des phrases parfois port&#233;s jusqu'&#224; l'&#233;blouissement un vrai miracle neurovisc&#233;ral.
Mais c'est un autre miracle que ces points multiples o&#249; les hommes (se) parlent, que ces points de parole dans la violence ordinaire du monde, comme autant de points d'eau dans le d&#233;sert des tartares. La parole est tributaire de l'air et du vent. Elle est proprement la respiration de la relation. Elle n'est pas une, mais multiple. Elle tient du climat.
Fernand Oury a permis, au milieu du vingti&#232;me si&#232;cle, que la &#171; classe institutionnalis&#233;e &#187;, c'est-&#224;-dire la classe active issue des techniques Freinet, &#171; entre en analyse &#187;, avais-je &#233;crit en 1979. Car en effet ce qu'int&#232;gre &#224; la classe active, ce collectif institutionnel et compagnonnique, Fernand Oury, A&#239;da Vasquez, et les Groupes d'&#201;ducation Th&#233;rapeutique, c'est l'autre dimension de la parole. Car la parole est au fond essentiellement politique. Mais si elle est a priori sociale et socialisante, elle est a fortiori analytique et subjective.
Il est bien certain qu'&#224; l'origine elle scandait le destin avec la pr&#233;cision que lui conf&#232;rent les mots. Et l'on pouvait alors situer la force et l'implication d'un acte &#224; la proximit&#233; qui noue l'acte au mot, aux mots engag&#233;s. Mais les mots d&#233;sormais flottent sur la langue, &#224; la d&#233;mesure du s 'et et de ses &#233;poques, voire de ses saisons.
Si la r&#233;sidence de l'homme est le langage, ou la langue, les mots sont les bagages du voyage en commun qu'est l'humanit&#233;. Tous les probl&#232;mes transitent par les mots, avant, pendant, ou' apr&#232;s, ils s'y installent &#224; un moment ou &#224; un autre. Nous touchons l&#224; l'&#233;picentre d'une pr&#233;vention de la violence, qui revendiquerait de mettre en mots ce qui peut et doit l'&#234;tre, &#224; chaque instant du jour et de la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, la parole ne prend son sens qu'&#224; partir du silence, c'est m&#234;me dans ce rapport intime -et quasiment philosophique, Zen, au silence, que l'on peut dire que l'on parle. Fernand Oury avait ainsi des d&#233;risions devant les groupes du quotidien. Attends, ils ne parlent pas : ils piaillent ils couinent ils babillent... Ils font du bruit avec leur bouche.
Pourquoi pas Mais il vaut mieux le savoir, &#231;a lib&#232;re des confusions. Chaque chose, chaque parole. en son espace et en son lieu ? ! La parole aurait dix mille lieux, &#224; des lieues les uns des autres, mais final-.ment tellement li&#233;s qu'on les parcourrait presque sans les identifier ? Jusqu'a y pr&#234;ter garde, soudain en arr&#234;t devant le mot, le bon mot, voire le mot de la fin.
Nous nous sommes ainsi arr&#234;t&#233;s dans un certain nombre de lieux de parole, au fil de nos groupes, de nos stages, sur vingt ans. La p&#233;dagogie institutionnelle, &#233;tendue &#224; la pratique de l'institutionnel, de l' &#171; institution &#187;, ce micro-univers humain, nous livre &#224; travers l'exp&#233;rience qui est la notre les cl&#233;s d'une maison originaire, qui est &#224; chaque fois une maison d'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les m&#233;tamorphoses de la parole.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en sommes &#224; une maison &#224; neuf cl&#233;s, o&#249; nous pourrons ouvrir et fermer mentalement neuf lieux -, une vraie maison, avec sous-sols et greniers, o&#249; ces lieux articulent la voie de l'institution. Neuf &#233;tats, neuf fonctions, de la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accueil. On re&#231;oit et on identifie -, on nomme - on pr&#233;sente. L'h&#244;tellerie, c'est un style. C'est dans le lien entre le portier, le concierge, et l'h&#244;te, l'h&#244;tesse, qu'il faut trouver l'entr&#233;e en mati 'Ire. Entrer en maternelle, entrer dans la classe, commencer une formation, ici sont du m&#234;me ordre.
Le bavardage. Il a d&#232;s lors en temps et en heure ses propres r&#232;gles. Feu vert. C'est de la proximit&#233; sans suite, du moins le vit-on ainsi. On dit et on se dit. On peut m&#234;me boire un caf&#233;, ou un th&#233;. bien que ce ne soit ni le caf&#233; ni le th&#233; qui commandent. Nous tenions le bavardage pour essentiel. dans certains groupes, ou certains &#171; cours &#187;.
Les nouvelles. Quoi de neuf ? On s'&#233;coute un peu plus. Il y a du nouveau. Je tiens &#224; dire... Il faut savoir... Les classes actives en sont friandes. Les th&#232;mes, les tenseurs, qui soutiennent la vie des uns et des autres, &#233;mergent, &#224; travers la TV, la rue, les livres.
Les ateliers. On produit. Des textes. Des journaux. Des outils. Des objets de pens&#233;e. -attention : feu orange. La parole est li&#233;e, &#224; la mesure du travail &#224; faire en commun. Bien s&#251;r, on s'or2anis-.. La th&#233;orie, la th&#233;orisation, op&#232;re en actes on construit du concept.
Le point de parole. La m&#233;t&#233;o, la temp&#233;rature. &#199;a va, ou &#231;a va pas' ? On peut tr&#232;s petit lever la main ouverte - il fait soleil -, ou fermer le poing. On peut plus tard (se) dire (en) deux mots. On peut &#234;tre plus long, s'il y a heu, et si on le veut vraiment. Dans l'un de nos groupes, c'est ce sondage d'ambiance qui ouvrait ou non un temps de parole sp&#233;cifique, le temps du groupe (se) parlant, mais &#224; la dem. aride explicite, dans cet &#233;quilibre o&#249; se pr&#233;cisent le d&#233;sir et le besoin.
Le groupe de parole, c'est un gros point, plus ou moins fixe en th&#233;orie, une grande m&#233;t&#233;o, 'a la mesure de la temp&#233;rature. Point Parole : quelque chose me pr&#233;occupe. Feu rouge : &#224; y va du s 'et. On v attachera une grande importance, et donc on ne le galvaudera pas.
Les boutiques. II est fait pour le chaland. On peut y retrouver un th&#232;me, un tenseur, qui int&#233;resse plus particuli&#232;rement quelques personnes. Ou y d&#233;couvrir une activit&#233; intellectuelle ou une activit&#233; d'expression, propos&#233;es par un praticien &#233;videmment d&#233;j&#224; avanc&#233;. O&#249; se tuilent d'une autre fa&#231;on les statuts, par le j'eu des r&#244;les autour de l'objet. Partager de la terre avec la cuisini&#232;re, pour le chef de service. Peindre en groupe avec la classe-probl&#232;me du coll&#232;ge. Faire du yoga au CDI, ou &#224; la BCD.
Le conseil. Annoncer. &#201;noncer. D&#233;cider. Du symposium au groupe de crise, il s'agit de se prononcer. Toutes les institutions qui font l'Institution y sont en compte. Les lois, les r&#232;gles, les diff&#233;rentes dimensions de 1'ur&#249;vers, y sont en stage. C'est l'institution z&#233;ro, elle ouvre la voie d'un langage.
Les bilans. On marque une pause, &#233;ventuellement pour (s'en) sortir, de l'institution. Dans les stages, il y avait toujours des microbilans, lieux par lieux. Puis en grand groupe une &#233;criture de textes &#171; libres &#187;, qui d&#233;j&#224; emportait le groupe vers sa fin. On a pu parfois lier et pourtant distinguer bilans en &#171; th&#233;orie &#187; - avec quels concepts je repars ?.. Et bilans interpersonnels et personnels - Ce que j'emm&#232;ne, ce que je laisse ce que je prends, ce que je donne.
Le dernier mot. Il nous est arriv&#233; d'en porter la force jusqu'au point o&#249; la parole se refermait somptueusement sur elle-m&#234;me, avec l'&#233;vidence du ha&#239;ku, tout autour du dernier cercle o&#249; br&#251;lait l'institution avant que chacun reprenne la route. Le responsable parle en dernier, &#171; en tant que &#187;, et il ferme. Il rend d'un coup les neuf cl&#233;s, au destin, et au d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas vraiment d'ordre, mais des s&#233;mantiques. Accueillir, bavarder, aller aux nouvelles se vont bien, mais on peut bavarder, apr&#232;s tout, si c'est n&#233;cessaire, ou suffisant. Le conseil peut &#234;tre l'interface du Point P., de &#171; la Parole &#187;, mais la Parole n'est pas pleine sans par ailleurs un Conseil. Tenir boutique c'est une histoire de rencontre, o&#249; l'activit&#233; ajoute au d&#233;sir la comp&#233;tence, et o&#249; commence un autre enseignement. Les bilans, qui pourrait s'en passer ? Combien d'&#233;preuves sans preuves -, combien de violence, pour l'oubli d'un bilan, pour ce laisser en plan d'un Dernier Mot ? L'&#201;ducation Nationale y excelle, si on la laisse faire.
Les neuf cl&#233;s pourraient &#234;tre trois, ou douze. Qu'importe. La maison est &#224; construire. Avec ses rites, ses rituels. Les grands rideaux rouges ? Ils ouvrent le coin conseil. Le tatami sur le plancher, dans l'angle sous la fen&#234;tre ? C'est le point Parole. Les d&#233;barras ? C'est pour les boutiques. Il n'y a pas de mode d'emploi. Il y a des lieux, des styles, des structures, c'est un univers, rappelons-nous le. En fait, la parole se d&#233;compose et se recompose au rythme de la vie, elle l'accompagne, la soutient ou elle l'appelle, elle la fonde. Elle change avec elle. La parole s'habille de la vie, et de ses dimensions quotidiennes. Jean Oury rappelle souvent la difficult&#233; -et la pr&#233;carit&#233; du mille-feuilles. Fran&#231;ois Tosquelles vantait l'oignon. Dans les deux cas, tout se distingue et tout se tient.
Il &#233;tait une fois un mille-feuilles et un oignon. C'est &#231;a la parole : un Koan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oury J., Guattari F., Tosquelles F., Pratique de l'institutionnel et politique, Vigneux, Matrice, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oury J., Il, donc, Vigneux, Matrice, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pain J., sous la direction de, Plac&#233;s vous avez dit, Vigneux, Matrice, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pain J., La p&#233;dagogie institutionnelle d'intervention, vigneux, Matrice, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pochet C.,OuryF.,OuryJ.l. L'ann&#233;e derni&#232;re j'&#233;tais mort, Vigneux Matrice,1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pochet C.,OuryF.,Qui c'est l'conseil ?,Maspero,1989 ;Vigneux, Matrice,1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traces de Faires, revue de Pratique de l'institutionnel, L'intervention institutionnelle n&#176; 3, Vigneux, Matrice, 1987.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Trait&#233; de psychiatrie provisoire</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?155-traite-de-psychiatrie-provisoire</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?155-traite-de-psychiatrie-provisoire</guid>
		<dc:date>2009-06-10T16:03:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Gentis R.</dc:subject>
		<dc:subject>Psychiatrie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;cahiers libres 318-319 / fran&#231;ois Maspero Trait&#233; de psychiatrie provisoire La psychiatrie fran&#231;aise est en crise &#8212; et particuli&#232;rement la psychiatrie publique. Une crise telle qu'on n'en avait pas connu de semblable depuis les ann&#233;es d'apr&#232;s la lib&#233;ration, probablement. Est-ce l'effet de la &#171; sectorisation &#187;, tant attendue et qui entre enfin - laborieusement, &#224; travers toutes sortes d'obstacles et d'oppositions - en application ? Et que faut-il penser de cette &#171; psychiatrie de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-70-gentis-+" rel="tag"&gt;Gentis R.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-71-psychiatrie-+" rel="tag"&gt;Psychiatrie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;cahiers libres 318-319 / fran&#231;ois Maspero&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Trait&#233; de psychiatrie provisoire&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La psychiatrie fran&#231;aise est en crise &#8212; et particuli&#232;rement la psychiatrie publique. Une crise telle qu'on n'en avait pas connu de semblable depuis les ann&#233;es d'apr&#232;s la lib&#233;ration, probablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce l'effet de la &#171; sectorisation &#187;, tant attendue et qui entre enfin - laborieusement, &#224; travers toutes sortes d'obstacles et d'oppositions - en application ? Et que faut-il penser de cette &#171; psychiatrie de secteur &#187;, qu'on jugeait jusqu'ici en tant que projet et dont on peut aujourd'hui commencer &#224; &#233;valuer la pratique ? Est-ce comme l'assuraient ses promoteurs la &#171; r&#233;volution psychiatrique &#187; d&#233;cisive qui mettra fin &#224; l'enfermement asilaire ? Est-ce plut&#244;t comme le pr&#233;tendent certains autres un &#171; psychoflicage &#187; visant insidieusement &#224; mettre en place un syst&#232;me de contr&#244;le social redoutablement efficace ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est sans doute trop t&#244;t pour apporter des r&#233;ponses p&#233;remptoires &#224; ces questions. Mais leur importance oblige &#224; r&#233;pondre, &#224; tenter de fournir au moins les &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse actuelle-ment disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc des r&#233;ponses provisoires. &#201;laborer ces r&#233;ponses conduisait n&#233;cessairement &#224; une &#233;bauche de th&#233;orisation envisag&#233; en tant que pratique sociale, l'exercice actuel de la psychiatrie en France, dans le secteur public particuli&#232;rement, oblige &#224; se faire une id&#233;e de la lutte des classes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;flexion hasardeuse, r&#233;ponses pr&#233;caires - en attendant d'y voir plus clair. Il fallait essayer de rester honn&#234;te, c'est-&#224;-dire pour le moment nuanc&#233;, r&#233;serv&#233;, dubitatif - mais h&#233;las pessimiste ! Le caract&#232;re inachev&#233; de cette r&#233;flexion ne d&#233;cevra que ceux qui attendaient, en la mati&#232;re, des certitudes. Qu'ils se tournent vers d'autres lectures : ce ne sont pas les id&#233;es toutes faites qui manquant, et il y en a aujourd'hui pour tous les go&#251;ts.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Maspero, &#233;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extraits&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Page 38 et suivantes...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Je veux revenir sur quelque chose. Tu viens d'&#233;voquer des h&#244;pitaux o&#249; c'est le personnel infirmier qui a pris l'initiative du changement, c'est le personnel qui a exig&#233; que les malades ne soient plus trait&#233;s comme ils l'&#233;taient et qui a m&#234;me exig&#233; qu'on aille travailler sur le secteur. D'un autre c&#244;t&#233;, tu ne cesses de parler des habitudes in&#233;branlables, de la routine des infirmiers, ce sont souvent eux qui p&#233;rennisent l'oppression asilaire...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est la conjoncture actuelle qui est complexe et contradictoire. Mais certaines de ces contradictions peuvent se r&#233;soudre. Par exemple les luttes victorieuses dont j'ai parl&#233;. Il faut bien dire que le personnel infirmier s'est senti solidaire des malades : les infirmiers aussi &#233;taient victimes d'une oppression qui &#233;tait devenue intol&#233;rable. Sans doute que pour eux la barri&#232;re entre les malades et eux s'est abaiss&#233;e &#224; ce moment-l&#224; : ils se sont sentis solidaires face &#224; la m&#234;me oppression, au m&#234;me ennemi. Ce serait int&#233;ressant de pouvoir analyser ce qui s'est pass&#233; exactement dans ces &#233;tablissements, essayer de faire pr&#233;ciser si les rapports entre infirmiers et malades ont chang&#233; au moment de la lutte - il doit certainement y avoir eu un changement &#224; ce niveau-l&#224;. Je ne peux pas imaginer une lutte dure comme celle-ci, avec la combativit&#233; et l'exaltation que cela implique, sans que les rapports avec les malades soient fondamentalement modifi&#233;s, au moins pendant la dur&#233;e de l'action.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Et par la suite ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Par la suite, c'est moins s&#251;r. C'est ce que je voulais dire aussi, au sujet des structures asilaires : les transformations de surface, pour importantes et spectaculaires qu'elles soient - ce qu'on appelle par exemple l'humanisation des h&#244;pitaux, toutes les am&#233;liorations mat&#233;rielles de la condition des malades, qui ne sont pas n&#233;gligeables quand on sait la mis&#232;re dans laquelle on les maintenait -, ces transformations laissent en g&#233;n&#233;ral intact l'essentiel - l'infra-structure, si tu veux. Cette infrastructure, on peut la situer en une phrase : l'institution asilaire est organis&#233;e pour maintenir un &#233;cart b&#233;ant entre les malades et le personnel. Un &#233;cart v&#233;ritablement structurant, d&#233;terminant, signifiant, si tu veux. En face des malades, le personnel ne cesse de se d&#233;finir par une n&#233;gation : nous sommes diff&#233;rents d'eux, nous ne sommes pas des malades mentaux. C'est implicite, bien s&#251;r, &#231;a se manifeste dans les attitudes, la fa&#231;on de parler aux malades et d'en parler. Et par tout l'appareil technique du m&#233;tier, qui est bien commode lui aussi pour se diff&#233;rencier.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Cet &#233;cart dont tu parles, il est pas propre aux h&#244;pitaux psychiatriques. Tout le monde essaie de prendre ses distances par rapport &#224; la folie, &#224; la maladie mentale...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#201;videmment. C'est ce que j'ai voulu souligner quand j ai &#233;crit ce petit bouquin qui s'appelle Les Murs de l'asile : c'est que ces murs ne s&#233;parent pas l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur de l'asile comme on le croit en g&#233;n&#233;ral, en mettant trop l'accent sur la S&#233;gr&#233;gation, la mise &#224; l'&#233;cart des malades mentaux. Cette mise &#224; l'&#233;cart est certes r&#233;elle, objective, mais elle est loin d'&#234;tre syst&#233;matique. Je veux dire que, si on met ainsi &#224; l'&#233;cart un certain nombre de personnes, c'est aussi une esp&#232;ce de mise en sc&#232;ne, un spectacle que la soci&#233;t&#233; se donne pour continuer &#224; croire qu'elle se purge de la folie. Il y a comme une disposition en trompe-l'oeil &#224; laquelle il ne faut surtout pas se laisser prendre. En fait, les murs de l'asile, ils passent d'une part &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'institution asilaire, entre les malades et les soignants, et d'un autre c&#244;t&#233; ils se prolongent &#224; l'infini vers l'ext&#233;rieur, dans toute l'&#233;paisseur de la soci&#233;t&#233;. Ce sont des murs enti&#232;rement fantasmatiques. C'est pour &#231;a qu'ils sont si r&#233;sistants, si durs &#224; &#233;branler.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Mais le fantasme, c'est aussi celui des murs qui enclosent l'asile, qui enferment la folie. - C'est pour &#231;a qu'on entend dire depuis toujours que les psychiatres sont aussi fous que leurs malades, que pour travailler l&#224;-dedans faut &#234;tre cingl&#233; et que, si on l'est pas au d&#233;part, on ne tarde pas &#224; le devenir, etc. On a besoin de croire que la folie est assign&#233;e quelque part &#224; r&#233;sidence. On lui abandonne une esp&#232;ce de r&#233;serve comme pour les Indiens en Am&#233;rique ou les Noirs en Afrique du Sud. Comme &#231;a, on a l'illusion qu'elle se trouve quelque part et pas ailleurs. Elle a une place institu&#233;e et, en dehors de l&#224;, elle est pas &#224; sa place, elle est hors la loi et r&#233;pr&#233;hensible. La psychiatrie, en un sens, c'est une vaste com&#233;die que se joue la soci&#233;t&#233;. S'il n'y avait pas cette com&#233;die, ou une autre qui remplisse la m&#234;me fonction, on serait oblig&#233; de reconna&#238;tre que la folie est partout, en chacun de nous et en toute institution. La folie ou l'irrationnel, si on pr&#233;f&#232;re. c'est encore plus clair si on renverse les termes : on se fait croire que l'irrationnel est concentr&#233;, localis&#233; quelque part dans un lieu pr&#233;vu pour. De cette fa&#231;on l&#224;, on se fait croire que le reste est rationnel, qu'en conc&#233;dant une petite enclave &#224; la folie on pr&#233;serve le r&#232;gne de la Raison sur le reste du domaine. (...)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
Pages 51 et suivantes ...
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; (...) Un h&#244;pital psychiatrique ordinaire, moyen, quelles classes sociales y sont repr&#233;sent&#233;es, et comment ? On fait abstraction des malades pour le moment.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#199;a para&#238;t assez simple. Les m&#233;decins, le directeur, les cadres administratifs et techniques, c'est la petite bourgeoisie, &#231;a ne fait pas de doute.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Aucun doute. Et les autres ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Les autres... ? Il faudrait peut-&#234;tre d'abord voir combien ils gagnent.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Bon. Je suis content que tu n'aies pas r&#233;pondu d'embl&#233;e qu'on pouvait les consid&#233;rer comme des prol&#233;taires.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#199;a serait un peu gros. C'est pas &#233;vident qu'un infirmier ou une secr&#233;taire m&#233;dicale soient des prol&#233;taires.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Pas au sens strict du terme en tout cas. Mais on peut toujours parler de quasi-prol&#233;taires, dire que, sans &#234;tre ouvrier, un infirmier ou un employ&#233; de bureau appartient &#224; la classe prol&#233;tarienne.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est &#231;a que je ne trouve pas &#233;vident.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Moi non plus. Et pourtant il y a beaucoup de gens qui le pensent, dans le milieu professionnel m&#234;me, et en dehors aussi bien entendu. Ils se posent d'ailleurs m&#234;me pas la question : &#231;a semble &#233;vident, justement. Mais, comme tu dis, c'est pas du tout &#233;vident, et &#231;a m&#233;rite qu'on y r&#233;fl&#233;chisse un peu. Parce qu'en fait c'est &#231;a qui m'int&#233;resse : essayer de situer les infirmiers psychiatriques dans les classes sociales.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; On pourrait peut-&#234;tre examiner les salaires ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Pourquoi pas ? Quels sont tes crit&#232;res ? En fonction du salaire, qui est de la classe prol&#233;tarienne, qui de l'autre c&#244;t&#233; ? O&#249; se situe la fronti&#232;re ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Oui, c'est &#231;a le probl&#232;me. Et c'est vrai que beaucoup de gens ne se rendent m&#234;me pas compte qu'il y a un probl&#232;me. M&#234;me parmi les intellectuels. Pour eux, tout ce qu'ils voient, c'est l'opposition entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie. On voit &#231;a en bloc et on ne r&#233;fl&#233;chit pas plus loin.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Peut-&#234;tre que pour traiter certains probl&#232;mes politiques &#231;a n'a pas une grosse importance, il suffit de consid&#233;rer cette opposition massive. Mais, quand on parle de la psychiatrie publique, on ne peut pas se contenter de &#231;a, ou alors on n'y comprend plus rien du tout. Et il y a trop de gens, en ce moment, qui se contentent de ce sch&#233;ma simpliste : on oppose les m&#233;decins bourgeois aux infirmiers prol&#233;taires, et allons-y, c'est bien parti pour laisser tous les vrais probl&#232;mes dans l'ombre, compl&#232;tement occult&#233;s.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La difficult&#233;, c'est de tracer la limite entre petite bourgeoisie et classe prol&#233;tarienne. Si on examine de pr&#232;s la condition des diff&#233;rents groupes sociaux, on se rend compte qu'il y a toute une frange de la soci&#233;t&#233; qui se trouve dans une situation interm&#233;diaire, on ne sait pas bien dans quelle classe sociale on doit r&#233;partir les gens qui la composent. Suivant les crit&#232;res qu'on adopte, ils peuvent aussi bien &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme petits-bourgeois que comme prol&#233;taires - ou quasi-prol&#233;taires, comme on dit. En ce qui concerne ton h&#244;pital psychiatrique, par exemple, je pense que, si on consid&#232;re d'une part le chef des services &#233;conomiques et de l'autre les ouvriers qui font marcher les chaudi&#232;res, il ne doit gu&#232;re y avoir de probl&#232;me. Le type qui s'occupe des chaudi&#232;res, on peut difficilement le consid&#233;rer comme un petit-bourgeois, m&#234;me s'il jouit d'un statut de fonctionnaire, la s&#233;curit&#233; de l'emploi et le reste.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Tout &#224; fait d'accord. Mais un infirmier, une secr&#233;taire m&#233;dicale ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Il y a un bouquin tr&#232;s int&#233;ressant &#224; ce sujet, c'est celui de Baudelot, Establet et Malemort, La Petite Bourgeoisie en France', o&#249; ils essaient justement de tracer cette fronti&#232;re dont nous parlons et de donner des rep&#232;res s&#251;rs pour la jalonner. (...) Ils s'appuient sur une d&#233;finition pr&#233;cise et claire des classes sociales. Je cite (c'est &#224; la page 156) : &#171; Est petit-bourgeois tout groupe social qui doit &#224; la place qu'il occupe dans les rapports de production de b&#233;n&#233;ficier sous une forme juridique quelconque (B&#233;n&#233;fice commercial, honoraire, &#187;salaire&#171; , traitement) d'une part de la plus-value extorqu&#233;e par les capitalistes aux prol&#233;taires. &#187; Inversement, appartiennent &#224; la classe prol&#233;tarienne tous ceux dont le salaire est cens&#233; payer la valeur de la force de travail et rien de plus, strictement cette valeur. C'est-&#224;-dire, selon Marx, la valeur des objets de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; qui servent a r&#233;parer, entretenir et reproduire la force de travail.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ce qui revient &#224; dire que le prol&#233;taire est un outil entre les mains de ceux qui l'exploitent, un outil et rien de plus. Savoir de quel c&#244;t&#233; on est - est-ce qu'on profite de cette exploitation ou est-ce qu'on la subit -, c'est tout le probl&#232;me.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est pour cela qu'on ne peut parler de salaire proprement dit que dans le cas du prol&#233;taire. Son salaire, c'est l'&#233;quivalent en argent de la force de travail. Si tes infirmiers touchent davantage, c'est un salaire truqu&#233;, un pseudo-salaire. Ils pensent qu'on leur paie le boulot qu'ils font et ils trouvent m&#234;me qu'on ne le paie pas assez cher, c'est bien normal. En fait, ils b&#233;n&#233;ficient d&#233;j&#224; d'une part de la plus-value pr&#233;lev&#233;e sur le dos des travailleurs, ils participent un peu aux b&#233;n&#233;fices de l'exploitation capitaliste.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; En admettant qu'ils touchent un pseudo-salaire, un salaire sup&#233;rieur &#224; l'&#233;quivalent de la force de travail. Mais ce que tu dis est important, parce qu'effectivement dans un boulot comme celui-ci - et c'est valable pour tous les travailleurs sociaux - la question &#224; se poser est celle-ci : dans quel sens vont mes int&#233;r&#234;ts de classe ? Est-ce que mes int&#233;r&#234;ts sont ceux de la classe prol&#233;tarienne ou de la petite bourgeoisie ? Je dis que c'est important parce que tout est vraiment fait pour masquer ce probl&#232;me, pour l'embrouiller jusqu'&#224; ce qu'on n'y voie plus rien du tout. M&#234;me au niveau syndical : je crois que les syndicats jouent un r&#244;le non n&#233;gligeable dans ce brouillage de cartes. Et c'est vachement important, car on a vite fait de se raconter des histoires ; c'est tr&#232;s important d'essayer de bien voir de quel c&#244;t&#233; on se situe et les int&#233;r&#234;ts de quelle classe on d&#233;fend.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Je rel&#232;ve ce que tu dis au sujet des syndicats. Il faut en effet dissiper un certain nombre de na&#239;vet&#233;s : dire par exemple que les syndicats repr&#233;sentent la classe ouvri&#232;re. Tu sais comme moi que, parmi les intellectuels qu'on fr&#233;quente, il y en a on ne sait combien qui en ont plein la bouche de la classe ouvri&#232;re et des organisations ouvri&#232;res. Ils s'accrochent &#224; ces clich&#233;s comme ils s'accrocheraient aux jupons de leur m&#232;re, sans s'interroger un seul instant sur ce qu'est en r&#233;alit&#233; la lutte des classes. Pour eux, la lutte des classes &#231;a va pas plus loin que &#231;a : organisations ouvri&#232;res contre pouvoir capitaliste. Un jeu d'images, un vrai western. Pas foutus de se demander un seul instant si la lutte des classes ne se d&#233;roulerait pas aussi &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de ces organisations ouvri&#232;res, de ces organisations dites ouvri&#232;res.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Cela dit, le bouquin dont on parlait fait vachement bien de rappeler comme &#231;a la r&#233;alit&#233; des classes sociales, de rappeler leurs fondements &#233;conomiques et de le faire de fa&#231;on si claire. Mais il faut voir de plus pr&#232;s les op&#233;rations auxquelles ils se livrent apr&#232;s avoir pos&#233; les termes du probl&#232;me. C'est l&#224; que je n'arrive pas &#224; les suivre et que je trouve qu'en fin de compte c'est assez artificiel de pr&#233;tendre qu'on peut chiffrer exactement les effectifs des classes sociales, qu'il y a une objectivit&#233; scientifique absolue en la mati&#232;re.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Comment &#231;a ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Pour commencer, Baudelot et ses copains prennent pour base de leurs calculs le salaire moyen de l'ouvrier qualifi&#233;, en posant le postulat que, de tous les salari&#233;s, c'est celui dont le salaire paie &#224; peu pr&#232;s &#224; sa valeur la force de travail, sans le moindre suppl&#233;ment, disent-ils. Ils doivent donc d&#233;montrer que le salaire de l'ouvrier qualifi&#233; lui permet juste de reproduire sa force de travail, et cela les am&#232;ne par exemple &#224; dire (je cite, page 216) : &#171; Auto, t&#233;l&#233;, radio font aujourd'hui partie du niveau historique des besoins n&#233;cessaires &#224; la reproduction de la force de travail. &#187; J'avoue que je ne comprends pas tr&#232;s bien le sens de cette phrase et que je ne vois pas bien ce que c'est que ce niveau historique qu'on semble introduire ici pour les besoins de l'argumentation. Ce qui me semble clair, par contre, c'est que, sans ce niveau historique qui arrive l&#224; si opportun&#233;ment, donc si on n'incluait plus t&#233;l&#233;, radio et voiture dans les besoins n&#233;cessaires &#224; la reproduction de la force de travail, Baudelot serait oblig&#233; de baser ses calculs sur un salaire inf&#233;rieur &#224; celui de l'ouvrier qualifi&#233;, celui de l'O. S. peut-&#234;tre, ou m&#234;me du man&#339;uvre.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Et alors ils abaisseraient en quelque sorte le seuil d'admission dans la petite bourgeoisie...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ce qui veut dire qu'on pourrait alors se demander si les ouvriers qualifi&#233;s ne sont pas en fait actuellement des petits-bourgeois... Ce que disent effectivement certains : l'embourgeoisement d'une partie du prol&#233;tariat... Je ne veux pas dire que je partage cette fa&#231;on de voir, que non ! Ce que je veux dire seulement, c'est que toutes ces d&#233;monstrations statistiques ne valent que ce que valent leurs crit&#232;res, et que c'est vraiment faire prendre des vessies pour des lanternes que de pr&#233;tendre en ce domaine &#224; l'objectivit&#233; et &#224; la rigueur du raisonnement scientifique.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ici, c'est une rigueur qui s'accommode de pas mal de libert&#233;s...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; D'une part d'artifice et d'arbitraire, &#231;a me semble &#233;vident. On ne d&#233;montre bien que ce qu'on est bien d&#233;cid&#233; &#224; d&#233;montrer. Il faut pourtant dire que ce travail de Baudelot est tout &#224; fait remarquable, c'est plein de renseignements extr&#234;mement pr&#233;cieux et d'analyses tr&#232;s pertinentes, et je m'y r&#233;f&#232;re tr&#232;s souvent pour essayer de comprendre quelque chose aux conditions sociales de mon travail. Simplement, il force un peu en voulant &#224; tout prix tracer une limite rigoureuse, objective, entre bourgeoisie et prol&#233;tariat. L'enseignement qu'on peut en tirer, c'est que, s'il est oblig&#233; de faire pas mal d'acrobaties pour tracer une limite nette, c'est qu'en fait cette limite n'est pas si nette que &#231;a, et la question qui se pose alors &#224; mon sens, la question pertinente qui d&#233;coule de cette difficult&#233; m&#233;thodologique, c'est celle-ci : qu'est-ce que &#231;a veut dire qu'&#224; la limite des deux classes qui caract&#233;risent notre soci&#233;t&#233;, entre le prol&#233;tariat et la petite bourgeoisie, il y ait cette frange d'incertitude ? Qu'est-ce que &#231;a veut dire dans la perspective de la lutte des classes, qu'est-ce qui se joue l&#224; dans cette frange ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; On reprend Si tu veux le livre de Baudelot, Establet et Malemort sur la composition des classes sociales en France. Si on veut appliquer leur m&#233;thode aux infirmiers psychiatriques, on est oblig&#233; de convenir d'un autre artifice : prendre pour base le salaire en milieu de carri&#232;re. Comme dans la plupart des emplois de la fonction publique, le salaire d'un infirmier augmente progressivement, de fa&#231;on tr&#232;s sensible, mais tr&#232;s lente. Ce qui fait que, si on essayait de le suivre tout au long de sa carri&#232;re, la m&#233;thode de Baudelot dirait probablement que notre infirmier part d'une condition prol&#233;tarienne pour acc&#233;der &#224; la petite bourgeoisie s'il vieillit bien. De plus, il y a une proportion notable des infirmiers psychiatriques qui b&#233;n&#233;ficient d'une promotion avant la retraite : on compte un poste de surveillant pour sept infirmiers.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Dans leur bouquin, ils disent d'ailleurs que, &#171; lorsque le salaire r&#233;mun&#232;re non la force de travail seule, mais de bons et loyaux services, il est logique que &#187;vieillir&#171; signifie monter &#187; &#034;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est ce que je te disais : c'est plein de r&#233;flexions pertinentes comme celle-ci, mais on ne peut plus les suivre quand ils pr&#233;tendent &#224; la rigueur scientifique. La classe sociale d&#233;termin&#233;e par le salaire en milieu de carri&#232;re, je pense que &#231;a ne veut rien dire du tout. Ce qui compte, c'est cette position interm&#233;diaire des infirmiers psychiatriques : un pied dans le prol&#233;tariat, un autre en l'air, ils pourront le poser de l'autre c&#244;t&#233; de la barri&#232;re s'ils ne se font pas trop remarquer, s'ils rendent de bons et loyaux services... C'est tr&#232;s int&#233;ressant, les infirmiers psychiatriques. C'est tr&#232;s int&#233;ressant parce que je crois que leur condition sociale est exemplaire, il doit y avoir plusieurs autres cat&#233;gories de travailleurs dans le m&#234;me cas : ils sont sur l'&#233;chelon qui permet aux gens d'en dessous de se hisser dans la petite bourgeoisie. S'ils s'int&#232;grent bien, s'ils prouvent qu'on peut leur faire confiance, ils finiront par avoir vraiment leur place &#224; l'&#233;tage au-dessus et ils pourront y installer solidement leurs enfants. C'est extr&#234;mement important, c'est un d&#233;sir qui vous fait faire beaucoup de choses, et qui vous en fait accepter beaucoup, le d&#233;sir que tes enfants aient une meilleure vie que celle que tu as eue, qu'ils aient un statut social sup&#233;rieur.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#199;a veut dire que les infirmiers psychiatriques travaillent toujours avec une carotte devant le nez : si vous tirez bien la charrette, si vous ne ruez pas trop dans les brancards, vous avez une chouette &#233;curie qui vous attend.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Alors, attention de ne pas la laisser saccager, l'&#233;curie. Les infirmiers ont un int&#233;r&#234;t majeur &#224; ce que la soci&#233;t&#233; demeure ce qu'elle est : ce n'est que Si elle perdure qu'ils pourront vraiment en go&#251;ter les fruits. D'o&#249; tout le battage qu'on fait autour de la promotion sociale. Il faut voir comment on se d&#233;m&#232;ne, dans les couches responsables des administrations, pour favoriser la promotion sociale - ou tout au moins pour entretenir le mythe, pour faire croire que, Si on le m&#233;rite, les portes de la promotion sociale sont toujours grandes ouvertes. En fait, elles restent &#224; peine entrouvertes. Dans notre milieu professionnel, c'est tr&#232;s curieux de voir la discordance qu'il y a entre l'ampleur du tam-tam qu'on fait autour de la promotion sociale et le tout petit nombre d'infirmiers qui arrivent effectivement &#224; en b&#233;n&#233;ficier - &#224; part bien s&#251;r la promotion inh&#233;rente &#224; la carri&#232;re normale. Mais, pour changer de statut, pour devenir autre chose qu'infirmer psychiatrique, il faut faire tellement de choses et remplir tellement de conditions que &#231;a ne peut int&#233;resser pratiquement personne. Juste un tout petit nombre pour qu'on puisse dire : quand m&#234;me, vous voyez bien que &#231;a existe !&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Tout &#231;a fait partie de la strat&#233;gie de la classe dominante. Il y a une strat&#233;gie des fronti&#232;res : les hordes barbares du prol&#233;tariat, il y a tout un art de les combattre sur la fronti&#232;re - en les repoussant, en les achetant, en en laissant entrer quelques-uns, en entretenant d'interminables n&#233;gociations, tous les moyens sont bons...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Et &#231;a marche. Dans l'ensemble, les infirmiers psychiatriques, c'est un milieu &#233;minemment conservateur. Peu importe en fin de compte si on doit les consid&#233;rer comme des prol&#233;taires ou comme des petits-bourgeois, &#224; quelle classe sociale ils appartiennent objectivement. Ce qui compte, c'est leur position dans la lutte des classes, quels int&#233;r&#234;ts ils se trouvent amen&#233;s &#224; servir du fait de leur position sociale. Et il me semble certain que, dans l'ensemble, en tant que groupe social, ce sont essentiellement les int&#233;r&#234;ts de la petite bourgeoisie qu'ils se trouvent amen&#233;s &#224; servir.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Du moins dans la conjoncture actuelle. On peut concevoir un renversement &#224; ce niveau, qu'ils soient amen&#233;s &#224; servir plut&#244;t les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Dans la conjoncture r&#233;cente, celle de ces derni&#232;res d&#233;cennies - celle de ces vingt derni&#232;res ann&#233;es o&#249; j'ai v&#233;cu immerg&#233; dans ce milieu, c'est pour cela que je peux en parler. Mais encore davantage dans la conjoncture actuelle. En particulier du fait de l'extension du ch&#244;mage, qui lie davantage encore les int&#233;r&#234;ts des infirmiers &#224; ceux de la petite bourgeoisie. Et pour d'autres raisons aussi qu'on ne va pas tarder &#224; aborder. Mais je veux bien insister sur cela, et le souligner d&#233;j&#224;, il me semble qu'en ce moment les infirmiers psychiatriques font de plus en plus cause commune avec la petite bourgeoisie, et qu'il y a des raisons pr&#233;cises &#224; cela. Je tiens &#224; le dire et &#224; le r&#233;p&#233;ter parce que je vois tout autour de moi des jeunes anim&#233;s d'un esprit r&#233;volutionnaire, des jeunes infirmiers, des jeunes m&#233;decins, des jeunes psychologues. Ils se cassent les dents, ils &#233;puisent leur &#233;nergie, et ils arrivent &#224; faire plus de d&#233;g&#226;ts qu'autre chose, parce qu'on ne fait jamais une analyse fouill&#233;e de ces probl&#232;mes-l&#224;. On ne peut mener aucune lutte sans regarder d'abord o&#249; on met les pieds. &#199;a me semble &#233;l&#233;mentaire et la plupart des gens paraissent l'ignorer.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; D'apr&#232;s l'analyse que tu viens de faire, et pour r&#233;sumer en quelque sorte, pourrait-on dire par exemple que les infirmiers psychiatriques peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme une fraction marginale du prol&#233;tariat, une fraction liminaire, qui est amen&#233;e &#224; &#233;pouser les int&#233;r&#234;ts de la petite bourgeoisie ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Quelque chose comme &#231;a, si tu veux. Mais encore une fois pas pour d&#233;finir si oui ou non ils font objectivement partie du prol&#233;tariat, ce qui pour moi n'a gu&#232;re de sens. Simplement parce que donner une d&#233;finition comme celle-ci, une d&#233;finition th&#233;orique, &#231;a peut &#234;tre int&#233;ressant dans une pratique de lutte de classes. Pour me faire mieux comprendre, je dirai qu'il ne faut pas croire qu'une d&#233;finition comme celle-ci rend compte de la r&#233;alit&#233; de la chose, mais qu'elle constitue un outil th&#233;orique int&#233;ressant, et peut-&#234;tre m&#234;me indispensable, pour se situer dans la lutte des classes et savoir ce qu'on y fait.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Par exemple en amenant les infirmiers &#224; comprendre que leurs v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts sont ceux de la classe prol&#233;tarienne et qu'en &#233;pousant ceux de la petite bourgeoisie ils ne font que renforcer la position d'une classe qui ne leur conc&#232;de que des miettes et qui ne cesse de les leurrer...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; En tant que groupe social, ou / En tant que groupe social je pense qu'ils sont absolument leurr&#233;s, manoeuvr&#233;s. Mais individuellement ils ont quelques chances substantielles de recueillir autre chose que des miettes du festin, pour leurs enfants du moins. Et &#231;a fait incontestablement partie de la strat&#233;gie de la classe dominante, &#231;a aussi : leur laisser r&#233;ellement des chances individuelles, tout en les maintenant dans leur condition en tant que groupe.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ce qui fait qu'ils peuvent difficilement d&#233;terminer leurs int&#233;r&#234;ts propres en tant que groupe. A plus forte raison s'apercevoir que ces int&#233;r&#234;ts propres sont les m&#234;mes que ceux de la classe ouvri&#232;re...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Mais oui, et c'est important. C'est un groupe qui compte quand m&#234;me plus de trente mille personnes en France, et qui peut peser de fa&#231;on d&#233;cisive sur l'&#233;volution de la psychiatrie publique s'il prend conscience de Sa force.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; J'ai l'impression qu'en parlant de ces probl&#232;mes de classes sociales et d'int&#233;r&#234;ts de classes on s'est un peu &#233;loign&#233; des probl&#232;mes plus sp&#233;cifiquement psychiatriques...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Pas du tout. Et pour te faire saisir ici o&#249; s'articulent le politique et le psychiatrique, nous allons &#233;noncer un mot cl&#233; : c'est celui de solidarit&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; J'avoue ne pas saisir.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est pourtant simple. Les innombrables prol&#233;taires alcooliques qui passent un jour ou l'autre en psychiatrie, l'immense majorit&#233; des infirmiers les traitent avec la distance&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;et le m&#233;pris ordinairement dus &#224; ce genre de personnes. C'est tr&#232;s impressionnant et plein d'enseignements de voir que tous les efforts que tu fais pendant des ann&#233;es pour faire dispara&#238;tre les pr&#233;jug&#233;s habituels - je veux bien dire les efforts que tu fais aupr&#232;s des infirmiers -, au bout du compte c'est comme Si tu pissais dans un violon. Tu peux faire appel &#224; toutes les autorit&#233;s scientifiques, d&#233;montrer l'&#233;vidence, d&#233;voiler les ressorts parfois tr&#232;s apparents qui peuvent pousser un mec &#224; boire, &#231;a ne sert strictement &#224; rien : les infirmiers continuent comme si rien n'&#233;tait &#224; traiter l'alcoolisme d'un point de vue moral, &#224; culpabiliser le type, &#224; l'enfoncer dans Sa d&#233;ch&#233;ance et son ignominie, &#224; saper toute possibilit&#233; de gu&#233;rison en partant du principe que qui a bu boira, etc. Bien s&#251;r, on te le dit pas en face quand tu es le toubib, on essaie devant toi de tenir un discours plus conforme &#224; tes conceptions. Mais d&#232;s que tu as le dos tourn&#233; les attitudes changent, on revient &#224;la bonne vieille morale et au bon vieux sadisme, qui comme tu sais ont toujours partie li&#233;e. Le seul moyen de faire consid&#233;rer un alcoolique comme un malade, c'est de lui prescrire un traitement &#224; base de morale et de sadisme, par exemple de le faire d&#233;gueuler &#224; l'apomorphine. L&#224;, tu es s&#251;r d'&#234;tre suivi, tu es s&#251;r que les infirmiers deviennent alors de vrais techniciens, fiers comme tout de leur savoir et de leurs techniques, et ils arrivent m&#234;me &#224; penser qu'un alcoolique peut vraiment gu&#233;rir. D'ailleurs, s'il ne gu&#233;rit pas (et les statistiques sont claires : qu'on fasse ou non un traitement en r&#232;gle, le pourcentage de buveurs qui s'arr&#234;tent de boire apr&#232;s une hospitalisation est toujours le m&#234;me), Si le mec ne gu&#233;rit pas, on peut toujours dire que le traitement n'a pas &#233;t&#233; assez fort... Tu comprends maintenant ce que &#231;a veut dire, le mot solidarit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Oui, je crois comprendre. Tu veux dire que, s'il existait une v&#233;ritable solidarit&#233; de classe entre infirmiers et ouvriers, un infirmier ne pourrait en aucun cas consi-d&#233;rer un ouvrier alcoolique comme un coupable ou un pauvre type. Il n'&#233;tablirait pas entre eux cette distance.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Cette distance parfaitement factice, imaginaire. Et qui emp&#234;che &#233;videmment de comprendre quoi que ce soit &#224; l'alcoolisme. En particulier tout ce qui rel&#232;ve de la condition ouvri&#232;re, &#224; l'usine et ailleurs.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Encore une fois, c'est affligeant ce que tu dis l&#224;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Tout &#224; fait. Tu peux pas savoir comme &#231;a fait du bien quand tu tombes sur un infirmier qui sort de ce mod&#232;le-l&#224;, qui consid&#232;re le buveur comme un copain et qui du coup comprend des tas de choses. C'est tr&#232;s impressionnant quand tu d&#233;couvres un infirmier comme &#231;a, un type vraiment du peuple et qui te brosse de son copain alcoolique un tableau tout neuf, d'une fra&#238;cheur et d'une &#233;vidence qui te p&#232;tent &#224; la gueule. Parce que tu as beau voir o&#249; est le probl&#232;me et faire des efforts m&#233;ritoires, pour un intellectuel bourgeois qui n'a jamais v&#233;cu la condition prol&#233;tarienne c'est pas du tout facile d'appr&#233;hender les choses de cette fa&#231;on-l&#224;. Et je t'assure que &#231;a t'en fout un coup quand un type du m&#233;tier &#233;volue avec aisance &#224; ce niveau-l&#224;, qu'il t'entretient du buveur non pas comme d'un individu d'une esp&#232;ce &#224; part, mais comme d'un autre lui-m&#234;me. Un copain qui a mal tourn&#233; peut-&#234;tre, mais quand on est du peuple on est bien plac&#233; pour savoir que &#231;a peut arriver &#224; tout le monde. Et puis c'est pas forc&#233;ment une catastrophe : Si on arrive &#224; se mettre &#224; quelques-uns pour l'&#233;pauler, &#231;a pourrait lui donner le courage de s'en sortir. &#199;a serait pas la premi&#232;re fois qu'on voit &#231;a, apr&#232;s tout... (...)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pages 75 et suivantes ...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Apr&#232;s la guerre, il y a eu en France un grand mouvement pour insuffler un peu de vie dans ces esp&#232;ces de camps de la mort qu'&#233;taient les asiles. C'est cette deuxi&#232;me r&#233;volution dont je t'ai parl&#233;, celle qui portait la critique et le changement au p&#244;le sociologique de la psychiatrie. Dans un sens, c'est m&#234;me dommage qu'on ait d&#233;couvert si t&#244;t les m&#233;dicaments psychotropes, &#231;a a ramen&#233; l'int&#233;r&#234;t et l'&#233;nergie &#224; l'autre p&#244;le, le p&#244;le m&#233;dical. Autrement, c'&#233;tait bien parti pour une critique en profondeur du syst&#232;me asilaire, et &#231;a aurait pu mener assez loin. On ne peut pas savoir ce qui se serait pass&#233;, bien s&#251;r, mais on peut quand m&#234;me supposer que, si on n'avait introduit les m&#233;dicaments que dix ans plus tard, cette critique sociologique, donc politique, n'aurait pas &#233;t&#233; &#224; demi &#233;touff&#233;e comme cela s'est pass&#233; alors. Encore une fois, je ne condamne pas l'usage des neuroleptiques, mais il faut bien constater qu'ils ont servi de cheval de bataille &#224; ce qu'il y a de plus r&#233;ac et de plus mystifiant dans la psychiatrie fran&#231;aise. C'est peut-&#234;tre un peu ce qui explique aussi le discr&#233;dit dont ils souffrent aujourd'hui aupr&#232;s des gens de gauche.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Cette r&#233;volution avort&#233;e...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Je voudrais pas laisser croire qu'elle a avort&#233; uniquement &#224; cauwe des neuroleptiques. Il y avait bien d'autres fa&#231;ons de la d&#233;samorcer. En gros, tu vois, susciter une v&#233;ritable vie sociale &#224; l'int&#233;rieur des h&#244;pitaux psychiatrique, &#231;a voulait dire trois choses : travail, loisirs et lieux de parole. C'est &#224; cette &#233;poque-l&#224; qu'on s'est mis a ouvrir ce qu'on a appel&#233; pompeusement des ateliers d'ergoth&#233;rapie, qu'on a cr&#233;&#233; des &#233;quipes sportives, des chorales, des troupes de th&#233;&#226;tre. On s'est mis &#224; organiser des kermesses. Les plus audacieux, comme Tosquelles &#224; Saint-Alban, ont institu&#233; un syst&#232;me coop&#233;ratif o&#249; les malades devaient g&#233;rer eux-m&#234;mes leurs ateliers et en r&#233;partir les b&#233;n&#233;fices. Tout &#231;a para&#238;t parfois un peu cucul maintenant : &#231;a fait patronage ou coop&#233;rative scolaire, mais il faut penser &#224; ce que &#231;a repr&#233;sentait &#224; l'&#233;poque, c'&#233;tait vraiment une transformation en profondeur des habitudes et des mentalit&#233;s. Et d'ailleurs &#231;a s'est pas fait sans mal, les r&#233;sistances &#233;taient terribles, partout. C'est cela qui a justifi&#233; l'intervention des C. E. M. E. A. C'est ce que Daum&#233;zon avait compris tout de suite : pour transformer la vie sociale dans les asiles, il fallait d'abord entra&#238;ner les infirmiers. il a s&#251;rement &#233;t&#233; un des premiers &#224; mesurer clairement toute l'importance des infirmiers &#224; l'h&#244;pital psychiatrique. Il avait d'ailleurs &#233;crit sa th&#232;se de m&#233;decine sur ce sujet : le personnel infirmier des h&#244;pitaux psychiatriques, en 1938, il me semble.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Qu'est-ce que c'&#233;tait donc, alors, ces stages des C.E.M.E.A.?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est facile &#224; imaginer. On s'adressait &#224; des infirmiers qui travaillaient pour la plupart dans des asiles vraiment horribles, des centaines de malades entass&#233;s &#224; rien foutre. Alors on leur sugg&#233;rait des choses tr&#232;s simples, aux infirmiers : pr&#233;senter un repas de fa&#231;on un peu familiale, am&#233;nager un coin salon dans une grande salle, avec des magazines et un vase de fleurs. Et puis, bien s&#251;r, tout le petit artisanat domestique qui est maintenant pass&#233; dans le domaine public et qu'on pratique dans tous les centres sociaux : le raphia, le rotin, la feutrine, un peu plus tard les &#233;maux sur cuivre... Par la suite, &#231;a s'est tellement banalis&#233; qu'on a invent&#233; le terme de raphiath&#233;rapie pour s'en moquer. Mais encore une fois il faut essayer de se mettre dans la peau des gens qui vivaient &#231;a &#224; l'&#233;poque. Quand une vieille schizo te tendait avec un demi-recul sa premi&#232;re poup&#233;e en raphia, en cherchant &#224; lire dans ton regard ce que tu en pensais, une vieille schizo emmur&#233;e depuis vingt ans dans son silence, tu comprends que c'&#233;tait vachement &#233;mouvant, et les infirmiers qui ont v&#233;cu &#231;a, il y en a encore qui en parlent comme de leur bataille de Verdun si par hasard ils trouvent quelqu'un qui les &#233;coute avec un peu de sympathie et d'int&#233;r&#234;t. Je ne sais pas si j'arrive a faire passer ce que je ressens l&#224;, mais des gens qui par ailleurs ont eu une vie tr&#232;s terne et monotone comme la plupart des vies et qui tout &#224; coup d&#233;couvraient des possibilit&#233;s qu'ils n'auraient jamais soup&#231;onn&#233;es, qui v&#233;rifiaient une fois rentr&#233;s dans leurs hostos que ce qu'on leur apprenait au stage c'&#233;tait vraiment valable, et qu'apr&#232;s &#231;a ils ne pouvaient plus voir leurs malades comme avant, c'&#233;tait pour eux quelque chose de bouleversant, une esp&#232;ce de r&#233;v&#233;lation, et ils conservaient une admiration et une gratitude sans bornes pour les m&#233;decins et les instructeurs qui leur avaient ouvert les yeux. &#199;a a &#233;t&#233; pour eux la grande oeuvre de leur vie, ils ont eu pendant quelques ann&#233;es le sentiment d'&#234;tre engag&#233;s dans une grande lutte collective, coude &#224; coude avec quelques dizaines de coll&#232;gues militants dispers&#233;s &#224; travers la France. Et puis l'&#233;lan s'est fan&#233;, les conqu&#234;tes si difficilement acquises se sont fig&#233;es dans la routine et l'ennui, les ateliers d'ergoth&#233;rapie et les clubs sont presque partout devenus des m&#233;caniques bureaucratiques aux mains de quelques personnes avides d'exercer un semblant de pouvoir... Voil&#224; en gros l'histoire de cette vague d'assaut d'apr&#232;s la Lib&#233;ration - une histoire assez triste, il me semble.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ces stages C. E. M. E. A., tu y as particip&#233;, toi ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Plus tard, oui. A partir de 58 ou 59, je ne sais plus bien. &#199;a existait d&#233;j&#224; depuis une dizaine d'ann&#233;es et &#231;a avait d&#233;j&#224; pas mal &#233;volu&#233;. On y faisait un peu plus de th&#233;orie, on y apprenait des choses plus ambitieuses. Mais &#231;a restait encore assez p&#233;dagogique, avec des expos&#233;s - en g&#233;n&#233;ral par des m&#233;decins - et des gens qui prenaient des notes. Assez peu de discussions o&#249; les stagiaires pouvaient s'exprimer, contester, explorer un probl&#232;me. Mais, tel quel ; &#231;a r&#233;pondait s&#251;rement &#224; un besoin profond : les stagiaires venaient en majorit&#233; de services compl&#232;tement archa&#239;ques, et ils venaient au stage pour d&#233;couvrir ce qui se faisait ailleurs, pour s'impr&#233;gner des id&#233;es et des m&#233;thodes de ces pionniers de l'&#233;poque dont ils avaient tout juste entendu parler. Puis Germaine Le Guillant et Daum&#233;zon ont fond&#233; une revue qui existe toujours, ils l'ont appel&#233;e Vie sociale et Traitements. Un titre-manifeste, en quelque sorte. C'&#233;tait pour prolonger les stages, pour &#233;tendre l'influence du mou-vement. &#199;a a eu un r&#244;le capital, tr&#232;s important dans l'histoire de la psychiatrie fran&#231;aise contemporaine.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Tu es arriv&#233; l&#224; en 58-59. Et qu'est-ce que c'est devenu par la suite ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#199;a a beaucoup &#233;volu&#233;. Mais d&#232;s le d&#233;but il y avait quelque chose d'essentiel dans les stages, qui &#233;tait un principe tout &#224; fait conscient et explicite, et tout ce qui s'est pass&#233; par la suite n'a &#233;t&#233; en somme que le d&#233;veloppement et la radicalisation de ce principe. Les stages ont toujours eu lieu en internat. &#199;a durait huit ou neuf jours o&#249; les stagiaires &#233;taient &#224; peu pr&#232;s coup&#233;s du monde. Tu vois, &#231;a se passait en g&#233;n&#233;ral dans des colonies de vacances, en pleine campagne. Je me souviens d'un qu'on a fait dans la montagne au-dessus de Lod&#232;ve, c'&#233;tait vraiment le bled int&#233;gral. Les quarante gaziers qui passaient neuf jours l&#224;-dedans, tu comprends, eh bien, c'&#233;tait en raccourci l'exp&#233;rience de la vie asilaire. Et tout au long du stage on s'effor&#231;ait de pousser cette identification : ici vous vivez un peu ce que vivent les malades dans vos institutions, avec les s&#233;vices et les punitions en moins, toutefois. Alors essayez de vous mettre un peu dans leur peau et r&#233;fl&#233;chissons &#224; partir de &#231;a sur ce qu'on peut faire. C'&#233;tait tr&#232;s efficace. Tellement efficace m&#234;me qu'il y avait toujours un ou deux stagiaires, dans chaque stage, qui tombaient r&#233;ellement malades et qui d&#233;compensaient, comme on dit, salement. Y'en avait toujours un ou deux qu'il fallait ramasser &#224; la petite cuill&#232;re. Je crois que j'ai &#233;t&#233; un des premiers &#224; essayer de comprendre ce ph&#233;nom&#232;ne, et quelques autres aussi qui &#233;taient concomitants - en somme toute la violente dynamique affective qui travaillait cette collectivit&#233;, ces quarante personnes qui vivaient les unes sur les autres pendant neuf jours presque compl&#232;tement coup&#233;es du monde. J'ai d&#251; utiliser alors les &#233;l&#233;ments d'analyse institutionnelle sur lesquels on travaillait &#224; Saint-Aiban avec Tosquelles. &#199;a s'inscrivait &#224; l'&#233;poque dans une d&#233;marche assez dialectique, je crois, c'&#233;tait sans doute vers ce temps-l&#224; qu'on &#233;tudiait le bouquin de Sartre. En tout cas &#231;a collait dr&#244;lement bien avec les stages C. E. M. E. A. qui &#233;taient en un sens un objet d'&#233;tude tr&#232;s limit&#233;, beaucoup plus facile &#224; saisir dans son entier qu'un h&#244;pital psychiatrique. Toujours est-il que j'&#233;tais assez content du travail que j'avais fait, et c'est &#224; partir de l&#224; qu'on a de plus en plus pouss&#233; les stages dans un sens antip&#233;dagogique. Je veux dire par l&#224; que, si les gens apprenaient quelque chose, ce n'&#233;tait pas un savoir qui leur avait &#233;t&#233; transmis par quelqu'un qui savait d&#233;j&#224;. Tout le sens de ce qu'on a essay&#233; de faire pendant plus de dix ans, c'&#233;tait au contraire que les stagiaires fassent une exp&#233;rience personnelle et en tirent &#233;ventuellement un enseignement - de surcro&#238;t, comme disent de la gu&#233;rison les psychanalystes.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#199;a n'a pas d&#251; &#234;tre facile, &#231;a a d&#251; susciter pas mal de r&#233;sistances ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#201;videmment, c'est pas les r&#233;sistances qui ont manqu&#233;. Il y a des m&#233;decins et nes directeurs qui ont interdit &#224; leurs infirmiers de venir dans ces stages, ils ont dit qu'ils &#233;taient compl&#232;tement perturb&#233;s quand ils rentraient et qu'on ne pouvait pas les laisser se risquer dans des aventures pareilles. Comme si les infirmiers &#233;taient des gamins qu'il fallait prot&#233;ger contre leur inconscience ! Tu comprends bien que ceux qui venaient aux stages, ils en avaient entendu parler par ceux qui les avaient pr&#233;c&#233;d&#233;s et ils savaient parfaitement &#224; quoi s'en tenir, ils venaient en connaissance de cause. C'est vrai, remarque, qu'il y en avait pas mal qui &#233;taient effectivement perturb&#233;s en rentrant, mais c'&#233;tait plut&#244;t de retrouver la triste r&#233;alit&#233; qu'ils avaient un peu oubli&#233;e pendant neuf jours, et qu'il allait falloir &#224; nouveau se la farcir pendant leur putain d'existence. Apr&#232;s ce qu'ils venaient de vivre au stage, &#233;videmment, tout ce qu'ils retrouvaient en rentrant leur paraissait mortel et invivable. Et le plus dur c'est que les autres pouvaient difficile-ment comprendre, il y avait une esp&#232;ce de d&#233;phasage qui faisait que c'&#233;tait pratiquement impossible de faire saisir ce qui s'&#233;tait pass&#233; durant ces neuf jours.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Et du c&#244;t&#233; des C. E. M. E. A. eux-m&#234;mes, comment &#231;a a &#233;t&#233; pris, vos stages ? C'est quand m&#234;me un mouvement p&#233;dagogique, les C. E. M. E. A.?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Bien s&#251;r qu'il y a eu des r&#233;sistances. Bien s&#251;r que c'est un mouvement p&#233;dagogique, o&#249; il y a pas mal de gens qui se bardent de p&#233;dagogie pour traverser l'existence sans avoir trop peur, comme dans tous les milieux enseignants. Mais, dans l'ensemble, je cro&#238;s que ce qu'on a fait a surtout provoqu&#233; des remous en dehors de nos stages, chez ceux qui ne pouvaient qu'imaginer ce qui s'y passait et qui n'en jugeaient qu'indirectement. Les instructeurs des centres qui y sont pass&#233;s - les instructeurs, c'est le terme en usage aux C. E. M. E. A. - ont presque tous &#233;t&#233; conquis, et certains d'entre eux ont &#233;t&#233; nos meilleurs avocats lorsqu'il a fallu d&#233;fendre notre forme de travail au sein de l'association. Et ces mecs l&#224; &#233;taient pourtant issus du milieu enseignant eux aussi. Comme quoi il y a des handicaps qui ne sont pas irr&#233;m&#233;diables. Par contre, il y en a qui commencent &#224; nous faire chier depuis quelque temps, c'est les types qui viennent faire de l'agit-prop dans les stages et les regroupements. Maintenant, tu as cette nouvelle race de p&#233;dagogues qui d&#233;barquent, et c'est m&#234;me pas des enseignants professionnels mais des infirmiers et des psychologues, parfois m&#234;me des toubibs. C'est encore de ces mecs qui s'imaginent que s'ils n'apportent pas leurs lumi&#232;res les gens vont automatiquement penser de travers, et le r&#233;sultat c'est qu'&#224; force de s'entendre faire la le&#231;on les autres finissent par en avoir ras le bol et deviennent allergiques &#224; toute r&#233;flexion politique. Les gens qui poss&#232;dent la V&#233;rit&#233;, mon vieux, mais qu'est-ce qu'il pourrait faire pour qu'ils se la gardent et qu'ils se sentent pas oblig&#233;s de venir l'imposer aux autres ? Moi, je suis rest&#233; obstin&#233;ment tr&#232;s psychanalyste &#224; cet &#233;gard. Je continue &#224; penser que le savoir que les infirmiers ont &#224; ma&#238;triser, c'est eux seuls qui peuvent le d&#233;couvrir et le formuler. Et que, s'ils ont une v&#233;rit&#233; &#224; regarder en face, c'est dans leur exp&#233;rience propre qu'ils la verront appara&#238;tre et pas ailleurs. A nous simplement de leur fournir l'occasion de mener cette t&#226;che &#224; bien. Tout le probl&#232;me est l&#224;, parce que de l'autre c&#244;t&#233;, du c&#244;t&#233; de tous ceux qui ont leur v&#233;rit&#233; &#224; imposer, on fait &#233;videmment tout ce qu'on peut pour qu'il n'y ait jamais de telles occasions. C'est une des constantes de notre travail, un des drames qu'on vit quotidiennement, que tout ce qu'on fait pour que les gens arrivent enfin &#224; penser un peu par eux-m&#234;mes, et pas seulement les infirmiers, &#231;a se heurte sans arr&#234;t aux compulsions p&#233;dagogiques des uns ou des autres. Je crois qu'on ne d&#233;noncera jamais assez cette peste. A classer parmi les fl&#233;aux sociaux : la tuberculose, l'alcoolisme, les maladies v&#233;n&#233;riennes et la compulsion p&#233;dagogique.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est pas la peine de t'&#233;nerver...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Je m'&#233;nerve pas. Mais que ceux qui sont poss&#233;d&#233;s par cette passion la fassent jouer dans le bon sens, qu'ils fassent de la p&#233;dagogie l&#224; o&#249; c'est vraiment utile - c'est pas les domaines qui manquent. Mais pas pour emp&#234;cher les autres de penser par eux-m&#234;mes, pas pour venir obturer l'&#233;mergence d'un savoir qui ne demande qu'&#224; se formuler...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Et, le plus triste, c'est que cette passion se rencontre aussi chez des gens tr&#232;s bien et que c'est vachement difficile &#224; extirper. J'ai un de mes meilleurs amis, un des psychiatres les plus &#233;minents de notre temps de l'avis g&#233;n&#233;ral, il lui est arriv&#233; de venir deux ou trois fois dans nos stages. Toutes les fois c'&#233;tait le m&#234;me sc&#233;nario : au bout d'une demi-heure de discussion, il ne pouvait pas s'emp&#234;cher de faire un petit cours aux infirmiers. Et, comme ce qu'il disait &#233;tait toujours tr&#232;s int&#233;ressant, plus personne ne soufflait mot. Apr&#232;s &#231;a, je lui faisais remarquer qu'il avait encore succomb&#233; &#224; son d&#233;mon p&#233;dagogique et il &#233;tait navr&#233;, c'&#233;tait bien &#233;vident que si on n'avait pas fait un cours aux infirmiers ils auraient fini par d&#233;couvrir par eux-m&#234;mes ce qu'il leur avait d&#238;t. &#199;a aurait &#233;t&#233; un peu plus long, mais &#231;a aurait s&#251;rement &#233;t&#233; beaucoup plus profitable pour eux.que &#231;a ne fait brouiller les cartes&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Et psychiatris&#233;, pour toi, &#231;a veut dire quoi ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#199;a veut dire qu'&#224; l'h&#244;pital tu es d&#233;fini comme malade par opposition aux autres qui sont l&#224; et qui sont d&#233;finis comme normaux, non malades. Psychiatris&#233;, c'est un des termes d'un rapport, &#231;a ne veut rien dire ind&#233;pendamment de ce rapport.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Si je comprends bien, alors, les pensionnaires de ton foyer sont d&#233;psychiatris&#233;s dans le sens o&#249; une fois au foyer ils ne se trouvent plus pris dans ce rapport comme &#224; l'h&#244;pi-tal psychiatrique ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est cela m&#234;me. Ce qui veut dire que tout est fonction du personnel du foyer. Si dans une bo&#238;te comme celle-ci tu mets un personnel de type hospitalier, qui consid&#232;re les pensionnaires comme des malades qu'il faut gu&#233;rir et r&#233;adapter, alors c'est foutu, autant laisser les gens &#224; l'hosto. Cela dit, m&#234;me si le foyer est d&#233;psychiatr&#238;s&#233;, comme on dit, m&#234;me Si au foyer on a r&#233;ussi &#224; cr&#233;er une esp&#232;ce d'asepsie &#224; cet &#233;gard, &#231;a suffit pas pour d&#233;psychiatriser tout le probl&#232;me. Les mecs du foyer vont travailler &#224; l'ext&#233;rieur, ils revoient des amis, des gens de leur famille, ils ont des contacts avec les commer&#231;ants du quartier, les bistrots par exemple. Tout ce monde-l&#224; n'a pas forc&#233;ment d&#233;psychiatris&#233; son attitude &#224; l'&#233;gard desdits malades mentaux. La psychiatrisation n'est pas propre &#224; l'asile, elle est partout. C'est pour &#231;a qu'on a encore besoin d'enclaves, de vacuoles, de lieux un peu aseptis&#233;s pour permettre &#224; certaines personnes de se reprendre, de se retrouver, de faire leur cure de d&#233;psychiatrisation.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Je vois ce que tu veux dire. Pour un peu, on parlerait de lieux d'asile, mais &#231;a pourrait donner lieu &#224; des qui-proquos...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est ce qu'ont fait ces cin&#233;astes anglais qui ont tourn&#233; un film sur une communaut&#233; antipsychiatrique - une autre vari&#233;t&#233; de ces vacuoles, en quelque sorte. Ils ont appel&#233; &#231;a Asylum, histoire de se marrer...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; En somme, on peut presque dire que tes mecs du foyer, ce dont ils ont &#224; se gu&#233;rir, c'est de la psychiatrie. C'est la psychiatrie, leur v&#233;ritable maladie.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est pas tout &#224; fait &#231;a. C'est important de bien pr&#233;ciser parce que, ce que tu viens de dire l&#224;, excuse-moi, c'est un des clich&#233;s qu'on entend un peu partout aujourd'hui, une id&#233;e toute faite qui tient lieu d'analyse et de r&#233;flexion pour beaucoup de gens. C'est d'ailleurs un ph&#233;nom&#232;ne extr&#234;mement curieux et bien s&#251;r fort instructif de voir qu'il est apparu &#224; gauche une contestation de la psychiatrie qui reprend exactement les m&#234;mes poncifs qu'on entendait aupa-ravant chez les petits-bourgeois born&#233;s et r&#233;actionnaires. Ce que tu viens de dire en est un exemple, tout au moins par une fa&#231;on dont on pourrait l'entendre. C'est encore tr&#232;s courant d'entendre dire que c'est les psychiatres qui rendent les gens malades. Par exemple une femme obsessionnelle, qui a fait plusieurs d&#233;pressions graves et qui a entrepris une psychoth&#233;rapie analytique, tu as des couillons pour se foutre d'elle et lui dire : c'est les psychiatres qui vous ont rendue malade, laissez tomber tout &#231;a et vivez sans penser &#224; toutes vos histoires ! Effectivement, Si une femme obsessionnelle cesse de penser &#224; ses histoires, il n'y a plus de probl&#232;me. Le probl&#232;me, c'est justement qu'elle ne peut pas s'emp&#234;cher d'y penser, et ce probl&#232;me4&#224;, c'est pas les psychiatres qui l'ont fabriqu&#233;. En fait, le type qui tient des propos aussi l&#233;gers, &#231;a veut dire en g&#233;n&#233;ral qu'il a r&#233;ussi &#224; surmonter ses propres difficult&#233;s en niant purement et simplement qu'il existe des probl&#232;mes n&#233;vrotiques. C'est son affaire, et on ne peut que s'en r&#233;jouir pour lui. L'ennui, c'est que tous les gens de ce type que je connais se comportent de la m&#234;me fa&#231;on. Sans doute que &#231;a continue &#224; les travailler d'une fa&#231;on ou d'une autre, parce qu'ils ne perdent jamais une occasion de traiter les psychiatres de charlatans, en bloc, et de tenir des discours dogmatiques sur la psychiatrie &#224; laquelle ils sont si fiers de n'avoir jamais eu affaire. C'est quand m&#234;me bizarre la passion qu'ils porbint &#224; quelque chose qui ne les a jamais concern&#233;s, non ? Et puis surtout ils n'arr&#234;tent pas de se donner en exemple, et, quand ils tombent sur un malheureux qui se d&#233;merde plut&#244;t mal avec ses pro-bl&#232;mes de psychiatrie, ils s'arrangent pour l'enfoncer sous pr&#233;texte de lui donner de bons conseils. Ils le traitent de tr&#232;s haut avec une ironie pleine de piti&#233; et de m&#233;pris : pauvre andouille qui se laisse avoir, va. Eux, n'est-ce pas, il y a longtemps qu'ils ont vu clair, on ne les aura pas comme &#231;a... Tu vois o&#249; je veux en venir ? Ces mecs-l&#224;, ce qu'ils cherchent, c'est des repoussoirs, de pauvres victimes de la psychiatrie qui leur permettent de s'affirmer &#224; bon compte en opposition, de se conforter dans l'id&#233;e qu'ils sont, eux, &#224; l'oppos&#233; de ces pauvres victimes... C'est exactement la m&#234;me chose que le rapport dont je ne cesse de parler, ce que j'appelle le rapport asilaire. Si tu as fait un tant soit peu de maths, tu sais que ce qui compte dans un rapport c'est la relation entre les termes : les termes eux-m&#234;mes, tu peux les faire varier de trente-six fa&#231;ons. Si la relation entre eux reste la m&#234;me, le rapport demeure. C'est pourquoi le rapport asilaire, on peut le retrouver partout aussi bien qu'&#224; l'asile, et on continue m&#234;me &#224; en produire des formes qui n'exis-taient pas jusqu a pr&#233;sent. C'est ainsi qu'il y a des formes de contestation de la psychiatrie qui reproduisent exacte-ment ce rapport, le rapport sur lequel est fond&#233;e la pire des psychiatries... Il y a un coll&#232;gue que j'aime assez, le docteur Trillat, il &#233;crit des choses tr&#232;s fines et tr&#232;s document&#233;es. Il a un terme tr&#232;s bon pour &#231;a : il parle de poujadisme psychia-trique. Le poujadisme, tu sais, c'est aussi une forme de contestation... (...)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Influence du n&#233;o-lib&#233;ralisme dans les sciences humaines</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?Influence-du-neo-liberalisme-dans</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?Influence-du-neo-liberalisme-dans</guid>
		<dc:date>2009-06-10T15:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte de Laurence Gavarini&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Texte de Laurence Gavarini&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_127 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:64px;&#034; data-w=&#034;64&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf_V17N1A02.pdf' arial-label=&#034;InstitutionDuSujet&#034; title=&#034;InstitutionDuSujet&#034; type=&#034;application/pdf&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:100%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg&amp;taille=64&amp;1774023687' alt='InstitutionDuSujet' data-src='local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg' data-l='64' data-h='64' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;64&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=local\/cache-vignettes\/L64xH64\/pdf-b8aed.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1774023687&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=local\/cache-vignettes\/L64xH64\/pdf-b8aed.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1774023687&#034;}}' class='image_responsive' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-127 '&gt;&lt;strong&gt;InstitutionDuSujet
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;a class=&#034;telecharger&#034; href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf_V17N1A02.pdf'&gt;T&#233;l&#233;charger (56&#160;kio)&lt;/a&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>La tyrannie de l'absence de structure</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?151-la-tyrannie-de-l-absence-de</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?151-la-tyrannie-de-l-absence-de</guid>
		<dc:date>2009-06-10T15:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le texte suivant a &#233;t&#233; &#233;crit par une activiste du Mouvement de Lib&#233;ration des Femmes am&#233;ricain, au d&#233;but des ann&#233;es 70 semble-t-il. Ayant &#8220; d&#233;j&#224; inspir&#233; de vastes d&#233;bats &#8221; dans la mouvance autonome espagnole, il a &#233;t&#233; re-publi&#233; &#8220; pour l'actualit&#233; de son contenu &#8221; dans la revue ContraPoder num&#233;ro 3, en 1999, dans le cadre d'un dossier sur les questions d'organisation. Il est donc traduit de l'am&#233;ricain au castillan, puis du castillan au fran&#231;ais. C'est-&#224;-dire qu'il n'est sans doute pas ici (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le texte suivant a &#233;t&#233; &#233;crit par une activiste du Mouvement de Lib&#233;ration des Femmes am&#233;ricain, au d&#233;but des ann&#233;es 70 semble-t-il. Ayant &#8220; d&#233;j&#224; inspir&#233; de vastes d&#233;bats &#8221; dans la mouvance autonome espagnole, il a &#233;t&#233; re-publi&#233; &#8220; pour l'actualit&#233; de son contenu &#8221; dans la revue ContraPoder num&#233;ro 3, en 1999, dans le cadre d'un dossier sur les questions d'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc traduit de l'am&#233;ricain au castillan, puis du castillan au fran&#231;ais. C'est-&#224;-dire qu'il n'est sans doute pas ici au mieux de sa forme linguistique. Si quelqu'un-e trouve sa version originale, ou une meilleure traduction, qu'ille nous fasse signe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;buts de la diffusion en fran&#231;ais de ce texte ont d&#233;j&#224; suscit&#233; plusieurs r&#233;actions. Nous autres &#8220; micro-&#233;diteureuses &#8221; de ce pamphlet ne sommes nous-m&#234;mes pas convaincu-e-s par l'ensemble du discours de l'auteure, mais appr&#233;cions les questions qu'elle lance dans la mare des collectifs autog&#233;r&#233;s, et les discussions qui en naissent. N'h&#233;sitez pas &#224; nous faire parvenir les v&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'infokiosque
Squat des 400 Couverts
10 traverse des 400 Couverts
38000 Grenoble
iosk&lt;span class='mcrypt'&gt; &lt;/span&gt;inventati.org&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tout au long des ann&#233;es de formation du Mouvement de Lib&#233;ration des Femmes, on a beaucoup pl&#233;biscit&#233; les d&#233;nomm&#233;s &#8220;groupes sans leadership ni structure&#8221;, comme &#233;tant la principale, sinon l'unique forme d'organisation du mouvement. L'origine de cette id&#233;e se trouve dans la r&#233;action naturelle &#224; la soci&#233;t&#233; sur-structur&#233;e dans laquelle nous sommes plong&#233;-e-s, &#224; l'in&#233;vitable contr&#244;le sur nos vies qu'elle conf&#232;re &#224; certain-e-s, et &#224; l'&#233;litisme constant de la gauche et de groupes similaires parmi celles/ceux qui sont suppos&#233;-e-s combattre cette sur-structuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, l'id&#233;e d'absence de structure est pass&#233;e du stade de saine contre-tendance &#224; celui d'id&#233;e allant de soi. Les notions qu'elle implique sont aussi faiblement analys&#233;es que le terme est fortement utilis&#233;, devenant une part intrins&#232;que et indiscutable de l'id&#233;ologie du Mouvement de Lib&#233;ration. A l'&#233;tape de gestation du mouvement, cette question avait peu d'importance : une fois d&#233;finis ses objectifs et sa m&#233;thode principale, comme la prise de conscience, le groupe de conscientisation &#8220;sans structure&#8221; s'av&#233;rait &#234;tre un excellent moyen pour atteindre le dit objectif. Le caract&#232;re d&#233;tendu et informel qui le r&#233;gissait &#233;tait propice &#224; la participation aux discussions, et le climat de soutien mutuel qui se cr&#233;ait en g&#233;n&#233;ral permettait une meilleure perception de ce qui &#233;tait personnel. Si les r&#233;sultats n'&#233;taient pas plus concrets que cette perception du personnel, cela n'avait pas une grande importance, puisqu'en r&#233;alit&#233; il n'y avait pas d'autre objectif que celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes ne commenc&#232;rent &#224; surgir que lorsque les petits groupes de conscientisation &#233;puis&#232;rent les vertus de la conscientisation et d&#233;cid&#232;rent qu'ils voulaient faire quelque chose de plus concret. Face &#224; cette d&#233;cision, les groupes, en g&#233;n&#233;ral, s'enlis&#232;rent, parce que la plupart d'entre eux ne voulaient pas changer leur structure pendant que se modifiaient leurs t&#226;ches. Les femmes avaient pleinement accept&#233; l'id&#233;e de &#8220;l'absence de structures&#8221;, sans s'apercevoir des limites qu'enfermait son prolongement. On essaya d'utiliser le groupe &#8220;sans structure&#8221; et les discussions informelles pour des questions inad&#233;quates, en se basant sur la croyance aveugle que toutes les autres formes d'organisation, quelles qu'elles soient, &#233;taient oppressantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le mouvement pr&#233;tend s'&#233;tendre au-del&#224; de ces &#233;tapes &#233;l&#233;mentaires de d&#233;veloppement, il devra abandonner quelques-uns de ses pr&#233;jug&#233;s sur l'organisation et la structure. Il n'y a rien de pernicieux en soi dans ces deux notions ; toutes les deux peuvent &#234;tre, et sont fr&#233;quemment, mal employ&#233;es, mais les rejeter dans leur ensemble parce que leur emploi n'est pas correct, revient &#224; nier les instruments d'un d&#233;veloppement ult&#233;rieur. Il est ainsi n&#233;cessaire de comprendre pourquoi &#8220;l'absence de structures&#8221; ne marche pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Structures formelles et informelles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse de ce que nous voulons croire, il n'existe pas de groupe sans structure, ni rien de similaire. Tout groupe de personnes qui, pour certaines raisons, s'unit pendant un temps d&#233;termin&#233; et avec un objectif quelconque, se donnera in&#233;vitablement une forme ou une autre de structure : celle-ci pourra &#234;tre flexible et pourra varier avec le temps, peut-&#234;tre servira-t-elle &#224; distribuer les t&#226;ches de mani&#232;re &#233;quitable ou injuste, ou &#224; distribuer le pouvoir et l'influence entre les divers-e-s membres du groupe, en tout cas elle s'adaptera aux personnalit&#233;s, facult&#233;s ou int&#233;r&#234;ts des personnes du groupe. Le simple fait d'&#234;tre des individus munis de talents, de pr&#233;dispositions et d'origines diverses rend ce fait in&#233;vitable. Seulement si nous refusions de nous fr&#233;quenter, ou d'interagir sur telles ou telles bases, nous pourrions nous rapprocher d'un groupe sans structure, et cela n'est pas exactement la nature d'un groupe humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui pr&#233;c&#232;de veut dire qu'aspirer &#224; cr&#233;er un groupe sans structure est aussi inutile et trompeur que pr&#233;tendre qu'il existe des informations &#8220;objectives&#8221;, que les sciences sociales sont &#8220;d&#233;gag&#233;es des valeurs&#8221;, ou qu'il existe une &#233;conomie &#8220;libre&#8221;. Un groupe &#8220;laisser-faire&#8221; est aussi r&#233;aliste qu'une soci&#233;t&#233; &#8220;laisser-faire&#8221; : la notion de groupe sans structure se transforme en un rideau de fum&#233;e qui favorise les fort-e-s ou celleux qui peuvent &#233;tablir leur h&#233;g&#233;monie indiscutable sur les autres. Cette forme d'h&#233;g&#233;monie peut s'&#233;tablir tr&#232;s facilement, parce que la notion &#8220;d'absence de structure&#8221; n'emp&#234;che pas la formation de structures informelles : elle n'emp&#234;che que celle des structures formelles. De m&#234;me, la philosophie du &#8220;laisser-faire&#8221;, en &#233;conomie, n'a pas emp&#234;ch&#233; les puissants d'&#233;tablir un contr&#244;le sur les salaires, les prix et la distribution des biens ; elle a juste emp&#234;ch&#233; que ce soit le gouvernement qui le fasse. Ainsi, l'absence de structure f&#233;ministe est en g&#233;n&#233;ral d&#233;fendue par celles qui d&#233;tiennent davantage de pouvoir (qu'elles en soient ou non conscientes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; la structure du groupe est informelle, les normes selon lesquelles on prend les d&#233;cisions ne sont connues que de peu de personnes, et la conscience du fait qu'il existe une relation de pouvoir se limite &#224; celles qui connaissent ces normes. Celles qui ne les connaissent pas, ou qui n'ont pas &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;es pour l'initiation, resteront dans la confusion, ou souffriront de l'impression parano&#239;aque qu'il se passe des choses dont elles n'ont pas pleinement conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin que toute personne aie l'opportunit&#233; de s'investir dans un groupe ou d'en anticiper les activit&#233;s, la structure de celui-ci devra &#234;tre explicite, et non implicite. Les normes de prise de d&#233;cisions doivent &#234;tre ouvertes et connues de toutes, ce qui n'arrivera que si elles sont formalis&#233;es ; cela ne signifie pas que la formalisation de la structure d'un groupe d&#233;truit n&#233;cessairement sa structure informelle, en g&#233;n&#233;ral ce n'est pas ce qui se passe, par contre cela emp&#234;che que la structure informelle d&#233;tienne un contr&#244;le pr&#233;dominant, et en m&#234;me temps cela offre de meilleurs moyens pour se pr&#233;server de gens qui seraient investis sans r&#233;pondre aux n&#233;cessit&#233;s g&#233;n&#233;rales du groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;L'absence de structure&#8221; est organisationnellement impossible. On ne peut d&#233;cider de former un groupe avec ou sans structure ; &#224; partir de maintenant le terme &#8220;absence de structure&#8221; sera employ&#233; en r&#233;f&#233;rence &#224; ces groupes qui n'ont pas &#233;t&#233; structur&#233;s consciemment sous telle ou telle forme ; &#224; l'inverse nous ferons r&#233;f&#233;rence aux &#8220;groupes structur&#233;s&#8221; en parlant de ceux qui l'ont fait consciemment. Un groupe structur&#233; a toujours une structure informelle ou cach&#233;e. C'est cette structure informelle, tout particuli&#232;rement dans les groupes non structur&#233;s, qui cr&#233;e les bases du d&#233;veloppement des &#233;lites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nature de l'&#233;litisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Le terme &#8220;&#233;litaire&#8221; fait r&#233;f&#233;rence &#224; un petit groupe de gens qui domine un autre groupe plus grand, dont il fait partie, sans normalement avoir une responsabilit&#233; directe sur ce plus grand groupe, et qui agit fr&#233;quemment sans son consentement ou sa connaissance. Une personne devient &#233;litiste quand elle fait partie ou d&#233;fend la domination de ce petit groupe, ind&#233;pendamment du fait qu'elle soit ou non connue des autres. La notori&#233;t&#233; n'est pas un &#233;quivalent de l'&#233;litisme. Les &#233;lites les plus insidieuses sont habituellement compos&#233;es de gens que le grand public ne conna&#238;t pas. Les &#233;lites intelligentes sont, en g&#233;n&#233;ral, assez sagaces pour ne pas se faire conna&#238;tre ; elles savent que si on les conna&#238;t on les observe, et qu'alors le masque qui cache leur pouvoir cesse d'&#234;tre pr&#233;serv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que les &#233;lites soient informelles ne veut pas dire qu'elles sont invisibles. Dans la r&#233;union d'un groupe quelconque, n'importe qui peut, en ayant l'oeil avis&#233; et l'oreille attentive, se rendre compte de qui influe sur qui. Les membres d'un groupe qui ont de bonnes relations entre eux se fr&#233;quenteront plus fr&#233;quemment que d'autres. Illes s'&#233;coutent plus attentivement et s'interrompent moins ; illes r&#233;p&#232;tent les points de vue ou les opinions des autres et, en cas de conflit, illes c&#232;dent plus amicalement ; de m&#234;me illes tendent &#224; ignorer voire &#224; lutter d'arrache-pied contre les &#8220;exclu-e-s&#8221; (&#8220;out&#8221;), dont l'assentiment n'est pas n&#233;cessaire pour prendre une d&#233;cision, et pourtant les &#8220;exclu-e-s&#8221; (&#8220;out&#8221;) doivent maintenir de bonnes relations avec les &#8220;inclu-e-s&#8221; (&#8220;in&#8221;). Evidemment les lignes de d&#233;marcation ne sont pas aussi clairement trac&#233;es que ce que j'affirme ici : dans l'interaction naissent des nuances. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lites ne sont pas des groupes de conspiration : il est rare qu'un petit groupe se r&#233;unisse et essaye d&#233;lib&#233;r&#233;ment de s'accaparer un plus grand groupe &#224; ses fins. Les &#233;lites ne sont rien de plus et rien de moins que des groupes d'ami-e-s qui, accidentellement, participent &#224; la m&#234;me activit&#233; politique, bien que, d'un autre c&#244;t&#233;, illes auraient probablement une activit&#233; politique ind&#233;pendamment du maintien ou non de leur amiti&#233;. La co&#239;ncidence de ces deux faits est ce qui g&#233;n&#232;re une &#233;lite dans un groupe d&#233;termin&#233;, et aussi ce qui rend si difficile son an&#233;antissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces groupes d'ami-e-s fonctionnent comme des r&#233;seaux de communication en marge de tous les canaux que le groupe a pu &#233;tablir avec eux, et s'il n'existe pas de canaux, ils fonctionnent comme le seul r&#233;seau de communication : parce que ces gens sont ami-e-s, parce qu'en g&#233;n&#233;ral illes partagent les m&#234;mes valeurs et conceptions politiques, parce qu'illes se parlent dans des circonstances de la vie quotidienne, parce qu'illes se consultent quand illes doivent prendre des petites d&#233;cisions pour leur vie, les gens qui participent &#224; ces r&#233;seaux ont plus de pouvoir que ceux qui ne participent pas. Il est rare qu'un groupe n'&#233;tablisse aucun r&#233;seau informel de communication entre les ami-e-s qui se lient en son sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains groupes, selon leur taille, peuvent avoir plus d'un r&#233;seau de communication informelle, en outre ces derniers peuvent s'entrem&#234;ler. Quand il existe juste un r&#233;seau de ce type, il se transforme en l'&#233;lite du groupe &#8220;sans structure&#8221;, ind&#233;pendamment de la volont&#233; ou non de ses membres d'&#234;tre &#233;litistes. Si, d'un autre c&#244;t&#233;, il est le seul r&#233;seau existant dans un groupe structur&#233;, il peut ou ne peut pas correspondre &#224; son &#233;lite, selon la composition et la nature du groupe formel. S'il existe deux r&#233;seaux d'ami-e-s ou plus, ils se font parfois concurrence pour gagner le pouvoir dans le groupe, cr&#233;ant ainsi des divisions ; il peut aussi arriver que l'une des fractions abandonne d&#233;lib&#233;r&#233;ment la comp&#233;tition, en laissant une autre &#234;tre l'&#233;lite du groupe. Dans un groupe structur&#233;, en g&#233;n&#233;ral, deux r&#233;seaux d'ami-e-s ou plus coexistent et se font concurrence pour gagner le pouvoir formel. On pourrait consid&#233;rer que c'est la situation la plus saine, puisque les membres restant-e-s peuvent jouer les arbitres entre les deux groupes en comp&#233;tition pour le pouvoir, et, de cette fa&#231;on, poser des exigences d&#233;termin&#233;es &#224; celleux avec qui illes s'allient temporairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re in&#233;vitablement &#233;litaire et exclusif des r&#233;seaux de communication informelle entre ami-e-s n'est pas une particuliarit&#233; du mouvement f&#233;ministe, ni un ph&#233;nom&#232;ne nouveau pour les femmes. Ce type de relations informelles a servi des si&#232;cles durant &#224; exclure la participation des femmes des groupes int&#233;gr&#233;s dont elles faisaient partie. Dans toute profession ou organisation, ces r&#233;seaux ont cr&#233;&#233; une mentalit&#233; de &#8220;groupe ferm&#233;&#8221;, &#224; l'image des liens de &#8220;camarades de classe&#8221;, et ont emp&#234;ch&#233; les femmes (quelques-unes) (ainsi que certains hommes isol&#233;s) d'acc&#233;der de fa&#231;on &#233;galitaire aux sources de pouvoir ou &#224; la reconnaissance sociale. Une bonne partie des efforts du mouvement f&#233;ministe, dans le pass&#233;, s'est dirig&#233;e vers la formalisation des structures de d&#233;cision et des processus de s&#233;lection, avec l'objectif de faciliter l'attaque directe contre les m&#233;canismes d'exclusion des femmes, mais tout cela n'a pas eu lieu au sein m&#234;me du mouvement f&#233;ministe, parce qu'on partait inconsciemment du principe qu'il n'y avait que des femmes (en th&#233;orie, &#233;gales, d'une m&#234;me classe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le savons bien, ces efforts n'ont pas emp&#234;ch&#233; la persistance de la discrimination contre les femmes, bien qu'au moins celle-ci soit devenue plus difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; que les groupes du mouvement n'ont pas pris de d&#233;cisions concr&#232;tes quant &#224; qui doit exercer le pouvoir en leur sein, les crit&#232;res suivis diff&#232;rent d'un bout &#224; l'autre du pays. Dans la premi&#232;re &#233;tape du mouvement, par exemple, le mariage &#233;tait requis, en g&#233;n&#233;ral, pour pouvoir participer &#224; l'&#233;lite informelle. C'est-&#224;-dire qu'en accord avec les enseignements traditionnels, les mari&#233;es restaient fondamentalement entre elles, consid&#233;rant que les c&#233;libataires en tant qu'amies intimes sont un danger excessif. Dans plusieurs villes ce crit&#232;re fut nuanc&#233; en incluant dans l'&#233;lite uniquement les &#233;pouses d'hommes de la nouvelle gauche. Cette norme-l&#224; prend en compte quelque chose de plus que la simple tradition, en effet les hommes de la nouvelle gauche, en g&#233;n&#233;ral, avaient acc&#232;s &#224; des ressources dont le mouvement avait besoin et qu'il ne pouvait obtenir que par leur biais. Le mouvement a chang&#233; avec le temps, et le mariage a cess&#233; d'&#234;tre un crit&#232;re universel pour une r&#233;elle participation ; d'autres normes ont &#233;t&#233; adopt&#233;es pour n'ouvrir la porte de l'&#233;lite qu'aux femmes qui avaient des caract&#233;ristiques mat&#233;rielles et personnelles d&#233;termin&#233;es. En g&#233;n&#233;ral, celles-ci sont : &#234;tre originaire des classes moyennes (malgr&#233; toute la rh&#233;torique existante sur les relations avec la classe prol&#233;taire), &#234;tre mari&#233;e ou pas mais vivre avec quelqu'un-e, &#234;tre ou se pr&#233;tendre lesbienne, avoir entre 20 et 30 ans, avoir &#233;tudi&#233; &#224; l'universit&#233; ou avoir au moins un certain niveau d'&#233;ducation, &#234;tre &#8220;marginale&#8221; mais pas trop, avoir une posture politique ou &#234;tre reconnue comme &#8220;baba-cool&#8221;, avoir une personnalit&#233; d'une certaine mani&#232;re &#8220;f&#233;minine&#8221; avec des caract&#233;ristiques telles que &#8220;&#234;tre agr&#233;able&#8221;, s'habiller de mani&#232;re appropri&#233;e etc. Il existe &#233;galement des caract&#233;ristiques d&#233;termin&#233;es qui presqu'in&#233;vitablement d&#233;finiront une personne &#8220;marginale&#8221; avec qui il ne faut pas tisser de liens, par exemple : &#234;tre trop &#226;g&#233;e, travailler 8 heures par jour, ou, encore plus, avoir un intense d&#233;vouement &#8220;professionnel&#8221;, ne pas &#234;tre agr&#233;able et &#234;tre explicitement c&#233;libataire (c'est-&#224;-dire n'avoir d'activit&#233; ni h&#233;t&#233;ro ni homosexuelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions ajouter d'autres crit&#232;res de s&#233;lection mais ils seraient tous en rapport, d'une mani&#232;re ou d'une autre, avec ceux &#233;num&#233;r&#233;s ci-dessus : les pr&#233;-requis typiques pour faire partie des &#233;lites informelles du mouvement, et, ainsi, exercer une certaine forme de pouvoir, sont en rapport avec la classe sociale, la personnalit&#233; et le temps libre. Ils n'incluent pas la comp&#233;tence, la cons&#233;cration au f&#233;minisme, le talent ou la contribution potentielle au mouvement : ceux-l&#224; sont les crit&#232;res employ&#233;s pour &#233;tablir une amiti&#233;, ceux-ci sont ceux que chaque mouvement ou organisation doit adopter s'il veut avoir une certaine efficacit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les normes de participation peuvent varier d'un groupe &#224; l'autre, mais les voies d'int&#233;gration &#224; l'&#233;lite informelle - si l'on r&#233;pond aux crit&#232;res &#233;tablis - sont souvent tr&#232;s semblables. La seule diff&#233;rence de fond r&#233;side dans le fait d'&#234;tre dans le groupe depuis le d&#233;but, ou de s'int&#233;grer une fois le groupe form&#233;. Si l'on devient membre du groupe d&#232;s le d&#233;but il est important qu'un grand nombre d'ami-e-s l'int&#232;gre au m&#234;me moment. Si, &#224; l'inverse, on ne conna&#238;t bien aucun des membres, il faut alors se lier d'amiti&#233; avec un groupe de &#8220;gens bien&#8221;, et fixer les normes basiques d'interaction pour cr&#233;er quelque structure informelle. Une fois cr&#233;&#233;es les normes informelles, celles-ci se maintiennent, aid&#233;es pour cela du recrutement de nouvelles personnes qui &#8220;s'ajustent&#8221;. On int&#232;gre une &#233;lite d'une mani&#232;re similaire &#224; celle dont on s'engage dans une &#8220;confr&#233;rie&#8221;. Si quelqu'une est consid&#233;r&#233;e comme &#8220;prometteuse&#8221;, elle est &#8220;entra&#238;n&#233;e&#8221; par les membres de la structure informelle et, selon les cas, initi&#233;e ou laiss&#233;e de c&#244;t&#233;. Si la confr&#233;rie n'a pas assez de conscience politique pour d&#233;buter consciemment le processus, celui-ci peut se d&#233;rouler de la m&#234;me mani&#232;re que l'adh&#233;sion &#224; n'importe quel club priv&#233;. En premier lieu une protectrice est n&#233;cessaire, c'est-&#224;-dire qu'il faut trouver une membre de l'&#233;lite qui jouit de respect en son sein et cultiver activement son amiti&#233;. Il est tr&#232;s probable qu'&#224; l'avenir elle t'introduise dans le groupe d'initi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces proc&#233;dures prennent du temps, &#224; tel point que si l'on travaille 8 heures ou si l'on a quelque obligation similaire, il est en g&#233;n&#233;ral impossible d'arriver &#224; faire partie de l'&#233;lite. Simplement parce qu'on n'a pas le temps d'assister &#224; toutes les r&#233;unions et de cultiver les relations personnelles n&#233;cessaires pour &#234;tre entendu-e dans la prise de d&#233;cisions. Voil&#224; pourquoi les structures formelles pour les prises de d&#233;cisions sont une aubaine pour les personnes charg&#233;es de travail. Le fait de pouvoir compter sur des proc&#233;d&#233;s fixes de prise de d&#233;cision garantit, jusqu'&#224; un certain point, la participation de tout un chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que cette dissection du processus de formation d'une &#233;lite dans les petits groupes ait &#233;t&#233; expos&#233;e dans une perspective critique, elle ne part pas du principe que les structures informelles sont in&#233;vitablement mauvaises ; simplement, elles sont in&#233;vitables. Tous les groupes cr&#233;ent des structures informelles comme cons&#233;quence des normes d'interaction entre les membres du groupe ; ces structures informelles peuvent &#234;tre tr&#232;s utiles. Mais seuls les groupes &#8220;sans structure&#8221; sont totalement r&#233;gis par elles. Quand les &#233;lites informelles se conjuguent avec le mythe de l'absence de structure, il est impensable de mettre des b&#226;tons dans les rouages du pouvoir ; celui-ci devient arbitraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a &#233;t&#233; constat&#233; jusqu'ici comporte deux cons&#233;quences potentiellement n&#233;gatives dont nous devons &#234;tre conscient-e-s. La premi&#232;re est que la structure informelle gardera une grande similitude avec une confr&#233;rie tant qu'on &#233;coutera quelqu'un-e parce qu'ille nous pla&#238;t bien et non parce qu'ille dit des choses significatives. Dans la mesure o&#249; le mouvement ne d&#233;veloppe pas une activit&#233; ext&#233;rieure, ce qui pr&#233;c&#232;de n'a pas une grande importance, mais son &#233;volution ne doit pas s'arr&#234;ter &#224; cette &#233;tape pr&#233;liminaire, il devra n&#233;cessairement modifier cette tendance. La seconde cons&#233;quence n&#233;gative se trouve dans le fait que les structures informelles n'obligent pas les personnes qui l'int&#232;grent &#224; r&#233;pondre face au groupe en g&#233;n&#233;ral. Le pouvoir qu'elles exercent ne leur a pas &#233;t&#233; confi&#233;, et donc ne peut pas leur &#234;tre arrach&#233;. Leur influence ne se base pas sur ce qu'elles font pour le groupe, et donc elles ne peuvent &#234;tre directement influenc&#233;es par celui-ci. Il ne faut pas n&#233;cessairement d&#233;duire de ce qui pr&#233;c&#232;de que les structures informelles donnent lieu &#224; un comportement irresponsable face au groupe, puisque les personnes qui souhaitent maintenir leur influence sur le groupe essaieront en g&#233;n&#233;ral de r&#233;pondre &#224; ses attentes, mais le fait est que le groupe ne peut pas exiger cette responsabilit&#233;, il d&#233;pend des int&#233;r&#234;ts de l'&#233;lite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le syst&#232;me des stars&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion &#8220;d'absence de structure&#8221; a cr&#233;&#233; le syst&#232;me des &#8220;stars&#8221;. Nous vivons dans une soci&#233;t&#233; qui attend des groupes politiques qu'ils prennent des d&#233;cisions et d&#233;signent des personnes d&#233;termin&#233;es pour les exposer au public en g&#233;n&#233;ral. La presse, &#224; l'instar du public, ne sait pas &#233;couter s&#233;rieusement les femmes en tant que femmes, elle veut savoir ce que pense le groupe. A partir de l&#224;, il existe trois techniques pour conna&#238;tre l'opinion de vastes secteurs : le vote et le r&#233;f&#233;rendum, le sondage, et l'allocution de porte-paroles dans les meetings. Le Mouvement de Lib&#233;ration de la Femme n'a utilis&#233; aucune de ces techniques pour communiquer avec le public. Ni le mouvement dans son ensemble ni la majorit&#233; des groupes qui le composent n'ont concr&#233;tis&#233; une fa&#231;on de conna&#238;tre ou de faire conna&#238;tre leur position sur diff&#233;rents th&#232;mes. Pourtant le public est conditionn&#233; &#224; ce qu'il existe des porte-paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est clair que le mouvement n'a pas explicitement d&#233;sign&#233; de porte-parole, il a tout de m&#234;me pouss&#233; plusieurs femmes qui ont attir&#233; l'attention du public pour diff&#233;rentes raisons. Normalement ces femmes ne repr&#233;sentent ni un groupe d&#233;termin&#233; ni l'&#233;tat d'une opinion ; elles le savent et le disent en g&#233;n&#233;ral, mais &#233;tant donn&#233; qu'il n'existe pas de porte-parole du mouvement, elles se retrouvent, ind&#233;pendamment de leur volont&#233; et ind&#233;pendamment de leur acceptation ou non par le mouvement, &#224; assumer le r&#244;le de porte-paroles. Ceci est l'une des causes principales du ressentiment qu'on &#233;prouve tr&#232;s fr&#233;quemment envers ces femmes, que l'on d&#233;signe comme &#8220;les stars&#8221;. Etant donn&#233; que les femmes du mouvement ne les ont pas d&#233;sign&#233;es pour exposer leur point de vue, celles-ci se sentent offens&#233;es quand la presse pr&#233;sume qu'elles le font. Dans la mesure o&#249; le mouvement ne d&#233;signe pas ses propres porte-paroles, ces femmes se voient entra&#238;n&#233;es par la presse et le public &#224; assumer ce r&#244;le, ind&#233;pendamment de leur propre d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences n&#233;gatives de ce qui pr&#233;c&#232;de sont vari&#233;es, aussi bien pour le mouvement que pour les femmes appel&#233;es &#8220;stars&#8221;. Premi&#232;rement, parce que le mouvement, en ne les ayant pas d&#233;sign&#233;es comme porte-paroles, n'est pas apte &#224; r&#233;voquer leur mandat ; la presse qui les a install&#233;es dans ce r&#244;le est la seule qui peut choisir de leur pr&#234;ter attention ou pas. Celle-ci continuera &#224; chercher des &#8220;stars&#8221; pour qu'elles jouent le r&#244;le de porte-paroles, dans la mesure o&#249; il n'existe pas d'alternatives officielles auxquelles recourir quand on est &#224; la recherche de d&#233;clarations repr&#233;sentatives du mouvement. Ainsi, le mouvement manquera de contr&#244;le sur ses porte-paroles, en continuant &#224; croire qu'il ne doit pas en avoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, les femmes qui se retrouvent dans cette situation sont fr&#233;quemment l'objet de critiques virulentes de la part de leurs soeurs, attitude positive dans l'absolu pour le mouvement mais aussi douloureusement destructrice pour les femmes affect&#233;es. Ces critiques conduisent uniquement &#224; ce que ces femmes abandonnent le mouvement - souvent profond&#233;ment offens&#233;es - ou &#224; ce qu'elles cessent de se sentir responsables face &#224; leurs &#8220;soeurs&#8221; ; peut-&#234;tre maintiennent-elles une forme de loyaut&#233; diffuse envers le mouvement, mais elles cessent d'&#234;tre affect&#233;es par les pressions des autres femmes du mouvement. On ne peut se sentir responsable envers des gens qui sont la cause d'une telle souffrance sans avoir quelque chose de masochiste, et en g&#233;n&#233;ral, ces femmes sont trop fortes pour se soumettre &#224; ces pressions personnelles. Ainsi, la r&#233;action au syst&#232;me des &#8220;stars&#8221; encourage de fait le m&#234;me type d'irresponsabilit&#233; individualiste que le mouvement condamne. Le mouvement, en punissant une femme pour son comportement de &#8220;star&#8221;, perd chacune des formes de contr&#244;le qu'elle aurait pu exercer sur elle, qui se sent alors libre de commettre tous les p&#233;ch&#233;s individualistes dont on l'a accus&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'impuissance politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes sans structure peuvent &#234;tre tr&#232;s efficaces pour aider les femmes &#224; parler de leurs propres vies, mais ne sont pas aussi efficaces dans la poursuite d'une activit&#233; politique, ils se fatiguent quand les gens qui les composent &#8220;ne font rien d'autre que parler&#8221;. Etant aussi d&#233;pourvu de structure que les groupes de conscientisation qui le composent, le Mouvement n'est pas plus efficace face &#224; des t&#226;ches concr&#232;tes que les m&#234;mes groupes isol&#233;s. La structure informelle qui le caract&#233;rise permet rarement une coh&#233;sion suffisante, et est trop profond&#233;ment enracin&#233;e dans ses membres, pour lui permettre d'atteindre une v&#233;ritable incidence sociale. Ainsi, le mouvement g&#233;n&#232;re beaucoup d'activit&#233;, et peu de r&#233;sultats. Malheureusement, les cons&#233;quences de ce probl&#232;me ne sont pas aussi anodines que ces r&#233;sultats, le mouvement devenant sa propre victime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains groupes, quand ils ne sont pas tr&#232;s grands, et quand ils travaillent &#224; petite &#233;chelle, centrent leur activit&#233; sur des projets locaux. Cependant cette option restreint l'activit&#233; du mouvement &#224; un niveau local, et le coupe d'une incidence r&#233;gionale ou nationale. Ainsi ces groupes, qui ont l'objectif d'avoir un fonctionnement efficace, en restent finalement au stade du groupe informel d'amies, ce qui exclut beaucoup d'autres femmes : dans la mesure o&#249; la seule fa&#231;on accessible de participer au mouvement passe par les petits groupes, les femmes qui n'ont pas l'esprit gr&#233;gaire se trouvent notablement d&#233;savantag&#233;es. Et dans la mesure o&#249; la principale fa&#231;on de mener une activit&#233; organis&#233;e se limite aux groupes d'amies, l'&#233;litisme reste finalement institutionnalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les groupes qui ne trouvent pas de projet local auquel se d&#233;dier, la seule raison d'exister se r&#233;duit &#224; rester unies. Quand un groupe n'a pas d'activit&#233;s concr&#232;tes (et la conscientisation en est bien une), les femmes qui l'int&#232;grent d&#233;pensent leur &#233;nergie dans le contr&#244;le du reste du groupe, ce qui n'est pas tant la cons&#233;quence d'un d&#233;sir pernicieux de contr&#244;ler les autres (bien que ce le soit parfois), mais le produit de l'incapacit&#233; &#224; mieux canaliser ses facult&#233;s. Les personnes qui disposent de temps et qui doivent justifier pourquoi elles se regroupent d&#233;dient leurs efforts au contr&#244;le de leur environnement, et passent leur temps &#224; critiquer des personnalit&#233;s des autres membres du groupe : les luttes internes et les jeux de pouvoir s'imposent. Mais quand un groupe m&#232;ne &#224; bien quelque forme d'activit&#233;, les gens apprennent &#224; s'entendre avec les autres et &#224; &#233;luder les antipathies personnelles en faveur d'un objectif plus grand. La n&#233;cessit&#233; de remodeler les personnes pour qu'elles atteignent l'image qu'on en a d'elles, trouve ses propres limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise des groupes de conscientisation laisse les gens sans but, et le manque de structure les laisse sans point de r&#233;f&#233;rence. Dans cette situation, les femmes du mouvement se replient sur elles-m&#234;mes et leurs soeurs, ou cherchent d'autres alternatives pour agir, bien qu'elles soient peu accessibles. Certaines femmes &#8220;s'occupent de leurs affaires&#8221;, ce qui peut d&#233;livrer une explosion de cr&#233;ativit&#233; individuelle, dont le mouvement b&#233;n&#233;ficiera en grande partie, bien que cette alternative ne marche pas pour la majorit&#233;, et ne soit &#233;videmment pas propice &#224; un esprit d'effort collectif. D'autres abandonnent le mouvement car elles ne veulent pas d&#233;velopper un projet individuel, et ne trouvent pas non plus la mani&#232;re d'int&#233;grer ou d'initier un projet collectif qui les int&#233;resse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'autres se dirigent vers des organisations politiques qui leur offrent le type de structure et d'activit&#233; ext&#233;rieure qu'elles n'ont pas trouv&#233; dans le Mouvement de Lib&#233;ration. Ces organisations politiques trouvent l&#224; une source de recrutement de nouvelles affili&#233;es, et n'ont pas besoin d'infiltrer le mouvement (bien que cette option ne reste pas exclue), puisque le d&#233;sir d'une activit&#233; politique coh&#233;rente g&#233;n&#233;r&#233;e chez les femmes par leur participation au mouvement suffit &#224; leur donner la volont&#233; d'entrer dans une autre organisation quand le mouvement n'offre pas de piste &#224; leur &#233;nergie et &#224; leurs projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes qui adh&#232;rent &#224; d'autres organisations politiques tout en restant dans le Mouvement de Lib&#233;ration des Femmes, ou celles qui int&#232;grent le mouvement alors qu'elles militent dans d'autres organisations politiques, deviennent &#224; leur tour de nouvelles structures informelles. Ces cercles d'amies se fondent davantage sur leur activit&#233; politique commune non f&#233;ministe mais elles se comportent de mani&#232;re tr&#232;s similaire &#224; celles qui sont &#233;voqu&#233;es plus haut. Partageant les m&#234;mes valeurs, id&#233;es et conceptions politiques, elles deviennent ainsi des &#233;lites informelles, sans structure claire ou formalis&#233;e, sans responsabilit&#233; devant le groupe, agissant de droit propre, que ce soit ou non son intention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les groupes du mouvement, les nouvelles &#233;lites informelles sont fr&#233;quemment consid&#233;r&#233;es comme une menace par les anciennes, et cette impression est tout-&#224;-fait fond&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces nouvelles &#233;lites, politiquement ligot&#233;es, se contentent rarement de n'&#234;tre que des confr&#233;ries comme de fait l'&#233;taient les anciennes, et veulent propager leurs id&#233;es politiques et f&#233;ministes, attitude par ailleurs absolument normale, bien que ses implications n'aient pas &#233;t&#233; pleinement analys&#233;es par le mouvement f&#233;ministe. Les anciennes &#233;lites sont rarement dispos&#233;es &#224; exposer ouvertement leurs diff&#233;rences, car cela reviendrait &#224; d&#233;voiler la structure informelle du groupe. Beaucoup de ces &#233;lites se sont cach&#233;es derri&#232;re le drapeau de &#8220;l'anti-&#233;litisme&#8221; et de l'absence de structure. Dans l'optique de contrer efficacement la comp&#233;tence d'une nouvelle structure informelle, il leur faudrait proposer publiquement des alternatives qui pourraient &#234;tre porteuses de cons&#233;quences risqu&#233;es. Des seules mani&#232;res pour elles de maintenir leur pouvoir, la plus facile est de rationaliser l'exclusion de l'autre structure informelle en les accusant de &#8220;rouges&#8221;, de r&#233;formistes, de &#8220;lesbiennes&#8221; ; l'autre est de structurer le groupe de mani&#232;re &#224; ce que la structure de pouvoir initiale puisse rester institutionnalis&#233;e. Mais cela n'est pas toujours possible. Ca l'est si les anciennes &#233;lites informelles ont une coh&#233;sion suffisante, et si elles ont d&#233;j&#224; dans une large mesure accapar&#233; le pouvoir. Si la coh&#233;sion de la structure informelle a montr&#233; qu'elle fonctionnait, on ne la modifie pas en substance, bien qu'alors l'institutionnalisation de la structure de pouvoir soit propice &#224; sa remise en cause. Par contre, les groupes qui ont le plus besoin d'une structure sont souvent les plus incapables de la cr&#233;er. Leurs structures informelles ne sont pas adapt&#233;es, mais leur adh&#233;sion &#224; l'id&#233;ologie de &#8220;l'absence de structure&#8221; les rend r&#233;fractaires &#224; tout changement de technique. Moins un groupe est structur&#233;, plus il se cramponne &#224; l'id&#233;ologie de &#8220;l'absence de structure&#8221;, et plus il peut &#234;tre facilement r&#233;cup&#233;r&#233; par un groupe de camarades politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; que le mouvement dans son ensemble est aussi peu structur&#233; que la majorit&#233; des groupes qui le composent, il est susceptible autant qu'eux d'&#234;tre directement influenc&#233;, bien qu'alors le ph&#233;nom&#232;ne se manifeste de fa&#231;on diff&#233;rente. Il arrive fr&#233;quemment que ce soient les organisations f&#233;ministes structur&#233;es qui fournissent les directives de dimension nationale aux activit&#233;s f&#233;ministes, directives qui sont d&#233;termin&#233;es par les priorit&#233;s qui r&#233;gissent ces organisations. Ainsi, les groupes comme NOE et VEAL, et quelques collectifs de femmes de gauche, sont les seules organisations capables de mettre sur pied une campagne nationale. Les innombrables groupes non structur&#233;s du Mouvement de Lib&#233;ration peuvent choisir de soutenir ou non ces campagnes nationales, mais ne sont pas aptes &#224; mettre sur pied les leurs, continuant ainsi &#224; laisser leurs membres grossir les troupes des organisations structur&#233;es ; les groupes qui se disent &#8220;non structur&#233;s&#8221;, n'ont aucun moyen de b&#233;n&#233;ficier des vastes ressources du mouvement pour d&#233;fendre leurs priorit&#233;s, et ne peuvent m&#234;me pas compter sur une m&#233;thode pour d&#233;cider de ces priorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Moins un mouvement est structur&#233;, moins il a de contr&#244;le sur son processus d'expansion et sur les actions politiques dans lesquelles il s'engage, ce qui ne veut pas dire que ses id&#233;es ne se diffusent pas. S'il existe un certain int&#233;r&#234;t de la part des m&#233;dia, et si les conditions sont r&#233;unies, les id&#233;es du mouvement pourraient avoir une plus vaste diffusion. Cela n'implique pas forc&#233;ment qu'elles soient mises en pratique, mais qu'au moins elles soient objets de discussion. Dans la mesure o&#249; l'id&#233;al f&#233;ministe peut &#234;tre port&#233; par la pratique, on peut bien s&#251;r agir, mais si sa r&#233;alisation exige une force politique coordonn&#233;e, nous devrons nous organiser diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation en structures informelles a ses limites : elle est politiquement inefficace, ainsi qu'excluante et discriminatoire pour les femmes qui ne sont pas ou ne peuvent pas se lier &#224; des cercles d'amies. Celles qui ne peuvent s'int&#233;grer aux organisations existantes &#224; cause de leur classe, de leur race, de leur m&#233;tier, de leur &#233;ducation, de leur &#233;tat civil, de leur maternit&#233;, de leur personnalit&#233;, etc., se sentent in&#233;vitablement d&#233;courag&#233;es de s'investir ; celles qui au contraire s'int&#232;grent d&#233;veloppent un int&#233;r&#234;t cach&#233; pour le maintien des choses telles qu'elles sont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les int&#233;r&#234;ts cach&#233;s des groupes informels transpara&#238;tront un jour &#224; travers les structures informelles existantes, et le mouvement n'aura aucun moyen de d&#233;terminer les personnes qui doivent exercer le pouvoir en son sein. Si le mouvement continue &#224; &#233;luder d&#233;lib&#233;r&#233;ment la responsabilit&#233; de d&#233;signer les personnes qui exercent le pouvoir, il continuera &#224; &#234;tre d&#233;pourvu de moyens pour l'abolir ; de fait son attitude se r&#233;duit &#224; abdiquer le droit d'exiger que ces personnes qui de fait l'exercent en soient responsables. Ainsi, si le mouvement s'engage &#224; diluer le pouvoir au maximum parce qu'il sait qu'il ne peut exiger aucune responsabilit&#233; des personnes qui l'exercent, il emp&#234;chera qu'un groupe ou qu'une personne le domine totalement, mais il garantira en m&#234;me temps son inefficacit&#233; politique maximale. Il faut trouver une solution interm&#233;diaire entre les structures de domination et l'inefficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces probl&#232;mes sont en train de se figer, dans un Mouvement qui change de nature. La conscientisation comme fonction principale du Mouvement de Lib&#233;ration des Femmes commence &#224; &#234;tre absolue. La lib&#233;ration des femmes est devenue un th&#232;me quotidien gr&#226;ce &#224; l'intense propagande des m&#233;dias ces deux derni&#232;res ann&#233;es et aussi aux nombreux livres et articles qui circulent actuellement. Ces th&#232;mes sont discut&#233;s, et des groupes de discussion naissent sans que leurs membres n'aient aucune connexion explicite avec le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement doit &#233;tablir ses priorit&#233;s, structurer ses objectifs, et continuer ses campagnes de mani&#232;re coordonn&#233;e, et pour ce faire, il doit s'organiser &#224; &#233;chelle locale, r&#233;gionale et nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Principes pour une structuration d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois que le mouvement aura cess&#233; de s'accrocher &#224; l'id&#233;ologie de &#8220;l'absence de structure&#8221;, il aura la possibilit&#233; de d&#233;velopper les formes d'organisation qui seront davantage en accord avec son fonctionnement. Ce qui ne veut pas dire que nous devions rejoindre l'extr&#234;me inverse, et imiter aveugl&#233;ment les formes traditionnelles d'organisation, mais nous ne devons pas non plus toutes les rejeter avec le m&#234;me aveuglement, certaines des techniques traditionnelles seront utiles bien qu'imparfaites, d'autres nous donneront une id&#233;e de ce que nous devons ou ne devons pas faire pour atteindre des objectifs d&#233;termin&#233;s avec un co&#251;t minimum pour les personnes qui composent le mouvement. Par-dessus tout, nous devrons essayer diff&#233;rentes formes de structuration et d&#233;velopper diff&#233;rentes techniques &#224; utiliser dans diff&#233;rentes situations. Le syst&#232;me de tirage au sort est l'une des id&#233;es qui sont n&#233;es dans le mouvement ; il n'est pas applicable &#224; toutes les situations, bien qu'il soit utile dans quelques-unes. Il faudrait plus d'id&#233;es pour d&#233;velopper une structure, mais avant de commencer toute exp&#233;rimentation intelligente, nous devons accepter l'id&#233;e qu'il n'y a rien de pernicieux qui soit inh&#233;rent &#224; la structure elle-m&#234;me, il n'y a de pernicieux que sa pr&#233;sence excessive. Pendant que nous d&#233;butons ce processus d'essai-erreur, nous pouvons garder en t&#234;te certains principes qui sont fondamentaux pour toute structuration qui aspire &#224; &#234;tre &#224; la fois d&#233;mocratique et politiquement efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces principes sont :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La d&#233;l&#233;gation, par des m&#233;thodes d&#233;mocratiques, de formes sp&#233;cifiques d'autorit&#233;, &#224; des personnes concr&#232;tes et pour des t&#226;ches d&#233;limit&#233;es. Permettre que certaines personnes assument des travaux ou des t&#226;ches par d&#233;faut ne veut pas dire que celles-ci ne seront pas r&#233;alis&#233;es s&#233;rieusement. Si une personne est s&#233;lectionn&#233;e pour accomplir une t&#226;che, de pr&#233;f&#233;rence apr&#232;s qu'elle ait exprim&#233; son int&#233;r&#234;t et sa volont&#233; de la mener &#224; bien, elle prend un engagement qui ne peut &#234;tre facilement ignor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Exiger des personnes &#224; qui une autorit&#233; a &#233;t&#233; d&#233;l&#233;gu&#233;e qu'elles soient responsables devant celles qui l'ont &#233;lue. De cette mani&#232;re le groupe garde un contr&#244;le sur les personnes qui se trouvent en position d'autorit&#233;. Des individus isol&#233;s exercent un pouvoir mais c'est le groupe qui a le dernier mot sur la fa&#231;on sont ils doivent l'exercer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La distribution de l'autorit&#233; au plus grand nombre de personnes raisonnablement possible, ce qui emp&#234;che que ne se cr&#233;e un monopole du pouvoir, et exige des personnes qui se trouvent &#224; des postes d'autorit&#233; qu'elles en consultent beaucoup d'autres dans leur exercice de cette autorit&#233;. Cela permet &#233;galement &#224; beaucoup de gens d'acqu&#233;rir une responsabilit&#233; sur des t&#226;ches sp&#233;cifiques, et ainsi, de se d&#233;velopper en diff&#233;rentes facettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Rotation des postes entre diff&#233;rentes personnes. D&#233;signer une personne &#224; un poste parce qu'elle suscite la sympathie quand elle s'y trouve, ou g&#234;ner son travail parce qu'elle n'en suscite pas, ne profite &#224; long terme ni au groupe ni &#224; la personne en question. La capacit&#233;, l'int&#233;r&#234;t et la responsabilit&#233; doivent &#234;tre les crit&#232;res qui comptent dans une telle s&#233;lection. En ce sens, il faut favoriser des opportunit&#233;s pour que les gens acqui&#232;rent de nouvelles capacit&#233;s, mais la meilleure fa&#231;on d'y arriver passe par un &#8220;programme d'apprentissage&#8221;, et non par la m&#233;thode qui consiste &#224; &#8220;se jeter &#224; l'eau pour apprendre &#224; nager&#8221;. Assumer une responsabilit&#233; que l'on ne ma&#238;trise pas est d&#233;moralisant, et &#224; l'inverse, se trouver dans une liste noire pour agir correctement n'est pas tr&#232;s encourageant pour d&#233;velopper ses facult&#233;s. Tout au long de l'Histoire, on a emp&#234;ch&#233; les femmes d'agir de mani&#233;re comp&#233;tente, et il n'est pas n&#233;cessaire que le mouvement reproduise le m&#234;me processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Diffusion de l'information &#224; tout le monde, le plus fr&#233;quemment possible. L'information est pouvoir. L'acc&#232;s &#224; l'information augmente le pouvoir individuel. (...) Plus on en sait sur le fonctionnement de quelque chose et plus on a d'information sur ce qui se passe, plus l'efficacit&#233; politique des membres du groupe est grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Acc&#232;s &#233;galitaire &#224; toutes les ressources dont le groupe a besoin, ce qui n'est pas toujours faisable. Bien qu'une membre qui entretient un monopole sur une ressource n&#233;cessaire (un labo-photo, une photocopieuse &#224; laquelle elle a acc&#232;s par le biais de son mari...) doive se proposer, elle peut conditionner l'acc&#232;s &#224; cette ressource de mani&#232;re excessive. Les connaissances des diff&#233;rentes membres peuvent &#234;tre &#233;quitablement accessibles si ces derni&#232;res sont dispos&#233;es &#224; les apprendre aux autres, &#224; &#233;changer du mat&#233;riel, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces principes sont appliqu&#233;s, il est garanti que, quelles que soient les structures d&#233;velopp&#233;es par les diff&#233;rents groupes du mouvement, celles-ci restent contr&#244;l&#233;es et r&#233;pondent face au groupe. L'ensemble des personnes qui se trouvent &#224; des postes d'autorit&#233; sera vaste, flexible, ouvert et temporaire. Elles ne pourront pas institutionnaliser leur pouvoir parce que les d&#233;cisions seront prises par l'ensemble du groupe en derni&#232;re instance. Celui-ci aura la possibilit&#233; de d&#233;cider des personnes qui exercent l'autorit&#233; en son sein.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Analyse d'une AG (associative)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?150-analyse-d-une-ag-associative</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?150-analyse-d-une-ag-associative</guid>
		<dc:date>2009-06-10T15:09:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Organisation politique</dc:subject>
		<dc:subject>Technoscience</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Internet</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>Lieux Communs</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;lectoralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Apathie</dc:subject>
		<dc:subject>Assembl&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Compte-rendu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;ANALYSE FORMELLE 1 - Le quorum (25% des adh&#233;rents) a &#233;t&#233; atteint : c'est la premi&#232;re fois depuis l'AG &#171; r&#233;volutionnaire &#187; du 7 d&#233;cembre 2002, o&#249; 131 voix s'&#233;taient exprim&#233;es (contre 93 cette fois-ci au plus fort de l'apr&#232;s-midi). Depuis trois ans les AG &#233;taient d&#233;sert&#233;es et les d&#233;cisions se prenaient en AG extraordinaires, convoqu&#233;es peu de temps apr&#232;s (ce qui rendait pertinente l'id&#233;e de revoir la r&#232;gle du quorum tout en posant la question importante de la repr&#233;sentation des &#233;lus). Regain (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-29-organisation-politique-+" rel="tag"&gt;Organisation politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-34-technoscience-+" rel="tag"&gt;Technoscience&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-44-internet-+" rel="tag"&gt;Internet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-98-lieux-communs-+" rel="tag"&gt;Lieux Communs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-115-electoralisme-+" rel="tag"&gt;&#201;lectoralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-119-apathie-+" rel="tag"&gt;Apathie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-120-assemblee-+" rel="tag"&gt;Assembl&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-129-compte-rendu-+" rel="tag"&gt;Compte-rendu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANALYSE FORMELLE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - Le quorum (25% des adh&#233;rents) a &#233;t&#233; atteint : c'est la premi&#232;re fois depuis l'AG &#171; r&#233;volutionnaire &#187; du 7 d&#233;cembre 2002, o&#249; 131 voix s'&#233;taient exprim&#233;es (contre 93 cette fois-ci au plus fort de l'apr&#232;s-midi). Depuis trois ans les AG &#233;taient d&#233;sert&#233;es et les d&#233;cisions se prenaient en AG extraordinaires, convoqu&#233;es peu de temps apr&#232;s (ce qui rendait pertinente l'id&#233;e de revoir la r&#232;gle du quorum tout en posant la question importante de la repr&#233;sentation des &#233;lus). Regain d'int&#233;r&#234;t, volont&#233; de changement ou effet printanier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 - L'&#233;lection du CA s'est fait a minima : la liste unique de candidats s'est constitu&#233;e sur place in extremis (contrairement aux exigences des statuts qui imposent 15 jours d'anticipation), elle comporte les 5 personnes minimum requises, sans projets explicit&#233;s. Cette situation est le fait d'un manque &#233;vident d'int&#233;r&#234;t de des adh&#233;rents pour la gestion de leur propre association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 - Deux d&#233;cisions significatives ont &#233;t&#233; prises : la baisse du prix de l'adh&#233;sion, et la modification du logiciel LEST (vote improvis&#233; contrairement aux statuts). Les rapports moral, financier, mon&#233;taire (en piafs) ainsi que la liste du nouveau CA ont &#233;t&#233; approuv&#233;s, le principe du pr&#233;l&#232;vement automatique sur les comptes a &#233;t&#233; ent&#233;rin&#233; et le projet de f&#234;te a &#233;t&#233; ajourn&#233; pour raison budg&#233;taire. Deux points ont &#233;t&#233; d'ordre informatif : concernant le JEU et l'id&#233;e d'un lieu statutaire de d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 - Globalement, l'assembl&#233;e a &#233;t&#233; conservatrice, parcimonieuse et r&#233;serv&#233;e. Elle a &#233;t&#233; massivement absent&#233;iste sur l'appr&#233;ciation du bilan en piaf, le principe de la f&#234;te, et le logiciel LEST, partag&#233;e quand &#224; la suppression des pr&#233;l&#232;vements, et tr&#232;s majoritaire sur l'appr&#233;ciation du bilan moral et financier, sur la baisse du prix de l'adh&#233;sion, le refus du budget propos&#233; pour la f&#234;te, et l'&#233;lection du CA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANALYSE DE CONTENU&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - L'assembl&#233;e a reformul&#233; de mani&#232;re contradictoire les questions pos&#233;es : le constat d'un manque d'investissement des adh&#233;rents dans l'association s'est conclu par l'&#233;vocation forte des conflits qui emp&#234;chent le travail collectif ; la question de l'argent en caisse inutilis&#233; a d&#233;bouch&#233; sur celle du service &#224; rendre &#224; SUD qui permet de faire des &#233;conomies ; et le probl&#232;me pos&#233; des pr&#233;l&#232;vements a entra&#238;n&#233; celui des formes de r&#233;mun&#233;rations autres que mon&#233;taires. Les demandes d'information et d'explication ont &#233;t&#233; syst&#233;matiques, et le manque patent de compr&#233;hension des probl&#232;mes pos&#233;s par la majorit&#233; des personnes pr&#233;sentes ont fait avorter les discussions portant sur le bilan des comptes en piafs, la mise en place du JEU et du syst&#232;me LEST.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 - Le sentiment qui pr&#233;domine semble l'incompr&#233;hension. Plusieurs interventions la pointaient aussi bien entre les diff&#233;rents orateurs qu'a propos des sujets d&#233;battus. La complexit&#233; du fonctionnement de notre association et l'interp&#233;n&#233;tration des probl&#232;mes qu'il soul&#232;ve semblent susciter une appr&#233;hension &#224; l'origine de l'absence de d&#233;bats de fonds, de confrontations entre diff&#233;rents points de vue, de l'abstention et enfin des difficult&#233;s rencontr&#233;es dans l'animation de la s&#233;ance. Le point culminant semble avoir &#233;t&#233; atteint lors des questions portant sur la suppression du pr&#233;l&#232;vement et la proposition d'un lieu statutaire de d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 - Certaines interventions ont une importance particuli&#232;re. Les prises de parole de certaines personnes impliqu&#233;es semble orienter les d&#233;cisions : Annie, en tant que &#171; b&#233;n&#233;vole r&#233;mun&#233;r&#233;e &#187; fait planer son d&#233;sinvestissement si les r&#233;mun&#233;rations mon&#233;taires cessent, et Fr&#233;d&#233;ric, en tant que &#171; repr&#233;sentant &#187; de SUD, centre le d&#233;bat sur l'autosuffisance financi&#232;re de l'association, et plus tard introduit le vote sur LEST tout en posant sa candidature au CA. Le poids de Jean-Marie semble &#233;norme, puisqu'en tant que pr&#233;sident de s&#233;ance et &#171; ancien &#187;, il fait respecter les distributions de paroles, introduit et clos les discussions, reformule et fait passer aux votes, et est reconduit pour un dernier mandat au CA. L'importance de ces personnes semble un recours pour une assembl&#233;e tr&#232;s d&#233;pendante de ses b&#233;n&#233;vole et tr&#232;s peu s&#251;re de ses rep&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 - Plusieurs questions de fond n'ont &#233;t&#233; que tr&#232;s bri&#232;vement &#233;voqu&#233;es : sur quoi portent les fr&#233;quents conflits qui divisent les &#171; groupes de travail &#187; ? Le SEL doit-il &#234;tre autosuffisant financi&#232;rement (Miguel) ? Pourquoi continuer &#224; accumuler des euros (Daniel) ? D'o&#249; vient pr&#233;cis&#233;ment l'exc&#232;s de piafs en circulation et en quoi doit-on / peut-on y rem&#233;dier (Denyse) ? Faut-il r&#233;mun&#233;rer les b&#233;n&#233;voles autrement qu'en monnaie locale (Christiane) ? Pourquoi parle-t-on autant d'argent ? L'association doit-elle fonctionner comme une entreprise (Anne) ? Faut-il accompagner le tout-informatique (Denyse) ? etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANALYSE DE LA DYNAMIQUE DU GROUPE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - La rencontre s'est d&#233;roul&#233;e sur un mode affectif. Le d&#233;sir de se rassembler tous ensemble est un fait rare dans l'association et a minimis&#233; les divergences qui ont pu affleurer. L'agitation et le chahut semblent m&#234;me avoir &#233;t&#233; l'expression de l'un comme des autres. Le pr&#233;sident de s&#233;ance, &#224; la personnalit&#233; tr&#232;s f&#233;d&#233;ratrice, semble s'&#234;tre vu seul investi des espoirs de chacun que l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale se d&#233;roule sans heurts ; aucune intervention n'est venue souligner les distances prises avec les statuts et le pot de fin annon&#231;ait une fin heureuse. La s&#233;ance a permis &#224; l'association, &#233;clat&#233;e de par sa vocation, de se constituer comme un tout, et &#224; quelques-uns de venir chercher sa reconnaissance ou de r&#233;affirmer leur place en son sein : b&#233;n&#233;voles, hommes-clefs, animateurs, sp&#233;cialistes divers, contestataires, intellectuels, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 - Les discussions ont beaucoup tourn&#233; autour de &#171; la peur du manque &#187;, selon l'expression d'une participante : manque de b&#233;n&#233;voles, manque de travail collectif, manque de f&#234;te, manque d'argent... Men&#233;es sur ce mode, les discussions ont r&#233;v&#233;l&#233; de fortes contradictions voire de franches incoh&#233;rences. Celles-ci, non dites, r&#233;v&#232;lent et renforcent le sentiment g&#233;n&#233;ral de complexit&#233; et d'ext&#233;riorit&#233; face aux questions qui se posent dans l'association, ainsi que la certitude qu'un petit groupe d'impliqu&#233;s en poss&#232;dent les tenants et les aboutissants. Cette situation fortement infantilisante &#233;veille &#233;videmment des sentiments d'abandon d'un cot&#233; et une angoisse face &#224; des exigences informul&#233;es de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 - La s&#233;ance paraissait &#234;tre un mauvais moment &#224; passer : la salle &#233;tait dispos&#233;e de telle sorte que l'assembl&#233;e &#233;tait enferm&#233;e par la tribune qui lui barrait l'acc&#232;s &#224; la sortie, et comme aucune pause n'est venue all&#233;ger un ordre du jour charg&#233;, un nombre croissant de personne s'est progressivement retrouv&#233; derri&#232;re les animateurs. L'&#233;lection d'un CA providentiel est apparue comme une d&#233;livrance, puisque synonyme de fin des discussions en pleini&#232;re, et &#233;vitement d'une crise d&#233;clar&#233;e et profonde. Il r&#233;v&#232;le le r&#244;le donn&#233; ici &#224; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale : non un lieu d'exercice de la souverainet&#233; des adh&#233;rents, mais un passage de pouvoir entre leurs anciens et leurs nouveaux repr&#233;sentants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 - L'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale est coh&#233;rente avec la vie du SEL. Le fonctionnement de notre association n'est pas l'objet d'un int&#233;r&#234;t collectif, et les risques &#233;lev&#233;s de d&#233;fections de ceux qui s'y consacrent les font b&#233;n&#233;ficier d'une influence certaine. Les probl&#232;mes qui s'y rapportent sont soit fuis dans la convivialit&#233; festive, soit cantonn&#233;s aux probl&#232;mes personnels, soit r&#233;duits &#224; des aspects techniques. Il est amusant de voir que, renforc&#233;e par l'&#233;chec de l'organisation de la f&#234;te, l'angoisse suscit&#233;e par les &#233;changes vains &#224; propos de l'absence (de lieux) de d&#233;bats dans notre association ait &#233;t&#233; imm&#233;diatement combl&#233;e par le vote improvis&#233; du logiciel LEST qui a suivi. Comme si la surench&#232;re technologique allait mettre un terme aux probl&#232;mes typiquement humains de compr&#233;hension mutuelle et de partage du pouvoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Tentative d'analyse interne d'un SEL</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?136-tentative-d-analyse-interne-d-un</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?136-tentative-d-analyse-interne-d-un</guid>
		<dc:date>2009-05-10T20:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Organisation politique</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cup&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>Technoscience</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Lib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>Lieux Communs</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;SELanalyse : une tentative d'analyse interne d'un Syst&#232;me d'Echange Local La plupart des nombreux &#233;crits consacr&#233;s aux SELs suivent une approche globale qui apporte les indispensables &#233;clairages de la sociologie classique et les critiques n&#233;cessaires des politiques &#233;conomiques (Lipietz 1995, Duboin 1997, p.ex.). Pourtant les mouvements alternatifs, et les SELs en premier, dans leur morcellement et t&#226;tonnements, veulent se construire sur les pratiques singuli&#232;res de chacun : ils exigent de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-29-organisation-politique-+" rel="tag"&gt;Organisation politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-32-recuperation-+" rel="tag"&gt;R&#233;cup&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-34-technoscience-+" rel="tag"&gt;Technoscience&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-98-lieux-communs-+" rel="tag"&gt;Lieux Communs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-108-sociologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-134-economie-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SELanalyse : une tentative d'analyse interne d'un Syst&#232;me d'Echange Local&lt;/h2&gt;&lt;figure class='spip_document_120 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:64px;&#034; data-w=&#034;64&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/doc_SELanalyse.doc' arial-label=&#034;&#034; type=&#034;application/msword&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:100%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=plugins-dist/medias/prive/vignettes/doc.svg&amp;taille=64&amp;1772792240' alt='' data-src='plugins-dist/medias/prive/vignettes/doc.svg' data-l='64' data-h='64' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;64&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=plugins-dist\/medias\/prive\/vignettes\/doc.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1772792240&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=plugins-dist\/medias\/prive\/vignettes\/doc.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1772792240&#034;}}' class='image_responsive' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;La plupart des nombreux &#233;crits consacr&#233;s aux SELs suivent une approche globale qui apporte les indispensables &#233;clairages de la sociologie classique et les critiques n&#233;cessaires des politiques &#233;conomiques (Lipietz 1995, Duboin 1997, p.ex.). Pourtant les mouvements alternatifs, et les SELs en premier, dans leur morcellement et t&#226;tonnements, veulent se construire sur les pratiques singuli&#232;res de chacun : ils exigent de ce fait des travaux capables d'offrir l'outillage th&#233;orique et pratique n&#233;cessaire pour faire face aux probl&#232;mes abyssaux qui se posent in&#233;vitablement dans leurs collectifs. Ceux-ci semblent trop souvent d&#233;sarm&#233;s face a la reproduction collective des m&#233;canismes contre lesquels ils sont cens&#233;s lutter. L'enjeu est de taille et appelle &#224; l'&#233;laboration de groupes capables d'auto-analyses lucides et syst&#233;matiques, aujourd'hui aussi rares que pr&#233;cieuses. Tous deux adh&#233;rents au SEL (X) depuis plusieurs an-n&#233;es, dont un membre r&#233;&#233;lu du CA et tr&#233;sorier, nous faisons ici bri&#232;vement le point sur une exp&#233;rience, en cours, d'analyse interne. Nous pr&#233;sentons les hypoth&#232;ses auxquelles nous aboutissons, mais &#233;galement le dispositif collectif, le &#171; p&#244;le SELanalyse &#187;, qui nous ont permis de les &#233;laborer, en esp&#233;rant que l'aspect un peu dense du pr&#233;sent texte ne d&#233;couragera ni la lecture ni les r&#233;actions souhait&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des n&#233;cessaires contradictions au capitalisme bureaucratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les SELs en se voulant une &#171; construction d&#233;mocratique de l'&#233;conomie &#187; travaillent l'opposition pluris&#233;culaire entre &#233;conomie et politique qu'impose le capitalisme. En s'attaquant &#224; la contradiction fondamentale de ce der-nier, l'impossibilit&#233; de soumettre l'&#234;tre humain &#224; la (pseudo) rationalit&#233; &#233;conomique, ils sont amen&#233;s &#224; s'affronter &#224; d'autres antagonismes qui les traversent tr&#232;s concr&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le catalogue, par exemple, peut r&#233;f&#233;rencer les offres et demandes des adh&#233;rents sous deux formes : par th&#232;mes (bricolage, informatique, ect...) ou par num&#233;ro d'adh&#233;rent. La premi&#232;re rel&#232;ve plus d'une organisation &#233;galitaire et concurrentielle et la seconde d'un r&#233;seau d'affinit&#233;s. Cette opposition entre formel et informel (Latouche 1996) semble &#233;galement se retrouver au SEL (X) dans les d&#233;bats qui l'agitent depuis sa cr&#233;ation en 1996, sur la n&#233;cessit&#233; de trouver un lieu d'activit&#233; fixe, indispensable pour une association d&#233;clar&#233;e et reconnue mais superflu pour une communaut&#233; d'&#233;change libre. Cette opposition intrins&#232;que recoupe par beaucoup celle entre don et march&#233; (Servet &amp; al. 1999, p.120), visible dans l'impossibilit&#233; d'appliquer les r&#232;gles de l'&#233;change et de la comptabilit&#233; (interdiction de l'Euro, honn&#234;tet&#233;, hospitalit&#233;, planchers et plafonds, ...), et les situations &#233;quivoques que provoquent le don et le troc. N'est-ce pas ce &#224; quoi veut rem&#233;dier &#171; l'Esprit du Sel &#187;, compl&#233;ment moral et tacite des tr&#232;s explicites statuts et charte. Le clin d'&#339;il &#224; &#171; l'esprit du don &#187; d&#233;crit comme r&#233;gulant la vie sociale des soci&#233;t&#233;s archa&#239;ques, est tout-&#224;-fait symptomatique de cette volont&#233; d'articuler le moderne et le non-moderne. On retrouve cette contradiction dans la critique sociale anticapitaliste, qui peut se d&#233;finir comme la lutte contre les in&#233;galit&#233;s (au nom de l'&#233;galit&#233;, de la transparence) et contre l'atomisation sociale (au nom de la communaut&#233; et de la solidarit&#233;) (Boltanski &amp; Chiapello 1999). Les SELs participent &#224; son renouveau depuis le d&#233;but des ann&#233;es 90, qui affichent autant l'exigence de convivialit&#233; que celle de confrontations constantes d'assembl&#233;es d&#233;mocratiques. Toutes ces contradictions sont constitutives de l'identit&#233; m&#234;me des SELs et repr&#233;sentent d'immenses chantiers (Plassard 1997) qui imposent de rigoureux travaux de recherche profane. Les risques sont grands de sacrifier &#224; l'un des termes, quel qu'il soit, sans trouver d'articulations r&#233;ellement novatrices : le SEL des &#171; patates douces &#187; d'Ivry devenu v&#233;ritable communaut&#233; affinitaire s'est dissout en tant qu'association, supprimant comptes et monnaie. On peut se r&#233;jouir de cette &#171; cr&#233;ation de lien &#187;, tout en reconnaissant le danger d'un repli n&#233;o-clanique qui &#233;lude la question du fonctionnement d&#233;mocratique du collectif. De mani&#232;re sym&#233;trique l'accent mis presqu'exclusivement sur le versant &#233;conomique dans l'approche de &#171; l'&#233;conomie solidaire &#187; au d&#233;triment de l'aspect politique (Caill&#233; 2003), masqu&#233; par l'invocation du r&#244;le &#171; social &#187; des SELs (Gilet 2004), est d&#233;j&#224; une concession faite &#224; l'imaginaire capitaliste. C'est cette r&#233;surgence de l'id&#233;ologie n&#233;o-classique &#224; travers la reproduction des m&#233;canismes du capitalisme bureaucratique que nous croyons d&#233;celer au sein de notre association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;&#233;e sur l'initiative d'une vingtaine de personnes (dont les trois-quarts l'ont quitt&#233; depuis) &#224; l'issue d'une conf&#233;rence, le SEL (X) devint peu &#224; peu une autocratie quasi r&#233;galienne qui rendit les deux comptabilit&#233;s (euro et unit&#233; locale) tr&#232;s opaques tout en anesth&#233;siant les centres de d&#233;cisions (Assembl&#233;es G&#233;n&#233;rales et Comit&#233; d'Animation). &#171; On &#187; d&#233;cida alors d'octroyer un &#171; cadeau de bienvenue &#187; de 500 unit&#233;s locales aux nouveaux adh&#233;rents, afin de contrecarrer leur &#171; peur du d&#233;couvert &#187;, et de r&#233;tribuer les volontaires pour leur participation aux t&#226;ches mat&#233;rielles (tenue et diffusion des catalogues et bulletins internes, permanences, ect..). Cette p&#233;riode, qualifi&#233;e aujourd'hui d'&#171; ancien r&#233;gime &#187;, marqu&#233;e par les manipulations et les suspicions de d&#233;tournements, prit fin par une mini-r&#233;volution en AG (d&#233;cembre 2002) sous contr&#244;le judiciaire. Le CA qui en fut issu r&#233;gularisa comptes et r&#244;les, et se conforma aux statuts standards de l'association (tout en laissant en suspens la question des conditions de l'av&#232;nement d'une telle situation et celle du payement de l'huissier). Le nouveau CA eut alors &#224; g&#233;rer un exc&#233;dent de 600.000 unit&#233;s locales cr&#233;&#233;es ex nihilo, et un d&#233;sint&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral . Le premier fut lu comme une menace d'inflation (le &#171; puits sans fond &#187;), la seconde comprise comme un manque d'attractivit&#233; mon&#233;taire. La r&#233;tribution des volontaires fut donc maintenue et &#233;tendue aux membres du CA, mais cette fois financ&#233;e par un pr&#233;l&#232;vement trimestriel sur les comptes de tous les adh&#233;rents . Ces d&#233;cisions cens&#233;es &#171; dynamiser les &#233;changes &#187;, depuis reconduites par des AG convenues sont lourdes de cons&#233;quences : le pr&#233;l&#232;vement syst&#233;matique entretient la tendance individuelle au cr&#233;dit tandis que la r&#233;mun&#233;ration cr&#233;e des in&#233;galit&#233;s de comptes faramineuses (comptes de plus de 10.000 unit&#233;s locales) le tout entretenant la d&#233;sertion des lieux de d&#233;cisions (CA r&#233;guli&#232;rement &#233;lu en AG extraordinaire donc sans minimum requis, d&#233;missions et absent&#233;isme massifs des &#233;lus). Ces ph&#233;nom&#232;nes, leur lecture et les r&#233;ponses qui leur furent faites, rel&#232;vent de l'imaginaire capitaliste bureaucratique. Et les contradictions originelles fortement politiques sont aujourd'hui devenues siennes : opposition structurelle entre un appareil plus ou moins d&#233;personnalis&#233; et une base d&#233;poss&#233;d&#233;e de facto de pouvoirs d&#233;cisionnels, antagonisme entre comportements individuels et injonctions culpabilisantes (r&#232;gles d'&#233;changes, appel &#224; la consommation/d&#233;pense, &#224; la participation...), accumulation, d'abord collective, puis individuelle par la g&#233;n&#233;ralisation d'un salariat horaire primitif banalis&#233; et &#233;largit aux &#171; d&#233;cideurs &#187;, f&#233;tichisation de la monnaie prise comme identit&#233; m&#234;me du SEL, ralliement &#224; la lecture mon&#233;tariste contemporaine d&#233;ni&#233; par l'imposition d'une &#171; novlangue &#187; (&#171; participation obligatoire &#187; et &#171; b&#233;n&#233;volat r&#233;mun&#233;r&#233; &#187;), et in fine (re)production de l'homo oeconomicus m&#251; uniquement par le calcul rationnel de ses int&#233;r&#234;ts financiers. Le cas du SEL (X) demande d'interroger les autres SELs de France, qui n'ignorent ni logique bancaire (limite au d&#233;bit plus qu'au cr&#233;dit), ni imp&#244;ts et salariat pratiqu&#233;s par la moiti&#233; d'entre eux, ni mesures &#233;conomiques incitatives (Henry &amp; al. 1999), donc ni, visiblement, la &#171; reproduction perverse des pratiques d&#233;nonc&#233;es &#187; (timidement not&#233;e par Laacher 2004, pp. 98-99).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces constatations alli&#233;es &#224; quelques sp&#233;cificit&#233;s encore esquiss&#233;es - r&#233;f&#233;rence au temps comme richesse (Plassard 2004), au r&#233;seau comme mode d'organisation (Castells 1998), capitalisation des relations sociales (Honsstchoote 2000), reproduction de ph&#233;nom&#232;nes d'exclusion (Neyer 1997), etc... - am&#232;nent &#224; une hypoth&#232;se hardie, mais d&#233;j&#224; soulev&#233;e - de fa&#231;on tr&#232;s ambigu&#235; - dans ces pages (Plassard 2004) : Les SELs, par l'abandon du travail politique de leurs vocations contradictoires, peuvent facilement se rapprocher du n&#233;o-managment (Le Goff 1999, Mendel 2001 pp.218-232) du nouvel esprit du capitalisme (Boltanski &amp; Chiapello 1999), voire un nouveau type de capitalisme (Corsani &amp; al. 2001), qui auraient tir&#233; les le&#231;ons des mouvements contestataires des ann&#233;es 60.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du p&#244;le SELanalyse &#224; l'analyse institutionnelle g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'origine de ces hypoth&#232;ses &#233;tait le malaise de l'association, et particuli&#232;rement la d&#233;saffection g&#233;n&#233;ralis&#233;e des adh&#233;rents, qui &#233;tait mise sur le compte du suivisme et de l'apathie contemporaine. Prenant au s&#233;rieux ces traits constitutifs de l'&#233;poque, en cherchant les m&#233;canismes locaux susceptibles de l'ent&#233;riner, nous d&#233;cidons de cr&#233;er le p&#244;le &#171; SELanalyse &#187;, afin d'&#171; &#233;tudier ce qui se passe dans un SEL : objectifs, moyens, r&#233;sultats, &#233;volutions, d&#233;rives, esprit et pratiques, bilans, &#8230; &#187; . Il s'agit d'une r&#233;union librement anim&#233;e et reconduite par les participants pr&#233;sents (elle sera mensuelle de fait). Elle produit un compte rendu (CR) &#224; forme libre, r&#233;dig&#233; par les volontaires et publi&#233; dans le bulletin interne mensuel (ainsi que sur le site de l'association depuis avril). La vie de ce dispositif peut se diviser grossi&#232;rement en trois phases.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; L'&#233;tat de gr&#226;ce, le premier, commen&#231;a et finit avec la premi&#232;re r&#233;union, qui vit venir 6 personnes - dont quatre faisaient partie du CA, dont le responsable du comit&#233; de r&#233;daction du bulletin interne - venus pour encourager autant que pour sonder. Le point abord&#233; (la question de l'huissier) vint spontan&#233;ment, et r&#233;v&#233;la les profondes divisions du SEL (X), et notamment la surimplication d'une douzaine de personnes sym&#233;trique &#224; la d&#233;saffection g&#233;n&#233;rale. Le CR fut partiellement autocensur&#233; sur la demande du responsable du bulletin.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; L'&#233;v&#233;nement annon&#231;a la seconde phase, agonistique, caract&#233;ris&#233;e par un conflit permanent entre le p&#244;le et l'association. Il est possible d'y distinguer &#171; l'effet Ben Barka &#187; (Lourau, Lapassade 1971) ; la disqualification par l'oubli, l'ignorance, l'indiff&#233;rence : les effectifs du p&#244;le furent r&#233;duits (une dizaine de personnes pass&#232;rent sur huit r&#233;unions), nos sollicitations furent quasi sans r&#233;ponses, les probl&#232;mes de publications frapp&#233;s de mutisme. Car c'est principalement autour de l'&#233;dition des CR que se concr&#233;tisa le conflit : malgr&#233; l'adoption d'un style t&#233;l&#233;graphique et humoristique plus elliptique, r&#233;sistances, oublis divers, coupures cibl&#233;es, erreurs de pagination, furent constants. C'est ici &#171; l'effet Muhlmann &#187; (Lourau 1973), selon lequel des forces nouvelles ne peuvent &#234;tre int&#233;gr&#233;es dans un collectif qu'en les rendant &#233;quivalentes aux formes d&#233;j&#224; en place : notre discours ne correspondait en effet en rien &#224; celui que le SEL (X) se tenait sur lui-m&#234;me (ce qui ne pr&#233;juge en rien de leurs valeurs respectives). Pas de r&#233;actions officielles, pas de d&#233;bats, tr&#232;s peu de r&#233;actions publiques (sur listes internet) et majoritairement d&#233;favorables. Cette posture qu'un message r&#233;sume bien (&#171; les nouveaux s'en foutent et les anciens [en] ont d&#233;j&#224; discut&#233; plein de fois (&#8230;) soit entre eux, soit avec des sociologues soit aux journ&#233;es d'&#233;t&#233; soit dans des CA. &#187;) pourrait &#234;tre traduite par un &#171; effet fin de l'Histoire &#187;, dont l'omnipr&#233;sence contemporaine le dispute &#224; la force du sous-entendu : rien de nouveau ne surgira du d&#233;bat d'id&#233;es... La l&#233;gitimit&#233; de notre entreprise, largement remise en cause par ces biais &#171; publics &#187;, se fondait &#171; en priv&#233; &#187; sur la profondeur des questions abord&#233;es en r&#233;unions, de fr&#233;quentes et spontan&#233;es promesses ( souvent non tenues) de pr&#233;sence, et quelques mails d'encouragements.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La derni&#232;re phase, crisique, apparut en mai d&#232;s la r&#233;adoption de CR plus explicites, dont le second (&#171; Le SEL est-il soluble dans le capitalisme ? &#187;) fut sans motif refus&#233; &#224; parution. La discussion en CA autour de cette &#171; censure &#187; sans avertissement provoqua plusieurs heures de vifs d&#233;bats contradictoires, qui faisaient suite &#224; la longue intervention d'un adh&#233;rent venu &#171; d&#233;noncer l'embourgeoisement du SEL (X) &#187; et proposant un &#171; grand d&#233;bat &#187;. Le responsable du bulletin interne, seul &#224; assumer la parution depuis plusieurs mois, d&#233;missionna &#224; cette occasion. Nous f&#238;mes para&#238;tre le texte incrimin&#233; et la r&#233;ponse de deux pages qu'il re&#231;ut d'un membre du CA dans un ersatz de bulletin interne, fin juin, intitul&#233; &#171; SEL d&#233;bat &#187;. Etait stipul&#233;e la d&#233;cision du CA d'&#233;pauler pour la rentr&#233;e l'organisation de d&#233;bats &#224; ce sujet, &#224; charge de deux adh&#233;rents, l'intervenant qui le proposa et l'un de nous. To be continued...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Notre dispositif balbutiant est largement perfectible, mais son analyse critique, rendue difficile par l'absence de retour, ne peut &#234;tre faite ici, faute de place. Signalons juste la difficult&#233; de le rendre appropriable par tous : de par nos liens amicaux, et notre proximit&#233; de vue, le risque existe de nous constituer de facto en &#171; bo&#238;te noire &#187; malgr&#233; notre souci de transparence, de r&#233;silience quant aux vis&#233;es d'analyses critiques et de r&#233;sistance quand aux probl&#232;mes rencontr&#233;s. Ces obstacles font &#233;chos &#224; ceux que les SELs rencontrent pour se cr&#233;er en collectifs d&#233;mocratiques et novateurs, et leurs d&#233;voilements sont autant d'encouragements : l'apathie et le conformisme de nos soci&#233;t&#233;s ne semblent pas une fatalit&#233; pour peu qu'on se refuse &#224; les recr&#233;er collectivement... Notre d&#233;marche, fondamentalement politique, se r&#233;clame principalement d'une sociologie militante, l'analyse institutionnelle (Lourau, Lapassade 1971). Si elle s'inspire d'exp&#233;riences pr&#233;c&#233;dentes (Boumard 1988, Liatard 2004, Khayati 2005) qui refusent les analyses de complaisance des carri&#233;ristes des sciences sociales actuelles (Caill&#233; 1993), elle ne saurait s'enfermer dans aucun carcan disciplinaire ou paradigmatique : Les analyses internes sont le fait quotidien de chacun d'entre nous, mais morcel&#233;es, parcellis&#233;es, privatis&#233;es, puis dilapid&#233;es dans l'auto-d&#233;nigrement syst&#233;matique. Elles forment n&#233;anmoins l'or du temps quand elles se collectivisent, se confrontent, s'&#233;laborent mutuellement en collectif : mortelle confusion entre le penser par soi-m&#234;me et le penser seul... Seule l'interrogation permanente - quelle que soit sa forme - peut maintenir une br&#232;che ouverte face &#224; cette tendance de toute institution &#224; se clore sur elle-m&#234;me en recouvrant ses contradictions in&#233;vitables. Cette cl&#244;ture par un retour &#224; l'imaginaire dominant est la r&#233;ponse h&#233;t&#233;ronomique &#224; l'angoisse d'un collectif qui n'est fond&#233; que sur lui-m&#234;me. Il semblerait que la r&#233;surgence du capitalisme bureaucra-tique au SEL (X) se soit enclench&#233;e par un recours &#224; une autorit&#233; personnifi&#233;e (autocratie) parall&#232;lement &#224; une ac-cumulation collective par la cr&#233;ation de monnaie ex nihilo. Toutes deux &#233;taient-elles appel&#233;es &#224; combler le &#171; vide &#187; que repr&#233;sentait la somme nulle de tous les comptes et l'ind&#233;termination fondamentale du pouvoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;&#233; au c&#339;ur d'un SEL reproduisant ce contre quoi il s'est b&#226;ti, le p&#244;le SELanalyse se veut une exp&#233;rience concr&#232;te et reproductible visant la constitution de collectifs capables d'auto-analyse lucide et d'auto-institution explicite. La question s'impose, bien comprise de ceux qui ont tir&#233; quelques enseignements des exp&#233;riences &#171; communistes &#187; et souhaitent voir &#171; l'altermondialisme &#187; b&#233;gayant s'&#233;riger sur autre chose qu'une omerta dict&#233;e par le sceau quasi-m&#233;taphysique du &#171; bien &#187; face au &#171; mal &#187; (Liatard 2003). Si nous souhaitons la venue d'une &#171; soci&#233;t&#233; des petits groupes &#187; autonomes, il faut renouer avec le travail sur le fonctionnement institutionnel interne. Il semble aujourd'hui abandonn&#233; aux managers / psychosociologues qui r&#233;cup&#232;rent &#224; leurs profits la tendance g&#233;n&#233;rale des ann&#233;es d'apr&#232;s-guerre &#224; l'autogestion. L'auto-institution permanente est sans cesse une formule &#224; cr&#233;er, en-de&#231;&#224; et au-del&#224; des panoplies libertaires traditionnelles. Elle est &#224; conqu&#233;rir sur les regains de l'imaginaire dominant, prot&#233;iforme aujourd'hui plus que jamais, dont le capitalisme est la forme les plus saillante. Nous ne pouvons qu'y opposer radicalement la pluri-mill&#233;naire tradition Gr&#233;co-occidentale du projet d'auto-nomie, l'incessante mise en question en acte des r&#232;gles, lois, traditions, fondements de nos propres institutions, y compris, et surtout, celles que nous auto-constituons comme alternatives (Castoriadis 1975, Lapon 1994, pour une synth&#232;se). Travail ardu, in(d&#233;)fini, rar&#233;fi&#233;, mais qui constitue sans doute le sel de la Terre .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Boltanski.L, Chiapelleo.E, 1999 ; &#171; Le nouvel esprit du capitalisme &#187;, Gallimard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Boumard.P, 1988 ; &#171; L'analyse interne &#187; in &#171; Perspectives de l'Analyse Institutionnelle &#187; Hess.R &amp; Savoye.A (dir.), meridiens Klincksieck&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Caill&#233; A., 2003 ; &#171; La crise ou quand l'&#233;conomique dissimule la question du sens de l'existence &#187; et &#171; L'&#233;conomie solidaire &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Caill&#233;.A, 1993 ; &#171; La d&#233;mission des clercs. La crise des sciences sociales et l'oubli du politique &#187;, Armillaire La D&#233;couverte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Castells.M, 1998 ; &#171; La soci&#233;t&#233; en r&#233;seaux &#187;, Fayard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Castoriadis.C, 1975 ; &#171; L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233; &#187;, Seuil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Corsani.A, Azais.C, Dieuaide.P, 2001 ; &#171; Vers un capitalisme cognitif &#187;, l'Harmattan&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Duboin M.L., 1997 ; &#171; Du SEL au contrat civique &#187;, revue Silence n&#176;219, juin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Gilet.B, 2004 ; &#171; Echec &#233;conomique, r&#233;ussite sociale &#187;, revue R&#233;fraction n&#176;9, repris dans Silence n&#176;311, juin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Henry.P, Ristori.N, Laacher.S, Lenfant.A, 1999 ; &#171; Les Syst&#232;mes d'Echange Local. Les SEL en juin 1998 &#187;, Rapport d'&#233;tude&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Honsstchoote.F, 2000 ; &#171; Les monnaies locales :cr&#233;ation et rentabilit&#233; d'un capital social &#187;, DEA sociologie du pouvoir, Universit&#233; P.VII Jussieu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Nafissa N, 2005 ; &#171; &#8216;C'est pire que s'il y avait rien'. Exp&#233;rience en classe relais &#8216;exp&#233;rimentale' &#187;, La revue du MAUSS n&#176;25, &#224; para&#238;tre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Laacher.S, 2004 ; &#171; Les SELs : une utopie anticapitaliste en pratiques &#187;, Ed. La Dispute&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Lapon.D, 1994 ; &#171; El&#233;ments d'introduction &#224; l&#8216;&#339;uvre de Corn&#233;lius Castoriadis &#187;, m&#233;moire de Ma&#238;trise de l'Institut d'Etudes Politiques, Toulouse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Latouche.S, 1996 ; &#171; La monnaie au secours du social ou le social au secours de la monnaie : les SELs ou l'informel &#187;, Silence n&#176; 211, d&#233;cembre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Le Goff, 1999 ; &#171; La barbarie douce. La modernisation aveugle des entreprises et de l'&#233;cole &#187;, coll. Sur le vif, ed. La D&#233;couverte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	L.B, 2003 ; &#171; Le Larzac est-il une marchandise ? La contestation sur un plateau &#187;, La revue du M.A.U.S.S n&#176;22, octobre, pp. 334 &#8211; 339&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Quentin, Nafissa, 2004, &#171; Post-gauchisme et n&#233;o-capitalisme &#187;, Ecorev&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Lipietz A., 1995 ; &#171; La soci&#233;t&#233; en sablier &#187;, La D&#233;couverte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Lourau.R, 1973 ; &#171; L'effet Muhlmann &#187;, rev L'Homme et la Soci&#233;t&#233;, dossier &#171; analyse institutionnelle et politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Lourau.R, Lapassade.G, 1971 ; &#171; Clefs pour la sociologie &#187;, Seghers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Mendel.G, 2001 ; &#171; Pour une histoire de l'autorit&#233;. Permanences et variations &#187;, La D&#233;couverte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Neyer.E, 1997 ; &#171; Les SELs syst&#232;me d'&#233;change local &#187;, Marris.B (dir), DEA de sociologie, universit&#233; Bordeaux IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Plassard.F, 1997, &#171; SEL : entre &#233;conomie de march&#233; et &#233;conomie de don &#187;, revue Silence n&#176;216, avril&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Plassard.F, 2004 ; &#171; Les trois sel de la vie &#187;, revue Silence n&#176;310, mai&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#183;	Servet.J.M (sous la direction de), 1999 ; &#171; Une &#233;conomie sans argent. Les Syst&#232;mes d'Echange Local &#187;, Seuil&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le cadavre de l'analyse institutionnelle bouge encore &#224; St Denis</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?Le-cadavre-de-l-analyse</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?Le-cadavre-de-l-analyse</guid>
		<dc:date>2009-05-10T19:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cup&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Psychoth&#233;rapie</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Apathie</dc:subject>
		<dc:subject>Assembl&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;claration</dc:subject>
		<dc:subject>Elmansour Sofia</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Texte r&#233;dig&#233; et distribu&#233; en mai 2003 &#224; un &#171; cours &#187; d'analyse institutionnelle &#224; l'universit&#233; de Paris 8. (Les notes de bas de pages - cruciales - sont absentes du texte ci-dessous mais sont pr&#233;sentes dans le document PDF)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-l-autonomie-groupale-l-autogestion-" rel="directory"&gt;L'autonomie groupale : l'autogestion&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-8-pedagogie-+" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-32-recuperation-+" rel="tag"&gt;R&#233;cup&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-67-psychotherapie-+" rel="tag"&gt;Psychoth&#233;rapie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-90-autogestion-+" rel="tag"&gt;Autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-119-apathie-+" rel="tag"&gt;Apathie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-120-assemblee-+" rel="tag"&gt;Assembl&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-133-declaration-+" rel="tag"&gt;D&#233;claration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-286-Elmansour-Sofia-+" rel="tag"&gt;Elmansour Sofia&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ci-dessous un texte d'intervention de 2003 dans un d&#233;partement de l'universit&#233; Paris 8.
Il est &#233;videmment rest&#233; sans r&#233;ponse, mais pas sans continuit&#233;, puisqu'il s'est prolong&#233; par un &lt;a href=&#034;http://1libertaire.free.fr/PostGauchismeManagement.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;long texte&lt;/a&gt; puis par une &lt;a href=&#034;http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article300&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publication.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Critiques constructives : contribution au cours de M. V. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_118 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:64px;&#034; data-w=&#034;64&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf_CritiquesConstructives.pdf' arial-label=&#034;Critiques constructives&#034; title=&#034;Critiques constructives&#034; type=&#034;application/pdf&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:100%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg&amp;taille=64&amp;1774023687' alt='Critiques constructives' data-src='local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg' data-l='64' data-h='64' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;64&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=local\/cache-vignettes\/L64xH64\/pdf-b8aed.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1774023687&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=local\/cache-vignettes\/L64xH64\/pdf-b8aed.svg&amp;#38;taille=64&amp;#38;1774023687&#034;}}' class='image_responsive' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-118 '&gt;&lt;strong&gt;Critiques constructives
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;a class=&#034;telecharger&#034; href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf_CritiquesConstructives.pdf'&gt;T&#233;l&#233;charger (53&#160;kio)&lt;/a&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;1 - Si l'on admet que &#171; l'autogestion p&#233;dagogique est une analyse institutionnelle en acte &#187; , il faut bien se r&#233;soudre &#224; aborder frontalement et collectivement ses enjeux au cours &#171; autog&#233;r&#233; &#187; dans le cadre des enseignements de M. V.. La pol&#233;mique soulev&#233;e par les excellents textes &#233;tudiants actuellement en circulation portant sur les fondements de la pr&#233;sence -en dilettante- de M. H. doit &#234;tre pour chacun l'occasion de pratiquer en groupe l'analyse du groupe. Il est vrai que, hormis les interventions que permet la pr&#233;sence providentielle de M. LAPASSADE, rien, ou presque, dans le dispositif ne favorise un authentique et profond travail d'auto-formation : Les imp&#233;ratifs de productions et leur future &#233;valuation, le manque de formation initiale, auquel r&#233;pond l'absence d'animateur comp&#233;tent, et, pour finir, &#233;videmment le r&#244;le de M. H. dans cette histoire. Le flou et la d&#233;magogie qui entourent ses d&#233;clarations r&#233;centes &#224; ce sujet , les premi&#232;res &#224; notre connaissance, ne s'inscrivent malheureusement ni dans l'analyse des transferts et contre-transferts (positifs ou n&#233;gatifs) dont il est parti prenante, ni dans le d&#233;samor&#231;age des r&#233;actions claniques que sa pr&#233;sence cristallise, et encore moins dans une d&#233;marche &#171; institutionnelle &#187; qui pourrait faire de son comportement, et des r&#233;actions du groupe, un r&#233;v&#233;lateur, on dit &#171; analyseur &#187; quand on est dans le coup, d'un fonctionnement universitaire bureaucratique et paternaliste maintes fois analys&#233; et d&#233;cri&#233; par les institutionnalistes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 - Il faudrait ne rien savoir ou tout avoir oubli&#233; de l'Analyse Institutionnelle pour ignorer que dans ce cadre l'autogestion doit permettre de r&#233;v&#233;ler les relations institu&#233;es, de faire parler l'institution dans laquelle elle s'inscrit. Sans quoi elle n'est que du jeu id&#233;ologique st&#233;rile et sans lendemain. C'est pourtant le r&#244;le que semblent vouloir lui faire jouer les carri&#233;ristes de tous bords, install&#233;s (&#171; des professeurs fantastiques &#187;) ou pr&#233;tendants (&#171; des &#233;tudiants prometteurs &#187;). Et ils seraient donc bien en peine d'expliquer en quoi, les rapports personnels qu'ils se f&#233;licitent d'entretenir ne rel&#232;vent pas du mandarinat le plus vulgaire, sinon d'une forme plus &#233;labor&#233;e . Cela juste devrait amener quelques questions s&#233;rieuses. Comment, par exemple, peut-on pr&#233;tendre enseigner l'autogestion p&#233;dagogique et, dans le m&#234;me moment, anesth&#233;sier tout dispositif de clarification de la relation ma&#238;tre-disciples ? Ou d'autres encore, qu'ils ne se sont jamais pos&#233;. Comment peut-on se r&#233;clamer de la psychoth&#233;rapie institutionnelle et participer, et faire participer, &#224; la reproduction syst&#233;mique de la folie du pouvoir, du non-pouvoir, par la consolidation des relations classiques psycho-familiales ? Pourquoi une th&#233;orie bas&#233;e sur l'intervention est-elle port&#233;e par des individus absolument incapables de se nourrir, d'accueillir, de tol&#233;rer une seule parole qui sorte du rang, autrement que par la manipulation, l'insulte, la diffamation ou l'exclusion (&#224; quand les menaces) ? Comment une pratique destin&#233;e &#224; comprendre et g&#233;rer les conflits se r&#233;v&#232;le-t-elle durablement impuissante &#224; se saisir des chamailleries de pouvoir , quelquefois violentes physiquement , baptis&#233;es risiblement &#171; luttes &#224; mort &#187; et qui ne se donnent m&#234;me plus la peine de se camoufler derri&#232;re d'improbables divergences th&#233;oriques ? Comment peut-on se r&#233;clamer d'une quelconque dynamique de groupe et organiser -en catimini- des colloques consensuels, enferm&#233;s dans des formes hyper acad&#233;miques dont le public muet est essentiellement constitu&#233; d'&#233;tudiants attir&#233;s par une facile validation ? Comment, enfin, peut-on ne pas se poser de telles questions et pr&#233;tendre enseigner ou apprendre une discipline dont elles forment le B-A BA, et finalement qu'enseigne-t-on r&#233;ellement ici ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 - Venus au colloque des 25, 26, 27 juin 2002 avec l'intention de s'inscrire en troisi&#232;me cycle et de trouver des appuis th&#233;oriques &#224; des exp&#233;riences sur le terrain, nous nous sommes inqui&#233;t&#233;s tr&#232;s rapidement du fait que les rigidit&#233;s relationnelles et l'orthodoxie organisationnelle mobilis&#233;es &#224; l'occasion d'un &#171; hommage &#187; &#224; un &#171; agitateur institutionnel &#187; ne pouvaient relever que de la com&#233;die, du cynisme ou de l'incomp&#233;tence la plus totale. Impressions toutes trois confirm&#233;es, amplifi&#233;es et argument&#233;es, en apart&#233;, par la plupart des acteurs de talents convi&#233;s &#224; la messe (conf&#233;renciers, professeurs, invit&#233;s &#233;trangers, &#233;tudiants, ext&#233;rieurs, ...), certains nous appuyant dans nos interventions publiques. Le bilan qui s'ensuivit fit fuir les responsables impliqu&#233;s dans ce pitoyable scratch my back, I'll scratch yours, &#224; la simple &#233;vocation de quelques analyseurs (argent, histoire, dispositifs, ...), et ses productions , jamais discut&#233;es... Nos passages durant l'ann&#233;e &#224; quelques &#171; cours &#187; (et autres) n'ont fait, malheureusement, qu'illustrer ad nauseum cette &#233;difiante arnaque pratico-intellectuelle...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un Ma&#238;tre ne pratique pas lui-m&#234;me ses enseignements, certains disciples d&#233;cideront que c'est un imposteur de petite envergure, et iront, dans le meilleur des cas, sur un banc rigoler un bon coup, tandis que les autres imagineront que le Ma&#238;tre est au-del&#224; de sa propre th&#233;orie, dans des sph&#232;res d'une puret&#233; inexprimable ... et sombreront dans un transfert imma&#238;tris&#233;, pathologique car bloquant l'acc&#232;s au (non-) savoir, qui n'agit plus comme tiers m&#233;diateur dans la relation duelle . Las ! S'il ne la pratique pas, c'est que sa science est bien de faire choir les statuts de ma&#238;tres, dont le sien, et qu'il ne ma&#238;trise pas le c&#339;ur de son art, la mort, sa mort, symbolique ou r&#233;elle... C'est toute la probl&#233;matique des arts martiaux et des disciplines &#171; institutionnalistes &#187; , port&#233;e au carr&#233; par &#171; l'enseignement de l'enseignement &#187; qu'est &#171; l'autogestion p&#233;dagogique &#187;....
Dans le d&#233;partement de &#171; Sciences de l'Education &#187; de Paris VIII, les laboratoires concern&#233;s traitent des probl&#233;matiques de l'&#233;mergence, on dit &#171; l'institutionnalisation &#187;, des forces sociales de la base, &#233;ternellement novatrices, &#171; l'instituant &#187;, qui r&#233;v&#232;lent la r&#233;alit&#233; quotidienne d'une institution contre les illusions qu'y opposent les structures en place, &#171; l'institu&#233; &#187;, r&#244;les, statuts, fonctions, pouvoirs, etc&#8230; Il s'agit donc de cr&#233;er, par diff&#233;rents dispositifs, un &#171; dialogue &#187; entre les deux, une &#233;volution constante, sans &#171; chaos &#187; ni &#171; fossilisation &#187;. C'est le travail &#171; de l'institution &#187;, inconscient politique d'un groupe . La parole &#171; instituante &#187;, d&#233;rangeante, des premiers concern&#233;s, les &#233;tudiants, c'est pourtant dans les marges, les interstices, les failles et les entreb&#226;illements, les couloirs, les caf&#233;s, les pauses, qu'on l'entend, comme partout, jamais dans les lieux &#171; institu&#233;s &#187; &#224; cet effet, qui culpabilisent alors &#224; peu de frais.
&#171; Mais quelle parole ? &#187; demandait-on au premier s&#233;minaire de l'ann&#233;e, lors d'une intervention qui a valu &#224; l'un de nous une expulsion d&#233;finitive... Ce climat, proprement schizophr&#233;nique , ne peut que pr&#233;cipiter les &#233;tudiants les plus fragiles dans la rat race, course &#224; la carri&#232;re. Quant aux autres... La plupart des &#233;tudiants rencontr&#233;s ne sont pas dupes, et ne seront surpris, pensons-nous, de ce qui se lit ici que du contraste avec les productions conformistes qui pr&#233;valent habituellement. Il s'agit &#233;videmment de ceux qui se refusent encore &#224; &#171; voter avec leurs pieds &#187; par l'absent&#233;isme. Lui et son confr&#232;re, le tourisme, sont largement justifi&#233;s par l'ignorance que l'appareil pratique face &#224; la richesse culturelle, politique et professionnelle des banlieues environnantes , et le m&#233;pris qu'il leur porte, derri&#232;re des voeux pieux, au nom de la tr&#232;s commode &#171; d&#233;politisation g&#233;n&#233;rationnelle &#187;. Leur d&#233;sertion (physiques ou mentale) est l'aveu d'impuissance de ceux qui s'en accommodent, incapables de la faire parler. Elle est interpr&#233;t&#233;e comme le sceau de la subtilit&#233; du paradigme, elle n'est que l'analyseur criant de l'incurie patente de la plupart de ceux qui s'en r&#233;clament. Souvent attir&#233;s par une discipline r&#233;solument novatrice qui se r&#233;v&#232;le plus qu'utile dans des pratiques socioprofessionnelles exerc&#233;es ou vis&#233;es, beaucoup d'&#233;tudiants ne souhaitent, une fois compris le grand-guignol path&#233;tique qui leur est servi, que rentrer chez eux une fois obtenus les dipl&#244;mes dus, dont les modalit&#233;s de d&#233;livrance sont d'ailleurs plus &#233;nigmatiques encore que le contenu r&#233;el des savoirs mutil&#233;s et appauvris qu'ils sanctionnent. Il reste remarquable que la minorit&#233; d'&#233;tudiants qui demeurent attentifs &#224; ce qui se dit parviennent &#224; sortir de ce march&#233; de dupe sans graves s&#233;quelles psychologiques , et sans s'&#233;loigner &#224; tout jamais du champ lexical institutionnaliste, souvent gr&#226;ce &#224; l'exp&#233;rimentation autonome d' &#171; autres choses &#187; , et/ou un travail de lecture purement personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire qu'il se reproduit des ph&#233;nom&#232;nes communs &#224; toutes les universit&#233;s ne serait qu'ajouter &#224; la trag&#233;die universelle de l'universit&#233;. Ce qui rend la chose grotesque et dangereuse est que l'objet qui rassemble ici est pr&#233;cis&#233;ment la lutte contre ces m&#234;mes ph&#233;nom&#232;nes, et pas la biologie mol&#233;culaire ou l'&#233;tude des peuplades du Nord Kazak. Scandale. Supercherie. Il faudrait prendre conscience que l'enseignement n'est en rien orient&#233; vers un r&#233;el travail de dynamique des groupes, des affects, des jeux multiples qui s'y d&#233;ploient, de compr&#233;hension et de ma&#238;trise des ph&#233;nom&#232;nes d'institutionnalisation et de bureaucratisation (et leurs &#233;volutions historiques), de d&#233;cryptage des m&#233;canismes de pouvoirs (accession, exercice, partage), de traitement et de respect de la parole, d'analyse des implications de chacun, d'&#233;coute des multiples analyseurs qui apparaissent, et qui parlent... Il faut le dire calmement et fortement : si jamais de telles choses &#233;taient enseign&#233;es, c'est-&#224;-dire comprises et pratiqu&#233;es, la machine &#171; analyse institutionnelle de Paris VIII &#187; s'&#233;croulerait, comme telle, dans l'instant. Ses rouages grossiers ne r&#233;sistent pas une seconde &#224; qui prend son objet au s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici encore, &#171; Le scandale, c'est qu'il n'y ait pas de scandale &#187; ... chez feu les scandalis&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la bureaucratie soit le ph&#233;nom&#232;ne politique asservissant par excellence, et que l'AI, qui s'est construit essentiellement dans cette lutte antibureaucratique , soit aujourd'hui &#171; enseign&#233;e &#187; dans un &#233;tablissement (n&#233;o ?) bureaucratique, voil&#224; qui devrait en interroger plus d'un. Les terrains de recherche manquent-ils &#224; ce point qu'il est besoin d'en construire un, sur mesure, inexploit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 &#8211; Non, les terrains ne manquent pas. Mais, lieu de passage de personnes motiv&#233;es et engag&#233;es par ailleurs, les structures &#171; institutionnalistes &#187; universitaires ont un r&#244;le &#224; jouer, le leur, celui de former des hommes et des femmes capables d'analyser ces ph&#233;nom&#232;nes, de faire comprendre ces m&#233;canismes, de r&#233;sister au d&#233;sordre qui s'&#233;tablit et de construire des alternatives, dans tous les domaines de la vie. Cela ne semble pouvoir se faire qu'a condition que les personnes int&#233;ress&#233;es et les &#233;tudiants, ou du moins la frange la plus lucide qui ne se satisfait pas d'intitul&#233;s et de mentions, venant chercher dans ces murs une r&#233;elle formation, se regroupent afin de se constituer en analyseur permanent de la (n&#233;o ?) bureaucratie universitaire de leurs propres laboratoires, &#233;tant entendu qu'une formation digne de ce nom ne peut se construire actuellement que dans la p&#233;riph&#233;rie des dispositifs asserment&#233;s. Il s'agit d'&#233;tudier pr&#233;cis&#233;ment et en d&#233;tail l'objet, l'histoire, la structure, le fonctionnement, les financements (et leur r&#233;partition) de l'institution, de tracer la cartographie des relations &#171; institutionnelles &#187; (hi&#233;rarchie, poste, pouvoir, liens de parent&#233;), de cerner l'id&#233;ologie &#224; travers les discours de l'institution, de rep&#233;rer les analyseurs, de comprendre les multiples implications, la place donn&#233;e aux &#233;tudiants et le traitement de la Parole. Il sera alors possible de se demander comment une telle machine mystificatrice a pu s'installer et perdurer jusqu'&#224; maintenant et dans quelle mesure peut-elle participer &#224; la massification de sch&#233;mas de pens&#233;e sous-jacents les plus courants de types nihilistes (Il pourra &#224; ce propos &#234;tre int&#233;ressant de compulser le dossier en pr&#233;paration de la revue locale consacr&#233; aux &#171; nouveaux r&#233;actionnaires dans les sciences de l'&#233;ducation &#187;, lui-m&#234;me r&#233;action au livre de Daniel LINDENBERG , o&#249; pourrait se d&#233;rouler un truculent who's who&#8230;).
Il est peut-&#234;tre important, dans le contexte amn&#233;sique actuel, de pr&#233;ciser qu'il s'agit de lutter contre des processus, que nous portons tous en nous, et non de porter atteinte aux personnes. T&#226;che banalement ardue dans un &#233;tablissement o&#249; les individus s'identifient d'autant plus &#224; l'institution que celle-ci leur offre avantages et gratifications hi&#233;rarchis&#233;es (salaire, statut, papiers, identit&#233;, valorisation, perspectives, promesses d'&#233;dition etc...). T&#226;che doublement ardue, car il faudra alors, sans doute, ne compter que sur les &#171; r&#233;sidus &#187; , dont nous sommes, qui ont souvent bien mieux &#224; faire ailleurs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 &#8211; Car les terrains ne manquent d&#233;finitivement pas. Un monde, dehors, court vers l'anomie. L'appareil universitaire a &#233;t&#233; somm&#233;, pour rester cr&#233;dible, sinon politiquement correct, de se d&#233;couvrir concern&#233;, sinon attentif, lors de &#171; l'&#233;v&#233;nement &#187; du 21 avril dernier , qui n'a d'ailleurs r&#233;veill&#233; que ceux qui dormaient. Les mesures gouvernementales actuelles, dans la longue lign&#233;e de celles prise depuis des d&#233;cennies, ne sont que la gestion, au jour le jour, d'un capitalisme bureaucratique qui se fait de plus en plus agressif, tout en se faisant de plus en plus spectacle, dans la perspective claire d'un pouvoir fort au populisme s&#233;curitaire et droitier. Dans notre oligarchie lib&#233;rale que quelques d&#233;politis&#233;s appellent encore d&#233;mocratie, les libert&#233;s fondamentales et les droits significatifs qui restent encore les n&#244;tres sont des survivances du pass&#233;, en sursis. Rien, aujourd'hui, n'annonce la fin du ph&#233;nom&#232;ne de &#171; d&#233;labrement de l'Occident &#187; auquel nous assistons depuis une cinquantaine d'ann&#233;es. L'actualisation du projet d'autonomie individuelle et collective qui a b&#226;ti notre culture politique depuis plus de 150 ans ne peut se faire que par l'interm&#233;diaire de poches de r&#233;sistances, existantes, ou &#224; cr&#233;er.
L'entr&#233;e de l'AI &#224; l'universit&#233; (octobre 1973 pour Paris VIII) a &#233;t&#233; source de pol&#233;mique. L'inventeur du terme refusa alors de participer &#224; l'&#171; &#233;volution &#187; de l'analyse institutionnelle en &#171; un produit universitaire et commercial &#187; ... La transformation d&#233;solante, et aujourd'hui patente, d'un outil s&#233;rieux de contestation de tout pouvoir, coupl&#233; &#224; la sophistication tous azimuts des m&#233;canismes de manipulation, de contr&#244;le et d'ali&#233;nation qui progressent en acc&#233;l&#233;rant sans discontinuer dans notre soci&#233;t&#233;, imposent aux &#171; intellectuels pratiquants &#187; d'investir d'autres champs de recherche et d'action. Les &#171; merveilleuses exp&#233;riences historiques d'autogestion &#187; du cadre universitaire ont lieu r&#233;guli&#232;rement sur le terrain des luttes sociales, o&#249; des gens se mobilisent pour se r&#233;approprier leurs conditions de travail, s'institutionnalisent, souvent de mani&#232;re autonome , et s'organisent en entretenant des rapports tr&#232;s divers avec les machines syndicales (concurrence, parasitisme, commensalisme, ...). L'activit&#233; foisonnante de ces groupes, &#224; dur&#233;e de vie tr&#232;s variable, et les conditions pr&#233;caires dans lesquelles ils &#233;voluent, les rend syst&#233;matiquement sujets aux m&#233;canismes r&#233;currents d'autocratie, voire de micro-bureaucratisation (constitution d'un appareil qui se coupe rapidement de la base, scl&#233;rose dans des r&#244;les et des fonctions, &#233;tablissement de normes fig&#233;es, fermeture progressive aux discours ext&#233;rieurs, etc...). Ces ph&#233;nom&#232;nes conduisent habituellement les collectifs &#224; &#233;noncer des revendications souvent corporatistes et conservatrices, &#224; un r&#233;tr&#233;cissement progressif et mortel de leurs effectifs et, finalement &#224; leur disparition effective (ou leur dissolution dans des mouvements subordonn&#233;s) sous les coups des d&#233;cisions patronales ou gouvernementales.
Les appels &#224; la solidarit&#233; doivent r&#233;sonner aux oreilles des institutionnalistes non seulement en leur qualit&#233; de travailleurs dans tel ou tel secteur mais &#233;galement en tant que &#171; travailleurs de l'institution &#187; qui auraient &#233;ventuellement quelque chose &#224; apporter &#224; ces &#171; groupes primaires &#187;, ou &#171; restreints &#187;, souvent en butte &#224; une impasse d'analyse et de fonctionnement. Les possibilit&#233;s d'interventions sur le terrain micro-social sont multiples et multiformes et pourraient &#233;ventuellement permettre aux &#171; mobilis&#233;s &#187; de s'approprier les outils de compr&#233;hension et d'action de l'AI afin de cerner (et de ma&#238;triser) des ph&#233;nom&#232;nes internes qui jouent largement leurs r&#244;les dans ces &#233;checs r&#233;p&#233;t&#233;s. Pour ce faire, il n'est pas question de reprendre telles quelles les &#171; m&#233;thodes &#187; rituelles en cours aujourd'hui : au contraire, il semble n&#233;cessaire, pour &#234;tre &#224; la hauteur d'un tel terrain, de rompre avec des pratiques qui servent les pouvoirs en place. Il semble, par exemple, possible de s'engager dans ces &#171; processus de micro-institutionnalisation &#187;, en utilisant &#171; des dispositifs d'observation plus proches de la psychosociologie et de l'ethnographie (observation participante notamment) que de l'enqu&#234;te socio-politique comme cela a &#233;t&#233; la norme jusqu'&#224; ce jour. &#187; , et/ou en s'appuyant &#233;ventuellement sur des appels similaires et des travaux sur les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales , class&#233;s, &#224; notre connaissance, sans suite. Le changement est &#224; effectuer autant dans le domaine des th&#233;ories que dans celui des postures si l'on veut &#233;viter de voir des pseudo-sp&#233;cialistes &#233;riger leurs non-savoirs en quasi-certitudes. Pour ce faire, il est &#233;vident que si ce type de recherches - actions &#233;taient men&#233;es, elle ne pourrait vraisemblablement pas l'&#234;tre dans le cadre institutionnel de Paris VIII.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 - Le laborieux travail que m&#232;nent ces diff&#233;rents laboratoires pour tenter de renouveler l'h&#233;ritage intellectuel n'accouche que de productions &#224; l'indigence manifeste, et les condamne &#224; l'&#233;ternelle et psychotique r&#233;p&#233;tition du M&#234;me dans une salutaire entreprise de r&#233;&#233;dition.
La cr&#233;ation, le nouveau, l'imagination en analyse institutionnelle ne peuvent rena&#238;tre que de ce qui en a fait la force : l'imbrication profonde des th&#233;ories et des pratiques, des militantismes et de la recherche, des sciences, des arts et du politique . La machine f&#233;tichiste pourra bien hurler &#224; la r&#233;gression nostalgique et se crisper sur la propri&#233;t&#233; de l'histoire, des concepts ou des termes. Qu'elle les rejoigne, ces souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Mai 2003&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>







</channel>
</rss>
