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	<title>Lieux Communs</title>
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	<description>D&#233;mocratie directe &#8212; Red&#233;finition collective des besoins &#8212; &#201;galit&#233; des revenus</description>
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		<title>Actualit&#233; de la stratocratie russe (2/2)</title>
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		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
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&lt;p&gt;Premi&#232;re partie disponible ici (.../...) Vers la stratocratie Article paru en mai 1981, dans le n&#176; 12 de la revue Le D&#233;bat (pp. 5-17). Source. La politique ext&#233;rieure de la Russie, 1945-1980. Il est indispensable, vu l'aveuglement volontaire &#224; peu pr&#232;s universel, de faire ressortir plus nette- ment la sp&#233;cificit&#233; de l'&#233;volution r&#233;elle de la politique ext&#233;rieure russe depuis 1945 en la comparant &#224; d'autres possibles. Apr&#232;s la Seconde Guerre, la Russie aurait pu se replier sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1228-Actualite-de-la-stratocratie-russe-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers la stratocratie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Article paru en mai 1981, dans le n&#176; 12 de la revue &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt; (pp. 5-17). &lt;a href=&#034;http://palimpsestes.fr/textes_philo/castoriadis/stratocratie.pdf-&gt;http://palimpsestes.fr/textes_philo/castoriadis/stratocratie.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La politique ext&#233;rieure de la Russie, 1945-1980.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est indispensable, vu l'aveuglement volontaire &#224; peu pr&#232;s universel, de faire ressortir plus nette- ment la sp&#233;cificit&#233; de l'&#233;volution r&#233;elle de la politique ext&#233;rieure russe depuis 1945 en la comparant &#224; d'autres possibles. Apr&#232;s la Seconde Guerre, la Russie aurait pu se replier sur elle-m&#234;me &#8211; ou entrer dans la pratique &#171; normale &#187; de la rivalit&#233; et du jeu des influences dans ce qui aurait pu succ&#233;der au pr&#233;tendu &#171; concert des puissances &#187; d'autrefois et qui &#233;tait, tr&#232;s explicitement voulu comme tel par les Am&#233;ricains et Roosevelt, un condominium mondial russo-am&#233;ricain. Inattaquable et inconqu&#233;rable ; poss&#233;dant d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1950 les armes nucl&#233;aires ; ayant acquis en Europe un glacis strat&#233;gique large, elle aurait pu, dans l'abstrait, se replier sur elle-m&#234;me, se contenter de ses conqu&#234;tes consid&#233;rables depuis 1939, s'orienter vers une am&#233;lioration de sa situation &#233;conomique interne. Ce n'est absolument pas ce qui s'est pass&#233;. Les gouvernements largement pro-russes des pays satellites (comme aucun tsar n'en aurait r&#234;v&#233;) ne lui suffisaient pas : la mise au pas int&#233;grale lui &#233;tait n&#233;cessaire, culminant dans le coup de Prague en 1948. Le &#171; partage de Yalta &#187; ne lui suffisait pas ; la deuxi&#232;me guerre civile grecque &#233;tait d&#233;clench&#233;e en 1947. Le premier blocus de Berlin, puis l'attaque en Cor&#233;e ont suivi. Je rappelle ces faits car non seulement pour les jeunes, mais pour tous ceux qui ont aujourd'hui moins de quarante ou quarante-cinq ans, ils doivent appartenir au mieux &#224; une histoire poussi&#233;reuse et ambigu&#235;. Or cette histoire c'est le pr&#233;sent, c'est elle qui continue &#8211; et elle est &#233;clair&#233;e par tout ce qui a suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques apparences, cette ligne internationale n'a jamais subi d'inflexion essentielle. Il est massivement faux de parler m&#234;me d'&#171; alternance &#187; des m&#233;thodes de la politique internationale russe derri&#232;re laquelle se cacherait la permanence du but poursuivi. Il n'y a jamais eu d'alternance que rh&#233;torique. (M&#234;me &#224; ce niveau, du reste, ce n'est jamais que la moiti&#233; de la rh&#233;torique qui change : &#224; aucun moment, les proclamations sur l'in&#233;luctable &#171; victoire finale du communisme &#187;, c'est-&#224;-dire de la Russie, n'ont cess&#233;.) &#192; peine la guerre de Cor&#233;e et la premi&#232;re guerre d'Indochine termin&#233;es, les Russes commencent &#224; p&#233;n&#233;trer au Proche et au Moyen-Orient (l'aventure franco-anglaise de Suez en 1956 leur en fournissant une merveilleuse occasion). Au d&#233;but des ann&#233;es 1960, c'est la deuxi&#232;me crise de Berlin et l'installation de fus&#233;es &#224; Cuba. Et, presque simultan&#233;ment, commence la deuxi&#232;me guerre d'Indochine, impossible sans le soutien logistique et politique russe. Fid&#232;le &#224; sa mission r&#233;volutionnaire et socialiste, pr&#234;te &#224; se sacrifier pour le bonheur de l'humanit&#233; &#8211; bonheur tellement &#233;touffant que les habitants du Vietnam pr&#233;f&#232;rent se faire bouffer par les requins que continuer &#224; le vivre &#8211; la Russie s'y battra jusqu'au dernier paysan vietnamien, cependant que les &#201;tats-Unis s'enfoncent, crime inutile, dans un gu&#234;pier sanglant o&#249; ils perdront leur prestige, leur &#233;quilibre &#233;conomique, leur moral, leur coh&#233;sion nationale et finalement, quoique de fa&#231;on indirecte, leur supr&#233;matie et m&#234;me leur &#233;quivalence militaire au plan mondial pour rien. (Lorsque, pendant la m&#234;me p&#233;riode, les Russes envahissent la Tch&#233;coslovaquie, les Am&#233;ricains s'empressent de leur faire savoir qu'ils n'y voient aucune objection&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zdenek Mlynar, Nightfrost in Prague : The End of Humane Socialism, New York, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cependant qu'un &#171; homme d'&#201;tat &#187; fran&#231;ais, Michel Debr&#233;, qualifie l'occupation de la Tch&#233;coslovaquie d'&#224; incident de parcours &#187;.) &#192; la d&#233;monstration faite aux yeux du monde, de 1964 &#224; 1972, que les &#201;tats-Unis ne peuvent pas gagner une guerre terrestre contre une nation de va-nu-pieds, fera suite une autre d&#233;monstration tout aussi int&#233;ressante : que la signature des &#201;tats-Unis au bas d'un trait&#233; international ne vaut pas le papier sur lequel elle est &#233;crite (conqu&#234;te par le Vietnam du Nord du Vietnam du Sud, dont l'existence &#233;tait &#171; garantie &#187; par les &#201;tats-Unis). La chute de Sa&#239;gon montrait que d&#233;sormais les &#201;tats-Unis non seulement n'&#233;taient plus &#171; cr&#233;dibles &#187;, comme on le dit superficiellement, mais qu'ils n'&#233;taient plus &lt;i&gt;fiables&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;reliable&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;zuverl&#228;ssig&lt;/i&gt;). La d&#233;monstration a &#233;t&#233; amplifi&#233;e jusqu'au grotesque quelques ann&#233;es plus tard avec ce qui a pr&#233;c&#233;d&#233;, comme avec ce qui a suivi, la chute du Shah en Iran ; il faut ajouter que, dans ce cas, aucun concours des Russes n'a &#233;t&#233; n&#233;cessaire, les Am&#233;ricains s'y &#233;tant admirablement d&#233;brouill&#233;s tout seuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majeure partie des ann&#233;es 1970, apr&#232;s les &#171; accords de Paris &#187;, et jusqu'&#224; l'invasion de l'Afghanistan, est couverte en surface par la &#171; d&#233;tente &#187; ; rencontre de Vladivostok, SALT I, pitreries redoubl&#233;es de Kissinger, doctrine Sonnenfeldt, accords d'Helsinki, discussions et accord au niveau gouvernemental sur SALT II. Or c'est pendant cette p&#233;riode que les Russes s'installent solidement en Afrique (Mozambique, Angola, Somalie &#8211; rationnellement &#233;chang&#233;e peu apr&#232;s contre l'&#201;thiopie) et au Y&#233;men du Sud ; qu'ils donnent le feu vert aux Nord-Vietnamiens pour envahir le Sud-Vietnam ; qu'&#224; peine sign&#233;s les accords d'Helsinki &#8211; et, &#224; d&#233;faut de &#171; trait&#233; de paix &#187;, leur installation en Europe centrale officiellement reconnue et ratifi&#233;e &#8211; ils donnent libre cours &#224; une r&#233;pression redoubl&#233;e contre les dissidents ; qu'ils poursuivent, face &#224; une Am&#233;rique &#224; tous &#233;gards d&#233;compos&#233;e et dont l'armement stagne ou r&#233;gresse, un effort militaire gigantesque qui leur procure, d&#232;s la fin de la d&#233;cennie, une sup&#233;riorit&#233; militaire tous domaines nette et, selon toute probabilit&#233;, d&#233;sormais &lt;i&gt;irr&#233;versible&lt;/i&gt;. La d&#233;cennie se termine avec l'invasion de l'Afghanistan, qui montre combien de cas les Russes font de SALT II et de la &#171; d&#233;tente &#187; (ce qui n'exclut nullement, bien entendu, d&#232;s que les circonstances l'exigeront ou s'y pr&#234;teront, une nouvelle phase de rh&#233;torique tranquillisante).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la for&#234;t. Le soin de d&#233;tailler le feuillage des arbres qui la composent peut &#234;tre laiss&#233; aux historiens, aux sp&#233;cialistes, aux imb&#233;ciles et aux sycophantes du Kremlin &#8211; quatre classes certes distinctes mais dont l'intersection n'est pas n&#233;cessairement vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;videmment, cette politique d'expansion et d'accroissement de puissance internationale est all&#233;e de pair avec une politique int&#233;rieure tout aussi constante et, finalement, si on y r&#233;fl&#233;chit, si on tient compte des presque quatre d&#233;cennies &#233;coul&#233;es depuis la mort de Staline, des &#171; possibilit&#233;s th&#233;oriques &#187; qu'elles offraient, des changements mat&#233;riels incontestables qu'entra&#238;naient l'urbanisation et l'industrialisation relative du pays, &lt;i&gt;&#233;tonnamment inalt&#233;r&#233;e&lt;/i&gt;. Ici encore, cessons de fignoler la description des arbres et regardons la for&#234;t : qu'est-ce qui a vraiment chang&#233; en Russie depuis la mort de Staline, pour ce qui est des orientations et des m&#233;thodes de gestion du r&#233;gime, &lt;i&gt;de ce qui d&#233;pend de lui ?&lt;/i&gt; (Je ne parle &#233;videmment pas de choses infiniment importantes mais qui lui &#233;chappent, l'&#233;volution des mentalit&#233;s par exemple.) Une seule chose : la terreur. Encore faut-il voir ce que cela signifie : la consolidation et la protection des couches bureaucratiques (d&#233;sormais on peut perdre son poste, mais non sa t&#234;te ou sa libert&#233;, ni m&#234;me la totalit&#233; de ses privil&#232;ges), et surtout : &lt;i&gt;la rationalisation de la r&#233;pression&lt;/i&gt;. Accompagn&#233;e d'une des rares contributions de la Russie &#224; la technologie appliqu&#233;e contemporaine : l'utilisation de la psychiatrie &#224; des fins polici&#232;res, la r&#233;pression est la seule industrie russe qui a marqu&#233; des fantastiques progr&#232;s dans l'efficience. On peut maintenant en Russie fabriquer le degr&#233; suffisant de soumission sociale en consommant un nombre presque n&#233;gligeable de cadavres. (Bien entendu, la terreur stalinienne n'avait rien &#224; voir avec une &#171; logique de la r&#233;pression &#187;, ni avec une autre, et ne peut pas &#234;tre jug&#233;e sur des crit&#232;res d'efficience, ni r&#233;pressive ni &#171; &#233;conomique &#187;.) &#192; part cela, rien. Le r&#233;gime aurait pu s'orienter vers une v&#233;ritable am&#233;lioration de la situation &#233;conomique interne. C'est ce qu'on aurait pu penser &#8211; c'est ce que l'on a effectivement pens&#233; &#8211; en 1953-1954, avec les mesures de Malenkov, puis aussi quelque temps avec Khrouchtchev. Il ne l'a pas fait. Une orientation diff&#233;rente aurait impliqu&#233; soit des mesures de r&#233;organisation et de r&#233;forme tr&#232;s pouss&#233;es, soit une affectation diff&#233;rente des ressources (entre le sec- teur militaire et le secteur non militaire), soit, tr&#232;s certainement, les deux &#224; la fois. Mais le &#171; choix &#187; du r&#233;gime, confirm&#233; ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e depuis au moins un quart de si&#232;cle, et quel que soit le &#171; climat &#187; international, a constamment &#233;t&#233; : priorit&#233; absolue &#224; l'expansion quantitative et qualitative de la soci&#233;t&#233; militaire ; maintien de la production, de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233; non militaires dans le m&#234;me &#233;tat de croupissement et de p&#233;nurie, &#224; peine perturb&#233; p&#233;riodiquement par des &#171; r&#233;formes &#187; et des bricolages incoh&#233;rents et inefficaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le fait fondamental : une politique internationale constamment agressive et expansive ; une politique int&#233;rieure qui subordonne tout le reste &#224; l'expansion de l'Appareil militaire et s'accommode parfaitement d'un &#233;tat chroniquement lamentable de tout ce qui n'est pas militaire. Ce sont deux volets &lt;i&gt;de la m&#234;me r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, m&#234;me si celle-ci est loin d'&#234;tre simple. Impossible de les comprendre sans les consid&#233;rer ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fait fondamental demande explication du point de vue de ses &lt;i&gt;conditions de possibilit&#233;&lt;/i&gt;. Nous d&#233;couvrons celles-ci dans la relative autonomisation de la soci&#233;t&#233; militaire russe, son poids et son pouvoir effectif croissant, bref, l'&#233;volution du r&#233;gime russe vers une &lt;i&gt;stratocratie totalitaire&lt;/i&gt;. Si tel est le cas, si ce facteur existe et joue le r&#244;le qu'exige la n&#233;cessit&#233; de &#171; sauver les ph&#233;nom&#232;nes &#187;, il y a des cons&#233;quences &#224; en tirer. Ces cons&#233;quences rejoignent l'autre exigence qui d&#233;coule de la reconnaissance du fait fondamental : celui-ci demande explicitation de ses implications pour l'avenir, de sa dynamique propre, de ses potentialit&#233;s. Le surarmement de ce pays, devenu premi&#232;re puissance militaire mondiale en m&#234;me temps que sa production et son &#233;conomie non militaires demeurent dans un &#233;tat lamentable, est &#224; la fois cl&#233; de l'analyse de la soci&#233;t&#233; russe contemporaine et boussole indiquant les lignes de force de son avenir. Ses conditions de possibilit&#233; embrassent la totalit&#233; du fonctionnement de la soci&#233;t&#233; russe. Ses implications potentielles engagent toute la dynamique historique de cette soci&#233;t&#233; et, par cons&#233;quence, du monde contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Implication de la qualit&#233; de l'armement russe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surarmement russe fait surgir imm&#233;diatement deux questions fondamentales. Toute &#171; concetion &#187; de la soci&#233;t&#233; russe qui n'en a pas conscience et n'est pas capable d'y r&#233;pondre est d&#233;risoire et &#224; &#233;carter d'embl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re question : comment une soci&#233;t&#233; comparativement si pauvre au total peut-elle d&#233;ployer des moyens de guerre aussi massifs ? Si cette question &#233;tait la seule, on pourrait certes r&#233;pondre, du moins dans un premier temps : en y consacrant des ressources consid&#233;rables, disproportionn&#233;es avec celles qu'une soci&#233;t&#233; plus riche aurait &#224; y consacrer pour le m&#234;me r&#233;sultat. Certes, une autre question surgirait alors (comme elle surgit de toute fa&#231;on), tout aussi capitale : &lt;i&gt;et pourquoi donc fait-elle ce choix ?&lt;/i&gt; J'y reviendrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me question : comment une soci&#233;t&#233; o&#249; la quasi-totalit&#233; des produits offerts &#224; la population civile sont d'une qualit&#233; m&#233;diocre ou d&#233;plorable, et qui doit continuer d'importer des produits, et des usines cl&#233;s en main, relevant de technologies &#233;l&#233;mentaires &#8211; comment cette soci&#233;t&#233; peut-elle fabriquer un mat&#233;riel militaire d'une &lt;i&gt;si haute qualit&#233; en si grandes quantit&#233;s&lt;/i&gt; ? (Les grandes quantit&#233;s sont &#233;videmment d&#233;cisives : le probl&#232;me ne se poserait pas, ou serait beaucoup moins important s'il s'agissait de quelques prototypes.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commencerai par cette deuxi&#232;me question. Mais, avant d'aller plus loin, je demande au lecteur de faire un effort pour se repr&#233;senter l'&#233;norme &lt;i&gt;diversification, universalit&#233;, interd&#233;pendance&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;int&#233;gration&lt;/i&gt; de l'industrie militaire moderne. Celle-ci ne fabrique pas quelques armes &#8211; des sabres, des fusils et des canons. Elle fabrique des milliers, sinon des dizaines de milliers d'articles diff&#233;rents &#8211; avec des dizaines ou des centaines de milliers de composantes diff&#233;rentes. Ces produits couvrent pratiquement la totalit&#233; des secteurs de la production industrielle moderne. Si un seul de ces secteurs fait d&#233;faut, le reste ne sert pour ainsi dire &#224; rien. Si un seul fonctionne mal, le produit final ne vaut rien. Il ne vaut rien non plus, si les affluents de production ne sont pas bien coordonn&#233;s et int&#233;gr&#233;s. Vous pouvez prendre la moiti&#233; ou les trois quarts du P.N.B. de l'Inde ou de l'Am&#233;rique latine tout enti&#232;re : vous disposerez de l'&#233;quivalent des &#171; d&#233;penses &#187; militaires russes, mais vous ne pourrez pas mettre sur pied une seule usine qui fabrique en s&#233;rie des Mig-25, des SS-20 ou des satellites artificiels. Une telle usine implique, en amont et lat&#233;ralement, tout un univers industriel, technologique et sociologique, qui fonctionne convenablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production militaire contemporaine, telle qu'elle est abondamment r&#233;alis&#233;e en Russie, exige d'abord une technologie extr&#234;mement avanc&#233;e des inventions et des applications : &#224; savoir, la capacit&#233; de conce- voir, sp&#233;cifier et produire en &#233;tat de marche un exemplaire d'un produit final, par exemple d'un engin quelconque. Elle exige, en deuxi&#232;me lieu, une technologie &#233;galement avanc&#233;e de la production en s&#233;rie de ces applications et une organisation/contr&#244;le satisfaisants de la production. Dans la presque totalit&#233; des cas, il est techniquement et physiquement impossible de produire des produits finals avanc&#233;s avec des moyens de production arri&#233;r&#233;s (Archim&#232;de, en possession compl&#232;te de la th&#233;orie du laser, ne pourrait pas en fabriquer un seul) ; et cela devient totalement impossible, quel que soit le gaspillage de travail qu'on est dispos&#233; d'accepter, s'il s'agit de production en s&#233;rie. Elle exige enfin, en troisi&#232;me lieu, des approvisionnements en inputs bruts et semi-bruts en quantit&#233; suffisante mais aussi (pour certains produits semi-bruts) de qualit&#233; satisfaisante. M&#234;me ce troisi&#232;me aspect ne peut &#234;tre n&#233;glig&#233;. Certes, plus on remonte vers les inputs primaires (charbon, minerais m&#233;talliques, etc.), plus les qualit&#233;s sont, par nature, moins diff&#233;renci&#233;es et/ou le contr&#244;le qualitatif des mat&#233;riaux devient simple ; mais les probl&#232;mes qualitatifs que pose la fabrication des aciers sp&#233;ciaux ou celle de certains m&#233;taux non ferreux ne sont ni triviaux ni simples (les sous-marins russes sont de plus en plus construits avec des coques en titane, qui leur permettent des plong&#233;es plus profondes, et la m&#233;tallurgie du titane n'est pas sp&#233;cialement banale)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;j&#224; en 1978, on consid&#233;rait que les Russes poss&#233;daient une avance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; notre deuxi&#232;me question, la seule possible, est : il n'y a pas une soci&#233;t&#233;, une industrie, une &#233;conomie russes &#8211; il y en a deux : la soci&#233;t&#233;, l'&#233;conomie, l'industrie militaire &#8211; et l'autre. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quantit&#233; aussi bien que (et peut-&#234;tre surtout) la qualit&#233; de la production d'armements russe a des implications extr&#234;mement vastes. Elle exige des cha&#238;nes de production fantastiquement importantes. Ces cha&#238;nes doivent &#234;tre &#233;quip&#233;es de machines-outils &#224; peu pr&#232;s parfaites (les tol&#233;rances des pi&#232;ces de la m&#233;tallurgie moderne, celles qui entrent par millions dans les chars, les avions, les armes, etc., sont de l'ordre du dixi&#232;me de millim&#232;tre, parfois moins). Les armes nucl&#233;aires, les fus&#233;es, les satellites ne peuvent ni &#234;tre fabriqu&#233;s, ni fonctionner sans le secours d'ordinateurs tr&#232;s puissants. (Si de tels ordinateurs ne sont pas disponibles, on peut les remplacer pour le m&#234;me travail par un nombre plus grand d'ordinateurs moins puissants, dans la grande majorit&#233; des cas : &lt;i&gt;mais non pas&lt;/i&gt; par un million d'additionneuses de Pascal.) Tous ces moyens de production doivent &#224; leur tour avoir &#233;t&#233; produits par des moyens de production fiables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela ne peut pas fonctionner sans ing&#233;nieurs, techniciens, etc., tr&#232;s qualifi&#233;s ; ni sans &#171; agents techniques &#187; et ouvriers de toutes les branches &#8211; depuis les analystes-programmeurs jusqu'aux fraiseurs, ajusteurs, tourneurs, etc. Et tous ces travaux, et &#233;tapes de fabrication, doivent &#234;tre organis&#233;s et coordonn&#233;s selon des cha&#238;nes de production et de montage ind&#233;pendantes au d&#233;part mais parall&#232;les, convergentes, synchronis&#233;es et ajust&#233;es les unes aux autres et toutes ensemble. Mais aussi, comme dans toute l'industrie moderne, pour que cela fonctionne, il faut un certain degr&#233; de participation et de coop&#233;ration des travailleurs &#224; tous les niveaux : &lt;i&gt;d'adh&#233;sion&lt;/i&gt;, f&#251;t-elle &#224; 50 %, &#224; la production. Cette adh&#233;sion, il est exclu qu'elle soit obtenue par la seule &lt;i&gt;contrainte&lt;/i&gt;, et m&#234;me la contrainte &#233;conomique : la contrainte &#233;conomique, aussi longtemps que le niveau des r&#233;mun&#233;rations reste bas ou est per&#231;u comme tel, conduit au sabotage de la production et &#224; la fabrication d'objets d&#233;fectueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait important n'est pas (seulement) qu'une quantit&#233; &#233;norme de ressources est consacr&#233;e &#224; l'armement &#8211; pendant que le pays manque presque de tout. Le fait important est le &lt;i&gt;clivage qualitatif&lt;/i&gt; entre la production militaire et l'autre &#8211; qui renvoie &#224; un clivage qualitatif des &lt;i&gt;ressources humaines&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;l'organisation de la production&lt;/i&gt; et finalement des &lt;i&gt;attitudes&lt;/i&gt; de ceux qui sont engag&#233;s dans la production. Nous sommes renvoy&#233;s, autrement dit, &#224; des faits humains et sociaux. C'est encore du cr&#233;tinisme (ou f&#233;tichisme) &#233;conomique que de croire que la &#171; quantit&#233; des ressources &#187; explique tout. Pas plus que la guerre n'est faite par les engins, la production n'est faite par les machines : l'une et l'autre sont faites par les hommes. Il y a visiblement, en Russie, des hommes qui, du sommet au bas de l'&#233;chelle, sont passionn&#233;s par la production des &lt;i&gt;Mig&lt;/i&gt;, cependant que, depuis les man&#339;uvres jusqu'&#224; Brejnev, tout le monde se fiche de la production de chaussures. Le clivage de la soci&#233;t&#233; militaire et de l'autre n'est ni ne peut &#234;tre ni simplement &#171; &#233;conomique &#187;, ni simplement &#171; technologique &#187;. Il est, n&#233;cessairement, sociologique, au sens le plus profond et le plus fort de ce terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de barri&#232;re technologique (ou &#233;conomique) &lt;i&gt;intrins&#232;que&lt;/i&gt; entre la production non militaire et la production militaire moderne. De m&#234;me qu'un pays industriellement avanc&#233; sans industrie d'armements pourrait, en l'espace de quelques ann&#233;es, mettre sur pied une industrie d'armements formidable (comme les &#201;tats-Unis l'ont fait en deux ans, de 1939 &#224; 1941), de m&#234;me, un pays qui poss&#233;derait une industrie d'armements formidable pourrait, en l'espace de quelques ann&#233;es, moderniser l'ensemble de son industrie &#8211; du moins, commencer, par morceaux, cette modernisation. Depuis un quart de si&#232;cle, ce n'est absolument pas ce qui se passe en Russie. Une telle modernisation, s'il s'agissait seulement des machines, des investissements, des &#171; co&#251;ts de production &#187;, aurait pr&#233;cis&#233;ment pour r&#233;sultat d'abaisser ces co&#251;ts de production partout ; elle ferait boule de neige et, apr&#232;s une p&#233;riode de gestation initiale, &#171; se financerait elle-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, s'il s'agissait seulement de &#171; co&#251;ts &#187;, la question subsisterait toujours : et pourquoi donc le r&#233;gime &#8211; qui n'a &#224; craindre aucune attaque ext&#233;rieure, mais &#171; devrait &#187; tout craindre de l'int&#233;rieur &#8211; n'a-t-il pas &#171; opt&#233; &#187; pour une r&#233;partition diff&#233;rente des ressources &#8211; un d&#233;veloppement militaire plus lent, un d&#233;veloppement non militaire plus rapide ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit r&#233;pondre, &#233;videmment, que ceux qui d&#233;cident s'int&#233;ressent au d&#233;veloppement militaire, et non au d&#233;veloppement civil, auquel ne sont faites que les concessions absolument et minimalement indispensables. Cela, &#224; son tour, soul&#232;ve une nouvelle question : &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; d&#233;cide ? &lt;i&gt;pourquoi&lt;/i&gt; d&#233;cide-t-il ainsi ? et surtout : comment se fait-il que, dans ce cas &lt;i&gt;et dans ce cas seulement&lt;/i&gt;, sa d&#233;cision est suivie d'effet (tandis qu'elle ne l'est jamais avec les &#171; r&#233;formes &#187; interminablement r&#233;p&#233;t&#233;es de l'&#233;conomie non militaire) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut conclure, lorsque l'on consid&#232;re toutes ces questions et leur interrelation, que ce d&#233;veloppement a &#233;t&#233; rendu &lt;i&gt;possible&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;effectif&lt;/i&gt; dans le secteur militaire pour des raisons autres que celles auxquelles on est habitu&#233; &#224; penser dans ces cas (simples &#171; quantit&#233;s de ressources &#187;) et selon un processus qui n'&#233;tait pas et n'est toujours pas extensible au secteur non militaire. Ce processus a &#233;t&#233; la constitution (l'auto-constitution) d'une soci&#233;t&#233; militaire (non seulement l'arm&#233;e proprement dite, mais l'ensemble des industries, services, etc., qui lui sont li&#233;s), qui s'est &lt;i&gt;organis&#233;e&lt;/i&gt; d'une autre mani&#232;re, qui vit &#233;conomiquement et productivement d'une autre mani&#232;re et qui est autrement &lt;i&gt;motiv&#233;e&lt;/i&gt;. Comment le processus de constitution de ce corps social et de son autonomisation par rapport au Parti s'est d&#233;roul&#233;, &#224; partir de quel &#171; moment &#187;, sur l'initiative de quels noyaux, c'est une autre question et assur&#233;ment fort obscure. En tout cas tout incline &#224; penser qu'&#224; partir d'un moment (sans doute pas tr&#232;s ant&#233;rieur &#224; la mort de Staline, ou &#224; la suite de celle-ci, peut-&#234;tre en liaison avec le d&#233;veloppement des armes nucl&#233;aires), l'arm&#233;e a com- (&#8230;) -f&#233;rente [?] ; qu'elle a commenc&#233; &#224; absorber la cr&#232;me parmi les jeunes qui sortaient des universit&#233;s et des &#233;coles techniques ; et, surtout, qu'elle a d&#251; commencer &#224; absorber du personnel ouvrier soumis &#224; des conditions sp&#233;ciales, &#224; des niveaux de r&#233;mun&#233;ration fortement sup&#233;rieurs &#224; ceux du reste, et avec des attitudes devant le travail tout &#224; fait diff&#233;rentes de celles que l'ouvrier russe a &#233;t&#233; forc&#233;, depuis des d&#233;cennies maintenant, &#224; d&#233;velopper. Cela &#8211; qui &#233;tait une simple d&#233;duction logique de ma part, lorsque j'&#233;crivais l'article paru dans le num&#233;ro 8 de &lt;i&gt;Libre&lt;/i&gt; &#8211; est en fait mat&#233;riellement et directement attest&#233; depuis quelque temps : les ouvriers qui travaillent dans les entreprises dites &#171; ferm&#233;es &#187; signent un engagement renon&#231;ant au droit de changer d'employeur, et b&#233;n&#233;ficient de salaires tr&#232;s &#233;lev&#233;s et de multiples autres avantages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Viktor Zaslavsky, &#171; The Rebirth of the Stalin Cult in the U.S.S.R. &#187;, Telos, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Dans le chapitre qui suit, omis ici, C. Castoriadis examine les implications des quantit&#233;s existantes d'armement russe, et de l'output militaire annuel n&#233;cessaire pour leur constitution. Apr&#232;s discussion des hypoth&#232;ses les plus plausibles en mati&#232;re de productivit&#233; par homme-ann&#233;e en Russie, il aboutit &#224; une estimation &#171; moyenne &#187; du nombre de personnes employ&#233;es dans l'&#233;conomie militaire russe de l'ordre de vingt millions.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les grandes masses de la soci&#233;t&#233;/&#233;conomie russe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt millions de personnes (personnes &lt;i&gt;actives&lt;/i&gt; ; il faut presque doubler pour parvenir &#224; la population totale) dans la production militaire et ses annexes. Deux &#224; trois millions de militaires professionnels proprement dits (y compris ceux des &#171; administrations &#187; correspondantes). Soit, vingt-deux ou vingt- trois millions de personnes dans le corps social de l'arm&#233;e, dans la soci&#233;t&#233; militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quinze millions de membres du Parti &#8211; dont il faut soustraire un nombre tr&#232;s important d&#233;j&#224; com- pris dans le corps social de l'arm&#233;e (officiers membres du Parti &#8211; environ 90 % ; aussi, membres du Parti parmi le personnel technique et d'encadrement des industries militaires). Peut-&#234;tre donc dix &#224; douze millions de membres du Parti &#171; civil &#187;, occupant (&lt;i&gt;Nomenklatura&lt;/i&gt; civile) dans la soci&#233;t&#233; non militaire tous les postes comportant privil&#232;ges et pouvoir sur celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, trente &#224; trente-cinq millions d'individus (sur environ cent cinquante millions de population active), ins&#233;r&#233;s dans une organisation (une multi-organisation) hi&#233;rarchique pyramidale qui, malgr&#233; beaucoup de diff&#233;renciations internes, appartiennent tous aux &#171; privil&#233;gi&#233;s &#187; du r&#233;gime et ont partie li&#233;e avec celui-ci &#8211; fussent-ils des simples ouvriers ou manutentionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces privil&#233;gi&#233;s, deux diff&#233;renciations principales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, entre la soci&#233;t&#233; militaire, et le Parti &#171; civil &#187; (plus les cadres de la soci&#233;t&#233; non militaire, privil&#233;gi&#233;s et formant sa client&#232;le ob&#233;issante) ; d'autre part, &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; militaire, entre les dirigeants (&#171; militaires &#187; ou non), cadres, etc., et les &#171; ex&#233;cutants &#187; de tous ordres, ouvriers surtout, mais privil&#233;gi&#233;s mat&#233;riellement, et sans doute aussi &#171; valorisant &#187; leur travail et leur place dans la soci&#233;t&#233; et l'histoire russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la soci&#233;t&#233; militaire et le Parti &#171; civil &#187;, il existe de multiples ponts &#224; plusieurs niveaux &#8211; mais aussi une distance consid&#233;rable : pas d'interf&#233;rence r&#233;ciproque, et &lt;i&gt;r&#232;gle de priorit&#233; absolue&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;dans tous les domaines, pour les demandes de l'arm&#233;e&lt;/i&gt; (r&#232;gle attest&#233;e par d'innombrables t&#233;moignages). La r&#233;unification se fait au Sommet. Encore, pour comprendre comment elle se fait, il ne faut pas se poser les questions sous des formes stupides : y aura-t-il un Bonapartsky ou non ? ou : combien de g&#233;n&#233;raux y a-t-il au Comit&#233; central ? ou : quelles personnes ont pris telle d&#233;cision (&#224; ce titre la classe capitaliste n'aurait jamais exerc&#233; le pouvoir dans les pays occidentaux : combien d'industriels ou de banquiers ont &#233;t&#233; pr&#233;sident des &#201;tats-Unis ou Premier ministre en Angleterre ?). Il faut se demander : quel est le sens des d&#233;cisions prises et de l'orientation que la soci&#233;t&#233; russe, d&#233;cisions explicites ou pas, tend &#224; r&#233;aliser ? Et, si l'on passe au plan &#171; subjectif &#187; : dans quoi ceux qui forment le Sommet de l'Appareil du Parti voient-ils leur avenir et leur salut, comment leurs actes traduisent-ils leurs priorit&#233;s, les choix qu'ils font, les vis&#233;es de leur politique interne et externe ? Les faits ne laissent place &#224; aucun doute : avec une constance fantastique, tout a &#233;t&#233; subordonn&#233;, tout a &#233;t&#233; sacrifi&#233; au d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces couches dominantes et/ou privil&#233;gi&#233;es &#8211; 20 % ou un peu plus de la population active &#8211; soutiens r&#233;solus du r&#233;gime et de son orientation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Trente-quatre millions de paysans (23 % de la population active), vivant sous des conditions assez connues ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; et soixante-quinze &#224; quatre-vingts millions de travailleurs salari&#233;s dans l'industrie et les services non militaires (&#224; peu pr&#232;s moiti&#233;-moiti&#233;), vivant mis&#233;rablement avec des salaires en dessous de la &#171; moyenne &#187; (les r&#233;mun&#233;rations des m&#233;decins et des instituteurs sont sensiblement inf&#233;rieures au salaire &#171; moyen &#187; des ouvriers &#8211; qui est gonfl&#233; par les salaires beaucoup plus &#233;lev&#233;s des ouvriers de l'industrie militaire), ne disposant pas de &#171; magasins sp&#233;ciaux &#187;, faisant des queues interminables, se d&#233;sint&#233;ressant des clients et de la production ou la sabotant carr&#233;ment, se d&#233;brouillant comme ils peuvent, trichant tant qu'ils peuvent, buvant plus qu'ils ne peuvent. (La seule marchandise toujours disponible en Russie, &#224; n'importe quelle heure et n'importe quel lieu, c'est la vodka. Marchais pr&#233;f&#232;re les Jeux olympiques &#224; la drogue. Il reste &#224; savoir &#224; quoi la population russe pr&#233;f&#232;re la vodka.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles sont les grandes masses de cette soci&#233;t&#233;, chacune avec sa dynamique propre, toutes emport&#233;es dans la grande et aveugle dynamique de la force brute pour la force brute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'impossibilit&#233; de r&#233;formes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi l'organisation et le mode de fonctionnement de la soci&#233;t&#233; militaire ne sont-ils pas extensibles &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233; russe ? Une fois de plus, il faut comprendre que la question ne se pose pas en termes de choix rationnels et ponctuels, &#224; effectuer &#224; des moments singuliers. L'&#233;volution de la Russie est, comme celle des autres pays mais beaucoup plus qu'elle, prise &#224; tout instant dans l'immense inertie et pesanteur des situations d&#233;j&#224; cr&#233;&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que la production non militaire f&#251;t r&#233;form&#233;e sur le mod&#232;le de la production militaire, il ne suffirait absolument pas de lui transf&#233;rer, &lt;i&gt;in abstracto&lt;/i&gt;, des &#171; ressources &#187; : des &#171; fonds d'investissement &#187;, des &#171; machines &#187; ou des &#171; ing&#233;nieurs &#187; (ce qui exigerait &#233;videmment de soustraire ces ressources &#224; l'Arm&#233;e). Il faudrait aussi transf&#233;rer &lt;i&gt;le mode d'organisation et de fonctionnement&lt;/i&gt; de la production militaire au reste. &#192; cela s'opposent des obstacles formidables. Je n'en citerai que les plus importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, il faudrait obtenir d'autres attitudes de l'ensemble du personnel, du sommet &#224; la base. Cela ne se fait ni par de belles paroles, ni par des d&#233;crets. Dans la soci&#233;t&#233; militaire, les motivations des individus qui peuplent l'Appareil &#8211; officiers, dirigeants et cadres de la production, etc. &#8211; ne sont certainement pas seulement des motivations &#171; &#233;conomiques &#187; : de privil&#232;ges, le bureaucrate russe dispose o&#249; qu'il soit plac&#233;. Ils ne font que le renforcer dans son cynisme et son carri&#233;risme. Pour les cadres de la soci&#233;t&#233; militaire, autre chose est sans doute en jeu : l'imaginaire national-imp&#233;rial, constamment renforc&#233; par le succ&#232;s incontestable de l'entreprise du surarmement et de l'expansion. Pour le bureaucrate de l'&#233;conomie et de la production non militaire, une nouvelle &#171; r&#233;forme &#187; proclam&#233;e cette ann&#233;e n'est que la quinzi&#232;me version d'une farce d&#233;j&#224; jou&#233;e, vou&#233;e au m&#234;me &#233;chec (au m&#234;me succ&#232;s en tant que farce) que les pr&#233;c&#233;dentes, et devant laquelle il s'agira d'essayer de faire semblant aussi bien que l'ann&#233;e derni&#232;re. Pour les constructeurs d'avions, de sous-marins ou de fus&#233;es, une nouvelle fabrication est un progr&#232;s effectif sur des fabrications qui ont &#233;t&#233; effectivement r&#233;alis&#233;es et couronn&#233;es de succ&#232;s. Des motivations analogues &#8211; aussi bien le nationalisme qu'un travail qui &#171; sert &#224; quelque chose &#187; &#8211; doivent valoir sans doute aussi pour le personnel directement productif, les ouvriers et employ&#233;s du secteur militaire. Elles y sont renforc&#233;es, comme d&#233;j&#224; dit, par des privil&#232;ges mat&#233;riels consid&#233;rables. Ceux-ci ne peuvent pas &#234;tre &#233;tendus &#224; la totalit&#233; de la population travailleuse ni du jour au lendemain, ni m&#234;me dans un laps de temps tant soit peu r&#233;aliste. Certes, une &#233;l&#233;vation substantielle des r&#233;mun&#233;rations ouvri&#232;res, si elle devait entra&#238;ner un changement des attitudes ouvri&#232;res dans la production (ce qui n'est pas fatal), serait th&#233;oriquement &#171; rentable &#187;, elle &#171; se rembourserait elle-m&#234;me &#187; &#8211; mais &#224; la longue. Le r&#233;gime devrait faire l'avance d'une hausse importante du niveau de vie &#8211; en attendant les effets sur la productivit&#233; au bout de plusieurs ann&#233;es. Ne disposant d'aucune r&#233;serve, il est hors d'&#233;tat de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En deuxi&#232;me lieu, toute r&#233;forme tant soit peu s&#233;rieuse du syst&#232;me productif-&#233;conomique exigerait la mise au rebut d'une portion consid&#233;rable de la bureaucratie &#224; tous les niveaux, sommets except&#233;s, des entreprises, de l'&#233;conomie et du Parti lui-m&#234;me. Et cela, non pas tant pour des raisons d'&#171; &#233;conomie &#187;, mais pour des raisons d'organisation et de fonctionnement : postes, mode d'&#234;tre et mode de (non-) agir de cette bureaucratie sont indissociablement li&#233;s au mode d'&#234;tre et au mode de (non-) fonctionnement actuel du r&#233;gime. Dans ce cas encore, une r&#233;forme pourrait &#234;tre &#171; autoremboursante &#187; &#224; la longue, m&#234;me du point de vue de ces couches prises abstraitement et dans leur totalit&#233; ; cela ne signifie nullement qu'elle serait tranquillement accept&#233;e par ces millions de privil&#233;gi&#233;s &#8211; qui sont le seul appui du r&#233;gime dans la soci&#233;t&#233; non militaire. Non accept&#233;e, cela veut dire calmement et efficacement sabot&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui conduit directement &#224; une troisi&#232;me et derni&#232;re remarque. Une r&#233;forme comme celle que je discute ici n'est pas une disposition juridique et ne peut pas &#234;tre effectu&#233;e par un &#8211; ou vingt et un &#8211; d&#233;crets. Le changement social consid&#233;rable qu'elle impliquerait ne pourrait avoir effectivement lieu que s'il &#233;tait impuls&#233;, anim&#233;, mat&#233;rialis&#233; par l'activit&#233; d'un groupe social important. Concr&#232;tement, il faudrait des centaines de milliers, sinon des millions, de &#171; nouveaux cadres &#187;, anim&#233;s d'un autre esprit et fonctionnant selon d'autres normes pour l'introduire, l'appliquer, la faire fonctionner (&#224; l'encontre de tous les concern&#233;s, bureaucrates aussi bien qu'ouvriers du reste) &#224; tous les endroits de cette immense toundra boueuse qu'est l'&#233;conomie russe. L'&#233;mergence, et encore plus le succ&#232;s, dans le P.C.U.S. d'un tel groupe est absolument hors de question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme pourrait-elle &#234;tre faite &#224; pas de tortue, petit &#224; petit, de proche en proche ? Non ; elle y perdrait toute efficacit&#233;. Par o&#249; commencer ? Et &#224; quoi cela servirait-il de produire des tracteurs ou des combin&#233;s meilleurs ou plus nombreux avec les kolkhozes tels qu'ils sont ? &#192; quoi serviraient des industries mieux organis&#233;es en amont, si l'aval ne fonctionne pas, et comment r&#233;former les industries de l'aval, si l'amont leur fournit des machines qui marchent mal ? L'immensit&#233; du probl&#232;me fait qu'une r&#233;forme globale est impossible, et que toute r&#233;forme partielle serait enlis&#233;e et annul&#233;e dans ses r&#233;sultats par la r&#233;action et la r&#233;troaction des parties non r&#233;form&#233;es. De cela, on a eu l'ample confirmation exp&#233;rimentale depuis la mort de Staline. On sait que la succession des &#171; r&#233;formes &#187; introduites pendant la phase khrouchtch&#233;vienne n'a en rien am&#233;lior&#233; la situation. On sait &#233;galement que la derni&#232;re &#171; grande &#187; r&#233;forme remonte &#224; 1965, qu'elle comportait des mesures incoh&#233;rentes t&#233;moignant des conflits entre secteurs de la bureaucratie (par exemple, elle accordait aux directeurs d'entreprise la possibilit&#233; de licencier des ouvriers, mais non pas de contr&#244;ler le fonds des salaires de leur entreprise, la deuxi&#232;me disposition annulant pratiquement le sens &#233;conomique de la premi&#232;re), et que ses dispositions &#171; rationalisatrices &#187; ont &#233;t&#233; officiellement viol&#233;es d&#232;s le d&#233;part (par exemple, quant aux &#171; indices &#187; requis des entreprises en mati&#232;re de r&#233;sultats). Et une fois de plus, &#224; la fin 1979 puis pendant le Comit&#233; central de l'automne 1980, on a pu assister aux longs et ennuyeux r&#233;quisitoires de Brejnev contre l'inefficacit&#233;, l'incoh&#233;rence et les &#233;checs de l'organisation &#233;conomique &#8211; lesquels, une fois de plus, n'ont conduit &#224; rien d'autre qu'&#224; des changements de l'organigramme des minist&#232;res. Seul &#171; indice de r&#233;alit&#233; &#187; dans la vaine et interminable logorrh&#233;e bureaucratique : le d&#233;cret de juillet 1979 &#8211; quelques mois avant l'Afghanistan &#8211; qui va nettement &#171; dans le sens d'un renforcement de la centralisation du pouvoir de d&#233;cision aux mains du P.C.U.S., d'un resserrement du contr&#244;le &#224; tous les niveaux, d'une pr&#233;&#233;minence des int&#233;r&#234;ts collectifs (lisez : des int&#233;r&#234;ts de l'&#201;tat, C. C.) sur les int&#233;r&#234;ts individuels &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M.A. Crosnier, &#171; Mise &#224; jour avril 1980 &#187;, in Panorama de l'U.R.S.S., Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais allons plus loin, et posons une question provocante : est-ce que le r&#233;gime &#171; voudrait &#187; vraiment le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie non militaire ? La question para&#238;tra absurde : pourquoi le r&#233;gime refuserait-il une am&#233;lioration de la situation &#233;conomique int&#233;rieure, s'il pouvait l'obtenir &#224; peu de frais, ou sans frais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant : il est facile de produire un cas, d'une importance capitale, montrant que le r&#233;gime pourrait obtenir imm&#233;diatement une am&#233;lioration tr&#232;s sensible de la situation &#233;conomique sans que cela lui co&#251;te rien &#8211; et qu'il ne le fait pas. C'est le cas de la production agricole &#8211; plus pr&#233;cis&#233;ment, de la production alimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, un d&#233;cret suffirait. D'un trait de plume, demain matin, M. Brejnev pourrait augmenter tr&#232;s sensiblement la production d'une foule de denr&#233;es agricoles, qui composent une part tr&#232;s importante (un tiers au moins, sans doute davantage) de la consommation alimentaire des populations urbaines. Il lui suffirait pour cela d'augmenter substantiellement l'&#233;tendue des &#171; lopins individuels &#187; des kolkhoziens et des employ&#233;s et ouvriers des sovkhozes. Ceux-ci repr&#233;sentent actuellement moins de 3 % des terres arables, mais fournissaient, en 1976, plus d'un quart de la production agricole totale, presque exclusivement des denr&#233;es alimentaires, la plus grande partie en &#233;tant vendue sur les march&#233;s kolkhoziens des villes. Il existe donc des marges tr&#232;s importantes pour augmenter la production &#171; marchande &#187; des paysans, sans nullement entamer &#224; un degr&#233; s&#233;rieux la &#171; propri&#233;t&#233; du peuple tout entier &#187;, ni la position de la bureaucratie agraire. Le danger que les kolkhoziens d&#233;laissent encore plus le travail sur la &#171; terre du peuple tout entier &#187; pour travailler sur leurs lopins pourrait &#234;tre facilement ma&#238;tris&#233; : par exemple, la jouissance des lopins additionnels pourrait &#234;tre li&#233;e &#224; l'accomplissement des prestations dues de travail. Le seul effet substantiel d'une telle mesure serait un effet sur les circuits d'&#233;pargne, sans signification politique ou autre. La population russe dans son ensemble, et la population urbaine en particulier, est condamn&#233;e actuellement &#224; une consid&#233;rable &#233;pargne forc&#233;e : elle ne peut pas d&#233;penser ses revenus, car tout simplement elle ne trouve pas de marchandises &#224; acheter. Le total des comptes d'&#233;pargne est pass&#233; de 11 milliards de roubles en 1960 &#224; 146,2 milliards fin 1979 ; on estime qu'au total &#171; l'accumulation mon&#233;taire de la population est actuellement d'environ 200 milliards de roubles, au minimum &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V. Zaslavsky, &#171; The Ethnic Question in the U.S.S.R. &#187;, Telos, n&#176; 45 (automne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; part des effets du second ordre qui ne nous int&#233;ressent pas ici (baisse &#233;ventuelle des prix sur le march&#233; kolkhozien, etc.), le r&#233;sultat d'une telle extension du march&#233; kolkhozien serait une augmentation des d&#233;penses alimentaires de la population urbaine se traduisant par un accroissement &#224; peu pr&#232;s &#233;quivalent des revenus de la paysannerie, laquelle, ne trouvant pas plus qu'auparavant des marchandises industrielles &#224; acheter, les accumulerait sous forme de comptes d'&#233;pargne ou de liquide. Tout aussi n&#233;gligeables seraient les effets &#171; id&#233;ologiques &#187; : m&#234;me Andrieu ou Fiterman pourraient trouver une fa&#231;on de pr&#233;senter une telle mesure comme une &#171; nouvelle victoire du socialisme &#187;, preuve de la &#171; consolidation victorieuse de la propri&#233;t&#233; du peuple tout entier sur la terre &#187;, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;6. Certes, parall&#232;lement &#224; l'extension de l'&#233;tendue des lopins, on devrait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela serait faisable &#8211; et cela ne se fait pas. Non pas que les dirigeants ne soient pas capables d'y penser &#8211; ils ont d&#233;j&#224; jou&#233; avec les lopins individuels, et r&#233;cemment encore Brejnev pronon&#231;ait, &#224; leur sujet, des paroles encourageantes. Mais des paroles seulement. C'est, tr&#232;s certainement, que cela ne les int&#233;resse pas. Plus g&#233;n&#233;ralement : un v&#233;ritable &#171; d&#233;veloppement &#187; de l'&#233;conomie non militaire ne les int&#233;resse pas. Et cela, parce qu'un tel d&#233;veloppement serait aussi, jusqu'&#224; un certain point, un d&#233;veloppement de la &lt;i&gt;soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; elle-m&#234;me &#8211; de la soci&#233;t&#233; non militaire &#8211; qui pourrait tendre &#224; diminuer son assujettissement au contr&#244;le des organismes dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ici, sans doute, de multiples surd&#233;terminations. Le r&#233;gime ne peut pas &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; ne veut pas d&#233;velopper l'&#233;conomie non militaire. S'il le voulait, il ne le pourrait pas ; et, s'il le pouvait, il ne le voudrait pas. (J'ai essay&#233; d'&#233;clairer la premi&#232;re proposition dans les pages qui pr&#233;c&#232;dent, et ailleurs depuis longtemps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;7. Voir, entre autres, les textes r&#233;unis maintenant dans La Soci&#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et j'ai discut&#233; l'exemple fictif des lopins paysans pour illustrer la deuxi&#232;me.) La prosopop&#233;e &#8211; &#171; le r&#233;gime &#187; &#8211; est &#233;videmment utilis&#233;e ici comme st&#233;nographie. Il ne s'agit pas de d&#233;cisions d&#233;lib&#233;r&#233;es, sign&#233;es et dat&#233;es ; ni d'un sadisme (ou snobisme) des dirigeants dont le caviar deviendrait insipide s'ils savaient que les autres mangent aussi &#224; leur faim. La &#171; volont&#233; &#187; du r&#233;gime est la r&#233;sultante anonyme et largement aveugle de toutes ses pouss&#233;es et de toutes ses inerties. Il existe des objectifs contre lesquels se dressent immanquablement et efficacement des individus, des groupes, des couches, des secteurs, des dispositifs institutionnels, des mani&#232;res de voir, de se repr&#233;senter, de penser et de faire les choses ; et il existe des objectifs pour la r&#233;alisation desquels tous ces facteurs s'assemblent et travaillent en commun sans que personne ne l'ait explicitement d&#233;cid&#233;. Et cette &#171; volont&#233; &#187; du r&#233;gime se lit sur ses r&#233;sultats : l&#224; o&#249; le r&#233;gime &#171; veut &#187;, il peut, et l&#224; o&#249; il peut, il &#171; veut &#187;. Il veut et il peut le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; militaire, le surarmement et l'expansion ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes il n'y a pas, et il n'y a jamais eu, pour le r&#233;gime, de choix libre, dans l'absolu, sur une table rase, entre la surpuissance militaire et la &#171; prosp&#233;rit&#233; &#187; &#233;conomique. Mais, presque d&#232;s le d&#233;part, chacun de ses pas l'a pouss&#233; dans la premi&#232;re voie &#8211; &lt;i&gt;du simple fait qu'il lui barrait la seconde&lt;/i&gt;. M&#234;me lorsqu'il &#233;tait encore loin de poursuivre la puissance militaire &lt;i&gt;per se&lt;/i&gt;, en s'acharnant &#224; obtenir la pseudo-&#171; industrialisation &#187; du pays par les seuls moyens de la violence et de l'hyper-contr&#244;le bureaucratique &#8211; excluant par l&#224;, n&#233;cessairement, aussi bien la participation des producteurs que les stimulations et r&#233;gulations des m&#233;canismes du march&#233; &#8211; il cr&#233;ait et consolidait continuellement la situation qui rendait impossible tout &#171; d&#233;veloppement &#187; d'un autre type, et toute r&#233;forme substantielle d'un &#233;norme &#233;difice qui pourrissait au fur et &#224; mesure de sa construction. Cette situation est l&#224; partout, lourdement et presque irr&#233;versiblement &lt;i&gt;mat&#233;rialis&#233;e&lt;/i&gt; dans le syst&#232;me absurde des prix, dans les proportions des capacit&#233;s de production, dans la r&#233;partition g&#233;ographique et professionnelle de la force de travail, dans la qualit&#233; des mat&#233;riels, dans l'absence de stocks, dans le gaspillage perp&#233;tuel, dans la corruption syst&#233;matis&#233;e, dans la destruction de toute motivation (autre que la pr&#233;servation de sa niche personnelle pour le citoyen ordinaire, ou l'arrivisme moyennant l'opportunisme, le cynisme, l'intrigue, la flatterie et la trahison pour le bureaucrate), et enfin, succ&#232;s supr&#234;me du r&#233;gime, dans le renoncement de tous &#224; tout espoir de modification et dans l'attachement d&#233;sesp&#233;r&#233; de presque tous au &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; et leur lutte pour sa pr&#233;servation. (Sur ce dernier point, les descriptions et analyses de Zinoviev contiennent ce qui me semble un grain essentiel de v&#233;rit&#233;.) Tel a &#233;t&#233; le grand acquis de la p&#233;riode stalinienne, son h&#233;ritage qui avait d&#233;j&#224; scell&#233; l'impossibilit&#233; de toute autor&#233;forme tant soit peu substantielle de la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a ni d&#233;cision d&#233;lib&#233;r&#233;e de quelqu'un ou de quelques-uns de maintenir le pays dans sa demi- mis&#232;re rampante ; ni des &#171; lois objectives du syst&#232;me &#187; qui l'emp&#234;chent d'en sortir. Mais il n'y a pas certes davantage de n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable, pr&#233;sente partout et toujours, poussant au &#171; d&#233;veloppement des forces productives &#187;. Les forces productives se d&#233;veloppent lorsque le syst&#232;me social est orient&#233; vers un tel d&#233;veloppement, lorsque les dispositifs institutionnels et les comportements et motivations des hommes, ad&#233;quatement articul&#233;s les uns aux autres, le permettent et le &#171; visent &#187;. Ni les proclamations programmatiques, ni l'&#171; id&#233;ologie &#187;, ni le knout, ni l'h&#244;pital psychiatrique ne suffisent pour le d&#233;clencher. Or de tels dispositifs institutionnels, de tels comportements et motivations des hommes existent visiblement bel et bien dans la soci&#233;t&#233; russe &#8211; mais dans un secteur, et un seul : le secteur militaire. C'est pour cela que s'y r&#233;alise ce qui s'av&#232;re p&#233;niblement et r&#233;p&#233;titivement impossible dans les secteurs non militaires : un d&#233;veloppement technologique et productif &lt;i&gt;efficace&lt;/i&gt; (m&#234;me s'il n'est pas &lt;i&gt;efficient&lt;/i&gt;), une constance, continuit&#233; et cumulativit&#233; des orientations, des efforts, des r&#233;sultats, une coh&#233;rence des moyens mis en &#339;uvre entre eux et avec les fins vis&#233;es, une organisation qui, au total, &lt;i&gt;fonctionne&lt;/i&gt; (&#224; travers et au-del&#224; de ce qui doit &#234;tre ici aussi, sans aucun doute, un oc&#233;an de g&#226;chis bureaucratique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plan int&#233;rieur, on ne peut pas dire que le r&#233;gime fait face &#224; une crise, au sens habituel du mot : au plus pourrait-on dire (en utilisant le mot invent&#233; par les psychiatres du K.G.B. pour caract&#233;riser la pr&#233;tendue &#171; schizophr&#233;nie &#187; des dissidents) qu'il traverse une maladie chronique &lt;i&gt;t&#233;pide&lt;/i&gt; dont il est incapable de sortir. Il est tout autant dans l'impossibilit&#233; d'engager des r&#233;formes que d'engendrer des r&#233;formateurs. &#192; supposer m&#234;me qu'il puisse surgir au sommet de la bureaucratie un nouvel autocrate audacieux et &#171; &#233;clair&#233; &#187; &#8211; hypoth&#232;se absurde &#8211;, il ne trouverait, dans la bureaucratie du Parti/&#201;tat, aucun groupe qui pourrait et voudrait le soutenir. La &#171; direction coll&#233;giale &#187; elle-m&#234;me est un puissant facteur de conservatisme, qui s'ajoute &#224; tous les autres : en son sein, les pressions et les contre-pressions sont bien assises et suffisamment &#233;quilibr&#233;es pour emp&#234;cher tout changement important. (Ce n'est pas l&#224; une nouveaut&#233; historique : une oligarchie inamovible et autocoopt&#233;e tend &#224; &#234;tre infiniment plus conservatrice que toute autre forme de r&#233;gime, et m&#234;me que la monarchie absolue, dans laquelle le changement de la personne du monarque peut souvent marquer aussi des changements d'orientation.) Dans ce conservatisme g&#233;n&#233;ral et total se conserve aussi ce qui a graduellement acquis une pouss&#233;e, un moment cin&#233;tique formidable : l'expansion de l'arm&#233;e et de la soci&#233;t&#233; militaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Zdenek Mlynar, &lt;i&gt;Nightfrost in Prague : The End of Humane Socialism&lt;/i&gt;, New York, Karz Publishers, 1980. Extraits publi&#233;s dans &lt;i&gt;Telos&lt;/i&gt;, n&#176; 42 (hiver 1979-1980, pp. 31 &#224; 55), et dans &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;, n&#176; 9 (pp. 35 &#224; 41). Membre de la &#171; nouvelle &#187; direction tch&#233;coslovaque, participant direct aux &#171; n&#233;gociations &#187; de la fin ao&#251;t 1968 &#8211; il parle &#224; ce propos d'&#171; otages entre les mains de gangsters &#187; &#8211;, Mlynar r&#233;sume ainsi le discours de Brejnev lors de la sinistre (et terminale) s&#233;ance du 26 ao&#251;t : &#171; Brejnev, lui, a demand&#233; au pr&#233;sident Johnson si le gouvernement am&#233;ricain reconnaissait encore pleinement les r&#233;sultats des conf&#233;rences de Yalta et de Potsdam. Le 18 ao&#251;t, il a re&#231;u la r&#233;ponse suivante : la reconnaissance vaut sans r&#233;serve pour la Tch&#233;coslovaquie et la Roumanie, mais, pour ce qui concerne la Yougoslavie, il faut encore n&#233;gocier &#187; ! (&lt;i&gt;Telos, loc. cit.&lt;/i&gt;, p. 50 ; &lt;i&gt;Le D&#233;bat, loc. cit.&lt;/i&gt;, p. 40)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D&#233;j&#224; en 1978, on consid&#233;rait que les Russes poss&#233;daient une avance importante sur les Am&#233;ricains pour la m&#233;tallurgie du titane. V. John M. Collins, &lt;i&gt;Imbalance of Power&lt;/i&gt;, Macdonald and Jane's, Londres, 1978, p. 36. Cela a &#233;t&#233; amplement confirm&#233; depuis, avec les monstrueux nouveaux sous-marins russes de type &lt;i&gt;Typhon&lt;/i&gt; qui commencent &#224; &#234;tre d&#233;ploy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Viktor Zaslavsky, &#171; The Rebirth of the Stalin Cult in the U.S.S.R. &#187;, &lt;i&gt;Telos&lt;/i&gt;, n&#176; 40 (&#233;t&#233; 1979), pp. 12-13 ; du m&#234;me auteur, &#171; The Regime and the Working Class in the U.S.S.R. &#187;, &lt;i&gt;Telos&lt;/i&gt;, n&#176; 42 (hiver 1979-1980), pp. 15-18&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M.A. Crosnier, &#171; Mise &#224; jour avril 1980 &#187;, in &lt;i&gt;Panorama de l'U.R.S.S&lt;/i&gt;., Le Courrier des pays de l'Est &#8211; Documentation fran&#231;aise, n&#176; 226-227, f&#233;vrier-mars 1979, p. 248.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V. Zaslavsky, &#171; The Ethnic Question in the U.S.S.R. &#187;, &lt;i&gt;Telos&lt;/i&gt;, n&#176; 45 (automne 1980), p. 70 ; &lt;i&gt;Panorama de l'U.R.S.S., loc. cit.&lt;/i&gt;, p. 238 ; I. Birman, &#171; The Financial Crisis in the U.S.S.R. &#187;, &lt;i&gt;Soviet Studies&lt;/i&gt;, 32, 1 (janvier 1980), p. 86.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;6. Certes, parall&#232;lement &#224; l'extension de l'&#233;tendue des lopins, on devrait faciliter un approvisionnement accru des kolkhoziens en quelques autres inputs agricoles (essentiellement engrais et fourrages). Ni politiquement, ni &#233;conomiquement, cela ne pourrait poser des probl&#232;mes graves.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;7. Voir, entre autres, les textes r&#233;unis maintenant dans &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; bureaucratique&lt;/i&gt;, vol. 1 et 2, &#201;d. 10/18, Paris, 1973 ; et &#171; Le r&#233;gime social de la Russie &#187;, &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;, 1978, n&#176; 7-8, pp. 6 &#224; 23, pour une liste compl&#232;te de r&#233;f&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Actualit&#233; de la stratocratie russe (1/2)</title>
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		<dc:date>2026-04-07T06:30:06Z</dc:date>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Empire</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La notion de &#171; stratocratie &#187;, &#233;labor&#233;e par C. Castoriadis &#224; la fin des ann&#233;es 1970 pour d&#233;crire l'&#233;volution expansionniste-imp&#233;riale de l'URSS, est revenue au go&#251;t du jour depuis l'offensive russe de f&#233;vrier 2022. Nous l'&#233;voquions depuis quelques ann&#233;es, notamment dans &#171; Islamisme, totalitarisme, imp&#233;rialisme &#187; et &#171; L'horizon imp&#233;rial &#187; puis, plus r&#233;cemment dans &#171; De Castoriadis &#224; Ibn Khaldoun (et retour) &#187;. Il s'agirait aujourd'hui de la reprendre pour une analyse de fond mais, en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-221-empire-+" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La notion de &#171; stratocratie &#187;, &#233;labor&#233;e par C. Castoriadis &#224; la fin des ann&#233;es 1970 pour d&#233;crire &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1097-Russie-L-imaginaire-nationaliste-imperial' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;l'&#233;volution expansionniste-imp&#233;riale de l'URSS&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, est revenue au go&#251;t du jour depuis &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1098-Dossier-thematique-L-offensive-russe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;l'offensive russe de f&#233;vrier 2022&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous l'&#233;voquions depuis quelques ann&#233;es, notamment dans &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?870-Islamisme-totalitarisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Islamisme, totalitarisme, imp&#233;rialisme &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?965-L-horizon-imperial-1-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'horizon imp&#233;rial &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; puis, plus r&#233;cemment dans &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1199-De-Castoriadis-a-Ibn-Khaldoun-et-retour' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; De Castoriadis &#224; Ibn Khaldoun (et retour) &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Il s'agirait aujourd'hui de la reprendre pour une analyse de fond mais, en attendant, bornons-nous &#224; apporter quelques pi&#232;ces au dossier, ci-dessous :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; L'actualit&#233; d'un livre &#187; (2025) ramasse quelques lignes de Gilles Bataillon sur l'ouvrage de Castoriadis &#171; Devant la guerre &#187; ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Pouvoir militaire et mod&#232;les de domination &#187; (1983), est un entretien de C. Castoriadis o&#249; il expose bri&#232;vement, parmi d'autres consid&#233;rations, l'id&#233;e centrale de &#171; stratocratie &#187; ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Vers la stratocratie &#187; (1981), extrait du livre en question publi&#233; dans la revue &#171; Le D&#233;bat &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'actualit&#233; d'un livre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes sans nul doute devant la perspective d'une prolongation durable de la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine, mais aussi de la possibilit&#233; d'une extension des op&#233;rations russes dans d'autres territoires europ&#233;ens nagu&#232;re partie int&#233;grante de l'empire des tsars et d'une multiplication des op&#233;rations dites &#171; sp&#233;ciales &#187;, &#171; hybrides &#187; ou &#171; grises &#187; en Europe. Les discours de Poutine comme les agissements de l'arm&#233;e russe et de ses services secrets sont sans &#233;quivoques. Les propos de Xi Jinping sur l'ordre international et les droits sp&#233;ciaux de la Chine, &#171; grand pays &#187; face aux &#171; petits pays &#187;, sa politique de mise au pas totalitaire de la soci&#233;t&#233; chinoise, les op&#233;rations de modernisation et de mont&#233;e en puissance de l'arm&#233;e de la R&#233;publique populaire de Chine, les actions de cette derni&#232;re en mer de Chine, t&#233;moignent-elles aussi de volont&#233;s expansionnistes faisant fi du droit international. Trump n'est pas en reste dans cette contestation de l'ordre international et dans l'apologie de la &#171; force brute &#187;. En t&#233;moignent ses propos sur le canal de Panama, sur le destin manifeste du Canada ou du Groenland, ses actions au large du Venezuela et bien &#233;videmment le style de ses n&#233;gociations avec la Russie sur le sort de l'Ukraine et plus g&#233;n&#233;ralement de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment penser cette situation et agir face &#224; ces perspectives, o&#249; trois imp&#233;rialismes rivaux affirment sans fard leur volont&#233; de se partager le monde comme les Europ&#233;ens le firent lors du partage de l'Afrique lors de la conf&#233;rence de Berlin (1884-1885) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au regard des d&#233;fis que met &#224; jour cette situation, les r&#233;flexions men&#233;es par Cornelius Castoriadis dans un livre passablement oubli&#233;, Devant la guerre (1981), semblent d'une singuli&#232;re actualit&#233;. On s'en souvient, son propos fut de penser la confrontation russo-am&#233;ricaine et la perspective d'une guerre mondialis&#233;e au seuil des ann&#233;es 1980. Pour Castoriadis, trois ph&#233;nom&#232;nes &#233;taient &#224; analyser et &#224; prendre en consid&#233;ration pour non seulement comprendre le nouveau cours du monde, mais agir en cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier &#233;tait &#171; la fantastique mont&#233;e de la puissance militaire de l'URSS qui sous-tend(ait) sa politique d'expansion mondiale &#187;. Dans sa confrontation avec les &#201;tats-Unis et ses alli&#233;s, seule l'URSS &#171; menait, et avait la possibilit&#233; de mener, une politique offensive &#187;. Castoriadis insistait sur la fa&#231;on dont son influence grandissait tant en Afrique qu'en Asie et m&#234;me en Am&#233;rique latine, pourtant traditionnellement la chasse gard&#233;e des &#201;tats-Unis. Incapable d'organiser de fa&#231;on efficace la production agricole ou celle des biens de consommation les plus courants, le r&#233;gime sovi&#233;tique avait au contraire su mettre sur pied une soci&#233;t&#233; militaire qui surclassait le complexe militaro-industriel nord-am&#233;ricain. La soci&#233;t&#233; militaire russe &#233;tait &#224; la fois qualitativement et quantitativement sup&#233;rieure &#224; sa rivale, tant sur le plan des forces nucl&#233;aires que des forces conventionnelles. &#171; L'Arm&#233;e &#8211; &#233;crivait-il &#8211; est le seul secteur vraiment moderne de la soci&#233;t&#233; russe et le seul qui fonctionne effectivement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me ph&#233;nom&#232;ne qui retint l'attention de Castoriadis fut la fa&#231;on dont cette absorption du meilleur des ressources de la soci&#233;t&#233; par le monde militaire, traduisait un changement majeur. L'&#171; id&#233;ologie communiste &#187;, m&#233;lange de mensonges et d'arguments pseudo-rationnels destin&#233;s &#224; justifier la domination de la bureaucratie, &#233;tait morte depuis les ann&#233;es 1960 : la soci&#233;t&#233; russe &#233;tait devenue &#224; la fois &#171; une soci&#233;t&#233; cynique &#187; et une &#171; soci&#233;t&#233; stratocratique &#187;. Il constatait que &#171; le corps social de l'Arm&#233;e est l'instance ultime de domination effective &#187;. Le Parti n'&#233;tait plus que son &#171; masque et (son) instrument &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me ph&#233;nom&#232;ne &#224; prendre compte &#233;tait &#224; ses yeux le remplacement de l'id&#233;ologie communiste par un &#171; imaginaire inconnu &#187;, celui de la &#171; Force brute &#187;, &#171; la Force qui ne vise qu'&#224; s'augmenter en tant que Force &#187;. L'expansion ext&#233;rieure &#233;tait devenue la seule issue du r&#233;gime. Ce nouvel imaginaire allait de pair avec une remise &#224; l'honneur du &#171; chauvinisme grand russe &#187; et du r&#234;ve &#171; imp&#233;rial &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que le cours des &#233;v&#233;nements, lors des quarante derni&#232;res ann&#233;es, n'ait rendu nombre des th&#232;ses de &lt;i&gt;Devant la guerre&lt;/i&gt; caduques. La guerre possible n'a pas eu lieu telle que Castoriadis l'envisageait. Le r&#233;gime expansionniste a collaps&#233; de 1989 &#224; 1991. La Russie au d&#233;but du XXI&#176; si&#232;cle, avant l'arriv&#233;e au pouvoir de Poutine, n'&#233;tait plus qu'une puissance r&#233;gionale. Restent des analyses &#224; l'&#233;vidence d'actualit&#233; sur la &#171; stratocratie &#187;, le &#171; chauvinisme grand-russe &#187; et l'id&#233;ologie de la &#171; Force brute &#187;. Sans c&#233;der &#224; la fiction d'un cours rationnel de l'Histoire, force est de constater que ces formes sociales et cet imaginaire que mettait &#224; jour Cornelius Castoriadis ont bel et bien refait surface sous le r&#232;gne de Poutine, tout sp&#233;cialement le r&#234;ve imp&#233;rial et l'imaginaire de la &#171; Force brute &#187;. Ses r&#233;flexions ne sont pas non plus sans pertinence au regard de la politique internationale de la R&#233;publique populaire chinoise ou de celle de la pr&#233;sidence Trump aux &#201;tats-Unis. Reste aussi d'une tr&#232;s grande actualit&#233; la fa&#231;on dont il sut comparer le &#171; rapport des forces mortes &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; la fois, les forces nucl&#233;aires, les forces conventionnelles, mais aussi les th&#233;&#226;tres possibles d'affrontement des forces conventionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de ces analyses, on se propose de revisiter le petit demi-si&#232;cle qui s'est &#233;coul&#233; depuis le moment o&#249; Cornelius Castoriadis &#233;crivit &lt;i&gt;Devant la guerre&lt;/i&gt;. On s'interrogera sur la r&#233;surgence ou la permanence de cet imaginaire imp&#233;rial et de cette id&#233;ologie de la &#171; Force brute &#187; dans la Russie de Poutine, mais aussi dans la Chine de Xi Jinping o&#249; il coexiste avec une r&#233;f&#233;rence persistante au &#171; communisme &#187; et dans l'Am&#233;rique de Trump o&#249; les vell&#233;it&#233;s imp&#233;rialistes et les d&#233;rives anti- d&#233;mocratiques sont chaque jour plus manifestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'actualit&#233; d'un livre de Cornelius Castoriadis, &lt;i&gt;Devant la guerre&lt;/i&gt;, Fayard, 1981, par Gilles Bataillon, 16 d&#233;cembre 2025.&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=bPjDkOvGKKw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source : &#8220;Crise de la d&#233;mocratie&#8221;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pouvoir militaire et mod&#232;les de domination&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Entretien avec Cornelius Castoriadis paru dans Agora, mensuel libertaire, n&#176; 16, mai 1983, p. 28-29, sous le titre : &#171; URSS. Pouvoir militaire et mod&#232;les de domination : Entretien avec Cornelius Castoriadis &#187;. &lt;a href=&#034;https://archivesautonomies.org/IMG/pdf/anarchismes/apres-1944/agora/agora-n16.pdf-&gt;https://archivesautonomies.org/IMG/pdf/anarchismes/apres-1944/agora/agora-n16.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;Il fut un temps o&#249; on ne pouvait mettre en doute, ni m&#234;me s'interroger sur le r&#233;gime sovi&#233;tique, sans &#234;tre soup&#231;onn&#233;, de soutenir le camp imp&#233;rialiste yankee, ou d'&#234;tre un &#171; laquais des r&#233;actionnaires &#187;. Cette p&#233;riode semble d&#233;finitivement close. S'interroger sur la nature sociale de l'URSS est aujourd'hui tr&#232;s &#224; la mode. A gauche, surtout, les analyses foisonnent. Castoriadis ne fait pas partie de cette &#171; tardive compagnie &#187;. D&#232;s les premi&#232;res ann&#233;es de l'apr&#232;s-guerre, il commence &#224; s'int&#233;resser &#224; l'URSS, en fondant &#224; Paris, avec Claude Lefort, la fameuse revue &#171; Socialisme ou Barbarie &#187;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;N&#233; &#224; Ath&#232;nes, Castoriadis y a fait des &#233;tudes de droit, d'&#233;conomie et de philosophie. Au d&#233;but de l'occupation italo-allemande de la Gr&#232;ce, il fonde, avec d'autres communistes dissidents, un groupe de r&#233;sistance en opposition avec le Parti communiste officiel. Par la suite, il adh&#232;re &#224; l'organisation trotskyste de Spiros Stines, o&#249; il militera jusqu'en 1945, avant de s'installer en France. Depuis lors, son int&#233;r&#234;t pour les &#171; pays du socialisme r&#233;el &#187; ne s'est pas d&#233;menti. Son influence sur les groupes d'extr&#234;me-gauche fran&#231;ais s'est accrue : ses analyses &#233;taient monnaie courante parmi les acteurs de mai 68. Aujourd'hui Castoriadis enseigne &#224; l'&#201;cole Pratique des Hautes &#201;tudes &#224; Paris. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels &#171; La soci&#233;t&#233; bureaucratique &#187;, &#171; Devant la guerre &#187;, et depuis quelques ann&#233;es il a cess&#233; de se d&#233;finir en tant que marxiste.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Cet abandon ne l'a cependant pas pouss&#233; (comme bien d'autres intellectuels de sa g&#233;n&#233;ration) vers des positions sociaux-d&#233;mocrates ou lib&#233;rales, mais plut&#244;t vers un &#171; libertarisme &#187; toujours plus accentu&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'entretien ci-contre a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; par nos camarades de la revue &#171; Comunidad &#187; au cours du colloque &#171; Mod&#232;les de totalitarisme et d'imp&#233;rialisme sovi&#233;tiques &#187;, organis&#233; &#224; Milan par le Centre d'&#233;tudes libertaires &#171; Pinelli &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agora : &lt;/strong&gt; Plus de soixante ans apr&#232;s la r&#233;volution d'octobre, qu'est devenue la Russie ? En quoi se transforme un r&#233;gime totalitaire qui conna&#238;t une si grande long&#233;vit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ton dernier livre, &lt;i&gt;Devant la guerre&lt;/i&gt;, tu dis qu'il ne suffit plus de d&#233;crire la Russie comme un pays o&#249; la technobureaucratie s'est transform&#233;e en classe dominante, o&#249; l'exploitation et l'oppression ont atteint des niveaux jusqu'ici inconnus dans l'histoire moderne. Quels sont les &#233;l&#233;ments nouveaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis : &lt;/strong&gt;Pour pouvoir te r&#233;pondre, il est n&#233;cessaire de faire quelques remarques pr&#233;alables. En premier lieu, il faut souligner que la terreur de masse, sous sa forme stalinienne, a disparu. Certes, il y a une r&#233;pression totale, mais celle-ci est en quelque sorte plus efficace, c'est-&#224;-dire qu'elle parvient &#224; maintenir la population en &#233;tat d'ob&#233;issance sans ex&#233;cutions massives et sans d&#233;tenir des millions de personnes dans des camps d'internement. La terreur classique de l'&#232;re stalinienne n'&#233;tait qu'un aspect de ce que j'appelle le &#171; d&#233;lire &#187;. Il n'existait aucune justification rationnelle &#224; cette diffusion de la terreur : ni &#233;conomique, ni politique. Le &#171; D&#233;lire &#187; ne se manifestait pas seulement dans la terreur, mais aussi dans l'&#233;conomie, et il existait m&#234;me un v&#233;ritable &#171; d&#233;lire id&#233;ologique &#187; sp&#233;cifique. Maintenant, ce &#171; d&#233;lire &#187; a disparu. Actuellement, il y a certes des mensonges en quantit&#233;s &#233;normes, mais ils ne constituent pas un &#171; d&#233;lire &#187;. Le m&#233;pris total de l'efficience, qui &#233;tait caract&#233;ristique de l'&#232;re stalinienne, a disparu. Il n'est plus question d'attribuer les &#233;checs des diff&#233;rents plans-programmes &#224; l'activit&#233; de sabotage des anarchistes ou des trotskystes. Il n'existe m&#234;me plus cette construction totalement fictive de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;l&#233;ment important qu'il faut prendre en consid&#233;ration, c'est la d&#233;composition, et m&#234;me pratiquement la mort, de l'id&#233;ologie. Une id&#233;ologie doit, d'une part entretenir une certaine relation avec l'universalit&#233; et la rationalit&#233; ; d'autre part, elle doit jouer un r&#244;le dans la formation de la r&#233;alit&#233; sociale. Ce n'est pas le cas en Russie aujourd'hui. Le marxisme-l&#233;ninisme est devenu un rituel qui ne cherche m&#234;me pas &#224; &#234;tre coh&#233;rent. De plus, les &#171; patrons rouges &#187; ne cherchent plus &#224; exercer un contr&#244;le total sur la r&#233;alit&#233;. Le r&#233;gime a renonc&#233; &#224; contr&#244;ler la pens&#233;e et l'&#226;me des gens. Bien s&#251;r, si quelqu'un s'affiche ouvertement en tant qu'opposant au r&#233;gime, il finira en h&#244;pital psychiatrique, en camp d'internement ou, dans le meilleur des cas, il perdra son emploi. Mais s'il ne conteste pas, il sera laiss&#233; en paix. Le r&#233;gime se limite &#224; contr&#244;ler les comportements ext&#233;rieurs. On peut dire qu'il est devenu pavlovien et skinnerien en renon&#231;ant &#224; la super-socialisation des personnes. A l'inverse d'hier, le r&#233;gime penche aujourd'hui vers la privatisation, les petites carri&#232;res personnelles et la vodka.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agora : &lt;/strong&gt; Mais ces &#233;l&#233;ments que signifient-ils ? Que nous disent-ils sur le r&#233;gime actuel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis : &lt;/strong&gt;Il faut d'abord comprendre qu'il y a eu un &#233;chec de l'instance du totalitarisme, comme a &#233;chou&#233; &#233;galement toute tentative d'auto-r&#233;forme de la bureaucratie. Avec la mort de Staline on pensa, et beaucoup continuent &#224; le penser, que la bureaucratie se r&#233;formerait par elle-m&#234;me et que la soci&#233;t&#233; russe &#233;voluerait vers ce qui, d'un point de vue universitaire ou celui d'un id&#233;ologue occidental, est un &#233;tat normal vers lequel tendent toutes les soci&#233;t&#233;s : un peu de d&#233;mocratie et un peu de march&#233; libre. On s'int&#233;ressera alors aux r&#233;formes introduites dans le syst&#232;me bureaucratique, ainsi qu'aux tendances vers une plus grande rationalit&#233; &#233;conomique, dans un sens occidental. On a cru pouvoir analyser le probl&#232;me de la soci&#233;t&#233; russe selon les sch&#233;mas de la sociologie am&#233;ricaine, c'est-&#224;-dire comme des enjeux et des comp&#233;titions entre des groupes d'int&#233;r&#234;ts. Mais les choses n'&#233;taient pas ainsi. En effet, il y eut deux tentatives de r&#233;forme depuis le sommet du syst&#232;me. La premi&#232;re fut celle de Malenkov, qui voulait augmenter la production des biens de consommation, et qui fut tr&#232;s rapidement &#233;limin&#233;, avec l'intervention d'ailleurs de l'arm&#233;e. La seconde tentative fut celle de Khrouchtchev qui voulait surtout limiter les armements militaires. Et Khrouchtchev fut &#233;limin&#233; par une coalition qu'int&#233;grait &#233;galement l'arm&#233;e. Depuis lors, on n'assista plus &#224; aucune tentative d'auto-r&#233;forme. Aujourd'hui que le Parti communiste est devenu un parasite historique total, nous assistons au fantastique d&#233;veloppement du secteur militaire, &#224; tel point que toutes les grandes questions concernant la soci&#233;t&#233; russe ne peuvent &#234;tre r&#233;solues sans l'accord de l'arm&#233;e, et c'est ce qui me fait dire que l'arm&#233;e s'est transform&#233;e en la force dominante de la soci&#233;t&#233; russe. Aujourd'hui, le pouvoir en Russie est un &#171; pouvoir stratocratique &#187; (1), c'est-&#224;-dire une structure qui voit l'arm&#233;e assumer, en tant que corps social, la direction de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agora : &lt;/strong&gt; Pourtant l'arm&#233;e ne semble pas g&#233;rer directement le pouvoir, elle n'occupe pas une &#171; position centrale &#187; dans la structure du pouvoir sovi&#233;tique&#8230; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis : &lt;/strong&gt;Je crois que pour comprendre ce qui est en train de se passer il est n&#233;cessaire d'oublier les cat&#233;gories sociologiques jusqu'ici connues. Avant tout, il faudrait se demander ce qu'est le pouvoir. Est-ce simplement l'appareil formel ? Il y a aujourd'hui en Russie une nouvelle articulation du pouvoir que nous ne pouvons pas expliquer avec les mod&#232;les que nous connaissons. Dans ce cas, il ne s'agit pas seulement de l'&#233;mergence d'un pouvoir militaire, mais d'un ph&#233;nom&#232;ne nouveau, un ph&#233;nom&#232;ne cosmo-historique qui est repr&#233;sent&#233; par cette arm&#233;e moderne industrialis&#233;e. Une arm&#233;e qui implique, pour exister, un tel complexe industriel, n'a jamais exist&#233;. Cette arm&#233;e russe, en quel sens domine-t-elle ? A mon avis, c'est elle qui impose les grandes orientations, les grandes directives, les choix nationaux et internationaux. Ce secteur n'a aucun int&#233;r&#234;t &#224; d&#233;tenir le pouvoir de nommer les instituteurs de la Sib&#233;rie orientale ou de fixer le prix des chaussures ; pour ces choses-l&#224;, il y a la bureaucratie du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agora : &lt;/strong&gt; Le parti occupe-t-il encore une place importante dans la soci&#233;t&#233; russe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis : &lt;/strong&gt;Comme je l'ai &#233;crit dans mon livre &#171; Devant la guerre &#187;, il y a deux secteurs dans la soci&#233;t&#233; russe : le secteur civil qui ne fonctionne pas ou qui fonctionne tr&#232;s mal, dans lequel il y a continuellement des p&#233;nuries de biens et des produits de mauvaise qualit&#233; ; et le secteur militaire, qui fonctionne parfaitement et qui a transform&#233; la Russie en premi&#232;re puissance militaire mondiale. Cette situation a-t-elle une signification ? L'arm&#233;e post-stalinienne est une arm&#233;e d'ing&#233;nieurs du nucl&#233;aire, de l'&#233;lectronique et de la chimie, d'ing&#233;nieurs de la m&#233;tallurgie. En somme, une arm&#233;e de sp&#233;cialistes. Les diff&#233;rences entre secteur civil et secteur militaire croissent rapidement. On dirait que la soci&#233;t&#233; militaire est la seule partie efficiente de la soci&#233;t&#233; russe. Cette soci&#233;t&#233; militaire (je parle &#233;videmment de la partie professionnelle de l'arm&#233;e) est surtout une &#233;norme industrie qui, selon mes calculs, doit employer approximativement quelque vingt millions de travailleurs, sur une force de travail totale de cent quarante &#224; cent cinquante millions. Pour obtenir cette efficience, il ne suffit pas de consacrer &#224; la production une grande partie des ressources. Par exemple, depuis dix ans, 30 % des investissements russes vont vers l'agriculture sans que celle-ci cesse de se trouver dans la m&#234;me d&#233;sastreuse situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe donc une organisation diff&#233;rente de la production militaire, dont nous pouvons aujourd'hui nous faire une id&#233;e gr&#226;ce aux t&#233;moignages des dissidents. Si nous observons l'ensemble de la soci&#233;t&#233; russe, nous notons que la sub-soci&#233;t&#233; militaire est l'unique force vive du r&#233;gime, alors que le parti est une esp&#232;ce de cadavre vivant. L'on parvient ainsi &#224; la conclusion que le totalitarisme, dans son sens classique, a laiss&#233; place &#224; un nouveau type d'organisation sociale : la &#171; stratocratie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agora : &lt;/strong&gt; Cela a-t-il alors un sens de d&#233;finir le r&#233;gime sovi&#233;tique comme un r&#233;gime totalitaire, c'est-&#224;-dire, caract&#233;ris&#233; par des formes que nous connaissons et d&#233;signons comme telles (fascisme, nazisme&#8230;) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis : &lt;/strong&gt;Je crois qu'il faut reconna&#238;tre que nous nous trouvons face &#224; un animal historique nouveau qui a en commun avec le totalitarisme classique une caract&#233;ristique, &#224; savoir qu'il tend vers la force brute pour la force brute. Mais en dehors de cela, il y a de substantielles diff&#233;rences, puisque nous devons constater qu'en Russie l'objectif d'une domination totale sur la soci&#233;t&#233; a d&#251; &#234;tre abandonn&#233;. La domination continue d'&#234;tre un objectif, mais en tant que domination externe. Pourquoi ? Je pense, qu'au moins dans le cas russe, le totalitarisme classique a &#233;chou&#233; dans son objectif central : assimiler totalement les &#234;tres humains &#224; la soci&#233;t&#233;, ou en cas d'impossibilit&#233;, les d&#233;truire. Cet objectif s'est r&#233;v&#233;l&#233; impossible, et &#224; mon avis l'&#233;chec du parti et l'&#233;mergence de l'arm&#233;e traduisent cette impossibilit&#233;. Certes l'histoire n'est pas encore achev&#233;e, mais dans la mesure o&#249; cette &#233;volution montre qu'il est impossible de d&#233;passer les r&#233;sistances du facteur humain, nous pouvons penser que les possibilit&#233;s de lutter pour la libert&#233; existent toujours. Et nous pouvons non seulement le penser, mais aussi tenter de le poser en actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1229-Actualite-de-la-stratocratie-russe-2-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le courant anti-Lumi&#232;res en France</title>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
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&lt;p&gt;Transcription de l'&#233;mission d'octobre 2025 du podcast H&#233;r&#233;tiques, &#171; Les mouvances anti-Lumi&#232;res &#187; : https://heretiques.fr/2025/10/01/le... La cartographie des mouvances anti-Lumi&#232;res, dont il va &#234;tre question ici, a &#233;t&#233; mise en ligne au printemps 2022 et en est aujourd'hui &#224; sa quatri&#232;me version. &#201;labor&#233;e par une petite &#233;quipe qui tente de la maintenir &#224; jour, elle vise &#224; recenser, sans pr&#233;tention &#224; l'exhaustivit&#233;, l'ensemble des personnalit&#233;s, groupements et institutions qui travaillent &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-61-les-fausses-subversions-" rel="directory"&gt;Les fausses subversions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-264-Ecologie-de-coloniale-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie (d&#233;)coloniale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-217-islamogauchisme-+" rel="tag"&gt;Islamogauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-162-extremes-droites-+" rel="tag"&gt;Extr&#234;mes-droites&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-135-radicalisme-creux-+" rel="tag"&gt;Insurrectionnalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Transcription de l'&#233;mission d'octobre 2025 du podcast H&#233;r&#233;tiques, &#171; Les mouvances anti-Lumi&#232;res &#187; : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2025/10/01/les-mouvances-anti-lumieres/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2025/10/01/le...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1102-Cartographie-des-mouvances-anti-Lumieres' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;cartographie des mouvances anti-Lumi&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, dont il va &#234;tre question ici, a &#233;t&#233; mise en ligne au printemps 2022 et en est aujourd'hui &#224; sa quatri&#232;me version. &#201;labor&#233;e par une petite &#233;quipe qui tente de la maintenir &#224; jour, elle vise &#224; recenser, sans pr&#233;tention &#224; l'exhaustivit&#233;, l'ensemble des personnalit&#233;s, groupements et institutions qui travaillent &#224; la fin du projet d'autonomie tel qu'il a &#233;t&#233; port&#233; par la modernit&#233;, les Lumi&#232;res, l'Occident, comme germe d'&#233;mancipation individuelle et collective.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Nous faisons aujourd'hui une &#233;mission un peu particuli&#232;re puisqu'on s'auto-invite une deuxi&#232;me fois : il n'y a pas longtemps, nous abordions le th&#232;me du travail de Castoriadis, &#224; partir d'une brochure de Lieux Communs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Podcast H&#233;r&#233;tiques 'Castoriadis : penser l'&#233;poque' avec Quentin Berard (juin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L&#224;, l'&#233;mission porte sur un projet que l'on a sorti, il y a quelque temps d&#233;j&#224;, qui s'appelle la &#171; &lt;i&gt;Carto&lt;/i&gt;&lt;i&gt;graphie&lt;/i&gt;&lt;i&gt; des mouvances anti-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;umi&#232;res &lt;/i&gt; &#187;. Pour en parler, je suis avec Quentin et nous allons pr&#233;senter ce qu'&#233;tait ce projet qui a abouti &#224; la cartographie maintenant visible en ligne sur le site collectiflieuxcommuns.fr. Avant de parler des anciens projets qui ont inspir&#233; cette cartographie, je me permets d'ouvrir une petite parenth&#232;se &#224; propos de la r&#233;cup&#233;ration de cette cartographie par le m&#233;dia &#171; Fronti&#232;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques mois, le m&#233;dia &#171; Fronti&#232;res &#187; a sorti sur son site une &#171; &lt;i&gt; cartographie de l'extr&#234;me gauche &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. https://www.frontieresmedia.fr/cartographies/cartographie-de-lextreme-gauche&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cartographie qui ressemble quand m&#234;me &#233;norm&#233;ment &#224; celle que nous avions publi&#233;e trois ans auparavant : il y a les m&#234;mes couleurs, les m&#234;mes zones, quasiment les m&#234;mes titres et tout cela est assez flagrant&#8230; Bien s&#251;r, il y a un c&#244;t&#233; positif dans tout &#231;a, c'est que nos cartographies circulent, qu'elles inspirent. Mais, il y a tout de m&#234;me un grand probl&#232;me ici, c'est que notre travail est d&#233;tourn&#233; et il n'est pas cit&#233;. Nous avons, certes, avec &#171; Fronti&#232;res &#187; &#224; peu pr&#232;s et souvent les m&#234;mes ennemis : pr&#233;cis&#233;ment ceux que l'on a cit&#233;s sur la cartographie. Mais il y a une diff&#233;rence importante qui nous distingue sur le fond, c'est que &#171; Fronti&#232;res &#187; vise une sorte de retour de la droite catholique, et ce n'est pas absolument notre ligne et pas du tout notre vis&#233;e, au cas o&#249; vous ne l'auriez pas remarqu&#233;&#8230; Voil&#224;, c'&#233;tait juste ce qu'on voulait dire, c'est vraiment dommage d'avoir ce genre de pratique, on en parlera plus en d&#233;tails sur notre site ou &lt;a href=&#034;https://x.com/autodis0/status/1985820429571801179&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;sur les r&#233;seaux&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On revient sur notre cartographie des mouvements anti-Lumi&#232;res et pr&#233;cis&#233;ment sur le d&#233;but, &#224; savoir d'o&#249; est venue l'id&#233;e de faire une cartographie, sachant qu'il y avait d&#233;j&#224; une cartographie qui &#233;tait celle de &#171; La Horde &#187; sur l'extr&#234;me droite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. https://lahorde.info/Schema-de-l-extreme-droite-en-France-juin-2024-14e-edit&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et que la premi&#232;re cartographie que Lieux Communs a sorti &#233;tait sur les islamo-gauchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Origine de la cartographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt; Oui, peut-&#234;tre qu'il faudrait que l'on commence par l&#224;. La cartographie de &#171; La Horde &#187; existe depuis longtemps, une vingtaine d'ann&#233;es je crois, et est assez connue dans le milieu de la gauche, de l'extr&#234;me gauche, de l'ultra-gauche, du milieu libertaire. Et je trouvais que c'&#233;tait un outil visuel int&#233;ressant. Tr&#232;s rapidement, d&#232;s l'&#233;mergence, ou plut&#244;t l'installation dans le paysage m&#233;diatique d'un islamo-gauchisme tenace, on va dire &#224; partir de 2003-2004, m'est venue l'id&#233;e de faire une cartographie de ces mouvances islamo-gauchistes qui &#224; l'&#233;poque &#233;taient quand m&#234;me assez circonscrites. &#199;a a donn&#233; lieu &#224; un projet, qui a &#233;t&#233; men&#233; &#224; bien, puisqu'on a publi&#233; la premi&#232;re &#171; &lt;i&gt;C&lt;/i&gt;&lt;i&gt;artographie de l'islamo-gauchisme en France &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cartographie de l'islamo-gauchisme en France, URL : https://collectiflieuxcommun&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; aux alentours de 2018, printemps 2018, je crois, qui a eu un certain succ&#232;s, en tout cas un certain &#233;cho. &#199;a nous a permis de prendre des contacts, des gens ont r&#233;agi&#8230; Ce sont des cartographies qui sont disponibles sur le site collectiflieuxvcommun.fr, c'est assez facile &#224; trouver. Le mieux, ce serait que les auditeurs aient moyen de les avoir sous les yeux en m&#234;me temps que nous menons l'&#233;mission, cela permettrait d'avoir une vision panoramique de la chose, en quelque sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cartographie sur l'islamo-gauchisme a donc eu un certain succ&#232;s. C'&#233;tait &#224; la fois du symbolique et &#224; la fois de la r&#233;alit&#233;, parce que l'on d&#233;crivait un petit peu le milieu en fonction des cat&#233;gories, en fonction de la radicalit&#233; des gens, de ceux qui &#233;taient mollement islamo-gauchistes jusqu'aux &#171; Fr&#232;res pr&#233;sentables &#187;, les Fr&#232;res Musulmans. Et nous avions men&#233; une &#233;mission d'ailleurs, &#224; l'&#233;poque sur cette cartographie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;mission 'Offensive Sonore' consacr&#233;e &#224; la cartographie de l'islamo-gauchisme en&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et les contacts qu'on a nou&#233;s &#224; cette &#233;poque-l&#224; nous ont permis d'encha&#238;ner sur une autre cartographie qui est sortie trois ou quatre ans plus tard, beaucoup plus s&#233;rieuse, que l'on trouve &#233;galement sur le site, la &#171; Cartographie de la galaxie des Fr&#232;res musulmans &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cartographie de la galaxie des Fr&#232;res Musulmans en France, URL : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour le coup, il y avait une innovation technique, ce sont les notices qui sont cliquables : lorsque l'on va avec la souris sur la photo de la figure qui nous int&#233;resse, on clique et on a une pr&#233;sentation tr&#232;s synth&#233;tique de la personne ou de la structure qui est repr&#233;sent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Il y a ces trois cartographies effectivement. Est-ce que tu vois une similitude avec la cartographie de &#171; La Horde &#187; qui a &#233;t&#233; faite ? Eux, c'est vraiment une liste des collectifs d'extr&#234;me droite &#8211; ce qu'ils appellent &#171; extr&#234;me droite &#187;, on n'est pas forc&#233;ment d'accord sur leur d&#233;finition d'ailleurs.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Est-ce le m&#234;me type de d&#233;marche ? Est-ce aussi &#171; &lt;i&gt;pour mieux la conna&#238;tre, pour mieux la combattre&lt;/i&gt; &#187; ? Par exemple, pour les cartographies sur les islamo-gauchistes ou les islamistes, c'&#233;tait un peu &#231;a, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;C'est une bonne question. D&#233;j&#224;, moi, personnellement, je ne suis pas tr&#232;s au clair avec cette histoire de cartographier les gens : il y a un c&#244;t&#233; fichage, qui ne me pla&#238;t pas tellement. Ce qui est assez dr&#244;le, c'est que les gens qui nous le reprochent sont les m&#234;mes, qui appr&#233;cient beaucoup la cartographie des antifascistes repr&#233;sentant l'extr&#234;me droite&#8230; Donc en fait, ce sont des gens qui sont d'accord pour ficher les gens d'extr&#234;me droite, mais pas pour l'&#234;tre &#224; leur tour dans des cat&#233;gories&#8230; Donc il faut &#234;tre coh&#233;rent. L'id&#233;e n'est pas du tout de dresser des listes, puisque ce sont des gens qui sont connus, qui sont reconnus [et toutes les informations consign&#233;es sont &#171; OSINT &#187;, publiques et accessibles &#224; tous] : c'est plut&#244;t un outil intellectuel, en ce qui me concerne moi, personnellement, et je crois que c'est comme &#231;a que les gens l'utilisent aussi, c'est de tenter d'avoir une vue d'ensemble d'un paysage politico-intellectuel, qui permette de penser la chose, et on verra que cette cartographie des mouvements anti-Lumi&#232;res, dont on parle aujourd'hui, a une dimension intellectuelle qui, pour moi du moins, est tr&#232;s importante. On en parlera plut&#244;t &#224; la fin pour ne pas alourdir les &#233;changes. Mais l'organisation spatiale de cette cartographie entre le haut, le bas, la gauche, la droite, et le texte un peu dense qui la sous-tend, est pour moi un v&#233;ritable enjeu intellectuel. C'est un peu diff&#233;rent pour la cartographie des Fr&#232;res Musulmans, qui, l&#224;, pour le coup, nous repr&#233;sente une extr&#234;me droite religieuse, la seule et v&#233;ritable extr&#234;me droite qui existe aujourd'hui en France et en Europe, donc l&#224;, oui, on pourrait reprendre le slogan des antifascistes : &#171; Mieux la conna&#238;tre pour mieux la combattre &#187;. Et l&#224;, j'ai beaucoup moins de scrupules, bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les anti-Lumi&#232;res et l'extr&#234;me-droite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;L&#224;, je suis oblig&#233; de demander une pr&#233;cision, parce que tu dis la seule extr&#234;me droite, c'est-&#224;-dire qu'on a une d&#233;finition aussi claire de l'extr&#234;me droite. Ce qui n'est pas forc&#233;ment le cas, justement, des gens qui cartographient l'extr&#234;me droite. C'est assez impressionnant, mais c'est la r&#233;alit&#233;, il y a quelques articles je crois sur &#171; La Horde &#187; qui la d&#233;finissent mais c'est de mani&#232;re assez floue, et d'ailleurs, dans la carto actuelle on retrouve le parti &#171; Les R&#233;publicains &#187;, qui seraient selon eux d'extr&#234;me droite. La, &#231;a va tr&#232;s loin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Oui, le magazine &#171; Causeur &#187; aussi, serait d'extr&#234;me droite, etc. Il y a longtemps, en 2014, donc &#231;a fait plus de dix ans, que Lieux Communs a sorti un tract sur l'extr&#234;me droite, qui est toujours beaucoup appr&#233;ci&#233;, parce que c'est effectivement le seul texte qui tente de d&#233;finir rationnellement ce qu'on entend par &#171; extr&#234;me droite &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tract 'Ce que nous appelons extr&#234;me droite' (avril 2014), URL : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce sont cinq crit&#232;res qui viennent d'un texte de Guy Fargette&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Inertie Historique, (octobre 2012), texte extrait du bulletin de G.Fargette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et que l'on a un petit peu &#233;toff&#233;s. Le premier crit&#232;re, c'est par exemple une volont&#233; d'&#233;tablir une soci&#233;t&#233; clairement antid&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire o&#249; la majorit&#233; du peuple n'est pas appel&#233; &#224; prendre des d&#233;cisions, une soci&#233;t&#233; qui est fortement hi&#233;rarchis&#233;e entre ceux qui d&#233;cident et ceux qui ob&#233;issent, que ce soit dans un ordre traditionnel ou un ordre fasciste, ou tout ce que l'on veut. Tr&#232;s clairement, ce n'est pas du tout ce que l'on voit aujourd'hui dans ce qu'on appelle l'&lt;i&gt;extr&#234;me droite nationale&lt;/i&gt;, que ce soit au Front National, au Rassemblement National, chez Zemmour, ou chez &#171; Causeur &#187;, etc. Ce sont les premiers, m&#234;me si c'est pour des raisons opportunistes, qui exigent que le peuple soit entendu aujourd'hui. Mais par contre, du c&#244;t&#233; des islamistes, tr&#232;s clairement, on a la volont&#233; d'instaurer une soci&#233;t&#233; th&#233;ocratique qui, par d&#233;finition, est oppos&#233;e radicalement &#224; la d&#233;mocratie. C'est un premier crit&#232;re, une soci&#233;t&#233; antid&#233;mocratique et hi&#233;rarchis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me crit&#232;re, &#231;a pourrait &#234;tre par exemple la place des femmes, qui est fondamentale. Bon, l&#224;, il n'y a pas de dessin &#224; faire, du c&#244;t&#233; des islamistes, on sait tr&#232;s bien le sort qui est r&#233;serv&#233; aux femmes. En France, celles qu'on qualifie souvent de f&#233;ministes d'extr&#234;me droite, &#171; N&#233;m&#233;sis &#187;, etc., ne sont pas du tout des femmes qui ont envie de revenir sur les acquis du f&#233;minisme, m&#234;me si on peut y voir parfois un &#233;loge de la femme au foyer, etc. Dans les faits, on voit tr&#232;s mal ces gens dits d'extr&#234;me droite revenir sur un certain nombre de droits qui ont &#233;t&#233; acquis. En tout cas, &#231;a me semble extr&#234;mement minoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Par exemple le RN ne remet plus en cause le droit &#224; l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;Oui, bien s&#251;r. Le RN n'est vraiment plus du tout d'extr&#234;me droite aujourd'hui, que &#231;a nous plaise ou pas. S'il l'a &#233;t&#233;, il ne l'est plus. Et lui-m&#234;me est d&#233;bord&#233; par la base &#233;lectorale qui le porte aujourd'hui au pouvoir. Il ne fait que suivre le mouvement, il ne fait que s'adapter &#224; une pouss&#233;e populaire qu'il n'a m&#234;me pas suscit&#233;e, qui est vraiment de l'ordre d'une r&#233;action &#224; la r&#233;alit&#233; due &#224; des ph&#233;nom&#232;nes que sont les migrations de masse, la corruption de tout l'appareil politique ou m&#233;diatique, l'expansion de l'islamisme, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre crit&#232;re de l'extr&#234;me droite en ce qui nous concerne, la nostalgie d'un pass&#233; mythifi&#233;, la volont&#233; de restaurer une grandeur d&#233;chue. C'&#233;tait le cas du fascisme de Mussolini avec l'Empire romain, c'est le cas, par exemple, de la Grande Russie, du retour imp&#233;rial de multiples p&#244;les civilisationnels et, &#233;videmment, du c&#244;t&#233; de l'islam, c'est tr&#232;s clair, il y a un projet de restauration du califat. Voil&#224;, &#231;a c'est assez &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre crit&#232;re de l'extr&#234;me droite, &#231;a pourrait &#234;tre une fascination pour la violence. Une fa&#231;on de trancher les conflits, non pas par les n&#233;gociations, non pas par l'argumentation, mais par la violence, qui est, au fond, une fascination &#233;rig&#233;e en principe de fonctionnement. Du c&#244;t&#233; de l'islam, c'est ce que l'on a vu du c&#244;t&#233; de l'islamisme, il y a quelque chose qui est de cet ordre-l&#224;. Du c&#244;t&#233; des antifas aussi, l&#224; pour le coup, on peut donner un petit coup de griffe : dans les milieux antifas, il y a tout un virilisme qui se d&#233;veloppe et une fascination pour la violence que l'on pr&#234;te &#224; l'ennemi suppos&#233; fasciste mais, qu'en r&#233;alit&#233;, on exerce sans aucun complexe, d'autant plus que l'ennemi est d&#233;shumanis&#233;. Il suffit de traiter quelqu'un comme &#233;tant fasciste et &#224; partir de l&#224;, il peut y avoir une confrontation physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;On ne d&#233;bat pas avec les fascistes, on leur met une balle dans la t&#234;te, comme r&#233;cemment [r&#233;f&#233;rence &#224; l'assassinat alors r&#233;cent de Charlie Kirk, et anticipation du lynchage de Quentin Deranque &#224; Lyon en f&#233;vrier 2026]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;Oui, tout &#224; fait, mais uniquement partir du moment o&#249; ils sont faibles. Par contre, &#224; partir du moment o&#249; ils sont un peu plus forts, comme le sont les islamistes, l&#224; pour le coup, on va se mettre &#224; n&#233;gocier &#8211; ou on se soumet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Apr&#232;s c'est une extr&#234;me droite qui n'est pas occidentale, c'est aussi &#231;a qui joue un r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;Oui, bien s&#251;r, il s'agit vraiment d'un anti-occidentalisme et au fond la v&#233;ritable extr&#234;me droite est anti-occidentale au sens o&#249; l'Occident est porteur, notamment de ce projet d'&#233;galit&#233;, de ce projet de libert&#233; qui s'est mat&#233;rialis&#233; &#224; travers toute l'histoire de l'Occident depuis mille ans, et notamment &#224; travers les mouvements des Lumi&#232;res et le mouvement ouvrier, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Justement, on peut poursuivre l&#224;-dessus : On a d&#233;fini l'extr&#234;me droite, et l&#224; on parle de &#171; Mouvances anti-Lumi&#232;res &#187;. Et en fait, les Lumi&#232;res, c'est un mouvement occidental qui s'inscrit dans une culture. Comment pourrais-tu d&#233;finir ces Lumi&#232;res ? Je pense &#224; la sortie des croyances religieuses, il y a une volont&#233; en tout cas de s'&#233;manciper, une volont&#233; de progr&#232;s qui arrive un peu avant la R&#233;volution fran&#231;aise, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;Oui, on peut y revenir justement pour aborder la question de la gen&#232;se de la cartographie parce que c'est une cartographie qui est un peu un m&#233;lange des deux pr&#233;c&#233;dentes, la &#171; &lt;i&gt;cartographie de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;islamo-gauchis&lt;/i&gt;&lt;i&gt;me&lt;/i&gt; &#187;, puisqu'on repr&#233;sente &#171; les islamo-gauchistes &#187; sur cette cartographie des anti-Lumi&#232;res, et on reprend aussi une grande partie de la &#171; &lt;i&gt;C&lt;/i&gt;&lt;i&gt;artographie de la galaxie des &lt;/i&gt;&lt;i&gt;F&lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&#232;res &lt;/i&gt;&lt;i&gt;M&lt;/i&gt;&lt;i&gt;usulmans&lt;/i&gt; &#187;, puisqu'il y a un p&#244;le &#171; islamisme &#187; sur cette cartographie aussi. Alors, lorsque l'on a con&#231;u cette cartographie, on s'est demand&#233; quel titre lui donner et, au fond, qu'est-ce qu'on essayait de repr&#233;senter. On a beaucoup h&#233;sit&#233; : &#171; anti-Occident &#187;, &#171; anti-France &#187;, &#171; anti-libert&#233;s &#187;, &#171; anti-modernit&#233; &#187;, etc. Et on a trouv&#233; finalement que le terme &#171; anti-Lumi&#232;res &#187;, bien qu'assez approximatif, nous semblait rassembler la plupart des choses que l'on voulait dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;En fait, on observait effectivement le ph&#233;nom&#232;ne des gens qui se disent progressistes et qui, en fait, luttent contre leurs propres id&#233;es, historiquement. On parle beaucoup des islamo-gauchistes, mais c'est le retournement de M&#233;lenchon r&#233;cemment qui en est un exemple typique, mais ce sont des gens qui combattent f&#233;rocement les id&#233;es qui sont issues du mouvement ouvrier, du mouvement de la gauche, tout en disant le contraire. Mais dans les faits, c'est &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lumi&#232;res, autonomie et souverainet&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;D'o&#249; le sous-titre, &#171; &lt;i&gt;D&lt;/i&gt;&lt;i&gt;u progressisme &#224; l'obscurantisme &lt;/i&gt; &#187;. Et on a list&#233;, on aurait peut-&#234;tre d&#251; commencer par l&#224;, un certain nombre de p&#244;les qui vont des &#171; islamistes &#187;, bien s&#251;r, aux &#171; islamo-gauchistes &#187;, en passant par &#171; l'&#233;cologie d&#233;coloniale &#187;, les mouvances &#171; anti-flics &#187; &#8211; on n'a pas trouv&#233; de meilleur terme &#8211;, le &#171; d&#233;colonialisme &#187;, &#171; l'indig&#233;nisme &#187;, le &#171; racialisme &#187; &#8211; on va revenir sur tout &#231;a, c'est juste pour lister un peu, donner une vision globale aux gens qui n'ont pas la carto sous les yeux &#8211; le &#171; lobby pro-religion &#187;, les &#171; sans-fronti&#233;ristes &#187;, &#171; l'islamisme turc &#187; qui est un cas un peu particulier, et puis &#171; l'extr&#234;me droite &#187;, un petit bout de l'extr&#234;me droite fran&#231;aise. En quoi tout &#231;a nous semble rassembler les mouvances anti-Lumi&#232;res ? On d&#233;finit dans un petit texte, en bas &#224; droite, les Lumi&#232;res avec peut-&#234;tre des termes un peu impr&#233;cis, mais qui nous semblaient malgr&#233; tout dire beaucoup de choses : le principe de l'autonomie et le principe de la souverainet&#233;, les deux &#233;tant pour nous &#224; l'origine de ce versant &#233;mancipateur de l'Occident, tel qu'il s'est constitu&#233; depuis le XIIIe si&#232;cle, le XIIe - XIIIe si&#232;cle, &#224; travers, si je reprends une liste que Castoriadis aimait bien faire, l'&#233;mergence des villes libres &#224; partir du Xe - XIe si&#232;cle, la r&#233;volution du XIIIe si&#232;cle, la Renaissance derri&#232;re, les Lumi&#232;res, les r&#233;volutions classiques &#8211; r&#233;volution am&#233;ricaine, r&#233;volution anglaise, fran&#231;aise &#8211; les mouvements ouvriers, et puis les derniers mouvements &#233;cologistes, f&#233;ministes, etc. C'est cela en fait ce que l'on a repr&#233;sent&#233;, c'est sont des gens qui, au fond, vont &#224; l'encontre de ce grand mouvement visant l'autonomie de l'individu et de la collectivit&#233;. L'autonomie, c'est la capacit&#233; de faire ses propres lois : la d&#233;mocratie au sens collectif, et puis l'&#233;mergence d'une subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante pour l'individu, qui n'est pas uniquement membre d'un clan, qui n'est pas uniquement le sujet d'un royaume, mais qui veut &#234;tre un individu autonome, non pas arrach&#233; &#224; son milieu, mais qui &#233;tablit avec son milieu, ses appartenances et ses d&#233;pendances, un rapport critique. Ce n'est pas un atome qui est perdu dans l'univers, c'est un sujet r&#233;fl&#233;chissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Il y a le c&#244;t&#233; citoyen de la R&#233;volution fran&#231;aise, et il y a aussi le c&#244;t&#233; quelque chose qui est assez europ&#233;en et historiquement assez court, c'est l'&#201;tat-nation. Ce sont ces deux choses-l&#224; que l'on voit dans l'&#233;mergence provoqu&#233;e par les Lumi&#232;res, qui a cr&#233;&#233; du coup une esp&#232;ce de recherche dans l'&#233;mancipation &#224; la fois personnelle et &#224; la fois au niveau d&#233;mocratique, qui a cr&#233;&#233; le mouvement d&#233;mocratique et c'est aussi ce qui a donn&#233; naissance &#224; ce qu'on appelle mouvement ouvrier. Il n'y a rien qui d&#233;marre politiquement avant la R&#233;volution fran&#231;aise. Ou alors il y a des choses qui ont inspir&#233; la R&#233;volution fran&#231;aise&#8230; C'est un peu dur, mais &#231;a commence l&#224; aussi, et c'est la base, par exemple, les gauchistes se r&#233;f&#232;rent &#224; Marx mais Marx est clairement pro-Lumi&#232;res. Il n'y a pas photo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;Ah oui, bien s&#251;r, il se r&#233;clame lui-m&#234;me du mouvement d'&#233;mancipation, qu'il interpr&#232;te de mani&#232;re diff&#233;rente dans sa propre philosophie, mais aujourd'hui, on peut consid&#233;rer que Marx est un tr&#232;s grand penseur, et un penseur de la modernit&#233;, &#233;videmment, m&#234;me s'il est critique de cette modernit&#233;, mais le principe de la modernit&#233;, c'est d'&#234;tre critique vis-&#224;-vis d'elle-m&#234;me. C'est tout le paradoxe tr&#232;s profond de l'autonomie : critiquer sa propre soci&#233;t&#233;, critiquer sa propre civilisation, critiquer sa propre culture, critiquer son propre mouvement politique, se critiquer soi-m&#234;me, c'est une capacit&#233; culturelle qui n'est pas &#233;vidente du tout dans l'histoire de l'humanit&#233;. Et c'est &#231;a qui est en train de dispara&#238;tre. L'autocritique est en train de devenir un autod&#233;nigrement, et &#224; l'inverse, on pense aux islamistes, aux communautaristes, aux racialistes, il y a une cat&#233;gorie de personnes qui deviennent vraiment incapables de se critiquer eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;C'est ce qu'on appelle post-modernisme : c'est-&#224;-dire la critique de la modernit&#233;, et donc aller au bout de la critique, mais du coup on d&#233;truit les fondements m&#234;me qui ont permis la critique, la rationalit&#233; notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;C'est toute la convergence, dont on parlera un peu plus tard, entre les post-modernes et les pr&#233;-modernes, c'est-&#224;-dire que les gens qui se pr&#233;tendent hyper-critiques de la modernit&#233;, qui se pr&#233;tendent &#234;tre des post-modernes, ne font, en r&#233;alit&#233;, que converger vers une pr&#233;-modernit&#233;, c'est-&#224;-dire une soci&#233;t&#233; traditionaliste, tout simplement, avec une transition par une phase de d&#233;sordre, de chaos, dans laquelle on est en train d'entrer et dont on ne peut sortir que par un ordre autoritaire, quel qu'il soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je voudrais revenir sur une chose que tu as dite qui &#233;tait tr&#232;s vraie, qui &#233;tait plus concr&#232;te que ce que je disais : l'&#233;mergence du citoyen, effectivement, c'est l'individu dans sa cit&#233;, il r&#233;pond de sa cit&#233;, il participe &#224; l'&#233;laboration des lois. C'est le mod&#232;le grec, bien s&#251;r, qui a &#233;t&#233; repris par l'Occident. Ensuite l'&#201;tat-nation : il me semble que ce n'est pas la m&#234;me chose, l'&#201;tat et la nation. Moi, je tiens toujours au principe libertaire d'&#234;tre contre le principe d'un &#201;tat ind&#233;pendant de la soci&#233;t&#233; : l'&#201;tat doit &#234;tre le repr&#233;sentant du peuple, donc ce n'est plus un &#201;tat. Le principe m&#234;me de l'&#201;tat dans les soci&#233;t&#233;s, dans les &#171; d&#233;mocraties modernes &#187;, dans les oligarchies contemporaines en r&#233;alit&#233;, c'est que l'&#201;tat est ind&#233;pendant et totalement s&#233;par&#233; de la population. Le principe de d&#233;mocratie directe est qu'au contraire, il n'y a plus d'&#201;tat en ce sens-l&#224;, il y a une autorit&#233; centrale, il y a un pouvoir, mais qui est contr&#244;l&#233; &#224; tous les niveaux par les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Par contre, il y a une nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;Alors le principe de nation, l&#224;, il y a peut-&#234;tre un petit peu de temps &#224; passer l&#224;-dessus pour une petite clarification. On parle de souverainet&#233; : &#231;a veut dire un peuple qui s'assemble, en tout cas des gens qui sont assembl&#233;s &#224; un endroit pour g&#233;rer un territoire et d&#233;cider ensemble. Et tr&#232;s souvent, &#224; gauche, et &#224; l'extr&#234;me-gauche maintenant, il est de bon ton de discr&#233;diter, de conspuer, de d&#233;noncer le principe m&#234;me de la nation, ce qui est une absurdit&#233; totale, parce que d&#232;s que l'on y r&#233;fl&#233;chit un tout petit peu, la nation, c'est un principe de gauche qui a &#233;merg&#233; durant la R&#233;volution fran&#231;aise ; c'est ce qui permet de sortir du royaume d'un c&#244;t&#233;, c'est-&#224;-dire du domaine du roi, et de l'Empire de l'autre, c'est-&#224;-dire de l'&#201;tat universel, et de la tribu, o&#249; c'est un lignage qui d&#233;termine l'appartenance, on appartient &#224; des familles, etc. La nation, c'est une communaut&#233; &#224; laquelle on peut adh&#233;rer, ou pas. On peut quitter une nation et on peut y adh&#233;rer. C'est le principe de l'immigration : vous &#234;tes un &#233;tranger, le projet de la nation fran&#231;aise vous pla&#238;t &#8211; ou anglaise, ou italienne, ce que vous voulez &#8211; vous y adh&#233;rez, vous participez &#224; ce projet-l&#224; et vous vous appropriez le pass&#233;, le pr&#233;sent et le projet. C'est donc une notion qui est extr&#234;mement &#233;mancipatrice. Le principe de la d&#233;mocratie est d'&#233;tablir une souverainet&#233;, quel que soit le niveau, au niveau de la commune, au niveau de la r&#233;gion, au niveau d'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale d'associations, c'est un principe de souverainet&#233;. &#192; l'&#233;chelle d'un pays et bien cela s'appelle une nation, tout simplement. Donc on peut supprimer la nation mais moi je demande toujours aux gens qui sont anti-nationaux : par quoi vous remplacez la nation ? Qu'est-ce qu'on fait ? Vous faites une f&#233;d&#233;ration, on peut toujours appeler &#231;a une nation ; le principe est toujours d'&#233;tablir une souverainet&#233; collective, quelle que soit l'&#233;chelle. Ou alors vous r&#233;tablissez un empire, un califat, tout ce que vous voulez, ou alors un royaume, ou alors une tribu, mais le principe de la nation est tr&#232;s important. Le mouvement ouvrier, n'&#233;tait pas a-national, il &#233;tait inter-national. C'est-&#224;-dire que le principe est de tisser des relations entre des peuples qui ont &#233;tabli le cadre de leur souverainet&#233; : &#171; nous d&#233;cidons&#8230; &#187;. C'est aussi le principe des organes de solidarit&#233;, la s&#233;curit&#233; sociale par exemple, est une conqu&#234;te &#233;videmment, ne peut exister que dans le cadre d'une nation. Ne serait-ce qu'&#233;conomiquement, on ne peut pas &#233;tendre le principe de la couverture sociale ind&#233;finiment si ce n'est pas relativement au nombre de cotisants. &#199;a n'a aucun sens. Donc &#234;tre contre la nation, c'est le projet des oligarchies financi&#232;res et capitalistiques, c'est &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;On peut souligner que la nation est une cr&#233;ation aussi assez r&#233;cente qui date des Lumi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;De la R&#233;volution fran&#231;aise m&#234;me et contre les royaumes, les royaut&#233;s europ&#233;ennes qui, pour le coup, &#233;taient mondialistes, puisque le principe &#233;tait de refuser que les peuples d&#233;cident localement, et choisissent leurs propres souverains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Organisation spatiale : p&#244;les id&#233;ologiques et points cardinaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Pour d&#233;crire l'organisation spatiale de la cartographie des mouvances anti-Lumi&#232;res, il y a des zones d'influence sont repr&#233;sent&#233;es par des couleurs qui font des ondes. Et donc, il y a les diff&#233;rentes parties, comme les &#171; anti-flics &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;, qu'on a d&#233;j&#224; cit&#233;s, mais aussi les &#171; n&#233;o-f&#233;ministes, les islamo-gauchistes, les sans-fronti&#232;res, le lobby pro-religion, les islamistes, f&#233;ministes-islamiques, l'&#233;cologie d&#233;coloniale &#187;, et la partie &#171; indig&#233;niste, racialiste &#187;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Et il y a des p&#244;les pour s'y rep&#233;rer qui vont de haut en bas : il y a le p&#244;le &#171; fondamentalistes &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;en bas, et le p&#244;le des &#171; d&#233;constructeurs &#187; en haut ; en haut &#224; droite, c'est le p&#244;le &#171; tribalistes &#187;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; puis &#224; gauche, le p&#244;le &#171; imp&#233;rialistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;Donc le principe, c'&#233;tait qu'on avait un ensemble de figures, et il fallait les organiser en deux dimensions. L'id&#233;e alors &#233;tait trois dimensions, mais c'est vraiment compliqu&#233; &#8211; quatre dimensions, il y a le temps, parce que l&#224; aussi, il y aurait des mises &#224; jour &#224; faire, on en a fait deux, trois mises &#224; jour, ici c'est la version 4. &#199;a demanderait vraiment un gros travail d'actualiser r&#233;guli&#232;rement. L'id&#233;al serait, tous les 6 mois, de voir les figures qui prennent de plus en plus de place, les figures un peu moins importantes, les figures qui apparaissent, qui disparaissent, mettre &#224; jour les notices, puisqu'il y a des notices dont on va parler un petit peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, une premi&#232;re organisation &#233;tait de le faire sous forme de p&#244;le th&#233;matique. Donc, &#171; les d&#233;coloniaux &#187;, &#171; les n&#233;o-f&#233;ministes &#187;, &#171; l'&#233;cologie &#187;, etc. L'autre grande orientation, c'&#233;tait vertical et horizontale. Alors, verticalement, assez rapidement, il est apparu qu'il y avait deux familles tr&#232;s diff&#233;rentes l&#224;-dedans, en r&#233;alit&#233;, qui sont les &#171; d&#233;constructeurs &#187;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; qui occupent tout le haut de la cartographie : C'est ce qu'on appelle &#171; le p&#244;le d&#233;construction &#187;, que j'ai &#233;galement appel&#233; &#171; les progressistes ou &#171; les wokes &#187;, le terme est devenu tr&#232;s viral depuis, ou encore les &#171; post-modernes &#187;&#8230; Le principe de ces gens-l&#224;, c'est de d&#233;construire l'Occident, de le d&#233;truire en r&#233;alit&#233;, d'utiliser son autocritique traditionnelle pour en faire de l'autod&#233;nigrement, justement. Et eux ont pour fonction, dans cette &#233;norme machinerie qui se met en place, ce n'est pas pens&#233;, mais c'est une grosse machinerie, leur but est de d&#233;truire et de mettre &#224; bas les structures mentales de nos soci&#233;t&#233;s. De faire en sorte que les choses deviennent impensables et chaotiques. Et au contraire, on va avoir dans tout le bas de la cartographie, &#171; le p&#244;le des fondamentalistes &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;que je pr&#233;f&#232;re appeler &#171; les obscurantistes &#187;, ou les &#171; n&#233;o-traditionnalistes &#187;, ou encore &#171; les pr&#233;-modernes &#187;, justement. Eux, leur option n'est pas du tout la m&#234;me car leur principe est d'affirmer un ordre traditionnel. Cela est tr&#232;s bizarre, on dirait vraiment l'alliance de la carpe et du lapin, parce que c'est pas du tout les m&#234;mes : en haut de la cartographie, nous avons des gens extr&#234;mement critiques vis-&#224;-vis de tout, vis-&#224;-vis de la politique, vis-&#224;-vis de la sexualit&#233;, vis-&#224;-vis de l'ordre social, vis-&#224;-vis des fronti&#232;res, etc. Et au contraire, nous avons en bas des gens, on pense aux &#171; islamistes &#187;, on pense aux &#171; indig&#233;nistes &#187;, aux &#171; racialistes &#187; et aussi aux &#171; pro-religions &#187;, qui veulent imposer un ordre indiscutable, autoritaire et fixe. Donc on voit bien clairement un partage des t&#226;ches : en haut, on va d&#233;truire nos soci&#233;t&#233;s contemporaines et en bas on va les remplacer par quelque chose d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l &lt;/strong&gt; : C'est une sorte de couple sado-maso en fait. Les masos sont en haut, ce sont les post-modernes, et les pr&#233;-modernes sont en bas. Ils sont d'accord sur la destruction de l'Occident. En gros, en haut, c'est des queers qui sont compl&#232;tement d&#233;construits, et en bas, c'est des gens qui revendiquent la religion, la construction&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;l'identitarisme, l'ethnicisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Peut-&#234;tre qu'on y reviendra, mais ce sont des conflits assez r&#233;currents. Effectivement, quand il y a pr&#233;sents dans une flottille qui part pour Gaza des queers, &#231;a peut, de temps en temps, montrer de grosses contradictions entre les personnes. Mais voil&#224;, ce sont des gens qui s'entraident et comme sur la flottille, ils vont travailler ensemble&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt; Et c'est ce qui rend les choses tr&#232;s difficilement pensables : la contradiction est telle qu'on se dit que cela n'existe pas, que cela n'est pas possible. C'est exactement comme, &#224; une plus petite &#233;chelle, l'alliance entre les gauchistes et les islamistes, au fond, c'est absolument impossible : il ne peut pas y avoir d'alliance entre des gens qui ont pour h&#233;ritage la R&#233;volution fran&#231;aise, les mouvements ouvriers, et des gens qui ont pour h&#233;ritage l'histoire de l'islam et l'&#233;pop&#233;e de Mahomet, &#231;a n'a aucun sens, ce n'est pas possible. D'o&#249; la remarque r&#233;currente que &#231;a n'existe pas, et en tout cas cette impression d'irr&#233;alit&#233;. Les gens sont incr&#233;dules, on ne croit pas, ce n'est pas possible que des gens, qu'un M&#233;lenchon par exemple, se fasse de fait le compagnon de route des islamistes : &#231;a n'a pas de sens, et pourtant, &#231;a existe, &#231;a perdure, cela fait vingt ans que c'est visible et &#233;vident. J'ai dit &#171; compagnon de route &#187;, parce qu'en r&#233;alit&#233;, la seule mani&#232;re de penser la chose, c'est de consid&#233;rer qu'il y a une alliance objective entre les totalitarismes, ou en tout cas entre les obscurantismes, c'est-&#224;-dire le stalinisme ; le marxiste-l&#233;ninisme, avec ses centaines de millions de morts, a &#233;t&#233; un obscurantisme terrible durant le XXe si&#232;cle. Et l'islam traditionnel est &#233;galement de cette nature. Donc il y a une alliance entre les deux pour venir &#224; bout de l'Occident, c'est-&#224;-dire &#224; bout des soci&#233;t&#233;s ouvertes. L'Occident, non pas en tant que machine capitaliste, mais en tant que soci&#233;t&#233; porteuse d'une ouverture et d'une possibilit&#233; de libert&#233; et d'&#233;mancipation. Et au fond, on pourrait m&#234;me dire que c'est une alliance entre deux monoth&#233;ismes, entre le troisi&#232;me monoth&#233;isme qu'est l'islam et le quatri&#232;me monoth&#233;isme qu'est le marxisme-l&#233;ninisme, qui est vraiment une croyance religieuse, qui pr&#233;tend &#234;tre une philosophie d'&#233;mancipation, c'&#233;tait effectivement l'ambition de Marx, et qui au fil du temps, en un si&#232;cle, est devenue un syst&#232;me d'oppression absolument terrible. Et &#231;a permet aussi de faire le lien avec le lobby des &#171; pro-religions &#187;, qui est aussi sur cette cartographie. On voit une alliance entre toutes les religions, tous les monoth&#233;ismes contre justement les soci&#233;t&#233;s qui sont porteuses de ce projet d&#233;mocratique qui est le n&#244;tre et de l'h&#233;ritage des Lumi&#232;res&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Je voulais revenir sur les p&#244;les, avec en haut, je le rappelle, le p&#244;le &#171; d&#233;constructeurs &#187;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;en bas le p&#244;le &#171; fondamentalistes &#187;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; du c&#244;t&#233; gauche-droite, ce sont les p&#244;les &#171; tribalistes &lt;i&gt; &#187; &lt;/i&gt;et &#171; imp&#233;rialistes &lt;i&gt; &#187;, &lt;/i&gt;c'est peut-&#234;tre un peu plus compliqu&#233;es &#224; comprendre, mais pour r&#233;sumer simplement, et de fa&#231;on peut-&#234;tre un peu caricaturale, il y a d'un c&#244;t&#233; des gens qui sont des acteurs du chaos et qui veulent d&#233;truire l'Occident, et de l'autre c&#244;t&#233;, on a des gens qui sont plut&#244;t dans la construction d'une alternative &#224; l'Occident. Donc forc&#233;ment, on va retrouver du c&#244;t&#233; droit &#171; l'islamisme &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;, les &#171; lobbys pro-religion &#187;, des gens qui g&#232;rent&#8230; Il y a peut-&#234;tre &#224; red&#233;finir la partie &#171; imp&#233;rialistes &#187; et qu'est-ce qu'on entend par l&#224; ? De l'autre c&#244;t&#233;, effectivement, on a les mouvements d'avantage des &#233;meutiers et des gens qui font une sorte de retour au tribalisme, je pense notamment aux &#171; racialistes &#187; et aux les &#171; anti-flic &#187;. C'&#233;tait pas &#233;vident de mettre ce p&#244;le, on pourrait revenir dessus, parce que nous aussi, on est contre le contr&#244;le de l'&#201;tat sur le peuple&#8230; Mais l&#224;, ce sont plus des gens qui pr&#233;f&#232;rent les mafias et les gangs etc, et qui vont par exemple trouver super les rod&#233;os urbains, enfin des trucs compl&#232;tement absurdes, plut&#244;t qu'un ordre policier&#8230; Je ne sais pas &#224; quel point, les anti-flics sont populaires dans les quartiers, mais pour moi, qui ait v&#233;cu dans ces quartiers, je pense qu'&#224; part quelques racailles, tout le monde doit d&#233;tester les anti-flics dans ces endroits-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;En fait, c'est int&#233;ressant ce que tu dis sur les anti-flics, parce que l&#224;, on est vraiment dans la contradiction. Ce sont des gens qui pr&#233;tendent &#234;tre anti-autoritaires, mais qui, de fait, travaillent &#224; ce qu'on appelle un appel au p&#232;re. C'est-&#224;-dire, en cr&#233;ant un chaos, les gens n'aspirent plus qu'&#224; une chose, c'est un ordre indiscutable. Donc en fait, ce sont des pseudo-anars, qui provoquent le chaos, et le seul effet est de provoquer un appel &#224; l'autoritarisme. Le cas historique assez clair et r&#233;cent, c'&#233;tait les &#233;meutes de 2005, qui ont &#233;t&#233; vant&#233;es par tous ces gens-l&#224;, et le raz-de-mar&#233;e pour Sarkozy, qui a eu lieu en 2007. L'&#233;lection de Sarkozy a &#233;t&#233; la cons&#233;quence directe et &#233;vidente des &#233;meutes de 2005, tr&#232;s clairement, qui ont cr&#233;&#233; un sentiment d'effroi dans tout le pays. Donc l&#224;, on est vraiment dans la contradiction. C'est la contradiction entre les deux p&#244;les horizontaux, le&lt;i&gt; tribalisme &lt;/i&gt;d'un c&#244;t&#233;, l'&lt;i&gt;imp&#233;rialisme &lt;/i&gt;de l'autre. En fait, il n'y a pas d'opposition. C'est &#231;a qui est terrible, et c'est &#231;a la prise en tenaille diabolique dans laquelle on est pris. Ce n'est pas du tout les tenants du chaos d'un c&#244;t&#233;, les tenants de l'autorit&#233; de l'autre : dans un empire, les deux vont de pair en r&#233;alit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le texte &#171; L'horizon imp&#233;rial &#187; (mars 2019), in brochure n&#176;23 : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous, on est habitu&#233; &#224; vivre dans une nation avec des gens qui sont plus ou moins d'accord avec les lois qui sont &#233;dict&#233;es parce que ce sont leurs lois. S'ils sont contre ces lois-l&#224;, fondamentalement, ils font une r&#233;volution, une insurrection, etc. Dans un empire, il n'y a aucun rapport entre l'&#201;tat autoritaire et la vie r&#233;elle d'en bas. La vie r&#233;elle des gens est organis&#233;e en communaut&#233;s religieuses, ethnico-religieuses et tribales, et l'empire ne fait que surplomber tout cet agglom&#233;rat de peuples, en r&#233;alit&#233;, et le ponctionne pour collecter l'imp&#244;t, et en montant les communaut&#233;s les unes contre les autres, et en utilisant les barbares de mani&#232;re &#224; extorquer, justement, cet imp&#244;t-l&#224;. Donc ce n'est du tout contradictoire d'aspirer &#224; l'empire et d'aspirer &#224; la tribu, tout d&#233;pend du c&#244;t&#233; o&#249; on se place ; les anti-flics, dont on vient de parler, c'est exactement &#231;a : ils vantent le d&#233;sordre, mais en r&#233;alit&#233;, ils ne font que pousser les gens &#224; aspirer &#224; plus d'ordre. C'est &#231;a le pi&#232;ge id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l :&lt;/strong&gt; Il y a d'ailleurs, par exemple, dans la figure de Kery James une illustration de &#231;a : c'est quelqu'un qui dit que ce que la R&#233;publique n'a pas r&#233;ussi &#224; faire avec lui, l'islam a r&#233;ussi &#224; le faire en lui donnant des valeurs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;Tout &#224; fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l :&lt;/strong&gt; En fait, il ne rejette pas un syst&#232;me de valeurs, m&#234;me coercitif, violent, etc. Il trouve que finalement, l'&#201;tat fran&#231;ais n'a pas &#233;t&#233; assez dur avec lui, ce qui est un peu contradictoire, parce qu'il va toujours se plaindre de la police, etc. Ils sont anti-flics, mais finalement ce qu'ils veulent, ce n'est pas la disparition des flics, c'est plus une police communautaire. Par exemple, il y a eu des d&#233;clarations comme &#231;a qui montrent que ce qu'ils veulent, c'est que tout le monde suive l'islam, qu'il y ait des gens qui se surveillent entre eux. Ce sont des choses qui sont vant&#233;es du c&#244;t&#233; indig&#233;niste, c'est le mod&#232;le du gardien de la r&#233;volution en Iran, c'est un peu &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt; Oui, absolument, c'est exactement &#231;a. D'ailleurs, les derni&#232;res d&#233;clarations d'Houria Bouteldja vont exactement dans ce sens : elle dit par exemple qu'elle est nostalgique d'un ordre de contr&#244;le, o&#249; r&#232;gne le contr&#244;le social mutuel ; ou ailleurs, elle dit explicitement qu'elle est tr&#232;s contente, qu'elle adore ce sentiment, lorsqu'elle a l'impression que son corps ne lui appartient plus, que son corps appartient &#224; la &#171; Oumma &#187;, en r&#233;alit&#233;. Donc l&#224;, on est vraiment dans des d&#233;clarations tr&#232;s claires ; moi, j'aime beaucoup Bouteldja, elle fait des d&#233;clarations qui sont explicites, comment dire, ce sont des professions de foi anti-Lumi&#232;res. C'est exactement &#231;a, elle fuit la libert&#233;, c'est absolument magnifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voulais revenir sur une chose que a dite &#224; propos de Kery James. C'est une figure qui est int&#233;ressante, effectivement, et qui est tr&#232;s classique, qu'on conna&#238;t lorsqu'on a habit&#233; dans les villes ou les quartiers d'immigration. C'est la figure du jeune qui fait &#224; peu pr&#232;s n'importe quoi, une sorte de Nahel, plus ou moins brigand, plus ou moins racaille, qui met &#224; l'&#233;preuve tous les cadres d'autorit&#233; qui l'entourent, et qui arrivait &#224; l'&#226;ge de &#171; maturit&#233; &#187; , en &#233;tant pass&#233; &#233;ventuellement par la case prison ou toxico, se range absolument et &#233;pouse un ordre compl&#232;tement h&#233;t&#233;ronome. C'est l'exemple de Kery James qui devient islamiste. C'est tr&#232;s tr&#232;s courant cette &#233;volution qui est tout &#224; fait classique dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles, notamment maghr&#233;bines, de ce que j'en connais, o&#249; on a une jeunesse qui d&#233;borde d'&#233;nergie, qui a l'air d'&#234;tre anarchiste, mais qui en r&#233;alit&#233; ne fait que s'&#233;prouver &#224; l'ordre institu&#233;. Et comme on dit, il n'y a pas meilleur gardien de harem qu'un ancien violeur de harem, il n'y a pas meilleur gardien de prison qu'un ancien prisonnier. Le probl&#232;me est que la soci&#233;t&#233; devient une prison, ou un harem, c'est-&#224;-dire qu'on n'a plus du tout de marge de libert&#233;. Alors que l'Occident avait invent&#233; cette p&#233;riode qu'on a appel&#233;e l'adolescence, durant laquelle, c'est beaucoup plus qu'une simple crise passag&#232;re, c'est un moment de v&#233;ritable construction de l'individu en conflit avec les cadres, et &#224; partir duquel on peut &#234;tre capable d'instituer autre chose, d'autres r&#232;gles&#8230; L&#224;, on est simplement dans la contestation lorsqu'on est jeune, et puis le conformisme, lorsqu'on est plus grand. Il n'y a pas d'autres possibilit&#233;s. En gros, c'est l'alternance, je reprends les cat&#233;gories de Castoriadis qui sont fondamentales, c'est l'alternance entre l'anomie et l'h&#233;t&#233;ronomie. Et c'est aussi le haut de la cartographie qui est plut&#244;t du c&#244;t&#233; de l'anomie, donc anomie, a-nomos, cela veut dire qu'il n'y a pas de r&#232;gle, il n'y a pas de loi. On cherche vraiment l'absence totale de terrain d'entente, y compris dans le langage. On d&#233;construit le langage m&#234;me, qui est quand m&#234;me le terrain sur lequel on peut discuter, on peut &#233;viter la violence. Donc on a l'anomie d'un c&#244;t&#233; et l'h&#233;t&#233;ronomie de l'autre, c'est-&#224;-dire un monde, un ordre, qui est garanti par un ailleurs inaccessible, que ce soit Dieu, que ce soit la tradition, la race, tout ce que vous voulez, le sexe, bref quelque chose sur lequel on n'a pas prise. Alors, que le principe des Lumi&#232;res est l'autonomie, c'est-&#224;-dire la capacit&#233;, on en a parl&#233; un petit peu, d'instituer ses propres normes, ses propres valeurs, et sa propre soci&#233;t&#233;. Donc en gros, ces deux p&#244;les, pour en revenir &#224; la gauche et &#224; la droite de la cartographie, le p&#244;le du &lt;i&gt;tribalisme&lt;/i&gt; et le p&#244;le &lt;i&gt;imp&#233;rialisme&lt;/i&gt;, c'est cette prise en tenaille qui est difficile &#224; penser, qui nous fait sortir du monde de la communaut&#233;, de la nation en r&#233;alit&#233;, de la soci&#233;t&#233; &#224; proprement dite, auto-r&#233;gul&#233;e, auto-institu&#233;e, la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. D'un c&#244;t&#233; comme de l'autre, du c&#244;t&#233; du &lt;i&gt;tribalisme&lt;/i&gt; ou de l'&lt;i&gt;imp&#233;rialisme&lt;/i&gt;, ou de l'Empire, on sort vraiment de ce monde moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;On a le choix entre l'anomie et l'h&#233;t&#233;ronomie : Il n'y a plus que cette alternance, c'est soit le chaos, soit c'est la dictature. Il n'y a pas d'entre-deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt; Voil&#224;, il n'y a pas d'entre-deux. C'est &#231;a, vraiment. Alors que les Lumi&#232;res ont institu&#233; un monde o&#249; ce que voulait &#234;tre l'anarchie, c'est-&#224;-dire le mouvement ouvrier en r&#233;alit&#233;, qui n'est que l'aboutissement d'une pens&#233;e radicalement d&#233;mocratique, c'est justement une soci&#233;t&#233; auto-r&#233;gul&#233;e, c'est-&#224;-dire qui offre la possibilit&#233; d'un d&#233;sordre, mais d'un d&#233;sordre qui correspond au d&#233;sir des &#234;tres humains, et que ces d&#233;sirs-l&#224; soient capables de s'instituer pour cr&#233;er une soci&#233;t&#233; qui &#233;volue elle-m&#234;me, en phase avec les d&#233;sirs de ses membres. Ce n'est pas ni un d&#233;sordre, ni un chaos, ni un ordre immuable, th&#233;ocratique et autoritaire. Alors donc ces deux p&#244;les-l&#224;, en r&#233;alit&#233;, peut-&#234;tre qu'on aurait d&#251; commencer par l&#224;, cette cartographie, contient un texte de quelques pages qui justement explique tout &#231;a, et qui tente de d&#233;crire un petit peu l'articulation entre les wokes et les obscurantistes, texte que j'avais appel&#233; &#171; &lt;i&gt;wok&lt;/i&gt;&lt;i&gt;isme et obscurantisme, articulation et compl&#233;mentarit&#233; &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;'Wokisme et obscurantisme : articulations et compl&#233;mentarit&#233;s' de B&#233;rard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; que j'avais publi&#233; &#224; l'&#233;poque, en 2022, dans la revue Front Populaire, avec laquelle je n'ai aucun lien particulier d'ailleurs, ce sont des souverainistes, simplement je leur avais propos&#233; ce texte, et ils ont accept&#233; de le publier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#244;le anti-flic&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Pour poursuivre&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;sur notre cartographie des mouvances anti-Lumi&#232;res, repr&#233;cisons que c'est cartographie organis&#233;e avec des cercles concentriques qui parlent de diff&#233;rents mouvements. On va poursuivre la lecture de cette cartographie en partant de gauche &#224; droite. Il y a donc &#224; gauche, la partie &#171; anti-flics &#187;, comme on disait, c'&#233;tait assez contre-intuitif pour nous de parler &#171; d'anti-police &#187;. Comme on disait, cette fa&#231;on de se dire &#171; anti-flic &#187; accompagne en fait la d&#233;civilisation en cours : Nous avons l&#224; des personnes, qui pr&#233;tendent lutter contre les violences polici&#232;res au nom de la justice sociale, mais qui en fait veulent r&#233;ellement installer l'impuissance publique face aux psychopathes, aux bandes, aux gangs et aux mafias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;Pr&#233;cisons d'abord que le centre de ces cercles concentriques est cliquable et ouvre sur une notice dont tu viens de lire ici le d&#233;but pour celle consacr&#233;e au cercle &#171; anti-flic &#187; ; Pour chacun des cercles de la cartographie, les notices sont organis&#233;es en cinq sous-rubriques qui, en quelques lignes, pr&#233;sentent syst&#233;matiquement : d'abord, ce qu'&lt;i&gt;il&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;pr&#233;tend&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ent&lt;/i&gt;&lt;i&gt; faire, &lt;/i&gt;l'apparence donn&#233;e par ces gens &#224; leur mouvement ; pour le cercle &#171; anti-flic &#187; par exemple, c'est : &#171; &lt;i&gt;lutter contre les violences polici&#232;res &lt;/i&gt;&lt;i&gt;au&lt;/i&gt;&lt;i&gt; non la justice sociale &lt;/i&gt; &#187; , ce &#224; quoi on peut tout &#224; fait adh&#233;rer tel que c'est pr&#233;sent&#233;, c'est tout &#224; fait noble. Puis, il y a ce qu'&lt;i&gt;ils font r&#233;ellement, &lt;/i&gt;l&#224; c'est de livrer la population aux pr&#233;dateurs&#8230; Ensuite on encha&#238;ne avec &lt;i&gt;leurs m&#233;thodes &lt;/i&gt;&lt;i&gt;id&#233;ologiques&lt;/i&gt;, on poursuit avec &lt;i&gt;leur &lt;/i&gt;&lt;i&gt;impact r&#233;el&lt;/i&gt; et puis enfin on termine par quelques &lt;i&gt;liens pour aller plus loin&lt;/i&gt;, quelques textes, de nous ou pas d'ailleurs, qui permettent d'approfondir un peu la question. Tr&#232;s souvent, les gens nous demandent : &#171; &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt;&lt;i&gt; pourquoi vous avez mis &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ceci ? &lt;/i&gt;&lt;i&gt;P&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ourquoi &lt;/i&gt;&lt;i&gt;vous avez mis &lt;/i&gt;&lt;i&gt;cela&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, il suffit la plupart du temps de consulter la notice et alors on avance un petit peu plus dans l'explication&#8230; Effectivement pour les &#171; anti-flic &#187;, ce n'est pas du tout une contestation de l'institution polici&#232;re dans la perspective d'une justice sociale mais c'est vraiment la volont&#233; de cr&#233;er un chaos local et de livrer les lieux aux bandes organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; : &lt;/strong&gt;Apr&#232;s c'est aussi une recr&#233;ation de la r&#233;alit&#233;. c'est-&#224;-dire que les &#171; anti-flic &#187; sont dans un imaginaire o&#249; en fait la banlieue serait harmonieuse sans cette police qui vient d&#233;truire cette fantasmatique harmonie. Alors que ceux qui vivent dans les quartiers sont tr&#232;s conscients qu'il y a &#233;norm&#233;ment de probl&#232;mes, de d&#233;linquance, pas mal de trafics de drogue, des mafias, enfin des gangs et des personnes qui vivent de&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt; : &#8230; du narco-trafique, maintenant cela &#231;a devient vraiment &#233;vident qu'il y a des quartiers entiers qui sont livr&#233;s &#224; la loi des narcos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Donc nous &#224; la limite, si c'&#233;tait uniquement des contr&#244;les intempestifs et injustifi&#233;s qui g&#234;neraient les populations locales, effectivement il y aurait besoin de personnes anti-police qui s'organiseraient pour emp&#234;cher cela. Mais l&#224;, ce sont des gens qui, en m&#234;me temps, sont tr&#232;s tr&#232;s tol&#233;rants avec les mafias avec lesquelles ils sont parfois li&#233;s&#8230; On en parle plus bas, avec des rappeurs anti-flic. La plupart du rap, m&#234;me mainstream, est maintenant anti-flics, ce n'est pas du tout le discours anarchisant ou gauchisant de 68, c'est en gros &#171; &lt;i&gt; je vends de la drogue, je me fais plus de tune que toi esp&#232;ce de sale flic, je vais te d&#233;foncer la gueule&lt;/i&gt;... &#187;. Enfin bref, on est &#224; un niveau z&#233;ro du point de vue politique et n'importe quelle personne politis&#233;e &#224; gauche devrait normalement d&#233;noncer &#231;a et en fait non, c'est &#233;trange mais &#231;a passe. Par exemple, des personnes comme Rapha&#235;l Arnaud, qui fait partie de LFI maintenant, je sais plus exactement s'il est NPA ou LFI, mais en tout cas il a &#233;t&#233; &#233;lu gr&#226;ce &#224; LFI, vont soutenir ce genre de rappeurs ouvertement ; Ils vont par exemple au concert de M&#233;dine, qui est un islamiste homophobe, etc., je pense aussi au rappeur Freeze Corleone, qui d&#233;dicace &#224; Hitler quasiment dans toutes ses chansons et &#231;a ne pose pas de probl&#232;me aux dits antifascistes qui ne le voient pas, ils vont m&#234;me jusqu'&#224; d&#233;fendre un Freeze Corleone contre l'interdiction parce que pour eux, c'est un gentil mec de quartier, qui d&#233;teste les flics, ce qui va dans le sens de leur discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;Alors que l&#224;, tr&#232;s clairement, on est dans la contradiction que nous avons &#233;voqu&#233;e un peu tout &#224; l'heure dans la premi&#232;re partie : on est vraiment en pr&#233;sence d'une extr&#234;me droite.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Tu dis que le discours du rap est z&#233;ro politiquement. En fait ce n'est pas z&#233;ro du tout. C'est r&#233;ellement un discours d'extr&#234;me droite : c'est l'&#233;loge de la violence, c'est l'&#233;loge de la prostitution o&#249; la femme est rabaiss&#233;e &#224; moins que rien, c'est l'&#233;loge du viol, c'est l'&#233;loge de la drogue, de la r&#233;ussite pour soi, de la d&#233;linquance ; on est donc l&#224; bien dans un programme politique qui est clairement fasciste. Il faut dire les mots, ce n'est pas du tout un mot que j'appr&#233;cie parce que le fascisme est un mouvement politique situ&#233; historiquement et on l'utilise &#224; tort et &#224; travers, si on doit vraiment l'utiliser, et on doit l'utiliser &#224; propos de ce genre de discours l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Ouais, c'est vrai qu'il y a le c&#244;t&#233; violence, la misogynie et le racisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt; l'antis&#233;mitisme, le racisme anti-blancs aussi qui s'exprime notamment assez clairement dans le rap, je dirais depuis le tout d&#233;but, tu t'y connais mieux que moi mais ce serait assez facile de tracer le racisme anti-blancs depuis 40 ans dans le rap fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Apr&#232;s, le racisme anti-blanc, c'est plus de temps en temps&#8230; Ce serait bien qu'on fasse une &#233;mission sur le th&#232;me du rap. On va essayer de trouver des invit&#233;s qui ont des choses &#224; dire dessus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est chose faite depuis : Voir le podcast H&#233;r&#233;tiques intitul&#233;e 'Rap, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais c'est vrai qu'il y a toujours en fait ce truc o&#249; ne sait pas si c'est le quartier qui influence le rap, ou si c'est le rap qui influence le quartier. c'est-&#224;-dire que le racisme anti-blanc, souvent il est dans les expressions et cetera, mais par exemple l'antifascisme, l'anti-flic et la misogynie, c'est vraiment ce qui arrive en premier dans les valeurs du rap, c'est vraiment ce qui est d&#233;velopp&#233;. Apr&#232;s le racisme, on va le voir plus dans le c&#244;t&#233; racialisme, le c&#244;t&#233; afrocentrisme qui l&#224; est en fait bien plus au c&#339;ur du rap, c'est-&#224;-dire le c&#244;t&#233; faut respecter la terre-m&#232;re nourrici&#232;re africaine. Et donc en fait, c'est plus ce c&#244;t&#233; racialiste qui va para&#238;tre plus que du racisme anti-blancs frontalement. Mais forc&#233;ment, &#231;a d&#233;rive, puisque si le blanc est coupable de tout &#224; un moment donn&#233; le blanc du quartier faudra qu'il paye quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;Oui, et il y a aussi un antis&#233;mitisme latent qui assez fort : &#231;a faisait partie des crit&#232;res qu'on avait list&#233; de l'extr&#234;me droite, l'obsession d'un bouc &#233;missaire c'est toujours les autres qui sont responsables du malheur dans lequel on est, que ce soit les flics, que ce soit les juifs, que ce soit les blancs, etc. Autre dimension du rap, qui fait qu'il est clairement d'extr&#234;me droite, c'est qu'il est profond&#233;ment islamiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Oui, profond&#233;ment, il y a dans la culture rap cet aspect qui revient souvent, c'est le c&#244;t&#233; Black-Muslims, les musulmans noirs avec la figure de Malcom X qui est beaucoup mise en avant et c'est vrai que cet aspect-l&#224; a fait le lien avec l'immigration maghr&#233;bine ici : Le rappeur M&#233;dine, c'est un peu vu comme une blague au d&#233;part, dans les ann&#233;es 90 quand il arrive en se revendiquant de l'islam. C'est un peu &#233;trange de voir des gens du Havre se revendiquer de l'islam, d'utiliser les mots des islamistes tout le temps. Et maintenant, petit &#224; petit, il a influenc&#233; le rap et a une place quasi centrale. Quand on pense maintenant au &#171; rap conscient &#187;, c'est une &#233;tiquette un peu absurde, mais c'est M&#233;dine qui vient en premier &#224; l'esprit et M&#233;dine, pour rappel, c'est quelqu'un qui a &#233;t&#233; pr&#233;sident d'honneur de l'association Havre de Savoir qui est li&#233;e aux Fr&#232;res musulmans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association et site de diffusion de la pens&#233;e des Fr&#232;re Musulmans, fond&#233;e en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quand on lui a rappel&#233;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;qu'il &lt;/i&gt;&lt;i&gt;av&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ait&lt;/i&gt;&lt;i&gt; fait partie de cette association &#187;, &lt;/i&gt;il a r&#233;pondu : ' &lt;i&gt;Ah non, moi je connais &lt;/i&gt;&lt;i&gt;pas, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;pas du tout&#8230; &lt;/i&gt; &#187;, il a ni&#233; alors qu'il y a des vid&#233;os o&#249; il dit clairement en &#234;tre&#8230; De temps en temps, &#224; propos de M&#233;dine, il y a des pol&#233;miques qui reviennent et malheureusement, souvent, les m&#233;dias se contentent de dire que c'est l'extr&#234;me droite qui attaque ce pauvre rappeur qui en fait est tr&#232;s gentil etc., alors qu'en fait c'est une personne qui est ouvertement homophobe, qui a eu des propos antis&#233;mites, pas explicitement d'ailleurs, c'est toujours crypto-antis&#233;mite son truc. Les gens ne veulent pas y croire, mais c'est vraiment un acteur politique islamiste, qui est copain comme cochon avec tous les antifascistes et qui dit ne pas &#234;tre homophobe ce qui lui permet de passer dans les cercles n&#233;of&#233;ministes etc, sans probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;Je pense qu'en r&#233;alit&#233;, il y a aussi ce dont j'ai parl&#233; tout &#224; l'heure, c'est-&#224;-dire l'incr&#233;dulit&#233; qui saisit beaucoup de gens lorsqu'on parle de l'alliance des contraires, les islamo-gauchistes ou l'alliance entre les Wokes et les obscurantistes. Je pense qu'il ya aussi une incr&#233;dulit&#233; en face de la barbarie que l'on entend dans le rap et des positions qui, pour un esprit fran&#231;ais moyen, ne peuvent &#234;tre qu'ironiques ou du second degr&#233; ou provocateurs plut&#244;t. On s'imagine que c'est la provocation syst&#233;matiquement et que ce n'est pas vraiment ce que ces gens pensent. De m&#234;me, qu'il y a une incr&#233;dulit&#233; lorsqu'on entend des islamistes, des racialistes, des indig&#233;nistes, on n'y croit pas vraiment. Et en fait, c'est un d&#233;ni, un d&#233;ni profond de ce qui est en train de se passer. Exactement comme ce que la France a connu, &#224; la fin des ann&#233;es 30 : face &#224; la mont&#233;e de l'Allemagne hitl&#233;rienne, il y avait ce qu'on a appel&#233; r&#233;trospectivement l'&#171; esprit munichois &#187; c'&#233;tait la posture des gens qui ne voulaient pas la guerre &#233;videmment parce qu'il y avait eu 14-18 avant, qui devait &#234;tre la &#171; der des der &#187; et qu'il &#233;tait donc hors de question d'avoir une nouvelle guerre. Les gens ne la voulaient pas donc ils ne la voyaient pas. Et aujourd'hui souffle un esprit munichois vraiment terrible : On ne voit pas la barbarie, on ne voit pas l'extr&#234;me droite obscurantiste, on ne voit pas tous ces discours comme des &#233;l&#233;ments de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;D'ailleurs, M&#233;dine avait &#233;t&#233; accueilli aux journ&#233;es d'&#233;t&#233; des &#233;cologistes et la question &#171; Comment est-ce possible que vous invitez un homophobe, un antis&#233;mite ? &#187; revenait r&#233;guli&#232;rement, la r&#233;ponse des organisateurs &#233;tait, &#171; bon, &#231;a fait partie de la culture rap, quoi. c'est dommage, ce n'est pas tr&#232;s bien mais malheureusement c'est comme &#231;a&#8230; &#187;. On retrouve tout le temps ce c&#244;t&#233; sado-maso qui fait qu'on ne peut rien reprocher aux personnes qui seraient &#233;ternellement victimes et de fait on se retrouve pi&#233;g&#233; : On prend le package et m&#234;me si on est antiraciste et que dedans il y a des gens qui disent &#171; vive Hitler ! &#187;, il ne faut surtout pas le critiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt; On va peut-&#234;tre pas s'&#233;terniser &#224; propos du rap, m&#234;me si c'est important. Mais je voudrais simplement apporter deux petites pr&#233;cisons sur ce sujet. D'une part, cela vaut uniquement, je crois, pour des rappeurs d'une certaine origine. Je crois que les rappeurs blancs n'ont pas droit &#224; une telle mansu&#233;tude, je crois qu'il y a quand m&#234;me des limites&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l :&lt;/strong&gt; Comme Orelsan qui s'en &#233;tait pris un peu plein la t&#234;te pour tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;J'y pensais&#8230; D'autre part, on a l&#224; l'expression d'un v&#233;ritable racisme pour le coup o&#249; on a derri&#232;re la bien-pensance de gauche, une tol&#233;rance vis-&#224;-vis de, entre guillemets, &#171; ces bons sauvages &#187; en fait que sont les Noirs et les Arabes pour ces bien-pensants : les musulmans, qui racontent un peu n'importe quoi, voire m&#234;me ne savent pas trop ce qu'ils racontent, on peut les laisser chanter du rap car et de toute fa&#231;on &#231;a n'a aucune cons&#233;quence sur la r&#233;alit&#233;. Mais au fond, on les craint parce que, bon, ce sont des gens un peu connus, un peu mena&#231;ants malgr&#233; tout, et qui sont de plus en plus nombreux&#8230; Bien s&#251;r en tant que bien-pensants, on ne peut pas le dire, donc on consid&#232;re que les prendre de haut est toujours la meilleure des r&#233;ponses. &#199;a permet de les maintenir dans un ghetto mental, dans un ghetto sociologique, dans ghetto institutionnel. On est l&#224; au sein du paradoxe de ce que Daniel Sibony appelle &#171; la culpabilit&#233; narcissique &#187;. On l'avait invit&#233; d'ailleurs &#224; H&#233;r&#233;tiques pour une &#233;mission sobrement intitul&#233;e &#171; L'Occident et sa culpabilit&#233; narcissique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Occident et sa culpabilit&#233; narcissique (juin 2023) URL : https://heretiques.fr&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, au cours de laquelle il d&#233;crit tr&#232;s bien cette m&#233;canique de l'occidental qui prend l'Autre avec un grand &#171; A &#187; de haut, prend sur lui les m&#233;faits de ses minorit&#233;s en disant que si les musulmans deviennent islamistes, c'est &#224; cause de la violence de l'Occident, c'est &#224; cause de son racisme, c'est &#224; cause de sa colonisation, etc. Et en fait, l'Autre est compl&#232;tement d&#233;shumanis&#233; et d&#233;responsabilis&#233; au profit d'une m&#233;galomanie de la part de l'occidental, qui au fond est &#224; l'origine de tout. En face, on a un m&#233;canisme un peu compl&#233;mentaire &#8211; ce n'est pas Sibony qui en parle l&#224;, c'est moi, mais ce n'est pas vraiment oppos&#233; &#224; l'id&#233;e &#8211; c'est-&#224;-dire un complotisme victimaire o&#249;, en face, on a des gens, c'est tr&#232;s visible dans le rap, qui tiennent un discours o&#249; l'autre est constamment coupable et eux les soi-disant victimes d'un complot qui les entoure. C'est par ailleurs le discours officiel islamiste o&#249; l''islam est toujours victime d'un complot de la part de gens anti-islam, complot qui serait ourdi par les juifs en derni&#232;re analyse &#233;videmment. C'est ce qu'on retrouve pareillement chez les racialistes et les indig&#233;nistes qui disent que s'ils sont malheureux, c'est &#224; cause d'autres personnes qui manigancent contre eux. Donc une compl&#233;mentarit&#233;, l&#224; encore entre les wokes, les d&#233;constructeurs et les obscurantistes et c'est terrible car on a vraiment l&#224; une machine qui s'est mise en place et qui est en train de broyer ce qui reste des mouvements d'&#233;mancipation de l' Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#244;le racialiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut peut-&#234;tre encha&#238;ner sur la cat&#233;gorie &#171; racialiste &#187;, ne pas passer &#224; droite mais en bas de la cartographie, puisque &#231;a s'encha&#238;ne plut&#244;t bien car on tombe assez rapidement sur la figure d'Assa Traor&#233; qui tombait un petit peu et malheureusement dans les oubliettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l :&lt;/strong&gt; Effectivement, il y a Adama Traor&#233;, qui aurait &#233;t&#233; victime &#171; absolue &#187; d'une d'une bavure polici&#232;re, s'en est suivi le mouvement &#171; Justice pour Adama &#187; avec Assa Traor&#233; &#224; sa t&#234;te, qui a &#233;t&#233; coopt&#233;e par Youcef Brakni, information que nous donnons et qui n'est pas tr&#232;s m&#233;diatis&#233;, mais vraiment Youssef Brakni est tr&#232;s tr&#232;s proche d'Assa Traor&#233;, il lui livre quasiment un discours pr&#233;m&#226;ch&#233;. Pour revenir sur la partie &#171; anti-flic &#187;, quand on voit le cas Adama Traor&#233; on se dit que les anti-flics se tirent une balle dans le pied, c'est pas possible&#8230; Voil&#224; une personne qui &#233;tait tr&#232;s violente, qui a un casier judiciaire long comme le bras, membre d'une famille qu'on appelait, pour la caricaturer de fa&#231;on peut-&#234;tre un peu exag&#233;r&#233;e, la &#171; mafia Traor&#233; &#187;, car c'est quand m&#234;me une famille qui a d&#251; pourrir la vie d'un quartier entier, d'une ville m&#234;me, bref, un cas pas possible et bien c'est cette personne que les anti-flics mette en avant dans leur lutte&#8230; On a vraiment l'impression qu'ils ont pris le pire des cas. Adama Traor&#233; s'&#233;chappe trois fois de suite en courant, est retrouv&#233;e au terme d'une course poursuite et finalement suffoque, donc effectivement, il y a un non-lieu pour les policiers impliqu&#233;s. Pr&#233;cisions, ces deux policiers d'ailleurs sont noirs, ce qui fait d'ailleurs qu'au d&#233;but de sa campagne d'Assa Traor&#233; commence par dire ce n'est pas du racisme puis. Puis, apr&#232;s il y a r&#233;cup&#233;ration politique pour dire qu'Adama Traor&#233; en France c'est la m&#234;me chose que Georges Floyd aux &#201;tats-Unis et de tout m&#233;langer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir sur la cooptation d'Assa Traor&#233; par Youcef Brakni, quand on regarde dans les d&#233;tails, en fait il y a Assa Traor&#233; qui est plut&#244;t originaire d'Afrique noire et Youcef Brakni qui est de nationalit&#233; alg&#233;rienne et qui repr&#233;sente plut&#244;t le c&#244;t&#233; musulman ; lui, c'est vraiment un militant aguerri des mouvements qui se disent antiracistes qui a commenc&#233; son militantisme par le mouvement islamique de lib&#233;ration. Ensuite, il a fait des choses qui normalement auraient d&#251; le tuer politiquement : il soutient par exemple le candidat musulman Jimmy Parat qui s'est fait exclure de son groupe municipal parce qu'il avait alors compar&#233; l'IVG &#224; un meurtre. Brakni a aussi fait des actions contre les f&#233;ministes du PC, qu'il traite de racistes et d'islamophobes. En fait, il fait partie de ces gens de la mouvance indig&#233;niste qui font le lien entre diff&#233;rents mouvements et qui vraiment sont tr&#232;s efficaces pour faire des campagnes relay&#233;es par les m&#233;dias, m&#233;dias qui sont forc&#233;ment tr&#232;s &#171; antiracistes &#187; et donc sont pr&#234;ts &#224; relayer n'importe quoi du moment que &#231;a va dans leur sens&#8230; Pour la petite histoire, Youcef Brakni est aussi le compagnon de Fatima Ouassak. Et l&#224; peut-&#234;tre que je peux te laisser parler du mouvement de &#171; l'&#233;cologie d&#233;coloniale &#187; qui est en fait une sorte d'OPA de ces pseudos antiracistes, sur l'&#233;cologie. Ouassak est vraiment m&#233;diatiquement correcte. Elle est invit&#233;e trente-six mille fois dans &lt;i&gt;T&#233;l&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ama&lt;/i&gt;, chez les &lt;i&gt;In&lt;/i&gt;&lt;i&gt;roc&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ks&lt;/i&gt;, chez &lt;i&gt;M&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;dia&lt;/i&gt;&lt;i&gt;p&lt;/i&gt;&lt;i&gt;art,&lt;/i&gt; etc. Le point de d&#233;part de ses actions &#233;tait li&#233; &#224; la question de l'absence de repas halal dans les cantines scolaires municipales, en gros cela l'emb&#234;tait que ses enfants soient oblig&#233;s de manger de la viande non-halal. &#192; partir de l&#224; elle a donc mener une campagne pour des repas v&#233;g&#233;tariens ; c'est &#231;a l'&#233;cologie de Fatima Ouassak&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt; Elle aussi tr&#232;s anti-flics, c'est pour cela qu'elle est aussi de ce c&#244;t&#233;-l&#224; de la cartographie : C'est elle, qui disait, entre autres, qu'elle avait tr&#232;s peur que ses enfants sortent &#224; cause des flics, elle avait tr&#232;s peur que ses enfants soient rafl&#233;s comme les juifs dans les ann&#233;es 40, &#224; quelques mots pr&#232;s un d&#233;lire de ce genre l&#224;, c'est vraiment compl&#232;tement d&#233;lirant. Puisqu'on est dans ce coin de la cartographie, je voudrais revenir un tout petit peu sur le p&#244;le &#171; racialisme &#187; que l'on a fait qu'effleurer avec Assa Traor&#233; et qui comprend entre autres, Dani&#232;le Obono, Rokhaya Diallo etc. Comme d&#233;j&#224; pr&#233;cis&#233;, lorsqu'on clique au centre d'un cercle, on a une petite d&#233;finition et on dit ce qu'ils pr&#233;tendent faire. Pour les &#171; racialistes &#187;, il s'agit de &#171; &lt;i&gt;d&#233;noncer le racisme syst&#233;mique de la so&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ci&#233;t&#233; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;fran&#231;aise &lt;/i&gt; &#187;. D&#233;noncer le racisme, tout le monde est enti&#232;rement d'accord et nous en premier. Mais ce qu'ils font r&#233;ellement, c'est de promouvoir &#171; leur race &#187; entre guillemets, pour obtenir des passe-droits : Le principe est d'&#233;tablir, au contraire, une soci&#233;t&#233; racialiste, c'est-&#224;-dire hi&#233;rarchis&#233;e racialement, c'est ce qu'on appelle tr&#232;s pudiquement &#171; la discrimination positive &#187; men&#233;e aux &#201;tats-Unis, ce sur quoi les mouvements pro-Trump sont en train de revenir&#8230; &#199;a pourrit &#233;videmment le d&#233;bat, absolument. Et ce n'est pas du tout minoritaire puisque on a eu un ministre qui appartenait &#224; cette mouvance-l&#224;, c'est Pap Ndiaye, qui a une petite notice que j'ai moi-m&#234;me r&#233;dig&#233;e et qui est bien m&#233;rit&#233;e. Elle est tr&#232;s informative&#8230; En passant je pr&#233;cise que sur la cartographie, Il y a quelques petits logos qui apparaissent, notamment il y a des figures qui ont une &#233;charpe tricolore, ce logo de l'&#233;charpe tricolore est pour d&#233;signer les personnes qui ont exerc&#233; ou qui exercent une fonction dans une institution de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#244;le d&#233;colonialisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l :&lt;/strong&gt; C'est vrai que c'est parfois un placement sur la carto qui peut &#234;tre multiple&#8230; Par exemple, Christiane Taubira aurait pu &#234;tre aussi du c&#244;t&#233; des &#171; racialistes &#187; puisqu'elle l'est aussi, mais on l'a mis plut&#244;t du c&#244;t&#233; &#171; d&#233;colonialistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt; Oui, absolument. Alors peut-&#234;tre aussi l&#224; une explication, avant d'en venir &#224; l'&#171; &#233;cologie coloniale &#187;, sur une petite diff&#233;rence que l'on fait entre, le &#171; d&#233;colonialisme &#187; et &#171; l'indig&#233;nisme &#187;, qui est peut-&#234;tre artificielle mais qui me semblait assez parlante. Le &#171; d&#233;colonialisme &#187; est plac&#233; en haut de la cartographie parce qu'il vise justement &#224; &#171; d&#233;coloniser &#187;, entre guillemets, c'est-&#224;-dire il vise &#224; en finir avec les vestiges des politiques coloniales, c'est dans la notice, mais qu'en r&#233;alit&#233;, ces gens sont en train de d&#233;truire tout l'h&#233;ritage humaniste et dans tous les domaines. Voil&#224;, c'est &#231;a ce qu'ils appellent le &#171; d&#233;colonialisme &#187; en fait, c'est d&#233;soccidentaliser dans ce que l'Occident avait de meilleur parce qu'il r&#233;cup&#232;re de l'Occident le pire &#233;videmment. C'est-&#224;-dire l'aspect pro-technologie par exemple pour eux, il est incriticable, on va en parler quand on passera &#224; &#171; l'&#233;cologie d&#233;coloniale &#187;&#8230; Ces personnes ne vont pas critiquer la technologie mais au contraire, il vont accompagner l'inflation technique. Ces &#171; d&#233;coloniaux &#187; ce ne sont pas des gens qui vont critiquer l'accumulation capitaliste, absolument pas, au contraire. Donc ce sont plut&#244;t des gens qui visent dans leur &#171; d&#233;colonialisme &#187; &#224; &#233;liminer de l'influence occidentale la part qui pour nous est la plus pr&#233;cieuse. &#171; L'indig&#233;nisme &#187;, on l'a mis en bas de la cartographie parce que ce qu'ils pr&#233;tendent &#234;tre c'est d'&#234;tre des acteurs qui mettent en avant leurs sp&#233;cificit&#233;s culturelles, et pourquoi pas, on peut &#234;tre tr&#232;s fier d'&#234;tre breton, tr&#232;s fier d'&#234;tre auvergnat, tr&#232;s fier d'&#234;tre alg&#233;rien ou comorien. En fait, dans la r&#233;alit&#233;, ce sont des gens qui travaillent, exactement comme &#171; les racialistes &#187;, &#224; une mise en hi&#233;rarchie des diff&#233;rentes ethnies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;C'est vrai qu'en fait le mot &#171; indig&#233;niste &#187; est tr&#232;s &#233;trange puisque en fait, les indig&#232;nes ce sont les peuples autochtones et l&#224; ce sont des gens d'origine &#233;trang&#232;res qui se d&#233;signent ainsi. Le mot vient &#171; des d'indig&#232;ne de la R&#233;publique &#187; c'est-&#224;-dire les indig&#232;nes qui &#233;taient les autochtones en Alg&#233;rie mais du coup, l&#224;, un indig&#232;ne c'est un Alg&#233;rien qui n'est pas chez lui : c'est &#233;trange d'utiliser ce terme et surtout c'est vraiment des gens qui, pour le coup, sont vraiment anti-indig&#232;nes, c'est-&#224;-dire au fond ouvertement anti-blancs, en fait, c'est pour &#231;a que tu les mets l&#224;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;Par contre dans le conflit isra&#233;lo-arabe, ils vont aussi regarder les choses sous ce prisme-l&#224; : C'est-&#224;-dire que les Palestiniens, ce sont les autochtones et pour le coup les Isra&#233;liens au contraire sont des allochtones qui viennent d'autre part que de la r&#233;gion. Mais l&#224;, curieusement, ils vont bien voir les choses. En fait ce sont des gens qui utilisent les mots uniquement dans le sens qui les arrange, c'est pour &#231;a que nous sommes aussi dans une perspective de destruction &#233;galement du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;L&#224; aussi, il y a un personnage qui peut &#234;tre int&#233;ressant dans cette mouvance l&#224;, c'est Wissam Xelka qui est youtubeur, qui fait beaucoup de choses sur internet, notamment des t&#233;l&#233;visions via Twitch, comme &#171; Parole d'honneur &#187;, qui est une &#233;mission financ&#233;e au d&#233;part par Kery James et qui est en fait une &#233;mission politique : Un peu comme Bouteldja, on a l'impression qu'il casse tout le discours euph&#233;misant, construit&#8230; On a l'impression qu'ils sont tellement idiots &#8211; je ne pense pas que &#231;a soit le cas &#8211; qu'ils d&#233;truisent &#224; peu pr&#232;s tout &#224; chaque discours&#8230; Un exemple, il y a deux mois, dans une &#233;mission consacr&#233;e au th&#232;me du communiste et de l'islam, Wissam Xelka disait : '&lt;i&gt;Dans dans le quartier, la mosqu&#233;e joue un r&#244;le que le&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt; cellules du PC&lt;/i&gt;&lt;i&gt;F&lt;/i&gt;&lt;i&gt; jouaient dans les ann&#233;es 1950. elle encadre, elle rassure, elle socialise, elle prot&#232;ge&lt;/i&gt; &#187;&#8230; C'est une phrase qui a beaucoup fait parler car c'est effectivement assez &#233;tonnant qu'il dise cela ouvertement. Alors qu'officiellement l'islamo-gauchisme n'existe pas, eh bien l&#224;, la r&#233;f&#233;rence au mod&#232;le PCF pour relancer l'islamisme dans les quartiers est explicite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt; C'est surtout &#231;a qui est frappant, c'est qu'il le prend, je pense, au premier degr&#233; : pour lui, l'h&#233;ritage du PC est tr&#232;s bien, tr&#232;s bon. Je pense que, pour lui, l'action du Parti communiste depuis qu'il existe en France est excellent et il veut en poursuivre l'action. C'est &#231;a au fond. Pour nous, et pour n'importe qui a un tout petit peu r&#233;fl&#233;chi &#224; la question, le Parti communiste est un parti qui en France a b&#233;n&#233;ficie d'une mansu&#233;tude absolument incroyable eut &#233;gard aux monstruosit&#233;s qu'il a fait avaler &#224; des g&#233;n&#233;rations de militants honn&#234;tes de gauche et d'extr&#234;me gauche. Le PC, c'est le parti qui a couvert le stalinisme durant des d&#233;cennies enti&#232;res. C'est &#231;a le PC. C'est le parti qui a provoqu&#233;, qui a accompagn&#233; et acc&#233;l&#233;r&#233; la mort du mouvement ouvrier en Occident et particuli&#232;rement en France. Ce sont eux qui ont impos&#233; une chape de plomb intellectuelle durant toute l'apr&#232;s-guerre et jusque mai 68. L'h&#233;ritage du PC est catastrophique pour n'importe quel militant de l'&#233;mancipation. Qu'un Xelka, se r&#233;clame de l'h&#233;ritage du PC, avec son maillage territorial dans les banlieues o&#249; il a supplant&#233; les structures du mouvement ouvrier pour cr&#233;er une police politique d'o&#249; &#233;tait exclus tous les militants dissidents apr&#232;s par exemple la r&#233;volution hongroise et l'intervention de l'URSS en 56, c'est absolument hallucinant. C'est hallucinant. C'est pour &#231;a que moi j'aime beaucoup ces gens qui disent ouvertement les choses, avec Xelka et avec Bouteldja, c'est transparent. Bouteldja, &#231;a fait 20 ans qu'elle s&#233;vit, elle a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une mansu&#233;tude hallucinante durant 15 ans jusqu'&#224; son livre&lt;i&gt; &#171; &lt;/i&gt;Les juifs et nous &lt;i&gt; &#187;,&lt;/i&gt; et depuis, bon &#224; gauche, &#224; l'extr&#234;me gauche, on commence &#224; r&#233;aliser qu'elle sent effectivement le souffre. C'&#233;tait &#233;vident, depuis &#224; peu pr&#232;s le d&#233;but, qu'elle &#233;tait li&#233;e aux mouvances les plus r&#233;gressives de l'islam et du racialisme. Les gens n'ouvrent les yeux que maintenant, c'est terrible et c'est assez terrifiant de voir l'amn&#233;sie, c'est &#224; la fois un m&#233;lange d'amn&#233;sie et d'aveuglement. Venons-en &#224; &#171; l'&#233;cologie d&#233;coloniale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#244;le &#233;cologie d&#233;coloniale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;Alors, je vais &#234;tre rapide parce qu'on a d&#233;j&#224; fait une &#233;mission sur le sujet, dont la retranscription est disponible sur le site Lieux Commun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le discours de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale est une arnaque totale &#187; (mai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans laquelle j'approfondissais un petit peu l'analyse de cette mouvance-l&#224;. Simplement, le principe en gros est d'attribuer les probl&#232;mes &#233;cologiques &#224; l'Occident, il s'agit en r&#233;alit&#233; de lier les mouvances indig&#233;nistes et d&#233;coloniales &#224; l'&#233;cologie &#224; travers la d&#233;testation de l'Occident. &#201;tant donn&#233; que les milieux de l'&#233;cologie politique sont moribonds intellectuellement depuis au moins 40 ans, on peut y aller. Il n'y a vraiment rien de r&#233;ellement nouveau du c&#244;t&#233; de l'&#233;cologie politique, qui n'est en r&#233;alit&#233; qu'une poursuite sous une couleur diff&#233;rente du gauchisme classique. C'est un discours qui s'est impos&#233; tr&#232;s rapidement et aujourd'hui, c'est rare d'avoir des discours &#233;cologiques qui sont capables de contredire cette posture l&#224;, et de dire que non, l'Occident n'est pas enti&#232;rement responsable des d&#233;gradations &#233;cologiques. Ce n'est pas dans l'essence de l'Occident que de d&#233;truire son environnement. L'Occident est porteur de ressources absolument extraordinaires, ne serait-ce que l'&#233;cologie politique qui est une invention occidentale. Une des figures qui illustre cette posture-l&#224;, c'est bien s&#251;r la c&#233;l&#232;bre Sandrine Rousseau, qui &#233;videmment a sa notice comme il se doit sur la cartographie, mais &#233;galement depuis les municipales de 2019, il y a tous ces maires Verts comme &#201;ric Piol, le c&#233;l&#232;bre maire de Grenoble et d'autres&#8230; Il y a aussi des mouvances islamistes qui tentent une entr&#233;e dans l'&#233;cologie, &#231;a reste relativement marginal, mais je pense que c'est une d&#233;marche quand m&#234;me grosse de beaucoup de possibilit&#233;s, notamment &#224; travers le lien entre le halal et le bio et le discours de l'islam qui pr&#233;tendrait &#234;tre une religion &#233;cologique : L&#224; je pense &#224; la revue &lt;i&gt;Reporter&lt;/i&gt;&lt;i&gt;re&lt;/i&gt;, qui par ailleurs peut faire un bon travail, mais leur ouvre leurs colonnes assez r&#233;guli&#232;rement avec des propos qui sont profond&#233;ment d&#233;biles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme par exemple derni&#232;rement cet article intitul&#233; : &#171; Le ramadan devient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; mais qui passent parce que les &#233;cologistes sont &#224; la recherche d'un peuple en fait et pense le rencontrer &#224; travers la figure du musulman, de l'&#233;tranger, du migrant, du sans-papier, du banlieusard. Donc ils vont les chercher assez r&#233;guli&#232;rement sous des formes plus ou moins caricaturales. Le probl&#232;me de cette &#233;cologie d&#233;coloniale est qu'elle s'&#233;tend &#224; peu pr&#232;s toute la toutes les mouvances &#233;cologistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notre page 'Gare &#224; l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale !' (mars 2021), consacr&#233;e &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voil&#224;, on pense &#224; Extinction R&#233;bellion qui sont pr&#233;sents sur cette partie de la carto, ou &#224; Europe-&#201;cologie-Les-Verts bien s&#251;r, mais aussi, Reporterre, G&#233;n&#233;ration Climat, ou encore Greta Thunberg bien s&#251;r, dont on n'a pas parl&#233; et qui n'est pas sur la cartographie mais qui a une &#233;volution qui est tr&#232;s claire depuis quelques ann&#233;es : Partie de la cause pour le climat elle en est aujourd'hui &#224; militer pour la cause palestinienne, beaucoup de choses sont dites l&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#244;le f&#233;minisme islamique et n&#233;o-f&#233;ministe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Dans la m&#234;me optique, il y a la partie &#171; f&#233;minisme islamique &#187; en bas, o&#249; il y a, comme pour l'&#171; &#233;cologie d&#233;coloniale &#187;, la rencontre entre le haut et le bas de la cartographie avec, en bas le cercle &#171; n&#233;of&#233;ministe &#187;, d'ailleurs &#224; ce propos on peut renvoyer &#224; une autre de nos &#233;missions, avec Sandrine Prokoris autour de son livre le &#171; Mirage MeToo &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mirage du n&#233;o-f&#233;minisme (novembre 2023), avec Sabine Prokhoris URL : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le n&#233;of&#233;minisme est d&#233;j&#224; &#224; la base assez controvers&#233;, c'est un peu comme le post-moderniste, c'est-&#224;-dire qu'ils veulent tellement critiquer l'Occident qu'ils en arrivent &#224; d&#233;truire les acquis du f&#233;minisme historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;On peut s'arr&#234;ter l&#224;-dessus parce que c'est un mouvement qui est g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; toutes les zones, enfin &#224; toutes les mouvances du haut de la cartographie o&#249; ils r&#233;cup&#232;rent le meilleur de l'h&#233;ritage occidental pour le retourner contre lui-m&#234;me. Le &#171; n&#233;of&#233;minisme &#187;, on dirait vraiment un mouvement qui est con&#231;u pour d&#233;truire le f&#233;minisme, tr&#232;s clairement. M&#234;me chose avec les mouvances &#171; anti-flic &#187; dont on a parl&#233; un petit peu au d&#233;but, la critique de l'oppression polici&#232;re est fondamentale, l&#224;, elle sert presque uniquement, semble-t-il, &#224; discr&#233;diter toute possibilit&#233; de contester un r&#233;gime autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l :&lt;/strong&gt; C'est-&#224;-dire que le mouvement pour l'&#233;galit&#233; et l'&#233;quit&#233; entre les sexes devient en fait l&#224; une sorte de haine quasi assum&#233;e de l'homme. C'est tr&#232;s &#233;trange parce qu'on se dit que c'est quand m&#234;me ha&#239;r la moiti&#233; de l'humanit&#233; ; On a Alice Coffin par exemple qui dit '&lt;i&gt;Je ne veux plus lire de livres &#233;crits par un homme' &lt;/i&gt;ce des choses d&#233;j&#224; assez contradictoires avec le projet initial. Il y a aussi cette posture qui consiste &#224; chercher le conflit, tout le temps, jusque dans les moindres d&#233;tails et tout en faisant des alliances avec le mouvement le plus r&#233;gressif possible qui soit, le mouvement islamiste, via souvent des associations pseudo-f&#233;ministes : On pense &#224; l'association Lallab, qui &#233;tait qui &#233;tait fond&#233;e en 2016 et qui &#233;tait proche du pr&#233;dicateur Tariq Ramadan. Les islamistes s'organisent et font des comit&#233;s de femmes avec des relais, on ne peut pas vraiment dire que ce soit des comit&#233;s f&#233;ministes mais ils vont tout de m&#234;me faire le lien avec les n&#233;of&#233;ministes qui sont en recherche, c'est elles qui vont les chercher, je pense &#224; l'association d'Alice Coffin &#224; qui AJ + avait d&#233;cern&#233; des prix sur pour son combat LGBT+ dans la sph&#232;re journalistique, cela fait l'air de rien la promotion d'une cha&#238;ne qatari, qui &#233;videmment r&#233;cup&#232;re tout ce qui tra&#238;ne de critique de l'Occident, donc forc&#233;ment l'id&#233;e que l'Occident est m&#233;chant et homophobe. Al Jazira d'ailleurs varie ces propos en fonction du public cibl&#233;, c'est tr&#232;s amusant, ils n'ont pas du tout le m&#234;me discours lorsque qu'ils s'adressent aux occidentaux, discours qui diff&#232;re de celui qu'il adresse &#224; leur public localement&#8230; Pour revenir sur l'&#233;cologie d&#233;coloniale, c'est effectivement des personnes qui prennent un mouvement d&#233;j&#224; existant pour le phagocyter, y faire de l'entrisme avec des m&#233;thodes un peu proches de ce que pouvait faire les lambertistes-trotzkystes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apart&#233; : La d&#233;construction comme rationalisation de l'effondrement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;Et comme les mouvements en question sont moribonds ou mal en point, l'&#233;cologie comme le f&#233;minisme, l'entrisme y est d'autant plus facile. &#199;a c'est tr&#232;s clair. Je me permets de placer ici une id&#233;e que l'on aurait d&#251; exprimer un peu plus t&#244;t. En r&#233;alit&#233;, il y a beaucoup de ces mouvements du haut de la cartographie, qu'on a appel&#233; &#171; les d&#233;constructeurs &#187;, qui ne sont en r&#233;alit&#233; qu'une rationalisation d'une d&#233;liquescence occidentale. C'est-&#224;-dire que les relations entre les sexes, entre les gens sont probl&#233;matiques en Occident, un mouvement f&#233;ministe a exist&#233; durant des si&#232;cles, il n'est pas du tout n&#233; dans les ann&#233;es 60, il date de bien plus longtemps, que l'on ne pense tout simplement au r&#244;le des femmes durant la R&#233;volution fran&#231;aise et m&#234;me auparavant, c'est un mouvement qui est fondamentalement structurant de l'Occident et il a d&#233;bouch&#233; aujourd'hui, pour de multiples raisons, sur une sorte de confusion des genres qui peut &#234;tre tout &#224; fait passag&#232;re o&#249; l'on ne sait plus trop ce que cela est qu'&#234;tre un homme, qu'&#234;tre une femme, qu'&#234;tre en couple, ce que c'est que la fid&#233;lit&#233;, ce que c'est que l'amour, le sexe, etc. Et cette confusion plut&#244;t que de l'affronter et de tenter de poser d'autres normes, d'en discuter, d'inventer des formes de vie et de coexistence, on a des mouvances qui vont expliquer que ce flou-l&#224;, cette d&#233;liquescence est normale et en fait tr&#232;s bien. C'est ce qu'on appelle vraiment une rationalisation au sens le plus plat du terme o&#249; on va expliquer que ce qui se d&#233;roule est tr&#232;s bien. C'est ce qu'on trouve un peu plus loin d'ailleurs &#224; propos par exemple des mouvances du &#171; sans fronti&#233;risme &#187;, dont on va parler, ou &#171; pro-immigration &#187;, m&#234;me si le terme n'est pas tr&#232;s bon. On a en fait des mouvements migratoires qui sont &#233;normes, transcontinentaux, sur lesquels on a tr&#232;s peu de ma&#238;trise et des gens vont nous expliquer que ce qui se passe l&#224; est tr&#232;s bien. Voil&#224;, tout simplement, et en dehors de tout raisonnement rigoureux, de toute vraie r&#233;flexion, on va simplement expliquer que ce qui se d&#233;roule sous nos yeux est tr&#232;s bien, point. Donc, on va rationaliser les choses. M&#234;me chose &#224; propos de l'islam : nous vivons de fait, de par ces mouvements migratoires, une islamisation de la soci&#233;t&#233;, il ne faut pas avoir peur du mot, c'est un mot qui d&#233;crit ce qu'il se passe, l'islam a de plus en plus de place dans notre soci&#233;t&#233;. Les islamo-gauchistes vont expliquer que c'est tr&#232;s bien, ind&#233;pendamment de la valeur de cela dont on pourrait, enfin dont il faut discuter, on en discute d'ailleurs, est-ce que cela est bien, les bons c&#244;t&#233;s, les mauvais c&#244;t&#233;s&#8230; Les islamo-gauchistes eux, ne vont que expliquer que ce qui se passe est tr&#232;s bien. Il y a l&#224; tout un mouvement de rationalisation mais qui est en fait une r&#233;action d'impuissance. C'est un r&#233;flexe d'impuissance. On est impuissants face &#224; ce qui se passe, et, pour se sentir bien, pour se sentir mieux, avoir l'impression d'avoir une prise sur ce qui se passe, on va dire que c'est tr&#232;s bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;On fait un peu du surf quoi. En fait, on suit la vague.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt; C'est vraiment suivre la vague. C'est pour cela qu'il ne faut pas non plus surestimer tous ces mouvements-l&#224; et se dire qu'ils sont surpuissants, qu'ils provoquent toutes ces dynamiques, c'est peut-&#234;tre une vue marxiste l&#224;&#8230; mais c'est vraiment la superstructure qui suit l'infrastructure. Il y a des &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulent, des tendances profondes, des tendances lourdes dans nos soci&#233;t&#233;s, et c'est simplement des discours qui les accompagnent. Je pense &#224; Houria Bouteldja, qui est un personnage relativement important, on peut dire '&lt;i&gt;Ah mais quel talent elle a ! C'est extraordinaire&lt;/i&gt;.', et pourtant elle ne fait rien d'autre que rationaliser un ressenti de migrants qui se sentent de moins en moins en minorit&#233;, qui sentent que la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise se d&#233;lite de l'int&#233;rieur, qui peuvent jouer sur leur identit&#233;, leur double identit&#233;, le flou, la peur du racisme etc, et qui peuvent op&#233;rer un petit chantage. Il y a de plus en plus de gens qui ressentent cette chose-l&#224;, Bouteldja ne fait que leur expliquer que c'est tr&#232;s bien et qu'il faut continuer. Ce n'est pas tellement elle qui a de l'influence, elle surfe vraiment effectivement sur un ph&#233;nom&#232;ne sur lequel personne n'a r&#233;ellement prise. Je pense que c'est une id&#233;e qui est importante pour savoir de quoi on parle, et c'est pour &#231;a que notre discours est vraiment anti-complotiste. On ne dit pas que tout est planifi&#233;, on dit au contraire qu'il y a des ph&#233;nom&#232;nes qui se d&#233;roulent et que des gens, a posteriori, justifient ces ph&#233;nom&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l :&lt;/strong&gt; Pour rebondir sur cela effectivement il y a aussi cette histoire de micro identit&#233;s &#171; trans &#187;. L&#224;, &#231;a appara&#238;t moins parce qu'au d&#233;but de la cartographie ce mouvement n'&#233;tait pas si important mais depuis je pense qu'il a grossi et cela traduit aussi une dynamique o&#249; chacun se recroqueville en fait sur son identit&#233;, en parle sur les r&#233;seaux, s'invente des vies, etc. Si tu es critique de cela, on t'oppose un discours, un peu comme celui de M&#233;lenchon d'ailleurs, qui te dit en gros &#171; voyons, on arr&#234;te pas le progr&#232;s ! &#187; : c'est-&#224;-dire qu' on ne peut pas avoir de critique l&#224;-dessus. Si demain tu veux &#234;tre un homme, tu seras un homme etc...Il y a pas de r&#233;flexion mat&#233;rialiste &#224; ce propos, il y a juste un accompagnement. Le STRASS [Syndicat du Travail Sexuel], c'est pareil, sur la question du travail sexuel, on avait autrefois une gauche qui &#233;tait contre la prostitution qui a m&#234;me &#233;t&#233; abolie au moment de la Commune. L&#224;, il n'y a plus aucune r&#233;flexion, on suit, on voit que le syst&#232;me lib&#233;ral capitaliste a des outils qu'on ne peut pas contrecarrer, alors on suit. La GPA aussi, on ne peut rien faire&#8230; Donc on va accompagner tous ces nouveaux march&#233;s capitalistes et &#234;tre dans la pseudo-subversion. Finalement tout le monde s'y retrouve au niveau lib&#233;ral : &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Inrocks&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;l'O&lt;/i&gt;&lt;i&gt;bs&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;France Inter&lt;/i&gt;, ce ne sont pas non plus des gauchistes au sens &#233;conomique, c'est simplement du lib&#233;ralisme culturel. C'est un accompagnement qui se fait et qui pousse &#224; la radicalit&#233; en ouvrant la route &#224; des ph&#233;nom&#232;nes qui existent d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#244;les islamisme et islamo-gauchisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;Tout &#224; fait. Oui. On peut dire deux mots de l'islamo-gauchisme en haut et de l'islamisme en bas, mais rapidement parce que d'autres cartographies s'en sont occup&#233;s comme on l'a dit. On ne peut que renvoyer &#224; la &lt;i&gt;cartographie sur l'islam&lt;/i&gt;&lt;i&gt;o-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;gauchisme&lt;/i&gt;, m&#234;me si elle date un peu, et en bas, sur l'islamisme, on ne peut que renvoyer &#224; la &lt;i&gt;cartographie de la galaxie des &lt;/i&gt;&lt;i&gt;F&lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&#232;res musulmans,&lt;/i&gt; qui est beaucoup plus d&#233;taill&#233;e, beaucoup plus rigoureuse. Ce sont donc &#233;videmment deux mouvances qui sont extr&#234;mement compl&#233;mentaires avec des gauchistes en haut, qui ont tout perdu de la gauche historique car en r&#233;alit&#233; on parle de la &#171; gauche ou du gauchisme &#187; mais cela n'a plus grand chose &#224; voir : Qu'est-ce que c'est qu'une gauche qui est pro-religion ? Qu'est-ce que &#231;a veut dire ? Et pro-islam particuli&#232;rement. C'est une religion qui est tout de m&#234;me la plus r&#233;gressive et peut-&#234;tre aujourd'hui la plus agressive au niveau mondial, en tout cas qui a le plus d'influence, le plus de croissance. Qu'est-ce que c'est qu'une gauche qui est pour l'immigration ? Alors que traditionnellement et jusque dans les ann&#233;es 80, la gauche &#233;tait anti-immigration, on va en parler en parler tout &#224; l'heure&#8230; Donc c'est une gauche qui a perdu tous ses rep&#232;res et qui croit trouver dans l'islam un ressort, &#224; la fois une ressource populaire, puisque c'est une gauche qui n'a plus aucun impact dans les milieux populaires autochtones fran&#231;ais, ou plus grand-chose, et c'est une gauche surtout qui retrouve dans l'islam cette fibre totalitaire dont on parlait au d&#233;but de l'&#233;mission puisque c'est une gauche qui a quand m&#234;me couvert, on l'a vu &#224; propos du PC tout &#224; l'heure, les pires massacres du XXe si&#232;cle et elle retrouve dans l'islam ce levier de la terreur qui l'a fait fantasmer ; et d&#232;s qu'elle est dominante quelque part, on le voit, elle fonctionne &#224; la menace, &#224; l'intimidation, c'est ce que l'on voit la fois du c&#244;t&#233; du gauchisme et du c&#244;t&#233; &#233;videmment de l'islamisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#244;le Lobby pro-Religion et sans fronti&#232;risme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus int&#233;ressant, voyons les deux p&#244;les les plus &#224; droite : le &#171; sans-frontierisme &#187; en haut et les &#171; lobbys pro-religion &#187; au milieu. Le &#171; lobby pro-religion &#187;, on va avoir du mal &#224; en parler parce que les copains qui s'&#233;taient occup&#233;s de cette partie ne sont pas l&#224; avec nous aurjoud'hui. Bon, on comprend ce qui se passe, c'est une alliance de l'oecum&#233;nisme en r&#233;alit&#233; : Une alliance entre le juda&#239;sme, le christianisme et l'islam avec des figures qui sont plus ou moins connues comme Samuel Grzybowsky, auquel on avait consacr&#233; une &#233;mission intitul&#233;e &#171; les militants du multiculturalisme &#187;, avec Aline Girard, qui nous avait d&#233;crit et analys&#233; par le menu tout ce r&#233;seau-l&#224;, c'&#233;tait extr&#234;mement int&#233;ressant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les militants du multiculturalisme (septembre 2024) avec Aline Girard URL : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et puis, on a aussi des gens qui comme Abdennour Bidar, avait bien commenc&#233; semble t-il dans la critique de l'islam et qui aujourd'hui est en train de passer &#224; un discours tr&#232;s tr&#232;s consensuel. Et bien s&#251;r, on a la Vigie de la la&#239;cit&#233; ou l'ex-Vigie de la la&#239;cit&#233; avec le trio de t&#234;te&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l :&lt;/strong&gt; L'Observatoire de la la&#239;cit&#233;, qui a &#233;t&#233; qui a &#233;t&#233; dissous en fait puisque c'&#233;tait un rep&#232;re de gens qui &#233;taient tr&#232;s proches des islamistes, ce qui est assez &#233;tonnant. C'est pour cela d'ailleurs qu'ils faisaient des rapports o&#249; tout allait bien, tout allait toujours tr&#232;s bien dans le meilleur des mondes. Apr&#232;s Samuel Paty, c'&#233;tait un peu plus compliqu&#233; d'y croire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt; Rien que le terme, on observe la la&#239;cit&#233;, c'est la la&#239;cit&#233; qu'il faut surveiller, ce ne sont pas les religions, la remarque n'est pas de moi, et j'ai trouv&#233; qu'elle visait juste, qu'elle visait dans le mille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;&#192; la fermeture de l'Observatoire de la la&#239;cit&#233;, il y a eu la Vigie de la la&#239;cit&#233; qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e et qui reprend les m&#234;mes personnes en son sein : Jean Baub&#233;rot, Jean-Louis Bianco et Nicolas Caden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;Nicolas&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Caden, qui fait le lien avec l'&#233;cologie parce qu'il est aussi adh&#233;rant, aux derni&#232;res nouvelles, &#224; Europe-&#201;cologie-Les Verts, donc l&#224; on a aussi un lien assez clair. Puis, on a La conf&#233;rence des &#233;v&#234;ques de France qui semble &#234;tre un rep&#232;re de personnalit&#233;s dont l'horizon, au fond, est de r&#233;tablir un concordat en France, c'est &#224;-dire de revenir sur la loi la&#239;cit&#233; de 1905 de s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat et d'installer un syst&#232;me concordataire, n&#233;o-concordataire. D'ailleurs, avant de s'appeler &#171; lobbys pro-religion &#187;, le cercle concentrique devait s'appeler &#171; les n&#233;o-concordataires &#187;, et puis, apr&#232;s discussion, il s'est trouv&#233; que le terme n'&#233;tait pas tout &#224; fait exact&#8230; Mais le principe est vraiment d'&#233;tablir en France un v&#233;ritable multiculturalisme, un v&#233;ritable &#233;tat multiconfessionnel puisque sous l'appellation &#171; la&#239;cit&#233; &#187; ce sont des gens qui veulent placer les libert&#233;s religieuses au-dessus de tout et en finir avec la la&#239;cit&#233; de 1905, c'est dans la notice qu'on a &#233;crit, d'en finir historiquement avec le mod&#232;le la&#239;que, assimilateur et r&#233;publicain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Une&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;chose&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&#233;tonnante dans ce discours-l&#224;, qu'on avait not&#233;e dans une de nos &#233;missions consacr&#233;e &#224; la la la&#239;cit&#233;, c'est le fait de r&#233;duire la la&#239;cit&#233; &#224; la libert&#233; de croire ou de ne pas croire. Cela para&#238;t anodin, mais cette fa&#231;on de pr&#233;senter les choses, c'est en fait une mani&#232;re de r&#233;introduire les religions dans la R&#233;publique, en insinuant que la la&#239;cit&#233; permettait &#224; toutes les religions de coexister. Or, la la&#239;cit&#233; ce n'est pas du tout &#231;a. Et donc, c'est un peu compliqu&#233; de dire cela en quelques phrases, mais &#231;a touche vraiment &#224; la libert&#233; de conscience et autant sur le plan politique que religieux : il n'y a pas &#224; se focaliser sur le religieux mais &#224; faire en sorte qu'&#224; un moment Allah ou J&#233;hovah et n'importe quelle religion disparaissent de nos salles de classe et qu'on parle d'autres choses. Et le fait d'avoir des personnes comme, Samuel Grzybowsky, qui ne parlent que d'une d&#233;finition tr&#232;s particuli&#232;re, tr&#232;s orient&#233;e de la la&#239;cit&#233; fausse le d&#233;bat, c'est vraiment , j'insiste, une mani&#232;re pour eux de r&#233;introduire la religion &#224; l'int&#233;rieur de l'&#233;cole dont la loi de 1905 l'a sortie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#244;le sans-fronti&#232;risme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt; Tout &#224; fait, on en parlait avec Catherine Kintzler. dans l'&#233;mission sur la&#239;cit&#233;, ath&#233;isme et auto-institution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La&#239;cit&#233;, ath&#233;isme et auto-institution (d&#233;cembre 2024) avec Catherine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dernier ensemble pr&#233;sent de cette cartographie en haut &#224; droite, le &#171; sans fronti&#233;risme &#187;, donc des gens qu'on appelle &#171; pro-immigration &#187; ou &#171; immigrationnistes &#187;, mais le terme est emb&#234;tant parce que la question justement est, sommes-nous encore dans un contexte d'immigration ? Mon avis &#233;tant que non, ce n'est plus l'immigration que nous vivons auparavant, ce sont des migrations. La nature de ces mouvements-l&#224; a chang&#233;. L'immigration, c'est ce qui est n&#233; &#224; la fin du 19e si&#232;cle et qui a dur&#233; jusqu'&#224; la fin du 20&#232;me si&#232;cle, avec un processus d'assimilation, un processus d'int&#233;gration dans une soci&#233;t&#233;. L&#224;, le principe est au contraire d'&#233;tablir des soci&#233;t&#233;s multiculturelles et d'&#233;clater l'unit&#233; des peuples pour &#233;viter le retour de cette satan&#233;e extr&#234;me droite et le retour du nazisme. Voil&#224;. Et alors l&#224;, on a dans ce cercle-l&#224;, par exemple, Herv&#233; Le Bras, qui est vraiment une r&#233;f&#233;rence absolue, c'est un universitaire qui ne cesse de chanter les louanges de l'immigration. Alors, l'immigration aujourd'hui est un terme qui divise, on a l'impression que la d&#233;fense de l'immigration est une pr&#233;rogative de la gauche et qu'&#234;tre contre l'immigration, c'est &#234;tre de droite. La r&#233;alit&#233; est tr&#232;s diff&#233;rente, dans l'histoire. l'immigration a &#233;t&#233; un projet patronal, de mani&#232;re &#224; augmenter la pression sur la main d'&#339;uvre, ce que Marx appelait l'arm&#233;e de r&#233;serve. &#201;videmment, c'est ce que l'on voit aujourd'hui, les emplois les plus pr&#233;caires sont occup&#233;s par les migrants. Ce sont des emplois qui n'existeraient pas ou seraient modifi&#233;s et mieux pay&#233;s et exerc&#233;s dans des meilleures conditions si jamais il n'y avait pas cette main-d'&#339;uvre corv&#233;able &#224; merci, comme on dit. C'est tr&#232;s &#233;tonnant d'entendre des gens, qui se pr&#233;tendent de gauche, d&#233;fendre l'exploitation d'une main-d'&#339;uvre &#233;trang&#232;re. On se retrouve ici aussi en compagnie du pape Fran&#231;ois, qui malheureusement a rejoint son cr&#233;ateur, et qui a &#233;t&#233; un militant pro-immigration de mani&#232;re hallucinante un &#171; sans fronti&#232;riste &#187; lui aussi&#8230; Alors, lui, pour le coup il est du c&#244;t&#233; &#171; Empire &#187; parce qu'imp&#233;rialiste : il faut toujours se rappeler que l'&#201;glise catholique est un morceau de l'empire byzantin et de l'empire romain en exil et qu'elle est aujourd'hui r&#233;duite au territoire du Vatican mais que l'ambition est toujours de faire r&#233;gner les lois du Christ sur terre et que ce n'est pas du tout un hasard si on un pape de ce c&#244;t&#233;-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l :&lt;/strong&gt; C'est tr&#232;s &#233;tonnant finalement les positions pro-islamiste quasiment qu'a eu le pape Fran&#231;ois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;Tr&#232;s, tr&#232;s surprenant&#8230; Le pape Fran&#231;ois a une fiche que j'ai faite de fa&#231;on tr&#232;s tr&#232;s d&#233;taill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Sa notice est effectivement d&#233;taill&#233;e, c'est quelqu'un qui est issu d'une partie de la Th&#233;ologie de la Lib&#233;ration, dans cette th&#233;ologie, c'est la victime qui est &#233;rig&#233;e &#224; un point qui va bien au-del&#224; du christianisme classique. En fait, il constate vraiment que l'Occident est en train de d&#233;cliner d&#233;mographiquement et il compte sur les immigr&#233;s pour remplacer les occidentaux. Enfin, c'est assez &#233;trange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt; Il pr&#233;f&#232;re des musulmans plut&#244;t que des ath&#233;es. Et on peut dire qu'il est la rencontre de plusieurs choses, puisque effectivement il est issu d'un courant, en fait, concurrent la th&#233;ologie de la Lib&#233;ration, sous influence marxiste, donc ce pape Fran&#231;ois est &#224; la confluence entre, le deuxi&#232;me monoth&#233;isme : le christianisme et le troisi&#232;me monoth&#233;isme : l'islam, avec lequel il &#233;tait extr&#234;mement complaisant et enfin avec le quatri&#232;me monoth&#233;isme : le marxisme-l&#233;ninisme. L&#224;, il concentre vraiment la convergence de tous les monoth&#233;ismes qui ne souhaitent qu'une chose : la fin des soci&#233;t&#233;s porteuses de projets d&#233;mocratiques, on peut dire &#231;a comme &#231;a. C'est une figure que tous les gauchistes ont ador&#233; &#233;videmment, toute la gauche l'a adul&#233;, ce qui traduit aussi une nature profond&#233;ment religieuse de la gauche contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#244;le extr&#234;me droite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt; Pour finir, peut-&#234;tre quelques mots &#224; propos de l'extr&#234;me droite qu'on a mis tout en bas de la cartographie, du c&#244;t&#233; &#171; fondamentalisme &#187;. Alors, au d&#233;but de l'&#233;mission, on a dit qu'il n'existait pas d'extr&#234;me-droite fran&#231;aise. Malgr&#233; tout, on l'a mis parce qu'il y a quand m&#234;me des r&#233;sidus&#8230; On a mis Alain Soral et son mouvement &#171; &#201;galit&#233; et r&#233;conciliation &#187;, qui me semble exprimer la quintessence de cette extr&#234;me droite fran&#231;aise, m&#234;me si, &#224; l'&#233;couter, je connais mal Alain Soral, il a des positions qui sont tellement caricaturales que j'ai toujours eu l'impression que c'&#233;tait une traduction fran&#231;aise de l'islamisme, et de fait, il a une audience extraordinaire aupr&#232;s des jeunes musulmans. C'est tr&#232;s &#233;tonnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l :&lt;/strong&gt; On ne l'a pas dit, mais il y a pas mal de militants de La France Insoumise qui sont issus du mouvement soralien&#8230; D'ailleurs, Wissam Xelta dit qu'il a commenc&#233; &#224; se politiser via ce mouvement-l&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt; Oui tout &#224; fait. Mais m&#234;me des gens qu'on trouve &#224; gauche de la cartographie ont commenc&#233; par le soralisme, dont en fait le ciment fondamental est l'antis&#233;mitisme, tr&#232;s clairement : Soral est obs&#233;d&#233; par la figure du juif comme le musulman de base d'ailleurs l&#224; pour des raisons plus historiques, ce qui est &#233;tonnant chez Soral, c'est qu'il n'y a pas ce fond catholique qui normalement nourrit l'antis&#233;mitisme qu'on trouve par exemple chez Civitas, la Manif pour tous etc. Il y a aussi la figure d'Alain de Benoist qui est quelqu'un qui, on aurait pu en parler tout &#224; l'heure &#224; propos de la nation, est pro-empire : il est vraiment pour un empire, un empire occidental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l : &lt;/strong&gt;Pour revenir sur le d&#233;but de l'&#233;mission, l'extr&#234;me droite, telle qu'on l'appelle est anti-Lumi&#232;res ; c'est-&#224;-dire qu'elle s'oppose &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise et l&#224;, en fait, les antifascistes font un complet contresens quand ils se disent antifascistes, alors qu'ils sont en fait anti-Occident. Mais l'Occident pour l'extr&#234;me droite, c'est le mal. On peut ici renvoyer &#224; l'une de nos &#233;missions dont l'invit&#233; &#233;tait Fran&#231;ois Rastier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Heidegger et sa post&#233;rit&#233; militante (mai 2023) avec Fran&#231;ois Rastier URL : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui nous parlait d'Heidegger. Heidegger, c'est les mouvements anti-Lumi&#232;res qui s'opposent &#224; l'Occident, car ils trouvent que l'Occident incarne le p&#233;ch&#233; originel d'avoir combattu Dieu, il faut donc en sortir et se rappeler de Dieu. Et donc on retrouve tous ces mouvements tels que Civitas, la Manif pour tous, qui font parfois alliance&#8230; Avec les islamistes, c'est parfois plus difficile car ils sont finalement radicalement et tellement plus &#224; droite qu'eux&#8230; Il y tout de m&#234;me eu La manif pour tous, o&#249; certaines alliances avec personnalit&#233;s islamistes ont &#233;t&#233; effectives et o&#249; ces mouvements ont pu se retrouver sur des choses communes&#8230; Par contre, je pense que si on avait fait une cartographie sur la Belgique, il y aurait eu plus de liens, notamment en ce qui concerne les mouvements anti-LGBT, qui vont essayer de faire des choses dans les &#233;coles o&#249; l&#224; il va y avoir beaucoup plus de convergence entre les deux extr&#234;mes-droites, la traditionnelle et l'islamiste. On peut ici renvoyer notre &#233;mission avec Fadila Maaroufi sur l'islamisation de l'Europe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'islamisation de l'Europe (octobre 2024) avec Fadila Maaroufi URL : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin :&lt;/strong&gt; Puisqu'on est dans les liens vers nos autres &#233;missions, on a fait une bonne &#233;mission sur l'&#233;cologie, avec Christian L&#233;v&#234;que&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;cologie : science, politique ou id&#233;ologie ? (d&#233;cembre 2023) avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui est un &#233;cologue, qui a &#233;crit un bon livre qui consid&#232;re, &#224; raison, que l'&#233;cologie est travers&#233;e d'un cr&#233;ationnisme dans lequel on retrouve un fond religieux. On a d&#233;taill&#233; cette id&#233;e dans une autre &#233;mission avec cette fois, Arnaud Blaret, dont le th&#232;me &#233;tait justement la th&#233;ologie de l'&#233;cologie, puisque il a produit toute une enqu&#234;te sur ces th&#233;ologiens qui influencent les discours &#233;cologistes dans les grandes instances internationales, discours dont le principe est de d&#233;crire une cr&#233;ation divine cr&#233;&#233;e une fois pour toute et qu'il ne faudrait pas d&#233;ranger, en dehors de toute consid&#233;ration humaniste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les th&#233;ologiens de l'&#233;cologie (novembre 2024) avec Arnaud Blaret URL : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On se retrouve effectivement avec des mouvances religieuses, avec un fond religieux en tout cas qui irrigue un petit peu tout et un mouvement anti-occidental, au sens o&#249; il s'agirait d'en finir avec des soci&#233;t&#233;s compliqu&#233;es, capables de r&#233;flexivit&#233;, de r&#233;flexion, des d&#233;mocraties qui ne savent pas trop o&#249; elles vont, qui se posent beaucoup de questions et derri&#232;re la volont&#233; d'en revenir &#224; des soci&#233;t&#233;s plus simples, th&#233;ocratiques, avec des principes intangibles et des gouvernants qui savent o&#249; ils vont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l :&lt;/strong&gt; Pour compl&#233;ter, on a focalis&#233; un peu sur la partie totalitarisme venant de l'Est, de l'Union sovi&#233;tique et sur l'islamisme, il y a aussi effectivement une convergence avec les pratiques un peu new-age ou obscurantistes de l'&#233;cologie. Il y a certains &#233;cologistes finalement qui sortent de la rationalit&#233;, qui nous parlent de religion, de communion avec les arbres et &#231;a peut &#234;tre vu comme rigolo mais il y a un fond d'irrationalit&#233; qui est assez inqui&#233;tant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin : &lt;/strong&gt;C'est toute la vraie question parce que, c'est une vraie question aussi, on a l'impression d'aller de Charybde en Scylla, puisque on aurait le choix entre une soci&#233;t&#233; hyper-rationalis&#233;e, bureaucratique, technicis&#233;e et un monde spiritualis&#233;, avec une religion omnipr&#233;sente, avec une science qui ne serait plus vraiment une science et des croyances qui prendraient le pas sur les savoirs. Voil&#224;. Et toute la question que devrait travailler l'&#233;cologie, c'est &#231;a : ce sont les questions de la rationalit&#233; et de ses limites, de ce qui serait autre que rationnel et la mani&#232;re dont on pourrait l'appr&#233;hender. C'est une v&#233;ritable question, mais c'est le principe m&#234;me de ce questionnement qui est remis en cause par les anti-Lumi&#232;res. Les Lumi&#232;res pour renouer avec le tout d&#233;but de l'&#233;mission, c'est la capacit&#233; d'interrogation, et tous ces gens-l&#224;, au fond, veulent en finir avec l'interrogation libre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Podcast H&#233;r&#233;tiques 'Castoriadis : penser l'&#233;poque' avec Quentin Berard (juin 2025), URL : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2025/06/01/castoriadis-penser-lepoque-avec-quentin-berard/https://heretiques.fr/2025/06/01/castoriadis-penser-lepoque-avec-quentin-berard/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2025/06/01/castoriadis-penser-lepoque-avec-quentin-berard/https://heretiques.fr/2025/06/01/castoriadis-penser-lepoque-avec-quentin-berard/&lt;/a&gt; et brochure Lieux Communs n&#176;29 : &#171; Lire (et comprendre) Castoriadis ; De quelques tentatives de penser notre &#233;poque &#187; (f&#233;vrier 2025). URL : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1200-Parution-de-la-brochure-Lire-et-comprendre-Castoriadis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;a href=&#034;https://www.frontieresmedia.fr/cartographies/cartographie-de-lextreme-gauche&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.frontieresmedia.fr/cartographies/cartographie-de-lextreme-gauche&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;a href=&#034;https://lahorde.info/Schema-de-l-extreme-droite-en-France-juin-2024-14e-edition&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://lahorde.info/Schema-de-l-extreme-droite-en-France-juin-2024-14e-edition&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cartographie de l'islamo-gauchisme en France, URL : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?920-Cartographie-de-l-islamo-gauchisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?9...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#201;mission 'Offensive Sonore' consacr&#233;e &#224; la cartographie de l'islamo-gauchisme en France, diffus&#233;e le vendredi 21/07/2018 sur Radio Libertaire, URL : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?974-L-alliance-entre-le-gauchisme-et-l&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?9...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cartographie de la galaxie des Fr&#232;res Musulmans en France, URL : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?980-Cartographie-de-la-galaxie-des&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?9...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Tract 'Ce que nous appelons extr&#234;me droite' (avril 2014), URL : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?Ce-que-nous-appelons-extreme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?C...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Inertie Historique, (octobre 2012), texte extrait du bulletin de G.Fargette &#171; Le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187; (n&#176;22, d&#233;cembre 2010 ) URL : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?640-inertie-historique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?6...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir le texte &#171; L'horizon imp&#233;rial &#187; (mars 2019), in brochure n&#176;23 : L'horizon imp&#233;rial. Soci&#233;t&#233;s chaotiques et logique d'empire URL : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?965-L-horizon-imperial-1-4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?9...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;'Wokisme et obscurantisme : articulations et compl&#233;mentarit&#233;s' de B&#233;rard Quentin (juillet 2022) URL &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1112-Wokisme-et-obscurantisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est chose faite depuis : Voir le podcast &lt;i&gt;H&#233;r&#233;tiques&lt;/i&gt; intitul&#233;e 'Rap, banaliser la barbarie' avec comme invit&#233; : Le D&#233;rapeur URL : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2026/03/01/rap-banaliser-la-barbarie-avec-le-derapeur/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2026/03/01/ra...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Association et site de diffusion de la pens&#233;e des Fr&#232;re Musulmans, fond&#233;e en 2011 au Havre. Cf. notice consacr&#233;e &#224; cette association dans la partie '&#201;ducation et formation ' de notre '&lt;i&gt;cartographie de la galaxie des Fr&#232;res Musulmans en France&lt;/i&gt;' op-cit&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'Occident et sa culpabilit&#233; narcissique (juin 2023) URL : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2023/06/01/loccident-et-sa-culpabilite-narcissique/comment-page-1/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2023/06/01/lo...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Le discours de l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale est une arnaque totale &#187; (mai 2021), URL : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1056-Le-discours-de-l-ecologie-de-coloniale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1056-Le-discours-de-l-ecologie-de-coloniale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Comme par exemple derni&#232;rement cet article intitul&#233; : &#171; Le ramadan devient un contre-rythme, une sobri&#233;t&#233; choisie &#187; (26/02/2026) URL : &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Le-ramadan-devient-un-contre-rythme-une-sobriete-choisie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://reporterre.net/Le-ramadan-d...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir notre page 'Gare &#224; l'&#233;cologie (d&#233;)coloniale !' (mars 2021), consacr&#233;e &#224; la d&#233;nonciation et la r&#233;futation de la n&#233;buleuse de l'&#171; &#233;cologie (d&#233;)coloniale &#187; qui subvertit peu &#224; peu tout le champ dit de l'&#233;cologie politique, contribuant &#224; son sabotage. URL : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1051-Gare-a-l-ecologie-de-coloniale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le mirage du n&#233;o-f&#233;minisme (novembre 2023), avec Sabine Prokhoris URL : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2023/11/01/le-mirage-du-neo-feminisme-avec-sabine-prokhoris/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2023/11/01/le...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les militants du multiculturalisme (septembre 2024) avec Aline Girard URL : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2024/09/01/les-militants-du-multiculturalisme-avec-aline-girard/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2024/09/01/le...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La&#239;cit&#233;, ath&#233;isme et auto-institution (d&#233;cembre 2024) avec Catherine Kintzler URL : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2024/12/01/laicite-atheisme-et-auto-institution-avec-catherine-kintzler/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2024/12/01/la...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Heidegger et sa post&#233;rit&#233; militante (mai 2023) avec Fran&#231;ois Rastier URL : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2023/05/01/heidegger-et-sa-posterite-militante/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2023/05/01/he...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'islamisation de l'Europe (octobre 2024) avec Fadila Maaroufi URL : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2024/10/01/lislamisation-de-leurope-avec-fadela-maaroufi/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2024/10/01/li...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'&#233;cologie : science, politique ou id&#233;ologie ? (d&#233;cembre 2023) avec Christian L&#233;v&#234;que URL : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2023/12/01/lecologie-science-politique-ou-ideologie-avec-christian-leveque/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2023/12/01/le...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les th&#233;ologiens de l'&#233;cologie (novembre 2024) avec Arnaud Blaret URL : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2024/11/01/les-theologiens-de-lecologie-avec-arnaud-blaret/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2024/11/01/le...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le malaise dans la d&#233;mocratie</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1219-Le-malaise-dans-la-democratie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1219-Le-malaise-dans-la-democratie</guid>
		<dc:date>2026-03-05T08:59:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Lasch C.</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;cence commune</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Lib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Progressisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Introduction au livre de Christopher Lasch, &#171; La R&#233;volte des &#233;lites et la trahison de la d&#233;mocratie &#187; (1994), Climats, 1999. R&#233;&#233;dit&#233; chez Flammarion, repris du site ami Les Amis de Bartleby. D'une fa&#231;on ou d'une autre, l'essentiel de mes travaux r&#233;cents tourne autour de la question de l'avenir possible de la d&#233;mocratie. Je pense que nous sommes beaucoup de gens &#224; nous demander ainsi si la d&#233;mocratie a un avenir. Les Am&#233;ricains voient beaucoup moins l'avenir en rose qu'autrefois, et &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-149-lasch-c-+" rel="tag"&gt;Lasch C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-220-decence-commune-+" rel="tag"&gt;D&#233;cence commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction au livre de Christopher Lasch, &#171; La R&#233;volte des &#233;lites et la trahison de la d&#233;mocratie &#187; (1994),
Climats, 1999. R&#233;&#233;dit&#233; chez Flammarion, repris du site ami &lt;a href=&#034;https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2026/02/16/christopher-lasch-la-revolte-des-elites/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les Amis de Bartleby&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D'une fa&#231;on ou d'une autre, l'essentiel de mes travaux r&#233;cents tourne autour de la question de l'avenir possible de la d&#233;mocratie. Je pense que nous sommes beaucoup de gens &#224; nous demander ainsi si la d&#233;mocratie a un avenir. Les Am&#233;ricains voient beaucoup moins l'avenir en rose qu'autrefois, et &#224; bon droit. Le d&#233;clin de l'activit&#233; industrielle et la perte d'emplois qui en r&#233;sulte ; le recul de la classe moyenne ; l'augmentation du nombre des pauvres ; le taux de criminalit&#233; qui monte en fl&#232;che ; le trafic de stup&#233;fiants en plein essor ; la crise urbaine &#8211; on n'en finirait pas de peindre le tableau le plus noir. Personne n'a de solution vraisemblable &#224; apporter &#224; ces probl&#232;mes inextricables, et pour l'essentiel ce qui tient lieu chez nous de d&#233;bat politique ne s'y int&#233;resse m&#234;me pas. On assiste &#224; des batailles id&#233;ologiques furieuses sur des questions annexes. Les &#233;lites qui d&#233;finissent ces questions ont perdu tout contact avec le peuple. (Cf. chapitre 2 : &#171; La r&#233;volte des &#233;lites &#187;). Le caract&#232;re irr&#233;el et artificiel de notre vie politique refl&#232;te &#224; quel point elle s'est d&#233;tach&#233;e de la vie ordinaire, en m&#234;me temps que la conviction secr&#232;te que les vrais probl&#232;mes sont insolubles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tonnement de George Bush voyant pour la premi&#232;re fois un lecteur de codes-barres &#224; la caisse d'un supermarch&#233; a r&#233;v&#233;l&#233; spectaculairement l'ab&#238;me qui s'est ouvert entre les classes privil&#233;gi&#233;es et le reste de la nation. Il y a toujours eu une classe privil&#233;gi&#233;e, m&#234;me en Am&#233;rique, mais elle n'a jamais &#233;t&#233; aussi dangereusement isol&#233;e de son environnement. Au xixe si&#232;cle, le cas de figure typique &#233;tait celui d'une famille riche install&#233;e depuis plusieurs g&#233;n&#233;rations dans un lieu immuable. Dans une nation sans cesse en mouvement, la stabilit&#233; de ce lieu de r&#233;sidence assurait une certaine continuit&#233;. Les vieilles familles n'&#233;taient reconnaissables en tant que telles, en particulier dans les villes historiques de la c&#244;te Est, que parce que, &#224; contre-courant de la manie migratoire, elles s'&#233;taient enracin&#233;es. Le primat accord&#233; au caract&#232;re sacro-saint de la propri&#233;t&#233; &#233;tait mod&#233;r&#233; par le principe selon lequel les droits de propri&#233;t&#233; n'&#233;taient ni absolus ni inconditionnels. La fortune &#233;tait comprise comme comportant des obligations civiques. Biblioth&#232;ques, mus&#233;es, parcs publics, orchestres, universit&#233;s, h&#244;pitaux et autres am&#233;nagements publics, ces fondations &#233;taient autant de monuments &#224; la magnificence des classes sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait pas de doute que cette g&#233;n&#233;rosit&#233; avait un versant &#233;go&#239;ste : publiant le statut seigneurial des riches, elle attirait de nouvelles industries et contribuait &#224; promouvoir la ville qui servait de base &#224; telle famille contre ses rivales. Les &#233;quipements et le progr&#232;s urbains &#233;quivalaient &#224; de l'int&#233;r&#234;t bien compris dans une &#233;poque de concurrence virulente entre grandes villes, o&#249; chacune aspirait &#224; la premi&#232;re place. Toutefois, l'important &#233;tait que la philanthropie impliquait les &#233;lites sociales dans la vie de leurs prochains et dans celle des g&#233;n&#233;rations &#224; venir. La tentation de se retirer dans un monde &#224; part, qui leur serait r&#233;serv&#233;, se trouvait battue en br&#232;che par le sentiment persistant, qui dans certains cercles devait survivre m&#234;me &#224; l'esprit de facilit&#233; d&#233;brid&#233;e de l'&#194;ge du Toc (1870-1896)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La formule, invent&#233;e par Mark Twain, d&#233;signe les trente ans qui suivent la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que &#171; tous ont tir&#233; des avantages de leurs anc&#234;tres &#187;, selon la formule d'Horace Mann en 1846, et que, pour cette raison, &#171; tous sont engag&#233;s, comme par un serment, &#224; transmettre ces avantages, et m&#234;me dans un &#233;tat am&#233;lior&#233;, &#224; la post&#233;rit&#233;. &#187; Seul un &#171; &#234;tre isol&#233;, solitaire&#8230; qui n'avait aucune relation avec une communaut&#233; autour de lui &#187;, pouvait souscrire &#224; la &#171; doctrine arrogante de la possession absolue &#187; d'apr&#232;s Mann, qui en cela ne parlait pas pour lui seul, mais repr&#233;sentait un corpus d'opinions consid&#233;rable dans les grandes villes historiques du pays, dans la plus grande partie de la Nouvelle-Angleterre et dans les d&#233;pendances culturelles de la Nouvelle-Angleterre dans les vieux &#201;tats du Nord-Ouest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce au d&#233;clin des vieilles fortunes et de l'&#233;thique de responsabilit&#233; civique qui leur &#233;tait propre, les all&#233;geances locales et r&#233;gionales se retrouvent aujourd'hui pitoyablement affaiblies. La mobilit&#233; du capital et l'&#233;mergence d'un march&#233; plan&#233;taire concourent au m&#234;me effet. Les nouvelles &#233;lites sociales, o&#249; ne figurent pas seulement les dirigeants des entreprises, mais toutes les professions qui produisent et manipulent l'information &#8211; le sang et la vie de ce march&#233; mondial &#8211; sont bien plus cosmopolites, ou du moins plus vagabondes et migrantes, que leurs pr&#233;d&#233;cesseurs. De nos jours, il faut pour progresser dans les affaires et les professions intellectuelles &#234;tre dispos&#233; &#224; suivre le chant des sir&#232;nes de l'opportunit&#233; partout o&#249; il voudra nous mener. Ceux qui restent dans leurs pantoufles abdiquent toute occasion d'ascension sociale. Jamais la r&#233;ussite n'a &#233;t&#233; plus &#233;troitement associ&#233;e &#224; la mobilit&#233;, concept qui ne figurait que marginalement dans la d&#233;finition de l'opportunit&#233; au XIXe si&#232;cle (cf. chapitre 3 : &#171; Opportunit&#233;s dans la terre promise &#187;). Son av&#232;nement au xxe si&#232;cle est en soi une indication importante de l'&#233;rosion de la d&#233;mocratie : la perspective n'est plus en gros l'&#233;galit&#233; des conditions sociales, mais simplement la promotion s&#233;lective des non-&#233;lites dans la classe professionnelle-manag&#233;riale (&lt;i&gt;professional-managerial class&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme professionals recouvre nos professions lib&#233;rales ainsi qu'un vaste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ambitieux comprennent donc que le prix &#224; payer pour l'ascension sociale est un mode de vie itin&#233;rant. C'est un prix qu'ils sont heureux de payer puisqu'ils associent l'id&#233;e de domicile fixe aux parents et aux voisins inquisiteurs, aux comm&#233;rages mesquins et aux conventions hypocrites et r&#233;trogrades. Les nouvelles &#233;lites sont en r&#233;bellion contre &#171; l'Am&#233;rique du milieu &#187; (&lt;i&gt;Middle America&lt;/i&gt;) telle qu'elles se l'imaginent : une nation technologiquement arri&#233;r&#233;e, politiquement r&#233;actionnaire, r&#233;pressive dans sa morale sexuelle, petite-bourgeoise dans ses go&#251;ts, repue et contente d'elle-m&#234;me, ennuyeuse et ringarde. Ceux qui aspirent &#224; appartenir &#224; la nouvelle aristocratie des cerveaux tendent &#224; se regrouper sur les deux c&#244;tes, tournant le dos au pays profond, et cultivant leurs attaches avec le march&#233; international par l'argent hyper-mobile, le luxe, la haute couture et la culture populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander s'ils se pensent encore comme Am&#233;ricains. Il est clair en tout cas que le patriotisme ne se situe pas tr&#232;s haut dans leur &#233;chelle de valeurs. D'un autre c&#244;t&#233;, le &#171; multiculturalisme &#187; leur convient parfaitement, car il &#233;voque pour eux l'image agr&#233;able d'un bazar universel, o&#249; l'on peut jouir de fa&#231;on indiscrimin&#233;e de l'exotisme des cuisines, des styles vestimentaires, des musiques et de coutumes tribales du monde entier, le tout sans formalit&#233;s inutiles et sans qu'il soit besoin de s'engager s&#233;rieusement dans telle ou telle voie. Les nouvelles &#233;lites sociales ne se sentent chez elles qu'en transit, sur le chemin d'une conf&#233;rence de haut niveau, de l'inauguration de gala d'un nouveau magasin franchis&#233;, de l'ouverture d'un festival international de cin&#233;ma, ou d'une station touristique encore vierge. Leur vision du monde est essentiellement celle d'un touriste &#8211; perspective qui a peu de chances d'encourager un amour passionn&#233; pour la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon dernier livre, &lt;i&gt;The True and Only Heaven&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le seul et vrai paradis&lt;/i&gt;), j'ai essay&#233; de r&#233;cup&#233;rer une tradition de pens&#233;e d&#233;mocratique &#8211; que l'on appellera populiste, faute d'un meilleur terme &#8211; qui est tomb&#233;e en d&#233;su&#233;tude. J'ai &#233;t&#233; surpris par un critique qui trouvait que l'ouvrage n'avait rien &#224; dire sur la d&#233;mocratie (j'esp&#232;re bien avoir fait justice de ce malentendu dans le chapitre IV du pr&#233;sent livre, intitul&#233; &#171; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1182-La-democratie-merite-t-elle-de-survivre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La d&#233;mocratie m&#233;rite-t-elle de survivre ?&lt;/a&gt; &#187;). Que l'on puisse &#224; ce point se m&#233;prendre sur le sens du livre en dit long sur le climat culturel qui r&#232;gne en ce moment. Nous voyons en effet combien la signification de la d&#233;mocratie s'est brouill&#233;e, combien nous nous sommes &#233;loign&#233;s des pr&#233;misses sur lesquelles ce pays a &#233;t&#233; fond&#233;. Le mot en est arriv&#233; &#224; servir simplement de description &#224; l'&#201;tat-th&#233;rapeute. Aujourd'hui, quand nous parlons de d&#233;mocratie, nous renvoyons le plus souvent &#224; la d&#233;mocratisation de l'&#171; estime de soi &#187;. Les scies qui ont cours &#224; l'heure actuelle &#8211; diversit&#233;, compassion, (re)prise de pouvoir, (re)prise de statut &#8211; expriment l'espoir indistinct que l'on pourra surmonter les divisions profondes de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine &#224; force de bonne volont&#233; et discours aseptis&#233;. On nous demande de reconna&#238;tre que toutes les minorit&#233;s ont droit au respect non pas en vertu de ce qu'elles ont accompli, mais de ce qu'elles ont souffert dans le pass&#233;. On nous explique qu'en pr&#234;tant attention avec compassion &#224; ce qu'elles font et disent, nous aboutirons, sans bien savoir comment, &#224; am&#233;liorer l'opinion qu'elles ont d'elles-m&#234;mes ; l'interdiction des &#233;pith&#232;tes raciales et autres formes de discours de haine est cens&#233;e faire des merveilles pour leur moral. Dans cette obsession pour les mots, nous avons perdu de vue les dures r&#233;alit&#233;s qu'il est impossible d'adoucir en se contentant de flatter l'image que les gens se font d'eux-m&#234;mes. Quel avantage les habitants des bas-fonds du Bronx retirent-ils de l'application stricte des codes de discours sur les campus des universit&#233;s de l'&#233;lite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, la plupart des gens r&#233;fl&#233;chissant un peu &#224; la question supposaient que la d&#233;mocratie devait reposer sur une large distribution de la propri&#233;t&#233;. Ils comprenaient bien que des &#233;carts extr&#234;mes entre riches et pauvres seraient mortels pour l'exp&#233;rience d&#233;mocratique. Leur peur de la populace, que l'on a pu interpr&#233;ter &#224; tort parfois comme du d&#233;dain aristocratique, se basait sur l'observation selon laquelle une classe laborieuse d&#233;grad&#233;e, &#224; la fois servile et pleine de ressentiment, manquerait des qualit&#233;s d'esprit et de caract&#232;re essentielles &#224; la citoyennet&#233; d&#233;mocratique. Ils pensaient que la meilleure mani&#232;re d'acqu&#233;rir des habitudes d&#233;mocratiques &#8211; autonomie et confiance en soi, responsabilit&#233;, initiative &#8211; &#233;tait d'exercer un m&#233;tier ou la gestion d'un bien de petite taille. Le mot de &#171; comp&#233;tence &#187; qu'ils employaient couramment dans ce contexte d&#233;signait &#224; la fois ledit bien et l'intelligence ainsi que l'esprit d'entreprise n&#233;cessaires &#224; sa bonne gestion. Il &#233;tait donc logiquement &#233;vident que la d&#233;mocratie fonctionnait au mieux quand les biens se trouvaient r&#233;partis aussi largement que possible entre les citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de formuler cette id&#233;e en termes plus g&#233;n&#233;raux : la d&#233;mocratie fonctionne de mani&#232;re id&#233;ale quand les femmes et les hommes agissent par et pour eux-m&#234;mes, avec l'aide de leurs amis et de leurs proches, au lieu d'&#234;tre d&#233;pendants de l'&#201;tat. Non que la d&#233;mocratie doive &#234;tre identifi&#233;e &#224; un individualisme pur et dur. Autonomie et confiance en soi ne signifient pas autarcie et autosuffisance. Ce que je soutiens dans les chapitres 5 (&#171; Populisme ou communautarisme ? &#187;), 6 (&#171; La conversation et les arts de la cit&#233; &#187;) et 7 (&#171; Politique et race &#224; New York &#187;), c'est que ce ne sont pas les individus qui constituent les unit&#233;s de base de la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, mais les communaut&#233;s se gouvernant elles-m&#234;mes. C'est le d&#233;clin de ces communaut&#233;s qui, plus que tout le reste, remet en cause l'avenir de la d&#233;mocratie. Les centres commerciaux de la p&#233;riph&#233;rie r&#233;sidentielle ne peuvent se substituer aux quartiers d'autrefois. La m&#234;me formule de d&#233;veloppement s'est r&#233;p&#233;t&#233;e ville apr&#232;s ville avec, &#224; chaque fois, les m&#234;mes r&#233;sultats d&#233;courageants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fuite vers les banlieues r&#233;sidentielles, suivie par l'exode de l'industrie et des emplois, a laiss&#233; nos grandes villes dans le d&#233;nuement. Avec le r&#233;tr&#233;cissement de la base fiscale, les services publics et les installations municipales disparaissent. Les tentatives pour faire revivre la ville en y &#233;difiant des palais des congr&#232;s et des installations sportives visant &#224; attirer les touristes ne font qu'accro&#238;tre le contraste entre richesse et mis&#232;re. La ville devient un vaste march&#233;, mais les produits et les services de luxe expos&#233;s dans ses boutiques, ses h&#244;tels et ses restaurants r&#233;serv&#233;s aux privil&#233;gi&#233;s sont hors de port&#233;e des moyens de la plupart des habitants. Certains se tournent vers la d&#233;linquance comme unique moyen d'acc&#233;der &#224; ce monde scintillant que l'on vend avec tous les proc&#233;d&#233;s du marketing moderne sous l'&#233;tiquette du r&#234;ve am&#233;ricain. Pendant ce temps, ceux dont les aspirations &#233;taient rest&#233;es plus modestes se trouvent exclus par les loyers inabordables, les campagnes de r&#233;habilitation qui homog&#233;n&#233;isent vers le haut la population et des politiques qui se fourvoient en croyant contribuer &#224; d&#233;faire des quartiers &#224; population mono-ethnique, cens&#233;s faire obstacle aux progr&#232;s de l'int&#233;gration raciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vision que j'en ai, le populisme n'a jamais &#233;t&#233; uniquement une id&#233;ologie agrarienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons en effet que le populisme est, dans l'histoire politique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il envisageait une nation compos&#233;e non exclusivement de paysans, mais aussi d'artisans et de commer&#231;ants. Et il n'&#233;tait pas non plus implacablement oppos&#233; &#224; l'urbanisation. Dans le demi-si&#232;cle qui va de la guerre de S&#233;cession &#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale (1865-1917), la croissance acc&#233;l&#233;r&#233;e des grandes villes, l'afflux des immigrants et l'institutionnalisation du travail salari&#233; constitu&#232;rent pour la d&#233;mocratie un d&#233;fi redoutable, mais des r&#233;formateurs urbains de l'aune de Jane Addams, de Fr&#233;d&#233;ric C. Howe et de Mary Parker Follett avaient la conviction qu'ils pourraient adapter les institutions d&#233;mocratiques aux nouvelles conditions de la vie urbaine. Howe saisit ce qui &#233;tait l'essence du mouvement qu'il est convenu d'appeler &#171; progressiste &#187; en qualifiant la grande ville d'&#171; espoir de la d&#233;mocratie &#187;. Il paraissait que les quartiers de la grande ville recr&#233;aient les conditions de vie de la petite ville, associ&#233;es &#224; la d&#233;mocratie par le XIXe&#8239;si&#232;cle. La grande ville soutenait des formes nouvelles d'association qui lui appartenaient en propre, en particulier le syndicat ouvrier, ainsi qu'un ardent esprit civique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit entre ville et campagne, exploit&#233; par les d&#233;magogues nativistes qui peignaient la grande ville sous les traits d'un cloaque d'iniquit&#233;, &#233;tait pour une bonne part illusoire. Les meilleurs esprits ont toujours bien compris que la ville et la campagne sont compl&#233;mentaires, et que c'est un salutaire &#233;quilibre entre l'une et l'autre qui constitue la condition pr&#233;alable &#224; la soci&#233;t&#233; id&#233;ale. C'est seulement quand, apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, la grande ville est devenue m&#233;galopole que cet &#233;quilibre s'est rompu. La distinction entre ville et campagne est devenue inop&#233;rante, quand la forme dominante d'habitat n'a plus &#233;t&#233; ni urbaine ni rurale, et encore moins une synth&#232;se des deux, mais un conglom&#233;rat amorphe et d&#233;mesur&#233; sans fronti&#232;res clairement identifiables, sans espace public ni identit&#233; locale. Robert Fishman a soutenu de fa&#231;on convaincante que l'on ne pouvait m&#234;me plus ad&#233;quatement d&#233;crire la nouvelle configuration comme suburbaine puisque le faubourg (&lt;i&gt;suburb&lt;/i&gt;) qui &#233;tait auparavant une annexe r&#233;sidentielle de la grande ville a maintenant r&#233;cup&#233;r&#233; la plupart de ses fonctions. Les grandes villes conservent une importance r&#233;siduelle comme domiciliation de grands cabinets juridiques, d'agences de publicit&#233;, de soci&#233;t&#233;s d'&#233;dition, d'entreprises de loisirs et de mus&#233;es, mais les quartiers de la classe moyenne, qui entretenaient une culture municipale vigoureuse, sont rapidement en train de dispara&#238;tre. Simples reliquats, nos grandes villes se polarisent de plus en plus ; les membres des professions intellectuelles de la riche bourgeoisie, avec les employ&#233;s de services qui pourvoient &#224; leurs besoins, maintiennent une emprise pr&#233;caire sur les beaux quartiers dont l'immobilier flambe, en se barricadant contre la mis&#232;re et la d&#233;linquance qui menacent de les submerger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tout ceci n'est de bon augure pour la d&#233;mocratie, mais le pronostic devient encore plus sombre si nous consid&#233;rons la d&#233;t&#233;rioration du d&#233;bat public. La d&#233;mocratie demande un &#233;change vigoureux d'id&#233;es et d'opinions. Comme la propri&#233;t&#233;, les id&#233;es doivent &#234;tre distribu&#233;es aussi largement que possible. Pourtant, bon nombre des &#171; gens de bien &#187;, selon l'id&#233;e qu'ils se font d'eux-m&#234;mes, ont toujours &#233;t&#233; sceptiques quant &#224; la capacit&#233; des citoyens ordinaires &#224; saisir des probl&#232;mes complexes et &#224; produire des jugements critiques. De leur point de vue, le d&#233;bat d&#233;mocratique ne d&#233;g&#233;n&#232;re que trop ais&#233;ment en une foire d'empoigne o&#249; il est rare que la voix de la raison se fasse entendre. Horace Mann, qui &#233;tait un sage dans tant de domaines, n'a pas vu que la controverse politique et religieuse &#233;tait &#233;ducative par elle-m&#234;me et c'est pourquoi il a essay&#233; de laisser les questions conflictuelles &#224; la porte de ses &#233;coles pour tous (&lt;i&gt;common schools&lt;/i&gt;) (chapitre 8 : &#171; Les &#233;coles pour tous &#187;). Son z&#232;le &#224; &#233;viter les querelles partisanes et religieuses est bien compr&#233;hensible, mais il a laiss&#233; un h&#233;ritage qui contribue peut-&#234;tre &#224; expliquer la nature ti&#232;de, insipide et abrutissante de l'enseignement public aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journalisme a &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233; par des r&#233;serves assez semblables sur les facult&#233;s de raisonnement des femmes et des hommes ordinaires (chapitre 9 : &#171; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1180-L-art-perdu-de-la-controverse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'art perdu de la controverse&lt;/a&gt; &#187;). Selon Walter Lippmann, l'un des pionniers du journalisme moderne, le &#171; citoyen omnicomp&#233;tent &#187; &#233;tait un anachronisme dans une &#233;poque de sp&#233;cialisation. Il pensait qu'en tout cas la plupart des citoyens se souciait fort peu de la substance des d&#233;cisions politiques publiques. La t&#226;che du journalisme n'&#233;tait pas d'encourager le d&#233;bat public, mais de fournir aux experts des informations sur lesquelles ils puissent fonder des d&#233;cisions intelligentes. Il soutenait, par opposition avec John Dewey et d'autres v&#233;t&#233;rans du mouvement progressiste, que l'opinion &#233;tait un roseau fragile. Elle &#233;tait davantage fa&#231;onn&#233;e par l'&#233;motion que par un jugement raisonn&#233;. Le concept m&#234;me de public &#233;tait suspect. Le public qu'id&#233;alisaient les progressistes, un public capable de diriger intelligemment les affaires publiques, &#233;tait un &#171; fant&#244;me &#187;. Il n'existait que dans l'esprit de d&#233;mocrates sentimentaux. Walter Lippmann &#233;crivait : &#171; L'int&#233;r&#234;t du public pour un probl&#232;me se limite &#224; ceci : qu'il y ait des r&#232;gles&#8230; Le public s'int&#233;resse &#224; la Loi, pas aux lois ; &#224; la m&#233;thode du droit, pas &#224; sa substance. &#187; On pouvait laisser en toute s&#233;curit&#233; les questions de substance aux experts, qui, par leur acc&#232;s &#224; la connaissance scientifique, &#233;taient immunis&#233;s contre les &#171; symboles &#187; et les &#171; st&#233;r&#233;otypes &#187; &#233;motionnels qui dominaient le d&#233;bat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argumentation de Lippmann reposait sur une distinction bien tranch&#233;e entre opinion et science. Il pensait que seule cette derni&#232;re pouvait pr&#233;tendre &#224; l'objectivit&#233;. L'opinion, quant &#224; elle, reposait sur des impressions vagues, des pr&#233;jug&#233;s et des illusions consolantes. Ce culte du professionnalisme a eu une influence d&#233;cisive sur le d&#233;veloppement du journalisme moderne. Les journaux auraient pu servir &#224; prolonger et &#233;largir les assembl&#233;es communales. Au lieu de quoi, ils ont adh&#233;r&#233; &#224; un id&#233;al fallacieux d'objectivit&#233; et ont d&#233;fini leur but comme la diffusion d'informations fiables &#8211; autrement dit, du type d'information qui tend non pas &#224; promouvoir le d&#233;bat, mais &#224; y couper court. Le trait le plus curieux de tout ceci est, bien s&#251;r, que si les Am&#233;ricains se trouvent inond&#233;s d'informations, gr&#226;ce aux journaux, &#224; la t&#233;l&#233;vision et aux autres m&#233;dias, les enqu&#234;tes rapportent r&#233;guli&#232;rement que leur connaissance des affaires publiques est constamment en d&#233;clin. En cet &#171; &#226;ge de l'information &#187;, le peuple am&#233;ricain est notoirement mal inform&#233;. L'explication de cet apparent paradoxe cr&#232;ve les yeux, m&#234;me si on l'&#233;nonce rarement : une fois exclus effectivement du d&#233;bat public pour motif d'incomp&#233;tence, la plupart des Am&#233;ricains n'ont que faire des informations qui leur sont inflig&#233;es en de si grandes quantit&#233;s. Ils sont devenus presque aussi incomp&#233;tents que leurs critiques l'ont toujours pr&#233;tendu &#8211; ce qui nous rappelle que c'est le d&#233;bat lui-m&#234;me, et le d&#233;bat seul, qui donne naissance au d&#233;sir d'informations utilisables. En l'absence d'&#233;change d&#233;mocratique, la plupart des gens n'ont aucun stimulant pour les pousser &#224; ma&#238;triser le savoir qui ferait d'eux des citoyens capables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette distinction trompeuse entre savoir et opinion r&#233;appara&#238;t, sous une forme quelque peu diff&#233;rente, dans les controverses qui ont r&#233;cemment agit&#233; l'Universit&#233; (chapitre 10 : &#171; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?461-le-pseudo-radicalisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le pseudo-radicalisme universitaire&lt;/a&gt; &#187;). Ces controverses sont &#226;pres et ne d&#233;bouchent sur rien parce que les deux camps ont en commun la m&#234;me pr&#233;misse implicite : que la connaissance doit reposer sur des fondements indiscutables si elle doit avoir le moindre poids. L'une des factions &#8211; qui s'identifie &#224; la gauche quoique son point de vue n'ait que peu de ressemblance avec la tradition qu'elle pr&#233;tend d&#233;fendre &#8211; adopte comme position que l'effondrement du &#171; fondationnalisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le &#171; fondationnalisme &#187; (foundationalism) d&#233;signe aux &#201;tats-Unis la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; rend possible pour la premi&#232;re fois de voir que la connaissance n'est qu'un d&#233;guisement du pouvoir. Les groupes dominants &#8211; les hommes blancs eurocentriques, pour reprendre la formulation habituelle &#8211; imposent au reste du monde leurs id&#233;es, leur corpus et leurs lectures int&#233;ress&#233;es de l'histoire. Le pouvoir qu'ils ont d'&#233;touffer les points de vue concurrents est cens&#233; les mettre en mesure de revendiquer pour leur id&#233;ologie particulariste le statut de v&#233;rit&#233; transcendante universelle. La d&#233;molition critique du &#171; fondationnalisme &#187;, selon la gauche universitaire, met &#224; nu ce que ces pr&#233;tentions ont de creux et permet &#224; des groupes jusqu'&#224; pr&#233;sent priv&#233;s de statut de contester l'orthodoxie pr&#233;valente au motif qu'elle ne sert qu'&#224; maintenir les femmes, les homosexuels et les &#171; gens de couleur &#187; &#224; leur place. Ayant discr&#233;dit&#233; la conception du monde dominante, les minorit&#233;s sont en position de la remplacer par une qui leur est propre ou du moins de s'assurer d'un temps de parole &#233;gal pour des &lt;i&gt;black studies, des feminist studies, des gay studies, des Chicano studies&lt;/i&gt;, et autres id&#233;ologies &#171; alternatives &#187;. Une fois que l'on a d&#233;clar&#233; que savoir et id&#233;ologie &#233;taient &#233;quivalents, il n'est plus n&#233;cessaire de d&#233;battre avec vos adversaires sur un terrain intellectuel ou d'entrer dans leur mani&#232;re de voir. Il suffit de les diaboliser comme &#233;tant eurocentriques, racistes, sexistes, homophobes &#8211; autrement dit, politiquement suspects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui critiquent ce qui se passe dans l'Universit&#233; d'un point de vue conservateur et que d&#233;range, on les comprend, ce rejet global de la culture occidentale, ne peuvent trouver d'autre moyen de la d&#233;fendre qu'en faisant appel &#224; la pr&#233;misse m&#234;me dont l'effondrement entra&#238;ne cet assaut contre les classiques : &#224; savoir que reconna&#238;tre certains principes axiomatiques est la condition pr&#233;alable d'un savoir fiable. Malheureusement pour leur cause, il est impossible, au point o&#249; nous en sommes dans l'histoire, de ressusciter les absolus qui semblaient autrefois fournir des fondements assur&#233;s pour &#233;difier des structures de pens&#233;e cr&#233;dibles. La qu&#234;te de la certitude, devenue dans la pens&#233;e moderne un th&#232;me obs&#233;dant quand Descartes a essay&#233; de fonder la philosophie sur des propositions indubitables, &#233;tait d&#232;s le d&#233;part mal orient&#233;e. Comme l'a fait remarquer John Dewey, elle a d&#233;tourn&#233; notre attention de ce qui est l'affaire v&#233;ritable de la philosophie, la tentative pour arriver &#224; &#171; des jugements concrets&#8230; sur les fins et les moyens dans la r&#233;gulation de la conduite pratique. &#187; Dans leur poursuite de l'absolu et de l'immuable, les philosophes ont contract&#233; une opinion p&#233;jorative du temporel et du contingent. Comme l'a dit Dewey, &#171; l'activit&#233; pratique &#187; est devenue &#224; leurs yeux &#171; quelque chose qui &#233;tait intrins&#232;quement d'esp&#232;ce inf&#233;rieure &#187;. Dans la conception du monde de la philosophie occidentale, le savoir en est venu &#224; &#234;tre d&#233;tach&#233; du faire, la th&#233;orie de la pratique, l'esprit du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence persistante de cette tradition marque la critique conservatrice de l'Universit&#233;. Selon les conservateurs, le &#171; fondationnalisme &#187; fournit la seule d&#233;fense possible contre le relativisme moral et culturel. Soit la connaissance repose sur des fondements immuables, soit les hommes et les femmes sont libres de penser tout ce qu'ils veulent. &#171; Les choses tombent en morceaux ; le centre ne peut tenir ; c'est la pure anarchie qui est l&#226;ch&#233;e sur le monde. &#187; Les conservateurs ne se lassent pas de citer ces vers de Yeats pour montrer ce qui arrive quand les principes axiomatiques perdent leur autorit&#233;. Toutefois, les probl&#232;mes dans l'enseignement sup&#233;rieur ne proviennent pas de l'absence de fondements assur&#233;s, mais de la croyance (partag&#233;e, il faut le r&#233;p&#233;ter, par les deux camps de cet affrontement) qu'en leur absence la seule issue possible est un scepticisme si profond qu'il devient impossible de le distinguer du nihilisme. Il aurait &#233;t&#233; clair d'abondance pour quelqu'un comme Dewey que telle n'est pas de fait la seule issue possible, et le retour du pragmatisme comme objet d'&#233;tude historique et philosophique &#8211; l'un des rares points positifs dans un tableau autrement catastrophique &#8211; nous offre quelque espoir de sortir de cette impasse acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La qu&#234;te de la certitude a un int&#233;r&#234;t qui d&#233;passe simplement l'Universit&#233;. Elle fait &#233;galement partie de la controverse anim&#233;e qui entoure le r&#244;le public de la religion. Ici encore, il s'av&#232;re souvent que les deux camps partagent la m&#234;me pr&#233;misse, en ce cas que la religion fournit un roc de s&#251;ret&#233; dans un univers impr&#233;visible. Selon les critiques de la religion, c'est l'effondrement des vieilles certitudes qui rend impossible (impossible du moins pour ceux qui sont expos&#233;s &#224; l'influence corrosive de la modernit&#233;) de prendre la religion au s&#233;rieux. Les d&#233;fenseurs de la religion tendent &#224; partir de la m&#234;me pr&#233;misse. Ils disent que sans un ensemble de dogmes indiscut&#233;s les gens perdent leurs rep&#232;res moraux. Il devient plus ou moins impossible de distinguer le bien et le mal ; tout est permis ; et l'on d&#233;fie en toute impunit&#233; les vieux commandements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas que des pr&#233;dicateurs &#233;vang&#233;liques qui avancent de tels arguments, mais &#224; l'occasion des intellectuels la&#239;ques, que d&#233;range la menace de l'anarchie morale (cf. chapitre 12 : &#171; Philip Rieff et la religion de la culture &#187;). &#192; bon droit, ces intellectuels d&#233;plorent que la religion soit devenue une affaire priv&#233;e, que les probl&#232;mes religieux aient disparu du d&#233;bat public. Toutefois, leur argumentaire souffre de deux failles s&#233;rieuses. D'abord, il est impossible de faire rena&#238;tre la foi religieuse pour la seule raison qu'elle est socialement utile. La foi vient du c&#339;ur ; elle ne peut &#234;tre convoqu&#233;e &#224; la demande. En tout cas, on ne saurait attendre de la religion qu'elle fournisse un code de conduite g&#233;n&#233;ral et final qui r&#233;glerait tous les diff&#233;rends et r&#233;soudrait tous les doutes. Assez curieusement, c'est ce postulat m&#234;me qui conduit &#224; r&#233;duire la religion &#224; une affaire priv&#233;e. Ceux qui veulent maintenir la religion hors de la vie publique soutiennent qu'il est de la nature des choses que la croyance religieuse lie le croyant &#224; des dogmes indiscutables qui &#233;chappent &#224; la comp&#233;tence du d&#233;bat rationnel. Eux aussi, ces sceptiques voient la religion comme un corpus de dogmes en acier qu'il est interdit aux fid&#232;les de mettre en doute. Les m&#234;mes qualit&#233;s qui rendent s&#233;duisante la religion &#224; ceux qui regrettent son d&#233;clin &#8211; l'assurance qu'elle est cens&#233;e offrir contre le doute et la confusion, le bien-&#234;tre que ses adeptes sont suppos&#233;s retirer de son syst&#232;me &#233;tanche qui ne laisse rien au myst&#232;re &#8211; la rendent insupportable &#224; l'esprit la&#239;que. De plus, les adversaires de la religion soutiennent qu'elle nourrit n&#233;cessairement l'intol&#233;rance puisque ceux qui y adh&#232;rent s'imaginent &#234;tre en possession de v&#233;rit&#233;s absolues, exclusives, qui ne peuvent &#234;tre r&#233;concili&#233;es avec d'autres pr&#233;tentions &#224; la v&#233;rit&#233;. Si on leur en donne l'occasion, ils chercheront invariablement &#224; faire que tout le monde se conforme &#224; leurs fa&#231;ons de voir. Bref, ceux qui m&#233;prisent la religion d'un point de vue cultiv&#233; soup&#231;onnent que l'expression &#171; tol&#233;rance religieuse &#187; est une contradiction de termes &#8211; r&#233;alit&#233; que vient soutenir en apparence la longue histoire des guerres de religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait pas de doute que cette vision n&#233;gative de la religion, qui n'a rien d'une nouveaut&#233; chez nous, renferme une part non n&#233;gligeable de v&#233;rit&#233;. Mais elle ne voit pas le d&#233;fi que la religion vient lancer &#224; l'autosatisfaction, d&#233;fi qui constitue le c&#339;ur et l'&#226;me de la foi (chapitre 13 : &#171; L'&#226;me humaine sous le r&#232;gne de la la&#239;cit&#233; &#187;). Au lieu de d&#233;courager la recherche morale, une inspiration religieuse peut tout aussi ais&#233;ment la stimuler en attirant l'attention sur la dissociation entre professions de foi verbales et pratique, en r&#233;p&#233;tant que l'observance routini&#232;re de rituels prescrits ne suffit pas &#224; assurer le salut et en encourageant les croyants &#224; mettre en question leurs motivations &#224; tout moment. Loin de mettre d&#233;finitivement en sommeil les doutes et les angoisses, la religion a souvent pour effet de les intensifier. Elle juge plus durement celui qui professe sa foi que le non-croyant. Elle use &#224; son &#233;gard de crit&#232;res de conduite si exigeants qu'il est in&#233;vitable que bon nombre de ces croyants s'y montrent inf&#233;rieurs. Elle n'a aucune patience pour ceux qui cherchent &#224; se trouver des excuses &#8211; art dans lequel les Am&#233;ricains sont pass&#233;s ma&#238;tres. Si elle pardonne en dernier ressort &#224; la faiblesse et &#224; la folie des hommes, ce n'est pas parce qu'elle les ignore ou les attribue exclusivement aux non-croyants. Pour ceux qui prennent la religion au s&#233;rieux, bien loin d'&#234;tre la revendication pharisienne d'un statut moral privil&#233;gi&#233;, la croyance est un fardeau. Il se peut bien, de fait, que le pharisa&#239;sme soit plus &#224; l'honneur chez les sceptiques que chez les croyants. L'essence m&#234;me de la religion est de proposer une discipline spirituelle contre le pharisa&#239;sme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'une soci&#233;t&#233; la&#239;que ne saisit pas le besoin d'une telle discipline, elle se m&#233;prend sur la nature de la religion, qui est de consoler, mais tout d'abord de contester et d'attaquer de front. D'un point de vue la&#239;que, la pr&#233;occupation spirituelle primordiale n'est pas le pharisa&#239;sme, mais &#171; l'estime de soi &#187; (Chapitre 11 : &#171; L'abolition de la honte &#187;). L'essentiel de notre &#233;nergie spirituelle est pr&#233;cis&#233;ment consacr&#233;e &#224; une campagne contre la honte et la culpabilit&#233; qui a pour objet de faire que les gens &#171; aient bonne opinion d'eux-m&#234;mes &#187;. Les &#201;glises elles-m&#234;mes se sont jointes &#224; cet exercice th&#233;rapeutique, dont les b&#233;n&#233;ficiaires principaux sont, du moins en th&#233;orie, les minorit&#233;s souffrantes que des si&#232;cles d'oppression acharn&#233;e ont priv&#233;es syst&#233;matiquement d'estime de soi. Ce dont ces groupes ont besoin, selon le consensus en vigueur, c'est de la consolation spirituelle que fournit l'affirmation dogmatique de leur identit&#233; collective. On les encourage &#224; r&#233;cup&#233;rer leur h&#233;ritage ancestral, &#224; faire rena&#238;tre des rites abandonn&#233;s et &#224; c&#233;l&#233;brer au nom de l'histoire un pass&#233; mythique. Que cette version euphorisante de leur pass&#233; particulier satisfasse ou non en r&#233;alit&#233; aux normes admises de l'interpr&#233;tation historique est une consid&#233;ration secondaire ; ce qui compte, c'est de savoir si elle contribue &#224; l'image de soi positive qui est suppos&#233;e assurer une &#171; (re)prise de pouvoir &#187;. On croit que ces m&#234;mes avantages qui &#233;taient associ&#233;s de mani&#232;re erron&#233;e &#224; la religion &#8211; s&#251;ret&#233;, bien-&#234;tre spirituel, d&#233;livrance dogmatique du doute &#8211; d&#233;coulent d'une politique th&#233;rapeutique de l'identit&#233;. De fait, la politique identitaire en est arriv&#233;e &#224; servir de succ&#233;dan&#233; de religion &#8211; ou du moins d'ersatz de ce sentiment pharisien que l'on confond si commun&#233;ment avec la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;veloppements jettent une lumi&#232;re suppl&#233;mentaire sur le d&#233;clin du d&#233;bat d&#233;mocratique. &#171; La diversit&#233; &#187; &#8211; slogan qui semble s&#233;duisant &#224; premi&#232;re vue &#8211; en est arriv&#233;e &#224; signifier le contraire de ce qu'elle semble vouloir dire. Dans la pratique, la diversit&#233; sert &#224; l&#233;gitimer un nouveau dogmatisme, dans lequel des minorit&#233;s rivales s'abritent derri&#232;re un ensemble de croyances qui &#233;chappe &#224; la discussion rationnelle. La s&#233;gr&#233;gation physique de la population dans des ghettos racialement homog&#232;nes et referm&#233;s sur eux-m&#234;mes a pour pendant la balkanisation de l'opinion. Chaque groupe essaye de se claquemurer derri&#232;re ses propres dogmes. Nous sommes devenus une nation de minorit&#233;s ; il ne manque que leur reconnaissance officielle en tant que telle pour achever le processus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le caract&#232;re vague de ce concept rend impossible aux d&#233;cideurs de tomber (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette parodie de &#171; communaut&#233; &#187; &#8211; terme fort &#224; la mode, mais qui n'est pas tr&#232;s bien compris &#8211; charrie avec elle le postulat insidieux selon lequel on peut attendre de tous les membres d'un groupe donn&#233; qu'ils pensent de la m&#234;me mani&#232;re. L'opinion devient ainsi fonction de l'identit&#233; raciale ou ethnique, du sexe ou de la pr&#233;f&#233;rence sexuelle. Des &#171; porte-parole &#187; autod&#233;sign&#233;s de la minorit&#233; appliquent ce conformisme en frappant d'ostracisme ceux qui d&#233;vient de la ligne du parti &#8211; par exemple ces Noirs qui &#171; pensent blanc &#187;. Combien de temps encore l'esprit de libre examen et de d&#233;bat ouvert peut-il survivre dans de telles conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des r&#233;dacteurs du magazine &lt;i&gt;The New Republic&lt;/i&gt;, Mickey Kaus, a avanc&#233; une interpr&#233;tation du malaise dans la d&#233;mocratie sous le titre provocateur et l&#233;g&#232;rement trompeur de &lt;i&gt;The End of Equality &lt;/i&gt; (&lt;i&gt;La Fin de l'&#233;galit&#233;&lt;/i&gt;) (1992), interpr&#233;tation qui a beaucoup de choses en commun avec celle que j'avance moi-m&#234;me dans les pages qui vont suivre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le titre de Kaus est ambigu parce qu'on ne sait pas absolument s'il propose (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon Kaus, la menace la plus s&#233;rieuse contre la d&#233;mocratie &#224; notre &#233;poque ne provient pas tant de la r&#233;partition injuste des richesses que du d&#233;clin ou de l'abandon des institutions publiques dans le cadre desquelles les citoyens se rencontrent en &#233;gaux. Il soutient que l'&#233;galit&#233; des revenus est moins importante que le but, &#171; plus accessible &#187;, de l'&#233;galit&#233; sociale ou civique. Il nous rappelle que les observateurs &#233;trangers avaient coutume de s'&#233;merveiller de l'absence de snobisme, de d&#233;f&#233;rence et de conscience de classe aux &#201;tats-Unis. Selon les mots de Werner Sombart en 1906, il n'y avait &#171; rien d'opprim&#233; ou de soumis &#187; dans l'ouvrier am&#233;ricain. &#171; Il porte la t&#234;te haute, marche d'un pas souple et arbore une expression aussi ouverte et gaie que n'importe quel membre de la classe moyenne. &#187; Quelques ann&#233;es plus tard (1931), R.H. Tawney remarquait que l'Am&#233;rique &#233;tait &#171; de fait marqu&#233;e par une in&#233;galit&#233; &#233;conomique consid&#233;rable, mais aussi par une &#233;galit&#233; sociale consid&#233;rable. &#187; C'est cette culture du respect de soi que, selon Kaus, nous sommes en danger de perdre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, le probl&#232;me de notre soci&#233;t&#233; n'est pas seulement que les riches ont trop d'argent, mais que leur argent les isole, beaucoup plus que par le pass&#233;, de la vie commune. &#171; L'acceptation banale des professions intellectuelles comme constituant une classe s&#233;par&#233;e &#187; constitue aux yeux de Kaus une &#233;volution mena&#231;ante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que leur &#171; m&#233;pris plein de morgue pour ceux qui sont d&#233;mographiquement leurs inf&#233;rieurs &#187;. J'ajouterais qu'une partie du probl&#232;me est que nous avons perdu notre respect pour le travail manuel honn&#234;te. Nous avons du travail &#171; cr&#233;atif &#187; l'image d'une s&#233;rie d'op&#233;rations mentales abstraites, accomplies dans un bureau, de pr&#233;f&#233;rence avec l'aide d'ordinateurs, et non pas celle de la production de nourriture, d'un toit et des autres n&#233;cessit&#233;s. Les classes intellectuelles sont fatalement &#233;loign&#233;es du c&#244;t&#233; physique de la vie &#8211; d'o&#249; leur d&#233;risoire tentative de compenser cet &#233;loignement en adh&#233;rant &#224; un r&#233;gime astreignant d'exercices physiques purement gratuits. Leur seul rapport avec le travail productif est en tant que consommateurs. Elles n'ont pas l'exp&#233;rience de la cr&#233;ation de quoi que ce soit de substantiel ou de durable. Elles vivent dans un monde d'abstractions et d'images, un monde virtuel consistant en mod&#232;les informatis&#233;s de la r&#233;alit&#233; &#8211; une &#171; hyper-r&#233;alit&#233; &#187; comme on l'a appel&#233;e &#8211; par opposition &#224; la r&#233;alit&#233; physique imm&#233;diate, palpable, qu'habitent les femmes et les hommes ordinaires. Leur croyance &#224; la &#171; construction sociale de la r&#233;alit&#233; &#187; &#8211; dogme central de la pens&#233;e postmoderne &#8211; refl&#232;te l'exp&#233;rience de leur vie dans un milieu artificiel d'o&#249; a &#233;t&#233; rigoureusement banni tout ce qui r&#233;siste au contr&#244;le humain (ainsi que, c'est in&#233;vitable, tout ce qui est familier et rassurant). Le contr&#244;le est devenu leur obsession. Dans leur &#233;lan pour s'isoler du risque et de la contingence &#8211; pour se pr&#233;munir des al&#233;as impr&#233;visibles qui affligent la vie de l'homme &#8211; les classes intellectuelles se sont s&#233;par&#233;es non seulement du monde commun qui les entoure, mais aussi de la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La meilleure fa&#231;on de comprendre les conflits culturels qui ont boulevers&#233; l'Am&#233;rique depuis les ann&#233;es soixante est d'y voir une forme de guerre des classes, dans laquelle une &#233;lite &#233;clair&#233;e (telle est l'id&#233;e qu'elle se fait d'elle-m&#234;me) entreprend moins d'imposer ses valeurs &#224; la majorit&#233; (majorit&#233; qu'elle per&#231;oit comme incorrigiblement raciste, sexiste, provinciale et x&#233;nophobe), encore moins de persuader la majorit&#233; au moyen d'un d&#233;bat public rationnel, que de cr&#233;er des institutions parall&#232;les ou &#171; alternatives &#187; dans laquelle elle ne sera plus du tout oblig&#233;e d'affronter face &#224; face les masses ignorantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Kaus, les choix des pouvoirs publics ne devraient pas chercher &#224; d&#233;faire les effets du march&#233; (qui in&#233;vitablement promeut des in&#233;galit&#233;s de revenus), mais de limiter son domaine &#8211; &#171; de restreindre la sph&#232;re de la vie o&#249; l'argent est important &#187;. Empruntant &#224; l'ouvrage de Michael Walzer, &lt;i&gt;Spheres of Justice&lt;/i&gt;, il soutient que le but du lib&#233;ralisme civique, par opposition au &#171; lib&#233;ralisme financier &#187;, est &#171; de cr&#233;er une sph&#232;re de vie dans laquelle l'argent est d&#233;valu&#233;, d'emp&#234;cher ceux qui ont de l'argent de conclure qu'ils sont sup&#233;rieurs &#187;. Walzer se soucie de la m&#234;me mani&#232;re de limiter &#171; l'extraction non seulement de richesse, mais de prestige et d'influence du march&#233; &#187;, selon sa formule. Il traite le probl&#232;me de la justice comme un probl&#232;me de fronti&#232;res et de &#171; r&#233;vision des fronti&#232;res &#187;. L'argent, encore davantage que d'autres bonnes choses telles que la beaut&#233;, l'&#233;loquence et le charme, a tendance &#224; &#171; s'immiscer &#224; travers les fronti&#232;res &#187; et &#224; acheter des choses qui ne devraient pas &#234;tre &#224; vendre : des exemptions du service militaire ; l'amour et l'amiti&#233; ; les charges politiques elles-m&#234;mes (gr&#226;ce au co&#251;t exorbitant des campagnes politiques). Walzer affirme que la meilleure mani&#232;re de servir le principe d'&#233;galit&#233; n'est pas d'assurer une distribution &#233;gale des revenus, mais de fixer des limites &#224; l'imp&#233;rialisme du march&#233; qui &#171; m&#233;tamorphose en marchandise tous les biens sociaux &#187;. &#171; Ce qui est en cause, poursuit-il&#8230; c'est la domination de l'argent en dehors de sa sph&#232;re. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des pr&#233;occupations similaires ont &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;es bien plus t&#244;t, dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans ces paroles beaucoup de sagesse, et ceux qui attachent du prix &#224; la d&#233;mocratie feraient bien de les &#233;couter. Mais il est &#233;galement important de se souvenir &#8211; chose que ne nieraient ni Walzer ni Kaus en derni&#232;re analyse &#8211; que l'in&#233;galit&#233; &#233;conomique est intrins&#232;quement ind&#233;sirable, m&#234;me quand elle est born&#233;e &#224; la sph&#232;re qui lui convient. Le luxe est moralement r&#233;pugnant et son incompatibilit&#233; avec les id&#233;aux d&#233;mocratiques a &#233;t&#233; en outre reconnue sans aucune exception dans les traditions qui fa&#231;onnent notre culture politique. La difficult&#233; de limiter l'influence de la richesse sugg&#232;re que la richesse elle-m&#234;me demande &#224; &#234;tre limit&#233;e. Quand l'argent parle, tout le monde est condamn&#233; &#224; &#233;couter. Pour cette raison, une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique ne peut autoriser une accumulation illimit&#233;e du capital. L'&#233;galit&#233; sociale et civique pr&#233;suppose que l'on s'approche au moins en gros de l'&#233;galit&#233; &#233;conomique. La &#171; pluralit&#233; des sph&#232;res &#187;, selon la formule qu'utilise Walzer, est &#233;minemment d&#233;sirable et nous devrions faire tout ce qui est en notre pouvoir pour faire respecter les fronti&#232;res qui les s&#233;parent. Mais nous devons aussi nous rappeler que les fronti&#232;res sont perm&#233;ables, en particulier quand l'argent est de la partie, qu'une condamnation morale des grandes fortunes doit informer toute d&#233;fense de la libert&#233; du march&#233;, et que cette condamnation morale doit s'appuyer sur une action politique efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bon vieux temps, les Am&#233;ricains &#233;taient d'accord, du moins en principe, pour refuser aux individus la pr&#233;tention de revendiquer un droit &#224; une richesse de beaucoup sup&#233;rieure &#224; leurs besoins. La persistance de cette croyance, m&#234;me si elle n'est plus, certes, qu'une composante mineure dans le concert qui c&#233;l&#232;bre de nos jours la richesse au risque d'&#233;touffer toutes les valeurs concurrentes, nous offre quelque espoir que tout n'est pas encore perdu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La formule, invent&#233;e par Mark Twain, d&#233;signe les trente ans qui suivent la fin de la guerre de S&#233;cession, marqu&#233;s par l'av&#232;nement de la puissance industrielle am&#233;ricaine et une corruption politico-financi&#232;re sans pr&#233;c&#233;dent, sous la domination presque sans partage du parti R&#233;publicain. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le terme professionals recouvre nos professions lib&#233;rales ainsi qu'un vaste secteur d'activit&#233;s intellectuelles, telles que l'enseignement et la recherche universitaires, la publicit&#233; etc. On emploiera par la suite le terme de &#171; professions intellectuelles &#187;. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rappelons en effet que le populisme est, dans l'histoire politique am&#233;ricaine de la fin du xixe si&#232;cle, un mouvement de r&#233;volte des agriculteurs du Sud et de l'Ouest contre le protectionnisme douanier et l'&#233;talon-or. Le parti populiste pr&#233;senta un candidat &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1892 et fit cause commune avec les D&#233;mocrates en 1896 pour soutenir William Jennings Bryan, qui, bien que vaincu par le r&#233;publicain William McKinley, fit une campagne rest&#233;e l&#233;gendaire, inaugurant l'&#200;re progressiste. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le &#171; fondationnalisme &#187; (&lt;i&gt;foundationalism&lt;/i&gt;) d&#233;signe aux &#201;tats-Unis la pr&#233;tention de l'Universit&#233; traditionnelle &#224; d&#233;fendre l'existence d'&#233;l&#233;ments fondamentaux constituant les fondations de la connaissance. On verra au chapitre 10 (&#171; Le pseudo-radicalisme universitaire &#187;) la port&#233;e de cette position dans les d&#233;bats entourant la d&#233;finition d'un canon litt&#233;raire. Les partisans du &#171; &lt;i&gt;&#8239;politically correct&lt;/i&gt; &#187; donnent &#224; ce terme un sens p&#233;joratif. On sait que, pour eux, dire, par exemple, que W. Shakespeare est un auteur plus important que Barbara Cartland ne peut que constituer une discrimination ill&#233;gitime (dans ce cas pr&#233;cis &#224; connotation sexiste). (N.d.E.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le caract&#232;re vague de ce concept rend impossible aux d&#233;cideurs de tomber d'accord sur une liste de minorit&#233;s sp&#233;cifi&#233;es ayant droit &#224; une compensation pour des si&#232;cles d'oppression. C'est &#224; l'&#233;poque du New Deal que les experts en sciences sociales ont commenc&#233; &#224; parler de minorit&#233;s au sens actuel du terme. Il renvoyait aux groupes qui avaient &#233;t&#233; &#171; isol&#233;s&#8230; pour un traitement diff&#233;rentiel et in&#233;gal &#187;, selon la formule de Louis Wirth. Alors qu'&#224; la m&#234;me &#233;poque en Europe les minorit&#233;s nationales &#233;taient en g&#233;n&#233;ral d&#233;nonc&#233;es comme agressives et belliqueuses, les minorit&#233;s am&#233;ricaines &#233;taient per&#231;ues comme des victimes plut&#244;t que comme des pr&#233;dateurs. D&#232;s le d&#233;but, le statut de minorit&#233; donnait donc &#224; ceux qui pouvaient le revendiquer une certaine force morale et politique. Si &#171; le simple fait d'&#234;tre g&#233;n&#233;ralement d&#233;test&#233;&#8230; est ce qui d&#233;finit un groupe minoritaire &#187;, selon l'explication d'Arnold et Caroline Rose, l'avantage moral r&#233;sidait invariablement du c&#244;t&#233; de la &#171; minorit&#233; &#187; (m&#234;me si elle constituait statistiquement une majorit&#233; de la population). Les pressions exerc&#233;es pour une extension de la cat&#233;gorie, avec la perte de pr&#233;cision qui en d&#233;coulait, se sont av&#233;r&#233;es irr&#233;sistibles. Au cours des ann&#233;es soixante-dix, elle en est arriv&#233;e &#224; comprendre non seulement divers groupes raciaux et ethniques mais aussi les femmes (sauf quand elles &#233;taient distingu&#233;es verbalement par la formule absurde &#171; les femmes et les minorit&#233;s &#187;), les homosexuels et les groupes (tels que les sourds, par exemple) trait&#233;s auparavant par les sciences sociales comme &#171; d&#233;viants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'arr&#234;t rendu par la Cour supr&#234;me en 1978 dans l'affaire Bakke, qui constitue sa d&#233;claration ultime mais embrouill&#233;e en ce qui concerne la discrimination positive (&lt;i&gt;affirmative action&lt;/i&gt;), le juge Lewis Powell a proclam&#233; que &#171; les &#201;tats-Unis &#233;taient devenus une nation de minorit&#233;s &#187;. Il a toutefois reconnu que le terme &#233;tait d'une impr&#233;cision d&#233;courageante. Tout groupe pouvant &#171; revendiquer une histoire pass&#233;e de discrimination exerc&#233;e &#224; son encontre &#187; pouvait affirmer son statut de minorit&#233; et son titre aux &#171; droits &#187; nouvellement cr&#233;&#233;s que les tribunaux conf&#233;raient dans leur interpr&#233;tation large de la discrimination positive. Il &#233;tait toutefois &#233;galement clair que &#171; tous ces groupes ne pouvaient pas recevoir un traitement pr&#233;f&#233;rentiel &#187;, car alors &#171; la seule &#8220;majorit&#233;&#8221; restante serait la nouvelle minorit&#233; des protestants blancs anglo-saxons. &#187; Dans ce cas, comment d&#233;ciderait-on exactement des groupes qui pouvaient &#234;tre candidats &#224; un traitement compensatoire ? Il serait difficile de s'opposer &#224; la conclusion de Powell selon laquelle &#171; il n'existe pas de fondement principal pour d&#233;cider des groupes qui m&#233;riteraient &#8220;une sollicitude judiciaire accrue&#8221; et de ceux qui ne la m&#233;riteraient pas &#187;.
En d&#233;pit de son &#233;vidente impr&#233;cision, le concept de minorit&#233; a eu une &#233;norme influence sur la prise de d&#233;cision dans le domaine social. Un d&#233;bat public approfondi ne pourrait que renforcer l'opposition populaire &#224; la politique de discrimination positive et &#224; la notion de minorit&#233;s qui la sous-tend. En l'absence d'un tel d&#233;bat, les pouvoirs publics se trouvent dans la position peu enviable de tenter d'appliquer des politiques qui ne sont soutenues par aucun semblant de consensus social. Passant en revue de mani&#232;re attentive le concept de minorit&#233;, Philip Gleason observe qu'&#171; un traitement diff&#233;rentiel&#8230; demande sans doute une reconnaissance et un d&#233;bat plus explicites que ceux dont il a fait l'objet jusqu'&#224; pr&#233;sent &#187; &#8211; bel euph&#233;misme s'il en f&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le titre de Kaus est ambigu parce qu'on ne sait pas absolument s'il propose d'abandonner la lutte contre l'in&#233;galit&#233; ou bien si le but ou l'objet (la &#171; fin &#187;) propre d'une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire, tel qu'il le voit, est une vie civique riche, accessible &#224; tous, et non pas un nivellement des revenus. Il s'av&#232;re que c'est la seconde lecture qui est la bonne. Ce qui n'exclut pas toutefois la possibilit&#233; qu'une certaine proportion d'&#233;galit&#233; &#233;conomique soit un moyen important, ou une condition pr&#233;alable, de la fin que constitue l'&#233;galit&#233; civique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Des pr&#233;occupations similaires ont &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;es bien plus t&#244;t, dans le travail de sociologues plus ou moins rattach&#233;s au mouvement progressiste, en particulier dans l'ouvrage de Charles Horton Cooley, &lt;i&gt;Social Process&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1907. Cooley &#233;crivait : &#171; La motivation p&#233;cuniaire exclut des provinces si vastes de notre vie que nous avons bien le droit de nous interroger sur l'&#233;tendue de notre confiance dans le processus du march&#233;. &#187; De son point de vue, &#171; les valeurs p&#233;cuniaires n'arrivent pas &#224; exprimer la vie sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; &#187;. Le contrepoids au march&#233; &#233;tait &#224; trouver dans des activit&#233;s entreprises pour elles-m&#234;mes et non pas en vue de r&#233;compenses ext&#233;rieures &#8211; dans l'art, la comp&#233;tence professionnelle et le professionnalisme. &#171; Le plaisir du travail cr&#233;atif et le partage de ce plaisir par ceux qui en appr&#233;cient le produit&#8230; &#224; la diff&#233;rence du plaisir de poss&#233;der des choses que nous arrachons aux autres&#8230; augmente d'autant plus que nous le partageons, car il nous fait sortir de l'atmosph&#232;re &#233;go&#239;ste de la concurrence quotidienne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Port&#233;e ontologique de l'histoire de la science (2/2)</title>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
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		<dc:subject>Article</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) La rupture, la premi&#232;re, on le sait, survient avec la Gr&#232;ce ancienne. Ici, quelque chose se d&#233;tache du &#171; savoir commun &#187; &#8211; ou du &#171; savoir secret &#187; des pr&#234;tres et des mages &#8211; et veut devenir epist&#232;m&#232; humaine, et epist&#232;m&#232; publique, ouverte &#224; tous ceux qui peuvent et veulent y travailler. Ici naissent les deux exigences, et l'exploration de la possibilit&#233; d'y satisfaire, qui caract&#233;risent ce que nous entendons par pens&#233;e rationnelle : l'interrogation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1195-Portee-ontologique-de-l-histoire-de-la-science' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture, la premi&#232;re, on le sait, survient avec la Gr&#232;ce ancienne. Ici, quelque chose se d&#233;tache du &#171; savoir commun &#187; &#8211; ou du &#171; savoir secret &#187; des pr&#234;tres et des mages &#8211; et veut devenir &lt;i&gt;epist&#232;m&#232;&lt;/i&gt; humaine, et &lt;i&gt;epist&#232;m&#232;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;publique&lt;/i&gt;, ouverte &#224; tous ceux qui peuvent et veulent y travailler. Ici naissent les deux exigences, et l'exploration de la possibilit&#233; d'y satisfaire, qui caract&#233;risent ce que nous entendons par pens&#233;e rationnelle : l'interrogation illimit&#233;e, d'une part ; la d&#233;monstration, quels qu'en soient les moyens, d'autre part. &#201;videmment l'interrogation porte et se porte aussi, et presque imm&#233;diatement, sur les moyens et l'id&#233;e m&#234;me de d&#233;monstration. Les deux ensemble forment ce que les Grecs appelaient le &lt;i&gt;logon didonai&lt;/i&gt;, rendre compte et raison&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P&#233;riodiquement reviennent, et &#224; grand bruit, les discours sur les &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les liaisons profondes, la consubstantialit&#233; de cette cr&#233;ation avec la cr&#233;ation politique des Grecs, et notamment avec le surgissement de la d&#233;mocratie, ne nous occuperont pas ici&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une vue rapide, voir plus haut, &#171; La polis grecque et la cr&#233;ation de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; pas davantage les conditions sous lesquelles, apr&#232;s un recouvrement de nombreux si&#232;cles, les deux mouvements &#8211; mouvement &#233;mancipateur des hommes dans la cit&#233;, mouvement &#233;mancipateur de la pens&#233;e &#8211; ont resurgi en Europe occidentale. Il nous faut seulement, pour les besoins de ce qui va suivre, rappeler deux traits profond&#233;ment diff&#233;rents &#8211; et parents entre eux &#8211; qui marquent autrement les magmas de significations imaginaires dans et par lesquelles se fait cette cr&#233;ation de la pens&#233;e rationnelle en Gr&#232;ce, sa re-cr&#233;ation beaucoup plus tard en Europe occidentale. Chacun renvoie, par toutes ses fibres, &#224; la totalit&#233; de l'imaginaire de chacune des deux soci&#233;t&#233;s. Il s'agit, pour les d&#233;signer bri&#232;vement, de la place de &lt;i&gt;l'infini&lt;/i&gt;, d'un c&#244;t&#233;, de &lt;i&gt;l'artificialit&#233;&lt;/i&gt;, de l'autre. Th&#232;mes connus, dont un seul aspect, non relev&#233; &#224; ma connaissance jusqu'ici, m'importe pour la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'infini&lt;/i&gt; : nous pouvons commencer par la catastrophe connue des irrationnels. On se rappelle comment le th&#233;or&#232;me dit de Pythagore conduit imm&#233;diatement &#224; la d&#233;monstration de l'irrationalit&#233; de la racine carr&#233;e de 2 (telle qu'elle se formulera finalement dans Euclide, la d&#233;monstration de cette irrationalit&#233; est potentiellement d&#233;monstration de l'irrationalit&#233; de toutes les racines, d'ordre quelconque, de tout nombre rationnel qui n'est pas puissance parfaite de cet ordre). La catastrophe se trouve en ceci, que les nombres irrationnels (en grec : &lt;i&gt;arrh&#232;toi&lt;/i&gt;, indicibles ; &lt;i&gt;surd&lt;/i&gt; est encore le mot anglais, de &lt;i&gt;surdus&lt;/i&gt;, muet puis silencieux) ne peuvent pas &#234;tre &lt;i&gt;d&#233;termin&#233;s&lt;/i&gt; (en un nombre &lt;i&gt;fini&lt;/i&gt; de termes, dirions-nous) comme exhibables ou proportion de deux nombres exhibables, ils sont &lt;i&gt;apeiroi&lt;/i&gt;, illimit&#233;s, ind&#233;termin&#233;s. Or ce qui est &lt;i&gt;apeiron&lt;/i&gt;, qui n'a pas de &lt;i&gt;peras&lt;/i&gt;, de terme, de limite, de d&#233;termination, &#224; la fois contrevient &#224; l'interpr&#233;tation centrale de l'&#234;tre comme d&#233;terminit&#233; et, en grec, &lt;i&gt;dit de lui-m&#234;me&lt;/i&gt; qu'il est inconnaissable. Il importe peu ici de savoir comment Eudoxe (environ 390-340 av. J.-C.) en &#233;tendant la th&#233;orie des proportions (qu'on trouvera dans le Ve Livre d'Euclide) et en inventant l'approximation ind&#233;finie de la limite (que les Modernes ont appel&#233;e m&#233;thode d'exhaustion) a, &#224; la fois, r&#233;solu ce probl&#232;me et cr&#233;&#233; la solution grecque de la question des infinit&#233;simaux (Euclide, Livre X, prop. 1). L'essentiel est que les Grecs n'ont jamais accept&#233; en math&#233;matiques des d&#233;monstrations autres que celles qu'on appellerait aujourd'hui &lt;i&gt;finitistes&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;constructivistes&lt;/i&gt;. De m&#234;me, Antiphon le &#171; sophiste &#187; (contemporain de Socrate) avait&#171; en fait &#187; r&#233;solu la fameuse quadrature du cercle, comme nous la r&#233;solvons : il a fait de la circonf&#233;rence la limite du p&#233;rim&#232;tre des polygones inscrits, lorsque leur nombre de c&#244;t&#233;s augmente ind&#233;finiment. (Et l'on savait d&#233;j&#224; que pour tout polygone il y a un carr&#233; &#233;quivalent &#8211; par la suite, Euclide, II, 14.) Mais Aristote le rabrouait s&#233;v&#232;rement : &lt;i&gt;ton&lt;/i&gt; &lt;i&gt;tetrag&#244;nismon&lt;/i&gt; (&#8230;), &lt;i&gt;ton&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Antiphontos&lt;/i&gt; &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; &lt;i&gt;geometrikou&lt;/i&gt;, la quadrature d'Antiphon n'est pas de la g&#233;om&#233;trie (mais serait plut&#244;t &#171; dialectique &#187;), la g&#233;om&#233;trie doit proc&#233;der par&#171; r&#233;solution en des parties &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antiphon : Diels, II, B 13 = Simplicius, ad Phys. 54, 12 ; Aristote, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple extr&#234;mement instructif concerne l'apparente &#171; absurdit&#233; &#187; de la th&#233;orie du mouvement d'Aristote. Thomas Kuhn a d&#233;j&#224; dit ce qu'il faut plut&#244;t penser de l'incompr&#233;hension obtuse des Modernes et de sa signification&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je dis bien des Modernes qui se croient si savants et si intelligents ; je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#202;tre, c'est &#234;tre d&#233;termin&#233; ; qu'est-ce qui entre donc dans les d&#233;terminations essentielles des choses ? Pour les Anciens en g&#233;n&#233;ral, et Aristote en particulier, son lieu : la r&#233;ponse &#224; &lt;i&gt;o&#249;&lt;/i&gt; ? (&lt;i&gt;pou&lt;/i&gt; ?) est cat&#233;goriale. Et, pour Aristote, tout a sa finalit&#233;, son &lt;i&gt;telos&lt;/i&gt; qui est sa nature ; une chose &#171; mat&#233;rielle &#187; a par cons&#233;quent un &lt;i&gt;lieu naturel&lt;/i&gt; &#8211; l&#224; o&#249; elle se trouve, ou bien l&#224; o&#249; elle est d'elle-m&#234;me, naturellement, port&#233;e (que nous d&#233;terminons par l'observation : le bas pour les graves, le haut pour les l&#233;gers). La force, comme cause, est donc ce qui provoque le changement de &lt;i&gt;lieu&lt;/i&gt; &#8211; qu'elle soit &#171; naturelle &#187; et m&#232;ne la chose &#224; son lieu naturel, ou qu'elle soit&#171; non naturelle &#187;, &#171; violente &#187;, et m&#232;ne la chose ailleurs qu'&#224; son lieu naturel. Pour changer tout cela, il faudra admettre ces id&#233;es &#233;tranges : que ce n'est pas le lieu qui appartient aux d&#233;terminations essentielles d'une chose, mais son &#233;tat de mouvement, et que l'&#171; &#233;tat naturel &#187; de ce mouvement, si l'on peut dire, n'est pas le z&#233;ro de mouvement, mais le mouvement rectiligne et uniforme, dont le z&#233;ro de mouvement n'est qu'un cas particulier. Il en r&#233;sulte &#233;videmment qu'il ne peut plus y avoir de &#171; lieu naturel &#187; pour quoi que ce soit, et que la force est cause non pas de mouvement, mais de &lt;i&gt;changement&lt;/i&gt; de l'&#233;tat de mouvement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir L'Institution imaginaire&#8230; , p. 271-272, n. 30 [r&#233;&#233;d. &#171; Points Essais &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il en r&#233;sulte aussi qu'il devait pouvoir y avoir un mouvement rectiligne uniforme infini &#8211; donc un espace infini. (Notons que pour nous aujourd'hui cette derni&#232;re id&#233;e est, en toute rigueur, fausse.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi &#233;tait-il exclu qu'Aristote p&#251;t penser tout cela, pourquoi &#233;tait-il &#171; naturellement &#187; amen&#233; &#224; penser ce qu'il a pens&#233; ? Kuhn l'a rappel&#233; : parce que pour lui les &#171; qualit&#233;s &#187; sont tr&#232;s importantes ; parce que sa notion de mouvement n'est pas seulement celle de &#171; mouvement local &#187;, mais comprend aussi l'alt&#233;ration, la croissance et la d&#233;croissance, enfin la g&#233;n&#233;ration et la corruption &#8211; mouvements &#171; qualitatifs &#187; ; parce que le &#171; mouvement local &#187; lui appara&#238;t en un sens, lui aussi, comme un changement de qualit&#233; ; et que, ces changements &#233;tant, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, &#171; naturels &#187;, il doit y avoir aussi &lt;i&gt;lieu&lt;/i&gt; naturel. (On peut tout autant dire qu'il doit y avoir &lt;i&gt;finalit&#233; locale&lt;/i&gt; des choses.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tous ces &#233;l&#233;ments mis justement en lumi&#232;re par Kuhn, on peut en ajouter un autre : si, par impossible, Aristote avait pens&#233; le mouvement autrement, il aurait peut-&#234;tre (et m&#234;me probablement) &#233;t&#233; conduit &#224; accepter l'infinit&#233; de l'espace. Or cela &#233;tait impossible : pour Aristote l'espace &lt;i&gt;d&lt;/i&gt;&lt;i&gt;o&lt;/i&gt;&lt;i&gt;it&lt;/i&gt; &#234;tre fini, le monde clos et sph&#233;rique. Y avait-il l&#224; une borne absolue de la pens&#233;e d'Aristote, ou grecque ancienne, un impens&#233; et impensable ? Pas du tout : Aristote r&#233;p&#232;te &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt; qu'il ne peut pas y avoir d'infini &lt;i&gt;en acte&lt;/i&gt;, pr&#233;cis&#233;ment &lt;i&gt;parce qu&lt;/i&gt;'une foule de penseurs pr&#233;c&#233;dents et contemporains avaient affirm&#233; le &lt;i&gt;contraire&lt;/i&gt;. Pour n'en nommer que le plus important, et avec qui Aristote discute tout le temps : le grand D&#233;mocrite, pour qui il n'y avait que &#171; des atomes et du vide &#187;, professait, &#224; en croire les doxgraphes, l'&lt;i&gt;infinit&#233; de l'espace et des mondes&lt;/i&gt;. La bifurcation &#233;tait donc l&#224; : la pens&#233;e grecque avait, parmi tout le reste, cr&#233;&#233; aussi la notion d'infini, tant en math&#233;matiques qu'en physique. Mais celui qui en a &#233;t&#233; le repr&#233;sentant culminant et privil&#233;gi&#233; pour les si&#232;cles suivants, Aristote, sans rejeter tout &#224; fait cette id&#233;e, l'a, si l'on peut dire, &#171; remise &#224; sa place &#187; : il n'y a d'infini que &lt;i&gt;virtuel&lt;/i&gt;, la suite des entiers ou la subdivision de la ligne en segments &lt;i&gt;ne s'arr&#234;tent pas&lt;/i&gt; &#8211; mais ils ne peuvent jamais &#234;tre donn&#233;s ensemble tous &#224; la fois (&lt;i&gt;hama&lt;/i&gt;). C'est aussi ce qui explique qu'Aristote (et les anciens Grecs en g&#233;n&#233;ral) puisse &#224; la fois refuser l'infini spatial et accepter l'infini temporel : un pass&#233; infini, un avenir infini ne &#171; sont &#187; que &lt;i&gt;virtuellement&lt;/i&gt; ; un espace infini (et des mondes infinis) signifierait une totalit&#233; infinie donn&#233;e en acte. S'il y a (comme le dit &lt;i&gt;Physique &lt;/i&gt; ; IV) toujours du temps &#171; autre et autre &#187;, il surgit au fur et &#224; mesure ; mais, s'il y avait de l'espace &#171; autre et autre &#187;, il ne surgirait pas &#224; partir du moment de notre visite, il aurait toujours d&#233;j&#224; &#233;t&#233; l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage du &#171; monde clos &#187; &#224; l'&#171; univers infini &#187;, selon la belle caract&#233;risation d'Alexandre Koyr&#233;, mettait donc en jeu deux mondes de signification, pr&#233;cis&#233;ment. Sa difficult&#233; n'&#233;tait pas la difficult&#233; de&#171; reconna&#238;tre &#187; l'infini, mais de &lt;i&gt;le mettre au centre&lt;/i&gt;. (Et le Dieu h&#233;bra&#239;que ou chr&#233;tien n'a rien &#224; voir avec ce passage : il &#233;tait l&#224; pendant quinze si&#232;cles, et le monde restait sph&#233;rique.) C'est pourquoi aussi Nicolas Bourbaki est un peu rapide lorsqu'il parle de ce &#171; passage, si naturel (d&#232;s qu'on s'est engag&#233; dans cette voie) que nous l'avons vu annonc&#233; d&#233;j&#224; par Fermat, du plan et de l'espace 'ordinaire' &#224; l'espace &#224; &lt;i&gt;n&lt;/i&gt; dimensions&#8230; &#187;. Ce passage&#171; si naturel &#187; a mis &#171; plus de deux si&#232;cles &#224; p&#233;n&#233;trer dans les esprits &#187; ; il n'appara&#238;t qu'&#171; obscur&#233;ment &#187; chez Gauss et il faut attendre Cayley et Grassmann,&#171; vers 1846 &#187;, pour le voir pratiqu&#233;&#171; avec aisance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. Bourbaki, Alg&#232;bre I, chap. I &#224; IV, Note historique, A III, p. 205, 208-209.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce n'est certes pas qu' Archim&#232;de ou Gauss &#233;taient troubl&#233;s par le passage de 3 &#224; 4 &#8211; c'est que des significations et des sch&#232;mes beaucoup plus profonds &#233;taient en jeu. &#8211; On peut dire la m&#234;me chose des g&#233;om&#233;tries non euclidiennes : la construction de la trigonom&#233;trie sph&#233;rique entre Hipparque et M&#233;n&#233;laos, soit du IIe si&#232;cle avant J.-C. au 1er si&#232;cle apr&#232;s J.-C., aurait pu conduire &#224; une consid&#233;ration &lt;i&gt;intrins&#232;que&lt;/i&gt; des propri&#233;t&#233;s d'un espace sph&#233;rique, soit courbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je serai beaucoup plus bref, faute de place, concernant &lt;i&gt;l'artificialit&#233;&lt;/i&gt;. Quelques faits : il n'y a pas que la&#171; machine &#224; vapeur &#187; d'H&#233;ron d'Alexandrie (Ier si&#232;cle apr&#232;s J.-C.). Il y a les calculatrices analogiques (le &#171; m&#233;canisme d'Anticyth&#232;re &#187;, Ier si&#232;cle avant J.-C. ; le &#171; calendrier de Londres &#187;, entre 330 et 640 apr&#232;s J.-C., mais avec des ant&#233;c&#233;dents sans doute beaucoup plus anciens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, en dernier lieu, Pierre Thuillier, &#171; Les m&#233;caniciens grecs sortent de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ; aussi et surtout, les extraordinaires machines de guerre. Mais il y a aussi manque d'int&#233;r&#234;t pour l'&#171; artificiel &#187; en dehors pr&#233;cis&#233;ment de cette derni&#232;re cat&#233;gorie (exception qui se comprend assez ais&#233;ment). Or ce manque d'int&#233;r&#234;t p&#232;se surtout sur l'&lt;i&gt;artificiel th&#233;orique&lt;/i&gt;. Aristote utilise d&#233;j&#224; dans ses &#233;crits les lettres &#171; alg&#233;briquement &#187; ; cet usage ne trouvera gu&#232;re d'&#233;cho, et, m&#234;me chez Diophante, beaucoup plus tard, les symboles &#171; artificiels &#187; (artificiels &#233;videmment au second degr&#233;) resteront rares. L'Europe, depuis Cardan au moins, n'arr&#234;tera pas d'en inventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Grecs, il y a &lt;i&gt;phusis&lt;/i&gt; et il y a &lt;i&gt;nomos &lt;/i&gt; ; mais, pour le courant devenu chez eux dominant, contre D&#233;mocrite et contre Protagoras, le &lt;i&gt;conna&#238;tre&lt;/i&gt; de la &lt;i&gt;phusis&lt;/i&gt; ne rel&#232;ve pas du &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;. Les Modernes non plus n'accepteront pas, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, et &lt;i&gt;en droit&lt;/i&gt;, l'id&#233;e de &lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;'artificialit&#233;&lt;/i&gt; du savoir ; en fait, cependant, ils s'y livreront sans frein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, quoi qu'on en ait dit, bel et bien unit&#233; du projet th&#233;orique entre la Gr&#232;ce et l'Europe occidentale. Elle se traduit par la reprise de l'exigence du &lt;i&gt;logon didonai&lt;/i&gt;, pleinement active depuis Guillaume d'Occam, au moins. Elle est symbolis&#233;e par le d&#233;veloppement en un sens unitaire des math&#233;matiques, d'Hippocrate de Chios et d'Eudoxe aux grandes inventions modernes. Mais cette exigence est essentiellement surd&#233;termin&#233;e, dans les deux cas, par le magma de significations imaginaires d'o&#249; elle jaillit ; elle conduit ainsi dans des directions diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette diff&#233;rence, on peut tenter de la caract&#233;riser par ces deux id&#233;es : de &lt;i&gt;l'infini&lt;/i&gt;, et de &lt;i&gt;l'artificialit&#233;&lt;/i&gt;. La science moderne appara&#238;t comme l'&#233;laboration subjectivement et objectivement illimit&#233;e (et sans aucun doute interminable) de la logique ensidique et des strates que celle-ci d&#233;couvre / construit dans le&#171; r&#233;el &#187;. L'&lt;i&gt;i&lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;limitation&lt;/i&gt; de l'enqu&#234;te moderne d&#233;pend sans doute elle-m&#234;me d'un sch&#232;me imaginaire de la &lt;i&gt;rationalit&#233; de part en part&lt;/i&gt; de l'&#234;tre/&#233;tant physique &#8211; sch&#232;me &#233;tranger aux Grecs (en tout cas, jusques et y compris Aristote). L'&lt;i&gt;artificialit&#233;&lt;/i&gt; conduit &#224; une transformation de l'essence m&#234;me de I' &#171; objet &#187; math&#233;matique, aboutissant &#224; la &#171; libre position &#187; des axiomes &#8211; impensable pour les Grecs pour lesquels (comme encore pour Kant) ces axiomes exprimaient des propri&#233;t&#233;s intrins&#232;ques ou &#171; naturelles &#187; (fussent-elles &#171; subjectives &#187;) de l'espace, non pas des positions arbitraires soumises simplement aux contraintes de l'ind&#233;pendance, de la non-contradiction et &#233;ventuellement de la compl&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certes difficile de ne pas rapprocher cette illimitation, et cette artificialit&#233;, de la signification imaginaire centrale du capitalisme : l'expansion illimit&#233;e de la ma&#238;trise &#171; rationnelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf plus haut,&#171; R&#233;flexions sur le 'd&#233;veloppement' et la 'rationalit&#233;' &#187;.&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ce qui nous importe ici, c'est ce que ce d&#233;ploiement de la science moderne (au &#171; vieux &#187; sens de ce mot, soit depuis la &#171; fin du Moyen &#194;ge &#187;) d&#233;voile &#224; la fois dans l'&#234;tre de son objet et dans l'&#234;tre de son sujet &#8211; pr&#233;cis&#233;ment en fonction de son illimitation et de son artificialit&#233;. On l'aura devin&#233;, si l'on a compris notre mode d'argumentation pr&#233;c&#233;dent : un d&#233;ploiement scientifique du type qu'exhibe la science occidentale depuis, disons, Galil&#233;e, &lt;i&gt;ne&lt;/i&gt; serait possible &lt;i&gt;ni&lt;/i&gt; dans&#171; n'importe quel univers &#187;, &lt;i&gt;ni&lt;/i&gt; pour&#171; n'importe quelle soci&#233;t&#233; &#187; form&#233;e par des incarnations accidentelles et inessentielles d'une conscience en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que ce d&#233;ploiement d&#233;voile dans son objet est, d'un c&#244;t&#233;, la confirmation de l'extraordinaire universalit&#233; immanente des lois d&#233;couvertes/cr&#233;&#233;es par nous &#224; partir de consid&#233;rations &#233;troitement &#171; locales &#187; (ou bien leur extensibilit&#233;, pratiquement sans modification, &#171; illimit&#233;e &#187; mais &#171; born&#233;e &#187; : nous en avons d&#233;j&#224; parl&#233; plus haut, &#224; propos du vivant), ces lois paraissant comme &#171; localement universelles &#187; ou &#171; universelles par strates &#187;, &#171; local &#187; ne signifiant pas ici une boule ou un compact dans R4 , mais un ou plusieurs feuillets d'un feuillet&#233; transversal ; et d'un autre c&#244;t&#233;, de loin le plus important &#8211; contrairement au programme initial et pour beaucoup de gens toujours valide du projet scientifique occidental &#8211;, une &#233;norme irr&#233;gularit&#233; en profondeur, l'absence d' &#171; unit&#233; syst&#233;matique &#187; &#8211; du moins, telle que nous pouvons ou m&#234;me pourrions la concevoir &#8211;, des fractures, des canyons ou des crevasses cosmiques, lesquels ne signifient par ailleurs &#8211; autre sujet d'&#233;tonnement sans fin &#8211; aucune &#171; incoh&#233;rence &#187; positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savions d&#233;j&#224; &#8211; ce savoir restant certes pour beaucoup encore un sujet de controverse &#8211; qu'il n'y a pas de &lt;i&gt;v&#233;ritable&lt;/i&gt; pont allant du physico-chimique au vivant, ni du vivant au psychique et au social-historique. Les r&#233;ductionnistes crieront &#224; l'obscurantisme ; la seule r&#233;ponse que m&#233;ritent ces barbiers qui raseront toujours gratis, mais demain, est : &lt;i&gt;hic Rhodus, hic salta&lt;/i&gt;. M&#234;me moins. On ne vous demande pas de donner l' &#171; explication &#187; de la &lt;i&gt;sensation&lt;/i&gt; : rouge, mais seulement de dire &lt;i&gt;en quoi elle pourrait consister&lt;/i&gt;, quelles seraient la syntaxe et la s&#233;mantique de la phrase qui la fournirait. Seraient-elles plut&#244;t du genre : &#171; (a+bn) / n =X donc Dieu existe &#187; (Euler &#224; Diderot, SaintP&#233;tersbourg, 1774), ou bien plut&#244;t : &#171; 400 nanom&#232;tres sensibilisent certains de vos r&#233;cepteurs alors que 780 en sensibilisent d'autres, donc voil&#224; pourquoi votre fille est muette et vous voyez tant&#244;t violet et tant&#244;t rouge &#187; ? Certes, encore une fois, cela ne signifie aucune incoh&#233;rence &#171; positive &#187; &#8211; ni que le vivant puisse &#171; violer &#187; les lois physico-chimiques, ou l'humain les lois biologiques (dans ce dernier cas, il faut r&#233;viser &#224; fond le sens du terme loi, mais c'est une autre histoire). Ils ne les violent pas ; ils se contentent d'en cr&#233;er d'&lt;i&gt;autres&lt;/i&gt;. Ce que sont ces lois, ces connexions, etc., au niveau du vivant, &lt;i&gt;n'a pas de sens pour le physicien&lt;/i&gt;, comme le neurophysiologiste, &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; neurophysiologiste, ne voit et n'est capable de rien voir de plus dans &lt;i&gt;L'Enterrement du comte d'Orgaz&lt;/i&gt; que dans n'importe quelle autre surface color&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette discussion n'a d'utilit&#233;, du reste, que par rapport aux biologistes et aux physiciens attard&#233;s (il est vrai qu'ils sont l&#233;gion). Car, pour qui ne veut pas s'aveugler volontairement, la rupture et l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sont log&#233;es au c&#339;ur m&#234;me du rocher, l'ennemi est d&#233;j&#224; install&#233; depuis cinquante ans au moins dans le bastion principal, la physique th&#233;orique. Le noyau de la fiction de l'homog&#233;n&#233;it&#233; de l'univers physique &#8211; &#224; la base de l'id&#233;e de &lt;i&gt;r&#233;ductibilit&#233;&lt;/i&gt; &#8211; est disloqu&#233;. Les strates de l'&#234;tre/&#233;tant physique sont &#233;videmment &#171; compatibles &#187; ; mais elles ne se laissent pas int&#233;grer en un syst&#232;me unitaire et homog&#232;ne. Macrophysique ordinaire, physique quantique et hyper-macrophysique (pour utiliser le terme employ&#233; par W. Heisenberg d&#233;j&#224; en 1935) fournissent l'exemple, &#224; l'&#233;tape actuelle de notre ignorance, de trois strates th&#233;oriquement irr&#233;ductibles les unes aux autres. Entre ces trois strates, les passages sont &#171; praticables &#187; : il y a un monde. Mais ils ne sont pas rigoureux, ils sont simplement&#171; num&#233;riques &#187;, non th&#233;oriquement constructibles : ce monde n'est pas &#171; syst&#232;me &#187; ou syst&#232;me de syst&#232;mes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai d&#233;j&#224; depuis longtemps insist&#233; sur ce point (&#171; Science moderne et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il faut illustrer davantage la situation th&#233;orique de la physique fondamentale aujourd'hui, rappelons que des structures tellement profondes qu'elles restaient en fait tout &#224; fait implicites et parfaitement classiques, dans les conceptions les plus subversives de la derni&#232;re p&#233;riode, la relativit&#233; g&#233;n&#233;rale et les quanta, comme la &lt;i&gt;topologie&lt;/i&gt; de l'espace-temps, sont mises en question depuis plus de vingt ans, et semblent bien en fait devoir &#234;tre abandonn&#233;es. La conception de John Wheeler, par exemple, revient &#224; consid&#233;rer plusieurs &#171; &#233;chelles &#187; de l'espace-temps, dont les topologies diff&#233;reraient essentiellement. Pour reprendre son image, nous &#171; voyons &#187; et &#171; vivons &#187; dans la vie (et la physique) ordinaire un espace-temps lisse comme la surface de l'oc&#233;an vue d'un avion &#8211; alors qu'&#224; une distance moindre cette surface est parcourue par des vagues, et que, de tr&#232;s pr&#232;s, on s'aper&#231;oit qu'elle comporte des courants, des turbulences, de l'&#233;cume, etc. Cette &#171; &#233;cume &#187; de l'espace-temps &#8211; &#224; la fois introduisant des discontinuit&#233;s et des changements perp&#233;tuels de la topologie elle-m&#234;me &#8211; appara&#238;trait &#224; l'&#233;chelle de la longueur de Planck, soit 2 &#215; 10-33 cm&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La topologie est, sommairement parlant, l'&#233;tude des hom&#233;omorphismes, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce seraient les fluctuations quantiques de la topologie de l'espace-temps &#224; cette derni&#232;re &#233;chelle qui donneraient lieu &#224; la naissance et &#224; la disparition des particules &#171; &#233;l&#233;mentaires &#187;. Il ne sert &#224; rien de dire que ce n'est l&#224; qu'une th&#233;orie. Si la conception de Wheeler ne l'emporte pas, ce seront d'autres conceptions, encore &#171; pires &#187; peut-&#234;tre &#8211; comme l'espace twistoriel de Penrose &#8211;, car il faudra bien tenter de sortir de la situation absolument chaotique de la physique fondamentale aujourd'hui. Et il ne sert &#224; rien non plus de dire qu'il ne s'agit dans tout cela que d' &#171; effets d'&#233;chelle &#187; sans port&#233;e th&#233;orique ou philosophique. Remarquons tout d'abord que de tels pr&#233;tendus&#171; effets d'&#233;chelle &#187; sont d&#233;j&#224; l&#224; en relativit&#233; g&#233;n&#233;rale, o&#249;, tout au contraire, la condition du &#171; lissage &#187;, ou de la &#171; r&#233;gularit&#233; habituelle &#187;, est l'inverse : l'espace-temps qui n'est pas euclidien dans sa totalit&#233; (&lt;i&gt;whatever that may mean&lt;/i&gt;) est euclidien &#171; localement &#187; (le &#171; local &#187; signifiant ici, bien s&#251;r, une boule de R4 &#224; diam&#232;tre &#171; suffisamment &#187; petit). Or, d&#233;j&#224; en relativit&#233; g&#233;n&#233;rale, les diff&#233;rences d'&#233;chelle ne sont pas des diff&#233;rences d' &#171; aspect &#187; ou de &#171; perspective &#187;, mais se traduisent bel et bien par des &lt;i&gt;lois&lt;/i&gt; autres dans chacun des deux domaines. Et bien &#233;videmment, encore plus fortement, tel est le cas avec l' &#171; &#233;cume &#187; de Wheeler : il ne suffit pas que les &#171; grains &#187; se comportent d'une certaine mani&#232;re lorsqu'on a le nez sur l'eau ; il faut encore que tout cela apparaisse comme se comportant avec r&#233;gularit&#233; &#224; un observateur situ&#233; dix kilom&#232;tres au-dessus. Or, je l'ai d&#233;j&#224; dit et je le r&#233;p&#232;te : il est radicalement exclu que l' &#171; &#339;il &#187; de cet observateur impose une telle r&#233;gularit&#233; &#224; quelque chose qui ne s'y pr&#234;te pas, ou qui est &#171; intrins&#232;quement &#187; tout &#224; fait amorphe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est pour cela que ce qui est dit dans le texte est totalement et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion est in&#233;luctable : il existe des strates h&#233;t&#233;rog&#232;nes de l'&#234;tre/&#233;tant physique. Chacune de ces strates comporte une dimension ensidique &#8211; ou se pr&#234;te, ind&#233;finiment, &#224; une &#233;laboration ensidique, &#224; une ensidisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est clair que cela seul suffit pour &#233;liminer des absurdit&#233;s comme le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais leur &lt;i&gt;relation&lt;/i&gt; ne s'y pr&#234;te pas. &#171; Empiriquement &#187;, il n'y a pas d'incoh&#233;rence positive : nous retombons sur nos pattes dans les calculs, pour v/c suffisamment petit les formules de Lorentz sont inutiles. Mais, th&#233;oriquement et logiquement, il y a manque de rapport. Les axiomes, les concepts fondamentaux et la structure logique des th&#233;ories correspondantes sont autres. On ne passe pas de Newton &#224; Einstein par transition continue. Pour faire le passage, il faut remplacer : &#171; il est vrai que P &#187;, par : &#171; il n'est pas vrai que P &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P &#233;tant, par exemple, la proposition : &#171; il existe des signaux se propageant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce changement d'axiomes, au niveau de la th&#233;orie, correspond &#224; la fracture au niveau de l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce terme d'axiome nous rappelle aux math&#233;matiques, sans lesquelles &#8211; sans l'immense d&#233;veloppement desquelles la physique occidentale n'existerait tout simplement pas. &#192; la suite de tant d'autres, je me suis moi aussi &#233;tonn&#233; de la &lt;i&gt;unreasonable ej&lt;/i&gt;&lt;i&gt;f&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ectiveness of mathematics&lt;/i&gt;, l'efficacit&#233; d&#233;raisonnable des math&#233;matiques, pour reprendre l'expression de Wigner&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la Pr&#233;face des Carrefours du labyrinthe, p. 8-10 [r&#233;&#233;d. &#171; Points Essais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je le reste toujours &#8211; mais, en fonction de ce que nous avons d&#233;j&#224; dit, je crois que la question devient enfin pensable. Que sont les math&#233;matiques, dans leur d&#233;ploiement moderne (et une fois lib&#233;r&#233;es de la&#171; naturalit&#233; &#187; grecque &#8211; qui est encore, m&#234;me si c'est une naturalit&#233; du &#171; sujet &#187;, celle de Kant) ? Une &#233;laboration prolif&#233;rante de la logique ensembliste-identitaire, d'une part ; &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; une &#233;laboration qui, tout en continuant interminablement, aurait depuis longtemps atteint les limites de la trivialit&#233; et de l'insignifiance, s'il n'y avait pas l'imagination cr&#233;atrice des math&#233;maticiens, qui s'exprime d'abord et avant tout par la position de &lt;i&gt;nouveaux axiomes&lt;/i&gt;, fondateurs de branches , (d'arborescences de th&#233;or&#232;mes) autres que celles d&#233;j&#224; existantes. Bien entendu, la &lt;i&gt;lib&#233;ration&lt;/i&gt; de cette imagination cr&#233;atrice requiert un ensemble de conditions social-historiques qui, elles, rel&#232;vent de l'imaginaire social (et ne se rencontrent qu'en Europe occidentale moderne) ; et, d'autre part, la libert&#233; de l'imagination du math&#233;maticien &#8211; tout &#224; fait comparable en cela avec la libert&#233; d'imagination du cr&#233;ateur de l'&#339;uvre d'art &#8211; se plie d'elle-m&#234;me &#224; des exigences que nous pouvons formuler, mais qui, en elles-m&#234;mes, ne fournissent aucune &lt;i&gt;r&#232;gle&lt;/i&gt;, non seulement pour &#171; inventer &#187; des axiomes, mais m&#234;me pour juger imm&#233;diatement et &#224; coup s&#251;r de leur &lt;i&gt;importance&lt;/i&gt;. Nous pouvons en effet dire qu'un syst&#232;me d'axiomes peut &#234;tre quelconque (arbitraire) &lt;i&gt;pourvu&lt;/i&gt; que les axiomes soient ind&#233;pendants et non contradictoires (la &#171; compl&#233;tude &#187; est encore une autre question). Mais cela n'exclut nullement la position de syst&#232;mes d'axiomes qui ne pr&#233;sentent aucun int&#233;r&#234;t &#8211; ou aucune v&#233;ritable &#171; f&#233;condit&#233; &#187;. Mais quel int&#233;r&#234;t, quelle f&#233;condit&#233;, qui en juge ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, et sans un seul instant insinuer que cette importance ou f&#233;condit&#233; se jauge &#224; l'applicabilit&#233; des th&#233;ories math&#233;matiques aux ph&#233;nom&#232;nes physiques &#8211; ce qui serait intrins&#232;quement absurde &lt;i&gt;et&lt;/i&gt;, on le verra tout de suite, ne ferait que repousser la question d'un cran &#8211;, le fait fascinant et plein de signification, tout &#224; fait connu mais sur lequel en g&#233;n&#233;ral on ne r&#233;fl&#233;chit pas sous cet angle, est l'&#233;trange interrelation entre le d&#233;ploiement des math&#233;matiques et l'histoire de la physique moderne. Je vise cette interminable partie de saute-mouton, le &lt;i&gt;leap frog game&lt;/i&gt;, o&#249; tant&#244;t les math&#233;matiques ont l'air de &#171; pr&#233;parer &#187; d'avance les formes dont la physique &#171; aura besoin &#187;, tant&#244;t la physique &#171; force &#187; l'invention de formes math&#233;matiques qui n'existaient pas jusqu'alors, tant&#244;t les deux se font ensemble, tant&#244;t enfin la physique reste bloqu&#233;e parce qu'on n'arrive pas &#224; cr&#233;er les outils math&#233;matiques requis. Il n'est pas question de traiter ici cet immense sujet. Je me bornerai &#224; fournir quelques exemples clairs des quatre principaux cas que j'ai mentionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple classique du premier cas est fourni par la relativit&#233; g&#233;n&#233;rale : la g&#233;om&#233;trie riemannienne et le calcul diff&#233;rentiel absolu de Ricci et de Levi-Civita &#233;taient l&#224; depuis, respectivement, cinquante et vingt ans, &#171; &#224; la disposition &#187; d'Einstein&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lequel a, d'ailleurs, d&#251; r&#233;inventer des math&#233;matiques qui &#233;taient rest&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'inverse &#8211; deuxi&#232;me cas &#8211;, Dirac a d&#251; inventer sous leur premi&#232;re forme pour les besoins de la physique quantique (1926) ce dont Laurent Schwartz allait faire les distributions. Le troisi&#232;me cas est classiquement illustr&#233; par Newton avec l'invention de l'analyse et son application &#224; la physique (cette marche plus ou moins parall&#232;le en m&#233;canique rationnelle se prolonge du reste tout le XVIIIe si&#232;cle jusqu'&#224; Lagrange et Laplace, si ce n'est jusqu'&#224; Hamilton et Jacobi au milieu du XIXe). Le quatri&#232;me cas, enfin, peut &#234;tre illustr&#233; par les obstacles que rencontre depuis longtemps l'hydrodynamique des flux turbulents faute d' &#171; outils &#187; math&#233;matiques suffisants. On pourrait ajouter un cinqui&#232;me cas : une th&#233;orie math&#233;matique se d&#233;veloppe et se perfectionne ind&#233;finiment, sans aucun corr&#233;lat &#171; r&#233;el &#187;. Rigoureusement parlant, ces cas sont innombrables &#8211; mais personne ne peut jamais dire s'ils ne sont pas seulement&#171; provisoires &#187;. Ainsi, pour ce qui est de la reine (la th&#233;orie pure des nombres) de la reine (la math&#233;matique) des sciences. Mais la r&#233;cente utilisation de la th&#233;orie des nombres premiers en cryptographie incite &#224; consid&#233;rer ce cas avec prudence du point de vue qui nous int&#233;resse ici (bien qu'il s'agisse d'une utilisation technique plut&#244;t que d'une correspondance avec une &#171; r&#233;alit&#233; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; rapport, ce &lt;i&gt;type&lt;/i&gt; de rapport des math&#233;matiques &#224; la r&#233;alit&#233; physique, cette &lt;i&gt;histoire&lt;/i&gt; des deux, au sens fort du terme, leur entrelacement et l'histoire de cet entrelacement &#224; la fois posent une nouvelle question et d&#233;placent radicalement l'espace de cette question et des r&#233;ponses possibles. Une minute de r&#233;flexion suffit pour montrer que, eu &#233;gard &#224; ces &lt;i&gt;faits&lt;/i&gt; &#233;normes, &#224; leur signification certes inexhaustible, mais non arbitrairement mall&#233;able, la philosophie h&#233;rit&#233;e (en tant que &#171; th&#233;orie de la connaissance &#187; &#8211; mais il n'est pas de th&#233;orie de la connaissance qui ne pr&#233;suppose et n'entra&#238;ne une ontologie) appara&#238;t comme totalement priv&#233;e d'int&#233;r&#234;t, parce que priv&#233;e d'objet. Ce n'est pas seulement qu'empirisme ou rationalisme, id&#233;alisme critique ou id&#233;alisme absolu apparaissent comme d&#233;sesp&#233;r&#233;ment na&#239;fs ; ils sont en dehors du sujet, &#224; c&#244;t&#233; du probl&#232;me. Ils sont dans un monde de r&#234;ve, o&#249; les pr&#233;suppos&#233;s du savoir ne sont pas social-historiques et o&#249; ce savoir n'a pas de v&#233;ritable histoire : soit que celle-ci est r&#233;duite &#224; une cumulation (Kant), soit qu'elle rel&#232;ve d'une&#171; dialectique &#187; (Hegel) qui en est en v&#233;rit&#233; la &lt;i&gt;n&#233;gation&lt;/i&gt; (et qui, au surplus, n'est jamais, dans ce cas, &lt;i&gt;durchgef&#252;hrt&lt;/i&gt;, mise en &#339;uvre et appliqu&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapport lui-m&#234;me &lt;i&gt;dit&lt;/i&gt; quelque chose &lt;i&gt;du monde&lt;/i&gt;. Le monde physique &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; ensidisable (math&#233;matisable). Il l'est, non pas &#171; de diverses fa&#231;ons &#187; (soi-disant arbitraires, &lt;i&gt;anything goes&lt;/i&gt;), il n'y a pas deux th&#233;ories de la gravitation pour les ph&#233;nom&#232;nes ordinaires, de la mol&#233;cule &#224; la galaxie, il y en a une et une seule ; mais il l'est &lt;i&gt;autrement, selon la strate&lt;/i&gt; de ce monde que l'on consid&#232;re (que l'on &#171; d&#233;couvre &#187; &#8211; que l'on &#171; construit &#187; &#8211; que l'on &#171; cr&#233;e &#187;). La relation entre ces strates n'est pas ensidisable elle-m&#234;me, n'est pas constructible. Et le &#171; sujet &#187; de la connaissance &#8211; c'est-&#224;-dire, en fait, indissociablement, la soci&#233;t&#233;/l'individu, &#171; scientifique &#187; ou autre &#8211; &lt;i&gt;re&lt;/i&gt;-cr&#233;e de toute fa&#231;on cette organisation ensidique relative &#224; la premi&#232;re strate naturelle dans et par laquelle il vit. Mais aussi, ce &#171; sujet &#187;, &#224; partir d'une rupture, double, dans l'histoire, d'abord remet en question la d&#233;pendance de cette organisation ensidique relativement &#224; ses propres significations imaginaires ; et, ensuite, cr&#233;e librement sous certaines contraintes minimales, dans et par les math&#233;matiques, des syst&#232;mes ou quasi-syst&#232;mes ensidiques apparemment gratuits, dont pourtant un grand nombre &lt;i&gt;se trouve&lt;/i&gt; correspondre, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &#224; l'organisation de telle ou telle autre strate de l'&#234;tre/&#233;tant physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la science a donc deux aspects. D'un c&#244;t&#233;, le d&#233;ploiement, l'&#233;laboration de la logique ensidique. Ce fait, insuffisamment r&#233;fl&#233;chi, a nourri les illusions associ&#233;es aux id&#233;es de progr&#232;s, la fiction asymptotique, les na&#239;vet&#233;s (encore chez Kant) de la cumulativit&#233; et de l'additivit&#233; de la science. Certes, il y a &#8211; d&#232;s l'hominisation, et m&#234;me avant ! &#8211; &#171; progression &#187; d'un certain savoir ; on en a parl&#233; plus haut. Mais, si on ne la voit pas uniquement d'un point de vue &#171; pragmatique &#187; comme accroissement d'une ma&#238;trise instrumentale, des moyens d'une domination accrue sur l'environnement, cette &#171; progression &#187; a &#233;t&#233; en v&#233;rit&#233; re-cr&#233;ation et re-conqu&#234;te de l'organisation de la premi&#232;re strate naturelle. Elle a &#233;t&#233;, d'autre part, d&#233;pendante, chaque fois, du magma des significations imaginaires de la soci&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e. Ainsi, ce que &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; aujourd'hui appelons science est nettement une veine du magma imaginaire occidental ; car c'est ici &lt;i&gt;seulement&lt;/i&gt; qu'on a voulu (et presque r&#233;ussi &#224;) d&#233;tacher l'ensidique de tout le reste, et que le simplement logique, le simplement instrumental, le simplement formalisable sont devenus significations imaginaires dominantes. Mais, m&#234;me&lt;i&gt; &#224; l'int&#233;rieur&lt;/i&gt; de cette p&#233;riode historique, l'avanc&#233;e ne se fait pas et ne peut pas se faire par simple &#233;laboration de l'ensidique, encore moins bien entendu par accumulation des r&#233;sultats exp&#233;rimentaux et des observations ; quelles exp&#233;riences d&#233;cide-t-on de faire et pourquoi, qu'est-ce qu'on est capable de voir dans ce qu'on observe, et moyennant quoi le voit-on ? Elle se fait, dans les grands cas, par &lt;i&gt;ruptures&lt;/i&gt;, soit par &#233;mergence/cr&#233;ation de nouveaux sch&#232;mes ou matrices imaginaires r&#233;f&#233;r&#233;s au &#171; r&#233;el &#187; (ou pas : math&#233;matiques). &#192; cet &#233;gard, la diff&#233;rence est radicale entre ce qu'on peut symboliser, pour prendre les cas les plus incontestables, par les noms de Newton et d'Einstein, d'un c&#244;t&#233;, de Dulong et Petit, ou de Balmer, de l'autre. Ce que Kant dit dans le &#167; 47 de la &lt;i&gt;Critique de la facult&#233; de juger&lt;/i&gt; (la distinction ne serait que &#171; de degr&#233; &#187;) montre son incompr&#233;hension de ce dont il s'agit ici, et l'incapacit&#233; de sa conception d'accorder sa place &#224; une &lt;i&gt;imagination relative aux id&#233;es&lt;/i&gt;. Dix mille Balmer travaillant dix mille ans n'auraient pas pu &#233;crire les &lt;i&gt;Principia philosophiae naturalis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imaginaire et l'imagination interviennent donc quadruplement dans notre question :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; comme re-cr&#233;ation et construction par la soci&#233;t&#233; d'une dimension ensidique qui atteint effectivement la premi&#232;re strate naturelle sans nullement la &#171; copier &#187; ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; comme premi&#232;re mise en question de la perm&#233;ation de cet ensidique par l'imaginaire h&#233;rit&#233;/institu&#233;, et cr&#233;ation du &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;logon didonai&lt;/i&gt; ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; comme vis&#233;e de d&#233;tachement de l'ensidique par rapport &#224; tout le reste, et &#233;mergence/dominance des id&#233;es imaginaires de &lt;i&gt;l'illimitation&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;l'artificialit&#233;&lt;/i&gt;, donnant lieu &#224; la naissance de la science occidentale moderne proprement dite ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; comme travail continu&#233; de l'imaginaire au sein de cette derni&#232;re, manifest&#233; dans et par la cr&#233;ation de nouvelles th&#233;ories atteignant d'autres strates de l'&#234;tre/&#233;tant.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dans cette affaire, la notion na&#239;ve de &#171; progr&#232;s &#187; est tout aussi d&#233;risoire que l'est l'id&#233;e incroyablement superficielle de la simple &#171; &#233;limination du faux &#187;, de la &lt;i&gt;falsification&lt;/i&gt;. Apparemment, Sir Karl et ses pros&#233;lytes ne sont pas capables de penser simultan&#233;ment ces deux choses : que la th&#233;orie de Newton est fausse eu &#233;gard &#224; ses propres pr&#233;tentions &#224; une v&#233;rit&#233; sans restriction &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; &#224; l'incarnation de ces pr&#233;tentions dans ses axiomes ; et que la th&#233;orie de Newton est vraie (ou, je veux bien, exacte) dans un domaine de validit&#233; dont Newton n'aurait m&#234;me pas pu r&#234;ver lorsqu'il la cr&#233;ait (non pas &#224; cause des &lt;i&gt;dimensions&lt;/i&gt;, mais de la &lt;i&gt;nature m&#234;me&lt;/i&gt; des objets en cause dans ce domaine). C'est cela aussi que, de fa&#231;on oppos&#233;e et identique, Feyerabend et d'autres comme lui ne peuvent pas comprendre. Ce que nous avons ici : l'&lt;i&gt;histoire&lt;/i&gt;. Non pas cumulation, addition, ou simple progr&#232;s. Les pr&#233;tendus acquis ne le sont qu'en &#233;tant, obligatoirement, re-pris, re-conquis, r&#233;-interpr&#233;t&#233;s. Apr&#232;s tout, c'est ce que Goethe disait d&#233;j&#224; &#8211; de tout h&#233;ritage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux sont donc aussi, &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; cette histoire (l'histoire de la science), les grandes ruptures : la grecque, inaugurale, et l'europ&#233;enne moderne, qui est loin d'en &#234;tre la simple reprise et continuation. En ce sens, nous devons nous m&#233;fier de toute g&#233;n&#233;ralisation sur l'histoire de la science : nous ne pouvons pas en parler comme si l'on pouvait v&#233;rifier nos &#233;nonc&#233;s sur un nombre ind&#233;fini de cas, en un sens notre objet n'a gu&#232;re plus que quatre si&#232;cles d'existence, comportant, peut-&#234;tre, quatre ou cinq v&#233;ritables &#171; r&#233;volutions &#187;, pour reprendre le terme de Kuhn. Mais aussi, cette histoire elle-m&#234;me, il faudrait cesser de la pr&#233;senter comme une s&#233;rie de parties d'&#233;checs &#8211; ou, &#224; l'oppos&#233;, de pas de somnambule. Il faudrait lui restituer sa logique interne : logique de la cr&#233;ation imaginaire sous la double contrainte de la r&#233;f&#233;rence au &#171; r&#233;el &#187;, d'un c&#244;t&#233;, de la &#171; continuit&#233; &#187;, de l'autre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans cette voie, ouverte par le grand &#8211; et presque oubli&#233; en France &#8211; Pierre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. ; imaginaire lui-m&#234;me englob&#233; par l'imaginaire de la soci&#233;t&#233; et de la p&#233;riode historique o&#249; il s'ancre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en m&#234;me temps, nous ne pouvons pas m&#233;conna&#238;tre la continuit&#233; &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt; liant notre science et ses origines grecques. Car, &#224; travers et par-del&#224; la rupture dont j'ai parl&#233;, subsiste le sol commun, d&#233;frich&#233; pour la premi&#232;re fois par les Grecs. Le &lt;i&gt;logon didonai&lt;/i&gt; est toujours l&#224; &#8211; et &lt;i&gt;rien que l&#224;&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire, aujourd'hui, &lt;i&gt;ici&lt;/i&gt; &#8211;, mais aussi il se traduit par des exigences communes et centrales. D'un c&#244;t&#233;, les &lt;i&gt;crit&#232;res internes ultimes&lt;/i&gt; restent les m&#234;mes. On peut &#234;tre parfois surpris ou d&#233;&#231;us par tel raisonnement d'Aristote dans les trait&#233;s biologiques, ou m&#234;me dans la &lt;i&gt;Physique&lt;/i&gt; ; nous ne doutons jamais (et, si nous le faisions, nous serions stupides) qu'Aristote aurait accept&#233;, autant que nous, mieux que nous peut- &#234;tre, d'&#234;tre r&#233;fut&#233; par un raisonnement logiquement valide, ou par un contre-exemple empirique pertinent. Nous ne pouvons plus parler son langage ; nous sommes intimement convaincus &#8211; je pense, avec raison &#8211; que nous l'am&#232;nerions ais&#233;ment &#224; parler le n&#244;tre. &#8211; D'un autre c&#244;t&#233;, le &lt;i&gt;r&#233;f&#233;rent externe ou l'objet&lt;/i&gt; se recoupe, quand m&#234;me, largement. Il n'est pas identique : la d&#233;finition de la &lt;i&gt;phusis&lt;/i&gt; par Aristote, l'ensemble des &#234;tres/&#233;tants qui &lt;i&gt;ont en eux-m&#234;mes le principe de leur mouvement&lt;/i&gt; (toujours vraie &#224; mes yeux), ne serait pas accept&#233;e par l'&#233;crasante majorit&#233; des scientifiques des quatre derniers si&#232;cles, soit &#224; cause de leur th&#233;isme ou d&#233;isme, soit, encore plus dr&#244;le, &#224; cause de leur mat&#233;rialisme. Mais lui et nous irions d'accord pour consid&#233;rer cet &#234;tre/&#233;tant, ce qu'il peut bien &#234;tre, &lt;i&gt;oti pot' estin&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;whatever it may be&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;was immer es sein &lt;/i&gt;&lt;i&gt;m&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ag&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;en et pour lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, et non pas comme un r&#234;ve de Brahma ou une manifestation de Yahv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions partis d'une s&#233;rie d'affirmations, qui contenaient virtuellement nos questions. Reformulons clairement, donc, pr&#232;s de ce terme &#233;videmment provisoire, ces derni&#232;res :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; comment doit &#234;tre le monde, pour qu'une certaine science (au-del&#224; de la simple survie du vivant, donc aussi de nous-m&#234;mes), soit possible ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; comment doit &#234;tre &lt;i&gt;ce m&#234;me monde&lt;/i&gt; pour qu'une v&#233;ritable histoire de la science (non cumulative, non additive, non &#171; progressive &#187;) soit possible ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; comment enfin doit &#234;tre le &#171; sujet connaissant &#187; pour qu'il puisse cr&#233;er d'abord, bouleverser/conserver ensuite, cette science et son histoire ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;En vertu de ce qui a &#233;t&#233; &#233;labor&#233;, nous pouvons apporter quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse. Le monde physique doit &#234;tre &#171; localement &#187; ensidique &#8211; ou bien : dans ce monde, l'ensidique doit &#234;tre &#171; partout dense &#187;. Mais ce monde ne forme pas &#171; syst&#232;me &#187; ensidique ; il est stratifi&#233;, et cette stratification est irr&#233;guli&#232;re, h&#233;t&#233;rog&#232;ne (Nous ne parlons &#233;videmment pas ici des &#171; constituants ultimes de la mati&#232;re &#187; : nous parlons de ce qui &lt;i&gt;est vraiment&lt;/i&gt;, &#224; savoir : des &lt;i&gt;formes&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;lois&lt;/i&gt;.) L'histoire de la science montre que le monde n'est pas ensidisable &lt;i&gt;dans sa totalit&#233;&lt;/i&gt;, mais qu'il l'est presque ind&#233;finiment &lt;i&gt;par morceaux&lt;/i&gt;, et que, dans les cas d&#233;cisifs, le raccord entre ces morceaux est simplement &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt; (traduit &#224; notre &#233;chelle par des accords num&#233;riques &#171; au second ordre pr&#232;s &#187; ). Cela est d&#233;j&#224; vrai du monde strictement &#171; physique &#187; &#8211; sans parler des &#233;carts d'une autre nature s&#233;parant le physique du biologique, et les deux du psychique et du social-historique. Le &#171; sujet connaissant &#187;, enfin, n'est pas et ne peut pas &#234;tre &lt;i&gt;ego&lt;/i&gt; &#8211; et encore moins &lt;i&gt;ego logique&lt;/i&gt;. Langage et entendement sont des cr&#233;ations social-historiques, institutions imaginaires qui ont &#224; &#234;tre impos&#233;es &#224; la psych&#233; singuli&#232;re et permettent &#224; celle-ci de faire quelque chose des d&#233;bris de son organisation ensidique pr&#233;-humaine. Il n'y a pas d'&lt;i&gt;ego-langage&lt;/i&gt;, pas plus que de &lt;i&gt;mono-entendement&lt;/i&gt;, l'existence social-historique est une condition &lt;i&gt;absolue&lt;/i&gt; de la subjectivit&#233;. Et cette subjectivit&#233; est loin d'&#234;tre &#171; simplement logique &#187;, &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; dans son fonctionnement &#171; logique &#187; et &#171; connaissant &#187;. Il y a puissance cr&#233;atrice du sujet &#8211; du sujet singulier &#8211; pr&#233;cis&#233;ment aussi dans le domaine du savoir, qui est source de novation. En alt&#233;rant son savoir &#8211; le savoir social-historique &#233;tabli &#224; chaque fois &#8211; le sujet ne s'&#171; adapte &#187; pas, il &lt;i&gt;pose&lt;/i&gt; de nouvelles &lt;i&gt;figures pensables&lt;/i&gt; de l'&#234;tre/&#233;tant comme connaissable et pensable. Et cela, il ne peut le faire que parce qu'il est aussi et surtout &lt;i&gt;imagination radicale&lt;/i&gt;, puissance pr&#233;sentative virtuellement communicable &#8211; figurable et dicible. Il ne pourrait pas le faire par sa &#171; raison &#187;, ou par son &#171; entendement &#187;. L'une et l'autre peuvent controuver et contr&#244;ler, syst&#233;matiser ou d&#233;duire &#8211; l'une et l'autre ne peuvent rien &lt;i&gt;poser&lt;/i&gt; qui soit &lt;i&gt;nouveau&lt;/i&gt; et ait un &lt;i&gt;contenu&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le kantisme est imm&#233;diatement empirisme ordinaire et relativiste pour ce qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, sans le langage, sans l'entendement, sans la r&#233;f&#233;rence &#224; une &#171; r&#233;alit&#233; &#187; et m&#234;me &#224; la tradition d'une recherche, cette imagination ne produirait que des phantasmes priv&#233;s ; avec et par eux, elle peut cr&#233;er un savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#224; comprendre que l'&#234;tre est stratifi&#233; essentiellement &#8211; et cela, non pas une fois pour toutes, mais &#171; diachroniquement &#187; : la stratification de l'&#234;tre est aussi une expression de son autocr&#233;ation, de sa temporalit&#233; essentielle, soit de l'&#234;tre comme incessant &lt;i&gt;&#224;-&#234;tre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#224; comprendre aussi qu'&lt;i&gt;il y a&lt;/i&gt; v&#233;rit&#233; &#8211; et qu'&lt;i&gt;elle est &#224; faire&lt;/i&gt;, que pour l'&lt;i&gt;atteindre&lt;/i&gt;, nous devons-la &lt;i&gt;cr&#233;er&lt;/i&gt;, ce qui veut dire, d'abord et avant tout, l'&lt;i&gt;imaginer&lt;/i&gt;. Ici encore, le grand po&#232;te est plus profond et plus philosophe que le philosophe. &#171; Ce qui est maintenant prouv&#233; a d'abord &#233;t&#233; purement imagin&#233; &#187;, &#233;crivait William Blake&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; What is now proved was once only imagin'd. &#187; Cette phrase &#233;vidente et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, 9 d&#233;cembre 1985&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P&#233;riodiquement reviennent, et &#224; grand bruit, les discours sur les &#171; influences &#187;, proche-orientales ou autres, sur la cr&#233;ation grecque. Sur certains points, ces &#171; influences &#187; sont incontestables et importantes (H&#233;rodote en parlait d&#233;j&#224; !) ; sur d'autres, triviales ou invent&#233;es de toutes pi&#232;ces. Mais ces discours manquent, de toute fa&#231;on, la nature m&#234;me d'une cr&#233;ation historique. Des &#171; influences &#187;, il y en a eu et il y en aura pratiquement toujours ; les isolats historiques parfaits sont extr&#234;mement rares. Dans les cas importants, elles sont reprises, m&#233;tabolis&#233;es, incorpor&#233;es dans une forme autre et nouvelle, qui se suffit &#224; elle-m&#234;me. En outre, les discours en question traduisent une m&#233;connaissance lamentable de la logique la plus &#233;l&#233;mentaire de l'enqu&#234;te : pourquoi donc l'&#171; influence &#187; &#233;gyptienne n'a-t-elle pas fait na&#238;tre une math&#233;matique &#233;thiopienne ? Et, pendant qu'on y est, qu'est-ce que les H&#233;breux ont fait de l' &#171; influence &#187; math&#233;matique et astronomique des &#201;gyptiens et des M&#233;sopotamiens, beaucoup plus proches d'eux que des Grecs ? Et pourquoi l' &#171; influence &#187; grecque elle-m&#234;me n'a-t-elle pas pu emp&#234;cher qu'il n'y ait pas un seul, je dis bien un seul, math&#233;maticien romain dont on puisse citer le nom ? Enfin, il vaut mieux, dans ce cas comme dans les autres, essayer de comprendre de quoi on parle. Il ne s'agit pas du&#171; contenu &#187; de certaines id&#233;es, ou des&#171; r&#233;sultats &#187;. Il s'agit de la cr&#233;ation d'un espace du &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt;, et des moyens de s'y mouvoir. Personne, que je sache, n'a cr&#233;dit&#233; les Grecs de l'invention (capitale) de la ficelle &#224; mesurer les longueurs. On les a cr&#233;dit&#233;s de la d&#233;monstration du th&#233;or&#232;me de l'hypot&#233;nuse. &#192; la limite : d&#233;couvrirait-on demain, sur un papyrus ou sur des tablettes, en &#201;gypte ou en M&#233;sopotamie, les r&#233;sultats complets de N. Bourbaki que cela ne changerait rien &#224; ce qui est en question et &#224; ce que j'affirme. Il y a eu math&#233;matique, telle que nous l'entendons, &#224; partir du moment o&#249; il y a eu d&#233;monstration.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour une vue rapide, voir plus haut, &#171; La polis grecque et la cr&#233;ation de la d&#233;mocratie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Antiphon : Diels, II, B 13 = Simplicius, &lt;i&gt;ad Phys&lt;/i&gt;. 54, 12 ; Aristote, &lt;i&gt;Physique&lt;/i&gt;, I, 2, 185a 14 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;. &#8211; Sur Archim&#232;de : utilisation des m&#233;thodes extrag&#233;om&#233;triques (m&#233;caniques) permise comme proc&#233;d&#233; heuristique, &lt;i&gt;&#224; condition que&lt;/i&gt; la vraie d&#233;monstration g&#233;om&#233;trique rigoureuse suive, &lt;i&gt;Pros &#201;ratosthen&#232;n Ephodos&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;M&#233;thode &#224; &#201;ratosth&#232;ne&lt;/i&gt;, Mugler (Bud&#233;), III, p. 82-84.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je dis bien des Modernes qui se croient si savants et si intelligents ; je ne parle pas des pionniers qui, du XIIIe au XVIIe si&#232;cle, ont lutt&#233; pour cr&#233;er la nouvelle th&#233;orie du mouvement. Voir Thomas S. Kuhn, &lt;i&gt;The Essential Tension&lt;/i&gt;, University of Chicago, Chicago et Londres, 1977, p. 11-13 [tr. fr. &lt;i&gt;La Tension essentielle&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1990, p. 13-16], et ses s&#233;minaires (in&#233;dits) mentionn&#233;s au d&#233;but du pr&#233;sent texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;L'Institution imaginaire&#8230;&lt;/i&gt; , p. 271-272, n. 30 [r&#233;&#233;d. &#171; Points Essais &#187;, p. 293, n. 30).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N. Bourbaki, &lt;i&gt;Alg&#232;bre I&lt;/i&gt;, chap. I &#224; IV, Note historique, A III, p. 205, 208-209.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir, en dernier lieu, Pierre Thuillier, &#171; Les m&#233;caniciens grecs sortent de l'ombre &#187;, &lt;i&gt;La Recherche&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 1985, p. 1540-1544&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf plus haut,&#171; R&#233;flexions sur le 'd&#233;veloppement' et la 'rationalit&#233;' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J'ai d&#233;j&#224; depuis longtemps insist&#233; sur ce point (&#171; Science moderne et interrogation philosophique &#187;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 158-174 [r&#233;&#233;d. &#171; Points Essais &#187;, p. 206-228]), qui semble toujours incompr&#233;hensible pour le tout-venant des physiciens, &#224; propos de la relation entre th&#233;orie newtonienne et relativit&#233;. Pr&#233;senter la premi&#232;re comme une &#171; moins bonne approximation &#187; que la seconde, c'est ignorer l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des postulats et des structures th&#233;oriques des deux conceptions, et parler non pas en physicien th&#233;orique mais en cuisinier de d&#233;cimales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La topologie est, sommairement parlant, l'&#233;tude des hom&#233;omorphismes, &#224; savoir des transformations biunivoques et bicontinues. En langage plus ordinaire, et humoristique, un topologue est quelqu'un d'incapable de voir la diff&#233;rence entre une chambre &#224; air et une tasse &#224; th&#233;, ou un cube et une sph&#232;re &#8211; alors qu'il voit d'innombrables ab&#238;mes s&#233;parant un panier d'osier tress&#233; et un panier de m&#234;me forme et dimension coul&#233; d'une seule pi&#232;ce de plastique. &#8211; La topologie concerne des propri&#233;t&#233;s en un sens plus &#171; profondes &#187; et (car) plus cach&#233;es de l'espace que son nombre de dimensions ou m&#234;me que son caract&#232;re euclidien ou pas. Dans la conception de Wheeler, par exemple, cit&#233;e dans le texte, c'est avec l'&lt;i&gt;&#233;cume&lt;/i&gt; qu'intervient le changement de topologie. On passe d'une mer plate &#224; une mer agit&#233;e par transformation continue (m&#234;me topologie) &#8211; alors que l'&#233;cume ruine l'unit&#233; topologique de cette surface. Pour un r&#233;sum&#233; tr&#232;s clair de la th&#232;se de Wheeler (et d'autres conceptions contemporaines encore plus &#233;tranges), voir l'article d'Abhay Ashtekar (professeur aux universit&#233;s Pierre-et-Marie-Curie &#224; Paris et de Syracuse, &#201;tat de New York), &#171; La gravitation quantique &#187;, &lt;i&gt;La Recherche&lt;/i&gt;, novembre 1984, p. 1400-1410.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est pour cela que ce qui est dit dans le texte est &lt;i&gt;totalement et rigoureusement ind&#233;pendant&lt;/i&gt; du succ&#232;s ou non des th&#233;ories dites de grande unification &#8211; ou du &#171; serpent qui se mord la queue &#187; de Sheldon Glashow (la gravitation redevenant force dominante &#224; l'&#233;chelle de la longueur de Planck). Ce qu'on obtiendrait alors, ce serait une unit&#233; du&#171; substrat &#187; : cela n'expliquerait en rien l'&lt;i&gt;existence r&#233;gl&#233;e&lt;/i&gt; du monde newtonien, soit de la &lt;i&gt;presque&lt;/i&gt; totalit&#233; du monde visible.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il est clair que cela seul suffit pour &#233;liminer des absurdit&#233;s comme le &lt;i&gt;anything goes&lt;/i&gt; de Feyerabend.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P &#233;tant, par exemple, la proposition : &#171; il existe des signaux se propageant &#224; vitesse infinie &#187; &#8211; ou m&#234;me : &#171; il existe des actions instantan&#233;es &#224; distance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir la Pr&#233;face des &lt;i&gt;Carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, p. 8-10 [r&#233;&#233;d. &#171; Points Essais &#187;, p. 6-10]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lequel a, d'ailleurs, d&#251; r&#233;inventer des math&#233;matiques qui &#233;taient rest&#233;es ignor&#233;es des physiciens (et de Hilbert lui-m&#234;me !) comme les identit&#233;s de Bianchi. Voir Abraham Pais, &#171; &lt;i&gt; Subtle is the Lord&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, Clarendon Press, Oxford et New York, 1982, p. 221-223, 256,258&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans cette voie, ouverte par le grand &#8211; et presque oubli&#233; en France &#8211; Pierre Duhem, le livre admirable de Thomas Kuhn, &lt;i&gt;Black Body Theory and the Quantum Discontinuity&lt;/i&gt;, 1894-1912, Clarendon Press, Oxford et New York, 1978, repr&#233;sente un mod&#232;le qui sera difficile &#224; d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le kantisme est imm&#233;diatement empirisme ordinaire et relativiste pour ce qui est du &lt;i&gt;contenu&lt;/i&gt; du savoir. Je reviendrai dans &lt;i&gt;L'El&#233;ment imaginaire&lt;/i&gt; sur les raisons profondes qui rendent impossible, dans le contexte kantien, une &lt;i&gt;phantasia&lt;/i&gt; pensante (contrairement &#224; Aristote ; voir plus haut &#171; La d&#233;couverte de l'imagination &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;What is now proved was once only imagin'd.&lt;/i&gt; &#187; Cette phrase &#233;vidente et &#233;blouissante (cit&#233;e par A. Ashtekar, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 1404) est le Proverbe n&#176; 33 des &#171; Proverbs of Hell &#187;, in &lt;i&gt;The Marriage of Heaven and Hell&lt;/i&gt;. Je remercie Cliff Berry et David Curtis d'avoir localis&#233; pour moi la r&#233;f&#233;rence exacte [trad. fr. &lt;i&gt;Le Mariage du Ciel et de l' Enfer&lt;/i&gt;, Paris, Corti, 1981 (NdE)].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Port&#233;e ontologique de l'histoire de la science (1/2)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1195-Portee-ontologique-de-l-histoire-de-la-science</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1195-Portee-ontologique-de-l-histoire-de-la-science</guid>
		<dc:date>2026-01-27T06:50:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Progressisme</dc:subject>
		<dc:subject>Scientisme</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>Science</dc:subject>
		<dc:subject>Technoscience</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une partie de ce texte a fourni la mati&#232;re d'un expos&#233;, &#171; Imaginaire social et changement scientifique &#187;, fait le 23 mai 1985 dans le cadre des conf&#233;rences-d&#233;bats organis&#233;es depuis 1983 par l'Action locale Bellevue du CNRS sous le titre g&#233;n&#233;ral &#171; Sens et place de la connaissance dans la soci&#233;t&#233; &#187; [Les conf&#233;rences faites &#224; cette occasion sont parues, sous ce titre, en 1987 (Paris, CNRS) (NdE)]. Certaines des id&#233;es qu'il contient ont &#233;t&#233; &#233;galement expos&#233;es au cours de mes interventions aux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-mirages-de-la-technoscience-" rel="directory"&gt;Mirages de la technoscience&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-38-science-+" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-34-technoscience-+" rel="tag"&gt;Technoscience&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une partie de ce texte a fourni la mati&#232;re d'un expos&#233;, &#171; Imaginaire social et changement scientifique &#187;, fait le 23 mai 1985 dans le cadre des conf&#233;rences-d&#233;bats organis&#233;es depuis 1983 par l'Action locale Bellevue du CNRS sous le titre g&#233;n&#233;ral &#171; Sens et place de la connaissance dans la soci&#233;t&#233; &#187; [Les conf&#233;rences faites &#224; cette occasion sont parues, sous ce titre, en 1987 (Paris, CNRS) (NdE)]. Certaines des id&#233;es qu'il contient ont &#233;t&#233; &#233;galement expos&#233;es au cours de mes interventions aux trois s&#233;minaires de Thomas S. Kuhn &#224; l'&#201;cole des hautes &#233;tudes les 1er, 11 et 14 juin 1985.&lt;br class='manualbr' /&gt;Texte tir&#233; de &#034;Domaines de l'homme. Les carrefours du labyrinthe 2, [1986], r&#233;&#233;d. : &#201;ditions du Seuil, collection &#171; Points Essais &#187;, Paris, 1999, pp. 524-570.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Notre sujet est philosophique, non pas &#171; &#233;pist&#233;mologique &#187; comme l'appellerait la pudeur ou pusillanimit&#233; contemporaine. Il n'y a pas d' &#171; &#233;pist&#233;mologie &#187; qui tienne, si elle n'est pas &#224; la fois enqu&#234;te sur l'objet et le sujet du savoir. Or cette enqu&#234;te est, depuis les origines, partie centrale du travail de la philosophie. Notre point de d&#233;part est fourni par quelques affirmations :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Il existe une certaine connaissance de l'&#233;tant (dans le cas discut&#233; ici, de l'&#233;tant dit naturel). On peut contester cela &#8211; mais alors il faut renoncer &#224; la discussion, et on perd son temps &#224; rester dans cette salle (ou &#224; lire ce texte). Discuter n'a de sens que si je reconnais en autrui un &#234;tre &#224; la fois naturel et surnaturel : je sais qu'il est l&#224; en tant qu'&#234;tre naturel &#8211; et je sais, ou je pr&#233;sume, qu'il est capable de discuter, ce que les &#234;tres simplement naturels ne font pas. Je sais aussi, ou je pr&#233;sume, qu'il sait &#224; son tour tout cela me concernant. Nous postulons donc notre capacit&#233; commune de conna&#238;tre, et de nous conna&#238;tre, jusqu'&#224; un certain point minimal. Un sceptique est tout &#224; fait respectable, aussi longtemps qu'il n'ouvre pas la bouche avec une intention. Autant dire : la seule r&#233;futation possible du scepticisme, c'est la communaut&#233; humaine &#8211; ou la vie m&#234;me du sceptique, mais, si on y r&#233;fl&#233;chit bien, c'est la m&#234;me chose.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Cette connaissance (dans ce qui est pour elle certain, comme dans ce qui est pour elle incertain) s'alt&#232;re au cours du temps ; il ne s'agit pas d'un &#233;tat, d'une somme ou syst&#232;me achev&#233; de v&#233;rit&#233;s, mais d'un processus.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ce processus est essentiellement social-historique. En v&#233;rit&#233;, cette affirmation serait superflue, tellement elle va de soi, s'il n'y avait pas, constamment renaissante, n'ayant rien appris et rien oubli&#233;, l'&lt;i&gt;&#233;gologie&lt;/i&gt; de la tradition philosophique dominante. Rappelons donc qu'il n'est pas de processus de conna&#238;tre sans langage, par exemple (cela &#233;tant vrai m&#234;me des math&#233;matiques), et que le langage est beaucoup plus que le langage car il est, chaque fois, &#171; partie totale &#187; du monde social-historique dont il s'agit. &lt;i&gt;Pas&lt;/i&gt; de pens&#233;e sans langage, pas de langage qui soit pur &lt;i&gt;code&lt;/i&gt; (pur syst&#232;me formel), pas de connaissance r&#233;ductible au maniement d'algorithmes ; et pas de langage dont l'organisation et la teneur ne soient consubstantielles aux significations imaginaires de la soci&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e, &#224; sa saisie et organisation du monde, &#224; sa mani&#232;re &#224; elle de &lt;i&gt;faire sens&lt;/i&gt; de ce qui est donn&#233; &#8211; et, pour commencer, au degr&#233; le plus fruste et le plus d&#233;cisif, de &lt;i&gt;faire &#234;tre&lt;/i&gt; pour elle du &#171; donn&#233; &#187;, d&#233;j&#224; par des op&#233;rations de langage &#8211; car, certes, il n'y a pas de r&#233;coltes d' &#171; information &#187;, binaire ou autre, r&#233;pandues dans la nature et qui n'attendent que les premiers hommes pour &#234;tre engrang&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, sur ces diff&#233;rents aspects, L'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Social : le terme ne renvoie pas &#224; la S&#233;curit&#233; sociale, ni &#224; la&#171; question sociale &#187;, l'existence de riches et de pauvres, ni &#224; la question de savoir si la science est ou n'est pas un instrument de la classe dominante, ou si les scientifiques forment une couche, un corps, une confr&#233;rie dans la soci&#233;t&#233; globale avec des r&#232;gles, des int&#233;r&#234;ts, des coutumes, des jargons particuliers, ni &#224; la &#171; sociologie &#187; de la science ou des scientifiques. Ce que signifie le social, entre autres : l'individu humain, f&#251;t-il scientifique (ou philosophique) &#8211; -et ce qu'on appelle en philosophie son entendement &#8211;, n'existe que comme le produit d'un processus perp&#233;tuel de socialisation, il est d'abord et avant tout un fragment ambulant de l'institution de la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral et de sa soci&#233;t&#233; particuli&#232;re. (Il n'est certes pas &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; cela ; on y reviendra.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a aussi la dimension proprement historique de la connaissance &#8211; et de la science. Ici encore, historique ne renvoie pas aux batailles, aux invasions, aux changements de gouvernements &#8211; ou &#224; la lente &#233;volution des forces productives, des coutumes et de la vie quotidienne. Historique est essentiellement &lt;i&gt;toute&lt;/i&gt; soci&#233;t&#233; (donc aussi tout individu), m&#234;me si elle est &#171; pr&#233;-historique &#187; ou &#171; sans histoire &#187;, au sens qu'elle s'alt&#232;re elle-m&#234;me, qu'elle n'est pas seulement autocr&#233;ation une fois pour toutes, mais autocr&#233;ation continu&#233;e, manifest&#233;e &#224; la fois comme auto-alt&#233;ration imperceptiblement incessante et comme possibilit&#233;, et effectivit&#233;, de ruptures posant de nouvelles formes de soci&#233;t&#233;. Et, dans ce dernier cas, le cas de la rupture, historique est &#233;minemment ce mode &#8211; sans analogue &#224; ce que nous connaissons par ailleurs de la nature ou de la vie &#8211; d'alt&#233;ration, qui alt&#232;re ce qu'il maintient au moment m&#234;me o&#249; il l'alt&#232;re. Historique est le mode de relation de la rupture avec la tradition, comme du socialement institu&#233; avec ce qui va le d&#233;truire. Comprendre l'historique exige de contempler (sans s'arr&#234;ter &#224; une &#171; explication &#187;, au-del&#224; des &#171; explications &#187;) l'ab&#238;me qui s'ouvre lorsque nous nous demandons quel est le rapport de la France de l'Ancien R&#233;gime avec la France d'apr&#232;s la R&#233;volution, de la Russie contemporaine avec la Russie des tsars, de la physique quantique avec la physique du XVIIIe si&#232;cle. Notre connaissance en g&#233;n&#233;ral et notre science en particulier sont historiques dans ce sens-l&#224; aussi et surtout &#8211; ce qui signifie pr&#233;cis&#233;ment tout le contraire de &#171; cumulatives &#187;, on y reviendra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position dont je vais esquisser ici l'essentiel est que la simple existence de ce processus de conna&#238;tre dit quelque chose aussi bien sur &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; qui est &#8211; donc, sur ce qui &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; &#8211; que sur &lt;i&gt;celui&lt;/i&gt; qui conna&#238;t &#8211; donc aussi sur un autre aspect de l'&#234;tre. Il est paradoxal d'entendre si souvent dire : nous ne connaissons rien de l'&#234;tre ; tout ce que nous connaissons ne concerne que le sujet connaissant &#8211; comme si l'on pouvait exclure ce sujet connaissant de l'&#234;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kantiens et n&#233;o-kantiens r&#233;pondraient sans doute : le sujet connaissant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et cela doit &#234;tre compris de la mani&#232;re la moins triviale possible. Qu'&lt;i&gt;il y ait&lt;/i&gt; de la science (ind&#233;pendamment du &lt;i&gt;contenu&lt;/i&gt; &#171; concret &#187;, &#171; particulier &#187; des assertions scientifiques) signifie quelque chose &lt;i&gt;du monde&lt;/i&gt;. Et que cette science ait une &lt;i&gt;histoire&lt;/i&gt; au sens fort signifie, de ce monde, des propri&#233;t&#233;s particuli&#232;rement fortes. Et ces deux assertions se transposent au sujet de la science : &#224; travers l'histoire de la science, se manifeste un sujet capable de conna&#238;tre d'une certaine mani&#232;re ce monde et d'alt&#233;rer cette connaissance du monde en s'alt&#233;rant lui-m&#234;me. Les deux aspects &#8211; &#171; objectif &#187; et &#171; subjectif &#187; &#8211; sont absolument indissociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe, dans un domaine tellement encombr&#233;, de tout faire (sans trop d'illusions) pour rendre les malentendus aussi difficiles que possible. Nous parlons ici au-del&#224; du &#171; kantisme &#187;. Que toute connaissance est connaissance de (&lt;i&gt;par&lt;/i&gt;) un sujet &#8211; que donc, elle est le fait du sujet, et qu'elle est, dans son organisation, d&#233;cisivement affect&#233;e par l'organisation du sujet comme connaissant ; que m&#234;me, si elle doit valoir pour tout sujet, d'autres r&#233;quisits apparaissent (bien qu'&#224; partir de l&#224; la situation devienne incomparablement plus complexe), cela est entendu et pr&#233;suppos&#233;. Le physicien d'aujourd'hui (et m&#234;me, depuis le temps de Niels Bohr) est tout &#224; fait le bienvenu dans la maison du philosophe lorsqu'il r&#233;p&#232;te, par exemple, qu'il n'y a ph&#233;nom&#232;ne que &#171; par r&#233;f&#233;rence &#224; des observations obtenues dans des circonstances sp&#233;cifi&#233;es, y compris la description de tout le dispositif exp&#233;rimental &#187;, et que &#171; les syst&#232;mes quantiques que nous appelons 'particules' (&#8230;) n'ont pas de propri&#233;t&#233;s (et m&#234;me, en physique relativiste, n'ont gu&#232;re d'existence) &lt;i&gt;en soi&lt;/i&gt;. Ils en ont seulement &lt;i&gt;pour nous&lt;/i&gt;, et cela selon notre choix du type d'instruments au moyen desquels ils sont observ&#233;s &#187;. Le philosophe le prierait seulement de r&#233;p&#233;ter encore plus fort ces &#233;vidences &#224; l'usage de ses coll&#232;gues biologistes ou m&#234;me math&#233;maticiens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard d'Espagnat, qui commente la premi&#232;re des phrases cit&#233;es dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il importe de ne pas perdre de vue &#8211; parmi les philosophes, le danger serait plut&#244;t de ce c&#244;t&#233; &#8211; que, par exemple, aucun dispositif exp&#233;rimental ne pourrait faire accoucher une vache d'un agneau, ni m&#234;me, au niveau quantique, faire appara&#238;tre (&#171; cr&#233;er &#187;) des particules sans rapport avec les niveaux d'&#233;nergie disponibles et utilis&#233;s. Comme le dit B. d'Espagnat (apr&#232;s W. Dilthey), la r&#233;alit&#233;, cela r&#233;siste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solidarit&#233; de ces deux dimensions &#8211; &#171; subjective &#187; et &#171; objective &#187; &#8211;, leur entrelacement perp&#233;tuel sont incontournables. Chaque pas nouveau dans une des directions renvoie derechef &#224; l'autre &#8211; et &lt;i&gt;vice versa&lt;/i&gt;. Toute connaissance est une coproduction et, dans les cas non triviaux, nous ne pouvons pas vraiment s&#233;parer ce qui &#171; vient &#187; du sujet et ce qui&#171; vient &#187; de l'objet. C'est ce que j'aimerais appeler le &lt;i&gt;principe de l'ind&#233;cidabilit&#233; de l'origine&lt;/i&gt;. Pour l'observateur limite, la question de savoir, en un sens ultime, ce qui vient de lui et ce qui vient de l'observ&#233; est ind&#233;cidable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, ici m&#234;me, &#171; L'imaginaire : la cr&#233;ation dans le domaine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Nous&lt;/i&gt; jouons ce jeu &#8211; mais nous ne pouvons pas le jouer tout seuls : ni tout seuls comme &#171; individus &#187;, ni tout seuls comme &#171; collectivit&#233; de sujets &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'une philosophie ait pu affirmer qu'elle pouvait fournir les &#171; conditions de possibilit&#233; de l'exp&#233;rience &#187; en regardant &lt;i&gt;uniquement&lt;/i&gt; le &#171; sujet &#187; &#8211; en pr&#233;tendant donc que ce qu'elle dit vaudrait et vaut &lt;i&gt;dans n'importe quel monde&lt;/i&gt;, est une des plus &#233;tonnantes absurdit&#233;s enregistr&#233;es dans l'histoire de la grande pens&#233;e. C'est cette absurdit&#233; qui est au fondement de la &lt;i&gt;Critique de la Raison pure&lt;/i&gt; &#8211; ce qui n'emp&#234;che pas, paradoxe familier dans l'histoire de la philosophie, que la &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt; reste une source de r&#233;flexion in&#233;puisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en effet penser, &lt;i&gt;prima facie&lt;/i&gt;, que deux voies s'ouvrent pour mener cette enqu&#234;te : partir d'une analyse du sujet, et aller vers l'&#233;lucidation de l'exp&#233;rience dont un tel sujet serait capable ; ou bien partir du fait de l'exp&#233;rience (du &lt;i&gt;Faktum der Erfahrung&lt;/i&gt;) et se demander comment doit &#234;tre le sujet pour qu'il puisse acc&#233;der &#224; cette exp&#233;rience. On le sait (&lt;i&gt;Prol&#233;gom&#232;nes&lt;/i&gt;, &#167; 4 &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;), Kant suit tant&#244;t l'une (dans la &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;), tant&#244;t l'autre (dans les &lt;i&gt;Prol&#233;gom&#232;nes&lt;/i&gt;). En v&#233;rit&#233;, les deux d&#233;marches sont boiteuses. Les deux n&#233;gligent &#8211; &lt;i&gt;ignorent&lt;/i&gt; au sens &#224; la fois fran&#231;ais et anglais du terme &#8211; l'&lt;i&gt;objet&lt;/i&gt; ; les deux ignorent l'&lt;i&gt;histoire&lt;/i&gt; (les alt&#233;rations) de l'exp&#233;rience ; les deux, enfin, ignorent (ce qui est en partie, mais en partie seulement, reli&#233; avec le deuxi&#232;me point) l'&#233;norme charge d'ind&#233;termination qui affecte le terme (et l'id&#233;e) d'exp&#233;rience (ou de connaissance). Dire, par exemple : il y a &lt;i&gt;E&lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&lt;/i&gt;&lt;i&gt;f&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ahrung&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;donc&lt;/i&gt; le sujet lie les ph&#233;nom&#232;nes selon la cat&#233;gorie de causalit&#233; ; &lt;i&gt;ou bien&lt;/i&gt; : le sujet ne peut penser les ph&#233;nom&#232;nes qu'en les liant causalement, &lt;i&gt;donc&lt;/i&gt; l'&lt;i&gt;E&lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&lt;/i&gt;&lt;i&gt;fahrung&lt;/i&gt; est, entre autres, liaison causale des ph&#233;nom&#232;nes, ce n'est pas simplement circulaire ou tautologique. Ce cercle entier est tautologique relativement &#224; une id&#233;e pr&#233;con&#231;ue de la connaissance qui est celle de Kant. Kant entend en effet par connaissance (ou exp&#233;rience) une connaissance &lt;i&gt;d&#233;terministe&lt;/i&gt;, d'un &lt;i&gt;certain style&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;certains ph&#233;nom&#232;nes&lt;/i&gt; &#171; physiques &#187; et &#171; psychiques &#187;. Donc : cette tautologie est admissible &#8211; en termes plus nobles : elle est une &lt;i&gt;Explikation&lt;/i&gt; &#8211; en tant que simple explicitation d'une certaine signification imaginaire sociale port&#233;e historiquement par le terme &#171; exp&#233;rience &#187; ou &#171; connaissance &#187;. &#192; la fin du XVIIIe si&#232;cle, un philosophe europ&#233;en pouvait penser raisonnablement cela. Et cela &#8211; fait remarquable pour nous, mais certes non pour Kant &#8211; d&#233;passe son &#233;poque. &lt;i&gt;Il y a&lt;/i&gt;, en effet, aussi pour nous une telle connaissance &#8211;, on peut m&#234;me montrer que dans un certain sens, pour la moiti&#233; de tous les parcours possibles, &lt;i&gt;il doit toujours y avoir&lt;/i&gt; aussi une telle connaissance &#8211;, une liaison de certains ph&#233;nom&#232;nes, ou de certains aspects des ph&#233;nom&#232;nes, selon une relation n&#233;cessaire d'avant-apr&#232;s. Je ne le ferai pas ici. Mais n'y a-t-il &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; cela ? Ne faisons-nous &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; cela ? Ne devons-nous faire &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; cela ? Si la r&#233;ponse &#233;tait affirmative, nous devrions rel&#233;guer au statut de non-connaissance l'essentiel de la physique contemporaine. Nous devrions, en outre, nous interdire la r&#233;flexion sur l'immense travail, non pas &#171; exp&#233;rimental &#187; et &#171; empirique &#187; mais cat&#233;goriel, impliqu&#233; dans cette physique. Nous devrions, enfin, laisser &lt;i&gt;en fait&lt;/i&gt; de c&#244;t&#233; la pens&#233;e du vivant &lt;i&gt;en tant que vivant&lt;/i&gt; &#8211; et encore plus, &#233;videmment, celle du psychique et du social-historique &lt;i&gt;en tant que tels&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je discuterai l'apparente exception de la Critique de la facult&#233; de juger (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant en dit &#224; la fois trop et pas assez. Trop, parce qu'il pose &#171; &lt;i&gt;sa&lt;/i&gt; &#187; science (sa math&#233;matique et sa physique) comme &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; science (math&#233;matique et physique), ce qu'elle n'est certainement pas. Et pas assez, parce qu'il ne r&#233;fl&#233;chit pas, ou pas vraiment, sur les conditions et le contenu d'une exp&#233;rience qui ne rel&#232;ve pas de la science math&#233;matique et physique. Comme on le verra plus loin, l'explosion et les alt&#233;rations dans la nature du savoir math&#233;matique (il s'agit d'infiniment plus que les&#171; g&#233;om&#233;tries non euclidiennes &#187;) ruinent &#224; elles seules la construction de la &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;, &#224; moins de prendre celle-ci (ce qui est peut-&#234;tre, aux yeux d'un kantien dogmatique, la supr&#234;me injure) non pas pour ce qu'elle se donne &#8211; &lt;i&gt;fundamentum inconcussum&lt;/i&gt; de la science rigoureuse &#8211;, mais comme une id&#233;alisation et &#171; transcendantalisation &#187; (certes insuffisante) de la &lt;i&gt;Lebenswelt&lt;/i&gt; husserlienne. Comme Bohr, Heisenberg et les autres ou, dans une autre perspective, Hilbert, le savaient en effet tr&#232;s bien, &lt;i&gt;il me faut&lt;/i&gt; une sorte de g&#233;om&#233;trie euclidienne pour constater et &#171; d&#233;montrer &#187; le caract&#232;re non euclidien de l'espace-temps ; il me faut une sorte de &#171; r&#232;gle de causalit&#233; &#187; (liant &#171; ce qui se passe &#187; et les lectures de l'instrument de mesure) pour constater la non-causalit&#233; quantique ; il me faut une intuition, une &lt;i&gt;Anschauung&lt;/i&gt; spatiale banale, avec l'avant-apr&#232;s, pour &#233;crire une d&#233;monstration formalis&#233;e relative &#224; un objet math&#233;matique radicalement non intuitionnable (par exemple, d&#233;montrer que 2 &#215; &#8469; = &#8469; &#215; &#8469;). Mais tout cela est un &lt;i&gt;ingr&#233;dient&lt;/i&gt; de la science &#8211; non pas &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; science ; et, dans &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; perspective, comme le disait Husserl, la Terre, en tant qu'arche primordiale, ne se meut pas. En d'autres termes, la &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt; fournit une &#171; &#233;pist&#233;mologie &#187;, excessive et incompl&#232;te, de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, bien entendu, elle reste &#8211; elle doit rester, vu son option de d&#233;part &#8211; muette sur ce qui, dans l'objet, rend possible l'application non vide, &lt;i&gt;inhaltsvoll&lt;/i&gt;, des cat&#233;gories : Kant se borne &#224; l'appeler (&lt;i&gt;Critique de la facult&#233; de juger&lt;/i&gt;)&#171; heureux hasard &#187;, &lt;i&gt;gl&#252;cklicher Zufall&lt;/i&gt;. Voil&#224; donc le fondement n&#233;cessaire de ce que nos formes n&#233;cessaires de savoir ne sont pas pur d&#233;lire parano&#239;aque (tous les d&#233;lires parano&#239;aques sont parfaitement &#233;tanches, coh&#233;rents et irr&#233;futables) : c'est un heureux hasard. Les kantiens r&#233;pondent souvent que cette expression (ou, pire, le probl&#232;me auquel elle est cens&#233;e r&#233;pondre) ne rel&#232;ve pas du domaine &#171; constitutif &#187;, qui serait celui de la &lt;i&gt;Critique de la Raison pure&lt;/i&gt;, mais de la r&#233;flexion qui revient sur la constitution. Comme je reprendrai ailleurs longuement le fond du probl&#232;me, je me borne &#224; noter ici les raisons dirimantes qui rendent cette r&#233;ponse compl&#232;tement irrecevable. D'abord, la distinction elle-m&#234;me entre le constitutif et le r&#233;flexif n'est pas tenable au niveau ultime. Il n'y a &#233;videmment pas r&#233;flexion sans constitution ; mais la constitution n'est jamais achev&#233;e, &lt;i&gt;en tant que&lt;/i&gt; constitution, tant que le moment de la r&#233;flexion n'est pas intervenu. Un &#233;l&#233;mentaire retour sur l'histoire de l'id&#233;alisme allemand apr&#232;s Kant (et ind&#233;pendamment du &#171; contenu &#187; des positions prises) aurait d&#251; rendre attentif &#224; ce fait. Ensuite et surtout, certaines conditions relatives &#224; l'&lt;i&gt;objet lui-m&#234;me&lt;/i&gt; sont requises pour toute &lt;i&gt;constitution&lt;/i&gt; du savoir le concernant. Il ne peut y avoir indiff&#233;rence compl&#232;te de la forme &#224; la mati&#232;re et r&#233;ciproquement, autrement &#171; l'art du charpentier pourrait s'investir dans les fl&#251;tes &#187;, comme Aristote le savait d&#233;j&#224;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De anima, 1, 3, 407b 24 sq. Cette remarque merveilleusement limpide et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, comme on le sait tr&#232;s bien, un &#171; h&#233;g&#233;lianisme &#187; (h&#233;sitant et masqu&#233;, mais peu importe) est d&#233;j&#224; l&#224; dans la deuxi&#232;me partie de la &lt;i&gt;Critique de la facult&#233; de juger&lt;/i&gt;, relativement &#224; l'organisation de la nature et &#224; la signification de l'existence du vivant, comme il l'est, relativement &#224; l'histoire humaine, dans le &lt;i&gt;Premier Suppl&#233;ment de la garantie de la paix perp&#233;tuelle&lt;/i&gt;. Au vu du contenu qui est similaire, les protestations concernant la forme apparaissent pour ce qu'elles sont : ce qu'on appelle en &#183;psychanalyse une d&#233;n&#233;gation. &#171; Cette femme que j'ai vue en r&#234;ve n'&#233;tait pas ma m&#232;re. &#187; Pourquoi donc affirmez-vous cela de fa&#231;on si impr&#233;vue et si v&#233;h&#233;mente ? Sans doute, parce qu'elle &lt;i&gt;&#233;tait&lt;/i&gt; votre m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous commencerons, ici, notre discussion, au plan factuel, concret, et, en un sens, g&#233;n&#233;tique. Nous la conclurons par une reprise &#224; un niveau plus abstrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit un &#234;tre vivant quelconque. Sa simple existence montre (d&#233;montre), &lt;i&gt;ex post&lt;/i&gt;, l'existence d'un certain rapport entre l'organisation de ce vivant et celle du monde. Bien entendu, cette constatation comme telle implique la pr&#233;sence d'un m&#233;ta-observateur (nous, ou le sujet scientifique). L'aspect qui nous importe le plus ici est que ce rapport n'est pas simplement&#171; de mati&#232;re &#187;. Nous ne visons pas seulement le fait que, le vivant &#233;tant compos&#233; surtout de carbone, il se trouve donc du carbone dans le monde ; ni m&#234;me seulement le fait (certes aussi important) que le carbone n'aurait pu jouer le r&#244;le qu'il a jou&#233; dans la constitution du vivant s'il ne poss&#233;dait pas certaines propri&#233;t&#233;s. L'aspect qui nous importe est surtout &#171; de forme &#187;. Par exemple : la relative &lt;i&gt;permanence&lt;/i&gt; (dur&#233;e) du vivant pr&#233;suppose et entra&#238;ne la relative &lt;i&gt;stabilit&#233;&lt;/i&gt; de certains rapports &lt;i&gt;dans le monde&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien entendu, tout le probl&#232;me du fondement de l'induction est &#224; reprendre &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aussi : l'&lt;i&gt;organisation&lt;/i&gt; du vivant pr&#233;suppose et entra&#238;ne l'&lt;i&gt;organisabilit&#233;&lt;/i&gt; de certaines parties (au moins) du monde. (Les &#234;tres vivants ne sont pas import&#233;s dans &#171; notre &#187; monde &#224; partir d'un&#171; para-monde &#187; ext&#233;rieur.) Or cette &lt;i&gt;organisabilit&#233;&lt;/i&gt; est d'abord celle dont t&#233;moigne le vivant lui-m&#234;me, en lui-m&#234;me, en son int&#233;rieur ; mais aussi &#8211; la s&#233;paration elle- m&#234;me &#233;tant, du reste, hautement &#233;nigmatique du point de vue qui nous importe ici &#8211; celle que manifeste le monde &#171; &#224; l'ext&#233;rieur &#187; du vivant. Celui-ci ne peut pas, en effet, fonctionner (c'est-&#224;-dire simplement vivre, &#234;tre ce qu'il est) sans &#171; classifier &#187;, &#171; cat&#233;goriser &#187;, donc aussi &#171; distinguer &#187;, &#171; s&#233;parer &#187;, et m&#234;me &#171; &#233;num&#233;rer &#187;, mais aussi : mettre en relation les &#233;l&#233;ments qu'il distingue &#8211; finalement : former et informer une partie du monde. Cela serait impossible s'il n'y avait pas des parties du monde form&lt;i&gt;ables&lt;/i&gt; et inform&lt;i&gt;ables&lt;/i&gt; &#8211; autrement dit s&#233;parables, &#233;num&#233;rables, classifiables, cat&#233;gorisables &#8211; et si leurs &#171; &#233;l&#233;ments &#187; et leurs &#171; classes &#187; ne pouvaient pas, &#224; certains &#233;gards, &#234;tre mis en relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pr&#233;supposons &#233;videmment dans tout cela, chez le vivant, aucune &#171; subjectivit&#233; &#187; du genre qui nous est familier. Mais nous pr&#233;supposons ce fait &#233;vident, que chaque vivant (chaque esp&#232;ce vivante, au moins &#8211; un olivier, une &#233;toile de mer, une cigale) forme et informe, organise le monde, &#224; &lt;i&gt;sa&lt;/i&gt; mani&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette ligne de pens&#233;e est jalonn&#233;e, pour ce qui me concerne, par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit maintenant un minimum de notre connaissance (&#171; scientifique &#187;) du monde. Elle nous fait constater que cette stabilit&#233;, organisabilit&#233;, formabilit&#233; du monde (&lt;i&gt;prima facie&lt;/i&gt; relative et partielle) ne se limite pas aux&#171; besoins du vivant &#187;. Telle que nous la connaissons, la vie sur terre serait impossible et inconcevable sans la gravitation : sans la chute des pommes, les mar&#233;es, le mouvement apparent du soleil, etc. Mais &lt;i&gt;il se trouve que&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;sumbainei&lt;/i&gt;) une foule encore plus grande de ph&#233;nom&#232;nes qui sont impertinents pour le vivant &#8211; telles, par exemple, l'expansion des amas stellaires globulaires, la rotation et les structures m&#234;mes des galaxies &#8211; sont r&#233;gis (en partie) par la gravitation. Autrement dit : l'hypoth&#232;se que les vivants construisent &#224; partir de leurs &#171; besoins &#187; et d'un X totalement chaotique un &#171; fragment de monde &#187; o&#249; tout se passe comme s'il y avait gravitation s'av&#232;re exc&#233;der les limites acceptables de gratuit&#233; &#233;ristique. Elle est, en outre, intrins&#232;quement contradictoire. Elle pr&#233;suppose l'universalit&#233; et la cl&#244;ture de ces besoins du vivant &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; constitutives de ce monde &#8211; dont elle pr&#233;tend par ailleurs affirmer la totale X-it&#233;. Beaucoup plus, cette &lt;i&gt;constructibilit&#233;&lt;/i&gt; du monde en tant que virtualit&#233; d&#233;passe infiniment le &#171; cercle &#233;pist&#233;mique &#187; du vivant &#8211; et, en fait, toute limite assignable. Autant dire : il y a de l'universel immanent, ou de l'ensembliste-identitaire immanent, et ce ind&#233;pendamment de l'existence du vivant lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la notion d'ensembliste-identitaire, voir ici m&#234;me, &#171; La logique des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie certes pas que cette &#171; stabilit&#233; &#187;, cette &#171; organisabilit&#233; &#187;, cette&#171; s&#233;parabilit&#233; &#187; &#8211; &#171; formabilit&#233; &#187; en g&#233;n&#233;ral &#8211; &#233;puisent le monde. Pour ce que nous en savons, c'est tout le contraire : elles n'en concernent qu'une (ou des) partie(s). Mais une chose au moins est certaine : il existe une strate de l'&#233;tant naturel qui est organisable, suffisamment pour que le vivant y existe ; et l'essentiel de l'organisation que le vivant impose &#224; (ou construit sur) cette strate est ensembliste-identitaire &#8211; &lt;i&gt;ensidique&lt;/i&gt;, pour la bri&#232;vet&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'utilise d&#233;sormais ce n&#233;ologisme maniable et transparent (ensembliste-identitai&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'appelle cette strate, le vivant y compris, la premi&#232;re strate naturelle. Partie de la premi&#232;re strate naturelle, le vivant s'en nourrit, non seulement en en utilisant la mati&#232;re-&#233;nergie, ou m&#234;me (Schr&#246;dinger) en y puisant de l' &#171; entropie n&#233;gative &#187; : il s'en nourrit, peut-on dire, onto- logiquement et logiquement, pour autant qu'elle lui permet de construire chaque fois son monde &#224; lui vivant, pour autant qu'il y trouve, non pas de l'&#171; information &#187; (l'expression n'aurait pas de sens), mais du formable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attardons-nous un moment sur la signification de cette &#171; construction du monde &#187; par et pour le vivant. Le terme &#171; construction &#187; est mauvais : il implique que le &#171; constructeur &#187; ne fait qu'assembler des &#233;l&#233;ments qui &#233;taient d&#233;j&#224; l&#224; dans leur&#171; forme &#187;, qu'il se livre &#224; une activit&#233; combinatoire et simplement juxtaposante selon un plan. Tel n'est certainement pas le cas du vivant. C'est aussi la raison pour laquelle le terme d'&#171; auto-organisation &#187;, tellement utilis&#233; depuis quinze ans, me semble mauvais. Dans la langue normale, il signifierait que le vivant, d&#233;j&#224; existant d'une certaine, myst&#233;rieuse, fa&#231;on, proc&#233;derait &#224; son &#171; organisation &#187;, se r&#233;-arrangerait autrement. Ce n'est pas un hasard si cette terminologie est si souvent li&#233;e, dans le domaine biologique, &#224; une utilisation persistante de la th&#233;orie de l'information, qui est ici une v&#233;ritable &lt;i&gt;lepsis tou z&#232;toume- nou&lt;/i&gt;, un &lt;i&gt;begging the question&lt;/i&gt;, une mani&#232;re de se donner d'avance la solution du probl&#232;me avec le probl&#232;me. Il n'y a pas, dans la &#171; nature &#187; non vivante, de l' &#171; information &#187; pour le vivant. C'est le vivant qui &lt;i&gt;cr&#233;e&lt;/i&gt; m&#234;me les &lt;i&gt;bits&lt;/i&gt; de ce qui est, &lt;i&gt;pour lui&lt;/i&gt;, information. De m&#234;me, dans le domaine social et politique, le terme d'auto-organisation est utilis&#233; par ceux qui, ignorant la radicalit&#233; de l'autocr&#233;ation du social-historique, persistent &#224; penser (qu'ils le sachent ou non) en termes et &#224; partir d'un &#171; individu &#187; (poss&#233;dant de naissance, on ne sait comment, langue, entendement, vis&#233;es r&#233;elles et articul&#233;es, etc. ; un &#234;tre de fiction aupr&#232;s de quoi Centaures et Chim&#232;res rougissent honteusement de leur r&#233;alisme) et qui, multipli&#233; &#224; un nombre suffisant d'exemplaires, ferait appara&#238;tre du&#171; social &#187; comme simple effet de coexistence ou de juxtaposition ; ou bien par ceux qui veulent r&#233;duire la profondeur de la question politique, comme question de l'auto-institution explicite de la soci&#233;t&#233;, donc de son auto-transformation radicale, &#224; des repl&#226;trages au cours desquels il serait permis aux membres de la soci&#233;t&#233; de s'&#171; auto-organiser &#187; &#8211; sans doute, en ayant leur mot &#224; dire sur la composition des menus des cantines des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vivant, s'&#233;tayant sur un &#234;tre-ainsi organisable, c'est-&#224;- dire ensidisable, de la nature non vivante, s'autocr&#233;e en tant que vivant en cr&#233;ant du m&#234;me coup un monde, son monde, le monde &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; lui, vivant. Il importe de distinguer (distinction et s&#233;paration &#171; abstraite &#187;, certes) un&#171; positif &#187; et un &#171; n&#233;gatif &#187;, ou un &#171; int&#233;rieur &#187; et un &#171; ext&#233;rieur &#187; de cette cr&#233;ation. Le vivant cr&#233;e des formes nouvelles, et d'abord, se cr&#233;e lui-m&#234;me en tant que &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt; ou plut&#244;t &lt;i&gt;sur-forme&lt;/i&gt; qui int&#232;gre, et se d&#233;ploie en, une multiplicit&#233; innombrable de formes cat&#233;goriales sp&#233;cifiques au vivant (nutrition, m&#233;tabolisme, hom&#233;ostasie et hom&#233;orh&#233;sie, reproduction, sexuation, etc.) en m&#234;me temps qu'il se multiplie en se diff&#233;renciant entre esp&#232;ces. Mais, d'un autre point de vue, il cr&#233;e en existant des strates enti&#232;res &#171; mat&#233;riellement &#187; saisissables et assignables de &#171; r&#233;alit&#233; &#187;. Ainsi, par exemple, la couleur et les couleurs : l'&#234;tre-color&#233; en g&#233;n&#233;ral est une pure cr&#233;ation du vivant (de certaines esp&#232;ces de vivant). &lt;i&gt;Il n'y a pas de couleurs&lt;/i&gt; dans la nature non vivante &#8211; fait dont l'immense signification est, non par hasard, constamment ignor&#233;e ou pass&#233;e sous silence par la grande majorit&#233; des philosophes et des scientifiques, obs&#233;d&#233;s qu'ils sont par le souhait d'&#233;liminer les &#171; qualit&#233;s secondes &#187; et de les &#171; r&#233;duire &#187; &#224; des propri&#233;t&#233;s, relations, etc., de la nature non vivante. Bien &#233;videmment, les qualit&#233;s &#171; secondes &#187; sont plus premi&#232;res que les autres, c'est dans celles-l&#224; que vit le vivant (et nous) et l'id&#233;e qu'on les fait dispara&#238;tre en les &#171; expliquant &#187; est d'une stupidit&#233; insondable. On ne fait pas dispara&#238;tre la couleur en l' &#171; expliquant &#187; par des corr&#233;lations entre des longueurs d'onde et telle structure des r&#233;cepteurs et du syst&#232;me nerveux central ; et surtout, on n'&lt;i&gt;explique&lt;/i&gt; rien du tout, on constate simplement une corr&#233;lation r&#233;guli&#232;re. Le fait et l'&#234;tre-ainsi de la sensation &lt;i&gt;subjective&lt;/i&gt; de la couleur sont absolument &lt;i&gt;irr&#233;ductibles&lt;/i&gt; (comme le sont ceux de l'odeur, du go&#251;t &#8211; ou du plaisir, de la douleur, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vivant cr&#233;e ainsi des strates d'&#234;tre irr&#233;ductibles &#8211; c'est l'aspect &#171; positif &#187; ou &#171; int&#233;rieur &#187; &#8211; et il les cr&#233;e dans une &lt;i&gt;cl&#244;ture&lt;/i&gt; &#8211; c'est l&#224; l'aspect &#171; n&#233;gatif &#187; ou &#171; ext&#233;rieur &#187; : elle ne sont que pour lui, et chaque fois (pour chaque classe, ou esp&#232;ce, ou m&#234;me exemplaire singulier du vivant) ce qu'elles sont (le &lt;i&gt;ti estin&lt;/i&gt;) et leur charge d'&#234;tre &#8211; ce que la th&#233;orie de l'information est condamn&#233;e &#224; ignorer : &#171; pertinence, poids, valeur, signification &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Science moderne ... &#187;, op. cit., p. 180 [et coll.&#171; Points Essais &#187;, p. 236].&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; est autre selon le vivant consid&#233;r&#233;. Ainsi pour nous humains, en tant que simples vivants, la lumi&#232;re polaris&#233;e n'existe pas (alors qu'elle est d'une immense charge d'&#234;tre pour les abeilles ou les tortues de mer), pas plus que les ondes radio n'existent pour aucun vivant terrestre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rappelle, pour les besoins du pr&#233;sent encha&#238;nement, quelques-unes des &lt;i&gt;limitations&lt;/i&gt; (pour nous) du vivant et de cette cr&#233;ation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir L'Institution&#8230;, chap. v, et, ici m&#234;me, &#171; L'imaginaire : la cr&#233;ation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; cette cr&#233;ation a lieu, au moins pour chaque esp&#232;ce,&lt;i&gt; une fois pour toutes&lt;/i&gt; (relativement et&#171; pour l'essentiel &#187;) ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; cette cr&#233;ation se fait en m&#234;me temps sous une astreinte ou contrainte fondamentale (&#171; pour l'essentiel &#187; : &lt;i&gt;exclusive&lt;/i&gt;) : celle de la &lt;i&gt;fonctionnalit&#233;&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;finalit&#233; instrumentale&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les ab&#238;mes que recouvre cette expression, voir&#171; Science moderne... &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Soit dit par parenth&#232;se : il nous est impossible de concevoir ce faire &#234;tre quelque chose &lt;i&gt;pour soi dans la cl&#244;ture&lt;/i&gt; du vivant sans un &#233;quivalent minimal, chez lui, d'une &lt;i&gt;spontan&#233;it&#233; repr&#233;sentative&lt;/i&gt;, au sens de : cr&#233;ation/position d'un monde &lt;i&gt;qualifi&#233;&lt;/i&gt;, soit plein de qualit&#233;s, dont certaines ont des corr&#233;lats, mais non des&#171; &#233;quivalents &#187; externes, et d'autres non. Autrement dit, encore une fois, m&#234;me pour les qualit&#233;s dont des corr&#233;lats &#171; externes &#187; r&#233;guliers existent, leur &lt;i&gt;&#234;tre-ainsi&lt;/i&gt; sp&#233;cifique pour le vivant rel&#232;ve d'une spontan&#233;it&#233; (et non d'une &#171; passivit&#233; &#187; ou&#171; r&#233;ceptivit&#233; &#187;) de celui-ci. Bien entendu, la repr&#233;sentation (&lt;i&gt;Vorstellung&lt;/i&gt;) au sens &#233;l&#233;mentaire n'implique pas la r&#233;flexion (le r&#234;ve est la plupart du temps une repr&#233;sentation sans r&#233;flexion). Or dans la mesure o&#249; il y a, n&#233;cessairement, pluralit&#233; de repr&#233;sentations et o&#249; chacune est intrins&#232;quement multiple, cette spontan&#233;it&#233; repr&#233;sentative implique une puissance (&lt;i&gt;dunamis&lt;/i&gt;) &lt;i&gt;i&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n&lt;/i&gt;-sensible cr&#233;atrice des conditions les plus englobantes de la sensibilit&#233;, soit d'un R&#233;ceptacle, soit encore d'un&#171; espace &#187; et d'un&#171; temps &#187; comme purs r&#233;ceptacles &lt;i&gt;ensidiques&lt;/i&gt;. Cela n'est rien d'autre que la possibilit&#233; des &#171; formes pures de l'intuition &#187; de la &lt;i&gt;Critique de la Raison pure&lt;/i&gt;. Autrement dit, l'&lt;i&gt;Esth&#233;tique transcendantale&lt;/i&gt; est bonne pour les chiens &#8211; et bien entendu aussi pour nous, dans la mesure, immense, de notre parent&#233; avec les chiens. La m&#234;me chose vaut pour l '&#171; imagination transcendantale &#187; de Heidegger (dans &lt;i&gt;Kant et le Probl&#232;me de la m&#233;taphysique&lt;/i&gt;). L'imagination de la &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt; comme celle de &lt;i&gt;Kant et le Probl&#232;me&#8230;&lt;/i&gt; produisent, et ne produisent que, la m&#234;me chose une fois pour toutes ; elles ne sont que les ombres unidimensionnelles de l'imagination radicale et de l'imaginaire radical sans lesquels il n'y a ni ne saurait y avoir connaissance et histoire de la connaissance. (On peut, du reste, dire de m&#234;me pour les formes &#233;l&#233;mentaires et n&#233;cessaires de liaison :&#171; cat&#233;gories &#187;.) Je reviens longuement sur tout cela dans &lt;i&gt;L'&#201;l&#233;ment imaginaire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retenons donc que la simple existence du vivant implique l'effectivit&#233; d'une immense strate ensidisable de ce qui est, exc&#233;dant incommensurablement le vivant, en m&#234;me temps qu'elle implique la possibilit&#233; et l'effectivit&#233; de surgissement, dans l'&#234;tre/&#233;tant, de formes nouvelles et irr&#233;doctibles (comme le vivant lui-m&#234;me, et ses &#339;uvres). Elle implique donc (puisque le vivant appartient &#224; l'&#234;tre/&#233;tant) une &lt;i&gt;h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; ontologique&lt;/i&gt; essentielle : soit, une stratification irr&#233;guli&#232;re de ce qui est ; soit encore une incompl&#233;tude radicale de toute d&#233;termination &lt;i&gt;entre&lt;/i&gt; strates de l'&#234;tre/&#233;tant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'entrerai dans la discussion d&#233;taill&#233;e de tout cela, y compris du point de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous continuons sur la voie concr&#232;te ou factuelle. Nous consid&#233;rons l'&#234;tre humain &#8211; et la question de sa sp&#233;cificit&#233; par rapport au simple vivant. Nous nous concentrons sur une dimension, pour commencer, la dimension psychique (ce qui est certes une abstraction s&#233;paratrice). Nous savions depuis toujours, et la psychanalyse comme th&#233;orie et comme praxis confirme, amplifie et &#233;lucide immens&#233;ment ce savoir, que le psychisme humain n'est ce qu'il est que moyennant une rupture radicale avec le &#171; psychisme &#187; animal, ou ce que nous pouvons penser de ce dernier. Je ne marque ici que quelques traits, mais d&#233;cisifs, de cette rupture. Il y a chez l'&#234;tre humain d&#233;-fonctionnalisation du fonctionnement psychique, traduite en particulier par la d&#233;-fonctionnalisation de l'imagination et la d&#233;-fonctionnalisation (devenant souvent, comme on sait, la contre-fonctionnalisation) du &#171; plaisir &#187;, et, en particulier, la &lt;i&gt;domination du plaisir repr&#233;sentatif sur le plaisir d'organe&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi il en a &#233;t&#233; ainsi, ce n'est pas notre probl&#232;me. (Il est &#233;videmment impossible de ne pas relier ce d&#233;veloppement &#224; l'accroissement quantitatif consid&#233;rable du syst&#232;me nerveux central chez &lt;i&gt;H&lt;/i&gt;&lt;i&gt;omo sapiens&lt;/i&gt;, mais aussi et peut-&#234;tre surtout &#224; des changements dans l'organisation de ce syst&#232;me nerveux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il semble bien que pour certains mammif&#232;res marins le rapport poids du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .) Toujours est-il que la boucle fonctionnelle du simple vivant est, chez l'humain, rompue &#8211; et que cette rupture se fait sous la pression d'un d&#233;veloppement exorbitant, proprement monstrueux, du psychisme, analogue &#224; une n&#233;o-formation pathologique, et en particulier de l'imagination comme imagination radicale, flux repr&#233;sentatif incessant, sans relation avec des &#171; besoins vitaux &#187; et m&#234;me contraire &#224; ceux-ci, surgissement immotiv&#233; de repr&#233;sentations et centrage sur elles. Des morceaux de l'organisation psychique &#171; pr&#233;c&#233;dente &#187;, essentiellement ensidique, subistent certes &#8211; la logique du r&#234;ve les montre constamment &#224; l'&#339;uvre, et, par la suite, la fabrication sociale de l'individu s'&#233;taiera aussi l&#224;-dessus &#8211;, mais comme d&#233;bris flottants apr&#232;s naufrage sur une mer d&#233;mont&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que proprement biologique, l'esp&#232;ce humaine s'av&#232;re donc une monstruosit&#233;, form&#233;e de sp&#233;cimens absolument inaptes &#224; la vie comme tels. Elle aurait probablement disparu, si un autre surgissement n'avait pas eu lieu au niveau de l'anonyme collectif avec l'auto-cr&#233;ation de la soci&#233;t&#233; comme soci&#233;t&#233; instituante. J'en ai suffisamment parl&#233; ailleurs. Il suffit ici de rappeler ces &#233;vidences, que la psych&#233; monadique, folle, du sp&#233;cimen singulier d'&lt;i&gt;H&lt;/i&gt;&lt;i&gt;omo sapiens&lt;/i&gt; est transform&#233;e en individu social par l'imposition qu'elle subit d'un langage, de comportements, de vis&#233;es r&#233;alisables, de la capacit&#233; de coexister avec autrui &#8211; et finalement, des aspects concr&#232;tement monnayables du magma de significations imaginaires sociales chaque fois institu&#233;, seul capable de fournir pour la psych&#233; un sens &#224; l'existence &#171; individuelle &#187; et collective et &#224; la r&#233;alit&#233; &#8211;, existence et r&#233;alit&#233; qui ne peuvent se pr&#234;ter &#224; cet investissement de sens que pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elles sont, chaque fois, construites de fa&#231;on appropri&#233;e par l'institution de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'institution de la soci&#233;t&#233; se fait, &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt;, par reconstitution d'une dimension ensidique (ensembliste-identitaire) explicite. C'est cette dimension qui se d&#233;ploie dans le &lt;i&gt;legein&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;teukhein&lt;/i&gt; &#8211; le langage comme code pseudo-univoque, et la pratique comme fonctionnelle-instrumentale &#8211; de chaque soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir L'Institution imaginaire &#8230; , chap. v.&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Reconstitution qui s'&#233;taye sur l'&#234;tre-ainsi de la premi&#232;re strate naturelle &#8211; mais qui est loin de &#171; reproduire &#187; purement et simplement, et m&#234;me de reproduire tout court, la logique ensidique du vivant. Car la dimension ensidique de la soci&#233;t&#233; est chaque fois d&#233;cisivement co-d&#233;termin&#233;e par ce qui, dans l'institution de cette soci&#233;t&#233;, &lt;i&gt;n'est pas&lt;/i&gt; ensidique : la dimension proprement imaginaire, ou po&#239;&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici encore, nous avons &#224; penser un multiple irr&#233;ductible. D'une part, l'institution de la soci&#233;t&#233;, de toute soci&#233;t&#233;, doit sous peine de mort &#233;tablir un rapport &#171; fonctionnel &#187; avec la premi&#232;re strate naturelle. (Quelle que soit sa religion, par exemple, une soci&#233;t&#233; de pasteurs ne pourra &lt;i&gt;jamais&lt;/i&gt; s'amuser &#224; croire que vaches, brebis, ch&#232;vres sont f&#233;cond&#233;es &lt;i&gt;exclusivement&lt;/i&gt; par l'action des esprits, etc.) Pour autant que, sur Terre, cette premi&#232;re strate naturelle est partout &#171; la m&#234;me &#187;, il y aura, de ce fait, des &#171; &#233;l&#233;ments communs &#187; dans certaines articulations au moins du &lt;i&gt;legein&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;teukhein&lt;/i&gt; &#224; travers les diverses soci&#233;t&#233;s (dans le temps et dans l'espace). La pr&#233;sence de ces &#233;l&#233;ments communs est d'une importance capitale : elle est un des &#233;tais d'une universalit&#233; virtuelle de l'histoire humaine. Car &lt;i&gt;il y a&lt;/i&gt;, partout, relation signitive &#8211; comme &lt;i&gt;il y a&lt;/i&gt;, partout, les mots pour les premiers &#233;l&#233;ments au moins de l'ensemble des entiers naturels, ou pour le ciel et les &#233;toiles, ou pour le chaud et le froid, etc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Le dicible et l'indicible &#187;, dans Les Carrefours du labyrinthe, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je peux donc si je veux &#8211; et s'il ne me tue pas auparavant &#8211; commencer &#224; &#171; parler &#187; (&#224; utiliser la monstration pour un enseignement r&#233;ciproque des rudiments des langues respectives) avec un autre humain, quelle que soit sa tribu. Mais cette condition n&#233;cessaire est totalement insuffisante (comme le montrent les interminables difficult&#233;s des ethnologues et des historiens devant les soci&#233;t&#233;s diff&#233;rentes de la leur). Car telle qu'elle est institu&#233;e par chaque soci&#233;t&#233;, cette dimension ensidique est totalement immerg&#233;e dans le magma des significations imaginaires de celle-ci. &#192; la limite : &#171; un &#187; ne signifie &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; (et que signifie &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; ?) &#224; travers les diff&#233;rentes langues &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; dans son usage comme &#233;l&#233;ment d'un code, rabattu sur le pur &lt;i&gt;legein&lt;/i&gt;. Et cela est facile &#224; voir sur l'exemple de notre propre soci&#233;t&#233;. Le pieux commer&#231;ant chr&#233;tien n'accepterait jamais qu'on lui donne un franc au lieu de trois &#8211; alors qu'il confesse l'&#233;galit&#233; un = trois chaque dimanche au moins, et cela sans aucun &#171; clivage &#187; psychique. Et, bien entendu, ces significations imaginaires, dont l'ensidique lui-m&#234;me fait partie en tant qu'institu&#233;, ne sont nullement superposables, congruentes, mutuellement r&#233;ductibles entre diff&#233;rentes soci&#233;t&#233;s (par exemple, Brahma, Shiva, Vichnou sont sans rapport aucun avec la Trinit&#233; chr&#233;tienne). La possibilit&#233; d'une v&#233;ritable communication entre soci&#233;t&#233;s autres, et notamment d'une v&#233;ritable compr&#233;hension et &#233;lucidation, a des pr&#233;supp6s&#233;s d'un tout autre ordre, loin au-del&#224; de l'ensidique, jamais &lt;i&gt;donn&#233;s&lt;/i&gt; &#171; naturellement &#187;, toujours &#224; conqu&#233;rir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple, plus haut, &#171; La polis grecque et la cr&#233;ation de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, ind&#233;pendamment de sa solidarit&#233; avec les significations imaginaires sociales, l'ensidique reconstitu&#233; et institu&#233; par la soci&#233;t&#233; semble bien diff&#233;rent de l'ensidique que nous rencontrons dans la nature, et en particulier dans le fonctionnement et l'organisation du vivant. C'est cela, &#224; mon avis, la v&#233;rit&#233; profonde que von Neumann avait entrevue, lorsqu'il &#233;crivait, d&#233;j&#224; en 1955-1956, que &#171; le langage du cerveau n'est pas le langage des math&#233;matiques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. von Neumann, The Computer and the Brain, New Haven, Yale University (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Du moins pas de &lt;i&gt;nos&lt;/i&gt; math&#233;matiques, &lt;i&gt;jusqu'ici&lt;/i&gt;. Et c'est probablement aussi ce qu'il y a derri&#232;re ce qu'on peut bien appeler en gros l'&#233;chec de l'&#171; intelligence artificielle &#187;, plus exactement : la coexistence en celle-ci d'avanc&#233;es d&#233;passant incommensurablement tout ce dont le vivant est capable, et d'une infirmit&#233; apparemment ind&#233;passable, cong&#233;nitale, devant une foule de t&#226;ches qui sont, pour le vivant, plus que triviales. Et &#224; cela, il semble bien y avoir au moins une raison centrale. Il n'y a certainement pas, pour et dans le syst&#232;me nerveux central humain (et sans doute aussi animal), s&#233;paration des fonctions strictement logiques et des fonctions thymiques (affectives) et orectiques (intentionnelles ou d&#233;sirantes). Il n'y a donc rien, &#224; premi&#232;re vue, d'&#233;tonnant &#224; ce que l'on ne puisse pas reconstituer moyennant une logique nue et appauvrie &#8211; celle des calculatrices, celle de l' &#171; intelligence artificielle &#187; &#8211; une organisation &lt;i&gt;magmatique&lt;/i&gt; au plus haut point, dans laquelle, par exemple, non seulement le thymique (affectif) n'est pas et ne peut pas &#234;tre s&#233;par&#233; du no&#233;tique ou logique, mais le thymique lui-m&#234;me ne peut exister (et par exemple de ce fait &#171; perturber &#187; &#8211; aux yeux des ing&#233;nieurs &#8211; le logique) sans &#234;tre lui-m&#234;me intrins&#232;quement en partie &#171; d&#233;termin&#233; &#187; &#8211; donc ensidique &#8211;, la r&#233;ciproque &#233;tant sans doute vraie bien qu'infiniment plus difficile &#224; formuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pris cet exemple car dans quel autre domaine, sinon les math&#233;matiques, pourrions-nous pr&#233;tendre avoir cr&#233;&#233; ou reproduit une structure aussi neutre, aussi indiff&#233;rente, une fois son &lt;i&gt;hypoth&#232;se&lt;/i&gt; pos&#233;e, aux particularit&#233;s de notre soci&#233;t&#233; et de toute soci&#233;t&#233; ? Or il semble bien que m&#234;me dans ce cas la logique ensidique cr&#233;&#233;e par la soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;n'est pas la m&#234;me &lt;/i&gt;que celle impliqu&#233;e dans les op&#233;rations du vivant &#8211; alors qu'il existe d'autres strates de la nature pour lesquelles la co&#239;ncidence est compl&#232;te (tout ce qui, par exemple, dans la nature rel&#232;ve de la m&#233;canique rationnelle). Autrement dit &#8211; conclusion dont la port&#233;e d&#233;passe de loin l'exemple ici discut&#233; : la soci&#233;t&#233; doit cr&#233;er &lt;i&gt;de novo&lt;/i&gt; et &#224; nouveaux frais quelque chose qui &lt;i&gt;ressemble&lt;/i&gt; &#224; des donn&#233;es naturelles fondamentales (celles de la vie), mais n'en est nullement la copie ou la r&#233;plique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il y ait soci&#233;t&#233;, et diversit&#233; de soci&#233;t&#233;s, renvoie &#224; une organisation &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt; de la premi&#232;re strate naturelle. Celle-ci doit &#234;tre telle qu'elle puisse &#233;tayer (et se pr&#234;ter &#224;) une multitude ind&#233;finie d'organisations, correspondant chaque fois &#224; une institution autre de la soci&#233;t&#233;, avec sa dimension ensidique particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les m&#234;mes faits renvoient au champ social-historique et &#224; la soci&#233;t&#233; instituante, comme exemplifiant l'existence de &lt;i&gt;puissances&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;dunameis&lt;/i&gt;) non imputables &#224; des&#171; sujets &#187; d&#233;termin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette organisation &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt;, multitude d'organisations potentielles et effectives &lt;i&gt;in re&lt;/i&gt;, et d'organisations dont chacune est presque exhaustivement ensidisable, ne s'arr&#234;te pas &#224; la premi&#232;re strate naturelle. Elle semble bien concerner la totalit&#233; de l'&#234;tre/&#233;tant&#171; naturel &#187; qui nous est accessible. C'est cela que montre l'&lt;i&gt;histoire&lt;/i&gt;, au sens fort du terme, de la science : de notre science, de la science gr&#233;co-occidentale. Pour bien en saisir la signification, il nous en faut situer la naissance dans le contexte plus g&#233;n&#233;ral de l'organisation ensidique de toutes les soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune soci&#233;t&#233; ne pourrait fonctionner (ni m&#234;me dire et se dire ses propres significations imaginaires) sans une dimension ensidique. Mais celle-ci reste &lt;i&gt;born&#233;e&lt;/i&gt; (au sens math&#233;matique du terme) dans son d&#233;ploiement pour presque toutes les soci&#233;t&#233;s que nous connaissons. Les soci&#233;t&#233;s dites sauvages poss&#232;dent d&#233;j&#224; un savoir immense &#8211; &#224; bien y r&#233;fl&#233;chir, beaucoup plus &#233;tonnant que le n&#244;tre &#8211; incorpor&#233; dans leurs activit&#233;s et leur fonctionnement, et explicitable, en principe, dans leur langage. D'autres soci&#233;t&#233;s, dites traditionnelles &#8211; de l'&#201;gypte et de la Chine aux Mayas et aux Azt&#232;ques, sans oublier la M&#233;sopotamie, l'Iran ou l'Inde &#8211;, ont, en plus, cultiv&#233; ce savoir comme tel et pour lui-m&#234;me, ind&#233;pendamment de son utilisation fonctionnelle ou de son importance comme armature de leur imaginaire au sens &#233;troit. On a voulu d&#233;finir, dans le premier cas, la &#171; pens&#233;e sauvage &#187; comme &#171; bricolage &#187; &#8211; et &#224; vrai dire, avec les m&#234;mes arguments, on aurait pu appliquer le m&#234;me attribut &#224; la pens&#233;e des soci&#233;t&#233;s traditionnelles mentionn&#233;es plus haut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude L&#233;vi-Strauss, La Pens&#233;e sauvage, Paris, Plon, 1962 [r&#233;&#233;d. Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La caract&#233;risation n'est pas fausse, elle est simplement superficielle. Ce qui appara&#238;t &#224; l'observateur occidental comme bricolage est le manque d'unit&#233; et de syst&#233;maticit&#233; de cette pens&#233;e selon ses crit&#232;res &#224; lui, Occidental. Ces crit&#232;res n'ont pas ici de pertinence. Les sauvages &#171; rationalisent &#187; ce qui leur importe, les int&#233;resse ou s'impose &#224; eux ; ils ne sont pas poss&#233;d&#233;s par la folie de l'extension ind&#233;finie de la rationalisation. Cela renvoie &#224; &#8211; et d&#233;pend en v&#233;rit&#233; de &#8211; un autre trait, beaucoup plus d&#233;cisif, et qui ne concerne plus seulement le savoir, mais la totalit&#233; du faire et du repr&#233;senter social, pour toutes ces soci&#233;t&#233;s, sauvages et traditionnelles : &lt;i&gt;l'arr&#234;t de l' interrogation est institu&#233;, et scell&#233; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;par le mythe&lt;/i&gt; (ou la religion, mais au sens o&#249; je prends ici le terme de mythe cela revient au m&#234;me). Le fait que les sauvages travaillent avec les moyens du bord et les &#171; bouts de ficelle &#187; disponibles appara&#238;t alors clairement comme second et d&#233;riv&#233;. Le bricoleur est celui qui ne fabrique pas lui-m&#234;me ses outils et mat&#233;riaux, mais se borne &#224; r&#233;-utiliser et &#224; recombiner le d&#233;j&#224; disponible. Dans le domaine du savoir (comme du reste dans les autres), fabriquer outils et mat&#233;riaux exige que l'on commence &#224; faire table rase de l'h&#233;rit&#233;, &#224; mettre en cause et en question les repr&#233;sentations et les mots de la tribu, soit, en fin de compte, l'institution &#233;tablie de la soci&#233;t&#233;. La d&#233;finition m&#234;me de la soci&#233;t&#233; traditionnelle (&#171; sauvage &#187; ou &#171; historique &#187;) est l'impossibilit&#233; institu&#233;e &#8211; et l'inconcevabilit&#233; psychique &#8211; de ce faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, m&#234;me dans ces cas la soci&#233;t&#233; continue de s 'auto-cr&#233;er, donc de s'auto-alt&#233;rer alors m&#234;me qu'elle ne le sait pas et qu'elle fait tout pour que cela ne se sache pas. Ainsi il y a dans les soci&#233;t&#233;s sauvages et traditionnelles cumulation plus que lente &#8211; bien qu'immense sur le long et l'hyper-long terme &#8211; du savoir, tout &#224; fait comparable &#224; celle de la technique, ce qui est par ailleurs compr&#233;hensible vu qu'elle n'en est le plus souvent que l'autre face. Mais elle est inobservable &#224; l'&#233;chelle des g&#233;n&#233;rations, et m&#234;me des si&#232;cles, et elle doit le rester. Le savoir ensidique, son d&#233;veloppement surtout, doit rester implicite, et m&#234;me enfoui, de m&#234;me et au m&#234;me titre que celui impliqu&#233; par le travail des galets, la fabrication des armes, l'invention et le perfectionnement de la poterie et de l'agriculture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir L'Institution imaginaire, chap. V, p. 365-369 [r&#233;&#233;d. &#171; Points Essais &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1196-Portee-ontologique-de-l-histoire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Prochaine partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir, sur ces diff&#233;rents aspects, &lt;i&gt;L'Institution imaginaire de la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; (chap. V et VII), et&#171; Science moderne et interrogation philosophique &#187;, in &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe &lt;/i&gt;&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;, p. 203- 211 [r&#233;&#233;d. &#171; Points Essais &#187;, p. 266-277].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Kantiens et n&#233;o-kantiens r&#233;pondraient sans doute : le sujet connaissant n'&lt;i&gt;est&lt;/i&gt; pas, il vaut (&lt;i&gt;es ist nicht, es gilt&lt;/i&gt;). La r&#233;ponse est nulle. Valoir est un mode de l'&#234;tre tel que ce terme est entendu ici, et tel qu'il a presque toujours &#233;t&#233; entendu. Et si un sujet se limite &#224; valoir sans &#234;tre (au sens habituel, cette fois-ci), il en d&#233;coule une s&#233;rie de cons&#233;quences d&#233;sagr&#233;ables. D'abord, nous ne pouvons pas nous parler. Ensuite, la &lt;i&gt;Critique de la Raison pure&lt;/i&gt; devient &#224; la fois superflue et impossible. Car ce qui nous importe, c'est &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; savoir, non pas celui d'un &lt;i&gt;constructum&lt;/i&gt; fictif. Et je ne sache pas que la plume de Kant ait &#233;t&#233; tenue par une main transcendantale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bernard d'Espagnat, qui commente la premi&#232;re des phrases cit&#233;es dans le texte (due &#224; Niels Bohr) moyennant la seconde (&lt;i&gt;Une incertaine r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Gauthier-Villars, 1985, p. 7), l'avait du reste remarquablement fait lors d'une &#233;mission de France-Culture au d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix, en observant que Jacques Monod en &#233;tait visiblement rest&#233; &#224; la physique du XIXe si&#232;cle. &#192; lire &lt;i&gt;L'Homme neuronal&lt;/i&gt;, de Jean-Pierre Changeux (Paris, Fayard, 1983 [r&#233;&#233;d. Hachette, coll.&#171; Pluriel &#187;, 1984]), on a le plaisir de constater que le flambeau de cette v&#233;n&#233;rable tradition est toujours port&#233; haut au Coll&#232;ge de France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir, ici m&#234;me, &#171; L'imaginaire : la cr&#233;ation dans le domaine social-historique &#187; p. 272-295, et &#171; La logique des magmas&#8230; &#187;, p. 481-523.530&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je discuterai l'apparente exception de la &lt;i&gt;Critique de la facult&#233; de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;juger&lt;/i&gt; dans &lt;i&gt;Temps et cr&#233;ation&lt;/i&gt;. Voir, en attendant, ici m&#234;me, &#171; La polis grecque et la cr&#233;ation de la d&#233;mocratie &#187;, en particulier p. 334-355.532&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;De anima&lt;/i&gt;, 1, 3, 407b 24 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;. Cette remarque merveilleusement limpide et profonde a paru la plupart du temps myst&#233;rieuse aux traducteurs et interpr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bien entendu, tout le probl&#232;me du fondement de l'induction est &#224; reprendre &#224; partir de cela aussi. J'y reviens, indirectement, plus loin ; j'en traiterai &lt;i&gt;in extenso&lt;/i&gt; ailleurs. Notons simplement : on sait au moins depuis Aristote que &#171; quelques x sont p &#187; n'implique pas &#171; tous les x sont p &#187;, et que la n&#233;gation de cette implication est en fait une tautologie. Il est affligeant de penser qu'une partie immense de la philosophie europ&#233;enne, classique et contemporaine, a voulu construire des syst&#232;mes sur cette tautologie vide, laquelle, comme c'est si souvent le cas avec les tautologies dans ces contextes, sert &#224; masquer une non-tautologie cardinale. Celle-ci est, tout simplement, qu'il existe du quasi-universel immanent. Il y a &lt;i&gt;des&lt;/i&gt; arbres. Il y a &lt;i&gt;des&lt;/i&gt; &#233;toiles. &lt;i&gt;Anthr&#244;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;pos anthr&#244;pon genna&lt;/i&gt;. Et ainsi de suite, sans fin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette ligne de pens&#233;e est jalonn&#233;e, pour ce qui me concerne, par les chapitres V et VI de &lt;i&gt;L'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, &#233;crits entre 1968 et 1974 (et publi&#233;s en 1975), par&#171; Science moderne et interrogation philosophique &#187; (1970-1973, repris maintenant dans &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe &lt;/i&gt;&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;, notamment p. 178-185 [et coll. &#171; Points Essais &#187;, p. 233-243]) et par certains autres textes contenus dans le pr&#233;sent volume. Ce que je d&#233;signais, dans &#171; Science moderne&#8230; &#187;, comme &#171; un syst&#232;me essentiellement subjectif &#187; montrant que le vivant &#171; ne peut jamais &#234;tre pens&#233; que de l'int&#233;rieur, qu'il constitue son cadre d'existence et de sens, qu'il est son propre a priori, bref, qu'&#234;tre vivant, c'est &#234;tre pour soi, comme certains philosophes l'avaient depuis longtemps affirm&#233; &#187; (p. 181 [et &#171; Points Essais &#187;, p. 237]), a &#233;t&#233; depuis appel&#233;, de fa&#231;on pr&#233;cise et heureuse, la cl&#244;ture du vivant par Francisco Varela (&lt;i&gt;Principles of Biological Autonomy&lt;/i&gt;, North Rolland, New York et Oxford, 1979 ; trad. fr. profond&#233;ment remani&#233;e, &lt;i&gt;Autonomie et connaissance&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions du Seuil, 1989), terme qu'&#224; sa suite j'ai &#233;t&#233; souvent amen&#233; &#224; utiliser aussi. Dans cette m&#234;me ligne de pens&#233;e je me suis aussi rencontr&#233; avec Henri Atlan (cf notamment &lt;i&gt;Entre le cristal et la fum&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. du Seuil, 1979) et, derechef, avec, Edgar Morin dont &lt;i&gt;La Vie de la vie&lt;/i&gt; (vol. II de &lt;i&gt;La M&#233;thode&lt;/i&gt;, Paris, Ed. du Seuil, 1980 [r&#233;&#233;d. coll. &#171; Points Essais &#187;]) contient sur le vivant une r&#233;flexion d'une richesse et d'une pertinence extraordinaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur la notion d'ensembliste-identitaire, voir ici m&#234;me, &#171; La logique des magmas&#8230; &#187;, p. 481-523, et &lt;i&gt;L'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, chap. V, &lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J'utilise d&#233;sormais ce n&#233;ologisme maniable et transparent (ensembliste-identitaire) ainsi que ses d&#233;riv&#233;s : ensidiser, ensidisable, ensidisation, dont le sens est imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Science moderne ... &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 180 [et coll.&#171; Points Essais &#187;, p. 236].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;L'Institution&#8230;&lt;/i&gt;, chap. v, et, ici m&#234;me, &#171; L'imaginaire : la cr&#233;ation dans le domaine social-historique &#187;, en particulier p. 281-283.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur les ab&#238;mes que recouvre cette expression, voir&#171; Science moderne... &#187;, art. cit&#233;, p. 182 [r&#233;&#233;d. &#171; Points Essais, p. 238-239].540 Logos&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J'entrerai dans la discussion d&#233;taill&#233;e de tout cela, y compris du point de vue &#171; scientifique positif &#187;, dans &lt;i&gt;Temps et cr&#233;ation&lt;/i&gt;. Mais cela uniquement par acquit de conscience et temp&#233;rament politico-p&#233;dagogique. &#192; quiconque r&#233;fl&#233;chit, le fait de la couleur devrait suffire pour &#233;tablir ce qui est dit dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il semble bien que pour certains mammif&#232;res marins le rapport poids du cerveau/poids total soit du m&#234;me ordre que, sinon sup&#233;rieur &#224;, celui &lt;i&gt;d'Homo sapiens&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;L'Institution imaginaire &#8230;&lt;/i&gt; , chap. v.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#171; Le dicible et l'indicible &#187;, dans &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, notamment p. 130-133 [r&#233;&#233;d. &#171; Points Essais &#187;, p. 167-172] ; et, en particulier sur la relation signitive, le chap. V de &lt;i&gt;L'Institution imaginaire &#8230;&lt;/i&gt; , notamment p. 333 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;. [r&#233;&#233;d. &#171; Points Essais &#187;, p. 361 sq.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple, plus haut, &#171; La polis grecque et la cr&#233;ation de la d&#233;mocratie &#187;, en particulier p. 330-333. 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. von Neumann, &lt;i&gt;The Computer and the Brain&lt;/i&gt;, New Haven, Yale University Press, 1958, p. 80-82 [trad. fr. &lt;i&gt;L' Ordinateur et le Cerveau&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 1992, r&#233;&#233;d. Flammarion, coll.&#171; Champs &#187;, 1996 (NdE)]. M&#234;mes id&#233;es dans &lt;i&gt;The Theory of Self-reproducing Automata&lt;/i&gt;, Urbana et Londres, University of Illinois Press, 1966, p. 31-80&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Claude L&#233;vi-Strauss, &lt;i&gt;La Pens&#233;e sauvage&lt;/i&gt;, Paris, Plon, 1962 [r&#233;&#233;d. Paris, Presses Pocket, coll.&#171; Agora &#187;, 1990]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;L'Institution imaginaire&lt;/i&gt;, chap. V, p. 365-369 [r&#233;&#233;d. &#171; Points Essais &#187;, p. 395-399].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La pens&#233;e &#233;cologis&#233;e</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Morin E.</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cinqui&#232;me chapitre &#233;ponyme de la premi&#232;re partie &#171; L'&#233;cologie g&#233;n&#233;ralis&#233;e (O&#239;kos) &#187; du livre de Edgar Morin &#171; La m&#233;thode II &#8212; La Vie de la vie &#187; (Seuil 1980). A. Le regard &#233;cologique Le regard &#233;cologique consiste &#224; percevoir tout ph&#233;nom&#232;ne autonome (auto-organisateur, auto-producteur, auto-d&#233;termin&#233;, etc.) dans sa relation avec son environnement. Cet environnement n'est pas n&#233;cessairement un &#233;co-syst&#232;me en tant que tel. Ainsi, par exemple, la bact&#233;rie Escherichia coli a pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-apports-theoriques-imaginaire-" rel="directory"&gt;Apports th&#233;oriques : Imaginaire, culture, cr&#233;ation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-147-morin-e-+" rel="tag"&gt;Morin E.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/lvdlv.png?1767689745' class='spip_logo spip_logo_right' width='148' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cinqui&#232;me chapitre &#233;ponyme de la premi&#232;re partie &#171; L'&#233;cologie g&#233;n&#233;ralis&#233;e (O&#239;kos) &#187; du livre de Edgar Morin &#171; La m&#233;thode II &#8212; La Vie de la vie &#187; (Seuil 1980).&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. Le regard &#233;cologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le regard &#233;cologique consiste &#224; percevoir tout ph&#233;nom&#232;ne autonome (auto-organisateur, auto-producteur, auto-d&#233;termin&#233;, etc.) dans sa relation avec son environnement. Cet environnement n'est pas n&#233;cessairement un &#233;co-syst&#232;me en tant que tel. Ainsi, par exemple, la bact&#233;rie Escherichia coli a pour environnement nos intestins qui, pour nous, sont des organes, mais, pour les bact&#233;ries, sont &#171; leur &#187; &#233;co-syst&#232;me. L'environnement social d'un individu humain constitue, quand on le consid&#232;re de fa&#231;on globale, une socio-organisation o&#249; s'estompe la dimension &#233;co-organisatrice ; mais, consid&#233;r&#233; du point de vue de l'individu, il appara&#238;t comme son &#233;co-syst&#232;me : cet environnement est constitu&#233; non seulement par un &#171; milieu &#187; urbain, rural, technique, etc., mais aussi par un ensemble d'inter-r&#233;troactions associatives, concurrentes, antagonistes ; chacune de ses actions entre de fa&#231;on al&#233;atoire dans ces interactions, les modifie et en est modifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le regard &#233;cologique met n&#233;cessairement en relief le r&#244;le actif de l'observateur/concepteur dans toute observation/conception, puisque, ici, nous allons consid&#233;rer comme environnement ou &#233;co-syst&#232;me ce qui, d'un autre point de vue, selon une autre focalisation et une autre &#233;chelle, nous appara&#238;t tout autrement (des structures sociales, des institutions, etc., relevant d'une socio-organisation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. L'&#233;cologie sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le caract&#232;re quasi &#233;co-organisationnels inh&#233;rents aux soci&#233;t&#233;s humaines&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tissu des soci&#233;t&#233;s de mammif&#232;res, primates y compris, est constitu&#233;, non seulement de solidarit&#233;s &#224; l'&#233;gard de l'ext&#233;rieur, mais aussi d'interactions de caract&#232;re concurrentiel ou antagoniste (cf. Morin, 1972, p. 35-50). Et, dans ce sens, il y a une composante quasi &#233;co-organisationnelle dans les soci&#233;t&#233;s de mammif&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une composante quasi &#233;co-organisationnelle d'une tout autre ampleur qui appara&#238;t dans les soci&#233;t&#233;s humaines historiques. Bien que ces soci&#233;t&#233;s soient r&#233;gies par un appareil central d'&#201;tat qui ramifie dans tout le corps social son ordre organisateur sous forme de prohibitions, injonctions, r&#232;glements ; bien que (et parce que) elles comportent des associations de toutes sortes, les concurrences, rivalit&#233;s, antagonismes s'y d&#233;cha&#238;nent, non seulement entre individus, mais aussi entre classes, castes, clans, entreprises, provoquant dominations/soumissions et asservissements/exploitations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la th&#232;se d'Amos Hawley (Hawley, 1950), les interactions entre classes et groupes socio-&#233;conomiques tiennent la place, dans les soci&#233;t&#233;s humaines, des interactions entre esp&#232;ces dans les &#233;co-syst&#232;mes. Et, selon une logique quasi &#233;co-organisationnelle, toutes ces inter-r&#233;troactions &#233;go&#239;stes et myopes, concurrentielles et antagonistes, s'engr&#232;nent en boucles non pas &#171; trophiques &#187;, comme dans les &#233;co-syst&#232;mes, mais &#233;conomiques, et produisent de l'organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces inter-r&#233;troactions &#171; spontan&#233;es &#187; se combinent &#224; l'action des lois, r&#232;gles et prescriptions impos&#233;es par l'&#201;tat. Il se constitue une dialogique anthropo-sociale entre, d'une part, un Ordre programmateur &#233;manant du haut et du centre et, d'autre part, une quasi &#233;co-organisation spontan&#233;e, de caract&#232;re acentrique/polycentrique, montant d'en bas et de partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, s'il ne faut pas assimiler &#233;co-organisation et anthropo-socio-organisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi, par exemple, les caract&#232;res de la dominance, de l'exploitation, de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous voyons que celle-ci comporte des ph&#233;nom&#232;nes de compl&#233;mentarit&#233;s/concurrences/antagonismes, d'acentrismes/polycentrismes de type &#233;co-organisateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#201;cologie urbaine et technosph&#232;re&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut toutefois parler d'&#233;co-syst&#232;me-organisation sociaux lorsqu'on consid&#232;re les soci&#233;t&#233;s historiques dans leur compl&#233;mentarit&#233; organisatrice villes-campagnes. En effet, villes et campagnes ne font pas que constituer un &#171; milieu &#187; urbain et un &#171; milieu &#187; rural ; ce sont deux types d'&#233;co-syst&#232;mes bio-anthropo-sociaux s'opposant et se diff&#233;renciant, notamment par la forte composante naturelle du premier, la forte composante artificielle du second.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;videmment les villes qui deviennent le si&#232;ge d'une &#233;cologie proprement anthropo-sociale, et ce sont les ph&#233;nom&#232;nes urbains qui ont sugg&#233;r&#233; l'id&#233;e d'une &#233;cologie humaine (Mac Kenzie, 1926). La bioc&#233;nose naturelle y est de plus en plus appauvrie et, aujourd'hui, les grandes m&#233;gapoles ne comportent plus, en dehors de nos micro-organismes parasites ou symbiontes, qu'un reliquat de vie v&#233;g&#233;tale et animale domestiqu&#233;e dans les parcs, squares, jardinets, cours d'immeubles, foyers, cages, pots de fleurs. Certes, l'&#233;co-syst&#232;me urbain ne saurait se passer des constituants physiques primaires de toute vie : sol, eau, air. Mais il cr&#233;e de lui-m&#234;me son &lt;i&gt;oikos&lt;/i&gt; physique, fait de pierres, briques, puis m&#233;tal, et cet oikos physique est devenu d'autant plus artificiel que, depuis un si&#232;cle, les moteurs/machines artefacts de toutes sortes prolif&#232;rent dans les usines, dans les rues (voitures, camions), dans les foyers (&#233;lectro-m&#233;nager). Tout cela constitue cette composante &#233;cologique propre &#224; notre si&#232;cle et que Georges Friedmann avait tr&#232;s perspicacement nomm&#233; milieu technique (Friedmann, 1953) : la technosph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme un &#233;co-syst&#232;me naturel au regard imm&#233;diat, la m&#233;gapole semble &#224; la fois ob&#233;ir &#224; un grand ordre cosmique et constituer un grouillement insens&#233; d'agitations &#233;go&#239;stes. C'est, vue de haut, une &#233;norme machine chronom&#233;tr&#233;e qui ob&#233;it strictement &#224; l'horloge astrale ; au petit matin s'&#233;veillent, se lavent, s'habillent, sortent des maisons, les vagues successives de boulangers, ouvriers, employ&#233;s, employeurs, cadres ; les m&#233;tros, bus, taxis, voitures, camions circulent comme des globules sanguins dans les art&#232;res et distribuent leurs chargements sur les chantiers, les usines, les bureaux ; la consommation de gaz, d'&#233;lectricit&#233;, de fuel suit chaque jour la m&#234;me courbe, conna&#238;t les m&#234;mes maxima et minima ; entre midi et quatorze heures des millions de bouches s'alimentent et s'abreuvent, puis tout reprend jusqu'aux heures de l'apr&#232;s-midi o&#249;, par vagues, s'op&#232;rent les retours aux foyers, suivis par un flux de sorties du soir ob&#233;issant &#224; des constantes et des r&#233;gularit&#233;s. Tout s'inscrit dans des cycles, rythmes, p&#233;riodicit&#233;s, y compris les taux d'accidents, de morts subites, de suicides&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc un ordre formidable, qui ob&#233;it &#224; la fois &#224; l'ordre de l'astre Soleil et &#224; l'ordre de l'&#201;tat solaire Mais, vu de tr&#232;s pr&#232;s, cet ordre se dissout et se transforme en agitations quasi browniennes. Chacun cherche, trouve, ne trouve pas ses amours, ses amis, son travail par rencontre, chance, malchance, &#224; travers t&#226;tonnements et errances ; chacun porte sa clandestinit&#233;, vit des corps-&#224;-corps secrets, r&#234;ve de vies imaginaires, erre entre r&#234;ve et r&#233;alit&#233;. La demande court en tous sens &#224; la poursuite de l'offre, l'offre &#224; la poursuite de la demande, sur le march&#233; du travail, des affaires, des changes, du d&#233;sir. Dans les rues et les places, arr&#234;ts, cohues, bousculades. Dans le m&#233;tro du matin, je suis &#233;cras&#233; entre d'autres fesses, d'autres ventres, d'autres visages. Apr&#232;s le travail, les envies se d&#233;clenchent, on prend un verre, on fait l'amour, on t&#233;l&#233;phone, on rentre, on sort, on se balade, on va au restaurant, au cin&#233;ma, on danse, on jouit, on communie, on cr&#232;ve de solitude et de mis&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des milliers d'&#234;tres sont rassembl&#233;s, agit&#233;s, mix&#233;s dans l'incroyable chaudi&#232;re urbaine en &#233;tat d'&#233;bullition ininterrompue, d'o&#249; jaillissent par milliards des mots, des cris, des appels, des chants, du sperme qui se dispersent dans les &#233;thers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces myriades d'actions, gestes, mouvements, signaux, messages &#233;go&#239;stes, myopes, gaspilleurs, dissipatifs, d&#233;pr&#233;dateurs, dilapidateurs, s'entre-combinent, comme dans les bioc&#233;noses, en inter-r&#233;tro-actions devenant compl&#233;mentaires/concurrentes/antagonistes, nourrissent cycles et boucles organisatrices, et constituent la vie des grandes villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#233;gapoles sont d&#232;s lors &#224; la fois et diversement (mais pas pour les m&#234;mes, aux m&#234;mes moments, aux m&#234;mes lieux) villes-capitales (si&#232;ge des centres organisateurs/ordonnateurs) et villes-sans-lois (dont les sous-sols &#8211; l'&lt;i&gt;underground&lt;/i&gt; &#8211; sont livr&#233;s au d&#233;sordre), villes-lumi&#232;re (o&#249; la vie urbaine s'identifie &#224; &#233;mancipation, libert&#233;, cr&#233;ation), villes-jungle (o&#249; r&#232;gnent la concurrence et la lutte impitoyable), villes-ergastules (o&#249; chacun est encha&#238;n&#233; &#224; son travail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi toute soci&#233;t&#233; comporte sa dimension &#233;cologique propre. Toute vie humaine comporte son &#233;co-inscription et son &#233;co-d&#233;termination. Toute vie humaine est &#224; la fois &#233;co-socio-auto-d&#233;termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. L'&#233;cologie de l'action&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'&#233;cologie des actes (Moles, 1974), des id&#233;es (Vickers, 1968), de l'esprit (Bateson, 1972) a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; formul&#233;e. C'est dans ces domaines, mais dans un sens diff&#233;rent, que je vais ici esquisser &lt;i&gt;un principe d'auto-&#233;co-interpr&#233;tation des actions, des id&#233;es, des &#339;uvres.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; rencontr&#233; &#224; plusieurs reprises le paradoxe de l'auto-&#233;co-finalit&#233; : des actions &#224; finalit&#233;s &#171; &#233;go&#239;stes &#187; s'engr&#232;nent en des inter-r&#233;troactions, lesquelles jouent un r&#244;le organisateur dans l'ensemble o&#249; elles s'int&#232;grent, et, finalement, vues sous l'angle de cet ensemble, les actions prennent un sens diff&#233;rent, voire oppos&#233;, de celui qu'elles avaient au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette proposition g&#233;n&#233;rale vaut pour toute initiative humaine volontaire, puisque celle-ci s'introduit de fa&#231;on al&#233;atoire dans un jeu extraordinairement multiple et complexe d'inter-r&#233;troactions dont l'acteur n'a souvent pas le moindre soup&#231;on. Ainsi de nombreuses interventions techno-chimiques dans l'agriculture ont suscit&#233; autant d'effets contraires que de r&#233;sultats correspondant au but vis&#233;. Comme on l'a vu, les pesticides ont massacr&#233;, non seulement des insectes nuisibles &#224; une culture donn&#233;e, mais aussi des insectes utiles, n&#233;cessaires aux r&#233;gulations biologiques et &#224; la pollinisation ; des engrais chimiques, employ&#233;s massivement et continuellement, d&#233;s&#233;quilibrent la teneur min&#233;rale des sols. Une m&#233;canisation rapide de l'agriculture dans un pays &#224; taux de ch&#244;mage &#233;lev&#233; aggrave plus de probl&#232;mes qu'elle n'en r&#233;sout, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actions politiques, al&#233;atoires par nature, entrent rapidement dans un jeu d'inter-r&#233;troactions &#171; &#233;cologiques &#187; qui les dirige dans un sens impr&#233;vu, amortit le plus grandiose effort en un accident n&#233;gligeable, transforme une petite boulette de neige en avalanche, d&#233;clenche un contre-processus qui inverse le sens de l'histoire. Autrement dit, l'action entre dans des processus qui &#233;chappent &#224; la volont&#233;, voire l'entendement et la conscience de l'acteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire que, contrairement &#224; l'opinion qui enracine l'action dans l'acteur, l'action se d&#233;racine de l'acteur, soit pour s'amortir dans les r&#233;troactions n&#233;gatives, soit pour d&#233;clencher des r&#233;troactions positives inattendues ; elle appartient d&#232;s lors, de toute fa&#231;on, plus aux processus &#233;cologiques qu'aux d&#233;cisions autologiques. Contrairement &#224; la vision o&#249; l'action fait corps avec l'acteur, un foss&#233; s'ouvre d&#232;s les premi&#232;res secondes entre l'acteur et l'action, et il va s'&#233;largir de lui-m&#234;me, &#224; moins que l'action puisse &#234;tre sans cesse &#171; suivie &#187;, rattrap&#233;e, corrig&#233;e, mais cela dans une course &#233;perdue o&#249; l'action finalement distanciera son poursuivant et ira se perdre dans le fouillis des inter-r&#233;troactions de l'&lt;i&gt;Umwelt&lt;/i&gt; social et naturel. L'action volontaire &#233;chappe presque aussit&#244;t &#224; la vollont&#233; ; elle s'enfuit, commence &#224; copuler avec d'autres actions par myriades et revient parfois, d&#233;figur&#233;e et d&#233;figurante, sur la t&#234;te de son initiateur. La vieille sagesse du reste ouvrait la porte au principe de l'&#233;cologie de l'action en nous enseignant que l'enfer est pav&#233; de bonnes intentions. Mais il a fallu attendre, je crois, le M&#233;phistoph&#233;l&#232;s debGoethe pour comprendre que si l'enfer est pav&#233; de bonnes intentions, le paradis pouvait &#234;tre dall&#233; de mauvaises actions, puisque, plus M&#233;phistoph&#233;l&#232;s cherche &#224; perdre Marguerite, plus il la sauve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel avait bien vu qu'il existe un principe de n&#233;gativit&#233; qui transforme toutes choses, tous &#234;tres, tous actes en leur contraire : mais il avait mis ce principe &#224; l'&lt;i&gt;int&#233;rieur&lt;/i&gt; de l'auto-d&#233;veloppement (de l'esprit), alors qu'il faut l'&#233;cologiser, c'est-&#224;-dire, comme on le verra plus loin, d&#233;passer la dialectique dans une dialogique, plus radicale, qui fait interagir en les liant de fa&#231;on compl&#233;mentaire, concurrente, antagoniste et incertaine, deux logiques qui ont pourtant le m&#234;me tronc vivant : l'auto-logique et l'&#233;co-logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons ainsi concevoir le premier principe d'&#233;cologie de l'action : &#171; Le niveau d'efficacit&#233; optimum d'une action se situe au d&#233;but de son d&#233;veloppement &#187; (Lise Laf&#233;ri&#232;re). Tr&#232;s t&#244;t, nos actions sont emport&#233;es dans la d&#233;rive, c'est-&#224;-dire un jeu d'inter-r&#233;troactions qui les arrachent &#224; leur source organisatrice et &#224; leur sens finalisateur, pour les entra&#238;ner dans des processus et des directions tout autres, voire contraires. Nous pouvons d&#232;s lors d&#233;gager le deuxi&#232;me principe d'&#233;cologie de l'action, qui est un principe d'incertitude : les ultimes cons&#233;quences d'un acte donn&#233; sont non pr&#233;dictibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons tout de suite en tirer un principe de m&#233;ditation s'appliquant aux probl&#232;mes politiques contemporains. Il ne faut pas seulement se m&#233;fier des id&#233;ologies d&#233;formatrices et simplifiantes, qui entra&#238;nent des actions d&#233;figurant leur finalit&#233; initiale. Il faut surtout se m&#233;fier de la croyance que l'action op&#232;re logiquement dans le sens de son projet : cette action peut entrer dans le jeu des finalit&#233;s ennemies. &lt;i&gt;Ce n'est pas qu'il y ait &#171; complicit&#233; objective &#187; avec l'ennemi r&#233;el ; c'est qu'il y a complexit&#233; objective de la vie r&#233;elle&lt;/i&gt;. L'histoire est fertile en tentatives r&#233;actionnaires d&#233;clenchant des processus r&#233;volutionnaires qui les ont balay&#233;es (ainsi, c'est une r&#233;action aristocratique qui a provoqu&#233; 1789) et en mouvements r&#233;volutionnaires d&#233;clenchant des processus r&#233;actionnaires (comme dans l'Espagne de 1936). Il nous faut comprendre que, dans une situation r&#233;volutionnaire, les actions les plus r&#233;actionnaires concourent &#224; la r&#233;volution, que dans une situation r&#233;actionnaire, les actions les plus r&#233;volutionnaires concourent &#224; la r&#233;action. Il nous faudra r&#233;fl&#233;chir &#233;cologiquement sur tant de r&#233;volutions d&#233;vi&#233;es, &#171; trahies &#187;, pourries, devenant contre-r&#233;volutions, cr&#233;ant parfois m&#234;me un asservissement pire que l'asservissement qu'elles ont aboli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre intelligentsia continue &#224; prendre pour parole d'or l'axiome du grand &#233;crivain, &#171; l'action est manich&#233;enne &#187; ; certes, le manich&#233;isme renforce l'action, gagne une efficacit&#233; contre le r&#233;el en simplifiant, fanatisant et ab&#234;tissant, et par ces moyens refoule la corrosion du doute. Mais une telle action n'atteint jamais ses fins initiales et revient toujours frapper &#224; la t&#234;te celui qui l'a lanc&#233;e. L'action est avant tout jeu &#233;cologis&#233;. Elle ne devient manich&#233;enne qu'en se d&#233;gradant dans et sous les conditions &#233;cologiques de lutte qui durcissent, fanatisent, d&#233;figurent, puis inversent le sens initial de l'action. Ainsi les grands &#233;lans de ferveur peuvent devenir sanguinaires parce que les conditions &#233;cologiques peuvent transmuter l'amour en haine. L'&#233;cologie de l'action nous invite, non seulement &#224; nous d&#233;faire de la pseudo-&#233;thique manich&#233;enne, mais &#224; concevoir les &#171; risques &#233;normes de l'action &#187; (Arendt, 1961). Ces risques externes en deviennent les risques internes, puisque l'action peut d&#233;river jusqu'&#224; inverser sa finalit&#233; sans que l'actant en prenne conscience, continuant &#224; agir, de toute sa bonne volont&#233;, dans le sens contraire &#224; son vouloir. Si nous nous ouvrons par contre aux id&#233;es &#233;cologiques d'inter-r&#233;troactions, d'al&#233;as, de risques, nous pouvons enfin nous concentrer sur le probl&#232;me central de l'action, qui est &lt;i&gt;strat&#233;gie&lt;/i&gt;, et l'&#233;cologie de l'action pourra enrichir l'&#233;thologie de l'action. Nous y reviendrons n&#233;cessairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. L'&#233;cologie des id&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour concevoir l'&#233;cologie des id&#233;es, il faut d'abord donner beaucoup plus d'autonomie aux th&#233;ories, id&#233;ologies, mythes, dieux, et les consid&#233;rer comme des &#234;tres noologiques disposant de certaines propri&#233;t&#233;s de l'existence vivante (&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1128-Reconnaissances-de-la-noosphere' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;nous le verrons dans &lt;i&gt;Les Id&#233;es&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;). Dans ce sens, les id&#233;ologies, mythes, dieux cessent d'appara&#238;tre comme des &#171; produits &#187; fabriqu&#233;s par l'esprit humain et la culture. Ils deviennent des entit&#233;s nourries de vie par l'esprit humain et la culture, qui constituent ainsi leur &#233;co-syst&#232;me coorganisateur et coproducteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dieux sont, dans leurs caract&#232;res biomorphes et anthropomorphes, les &#234;tres-d'esprit les plus accomplis. Les dieux sont certes issus des projections imaginaires des humains ; ce sont certes des sub-stances ectoplasmiques s&#233;cr&#233;t&#233;es par une communaut&#233; de croyants au sein d'une culture. Mais cette substance ectoplasmique s'autonomise, s'auto-activise et dicte ses volont&#233;s aux esprits/cerveaux dont elle est issue. Ainsi s'&#233;tablit un circuit auto-&#233;cologique o&#249; la communaut&#233; de croyance et de foi de ces esprits/cerveaux constitue l'&#233;co-syst&#232;me des dieux, et les dieux, d&#232;s lors, vivent dans leurs temples, exigent pri&#232;res, offrandes, sacrifices, suscitent amour et crainte, cohabitent l'univers des mortels, &#224; la fois dans la plus totale d&#233;pendance et la plus absolue souverainet&#233;. Ainsi une culture est l'&#233;co-syst&#232;me de ses dieux et de ses mythes, et ces dieux et mythes puisent dans nos esprits/cerveaux leur nourriture vitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence des personnages que l'on sait imaginaires comme, dans notre civilisation, les h&#233;ros de romans, est, bien que d&#233;samorc&#233;e praxiquement, analogue &#224; la vie des esprits et g&#233;nies dans les soci&#233;t&#233;s archa&#239;ques. Un h&#233;ros de roman na&#238;t, s'&#233;veille, vit, est nourri en n&#233;guentropie, non seulement dans et par l'esprit du romancier, mais aussi dans et par l'esprit du lecteur ; il vit ainsi en nous de fa&#231;on relativement autonome et suscite nos sentiments passionn&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce qui concerne les stars de cin&#233;ma, cf. Morin, 1957.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es abstraites sont apparemment d&#233;pourvues de vie, c'est-&#224;-dire d'autonomie organisatrice. Certes, une id&#233;e con&#231;ue isol&#233;ment n'a pas plus de vie qu'une mol&#233;cule con&#231;ue isol&#233;ment de la cellule dont elle fait partie. Or, comme la mol&#233;cule dans une cellule, et plus encore, elle fait partie d'une vie noologique dont on verra plus loin les caract&#232;res originaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons qu'un mot dans le dictionnaire est multivalent, qu'il a potentiellement plusieurs sens tr&#232;s divers, et qu'il ne prend son sens que dans le texte du discours qui l'encha&#238;ne et qu'il encha&#238;ne, dans la situation et le milieu (contexte) o&#249; est produit ce discours. Ainsi le contexte est en fait l'&#233;co-texte coorganisateur de tout mot, toute id&#233;e. De m&#234;me nous savons qu'un mot prend son sens, non seulement par ce qu'il d&#233;note, mais aussi, et souvent surtout par ce qu'il connote. Or, la connotation est &#233;co-notation et nous renvoie &#224; une &#233;cologie mentale et culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, consid&#233;rons non pas une id&#233;e s&#233;par&#233;ment, mais un syst&#232;me d'id&#233;es, th&#233;orie ou id&#233;ologie. Un syst&#232;me d'id&#233;es peut &#234;tre consid&#233;r&#233; (et la tentative de d&#233;monstration sera effectu&#233;e &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1128-Reconnaissances-de-la-noosphere' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans le volume &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;) comme une entit&#233; dot&#233;e d'une certaine autonomie organisationnelle &#171; vivante &#187;. Aussi les id&#233;ologies ne sont-elles pas &#224; juger seulement comme erreurs ou v&#233;rit&#233;s, comme fantasmes ou reflets du r&#233;el, comme produits d'une culture ou d'une classe. Elles sont aussi des &#234;tres noologiques, se nourrissant de substances c&#233;r&#233;brales et culturelles. Qui poss&#232;de une id&#233;ologie est aussi poss&#233;d&#233; par elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dosto&#239;evski a admirablement bien vu ce ph&#233;nom&#232;ne de possession dans le roman (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Car comme les dieux, les id&#233;ologies sont non seulement d&#233;pendantes et instrumentales mais elles sont aussi possessives et exigeantes. Elles ne sont pas seulement au service de nos int&#233;r&#234;ts, mais elles nous asservissent en retour, nous parasitent comme des virus &#8211; puisque nous pouvons &#234;tre anim&#233;s par une id&#233;ologie qui travaille &#224; notre perte &#8211; et, &#224; la limite, elles nous immolent &#224; elles, puisque des hommes peuvent mourir &#171; pour une id&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette perspective d'une &#233;cologie des id&#233;es (et ici le terme id&#233;es doit &#234;tre pris dans le sens large qui couvre th&#233;ories, philosophies, id&#233;ologies) qu'on peut situer une proposition que j'avais d&#233;j&#224; formul&#233;e en &lt;i&gt;M&#233;thode 1&lt;/i&gt; : les m&#234;mes id&#233;es ou th&#233;ories peuvent &#234;tre de signification tout &#224; fait diff&#233;rente, et m&#234;me inverse, selon l'&#233;cologie mentale et culturelle qui les nourrit. L'aristot&#233;lisme dans l'&#233;cologie mentale du christianisme m&#233;di&#233;val n'est pas l'aristot&#233;lismebde l'Acad&#233;mie d'Ath&#232;nes : le marxisme dans une &#233;cologie mentale libertaire ou ouverte vit de fa&#231;on tout &#224; fait oppos&#233;e au marxisme nourri par l'&#233;cologie mentale autoritaire ou dogmatique. Je r&#233;p&#232;te : &lt;i&gt;toute notion au d&#233;part &#233;lucidante devient ab&#234;tissante d&#232;s qu'elle se trouve dans une &#233;cologie mentale et culturelle qui cesse de la nourrir en complexit&#233;. Les id&#233;es, les th&#233;ories n'existent pas en dehors de la vie mentale qui les anime. Elles ont besoin d'&#234;tre sans cesse r&#233;g&#233;n&#233;r&#233;es, re-g&#233;n&#233;r&#233;es : elles ont besoin d'&#233;co-coorganisation&lt;/i&gt;. Et ceci nous donne une ouverture en plong&#233;e (&lt;i&gt;insight&lt;/i&gt;) sur le probl&#232;me m&#234;me de ce livre : la m&#233;thode de la complexit&#233; ne peut se former et se formuler que dans une &#233;cologie mentale complexe : elle doit &#234;tre nourrie en complexit&#233; organisatrice (strat&#233;gie) par celui qui la fait sienne et veut l'utiliser. Sinon, la complexit&#233; se d&#233;grade en simplification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E. L'&#339;uvre et l'auteur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'une &#339;uvre (litt&#233;raire, philosophique, th&#233;orique) ? L'explication de l'&#339;uvre est toujours con&#231;ue de fa&#231;on soit unidimensionnelle, soit syncr&#233;tique. Tant&#244;t on &#233;tudie ph&#233;nom&#233;nologiquement l'&#339;uvre en elle-m&#234;me, mettant l'auteur entre parenth&#232;ses ; tant&#244;t on explique l'&#339;uvre par l'auteur dont elle devient le produit ; tant&#244;t on ram&#232;ne l'&#339;uvre &#224; un temps, une culture, une classe sociale dont elle devient d&#232;s lors l'expression, le reflet plus ou moins fantastique. Or le regard &#233;cologique nous permet de voir auto-d&#233;termination et &#233;co-d&#233;termination de l'&#339;uvre &#224; plusieurs paliers ou niveaux. Ainsi, nous devons &#233;cologiser l'auteur d'une &#339;uvre dans sa culture hic et nunc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;e que l'&#339;uvre a pour auteur sa culture hic et nunc a &#233;t&#233; formul&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et voir que celle-ci est coorganisatrice, donc coauteur de l'&#339;uvre, sans que l'auteur cesse d'&#234;tre l'auteur. Dans un autre sens, l'esprit-cerveau de cet auteur est lui-m&#234;me l'&#233;co-syst&#232;me nourricier d'une &#339;uvre qui prend autonomie et devient productrice-de-soi. Ainsi, &lt;i&gt;aux r&#233;ductions en cha&#238;ne nous devons substituer des &#233;cologisations en cha&#238;ne qui, loin de nier l'auteur, au contraire le multiplient, et qui, tout en reconnaissant l'autonomie vivante de toute &#339;uvre d'esprit, y voient en m&#234;me temps le produit synth&#233;tique et syncr&#233;tique d'&#233;co-coauteurs imbriqu&#233;s et impliqu&#233;s les uns dans les autres.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois produite, l'&#339;uvre ne demeure vivante que si elle est lue : sans lecteur, c'est-&#224;-dire sans apport de vie c&#233;r&#233;brale-spirituelle, elle est moins que morte, elle n'existe pas. C'est le lecteur qui lui rend vie, mais une autre vie, dont il devient le coauteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je viens d'&#233;crire me concerne, moi, &#171; auteur &#187; de ces lignes. Je me sens &#224; la fois auteur et &#233;co-auteur de mon livre. Celui-ci est aussi son propre auteur : c'est une machine productrice-de-soi qui s'alimente en moi, me pousse &#224; la servir. Des id&#233;es, les unes dominantes, les autres marginales, mais toutes pr&#233;sentes dans mon &#233;co-syst&#232;me culturel ont f&#233;cond&#233; ce travail et ont jou&#233;, en s'y agr&#233;geant, un r&#244;le acteur. Et ce livre, une fois publi&#233;, subira l'&#233;cologie de l'action. Selon le lecteur, son message sera ou non compris, d&#233;figur&#233;, transform&#233;, d&#233;grad&#233; en nouvelle simplification&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F. Le principe d'auto-&#233;co-explication&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explication des ph&#233;nom&#232;nes humains ne saurait se passer, ni de leur auteur ni de leur &#233;co-syst&#232;me, alors qu'on &#233;limine soit l'un, soit l'autre, soit &#224; la fois l'un et l'autre, au profit d'un d&#233;terminisme anonyme ou d'une libert&#233; ineffable. Tant&#244;t on isole en vase clos le ph&#233;nom&#232;ne &#233;tudi&#233; en lui faisant tout au plus prendre un bain de pieds dans son &#171; milieu &#187;, tant&#244;t on fait de ce ph&#233;nom&#232;ne le pur produit des d&#233;terminismes ext&#233;rieurs. La pens&#233;e &#233;cologis&#233;e s'oppose &#224; la fois &#224; l'insularisation d'un &#171; objet &#187; et &#224; la r&#233;duction aux causalit&#233;s ext&#233;rieures, &#224; l'imbibation superficielle et &#224; la noyade dans un &#171; milieu &#187;. Il ne saurait y avoir de description, ni d'explication des ph&#233;nom&#232;nes en dehors de la double inscription et de la double implication au sein d'une dialogique complexe qui associe de fa&#231;on compl&#233;mentaire, concurrente et antagoniste, d'une part, les logiques autonomes et internes propres au ph&#233;nom&#232;ne, d'autre part, les &#233;co-logiques de ses environnements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut donc toujours chercher le double moteur, le double pilotage auto-&#233;co-organisateur de la description et de l'explication. La pens&#233;e &#233;cologis&#233;e, c'est l'introduction du regard &#233;cologique et de la dimension &#233;cologique dans la description et l'explication de tout ce qui vit, y compris la soci&#233;t&#233;, l'homme, l'esprit, les id&#233;es, la connaissance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ainsi, par exemple, les caract&#232;res de la dominance, de l'exploitation, de la mort changent tr&#232;s profond&#233;ment. &#192; la diff&#233;rence des &#233;co-syst&#232;mes, l'appareil d'&#201;tat des soci&#233;t&#233;s historiques permet &#224; des individus ou groupes d'occuper de fa&#231;on stable le poste de commande central, et ainsi le contr&#244;le se transforme en domination de quelques-uns sur l'anthropo-masse majoritaire, dont la &#171; dominance &#187; d&#233;mographique est domin&#233;e politiquement et &#233;conomiquement. Par ailleurs, l'exploitation, tr&#232;s &#171; sp&#233;cialis&#233;e &#187; et limit&#233;e dans les &#233;co-syst&#232;mes (ainsi le lion ne peut &#171; exploiter &#187; que le gros herbivore), devient potentiellement illimit&#233;e : un homme ou un groupe humain peuvent exploiter les plantes, les animaux, les fermiers, les exploiteurs de fermiers, etc., et, au fur et &#224; mesure que la soci&#233;t&#233; se d&#233;veloppe, de nouvelles possibilit&#233;s s'offrent &#224; l'exploitation de la nature et de l'homme par l'homme. Enfin, signalons ici la transformation de la mort : la mort &#233;cologique est d'une part aveugl&#233;ment massacreuse, d'autre part r&#233;gulatrice (des populations) et nourrici&#232;re des individus (cha&#238;nes trophiques). Le meurtre d'un vivant par un autre vivant y est limit&#233; aux n&#233;cessit&#233;s de survie du meurtrier (alimentation, d&#233;fense). Dans les soci&#233;t&#233;s humaines de l'&#232;re historique, le meurtre se d&#233;cha&#238;ne pour le pouvoir, le lucre, la haine, la passion, le plaisir et se transforme collectivement en massacres. Par contre, la mort nourrit les humains, non pas biologiquement (sauf cannibalismes r&#233;siduels), mais magiquement (rites, mythes, religions). Nous aurons peut-&#234;tre l'&#233;nergie d'examiner ces probl&#232;mes (&lt;i&gt;M&#233;thode 5 : L'Humanit&#233; de l'Humanit&#233;&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En ce qui concerne les stars de cin&#233;ma, cf. Morin, 1957.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dosto&#239;evski a admirablement bien vu ce ph&#233;nom&#232;ne de possession dans le roman justement traduit sous le titre &lt;i&gt;les Poss&#233;d&#233;s&lt;/i&gt;. Mais le titre original, &lt;i&gt;les D&#233;mons&lt;/i&gt;, nous indique que Dosto&#239;evski enracinait avec non moins de perspicacit&#233; la moderne possession par des id&#233;es dans l'ancienne possession par des &#171; d&#233;mons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'id&#233;e que l'&#339;uvre a pour auteur sa culture &lt;i&gt;hic et nunc&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; formul&#233;e dogmatiquement par Taine ; avec non moins de rigidit&#233; r&#233;ductrice, un certain marxisme a cru voir dans la classe sociale l'auteur v&#233;ritable d'une &#339;uvre litt&#233;raire (Goldmann). C'est plus subtilement qu'un Lucien Febvre, &#233;tudiant Rabelais, a essay&#233; de concevoir comment un contexte bio-socio-culturel coprogramme l'&#233;laboration d'une pens&#233;e et d'une &#339;uvre (cf. Taine, &lt;i&gt;La Fontaine et ses Fables&lt;/i&gt; (1853-1861) ; L. Goldmann, &lt;i&gt;Le Dieu &lt;/i&gt;&lt;i&gt;cach&#233;&lt;/i&gt; (1956) ; L. Febvre, &lt;i&gt;La Religion de Rabelais &lt;/i&gt;(1942)).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Origines et m&#233;tamorphoses du stalino-gauchisme (2/2)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1215-Origines-et-metamorphoses-du-stalino-gauchisme-2-2</link>
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		<dc:date>2025-12-05T08:14:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) Seconde partie : -- Sym&#233;trique de l'horizon d&#233;sirable, il y a le &#8220;camp du mal&#8221;, c'est-&#224;-dire l'Occident. -- L'anti-occidentalisme est la caract&#233;ristique fondamentale de toutes ces concr&#233;tions id&#233;ologiques. Roger Garaudy, l'ancien commissaire politique du parti stalinien dans les ann&#233;es 1950, converti par la suite au catholicisme int&#233;griste puis &#224; l'islam, a r&#233;sum&#233; cette posture fondamentale en une phrase : &#8220;L'Occident est une anomalie qui doit (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-le-gauchisme-radical-chic-" rel="directory"&gt;Le gauchisme radical-chic&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/byiopnoszkbbhscglnmbhqfpkwlfm9t1hwmcpuzy_400x400-2.jpg?1762881944' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1214-Origines-et-metamorphoses-du-stalino-gauchisme-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_2003 spip_documents spip_documents_right' style=&#034;max-width:104px;&#034; data-w=&#034;104&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf/podcast_stalino-gauchisme_a5.pdf' arial-label=&#034;Origines et m&#233;tamorphoses du stalino-gauchisme&#034; title=&#034;Origines et m&#233;tamorphoses du stalino-gauchisme&#034; type=&#034;application/pdf&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:103.84615384615%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/logopdf-26.png&amp;taille=104&amp;1763892704' alt='Origines et m&#233;tamorphoses du stalino-gauchisme' data-src='IMG/png/logopdf-26.png' data-l='104' data-h='108' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;104&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/logopdf-26.png&amp;#38;taille=104&amp;#38;1763892704&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/logopdf-26.png&amp;#38;taille=104&amp;#38;1763892704&#034;}}' class='image_responsive' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-2003 '&gt;&lt;strong&gt;Origines et m&#233;tamorphoses du stalino-gauchisme
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;a class=&#034;telecharger&#034; href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf/podcast_stalino-gauchisme_a5.pdf'&gt;T&#233;l&#233;charger (392&#160;kio)&lt;/a&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Seconde partie :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_2002 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_document_avec_legende spip_document_player spip_documents_player spip_doc_player&#034; data-legende-len=&#034;86&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt; &lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;mejs-audio-wrapper audio-wrapper mejs-audio-wrapper-skin-mejs&#034; style='width:400px;max-width:100%;margin:0 auto;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-2002 mejs__mejs&#034; data-id=&#034;a9dd7fe090e8f821a1340d6787c8b58c&#034; src=&#034;IMG/mp3/jbbrjcip2hqwi87fkuwe3s05amc2pnx4mie03htm.mp3&#034; type=&#034;&#034; data-mejsoptions='{&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:3261,&#034;iconSprite&#034;:&#034;https://www.collectiflieuxcommuns.fr/plugins/auto/player/v4.3.0/lib/mejs/build/mejs-controls.svg?1747379926&#034;}' data-mejsplugins='null' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt;
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&lt;/style&gt;&lt;/span&gt;&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-2002 '&gt;&lt;strong&gt;Origines et m&#233;tamorphoses du stalino-gauchisme (2/2) &#8212; Podcast H&#233;r&#233;tiques 2024
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;Sym&#233;trique de l'horizon d&#233;sirable, il y a le &#8220;camp du mal&#8221;, c'est-&#224;-dire l'Occident.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; L'anti-occidentalisme est la caract&#233;ristique fondamentale de toutes ces concr&#233;tions id&#233;ologiques. Roger Garaudy, l'ancien commissaire politique du parti stalinien dans les ann&#233;es 1950&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce Garaudy niait alors l'existence du goulag et avait m&#234;me commis un article (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, converti par la suite au catholicisme int&#233;griste puis &#224; l'islam, a r&#233;sum&#233; cette posture fondamentale en une phrase : &lt;i&gt;&#8220;L'Occident est une anomalie qui doit dispara&#238;tre&#8221;&lt;/i&gt;. Cette tirade a ravi toutes les vari&#233;t&#233;s d'islamistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Itin&#233;raire d'une n&#233;gation, de Micha&#235;l Prazan, co&#233;crit avec Adrien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toutes les civilisations, l'Occident a commis des horreurs. Mais ce sont ses r&#233;ussites qui le distinguent et qui lui attirent l'hostilit&#233; sans retour. De plus, par son rayon d'action plan&#233;taire, il a mis en pr&#233;sence les unes aux autres toutes les civilisations et cultures de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est cependant curieux que les officiels de cet Occident soient dispos&#233;s &#224; reconna&#238;tre pr&#233;f&#233;rentiellement les monstruosit&#233;s commises plut&#244;t que les r&#233;ussites. D'ordinaire une civilisation ne le fait que lorsqu'elle a &#233;t&#233; vaincue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;A cela s'ajoute l'accusation &lt;/i&gt;&lt;i&gt;redondante&lt;/i&gt;&lt;i&gt; d'extr&#234;me-droite &lt;/i&gt;&lt;i&gt;au fil d'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;absurdit&#233;s r&#233;currente&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;C'est un m&#233;lange &#233;trange de d&#233;ni et d'illusion &lt;/i&gt;&lt;i&gt;puisque &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'extr&#234;me-droite est anecdotique depuis la d&#233;faite du nazisme&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ces id&#233;ologues o&lt;/i&gt;&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;cidentaux anti-occidentalistes sont aveugles devant le d&#233;ploiement d'un sur-fascisme tel que l'islamisme, qui &lt;/i&gt;&lt;i&gt;cultive &lt;/i&gt;&lt;i&gt;des traits amplifi&#233;s d'une extr&#234;me-droite religieuse :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; rel&#233;gation des femmes&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#233;loge de la violence,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; refus radical de toute d&#233;mocratie (l'&#233;galit&#233; et la libert&#233; sont des abominations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elles sont qualifi&#233;es de blasph&#232;mes par l'islam. K&#233;mal Ataturk d&#233;cr&#233;ta (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce d&#233;ni &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de l'islamisme &lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&#233;v&#232;le le refus de la r&#233;alit&#233; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;d&lt;/i&gt;&lt;i&gt;es &#8220;wokes&#8221;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Leur posture pr&#233;suppose qu'il y a quelque part dans le monde, de pr&#233;f&#233;rence tr&#232;s loin, un lieu o&#249; pr&#233;vaut un miracle historique. Les pro-Chinois en furent une illustration accablante, que Simon Leys a d&#233;truit, mais cela n'a &#233;t&#233; admis du bout des l&#232;vres qu'&#224; la longue, en g&#233;n&#233;ral une fois que les r&#233;gimes &#8220;sovi&#233;tiques&#8221; offensifs ont disparu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela rel&#232;ve aussi d'un snobisme intellectuel propre &#224; cette sorte de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;C'est pour cela qu'il faut finir par parler de &#8220;religion&#8221;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est ce qu'avance Jean-Fran&#231;ois Braunstein&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Fran&#231;ois Braunstein, La Religion woke, Grasset, 2022&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : c'est la premi&#232;re fois, avec le wokisme, qu'une religion prend sa source dans les universit&#233;s, lieu en Occident de tout examen critique depuis le Moyen-Age. Le processus s'est acc&#233;l&#233;r&#233; depuis une vingtaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bon de rappeler certaines remarques de dissidents venus de l'Est : ces gens s'inqui&#233;taient de voir les universit&#233;s occidentales envahies par les marxistes. Ils disaient quelque chose du genre : &lt;i&gt;&#8220;dans une trentaine d'ann&#233;es, vous aurez de mauvaises surprises&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus avait &#233;t&#233; tr&#232;s t&#244;t engag&#233; en France, d&#232;s les ann&#233;es 1950, avec le comportement des &#8220;intellectuels progressistes&#8221; fran&#231;ais. Il est bon de lire l'ouvrage de Christopher Rufo, qui d&#233;crit superbement la sociologie et l'histoire de ces milieux aux Etats-Unis depuis 70 ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christopher Rufo, America's Cultural Revolution-How the Radical Left (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas d'un simple &#8220;probl&#232;me acad&#233;mique&#8221; mais d'un processus socio-politique dans ces milieux intellectuels en mal de r&#244;le social et d'inspiration : ils produisent &#224; la cha&#238;ne des &lt;i&gt;&#8220;fictions th&#233;oriciennes&#8221;&lt;/i&gt;. Edward Sa&#239;d a &#233;t&#233; un des pionniers aux Etats-Unis de cette nouvelle mani&#232;re, d&#233;tach&#233;e de la tradition marxiste issue de l'entre-deux guerre. Sa mauvaise foi remarquable sur &#8220;l'Orientalisme&#8221; a &#233;t&#233; d&#233;cortiqu&#233;e par Robert Irwin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;For Lust of Knowing - The Orientalists and Their Enemies, Rovert Irwin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Lewis, que ciblait avec insistance Edward Sa&#239;d, avait d&#233;j&#224; r&#233;pondu avec beaucoup de mesure et de pr&#233;cision&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article intitul&#233; &#171; The question of Orientalism &#187;, The New York Review (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en soulignant l'ignorance que ce dandy Edward, d'une famille libanaise protestante tr&#232;s bourgeoise, manifestait &#224; propos de l'islam. Cette d&#233;nonciation de l'Orientalisme, discipline en r&#233;alit&#233; tr&#232;s fragment&#233;e et diverse, qui a sauv&#233; de l'oubli divers pans de cultures orientales tomb&#233;es en d&#233;sh&#233;rence, a servi &#224; cultiver une mauvaise foi id&#233;ologique au nom de l'&#8220;anti-colonialisme&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le r&#244;le des d&#233;partements d'&#8220;&#233;tudes litt&#233;raires&#8221; a &#233;t&#233; central dans ce genre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le wokisme a radicalis&#233; cette posture en en faisant un p&#233;ch&#233; originel, ce que tous les courants issus du marxisme appuient d'instinct. Le pass&#233; de l'Occident serait irr&#233;m&#233;diable et maudit. Il ne pourrait s'en affranchir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;Et avec un proc&#233;d&#233; de renversement complet.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; L'Occident a &#233;t&#233; la civilisation la plus int&#233;ress&#233;e par les autres cultures et civilisations, m&#234;me quand elle les dominait. Le reproche central fait &#224; l'Occident d&#233;nonce l'occidentalocentrisme, l'eurocentrisme, l'ethno-centrisme. Aujourd'hui, il y a un renversement syst&#233;matique du sens, jusque dans le langage, puisque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les &#8220;d&#233;coloniaux&#8221; sont en fait des colons,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les &#8220;n&#233;o-f&#233;ministes&#8221; des anti-f&#233;ministes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les &#8220;antifas&#8221; des fascistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les anti-racistes des n&#233;o-racistes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette inversion syst&#233;matique des termes est l'objet d'une surench&#232;re permanente. Ceux qui se sont investis dans ce genre de production &#8220;litt&#233;raire&#8221; se trouvent d'ailleurs pris dans un maelstr&#246;m o&#249; ils risquent &#224; tout moment de subir un &lt;strong&gt;proc&#232;s en mod&#233;rantisme&lt;/strong&gt;. Le m&#233;canisme de la Terreur sous la R&#233;volution est mim&#233; jusqu'&#224; la farce. Le mot d'ordre fondamental para&#238;t &#234;tre : &lt;i&gt;&#8220;plus abruti que moi, tu meurs !&#8221;&lt;/i&gt;. Il faut s'adapter sans cesse aux nouvelles modes id&#233;ologiques. L'orthographe abusive est ainsi un mod&#232;le d'abrutissement qui pr&#233;suppose la m&#233;canisation de la langue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela ressemble &#224; un argot &#233;crit qui ne dit pas son nom. Or, tous les argots, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A ce propos, il est amusant de constater qu'il existe des langues (notamment indo-europ&#233;ennes comme le persan) qui ne connaissent pas de genres masculin/f&#233;minin. Un &lt;i&gt;woke&lt;/i&gt; s'attendrait &#224; ce que les rapports entre les sexes soient id&#233;aux en Iran !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Lefort, dans &#8220;Un homme en trop&#8221;, o&#249; il analyse &#8220;L'Archipel du Goulag&#8221; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; De fait, le sort fait aux femmes y est pour eux un non-sujet. Ils tiennent &#224; ce que la grammaire et l'orthographe deviennent un manuel d'orthopraxie. C'est hallucinant de b&#234;tise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Gabel d&#233;crivait la mentalit&#233; totalitaire dans &lt;i&gt;&#8220;La fausse Conscience&#8221;&lt;/i&gt; en la rapprochant de la psychose. Le d&#233;crochage de la vis-&#224;-vis de la r&#233;alit&#233; est semblable. Ce qui compte, c'est le &#8220;ressenti&#8221;. Il constatait que &lt;i&gt;&#8220;les discours prescrits ne sont pas susceptibles de r&#233;futation&#8221;.&lt;/i&gt; Cette remarque date des ann&#233;es 1960. Une telle entorse &#224; la lucidit&#233; &#233;tait d&#233;j&#224; identifi&#233;e, mais elle a n&#233;anmoins continu&#233; de prosp&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve des perles sid&#233;rantes chez certains &#8220;progressistes&#8221; en position de pouvoir. Ainsi Delphine Ernotte, ing&#233;nieure centralienne de formation selon sa fiche wikipedia et directrice de Radio France, a r&#233;cemment utilis&#233; une phrase infiniment r&#233;v&#233;latrice : l'important dans les m&#233;dias de masse ne serait pas de &lt;i&gt;d&#233;crire ce qui est&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; &lt;i&gt;ce qui devrait &#234;tre&lt;/i&gt;. C'est mot pour mot une consigne de Staline lui-m&#234;me aux journaux &#8220;sovi&#233;tiques&#8221;, au lendemain du g&#233;nocide des paysans ukrainiens. Il fallait dire que le monde &#233;tait devenu plus gai et plus riche. Il fallait ne pr&#233;senter dans la propagande que ce qui &lt;i&gt;devrait&lt;/i&gt; &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport (formel) est &#233;tonnamment solide entre le &#8220;wokisme&#8221; et le &#8220;diamat&#8221;, ce cat&#233;chisme du &#8220;mat&#233;rialisme dialectique&#8221; de sinistre m&#233;moire. Les racines sont profondes : par exemple, lors du congr&#232;s de Bakou en 1920, un Radek revendiqua ouvertement la n&#233;cessit&#233; de proclamer le djihad pour attirer les peuples colonis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Fran&#231;ois Braunstein signale n&#233;anmoins qu'il existe trois diff&#233;rences non-n&#233;gligeables :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1-&lt;strong&gt;la dictature du discours &#8220;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;woke&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#8221; est moins violente&lt;/strong&gt; (il s'agit tout de m&#234;me de mort sociale) et ses tenants ne d&#233;tiennent pas &#224; ce jour tout le pouvoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2-&lt;strong&gt;le marxisme-l&#233;ninisme pr&#233;tendait encore &#224; la science, ce n'est plus le cas du &#8220;wokisme&#8221;&lt;/strong&gt; : toute la science occidentale serait &#8220;fasciste&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me en math&#233;matique, il faudrait une version &lt;i&gt;woke&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique est de d&#233;sint&#233;grer toutes les disciplines qui recherchent la rigueur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'&#233;tait la boussole de Paulo Freire qui pr&#233;tendait fournir une p&#233;dagogie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- &lt;strong&gt;la r&#233;alit&#233; n'existe pas pour les &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;woke&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les marxistes sociaux-d&#233;mocrates d'avant 1914 tenaient au contraire &#224; une formule tr&#232;s claire : &lt;i&gt;&#8220;la r&#233;alit&#233; est le meilleur marxiste&#8221;&lt;/i&gt;. Ils affichaient une r&#233;f&#233;rence prioritaire &#224; la r&#233;alit&#233;, qui ne d&#233;pend pas du &#8220;ressenti&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, un homme peut pr&#233;tendre qu'il a une &#8220;&#226;me&#8221; f&#233;minine et exiger d'&#234;tre trait&#233; en cons&#233;quence. Les enseignants qui se s'alignent pas sur le pronom qu'un enfant revendique pour lui-m&#234;me s'exposent dans certains pays &#224; des probl&#232;mes judiciaires. Le succ&#233;dan&#233; d'utopie qu'est le wokisme est encore plus exotique que le &#8220;communisme&#8221;. Il est exig&#233; de consentir &#224; mentir si quelqu'un se proclame d'un autre sexe. Comment continuer &#224; &#8220;faire soci&#233;t&#233;&#8221; dans ces conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Que veulent dire les &#8220;politiques de l'identit&#233;&#8221; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identit&#233; nationale ou occidentale est d'embl&#233;e interdite. Mais :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'identit&#233; raciale ne tol&#232;re pas la &#8220;fluidit&#233;&#8221;, il faut choisir&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'identit&#233; sexuelle exige la &#8220;fluidit&#233;&#8221;, choisir est une &#8220;faute&#8221;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'islam ne tol&#232;re aucune &#8220;fluidit&#233;&#8221;, il s'agit de conqu&#233;rir le monde&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le seul point commun &#224; toutes ces vari&#233;t&#233;s de revendications identitaires, c'est de consid&#233;rer l'universalisme occidental comme l'ennemi fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mike Gonzalez dans &lt;i&gt;&#8220;The Plot to Change America&lt;/i&gt;&lt;i&gt; - &lt;/i&gt;&lt;i&gt;How Identity Politics Is Dividing the Land of the Free&lt;/i&gt;&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;paru en 2020, chez Encounter Books.&#034; id=&#034;nh7-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; montre que la cons&#233;quence &#8220;judiciaire&#8221; de toutes ces man&#339;uvres est d'en arriver &#224; d&#233;finir des communaut&#233;s de droits distincts, h&#233;t&#233;rog&#232;nes les unes aux autres, et de statuts in&#233;gaux. Il fait m&#234;me le parall&#232;le avec les &lt;i&gt;millets&lt;/i&gt; de l'empire ottoman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;Le post-modernisme aboutit finalement &#224; un pr&#233;-modernisme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; En Europe occidentale, les musulmans aspirent &#224; b&#233;n&#233;ficier d'un statut sup&#233;rieur (c'est la caract&#233;ristique de toute forme de charia). L'indulgence dont b&#233;n&#233;ficient les d&#233;linquants musulmans av&#233;r&#233;s est un d&#233;but d'entr&#233;e en vigueur d'une telle &#233;chelle de statuts in&#233;gaux. L'excuse pour la &#8220;m&#233;connaissance des codes&#8221; invoqu&#233;s par des avocats peu scrupuleux est un coup de force juridique. Au Royaume Uni, pour les diff&#233;rents entre musulmans, des tribunaux respectant la charia sont d&#233;j&#224; actifs, et tant pis pour les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les &#8220;&lt;i&gt;woke&lt;/i&gt;&#8221;, comme les marxistes, refusent de savoir, c'est que lorsqu'on abolit la nation, on retombe inexorablement sur des formes imp&#233;riales beaucoup plus arri&#233;r&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Communaut&#233; de destin repose dans un empire sur la f&#233;rocit&#233; impos&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les Marcusiens &#233;taient litt&#233;ralement obs&#233;d&#233;s par le sabotage du &#8220;melting-pot&#8221; am&#233;ricain, qui avait permis de fondre les vagues d'immigration dans une logique nationale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au XIXe si&#232;cle, il &#233;tait tenu pour acquis que la recherche d'une &#8220;communaut&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une fragmentation d'entit&#233;s ethniques et &#233;tatiques ne cr&#233;e pas automatiquement des nations. Ainsi, dans les Balkans, on a affaire &#224; des fragments d'empire, plut&#244;t qu'&#224; des nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les marxistes n'ont jamais voulu admettre que pour exprimer une critique en acte de la nation, il aurait fallu faire mieux qu'elle sur les terrains o&#249; elle excelle (par exemple permettre l'expression &#233;largie de la figure du citoyen participant aux d&#233;cisions souveraines).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'URSS a consist&#233; en une forme aggrav&#233;e de l'empire tsariste, dot&#233;e d'une industrialisation primitive dans ses moyens, et d'une religion politique propre &#224; l'&#233;lite du pouvoir (la bureaucratie), tandis que la religion orthodoxe survivait p&#233;niblement sous une r&#233;pression exceptionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nazisme, concurrent plut&#244;t qu'adversaire du sovi&#233;tisme, tendait aussi, dans son projet imp&#233;rial fondamental, malgr&#233; son nationalisme affich&#233;, &#224; dissoudre la nation et &#224; d&#233;finir une religion politique fond&#233;e sur la &#8220;race&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il arrive que des observateurs, d'ordinaire mieux inspir&#233;s comme Amin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux r&#233;gimes totalitaires se sont livr&#233;s une guerre mill&#233;nariste, avec un mim&#233;tisme parfait dans les m&#233;thodes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ambition du r&#233;gime nazi &#233;tait, avec le General Plan Ost (Plan g&#233;n&#233;ral pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Himmler avait os&#233; remarquer en 1940, apr&#232;s l'annexion de territoires polonais o&#249; les Juifs &#233;taient encore plus nombreux qu'en Allemagne que si les nationaux-socialistes &#233;taient des Bolch&#233;viks, ils extermineraient les Juifs, mais qu'ils &#233;taient des Occidentaux ! Le projet d'extermination (mis en pratique) des Juifs, des Tsiganes, des handicap&#233;s et des malades mentaux dans les territoires envahis, a montr&#233; &#224; quel point ce nazisme &#233;tait bel et bien dans une logique de sortie de l'Occident, auquel on reproche pourtant aujourd'hui les crimes nationaux-socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Yonnet, analysant le n&#233;o-antiracisme animant SOS-Racisme, soulignait l'&#233;troitesse de la vision antifasciste sur le nazisme : elle le r&#233;duisait &#224; l'antis&#233;mitisme. L'entreprise &#233;tait beaucoup plus ambitieuse, avec son projet d'empire d'envergure mondiale. Paul Yonnet, dans son ouvrage &lt;i&gt;&#8220;Voyage au centre du malaise franc&#807;ais&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, l'antiracisme et le roman national&lt;/i&gt;&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#233;d. Gallimard, 1993, r&#233;&#233;dit&#233; seulement en 2022, avec une postface de Pierre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; avait identifi&#233; le caract&#232;re profond&#233;ment manipulateur et factice de SOS-Racisme. Il fut le premier &#224; subir une mort sociale &#224; l'initiative d'un journaliste tel que Laurent Joffrin, commissaire politique auto-proclam&#233; traquant le &#8220;fascisme&#8221; sous des traits de plus en plus oniriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe de saisir &#224; quel point le stalino-gauchisme rec&#232;le une dimension religieuse d&#233;grad&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le marxisme-l&#233;ninisme a reproduit de nombreux traits singuliers des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les chr&#233;tiens s'opposant au marxisme-l&#233;ninisme identifiaient tr&#232;s facilement les cat&#233;gories th&#233;ologiques famili&#232;res qui transparaissaient dans les biais id&#233;ologiques de ce qui se pr&#233;tendait une &#8220;science de l'histoire&#8221;. On peut dire qu'il y a eu une tendance, avec le &#8220;diamat&#8221; (cat&#233;chisme du mat&#233;rialisme dialectique &#8220;sovi&#233;tique&#8221;), de d&#233;finir un canon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un &#8220;canon&#8221; religieux est un corpus d&#233;limit&#233;, malgr&#233; ses dimensions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour la croyance marxiste. L'avenir y tient la place de &#8220;l'autre monde&#8221;, mais demeure tout aussi inaccessible, le Parti tient le r&#244;le de l'Eglise, en pr&#233;tendant ma&#238;triser l'acc&#232;s &#224; cet autre monde, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me du marxisme-l&#233;ninisme, c'est qu'il a d&#233;fini un mill&#233;narisme mais sans disposer d'une religion coutumi&#232;re permettant de se replier lorsque la p&#233;riode intense s'&#233;teint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;Ne peut-on consid&#233;rer que la gauche est une forme de religion coutumi&#232;re ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il ne semble pas : ce serait plut&#244;t une superstition (comme la &#8220;droite&#8221;) en perp&#233;tuelle recherche de dogmes la dotant de leviers d'influence. La gauche ne dispose pas d'un canon, &#224; la diff&#233;rence d'une religion telle que le juda&#239;sme ou m&#234;me la paganisme grec. Elle cherche &#224; imposer une orthopraxie, reposant sur des d&#233;finitions m&#233;taphysiques de ce que doit &#234;tre le comportement de chacun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En bref, chacun devrait devenir irr&#233;versiblement &#8220;vertueux&#8221;. Ce fut le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce que la droite ne fait plus depuis l'effondrement des sources &#8220;contre-r&#233;volutionnaires&#8221; formul&#233;es par un Joseph de Maistre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Joseph de Maistre, Consid&#233;rations sur la France, Londres, B&#226;le, 1796.&#034; id=&#034;nh7-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;wokisme&lt;/i&gt; s'inscrit dans une s&#233;rie de tentatives toujours recommenc&#233;es pour r&#233;activer le mill&#233;narisme du marxisme-l&#233;ninisme. Pour &#234;tre coh&#233;rentes, ces tentatives sont parfois amen&#233;es &#224; promette un enfer &#224; perp&#233;tuit&#233;, comme la &lt;i&gt;&#8220;th&#233;orie critique de la race&#8221;&lt;/i&gt; qui veut voir les Etats-Unis comme un nazisme &#233;ternel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'apocalypse climatique rel&#232;ve du m&#234;me tropisme : pour amener un changement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le wokisme, en affectant sans cesse de proclamer l'imminence de la r&#233;surrection de Hitler, recycle une de ces id&#233;es chr&#233;tiennes devenues folles, que d&#233;non&#231;ait par avance Chesterton en 1908.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les technocrates de l'&#233;cologisme esp&#232;rent imposer leurs mesures, qui impliquent une logique de p&#233;nuries et de rationnement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le probl&#232;me est &#233;videmment que les riches ne veulent absolument pas donner (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quoi qu'on fasse, le monde serait mort dans 10 ans, voire plus t&#244;t&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette fascination pour une situation apocalyptique a visiblement pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ne resterait qu'&#224; se repentir, comme &#224; l'approche de l'an 1000. Le plus probable est que la situation se d&#233;t&#233;riorera, mais que tout continuera avec des hauts et des bas. De toute fa&#231;on, un militant &lt;i&gt;woke&lt;/i&gt; a soif de s'engager dans une lutte pr&#233;sentant un enjeu cosmique imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces gens ne veulent pas voir que l'esp&#232;ce humaine a depuis longtemps commenc&#233; &#224; modifier son environnement, quitte &#224; le polluer abondamment :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; voir Chypre, cette montagne de cuivre exploit&#233;e pendant des mill&#233;naires&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; voir la c&#244;te toscane o&#249; les st&#233;riles de mine de fer jonchent le sol (depuis l'&#233;poque &#233;trusque)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; voir la chasse par br&#251;lis en Australie, qui a modifi&#233; l'&#233;cologie du continent et m&#234;me provoqu&#233; une co-&#233;volution de certaines esp&#232;ces, comme des rongeurs sp&#233;cialis&#233;s dans la nourriture des jeunes plantes repoussant apr&#232;s ces incendies.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; la for&#234;t amazonienne n'est pas une for&#234;t primaire, pour un bonne part, mais r&#233;sulte de zones cultiv&#233;es par des groupes humains (les arbres sont les principales cultures praticables dans ces r&#233;gions). M&#234;me quand elles sont retourn&#233;es en jach&#232;res, des groupes humains peuvent vivre dans ces vergers anciens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir 1491, nouvelles r&#233;v&#233;lations sur les Am&#233;riques avant Christophe Colomb (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Il y a naturellement un appel constant &#224; un soul&#232;vement perdu d'avance, qui s'est v&#233;rifi&#233; dans l'&#8220;anticapitalisme&#8221;. Le terme de &#8220;capitalisme&#8221; n'a &#233;t&#233; brandi qu'&#224; la fin des ann&#233;es 1890, par Werner Sombart puis Max Weber, bien apr&#232;s la th&#233;orisation d'un avenir &#8220;socialiste&#8221; n&#233;cessaire. Il repr&#233;sente une entit&#233; mal&#233;fique, prot&#233;iforme, une esp&#232;ce de d&#233;mon sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intellectuels sont fascin&#233;s par l'id&#233;e qu'il doit exister un syst&#232;me monocausal rendant compte de la r&#233;alit&#233; sensible, et que sa compr&#233;hension permettrait de formater la r&#233;alit&#233; de fa&#231;on paradisiaque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourrait y percevoir l'horizon onirique d'une posture monoth&#233;iste qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La certitude d'une ma&#238;trise totale par l'&#234;tre humain sans effet n&#233;faste en retour sur son biotope lui procurerait un statut quasi-divin. Le progressisme &#233;chevel&#233;, r&#233;duit encore une fois &#224; un levier technique r&#234;v&#233;, et dont le marxisme s'est voulu le couronnement, survit ainsi avec ces id&#233;ologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pollution induite par l'industrialisation appara&#238;t comme particuli&#232;rement envahissante : toute mesure visant &#224; bloquer certains de ses m&#233;faits est rapidement tourn&#233;e. Plut&#244;t que d'une conspiration, cela ressemble &#224; un processus d'inondation qui finit toujours par trouver son chemin. Comment l'enrayer ? Le monde &#233;tant fini, cette fuite en avant finira par s'arr&#234;ter, mais selon quel compromis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ories technocratiques actuelles ne cessent d'exhiber des solutions techniques qui aggravent les processus en cours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le recours &#224; l'&#233;nergie nucl&#233;aire illustre une solution techno-industrielle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'Inde et la Chine veulent se doter de r&#233;seaux &#233;lectriques de m&#234;me densit&#233; que le Japon ou les pays industrialis&#233;s d'Europe et d'Am&#233;rique, les ressources plan&#233;taires sont probablement insuffisantes. Or, le cuivre a &#233;t&#233; corr&#233;l&#233; &#224; la naissance des villes et des Etats, sa p&#233;nurie aura sans doute des effets prodigieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains &#8220;futurologues&#8221; &#233;tats-uniens ont m&#234;me d&#233;j&#224; &#233;labor&#233; d'improbables projets virtuels pr&#233;tendant aboutir &#224; r&#233;cup&#233;rer les minerais les plus n&#233;cessaires par l'exploitation d'ast&#233;ro&#239;des, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;M&#233;lenchon est un fan de cette religion technocratique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il y va de l'h&#233;ritage positiviste du marxisme. La technique jusqu'au bout. Les &#201;tats-Unis r&#233;activeraient leur perception de la &#8220;fronti&#232;re&#8221; pourvoyeuse de ressources et d'expansion. L'hyst&#233;rie climatique est largement accompagn&#233;e de projets de g&#233;o-ing&#233;ni&#233;rie, et de perspectives de rationnement des populations (surtout occidentales). Ces r&#234;veries prolif&#232;rent dans les instituts de recherche, dont le r&#234;ve est de piloter le climat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A ce propos, il faut signaler les remarques de Harry Bernas sur la mutation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est sans doute terriblement scabreux : les effets des causalit&#233;s en boucle propres aux processus climatiques donnent des r&#233;sultats &#224; peu pr&#232;s impr&#233;visibles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'hyst&#233;rie sur le gaz carbonique &#8220;anthropique&#8221; am&#232;ne &#224; favoriser des projets (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;Un groupe, &#8220;Derni&#232;re R&#233;novation&#8221;, refuse des solutions de ce genre. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais ils seront sans doute surpris le jour o&#249; les grandes orgues de la propagande officielle ass&#232;neront qu'il y a une solution technique &#224; laquelle tous doivent concourir. Le seul continent aujourd'hui largement d&#233;pourvu de ressources fossiles est l'Europe, qui s'efforce d&#233;sesp&#233;r&#233;ment de s'&#233;manciper de la d&#233;pendance des importations de charbon, de p&#233;trole et de gaz. Les autres continents sont d&#233;termin&#233;s &#224; utiliser les &#233;nergies fossiles dont ils disposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;Ce sujet n'est jamais &#233;voqu&#233; chez les &#233;cologistes extr&#233;mistes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; La derni&#232;re COP, qui s'est tenue au Qatar, a d&#251; les t&#233;taniser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;Dans l'histoire humaine, un mouvement religieux sert des fins qui lui &#233;chappent. Les gauchistes subissent cette loi comme les autres. Ces mouvements n'ont aucun horizon r&#233;el, et serviront des ambitions dont ils n'ont pas id&#233;e. Le wokisme est invivable, mais il sert l'implantation de l'islamisme, qui est le grand gagnant potentiel.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; L'islamisme est la seule dimension associ&#233;e aux &lt;i&gt;wokes&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; qui dispose d'un projet pratique concret et redoutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;M&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ais&lt;/i&gt;&lt;i&gt; est-ce concevable&lt;/i&gt;&lt;i&gt; dans une soci&#233;t&#233; hypertechnologis&#233;e ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir au stalino-gauchisme, au marxisme-l&#233;ninisme, vu comme IVe monoth&#233;isme (c'est-&#224;-dire une recherche d'une monocausalit&#233;). Cette fa&#231;on de voir permet de comprendre les convergences des monoth&#233;ismes pour la destruction de l'Occident, con&#231;u comme a-religieux, voire anti-religieux. O&#249; il y a un refus du divin et de la superstition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;U&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ne&lt;/i&gt;&lt;i&gt; alliance entre toutes les formes de monoth&#233;isme est en soi assez logique. Le Pape, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;faible devant le &lt;/i&gt;&lt;i&gt;wok&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ism&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e, est &lt;/i&gt;&lt;i&gt;un &lt;/i&gt;&lt;i&gt;immigrationniste &#224; tout crin. Il est proche d'un courant marxiste en Am&#233;rique latine (il y a l&#224; une convergence entre IIe et IVe monoth&#233;isme). Cette grille de lecture n'est jamais abord&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;&lt;/i&gt;Pour &#233;valuer la posture du Pape, il convient d'avoir &#224; l'esprit deux choses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;rement&lt;/strong&gt;, la base d&#233;mographique de l'Eglise catholique romaine repose d&#233;sormais sur deux grandes r&#233;gions du monde : l'Afrique sub-saharienne et l'Am&#233;rique latine. Quand le Pape pr&#233;tend parler au nom de peuples pauvres, il parle &#224; sa base d&#233;mographique, tandis que l'Eglise catholique est sub-claquante en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;mement&lt;/strong&gt;, le Pape est un j&#233;suite et un th&#233;oricien : il a r&#233;dig&#233; la &lt;i&gt;teologia del pueblo &lt;/i&gt;(variante pr&#233;sentable de la &lt;i&gt;teologia de la liberaci&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#243;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n&lt;/i&gt; vis-&#224;-vis des oligarchies latino-am&#233;ricaine), qui conserve subrepticement des concepts marxistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut comprendre une chose fondamentale : le christianisme a b&#226;ti ses succ&#232;s majeurs en devenant une religion d'empire. Il a &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233; en retour par l'empire (cf Constantin et Th&#233;odose au IVe si&#232;cle). Le probl&#232;me de l'Eglise catholique apostolique et romaine, dont le centre &#233;tait &#224; Rome, vient de ce qu'elle s'est trouv&#233;e presque aussit&#244;t orpheline de l'empire, du fait des invasions germaniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long du Moyen Age, l'&#201;glise romaine a cherch&#233; &#224; susciter des formes imp&#233;riales (cf Charlemagne, et les h&#233;ritiers d'Othon pour le &#8220;Saint-Empire romain germanique&#8221;). Elle aspirait &#224; un r&#244;le de r&#233;gime th&#233;ocratique comme cela s'est r&#233;alis&#233; &#224; Constantinople. Cette &#201;glise a une autonomie de vision, voire de projet. Elle diverge des logiques occidentales dont elle a d&#251; s'accommoder &#224; partir du XVIe si&#232;cle, avec la Renaissance puis l'&#233;poque moderne. L'Occident, tout en restant anthropologiquement chr&#233;tien, est sorti du christianisme. Il serait logique que l'&#201;glise romaine tende &#224; se replier sur les populations qui veulent &lt;i&gt;croire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;Les ponts entre les h&#233;ritiers du marxisme et du christianisme sont &#224; peu pr&#232;s &#8220;naturels&#8221;. Ils ont en tout cas des convergences de vue non n&#233;gligeables.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Cela a des effets concrets sur l'universit&#233;, qui fut historiquement le lieu de la r&#233;flexion rigoureuse, quitte &#224; sortir des dogmes religieux. Les &lt;i&gt;woke &lt;/i&gt;ont r&#233;ussi aux Etats-Unis &#224; susciter &#224; l'int&#233;rieur du monde universitaire une bureaucratie de contr&#244;le charg&#233;e de v&#233;rifier la rectitude id&#233;ologique des enseignants. Ces postes ont &#233;t&#233; &#8220;logiquement&#8221; offerts en priorit&#233; &#224; la &#8220;diversit&#233;&#8221;. Les Etats-Unis nourrissent ainsi un milieu de bureaucrates d'environ un million de personnes. L'enveloppe de leurs salaires d&#233;passe d&#233;sormais celle concernant les enseignants (dixit Yacha Mounk). Ce parasitisme bureaucratique cr&#233;e une sorte de fait accompli sociologique sur lequel il sera tr&#232;s difficile de revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christopher Rufo dans son chapitre 11 de &lt;i&gt;America's Cultural Revolution&lt;/i&gt; consid&#232;re que les porteurs du wokisme &#233;tant tr&#232;s minoritaires dans la soci&#233;t&#233; &#233;tasunienne, cette emprise peut se d&#233;sagr&#233;ger tr&#232;s vite. Il me semble qu'il sous-estime la consistance de la dimenson administrativo-bureaucratique. Tout cela &#233;voque ce que des intellectuels de l'&#233;cole &#233;litiste italienne de sociologie comme Gaetano Mosca avait remarqu&#233; d&#232;s la fin du XIXe si&#232;cle en s'adressant aux sociaux-d&#233;mocrates : il leur faisait remarquer que leurs th&#233;ories impliquaient de fonder une administration gigantesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;Il parlait d'une &#8220;arm&#233;e de fonctionnaires&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui est advenu dans tous les r&#233;gimes &#224; pr&#233;tention socialiste r&#233;volutionnaire, en induisant d'&#233;normes externalit&#233;s n&#233;gatives. L'&#233;cologisme n'a pas non plus d'autre solution que d'empiler des couches d'administration nouvelles. Le r&#233;sultat a &#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral le contraire de ce qui &#233;tait annonc&#233; dans les r&#233;gimes de &#8220;socialisme r&#233;el&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les politiciens de l'&#233;cologisme utilisent un ressort analogue &#224; celui qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;Une derni&#232;re question sur les rapports entre stalino-gauchisme et wokisme : est-ce une rationalisation de ce que vit l'Occident apr&#232;s les d&#233;vastations subies entre 1914 et 1945 ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On peut y voir une fuite devant les probl&#232;mes internes de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;E&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n aggravant les traits les plus n&#233;gatifs :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; destruction du langage&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; d&#233;cr&#233;pitude de l'enseignement, etc.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; transmission des savoirs&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le wokisme pr&#233;tend qu'on peut malmener le langage &#224; volont&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;Ils sont persuad&#233;s de mettre en &#339;uvre un sursaut, alors qu'ils tr&#233;buchent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est la m&#234;me chose sur les rapports hommes-femmes, la question du &#8220;genre&#8221;. Ce d&#233;lire &#8220;woke&#8221; est bien plus qu'un verbiage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut faire avaler le fait que les relations humaines sont de plus en plus compliqu&#233;es, confuses, pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;J'ai la nette impression que le wokisme b&#233;n&#233;ficie d'un facteur silencieux et d&#233;cisif, la &#8220;r&#233;volte des &#233;lites&#8221; propre &#224; l'Occident depuis les ann&#233;es 1980-1990. Celles-ci ont choisi de ne plus &#234;tre en communaut&#233; de destin avec les populations qu'elles dominent. Les &#8220;&lt;i&gt;woke&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&#8221; ont ainsi le champ libre pour faire n'importe quoi. Tant que les &#233;lites effectives ne reprennent pas les choses en main (le feront-elles un jour ?), cela continuera. Mais si elles le faisaient, l'effet serait tr&#232;s rapide. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais il existe un &#8220;capitalisme woke&#8221;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que le &#8220;&lt;i&gt;wokisme&lt;/i&gt;&#8221; a infiltr&#233;es les grandes entreprises : aux Etats-Unis, certaines ont c&#233;d&#233; aux injonctions en cr&#233;ant des secteurs de contr&#244;le internes pour v&#233;rifier la rectitude des comportements. L&#224; aussi donc appara&#238;t une bureaucratie parasitaire. Combien de temps un tel poids mort peut-il &#234;tre tol&#233;r&#233; par ces entreprises ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nations, forme typiquement occidentale de soci&#233;t&#233;s &#233;tendues, sont comparables &#224; une arche &#224; deux piliers : &#233;lites et reste de la population. Si le pilier &#233;litaire se d&#233;robe &#224; une communaut&#233; de destin, que se passe-t-il ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un des &#233;l&#233;ments du dynamisme occidental est corr&#233;l&#233; &#224; un dispositif peu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les nations europ&#233;ennes connaissent un processus de d&#233;symbolisation massive, qui pourrait &#233;voquer les effets d'une disparition massive d'une religion autrefois pr&#233;gnante. Cette &#233;volution ne peut qu'entra&#238;ner des cons&#233;quences chaotiques. D'autre part, les divers segments de &#8220;&lt;i&gt;wokes&lt;/i&gt;&#8221; se sentent fragiles : si le peuple se d&#233;tourne de leurs fantaisies, qu'arrivera-t-il ? Les &#8220;&lt;i&gt;wokes&lt;/i&gt;&#8221; vivent dans une panique latente&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette panique latente se traduit pr&#233;cis&#233;ment par l'obsession onirique d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;On l'a vu avec les Gilets Jaunes, mais les stalino-gauchistes ont repris le contr&#244;le en infiltrant pour l'&#233;visc&#233;rer en deux ou trois mois. Ceux qui se di&lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ent ensuite &#8220;Gilets Jaunes&#8221; (2019-2020) &lt;/i&gt;&lt;i&gt;n'&#233;taient &lt;/i&gt;&lt;i&gt;plus que des regroupements de stalino-gauchistes&lt;/i&gt;&lt;i&gt; redoutant tout&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#8220;populisme&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est remarquable que les Gilets Jaunes n'aient pas suscit&#233; leurs propres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il se produit par ailleurs des r&#233;actions anomiques. Voir ce qui s'est pass&#233; &#224; Crepol avec l'agression au couteau d'une f&#234;te de village, puis la suite &#224; Romans, o&#249; un d&#233;fil&#233; d&#233;monstratif de protestation (&#224; la mani&#232;re &#8220;corse&#8221;) a &#233;t&#233; largement contr&#244;l&#233; et contenu par la police, tandis que le quartier des &#8220;racailles&#8221; affirmait dans les jours suivants son h&#233;g&#233;monie sur la ville par une d&#233;monstration de force&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le sort d'un individu qui avait voulu venir protester contre le meurtre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les medias sont rest&#233;s tr&#232;s discrets sur les suites donn&#233;es au projet de cinq adolescents musulmans en Bretagne qui cherchaient &#224; se procurer des armes pour massacrer au hasard &#8220;un village&#8221; de cette r&#233;gion. Si de tels faits avaient lieu, comment les r&#233;actions resteraient-elles contr&#244;lables ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a r&#233;cemment assist&#233; &#224; un tour de force m&#233;diatique en mati&#232;re d'occultation officielle d'un &#233;v&#233;nement majeur : les cinq jours de pillage et d'incendie &#224; l'initiative de 100 000 &#224; 200 000 jeunes de la &#8220;diversit&#233;&#8221; fin juin-d&#233;but juillet 2023. Localement, les villes ravag&#233;es ne peuvent l'oublier, mais la m&#233;moire collective semble canton&#233;e au seul niveau local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier point m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233; : aux Etats-Unis, le wokisme ne concerne pas les plus de 35 ans. Ce sont surtout les jeunes de la &#8220;i-g&#233;n&#233;ration&#8221; (celle qui a &#233;t&#233; entour&#233;e d'&#233;crans depuis son enfance, et qui a utilis&#233; un site de micro-blogging dans les ann&#233;es 2010, &lt;i&gt;Tumblr&lt;/i&gt;, disparu depuis, qui &#8220;vivent&#8221; sur les r&#233;seaux &#8220;sociaux&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yacha Mounk, Le pi&#232;ge de l'identit&#233;, &#233;d. de l'Observatoire, 2023.&#034; id=&#034;nh7-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irruption des &#8220;r&#233;seaux sociaux&#8221; dans divers pays comme la Birmanie a &#233;t&#233; d&#233;cisive pour l'engrenage menant &#224; la guerre civile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De m&#234;me le r&#233;gime de Joseph Estrada aux Philippines a &#233;t&#233; renvers&#233; en 2001 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Une guerre civile en France para&#238;t-elle possible ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela commencera peut-&#234;tre par des affrontements localis&#233;s, par exemple des descentes meurtri&#232;res de djihadistes, qui provoqueraient en retour des r&#233;ponses au fusil de chasse. Les plus inquiets sont sans doute les d&#233;tenteurs du pouvoir, parce qu'ils disposent de l'information la moins incompl&#232;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La situation en Nouvelle-Cal&#233;donie a &#233;t&#233; tout de suite explosive, avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les &lt;i&gt;wokes&lt;/i&gt; s'efforceront avec acharnement de saboter tout sursaut. Il n'est que de voir la mani&#232;re dont ils pr&#233;tendent travestir les forfaits les plus f&#233;roces et en organiser l'amn&#233;sie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce Garaudy niait alors l'existence du goulag et avait m&#234;me commis un article enthousiaste pour le proc&#232;s &#224; venir des &lt;i&gt;Blouses blanches &lt;/i&gt;qui devait constituer le signal de la nouvelle grande purge accompagn&#233;e d'une d&#233;portation mortif&#232;re de tous les Juifs d'Union sovi&#233;tique et d'une guerre en Europe (voir l'historien Jonathan Brent).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;tin&#233;raire d'une n&#233;gation&lt;/i&gt;, de Micha&#235;l Prazan, co&#233;crit avec Adrien Minard, Calmann-L&#233;vy, essai, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Elles sont qualifi&#233;es de blasph&#232;mes par l'islam. K&#233;mal Ataturk d&#233;cr&#233;ta l'abolition de l'esclavage en Turquie seulement au d&#233;but des ann&#233;es 1920. Les &#8220;savants&#8221; de La Mecque &#233;mirent contre lui une fatwa mortif&#232;re pour blasph&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cela rel&#232;ve aussi d'un snobisme intellectuel propre &#224; cette sorte de contre-&#233;lite : le soleil de l'histoire est cens&#233; se lever dans un horizon brumeux, que seuls des &#8220;voyants&#8221; pourraient d&#233;crypter. Cette attitude n'a rien d'un mode rationnel de r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean-Fran&#231;ois Braunstein, &lt;i&gt;La Religion woke,&lt;/i&gt; Grasset, 2022&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Christopher Rufo, &lt;i&gt;America's Cultural Revolution&lt;/i&gt;&lt;i&gt;-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;How the Radical Left Conquered Everything&lt;/i&gt;, Broadside Books (2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;For Lust of Knowing&lt;/i&gt;&lt;i&gt; - &lt;/i&gt;&lt;i&gt;The Orientalists and Their Enemies&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;Rovert Irwin, Allen Lane, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'article intitul&#233; &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;The&lt;/i&gt;&lt;i&gt; question &lt;/i&gt;&lt;i&gt;of O&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rientalism &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;The New York Review of Books, 24 juin 1982. Traduction : &lt;i&gt;&#171; La question de l'orientalisme &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#339;uvres de B. Lewis, in &lt;i&gt;Islam&lt;/i&gt; (&#233;d. Quarto), pp 1054, 1073.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le r&#244;le des d&#233;partements d'&#8220;&#233;tudes litt&#233;raires&#8221; a &#233;t&#233; central dans ce genre de productions. La fiction th&#233;oricienne est un genre litt&#233;raire qui se croit inspir&#233; et cherche &#224; &#233;chapper au ressassement des commentaires d'&#339;uvres sur lesquelles tout ou presque a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; formul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cela ressemble &#224; un argot &#233;crit qui ne dit pas son nom. Or, tous les argots, qui rel&#232;vent en g&#233;n&#233;ral de l'oralit&#233;, sont &#233;ph&#233;m&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Claude Lefort, dans &lt;i&gt;&#8220;Un homme en trop&#8221;,&lt;/i&gt; o&#249; il analyse&lt;i&gt; &#8220;L'Archipel du Goulag&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de Soljenitsyne, rappelle &#224; quel point le r&#233;gime totalitaire veut d&#233;truire certains mots dans le but de rendre impensables certaines notions. Les tripatouilleurs de l'orthographe abusive vont un peu plus loin encore : ils croient pouvoir formater les mentalit&#233;s par une orthographe id&#233;ologique ! Il y avait la &#8220;langue de bois&#8221;, ils ont invent&#233; &#8220;l'orthographe de bois&#8221; !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'&#233;tait la boussole de Paulo Freire qui pr&#233;tendait fournir une p&#233;dagogie nouvelle dont les peuples &#233;mancip&#233;s de la colonisation auraient d&#251; s'emparer. Le r&#233;sultat fut invariablement une catastrophe dans le domaine de l'apprentissage et de l'instruction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;paru en 2020, chez Encounter Books.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La Communaut&#233; de destin repose dans un empire sur la f&#233;rocit&#233; impos&#233;e d'en-haut. L'&#201;tat ne veut plus reconna&#238;tre que des groupes et non des individus, r&#233;duits &#224; &#234;tre des appendices d'une collectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Au XIXe si&#232;cle, il &#233;tait tenu pour acquis que la recherche d'une &#8220;communaut&#233; de destin&#8221; ouvri&#232;re, &#224; l'instar de nombreuses nations, &#233;manerait d'une volont&#233; diffuse et d&#233;centralis&#233;e. Dans une nation v&#233;ritable, l'individu b&#233;n&#233;ficie d'une marge d'action individuelle diffuse, ce que l'empire identifie comme une logique de chaos. Il est tr&#232;s curieux que les plus grands moments du mouvement ouvrier, comme la &lt;i&gt;Commune de Paris &lt;/i&gt;en 1871 ou &lt;i&gt;l'insurrection des conseils ouvriers de Budapes&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;en 1956, aient &#233;t&#233; profond&#233;ment marqu&#233;s par une dimension nationale. Les marxistes escamotent toujours celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il arrive que des observateurs, d'ordinaire mieux inspir&#233;s comme Amin Maalouf ou Corn&#233;lius Castoriadis, se demandent si le &#8220;socialisme&#8221; n'a pas eu la malchance d'&#234;tre tent&#233; en Russie. Les choses auraient-elles &#233;t&#233; diff&#233;rentes si un tel r&#233;gime &#233;tait advenu dans un pays occidental d&#233;velopp&#233; ? Il faut se souvenir d'une remarque de G. Orwell, tr&#232;s largement oubli&#233;e, rappel&#233;e par Simon Leys dans &lt;i&gt;Orwell &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ou l'horreur de la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&#233;d. Champs essais, 2014 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Orwell] &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;tait l'un des tr&#232;s rares esprits &#224; avoir d&#232;s le d&#233;but refus&#233; le dogme simplificateur qui voulait voir dans le fascisme &#171; une forme de capitalisme avanc&#233; &#187; ; il avait clairement per&#231;u au contraire que le fascisme &#233;tait en fait une perversion du socialisme, et que, malgr&#233; l'&#233;litisme de son id&#233;ologie, c'&#233;tait un authentique mouvement de masse, disposant d'une vaste audience populaire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ajouter que tout r&#233;gime ayant pr&#233;tendu instaurer &#8220;le socialisme&#8221; a mis un place une perversion de l'id&#233;e socialiste du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'ambition du r&#233;gime nazi &#233;tait, avec le &lt;i&gt;General Plan Ost&lt;/i&gt; (Plan g&#233;n&#233;ral pour l'Est), de faire mourir de faim 30 millions de slaves durant le premier hiver qui aurait succ&#233;d&#233; &#224; la victoire militaire. Un dissident comme Vladimir Boukovsky constatait dans les ann&#233;es 1980 que la deuxi&#232;me guerre mondiale servit finalement &#224; d&#233;cider si les camps de concentration seraient rouges ou bruns.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#233;d. Gallimard, 1993, r&#233;&#233;dit&#233; seulement en 2022, avec une postface de Pierre P&#233;an, qui rappelle la mort sociale qui fut r&#233;serv&#233;e &#224; Paul Yonnet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le marxisme-l&#233;ninisme a reproduit de nombreux traits singuliers des mill&#233;narismes m&#233;di&#233;vaux, qui ont tr&#232;s souvent suscit&#233; des structures aussi autoritaires et arbitraires qu'&#233;ph&#233;m&#232;res. Voir Norman Cohn, &lt;i&gt;Les Fanatiques de l'Apocalypse. Courants mill&#233;naristes r&#233;volutionnaires du XIe au XVIe si&#232;cle, &lt;/i&gt;&#233;d. Julliard, 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Un &#8220;canon&#8221; religieux est un corpus d&#233;limit&#233;, malgr&#233; ses dimensions cons&#233;quentes, qui constitue explicitement la r&#233;f&#233;rence nodale d'une religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas R&#246;mer avec J.-D. Macchi et C. Nihan, en traite p. 36 de l'&lt;i&gt;Introduction &#224; l'Ancien Testament &lt;/i&gt;(Le Monde de la Bible 49), Labor et Fides, Gen&#232;ve, 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Il est important, enfin, de se souvenir que c'est d'Alexandrie et de la rencontre avec l'hell&#233;nisme que la Bible juive prend son envol. Le d&#233;bat qui s'amorce au IIIe si&#232;cle avant J.-C. entre deux canons litt&#233;raires rivaux, le canon grec (Hom&#232;re, H&#233;siode, les Tragiques) et le canon juif (Mo&#239;se, les Proph&#232;tes, les Ketubim) a travers&#233; toute l'histoire de l'Occident et de l'Orient m&#233;diterran&#233;en, et il se poursuit toujours. C'est de la tension f&#233;conde entre deux canons litt&#233;raires aussi profonds l'un que l'autre mais n&#233;cessairement en conflit que na&#238;t ce qu'on peut appeler l'identit&#233; culturelle europ&#233;enne&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islam a imit&#233; ce dispositif de &#171; canon &#187; : avec le Coran, la Sira, et les Hadiths.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En bref, chacun devrait devenir irr&#233;versiblement &#8220;vertueux&#8221;. Ce fut le dilemme insoluble d'un Robespierre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Joseph de Maistre, &lt;i&gt;Consid&#233;rations sur la France&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; Londres, B&#226;le, 1796.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'apocalypse climatique rel&#232;ve du m&#234;me tropisme : pour amener un changement de comportements, il faut promettre le d&#233;sastre. L'&#233;cologisme politique ne cesse de recourir aux perspectives sinistres et cherche &#224; identifier des facteurs d&#233;terministes monocausaux pour revendiquer des projets d'action. Inversement, l'&#233;cologie historique se caract&#233;rise par un souci des causalit&#233;s en boucle, qui &#233;chappent aux actions volontaristes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le probl&#232;me est &#233;videmment que les riches ne veulent absolument pas donner l'exemple de la sobri&#233;t&#233;. La r&#233;action goguenarde de footballeurs refusant d'utiliser dans certains cas le train plut&#244;t que l'avion est &#233;loquente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette fascination pour une situation apocalyptique a visiblement pour fonction de retrouver un d&#233;terminisme causal imp&#233;ratif.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;1491&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;nouvelles r&#233;v&#233;lations sur les Am&#233;riques avant Christophe Colomb&lt;/i&gt; de Charles C. Mann, &#233;d. Albin Michel, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On pourrait y percevoir l'horizon onirique d'une posture monoth&#233;iste qui pr&#233;tendait rationaliser la mani&#232;re dont l'esp&#232;ce humaine vit dans son biotope.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le recours &#224; l'&#233;nergie nucl&#233;aire illustre une solution techno-industrielle obstin&#233;e. Voir Ange Pottin, &lt;i&gt;Le nucl&#233;aire imagin&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;i&gt; Le r&#234;ve du Capitalisme sans la Terre,&lt;/i&gt; &#233;d. La D&#233;couverte, 2024, qui oppose le cauchemar d'une &#233;conomie &#8220;fissile&#8221; aux probl&#232;mes d'une &#233;conomie fond&#233;e sur les fossiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la fin des ann&#233;es 1980, l'argument de la limitation des &#233;missions de CO2 &#233;tait d&#233;j&#224; envahissant chez les pro-nucl&#233;aires, avant m&#234;me que le GIEC et les &#8220;&#233;cologistes&#8221; s'en emparent. La petite hyst&#233;rie sur les &#8220;pluies acides&#8221; chez ces derniers &#224; la fin des ann&#233;es 1980 (elles allaient d&#233;truire toutes les for&#234;ts) n'a pas dur&#233; longtemps, mais cela constituait d&#233;j&#224; un &#233;trange point de convergence entre &#233;cologisme (c'est-&#224;-dire la captation de la r&#233;flexion &#233;cologique par des politiciens d&#233;magogues) et la propagrande technocratique pour l'&#233;lectro-nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A ce propos, il faut signaler les remarques de Harry Bernas sur la mutation de la recherche industrielle apr&#232;s l'apparition de l'arme nucl&#233;aire, dans &lt;i&gt;L'&#206;le au Bonheur. Hommes, atomes et c&#233;cit&#233; volontaire, &lt;/i&gt;&#233;d. Le Pommier, 2022, et &lt;i&gt;Les merveilleux nuages, &lt;/i&gt;&#233;d. du Seuil, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'hyst&#233;rie sur le gaz carbonique &#8220;anthropique&#8221; am&#232;ne &#224; favoriser des projets dont le r&#233;sultat est d&#233;j&#224; dans une logique de g&#233;o-ing&#233;gn&#233;rie. A l'origine, il y a un paralogisme discret : si l'humanit&#233; est capable de d&#233;r&#233;gler le climat, elle doit bien &#234;tre capable de le piloter.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les politiciens de l'&#233;cologisme utilisent un ressort analogue &#224; celui qui motive les marxistes-l&#233;ninistes qui voulaient refonder de fond en comble l'histoire et la &#8220;soci&#233;t&#233;&#8221;. Il s'agirait d'un reformatage par l'amont : partir du remodelage de la biosph&#232;re pour bouleverser la soci&#233;t&#233; de fond en comble. Les op&#233;rations de l'&#233;cologisme &#224; Ceylan, dans les derni&#232;res ann&#233;es, relay&#233;es par l'&#201;tat, ont produit une disette g&#233;n&#233;ralis&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Un des &#233;l&#233;ments du dynamisme occidental est corr&#233;l&#233; &#224; un dispositif peu remarqu&#233; tout au long de son histoire : non seulement la multipolarit&#233; des puissances, par opposition au monisme imp&#233;rial &#233;tendu &#224; tout un bassin g&#233;opolitique, est fondamentale, mais les soci&#233;t&#233;s urbaines, plus tard nationales, furent structur&#233;es par une fracture interne qui contribuait sans cesse &#224; leur dynamisme. Dans les Cit&#233;s grecques, c'est l'opposition entre oligarchie et &lt;i&gt;demos&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(o&#249; l'enjeu est l'abolition de l'esclavage pour dettes, ce qui entra&#238;ne une s&#233;paration &#233;tanche entre citoyens et esclaves). A Rome m&#234;me, cela se traduit par l'opposition entre l'oligarchie des &lt;i&gt;optimates&lt;/i&gt; et les populistes (&lt;i&gt;popul&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ares)&lt;/i&gt;. Dans les Cit&#233;s italiennes de la Renaissance, la fracture s'exprime par l'opposition entre Guelfes et Gibelins, souvent r&#233;fractant la lutte entre les partisans de la Commune et ceux d'un passage &#224; la Seigneurie. Dans les nations d'Europe au XIXe si&#232;cle, la lutte des classes sociales joue un r&#244;le comparable dans le cadre du d&#233;veloppement industriel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette panique latente se traduit pr&#233;cis&#233;ment par l'obsession onirique d'un retour du &#8220;fascisme&#8221; &#233;ternis&#233;, qui a d'abord une fonction interne pour ces logorrh&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il est remarquable que les Gilets Jaunes n'aient pas suscit&#233; leurs propres &#8220;cadres&#8221;. Pour eux, un bon coup de col&#232;re publique aurait d&#251; suffire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le sort d'un individu qui avait voulu venir protester contre le meurtre de Crepol, mais s'&#233;tait ravis&#233; et voulait repartir est &#233;loquent : il a &#233;t&#233; lynch&#233; par plusieurs racailles qui l'ont intercept&#233; et seule l'intervention d'un religieux musulman a emp&#234;ch&#233; qu'ils ne l'immolent sur place ! Son &#233;tat de sant&#233; final demeure inconnu du public.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Yacha Mounk, &lt;i&gt;Le pi&#232;ge de l'identit&#233;, &lt;/i&gt;&#233;d. de l'Observatoire, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;De m&#234;me le r&#233;gime de Joseph Estrada aux Philippines a &#233;t&#233; renvers&#233; en 2001 par une protestation de masse &#224; partir des &#8220;r&#233;seaux sociaux&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La situation en Nouvelle-Cal&#233;donie a &#233;t&#233; tout de suite explosive, avec l'affichage d'armes des deux c&#244;t&#233;s. La d&#233;linquance envahissante, dans tout le monde occidental, est un signe : un tel processus annonce des d&#233;sordres historiques et sociaux consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Origines et m&#233;tamorphoses du stalino-gauchisme (1/2)</title>
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		<dc:date>2025-11-25T09:06:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Fargette G.</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
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		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Islamogauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Multiculturalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pal&#233;o-marxismes</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce compte rendu r&#233;sulte d'une mise en forme r&#233;sumant les &#233;changes et non une transcription verbatim de l'entretien , le style parl&#233; convenant mal &#224; l'&#233;crit. Les notes fournissent des r&#233;f&#233;rences, ou des remarques qui compl&#232;tent les affirmations de cet entretien. Les questions des animateurs du podcast sont inscrites en italique, et en retrait. R&#233;sum&#233; de l'argument &#8220;le Comit&#233; de l'instruction publique publie, sous l'impulsion de Gr&#233;goire, le 10 janvier-21 niv&#244;se an II, un rapport sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-le-gauchisme-radical-chic-" rel="directory"&gt;Le gauchisme radical-chic&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-48-fargette-g-+" rel="tag"&gt;Fargette G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-217-islamogauchisme-+" rel="tag"&gt;Islamogauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-114-paleo-marxismes-+" rel="tag"&gt;Pal&#233;o-marxismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/byiopnoszkbbhscglnmbhqfpkwlfm9t1hwmcpuzy_400x400.jpg?1762881880' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;C&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e compte rendu &lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&#233;sulte d'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;une mise en forme&lt;/i&gt;&lt;i&gt; r&#233;sum&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ant l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;es &#233;changes &lt;/i&gt;&lt;i&gt;et non &lt;/i&gt;&lt;i&gt;une&lt;/i&gt;&lt;i&gt; transcription verbatim de &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2024/03/01/origines-et-metamorphoses-du-stalino-gauchisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;l'entretien &lt;de f&#233;vrier 2024 disponible sur ce lien et ci-dessous&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e style parl&#233; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;convenant mal &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#224; l'&#233;crit.&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Les notes &lt;/i&gt;&lt;i&gt;fournissent des &lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&#233;f&#233;rences,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ou des remarques qui &lt;/i&gt;&lt;i&gt;compl&#232;tent&lt;/i&gt;&lt;i&gt; les affirmations de cet entretien.&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;es questions des animateurs du podcast sont inscrites en italique, et en retrait.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;figure class='spip_document_2003 spip_documents spip_documents_right' style=&#034;max-width:104px;&#034; data-w=&#034;104&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf/podcast_stalino-gauchisme_a5.pdf' arial-label=&#034;Origines et m&#233;tamorphoses du stalino-gauchisme&#034; title=&#034;Origines et m&#233;tamorphoses du stalino-gauchisme&#034; type=&#034;application/pdf&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:103.84615384615%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/logopdf-26.png&amp;taille=104&amp;1763892704' alt='Origines et m&#233;tamorphoses du stalino-gauchisme' data-src='IMG/png/logopdf-26.png' data-l='104' data-h='108' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;104&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/logopdf-26.png&amp;#38;taille=104&amp;#38;1763892704&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/logopdf-26.png&amp;#38;taille=104&amp;#38;1763892704&#034;}}' class='image_responsive' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-2003 '&gt;&lt;strong&gt;Origines et m&#233;tamorphoses du stalino-gauchisme
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;a class=&#034;telecharger&#034; href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf/podcast_stalino-gauchisme_a5.pdf'&gt;T&#233;l&#233;charger (392&#160;kio)&lt;/a&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;R&#233;sum&#233; de l'argument&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8220;le Comit&#233; de l'instruction publique publie, sous l'impulsion de Gr&#233;goire, le 10 janvier-21 niv&#244;se an II, un rapport sur le &#171; vandalisme &#187; r&#233;volutionnaire. Comme son auteur l'a revendiqu&#233;, il s'agissait de cr&#233;er &lt;i&gt;&#171; le mot pour tuer la chose &#187;, &lt;/i&gt;c'est-&#224;-dire de lutter contre le faux z&#232;le de soi-disant r&#233;volutionnaires discr&#233;ditant la R&#233;publique&#8221;.&lt;br class='manualbr' /&gt;in &lt;i&gt;&#8220;Robespierre, la Fabrication d'un Monstre&#8221;&lt;/i&gt; de Jean-Cl&#233;ment Martin, &#233;d. Perrin, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;L'utilisation de l'expression &#8220;&lt;strong&gt;stalino-gauchisme&#8221; &lt;/strong&gt;plut&#244;t que celle de &#8220;&lt;strong&gt;gauchisme culturel&lt;/strong&gt;&#8221; s'inscrit dans une intention analogue : elle vise &#224; disqualifier la montagne d'impostures qui prolonge les proc&#233;d&#233;s cr&#233;&#233;s par le marxisme-l&#233;ninisme, relay&#233;s par les intellectuels &#8220;progressistes&#8221; fran&#231;ais des ann&#233;es 1950 et 1960, et syst&#233;matis&#233;s dans les universit&#233;s occidentales depuis les ann&#233;es 1970, avec la &lt;i&gt;&#8220;French Theory&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; la &#8220;politique des identit&#233;s&#8221; aux &#201;tats-Unis, jusqu'aux d&#233;lires mystiques contrefaits des &#8220;&lt;i&gt;&#233;veill&#233;s&lt;/i&gt;&#8221; (&#8220;&lt;i&gt;wokes&lt;/i&gt;&#8221;)&lt;/p&gt;
&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_2001 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_document_avec_legende spip_document_player spip_documents_player spip_doc_player&#034; data-legende-len=&#034;86&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
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&lt;/style&gt;&lt;/span&gt;&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-2001 '&gt;&lt;strong&gt;Origines et m&#233;tamorphoses du stalino-gauchisme (1/2) &#8212; Podcast H&#233;r&#233;tiques 2024
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;INTRODUCTION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces consid&#233;rations s'ancrent dans le long effort de bilan sur la &#8220;question russe&#8221;, qui a pr&#233;occup&#233; de nombreux milieux politiques tout au long du court XXe si&#232;cle (1914-1991). Partant d'une d&#233;marche militante &#224; partir de 1975, il &#233;tait frappant de voir &#224; quel point les comportements fragment&#233;s et rivaux des groupuscules et des c&#233;nacles absorbaient et st&#233;rilisaient les &#233;nergies. Il s'ensuivait un int&#233;r&#234;t naturel et quelque peu paradoxal pour les scissions de ces groupes, qui voulaient rompre avec une orthodoxie scl&#233;ros&#233;e et routini&#232;re. A partir de 1980, il a fallu prendre du recul devant le caract&#232;re r&#233;guli&#232;rement d&#233;cevant de ces rencontres. Cette d&#233;marche fonci&#232;rement oecum&#233;nique &#233;tait d'ailleurs regard&#233;e avec suspicion : ces milieux pr&#233;tendaient ouvrir une voie vers un avenir exceptionnel, mais se crispaient toujours sur leurs objectifs tactiques imm&#233;diats de recrutement. Discuter tr&#232;s ouvertement avec deux groupes &#224; la fois &#233;tait tr&#232;s mal vu, malgr&#233; la n&#233;cessit&#233; des convergences qui aurait d&#251; se faire jour dans un projet aussi imposant qu'une &lt;i&gt;&#8220;sortie de la pr&#233;histoire&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication d'un bulletin, &lt;i&gt;Les mauvais jours finiront...,&lt;/i&gt; &#224; partir de 1986 et jusqu'en 1993, cherchait &#233;viter tous ces milieux tout en s'attachant aux &#233;v&#233;nements en cours. Il s'agissait de d&#233;finir des bilans pr&#233;cis sur diverses questions comme l'&#233;tat de l'URSS, les mouvements sociaux plus r&#233;cents en Europe (notamment la mani&#232;re dont les r&#233;actions sociales en Italie avaient &#233;t&#233; sabord&#233;es par le naufrage qu'incarnait la &#8220;&lt;i&gt;lutte arm&#233;e&#8221;&lt;/i&gt;, etc.). Le but n'&#233;tait pas de produire une &#8220;&lt;i&gt;ligne politique&#8221;,&lt;/i&gt; mais d'explorer, par une d&#233;marche d'&lt;i&gt;&#8220;&#233;clectisme coh&#233;rent&#8221;,&lt;/i&gt; ce que la r&#233;alit&#233; avait invalid&#233; sans retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 1985 surgit la &lt;i&gt;perestro&#239;ka&lt;/i&gt; en Union sovi&#233;tique. J'&#233;tais particuli&#232;rement pr&#233;par&#233; &#224; suivre ces p&#233;rip&#233;ties, d'autant j'avais suffisamment appris la langue russe pour lire les textes qui allaient &#234;tre produits durant ces &#233;v&#233;nements. Un hebdomadaire comme la &lt;i&gt;&#8220;Pens&#233;e russe&#8221;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;(Rousskaya Mysl)&lt;/i&gt; &#233;dit&#233;e &#224; Paris par des courants dissidents a d&#232;s d&#233;cembre 1985 donn&#233; la priorit&#233; &#224; ce qui se passait l&#224;-bas, en s'effa&#231;ant derri&#232;re cet effort (leurs positions id&#233;ologiques n'&#233;taient plus mises en avant). Ainsi d&#232;s 1986, il &#233;tait possible de lire d'une semaine sur l'autre des textes provenant des r&#233;actions locales, dans telle ou telle ville, telle ou telle r&#233;gion, voire &#224; partir de 1988-1989, tel ou tel bassin minier, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le suivi des journaux occidentaux, r&#233;guli&#232;rement en retard sur l'&#233;v&#233;nement, permettait parfois d'&#233;largir l'horizon des r&#233;flexions : le &lt;i&gt;Herald Tribune, &lt;/i&gt;par exemple, mettait en avant des questions que les presses fran&#231;aise ou allemande peinaient &#224; envisager, comme la s&#233;curit&#233; des armements nucl&#233;aires au fur et &#224; mesure que s'&#233;croulait une superpuissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premiers moments, les r&#233;actions de la population en URSS ont surtout concern&#233; les questions &#233;cologiques, que le pouvoir tol&#233;rait, et m&#234;me des r&#233;surgences nationales qu'il essayait d'&#233;touffer (comme en Arm&#233;nie ou en G&#233;orgie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion d&#233;j&#224; v&#233;n&#233;rable de la &#8220;question russe&#8221; mais jamais achev&#233;e, les diverses tendances de la dissidence, ainsi que les courants les plus critiques contre le marxisme-l&#233;ninisme en Occident fournissaient une base fertile de r&#233;flexion. Par exemple, les courants conseillistes&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le groupe conseilliste hollandais Daad en Gedacht constatait par exemple d&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; ou l'h&#233;ritage de &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie,&lt;/i&gt; qui avait fourni une impressionante consistance &#224; l'analyse de la nouvelle classe dominante, la bureaucratie, et suivi minutieusement les &#233;ruptions ouvri&#232;res dans le glacis de l'URSS au cours des ann&#233;es 1950 et 1960. L'analyse du totalitarisme &#233;tait bien s&#251;r pr&#233;suppos&#233;e, avec la mise en lumi&#232;re de l'immense oppression d'un r&#233;gime fond&#233; sur les camps, l'id&#233;ologie, etc. On pouvait craindre qu'une fois de plus la pr&#233;tendue r&#233;forme par en haut finisse dans un bain de sang&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les h&#233;ritiers du marxisme-l&#233;ninisme n'ont de cesse de disqualifier par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence de bilan dans les milieux militants &#8220;de gauche&#8221;, y compris sociaux-d&#233;mocrates a &#233;t&#233; &#233;clatante. Ils se sont gard&#233;s de tirer la moindre conclusion du naufrage final du &#8220;socialisme&#8221; sovi&#233;tique. L'&#233;v&#233;nement offrait pourtant l'occasion id&#233;ale d'en finir avec les courants staliniens. Presque tous les adeptes d'un marxisme id&#233;ologique ont pr&#233;f&#233;r&#233; affecter de &#8220;passer &#224; autre chose&#8221; en silence. Dans n'importe quelle discipline se voulant &#8220;scientifique&#8221;, il est fondamental d'observer ce qui se produit et de le comparer &#224; ce qui &#233;tait attendu par les diverses &#8220;th&#233;ories&#8221;. Une d&#233;sinvolture syst&#233;mique a donc achev&#233; de confirmer la fausset&#233; radicale des variantes de religion politique issues du marxisme-l&#233;ninisme : plus le d&#233;menti par la r&#233;alit&#233; s'expose, plus la foi se d&#233;fend selon une logique de dissonance cognitive. En ce sens le travail du groupe &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt;, et notamment de Corn&#233;lius Castoriadis, tranchait avec &#233;clat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crit sans doute le plus int&#233;ressant dans la critique effective de cette d&#233;robade est l'ouvrage de Claude Lefort, un ancien fondateur du groupe &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt;. Dans &#8220;&lt;i&gt;La complication&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Complication. Retour sur le Communisme, Paris, Fayard, 1999.&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;il s'est attach&#233; &#224; tirer les conclusions indispensables. Il a &#233;t&#233; pour l'essentiel ignor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans les milieux marxisants &#233;trangers au f&#233;tichisme du parti dictatorial (les variantes spontan&#233;istes ou &#233;conomistes), le livre de Samuel Huntington, &lt;i&gt;Le choc des civilisations&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;fut consid&#233;r&#233; comme inacceptable. En produire un compte-rendu le discutant, entra&#238;nait une coupure avec de tels milieux, th&#233;oriquement &#233;trangers aux dispositions sectaires des &#201;tats totalitaires. Les sociaux-d&#233;mocrates d'avant 1914 disaient : &lt;i&gt;&#8220;la r&#233;alit&#233; est le meilleur marxiste&#8221;,&lt;/i&gt; signifiant par l&#224; que lorsqu'une th&#233;orie se trouve d&#233;mentie par les &#233;v&#233;nements, il faut non pas travestir cette r&#233;alit&#233;, mais modifier l'analyse. Mais ils n'avaient d&#233;j&#224; pas r&#233;ussi &#224; se tenir &#224; ce principe &#233;l&#233;mentaire d&#232;s qu'avait surgi la divergence avec Bernstein&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces sociaux-d&#233;mocrates orthodoxes, dans leur pol&#233;mique contre Bernstein &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de 1996-1997, ma d&#233;marche s'est fond&#233;e sur une nouvelle publication &lt;i&gt;(&#8220;Les mauvais jours...&#8221;&lt;/i&gt; avait &#233;t&#233; cl&#244;tur&#233;e en 1994, avec la fin de la p&#233;riode agit&#233;e en Russie). La n&#233;cessit&#233; de bilans de plus en plus consid&#233;rables devenait d'autant plus imp&#233;rative : il fallait envisager l'allure que pourrait prendre le XXIe si&#232;cle, en int&#233;grant les &#233;v&#233;nements de Yougoslavie, si d&#233;concertants, mais si r&#233;v&#233;lateurs ou l'effet des interventions &#233;tats-uniennes au Proche-Orient. D'o&#249; le bulletin intitul&#233; &lt;i&gt;&#8220;Le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;1996-2020),&lt;i&gt; &lt;/i&gt;qui reposait sur l'intuition que les tares du XXe si&#232;cle allaient avoir une post&#233;rit&#233; consid&#233;rable et d&#233;concertante. Les caract&#233;ristiques de ce XXe si&#232;cle survivent dans les esprits par une inertie &#233;nigmatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la question du contact entre les &#8220;civilisations&#8221;, il importe de relire Fernand Braudel plut&#244;t que d'esquiver la discussion. Il est ainsi fondamental de constater que contrairement &#224; ce que proclamaient les marxistes avant 1914, les fronti&#232;res entre les classes se sont av&#233;r&#233;es bien moins fortes que les fronti&#232;res entre les &#201;tats et les nations, que cela nous plaise ou non. Ce que Huntington a per&#231;u &#224; partir des &#233;v&#233;nements de Yougoslavie, c'est que les fronti&#232;res entre civilisations sont plus consistantes encore que celles d''une nation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'importance des lignes de fractures civilisationnelles implique que tout (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est int&#233;ressant de rappeler qu'Anton Ciliga, auteur en 1936-1937 du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! La corr&#233;lation entre religion et civilisation est bel et bien fondamentale, m&#234;me s'il faut en v&#233;rifier la nature dans chaque cas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour l'Occident, il est clair que son marqueur religieux et anthropologique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un tel processus, annonc&#233; d&#232;s la fin des ann&#233;es 1940 par un historien comme Arnold Toynbee, correspond &#224; l'av&#232;nement d'&lt;i&gt;une grande m&#234;l&#233;e des peuples&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que se d&#233;ploie la grande contradiction de l'histoire contemporaine : le foss&#233; entre les civilisations est consid&#233;rable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fernand Braudel soulignait que des millions d'individus ont pu passer d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais les populations se m&#233;langent tout de m&#234;me, rendant par l&#224;-m&#234;me ce foss&#233; encore plus visible et plus aigu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un processus de ce genre s'est d&#233;j&#224; produit en quelques &#233;poques anciennes : &#224; la fin de l'Age du bronze, douze si&#232;cles avant l'&#232;re chr&#233;tienne, ou encore au IV&#232;me si&#232;cle de l'empire romain, qui a vu s'affirmer le christianisme, ou aux VII&#232;me et VIII&#232;me si&#232;cle, p&#233;riode durant laquelle se cristallise l'islam dans le tourbillon de la longue guerre entre les deux empires, perse et byzantin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On voit donc aujourd'hui s'additionner les conditions d'av&#232;nement d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour &lt;/i&gt;&lt;i&gt;entrer dans le vif&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;d&lt;/i&gt;&lt;i&gt;u sujet de cette &#233;mission, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;il faut poser la question : &#8220;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;pourquoi se focaliser sur le &#8220;stalino-gauchisme&#8221;, c'est-&#224;-dire avant tout la passion de ne pas comprendre ce qui se passe ?&#8221; Il y a un milieu id&#233;ologico-politique, en partie religieux, qui refuse de tirer les le&#231;on de l'&#8220;exp&#233;rience sovi&#233;tique&#8221;, c'est-&#224;-dire de la pratique du &#8220;communisme r&#233;el&#8221;, et qui s'accroche &#224; maintenir des illusions de fa&#231;on militantes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; L'absence de bilan effectif sur la &#8220;question russe&#8221; est d&#233;cisif. L'occasion de d&#233;tailler ce qui constituait de fa&#231;on paradoxale un v&#233;ritable laboratoire &#224; &#233;chelle continentale est &#233;vit&#233;e. Ces gens ne peuvent continuer &#224; exister que dans ce d&#233;ni oblique. Il faut se souvenir de la m&#233;thode des intellectuels occidentaux se disant &#8220;progressistes&#8221; dans les ann&#233;es 1950-1960, qui fut d&#233;crite par Claude Lefort : ils n'ont pas chang&#233;. Ils refusent de voir l'&#233;l&#233;phant au milieu du salon, le syst&#232;me totalitaire sovi&#233;tique, et ne cessent d'inventer des acrobaties rh&#233;toriques pour affirmer que tout est toujours de la faute de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un cas r&#233;v&#233;lateur hors de France : Herbert Marcuse, rattach&#233; &#224; &lt;i&gt;l'Ecole de Francfort &lt;/i&gt;(avec Adorno, Horkheimer, etc.), est le seul de ce milieu &#224; avoir produit un texte sur l'Union sovi&#233;tique &lt;i&gt;(&#8220;Le marxisme sovi&#233;tique&#8221;&lt;/i&gt; en 1958). Ce texte publi&#233; apr&#232;s les r&#233;voltes ouvri&#232;res de Pologne et surtout de Hongrie en 1956, ose affirmer que s'il y a eu bureaucratisation en Russie, cela provient de la d&#233;faillance des classes ouvri&#232;res occidentales, que la bureaucratie n'est pas une classe en soi, qu'elle n'a pas d'int&#233;r&#234;t propre, et qu'elle ne pourra aller qu'en lib&#233;ralisant de plus en plus son r&#233;gime. De fait, il s'est pass&#233; exactement le contraire : son r&#233;gime a &#233;t&#233; menac&#233; &#224; chaque fois qu'elle a tent&#233; une lib&#233;ralisation, et sa r&#233;action fut particuli&#232;rement brutale. En 1991, la r&#233;pression elle-m&#234;me s'est d&#233;sagr&#233;g&#233;e et l'empire sovi&#233;tique s'est d&#233;compos&#233;. La cristallisation stratocratique identifi&#233;e par Corn&#233;lius Castoriadis, qui &#233;tait une impasse aggrav&#233;e contrairement &#224; ce qu'il redoutait, a emport&#233; l'URSS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis consid&#233;rait que les populations domin&#233;es par l'horreur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en faisant s'effondrer ce qui restait de soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime actuel &#233;tabli par Poutine est un stalino-tsarisme explicite et revendiqu&#233;. Il conna&#238;t &#224; son tour une tendance nettement stratocratique (seule compte la puissance militaire) dans un contexte de corruption oligarchique gigantesque, sous la houlette des structures de force, les &lt;i&gt;siloviki&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;et avec des moyens tr&#232;s inf&#233;rieurs &#224; ceux dont disposait l'Union sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stalino-gauchisme constitue une atmosph&#232;re diffuse, un terreau de fausse conscience&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la th&#233;matique de la &#8220;fausse conscience&#8221; chez un auteur comme Joseph (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sur lequel s'&#233;l&#232;vent des id&#233;ologies vari&#233;es qui reprennent les proc&#233;d&#233;s fondamentaux du marxisme-l&#233;ninisme. Chaque vari&#233;t&#233; de &#8220;gauchisme culturel&#8221;, de &#8220;wokisme&#8221;, produit des grilles de lecture marqu&#233;es par cette origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;P&lt;/i&gt;&lt;i&gt;our en rester &#224; nos sp&#233;cimens&lt;/i&gt;&lt;i&gt; locaux &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de stalin&lt;/i&gt;&lt;i&gt;o-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;g&lt;/i&gt;&lt;i&gt;au&lt;/i&gt;&lt;i&gt;chistes, pourriez&lt;/i&gt;&lt;i&gt;-vous&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;comme entr&#233;e &lt;/i&gt;&lt;i&gt;en mati&#232;re, nous d&#233;crire &lt;/i&gt;&lt;i&gt;quels sont ceux &lt;/i&gt;&lt;i&gt;qui, aujourd'hui, correspondraient &#224; ce que vous &lt;/i&gt;&lt;i&gt;qualifiez&lt;/i&gt;&lt;i&gt; par ce terme-l&#224; ? &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Histoire de&lt;/i&gt;&lt;i&gt; fixer un petit peu les id&#233;es. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On peut mentionner trois personnages :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;strong&gt;Jean-Luc M&#233;lenchon &lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est issu de la secte politique lambertiste, cette variante trotskiste qui th&#233;orisait la n&#233;cessit&#233; de &#8220;s'approprier&#8221; les m&#233;thodes staliniennes contre les groupes concurrents. Ce dirigeant local de la section de Besan&#231;on a suivi &#224; la lettre les consignes du Trotsky de la fin des ann&#233;es 1930 : entrisme dans la social-d&#233;mocratie, noyautage, scission ult&#233;rieure pour entra&#238;ner un milieu tiss&#233; dans une logique fractionniste, et d&#233;magogie constante &#224; travers des alliances changeantes, pour tenter de trouver un public, &#224; d&#233;faut d'une base sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Fabrice Nicolino pour la mani&#232;re dont M&#233;lenchon r&#233;&#233;crit ses positions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est un d&#233;magogue qui a de l'instinct et qui cherche &#224; ramasser des voix, sans &#233;tat d'&#226;me aucun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;strong&gt;Edwy Plenel&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le prototype du &#8220;pied-rouge&#8221;, valet temporaire du FLN apr&#232;s sa prise du pouvoir, et comme les autres, il a &#233;t&#233; chass&#233; sans m&#233;nagement une fois qu'il avait fini de servir. Plenel s'est particuli&#232;rement distingu&#233; par son admiration (&#224; l'instar de Sartre) envers le commando palestinien qui a assassin&#233; les athl&#232;tes isra&#233;liens aux Jeux olympiques de 1972. Apr&#232;s son passage dans la LCR (trotskistes tendance Krivine, Mandel), il a fait une carri&#232;re de journaliste traquant les &#8220;d&#233;viants&#8221; politiques suppos&#233;s. Il est de ceux qui s'efforcent de transposer la d&#233;nonciation de l'antis&#233;mitisme en lutte contre l'&#8220;islamophobie&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plenel a os&#233; reprendre la phrase de Zola &#8220;ne fa&#238;tes pas de la politique au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par cette translation, il est un parfait compagnon de route des entreprises islamistes de noyautage des soci&#233;t&#233;s occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;strong&gt;Alain &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Badiou &lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mandarin universitaire est un ancien membre d'une secte mao&#239;ste en 1968 (l'Union de la Jeunesse Communiste - Marxiste-L&#233;niniste) dont les membres se virent interdits de participer aux p&#233;rip&#233;ties de mai-juin de cette ann&#233;e-l&#224; (le mouvement &#233;tait jug&#233; &#8220;petit-bourgeois&#8221;). Il a fait carri&#232;re dans l'universit&#233; comme &#8220;philosophe&#8221;. Il ne cesse de rendre hommage au &#8220;Grand Timonier&#8221; et le souvenir de la &#8220;r&#233;volution culturelle&#8221; chinoise l'&#233;meut encore. Il semble toujours chercher &#224; rattraper le fait d'avoir manqu&#233; mai 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pourquoi utiliser le terme stalino-gauchiste ? Les courants, staliniens, trotskistes et mao&#239;stes, etc., ne se diff&#233;rencient-ils pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Avec le recul historique, il est tout &#224; fait clair qu'il s'agit de branches d'un m&#234;me tronc, qui pr&#233;sentent plus de ressemblances que de diff&#233;rences. Trotsky faisait plus peur en URSS que Staline : il avait &#233;t&#233; le praticien du &lt;i&gt;&#8220;communisme de guerre&#8221;&lt;/i&gt; durant la guerre civile, ce qui ne fut jamais oubli&#233;. Les r&#233;voltes paysannes furent &#233;cras&#233;es &#224; coup de massacres, de famines et m&#234;me de gaz asphyxiants (r&#233;volte de Tambov en 2022, famines gigantesques de 1922-1924)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la brochure de Willy Huhn, Trotsky, le Staline manque&#769;-spartacus (1981).&#034; id=&#034;nh9-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lors d'un Congr&#232;s dans les ann&#233;es 1920, on a l'anecdote d'une altercation entre Trotsky et Staline, o&#249; Trotski avec une poign&#233;e de partisans apostrophe Staline et son groupe de collaborateurs en disant en substance : &lt;i&gt;&#8220;vous n'oserez jamais nous fusiller, mais nous, nous oserons vous fusiller !&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;On pourrait dire qu'aujourd'hui, le stalinisme a d&#233;teint, en termes de r&#233;flexe de pens&#233;e, en termes d'autoritarisme intellectuel, sur tous les autres milieux, que ce soit les milieux libertaires, que ce soit les milieux situationnistes, les milieux autonomes, etc. On est vraiment en face d'un magma, d'un milieu qui est en train de s'homog&#233;n&#233;iser. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Il &lt;/i&gt;&lt;i&gt;est tr&#232;s frappant de voir que depuis 30 ans, ou peut-&#234;tre plus, les milieux anars, libertaires, se sont marxis&#233;s. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;A&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ujourd'hui, on se retrouve avec des libertaires qui sont islamo-gauchistes. Dans cette famille des stalino-gauchistes dont vous parlez, on peut mettre assez facilement des islamo-gauchistes, les immigrationnistes de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, on peut mettre des n&#233;o-f&#233;ministes aussi, m&#234;me si&lt;/i&gt;&lt;i&gt; l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a filiation est peut-&#234;tre moins &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;vidente avec le f&#233;minisme. Elle retrouve, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;par&lt;/i&gt;&lt;i&gt; une sorte de convergence &#233;volutive, des r&#233;flexes totalitaires.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ne pas voir, ne pas dire, ne pas penser : ces proc&#233;d&#233;s typiquement stalino-gauchistes sont toujours &#224; l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;Ce qui est vis&#233; par ce&lt;/i&gt;&lt;i&gt;tte&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;expression &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de &#8220;stalino-gauchisme&#8221;, C'est ce qu'on d&#233;crit de plus en plus depuis 2-3 ans par le terme de &#8220;woke&#8221;, de &#8220;wokisme&#8221;. Ou auparavant, pour reprendre le terme de Jean-Pierre Le Goff, de &#8220;gauchisme culturel&#8221;. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;V&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ous &lt;/i&gt;&lt;i&gt;pr&#233;f&#233;rez un autre terme...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; La cible est la m&#234;me, mais la force du terme &#8220;stalino-gauchisme&#8221; permet de souligner l'importance et la nature infiniment sournoise, brutale et malhonn&#234;te des &lt;i&gt;proc&#233;d&#233;s&lt;/i&gt; employ&#233;s. Ces gens-l&#224;, au fond, ne discutent jamais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ils ass&#232;nent leurs positions en suspectant d'une perfidie absolue ceux qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;n&#233;alogie de ces d&#233;marches remonte en France &#224; ceux qui se d&#233;nommaient &#8220;intellectuels progressistes&#8221;, dont Sartre, le plus &#8220;&#233;minent&#8221; du genre. Ils n'ont jamais fait leur &lt;i&gt;aggiornamento&lt;/i&gt; au regard de l'histoire. Aujourd'hui encore, ils pr&#233;tendent qu'il valait mieux &lt;i&gt;&#8220;avoir tort avec Sartre que raison avec Raymond Aron&#8221;&lt;/i&gt;. Les yeux dans les yeux, ils disent donc : &lt;i&gt;&#8220;je vous ai menti, je me suis tromp&#233; et je ne regrette rien&#8221;&lt;/i&gt;. Au moment du proc&#232;s Kravchenko en 1949, Claude Lefort avait d&#233;j&#224; remarquablement mouch&#233; Sartre, mais cela n'a eu aucune port&#233;e dans le public, bien que le proc&#232;s ait tourn&#233; &#224; la confusion du parti communiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le texte de Claude Lefort critiquant Sartre n'a &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233; qu'une fois dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}&lt;i&gt;C'est aussi la r&#233;plique entendue &#224; propos d'un tr&#232;s bon documentaire&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;pass&#233; il y a &lt;/i&gt;&lt;i&gt;peu&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#224; la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, qu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e nous&lt;/i&gt;&lt;i&gt; mettr&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ons&lt;/i&gt;&lt;i&gt; en lien sur le site, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;concernant&lt;/i&gt;&lt;i&gt; Simon Leys, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;d&#233;mystificateur&lt;/i&gt;&lt;i&gt; du mao&#239;sme&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Habits neufs du Pr&#233;sident Mao, Chronique de la R&#233;volution culturelle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, et &lt;/i&gt;&lt;i&gt;d&lt;/i&gt;&lt;i&gt;es ex-mao. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Ceux-ci &lt;/i&gt;&lt;i&gt;admettent &lt;/i&gt;&lt;i&gt;aujourd'hui &lt;/i&gt;&lt;i&gt;qu'ils se sont tromp&#233;s. Mais bon, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ils&lt;/i&gt;&lt;i&gt; passe&lt;/i&gt;&lt;i&gt;nt&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#224; autre chose. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Jean-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;Claude &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Mich&#233;a qualifie cette incapacit&#233; de bilan le &#8220;complexe d'Orph&#233;e&#8221; &lt;/i&gt;&lt;i&gt; : &lt;/i&gt;&lt;i&gt;si on se retourn&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ait&lt;/i&gt;&lt;i&gt; pour examiner le chemin parcouru, on serait&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;transform&#233; en statue de sel&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Dans ces milieux, il faut toujours passer &#224; autre chose, aller de l'avant. S'il n'y a plus de levier &#224; actionner, le monde devient &#8220;vide&#8221;. La particularit&#233; avec le &#8220;politiquement correct&#8221;, le n&#233;o-antiracisme, le gauchisme culturel, puis le &#8220;wokisme&#8221;, c'est la conviction que le mouvement ouvrier a trahi : il n'a pas &#233;t&#233; &#224; la hauteur de la mission historique que ces commissaires politiques lui attribuaient. Les milieux ouvriers ne m&#233;riteraient donc plus aucune consid&#233;ration : un racisme social de plus en plus d&#233;complex&#233; est r&#233;apparu avec une force &#233;crasante. C'est d'ailleurs un aspect qui transpara&#238;t d&#233;j&#224; dans le milieu de la future &lt;i&gt;Ecole de Francfort, &lt;/i&gt;n&#233; dans l'entre-deux guerres. Marcuse d&#233;non&#231;ait la classe ouvri&#232;re qui avait accept&#233; de &#8220;s'int&#233;grer&#8221; &#224; la soci&#233;t&#233; de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le &lt;i&gt;messie collectif&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un chiite parlerait sans doute, sournoisement, d'&#8220;occultation&#8221;... C'est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;a disparu, il faut susciter d'autres candidats collectifs : la lutte de classe est remplac&#233;e par la lutte des races, des sexes, etc. S'il n'y a plus de sujet collectif &#8220;r&#233;volutionnaire&#8221; vraisemblable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les contestations ouvri&#232;res avaient commenc&#233; bien avant que des id&#233;ologues (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ces id&#233;ologues qui se veulent &#8220;avocats&#8221; de la lutte des autres ne se laissent donc pas pour autant d&#233;monter. Ils s'efforcent de &#8220;construire&#8221; un nouveau sujet collectif, taill&#233; sur mesure pour qu'il soit &lt;i&gt;cornaqu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;able&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;puisqu'ils pr&#233;tendent&lt;i&gt; le r&#233;v&#233;ler &#224; lui-m&#234;me&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcuse fut pionnier dans ce domaine : il d&#233;clara dans les ann&#233;es 1960 qu'il fallait que les &#233;lites universitaires blanches &#8220;radicalis&#233;es&#8221; fusionnent avec le lumpen-prol&#233;tariat noir pour constituer le nouveau sujet r&#233;volutionnaire. Mais le passage &#224; l'acte de ces gens a pris au d&#233;pourvu l'universitaire qui r&#234;vait de strat&#233;gie subersive : les terroristes du &lt;i&gt;Weathermen underground &lt;/i&gt;consid&#233;raient qu'il fallait &lt;i&gt;exterminer&lt;/i&gt; 25 millions de Blancs (les couches sup&#233;rieures et moyennes de la soci&#233;t&#233;), tandis que les &lt;i&gt;Black Panthers &lt;/i&gt;pratiquaient des actions militaris&#233;es ind&#233;pendantes qui confinaient au terrorisme p&#233;greux. Ces tentatives militaires, disjointes, ont rapidement succomb&#233; face aux moyens pratiques du FBI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcuse (avec Rudi Dutschke) s'effor&#231;a alors de pr&#233;coniser une ligne diff&#233;rente de ses suggestions abstraites intransigeantes initiales. Il retrouva les propositions d'un Gramsci, qui avait lui aussi d&#251; faire face &#224; une d&#233;faite politique, mais devant le fascisme italien : le terrain militaro-terroriste menant d&#233;cid&#233;ment &#224; la d&#233;faite, le recours serait d'infiltrer et de noyauter toutes les institutions culturelles (enseignement, presse, productions de l'industrie du divertissement, etc.), dans une d&#233;marche de longue haleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;matique de &#8220;l'intersectionnalit&#233;&#8221; s'efforce ainsi de combler l'absence de sujet r&#233;volutionnaire de masse. Elle repose sur l'activit&#233; de th&#233;oriciens sp&#233;cialis&#233;s pr&#233;tendant d&#233;finir le ciment de ce nouveau messie collectif, rapi&#233;c&#233; comme un manteau d'Arlequin. Cette activit&#233; de sp&#233;cialistes interm&#233;diaires auto-proclam&#233;s est id&#233;ale pour ses &#8220;porteurs&#8221;, qui peuvent ainsi pratiquer une double carri&#232;re : non seulement ils militent, mais ils conservent leur statut privil&#233;gi&#233;. Sans pr&#233;tendre constituer l'&#233;tat-major tout pr&#233;par&#233; du soul&#232;vement ouvrier &#224; venir (&#224; la difff&#233;rence des trotskistes ou des l&#233;ninistes), ils s'imaginent devenir les faiseurs de roi du nouveau sujet &#8220;r&#233;volutionnaire&#8221; qu'ils auront concoct&#233; par leur activit&#233; &#8220;critico-pratique&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inventivit&#233; de leurs oeuvres de fiction th&#233;oricienne est prolif&#233;rante : d&#233;nonciation de l'&#8220;orientalisme&#8221;, invention des &#8220;micro-agressions&#8221;, du racisme &#8220;syst&#233;mique&#8221;, abstraction radicale de l'appartenance sexuelle, qui serait &#8220;construite&#8221;, donc toujours artificielle, etc. La &#8220;lutte des classes&#8221;, autrefois suppos&#233;e motrice de l'histoire, est cens&#233;e &#234;tre remplac&#233;e par la lutte des races (r&#233;habilit&#233;es dans ces th&#233;ories), la lutte des sexes, etc., elles aussi cens&#233;es mener &#224; un moment de guerre civile, consid&#233;r&#233;e comme la r&#233;volution par excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pose de ces nouveaux commissaires politiques improvis&#233;s repose sur un tour particuli&#232;rement sournois, qui semble stupide au premier abord : il faut saboter dans l'esprit de la jeune g&#233;n&#233;ration toute l&#233;gitimit&#233; des valeurs h&#233;rit&#233;es. La soif des enfants et des &#233;l&#232;ves pour l'acquisition de valeurs auxquelles s'identifier rendra pr&#233;gnant l'endoctrinement choisi par les infiltr&#233;s qui auront su noyauter l'enseignement et les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8212;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e sch&#233;ma semble toujours le m&#234;me depuis 1917 :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; un &#233;tat de fait &#224; d&#233;truire (&#8220;capitalisme&#8221;, Occident, m&#226;le blanc h&#233;t&#233;rosexuel, etc.)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; le sujet collectif r&#233;volutionnaire doit rassembler les ouvriers, le tiers-monde, la population immigr&#233;e&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; il n'y a de sens de l'histoire que vers de plus en plus d'&#233;galit&#233;, qui produira un paradis&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est d'autant plus curieux que les sections de cette &#8220;intersectionnalit&#233;&#8221; sont incompatibles :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; le n&#233;o-f&#233;mininisme ferme les yeux sur l'infernal patriarcat musulman (cf ses acrobaties sur le voile islamique, le droit islamique radicalement in&#233;galitaire appel&#233; &#8220;charia&#8221;, etc.)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; les marges, transexuelles, minuscules, veulent exproprier les femmes de leur f&#233;minit&#233; (voir leur volont&#233; d'entrisme dans le sport f&#233;minin et m&#234;me les concours de beaut&#233; !), alors que l'islam les condamne &#224; mort.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; aux &#201;tats-Unis, les Juifs ne sont plus consid&#233;r&#233;s comme une &#8220;minorit&#233;&#8221;, et pas davantage les &#8220;asiatiques', etc.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Cet ensemble de d&#233;marches plus parall&#232;les ou divergentes que convergentes ne manifeste ni honn&#234;tet&#233; ni rationnalit&#233;. Ce sont de pures incantations &#224; vocation performative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;qui reproduisent les tournures de la rh&#233;torique du complotisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les Juifs, on voit se r&#233;activer l'antis&#233;mitisme natif des d&#233;buts du mouvement socialiste [chez Pierre Leroux comme chez Proudhon dans leur &#8220;cat&#233;chisme social&#8221;], et m&#234;me dans les ambigu&#239;t&#233;s de Marx avec &lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;La Question juive&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'orgasme collectif des &#8220;wokes&#8221;, &#224; l'&#233;chelle internationale, devant le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il demeure que la complaisance envers l'islam politique est un tropisme pr&#233;gnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet antis&#233;mitisme avait pu reculer dans le mouvement socialiste, notamment lorsque de nombreux intellectuels juifs et des mouvements ouvriers juifs (comme le &lt;i&gt;Bund&lt;/i&gt; en Russie tsariste) l'avaient rejoint, mais il a toujours &#233;t&#233; latent (avec l'argument imb&#233;cile que le juif serait la source des rapports marchands). Il affleurait pour le moins chez les Blanquistes, dont beaucoup pass&#232;rent au boulangisme puis &#224; l'antidreyfusisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En URSS m&#234;me, les Juifs furent nombreux parmi les cibles des Proc&#232;s de Moscou de 1936-1938, d'autant que Staline &#233;tait discr&#232;tement antis&#233;mite (voir le t&#233;moignage de son premier secr&#233;taire, Bajanov&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bajanov r&#233;v&#232;le Staline, Souvenirs d'un ancien secr&#233;taire de Staline, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui s'&#233;chappa de l'URSS &#224; la fin des ann&#233;es 1920). A partir de 1941, Staline fut particuli&#232;rement impressionn&#233; par l'efficacit&#233; de la propagande nazie sur le front de l'Est, qui assimilait Juifs et Bolch&#233;viks. Au cours des ann&#233;es 1950, une &#233;norme purge &#233;tait en pr&#233;paration, qui allait r&#233;cup&#233;rer ce genre de rh&#233;torique antis&#233;mite, sous le qualificatif de &lt;i&gt;&#8220;lutte anti-cosmopolite&#8221;&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; le proc&#232;s pr&#233;liminaire avait eu lieu &#224; Prague en novembre 1952 (proc&#232;s Sliansky, presque uniquement dirig&#233; contre des accus&#233;s juifs). Certains commentateurs ont argu&#233; pour les d&#233;fendre apr&#232;s coup, de leur pass&#233; d'agents du Komintern dans la guerre d'Espagne, mais en &#233;vitant de pr&#233;ciser qu'il s'agissait d'envoy&#233;s du NKVD.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; le grand proc&#232;s d&#233;cisif des &lt;i&gt;&#8220;Blouses blanches&#8221;&lt;/i&gt; devait s'ouvrir &#224; Moscou au 15 mars 1953, dans lequel la plupart des m&#233;decins accus&#233;s d'empoisonnement contre leurs patients &#233;taient juifs. Cette date devait donner le signal de la d&#233;portation de tous les Juifs d'Union sovi&#233;tique dans les quatre camps de concentration pr&#233;par&#233;s &#224; l'avance en Sib&#233;rie (la proportion de pertes durant le transport &#233;tait &#233;valu&#233;e par l'&#201;tat &#224; 40 %, sans compter les innombrables pogroms qui auraient surgi aux quatre coins de l'URSS). Mais Staline est mort au d&#233;but de mars 1953, ce qui a aussit&#244;t gel&#233; l'immense purge imminente, dont les Juifs auraient &#233;t&#233; le pr&#233;texte sous couvert de cette purge &#8220;anti-cosmopolite&#8221;, suivie d'un d&#233;but de guerre mondiale soigneusement pr&#233;par&#233;e depuis 1945. Le proc&#232;s des &lt;i&gt;Blouses blanches &lt;/i&gt;a &#233;t&#233; finalement annul&#233; et les pr&#233;venus ayant surv&#233;cu &#224; la torture lib&#233;r&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'ouvrage des historiens Jonathan Brent et Vladimir P. Naumov, Stalin's (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La mort de Staline fut peut-&#234;tre facilit&#233;e par ses &#8220;lieutenants&#8221; qui avaient acc&#233;d&#233; aux plus hautes fonctions en 1936-1938 et qui savaient reconna&#238;tre les signes d'une &lt;i&gt;Grande Terreur &lt;/i&gt;en gestation, dont ils auraient &#233;t&#233; les cibles (B&#233;ria, Khrouchtchev, Malenkov, etc.). Il demeure que ce pr&#233;tendu &lt;i&gt;&#8220;complot des Blouses blanches&#8221; &lt;/i&gt;a eu des cons&#233;quences d&#233;vastatrices et durables pour les Juifs en URSS. Une grande partie d'entre eux n'ont eu de cesse de s'&#233;chapper de cet enfer dans les derni&#232;res d&#233;cennies de l'Union sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Comment expliquer que le bilan du nazisme ait &#233;t&#233; aussi fort, et pas celui du stalinisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le contraste est saisissant entre &lt;i&gt;l'hypermn&#233;sie&lt;/i&gt; sur les forfaits du nazisme et &lt;i&gt;l'amn&#233;sie&lt;/i&gt; sur ceux du stalinisme. Ce n'est pas par manque d'information, mais cette information ne suscite pas de passion quand il s'agit du stalinisme. Apparemment, il suffit de mentir assez longtemps pour que, lorsque la v&#233;rit&#233; s'impose, elle n'ait plus de cons&#233;quences politiques imm&#233;diates...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bilan implique aussi de revenir sur les errements &#233;ventuels du pass&#233;. Pour les intellectuels &#8220;progressistes&#8221; et leurs h&#233;ritiers, il n'est jamais question d'admettre que leur vision &#233;tait fondamentalement vici&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ils ont beaucoup trop menti pour revenir en arri&#232;re.&#034; id=&#034;nh9-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Claude Lefort a r&#233;sum&#233; cela dans &lt;i&gt;&#8220;La m&#233;thode des intellectuels progressistes&#8221;, &lt;/i&gt;de f&#233;vrier 1958 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En rupture avec l'ordre bourgeois &#233;tabli, celle-ci n'affiche plus des opinions communistes que pour mieux se raccrocher &#224; un autre ordre, o&#249; elle r&#233;introduit en les pla&#231;ant sous un signe positif tous les caract&#232;res qu'elle d&#233;non&#231;ait comme n&#233;gatifs dans son propre milieu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un Emmanuel Todd illustre encore aujourd'hui ce biais syst&#233;matique, quand il parle de la Cor&#233;e du Nord, : il reprend les oripeaux d'un stalinien int&#233;gral&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emission &#8220;28 minutes&#8221; du 4 septembre 2017 sur la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vison Arte.&#034; id=&#034;nh9-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut aussi rappeler les d&#233;lires d'un M&#233;lenchon sur le V&#233;n&#233;zu&#233;la. Il s'agit &#224; chaque fois d'une forme de pens&#233;e tronqu&#233;e (les valeurs qu'ils affirment d&#233;fendre en Occident ne s'appliquent plus pour les r&#233;gimes qu'ils veulent admirer et soutenir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8212;Il s'agit d'un &#8220;deux poids - deux mesures&#8221; typique.&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;L'Occident est critiquable &#224; un point absolument incroyable, mais par contre, une fois qu'on a identifi&#233; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;sinon &lt;/i&gt;&lt;i&gt;le sujet r&#233;volutionnaire, mais en tout cas...le domaine d'espoir...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pour tout domaine f&#233;tichis&#233; par le &#8220;progressisme&#8221;, l'anesth&#233;sie de la raison se fait acharn&#233;e. Et cet escamotage est parfaitement assum&#233; : il est consid&#233;r&#233; comme &#8220;vertueux&#8221;. L'antis&#233;mitisme qui se pr&#233;sente aujourd'hui sous le masque de l'&#8220;antisionisme&#8221; se pr&#233;tend lui aussi vertueux. Que ce soit pour le Venezuela, l'islam, les musulmans ou les migrants, le tiers-monde, etc., d'un seul coup, on a une anesth&#233;sie mentale imp&#233;rieuse...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}&lt;i&gt;&#8212;On l'a vu avec Foucault &#224; propos de l'Iran.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pour Michel Foucault sur l'Iran de Khomeiny, il semble que les m&#233;dias aient simplifi&#233; sa position. Elle aurait d'abord consist&#233; &#224; souligner qu'il y avait un retour en force de la religion (cf Jean Birnbaum). N&#233;anmoins Foucault s'affichait comme un tiers-mondiste. Chasser le Shah &#233;tait en soi merveilleux, et ce qui suivrait importait peu. Or, la majorit&#233; de la population iranienne ne voulait de Khomeiny ni comme Guide supr&#234;me ni le r&#233;gime totalitaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut prendre en compte du r&#244;le calamiteux de la premi&#232;re guerre Iran-Irak (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Les m&#233;thodes des gens issus de ce stalino-gauchisme disposent d'une s&#233;rie de m&#233;thodes identifiables. Quelles sont-elles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il s'agit :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; d'utiliser le principe du deux poids-deux mesures&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; de d&#233;finir l'Occident comme particuli&#232;rement ha&#239;ssable en soi. Par postulat, l'Occident est pire que tout ce qui a pu exister, bien que des millions de migrants y viennent ventre &#224; terre pour s'y infiltrer et y rester&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut ajouter que le support de cette haine envers l'Occident s'alimente (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour les gauchistes issus des ann&#233;es 1960, le fait qu'il ait exist&#233; en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; !&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; d'utiliser une m&#233;thode particuli&#232;rement vicieuse : &lt;i&gt;surench&#233;rir sur les libert&#233;s occidentales jusqu'&#224; leur point d'implosion.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;On peut fournir diverses illustrations particuli&#232;rement incoh&#233;rentes : ainsi, au nom du n&#233;o-f&#233;minisme, il faudrait d&#233;fendre le port du voile islamiste, marqueur qui vise &#224; r&#233;duire les femmes &#224; un r&#244;le qualitativement subordonn&#233;. Envers les mouvements de femme en Iran, contre le port obligatoire d'un tel voile, l'indiff&#233;rence des n&#233;o-f&#233;ministes est &#233;clatante. Tous ces points convergent vers le m&#234;me alibi : il faut d&#233;truire l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; S'agit-il d'affirmer qu'il est intenable ? donc non viable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ce serait plut&#244;t qu'il ne &lt;i&gt;doit pas &#234;tre viable&lt;/i&gt;. Le fait massif qui d&#233;concerte les &lt;i&gt;woke&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt; et les met en rage, &#224; l'instar de leurs anc&#234;tres marxistes-l&#233;ninistes, c'est que l'Occident a tout de m&#234;me superbement r&#233;sist&#233; au panzer- communisme, et lui a surv&#233;cu ! C'est un scandale pour tous ces croyants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sch&#233;ma mental sous-jacent, rarement explicit&#233;, du proph&#233;tisme implicite de ces postures est le suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;de toute fa&#231;on, le monde &lt;/i&gt;&lt;i&gt;doit suivre&lt;/i&gt;&lt;i&gt; une pente indiscutable, vers une situation meilleure (&lt;/i&gt;&lt;i&gt;cf&lt;/i&gt;&lt;i&gt; le &#8220;sens de l'histoire&#8221;), &lt;/i&gt;bien que la &lt;i&gt;&#8220;th&#233;orie critique de la race&#8221; &lt;/i&gt;ou la &lt;i&gt;pr&#233;diction d&lt;/i&gt;&lt;i&gt;'apocalypse climatique &lt;/i&gt;soient fonci&#232;rement pessimistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux th&#232;ses antagonistes coexistent dans ces attitudes. Il faudrait que l'histoire &#233;volue vers une sorte de puits de potentiel historique, afin de d&#233;boucher sur un type de soci&#233;t&#233; qui n'aurait plus besoin de se transformer dans le flux du temps. Ce serait une apoth&#233;ose magnifique et permanente et seules des dispositifs malveillants peuvent en retarder l'av&#232;nement... Bref, il n'y aurait plus d'histoire, il faut qu'elle cesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1215-Origines-et-metamorphoses-du-stalino-gauchisme-2-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le groupe conseilliste hollandais &lt;i&gt;Daad en Gedacht&lt;/i&gt; constatait par exemple d&#232;s les ann&#233;es 1970 que les mots de &#8220;socialisme&#8221; ou de &#8220;communisme&#8221; d&#233;goulinaient de sang, et que c'&#233;tait irr&#233;parable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les h&#233;ritiers du marxisme-l&#233;ninisme n'ont de cesse de disqualifier par principe l'analyse du totalitarisme. Ce d&#233;ni est m&#234;me un marqueur tr&#232;s s&#251;r de ces doctrinaires. Ils se d&#233;lectent &#224; d&#233;noncer un &#8220;fascisme&#8221; qui serait toujours pr&#234;t &#224; rena&#238;tre, avec son r&#233;flexe pr&#233;tendant r&#233;soudre tout probl&#232;me par la brutalit&#233;. Ils oublient soigneusement que ce recours m&#233;thodique &#224; la violence indiscrimin&#233;e a &#233;t&#233; inaugur&#233;e par le marxisme-l&#233;ninisme lui-m&#234;me. Mussolini, de culture marxiste (comme le rappelle Curzio Malaparte dans son ouvrage &lt;i&gt;Technique du Coup d'Etat), &lt;/i&gt;et Hitler avaient remarqu&#233; &#224; quel point cette brutalit&#233; &#233;tait au fondement du r&#233;gime &#8220;sovi&#233;tique&#8221;, m&#233;thode qui b&#233;n&#233;ficiait d'une extraordinaire indiff&#233;rence en Occident. Comme le constatait Hitler, Staline pouvait tuer des millions de gens, l'esprit public regardait ailleurs. Hitler &#233;tait d&#233;cid&#233;, d&#232;s 1923, &#224; s'approprier ces leviers pour profiter de leurs effets comme le montre une discussion qu'il eut avec Ludendorff sur les leviers du pouvoir invent&#233;s par l'&#201;tat sovi&#233;tique (relev&#233;e par Nolte dans &lt;i&gt;La Guerre civile europ&#233;enne, National-socialisme et bolchevisme 1917-1945, &#233;d.Tempus/Perrin, 2011)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Complication. Retour sur le Communisme,&lt;/i&gt; Paris, Fayard, 1999&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ces sociaux-d&#233;mocrates orthodoxes, dans leur pol&#233;mique contre Bernstein &#224; la fin des ann&#233;es 1890 ont &#233;vacu&#233; sa remarque si embarrassante sur le d&#233;menti factuel du principe de &lt;i&gt;&#8220;paup&#233;risation absolue du prol&#233;tariat&#8221;, &lt;/i&gt;qui &#233;tait cens&#233;e constituer le fondement du caract&#232;re d&#233;terministe de l'histoire moderne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'importance des lignes de fractures civilisationnelles implique que tout &#8220;m&#233;tissage universel&#8221;, pr&#244;n&#233; r&#233;cemment par un Boucheron sorti de son domaine de comp&#233;tence (l'histoire de la Renaissance en Italie), m&#232;ne &#224; une &lt;i&gt;libanisation&lt;/i&gt; inexorable des soci&#233;t&#233;s qui se laissent envahir. Il vient de se distinguer par son intervention aupr&#232;s des &#233;ditions PUF, pour emp&#234;cher la parution d'un ouvrage sur la critique du wokisme. Cette censure pr&#233;alable est une nouveaut&#233; . Une huile du &lt;i&gt;Coll&#232;ge de France &lt;/i&gt;peut donc intimider un &#233;diteur priv&#233;, voir le t&#233;moignage de Pierre Vermeren dans &lt;i&gt;Le Figaro &lt;/i&gt;du 11 mars 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il est int&#233;ressant de rappeler qu'Anton Ciliga, auteur en 1936-1937 du premier livre important sur l'URSS, &lt;i&gt;&#8220;Au pays du mensonge&lt;/i&gt;&lt;i&gt; d&#233;concertant&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8221;,&lt;/i&gt; a publi&#233; un autre ouvrage en 1971, &lt;i&gt;Crise d'Etat dans la Yougoslavie de Tito&lt;/i&gt;, o&#249; il annon&#231;ait l'&#233;clatement de cet &#201;tat apr&#232;s la mort de ce dirigeant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour l'Occident, il est clair que son marqueur religieux et anthropologique tient aux deux variantes consanguines de christianisme que sont le catholicisme et le protestantisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fernand Braudel soulignait que des millions d'individus ont pu passer d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre de la fronti&#232;re entre islam et christianisme au fil des si&#232;cles, cette fronti&#232;re s'est seulement d&#233;plac&#233;e, sans &#234;tre jamais abolie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On voit donc aujourd'hui s'additionner les conditions d'av&#232;nement d'une &#8220;temp&#234;te historique parfaite&#8221;, qui a caract&#233;ris&#233; ces p&#233;riodes anciennes, avec son lot de mutations improbables dans une atmosph&#232;re apocalyptique aliment&#233;e par une d&#233;symbolisation massive du monde v&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis consid&#233;rait que les populations domin&#233;es par l'horreur &#8220;sovi&#233;tique&#8221; ne se r&#233;volteraient sans doute pas, alors que l'histoire a trouv&#233; une voie surprenante : le r&#233;gime s'est effondr&#233; par d&#233;saffection syst&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir la th&#233;matique de la &#8220;fausse conscience&#8221; chez un auteur comme Joseph Gabel. Celle-ci consiste en un magma d'illusions informul&#233;es mais pr&#233;gnantes sur lesquelles s'&#233;rigent des constructions id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Fabrice Nicolino pour la mani&#232;re dont M&#233;lenchon r&#233;&#233;crit ses positions pass&#233;es (les lambertistes &#233;taient tr&#232;s hostiles &#224; l'agitation pro-viet-cong, pro-FLN et aux tentatives de gu&#233;rilla en Am&#233;rique latine : ils d&#233;non&#231;aient avec v&#233;h&#233;mence le &#8220;foquisme&#8221;, c'est-&#224;-dire ceux qui pr&#233;tendaient que les foyers (foco) de gu&#233;rilla am&#232;neraient la r&#233;volution). M&#233;lenchon affecte d'avoir &#233;t&#233; partisan de tout cela, apr&#232;s coup. Ce type d'actions n'a de toute fa&#231;on jamais produit de lib&#233;ration collective et a plut&#244;t incarn&#233; une faillite des r&#233;voltes ou des d&#233;colonisations. La carri&#232;re de M&#233;lenchon semble avoir b&#233;n&#233;fici&#233; de nombreux appuis dans les r&#233;seaux lambertistes au fil des d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Plenel a os&#233; reprendre la phrase de Zola &lt;i&gt;&#8220;ne fa&#238;tes pas de la politique au couteau !&#8221; &lt;/i&gt;pour se solidariser avec les &#233;gorgeurs venus de l'islam !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir la brochure de Willy Huhn, &lt;i&gt;Trotsky, le Staline manque&#769;&lt;/i&gt;-spartacus (1981).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ils ass&#232;nent leurs positions en suspectant d'une perfidie absolue ceux qui ne sont pas d'accord ou m&#234;me seulement sceptiques. On peut consid&#233;rer que ces contre-&#233;lites en recherche d'un public se caract&#233;risent davantage par le recours &#224; ces proc&#233;d&#233;s, ind&#233;pendamment des discours id&#233;ologiques revendiqu&#233;s. Il importe avant tout que les discours invent&#233;s, controuv&#233;s, ou remani&#233;s, fournissent l'occasion de d&#233;ployer les forfaitures stalino-gauchistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le texte de Claude Lefort critiquant Sartre n'a &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233; qu'une fois dans &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'une critique de la bureaucratie, &lt;/i&gt;Paris, Droz, 1971. L'ouvrage a &#233;t&#233; republi&#233; en coll. &#171; Tel &#187;, 1979, mais sans ce texte paru &#224; l'origine dans &lt;i&gt;Les Temps Modernes&lt;/i&gt;, &#224; l'initiative de Maurice Merleau-Ponty. Cette &#233;dition ne contient plus les textes suivants : &lt;i&gt;&#171; Le marxisme et Sartre &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; De la r&#233;ponse &#224; la question &#187;)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Habits neufs du Pr&#233;sident Mao&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Chronique de la R&#233;volution culturelle&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; &#233;dit&#233; en 1971 chez Champ Libre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Un chiite parlerait sans doute, sournoisement, d'&#8220;occultation&#8221;... C'est implicitement ce qu'esp&#232;rent les derniers marxistes qui veulent croire &#224; un retour de soul&#232;vements ouvriers manipulables.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les contestations ouvri&#232;res avaient commenc&#233; bien avant que des id&#233;ologues ne s'y int&#233;ressent. Ce que ces derniers ont th&#233;matis&#233; apr&#232;s coup pr&#233;existait dans les revendications, les chansons, les slogans des r&#233;actions ouvri&#232;res. Les id&#233;ologues ont pr&#233;tendu ajouter une forme d&#233;tourn&#233;e d'&#233;vangile, dit &#8220;social&#8221; (jusqu'&#224; la Commune de Paris), puis la tendance &#233;ducationniste et syndicale a pr&#233;valu jusqu'en 1914. Apr&#232;s 1917, la version politico-militaire a affirm&#233; avec le marxisme-l&#233;ninisme avoir enfin trouv&#233; la solution, une logique blanquiste fond&#233;e sur un &#8220;communisme de consommateur&#8221; peu soucieux de se demander comment produire. Devant l'impasse des ann&#233;es 1920, et &#224; l'initiative de &#8220;l'opposition de gauche&#8221;, les communistes sovi&#233;tiques ont d&#233;clar&#233; prendre en charge la &#8220;construction du socialisme&#8221;, r&#233;duit &#224; la disparition de tout processus marchand (il ne revenait plus &#224; la classe ouvri&#232;re de domestiquer le processus d'industrialisation). Troisi&#232;me tour d'&#233;crou dans cette substitution, l'Empire sovi&#233;tique avait d&#233;sormais le monopole du projet &#8220;socialiste&#8221;. L'avenir de celui-ci &#233;tait cens&#233; se confondre avec l'expansion militaire &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1956, o&#249; l'URSS s'est montr&#233;e &#224; Budapest ouvertement pire que g&#233;n&#233;ral Gallifet, qui avait r&#233;prim&#233; la Commune de Paris, les contre-&#233;lites avides de cornaquer un mouvement subversif se sont tourn&#233;s vers les r&#233;voltes anti-coloniales. Dans chacun de ces quatre moments de l'activisme &#224; pr&#233;tention r&#233;volutionnaire, il est clair que l'apport de contre-&#233;lites fut d&#233;cisif pour donner la coloration id&#233;ologique pr&#233;valente dans les dissensions sociales. Les &#233;v&#233;nements ont toujours pris des directions pires que celles qui pr&#233;valaient.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;qui reproduisent les tournures de la rh&#233;torique du complotisme anti-capitaliste. Il est &#224; noter que la victoire &#233;lectorale de Trump en 2024 repose sur l'effondrement notable du &#8220;camp d&#233;mocrate&#8221;, cons&#233;quence de l'obsc&#233;nit&#233; et des abus du mouvement dit &#8220;Black Lives Matter&#8221;, qui a choqu&#233; une grande partie de la population &#233;tats-unienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'orgasme collectif des &#8220;&lt;i&gt;woke&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&#8221;, &#224; l'&#233;chelle internationale, devant le premier pogrom antis&#233;mite &lt;i&gt;retransmis en direct,&lt;/i&gt; le 7 octobre 2023, signe le franchissement d'un cap. Il s'agit d'un saut qualitatif dans l'inf&#226;mie, que m&#234;me les nazis n'avaient pas os&#233;. Pour maintenir leurs lubies id&#233;ologiques, les h&#233;ritiers &#224; la d&#233;rive du marxisme-l&#233;ninisme n'ont aucune limite. Leur passion de la trahison est b&#233;tonn&#233;e, &#224; l'instar de la forfaiture du Pacte Molotov-Ribbentrop. D&#233;sormais, le droit au pogrom est publiquement inscrit dans leur perspective.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Bajanov r&#233;v&#232;le Staline&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, Souvenirs d'un ancien secr&#233;taire de Staline,&lt;/i&gt; Paris, Gallimard, 1979. Cet ouvrage n'appartient plus au catalogue de l'&#233;diteur depuis 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir l'ouvrage des historiens Jonathan Brent et Vladimir P. Naumov, &lt;i&gt;Stalin's Last Crime&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Against the Jewish Doctors,&lt;/i&gt; 1948-1953 (Harper, 2003). La mort de Staline a selon toute probabilit&#233; permis d'&#233;viter l'agression militaire imminente pr&#233;par&#233;e contre la Yougoslavie. La purge interne &#233;tait destin&#233;e &#224; pr&#233;parer et accompagner un conflit g&#233;n&#233;ralis&#233; en Europe (voir &lt;i&gt;Stalin and Europe, Imitation and Domination, 1928&#8211;1953,&lt;/i&gt; ouvrage parrain&#233; par Timothy Snyder, notamment le chapitre 12 r&#233;dig&#233; par Mark Kramer).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ils ont beaucoup trop menti pour revenir en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Emission &#8220;28 minutes&#8221; du 4 septembre 2017 sur la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vison Arte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il faut prendre en compte du r&#244;le calamiteux de la premi&#232;re guerre Iran-Irak qui a dur&#233; de 1980 &#224; 1988, et qui a rendu le r&#233;gime provisoirement &#8220;tol&#233;rable&#8221;, mais il dure alors que les mosqu&#233;es sont d&#233;sormais vides et que la population fait aujourd'hui lucidement face &#224; un &#201;tat totalitaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il faut ajouter que le support de cette haine envers l'Occident s'alimente sans le dire &lt;i&gt;&#224; ses qualit&#233;s effectives &lt;/i&gt;&lt;i&gt;plut&#244;t qu'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#224; ses d&#233;fauts&lt;/i&gt;. Ce qui fait que toute tentative de composition de la part d'Occidentaux embarrass&#233;s, aggrave encore les raisons de d&#233;testation. Les Occidentaux ne comprennent pas que, dans beaucoup de civilisations non-occidentales, le fait de recevoir un cadeau que l'on ne peut rendre de fa&#231;on r&#233;ciproque est une humiliation. Or, les &#8220;progressistes&#8221; r&#233;p&#232;tent sans cesse cette errreur de la &lt;i&gt;&#8220;g&#233;n&#233;rosit&#233; anticip&#233;e&#8221;, &lt;/i&gt;cens&#233;e provoquer une r&#233;conciliation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour les gauchistes issus des ann&#233;es 1960, le fait qu'il ait exist&#233; en France un groupuscule intitul&#233; &#8220;Occident&#8221;, qui n'a dur&#233; que deux ou trois ans, compos&#233; de jeunes fascistes d'ailleurs plus ou moins en rupture de ban, leur sert de pr&#233;texte pour consid&#233;rer que le mot &#8220;Occident&#8221; est &#233;ternellement un marqueur fasciste. La niaiserie abrutie de ce tour de passe-passe, de ce f&#233;tichisme invers&#233;, exc&#232;de toute possibilit&#233; de discussion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D&#233;construire nos croyances, (re)penser la nature</title>
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		<dc:subject>Blanc G.</dc:subject>
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&lt;p&gt;Chapitre &#233;ponyme du livre de Guillaume Blanc &#171; L'invention du colonialisme vert. Pour en finir avec le mythe de l'Eden africain &#187;, Flammarion 2020, pp. 23-46 14 janvier 2019, banlieue de Debark, nord des hauts plateaux &#233;thiopiens. Assis sur un matelas pos&#233; au sol, &#224; m&#234;me la terre, dans sa maison faite de bois et de t&#244;le, Samson &#233;voque avec amertume son quotidien depuis son expulsion : &#171; Ils nous ont fait fuir &#224; coups de b&#226;ton [&#8230;]. Ils nous ont dit de partir au nom de l'Unesco. [&#8230;] Nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-285-Blanc-G-+" rel="tag"&gt;Blanc G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre &#233;ponyme du livre de Guillaume Blanc &#171; L'invention du colonialisme vert. Pour en finir avec le mythe de l'Eden africain &#187;, Flammarion 2020, pp. 23-46&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;14 janvier 2019, banlieue de Debark, nord des hauts plateaux &#233;thiopiens. Assis sur un matelas pos&#233; au sol, &#224; m&#234;me la terre, dans sa maison faite de bois et de t&#244;le, Samson &#233;voque avec amertume son quotidien depuis son expulsion : &#171; Ils nous ont fait fuir &#224; coups de b&#226;ton [&#8230;]. Ils nous ont dit de partir au nom de l'Unesco. [&#8230;] Nous maintenant on peut pas continuer avec cette vie-l&#224;. Je suis en train de mourir ici. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien de l'auteur avec Samson, Debark, 4 janvier 2019.&#034; id=&#034;nh10-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me d&#233;sespoir habite les voisins de Samson depuis qu'ils ont &#233;t&#233; amen&#233;s en ville. C'&#233;tait le 16 juin 2016. Ce jour-l&#224;, au petit matin, les gardes du parc national du Simien arrivent &#224; Gich. 2 508 habitants vivent alors dans ce village nich&#233; &#224; 3 800 m&#232;tres d'altitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont agro-pasteurs, c'est-&#224;-dire qu'ils m&#234;lent l'agriculture et l'&#233;levage de troupeaux sur des p&#226;turages. Et &#224; ce titre, ils sont accus&#233;s de d&#233;truire la nature. Voil&#224; pourquoi les gardes du parc les expulsent manu militari de leurs montagnes. Le 16 juin au soir, tous les habitants de Gich sont r&#233;install&#233;s &#224; Debark, une petite ville situ&#233;e 35 kilom&#232;tres plus &#224; l'ouest, hors du parc national du Simien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat &#233;thiopien a r&#233;ussi, enfin. L'Unesco avait inscrit le Simien sur sa Liste du patrimoine mondial en 1978, mais, depuis 1996, elle l'a r&#233;trograd&#233; sur sa Liste du patrimoine mondial &#171; en p&#233;ril &#187;. Car selon les experts internationaux, en cultivant la terre et en &#233;levant des troupeaux, les habitants d&#233;gradent la nature&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Unesco, &#171; D&#233;cisions adopt&#233;es lors de la 41e session du Comit&#233; du patrimoine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Leur expulsion met fin au probl&#232;me. L'Unesco f&#233;licite l'&#201;thiopie et, le 12 juillet 2017, elle annonce retirer le parc du Simien de la Liste du patrimoine mondial en p&#233;ril. L'institution a une autre exigence : quelques milliers d'agro-pasteurs vivent encore dans le parc, elle demande qu'ils soient eux aussi expuls&#233;s. Et les dirigeants &#233;thiopiens sont pr&#234;ts &#224; faire ce sacrifice car ce qui compte, pour eux, c'est d'avoir re&#231;u la r&#233;compense qu'ils attendaient depuis vingt ans : l'Unesco a enfin r&#233;int&#233;gr&#233; le Simien sur sa prestigieuse Liste du patrimoine mondial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh10-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette victoire a un seul prix : Gich. Le len- demain de l'expulsion, les autres habitants du parc p&#233;n&#232;trent dans le village. Ils d&#233;sossent les maisons abandonn&#233;es par leurs anciens voisins, et ils rapportent alors chez eux le bois qui leur manque pour cuisiner et se chauffer. Quant aux expuls&#233;s de Gich, ils vont essayer de se faire &#224; la vie urbaine qui leur est impos&#233;e. En vain. &#171; Je peux plus &#187;, nous dit Samson, trois ans plus tard. &#171; Soit la mort, soit le retour au pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pu d&#233;couvrir ce parc national gr&#226;ce &#224; Samson &#8211; un nom qui n'est pas le sien puisque, pour lui et tous les habitants cit&#233;s dans ce livre, la prudence impose de respecter leur anonymat. &#192; Paris, les enseignants de l'Inalco m'ont &#233;galement appris les rudiments de l'amharique, la lingua franca &#233;thiopienne. &#192; Addis-Abeba et &#224; Debark, les responsables de l'EWCO (Ethiopian Wildlife Conservation Organization) m'ont donn&#233; acc&#232;s &#224; toutes leurs archives &#8211; pr&#232;s de 20 000 pages de correspondances, proc&#232;s-verbaux et rapports d'activit&#233;. Et depuis 2007, les habitants du Simien m'ont accueilli dans leurs montagnes. &#192; chacun de mes s&#233;jours, ils m'ont fait comprendre que vivre dans le Simien, c'est vivre en criminel. Puisque l'agriculture et le pastoralisme sont punis par la loi, &#234;tre n&#233; dans un parc national, c'est &#234;tre un squatter dans sa propre maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire m'a r&#233;v&#233;l&#233; un monde dont je ne soup&#231;onnais pas l'existence. Je croyais que les parcs africains &#233;taient des espaces naturels harmonieux ; j'ai d&#233;couvert des territoires min&#233;s par la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis &#171; africains &#187; car le Simien est loin d'&#234;tre un cas isol&#233;. Il y a environ 350 parcs nationaux en Afrique, et, dans la plupart d'entre eux, les populations ont &#233;t&#233; expuls&#233;es pour faire place &#224; l'animal, la for&#234;t ou la savane. C'est le cas de 50 % des parcs du B&#233;nin, de 40 % des parcs du Rwanda ou encore de 30 % des parcs de Tanzanie et du Congo-Kinshasa. Au moins un million de personnes ont &#233;t&#233; chass&#233;es des aires prot&#233;g&#233;es africaines au XXe si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Brockington et James Igoe, &#171; Eviction for Conservation : A Global (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quant aux parcs encore habit&#233;s, l'agriculture, le pastoralisme et la chasse y sont g&#233;n&#233;ralement interdits, et sanctionn&#233;s d'amendes et de peines de prison. Ce n'est donc pas le traitement &#233;thiopien de la nature qui fait exception dans le monde, mais bien le traitement par le monde de la nature africaine. Depuis plus d'un si&#232;cle, sous la conduite d'experts venus du Nord, cette naturalisation coercitive de l'espace affecte tous les pays du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces politiques environnementales furent invent&#233;es par les Europ&#233;ens, pendant la colonisation. Et depuis les ind&#233;pendances, elles sont mises en &#339;uvre par des &#201;tats africains. Leurs dirigeants sont souverains, mais ils r&#233;pondent syst&#233;matiquement aux injonctions des institutions internationales de la conservation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles Geisler, &#171; A New Kind of Trouble : Evictions in Eden &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Derri&#232;re chaque injustice sociale que subissent les habitants de la nature en Afrique, on trouve toujours l'Unesco, le WWF, l'UICN ou encore la Fauna &amp; Flora International (FFI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affirmation a de quoi surprendre. Elle va d'ailleurs tellement &#224; l'encontre de nos croyances que certains refuseront de l'entendre. Affirmons-le alors d&#232;s maintenant : ce livre ne cherche pas &#224; d&#233;nigrer la cause environnementale, ni m&#234;me &#224; critiquer la lutte &#233;cologique. Au contraire, cet ouvrage esp&#232;re y participer. Pour enrayer la destruction mondiale de la biodiversit&#233;, il est urgent de comprendre nos erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en Europe, en Am&#233;rique ou en Asie, les soci&#233;t&#233;s africaines vont devoir faire face &#224; l'effondrement de leurs &#233;cosyst&#232;mes, ainsi que l'explique Luc Semal. Sp&#233;cialiste des mobilisations environnementales et fin connaisseur des extinctions animales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luc Semal, Bestiaire disparu. Histoire de la derni&#232;re grande extinction, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce politiste souligne le poids de l'angoisse que g&#233;n&#232;re la perspective d&#233;sormais tr&#232;s concr&#232;te des d&#233;sastres &#233;cologiques et humains qui s'annoncent &#224; l'&#233;chelle mondiale, sous les effets cumul&#233;s du r&#233;chauffement climatique, de la rar&#233;faction des ressources et de la disparition des esp&#232;ces de faune et de flore&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luc Semal, Face &#224; l'effondrement. Militer &#224; l'ombre des catastrophes, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seulement, en aucun cas l'expulsion des habitants des parcs africains ne r&#233;soudra le probl&#232;me. Bien au contraire, croire que la mise en parc de la nature permet de mieux prot&#233;ger la plan&#232;te est un leurre. Et, &#224; force d'entretenir cette illusion, les politiques internationales de la conservation fonctionnent comme un trompe-l'&#339;il qui occulte le vrai probl&#232;me : la d&#233;gradation massive et globale de &#171; notre &#187; environnement quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sauver la nature, les experts internationaux exigent des &#201;tats africains qu'ils expulsent les habitants des parcs. Concr&#232;tement, ils leur demandent d'emp&#234;cher des agro-pasteurs d'&#233;roder les parcelles qu'ils cultivent et de d&#233;nuder les plateaux o&#249; ils envoient pa&#238;tre leur b&#233;tail. Mais l'argument est absurde, au sens propre du terme : il est contraire &#224; la raison. Accuser des paysans comme ceux de Gich de d&#233;truire la nature, c'est oublier qu'ils produisent eux-m&#234;mes leur nourriture. Comme tous les expuls&#233;s des parcs africains, ils se d&#233;placent d'abord &#224; pied. Ils consomment tr&#232;s peu de viande et de poisson. Ils ach&#232;tent tr&#232;s rarement de nouveaux v&#234;tements. Et contraire- ment &#224; deux milliards d'individus, ils n'ont ni ordinateur ni smartphone. Bref, pour sauver la plan&#232;te, il faudrait vivre comme eux. L'Unesco, le WWF et l'UICN consid&#232;rent pourtant que leur expulsion est &#233;thique et n&#233;cessaire, c'est- &#224;-dire juste, et justifi&#233;e. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; commence &#224; le souligner, la question &#233;cologique mondiale est influenc&#233;e par le pass&#233; colonial. Au mois d'ao&#251;t 2019, par exemple, quand le pr&#233;sident fran&#231;ais Emmanuel Macron sugg&#232;re de placer l'Amazonie en feu sous contr&#244;le international, Jair Bolsonaro d&#233;nonce &#171; une mentalit&#233; colonialiste &#187;. &#171; Macron [&#8230;] veut &#8220;sauver&#8221; l'Amazonie comme si c'&#233;tait [encore] une colonie &#187;, &#233;crit le pr&#233;sident br&#233;silien sur son compte Twitter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Huffpost, &#171; Bolsonaro accuse &#224; nouveau Macron de &#8220;colonialisme&#8221; &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, &#224; propos de l'Afrique, une pol&#233;mique &#233;clate aux &#201;tats-Unis apr&#232;s la sortie au cin&#233;ma du Roi Lion. Des millions de spectateurs s'empressent d'aller red&#233;couvrir les personnages de Disney, auxquels des artistes afro-am&#233;ricains ont pr&#234;t&#233; leurs voix &#8211; parmi eux, la chanteuse Beyonc&#233; ou l'acteur Donald Glover. Le remake est un succ&#232;s mondial, mais plusieurs intellectuels d&#233;noncent un film &#171; parfaitement colonial &#187;. Selon eux, Le Roi Lion continue de faire croire &#224; une Afrique plus naturelle qu'humaine. Les Africains n'auraient aucune place sur leur propre conti- nent. Ils seraient plut&#244;t des intrus qui perturbent l'&#233;quilibre d'une plan&#232;te verte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Boluwatife Akinro et Joshua Segun-Lean, &#171; Beyonc&#233; and the Heart of Darkness (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'Asie n'est pas non plus en reste. En octobre 2019, Le Monde consacre un dossier &#224; la mont&#233;e de l'&#233;cofascisme. Le quotidien fran&#231;ais revient notamment sur la tuerie perp&#233;tr&#233;e &#224; Christchurch, en Nouvelle-Z&#233;lande, par un militant australien d'extr&#234;me droite. Quelques minutes avant d'abattre 51 musulmans dans leurs mosqu&#233;es, Brenton Tarrant publiait un manifeste sur les r&#233;seaux sociaux : &#171; L'environnement est d&#233;truit par la surpopulation, et nous, les Europ&#233;ens, sommes les seuls qui ne contribuons pas &#224; la surpopulation. &#187; Pour tous ceux qui, comme lui, se revendiquent &#171; &#233;cofascistes &#187;, &#171; il faut tuer les envahisseurs, tuer la surpopulation, et ainsi sauver l'environnement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Damien Leloup, &#171; &#201;cofascisme : comment l'extr&#234;me droite en ligne s'est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces extr&#233;mistes ne sont pas les seuls &#224; se croire investis d'une mission. Selon d'autres m&#233;dias, de nombreux experts internationaux souffriraient eux aussi d'une angoisse n&#233;o-malthusienne. Dans tous les pays du Sud, il leur faudrait sauver la nature avant que des habitants &#233;cologiquement irresponsables ne la d&#233;truisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, la presse &#233;crite s'attaque surtout au WWF. En 2012, dans PandaLeaks, le journaliste Wilfried Huismann r&#233;v&#232;le la contribution du WWF &#224; des d&#233;placements forc&#233;s de populations dans des parcs africains et asiatiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wilfried Huismann, PandaLeaks. The Dark Side of the WWF, CreateSpace, 2014 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'association Survival International s'en prend &#224; son tour au WWF, en 2016. Elle l'accuse de financer les campagnes militaires de l'&#201;tat camerounais contre les habitants des for&#234;ts prot&#233;g&#233;es dans le sud du pays&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Exclusif : L'OCDE ouvre une enqu&#234;te sur le WWF &#8211; une premi&#232;re mondiale &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Buzz-Feed News et Mediapart d&#233;noncent enfin un &#171; colonialisme vert &#187;. En 2019, ils affirment que le WWF forme et &#233;quipe les gardes qui frappent, violent et parfois abattent des femmes et des hommes accus&#233;s de braconnage. Selon les deux sites d'information, ces exactions sont le lot commun de plusieurs parcs en Inde, au N&#233;pal, au Gabon, au Congo &#8211; bref, dans les anciennes colonies europ&#233;ennes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fanny Pigeaud, &#171; Le WWF accus&#233; de &#8220;colonialisme vert&#8221; au Congo &#187;, Mediapart, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la g&#233;ographie coloniale et la politique actuelle d'une institution internationale comme le WWF, le lien est plus qu'&#233;vident, il est fla- grant. Mais il est aussi plus complexe qu'il n'y para&#238;t, et les m&#233;dias peinent &#224; expliquer ce qu'est vraiment le colonialisme vert. Il faut passer par l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commence en Am&#233;rique du Nord, &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Les &#201;tats-Unis et le Canada cr&#233;ent les premiers parcs nationaux du monde, et dans chacun d'eux ils expulsent les habitants. Ils (r&#233;)introduisent des esp&#232;ces animales dites authentiques, ils (re)plantent des for&#234;ts dites originelles et ils (r&#233;)enherbent des plaines dites naturelles. Puis, une fois ce travail accompli, ils font de la nature sauvage, la wilderness en anglais, un symbole national. Dans chaque parc, la nature devient l'&#226;me de la nation. Elle est d&#233;crite au public comme l'essence authentique des deux soci&#233;t&#233;s, la figure originelle de deux pays qui se seraient construits sur l'exp&#233;rience collective d'une terre sauvage et inhabit&#233;e, et non pas sur la violence d'une conqu&#234;te coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'engouement pour les parcs nationaux s'&#233;tend ensuite &#224; l'Europe, au d&#233;but des ann&#233;es 1930. Les &#201;tats europ&#233;ens expulsent rarement les habitants de leurs parcs. Ils instrumentalisent eux aussi la nature, mais l'inventent autrement. Plut&#244;t que de fabriquer une wilderness vierge et atemporelle, ils associent leur nation &#224; une nature humanis&#233;e depuis des temps imm&#233;moriaux. Par exemple, la conf&#233;d&#233;ration suisse fait de ses p&#226;turages de montagne un sol sacr&#233;, l'embl&#232;me d'une terre qui serait exploit&#233;e de la m&#234;me fa&#231;on et depuis des si&#232;cles, au-del&#224; des diff&#233;rences qui les s&#233;parent, par les peuples d'une seule et m&#234;me nation. Dans la m&#234;me veine, l'Allemagne fait de ses for&#234;ts et de leur folklore le symbole des petites patries (Heimat) o&#249; la population peut apprendre &#224; aimer la grande patrie (Vaterland). Le proc&#233;d&#233; est donc le m&#234;me qu'en Am&#233;rique du Nord. Partout, les parcs naturels favorisent une extension du local au national : du parc jusqu'au national qui le prot&#232;ge, de l'amour d'un petit territoire &#224; l'amour d'un territoire plus vaste, pour reprendre la belle expression de l'historien Fran&#231;ois Walter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Walter, Les Figures paysag&#232;res de la nation. Territoire et paysage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La France s'empare &#224; son tour de ce mod&#232;le, au milieu des ann&#233;es 1960. La France des paysans dispara&#238;t, et l'&#201;tat cherche un substitut &#224; l'identit&#233; rurale de la nation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Mendras, La Fin des paysans, Armand Colin, 1970 [1967].&#034; id=&#034;nh10-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Alors, dans la Vanoise, les Pyr&#233;n&#233;es ou le Mercantour, les gestionnaires des parcs nationaux disent &#171; restaurer l'&#233;quilibre &#233;cologique des lieux &#187;. Ils interdisent l'industrialisation de l'agriculture, (re)naturalisent les &#233;cosyst&#232;mes, l&#224;-bas des pelouses d'altitude, ici des tourbi&#232;res, et (r&#233;)introduisent des esp&#232;ces animales, vautours fauves, coqs de bruy&#232;re et bouquetins, entre autres. Aux dires de l'&#201;tat fran&#231;ais, ce travail garantit le &#171; retour naturel d'esp&#232;ces d'int&#233;r&#234;t patrimonial &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parc national des C&#233;vennes, &#171; Rapport d'activit&#233; de l'&#233;tablissement public (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce retour n'a pourtant rien de naturel. Il n'a rien, non plus, de tr&#232;s objectif. Dans les rivi&#232;res du parc national des C&#233;vennes, par exemple, l'administration r&#233;introduit des castors au nom de leur &#171; authenticit&#233; &#187; ; les castors ont disparu de la r&#233;gion au XIVe si&#232;cle. En revanche, aucune op&#233;ration de cette ampleur n'est men&#233;e pour pallier la disparition des perdrix grises ou des loups. Moins embl&#233;matiques ou plus dangereuses, ces esp&#232;ces ont n&#233;anmoins disparu, elles, il y a &#224; peine un si&#232;cle. Cette subjectivit&#233; de la chose authentique est encore plus criante quand on observe comment, en France, les responsables des parcs pr&#233;servent ce qu'ils appellent le &#171; caract&#232;re des lieux &#187;. Ils r&#233;novent les bergeries dites traditionnelles. Ils louent des terres aux agro-pasteurs qui, gr&#226;ce &#224; des loyers r&#233;duits, peuvent continuer de vivre sur place. Ils entretiennent les sentiers de transhumance et, au d&#233;but de l'&#233;t&#233;, ils versent des subventions aux bergers qui acceptent de partir en transhumance &#224; pied, et non pas en camion, comme cela se fait partout ailleurs dans le pays. Ils soutiennent financi&#232;rement l'artisanat local, et forment aussi de jeunes actifs &#224; l'apprentissage de savoir-faire architecturaux soi-disant ancestraux. Bref, en France comme ailleurs, les gestionnaires des parcs font de la nature ce qu'ils croient qu'elle fut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eileen O'Rourke, &#171; The Reintroduction and Reinterpretation of the Wild &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en va pas autrement de l'autre c&#244;t&#233; de la M&#233;diterran&#233;e. Mais la perception de ce qu'&#233;tait la nature est tout autre : l'Afrique &#233;tait vierge et elle doit continuer de l'&#234;tre ; l'Africain ne fa&#231;onne pas l'environnement comme l'Europ&#233;en, il le d&#233;truit. Pour mieux com- prendre la chose, restons encore un moment en France. Depuis 2011, le parc des C&#233;vennes est class&#233; au patrimoine mondial de l'Unesco. Les C&#233;vennes, lit-on sur le site Internet de l'Unesco, ont une &#171; valeur universelle exceptionnelle &#187;. Cette valeur vient de leurs &#171; paysages fa&#231;onn&#233;s par l'agro-pastoralisme durant trois mill&#233;naires &#187;. L'objectif, nous dit alors l'Unesco, est de sauver les &#171; syst&#232;mes agro-pastoraux &#187; des C&#233;vennes, &#171; de les conserver par la perp&#233;tuation des activit&#233;s traditionnelles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Unesco, &#171; Les Causses et les C&#233;vennes, paysage culturel de l'agro-pastoralisme&#034; id=&#034;nh10-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette description peut sembler banale. Elle est pourtant saisissante en comparaison de celle que l'Unesco donne du parc &#233;thiopien du Simien. Situ&#233; entre 2 800 et 4 600 m&#232;tres d'altitude, d'une superficie de 410 km2 (quatre fois Paris), le parc offre un paysage de montagnes qui ressemble beaucoup &#224; celui des C&#233;vennes. On y trouve une population de moyenne densit&#233;, un habitat dispers&#233; en hameaux, des vall&#233;es parsem&#233;es de terrasses d&#233;di&#233;es &#224; une agriculture vivri&#232;re, et des p&#226;turages fa&#231;onn&#233;s par un &#233;levage de subsistance. Mais la &#171; valeur universelle &#187; du Simien est ailleurs. Elle r&#233;side, nous apprend l'Unesco, dans &#171; un paysage spectaculaire &#187; et dans la pr&#233;sence &#171; d'esp&#232;ces menac&#233;es, notamment le Walia ibex, une ch&#232;vre des montagnes que l'on ne trouve nulle part ailleurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux habitants du Simien, des agro-pasteurs, comme dans les C&#233;vennes, ils sont loin d'&#234;tre valoris&#233;s. Au contraire, &#233;crit l'Unesco, &#171; les activit&#233;s agricoles et pastorales [&#8230;] ont s&#233;v&#232;rement affect&#233; les valeurs naturelles du Simien &#187;. Aujourd'hui encore, nous dit l'institution, toujours sur son site Internet, &#171; les menaces pesant sur l'int&#233;grit&#233; du parc sont l'installation humaine, les cultures et l'&#233;rosion des sols &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Unesco, &#171; Parc national du Simien &#187;, https://whc.unesco.org/fr/list/9 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un m&#234;me type d'espace agro-pastoral, l'un en France, l'autre en &#201;thiopie, l'Unesco livre donc deux histoires radicalement diff&#233;rentes. La premi&#232;re est europ&#233;enne : elle d&#233;crit l'adaptation de l'homme &#224; la nature. La seconde est africaine : elle raconte la d&#233;gradation de la nature par l'homme. Cette histoire est lourde de cons&#233;quences. D&#232;s 1963, les experts de l'Unesco, de l'UICN et du WWF recommandent &#224; l'&#201;thiopie de faire du Simien un parc national. Et, pour cela, ils lui demandent d'y &#171; abolir tous les droits humains individuels ou d'une autre nature (to extinguish all individual or other human rights) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ian Grimwood, &#171; Ethiopia. Conservation of Nature and Natural Resources (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La m&#234;me injonction pousse l'&#201;thiopie &#224; expulser les habitants de Gich, en 2016. En Afrique, un parc naturel doit &#234;tre vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet id&#233;al d'une nature d&#233;barrass&#233;e de ses habitants guide la majorit&#233; des aires prot&#233;g&#233;es du continent. Voil&#224; ce qu'est le colonialisme vert. &#192; l'&#233;poque coloniale, il y avait le fardeau civilisationnel de l'homme blanc, avec des th&#233;ories racistes pour justifier la domination des Africains. Depuis, il y a le fardeau &#233;cologique de l'expert occidental, avec des th&#233;ories environnementales d&#233;clinistes qui l&#233;gitiment le contr&#244;le de l'Afrique. L'intention n'est plus la m&#234;me, mais l'esprit reste identique : le monde moderne et civilis&#233; doit continuer &#224; sauver l'Afrique des Africains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette actualit&#233;, deux d&#233;fis s'offrent &#224; nous. Il faut d'abord comprendre pourquoi le pass&#233; colonial p&#232;se &#224; ce point sur le pr&#233;sent. Pourquoi, d&#232;s la fin du XIXe si&#232;cle, les &#171; scientifiques &#187; europ&#233;ens se sont-ils persuad&#233;s que l'Afrique est un &#201;den en voie de d&#233;gradation ? Comment, au d&#233;but des ann&#233;es 1960, le mythe se perp&#233;tue-t-il sous l'influence d'administrateurs coloniaux reconvertis en experts internationaux ? Enfin, depuis trente ans, quel genre de logique peut pousser les plus grandes institutions internationales &#224; valoriser une gestion locale et participative de la nature, tout en recommandant, encore et toujours, l'expulsion des populations locales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Besoin d'histoire donc, mais aussi de g&#233;o- graphie. La litt&#233;rature occidentale d&#233;crit g&#233;n&#233;ralement l'Afrique comme un grand tout homog&#232;ne. Peupl&#233;s de Hutu et de Tutsi, le Rwanda et le Burundi partageraient la m&#234;me histoire. Autrefois Rhod&#233;sie du Nord et du Sud, la Zambie et le Zimbabwe seraient plus ou moins identiques. Le Congo-Kinshasa et le Congo-Brazzaville se ressembleraient, &#233;videmment. Ce d&#233;ni d'identit&#233; m'a conduit &#224; construire ce livre autour d'un terrain en particulier : l'&#201;thiopie. J'ai choisi ce pays car il est autant marqu&#233; par l'ing&#233;rence occidentale que par un nationalisme endog&#232;ne, deux forces contradictoires qui animent tous les &#201;tats du continent, mais &#224; divers degr&#233;s. Seuls les &#233;v&#233;nements &#233;thiopiens g&#233;n&#233;ralisables aux autres pays africains sont retenus dans ce livre. Chaque chapitre associe l'histoire &#233;thiopienne &#224; l'histoire africaine. Mais plut&#244;t que de survoler superficiellement tout le continent, nous partirons des archives &#233;thiopiennes et du ras du sol, l&#224; o&#249; peut vraiment se comprendre la vie sociale, en Afrique, comme partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;thiopie offre un point de vue d'autant plus int&#233;ressant qu'elle n'a jamais &#233;t&#233; colonis&#233;e. Elle est le seul &#201;tat du continent &#224; avoir &#233;chapp&#233; &#224; la domination europ&#233;enne, et pourtant elle est aussi subordonn&#233;e que ses voisins au colonialisme vert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre &#233;tapes marquent l'histoire de l'&#201;thiopie contemporaine. D'abord, les conqu&#234;tes de M&#233;n&#233;lik II, roi des rois d'&#201;thiopie de 1889 &#224; 1913. Lorsque la colonisation de l'Afrique d&#233;bute, le royaume chr&#233;tien de M&#233;n&#233;lik se limite aux hauts plateaux centraux de l'&#201;thiopie actuelle, soit la moiti&#233; du pays. Puis, progressivement, les Europ&#233;ens encerclent son royaume : plus au sud, le Kenya britannique ; plus &#224; l'est, la Somalie italienne et la C&#244;te fran&#231;aise des Somalis (Djibouti) ; plus au nord, l'&#201;rythr&#233;e italienne ; plus &#224; l'ouest, le Soudan britannique. Entre ces colonies et l'&#201;thiopie, il ne reste plus que des sultanats et des petites monarchies africaines : si les Euro- p&#233;ens les soumettent, ils seront aux portes du domaine de M&#233;n&#233;lik. Mais, contre toute attente, le roi des rois remporte la comp&#233;tition. Jouant des rivalit&#233;s entre Europ&#233;ens, c'est son arm&#233;e qui r&#233;ussit &#224; envahir, une par une, les p&#233;riph&#233;ries de son royaume. L'&#201;thiopie devient donc une puissance coloniale&#8230; africaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233; lui succ&#232;de &#224; la t&#234;te de cette Grande &#201;thiopie. Except&#233; durant l'occupation italienne (1936-1941), il dirige le pays de 1930 &#224; 1974. L'empereur impose une culture chr&#233;tienne orthodoxe, et une langue unique, l'amharique. Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233; use aussi des outils classiques de l'&#201;tat-nation. Il instaure une administration centralis&#233;e, un drapeau, un hymne, puis il fait construire des mus&#233;es nationaux et classer des monuments historiques. Son but : rassembler toutes les populations conquises par M&#233;n&#233;lik autour d'une seule identit&#233; nationale, et d'un seul &#201;tat &#233;thiopien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; trop vouloir &#233;thiopianiser ses sujets, Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233; est renvers&#233; en 1974 par les soldats du derg (comit&#233;). On retrouvera sa d&#233;pouille des ann&#233;es plus tard, sous le bureau de Mengistu Ha&#239;l&#233; Mariam, l'homme fort du derg. Gr&#226;ce au soutien de l'URSS, Mengistu impose un r&#233;gime marxiste-l&#233;niniste. Il nationalise les terres, collectivise l'agriculture et r&#233;prime les opposants. Puis, comme au temps de l'empire, le derg &#233;thiopianise. En instaurant l'&#233;cole gratuite, en prot&#233;geant un patrimoine historique commun et en usant de toujours plus de force, le derg s'efforce de nationaliser les populations rattach&#233;es &#224; la Grande &#201;thiopie au d&#233;but du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me politique que l'empire, et, in&#233;vitablement, m&#234;me &#233;chec. En 1991, le Front d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire du peuple &#233;thiopien renverse le derg. Avec Meles Zenawi comme Premier ministre jusqu'en 2012, la nouvelle R&#233;publique f&#233;d&#233;rale &#233;thiopienne instaure une &#233;conomie de march&#233;. Le succ&#232;s est tel que le pays devient l'une des premi&#232;res puissances du continent. En revanche, la coh&#233;sion nationale n'est toujours pas au rendez- vous. Les peuples des r&#233;gions Oromo, Afar ou Somali ont &#233;t&#233; conquis par M&#233;n&#233;lik il y a un si&#232;cle, et bien souvent, ils refusent encore l'identit&#233; &#233;thiopienne que leur imposent les dirigeants du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne est commun &#224; de nombreux pays africains. La presse et les observateurs occi- dentaux attribuent ce manque d'unit&#233; &#224; des divisions ethniques. Mais l'&#171; ethnie &#187; est une cat&#233;gorie invent&#233;e par les Europ&#233;ens pour sou- mettre, pendant la colonisation, les royaumes qu'ils envahissaient. Et depuis, l'ethnisme continue de donner &#224; l'Afrique toute son &#233;tranget&#233; : l&#224; o&#249; la France aurait eu des peuples (3 millions de Bretons), l'&#201;thiopie aurait des ethnies (40 millions d'Oromo). En r&#233;alit&#233;, le mot cache une histoire bien plus simple : les fronti&#232;res coloniales ont abouti au regroupe- ment superficiel de peuples fort diff&#233;rents les uns des autres, voil&#224; tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ind&#233;pendances au d&#233;but des ann&#233;es 1960, les &#201;tats africains font alors ce que les &#201;tats occidentaux ont fait &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Pour donner chair &#224; la nation, ils &#233;laborent un roman national, se donnent des h&#233;ros nationaux, b&#226;tissent des monuments nationaux ou se rassemblent autour d'&#233;quipes de foot nationales. Ils cr&#233;ent, aussi, des parcs nationaux. Comme les &#201;tats-Unis, l'Allemagne ou la Suisse, chaque &#201;tat africain &#233;rige ses parcs au rang de hauts lieux de la nation. Ces espaces naturels doivent permettre aux populations d'exp&#233;rimenter leur pays, de l'admirer et de l'aimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux fa&#231;ons de faire s&#233;parent tout de m&#234;me radicalement l'Afrique de l'Europe et de l'Am&#233;rique du Nord. Aujourd'hui encore, dans presque chaque parc africain, on expulse, on criminalise. Et partout, l'oppression des populations est guid&#233;e par les employ&#233;s des institutions internationales de la conservation, avec en t&#234;te de liste l'Unesco, l'UICN et le WWF. Ces deux visages de la nature africaine sont &#224; l'origine de ce livre : l'expert international, et l'habitant qui subit la violence de ses pr&#233;jug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre r&#233;cit s'appuie alors sur l'histoire par n&#233;cessit&#233; plus que par choix. De l'invention coloniale de l'&#201;den &#224; la fabrique postcoloniale des experts, puis de l'usage africain des normes internationales jusqu'au mythe du d&#233;veloppement durable, seul le pass&#233; peut nous permettre de comprendre pourquoi, aujourd'hui, le monde occidental de la conservation s'efforce de naturaliser l'Afrique, co&#251;te que co&#251;te.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb10-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Entretien de l'auteur avec Samson, Debark, 4 janvier 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Unesco, &#171; D&#233;cisions adopt&#233;es lors de la 41e session du Comit&#233; du patrimoine mondial &#187;, Cracovie, 2017, p. 29 (Unesco, WHC/17/41.COM/18).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Daniel Brockington et James Igoe, &#171; Eviction for Conservation : A Global Overview &#187;, &lt;i&gt;Conservation and Society&lt;/i&gt;, 4-3, 2006, p. 424-470.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Charles Geisler, &#171; A New Kind of Trouble : Evictions in Eden &#187;, International Social Science Journal, 55, 2003, p. 69-78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Luc Semal, &lt;i&gt;Bestiaire disparu. Histoire de la derni&#232;re &lt;/i&gt;&lt;i&gt;grande extinction&lt;/i&gt;, &#201;ditions Plume de carotte, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Luc Semal, &lt;i&gt;Face &#224; l'effondrement. Militer &#224; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'ombre des catastrophes&lt;/i&gt;, PUF, 2019, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Huffpost, &#171; Bolsonaro accuse &#224; nouveau Macron de &#8220;colonialisme&#8221; &#187;, Huffingtonpost, 26 ao&#251;t 2019, &lt;a href=&#034;https://www.huffingtonpost.fr/entry/bolsonaro-accuse-a-nouveau-macron-decolonialisme_fr_5d63e6b4e4b02cc97c910dc2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.huffingtonpost.fr/entry...&lt;/a&gt; (consult&#233; le 2 septembre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Boluwatife Akinro et Joshua Segun-Lean, &#171; Beyonc&#233; and the Heart of Darkness &#187;, Africa Is a Country, &lt;a href=&#034;https://africasacountry.com/2019/09/beyonces-heart-of-darkness&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://africasacountry.com/2019/09...&lt;/a&gt; (consult&#233; le 17 septembre 2019.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Damien Leloup, &#171; &#201;cofascisme : comment l'extr&#234;me droite en ligne s'est r&#233;appropri&#233;e les questions climatiques &#187;, Le Monde, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/10/04/ecofascisme-comment-l-extreme-droite-en-ligne-s-est-reappropriee-les-questions-climatiques_6014255_4408996.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/pixels/artic...&lt;/a&gt; (consult&#233; le 4 octobre 2019.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Wilfried Huismann, PandaLeaks. The Dark Side of the WWF, CreateSpace, 2014 [2012].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Exclusif : L'OCDE ouvre une enqu&#234;te sur le WWF &#8211; une premi&#232;re mondiale &#187;, 11 janvier 2017, Survival International, &lt;a href=&#034;https://www.survivalinternational.fr/actu/11555&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.survivalinternational.f...&lt;/a&gt; (consult&#233; le 2 septembre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fanny Pigeaud, &#171; Le WWF accus&#233; de &#8220;colonialisme vert&#8221; au Congo &#187;, Mediapart, 20 mars 2019, &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/200319/le-wwf-accuse-de-colonialisme-vert-au-congo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/international/200319/le-wwf-accuse-de-colonialisme-vert-au-congo&lt;/a&gt; (consult&#233; le 2 septembre 2019) ; Tom Warren et Katie J.M. Baker, &#171; WWF Funds Guards Who Have Tortured and Killed People &#187;, BuzzFeed News, 4 mars 2019, &lt;a href=&#034;https://www.buzzfeednews.com/article/tomwarren/wwf-world-wide-fund-nature-parks-torture-death&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.buzzfeednews.com/article/tomwarren/wwf-world-wide-fund-nature-parks-torture-death&lt;/a&gt; (consult&#233; le 2 septembre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fran&#231;ois Walter, Les Figures paysag&#232;res de la nation. Territoire et paysage en Europe (16e-20e si&#232;cle), &#201;ditions EHESS, 2004, p. 178.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Henri Mendras, La Fin des paysans, Armand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Colin, 1970 [1967].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Parc national des C&#233;vennes, &#171; Rapport d'activit&#233; de l'&#233;tablissement public charg&#233; de la gestion du parc national et de la r&#233;serve de biosph&#232;re des C&#233;vennes. 2001 &#187;, Florac, 2002, p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Eileen O'Rourke, &#171; The Reintroduction and Reinterpretation of the Wild &#187;, Journal of Agricultural and Environment Ethics, 13-1, 2000, p. 145-165.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Unesco, &#171; Les Causses et les C&#233;vennes, paysage culturel de l'agro-pastoralisme m&#233;diterran&#233;en &#187;, &lt;a href=&#034;https://whc.unesco.org/fr/list/1153&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://whc.unesco.org/fr/list/1153&lt;/a&gt; (consult&#233; le 2 septembre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Unesco, &#171; Parc national du Simien &#187;, &lt;a href=&#034;https://whc.unesco.org/fr/list/9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://whc.unesco.org/fr/list/9&lt;/a&gt; (consult&#233; le 2 septembre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ian Grimwood, &#171; Ethiopia. Conservation of Nature and Natural Resources (November 1964 &#8211; February 1965) &#187;, Paris, 1965, p. 4 (Unesco, WS/0865.66).Unesco, l'UICN et le WWF. Ces deux visages de la nature africaine sont &#224; l'origine de ce livre : l'expert international, et l'habitant qui subit la violence de ses pr&#233;jug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Castoriadis, penser l'&#233;poque</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1207-Castoriadis-penser-l-epoque</link>
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		<dc:date>2025-11-05T08:58:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
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&lt;p&gt;Transcription des &#233;missions &#233;ponymes des 1er et 15 juin 2025 du podcast &#171; H&#233;r&#233;tiques &#187;. | Il y a un an, nous invitions Boualem Sansal, dont la libert&#233; de parole a peu &#224; peu transform&#233; en h&#233;r&#233;tique. Cela fait maintenant plus de six mois que pour cette m&#234;me libert&#233;, il est embastill&#233; dans les cachots alg&#233;riens. Boualem Sansal est d&#233;fendu par tous ceux qui, d'o&#249; qu'ils soient, refusent la tyrannie. Mais, chose moins &#233;vidente, il ne l'est pas par ceux-l&#224; qui, &#224; gauche, se pr&#233;tendent &#234;tre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-54-mai-68-+" rel="tag"&gt;Mai 68&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/pq3yngnvx44vqtkjydjmu0gsp5cpt5hqilatkd4g_400x400.jpg?1763843375' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
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&lt;td&gt;Il y a un an, nous invitions Boualem Sansal, dont la libert&#233; de parole a peu &#224; peu transform&#233; en h&#233;r&#233;tique. Cela fait maintenant plus de six mois que pour cette m&#234;me libert&#233;, il est embastill&#233; dans les cachots alg&#233;riens. Boualem Sansal est d&#233;fendu par tous ceux qui, d'o&#249; qu'ils soient, refusent la tyrannie. Mais, chose moins &#233;vidente, il ne l'est pas par ceux-l&#224; qui, &#224; gauche, se pr&#233;tendent &#234;tre l'avant-garde des combats pour l'&#233;mancipation. Il n'y a au fond rien de surprenant. Le XXe si&#232;cle est celui o&#249; la gauche s'est m&#233;tamorphos&#233;e, passant de soutien au mouvement ouvrier &#224; compagnons de route, les plus grands massacreurs de prol&#233;taires, de paysans et d'opposants aux quatre coins de la plan&#232;te. Derri&#232;re les bons sentiments les tr&#233;molos et les tralala, il y a aujourd'hui quelques questions qui permettent de faire tomber les masques qu'il faut poser afin de savoir qui l'on a en face de soi. Et l'une d'elles est : soutenez-vous Boualem Sansal ?&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie :&lt;/p&gt;
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&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Seconde partie :&lt;/p&gt;
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&lt;/style&gt;&lt;/span&gt;&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-1998 '&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis, penser l'&#233;poque (2/2) &#8212; Podcast H&#233;r&#233;tiques 2025
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Quentin B&#233;rard est fondateur et animateur du site &lt;i&gt;Lieux Communs&lt;/i&gt;, s'inscrivant dans un projet politique de d&#233;mocratie directe. Enseignant de biologie et d'ethno-&#233;cologie, il est l'auteur du &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;livre &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8211; Pour une refondation&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; pour lequel nous l'&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1117-Impasses-et-promesses-de-l-ecologie-politique-1-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;avions invit&#233; il y a deux ans et demi&lt;/a&gt;, et revient aujourd'hui pour discuter de ses textes sur Cornelius Castoriadis, r&#233;unis en &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1200-Parution-de-la-brochure-Lire-et-comprendre-Castoriadis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;brochure &#171; Lire et comprendre Castoriadis &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette &#233;mission est un peu particuli&#232;re puisqu'en fait nous nous auto-invitons, en quelque sorte &#8211; on l'a d&#233;j&#224; fait une fois. Une autre particularit&#233;, c'est que l'on va parler d'un intellectuel qui s'appelle Cornelius Castoriadis, &#224; l'occasion de la sortie d'une brochure &#233;dit&#233;e par &lt;i&gt;Lieux Communs&lt;/i&gt;. Alors ma premi&#232;re question sera : qu'est-ce que le collectif &lt;i&gt;Lieu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;x&lt;/i&gt;&lt;i&gt; Commun&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors &lt;i&gt;Lieu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;x&lt;/i&gt;&lt;i&gt; Commun&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;, c'&#233;tait un collectif qui a &#233;t&#233; fond&#233; il y a une vingtaine d'ann&#233;es maintenant, qui s'est &#233;tiol&#233; au fil du temps, et depuis quelques ann&#233;es je suis tout seul, j'ai donc gard&#233; juste l'appellation, et je travaille sous cette &#233;tiquette. Il y a un site qui s'appelle &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;collectiflieuxcommuns.fr&lt;/a&gt; et qui publie r&#233;guli&#232;rement des textes de moi ou d'autres personnes syst&#233;matiquement autour des th&#232;mes de la d&#233;mocratie directe et toutes les questions aff&#233;rentes, les questions un peu plus profondes en termes de philosophie, d'anthropologie, d'&#233;cologie, d'histoire, etc. Et je sors &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; peu pr&#232;s tous les ans des brochures auto-&#233;dit&#233;es&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la page &#171; Brochures &#187; : https://collectiflieuxcommuns.fr/++cs_INTERRO++-100&#034; id=&#034;nh11-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, distribu&#233;es &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?531-Points-de-diffusion-et-de-vente-de&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans des librairies&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Points de diffusion et de vente &#187; : https://collectiflieuxcommuns.fr/++cs&#034; id=&#034;nh11-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et l&#224;, en f&#233;vrier dernier, j'ai sorti un recueil de quatre textes sous le titre &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1200-Parution-de-la-brochure-Lire-et-comprendre-Castoriadis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Lire et comprendre &lt;/i&gt;&lt;i&gt;C&lt;/i&gt;&lt;i&gt;as&lt;/i&gt;&lt;i&gt;t&lt;/i&gt;&lt;i&gt;oriadis. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;D&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e quelques tentatives de penser notre &#233;poque&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parution de la brochure n&#176;29 : Lire (et comprendre) Cornelius Castoriadis. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Castoriadis : de la dissidence trotskiste &#224; la d&#233;mocratie directe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour commencer, est-ce que tu peux d&#233;crire les grandes lignes du parcours politico-intellectuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un retour autobiographique : &#171; De la dissidence marxiste au projet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de Castoriadis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis est n&#233; en 1922 et mort en 1997, donc il y a une trentaine d'ann&#233;es maintenant. C'est un grec d'origine, n&#233; &#224; Ath&#232;nes, qui a grandi l&#224;-bas. Il s'est politis&#233; donc assez t&#244;t &#224; travers le marxisme et particuli&#232;rement le trotskisme. Il entre dans la r&#233;sistance grecque tr&#232;s t&#244;t, il entre aussi en dissidence avec le trotskisme l&#224;-bas. On ne va pas rentrer dans les d&#233;tails, mais il arrive en France en 1945. Il a une vingtaine d'ann&#233;es, poursuit ses &#233;tudes &#224; Paris et tr&#232;s rapidement, il est condamn&#233; par contumace en Gr&#232;ce pour ses activit&#233;s politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au sein d'un parti trotskiste, c'&#233;tait &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il entre au PCI [Parti Communiste Internationaliste]. Et en 1946, il rompt avec la direction du PCI sur la question de l'URSS &#8211; c'&#233;tait la grande question &#224; l'&#233;poque qui animait toute la gauche, la nature du r&#233;gime en URSS. Et Castoriadis rentre en dissidence avec les positions trotskistes. Alors on ne va pas rentrer dans le d&#233;tail mais il fonde avec Claude Lefort le groupe-revue &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ou&lt;/i&gt;&lt;i&gt;B &lt;/i&gt; &#187; en abr&#233;viation, qui va &#234;tre un groupe-revue actif durant 20 ans et tr&#232;s productif, tr&#232;s fertile, puisqu'ils vont produire une analyse de l'URSS et des soci&#233;t&#233;s occidentales en g&#233;n&#233;ral, extr&#234;mement int&#233;ressante, et qui sera reconnue dans les ann&#233;es 70 lors du d&#233;gel intellectuel en quelque sorte, lorsque le stalinisme aura reflu&#233;. Ils sont reconnus comme les fondateurs de la gauche antitotalitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'apr&#232;s ce que j'ai compris, parce qu'il y a une forte r&#233;putation de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;S&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ocialisme ou &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;B&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;arbarie&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; dans les milieux libertaires ou m&#234;me gauchistes, c'est aussi une critique du gauchisme aussi, &#231;a ne s'arr&#234;tait pas seulement &#224; la critique du stalinisme &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;qu'il&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; peut y avoir chez les trotskistes&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'&#233;tait vraiment le dernier groupe vivant se r&#233;clamant du mouvement ouvrier du XVIIIe au XIXe si&#232;cle et qui s'est &#233;puis&#233; au XXe si&#232;cle. C'est un groupe qui &#233;tait essentiellement constitu&#233; d'intellectuels, mais tous de tr&#232;s bon niveau, donc Castoriadis et Claude Lefort qui &#233;taient en gros les t&#234;tes du groupe, mais il y avait par exemple Jean-Fran&#231;ois Lyotard, Jean Laplanche, le psychanalyste, Guy Debord &#8211; on en parlait en &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; avant l'&#233;mission &#8211; y est pass&#233; et s'est politis&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le texte de B. Quiriny : &#171; Socialisme ou Barbarie &#187; et &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de gens qui y sont pass&#233;s ont &#233;t&#233; marqu&#233;s par leurs analyses, d'une tr&#232;s grande lucidit&#233; effectivement [notamment par leurs analyses des insurrections anti-totalitaires comme &#224; Berlin en 1953 ou en Hongrie en 1956]. Cela a &#233;rig&#233;, de fait, un mythe et un mod&#232;le pour beaucoup de groupes qui ont suivi, et pour de bonnes raisons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Guy Fargette, 2008 : &#171; Socialisme ou Barbarie &#187;, ou la r&#233;sistance &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, parce que &lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ou&lt;/i&gt;&lt;i&gt;B&lt;/i&gt; est rentr&#233; tr&#232;s rapidement en dissidence avec les &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;, toutes les doctrines qui avaient cours &#224; l'&#233;poque, aussi bien les doctrines du stalinisme classique que du trotskisme, que de toutes les lectures marxistes ou anarchistes pour, en gros, aboutir &#224; l'&#233;laboration d'une analyse tr&#232;s particuli&#232;re de la soci&#233;t&#233; russe, comme une soci&#233;t&#233; de type nouveau, une nouvelle soci&#233;t&#233;, dirig&#233;e par une classe nouvelle, qui &#233;tait une classe bureaucratique, et cela obligeait &#224; relire Marx. Donc c'est un groupe qui s'est &#233;chin&#233;, et particuli&#232;rement Castoriadis, &#224; relire Marx tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment. En fait, toute cette d&#233;marche les a amen&#233;s &#224; remettre beaucoup de choses en cause, aussi bien la lecture de Marx que la conception qu'ils avaient des soci&#233;t&#233;s, parce qu'ils &#233;taient marxistes mais en rupture avec le marxisme, et relire aussi les soci&#233;t&#233;s occidentales comme en proie au ph&#233;nom&#232;ne de &lt;i&gt;bureaucratisation&lt;/i&gt; : ils observaient une d&#233;l&#233;gation de pouvoirs g&#233;n&#233;ralis&#233;es dans la soci&#233;t&#233;, et particuli&#232;rement dans les organisations ouvri&#232;res, les partis, les syndicats, les groupes, les revues, les groupuscules. Ce que Castoriadis a appel&#233; la division entre dirigeants et dirig&#233;s. Et, &#224; partir de l&#224;, le vrai conflit n'&#233;tait plus un conflit de classe, n'&#233;tait plus un conflit sur des bases &lt;i&gt;&#233;conomiques&lt;/i&gt;, mais des conflits sur des bases &lt;i&gt;politiques&lt;/i&gt;, entre les dirigeants et les dirig&#233;s. Cela ouvrait, au fond, l'horizon d'une gestion ouvri&#232;re, ce qu'ils appelaient &#224; l'&#233;poque la gestion ouvri&#232;re, autrement dit une autogestion, donc la d&#233;mocratie directe. En gros, c'est un parcours qui se r&#233;approprie, apr&#232;s &#234;tre pass&#233; par le marxisme, des positions de type libertaire, mais extr&#234;mement &#233;labor&#233;es, tr&#232;s fond&#233; intellectuellement, et qui aurait d&#251; r&#233;ensemencer le monde libertaire en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; libertaires qui, en fait, ont tr&#232;s peu repris les travaux de Castoriadis. Ils ne le renient pas, c'est-&#224;-dire que chez les libertaires, il est encore populaire et m&#234;me je pense qu'il est disponible dans les librairies libertaires c'est possible, mais c'est tr&#232;s peu mis en avant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est populaire absolument, il est connu mais il n'est pas reconnu et, surtout chez les libertaires, il n'est pas lu et s'il est lu il n'est pas compris et s'il est compris il n'est pas retenu&#8230; Globalement, on le cite, c'est une des motivations qui m'a pouss&#233; &#224; &#233;crire la brochure, on le cite non pas &#224; contre-emploi mais syst&#233;matiquement de mani&#232;re &#224; l'&#233;dulcorer, de mani&#232;re &#224; ce qu'il alimente l'id&#233;ologie classique ou ce qu'on appelle la bien-pensance, ou le gauchisme culturel, ou les doctrines vaguement anarchistes [ou lib&#233;rale-libertaire], de gauche, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Autonomie et psychanalyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On reviendra sur son utilisation, mais il y a aussi deux particularit&#233;s que je voulais aborder. Castoriadis est grec, donc il y a toute cette tradition aussi de la d&#233;mocratie en Gr&#232;ce, l'histoire de la d&#233;mocratie commence en Gr&#232;ce. Et [d'autre part] il s'est int&#233;ress&#233; aussi &#8211; je ne sais pas si c'&#233;tait avant ou apr&#232;s &lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ocialisme ou &lt;/i&gt;&lt;i&gt;B&lt;/i&gt;&lt;i&gt;arbarie&lt;/i&gt; &#8211; &#224; la psychanalyse, et c'est aussi assez particulier puisqu'il utilise la psychanalyse dans la politique, ce n'est pas s&#233;par&#233; pour lui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, parce qu'en fait &#8211; on peut rentrer un peu dans les d&#233;tails &#8211; il aboutit &#224; mettre en avant cette histoire de gestion ouvri&#232;re, d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e, de d&#233;mocratie directe, ce qu'il appelle au fil du temps &lt;i&gt;l'auto-institution explicite &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[de la soci&#233;t&#233;]&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire une soci&#233;t&#233; qui s'auto-institue, qui se met en place, qui se revitalise explicitement, elle le dit, elle le met en acte. Alors toutes les soci&#233;t&#233;s s'auto-instituent, que ce soit des tribus, que ce soit des empires, que ce soit des royaumes ou des r&#233;publiques, ce sont des soci&#233;t&#233;s qui &#233;mergent des adultes qui les fondent. La particularit&#233; d'une d&#233;mocratie est que cette auto-institution, se fait &lt;i&gt;explicitement&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire que les gens le savent : les lois auxquelles ils ob&#233;issent, les r&#232;gles, les valeurs, &#233;manent de leurs d&#233;cisions. Donc c'est une auto-institution &lt;i&gt;explicite&lt;/i&gt;. Et c'est ce que Castoriadis entend par le terme d'&lt;i&gt;autonomie&lt;/i&gt;, cette capacit&#233; d'autonomie, &lt;i&gt;autos-nomos&lt;/i&gt; :on fait ses r&#232;gles soi-m&#234;me. C'est cette capacit&#233; &#224; s'auto-instituer lorsqu'on est une collectivit&#233; et lorsqu'on est un individu, &#224; ne fonder ses r&#232;gles et ses d&#233;cisions qu'apr&#232;s un examen approfondi de soi. Donc on voit bien que c'est un concept qui est politique et, j'ai parl&#233; d'individu, on peut l'appliquer imm&#233;diatement au psychisme d'un individu, parce qu'un individu peut ne pas &#234;tre autonome, &#233;videmment, le contraire &#233;tant l'h&#233;t&#233;ronomie, et le but de la psychanalyse est de rendre l'individu autonome. Castoriadis, lui, a commenc&#233; une analyse au d&#233;but des ann&#233;es 60, certainement pour des raisons tr&#232;s personnelles &#8211; et aussi, on peut supposer, parce qu'il &#233;tait en train de rompre avec Marx, et que pour quelqu'un qui &#233;tait passionn&#233; par le marxisme, qui &#233;tait imbib&#233; de cette pens&#233;e, cette rupture a d&#251; beaucoup l'&#233;branler &#8211; donc il est entr&#233; en analyse et il est devenu psychanalyste, je crois au d&#233;but des ann&#233;es 70. Et il a pratiqu&#233; jusqu'&#224; sa mort en 97. Et il a pas mal &#233;crit, il a beaucoup r&#233;fl&#233;chi &#224; la psychanalyse aussi, il a contribu&#233; &#224; fonder le Quatri&#232;me Groupe, un groupe psychanalytique, qui cherchait &#224; d&#233;passer le sectarisme de Lacan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me groupe au sein de quoi ? Au sein de &lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ou&lt;/i&gt;&lt;i&gt;B&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, le quatri&#232;me groupe, c'est un groupe &#224; part enti&#232;re qui s'appelle &#171; le IVe groupe &#187;, parce que c'est l'histoire de la quatri&#232;me analyse du contr&#244;le du contr&#244;le &#8211; c'est un peu compliqu&#233;, mais c'est un groupe psychanalytique &#224; part enti&#232;re &#8211; donc l&#224;, ce n'est plus du tout de la politique. C'est un groupe qui existe toujours et qui adopte des principes d'autogestion : r&#233;guli&#232;rement, ils font ce qu'ils appellent une r&#233;-institution, donc ils ont repris le terme, ils se r&#233;instituent. En fait, c'est tout b&#234;te &#8211; enfin je pense, je ne suis pas membre &#8211; mais c'est l'&#233;quivalent d'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale dans une association. Qu'est-ce que c'est, en fait, qu'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale dans une association ? Ce sont les gens qui r&#233;instituent l'association r&#233;guli&#232;rement, ils se demandent au moins une fois par an &#8211; c'est dans les statuts, normalement &#8211; ils se demandent &#171; est-ce que ce qu'on a fait cette ann&#233;e est bien ? &#187;, &#171; qu'est-ce qu'on fait l'an prochain ? &#187;, &#171; quelles r&#232;gles on met en place ? &#187;, &#171; qui on accepte ? &#187;, &#171; qui on refuse ? &#187;, etc. Elle se r&#233;institue explicitement. Le principe de l'association est une cr&#233;ation ouvri&#232;re, d'ailleurs, l'association de loi 1901, ce sont des exemples m&#234;me d'auto-institutions explicites [d'une collectivit&#233;].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Autonomie et h&#233;t&#233;ronomie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s, on a un peu parl&#233; de l'autonomie. Il y a trois choses qui reviennent souvent dans les textes de Castoriadis, c'est anomie, autonomie, h&#233;t&#233;ronomie. Autonomie, on va dire, c'est celui qui est le plus utilis&#233;. Les deux autres termes, est-ce qu'on peut les d&#233;finir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah oui, j'aurais m&#234;me d&#251; commencer, c'est plus simple, par d&#233;finir l'h&#233;t&#233;ronomie. L'h&#233;t&#233;ronomie, c'est donc, &#233;tymologiquement, &lt;i&gt;h&#233;t&#233;ro-&lt;/i&gt; l'autre, &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;- la loi : la Loi &#224; laquelle on ob&#233;it vient d'un autre. C'est le cas classique de toutes les soci&#233;t&#233;s traditionnelles qui ob&#233;issent &#224; des lois qui viennent des anc&#234;tres, qui viennent de Dieu, qui viennent d'un livre sacr&#233;, qui viennent d'un pass&#233; qui est sacralis&#233;, etc. C'est vraiment l'h&#233;t&#233;ronomie la plus caract&#233;ris&#233;e. Au niveau individuel, l'h&#233;t&#233;ronomie, ce serait un individu &#8211; on l'est tous plus ou moins &#8211; n&#233;vros&#233; : l'individu n&#233;vros&#233;, c'est un individu qui est d&#233;termin&#233; par un traumatisme de l'enfance qu'il n'a pas d&#233;pass&#233; et son comportement est dict&#233; par les r&#233;actions qu'il a eues &#224; cette &#233;poque-l&#224;. Il est ali&#233;n&#233;, en r&#233;alit&#233;, &#224; lui-m&#234;me, &#224; un choix qu'il a fait lorsqu'il &#233;tait petit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dont il n'a pas conscience.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, c'est une h&#233;t&#233;ronomie qui est inconsciente, bien s&#251;r. Ou, plus classiquement, un individu qui est sous la domination d'un autre, que ce soit une femme sous la domination de son mari ou l'inverse. Les enfants sont dans des situations d'h&#233;t&#233;ronomie qui sont passag&#232;res. Un groupe restreint aussi peut l'&#234;tre, par exemple, une secte, c'est typiquement une situation h&#233;t&#233;ronome : le collectif est sous domination d'un gourou. &#199;a peut &#234;tre dit et &#231;a peut ne pas &#234;tre dit, aussi ; tout &#224; l'heure, on discutait de la diff&#233;rence entre les gauchistes et les anarchistes, et il a &#233;t&#233; dit que les anarchistes &#233;taient beaucoup plus hypocrites, parce qu'ils pr&#233;tendaient que leur groupe est autonome et en r&#233;alit&#233;, on voit assez clairement dans les groupes anarchistes, libertaires, &#233;merger des leaders. Ce qui est un ph&#233;nom&#232;ne naturel, mais ils refusent de le reconna&#238;tre &#224; cause de leur id&#233;ologie. Donc on est dans une h&#233;t&#233;ronomie qui est pire encore parce qu'elle est tue, elle est d&#233;ni&#233;e. Et dans ces cas-l&#224;, on a &#233;videmment du mal &#224; s'en sortir. Donc l'h&#233;t&#233;ronomie, en fait, c'est la d&#233;pendance d'un groupe &#224; une source &lt;i&gt;extra-sociale&lt;/i&gt; &#8211; c'est un fantasme, &#233;videmment. On croit que le groupe, ses r&#232;gles, ses valeurs, ses r&#232;glements, ses lois, viennent d'un autre, d'un ailleurs, que ce soit un ailleurs surnaturel ou tr&#232;s concret, &#231;a peut &#234;tre un parti politique, par exemple, dans une soci&#233;t&#233; actuelle. Est-ce qu'on peut dire que nos soci&#233;t&#233;s actuelles sont h&#233;t&#233;ronomes ? Pas vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En th&#233;orie, on est autonome.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En th&#233;orie, on est autonome absolument parce qu'on vient d'une histoire tr&#232;s anim&#233;e par l'autonomie collective. Dans la r&#233;alit&#233;, des fois on peut parler d'h&#233;t&#233;ronomie lorsqu'on parle de la d&#233;pendance aux march&#233;s, puisqu'on parle des march&#233;s un peu comme des institutions transcendantes. Mais ce n'est pas une h&#233;t&#233;ronomie qui est stricte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et apr&#232;s, par exemple, la d&#233;finition id&#233;ale de la R&#233;publique, c'est l'autonomie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument, tout &#224; fait. C'est la d&#233;finition id&#233;ale de la R&#233;publique. En fait, l'autonomie collective, c'est vraiment la d&#233;mocratie, c'est l'autre nom de la d&#233;mocratie. Castoriadis parle aussi d'&lt;i&gt;auto-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;limitation&lt;/i&gt;, se donner des r&#232;gles, se donner des limites, ce qu'on refuse de faire, ce qu'on ne va pas faire &#224; l'&#233;chelle individuelle [ou collective]. L'autonomie, c'est ce qu'on peut appeler l'&#233;mancipation, &#224; l'&#233;chelle individuelle. C'est la capacit&#233; d'un individu &#224; se prendre en charge lui-m&#234;me et &#224; reconna&#238;tre ses propres d&#233;sirs, &#224; reconna&#238;tre ses envies de viol, ses envies de meurtre, ses envies de destruction, ses envies de suicide &#8211; et se les refuser. C'est la capacit&#233; &#8211; c'est la maturit&#233; de l'&#234;tre humain &#8211; &#224; regarder en face sa propre existence et les r&#232;gles qui vont la d&#233;terminer. Alors, Dosto&#239;evski [fait dire &#224; un de ses personnages : &#171; si Dieu n'existe pas, alors tout est permis &#187; &#8211; c'est, pour Castoriadis qui prend cet exemple, exactement le point de d&#233;part de l'autonomie, l'absence de r&#232;gles ext&#233;rieures &#224; l'&#234;tre humain]&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; c'est se limiter, mais pas en disant &#171; &#231;a se fait pas &#187;, il s'agit d'avoir conscience aussi, d'avoir r&#233;fl&#233;chi aux cons&#233;quences de ses actes, etc. au bien commun. &#199;a suffirait pas de dire &#171; je m'auto-limite parce que ma religion ne me le permet pas &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, vous venez de dire &#171; ma religion ne me permet pas &#187; &#8211; c'est une h&#233;t&#233;ronomie, d'embl&#233;e, on est dans autre chose. Alors, l'autonomie, &#231;a ne veut pas dire non plus de ne pas tenir compte de l'ext&#233;riorit&#233; &#8211; il y a beaucoup de termes aujourd'hui qui sont tr&#232;s galvaud&#233;s &#8211; tous les termes importants en r&#233;alit&#233; : l'autonomie, ce n'est pas du tout ne pas tenir compte de la vie [ou de l'avis] des autres, &#231;a ne veut rien dire. Ce n'est pas du tout de s'arracher &#224; tout ce qui existe, ce n'est pas du tout vivre dans un monde en suspension, dans une autarcie absolue, &#231;a ne veut rien dire. &#202;tre autonome, c'est &#234;tre enracin&#233;, c'est faire partie d'une soci&#233;t&#233;, c'est reconna&#238;tre la vie en soci&#233;t&#233; [la r&#233;alit&#233; de la sociabilit&#233; ou le langage ou les d&#233;terminismes sociaux, mais aussi toute l'organisation mat&#233;rielle de la soci&#233;t&#233; qui nous fait vivre biologiquement]. Ce sont les enfants qui croient qu'ils sont capables de vivre tout seuls. C'est aussi reconna&#238;tre un h&#233;ritage moral, c'est reconna&#238;tre un h&#233;ritage religieux, m&#234;me s'il est implicite : nous, nous sommes d'h&#233;ritage jud&#233;o-chr&#233;tien, il faut le savoir, regarder les choses en face et peser le pour et le contre et d&#233;lib&#233;rer le plus souvent possible quant &#224; ce que l'on croit, ce que l'on veut faire e qu'on est capable de faire, ce qu'on se refuse de faire, en notre &#226;me et conscience. Et &#231;a, &#231;a demande une capacit&#233; d'autonomie qui n'est pas simple du tout, d'o&#249; l'existence de la psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8230; et l'anomie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et donc, il y a le troisi&#232;me terme, qui &#233;tait l'anomie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors h&#233;t&#233;ronomie et autonomie, Castoriadis les reprend de Kant, c'est le philosophe Emmanuel Kant qui a pos&#233; ces termes-l&#224;, et Castoriadis les reprend. Et anomie, en fait, Castoriadis [le reprend de Durkheim et] en parle de temps en temps, mais il ne le met pas en triptyque. L&#224;, c'est moi plut&#244;t qui l'avance, donc j'en prends la responsabilit&#233;. Et je trouve que &#231;a correspond vraiment &#224; quelque chose. Anomie, donc &#171; a &#187; privatif, &lt;i&gt;a-nomos&lt;/i&gt; ; il n'y a plus de r&#232;gles, il n'y a plus de valeur, il n'y a plus de direction, ni individuelle, ni collective. Et je trouve que &#231;a forme un triptyque qui est tr&#232;s &#233;clairant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que c'est le chaos, ou la d&#233;finition commune d'anarchie, pas la d&#233;finition politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, voil&#224;, c'est la tendance au chaos, l'anomie, quand on a une situation qui est anarchique, elle est anomique. Le terme a &#233;t&#233; utilis&#233; dans l'histoire [par Durkheim, pour caract&#233;riser les causes du suicide dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines]. Et la situation d'anomie est en fait une situation interm&#233;diaire entre l'autonomie et l'h&#233;t&#233;ronomie, et je pense que c'est la situation que nous sommes en train de vivre : nous ne sommes d&#233;j&#224; plus dans une situation de soci&#233;t&#233; qui tend &#224; l'autonomie &#8211; Castoriadis dit qu'il y a une &lt;i&gt;&#233;clipse&lt;/i&gt; de ce projet d'autonomie dans nos soci&#233;t&#233;s, on ne tend plus &#224; l'autonomie &#8211; mais on n'est pas encore retomb&#233; dans l'h&#233;t&#233;ronomie : l'islam peut &#234;tre un horizon, ou un regain du christianisme, ou une dictature militaire, etc. on n'y est pas encore, on n'est pas du tout dedans. On est plut&#244;t dans une forme d'anomie l&#233;g&#232;re, mais qui est visible partout. Vous sortez dans la rue, il y a une sorte d'anomie vestimentaire, par exemple, on le voit, on peut s'habiller &#224; peu pr&#232;s n'importe comment aujourd'hui, et on s'habille &#224; peu pr&#232;s n'importe comment. Je parle de tendance, ce n'est pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n'est pas que chacun est autonome de son habillement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, alors, Castoriadis a par exemple une id&#233;e annexe, qui est tr&#232;s int&#233;ressante : il dit que nous ne vivons pas du tout dans des soci&#233;t&#233;s individualistes. Pour lui, une soci&#233;t&#233; individualiste, c'est un horizon qui est tr&#232;s d&#233;sirable, c'est une soci&#233;t&#233; qui est constitu&#233;e d'individus, de gens qui sont autonomes, qui sont capables de peser leurs d&#233;cisions, de d&#233;lib&#233;rer, d'&#234;tre au contact de leurs d&#233;sirs, de les mettre en &#339;uvre autant que faire se peut. Et ce n'est pas du tout ce que l'on voit aujourd'hui. Lui, il voit au contraire ce qu'il appelle &#171; &lt;i&gt;l'&#233;poque du conformisme g&#233;n&#233;ralis&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Nous vivons une &#233;poque o&#249; les personnes se conforment de plus en plus &#224; ce qu'on attend d'elles en fonction de leur origine &#8211; ethnico-religieuse maintenant &#8211; en fonction de leur classe sociale, en fonction de leur lieu de fr&#233;quentation, en fonction de leur univers &#8211; s'ils sont dans des villes, des campagnes, la France p&#233;riph&#233;rique, etc. &#8211; de leur vie professionnelle, vie familiale, etc. On a un retour d'un d&#233;terminisme avec un manque d'originalit&#233; assez extraordinaire, que l'on voit aussi bien dans l'habillement que dans la cr&#233;ation artistique, etc. Donc l&#224;, on est, pour Castoriadis, au niveau individuel, en train de retomber dans une h&#233;t&#233;ronomie qui n'est pas dite, qui est le conformisme de groupe, en fait. Donc, pour vous r&#233;pondre, en termes vestimentaires, on ne vit plus du tout dans l'originalit&#233;, parce que ce que l'on voit, ce sont ou des tenues traditionnelles, des djellabas, des kurtas, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; qui r&#233;pondent &#224; une h&#233;t&#233;ronomie du groupe&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; qui r&#233;pondent &#224; une h&#233;t&#233;ronomie, l&#224;, pour le coup, du groupe, c'est du communautarisme. Ou alors on a l'uniforme, le jean, la chemise, le pull, etc., qui n'ont absolument aucune originalit&#233;, c'est du &lt;i&gt;normcore&lt;/i&gt;, pourquoi pas, c'est ce qu'il y a de moins pire. Et puis on a tout l'esth&#233;tique de la mode am&#233;ricaine, avec le d&#233;braill&#233;, le jean d&#233;chir&#233;&#8230; qui a plus de 50 ans ! Les jeunes aujourd'hui arrivent &#224; des jeans d&#233;chir&#233;s, &#231;a a l'air d'&#234;tre original ou subversif &#8211; on va parler d'ailleurs de la fausse subversion tout &#224; l'heure &#8211; c'est en fait un retour de la tradition pseudo-subversive. Donc l&#224;, on est plut&#244;t dans une forme d'anomie, ou de multiple h&#233;t&#233;ronomie. Cette anomie se retrouve aussi sur des terrains plus importants, le terrain l&#233;gislatif, le terrain moral &#8211; o&#249; on a un opportunisme g&#233;n&#233;ralis&#233; &#8211; le terrain artistique &#8211; o&#249; on a &#224; peu pr&#232;s n'importe quoi&#8230; Donc &#231;a c'est plus personnel, mais je pense que Castoriadis ne serait pas en train de s'insurger contre ce que je dis.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Castoriadis et la Gr&#232;ce&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je reviens un peu sur une question &#224; laquelle on n'a pas r&#233;pondu, c'est sur les origines grecques de Castoriadis. Donc, effectivement, il y a le c&#244;t&#233; la naissance de la d&#233;mocratie, mais au moment o&#249; Castoriadis a v&#233;cu en Gr&#232;ce, c'est tr&#232;s diff&#233;rent, ce n'est pas du tout une d&#233;mocratie id&#233;ale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, absolument pas. Et Castoriadis a un entretien, qu'on a traduit d'ailleurs &#224; &lt;i&gt;Li&lt;/i&gt;&lt;i&gt;eu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;x&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;C&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ommun&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt; [et tr&#232;s bien annot&#233; par les copains grecs du groupe], il y a une dizaine d'ann&#233;es, un entretien sur la Gr&#232;ce contemporaine o&#249; il est extr&#234;mement dur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Consid&#233;rations sur la Gr&#232;ce moderne &#187; (1975-1984-1994) (https://collectiflieux&#034; id=&#034;nh11-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il a quitt&#233; la Gr&#232;ce &#224; l'&#226;ge de 22-23 ans, il est tr&#232;s content de l'avoir quitt&#233;e, il n'y a aucun regret l&#224;-dessus. C'est un immigr&#233; qui est venu en France, qui voulait vivre en France, c'&#233;tait vraiment la patrie, pour lui, de la r&#233;volution, du savoir, de la culture, etc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple Entretien (Le Bon Plaisir) avec Katharina von Bulow sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Donc pour lui, c'&#233;tait vraiment important. Et il n'a pas du tout de nostalgie ou d'attachement, en tout cas, &#224; la Gr&#232;ce contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, mais c'est beaucoup plus tardif, effectivement, il a mis la Gr&#232;ce antique au centre de ses pr&#233;occupations, dans son travail sur la d&#233;mocratie directe, mais c'est vraiment un travail purement intellectuel. Il dit &#224; plusieurs reprises que la Gr&#232;ce antique n'a rien &#224; voir avec la Gr&#232;ce contemporaine donc c'est pas du tout &#8211; parce qu'on lui reproche un hell&#233;no-centrisme &#8211; ce n'est pas du tout un ethnocentrisme, c'est tr&#232;s clair. Il a &#233;t&#233; condamn&#233; par contumace, je l'ai dit, lorsqu'il a quitt&#233; la Gr&#232;ce, c'est un vrai r&#233;fugi&#233; politique, et s'il est rentr&#233; en tant que fonctionnaire international &#224; l'OCDE assez peu de temps apr&#232;s son arriv&#233;e en France, c'&#233;tait notamment parce que &#231;a lui offrait une immunit&#233; internationale qui n'a &#233;t&#233; lev&#233;e que dans les ann&#233;es 1970. D&#232;s que sa condamnation a &#233;t&#233; lev&#233;e avec la chute des colonels en Gr&#232;ce, d&#233;but des ann&#233;es 70, il a d&#233;missionn&#233; de l'OCDE imm&#233;diatement. C'est un vrai r&#233;fugi&#233; politique, Castoriadis, il a connu des conditions de vie tr&#232;s difficiles en Gr&#232;ce dans sa jeunesse et il n'a pas cherch&#233; &#224; y revenir &#8211; bon j'imagine qu'il avait des maisons de vacances, etc. c'est quand m&#234;me un m&#233;diterran&#233;en malgr&#233; tout, il est amoureux de la m&#233;diterran&#233;e, mais il a beaucoup de recul par rapport &#224; sa Gr&#232;ce natale &#231;a c'est assez &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas le lien qu'il a avec la Gr&#232;ce antique est tr&#232;s fort parce qu'il se r&#233;clame du projet d'autonomie. Il voit dans l'histoire se d&#233;ployer ce qu'il appelle un &#171; projet d'autonomie &#187;, qui est d'abord n&#233; en Gr&#232;ce, en -700 avant J&#233;sus-Christ, notamment &#224; Ath&#232;nes, et qui a disparu ensuite, en partie &#224; cause de ce qu'il appelle la &#171; barbarie chr&#233;tienne &#187;, qui a mis &#224; bas tout ce mouvement d'autonomie de la Gr&#232;ce antique et qui a explos&#233; avec ce qu'on a appel&#233; &#171; le Miracle Grec &#187; &#8211; aussi bien la d&#233;mocratie directe dans la cit&#233; d'Ath&#232;nes que la cr&#233;ation artistique, philosophique &#233;videmment, scientifique, etc. Et cette autonomie-l&#224; est n&#233;e &#224; nouveau 1 500 ans plus tard, dans le haut Moyen &#194;ge, en Europe, &#224; travers les cit&#233;s m&#233;di&#233;vales, o&#249; les gens ont commenc&#233; &#224; s'auto-organiser dans les bourgs, c'&#233;tait la proto-bourgeoisie, ce qu'on a appel&#233; &#171; la r&#233;volution du XIIIe si&#232;cle &#187;, et puis &#231;a a &#233;t&#233; le d&#233;but de l'apparition en Europe de cette autonomie, de cette recherche d'autonomie, de ce projet d'autonomie, &#224; travers la Renaissance, les Lumi&#232;res, les r&#233;volutions classiques &#8211; r&#233;volutions am&#233;ricaines, hollandaises, anglaises, fran&#231;aises &#8211; puis le mouvement ouvrier, &#233;videmment, et puis derri&#232;re, les mouvements &#233;cologistes et f&#233;ministes, la lutte des immigr&#233;s, etc., dont on va parler. Tout &#231;a, c'est ce qu'on appelle le projet d'autonomie, et c'est plut&#244;t mal vu de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le naufrage de la gauche&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et justement, pourquoi la gauche, selon vous, se trompe au sujet de Castoriadis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, la gauche consid&#232;re que Castoriadis est un alli&#233;, &#224; la fois &#224; raison et &#224; tort. Elle a raison parce que Castoriadis est un r&#233;volutionnaire, et l'est rest&#233; jusqu'&#224; la fin de sa vie. Il veut instituer une soci&#233;t&#233; autonome, constituer un individu autonome, autrement dit, il reprend la vis&#233;e d'&#233;mancipation qui a fond&#233; la gauche. &#199;a, c'est absolument &#233;vident, irr&#233;futable. Son dernier texte, en 1997-1996, est une profession de foi r&#233;volutionnaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Son dernier texte : &#171; La &#171; rationalit&#233; &#187; du capitalisme &#187;, 1996 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Donc l&#224;-dessus, il n'y a absolument aucun doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la gauche en fait aussi une semi-ic&#244;ne, elle en parle mais sans trop en parler, recouvre en fait la sp&#233;cificit&#233; de ce qu'il a &#224; dire, parce que ce qu'il a &#224; dire est tr&#232;s d&#233;rangeant pour la gauche d'aujourd'hui. Pour lui, la gauche aujourd'hui, c'est un parti, enfin c'est m&#234;me pas un parti, c'est un camp d'arracheurs de dents qui a menti en r&#233;alit&#233; depuis au moins l'instauration de l'URSS. Je vous rappelle que c'est un antitotalitaire, et que durant des d&#233;cennies, il a lutt&#233; contre les mensonges que la gauche fran&#231;aise relayait &#224; propos de la &#171; Patrie du socialisme &#187; que devait &#234;tre l'URSS, alors que c'&#233;tait le pire des r&#233;gimes de l'histoire de l'humanit&#233;, avec l'instauration en r&#233;alit&#233; d'un esclavagisme industrialis&#233;, &#224; travers les goulags, la terreur, l'id&#233;ologie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est connu pour sa phrase&#8230; &#171; quatre mots, quatre mensonges &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Nous sommes dans l'&#232;re de l'imitation, du rafistolage, du syncr&#233;tisme, du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre lettres, quatre mensonges : U.R.S.S&#8230; Effectivement : ce n'est pas une &#171; Union &#187; des r&#233;publiques, c'est une prison des peuples ; ce ne sont pas des &#171; R&#233;publiques &#187;, &#233;videmment, parce que c'est une dictature abominable ; ce ne sont pas des r&#233;publiques &#171; Sovi&#233;tiques &#187;, puisqu'il n'y a pas de soviets l&#224;-bas &#8211; les soviets, je le rappelle, ce sont des assembl&#233;es du peuple, des conseils, ce sont des conseils ouvriers, normalement, les soviets, ce sont donc des organes de d&#233;mocratie directe, et on est tr&#232;s tr&#232;s loin des d&#233;mocraties directes. Et ce n'est pas &#171; Socialistes &#187;, &#233;videmment, si Marx arrivait en URSS, il serait absolument effondr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc la gauche, c'est &#231;a, pour lui, c'est d'abord le parti des menteurs. Il a un texte de 76, qu'il faut absolument lire si vous &#233;coutez cette &#233;mission, qui est sur le site &lt;i&gt;Lieux Communs&lt;/i&gt;, qu'on a renomm&#233;, &#171; L'autogestion de la mystification &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'autogestion de la mystification &#187; (1978-1979) : https://collectiflieuxcommun&#034; id=&#034;nh11-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; il d&#233;crit le militant de gauche comme &#233;tant effectivement en situation d'autogestion &lt;i&gt;de sa propre mystification&lt;/i&gt; : il n'a m&#234;me plus besoin qu'on lui raconte n'importe quoi, il se raconte lui-m&#234;me n'importe quoi pour continuer &#224; croire dans son parti &#8211; et on a l'impression qu'il parle de la LFI et de ses &#233;pigones. Evidemment tout le monde a &#231;a en t&#234;te parce que les mensonges sont tellement &#233;vidents que M&#233;lenchon n'a m&#234;me plus besoin de mentir, les militants se mentent &#224; eux-m&#234;mes imm&#233;diatement, ils m&#233;tabolisent automatiquement leur propre mystification, c'est absolument &#231;a. Donc Castoriadis est vent debout contre la gauche radicale, qui en fait reprend les sch&#233;mas de Marx que lui a r&#233;fut&#233;s, qu'il consid&#232;re &#234;tre en fait des sch&#233;mas de type capitalistes puisque dans Marx, il distingue plusieurs &#233;l&#233;ments, et notamment un &#233;l&#233;ment proprement rationaliste, m&#233;caniste, syst&#233;mique, qui est congruent avec l'imaginaire capitaliste, et au fond qui a une mythologie jud&#233;o-chr&#233;tienne, avec une minorit&#233; de militants qui est cens&#233;e &#234;tre en contact avec la V&#233;rit&#233; Divine et qui va amener l'Humanit&#233; &#224; son terme &#224; travers la Parousie du Communisme gr&#226;ce aux &#201;vangiles du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; et au Proph&#232;te Marx, etc. Tout &#231;a, c'est une mythologie avec laquelle il a rompu d&#232;s les ann&#233;es 1950 et qu'il voit se d&#233;ployer encore jusque dans les ann&#233;es 1990 et qu'on voit aujourd'hui continuer &#224; labourer les cerveaux de nos militants contemporains. Donc l&#224;-dessus, il est tr&#232;s tr&#232;s dur. Et puis la gauche plus assagie, on va dire, le PS ou ses lambeaux aujourd'hui ce qu'il en reste, c'est la gauche bureaucratique et &#233;videmment, il n'y a rien &#224; chercher l&#224;-dedans. Ce ne sont pas du tout des gens qui veulent changer la soci&#233;t&#233;, il n'y a aucun projet de soci&#233;t&#233;, il n'y a plus aucun contact r&#233;ellement avec le monde populaire. Leur horizon est d'&#233;largir l'assise de la consommation &#224; la plan&#232;te enti&#232;re, il n'y a absolument aucun int&#233;r&#234;t. Alors Castoriadis est en rupture avec la gauche, et il est en rupture avec la droite : il n'est pas question de d&#233;fendre la droite qui, pour lui, est un faux conservatisme. Pourquoi c'est un faux conservatisme ? Parce que dans un syst&#232;me qui est soumis aux m&#233;canismes capitalistes, il n'y a pas de conservatisme qui tienne. Ce n'est pas possible de vouloir &#233;duquer les enfants &#224; la tradition en leur donnant un smartphone &#224; 6 ans. C'est toute l'hypocrisie fondamentale de la droite avec laquelle on peut se gargariser sur Europe 1 ou CNews, la rechristianisation, etc. On est dans la tartufferie la plus totale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'absurdit&#233; du clivage Gauche / Droite et les Gilets jaunes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et est-ce que, justement, le concept de gauche et droite, on met souvent des guillemets sur le site &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ieu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;x&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;C&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ommun&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;, est-ce qu'il a encore un sens, en fait, m&#234;me pour Castoriadis, dans les ann&#233;es 1960-70 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Castoriadis, il n'a aucun sens, et tr&#232;s t&#244;t. D&#232;s les ann&#233;es 1960-70, pour lui, la question n'est pas gauche ou droite, puisque ce sont de toute fa&#231;on des mouvances qui sont int&#233;gr&#233;es &#224; cette soci&#233;t&#233;-l&#224; et qui, au fond, n'ont aucune envie de la changer. Et l'accession de la gauche au pouvoir en 1981 l'a tr&#232;s bien montr&#233; et, depuis, on a une alternance qui ne change absolument rien. Donc la diff&#233;rence de la gauche et de la droite, d&#233;j&#224; dans les ann&#233;es 1960, n'a pas de pertinence pour Castoriadis. La question n'est pas du tout &#234;tre de gauche ou &#234;tre de droite : la question est &#171; Quelle soci&#233;t&#233; vous voulez ? &#187;. Et pour Castoriadis, c'est clair qu'il veut une soci&#233;t&#233; de d&#233;mocratie directe. Et je crois qu'effectivement le vrai clivage est l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on l'a vu, nous, tr&#232;s concr&#232;tement, il y a quelques ann&#233;es, lors du mouvement des Gilets jaunes. On a vu tr&#232;s clairement des gens de gauche infiltrer le mouvement des Gilets jaunes au bout de 3-4 mois. Le mouvement a commenc&#233; &#224; la fin novembre et nous, sur le terrain, on a vu une infiltration en janvier &#8211; en f&#233;vrier, c'&#233;tait quasiment fini&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir particuli&#232;rement la brochure n&#176;24bis ; juin 2019 : &#171; Le mouvement des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tous les gauchistes &#233;taient rentr&#233;s dans les assembl&#233;es, avaient vir&#233; les gens qui n'&#233;taient pas politiquement corrects, ils avaient pris le pouvoir, c'&#233;tait r&#233;gl&#233;. Le mouvement des Gilets jaunes a dur&#233; 3-4 mois. La question est tr&#232;s claire quant relativement au mouvement des Gilets jaunes : Est-ce que vous voulez aider ces gens-l&#224; ? ou plut&#244;t : est-ce que vous vous reconnaissez dans leur d&#233;marche ? Moi c'&#233;tait mon cas. Leur expression &#233;tait maladroite, confuse &#8211; on est d'accord &#8211; h&#233;t&#233;rog&#232;ne, t&#226;tonnante, h&#233;sitante, mais on pouvait aider &#224; cette expression populaire et tenter d'articuler une parole collective. Ou bien est-ce que vous arrivez &#8211; et &#231;a c'est toute la gauche &#8211; avec vos lubies, vos grilles de lecture, vos mots d'ordre ? Et puis vous &#233;liminez les gens que vous voulez &#233;liminer, vous mettez en avant les gens que vous pouvez manipuler, et puis vous amenez le mouvement l&#224; o&#249; vous voulez qu'il arrive, c'est-&#224;-dire &#224; sa perte, parce qu'elle a horreur du peuple, la gauche &#8211; la droite aussi, il n'y a pas de bon point &#224; distribuer. Mais la gauche est beaucoup plus hypocrite, puisqu'elle se r&#233;clame du peuple, et &#231;a dure depuis le putsch du parti bolchevique de 1917, qui s'est r&#233;clam&#233; de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et apr&#232;s, le probl&#232;me de la d&#233;mocratie, c'est que le peuple ne veut pas forc&#233;ment ce qui &#233;tait dans les programmes, par exemple de la LFI, o&#249; &#231;a peut &#234;tre contradictoire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toute la question. Le mouvement des Gilets jaunes, globalement, n'&#233;tait pas du tout politiquement correct. Tout le courage est d'arriver &#224; aller vers ces gens-l&#224;, de les reconna&#238;tre comme des &#233;gaux, de discuter avec eux de la mani&#232;re la plus ouverte possible, la moins id&#233;ologique possible, et de voir ce qu'ils sont capables de faire ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et aussi d'admettre que&#8230; Par exemple, c'est la majorit&#233;, donc c'est &#224; eux de d&#233;cider, m&#234;me si &#231;a ne nous pla&#238;t pas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument, et de consid&#233;rer que le peuple, de toute fa&#231;on, doit avoir le dernier mot, m&#234;me s'il se trompe, c'est le principe, le pari de la d&#233;mocratie directe : m&#234;me si le peuple se trompe, il faut qu'il fasse l'exp&#233;rience de sa propre libert&#233;. C'est comme un individu : tu fais ce que tu veux de ta vie, peut-&#234;tre que tu te trompes, mais c'est ton destin. C'est ce qu'on appelle la libert&#233;, c'est ce qu'on appelle l'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; Castoriadis et &#224; la gauche, il est donc en d&#233;saccord total avec la plupart des gens qui [aujourd'hui] le citent et qui en font l'&#233;loge. Il est en d&#233;saccord avec les pacifistes, il est en d&#233;saccord avec les n&#233;o-f&#233;ministes, qui sont des confusionnismes, avec tout ce qu'on appelle le wokisme en fait. Il est tr&#232;s critique vis-&#224;-vis des &#233;cologistes, vis-&#224;-vis, &#233;videmment, des gauchistes. Quand il dit qu'il est critique, ce n'est pas du tout qu'il en d&#233;saccorde sur le fond : il est &#233;cologiste, il est f&#233;ministe, il est r&#233;volutionnaire, mais tout ce qu'il voit dans ces mouvements-l&#224;, c'est en fait des simulacres, et de plus en plus un &#171; n'importe quoi &#187;. Et sans parler des nouvelles questions qui ont surgi depuis 30 ans : la question de l'immigration, la question de l'islam, la question du multiculturalisme. L&#224;-dessus, Castoriadis est politiquement &lt;i&gt;incorrect&lt;/i&gt; au possible et serait aujourd'hui trait&#233; de tous les noms, si vraiment les gens le lisaient. Alors, dans ma brochure, il y a un article, justement, &#171; Castoriadis et les bien-pensants &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Castoriadis et les bien-pensants &#187; : https://collectiflieuxcommuns.fr/++cs_INT&#034; id=&#034;nh11-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, o&#249; je montre quelques citations qui sont tr&#232;s faciles &#224; trouver, qui sont en de multiples endroits dans son &#339;uvre, o&#249; il prend des positions qui sont extr&#234;mement h&#233;t&#233;rodoxes. Mais ce ne sont pas simplement des opinions de la part d'un philosophe, comme un philosophe pourrait avoir des opinions &#224; propos d'un sujet qui ne regarde pas du tout sa philosophie : ce sont des positions qui sont ancr&#233;es dans ces positions philosophiques. Par exemple, la question de l'islam d&#233;coule imm&#233;diatement de la question de l'autonomie. Pour l'autonomie bien comprise, vous consid&#233;rez que toutes les religions, et particuli&#232;rement l'islam &#8211; qui est quasiment de ce point de vue-l&#224; une caricature, en tout cas qui est tr&#232;s virulente aujourd'hui, qui est la religion la plus agressive &#8211; vous mettez &#233;videmment en question la croyance en Mahomet et la pratique de ses fid&#232;les. C'est &#233;vident, on ne peut pas s'accommoder en disant que c'est une passade et qu'ils s'en d&#233;barrasseront spontan&#233;ment un jour ou l'autre. L'emprise de la religion est une ali&#233;nation qui est tr&#232;s forte. M&#234;me chose &#224; propos du multiculturalisme. Castoriadis est culturaliste [c'est un philosophe de la cr&#233;ation, pour qui l'univers humain est une cr&#233;ation &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt; et chaque soci&#233;t&#233; une cr&#233;ation unique]. C'est-&#224;-dire que l'autonomie n'est pas un &#233;l&#233;ment &lt;i&gt;naturel&lt;/i&gt; qui serait pr&#233;sent dans l'&#234;tre humain, c'est une chose qui est construit. Il n'y a eu que deux moments dans l'histoire o&#249; l'autonomie a &#233;clat&#233; de mani&#232;re importante et a perdur&#233; dans l'histoire. Il y a eu des tendances &#224; l'autonomie &#224; peu pr&#232;s dans toutes les civilisations, mais &#231;a a &#233;t&#233; assez superficiel et assez court&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple les travaux de David Cosandey, repris dans &#171; L'horizon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'y a que deux endroits o&#249; &#231;a a dur&#233; r&#233;ellement : la Gr&#232;ce antique et l'Europe moderne, et c'est par hasard. &#199;a a inform&#233; &#233;videmment les cultures, donc la culture occidentale est impr&#233;gn&#233;e de ces tendances &#224; l'autonomie. Elle est ambivalente, la culture occidentale : elle comporte aussi un &#233;l&#233;ment, on en reparlera un petit peu, l'&#233;l&#233;ment capitaliste, l'&#233;l&#233;ment de la ma&#238;trise, l'&#233;l&#233;ment du contr&#244;le rationnel des individus qui a abouti au totalitarisme, mais [la culture occidentale] est aussi la source de la d&#233;mocratie et de l'autonomie, de l'&#233;mancipation. De ce point de vue-l&#224;, en face d'autres cultures, il y a un conflit, un conflit de cultures qui est important, que ce soit en face de la culture musulmane, en face de la culture hindouiste, de la culture russe, de la culture africaine, tout ce que vous voulez. Castoriadis constate l'incompatibilit&#233; des cultures. Ce n'est pas simple du tout de faire cohabiter les cultures les unes avec les autres, parce que ce sont des univers tr&#232;s particuliers, tr&#232;s singuliers, et qu'un multiculturalisme ne peut pas avoir lieu de mani&#232;re simple et heureuse. Donc, sur de multiples points que j'&#233;graine dans mon article, Castoriadis est politiquement incorrect. Et beaucoup de gens &#224; gauche, &#224; l'extr&#234;me droite ou &#224; l'extr&#234;me gauche continuent de le citer comme une r&#233;f&#233;rence mais sans vraiment le lire. Et s'ils le lisaient vraiment, ils seraient horrifi&#233;s en criant qu'il est d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est aussi r&#233;cup&#233;r&#233; &#224; l'extr&#234;me droite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, je n'ai jamais vu. Mais &#231;a pourrait ne pas tarder, parce que, comme d'habitude, ce que la gauche abandonne, la droite le r&#233;cup&#232;re : la gauche a abandonn&#233; la la&#239;cit&#233;, la gauche l'a r&#233;cup&#233;r&#233; ; la gauche a abandonn&#233; le travail&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; on a beaucoup de mal avec cette d&#233;finition droite-gauche.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais en tout cas, &#231;a c'est ph&#233;nom&#233;nologique, la la&#239;cit&#233; aujourd'hui n'est plus &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La droite est l'ancienne gauche.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il y a quelque chose de cet ordre-l&#224;. Donc ce ne serait pas &#233;tonnant du tout que Castoriadis, un jour ou l'autre, soit cit&#233;, revendiqu&#233; par un opportunisme de droite. Alors ce ne sera pas difficile :il suffira l&#224; aussi de lui faire lire Castoriadis et il se retrouvera devant une contradiction. Castoriadis est condamn&#233; &#224; ne parler qu'&#224; l'intelligence des gens et vu que l'intelligence n'est pas une valeur tr&#232;s cot&#233;e en ce moment, il est un peu condamn&#233; &#224; rester sous les radars. Bon, on le cite de loin en loin, il y a des &#233;missions de radio, il y a des revues, il y a des colloques. Les gens qui nous &#233;coutent en ont tr&#232;s certainement entendu parler, de loin en loin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel rapport &#224; un penseur et sa pens&#233;e ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, quel pourrait &#234;tre le rapport &#224; entretenir avec un penseur et sa pens&#233;e ? Parce qu'il y a diff&#233;rentes approches : il est cit&#233; dans des colloques, mais &#231;a peut rester une sorte d'adoration, de sacralisation de ses textes. Et ce n'est pas comme &#231;a que tu l'envisages, en tout cas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, c'est un peu toute la question, effectivement. Le rapport aux penseurs, en gros, est de deux types. Ou alors, on en fait des proph&#232;tes, et c'est ce qui s'est pass&#233; avec le marxisme, tr&#232;s classiquement ; Marx est devenu un proph&#232;te pour ses partisans &#224; son d&#233;triment. Sa philosophie &#8211; qui &#233;tait une philosophie vivante, est pluridisciplinaire ; c'est de la philosophie, c'est de l'&#233;conomie, c'est de l'histoire &#8211; est r&#233;duite &#224; un dogme ridicule, la fondation quasiment d'un quatri&#232;me monoth&#233;isme. Et souvent les &#233;pigones des penseurs deviennent des disciples, en r&#233;alit&#233; des disciples disciplin&#233;s, que ce soit des disciples d'Heidegger, que ce soit des disciples de Foucault, de Deleuze, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'ailleurs il y a une esp&#232;ce de lien avec la th&#233;ologie, c'est qu'en fait les marxistes d&#233;battent uniquement &#224; savoir si Marx avait pens&#233; &#231;a et &#231;a, et &#231;a exclut ou &#231;a inclut une pens&#233;e de mani&#232;re magique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument. On est vraiment dans la reproduction, dans le d&#233;ploiement d'une religion la&#239;que, d'une pseudo-religion la&#239;que, de micro-religions la&#239;ques, o&#249; on fait de l'ex&#233;g&#232;se en fait, comme on fait l'ex&#233;g&#232;se des &#201;critures, l&#224;, on fait l'ex&#233;g&#232;se d'un texte. On tombe n&#233;cessairement dedans lorsqu'on &#233;tudie un auteur, il y a quelque chose de passionnant, parce qu'on circonscrit un champ de recherche qui est tr&#232;s restreint, et puis on travaille intens&#233;ment dessus, donc on a l'impression de dominer, enfin, un endroit du cosmos, certes futile et ridicule, mais au moins, on ma&#238;trise ce c&#244;t&#233;-l&#224;, parce qu'en r&#233;alit&#233; la r&#233;alit&#233; fuit de partout. Mais c'est st&#233;rile, &#233;videmment. Ce n'est pas de la pens&#233;e. L'autre posture c'est de refuser, c'est d'avoir vu cette chose-l&#224;, qui est assez courante dans les ann&#233;es 1970, un peu moins aujourd'hui, et d'avoir un mouvement de refus, et de chercher &#224; &#233;viter de tomber dans l'escarcelle d'un ou d'un autre penseur. Mais dans ces cas-l&#224;, on risque de faire ce que j'appelle la &#171; pens&#233;e &#233;clat&#233;e &#187;, c'est-&#224;-dire on prend &#224; gauche, on prend &#224; droite, sans trop tenter une coh&#233;rence, et finalement on se retrouve &#224; vivre avec &#233;norm&#233;ment de contradictions et &#224; vivre ce que les gens, le quidam, le tout-venant, vit, lui, dans tous les cas, c'est-&#224;-dire qu'il pense en fonction des circonstances, il n'y a pas de coh&#233;rence du tout, et &#231;a c'est une pens&#233;e &#233;clat&#233;e. Alors il y a une impression de libert&#233;, mais en r&#233;alit&#233;, on pense toujours la pens&#233;e de quelqu'un. C'est tr&#232;s rare la pens&#233;e, en r&#233;alit&#233;, dans une vie humaine, on pense [tr&#232;s rarement]&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne pourrait pas utiliser un bout de Castoriadis qui nous serait utile dans la pens&#233;e bo&#238;te &#224; outils ? C'est-&#224;-dire, je prends un bout de Castoriadis, je prends un bout de George Orwell, et je forme mon id&#233;e. Qu'est-ce qui nous emp&#234;cherait de faire &#231;a, en fait ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut le faire, d'abord, il faut le faire, &#231;a, c'est tr&#232;s clair. C'est important, parce que c'est un mouvement aussi&#8230; Je crois que c'est Foucault qui parle de la pens&#233;e &#171; bo&#238;te &#224; outils &#187;. Il voulait donc penser en &#233;laborant des bo&#238;tes &#224; outils pour les gens et effectivement, ils prennent ce qui leur pla&#238;t, ce qui ne leur pla&#238;t pas&#8230; C'est une r&#233;action contre l'esprit de syst&#232;me, &#233;videmment, dont je viens de parler, pour &#233;viter de tomber dans un syst&#232;me tout fait, clos. Le probl&#232;me est que [le monde des] id&#233;es, ce n'est pas un magasin o&#249; on d&#233;ambule avec un caddie et o&#249; on prend les articles les uns apr&#232;s les autres : ce sont des choses qui doivent &#234;tre articul&#233;es les unes aux autres. On peut prendre l'&#233;cologie comme image : on ne peut pas arracher une esp&#232;ce &#224; son &#233;cosyst&#232;me, on ne peut pas arracher une id&#233;e de la matrice qu'il a g&#233;n&#233;r&#233;e &#8211; &#231;a va demander des modifications, &#231;a va demander de la repenser, &#231;a va demander un vrai travail. Sinon, on va se retrouver en face d'incoh&#233;rences, de contradictions, et on &#233;vitera de les penser par peur, parce que c'est tr&#232;s emb&#234;tant de penser des contradictions, c'est fatigant, donc on ne va pas les penser. L'exemple, je l'ai cit&#233;, c'est la gauche qui cite le terme d'autonomie de Castoriadis, qui y fait r&#233;f&#233;rence mais qui, derri&#232;re, vous parle d'&#171; islamophobie &#187;&#8230; Si vous pensez l'autonomie, vous ne pouvez qu'&#234;tre contre les religions, &#231;a ne veut pas dire pers&#233;cuter les musulmans, &#233;videmment, mais c'est-&#224;-dire que, au fond, vous visez un monde o&#249; il n'y a plus de religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s, c'est aussi un sujet dont je voulais parler, c'est que l'anomie et l'h&#233;t&#233;ronomie&#8230; Souvent, c'est la gauche qui en fait la promotion, malgr&#233; elle, peut-&#234;tre de mani&#232;re inconsciente. Mais souvent, en plus avec ce mot ambigu d'anarchie, qui est souvent un militant anarchiste cons&#233;quent, il va comprendre ce que veut dire ce mot, c'est vraiment la d&#233;mocratie directe, etc. Mais il y a aussi les anarcho-punks qui, pour eux, c'est foutre le bordel. Et en fait, c'est l'ambigu&#239;t&#233; du terme qui renforce un peu &#231;a. Et du c&#244;t&#233; gauchiste, si on consid&#232;re qu'il y a une diff&#233;rence entre l'anarchisme et le gauchisme, il y a carr&#233;ment, c'est le culte du chef. &#199;a ne va pas tr&#232;s loin. Comme on dit, ils sont pour la d&#233;mocratie, mais d&#232;s que l'ouvrier ou la personne qu'ils ont en face pense mal, il faut l'emp&#234;cher de parler ou alors il faut la manipuler pour arriver &#224; ce qu'elle pense bien. Et souvent, ils basculent finalement de l'anomie &#224; l'h&#233;t&#233;ronomie en disant &#234;tre ceux qui ont l'autonomie et qui la d&#233;fendent plus que tous.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, vous avez tr&#232;s bien r&#233;sum&#233;, c'est exactement &#231;a. On oscille en permanence entre l'anomie et l'h&#233;t&#233;ronomie. Parce que l'autonomie est tr&#232;s difficile. Et le terme d'anarchie, entre parenth&#232;ses, m'a toujours paru tr&#232;s ambigu : &#231;a ne veut pas dire grand-chose, &#171; an-archie &#187; &#8211; absence de pouvoir&#8230; [Cela vient, historiquement, du monde ouvrier o&#249; les ateliers, les cha&#238;nes d'usines, formaient un embryon d'auto-organisation spontan&#233;e, que l'on voulait &#233;tendre de mani&#232;re utopique, &#224; toute la soci&#233;t&#233;, c'est le point de d&#233;part du marxisme. Mais sans ces conditions, et plus encore en l'absence d'un mouvement populaire sur le long terme, la notion d'anarchie n'a pas de sens]. Dans une d&#233;mocratie directe, il y a un pouvoir. Dans un groupe, aussi restreint soit-il, il y a un pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a beaucoup de groupes qui se d&#233;finissent comme communistes libertaires, en opposition &#224; communistes autoritaires qui &#233;tait une fa&#231;on de r&#233;pondre &#224; &#231;a.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, pourquoi pas, mais l&#224; encore, il faut rentrer dans les d&#233;tails. Par exemple, Castoriadis a beaucoup inspir&#233; un courant dans les ann&#233;es 1960-70, les institutionnalistes. C'est comme &#231;a, d'ailleurs, que j'ai rencontr&#233; la pens&#233;e de Castoriadis, par la p&#233;dagogie institutionnelle, la psychoth&#233;rapie institutionnelle, l'analyse institutionnelle qui s'occupaient beaucoup de la dynamique des groupes et de la dynamique r&#233;elle des groupes par rapport &#224; leur discours. Et chez les anarchistes, c'est &#233;vident qu'il y a toujours des pouvoirs qui sont invisibilis&#233;s. Et un pouvoir est d'autant plus efficace et fort qu'il est invisible et qu'il se nie lui-m&#234;me. Et &#231;a, c'est une ali&#233;nation qui est terrible, absolument terrible. L'autre c&#244;t&#233;, &#233;videmment, l'impasse &#8211; c'est exactement homologue &#224; la posture vis-&#224;-vis des penseurs &#8211; on a d'un c&#244;t&#233; la pens&#233;e &#233;clat&#233;e, le groupe pseudo-lib&#233;r&#233; mais en fait compl&#232;tement ali&#233;n&#233;, et de l'autre on a le proph&#233;tisme ou la secte avec un leader qui pr&#233;tend amener le groupe &#224; son autonomie. Alors l&#224;-dessus, il y a plusieurs choses &#224; dire. Castoriadis cite une tr&#232;s belle phrase de Freud, qui dit qu'il y a trois &#171; m&#233;tiers impossibles &#187; : le m&#233;tier d'&#233;ducateur, de th&#233;rapeute et de leader politique. Et on pourrait ajouter le m&#233;tier de penseur &#233;galement. Alors pourquoi est-ce que ce sont des m&#233;tiers impossibles ? Parce que ce sont des m&#233;tiers qui sont en surplomb &#8211; vous pensez au th&#233;rapeute et son patient, l'&#233;ducateur et l'&#233;duqu&#233;, l'enfant ou l'adulte, le leader politique et le reste du groupe, il y a un surplomb, il y a une influence, il y a un pouvoir, il y a une possibilit&#233; de contrainte &#8211; et cette influence-l&#224;, il faut qu'il l'exerce pour amener l'individu qu'il a en face de lui &#224; s'&#233;manciper, c'est-&#224;-dire &#224; pouvoir se passer de lui. Le but d'un th&#233;rapeute, ce n'est pas d'&#234;tre pr&#233;sent tout au long de la vie de la personne, c'est de l'aider durant un moment difficile pour l'amener &#224; se passer de lui-m&#234;me. L'&#233;ducateur, que ce soit un parent ou une m&#232;re &#8211; le m&#233;tier le plus difficile c'est d'&#234;tre une m&#232;re &#8211; c'est d'amener l'enfant &#224; son &#233;mancipation et &#224; son autonomie r&#233;elle de mani&#232;re &#224; pouvoir se passer de son tuteur. Un leader politique, c'est &#231;a exactement &#231;a, r&#233;ellement, c'est &#231;a que &#231;a implique ; c'est une influence aupr&#232;s des gens de mani&#232;re &#224; aider les gens &#224; s'auto-organiser de fa&#231;on &#224; ce qu'ils puissent ensuite se passer de leader. C'est le principe &#8211; &#231;a a &#233;t&#233; compris tr&#232;s t&#244;t &#8211; de l'&#201;tat qui doit &#234;tre &#171; biod&#233;gradable &#187; sous L&#233;nine, la phase de transition d'un &#201;tat qui est tr&#232;s fort, mais de mani&#232;re &#224; s'effacer au fil du temps dans l'&#233;tape ultime qu'est le communisme. Donc la question n'est pas avoir un leader ou ne pas en avoir, la question est quel rapport on a avec ce leader-l&#224; ? Est-ce que ce leader, est-ce que ce chef, est-ce que ce penseur vous aide, vous, &#224; penser, vous aide &#224; s'en passer ? Ou est-ce qu'au contraire, il vous entretient dans cette d&#233;pendance et cette ali&#233;nation ? C'est &#231;a la vraie question, au fond.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'anciennet&#233; du wokisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout &#224; l'heure, vous avez parl&#233; de Castoriadis oppos&#233; au wokisme&#8230; Il faut y revenir un peu : il est mort en 1997, donc la notion de wokisme, le wokisme, n'existait pas. Qu'est-ce que vous entendiez par l&#224;, en fait ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, j'ai &#233;t&#233; un petit peu rapide dans ma formulation parce que &#231;a fait &#233;cho au deuxi&#232;me article de la brochure, o&#249; je parle de Castoriadis qui anticipait le wokisme : &#171; Le wokisme &#224; lecture de Castoriadis &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le wokisme &#224; la lecture de C. Castoriadis &#187;, novembre 2024 : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est effectivement un anachronisme mais, en r&#233;alit&#233;, le wokisme tel qu'on le conna&#238;t aujourd'hui, n'est en fait que la r&#233;surgence, la resuc&#233;e de postures militantes qui &#233;taient l&#224; depuis au moins les ann&#233;es 60. Et c'est &#231;a que Castoriadis a vu tr&#232;s t&#244;t. La critique de Castoriadis de ces mouvements-l&#224; est saignante, parce qu'il est un r&#233;volutionnaire, pas un conservateur. La critique du wokisme du point de vue de droite, conservateur, on conna&#238;t, elle peut &#234;tre int&#233;ressante, elle est entendable en tout cas, mais elle a peu d'impact. Par contre cette critique de Castoriadis est d&#233;vastatrice de ce point de vue-l&#224; et d'autant plus qu'il a d&#233;mont&#233; les mystifications de ces subversions ou pseudo-subversions &lt;i&gt;in situ&lt;/i&gt; dans les ann&#233;es 60 et 70, et qu'aujourd'hui on voit une r&#233;p&#233;tition d&#233;grad&#233;e de &#231;a. On le voit par exemple avec les n&#233;o-f&#233;ministes ou pseudo-f&#233;ministes. Tous les exc&#232;s que l'on a vus aujourd'hui, que l'on voit, ne sont pas les exc&#232;s, ce sont des catastrophes, parce qu'elles sont en train de tuer le f&#233;minisme, et on l'a vu, au moins en germe, dans les ann&#233;es 70, c'est vraiment le &#171; &lt;i&gt;scum manifesto&lt;/i&gt; &#187; &#8211; je ne me souviens plus de sa date [1967 !], mais c'est devenu une r&#233;f&#233;rence aujourd'hui : tout cela ne date pas d'hier. Peut-&#234;tre que l'&#233;l&#233;ment nouveau est l'&#233;cologie radicale contemporaine, mais m&#234;me le mouvement des communaut&#233;s &#233;tait connu depuis longtemps. Les mouvements gauchistes, alors l&#224;, encore pire&#8230; On pourrait croire nouveau le d&#233;colonialisme, le communautarisme ou le racialisme, ce que j'appelle l'obscurantisme, mais ce n'est en r&#233;alit&#233;, finalement qu'une resusc&#233;e, une radicalisation du tiers-mondisme, qui est apparu dans la lign&#233;e des mouvements de d&#233;colonisation, et repris aujourd'hui jusqu'&#224; l'absurde [puisque les mouvements de d&#233;colonisations sont fini depuis deux g&#233;n&#233;rations]. Parce que les d&#233;coloniaux &#8211; ceux qui se r&#233;clament aujourd'hui d&#233;coloniaux &#8211; ne sont pas du tout des d&#233;coloniaux, c'est absurde : La d&#233;colonisation, c'est quand on chasse l'&#233;tranger de chez soi, et les d&#233;coloniaux sont des &#233;trangers qui sont ici &#8211; on est dans la d&#233;bilit&#233; la plus totale. Mais dans tous les cas, la question n'est pas d'en discuter, mais de voir qu'il n'y a pas du tout de nouveaut&#233;s dans leur posture. Ils reprennent, en les faussant, des discours de Fanon, ils reprennent les discours, en tout cas les postures, de Khadafi, les postures de Che Guevara, etc. Bon, l&#224;-dessus, il n'y a vraiment rien de nouveau, &#224; part une radicalisation, on pousse un peu plus loin la b&#234;tise et l'obscurantisme, notamment en se connectant &#224; quelque chose de nouveau, l&#224; pour le coup, qui est l'islam. &#199;a, c'est effectivement nouveau, mais Castoriadis, tr&#232;s t&#244;t, l'a senti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a aussi l'intersectionnalit&#233;, il y a des concepts assez nouveaux, le queer, le transactivisme, etc.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le transactivisme, c'est nouveau, tout &#224; fait. Mais en fait, c'est une confusion qui s'approfondit. et cette confusion-l&#224;, au fond, n'a rien de nouveau. C'est en &#231;a que Castoridis r&#233;fute le wokisme &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;. D&#232;s les ann&#233;es 70, il d&#233;crit ce qu'il appelle &#171; le n'importe quoi &#187;. Il dit que la subversion, d'aujourd'hui, c'est du &lt;i&gt;n'importe quoi&lt;/i&gt;. Et en m&#234;me temps c'est du n'importe quoi, et c'est d&#233;risoire, parce que ce sont dans des milieux qui n'ont aucune prise r&#233;elle sur le cours des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est plus la subversion du wokisme qu'il a vu venir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fausse subversion. Et le n'importe quoi. Le n'importe quoi, c'est-&#224;-dire le fait que plus personne n'est tenu &#224; aucune rigueur intellectuelle. Et &#231;a, il bataille durant longtemps avec ce qu'il appelle &#171; les divertisseurs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les divertisseurs &#187;, 1977 : https://collectiflieuxcommuns.fr/++cs_INTERRO++6..&#034; id=&#034;nh11-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire les intellectuels les plus en vue de l'&#233;poque, les Sartres, les structuralistes, les Althusser, les Barthes, les Deleuze, les Foucault, etc. qui l'abhorrent, en r&#233;alit&#233;, et auxquels il reproche de dire et faire n'importe quoi et de pousser &#224; jeunesse dans ce n'importe quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pourtant, dans le mouvement wokisme, c'est aussi, parmi les nouveaux concepts, il y a le c&#244;t&#233; &lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt;, ce qui est en fait une sorte d'&#233;mancipation, d'autonomie. Ils se revendiquent encore un peu, comme les gauchistes dont on parlait, ils se revendiquent &#234;tre, ceux qui vont amener &#224; l'autonomie de l'individu. Apr&#232;s, c'est plus l'individu, effectivement, c'est pas la soci&#233;t&#233;. Mais comment vous voyez &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme d'habitude : la pire des oppressions est celle que se r&#233;clame de l'&#233;mancipation. &#199;a, on l'a vu depuis le putsch bolchevik de 1917 qui arrive apr&#232;s la r&#233;volution de f&#233;vrier, qui &#233;tait populaire, qui &#233;tait authentique, qui &#233;tait mod&#233;r&#233;e. Et on a eu, depuis durant 70 ans, un r&#233;gime qui se r&#233;clamait du communisme, du socialisme, de l'horizon d'&#233;galit&#233;, de justice sociale. On vit au fond, syst&#233;matiquement, la m&#234;me chose. C'est-&#224;-dire qu'il suffit de se r&#233;clamer d'un horizon d'&#233;mancipation pour faire le contraire. Donc &lt;i&gt;l'empowerment&lt;/i&gt;, ce qu'on entend l&#224;, &#231;a d&#233;pend &#224; quoi on l'applique, mais c'est en r&#233;alit&#233; tenter de prendre le pouvoir pour contraindre les autres. Que ce soit les gens de votre clan qu'il faut en enr&#233;gimenter, les idiots utiles qu'il faut endormir, ou les ennemis r&#233;solus qu'il faut asservir. Voil&#224;, c'est ce que l'on appelle &lt;i&gt;l'empowerment&lt;/i&gt;, effectivement. Le cas le plus pouss&#233;, le plus paradoxal, le plus quotidien, c'est celui de la femme voil&#233;e dans la rue. Le voile musulman, effectivement, ce sont des femmes qui s'affirment contre 80% de la population. C'est un &lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt;. Ce sont des femmes qui militent pour leur propre asservissement. L&#224;, on est dans le &lt;i&gt;double bind&lt;/i&gt;, c'est vraiment une attitude qui rend fou et qui rend les choses difficiles &#224; penser. Mais &#231;a, &#231;a a un si&#232;cle : c'est un h&#233;ritage de la gauche, de retourner les choses, d'inverser syst&#233;matiquement les concepts et les postures de mani&#232;re &#224; d&#233;sarmer l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, d'&#234;tre en contradiction aussi, parce que la convergence des luttes, l'intersectionnalit&#233; voudrait que la femme voil&#233;e soit alli&#233;e du trans, de l'&#233;cologiste, etc. De faire une esp&#232;ce de convergence des luttes plus-plus. Et &#231;a, dans un projet d'autonomie, c'est difficile.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est absurde. Et vous avez l&#226;ch&#233; le terme de convergence des luttes. &#199;a ne date pas d'hier, la convergence des luttes. &#199;a date du moment o&#249; les luttes ont &#233;clat&#233;, en gros, les ann&#233;es 60. Et l'id&#233;e, qui est tr&#232;s profonde, c'est d'essayer de les rassembler &#8211; il n'y a rien de tr&#232;s extraordinaire&#8230; Aujourd'hui, c'est &#233;videmment l'alliance de la carpe et du lapin, puisqu'on a des &lt;i&gt;queers&lt;/i&gt; qui militent avec des islamistes &#8211; des poulets qui militent pour KFC. On est l&#224;, dans la plus grande d&#233;bilit&#233;. Castoriadis en a parl&#233; &#233;galement de la convergence des luttes en disant &#171; mais qu'est-ce que c'est que ces assemblages h&#233;t&#233;roclites ? &#187; d&#232;s les ann&#233;es 80, des ann&#233;es 80 et 90. &#199;a ne veut rien dire. Il faut tenter de construire un horizon en commun, tenter de faire de la politique ensemble, tenter de faire de la politique tout simplement. L&#224;, on ne fait pas de la politique, on fait ce qu'il appelle du &#171; r&#233;voltisme &#187;, c'est-&#224;-dire qu'on se r&#233;volte en permanence contre le m&#233;chant, le m&#233;chant Occident, le m&#233;chant &#201;tat, le m&#233;chant racisme, etc., sans aucune volont&#233; r&#233;elle de transformation sociale concr&#232;te et tangible. Donc pour lui, on est dans n'importe quoi, et c'est difficile de lui donner tort.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Hypercontestation et d&#233;sertion de la vie publique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par contre, ce qui est int&#233;ressant dans la lecture qu'il fait de la subversion des ann&#233;es 50 &#8211; et je crois que c'est une chose que j'ai trouv&#233;e personnellement qui est originale. La seule chose originale que je pense avancer dans cette brochure, c'est le fait que tr&#232;s t&#244;t, d&#232;s les ann&#233;es 50, Castoriadis lie la contestation des gens &#224; leur retrait de la sph&#232;re publique. En r&#233;alit&#233;, il constate une bureaucratisation de la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral : il y a de plus en plus de postes de pouvoir qui sont occup&#233;s dans les associations, dans les syndicats ou les partis et il y a de moins en moins d'activit&#233;s des gens eux-m&#234;mes, et plus les gens sont ali&#233;n&#233;s par des dirigeants qui ne les &#233;coutent plus, plus ils se retirent de la vie politique et puis &#233;videmment les appareils de pouvoir se renforcent. Donc il y a une sorte de cercle vicieux qui fait que les gens d&#233;sertent de plus en plus la vie publique. Cette d&#233;sertion de la vie publique, elle ne se fait pas avec le sourire, elle s'accompagne d'un mouvement de contestation. &#171; On vote avec ses pieds &#187;, comme on dit, on se retire parce qu'on a marre, il y en a marre des manigances, il y en a marre du pouvoir, il y en a marre de ci, il y en a marre de &#231;a. Donc en fait, tr&#232;s rapidement dans ses analyses, Castoriadis lie la d&#233;politisation et l'hyperpolitisation. Et, en fait, le mouvement woke, c'est &#231;a, en grande partie : ce sont des gens qui sont d&#233;politis&#233;s tout en voulant &#234;tre hyperpolitis&#233;s, c'est-&#224;-dire qu'ils sont tr&#232;s critiques contre la soci&#233;t&#233;, mais ils refusent de participer &#224; la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, parce qu'en fait, on a &#233;t&#233; un peu rapide en comparant la convergence des luttes et l'intersectionnalit&#233;. La grande diff&#233;rence avec l'intersectionnalit&#233;, c'est que c'est quelque chose de personnel en fait, on accumule des esp&#232;ces de point, comme on est blanc, comme homme, h&#233;t&#233;ro, etc. on perd des points par rapport &#224; celui qui est handicap&#233;, noir, etc. Je r&#233;sume un peu de mani&#232;re caricaturale, mais c'est uniquement sur l'individu alors que la convergence des luttes, il y avait quand m&#234;me des mouvements, un mouvement d'ouvriers qui va converger avec un mouvement, par exemple, de comme victimes de l'homophobie et qui vont faire des manifestations en commun. Il y avait quand m&#234;me une volont&#233; collective. L&#224;, on est quand m&#234;me dans l'individualit&#233;, dans quelque chose d'assez n&#233;gatif, et sur l'identit&#233;, sur sa propre identit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors Castoriadis ne vous dirait pas qu'on est dans l'individualit&#233;, on est plut&#244;t dans l'atomisation, parce qu'on n'a pas des individus, les gens vont tous vous raconter &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me chose, ils vont s'auto-mystifier avec des &#171; tutos &#187; YouTube&#8230; Donc on est plut&#244;t dans un n'importe quoi, d'individus tr&#232;s peu socialis&#233;s, en m&#234;me temps hyper-socialis&#233;s, c'est une grande contradiction &#8211; et une insignifiance. C'est son terme, il parle de &#171; la mont&#233;e de l'insignifiance &#187; ; un langage qui perd de plus en plus de son pouvoir, de plus en plus de son impact, des gens qui se mobilisent en utilisant des slogans qui ne veulent &#224; peu pr&#232;s rien dire, sans horizon politique et des mobilisations qui se confondent avec l'opportunisme des gens &#8211; c'est vraiment dans leur petit int&#233;r&#234;t propre, donc on est vraiment au niveau z&#233;ro. Et tout &#231;a, pour Castoriadis, est entretenu par l'&lt;i&gt;intelligentsia&lt;/i&gt; pseudo-subversive, notamment ce qu'on appelle la &lt;i&gt;French Theory.&lt;/i&gt; Ce mouvement-l&#224;, qui reste minoritaire malgr&#233; tout au sein de la soci&#233;t&#233;, est apparu apr&#232;s l'&#233;chec de Mai 68. Castoriadis insiste sur l'&#233;chec de mai 68, &#233;chec rationalis&#233; par ces id&#233;ologues de l'&#233;poque expliquant que finalement, ce que les insurg&#233;s ont fait, c'est tr&#232;s bien, mais qu'il fallait qu'ils s'arr&#234;tent : Ils ont eu raison de ne pas prendre le pouvoir, ils ont eu raison de ne pas s'auto-organiser, ils ont eu raison de ne pas tenter de fonder des organisations, etc. C'est-&#224;-dire que la r&#233;volte vaut pour elle-m&#234;me, en quelque sorte, il n'y a plus d'horizon politique : &#171; Tout pouvoir est mauvais &#187; comme dit Foucault : &#231;a ne sert &#224; rien de se constituer en contre-pouvoir, &#231;a ne sert &#224; rien de tenter de fonder une autre soci&#233;t&#233;&#8230; Et &#231;a, c'est le r&#244;le des intellectuels : maintenir les gens dans l'illusion &#8211; le r&#244;le &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt;, ce ne sont pas des d&#233;mons, mais &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt;, ce sont des gens dont la fonction est de maintenir les gens dans l'illusion, dans cette illusion-l&#224;. Et on en a &#233;videmment pl&#233;thore aujourd'hui, ils se multiplient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'elle implique en r&#233;alit&#233;, cette analyse de Castoriadis, c'est qu'on ne va pas se d&#233;barrasser du wokisme avec des beaux discours. Et &#231;a je pense que c'est tr&#232;s important, parce que la critique du wokisme et de l'obscurantisme &#8211; de l'islamisme, du racialisme, du communautarisme &#8211; vient &#171; de droite &#187;, de la droite conservatrice qui aimerait bien que tout &#231;a n'existe pas et que la soci&#233;t&#233; continue &#224; tourner comme elle fonctionne. Par exemple, on a des amis universitaires, c'est leur position en fait, ils sont tr&#232;s contents de l'universit&#233;, ils voudraient juste enlever les wokes, qui sont tr&#232;s p&#233;nibles. L'analyse de Castoriadis est fondamentalement importante parce qu'elle montre que le wokisme est li&#233; intrins&#232;quement, &#233;merge, du fonctionnement de notre soci&#233;t&#233;. Et qu'en &#233;tant d&#233;poss&#233;d&#233;s du pouvoir, en &#233;tant d&#233;poss&#233;d&#233;s des significations importantes de nos vies, on a l'&#233;mergence de ce n'importe quoi. Et que si on veut contrer le wokisme, il faut imp&#233;rativement r&#233;instituer cette soci&#233;t&#233;. Ce qui n'a pas &#233;t&#233; fait, notamment, &#224; l'occasion des Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc pour vous, les wokes seraient juste un sympt&#244;me, pour reprendre le terme de Castoriadis, du d&#233;labrement de la soci&#233;t&#233; occidentale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument. C'est non seulement un sympt&#244;me, mais c'est m&#234;me un &#233;l&#233;ment essentiel, catalytique en quelque sorte. Le d&#233;labrement de la soci&#233;t&#233; cr&#233;e les wokes, et les wokes rationalisent le d&#233;labrement. Castoriadis prend l'exemple &#8211; alors l&#224;, on est dans les ann&#233;es 70 &#8211; du rapport entre hommes et femmes, et il parle d'une confusion impressionnante et sans pr&#233;c&#233;dent, le r&#244;le des hommes et des femmes est devenu incernable. Alors, dit-il, on ne va pas regretter ce qui s'est pass&#233; avant, on ne veut pas revenir au r&#244;le fig&#233; des hommes, des femmes &#224; la maison, etc. Mais il se trouve l&#224; que les mouvements f&#233;ministes, qui impliquent les hommes aussi, ont abouti &#224; une confusion. Et cette confusion, aujourd'hui, 50 ans apr&#232;s, on la voit rationalis&#233;e : les wokes nous expliquent que c'est tr&#232;s bien, cette confusion-l&#224;. Et en r&#233;alit&#233;, le r&#244;le des wokes, c'est d'expliquer que ce qui se passe est tr&#232;s bien. Il y a une islamisation de la France : c'est tr&#232;s bien, au fond, c'est un progr&#232;s. Il y a un d&#233;labrement des savoirs &#224; l'universit&#233;, il n'y a plus aucune rigueur intellectuelle, etc. : eh bien, c'est tr&#232;s bien.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La rationalisation du d&#233;labrement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est vrai qu'on peut le d&#233;cliner sur &#224; peu pr&#232;s tout : On est gros, c'est tr&#232;s bien ; On est fou, c'est bien &#8211; il y a m&#234;me la psychophobie&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait. Donc, au fond, c'est tr&#232;s op&#233;ratoire, parce que &#231;a permet de comprendre ce qui se passe. C'est une id&#233;e fondamentale de Castoriadis : notre soci&#233;t&#233; est en train de se d&#233;labrer tr&#232;s profond&#233;ment &#8211; et je pense que plus personne ne le nie aujourd'hui, c'&#233;tait une h&#233;r&#233;sie il y a 30 ans, l&#224; aujourd'hui c'est assez &#233;vident &#8211;, c'est tr&#232;s dur &#224; vivre, et pour le vivre, on se raconte des histoires, on se raconte que c'est tr&#232;s bien. D'o&#249; le succ&#232;s des wokes aussi, il y a quelque chose de rassurant quand on se dit que, finalement, c'est d&#233;sirable ce que l'on vit, on s'en plaint, mais c'est d&#233;sirable, c'est juste une mutation, il suffit de muter&#8230; &#201;videmment, la surprise est que &#231;a va &#234;tre une catastrophe absolue et particuli&#232;rement douloureuse. Donc, &#224; partir de l&#224;, &#233;videmment, si on veut contrer les wokes, il ne suffit pas d'avoir un contre-discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est pareil si on peut revenir entre la collectivit&#233; o&#249; il fallait ing&#233;rer un mensonge commun. L&#224;, chacun ins&#232;re son propre mensonge.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, en quelque sorte. Son &lt;i&gt;soma&lt;/i&gt; pour reprendre &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e meilleur des mondes&lt;/i&gt; [de Aldous Huxley], qui permet d'aller mieux et de se raconter que finalement, ce n'est pas plus mal. Donc en fait, c'est un m&#233;canisme social. Si on veut se d&#233;barrasser du wokisme, ce n'est pas un contre-discours qu'il faut reposer, c'est un changement de soci&#233;t&#233;. Parce que qu'est-ce que c'est que le wokisme ? C'est au fond la haine de la soci&#233;t&#233;. Derri&#232;re la haine de l'Occident, il y a la haine de la soci&#233;t&#233;, la haine de la vie en soci&#233;t&#233;. Castoridais en parle tr&#232;s bien, il se demande si que l'homme actuel veut vraiment vivre en soci&#233;t&#233; ? Ou est-ce qu'il vit la soci&#233;t&#233; comme une contrainte n&#233;cessaire pour manger ? Et c'est &#233;vident : c'est la derni&#232;re occurrence. On vit de plus en plus la soci&#233;t&#233; comme une contrainte. Et le wokisme &#233;mane de &#231;a, rationalise cette posture. Si on veut balayer le wokisme, il faut r&#233;instituer la soci&#233;t&#233; et recr&#233;er une envie d'y vivre en commun, des valeurs en commun, redonner un sens au travail, c'est une chose dont personne ne parle. Il faut absolument redonner un sens au savoir, &#224; l'&#233;ducation, &#224; l'existence d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale. Alors, &#231;a ne va pas se faire du jour au lendemain, &#231;a ne va pas se faire en claquant des doigts, mais encore une fois, les Gilets jaunes auraient pu &#234;tre l'occasion, auraient pu &#234;tre un levier d'une r&#233;institution ou en tout cas d'un mouvement qui aurait pu permettre &#224; la soci&#233;t&#233; Fran&#231;aise de bouger un petit peu et de changer de l'int&#233;rieur &#8211; sans parler de r&#233;volution, de grand soir, etc. &#199;a aurait pu &#234;tre l'occasion, malheureusement, les tactiques gauchistes et puis la haine de classe aussi &#8211; parce qu'on a eu un d&#233;ferlement de haine de classe &#8211; a emp&#234;ch&#233; toute possibilit&#233; d'&#233;voluer. Donc on est en fait aujourd'hui en train de vivre un d&#233;labrement &#224; la soci&#233;t&#233;. Et Castoriadis disait qu'il &#233;tait sans horizon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je propose justement, comme on parle d'horizon de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;soci&#233;t&#233;, de passer &#224; la derni&#232;re partie de la brochure qui parle d'un autre penseur qui s'appelle &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Ibn&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; Kald&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;o&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;un, un penseur d'une autre &#233;poque, assez diff&#233;rent&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, puisque c'est&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Q&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;uel&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;le&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; p&#233;riode d'ailleurs ? &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Le&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; Moyen &#194;ge ?&#8230; Le XIVe si&#232;cle. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;C'est u&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n penseur tunisien qui est tr&#232;s connu en Tunisie, qui est l'inventeur de la sociologie, et qui a pens&#233;, &#231;a fait l'objet d'une autre brochure, qui a pens&#233; le concept de l'Empire, avec une d&#233;finition bien pr&#233;cise aussi, et la fin des Empires, puisque c'est un penseur qui a connu plus ou moins la fin de l'Empire arabe, qui &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;est all&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; jusqu'en &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Andalousie, en &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Espagne et qui est revenu en Tunisie un peu &#224; la fin de cet empire-l&#224;, et de la cr&#233;ation d'un nouvel empire, l'Empire Ottoman.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, absolument. C'est &#224; la fin, le dernier article &#171; De Castoriadis &#224; Ibn Kahldoun et retour &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; De Castoriadis &#224; Ibn Khaldoun (et retour) &#187;, f&#233;vrier 2025 : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Donc je tente, apr&#232;s avoir montr&#233; que Castoriadis n'&#233;tait pas politiquement correct, et apr&#232;s avoir montr&#233; qu'il &#233;tait un penseur de notre &#233;poque, un penseur du wokisme notamment et du d&#233;labrement de la soci&#233;t&#233;, je le confronte ou, plut&#244;t, je le frotte &#224; Ibn Khaldoun &#8211; que j'ai connu, par ailleurs, par l'interm&#233;diaire de Guy Fargette&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance &#187;, 2006 : https://collectiflieuxcomm&#034; id=&#034;nh11-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que je dois citer ici, un des penseurs contemporains et vivants importants et que l'on a invit&#233; ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a deux &#233;missions qui sont en lien avec Ibn Khaldun sur &lt;i&gt;H&#233;r&#233;tique&lt;/i&gt;&#8230; Et il y a effectivement Guy Fargette sur &#171; Les stalino-gauchistes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Origines et m&#233;tamorphoses du stalino-gauchisme (avec Guy Fargette) &#187; &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais qui parle aussi de &#231;a.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord Gabriel Martinez-Gros, &#171; La marche &#224; l'Empire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La marche &#224; l'empire (avec Gabriel Martinez-Gros) &#187; &#8211; Podcast H&#233;r&#233;tiques, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, historien m&#233;di&#233;viste islamologue qui est un sp&#233;cialiste d'Ibn Khaldun que j'ai d&#233;couvert &#224; travers lui &#8211; je connaissais Ibn Khaldun j'avais lu, mais je n'avais pas retenu particuli&#232;rement &#8211; et Martinez-Gros montre que c'est un penseur tr&#232;s important qui nous permet de penser la situation contemporaine. Dans cet article, moi, je tente de montrer en quoi Castoriadis pr&#233;pare aux id&#233;es d'Ibn Khaldun &#8211; en gros, mon parcours personnel, et je m'&#233;mancipe aussi, puisque je vais montrer l'exemple, de la pens&#233;e de Castoriadis ; je n'en suis pas prisonnier non plus, m&#234;me si je n'ai pas besoin d'en faire la preuve. L&#224;, je montre que Castoriadis m'a donn&#233; le go&#251;t de penser, et que j'essaie maintenant de penser avec et sans lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, en quoi Castoriadis et Ibn khaldoun ont des choses &#224; se dire ? Parce que Castoriadis nous d&#233;crit la fin d'un monde, en r&#233;alit&#233;, il nous d&#233;crit la fin du projet d'autonomie dont je parlais au d&#233;but, qui a travers&#233;, qui a fond&#233; l'Occident. Et il dit, voil&#224;, ce projet d'autonomie-l&#224;, qui fonde la vis&#233;e de d&#233;mocratie directe, la vis&#233;e d'&#233;mancipation, la vis&#233;e de justice sociale, est en train de dispara&#238;tre, en tout cas, c'est une &#233;clipse. On ne sait pas si c'est d&#233;finitif ou pas &#8211; il a une philosophie anti-d&#233;terministe &#8211; mais en tout cas, ce que l'on voit, c'est que l'&#233;mancipation parle de moins en moins aux gens. Les gens sont en train de tendre &#224; autre chose, ils tendent au bonheur. Et le bonheur, ce n'est pas du tout la libert&#233; ; il y a des esclaves heureux, il y en a de plus en plus, d'ailleurs. Il nous d&#233;crit la fin de la modernit&#233;, en r&#233;alit&#233;. Et Ibn Khaldoun ? Lui &#233;tait un penseur du Moyen &#194;ge, du XIVe si&#232;cle, du Maghreb, effectivement. C'est tr&#232;s d&#233;paysant, il vit dans un monde qui est tr&#232;s diff&#233;rent du n&#244;tre d'aujourd'hui. Et pourtant, lui nous d&#233;crit un monde d'empire, il d&#233;crit une dynamique imp&#233;riale qui est tr&#232;s parlante aujourd'hui et qui rentre, en quelque sorte, qui s'imbrique avec le monde que d&#233;crit Castoriadis, ce monde finissant, cr&#233;pusculaire, qui est le n&#244;tre aujourd'hui. Alors en quoi ? Parce que Castoradis nous d&#233;crit un monde, une soci&#233;t&#233; o&#249; il y a de moins en moins de luttes sociales. Les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes, occidentales, voient un d&#233;clin des luttes sociales depuis des d&#233;cennies, depuis l'apr&#232;s-guerre en gros : d&#233;clin de la contestation, de la subversion r&#233;elle, puisque ce dont on vient de parler, le wokisme, l'obscurantisme, c'est un simulacre de subversion. Il y a de moins en moins, en r&#233;alit&#233;, de conflits [sociaux] dans la soci&#233;t&#233;, c'est une soci&#233;t&#233; qui est en train de s'apaiser, en apparence, qui est en train, en r&#233;alit&#233;, de se r&#233;signer &#224; vivre dans le monde dans lequel on vit. Cette soci&#233;t&#233; qui se r&#233;signe, c'est pour Ibn Khaldun la soci&#233;t&#233; des s&#233;dentaires, c'est-&#224;-dire les populations productives du centre de l'Empire, qui vivent sans aucun horizon de transformation sociale, qui sont tax&#233;s par un imp&#244;t de l'&#201;tat imp&#233;rial surplombant. Cet &#201;tat, au fil du temps, il s'affaiblit, il devient vuln&#233;rable aux attaques des marges qui entourent l'Empire. Ces marges-l&#224; vont p&#233;n&#233;trer l'Empire, le refonder, et ces tribus b&#233;douines vont devenir un &#201;tat qui, &#224; son tour, va traire les s&#233;dentaires &#224; travers l'imp&#244;t, se s&#233;dentariser et s'affaiblir, et le cycle va continuer. Alors c'est tr&#232;s d&#233;paysant, &#231;a ne nous parle pas du tout. Nous on vit dans un monde o&#249;, on a v&#233;cu, dans un monde de nations, un polycentrisme europ&#233;en, et pas du tout un monde unifi&#233; de l'Empire. On a v&#233;cu dans un monde o&#249; les populations &#233;taient en armes, elles se d&#233;fendaient elles-m&#234;mes, alors que les s&#233;dentaires sont d&#233;sarm&#233;s absolument, ils sont incapables de se battre. Et on habite, encore plus ou moins, dans un monde relativement d&#233;mocratique, avec une souverainet&#233; populaire, avec une population qui a des choses &#224; dire, qui est acteur de l'histoire &#8211; durant un mill&#233;naire en Occident, les populations &#233;taient actrices de leur histoire &#8211; et le peuple est en train de se retirer de la sc&#232;ne. Et Ibn Khaldun nous donne la cl&#233; de ce qui est en train de se passer : il n'est pas difficile de voir [s'installer] le bassin des s&#233;dentaires, nous sommes en train de devenir des s&#233;dentaires. Et de plus en plus, nous voyons des marches barbares, des marges b&#233;douines, dont parle Ibn Khaldoun, qui sont en train de p&#233;n&#233;trer l'Empire &#8211; un peu comme &#224; la fin de l'Empire romain &#8211; et on peut les lister : nous avons des islamistes, des gangs, on a des narcos maintenant, qui sont en train de prendre possession de territoires, de prendre leur souverainet&#233; sur des portions du territoire europ&#233;en, et auxquels l'&#201;tat est incapable de r&#233;pondre r&#233;ellement. Donc une des solutions, ce sera notamment de les embaucher, de les recruter dans les forces de police, dans les forces de perception de l'imp&#244;t, dans les forces de coercition, pour contr&#244;ler ces s&#233;dentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s globalement, je r&#233;sume assez rapidement le tableau, mais je tente de montrer dans cet article que Castoriadis ne nous montre pas ce que le monde est en train de devenir : il nous dit juste que la modernit&#233; est en train de s'affaisser. Et Ibn Khaldun nous dit, &#224; plusieurs si&#232;cles de distance, que nous sommes en train de vivre un retour &#224; la normalit&#233;, parce que l'humanit&#233; a fonctionn&#233; depuis 3 000 ans sous un r&#233;gime d'empire et qu'en r&#233;alit&#233;, l'Occident, cet Occident si cher &#224; Castoriadis, c'&#233;tait en r&#233;alit&#233; une exception dans l'histoire de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, on pourrait me demander : mais est-ce que Castoridis est encore pertinent ? Est-ce qu'il faut lire Castoriadis ? La r&#233;ponse est oui, absolument, parce que l'histoire n'est pas jou&#233;e, et que si on veut arriver &#224; sauver quelque chose, c'est Castoriadis qu'il faut lire. Parce qu'il nous parle de l'Occident, mais dans cet Occident-l&#224;, il y a des choses &#224; garder et des choses &#224; jeter. C'est &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; penseur de l'Occident. Il nous d&#233;crit un horizon possible, un horizon d'autonomie, individuel et collectif, et qui est le propre de l'Occident et cet h&#233;ritage-l&#224;, on peut le communiquer &#224; d'autres cultures. Les autres cultures sont capables de s'y approprier, &#231;a a &#233;t&#233; vu, &#231;a se verra encore. C'est un horizon d'universalit&#233;, et c'est &#231;a qu'il y a &#224; sauver dans l'Occident. C'est certainement pas ce que la droite essaie d'en sauver, c'est-&#224;-dire la recherche de puissance, l'emballement technique et au fond la d&#233;r&#233;liction que nous sommes en train de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En m&#234;me temps, c'est un peu en contradiction avec ce qu'on avait dit avant, c'est-&#224;-dire que si on se base que sur Castoriadis, on est un peu dans le culte de l'auteur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, oui, vous avez raison, je me suis un peu emport&#233;&#8230; Par l&#224;, je voulais dire que c'&#233;tait un penseur vraiment capital, et que &#8211; c'est difficile, je n'ai pas la culture pour &#233;valuer son importance &#8211; mais je pense que dans le XXe si&#232;cle, il fait partie des principaux penseurs. Et je pense qu'il n'y en a pas &#233;norm&#233;ment, deux, trois peut-&#234;tre, mais il a comme une amplitude et une profondeur que je n'ai retrouv&#233;es chez aucun auteur. Alors, ceci &#233;tant dit, &#233;videmment, si on veut faire vivre une vie intellectuelle et d&#233;mocratique, &#231;a ne peut pas d&#233;pendre d'une seule personne, f&#251;t-il g&#233;nial, et c'est pour &#231;a que je participe notamment &#224; &lt;i&gt;H&#233;r&#233;tique&lt;/i&gt;, et que nous invitons une multitude de personnes qui nous semblent avoir des choses &#224; dire, avec lesquelles on n'est pas d'accord. C'est peut-&#234;tre la premi&#232;re &#233;mission o&#249; je suis d'accord avec l'invit&#233;&#8230; Le reste du temps, c'est quand m&#234;me assez difficile, mais l'id&#233;e est de faire vivre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; la deuxi&#232;me &#233;mission&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; oui, la deuxi&#232;me &#233;mission &#8211; la premi&#232;re je pense que c'&#233;tait en janvier 2023&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Impasse de l'&#233;cologie politique (avec Quentin B&#233;rard) &#187; &#8211; podcast (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; Bref nous tentons de rassembler les gens qui sont des h&#233;r&#233;tiques, c'est-&#224;-dire qui tentent de penser contre les dogmes, non pas comme principe, mais parce qu'aujourd'hui nous &#233;touffons dans un certain nombre d'id&#233;ologies qui sont tr&#232;s p&#233;nibles, et que, peut &#234;tre, une r&#233;surrection de la d&#233;mocratie et de la vie intellectuelle, qui sont indissociables, ne pourra avoir lieu qu'&#224; partir d'une confrontation d'id&#233;es et d'une vie intellectuelle vivante. &#199;a, c'est &#233;vident. Donc il y a de multitude d'auteurs qui vont aider. J'ai parl&#233; de Guy Fargette, de Claude Lefort, qui a &#233;t&#233; un compagnon de Castoriadis durant longtemps, m&#234;me s'ils ne sont pas d'accord, m&#234;me si je trouve que sa pens&#233;e, qui est tr&#232;s forte, est beaucoup plus limit&#233;e que celle de Castoriadis &#8211; notamment parce que, entre parenth&#232;ses, Castoriadis a une exp&#233;rience de la psychanalyse qui donne aussi une profondeur que d'autres n'ont pas. Mais on peut parler d'Edgar Morin aussi, je sais qu'il est d&#233;cri&#233;. Moi je suis venu &#224; Castoriadis &#224; travers Edgar Morin, et je pense que ses cinq tomes de &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a &lt;/i&gt;&lt;i&gt;M&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;thode&lt;/i&gt;, c'est un chef-d'&#339;uvre, c'est une chose vraiment &#224; lire absolument, &#231;a concerne la science &#8211; l&#224; on est dans un autre domaine, mais la science aussi est en train de se scl&#233;roser, et il y aurait n&#233;cessit&#233; de la faire revivre. On parle d'Hannah Arendt, on peut parler d'Orwell. Il y a beaucoup d'autres penseurs qui sont contemporains ou qui ne sont plus l&#224;, qui aideraient &#224; &#231;a. &#201;videmment, ce n'est pas une entreprise solitaire. Et tout &#231;a devrait &#234;tre connect&#233;, si possible, avec une vie populaire : on revit des insurrections des peuples sous le signe du populisme, mouvement tr&#232;s ambigu, j'ai parl&#233; un petit peu des Gilets jaunes, il y a le trumpisme aujourd'hui, &#233;videmment, c'est tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;ne, c'est tr&#232;s ambivalent, il y a un c&#244;t&#233; d&#233;sesp&#233;rant, et en m&#234;me temps, il y a quelque chose, la soci&#233;t&#233; n'est pas morte, ce que disait Castoriadis &#233;galement, l'Occident n'est pas mort, la modernit&#233; n'a pas encore disparue, il est encore possible de faire quelque chose.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb11-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir la page &#171; Brochures &#187; : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#171; Points de diffusion et de vente &#187; : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?531-Points-de-diffusion-et-de-vente-de&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?531-Points-de-diffusion-et-de-vente-de&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Parution de la brochure n&#176;29 : &lt;i&gt;Lire (et comprendre) &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Cornelius Castoriadis. De quelques tentatives de penser notre &#233;poque&lt;/i&gt; , f&#233;vrier 2025 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1200-Parution-de-la-brochure-Lire-et-comprendre-Castoriadis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1200-Parution-de-la-brochure-Lire-et-comprendre-Castoriadis&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour un retour autobiographique : &#171; De la dissidence marxiste au projet d'autonomie &#187;, 1973 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?108-de-la-dissidence-marxiste-au&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir le texte de B. Quiriny : &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?120-socialisme-ou-barbarie-et-l' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Socialisme ou Barbarie &#187; et &#171; L'internationale situationniste &#187; : Note sur une &#171; m&#233;prise &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. Guy Fargette, 2008 : &#171; Socialisme ou Barbarie &#187;, ou la r&#233;sistance &#224; la tenaille historique &#187; : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?140-socialisme-ou-barbarie-ou-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Consid&#233;rations sur la Gr&#232;ce moderne &#187; (1975-1984-1994) (&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?536-considerations-sur-la-grece&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?536-considerations-sur-la-grece&lt;/a&gt;), publi&#233; dans la brochure n&#176;18 &lt;i&gt;Le mouvement grec pour la d&#233;mocratie directe - &#171; Le mouvement des places &#187; du printemps 2011 dans la crise mondiale&lt;/i&gt;, premi&#232;re partie (2011) et repris dans &lt;i&gt;Ecrits politiques 1945-1997&lt;/i&gt;, Tome III &amp; IV, &lt;i&gt;Quelle d&#233;mocratie ?&lt;/i&gt;, 2013, Sandre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?Le-bon-plaisir-de-C-Castoriadis' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Entretien (&lt;i&gt;Le Bon Plaisir&lt;/i&gt;) avec Katharina von Bulow sur France culture (1996)&lt;/a&gt; - &#224; partir de 2h 6' 35''.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Son dernier texte : &#171; La &#171; rationalit&#233; &#187; du capitalisme &#187;, 1996 (&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?790-la-rationalite-du-capitalisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?790-la-rationalite-du-capitalisme&lt;/a&gt;) ; cf. note suivante sa derni&#232;re interview et ici sa derni&#232;re intervention publique : &#171; La capacit&#233; de reconna&#238;tre les soci&#233;t&#233;s autres va de pair avec la mise en question de ses propres institutions &#187; (1997) (&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1115-La-capacite-de-reconnaitre-les-societes-autres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1115-La-capacite-de-reconnaitre-les-societes-autres&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Nous sommes dans l'&#232;re de l'imitation, du rafistolage, du syncr&#233;tisme, du contre-plaqu&#233; &#187; (1997) : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?50-nous-sommes-dans-l-ere-de-l&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?5...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; L'autogestion de la mystification &#187; (1978-1979) : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?741-L-autogestion-de-la-mystification&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?7...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir particuli&#232;rement la brochure n&#176;24bis ; juin 2019 : &lt;i&gt;&#171; Le mouvement des gilets jaunes &#187;, seconde partie Chantiers de l'auto-organisation et cl&#244;tures id&#233;ologiques : &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?976-quatrieme-de-couverture-no24bis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?9...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Castoriadis et les bien-pensants &#187; : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1154-Castoriadis-et-les-bien-pensants&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. par exemple les travaux de David Cosandey, repris dans &#171; L'horizon imp&#233;rial &#187;, mars 2018 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?965-L-horizon-imperial-1-4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?9...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Le wokisme &#224; la lecture de C. Castoriadis &#187;, novembre 2024 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1190-Le-wokisme-a-la-lecture-de-C-Castoriadis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Les divertisseurs &#187;, 1977 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?684-Les-divertisseurs-1-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?6...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; De Castoriadis &#224; Ibn Khaldoun (et retour) &#187;, f&#233;vrier 2025 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1199-De-Castoriadis-a-Ibn-Khaldoun-et-retour&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1199-De-Castoriadis-a-Ibn-Khaldoun-et-retour&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance &#187;, 2006 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?181-La-quatrieme-guerre-mondiale-s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?181-La-quatrieme-guerre-mondiale-s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Origines et m&#233;tamorphoses du stalino-gauchisme (avec Guy Fargette) &#187; &#8211; Podcast H&#233;r&#233;tiques, mars 2024 : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2024/03/01/origines-et-metamorphoses-du-stalino-gauchisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2024/03/01/origines-et-metamorphoses-du-stalino-gauchisme/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; La marche &#224; l'empire (avec Gabriel Martinez-Gros) &#187; &#8211; Podcast H&#233;r&#233;tiques, janvier 2024 : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2024/01/01/la-marche-a-lempire-avec-gabriel-martinez-gros/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2024/01/01/la-marche-a-lempire-avec-gabriel-martinez-gros/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Impasse de l'&#233;cologie politique (avec Quentin B&#233;rard) &#187; &#8211; podcast H&#233;r&#233;tiques, janvier 2023 : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2023/01/01/impasse-de-lecologie-politique-1-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2023/01/01/im...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Race et culture</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1209-Race-et-culture</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1209-Race-et-culture</guid>
		<dc:date>2025-10-23T08:28:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;vi-Strauss Cl.</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;decine</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Conf&#233;rence</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>Multiculturalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Conf&#233;rence prononc&#233;e &#224; l'invitation de l'Unesco &#224; Paris le 22 mars 1971, ici reprise du site-ami Les Amis de Bartleby Monsieur le Directeur g&#233;n&#233;ral, Mesdames, Messieurs, il n'appartient pas &#224; un ethnologue d'essayer de dire ce qu'est ou ce que n'est pas une race, car les sp&#233;cialistes de l'anthropologie physique qui en discutent depuis pr&#232;s de deux si&#232;cles ne sont jamais parvenus &#224; se mettre d'accord, et rien n'indique qu'ils soient plus pr&#232;s aujourd'hui de s'entendre sur une r&#233;ponse &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-apports-theoriques-imaginaire-" rel="directory"&gt;Apports th&#233;oriques : Imaginaire, culture, cr&#233;ation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-284-Levi-Strauss-Cl-+" rel="tag"&gt;L&#233;vi-Strauss Cl.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-91-sante-+" rel="tag"&gt;M&#233;decine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-142-conference-+" rel="tag"&gt;Conf&#233;rence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Conf&#233;rence prononc&#233;e &#224; l'invitation de l'Unesco &#224; Paris le 22 mars 1971, ici reprise du site-ami &lt;a href=&#034;https://lesamisdebartleby.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les Amis de Bartleby&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Monsieur le Directeur g&#233;n&#233;ral, Mesdames, Messieurs, il n'appartient pas &#224; un ethnologue d'essayer de dire ce qu'est ou ce que n'est pas une race, car les sp&#233;cialistes de l'anthropologie physique qui en discutent depuis pr&#232;s de deux si&#232;cles ne sont jamais parvenus &#224; se mettre d'accord, et rien n'indique qu'ils soient plus pr&#232;s aujourd'hui de s'entendre sur une r&#233;ponse &#224; cette question. Ils nous ont r&#233;cemment appris que l'apparition d'hominiens, d'ailleurs fort dissemblables, remonte &#224; trois, quatre millions d'ann&#233;es, ou davantage, c'est-&#224;-dire un pass&#233; si lointain qu'on n'en conna&#238;tra jamais assez pour d&#233;cider si les diff&#233;rents types dont on recueille les ossements furent simplement des proies les uns pour les autres, ou si des croisements ont pu aussi survenir entre eux. Selon certains anthropologues, l'esp&#232;ce humaine a d&#251; donner tr&#232;s t&#244;t naissance &#224; des sous-esp&#232;ces diff&#233;renci&#233;es, entre lesquelles se sont produits, au cours de la pr&#233;histoire, toutes sortes d'&#233;changes et de m&#233;tissages : la persistance de quelques traits anciens joints &#224; la convergence de traits r&#233;cents se combinerait pour rendre compte de la diversit&#233; des aspects qu'on observe aujourd'hui entre les hommes. D'autres estiment, au contraire, que l'isolation g&#233;n&#233;tique de groupes humains est apparue &#224; une date beaucoup plus r&#233;cente, qu'ils fixent vers la fin du pl&#233;istoc&#232;ne ; dans ce cas, les diff&#233;rences observables ne pourraient avoir r&#233;sult&#233; d'&#233;carts accidentels entre des traits d&#233;pourvus de valeur adaptative, et capables de se maintenir ind&#233;finiment dans des populations isol&#233;es sous le rapport de la reproduction : elles proviendraient plut&#244;t de diff&#233;rences locales entre les facteurs de s&#233;lection. Le terme de race, ou tout autre qu'on voudra lui substituer, d&#233;signerait alors une population, ou ensemble de populations qui diff&#232;re d'autres par la plus ou moins grande fr&#233;quence de certains g&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re hypoth&#232;se, la r&#233;alit&#233; de la race s'op&#232;re dans des temps si recul&#233;s qu'il est impossible d'en rien conna&#238;tre. Il ne s'agit pas d'une hypoth&#232;se scientifique, c'est-&#224;-dire v&#233;rifiable m&#234;me indirectement par ses cons&#233;quences lointaines, mais d'une affirmation cat&#233;gorique ayant valeur d'axiome qu'on pose dans l'absolu, parce qu'on estime impossible, sans elle, de rendre compte des diff&#233;rences actuelles. Telle &#233;tait d&#233;j&#224; la doctrine de Gobineau, &#224; qui l'on attribue la paternit&#233; du racisme, bien qu'il e&#251;t &#233;t&#233; parfaitement conscient que les races n'&#233;taient pas des ph&#233;nom&#232;nes observables ; il les postulait seulement comme les conditions a priori de la diversit&#233; des cultures historiques, qui lui semblait autrement inexplicable, tout en reconnaissant que les populations ayant donn&#233; naissance &#224; ces cultures &#233;taient issues de m&#233;langes entre des groupes humains qui, eux-m&#234;mes, avaient d&#233;j&#224; r&#233;sult&#233; d'autres m&#233;langes. Si donc on essaye de faire remonter les diff&#233;rences raciales aux origines, on s'interdit par l&#224; d'en rien savoir, et ce dont on d&#233;bat en fait n'est pas la diversit&#233; des races, mais la diversit&#233; des cultures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde hypoth&#232;se, d'autres probl&#232;mes se posent. D'abord, les dosages g&#233;n&#233;tiques variables, auxquels le commun se r&#233;f&#232;re quand il parle de races, correspondent tous &#224; des caract&#232;res bien visibles : taille, couleur de la peau, forme du cr&#226;ne, type de la chevelure,&#8239;etc. ; &#224; supposer que ces variations soient concordantes entre elles &#8211; ce qui est loin d'&#234;tre s&#251;r &#8211;, rien ne prouve qu'elles le sont aussi avec d'autres variations int&#233;ressant des caract&#232;res non imm&#233;diatement perceptibles aux sens. Et pourtant les uns ne sont pas moins r&#233;els que les autres, et il est parfaitement concevable que les seconds aient une ou plusieurs distributions g&#233;ographiques totalement diff&#233;rentes des pr&#233;c&#233;dents et diff&#233;rentes entre elles, de sorte que, selon les caract&#232;res retenus, des &#171; races invisibles &#187; pourraient &#234;tre d&#233;cel&#233;es &#224; l'int&#233;rieur des races traditionnelles, ou qui recouperaient les fronti&#232;res d&#233;j&#224; incertaines qu'on leur assigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, et puisqu'il s'agit dans tous les cas de dosages, les limites qu'on leur fixe sont arbitraires. En fait, ces dosages s'&#233;l&#232;vent ou diminuent par des gradations insensibles, et les seuils qu'on institue ici ou l&#224; d&#233;pendent des types de ph&#233;nom&#232;nes que l'enqu&#234;teur choisit de retenir pour les classer. Dans un cas, par cons&#233;quent, la notion de race devient si abstraite qu'elle sort de l'exp&#233;rience et devient une mani&#232;re de pr&#233;suppos&#233; logique, pour permettre de suivre un certain type de raisonnement. Dans l'autre cas, elle adh&#232;re de si pr&#232;s &#224; l'exp&#233;rience qu'elle s'y dissout au point qu'on ne sait m&#234;me plus de quoi l'on parle. Rien d'&#233;tonnant, si bon nombre d'anthropologues renoncent purement et simplement &#224; utiliser cette notion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, l'histoire de la notion de race se confond avec la recherche de traits d&#233;pourvus de valeur adaptative. Car comment pourraient-ils autrement s'&#234;tre maintenus tels quels &#224; travers les mill&#233;naires, et, parce qu'ils ne servent &#224; rien, en bien ou en mal, parce que leur pr&#233;sence serait donc totalement arbitraire, t&#233;moigner aujourd'hui pour un tr&#232;s lointain pass&#233; ? Mais l'histoire de la notion de race, c'est aussi celle des d&#233;boires ininterrompus essuy&#233;s par cette recherche. Tous les traits successivement invoqu&#233;s pour d&#233;finir des diff&#233;rences raciales se sont montr&#233;s, les uns apr&#232;s les autres, li&#233;s &#224; des ph&#233;nom&#232;nes d'adaptation, m&#234;me si, parfois, les raisons de leur valeur s&#233;lective nous &#233;chappent. C'est le cas de la forme du cr&#226;ne, dont nous savons qu'elle tend &#224; s'arrondir ; c'est celle aussi de la couleur de la peau qui, chez les peuplades &#233;tablies dans des r&#233;gions temp&#233;r&#233;es, s'est &#233;claircie par s&#233;lection pour compenser l'insuffisance du rayonnement solaire et mieux permettre &#224; l'organisme de se d&#233;fendre contre le rachitisme. On s'est alors rabattu sur les groupes sanguins, dont on commence pourtant &#224; soup&#231;onner qu'eux aussi pourraient n'&#234;tre pas d&#233;pourvus de valeur adaptative : fonction, peut-&#234;tre, de facteurs nutritionnels, ou en raison de la diff&#233;rente sensibilit&#233; de leurs porteurs &#224; des maladies comme la petite v&#233;role ou la peste. Il en est sans doute de m&#234;me pour les prot&#233;ines du s&#233;rum sanguin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette descente au plus profond du corps se r&#233;v&#232;le d&#233;cevante, aura-t-on plus de chance en tentant de remonter jusqu'au tout premier d&#233;but de la vie des individus ? Des anthropologues ont voulu saisir les diff&#233;rences qui pouvaient se manifester, d&#232;s l'instant de la naissance, entre des b&#233;b&#233;s asiatiques, africains et nord-am&#233;ricains, ces derniers de souche blanche ou noire. Et il semble que de telles diff&#233;rences existent, qui touchent au comportement moteur et au temp&#233;rament. Pourtant, m&#234;me dans un cas en apparence si favorable pour faire la preuve de diff&#233;rences raciales, les enqu&#234;teurs s'avouent d&#233;sarm&#233;s. Il y a deux raisons &#224; cela. En premier lieu, si ces diff&#233;rences sont inn&#233;es, elles paraissent trop complexes pour &#234;tre li&#233;es chacune &#224; un seul g&#232;ne, et les g&#233;n&#233;ticiens ne disposent pas actuellement de m&#233;thodes s&#251;res pour &#233;tudier la transmission de caract&#232;res dus &#224; l'action combin&#233;e de plusieurs facteurs ; dans la meilleure des hypoth&#232;ses, ils doivent se contenter d'&#233;tablir des moyennes statistiques qui n'ajouteraient rien &#224; celles qui semblent par ailleurs insuffisantes pour d&#233;finir une race avec quelque pr&#233;cision. En second lieu et surtout, rien ne prouve que ces diff&#233;rences sont inn&#233;es et non le r&#233;sultat de conditions de vie intra-ut&#233;rine qui rel&#232;vent de la culture, puisque selon les soci&#233;t&#233;s, les femmes enceintes ne s'alimentent pas et ne se comportent pas de la m&#234;me fa&#231;on. &#192; quoi s'ajoute pour ce qui est de l'activit&#233; motrice des tr&#232;s jeunes enfants, les diff&#233;rences, elles aussi culturelles, qui peuvent r&#233;sulter de la mise au berceau pendant de longues heures ou du port continuel de l'enfant contre le corps de sa m&#232;re, dont il &#233;prouve ainsi les mouvements, des fa&#231;ons diverses de le saisir, de le tenir, de l'alimenter&#8230; Que ces raisons pourraient &#234;tre seules op&#233;rantes ressortit au fait que les diff&#233;rences observ&#233;es entre b&#233;b&#233;s africains et nord-am&#233;ricains sont incomparablement plus grandes qu'entre ces derniers selon qu'ils sont blancs ou noirs ; et en effet, les b&#233;b&#233;s am&#233;ricains, quelle que soit leur origine raciale, sont approximativement &#233;lev&#233;s de la m&#234;me fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me des rapports entre race et culture serait donc mal pos&#233; si on se contentait de l'&#233;noncer de la sorte. Nous savons en effet ce qu'est une culture mais nous ne savons pas ce qu'est une race, et il n'est probablement pas n&#233;cessaire de le savoir pour tenter de r&#233;pondre &#224; la question que recouvre le titre donn&#233; &#224; cette conf&#233;rence. En v&#233;rit&#233;, on gagnerait &#224; formuler cette question d'une fa&#231;on plus compliqu&#233;e peut-&#234;tre, mais cependant plus na&#239;ve. Il y a des diff&#233;rences entre les cultures et certaines, qui diff&#232;rent d'autres plus qu'elles ne semblent diff&#233;rer entre elles &#8211; au moins pour un &#339;il &#233;tranger et non averti &#8211; sont l'apanage de populations qui, par leur aspect physique, diff&#232;rent aussi d'autres populations. De leur c&#244;t&#233;, celles-ci estiment que les diff&#233;rences entre leurs cultures respectives sont moins grandes que celles qui pr&#233;valent entre elles et avec les cultures des premi&#232;res populations. Y a-t-il un lien concevable entre ces diff&#233;rences physiques et ces diff&#233;rences culturelles ? Peut-on expliquer et justifier celles-ci sans faire appel &#224; celles-l&#224; ? Telle est en somme la question &#224; laquelle on me demande ce soir d'essayer de r&#233;pondre. Or, cela est impossible pour les raisons que j'ai d&#233;j&#224; dites, et dont la principale tient au fait que les g&#233;n&#233;ticiens se d&#233;clarent incapables de relier de mani&#232;re plausible des conduites tr&#232;s complexes, comme celles qui peuvent conf&#233;rer ces caract&#232;res distinctifs &#224; une culture, &#224; des facteurs h&#233;r&#233;ditaires d&#233;termin&#233;s et localis&#233;s, et tels que l'investigation scientifique puisse les saisir d&#232;s maintenant ou dans un avenir pr&#233;visible. Il convient donc de restreindre encore la question, et je la formulerai comme suit : l'ethnologie se sent-elle capable &#224; elle seule d'expliquer la diversit&#233; des cultures ? Peut-elle y parvenir sans faire appel &#224; des facteurs qui &#233;chappent &#224; sa propre rationalit&#233;, sans d'ailleurs pr&#233;juger de leur nature derni&#232;re qu'il ne lui appartient pas de d&#233;cr&#233;ter biologique ? Tout ce que nous pourrions dire, en effet, sur le probl&#232;me des rapports &#233;ventuels entre la culture et cette &#171; autre chose &#187;, qui ne serait pas du m&#234;me ordre qu'elle, serait &#8211; en d&#233;marquant une formule c&#233;l&#232;bre &#8211; que nous n'avons pas besoin d'une telle hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se pourrait cependant que, m&#234;me ainsi, nous nous fassions la part trop belle en simplifiant &#224; l'exc&#232;s. Prise seulement pour telle, la diversit&#233; des cultures ne poserait pas de probl&#232;mes en dehors du fait objectif de cette diversit&#233;. Rien n'emp&#234;che, en effet, que des cultures diff&#233;rentes coexistent, et que pr&#233;valent entre elles des rapports relativement paisibles dont l'exp&#233;rience historique prouve qu'ils peuvent avoir des fondements diff&#233;rents. Tant&#244;t, chaque culture s'affirme comme la seule v&#233;ritable et digne d'&#234;tre v&#233;cue ; elle ignore les autres, les nie m&#234;me en tant que cultures. La plupart des peuples que nous appelons primitifs se d&#233;signent eux-m&#234;mes d'un nom qui signifie &#171; les vrais &#187;, &#171; les bons &#187;, &#171; les excellents &#187;, ou bien tout simplement &#171; les hommes &#187; ; et ils appliquent aux autres des qualificatifs qui leur d&#233;nient la condition humaine, comme &#171; singes de terre &#187; ou &#171; &#339;ufs de pou &#187;. Sans doute, l'hostilit&#233;, parfois m&#234;me la guerre, pouvait aussi r&#233;gner d'une culture &#224; l'autre, mais il s'agissait surtout de venger des torts, de capturer des victimes destin&#233;es aux sacrifices, de voler des femmes ou des biens : coutumes que notre morale r&#233;prouve, mais qui ne vont jamais, ou ne vont qu'exceptionnellement jusqu'&#224; la destruction d'une culture en tant que telle ou jusqu'&#224; son asservissement, puisqu'on ne lui reconna&#238;t pas de r&#233;alit&#233; positive. Quand le grand ethnologue allemand Curt Unkel, mieux connu sous le nom de Nimuendaju que lui avaient conf&#233;r&#233; les Indiens du Br&#233;sil auxquels il a consacr&#233; sa vie, revenait dans les villages indig&#232;nes apr&#232;s un long s&#233;jour dans un centre civilis&#233;, ses h&#244;tes fondaient en larmes &#224; la pens&#233;e des souffrances qu'il avait d&#251; encourir loin du seul endroit o&#249;, pensaient-ils, la vie valait la peine d'&#234;tre v&#233;cue. Cette profonde indiff&#233;rence aux cultures autres &#233;tait, &#224; sa mani&#232;re, une garantie pour elle de pouvoir exister &#224; leur guise et de leur c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on conna&#238;t aussi une autre attitude, qui est compl&#233;mentaire de la pr&#233;c&#233;dente plut&#244;t qu'elle ne la contredit, et selon laquelle l'&#233;tranger jouit du prestige de l'exotisme et incarne la chance, offerte par sa pr&#233;sence, d'&#233;largir les liens sociaux. En visite dans une famille, on le choisit pour donner un nom au nouveau-n&#233;, et les alliances matrimoniales aussi auront d'autant plus de prix qu'elles seront conclues avec des groupes &#233;loign&#233;s. Dans un autre ordre d'id&#233;es, on sait que, bien avant le contact avec les Blancs, les Indiens Flathead &#233;tablis dans les montagnes Rocheuses furent si int&#233;ress&#233;s par ce qu'ils entendaient dire d'eux et de leur croyance, qu'ils n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; envoyer des exp&#233;ditions successives &#224; travers les territoires occup&#233;s par des tribus hostiles pour nouer des rapports avec les missionnaires r&#233;sidant &#224; Saint Louis du Missouri. Tant que les cultures se tiennent simplement pour diverses, elles peuvent donc soit volontairement s'ignorer, soit se consid&#233;rer comme des partenaires en vue d'un dialogue d&#233;sir&#233;. Dans l'un et l'autre cas, elles se menacent et s'attaquent parfois, mais sans mettre vraiment en p&#233;ril leurs existences respectives. La situation devient toute diff&#233;rente quand, &#224; la notion d'une diversit&#233; reconnue de part et d'autre, se substitue chez l'une d'elles le sentiment de sa sup&#233;riorit&#233; fond&#233;e sur l'in&#233;galit&#233; des rapports de force, et que la reconnaissance positive ou n&#233;gative de la diversit&#233; des cultures fait place &#224; l'affirmation de leur in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vrai probl&#232;me n'est pas donc pas celui que pose, sur le plan scientifique, le lien &#233;ventuel qui pourrait exister entre le patrimoine g&#233;n&#233;tique de certaines populations et leur r&#233;ussite pratique dont elle tire argument pour pr&#233;tendre &#224; la sup&#233;riorit&#233;. Car, m&#234;me si les anthropologues physiques et les ethnologues tombent d'accord pour reconna&#238;tre que le probl&#232;me est insoluble, et signent conjointement un proc&#232;s-verbal de carence avant de se saluer courtoisement et de se s&#233;parer en constatant qu'ils n'ont rien &#224; se dire, il n'en reste pas moins vrai que les Espagnols du XVIe si&#232;cle se sont jug&#233;s et montr&#233;s sup&#233;rieurs aux Mexicains et aux P&#233;ruviens parce qu'ils poss&#233;daient des bateaux capables de transporter des soldats outre-oc&#233;an, des chevaux, des cuirasses et des armes &#224; feu ; et que, suivant le m&#234;me raisonnement, l'Europ&#233;en du XIXe si&#232;cle s'est proclam&#233; sup&#233;rieur au reste du monde &#224; cause de la machine &#224; vapeur et de quelques autres prouesses techniques dont il pouvait se targuer. Qu'il le soit effectivement sous tous ces rapports et sous celui, plus g&#233;n&#233;ral, du savoir scientifique qui est n&#233; et s'est d&#233;velopp&#233; en Occident, cela semble d'autant moins contestable que, sauf de rares et pr&#233;cieuses exceptions, les peuples assujettis par l'Occident ou contraints par lui &#224; le suivre ont reconnu cette sup&#233;riorit&#233; et, leur ind&#233;pendance une fois conquise ou assur&#233;e, se sont donn&#233; pour but de rattraper ce qu'ils consid&#233;raient eux-m&#234;mes comme un retard dans la ligne d'un commun d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce que cette sup&#233;riorit&#233; relative, qui s'est affirm&#233;e dans un laps de temps remarquablement court, existe, on ne saurait pourtant inf&#233;rer qu'elle r&#233;v&#232;le des aptitudes fondamentales distinctes, ni surtout qu'elle soit d&#233;finitive. L'histoire des civilisations montre que telle ou telle autre a pu, au cours des si&#232;cles, briller d'un &#233;clat particulier. Mais ce ne fut pas n&#233;cessairement dans la ligne d'un d&#233;veloppement unique et toujours orient&#233; dans le m&#234;me sens. Depuis quelques ann&#233;es, l'Occident s'ouvre &#224; cette &#233;vidence que ces immenses conqu&#234;tes dans certains domaines ont entra&#238;n&#233; de lourdes contreparties ; au point qu'il en vient &#224; se demander si les valeurs auxquelles il a d&#251; renoncer, pour s'assurer la jouissance d'autres n'eussent pas m&#233;rit&#233; d'&#234;tre mieux respect&#233;es. &#192; l'id&#233;e nagu&#232;re pr&#233;valente d'un progr&#232;s continu le long d'une route sur laquelle l'Occident seul aurait br&#251;l&#233; les &#233;tapes, tandis que les autres soci&#233;t&#233;s seraient rest&#233;es en arri&#232;re, se substitue ainsi la notion de choix multiples dans des directions diff&#233;rentes, et tels que chacun expose &#224; perdre sur un ou plusieurs tableaux pour prix de ce qu'il a voulu gagner sur d'autres. L'agriculture et la s&#233;dentarisation ont prodigieusement d&#233;velopp&#233; les ressources alimentaires et, par voie de cons&#233;quence, permis &#224; la population humaine de s'accro&#238;tre. Il en a r&#233;sult&#233; l'expansion des maladies infectieuses, qui tendent &#224; dispara&#238;tre quand la population est trop restreinte pour entretenir les germes pathog&#232;nes. On peut donc dire que, sans le savoir sans doute, les peuples devenus agricoles ont choisi certains avantages moyennant des inconv&#233;nients dont les peuples rest&#233;s chasseurs et collecteurs sont mieux prot&#233;g&#233;s : leur genre de vie emp&#234;che que les maladies infectieuses ne se concentrent de l'homme sur l'homme, et de ses animaux domestiques sur ce m&#234;me homme ; mais, bien entendu, au prix d'autres inconv&#233;nients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croyance en l'&#233;volution unilin&#233;aire des formes vivantes est apparue dans la philosophie sociale bien plus t&#244;t qu'en biologie. Mais c'est de la biologie qu'au XIXe si&#232;cle elle re&#231;ut un renfort qui lui permit de revendiquer un statut scientifique en m&#234;me temps qu'elle esp&#233;rait ainsi concilier le fait de la diversit&#233; des cultures avec l'affirmation de leur in&#233;galit&#233;. En traitant les diff&#233;rents &#233;tats observables des soci&#233;t&#233;s humaines, comme si elles illustraient les phases successives d'un d&#233;veloppement unique, on pr&#233;tendait, m&#234;me &#224; d&#233;faut de liens causals entre l'h&#233;r&#233;dit&#233; biologique et les accomplissements culturels, &#233;tablir entre les deux ordres une relation qui serait au moins analogique, et qui favoriserait les m&#234;mes &#233;valuations morales dont s'autorisaient les biologistes en d&#233;crivant un monde vivant toujours croissant dans le sens d'une plus grande diff&#233;renciation et d'une plus haute complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, un remarquable retournement devait se produire chez les biologistes eux-m&#234;mes &#8211; le premier, d'une suite d'autres dont il sera question au cours de cet expos&#233;. En m&#234;me temps que des sociologues invoquaient la biologie pour d&#233;couvrir, derri&#232;re les hasards incertains de l'Histoire, le sch&#233;ma plus rigide et mieux intelligible d'une &#233;volution, les biologistes eux-m&#234;mes s'apercevaient que ce qu'ils avaient pris pour une &#233;volution soumise &#224; quelques lois simples recouvrait en fait une histoire tr&#232;s compliqu&#233;e. &#192; la notion d'un &#171; trajet &#187; que les diverses formes vivantes devraient toujours parcourir les unes &#224; la suite des autres dans le m&#234;me sens, s'est d'abord substitu&#233;e en biologie celle d'un &#171; arbre &#187;, permettant d'&#233;tablir entre les esp&#232;ces des rapports de cousinage, sinon de filiation car celle-ci devenait de moins en moins assur&#233;e &#224; mesure que les formes d'&#233;volution se r&#233;v&#233;laient parfois divergentes, mais parfois aussi convergentes ; puis l'arbre lui-m&#234;me s'est transform&#233; en &#171; treillis &#187;, figure dont les lignes se rejoignent aussi souvent qu'elles s'&#233;cartent, de sorte que la description historique de ces cheminements embrouill&#233;s vient remplacer les diagrammes trop simplistes dans lesquels on croyait pouvoir fixer les voies multiples suivies non pas par une, mais par des formes tr&#232;s diverses de voies &#233;volutives, diff&#233;rentes par le rythme, le sens et les effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c'est bien &#224; une vue analogue que convie l'ethnologie, pour peu qu'une connaissance directe des soci&#233;t&#233;s les plus diff&#233;rentes de la n&#244;tre permette d'appr&#233;cier les raisons d'&#234;tre qu'elles se sont donn&#233;es &#224; elles-m&#234;mes, au lieu de les juger et de les condamner selon des raisons qui ne sont pas les leurs. Une civilisation qui s'attache &#224; d&#233;velopper ses valeurs propres para&#238;t n'en poss&#233;der aucune pour un observateur form&#233; par la sienne &#224; reconna&#238;tre des valeurs toutes diff&#233;rentes. Il lui semble que chez lui seulement il se passe quelque chose, que sa civilisation seule d&#233;tient le privil&#232;ge d'une histoire ajoutant constamment des &#233;v&#233;nements les uns aux autres. Pour lui, il n'y a que cette histoire qui offre un sens, en prenant ce terme dans la double acception de signifier et de tendre vers un but. Dans tous les autres cas, croit-il, l'Histoire n'existe pas ; &#224; tout le moins, elle pi&#233;tine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette illusion est comparable &#224; celle dont souffrent les vieillards au sein de leurs propres soci&#233;t&#233;s, de m&#234;me, d'ailleurs, que les adversaires d'un nouveau r&#233;gime. Exclus des affaires, par l'&#226;ge ou par le choix politique, ils ont le sentiment que l'Histoire d'une &#233;poque dans laquelle ils ne sont plus activement engag&#233;s stagne, &#224; la diff&#233;rence des jeunes gens et des militants au pouvoir qui vivent avec ferveur cette p&#233;riode o&#249;, pour les autres, les &#233;v&#233;nements se sont en quelque sorte immobilis&#233;s. La richesse d'une culture, ou du d&#233;roulement d'une de ses phases, n'existe pas &#224; titre de propri&#233;t&#233; intrins&#232;que : elle est fonction de la situation o&#249; se trouve l'observateur par rapport &#224; elle, du nombre et de la diversit&#233; des int&#233;r&#234;ts qu'il y investit. En empruntant une autre image, on pourrait dire que les cultures ressemblent &#224; des trains qui circulent plus ou moins vite, chacun sur sa voie propre et dans une direction diff&#233;rente. Ceux qui roulent de conserve avec le n&#244;tre nous sont pr&#233;sents de la fa&#231;on la plus durable ; nous pouvons &#224; loisir observer le type des wagons, la physionomie et la mimique des voyageurs &#224; travers les vitres de nos compartiments respectifs. Mais que, sur une autre voie oblique ou parall&#232;le, un train passe dans l'autre sens, et nous n'en percevrons qu'une image confuse et vite disparue, &#224; peine identifiable pour ce qu'elle est, r&#233;duite le plus souvent &#224; un brouillage momentan&#233; de notre champ visuel qui ne nous livre aucune information sur l'&#233;v&#233;nement lui-m&#234;me et nous irrite seulement parce qu'il interrompt la contemplation placide du paysage servant de toile de fond &#224; notre r&#234;verie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, tout membre d'une culture en est aussi &#233;troitement solidaire que ce voyageur id&#233;al l'est de son train. D&#232;s la naissance et &#8211; je l'ai dit tout &#224; l'heure &#8211; probablement m&#234;me avant, les &#234;tres et les choses qui nous entourent montent en chacun de nous un appareil de r&#233;f&#233;rences complexes formant syst&#232;me : conduites, motivations, jugements implicites que, par la suite, l'&#233;ducation vient confirmer par la vue r&#233;flexive qu'elle nous propose du devenir historique de notre civilisation. Nous nous d&#233;pla&#231;ons litt&#233;ralement avec ce syst&#232;me de r&#233;f&#233;rences. Et les ensembles culturels qui se sont constitu&#233;s en dehors de lui ne nous sont perceptibles qu'&#224; travers les d&#233;formations qu'il leur imprime. Il peut m&#234;me nous rendre incapables de les voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut faire la preuve de ce qui pr&#233;c&#232;de par le remarquable changement d'attitude qui s'est produit r&#233;cemment chez les g&#233;n&#233;ticiens vis-&#224;-vis des peuples dits primitifs et de celles de leurs coutumes qui retentissent directement ou indirectement sur leur d&#233;mographie. Pendant des si&#232;cles, ces coutumes, qui consistent en r&#232;gles de mariages bizarres, en interdictions arbitraires comme celles frappant les relations sexuelles entre &#233;poux tant que la m&#232;re allaite le demier-n&#233; &#8211; parfois jusqu'&#224; l'&#226;ge de trois ou quatre ans &#8211; en privil&#232;ges polygamiques au b&#233;n&#233;fice des chefs ou des anciens, ou m&#234;me en usages qui nous r&#233;voltent, tel l'infanticide, sont apparues d&#233;nu&#233;es de signification et de port&#233;e, tout juste bonnes &#224; &#234;tre d&#233;crites et inventori&#233;es comme autant d'exemples des singularit&#233;s et des caprices dont la nature humaine et capable, sinon m&#234;me, allait-on jusqu'&#224; dire, coupable. Il a fallu qu'une nouvelle science pr&#238;t forme, aux alentours de 1950, sous le nom de g&#233;n&#233;tique des populations, pour que toutes ces coutumes rejet&#233;es comme absurdes ou criminelles acqui&#232;rent pour nous un sens et nous d&#233;voilent leurs raisons. Un num&#233;ro r&#233;cent de la revue Science a port&#233; &#224; la connaissance d'un plus vaste publique le r&#233;sultat des recherches poursuivies depuis plusieurs ann&#233;es par le professeur J.V. Neel et ses collaborateurs, sur diverses populations figurant parmi les mieux pr&#233;serv&#233;es de l'Am&#233;rique tropicale. Ses recherches sont d'ailleurs confirm&#233;es par d'autres, men&#233;es ind&#233;pendamment en Am&#233;rique du Sud et aussi en Nouvelle-Guin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tendance &#224; consid&#233;rer les pr&#233;tendues &#171; races &#187; les plus &#233;loign&#233;es de la n&#244;tre comme &#233;tant aussi les plus homog&#232;nes ; pour un Blanc, tous les Jaunes se ressemblent, et la r&#233;ciproque est probablement aussi vraie. La situation r&#233;elle semble beaucoup plus complexe car si les Australiens, par exemple, paraissent morphologiquement homog&#232;nes sur toute l'&#233;tendue du continent, des diff&#233;rences consid&#233;rables ont pu &#234;tre d&#233;cel&#233;es dans certaines fr&#233;quences g&#233;n&#233;tiques pour plusieurs tribus sud-am&#233;ricaines vivant dans la m&#234;me aire g&#233;ographique ; et ces diff&#233;rences sont presque aussi grandes entre villages d'une m&#234;me tribu qu'entre tribus distinctes par la langue et par la culture. &#192; l'inverse de ce qu'on pouvait croire, la tribu elle-m&#234;me ne constitue donc pas une unit&#233; biologique. Comment s'explique ce ph&#233;nom&#232;ne ? Sans doute par le fait que les nouveaux villages se forment selon un double proc&#232;s de fission et de fusion : d'abord, une lign&#233;e familiale se s&#233;pare de son lignage g&#233;n&#233;alogique et s'&#233;tablit &#224; l'&#233;cart ; plus tard, des blocs d'individus parents entre eux les rejoignent et viennent partager le nouvel habitat. Les stocks g&#233;n&#233;tiques qui se constituent ainsi diff&#232;rent beaucoup plus entre eux que s'ils &#233;taient l'effet de regroupements op&#233;r&#233;s au hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une cons&#233;quence en r&#233;sulte : si les villages d'une m&#234;me tribu consistent en formations g&#233;n&#233;tiques diff&#233;renci&#233;es au d&#233;part, vivant chacune dans un isolement relatif et en comp&#233;tition objective les unes avec les autres du fait qu'elles auront des taux de reproduction in&#233;gaux, elles reconstituent un ensemble de conditions bien connues des biologistes comme &#233;tant le plus favorable &#224; une &#233;volution incomparablement plus rapide que celle que l'on observe en g&#233;n&#233;ral dans les esp&#232;ces animales. Or, nous savons que l'&#233;volution qui a conduit des derniers hominiens fossiles &#224; l'homme actuel s'est faite, comparativement parlant, de fa&#231;on tr&#232;s rapide. Pour autant qu'on admette que les conditions observables dans certaines populations recul&#233;es offrent, au moins sous certains rapports, l'image approximative de celle qu'a pu conna&#238;tre l'humanit&#233; dans un lointain pass&#233;, on doit reconna&#238;tre que ces conditions, qui nous paraissent tr&#232;s mis&#233;rables, &#233;taient les plus propres &#224; faire de nous ce que nous sommes devenus, et qu'elles restent aussi les plus capables de maintenir l'&#233;volution humaine dans le m&#234;me sens et de lui conserver son rythme, alors que les &#233;normes soci&#233;t&#233;s contemporaines, o&#249; les &#233;changes g&#233;n&#233;tiques se font d'autres mani&#232;res, tendent &#224; freiner l'&#233;volution ou &#224; lui imposer d'autres orientations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces recherches ont aussi d&#233;montr&#233; que, chez les pr&#233;tendus sauvages, la mortalit&#233; infantile d'une part, celle due aux maladies infectieuses d'autre part &#8211; si l'on se limite, bien entendu, &#224; des tribus exemptes de contaminations ext&#233;rieures &#8211; sont loin d'&#234;tre aussi fortes qu'on l'aurait suppos&#233;. Elles ne peuvent donc rendre compte d'une faible croissance d&#233;mographique qui provient plut&#244;t d'autres facteurs : espacement volontaire des naissances correspondant &#224; la dur&#233;e prolong&#233;e de l'allaitement et aux prohibitions sexuelles, pratique de l'avortement et de l'infanticide, de sorte que, pendant sa p&#233;riode f&#233;conde, un couple donne naissance &#224; un enfant en moyenne tous les quatre ou cinq ans. Aussi odieux que nous soit devenu l'infanticide, il ne diff&#232;re pas fondamentalement comme m&#233;thode de contr&#244;le des naissances, du taux &#233;lev&#233; de mortalit&#233; infantile qui a pr&#233;valu dans les &#171; grosses &#187; soci&#233;t&#233;s et pr&#233;vaut encore dans certaines, et des m&#233;thodes contraceptives dont l'emploi nous semble aujourd'hui n&#233;cessaire pour &#233;pargner &#224; des millions ou des milliards d'individus, expos&#233;s &#224; na&#238;tre sur une plan&#232;te surpeupl&#233;e, un sort non moins lamentable que celui qui leur &#233;vite une pr&#233;coce &#233;limination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme beaucoup d'autres par le monde, les cultures o&#249; se sont d&#233;roul&#233;es les recherches que je continue de commenter font de la pluralit&#233; des &#233;pouses une sanction de la r&#233;ussite sociale et de la long&#233;vit&#233;. Il en r&#233;sulte que, si toutes les femmes tendent &#224; avoir approximativement le m&#234;me nombre d'enfants pour les raisons pr&#233;c&#233;demment indiqu&#233;es, les hommes, selon le nombre de leurs &#233;pouses, auront des taux de reproduction qui varieront consid&#233;rablement. Ils varieront plus encore si, comme je l'ai jadis observ&#233; chez les Indiens Tupi-Kawahib qui vivent dans le bassin du Rio Madera, une puissance sexuelle hors du commun fait partie des attributs auxquels on reconna&#238;t un chef, lequel, dans cette petite soci&#233;t&#233; de l'ordre d'une quinzaine de personnes, exer&#231;ait une sorte de monopole sur toutes les femmes nubiles du groupe, ou en passe de le devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dans ces groupes, la chefferie n'est pas toujours h&#233;r&#233;ditaire et, quand elle l'est, c'est avec une grande latitude de choix. S&#233;journant il y a plus de trente ans chez les Nambikwara, dont les petites bandes semi-nomades avaient chacune un chef d&#233;sign&#233; par un sentiment collectif, j'&#233;tais frapp&#233; de ce que, or le privil&#232;ge polygame, le pouvoir apport&#226;t moins d'avantages que de charges et de responsabilit&#233;s. Pour vouloir &#234;tre chef ou, plus souvent, c&#233;der aux sollicitations du groupe, il fallait poss&#233;der un caract&#232;re hors du commun, avoir non seulement les aptitudes physiques requises mais le go&#251;t des affaires publiques, l'esprit d'initiative, le sens du commandement. Quelle que soit l'opinion qu'on peut se faire de tel talent, la plus ou moins grande sympathie qu'ils inspirent, il n'en reste pas moins vrai que, s'ils ont directement ou indirectement un fondement g&#233;n&#233;tique, la polygamie favorisera leur perp&#233;tuation. Et les enqu&#234;tes sur les populations analogues ont, en effet, montr&#233; qu'un homme polygame a plus d'enfants que les autres, permettant &#224; ses fils de disposer de s&#339;urs ou de demi-s&#339;urs qu'ils &#233;changeront avec d'autres lign&#233;es pour en obtenir des &#233;pouses, de sorte qu'on a pu dire que la polygynie engendre la polygynie. Par l&#224;, certaines formes de s&#233;lection naturelle se trouvent encourag&#233;es et fortifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on laisse encore une fois de c&#244;t&#233; les maladies infectieuses introduites par les colonisateurs ou conqu&#233;rants, dont on sait quels effroyables ravages elles ont caus&#233;s en &#233;liminant parfois des populations enti&#232;res dans le laps de quelques jours ou quelques semaines, les peuples dits primitifs semblent jouir d'une immunit&#233; remarquable &#224; leurs propres maladies end&#233;miques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On explique ce ph&#233;nom&#232;ne par la tr&#232;s grande intimit&#233; du jeune enfant avec le corps de sa m&#232;re et avec le milieu ambiant. Cette exposition pr&#233;coce &#224; toutes sortes de germes pathog&#232;nes assurerait une transition plus facile de l'immunit&#233; passive &#8211; acquise de la m&#232;re pendant la gestation &#8211; &#224; l'immunit&#233; active, c'est-&#224;-dire d&#233;velopp&#233;e par chaque individu apr&#232;s la naissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, j'ai seulement envisag&#233; les facteurs d'&#233;quilibres internes, d'ordre tout &#224; la fois d&#233;mographique et sociologique. &#192; quoi il faut ajouter ces vastes syst&#232;mes de rites et de croyances qui peuvent nous appara&#238;tre comme des superstitions ridicules mais qui ont pour effet de conserver le groupe humain en &#233;quilibre avec le milieu naturel. Qu'une plante soit tenue pour un &#234;tre respectable qu'on ne cueille pas sans motif l&#233;gitime et sans avoir au pr&#233;alable apais&#233; son esprit par des offrandes, que les animaux que l'on chasse pour se nourrir soient plac&#233;s selon l'esp&#232;ce sous la protection d'autant de ma&#238;tres surnaturels qui punissent les chasseurs coupables d'abus par le nombre de leurs prises ou parce qu'ils n'&#233;pargnent pas les femelles et les jeunes, que r&#232;gne enfin l'id&#233;e que les hommes, les animaux et les plantes disposent d'un capital commun de vie, de sorte que tout exc&#232;s commis aux d&#233;pens d'une esp&#232;ce se traduit n&#233;cessairement dans la philosophie indig&#232;ne par une diminution de l'esp&#233;rance de vie des hommes eux-m&#234;mes &#8211; autant de t&#233;moignages, peut-&#234;tre na&#239;fs mais combien efficaces, d'un humanisme sagement con&#231;u qui commence non pas par soi-m&#234;me mais fait &#224; l'homme une place raisonnable dans la nature, au lieu qu'il s'en institue le ma&#238;tre et la saccage sans m&#234;me avoir &#233;gards aux besoins et aux int&#233;r&#234;ts les plus &#233;vidents de ceux qui viendront apr&#232;s lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait que notre savoir &#233;volu&#226;t et que nous prissions conscience de nouveaux probl&#232;mes pour reconna&#238;tre une valeur objective et une signification morale &#224; des modes de vie, des usages et des croyances qui ne recevaient auparavant de notre part que des railleries ou au mieux une curiosit&#233; condescendante. Mais avec l'entr&#233;e de la g&#233;n&#233;tique des populations sur la sc&#232;ne anthropologique, un autre retournement s'est produit, dont les implications th&#233;oriques sont peut-&#234;tre encore plus grandes. Tous les faits que je viens d'&#233;voquer rel&#232;vent de la culture ; ils concernent la fa&#231;on dont certains groupes humains se divisent et se reforment, les modalit&#233;s que la coutume impose aux individus des deux sexes pour s'unir et se reproduire, la mani&#232;re prescrite de refuser ou de donner le jour aux enfants et de les &#233;lever, le droit, la magie, la religion et la cosmologie. Or, nous avons vu que de fa&#231;on directe ou indirecte ces facteurs mod&#232;lent la s&#233;lection naturelle et orientent son cours. D&#232;s lors, les donn&#233;es du probl&#232;me relatif au rapport entre les notions de races et de cultures se trouvent profond&#233;ment boulevers&#233;es. Pendant tout le XIXe si&#232;cle et la premi&#232;re moiti&#233; du XXe, on s'est demand&#233; si la race influen&#231;ait la culture et de quelle fa&#231;on. Apr&#232;s avoir d'abord reconnu que le probl&#232;me ainsi pos&#233; &#233;tait insoluble, nous nous apercevons maintenant que les choses se passent dans l'autre sens : ce sont les formes de cultures qu'adoptent ici ou l&#224; les hommes, leurs fa&#231;ons de vivre telles qu'elles ont pr&#233;valu dans le pass&#233; ou pr&#233;valent encore dans le pr&#233;sent, qui d&#233;terminent, dans une tr&#232;s large mesure, le rythme de leur &#233;volution biologique et son orientation. Loin qu'il faille se demander si la culture est ou non fonction de la race, nous d&#233;couvrons que la race &#8211; o&#249; ce que l'on entend g&#233;n&#233;ralement par ce terme &#8211; est une fonction parmi d'autres de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment pourrait-il en &#234;tre autrement ? C'est la culture d'un groupe qui d&#233;termine les limites g&#233;ographiques qu'il s'assigne ou qu'il subit, les relations d'amiti&#233; ou d'hostilit&#233; qu'il entretient avec les peuples voisins et, par voie de cons&#233;quence, l'importance relative des &#233;changes g&#233;n&#233;tiques qui, gr&#226;ce aux intermariages permis, encourag&#233;s ou d&#233;fendus, pourront se produire entre eux. M&#234;me dans nos soci&#233;t&#233;s, nous savons que les mariages n'interviennent pas compl&#232;tement au hasard : des facteurs conscients ou inconscients, telle que la distance entre les r&#233;sidences des futurs conjoints, leur origine ethnique, leur religion, leur niveau d'&#233;ducation, peuvent jouer un r&#244;le d&#233;terminant. S'il est permis d'extrapoler &#224; partir d'usages et de coutumes qui offraient jusqu'&#224; une date r&#233;cente une extr&#234;me g&#233;n&#233;ralit&#233; chez les peuples sans &#233;criture, et si l'on admet qu'ils persistaient dans notre esp&#232;ce depuis un tr&#232;s lointain pass&#233;, on admettra que, d&#232;s les tout premiers d&#233;buts de la vie en soci&#233;t&#233;, nos anc&#234;tres ont d&#251; conna&#238;tre et appliquer des r&#232;gles de mariage tr&#232;s strictes. Ainsi celles qui assimilent les cousins dits parall&#232;les &#8211; issus de deux fr&#232;res ou de deux s&#339;urs &#8211; &#224; des fr&#232;res ou s&#339;urs v&#233;ritables, donc conjoints interdits par la prohibition de l'inceste, tandis que les cousins dits crois&#233;s &#8211; respectivement issus d'un fr&#232;re et d'une s&#339;ur &#8211; sont, au contraire, des conjoints autoris&#233;s sinon m&#234;me prescrits ; en opposition avec d'autres soci&#233;t&#233;s o&#249; tout lien de parent&#233;, si &#233;loign&#233; qu'il soit, cr&#233;e un emp&#234;chement dirimant au mariage. Ou bien la r&#232;gle, plus subtile encore que les pr&#233;c&#233;dentes, qui, entre parents crois&#233;s, distingue les cousines en deux cat&#233;gories, la fille de la s&#339;ur du p&#232;re, d'une part, et la fille du fr&#232;re de la m&#232;re, d'autre part, l'une seule permise, l'autre absolument d&#233;fendue mais sans que ce soit toujours et partout la m&#234;me &#8211; comment de telles r&#232;gles, appliqu&#233;es pendant des g&#233;n&#233;rations, n'agiraient-elles pas de fa&#231;on diff&#233;rentielle sur la transmission du patrimoine g&#233;n&#233;tique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas tout ; car les r&#232;gles d'hygi&#232;ne pratiqu&#233;es par chaque soci&#233;t&#233;, l'importance et l'efficacit&#233; relative des soins dispens&#233;s &#224; chaque genre de maladie ou de d&#233;ficience, permettent ou pr&#233;viennent &#224; des degr&#233;s divers la survie de certains individus et la diss&#233;mination d'un mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique qui, sans cela, aurait disparu plus t&#244;t. De m&#234;me pour les attitudes culturelles devant certaines anomalies h&#233;r&#233;ditaires et, nous l'avons vu, des pratiques comme l'infanticide, qui frappe sans discriminations les deux sexes dans des conjonctures d&#233;termin&#233;es &#8211; naissances dites anormales, jumeaux,&#8239;etc. &#8211; ou plus particuli&#232;rement les filles. Enfin, l'&#226;ge relatif des conjoints, la fertilit&#233; et la f&#233;condit&#233; diff&#233;rentielles selon le niveau de vie et les fonctions sociales, sont, au moins pour partie, directement ou indirectement assujettis &#224; des r&#232;gles dont l'origine derni&#232;re n'est pas biologique, mais sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renversement du probl&#232;me des rapports entre race et culture, auquel on assiste depuis quelques ann&#233;es, a trouv&#233; une illustration particuli&#232;rement frappante dans le cas de la sickl&#233;mie : anomalie cong&#233;nitale des globules rouges, souvent fatale quand elle est h&#233;rit&#233;e simultan&#233;ment des deux parents mais dont on sait, depuis une vingtaine d'ann&#233;es seulement, que, h&#233;rit&#233;e d'un seul parent, elle conf&#232;re au porteur une protection relative contre la malaria. Il s'agit donc d'un de ces traits qu'on avait cru d'abord d&#233;pourvus de valeur adaptative, sorte de fossile biologique permettant, d'apr&#232;s ses gradients de fr&#233;quence, de restituer les liaisons archa&#239;ques qui auraient exist&#233; entre des populations. Ces espoirs d'avoir enfin mis la main sur un crit&#232;re statique d'identification raciale se sont effondr&#233;s avec la d&#233;couverte que des individus h&#233;t&#233;rozygotes pour le g&#232;ne de la sickl&#233;mie pouvaient d&#233;tenir un avantage biologique, et donc se reproduire &#224; un taux comparativement plus &#233;lev&#233; que les homozygotes pour le m&#234;me g&#232;ne biologiquement condamn&#233;s, d'une part et, d'autre part, les individus non porteurs, expos&#233;s &#224; mourir jeunes du fait de leur plus grande sensibilit&#233; &#224; une certaine forme de malaria.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appartenait &#224; F. B. Livingstone de d&#233;gager, dans un m&#233;morable article paru en 1958, les applications th&#233;oriques &#8211; on aimerait presque dire philosophiques &#8211; de la d&#233;couverte des g&#233;n&#233;ticiens. Une &#233;tude comparative du taux de la malaria, de celui du g&#232;ne de la sickl&#233;mie, de la distribution des langues et des cultures, le tout en Afrique occidentale, permet &#224; l'auteur d'articuler pour la premi&#232;re fois un ensemble coh&#233;rent fait de donn&#233;es biologiques, arch&#233;ologiques, linguistiques et ethnographiques. Il montre ainsi, d'une fa&#231;on tr&#232;s convaincante, que l'apparition de la malaria et la diffusion subs&#233;quente de la sickl&#233;mie durent &#234;tre cons&#233;cutives &#224; l'introduction de l'agriculture : tout en repoussant ou en d&#233;truisant la faune, les d&#233;frichements intensifs ont provoqu&#233; la formation de terre mar&#233;cageuse et de flaques d'eau stagnante favorables &#224; la reproduction des moustiques contaminateurs ; ils ont contraint ces insectes &#224; s'adapter &#224; l'homme, devenu le plus abondant des mammif&#232;res qu'ils pouvaient parasiter. Compte tenu aussi d'autres facteurs, les taux variables de la sickl&#233;mie selon les peuples sugg&#232;rent des hypoth&#232;ses plausibles sur l'&#233;poque o&#249; ils s'&#233;tablirent dans les lieux qu'ils occupent pr&#233;sentement, sur les mouvements des tribus et les dates relatives o&#249; elles acquirent leurs techniques agricoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, on constate simultan&#233;ment qu'une irr&#233;gularit&#233; g&#233;n&#233;tique ne saurait porter t&#233;moignage sur un tr&#232;s lointain pass&#233; (puisque, au moins en partie, elle s'est propag&#233;e en raison directe de la protection fournie contre les cons&#233;quences biologiques de changements culturels) mais qu'en revanche, elle jette de grandes lumi&#232;res sur un pass&#233; plus rapproch&#233;, l'introduction de l'agriculture en Afrique ne pouvant remonter au-del&#224; de quelques mill&#233;naires. Ce qu'on perd sur un tableau, on le gagne donc sur un autre. On renonce &#224; expliquer par des caract&#232;res raciaux les grosses diff&#233;rences qu'en les consid&#233;rant &#224; une trop vaste &#233;chelle, on croyait discerner entre les cultures ; mais ces m&#234;mes caract&#232;res raciaux &#8211; qu'on ne peut plus consid&#233;rer comme tels quand on adopte une &#233;chelle d'observation plus fine &#8211;, combin&#233;s avec des ph&#233;nom&#232;nes culturels dont ils sont moins la cause qu'ils n'en r&#233;sultent, fournissent des informations tr&#232;s pr&#233;cieuses sur des p&#233;riodes relativement r&#233;centes et qu'&#224; l'inverse de l'autre histoire, les donn&#233;es de l'arch&#233;ologie, de la linguistique et de l'ethnographie peuvent corroborer. &#192; la condition de passer du point de vue de la &#171; macro&#233;volution culturelle &#187; &#224; celui de la &#171; micro&#233;volution g&#233;n&#233;tique &#187;, la collaboration redevient possible entre l'&#233;tude des races et l'&#233;tude des cultures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ces nouvelles perspectives permettent de situer les deux &#233;tudes dans leurs rapports respectifs. Elles sont pour parties analogues et pour parties compl&#233;mentaires. Analogues d'abord car, en plusieurs sens, les cultures sont comparables &#224; ces dosages irr&#233;guliers de traits g&#233;n&#233;tiques qu'on d&#233;signe g&#233;n&#233;ralement du nom de race. Une culture consiste en une multiplicit&#233; de traits dont certains lui sont communs, d'ailleurs &#224; des degr&#233;s divers, avec des cultures voisines ou &#233;loign&#233;es, tandis que d'autres les en s&#233;parent de mani&#232;res plus ou moins marqu&#233;es. Ces traits s'&#233;quilibrent au sein d'un syst&#232;me qui, dans l'un et l'autre cas, doit &#234;tre viable, sous peine de se voir progressivement &#233;limin&#233; par d'autres syst&#232;mes plus aptes &#224; se propager ou &#224; se reproduire. Pour d&#233;velopper des diff&#233;rences, pour que les seuils permettant de distinguer une culture de ses voisines deviennent suffisamment tranch&#233;s, les conditions sont grosso modo les m&#234;mes que celles qui favorisent la diff&#233;renciation biologique entre les populations : isolement relatif pendant un temps prolong&#233;, &#233;changes limit&#233;s, qu'ils soient d'ordre culturel ou g&#233;n&#233;tique. Au degr&#233; pr&#232;s, les barri&#232;res culturelles sont de m&#234;me nature que les barri&#232;res biologiques ; elles les pr&#233;figurent d'une mani&#232;re d'autant plus v&#233;ridique que toutes les cultures impriment leurs marques au corps : par des styles de costumes, de coiffures et de parures, par des mutilations corporelles et par des comportements gestuels, elles miment des diff&#233;rences comparables &#224; celles qui peuvent exister entre les races ; en pr&#233;f&#233;rant certains types physiques &#224; d'autres, elles les stabilisent et, &#233;ventuellement, les r&#233;pandent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aura bient&#244;t vingt ans que, dans une plaquette &#233;crite &#224; la demande de l'Unesco, je faisais appel &#224; la notion de coalition pour expliquer que des cultures isol&#233;es ne pouvaient esp&#233;rer cr&#233;er &#224; elles seules les conditions d'une histoire vraiment cumulative. Il faut pour cela, disais-je, que des cultures diverses combinent volontairement ou involontairement leurs mises respectives et se donnent ainsi une meilleure chance de r&#233;aliser, au grand jeu de l'histoire, les s&#233;ries longues qui permettent &#224; celles-ci de progresser. Les g&#233;n&#233;ticiens proposent actuellement des vues assez voisines sur l'&#233;volution biologique, quand ils montrent qu'un g&#233;nome constitue en r&#233;alit&#233; un syst&#232;me dans lequel certains g&#232;nes jouent un r&#244;le r&#233;gulateur et d'autres exercent une action concert&#233;e sur un seul caract&#232;re, ou le contraire si plusieurs caract&#232;res se trouvent d&#233;pendre d'un m&#234;me g&#232;ne. Ce qui est vrai au niveau du g&#233;nome individuel l'est aussi &#224; celui d'une population, qui doit toujours &#234;tre telle, par la combinaison qui s'op&#232;re en son sein de plusieurs patrimoines g&#233;n&#233;tiques, combinaison o&#249; l'on aurait nagu&#232;re reconnu un type racial, qu'un &#233;quilibre optimal s'&#233;tablisse et am&#233;liore ses chances de survie. En ce sens, on peut dire que la recombinaison g&#233;n&#233;tique joue, dans l'histoire des populations, un r&#244;le comparable &#224; celui que la recombinaison culturelle joue dans l'&#233;volution des formes de vie, des techniques, des connaissances et des croyances par le partage desquels se distinguent les soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, on ne peut sugg&#233;rer ces analogies que sous r&#233;serve. D'une part, en effet, les patrimoines culturels &#233;voluent beaucoup plus rapidement que les patrimoines g&#233;n&#233;tiques : un monde s&#233;pare la culture qu'ont connue nos arri&#232;re-grands-parents de la n&#244;tre, et cependant nous perp&#233;tuons leur h&#233;r&#233;dit&#233;. D'autre part, le nombre de cultures qui existent ou existaient encore il y a plusieurs si&#232;cles &#224; la surface de la Terre surpasse incomparablement celui des races que les plus m&#233;ticuleux observateurs se sont plu &#224; inventorier : plusieurs milliers contre quelques dizaines. Ce sont ces &#233;normes &#233;carts entre les ordres de grandeur respectifs qui fournissent un argument d&#233;cisif contre les th&#233;oriciens qui pr&#233;tendent qu'en derni&#232;re analyse, le mat&#233;riel h&#233;r&#233;ditaire d&#233;termine le cours de l'histoire ; car celle-ci change beaucoup plus vite et selon des voies infiniment plus diversifi&#233;es que lui. Ce que l'h&#233;r&#233;dit&#233; d&#233;termine chez l'homme, c'est l'aptitude g&#233;n&#233;rale &#224; acqu&#233;rir une culture quelconque, mais celle qui sera la sienne d&#233;pendra des hasards de sa naissance et de la soci&#233;t&#233; dont il recevra son &#233;ducation. Des individus pr&#233;destin&#233;s par leur patrimoine g&#233;n&#233;tique &#224; n'acqu&#233;rir qu'une culture particuli&#232;re auraient des descendances singuli&#232;rement d&#233;savantag&#233;es, puisque les variations culturelles auxquelles ceux-ci seraient expos&#233;s surviendraient plus vite que leur patrimoine g&#233;n&#233;tique ne pourrait lui-m&#234;me &#233;voluer et se diversifier, en r&#233;ponse aux exigences de ses nouveaux environnements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, on ne saurait trop insister sur un fait : si la s&#233;lection permet aux esp&#232;ces vivantes de s'adapter &#224; un milieu naturel ou de mieux r&#233;sister &#224; ses transformations, quand il s'agit de l'homme, ce milieu cesse d'&#234;tre naturel au premier chef ; il tire ses caract&#232;res distinctifs de conditions techniques, &#233;conomiques, sociales et mentales qui, par l'op&#233;ration de la culture, cr&#233;ent &#224; chaque groupe humain un environnement particulier. D&#232;s lors, on peut faire un pas de plus et envisager qu'entre &#233;volution organique et &#233;volution culturelle, les rapports ne soient pas seulement d'analogie, mais aussi de compl&#233;mentarit&#233;. J'ai dit et montr&#233; que des traits culturels, qui ne sont pas g&#233;n&#233;tiquement d&#233;termin&#233;s, peuvent affecter l'&#233;volution organique. Mais ils l'affecteront dans des sens qui provoqueront des actions en retour. Toutes les cultures ne r&#233;clament pas de leurs membres exactement les m&#234;mes aptitudes et si, comme il est probable, certaines ont une base g&#233;n&#233;tique, les individus qui les poss&#232;dent au plus haut degr&#233; se trouveront favoris&#233;s. Si leur nombre s'accro&#238;t de ce fait, ils ne manqueront pas d'exercer sur la culture elle-m&#234;me une action qui l'infl&#233;chira davantage encore dans le m&#234;me sens, ou dans des sens nouveaux mais indirectement li&#233;s &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'origine de l'humanit&#233;, l'&#233;volution biologique a peut-&#234;tre s&#233;lectionn&#233; les traits pr&#233;culturels tels que la station debout, l'adresse manuelle, la sociabilit&#233;, la pens&#233;e symbolique, l'aptitude &#224; vocaliser et &#224; communiquer. En revanche et d&#232;s que la culture existe, c'est elle qui consolide ces traits et les propage ; quand les cultures se sp&#233;cialisent, elles consolident et favorisent d'autres traits, comme la r&#233;sistance au froid ou &#224; la chaleur pour des soci&#233;t&#233;s qui ont d&#251;, de gr&#233; ou de force, s'adapter &#224; des extr&#234;mes climatiques, les dispositions agressives ou contemplatives, l'ing&#233;niosit&#233; technique,&#8239;etc. Tels que nous les saisissons au niveau culturel, aucun de ces traits ne peut &#234;tre clairement rattach&#233; &#224; une base g&#233;n&#233;tique, mais on ne saurait exclure qu'ils le soient parfois de fa&#231;on partielle et par l'effet lointain de liaisons interm&#233;diaires. En ce cas, il serait vrai de dire que chaque culture s&#233;lectionne des aptitudes g&#233;n&#233;tiques qui, par r&#233;troaction, influent sur la culture qui avait d'abord contribu&#233; &#224; leur renforcement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant remonter &#224; un pass&#233; de plus en plus recul&#233;, qu'on chiffre actuellement en millions d'ann&#233;es, les premiers d&#233;buts de l'humanit&#233;, l'anthropologie physique retire une de leurs bases principales aux sp&#233;culations racistes, puisque la part d'inconnaissable augmente ainsi beaucoup plus rapidement que le nombre des rep&#232;res disponibles pour jalonner les itin&#233;raires suivis par nos lointains anc&#234;tres au cours de leur &#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces sp&#233;culations, les g&#233;n&#233;ticiens ont port&#233; des coups encore plus d&#233;cisifs quand ils ont remplac&#233; la notion de type par celle de population, la notion de race par celle de stock g&#233;n&#233;tique, et quand ils ont montr&#233; qu'un gouffre s&#233;pare les diff&#233;rences h&#233;r&#233;ditaires selon qu'on peut les attribuer &#224; l'op&#233;ration d'un seul g&#232;ne &#8211; celles-l&#224; peu significatives du point de vue racial parce que probablement toujours dot&#233;es de valeurs adaptatives &#8211; ou &#224; l'action combin&#233;e de plusieurs, ce qui les rend pratiquement ind&#233;terminables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, une fois exorcis&#233;s les vieux d&#233;mons de l'id&#233;ologie raciste, ou tout au moins apr&#232;s avoir prouv&#233; qu'elle ne pouvait pr&#233;tendre &#224; une quelconque base scientifique, la voie s'ouvre &#224; une collaboration positive entre g&#233;n&#233;ticiens et ethnologues, pour rechercher ensemble comment et de quelle fa&#231;on les cartes de distribution des ph&#233;nom&#232;nes biologiques et des ph&#233;nom&#232;nes culturels s'&#233;clairent mutuellement et nous instruisent sur un pass&#233; qui, sans d&#233;sormais pr&#233;tendre remonter aux premi&#232;res origines des diff&#233;rences raciales, dont les vestiges sont d&#233;finitivement hors d'atteinte, peut, &#224; travers le pr&#233;sent, se relier &#224; l'avenir et permettre d'en discerner les lin&#233;aments. Ce qu'on appelait nagu&#232;re le probl&#232;me des races, &#233;chappe au domaine de la sp&#233;culation philosophique et des hom&#233;lies morales dont on se contentait trop souvent. Il &#233;chappe m&#234;me &#224; celui des premi&#232;res approximations gr&#226;ce auxquelles les ethnologues s'&#233;taient efforc&#233;s de le ramener sur terre pour lui donner des r&#233;ponses provisoires, inspir&#233;es par la connaissance pratique de races diff&#233;rentes et par les donn&#233;es de l'observation. En un mot, le probl&#232;me cesse d'&#234;tre du ressort de la vieille anthropologie physique comme aussi de l'ethnologie g&#233;n&#233;rale. Il devient l'affaire de sp&#233;cialistes qui, dans des contextes limit&#233;s, se posent des questions d'ordre technique et leur donnent des r&#233;ponses impropres &#224; fixer aux peuples des places diff&#233;rentes dans une hi&#233;rarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis une dizaine d'ann&#233;es seulement, nous commen&#231;ons &#224; comprendre que nous discutions le probl&#232;me du rapport entre &#233;volution organique et &#233;volution culturelle dans des termes qu'Auguste Comte e&#251;t appel&#233;s m&#233;taphysiques. L'&#233;volution humaine n'est pas un sous-produit de l'&#233;volution biologique, mais elle n'en est pas compl&#232;tement distincte non plus. La synth&#232;se entre ces deux attitudes traditionnelles est maintenant possible, &#224; la condition que, sans se satisfaire de r&#233;ponses a priori et de solutions dogmatiques, les biologistes et les ethnologues prennent conscience de l'aide qu'ils peuvent s'apporter mutuellement et de leurs limitations respectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette inad&#233;quation des r&#233;ponses traditionnelles explique peut-&#234;tre pourquoi la lutte id&#233;ologique contre le racisme s'est montr&#233;e si peu efficace sur le plan pratique. Rien n'indique que les pr&#233;jug&#233;s raciaux diminuent, et les indications ne manquent pas pour sugg&#233;rer qu'apr&#232;s de br&#232;ves accalmies locales, ils resurgissent ailleurs avec une intensit&#233; accrue. D'o&#249; le besoin ressenti par l'Unesco de reprendre p&#233;riodiquement un combat dont l'issue appara&#238;t pour le moins incertaine. Mais sommes-nous tellement s&#251;rs que la forme raciale prise par l'intol&#233;rance r&#233;sulte, au premier chef, des id&#233;es fausses que telle ou telle population entretiendrait sur la d&#233;pendance de l'&#233;volution culturelle par rapport &#224; l'&#233;volution organique ? Ces id&#233;es ne fournissent-elles pas simplement une couverture id&#233;ologique &#224; des oppositions plus r&#233;elles, fond&#233;es sur la volont&#233; d'asservissement et sur des rapports de force ? Ce fut certainement le cas dans le pass&#233; ; mais, m&#234;me en supposant que ces rapports de force s'att&#233;nuent, les diff&#233;rences raciales ne continueraient-elles pas &#224; servir de pr&#233;texte &#224; la difficult&#233; croissante de vivre ensemble, inconsciemment ressentie pas une humanit&#233; en proie &#224; l'explosion d&#233;mographique et qui &#8211; tels ces vers de farine qui s'empoisonnent &#224; distance par les toxines qu'ils s&#233;cr&#232;tent, bien avant que leur densit&#233; n'exc&#232;de les ressources alimentaires dont ils disposent dans le sac qui les enferme &#8211; se mettrait &#224; se ha&#239;r elle-m&#234;me, parce qu'une prescience secr&#232;te l'avertit qu'elle devient trop nombreuse pour que chacun de ses membres puisse librement jouir de ses biens essentiels que sont l'espace libre, l'eau pure, l'air non pollu&#233; ? Les pr&#233;jug&#233;s raciaux ont atteint leur plus grande intensit&#233; vis-&#224;-vis de groupes humains r&#233;duits par d'autres &#224; un territoire trop &#233;triqu&#233;, &#224; une portion trop congrue des biens naturels pour que leur dignit&#233; n'en soit pas atteinte &#224; leurs propres yeux, comme &#224; ceux de leurs puissants voisins. Mais l'humanit&#233; moderne, dans son ensemble, ne tend-elle pas &#224; s'exproprier elle-m&#234;me et, sur une plan&#232;te devenue trop petite, ne reconstitue-t-elle pas &#224; ses d&#233;pens une situation comparable &#224; celle que certains de ses repr&#233;sentants inflig&#232;rent aux malheureuses tribus am&#233;ricaines ou oc&#233;aniennes ? Qu'en serait-il, enfin, de la lutte id&#233;ologique contre les pr&#233;jug&#233;s raciaux, s'il s'av&#233;rait que toujours et partout, comme le sugg&#232;rent certaines exp&#233;riences conduites par les psychologues, il suffit de r&#233;partir des sujets d'origine quelconque en &#233;quipes et de placer celles-ci dans une situation comp&#233;titive, pour que se d&#233;veloppe en chacune un sentiment de partialit&#233; et d'injustice vis-&#224;-vis de ses rivales ? Des communaut&#233;s minoritaires qu'on voit aujourd'hui appara&#238;tre en plusieurs points du monde, tels les hippies, ne se distinguent pas du gros de la population par la race, mais seulement par le genre de vie, la moralit&#233;, la coiffure et le costume ; les sentiments de r&#233;pulsion, d'hostilit&#233; parfois, qu'elles inspirent au plus grand nombre sont-ils substantiellement diff&#233;rents des haines raciales, et ferions-nous donc accomplir aux gens un v&#233;ritable progr&#232;s si nous nous contentions de dissiper les pr&#233;jug&#233;s sp&#233;ciaux sur lesquels celles-ci seules, entendues au sens strict, peuvent &#234;tre dites repos&#233;es ? Dans toutes ces hypoth&#232;ses, la contribution que l'ethnologue peut apporter &#224; la solution du probl&#232;me racial se r&#233;v&#233;lerait d&#233;risoire et il n'est pas certain que celle qu'on irait demander aux psychologues et aux &#233;ducateurs se montrerait plus f&#233;conde, tant il est vrai que, comme nous l'enseigne l'exemple des peuples dits primitifs, la tol&#233;rance r&#233;ciproque suppose r&#233;aliser deux conditions que les soci&#233;t&#233;s contemporaines sont plus &#233;loign&#233;es que jamais de conna&#238;tre : d'une part, une &#233;galit&#233; relative, de l'autre, une distance physique suffisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les g&#233;n&#233;ticiens s'interrogent avec anxi&#233;t&#233; sur les risques que les conditions d&#233;mographiques actuelles font courir &#224; cette r&#233;troaction positive entre &#233;volution organique et &#233;volution culturelle dont j'ai donn&#233; des exemples et qui a permis &#224; l'humanit&#233; de s'assurer la premi&#232;re place parmi les esp&#232;ces vivantes. Les populations s'agrandissent, mais elles diminuent en nombre. Cependant, le d&#233;veloppement de l'assistance mutuelle au sein de chaque population, les progr&#232;s de la m&#233;decine, la prolongation de la vie humaine, la facult&#233; toujours plus grande reconnue &#224; chaque membre du groupe de se reproduire comme il l'entend, augmentent les mutations nocives et leur offrent les moyens de se perp&#233;tuer, en m&#234;me temps que la suppression des barri&#232;res entre petits groupes exclut la possibilit&#233; d'exp&#233;riences &#233;volutives et susceptibles d'assurer &#224; l'esp&#232;ce la chance de nouveaux d&#233;parts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie certes pas que l'humanit&#233; cesse ou cessera d'&#233;voluer ; qu'elle le fait sur le plan culturel est &#233;vident et, m&#234;me &#224; d&#233;faut de preuves directes attestant que l'&#233;volution biologique &#8211; seulement d&#233;montrable &#224; long terme &#8211; persiste, les rapports &#233;troits qu'elle entretient chez l'homme avec l'&#233;volution culturelle garantissent que si celle-ci est pr&#233;sente, l'autre doit n&#233;cessairement continuer. Mais la s&#233;lection naturelle ne peut &#234;tre uniquement jug&#233;e par le plus grand avantage qu'elle offre &#224; une esp&#232;ce de se reproduire ; car, si cette multiplication d&#233;truit un &#233;quilibre indispensable avec ce que l'on appelle aujourd'hui un &#233;cosyst&#232;me qu'il faut toujours envisag&#233; dans sa totalit&#233;, elle peut se r&#233;v&#233;ler d&#233;sastreuse pour l'esp&#232;ce particuli&#232;re qui voyait en elle le crit&#232;re et la sanction de son succ&#232;s. M&#234;me &#224; supposer que l'humanit&#233; prenne conscience des dangers qui la menacent, parvienne &#224; les surmonter et se rende ma&#238;tresse de son avenir biologique, on ne voit pas comment la pratique syst&#233;matique de l'eug&#233;nisme &#233;chapperait au dilemme qui la mine : soit qu'on se trompe et qu'on ait fait tout autre chose que ce qu'on se proposait, soit qu'on r&#233;ussisse et que, les produits &#233;tant donc sup&#233;rieurs &#224; leurs auteurs, ils ne d&#233;couvrent in&#233;vitablement que ceux-ci auraient d&#251; faire autre chose que ce qu'ils ont fait, c'est-&#224;-dire eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les consid&#233;rations qui pr&#233;c&#232;dent ajoutent donc des raisons suppl&#233;mentaires aux doutes que l'ethnologue peut &#233;prouver sur son aptitude &#224; trancher par lui-m&#234;me, et arm&#233; des seules ressources de sa discipline, les probl&#232;mes pos&#233;s par la lutte contre les pr&#233;jug&#233;s raciaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis une quinzaine d'ann&#233;es, il prend davantage conscience que ces probl&#232;mes refl&#232;tent &#224; l'&#233;chelle humaine un probl&#232;me beaucoup plus vaste et dont la solution est encore plus urgente : celui des rapports entre l'homme et les autres esp&#232;ces vivantes, et qu'il ne servirait &#224; rien de pr&#233;tendre le r&#233;soudre sur le premier plan si l'on ne s'attaquait aussi &#224; lui sur l'autre, tant il est vrai que le respect que nous souhaitons obtenir de l'homme envers ses pareils n'est qu'un cas particulier du respect qu'il devrait ressentir pour toutes les formes de la vie. En isolant l'homme du reste de la cr&#233;ation, en d&#233;finissant trop &#233;troitement les limites qui l'en s&#233;parent, l'humanisme occidental, h&#233;rit&#233; de l'Antiquit&#233; et de la Renaissance, l'a priv&#233; d'un glacis protecteur et, l'exp&#233;rience du dernier et du pr&#233;sent si&#232;cle le prouve, l'a expos&#233; sans d&#233;fenses suffisantes &#224; des assauts foment&#233;s dans la place forte elle-m&#234;me. Il a permis que soient rejet&#233;es, hors de fronti&#232;res arbitrairement trac&#233;es, des fractions chaque fois plus prochaines d'une humanit&#233; &#224; laquelle on pouvait d'autant plus facilement refuser la m&#234;me dignit&#233; qu'au reste, qu'on avait oubli&#233; que, si l'homme &#233;tait respectable, c'est d'abord comme &#234;tre vivant plut&#244;t que comme seigneur et ma&#238;tre de la cr&#233;ation : premi&#232;re reconnaissance qui l'e&#251;t contraint &#224; faire preuve de respect envers tous les &#234;tres vivants. &#192; cet &#233;gard, l'Extr&#234;me-Orient bouddhiste reste d&#233;positaire de pr&#233;ceptes dont on souhaiterait que l'humanit&#233; dans son ensemble continue ou apprenne &#224; s'inspirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il est une derni&#232;re raison pour que l'ethnologue h&#233;site, non pas certes &#224; combattre les pr&#233;jug&#233;s raciaux &#8211; car sa science a d&#233;j&#224; puissamment contribu&#233; &#224; cette lutte, et elle continue et continuera encore de le faire &#8211; mais &#224; croire, comme on l'y incite trop souvent, que la diffusion du savoir et le d&#233;veloppement de la communication entre les hommes r&#233;ussiront un jour &#224; les faire vivre un jour en bonne harmonie, dans l'acceptation et le respect de leurs diversit&#233;s. Au cours de cet expos&#233;, j'ai soulign&#233; &#224; plusieurs reprises que la fusion progressive de populations jusqu'alors s&#233;par&#233;es par la distance g&#233;ographique, ainsi que par des barri&#232;res linguistiques et culturelles, marquait la fin d'un monde qui fut celui des hommes pendant des centaines de mill&#233;naires, quand ils vivaient en petits groupes durablement s&#233;par&#233;s les uns des autres et qui &#233;voluaient chacun de fa&#231;on diff&#233;rente, tant sur le plan biologique que sur le plan culturel. Les bouleversements d&#233;clench&#233;s par la civilisation industrielle en expansion, la rapidit&#233; accrue des moyens de transport et de communication ont abattu ces barri&#232;res. En m&#234;me temps se sont taries les chances qu'elles offraient pour que s'&#233;laborent et soient mises &#224; l'&#233;preuve de nouvelles combinaisons g&#233;n&#233;tiques et des exp&#233;riences culturelles. Or, on ne peut se dissimuler qu'en d&#233;pit de son urgente n&#233;cessit&#233; pratique et des fins morales &#233;lev&#233;es qu'elle s'assigne, la lutte contre toutes les formes de discriminations participe de ce m&#234;me mouvement qui entra&#238;ne l'humanit&#233; vers une civilisation mondiale, destructrice de ces vieux particularismes auxquels revient l'honneur d'avoir cr&#233;&#233; les valeurs esth&#233;tiques et spirituelles qui donnent son prix &#224; la vie et que nous recueillons pr&#233;cieusement dans les biblioth&#232;ques et dans les mus&#233;es parce que nous nous sentons de moins en moins certains d'&#234;tre capables d'en produire d'aussi &#233;videntes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute nous ber&#231;ons-nous du r&#234;ve que l'&#233;galit&#233; et la fraternit&#233; r&#233;gneront un jour entre les hommes sans que soit compromise leur diversit&#233;. Mais si l'humanit&#233; ne se r&#233;signe pas &#224; devenir la consommatrice st&#233;rile des seules valeurs qu'elle a su cr&#233;er dans le pass&#233;, capable seulement de donner le jour &#224; des ouvrages b&#226;tards, &#224; des inventions grossi&#232;res et pu&#233;riles, elle devra r&#233;apprendre que toute cr&#233;ation v&#233;ritable implique une certaine surdit&#233; &#224; l'appel d'autres valeurs, pouvant aller jusqu'&#224; leur refus sinon m&#234;me &#224; leur n&#233;gation. Car on ne peut, &#224; la fois, se fondre dans la jouissance de l'autre, s'identifier &#224; lui, et se maintenir diff&#233;rent. Pleinement r&#233;ussie, la communication int&#233;grale avec l'autre condamne, &#224; plus ou moins br&#232;ve &#233;ch&#233;ance, l'originalit&#233; de sa et de ma cr&#233;ation. Les grandes &#233;poques cr&#233;atrices furent celles o&#249; la communication &#233;tait devenue suffisante pour que des partenaires &#233;loign&#233;s se stimulent, sans &#234;tre cependant assez fr&#233;quente et rapide pour que les obstacles indispensables entre les individus comme entre les groupes s'amenuisent au point que des &#233;changes trop faciles &#233;galisent et confondent leur diversit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanit&#233; se trouve donc expos&#233;e &#224; un double p&#233;ril dont l'ethnologue et le biologiste mesurent pareillement la menace. Convaincus que l'&#233;volution culturelle et l'&#233;volution organique sont solidaires, ils savent que le retour au pass&#233; est impossible, certes, mais aussi que la voie o&#249; les hommes sont pr&#233;sentement engag&#233;s accumule des tensions telles que les haines raciales offrent une bien pauvre image du r&#233;gime d'intol&#233;rance exacerb&#233;e qui risque de s'instaurer demain, sans m&#234;me que les diff&#233;rences ethniques doivent lui servir de pr&#233;texte. Pour circonvenir ces p&#233;rils, ceux d'aujourd'hui et ceux, plus redoutables encore, d'un proche avenir, il faut nous persuader que leurs causes sont beaucoup plus profondes que celles simplement imputables &#224; l'ignorance et aux pr&#233;jug&#233;s : nous ne pouvons mettre notre esp&#233;rance que dans un changement du cours de l'histoire, plus malais&#233; encore &#224; obtenir qu'un progr&#232;s dans celui des id&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Repenser la psych&#233; et la subjectivit&#233; avec Castoriadis</title>
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		<dc:date>2025-10-15T09:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Gerassimos S.</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>

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&lt;p&gt;Stephanatos, Gerassimos. &#171; Repenser la psych&#233; et la subjectivit&#233; avec Castoriadis &#187;. Psych&#233;, &#233;dit&#233; par Sophie Klimis et Laurent Van Eynde, Presses universitaires Saint-Louis Bruxelles, 2007, https://doi.org/10.4000/books.pusl.839.p. 115-140 &#171; L'essentiel du travail de Freud a consist&#233;, peut-&#234;tre, dans la d&#233;couverte de l'&#233;l&#233;ment imaginaire de la psych&#233; &#8211; dans le d&#233;voilement des dimensions les plus profondes de ce que j'appelle ici l'imagination radicale. &#187; (L'institution imaginaire de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Stephanatos, Gerassimos. &#171; Repenser la psych&#233; et la subjectivit&#233; avec Castoriadis &#187;. Psych&#233;, &#233;dit&#233; par Sophie Klimis et Laurent Van Eynde, Presses universitaires Saint-Louis Bruxelles, 2007, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/books.pusl.839.p&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/books.pusl.839.p&lt;/a&gt;. 115-140&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'essentiel du travail de Freud a consist&#233;, peut-&#234;tre, dans la d&#233;couverte de l'&#233;l&#233;ment imaginaire de la psych&#233; &#8211; dans le d&#233;voilement des dimensions les plus profondes de ce que j'appelle ici l'imagination radicale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, p. 381)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Remarques pr&#233;liminaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l'apport freudien &#224; la question de l'imagination &#8211; &lt;i&gt;&#966;&#945;&#957;&#964;&#945;&#963;&#943;&#945;&lt;/i&gt; dans le Trait&#233; de l'&#226;me d'Aristote, &lt;i&gt;Einbildung&lt;/i&gt; chez Kant &#8211; Castoriadis th&#233;matise l'&#233;l&#233;ment imaginaire constituant de la psych&#233; et du monde en d&#233;passant r&#233;solument le cadre de la pens&#233;e h&#233;rit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repenser la psych&#233; avec Castoriadis comme imagination radicale, c'est-&#224;-dire essentiellement comme &#233;mergence des repr&#233;sentations ou flux repr&#233;sentatif/affectif/intentionnel, non soumis &#224; la d&#233;terminit&#233;, et comme premi&#232;re rupture de la fonctionnalit&#233; de l'imagination &#233;l&#233;mentaire du simple vivant, implique de lourdes cons&#233;quences logiques, ontologiques, m&#233;tapsychologiques et th&#233;orico-pratiques. Ces cons&#233;quences sont en m&#234;me temps des pr&#233;suppos&#233;s n&#233;cessaires de la r&#233;flexion castoriadienne, qui suit elle-m&#234;me la circularit&#233; du cercle de la cr&#233;ation qu'elle cr&#233;e, en emportant dans son mouvement la d&#233;finition m&#234;me de l'&#234;tre, d'ores et d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233; comme &#224;-&#234;tre constamment d&#233;termin&#233; par l'auto-alt&#233;ration. Imaginaire, imagination et cr&#233;ation, y sont radicalement indissociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte de l'imaginaire radical par Castoriadis passe, si j'ose dire, par le m&#234;me chemin que sa propre r&#233;flexion pour r&#233;introduire l'&#233;l&#233;ment imaginaire &#224; la source de toute cr&#233;ation, &#224; la racine m&#234;me de notre r&#233;alit&#233; humaine, de la rationalit&#233; et de la pens&#233;e. Il en r&#233;sulte un projet d'&#233;lucidation qui embrasse la totalit&#233; du pensable &#8211; psych&#233;, soci&#233;t&#233;, vivant, &#233;pist&#233;m&#232; &#8211; et une interrogation illimit&#233;e dont la psychanalyse est &#224; la fois &#233;l&#233;ment fondamental et partie prenante, comme cela sera mis en relief tout au long de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ativit&#233; radicale de l'&#234;tre humain singulier, tout autant que la cr&#233;ativit&#233; au niveau social-historique, &#233;chappent au fonctionnalisme, s'opposent &#224; l'immuabilit&#233; de la structure et r&#233;introduisent une temporalit&#233; originaire d'alt&#233;ration et d'alt&#233;rit&#233;. Ces deux cr&#233;ativit&#233;s nous mettent, avec Castoriadis, face &#224; la question de l'auto-institution de la soci&#233;t&#233; et &#224; l'aporie de l'origine de la psych&#233; comme auto-cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se de l'imaginaire social instituant et la th&#233;matisation de l'imagination radicale visent &#224; l'&#233;lucidation de ces questions vertigineuses et posent la psych&#233; et la soci&#233;t&#233; comme irr&#233;ductibles l'une &#224; l'autre, bien qu'ins&#233;parables. Castoriadis formule une conception &#233;largie de la sublimation et th&#233;orise le processus de socialisation de la psych&#233; qui aboutit &#224; l'individu social, en contribuant non seulement &#224; la compr&#233;hension du monde psychique, mais aussi &#224; celle d'une dimension centrale de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le social pour Castoriadis, au contraire de la conception freudienne, ne se r&#233;duit pas au psychique, ne se limite pas au culturel, ni &#224; la &lt;i&gt;Kulturarbeit&lt;/i&gt;. Il ne se r&#233;duit pas non plus &#224; la supr&#233;matie d'un &#171; ordre symbolique &#187; sur le sujet marqu&#233; par les signifiants de l'Autre lacanien. Le monde social-historique est monde de sens, de significations et &#171; de sens effectif, qui ne peut pas &#234;tre pens&#233; comme une 'id&#233;alit&#233; vis&#233;e', qui doit &#234;tre port&#233; par des formes institu&#233;es, et qui p&#233;n&#232;tre jusqu'&#224; ses tr&#233;fonds le psychisme humain &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe III, Paris (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on ne pose pas le social au d&#233;part, l'on n'aura jamais qu'une conception simplement narcissique et ferm&#233;e sur elle-m&#234;me de la subjectivit&#233; et de la subjectivation. Ce n'est donc pas par hasard que le th&#232;me de la fabrication social-historique de l'individu, comme par ailleurs celui de l'imagination radicale, sont toujours rest&#233;s obscurs dans la th&#233;orie psychanalytique. Pr&#233;cis&#233;ment, c'est &#224; partir de ces deux th&#232;mes que Castoriadis reconsid&#232;re la conception freudienne et qu'il l'&#233;claire autrement en apportant &#224; la psychanalyse une pi&#232;ce ma&#238;tresse, qui reste &#224; r&#233;&#233;valuer et &#224; exploiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette d&#233;marche, on reconna&#238;t l'impact de l'ouverture apport&#233;e par la pens&#233;e de Lacan, malgr&#233; l'opposition critique de Castoriadis &#224; l'&#233;gard de son &#339;uvre &#8211; notamment de sa conception de l'imaginaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour cette question voir les textes de Jean Florence &#171; Remarques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; et on trouve des points de rencontre essentiels avec l'&#339;uvre de Piera Aulagnier. Dans La Violence de l'interpr&#233;tation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Aulagnier, La violence de l'interpr&#233;tation, Paris, PUF, 1975&#034; id=&#034;nh12-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#339;uvre psychanalytique capitale, sortie en m&#234;me temps que L'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, Paris, Seuil, 1975&#034; id=&#034;nh12-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Aulagnier, dans sa propre perspective clinique, conceptualise deux espaces psychiques hors fronti&#232;res freudiennes : celui de l'originaire pour rendre compte de l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire de la psych&#233; et celui de l'instance je, charg&#233; de maintenir l'unit&#233; de la subjectivit&#233; et de garantir son rapport &#224; l'institution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, la d&#233;marche de Castoriadis rencontre celle de Piera Aulagnier. Je discuterai en parall&#232;le leurs positions respectives pour des raisons qui touchent la possibilit&#233; de repenser, dans l'&#171; apr&#232;s-coup &#187; de l'&#339;uvre de Lacan, des questions essentielles &#224; travers deux auteurs majeurs qui s'influencent mutuellement, tout en gardant chacun sa propre perspective. Ces deux perspectives, &#224; mon sens convergentes et d'une certaine fa&#231;on compl&#233;mentaires, signent la d&#233;faite de l'h&#233;g&#233;monie du signifiant structuraliste et le recentrage de la psychanalyse sur la signification, le sens, la temporalit&#233;, l'historicit&#233; et tout particuli&#232;rement sur la repr&#233;sentation au plus pr&#232;s du pulsionnel freudien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons donc aborder la question de l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire, coextensive de l'auto-constitution de la psych&#233;, pour aboutir &#224; celle de la subjectivation consid&#233;r&#233;e comme travail cr&#233;ateur de construction de soi-m&#234;me et du monde, que j'appellerai dans ce contexte &lt;i&gt;poi&#232;sis&lt;/i&gt; de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, la r&#233;flexion de Castoriadis est une r&#233;flexion forte, dans tous les sens du terme, qui s'exprime dans sa totalit&#233; &#224; travers chacun de ses &#233;l&#233;ments et exige une r&#233;f&#233;rence constante &#224; ses principes g&#233;n&#233;raux. Cette particularit&#233;, inh&#233;rente au caract&#232;re global de son projet, influence toute approche de son &#339;uvre et nous conduit in&#233;vitablement &#224; devoir pr&#233;ciser d'embl&#233;e ce que nous consid&#233;rons comme le cadre de sa r&#233;flexion psychanalytique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Un cadre ontologique et m&#233;tapsychologique pour repenser la psychanalyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je dirais abruptement que la r&#233;flexion de Castoriadis cr&#233;e un cadre op&#233;rant pour penser la psychanalyse comme activit&#233; pratico-poi&#233;tique, loin &#224; la fois du biologisme et du n&#233;o-positivisme &#171; scientifique &#187; et hors du structuralisme linguistique et de la formalisation math&#233;matique de l'inconscient op&#233;r&#233;e par Lacan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens il faut redire, au risque de la r&#233;p&#233;tition scolastique, que l'imaginaire dont parle Castoriadis n'est ni reflet, ni illusion, ni superstructure et ne se r&#233;duit pas au sp&#233;culaire comme chez Lacan. En tant que radical et ultime, il est la racine commune de l'imaginaire effectif et du symbolique, parce que justement il est la facult&#233; originaire de poser ou de se donner, sous le mode de la repr&#233;sentation, une chose ou une relation qui ne sont pas donn&#233;es dans la perception ou ne l'ont jamais &#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op. cit., p. 177&#034; id=&#034;nh12-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Puissance ind&#233;termin&#233;e, ind&#233;terminable et simultan&#233;ment d&#233;terminante, l'imaginaire radical pour Castoriadis est cr&#233;ation incessante, une &lt;i&gt;vis&lt;/i&gt; &lt;i&gt;formandi&lt;/i&gt; a-causale, inventeur et cr&#233;ateur de tout monde des significations, des formes, des images, non simplement visuelles, mais des images au sens le plus g&#233;n&#233;ral, par exemple acoustiques ou tactiles. L'imaginaire radical proc&#232;de donc du sujet, de la chose, de l'id&#233;e, et se diff&#233;rencie nettement de l'imagination &#171; seconde &#187;, reproductive et combinatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les strates de l'&#234;tre &#8211; vivant, psych&#233;, social-historique &#8211; il y a activit&#233; d'imagination et encore plus il y a autoconstitution de l'&#234;tre/&#233;tant sur le mode d'&#234;tre du pour soi, &#224; savoir &#233;mergence de mondes propres caract&#233;ris&#233;s par une dimension repr&#233;sentative/intentionnelle/affective, par une relative autofinalit&#233; et surtout par une cl&#244;ture in-formationnelle, cognitive et organisationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'existence de mondes propres et la fragmentation de l'&#234;tre total, sont des faits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, Paris, Seuil, 1997, p 14.&#034; id=&#034;nh12-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui impliquent la possibilit&#233; et l'effectivit&#233; du surgissement dans l'&#234;tre/&#233;tant de formes nouvelles et irr&#233;ductibles, &#224; savoir de formes que nous ne pouvons produire ou d&#233;duire &#224; partir de quelque chose de d&#233;j&#224; donn&#233;. Ces faits impliquent donc une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; ontologique essentielle : soit, une stratification irr&#233;guli&#232;re de ce qui est ; soit encore une incompl&#233;tude radicale de toute d&#233;termination entre strates de l'&#234;tre/&#233;tant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Domaines de l'homme, Paris, Seuil, 1986, p. 432.&#034; id=&#034;nh12-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes, chaque strate incarne une cr&#233;ation particuli&#232;re et le passage entre strates est abyssal. De m&#234;me, il y a morcellement &#224; l'int&#233;rieur de chaque strate consid&#233;r&#233;e, en l'occurrence le psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la pertinence de cette ontologie pour la psychanalyse, sa th&#233;orie et sa pratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'existence du pour-soi dans la psych&#233; t&#233;moignent la multiplicit&#233; des instances psychiques et la formulation de diff&#233;rentes topiques : les deux topiques freudiennes (conscient-inconscient et &#231;a-moi-surmoi), les &#171; positions &#187; kleiniennes, la topique de Piera Aulagnier qui articule originaire, primaire, secondaire, ou encore celle de Castoriadis posant au d&#233;part une monade psychique close sur elle-m&#234;me, qui &#233;clate pendant une phase triadique (sujet-autre-objet), puis traverse une phase &#339;dipienne pour aboutir finalement, moyennant les divers processus de sublimation, &#224; l'individu social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La stratification irr&#233;guli&#232;re de l'&#234;tre/&#233;tant, la complexit&#233; des domaines et des nivaux, la multiplicit&#233; des instances et des &#171; personnes psychiques &#187; dans les diff&#233;rentes topiques psychiques, conduisent &#224; une conception du sujet humain qui ne le r&#233;duit pas &#224; la dimension du langage, ni ne l'instaure comme &#171; sujet de l'inconscient &#187;. C'est dans la fragmentation essentielle de l'&#234;tre/&#233;tant total que l'auteur de &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, in Le monde morcel&#233;. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cela me para&#238;t plus qu'&#233;vident quant &#224; la th&#233;orisation et la pratique analytique, bas&#233;es essentiellement sur le transfert et le contre-transfert. De plus, c'est la prise en consid&#233;ration du point de vue de chaque instance qui rend possible la compr&#233;hension de la conflictualit&#233; inh&#233;rente &#224; la psych&#233;. En outre, concevoir l'inconscient avec Castoriadis comme un autre niveau de l'&#234;tre et non pas seulement comme le latent du manifeste de la conscience, c'est &#233;clairer diff&#233;remment le champ de l'interpr&#233;table et rapprocher le travail analytique de la construction interpr&#233;tative cr&#233;atrice plut&#244;t que du mod&#232;le de la traduction conscient-inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auto-d&#233;ploiement de l'&#234;tre/&#233;tant, nous dit Castoriadis, s'op&#232;re comme d&#233;hiscence, s&#233;paration, morcellement, &#224; travers quoi subsiste malgr&#233; tout une &#233;nigmatique unit&#233; : celle du sujet humain et celle du monde comme &lt;i&gt;kosmos&lt;/i&gt; organis&#233;. Dans chaque strate, ce qui est appara&#238;t comme chaos, ab&#238;me, sans fond, cr&#233;ation interminable, inexhaustible, insondable, et en m&#234;me temps comme kosmos, ordre relatif et multiplicit&#233; organis&#233;e, sans quoi nous ne pourrions ni parler ni exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis, en r&#233;introduisant l'ab&#238;me g&#233;n&#233;rateur-destructeur au c&#339;ur de la logique rationnelle et de ses constructions, ne vise aucune transcendance qui envahirait la pr&#233;tendue immanence, le donn&#233;, le familier, l'apparemment domestiqu&#233;. Il nous met face &#224; la dimension &lt;i&gt;poi&#233;tique&lt;/i&gt;, cr&#233;atrice et essentiellement imaginaire de l'&#234;tre et du monde, qui coexiste avec la dimension ensembliste-identitaire, celle qui correspond &#224; notre logique habituelle, formelle ou dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction de la logique des magmas fournit les moyens pour penser autrement que comme alternative exclusive et st&#233;rile l'antinomie et la solidarit&#233; de l'ensembliste-identitaire et du poi&#233;tique, de l'institu&#233; et de l'instituant, du d&#233;termin&#233; et du non-d&#233;termin&#233;, du fini et de l'infini. Le mode d'&#234;tre du magma signifie justement que l'objet chaque fois consid&#233;r&#233; &#171; n'est ni r&#233;ductible aux organisations ensemblistes identitaires, ni &#233;puisable par elles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, op. cit., p. 31.&#034; id=&#034;nh12-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Autrement dit, la dimension ensembliste-identitaire est constamment pr&#233;sente, mais enti&#232;rement submerg&#233;e par le magma des significations imaginaires sociales et le magma de l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique ensembliste-identitaire r&#233;duit le travail psychique et notamment celui du r&#234;ve, &#224; une combinatoire &#8211; ind&#233;termin&#233;e dans ses r&#233;sultats, mais non dans ses composants &#8211; d'&#233;l&#233;ments repr&#233;sentatifs d&#233;j&#224; donn&#233;s, aboutissants &#224; d'autres repr&#233;sentations plus complexes et finalement au texte du r&#234;ve. Cette logique occulte &#224; la fois l'imagination &lt;i&gt;poi&#233;tique&lt;/i&gt; du r&#234;ve et le fait qu'elle doive s'instrumentaliser dans les op&#233;rations logiques ensemblistes-identitaires qui sont pr&#233;sentes, de toute fa&#231;on, dans le travail du r&#234;ve et dans son interpr&#233;tation. N&#233;anmoins les &#233;l&#233;ments du r&#234;ve renvoient toujours &#224; autre chose jusqu'au fameux &#171; ombilic &#187; freudien. Ce renvoi r&#233;introduit fatalement non seulement l'inconnu mais aussi le non-d&#233;termin&#233;, voire le &lt;i&gt;poi&#233;tique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'inconscient freudien poss&#232;de sa propre logique et d&#233;terminit&#233;, il n'est pas enti&#232;rement formalisable, ni ensemblisable. L'inconscient est d&#233;termin&#233; dans son mode d'&#234;tre et dans la nature de ses manifestations, mais il n'est pas d&#233;termin&#233; dans le contenu de ce qui s'y d&#233;roule. Pour Castoriadis, il n'y a pas seulement r&#233;p&#233;tition du pass&#233;, mais stratification diachronique et conflictuelle de la psych&#233; entra&#238;nant chaque fois des structures et des restructurations psychiques du sujet. Il y a m&#234;me &#233;mergence, surgissement de nouvelles formes et de nouvelles repr&#233;sentations, bien que l'auto-alt&#233;ration comme cr&#233;ation et destruction aille de pair avec l'insistance comme conservation et r&#233;p&#233;tition, d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de penser l'inconscient comme magmatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait toute une discussion &#224; faire sur la compatibilit&#233; de l'atemporalit&#233; attribu&#233;e par Freud et Lacan aux processus inconscients avec l'option plut&#244;t temporelle de Castoriadis, au sens d'une temporalit&#233; originaire, &#224; savoir d'une alt&#233;rit&#233; introduite par le surgissement de formes qui retiennent toujours quelque chose du pass&#233;, leur surgissement m&#234;me pouvant &#234;tre cr&#233;atif. La r&#233;p&#233;tition ne serait m&#234;me pas rep&#233;rable comme telle, si elle n'&#233;mergeait pas dans un &#171; proc&#232;s de non-r&#233;p&#233;tition &#187;, &#224; savoir de cr&#233;ation continu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute cure analytique, il y a une dimension r&#233;gressive allant de pair avec l'apparition de la r&#233;p&#233;tition dans le transfert. S'il est vrai que la dimension r&#233;gressive est indiscutablement pr&#233;sente et n&#233;cessaire au d&#233;roulement de la cure, il est aussi vrai qu'on rencontre toujours une dimension poi&#233;tique, parfois m&#234;me monstrueuse. Le d&#233;lire psychotique, comme l'a montr&#233; Piera Aulagnier, est une cr&#233;ation psychique hautement &#233;labor&#233;e, un prodigieux travail de r&#233;-intepr&#233;tation avec ses propres postulats et des finalit&#233;s qui lui sont propres. Toutefois, la construction du pass&#233; du sujet en analyse (ou pas) n'est pas du pass&#233; re-compos&#233;, mais du pass&#233; cr&#233;&#233;-recr&#233;&#233; permettant justement &#224; l'analysant de devenir co-auteur d'une histoire, souligne Castoriadis, qui n'est plus v&#233;cue comme fatalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En radicalisant le travail psychique et notamment celui du r&#234;ve, Castoriadis retrouve dans la r&#233;gion du psychique la puissance cr&#233;atrice et insondable de formation de niveaux autres, des sch&#233;mas imaginaires nouveaux soutenant chaque fois le pensable. La non-d&#233;termination de ce qui est n'est pas simple ind&#233;termination au sens privatif, est &#233;mergence de d&#233;terminations autres que celles d&#233;j&#224; existantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Domaines de l'homme, op. cit., p. 407.&#034; id=&#034;nh12-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces nouvelles d&#233;terminations existent par et pour le sujet, qui se manifeste dans la r&#233;ception ou le rejet d'une interpr&#233;tation, comme &#171; source ind&#233;terminable de sens, comme capacit&#233; virtuelle de r&#233;flexion et de r&#233;action&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Le monde morcel&#233;, op. cit., p. 192.&#034; id=&#034;nh12-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Je rappelle la d&#233;finition de la psychanalyse qui en r&#233;sulte comme activit&#233; pratico-poi&#233;tique, auto-transformation qui vise l'instauration d'une subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante et d&#233;lib&#233;rante rejoignant le projet d'autonomie humaine. J'&#233;voquerai encore la formule castoriadienne &#171; effet qui d&#233;passe ses causes, cause qui n'&#233;puise pas ses effets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Les carrefours du labyrinthe, Paris, Seuil 1978, p. 43.&#034; id=&#034;nh12-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, qui r&#233;sume ce qu'on retrouve constamment dans l'activit&#233; et la th&#233;orisation de la psychanalyse et constitue &#224; mon sens l'une des d&#233;finitions possibles du magma et de sa logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, cela veut dire que la psychanalyse n'est pas une science, ni une th&#233;orie au sens h&#233;rit&#233;, ni une technique, &#233;tant donn&#233; que la codification de la praxis analytique est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces consid&#233;rations th&#233;orico-pratiques sont &#224; la fois source et cons&#233;quence de l'id&#233;e castoriadienne de la cr&#233;ation humaine comme cr&#233;ation ex nihilo, bien que jamais &lt;i&gt;in nihilo&lt;/i&gt;, ni &lt;i&gt;cum nihilo&lt;/i&gt;. Cette cr&#233;ation n'est jamais sans moyens, pr&#233;suppositions et contraintes, sans utilisation de ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Originairement, tout &#233;l&#233;ment est pris dans et par la circularit&#233; logique-ontologique du cercle de la cr&#233;ation. Le cr&#233;&#233; et les &#233;l&#233;ments de la cr&#233;ation doivent &#234;tre pos&#233;s simultan&#233;ment, &#171; sans eux le cr&#233;&#233; ne peut pas &#234;tre, mais eux-m&#234;mes ne sont ce qu'ils sont que moyennant leur ' r&#233;sultat', la cr&#233;ation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, op. cit., p. 97.&#034; id=&#034;nh12-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Les &#233;tants contiennent en eux-m&#234;mes les principes et l'origine de la cr&#233;ation des formes, ils sont &lt;i&gt;arch&#233; t&#244;n esomen&#244;n&lt;/i&gt;, origine de ce qui sera, pour Aristote maintes fois cit&#233; par Castoriadis. Toute &#233;lucidation y appara&#238;t comme une circularit&#233; puisqu'elle n'est ni hypoth&#233;tico-d&#233;ductive ni inductive, mais qu'elle s'&#233;taie sur le &#171; fait &#187; ultime de l'irr&#233;ductibilit&#233;. Cela permet de dire que la psych&#233; comme imagination radicale forme une &#171; premi&#232;re &#187; repr&#233;sentation relative &#224; la pulsion et en m&#234;me temps qu'elle se forme par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cercle originaire et paradoxal du cr&#233;&#233; et des &#233;l&#233;ments de la cr&#233;ation, impossible &#224; escamoter, &#224; r&#233;duire ou &#224; fonder, se laisse n&#233;anmoins conna&#238;tre et penser &#224; partir de lui-m&#234;me. Cette circularit&#233; n'affecte pas uniquement la compr&#233;hension de la cr&#233;ation mais son &#233;v&#233;nement m&#234;me, qui demeure insondable dans son caract&#232;re d'origine, pr&#233;cis&#233;ment parce que la cr&#233;ation se pr&#233;suppose et qu'elle importe dans son mouvement de circularit&#233; le fond m&#234;me de l'&#234;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La port&#233;e ontologique du cercle de la cr&#233;ation est remarquablement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui se manifeste comme auto-alt&#233;ration, comme incessant &#224; &#234;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Domaines de l'homme, op. cit., p. 375.&#034; id=&#034;nh12-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une note en bas de page&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Le monde morcel&#233;, op. cit., p. 205.&#034; id=&#034;nh12-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Castoriadis explique qu'il a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la logique de magmas en pensant au mode indescriptible de coexistence des diff&#233;rents processus et instances psychiques, qui est tout autre chose qu'un d&#233;ploiement fonctionnel visant &#224; une meilleure division du travail. &#192; l'appui de l'id&#233;e d'une stratification historique de la psych&#233; &#171; en strates jamais d&#233;pass&#233;es ni harmonieusement int&#233;gr&#233;es &#187;, Castoriadis cite Freud parlant du r&#234;ve comme conglom&#233;rat dans L'interpr&#233;tation des r&#234;ves. Voici donc la source de l'id&#233;e selon laquelle l'&#234;tre est essentiellement stratifi&#233;, et cela non pas une fois pour toutes mais diachroniquement. La stratification irr&#233;guli&#232;re de l'&#234;tre est une expression de son autocr&#233;ation. A la logique ensembliste, au r&#233;ductionnisme m&#233;thodologique d'une unification d'inspiration physicaliste ou formaliste, s'oppose la v&#233;rit&#233; sp&#233;cifique des strates de l'&#234;tre/&#233;tant, leur diversit&#233; irr&#233;ductible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'insiste sur ce moment f&#233;cond d'une pens&#233;e &#224; l'&#339;uvre, c'est parce qu'il montre par quel moyen se cr&#233;e le cadre &#224; la fois logique, ontologique et m&#233;tapsychologique de la r&#233;flexion de Castoriadis. Ce cadre op&#233;rant permet de penser la psychanalyse comme une activit&#233; pratico-poi&#233;tique, dont l'ergon n'est pas l'actualisation d'une potentialit&#233; &#171; naturelle &#187; pr&#233;existante, mais l'actualisation d'une puissance au deuxi&#232;me degr&#233;, d'un pouvoir pouvoir-&#234;tre qui est celui de l'autocr&#233;ation humaine et ici pr&#233;cis&#233;ment de l'auto-transformation cr&#233;atrice de l'analysant et de son analyste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. L'activit&#233; repr&#233;sentative originaire de la psych&#233; : Freud, Castoriadis, Aulagnier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis avance dans son enqu&#234;te tant&#244;t &#224; partir des principes, tant&#244;t vers les principes. Les points d'arriv&#233;e se transforment en points de d&#233;part, qui exigent la reconsid&#233;ration des donn&#233;es &#224; la lumi&#232;re des id&#233;es novatrices n&#233;es entre-temps, ses &#171; id&#233;es-m&#232;res, interminablement f&#233;condes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Domaines de l'homme, op. cit., p. 14.&#034; id=&#034;nh12-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire na&#238;tre ses propres &#171; id&#233;es-m&#232;res &#187; renvoie au faire na&#238;tre sa propre m&#232;re, cr&#233;er soi-m&#234;me et le monde ex nihilo, &#224; partir de &#171; rien &#187;, &#224; partir du repr&#233;sent&#233; de la rencontre somato-psychique effective avec l'autre maternel, son sein et sa parole. C'est dans la repr&#233;sentation, dans son &#233;mergence en relation avec le pulsionnel, dans son d&#233;ploiement et ses produits, qu'on trouve avec Castoriadis le moment de cr&#233;ation au niveau du processus psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question, qui est celle de l'imagination radicale, semble &#234;tre occult&#233;e par le r&#233;alisme positiviste de Freud et son impossible effort &#224; suivre la science de son temps. Freud relie la repr&#233;sentation &#224; la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; du per&#231;u, et m&#234;me quand la phantasmatisation folle de ses patients et son propre g&#233;nie lui font d&#233;couvrir l'existence des &#171; fantasmes originaires &#187; &#8211; organisateurs cardinaux sans substrat r&#233;el de la vie fantasmatique du sujet &#8211; Freud recourt paradoxalement &#224; la phylogen&#232;se pour rendre compte de leur constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis aborde cette &#171; antinomie &#187; &#8211; comme il l'appelle &#8211; de la conception freudienne &#224; partir de sa propre &#233;laboration qui fait para&#238;tre la dimension cr&#233;atrice du travail psychique. La th&#233;matisation de l'imagination radicale, la logique des magmas, l'hypoth&#232;se d'une monade psychique originaire en-de&#231;&#224; ou au-dessus de l'inconscient freudien, visent avant tout &#224; &#233;lucider la question de l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire de la psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aulagnier, de son c&#244;t&#233;, pour rendre compte du ph&#233;nom&#232;ne psychotique, conceptualise un processus originaire de la psych&#233; en postulant l'existence d'une activit&#233; repr&#233;sentative originaire et pictographique, hors-phantasme et au-del&#224; de l'inconscient freudien. Le pictogramme, qui relie dans ses figurations ins&#233;parablement une zone &#233;rog&#232;ne, sensorielle avec son objet compl&#233;mentaire et partiel, selon le prototype &#171; bouche-sein &#187;, n'est nullement un concept empirique. Au contraire, il affirme et complexifie la notion de la pulsion et de sa d&#233;l&#233;gation par la repr&#233;sentation. Quant &#224; la d&#233;l&#233;gation par affect, le pictogramme dans et pour l'originaire est indissociablement repr&#233;sentation de l'affect et affect de la repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si l'exigence de figurabilit&#233; comme condition d'existence de la psych&#233; soumet toujours la pulsion &#224; l'obligation de d&#233;l&#233;gation par repr&#233;sentation, &lt;i&gt;Vorstellungsrepr&#228;sentanz des Triebes&lt;/i&gt;, comment peut-on concevoir l'origine d'une repr&#233;sentation, &#171; premi&#232;re &#187; au sens de sa cr&#233;ation, de son instauration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le vie chapitre de l'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, Castoriadis r&#233;pond qu'&#171; il faut n&#233;cessairement postuler que la psych&#233; est capacit&#233; de faire surgir une premi&#232;re repr&#233;sentation, une mise en image (&lt;i&gt;Bildung et Einbildung&lt;/i&gt;) qui doit &#234;tre en m&#234;me temps relative &#224; la pulsion, &#224; un moment o&#249; rien n'assure cette relation &#187; (p. 382). Cette r&#233;ponse, situ&#233;e dans son cadre de r&#233;f&#233;rence, signifie que la psych&#233; est origine d'elle-m&#234;me et de ce qui sera, qu'elle s'auto-constitue dans et par la circularit&#233; du cercle de la cr&#233;ation pr&#233;c&#233;demment explicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repenser la psych&#233; comme imagination radicale, revient donc &#224; postuler l'imagination radicale comme activit&#233; originaire de phantasmatisation, qui pr&#233;existe et pr&#233;side &#224; toute organisation m&#234;me rudimentaire de la pulsion. Elle est la condition m&#234;me de l'acc&#232;s de la pulsion &#224; l'existence psychique, et c'est &#224; ce fonds de repr&#233;sentation originaire que la pulsion emprunte &#171; au d&#233;part &#187; sa d&#233;l&#233;gation par repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psych&#233; est surtout &#233;mergence de la repr&#233;sentation, en tant que mode d'&#234;tre irr&#233;ductible et organisation de quelque chose dans et par sa figuration, sa &#171; mise en image &#187;. En d'autres termes, elle est un formant qui n'est que dans et par ce qu'il forme et comme ce qu'il forme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, L'institution imaginaire..., op. cit., p. 383.&#034; id=&#034;nh12-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette organisation imageante, doit contenir en elle les &#233;l&#233;ments organisateurs du monde psychique qui se d&#233;veloppera par la suite, certes, avec des adjonctions d&#233;cisives venant d'ailleurs &#8211; corps, autre, soci&#233;t&#233; &#8211; mais n&#233;cessairement re&#231;ues et &#233;labor&#233;es selon les exigences pos&#233;es par la repr&#233;sentation originaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pictogramme de Piera Aulagnier &#8211; entendu &#224; la fois comme inscription psychique originaire et produit du processus psychique originaire &#8211; correspond justement &#224; cette image fondamentale et matrice de tout ce qui fera sens par la suite. Cela veut dire pr&#233;cis&#233;ment que les repr&#233;sentations pictographiques de l'originaire sont remodel&#233;es par les processus primaire et secondaire et, qu'inversement, l'originaire m&#233;tabolise en permanence et selon son propre postulat tout ce qui se repr&#233;sente sur la sc&#232;ne du fantasme et du je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'authentique aporie, d'o&#249; la psych&#233; prend-elle les &#233;l&#233;ments &#8211; mat&#233;riaux et organisation &#8211; de la repr&#233;sentation, m&#234;me pictographique, Castoriadis nous renvoie &#224; l'impossibilit&#233; de comprendre la probl&#233;matique de la repr&#233;sentation, si on cherche l'origine de la repr&#233;sentation hors de la repr&#233;sentation elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire hors des conditions qui rendent possible son autocr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lucidation de la m&#234;me question par Aulagnier passe par la formulation du concept de m&#233;tabolisation et l'hypoth&#232;se d'un emprunt fait au mod&#232;le sensoriel par l'activit&#233; de l'originaire pour ses repr&#233;sentations pictographiques, au plus pr&#232;s de l'activit&#233; organique d'ingestion-plaisir, expulsion-d&#233;plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; nos yeux l'une des rares hypoth&#232;ses plausibles, si on &#233;vite la tentation gradualiste pour comprendre l'origine de la repr&#233;sentation et si l'on exclut un emprunt fait par la psych&#233; &#224; la r&#233;alit&#233;, jug&#233;e trop h&#233;t&#233;rog&#232;ne pour la psych&#233; naissante ou m&#234;me &#233;volu&#233;e. L'emprunt fait au corps et &#224; ses mod&#232;les sensoriels, laisse intacte l'interaction &#233;nigmatique entre l'activit&#233; organique et l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire de la psych&#233;, bien qu'entre besoin et pulsion il y ait &#171; une d&#233;pendance effective et persistante dans le registre du repr&#233;sent&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Aulagnier, La violence de l'interpr&#233;tation, op. cit., p. 57.&#034; id=&#034;nh12-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, Castoriadis, dans son propre cadre conceptuel, avance une hypoth&#232;se qu'il n'a jamais d&#233;velopp&#233;e sur l'existence d'une imagination sensorielle et plus g&#233;n&#233;ralement corporelle dans l'immense espace du non-conscient humain, que l'on ne saurait confondre avec l'inconscient. C'est l'espace du corps vivant cr&#233;ant ses sensations, cr&#233;ant son in-formation en tant que corps anim&#233; en continuit&#233; avec la monade psychique originaire situ&#233;e au-del&#224; de l'inconscient et m&#234;me du &#231;a freudiens. L'exemple des d&#233;sordres auto-immunitaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, L'institution imaginaire..., op. cit., p. 258.&#034; id=&#034;nh12-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, o&#249; les m&#233;canismes de d&#233;fense du corps se tournent contre celui-ci, sugg&#232;re que l'imagination corporelle chez l'&#234;tre humain va de pair avec l'imagination radicale de sa psych&#233;. Toutefois leur h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; repose l'&#233;nigme de l'intrication du psychique et de l'organique. La psych&#233; est ce qu'elle est pour Castoriadis, justement parce que la d&#233;fonctionalisation de l'imagination, n'&#233;tant plus en relation avec les besoins vitaux, d&#233;fonctionalise &#233;galement le plaisir et rend possible le tr&#232;s fort investissement du plaisir de repr&#233;sentation au d&#233;triment du plaisir d'organe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'emprunt fait selon Aulagnier aux mod&#232;les sensoriels du corps par l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire, ne serait-il pas une expression de la n&#233;cessit&#233; d'utiliser et de remodeler &#8211; au sens d'investissement libidinal de l'information et de re-mise en sens et en image &#8211; les &#233;l&#233;ments ensemblistes-identitaires de l'organisation du vivant dans et par la cr&#233;ation psychique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, la d&#233;finition par Aulagnier de l'activit&#233; repr&#233;sentative comme &#233;quivalent psychique du travail de m&#233;tabolisation organique, vise &#224; int&#233;grer dans une m&#233;tapsychologie de la repr&#233;sentation, d'une part la transformation des &#233;l&#233;ments d'information libidinale en repr&#233;sentations psychiques, d'autre part l'usage des images corporelles pour la figurabilit&#233; exig&#233;e par la psych&#233; tant freudienne qu'aristot&#233;licienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le registre de l'originaire, la psych&#233; comme origine d'elle-m&#234;me et du monde, est auto-pr&#233;sentation s'engendrant et engendrant ses &#233;prouv&#233;s de plaisir et de d&#233;plaisir. &#171; Le repr&#233;sent&#233; se donne &#224; la psych&#233; comme pr&#233;sentation d'elle-m&#234;me &#187;, dans un mouvement de sp&#233;cularisation o&#249; la repr&#233;sentation est &#171; mise en pr&#233;sentation de la psych&#233; pour la psych&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Aulagnier, La violence de l'interpr&#233;tation, op. cit., p. 48.&#034; id=&#034;nh12-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cette relation originaire de sp&#233;cularisation entre (agent) repr&#233;sentant et repr&#233;sent&#233; caract&#233;rise pour Aulagnier toute cr&#233;ation d'activit&#233; psychique, dans la mesure o&#249; elle se donne &#224; la psych&#233; &#171; comme reflet, pr&#233;sentation d'elle-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem, p. 58.&#034; id=&#034;nh12-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. La r&#233;flexion s'associe &#224; la cr&#233;ation mais elle se trouve plut&#244;t limit&#233;e au reflet, &#224; la sp&#233;cularit&#233;. Nous retrouvons ici l'apport de Lacan concernant le stade du miroir et, d'autre part, la filiation lacanienne d'Aulagnier, qui n'en conserve n&#233;anmoins que le mouvement de sp&#233;cularisation lui-m&#234;me, dont elle fait une constante de l'activit&#233; psychique. Il faut toutefois pr&#233;ciser que la sp&#233;cularisation est pour Aulagnier plus proche de la relation de compl&#233;mentarit&#233; qui unit le repr&#233;sentant et la repr&#233;sentation du monde, chacun &#233;tant pour l'autre condition de son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, pour Castoriadis, l'auto-constitution de la psych&#233; renvoie &#224; un mode d'&#234;tre de la psych&#233; comme repr&#233;senter-repr&#233;sentation qui exclut tout sens d'alt&#233;rit&#233; et o&#249; l'image et ce qui image co&#239;ncident. En ce sens, l'activit&#233; repr&#233;sentative originaire co&#239;ncide avec l'&#233;mergence d'une instance pour-soi, &#233;tape monadique de la psych&#233;. Castoriadis situe pr&#233;cis&#233;ment la topique de la monade psychique, au d&#233;part close sur elle-m&#234;me et essayant jusqu'&#224; la fin d'enfermer en elle tout ce qui se pr&#233;sente &#224; elle. Cela correspond &#224; la repr&#233;sentation du &#171; ferm&#233; sur soi-m&#234;me &#187;, que le sujet se cr&#233;e de lui-m&#234;me et du monde, comme figuration indissociable de l'investissement narcissique originaire d'un Soi qui est Tout. En bref, dans cette &#233;tape il y aurait l'impossible &#233;quation soi = tout= plaisir= sens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Remarques sur la monade psychique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le postulat d'une &#233;tape monadique de la psych&#233; stratifi&#233;e pose des questions m&#233;tapsychologiques importantes qui vont &#234;tre bri&#232;vement esquiss&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, je pense qu'il ne faudrait pas r&#233;&#233;valuer la monade psychique de fa&#231;on restrictive, en la situant au niveau d'une effectivit&#233; pratique de la cure, ni la consid&#233;rer comme une &#233;laboration philosophique. La conception que se fait l'analyste sur les origines de la vie psychique d&#233;termine de fa&#231;on implicite mais d&#233;cisive sa pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monade est un concept m&#233;tapsychologique aux r&#233;sonances ontologiques. Il r&#233;pond essentiellement &#224; la n&#233;cessit&#233; de th&#233;oriser &#8211; il vaut mieux dire sp&#233;culer &#8211; le moment mythique de la d&#233;fonctionnalisation de la repr&#233;sentation et de l'&#233;mergence voire de l'auto-constitution d'une instance originaire, qui serait premi&#232;re r&#233;alisation de l'imaginaire radicale comme propre de l'humain. Cette instance pour-soi est conjointement cr&#233;ation d'une matrice de sens nouveau, qui d&#233;passe &#224; la fois la logique du vivant et de l'ensembliste-identitaire. Ce sens &#233;quivaut au plaisir dans le bouclage sur soi et inaugure la pr&#233;dominance du plaisir de la repr&#233;sentation sur le plaisir d'organe. Le principe de plaisir freudien devient pour Castoriadis qu&#234;te d'un sens dont le plaisir est &#224; la fois composant et effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce noyau monadique originaire n'est ni refoul&#233; ni refoulable, il s'auto-ref&#232;re et s'auto-investit, il est ultra-narcissique, &#171; autistique &#187; selon le terme freudien repris ici par Castoriadis. Dans et par sa cl&#244;ture il y a co&#239;ncidence entre repr&#233;sentation, perception, affect, intention (d&#233;sir) et sens. Sujet et monde co&#239;ncident selon le sch&#233;ma freudien &#171; je suis le sein &#187; dans sa forme premi&#232;re, intransitive. Il n'y a ni autre, ni objet. Cela renvoie n&#233;cessairement &#224; un &#171; &#233;tat &#187; originaire &#224; quoi il ne &#171; manque &#187; rien et o&#249; l'intention (avant son articulation en d&#233;sir) est toujours &#171; r&#233;alis&#233;e &#187; car il ne peut pas y avoir d'objet manquant. Le sch&#233;ma du manque &#171; constitutif &#187; du sujet se pose comme second, puisque tant l'objet que son manque doivent d'abord &#234;tre constitu&#233;s par l'imagination radicale. Les connotations th&#233;ologiques et m&#234;me leibniziennes de cet &#233;tat originaire, &#171; paradisiaque &#187; et monadique, sont &#233;videntes et correspondent justement pour Castoriadis &#224; l'origine premi&#232;re du sentiment religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psych&#233; restera &#224; jamais d&#233;sirante du retour &#224; ce premier &#233;tat impossible et &#224; d&#233;faut &#224; ses substituts, satisfaction hallucinatoire et phantasmatisation. Ce qui manque et manquera &#224; jamais c'est l'irrepr&#233;sentable de l'&#171; &#233;tat &#187; premier, l'avant de la s&#233;paration et de la diff&#233;renciation. Soit une proto-repr&#233;sentation que la psych&#233; n'est plus capable de produire, qui aimantera pour toujours le champ psychique comme pr&#233;sentification d'une unit&#233; indissociable de la figure, du sens et du plaisir. La psych&#233; est donc pour Castoriadis &#224; jamais orient&#233;e par ce qu'elle n'est plus et qui ne peut plus &#234;tre, la psych&#233; est son propre objet perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le noyau monadique rompu est un p&#244;le &#224; jamais absent, qui est inexprimable et qui devient lisible par ses effets, notamment d'aimantation de tous les flux psychiques. Faut-il d&#232;s lors le rapprocher du refoulement originaire freudien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inaccessibilit&#233; de la monade est tout autre chose que l'inaccessibilit&#233; du refoulement originaire, puisque la monade se relie au corps bien que leur rapport reste &#233;nigmatique. Quant aux pictogrammes de Piera Aulagnier qui sont &#233;galement forclos &#224; la connaissance du je, ils peuvent potentiellement envahir la sc&#232;ne psychique, notamment dans la psychose, avec des cons&#233;quences dramatiques. Au contraire, la monade castoriadienne ne peut &#234;tre li&#233;e &#224; aucun &#233;tat pathologique, m&#234;me pas &#171; autistique &#187;. Tous ces concepts r&#233;pondent, ici, &#224; la m&#234;me n&#233;cessit&#233; d'assurer une coh&#233;rence th&#233;orique, voire &#233;pist&#233;mologique et logique, &#224; partir d'un postulat qui se r&#233;f&#232;re &#224; une origine &#171; premi&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le solipsisme de la monade psychique castoriadienne et son narcissisme &#171; absolu &#187; posent des questions th&#233;orico-cliniques qui d&#233;passent sans doute largement le cadre que je me suis propos&#233; dans ce texte. Toutefois, je me limite &#224; souligner que ces questions sont celles du courant &#171; monadique &#187;, qui existe incontestablement dans une grande partie de l'&#339;uvre freudienne. L'autre courant est repr&#233;sent&#233; par l'ouverture vers le relationnel et l'identificatoire, &#224; commencer par l'&#233;nigmatique identification &#171; au p&#232;re de la pr&#233;histoire personnelle &#187;. Il semble que Castoriadis radicalise le narcissisme primaire(et) absolu freudien pour pouvoir le conceptualiser en cl&#244;ture repr&#233;sentationnelle, affective et d&#233;sirante. Il resterait ainsi coh&#233;rent avec l'id&#233;e de l'&#233;gocentrisme ontologique n&#233;cessairement inh&#233;rent &#224; tout &#234;tre pour-soi. La force et l'omnipotence du processus identificatoire dans la vie psychique seraient donc &#224; rechercher, comme Castoriadis l'indique lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Figures du pensable, Seuil, 1999, p. 184.&#034; id=&#034;nh12-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans la tendance irr&#233;sistible de retrouver l'&#233;tat &#171; unitaire &#187; originaire o&#249; &#171; sujet &#187; et &#171; objet &#187; sont identiques et o&#249; le d&#233;sir est imm&#233;diatement repr&#233;sentation (possession psychique du d&#233;sir&#233;) et donc affect de plaisir (ce qui est la forme la plus pure et la plus forte de la toute-puissance de la pens&#233;e). L'identification &#171; premi&#232;re &#187;, plus exactement la pr&#233;-identification que toute identification pr&#233;suppose, serait &#171; &#234;tre le sein intansitivement &#187; souligne Castoriadis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour fonder le postulat de la monade, il en arrive &#224; d&#233;finir, dans une s&#233;rie qu'on pourrait appeler proto : une proto-repr&#233;sentation et un inconscient originaire, un proto-sujet, un proto-sens et, enfin, une proto-identification. Castoriadis consid&#232;re par cons&#233;quent que &#171; toutes les conceptions qui veulent faire des formations imaginaires une 'r&#233;ponse' &#224; une situation (du sujet ou de la soci&#233;t&#233;) d&#233;j&#224; bien d&#233;finie hors de toute composante imaginaire, ou &#224; partir de donn&#233;es 'r&#233;elles' ou 'structurales', sont secondes et d&#233;riv&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;..., op. cit., p. 390.&#034; id=&#034;nh12-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; L'ali&#233;nation m&#234;me au d&#233;sir de l'autre serait un moment second, le moment premier &#233;tant la r&#233;alisation de l'ali&#233;nation (psychique) de l'autre au sujet par son asservissement et son appropriation totale dans le phantasme o&#249; l'autre et l'objet ne sont que comme le sujet. Le proto-sujet ne peut constituer l'autre qu'en projetant sur lui son propre sch&#233;ma de toute puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Last but not least&lt;/i&gt;, Castoriadis trouve la premi&#232;re matrice du sens dans la tendance &#224; la mise en relation et l'exigence de la liaison cognitive universelle qui s'incarnent primordialement dans le sujet lui-m&#234;me. Dans cette &#171; folie &#187; de la psych&#233; monadique, Castoriadis reconna&#238;t le sperme de la raison, en d'autres termes une dimension essentielle de la ratio et de la logique identitaire. Il s'agit de la folie unificatrice qui caract&#233;rise autant la religion, la science que la philosophie et, &#224; mon avis, toute th&#233;orisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait tentant et bien facile de dire que Castoriadis se bat ici contre sa propre &#171; folie &#187; th&#233;orisante et m&#233;galomane. Nous dirions plut&#244;t qu'il tient compte de l'existence d'une forte tendance psychique qui pousse tout th&#233;oricien vers l'unification a-conflictuelle et l'illusion d'une coh&#233;rence pleine. Est-ce l'interpr&#233;tation du v&#233;cu personnel de cette tendance universelle qui l'a finalement conduit &#224; int&#233;grer tous ces &#233;l&#233;ments dans la conceptualisation de la monade et de sa force d'aimantation toute-puissante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de clore ces remarques provisoires sur la monade psychique castoriadienne je formulerai une derni&#232;re question. Peut&#8211; on rapprocher cette monade et son imagination radicale du &#231;a freudien et quels seraient leurs rapports compte tenu du caract&#232;re non repr&#233;sentationnel du &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la deuxi&#232;me topique, le &#231;a est qualifi&#233; par Freud de &#171; r&#233;servoir de pulsions &#187; et il a directement affaire avec les sources somatiques de la pulsion. Cependant, dans les &#233;crits m&#233;tapsychologiques de 1915, il y a d&#233;j&#224; l'id&#233;e fondamentale du repr&#233;sentant psychique de la pulsion, d'un repr&#233;sentant par repr&#233;sentation. Peut-on d&#232;s lors imaginer un r&#233;servoir uniquement psychique qui serait l'analogon du flux repr&#233;sentationel castoriadien ? En ce sens, nous pouvons &#233;voquer l'argument suivant, utilis&#233; par Castoriadis lui-m&#234;me : si le &#231;a pour Freud est plein d'&#233;nergie libre, non-attach&#233;e, qu'est-ce que cette &#233;nergie libre et sur quoi se d&#233;place-t-elle, sinon entre des repr&#233;sentations ? Faudrait-il en cons&#233;quence relier cette quantit&#233; d'&#233;nergie libre &#8211; qui circule dans le &#231;a et peut s'attacher &#224; quelque chose &#8211; &#224; ce que Castoriadis appelle la cr&#233;ativit&#233; de la psych&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la monade indique un mode d'investissement narcissique originaire qui constitue la premi&#232;re manifestation du fonctionnement psychique. En ce sens, sa conceptualisation &#233;largit et &#233;claire diff&#233;rement notre compr&#233;hension psychanalytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raymond Cahn, dans son rapport sur le Sujet au 51e congr&#232;s de psychanalystes de langue fran&#231;aise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Cahn, &#171; Du sujet &#187;, Bulletin de la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Paris, no (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, r&#233;-interpr&#232;te le fameux &#171; r&#234;ve de la belle bouch&#232;re &#187; de L'interpr&#233;tation des r&#234;ves en se r&#233;f&#233;rant au concept de la monade et de l'imagination radicale. Cahn reproche &#224; l'interpr&#233;tation lacanienne du r&#234;ve &#8211; d&#233;sir d'avoir un d&#233;sir insatisfait chez la belle hyst&#233;rique &#8211; d'en rester &#224; la surface de la modalit&#233; de la jouissance accomplie. Le mod&#232;le du r&#234;ve chez Lacan serait selon lui beaucoup trop calqu&#233; sur celui du langage, tandis que la r&#233;f&#233;rence &#224; la monade castoriadienne nous permet de concevoir les choses diff&#233;remment. &#171; Si la belle bouch&#232;re &#8211; souligne Cahn &#8211; s'identifie &#224; son amie, c'est certes pour la supplanter dans le d&#233;sir du mari, voire, &#224; un niveau plus profond, pour satisfaire une pulsion homosexuelle, mais c'est peut-&#234;tre au moins autant parce qu'elle s'aime dans l'amie, se d&#233;sire comme elle et se fascine en elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem.&#034; id=&#034;nh12-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ce r&#234;ve serait donc aussi l'expression d'une partie de l'investissement libidinal narcissique originaire en tant qu'&#171; &#233;prouv&#233;-protorepr&#233;sentation &#187; d'un soi-tout auquel rien ne manque et caract&#233;ris&#233; comme &#171; vis&#233;e-intention &#187; toujours r&#233;alis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. De la monade psychique au je et &#224; l'individu social&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la monade psychique essentiellement a-sociale et folle, doit, sous peine de non-existence, faire appel &#224; l'autre maternel, premier repr&#233;sentant du monde et pr&#233;cis&#233;ment pour Castoriadis du monde social-historique. Premier possesseur, je dirais, du sein de la signification qui r&#233;pond au besoin imp&#233;rial de l'infans de donner sens &#224; l'affect et figuration au d&#233;plaisir qui rompt la cl&#244;ture de la monade en constituant par l&#224; un premier espace hors-soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, avec l'&#339;uvre de Lacan, l'autre de l'alt&#233;rit&#233; comme l'autre du transfert acqui&#232;rent d&#233;finitivement leurs droits sur la sc&#232;ne psychique et psychanalytique, c'est avec la contribution d'Aulagnier que le corps et l'affect de l'Autre trouvent enfin un statut m&#233;tapsychologique, et que la rencontre fondamentale avec cet Autre acquiert droit d'historicit&#233;, de temporalit&#233; et de r&#233;f&#233;rence &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet horizon psychanalytique, Castoriadis th&#233;orise le processus de socialisation de la psych&#233;, comme &#233;tant l'int&#233;riorisation des significations imaginaires sociales par la psych&#233; de &lt;i&gt;l'infans&lt;/i&gt;, &#224; travers l'investissement du premier Autre maternel, qu'Aulagnier appelle porte-parole de l'ensemble. Ce processus socialisant &#233;chappe aux rep&#232;res freudiens classiques. Il s'oppose ainsi aux cat&#233;gories lacaniennes, surtout &#224; celle de la Loi quasiment transcendante. D&#232;s lors, sa th&#233;orisation est difficilement admise tant par les psychanalystes que les sociologues. Elle se heurte &#224; la difficult&#233; d'admettre que la psych&#233; et la soci&#233;t&#233;, bien qu'ins&#233;parables, sont radicalement irr&#233;ductibles l'une &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte de l'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, la socialisation de la psych&#233; est indissociablement l'histoire conflictuelle d'une psychogen&#232;se et d'une sociogen&#232;se. Leur aboutissement commun est l'&#233;mergence de l'individu social, coexistence toujours impossible et toujours r&#233;alis&#233;e d'un monde priv&#233;, singulier (&lt;i&gt;kosmos idios&lt;/i&gt;) et d'un monde public commun et partag&#233; (&lt;i&gt;kosmos koinos&lt;/i&gt;). Tout au long de cette double histoire, la relation &#224; l'autre et aux autres impose &#224; la monade psychique une succession de ruptures violentes, expression d'une violence primaire autant que n&#233;cessaire pour Aulagnier. En contrepartie, la soci&#233;t&#233;, &#224; travers sa d&#233;l&#233;gation par le couple parental, doit fournir au sujet du sens, des rep&#232;res identificatoires et des objets de d&#233;rivation des pulsions et des d&#233;sirs. Cependant seule la reconnaissance de la signification comme institu&#233;e socialement et ne d&#233;pendant d'aucune personne particuli&#232;re, permettra &#224; l'enfant de destituer l'autre de sa toute puissance imaginaire sur le sens et le langage. Chose tr&#232;s importante, il y aura toujours et restera &#224; jamais une ambivalence fonci&#232;re de l'int&#233;rioris&#233; de par sa liaison aux figures parentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme la psych&#233; ne se r&#233;duit pas au social et n'est jamais socialisable sans restes, les significations imaginaires sociales ne sont pas seulement, ni n&#233;cessairement r&#233;ductibles &#224; la d&#233;sexualisation sublimatoire de la pulsion. Pour rendre compte de l'appropriation du social par la psych&#233;, Castoriadis &#233;largit donc le proc&#232;s freudien de la sublimation et le pose &#224; l'origine de l'instauration d'une intersection non-vide du monde priv&#233; et du monde public, en conformit&#233; avec la coh&#233;rence repr&#233;sentative impos&#233;e par les significations sociales institu&#233;es, ou le discours de l'ensemble dans la terminologie d'Aulagnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intersection implique le travail de l'imagination radicale qui donne la facult&#233; de quid pro quo (voir dans une chose autre chose). Elle permet aussi &#224; la psych&#233;, par une d&#233;liaison relative de la pulsion, de remplacer ses objets propres ou priv&#233;s d'investissement &#8211; y compris sa propre image &#8211; par des objets socialement valoris&#233;s. Enfin, cette intersection permet de faire de ces objets des causes, des moyens et des supports de plaisir pour la psych&#233;. D'autre part, cette intersection implique le social-historique comme processus de cr&#233;ation, comme imaginaire social instituant des formes et des significations, que la psych&#233; comme telle est dans l'impossibilit&#233; absolue de faire &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, nous retrouvons ici cette conversion massive et co-originaire de l'&#233;mergence de l'humanit&#233;, c'est-&#224;-dire la substitution du plaisir de repr&#233;sentation au plaisir d'organe et, moyennant les &#339;uvres de l'imaginaire radical, l'apparition &#8211; la cr&#233;ation donc &#8211; des &#171; objets sociaux &#187;. &#192; commencer par le langage qui pose le fait de parler d&#233;j&#224; comme activit&#233; sublim&#233;e, selon la formule percutante de Castoriadis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'articulation entre la psych&#233; et le social passe par une conception &#233;largie de la sublimation consubstantielle au processus de la socialisation de la psych&#233;, Aulagnier, dans la Violence de l'interpr&#233;tation, propose l'id&#233;e d'un contrat narcissique qui a comme signataires l'enfant et le groupe social. Castoriadis lui-m&#234;me affirme que &#171; avec le contrat narcissique, Piera Aulagnier cherchait &#224; th&#233;oriser ce que la psych&#233; attend de la soci&#233;t&#233; comme compensation &#224; l'abandon de son ultra-narcissisme monadique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, op. cit., p. 255.&#034; id=&#034;nh12-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce contrat narcissique encadre la probl&#233;matique identificatoire du sujet et fait que cette derni&#232;re n'est pas prise au pi&#232;ge d'une relation imaginaire ali&#233;nante. Cela permet au je d'investir des embl&#232;mes identificatoires qui d&#233;pendent du discours de l'ensemble et non plus du discours d'un seul autre. Le groupe est premier dans cet investissement narcissique auquel va r&#233;pondre celui de l'enfant. En contrepartie de son investissement du groupe et de ses mod&#232;les, l'enfant obtiendra une certitude sur l'origine, l'acc&#232;s &#224; l'historicit&#233; et sa d&#233;signation comme un &#233;l&#233;ment appartenant &#224; un tout : celui de gnation comme un &#233;l&#233;ment appartenant &#224; un tout : celui de l'esp&#232;ce humaine, qui le reconna&#238;t comme une partie homog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble qu'Aulagnier, en repr&#233;sentant le groupe social comme l'ensemble des voix pr&#233;sentes, se limite &#224; un seul aspect de l'institution sociale : celui du langage et de la g&#233;n&#233;alogie. Elle reste ainsi fid&#232;le &#224; sa propre perspective clinique, qui pose l'encadrement de la probl&#233;matique identificatoire du je infantile par le discours de l'ensemble comme condition n&#233;cessaire mais non suffisante pour l'&#233;vitement d'une psychose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible d'analyser la fonction du je en dehors de l'espace o&#249; il peut advenir et sans tenir compte du champ socio-culturel dans lequel baigne le sujet. La &lt;i&gt;Kultur&lt;/i&gt;, la soci&#233;t&#233; et l'histoire occupent dans l'espace analytique un sens important autant que sp&#233;cifique. Elles ne sont pas seulement un cadre ext&#233;rieur, empirique et r&#233;aliste, pour une dialectique sujet/Autre qui se jouerait dans une autre dimension, h&#233;t&#233;rog&#232;ne et &#224; la limite transcendante. Au contraire, elles y participent, et fournissent au je le contenu des repr&#233;sentations et des significations &#224; partir desquelles il peut repr&#233;senter et se repr&#233;senter le monde et son monde. Elles posent la question du r&#233;f&#233;rant de la repr&#233;sentation et du langage et imposent une reconnaissance et une connaissance de la r&#233;alit&#233; qui, si limit&#233;e et transform&#233;e soit-elle par la psych&#233;, n'en demeure moins la r&#233;f&#233;rence oblig&#233;e de toute communication, y compris psychanalytique. C'est une r&#233;alit&#233; humaine et partag&#233;e pour Aulagnier, ne pouvant exister que comme socialement institu&#233;e pour Castoriadis. L'introjection des significations imaginaires sociales dans et par le je garantit son acc&#232;s &#224; l'imaginaire social instituant qui transforme le monde institu&#233; en espace et processus de cr&#233;ation de sens. Jean Peuch-Lestrade&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Peuch-Lestrade, &#171; De l'institution de la cure &#224; la parole du je &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; attire l'attention sur l'apparition en fin d'analyse de reconstructions fantasmatiques qui ne sont pas des constructions au sens de Freud. Elles s'appuient sur la dimension d'imaginaire social et l'ouverture au monde social-historique et t&#233;moignent de la capacit&#233; de &#171; jouer &#187; retrouv&#233;e par l'analysant, y compris dans des zones psychiques gouvern&#233;es par le traumatisme et sa r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute subjectivit&#233; dont le je constitue l'av&#232;nement doit &#233;galement se confronter &#224; un &#171; en de&#231;&#224; &#187; et &#224; un &#171; en arri&#232;re &#187; d'elle-m&#234;me, &#224; un originaire donc, qui persiste le temps de l'existence : comme fond repr&#233;sentatif pictographique chez Aulagnier, champ de bataille originel d'Eros avec Thanatos ; comme monade psychique originaire pour Castoriadis, essayant jusqu'&#224; la fin d'enfermer en elle tout ce qui se &#171; pr&#233;sente &#187; &#224; elle, pour r&#233;tablir l'unit&#233; indissociable et impossible de la figure, du plaisir et du sens, l'a-sens&#233; ne pouvant appara&#238;tre &#224; cette &#233;tape que comme menace de destruction de soi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V. Une subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante toujours &#224; faire &#234;tre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En tout &#233;tat de cause, l'impossibilit&#233; th&#233;orico-clinique de faire se superposer int&#233;gralement existence du psychique et existence de la subjectivit&#233;, repose la question de l'unit&#233; du sujet qui reste toujours une unit&#233; &#224; faire &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, Castoriadis montre que la stratification de la psych&#233; en strates &#171; jamais d&#233;pass&#233;es &#187; ni &#171; harmonieusement int&#233;gr&#233;es &#187;, est &#224; la fois r&#233;sultat historique et condition historisante du fonctionnement conflictuel de la psych&#233;. Chaque instance poursuit ses propres finalit&#233;s et pers&#233;v&#232;re, &#224; tout prix, dans son monde propre d'objets et dans des modes de repr&#233;sentation, de signification, de liaison, de valuation, et d'affect qui lui sont particuliers. Chaque fois il y a un type de sens nouveau et sp&#233;cifique, &#224; savoir l'insertion des repr&#233;sentations dans des matrices d'&#233;quivalence et d'appartenance autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'existence de l'appareil psychique pr&#233;suppose la permanence de ses topiques et la conservation de la cl&#244;ture de chacune de ses instances, son fonctionnement exige toujours une relative rupture de chaque cl&#244;ture et le d&#233;passement de l'ext&#233;riorit&#233; r&#233;ciproque entre instances. Castoriadis fournit une image saisissante des instances comme une boule ferm&#233;e &#8211; c'est cela que veut dire cl&#244;ture &#8211; qui s'auto-dilate (je dirais s'auto-in-forme) dans son interaction avec d'autres boules, en modifiant son mode d'ajustement avec elles. La subjectivit&#233; humaine est ainsi une boule pseudoferm&#233;e, qui peut s'auto-dilater, peut interagir avec d'autres pseudoboules du m&#234;me type et peut remettre en question les conditions ou les lois de sa cl&#244;ture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aulagnier pr&#233;cise bien que toute rencontre entre l'activit&#233; psychique et les &#233;l&#233;ments par elle m&#233;tabolisables &#171; la confronte &#224; un exc&#232;s d'information qu'elle va ignorer jusqu'au moment o&#249; cet exc&#232;s va l'obliger &#224; reconna&#238;tre que ce qui choit hors de la repr&#233;sentation propre au syst&#232;me revient &#224; la psych&#233; sous la forme d'un d&#233;menti concernant sa repr&#233;sentation de sa relation au monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Aulagnier, La violence de l'interpr&#233;tation, op. cit., p. 35.&#034; id=&#034;nh12-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ce d&#233;menti, la psych&#233; aura perp&#233;tuellement &#224; le pr&#233;senter, &#224; le mettre en sc&#232;ne, &#224; le mettre en sens, selon les lois respectives du fonctionnement de l'originaire, du primaire et du secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces conditions de d&#233;passement de l'ext&#233;riorit&#233; r&#233;ciproque entre instances, rendent possible la cure analytique mais aussi et surtout l'extension et la modification de la subjectivit&#233; humaine vers le &#171; dehors &#187; et le &#171; dedans &#187;. C'est une possibilit&#233; en relation d'inter-d&#233;pendance avec l'institution sociale qui fournit du sens et du langage, mais elle s'enracine essentiellement dans le travail de l'imagination radicale et la r&#233;flexivit&#233; du sujet. Moyennant son imagination radicale, le sujet peut &#171; se r&#233;fl&#233;chir &#187;, poser comme objet-non objet, comme entit&#233; ce qui ne l'est pas, &#224; savoir son propre processus de pens&#233;e. Il s'agit de voir double, de se voir double, de se voir tout en se voyant comme autre, de se repr&#233;senter comme activit&#233; repr&#233;sentative et de s'agir comme activit&#233; agissante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Le monde morcel&#233;, op. cit., p. 276.&#034; id=&#034;nh12-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; cette capacit&#233; r&#233;flexive, la subjectivation &#8211; que j'appellerai dans ce contexte &lt;i&gt;poi&#232;sis&lt;/i&gt; de soi &#8211; est justement ce travail auto-cr&#233;ateur de construction incessante de soi-m&#234;me et du monde, par et dans le continuum psychique qui se cr&#233;e &#224; travers les transformations de la repr&#233;sentation et les positions identificatoires que le sujet y occupe successivement. En ce sens, le travail analytique, autant dans le registre de la n&#233;vrose que dans celui de la psychose et des organisations non n&#233;vrotiques, se situe entre ce qui surgit et ce qui r&#233;siste au mouvement d'appropriation que le sujet op&#232;re tout au long de son existence, afin de repr&#233;senter et de mettre en histoire ses rencontres identifiantes avec l'objet. Dans cette perspective, je consid&#232;re que les constructions interpr&#233;tatives de l'analyste s'int&#232;grent au travail autocr&#233;ateur de construction de soi-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Stephanatos, &#171; Construire, se construire : remarques th&#233;orico-cliniques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moyen de la r&#233;flexivit&#233;, le je, advenant comme instance parlante, pensante et connaissante dans la topique d'Aulagnier, r&#233;ussit par l'interm&#233;diaire des mises en sc&#232;ne fantasmatiques &#224; pouvoir penser de fa&#231;on autonome, tout en tenant compte de l'institution social-historique, l'interpr&#233;tation du monde et de l'&#233;prouv&#233; somato-affectif, originaire de &lt;i&gt;l'infans&lt;/i&gt; par la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le je &#8211; aussi distinct du Moi freudien que du sujet lacanien &#8211; appr&#233;hende sa subjectivit&#233;, ses relations avec son corps, l'autre et le monde, &#224; travers la probl&#233;matique identificatoire qui lui impose, sous peine de psychose, la sauvegarde de l'unit&#233; entre ses deux composantes : l'identifiant et l'identifi&#233;. Cette dualit&#233; exige justement la r&#233;flexion du je sur lui-m&#234;me, en reposant au niveau du processus secondaire la relation originaire de sp&#233;cularisation, ou mieux de compl&#233;mentarit&#233;, qui unit le repr&#233;sentant et la repr&#233;sentation du monde, chacun &#233;tant pour l'autre condition de son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la question d'une certaine unit&#233; du sujet humain peut &#234;tre abord&#233;e par le biais de l'unit&#233; &#171; identifiant-identifi&#233; &#187; d'un je d&#233;fini par son savoir sur lui-m&#234;me, pour Castoriadis il s'agit essentiellement de l'unit&#233; de la repr&#233;sentation r&#233;fl&#233;chie de soi et des activit&#233;s d&#233;lib&#233;r&#233;es que l'on entreprend. Le je a &#224; devenir cette subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante, dans un processus sans fin correspondant &#224; la dimension r&#233;fl&#233;chie et pratique de notre imagination, entendue comme source de cr&#233;ation qui se manifeste par la capacit&#233; &#233;mergente du sujet, en analyse ou pas, &#224; accueillir un sens r&#233;fl&#233;chi et &#224; en faire quelque chose pour soi en le r&#233;fl&#233;chissant. Cela &#224; condition que la r&#233;flexion ne soit pas r&#233;duite au simple reflet de l'ontologie h&#233;rit&#233;e, ni confondue avec la pens&#233;e, mais qu'elle soit consid&#233;r&#233;e comme l'effort pour briser la cl&#244;ture, o&#249; le sujet est chaque fois n&#233;cessairement pris, que cette cl&#244;ture vienne de son histoire psychique ou de l'institution social-historique qui l'a humanis&#233;. Briser la cl&#244;ture constitue chez Castoriadis une &#233;thique de la praxis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne n'a insist&#233; autant que Castoriadis sur la cr&#233;ativit&#233; radicale de l'imaginaire humain. De la monade psychique &#224; l'autonomie, vis&#233;e ultime d'une subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante &#233;mergente et se renfermant sans cesse sur elle-m&#234;me, la r&#233;flexion castoriadienne s'auto-d&#233;ploie comme flux imaginatif qui donne forme et sens nouveaux au projet d'une &#233;lucidation du monde. Projet toujours incertain, &#233;lucidation &#224; jamais illimit&#233;e, interrogative, apor&#233;tique, sans fin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb12-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe III&lt;/i&gt;, Paris Seuil 1990, p. 50&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour cette question voir les textes de Jean Florence &#171; Remarques psychanalytiques sur l'imaginaire de Castoriadis &#187;, p. 111-117, et d'Olivier Fressard &#171; Castoriadis, le symbolique et l'imaginaire &#187;, p. 119-150, in &lt;i&gt;L'imaginaire selon Castoriadis. Th&#232;mes et enjeux&lt;/i&gt;, Cahiers Castoriadis no 1 (sous la dir. de Sophie Klimis et Laurent Van Eynde), Facult&#233;s universitaires Saint-Louis, Bruxelles, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Aulagnier, &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1975&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1975&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op. cit&lt;/i&gt;., p. 177&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Fait et &#224; faire&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1997, p 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Domaines de l'homme&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1986, p. 432.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, in &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe III.&lt;/i&gt;, Seuil, 1990, p. 189-224.] &#187; retrouve les constituants du sujet humain, dont l'unit&#233; &#233;nigmatique est &#224; faire dans toute psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a multiplicit&#233; des niveaux d'&#234;tre et il y a multiplicit&#233; des sens du terme &#234;tre. L'&#234;tre n'est jamais un simple &#234;tre des &#233;tants, chaque stratification des &#233;tants, r&#233;v&#232;le un autre aspect du sens de l'&#234;tre. Or, &#171; il est impossible de s&#233;parer r&#233;flexion de l'&#234;tre et r&#233;flexion des &#233;tants comme il est impossible de s&#233;parer r&#233;flexion de l'&#234;tre et &#171; th&#233;orie de la connaissance[[C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, op. cit., p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Fait et &#224; faire, op. cit&lt;/i&gt;., p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Domaines de l'homme, op. cit&lt;/i&gt;., p. 407.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, Paris, Seuil 1978, p. 43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, Fait et &#224; faire, op. cit., p. 97.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La port&#233;e ontologique du cercle de la cr&#233;ation est remarquablement explicit&#233;e par F. Ciaramelli dans son texte &#171; Le cercle de la cr&#233;ation &#187; in &lt;i&gt;Autonomie et auto-transformation de la soci&#233;t&#233;. La philosophie militante de Cornelius Castoriadis&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, Droz 1989, p. 87-104.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Domaines de l'homm&lt;/i&gt;e, op. cit., p. 375.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 205.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Domaines de l'homme, op. cit.,&lt;/i&gt; p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;L'institution imaginaire..., op. cit.&lt;/i&gt;, p. 383.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Aulagnier, &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation&lt;/i&gt;, op. cit., p. 57.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;L'institution imaginaire..., op. cit.&lt;/i&gt;, p. 258.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Aulagnier, &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Idem, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Figures du pensable&lt;/i&gt;, Seuil, 1999, p. 184.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Id., &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;..., op. cit&lt;/i&gt;., p. 390.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;R. Cahn, &#171; Du sujet &#187;, &lt;i&gt;Bulletin de la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Paris&lt;/i&gt;, no 19, 1991, p. 83.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibidem.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Fait et &#224; faire, op. cit&lt;/i&gt;., p. 255.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Peuch-Lestrade, &#171; De l'institution de la cure &#224; la parole du je &#187;, &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;, 2001, 77, p. 99-110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Aulagnier, &lt;i&gt;La violence de l'interpr&#233;tation, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 276.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G. Stephanatos, &#171; Construire, se construire : remarques th&#233;orico-cliniques &#187;, &lt;i&gt;Ekton ysteron&lt;/i&gt;, Ath&#232;nes, no 1, 1997, p. 149-177.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mai 68 et ses falsifications ult&#233;rieures</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1208-Mai-68-et-ses-falsifications</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Narodetzki J.-F.</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Mai 68</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Progressisme</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Autogestion</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sommaire du livre in&#233;dit de Jean-Franklin Narodetzki &#171; Mai 68 et ses falsifications ult&#233;rieures &#187; (2025), 100 p. Livres disponibles (publi&#233;s ou non) Sommaire A Jean-Franklin... Pr&#233;face &#224; &#171; Mai 68 &#224; l'usage des moins de vingt ans &#187; Mai 68 racont&#233; aux enfants Mai 68 : Notes contre la comm&#233;moration Notes sur les impasses rationalistes de l'imaginaire r&#233;volutionnaire Mai 2008 : Quelles le&#231;ons politiques tirer de Mai 68 ? Le sujet de la m&#233;connaissance&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-ideologies-mythes-et-fausses-" rel="directory"&gt;Id&#233;ologies, mythes et fausses subversions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-97-narodetzki-j-f-+" rel="tag"&gt;Narodetzki J.-F.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-54-mai-68-+" rel="tag"&gt;Mai 68&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-114-paleo-marxismes-+" rel="tag"&gt;Pal&#233;o-marxismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/mai68falsificationcouv.png?1759820610' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sommaire du livre in&#233;dit de Jean-Franklin Narodetzki &#171; Mai 68 et ses falsifications ult&#233;rieures &#187; (2025), 100 p.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1968 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1146-Livres-disponibles-publies-ou-non' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:141.52744630072%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/mai68falsificationcouv.png&amp;taille=300&amp;1759820511' alt='' data-src='IMG/png/mai68falsificationcouv.png' data-l='419' data-h='593' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/mai68falsificationcouv.png&amp;#38;taille=300&amp;#38;1759820511 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/mai68falsificationcouv.png&amp;#38;taille=419&amp;#38;1759820511 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?756-a-jean-franklin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;A Jean-Franklin...&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?376-preface-a-mai-68-a-l-usage-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;face &#224; &#171; Mai 68 &#224; l'usage des moins de vingt ans &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?766-mai-68-raconte-aux-enfants' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mai 68 racont&#233; aux enfants&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?321-mai-68-notes-contre-la' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mai 68 : Notes contre la comm&#233;moration&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?293-notes-sur-les-impasses' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Notes sur les impasses rationalistes de l'imaginaire r&#233;volutionnaire&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?144-mai-2008-quelles-lecons-politiques' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mai 2008 : Quelles le&#231;ons politiques tirer de Mai 68 ?&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?397-le-sujet-de-la-meconnaissance' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le sujet de la m&#233;connaissance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Ce que fut Mai 68 a &#233;t&#233; enseveli, et de multiples fois, et continue d'&#234;tre
recouvert. Par les gauchistes et id&#233;ologues &#171; divertisseurs &#187; de toutes
ob&#233;diences, par les &#171; lib&#233;raux &#187; et oligarques de tous bords, par l'industrie
m&#233;diatique, par l'amn&#233;sie g&#233;n&#233;ralis&#233;e et la b&#234;tise contemporaine.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Jean-Franklin a &#233;t&#233; un des rares &#224; s'&#234;tre attel&#233; &#224; la d&#233;nonciation
inlassable des multiples falsifications des &#171; &#233;v&#233;nements &#187;, apr&#232;s avoir
contribu&#233; pr&#233;cocement &#224; la naissance du mouvement. Si ses r&#233;cits sont si
vivants, ses analyses si brillantes et ses d&#233;nonciations si cruelles, c'est
qu'ils s'abreuvent &#224; son engagement sans failles pour l'autonomie
individuelle et collective qui s'est alors exprim&#233;e de mani&#232;re explosive et
dont l'auteur ne s'est jamais d&#233;parti par la suite.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Il ne s'agit pas de proclamer la &#171; V&#233;rit&#233; &#187; de Mai 68, mais d'en faire
entendre aujourd'hui le cri, qui r&#233;sonne d'autant plus que le d&#233;labrement
de la soci&#233;t&#233; s'acc&#233;l&#232;re : est-ce r&#233;ellement dans ce monde-l&#224; que nous
voulons vivre ?&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;figure class='spip_document_1973 spip_documents spip_documents_left' style=&#034;max-width:100px;&#034; data-w=&#034;100&#034;&gt; &lt;span &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:139.06976744186%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/jfn030568.png&amp;taille=100&amp;1760422367' alt='' data-src='IMG/png/jfn030568.png' data-l='215' data-h='299' data-tailles='[\&#034;100\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/jfn030568.png&amp;#38;taille=100&amp;#38;1760422367 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/jfn030568.png&amp;#38;taille=200&amp;#38;1760422367 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/span&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Jean-Franklin Narodetzki (1948 &#8211; 2014), ancien membre
du Mouvement du 22 mars, militant et psychanalyste au
Quatri&#232;me groupe, auteur d'articles, notamment dans la
revue &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;, ainsi que de &lt;i&gt;Mai 68 &#224; l'usage des moins
de vingt ans&lt;/i&gt; (Actes Sud, 1998) et de &lt;i&gt;Nuits serbes et
brouillards occidentaux, Introduction &#224; la complicit&#233; du
g&#233;nocide&lt;/i&gt; (L'Esprit frappeur, 1999).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Photographie de l'auteur dans la cour de la Sorbonne occup&#233;e en mai 1968&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Les notions de soci&#233;t&#233; et politique chez C. Castoriadis</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Helbling Cl.</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Progressisme</dc:subject>
		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
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		<dc:subject>Totalitarisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rence &#233;lectronique Claude Helbling, Castoriadis (Cornelius). Publictionnaire. Dictionnaire encyclop&#233;dique et critique des publics. Mis en ligne le 29 mars 2022. Acc&#232;s, ici modifi&#233;e par l'auteur. 1 &#8212; Politique et publicit&#233;. Les trois sph&#232;res de la soci&#233;t&#233; Cornelius Castoriadis est n&#233; le 11 mars 1922 &#224; Constantinople. Il grandit &#224; Ath&#232;nes et y fait des &#233;tudes de droit, d'&#233;conomie et de philosophie. Pr&#233;cocement engag&#233; en politique, il adh&#232;re en 1937 &#224; l'organisation ill&#233;gale des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-sociale-democratie-" rel="directory"&gt;Autonomie sociale : D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-258-Helbling-Cl-+" rel="tag"&gt;Helbling Cl.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/castoriadis-3-1650485357.jpg?1758008998' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rence &#233;lectronique Claude Helbling, Castoriadis (Cornelius). &lt;i&gt;Publictionnaire. Dictionnaire encyclop&#233;dique et critique des publics. &lt;/i&gt; Mis en ligne le 29 mars 2022. &lt;a href=&#034;http://publictionnaire.huma-num.fr/notice/castoriadis-cornelius/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Acc&#232;s&lt;/a&gt;, ici modifi&#233;e par l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;figure class='spip_document_1963 spip_documents spip_documents_right' style=&#034;max-width:104px;&#034; data-w=&#034;104&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf/les_notions_de_societe_et_de_politique_chez_cornelius_castoriadis_claude_helbling_fev__2022.pdf' arial-label=&#034;Les notions de soci&#233;t&#233; et politique chez C. Castoriadis par Claude Helbling&#034; title=&#034;Les notions de soci&#233;t&#233; et politique chez C. Castoriadis par Claude Helbling&#034; type=&#034;application/pdf&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:103.84615384615%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/logopdf-25.png&amp;taille=104&amp;1758008603' alt='Les notions de soci&#233;t&#233; et politique chez C. Castoriadis par Claude Helbling' data-src='IMG/png/logopdf-25.png' data-l='104' data-h='108' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;104&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/logopdf-25.png&amp;#38;taille=104&amp;#38;1758008603&#034;,&#034;2&#034;:&#034;index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG\/png\/logopdf-25.png&amp;#38;taille=104&amp;#38;1758008603&#034;}}' class='image_responsive' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-1963 '&gt;&lt;strong&gt;Les notions de soci&#233;t&#233; et politique chez C. Castoriadis par Claude Helbling
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;a class=&#034;telecharger&#034; href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf/les_notions_de_societe_et_de_politique_chez_cornelius_castoriadis_claude_helbling_fev__2022.pdf'&gt;T&#233;l&#233;charger (311&#160;kio)&lt;/a&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8212; Politique et publicit&#233;. Les trois sph&#232;res de la soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cornelius Castoriadis est n&#233; le 11 mars 1922 &#224; Constantinople. Il grandit &#224; Ath&#232;nes et y fait des &#233;tudes de droit, d'&#233;conomie et de philosophie. Pr&#233;cocement engag&#233; en politique, il adh&#232;re en 1937 &#224; l'organisation ill&#233;gale des Jeunesses communistes sous la dictature de Io&#225;nnis Metax&#225;s (1871-1941), puis, &#224; une organisation trotskiste en 1942. B&#233;n&#233;ficiaire d'une bourse fran&#231;aise, il embarque &#224; bord du navire &lt;i&gt;Mataroa &lt;/i&gt;en d&#233;cembre 1945 pour aller &#224; Paris avec 125 de ses compatriotes. En 1946, il fonde avec Claude Lefort (1924-2010) une tendance de gauche du Parti communiste international (PCI), qui rompt avec le trotskisme en 1948, pour se constituer en groupe autonome sous le nom de &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt;, &#233;ponyme d'une revue qui para&#238;t de 1949 jusqu'&#224; 1965. C. Castoriadis, qui ne sera naturalis&#233; fran&#231;ais qu'en 1970, y &#233;crit sous divers pseudonymes. Le groupe se dissout en 1967. Par ailleurs, C. Castoriadis sera &#233;conomiste &#224; l'Organisation europ&#233;enne de coop&#233;ration &#233;conomique (OECE) de 1948 &#224; 1960, puis &#224; l'Organisation de coop&#233;ration et de d&#233;veloppement &#233;conomiques (OCDE) de 1960 &#224; 1970. Trois ans apr&#232;s il obtient sa naturalisation fran&#231;aise et d&#233;missionne de sa fonction &#224; l'OCDE pour devenir psychanalyste &#224; partir de 1973. &#201;lu directeur d'&#233;tudes &#224; l'&#201;cole des hautes &#233;tudes en sciences sociales (EHESS) en 1979, il y tient des s&#233;minaires de 1980 &#224; 1995, sous le th&#232;me g&#233;n&#233;ral : &#171; Institution de la soci&#233;t&#233; et cr&#233;ation historique &#187;. Il d&#233;c&#232;de &#224; Paris le 26 d&#233;cembre 1997 &#224; l'&#226;ge de 75 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons d'abord, le c&#339;ur de la pens&#233;e proprement politique de C. Castoriadis, et reconnaissons d'embl&#233;e que celle-ci ne se formule pas centralement en termes d'espace public, comme c'est le cas chez Hannah Arendt (1906-1975) et J&#252;rgen Habermas. Chez ce dernier, le lien entre la publicit&#233; (au sens d'une justification publique des normes et d'usage de la raison, et non au sens plus r&#233;pandu de promotion d'articles ou services pr&#233;sent&#233;s &#224; la vente dans les m&#233;dias) et la politique est un h&#233;ritage des Lumi&#232;res, particuli&#232;rement d'Immanuel Kant (1724-1804, voir sa notion d'&lt;i&gt;&#214;ffentlichkeit&lt;/i&gt;, &#233;quivalent en allemand de &#171; publicit&#233; &#187;). La question est de savoir qui fixe les r&#232;gles dans une soci&#233;t&#233;, selon quelles modalit&#233;s et quels sont les objets de cette activit&#233; r&#233;gulatrice ou l&#233;gislatrice. Si l'on consid&#232;re cette question dans la perspective de la publicit&#233;, il s'agit alors de savoir si cette t&#226;che s'effectue aux yeux de tous, si tous en sont inform&#233;s, si tous peuvent la suivre, en &#234;tre tenus inform&#233;s ou s'en tenir inform&#233;s. Donc, &#171; Public &#187; signifie d'abord ce qui peut &#234;tre entendu ou vu, et c'est ce qui est commun &#224; la politique et aux spectacles. Mais &#171; public &#187;, &#224; un autre niveau, signifie aussi ce qui est accessible au plus grand nombre, ce &#224; quoi il est possible de participer en nombre (d'o&#249; la distinction castoriadienne entre le partageable et le participable). C. Castoriadis met r&#233;solument l'accent sur l'action participable car, selon lui, m&#234;me dans une soci&#233;t&#233; autonome (c'est-&#224;-dire pleinement d&#233;mocratique), l'action politique ne se r&#233;duit, ni &#224; des actions d'&#233;clat de quelques-uns (leur prodiguant de la notori&#233;t&#233; sur une sc&#232;ne publique), comme chez H. Arendt, ni &#224; un agir communicationnel et une politique r&#233;duite &#224; la discussion men&#233;e selon certaines normes &#233;thiques, visant la persuasion, comme chez J. Habermas. Elle prend plut&#244;t toute son ampleur et tout son sens dans les mouvements sociaux et plus g&#233;n&#233;ralement dans la cr&#233;ation de nouvelles d&#233;terminations sociales et politiques. Pour C. Castoriadis, il y a eu et il y aura cr&#233;ation, plut&#244;t que d'un espace public, d'une sph&#232;re publique (plus pr&#233;cis&#233;ment la &#171; sph&#232;re priv&#233;e/publique &#187;) qui est &#224; la fois un espace public et un temps public, un domaine de la soci&#233;t&#233; o&#249; il ne s'agit pas seulement de voir les autres ou de se faire voir par les autres, mais o&#249; l'on choisit avec les autres les formes de vie que l'on souhaite mener. Cependant, tout au long de sa vie, C. Castoriadis a illustr&#233; un aspect sp&#233;cifique de la notion qu'il nommera dans plusieurs articles et interventions : &#171; agora &#187; ou &#171; sph&#232;re priv&#233;e/publique &#187;. En cela il entend l'espace et le temps o&#249; un individu ou un groupe constitu&#233; s'adresse &#224; des parties de la soci&#233;t&#233; (ou si possible &#224; toute la soci&#233;t&#233;, ou &#224; d'autres soci&#233;t&#233;s), par des moyens vari&#233;s afin d'inviter &#224; des d&#233;bats sur des questions importantes, de d&#233;fendre des conceptions politico-sociales et, plus g&#233;n&#233;ralement, de mieux orienter la pouss&#233;e spontan&#233;e d'une soci&#233;t&#233; et des citoyens. En compagnie de Spiros Stinas (1900-1987), C. Castoriadis a &#233;galement contribu&#233; aux activit&#233;s politiques en Gr&#232;ce. Il a &#233;t&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; animateur actif et productif dans le groupe &#171; Socialisme ou Barbarie &#187; ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; participant actif aux r&#233;unions publiques de ce m&#234;me groupe. En particulier au sujet de la guerre d'Alg&#233;rie de 1954 &#224; 1962, de la R&#233;volution hongroise de 1956, du retour au pouvoir de Charles de Gaulle (1890-1970) en 1958 ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; conf&#233;rencier intervenant sur la d&#233;mocratie grecque antique.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pierre Vidal-Naquet (1930-2006), qui fut un de ses amis, rappelle :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand se passa notre premi&#232;re rencontre ? En 1961, je crois, alors que j'&#233;tais profond&#233;ment engag&#233; dans la lutte contre la guerre d'Alg&#233;rie, mais ce ne fut l&#224; qu'un &#233;pisode. Notre premier d&#233;bat intellectuel eut lieu en 1963, et concerna non le socialisme moderne et la r&#233;volution du XXe si&#232;cle mais la d&#233;mocratie grecque antique. [&#8230;] Quoi qu'il en soit, en 1963 eut lieu au &#8223;Cercle Saint-Just&#8221; un d&#233;bat sur la d&#233;mocratie grecque. Fran&#231;ois Ch&#226;telet, Jean-Pierre Vernant et moi [&#8230;] repr&#233;sentions, si j'ose dire, la Gr&#232;ce ancienne, tandis qu'en face de nous se trouvaient notamment Castoriadis et Lefort. [&#8230;] N'&#233;tant gu&#232;re accoutum&#233; d'avoir, &#224; l'exception de Vernant, des interlocuteurs d'un tel calibre, je fus proprement &#233;bloui et marquai cet &#233;blouissement d'une fa&#231;on, je crois, assez candide. &#187; (Vidal-Naquet, 1989 : 19-20)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi se r&#233;f&#233;rer &#224; son texte militant et d'analyse socio-politique (Coudray, Lefort, Morin, 1968) : &#171; La r&#233;volution anticip&#233;e &#187;, distribu&#233; le 20 mai 1968, au c&#339;ur du mouvement des occupations d'universit&#233;s. Il signe ce dernier sous le nom de Jean-Marc Coudray. Ses &#233;crits politiques &#233;taient syst&#233;matiquement &#233;crits sous pseudonyme car il risquait l'expulsion du territoire, avant sa naturalisation en 1970. Seraient &#233;galement &#224; prendre en consid&#233;ration ses interventions dans des revues psychanalytiques, philosophiques et politiques :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; son premier article (1968a) sign&#233; sous son v&#233;ritable nom dans la revue &lt;i&gt;L'Inconscient &lt;/i&gt; ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; ses articles dans les revues &lt;i&gt;Topique &lt;/i&gt;(cr&#233;&#233;e en 1969 par Piera Aulagnier ; Castoriadis, 1977), &lt;i&gt;Textures &lt;/i&gt;(1971-1975), et &lt;i&gt;Libre &lt;/i&gt;(1977-1980) ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; ses interventions publiques (conf&#233;rences, articles de presse, entretiens radiophoniques) publi&#233;s dans &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe &lt;/i&gt;(1978-1999, 6 volumes), &lt;i&gt;Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive&lt;/i&gt; (2005) ainsi que les s&#233;minaires &#224; l'EHESS (1980-1995) partiellement publi&#233;s par les &#201;ditions Le Seuil (Castoriadis 2002 ; 2004 ; 2008 ; 2011).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Rappelons encore que, de 2012 &#224; 2020, les &#201;ditions du Sandre ont r&#233;&#233;dit&#233; en huit gros volumes les &#233;crits politiques de l'&#233;poque de &#171; Socialisme ou Barbarie &#187;, avec aussi des in&#233;dits, des lettres et des textes importants qui avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; publi&#233;s. Enfin, notons toute l'&#233;nergie qu'il a consacr&#233;e pour nourrir ou nouer des liens avec des philosophes, psychanalystes et intellectuels de pays du monde entier, lui permettant ainsi de d&#233;fendre ses positions dans de nombreux espaces publics &#224; l'&#233;tranger (voir Dosse, 2014 : chap. 22). &lt;br class='manualbr' /&gt;La pens&#233;e de C. Castoriadis se pr&#233;sente sous deux aspects principaux &#233;troitement solidaires : l'un politique, l'autre philosophique. Dans l'important article &#171; Fait et &#224; faire &#187;, il d&#233;crit son itin&#233;raire intellectuel de la mani&#232;re suivante :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai &#233;t&#233; subjugu&#233; par la philosophie d&#232;s que je l'ai connue, &#224; treize ans. [&#8230;]. Puis, en m&#234;me temps que Marx, &#233;taient venus Kant, Platon, Cohen, Natorp, Rickert, Lask, Husserl, Aristote, Hegel, Max Weber, &#224; peu pr&#232;s dans cet ordre. Depuis, je n'ai jamais cess&#233; de m'en pr&#233;occuper. Je suis venu &#224; Paris en 1945 pour faire une th&#232;se de doctorat de philosophie, dont le th&#232;me &#233;tait que tout ordre philosophique rationnel aboutit, de son propre point de vue, &#224; des apories et &#224; des impasses. Mais, d&#232;s 1942, la politique s'&#233;tait av&#233;r&#233;e trop absorbante et j'ai toujours voulu mener l'activit&#233; et la r&#233;flexion politiques sans y m&#234;ler directement la philosophie au sens propre du terme. C'est comme id&#233;es politiques, non pas philosophiques, qu'apparaissent dans mes &#233;crits l'autonomie, la cr&#233;ativit&#233; des masses, ce que j'aurais appel&#233; aujourd'hui l'irruption de l'imaginaire instituant dans et par l'activit&#233; d'un collectif anonyme. [&#8230;] C'est &#224; partir d'une r&#233;flexion sur l'&#233;conomie contemporaine, d'une critique immanente de son &#233;conomie et de sa vue de la soci&#233;t&#233; et de l'histoire, non pas comme m&#233;taphysicien, que Marx est critiqu&#233;, puis mis &#224; distance. Et c'est &#224; partir d'une r&#233;flexion sur l'histoire et des diverses formes de soci&#233;t&#233; que son syst&#232;me est finalement rejet&#233;, et l'id&#233;e de l'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233; atteinte. Alors seulement [&#8230;] la jonction s'op&#232;re avec la philosophie proprement dite et son histoire, l'appartenance de Marx &#224; la m&#233;taphysique rationaliste est d&#233;crite, certaines pr&#233;mices de l'id&#233;e d'imagination dans l'id&#233;alisme allemand sont retrouv&#233;es. [&#8230;]. Ce n'est qu'apr&#232;s [&#8230;] l'arr&#234;t de la publication de &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt;, que le travail philosophique commence &#224; absorber la meilleure partie de mon temps libre [&#8230;]. Mais ce travail est tout autant, sinon davantage, pr&#233;occupation avec les pr&#233;suppos&#233;s, les implications, le sens philosophique des sciences, de la psychanalyse, de la soci&#233;t&#233; et de l'histoire, que r&#233;flexion sur les grands textes du pass&#233;. &#187; (Castoriadis, 1997 : 21-22).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au plan politique, C. Castoriadis se pr&#233;occupe d'&#233;lucider et de pr&#233;ciser les conditions de possibilit&#233; de ce qu'il nomme &#171; le projet d'autonomie &#187; collective et individuelle. Sur le plan philosophique, il d&#233;veloppe une ontologie du mode d'&#234;tre propre au social-historique, qui est, pour lui, paradigme de l'ensemble des questions philosophiques, celles du temps pr&#233;sent comme celles h&#233;rit&#233;es de la tradition. Ce mode d'&#234;tre propre au social-historique correspond &#224; la derni&#232;re des strates de l'&#234;tre-&#233;tant total qui forme un &#171; monde morcel&#233; &#187;/un monde stratifi&#233;, car si l'&#234;tre est temps, c'est qu'il est anim&#233; par une puissance de cr&#233;ation ontologique qui fait &#233;merger des strates d'&#234;tre mutuellement irr&#233;ductibles et s'&#233;tayant les unes sur les autres :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; d'abord la nature physique ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; puis celles qui ont la structure du pour-soi que sont le vivant, la psych&#233; et le social- historique ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; enfin, l&#224; o&#249; &#233;mergent les diverses entit&#233;s indissolublement sociales et historiques, les soci&#233;t&#233;s.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;On ne pourrait mieux r&#233;sumer la pens&#233;e et l'action de C. Castoriadis qu'en rappelant ce qu'il &#233;crivait dans le m&#234;me article :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La soci&#233;t&#233; s'institue chaque fois dans la cl&#244;ture de ses S.I.S. [significations imaginaires sociales]. La cr&#233;ation historique de la philosophie est rupture de cette cl&#244;ture : mise en question explicite de ces S.I.S., des repr&#233;sentations et des mots de la tribu. De l&#224; sa consubstantialit&#233; avec la d&#233;mocratie. Les deux ne sont possibles que dans et par un d&#233;but de rupture de l'h&#233;t&#233;ronomie sociale, et cr&#233;ation d'un nouveau type d'&#234;tre : la subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante et d&#233;lib&#233;rante. La cr&#233;ation de la r&#233;flexion &#8211; de la pens&#233;e &#8211; va de pair avec la cr&#233;ation d'un nouveau type de discours, le discours philosophique, qui incarne l'interrogation illimit&#233;e et se modifie lui-m&#234;me le long de son histoire. &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;. : 21).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans l'article : &#171; Imaginaire grec et moderne &#187;, C. Castoriadis (1996 : 161-162) &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi parler de la cl&#244;ture de la signification ? Le terme de cl&#244;ture a ici le sens tr&#232;s pr&#233;cis qu'il a en math&#233;matiques, en alg&#232;bre. [&#8230;]. Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; il y a cl&#244;ture de la signification, aucune question qui pourrait &#234;tre pos&#233;e dans ce syst&#232;me, dans ce magma de significations, n'est priv&#233;e de r&#233;ponse dans ce m&#234;me magma. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, &#224; la diff&#233;rence de la repr&#233;sentation commune de la soci&#233;t&#233; ouverte, C. Castoriadis d&#233;crit la soci&#233;t&#233; autonome comme progressant par ruptures successives de cl&#244;tures sociales toujours &#224; nouveau institu&#233;es, non pas par une ouverture effectu&#233;e une fois pour toutes, car le mode d'&#234;tre caract&#233;ristique des entit&#233;s social-historiques est d'exister par et dans des formes qui se closent sur elles-m&#234;mes. Il oppose classiquement l'autonomie &#224; l'h&#233;t&#233;ronomie, mais renouvelle toutefois la conception de cette opposition. Une soci&#233;t&#233; est dite h&#233;t&#233;ronome &#8211; la plupart l'ont &#233;t&#233; et le sont &#8211; lorsqu'elle attribue l'origine de ses institutions &#224; une source qui lui est hors de port&#233;e, de telle sorte qu'elle &#233;chappe &#224; sa prise, &#224; son &#233;ventuelle action transformatrice. En r&#233;alit&#233;, fait valoir C. Castoriadis, toute soci&#233;t&#233; est le fait d'une auto-institution, mais, l'attribuant &#224; une cause transcendante, elle l'ignore le plus souvent. Par contraste, une soci&#233;t&#233; est autonome lorsqu'elle acc&#232;de &#224; la conscience que ses institutions sont son &#339;uvre, qu'elle en est l'auteur. Son auto-institution est alors explicite : elle se donne, le sachant, les lois de son existence. Il est en son pouvoir de se r&#233;instituer d&#232;s lors qu'elle le souhaite, exer&#231;ant ainsi, selon l'expression de C. Castoriadis, sa &#171; subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante et d&#233;lib&#233;rante &#187;. Cette autonomie est ins&#233;parablement collective et individuelle : la soci&#233;t&#233; autonome cr&#233;e les institutions qui socialisent et &#233;duquent, dans et par l'autonomie, des individus aptes &#224; exercer cette autonomie. Celle-ci est essentiellement capacit&#233; d'autolimitation d&#232;s lors que les hommes saisissent et acceptent qu'il n'existe pas d'autres limites que celles qu'ils se donnent &#224; eux-m&#234;mes. La d&#233;mocratie est le r&#233;gime de l'autonomie, mais celle-ci exige, pour exister r&#233;ellement, d'autres institutions que celles de la &#171; d&#233;mocratie repr&#233;sentative &#187;. Rousseauiste sous cet aspect, C. Castoriadis pense que l'autonomie ne se d&#233;l&#232;gue pas, qu'elle ne peut &#234;tre repr&#233;sent&#233;e. Les soci&#233;t&#233;s occidentales ne sont donc que partiellement d&#233;mocratiques, non pas formellement toutefois, comme dans la critique marxiste, car des libert&#233;s et des droits effectifs ont &#233;t&#233; conquis et institu&#233;s par les luttes sociales. C. Castoriadis, dans l'article : &#171; La logique des magmas et la question de l'autonomie &#187;, pr&#233;cise &#224; ce propos :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'autonomie, comme objectif : oui, mais cela est-il suffisant ? L'autonomie est un objectif que nous voulons pour lui-m&#234;me &#8211; mais aussi, pour autre chose. Sans cela, nous retombons dans le formalisme kantien, et dans ses impasses. Nous voulons l'autonomie de la soci&#233;t&#233; &#8211; comme des individus &#8211; &#224; la fois pour elle-m&#234;me, et pour pouvoir &lt;i&gt;faire &lt;/i&gt;des choses. Faire &lt;i&gt;quoi &lt;/i&gt; ? C'est peut-&#234;tre l'interrogation la plus lourde que suscite la situation contemporaine : ce &lt;i&gt;quoi &lt;/i&gt;se rapporte aux &lt;i&gt;contenus&lt;/i&gt;, aux valeurs substantives &#8211; et c'est ce qui appara&#238;t en crise dans la soci&#233;t&#233; o&#249; nous vivons &#187; (Castoriadis, 1986, 1999 : 520).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir d'une analyse politique qui l'a d'abord conduit &#224; une critique syst&#233;matique du marxisme, puis d'une r&#233;flexion philosophique centr&#233;e sur l'ontologie du social-historique, Castoriadis aboutit donc &#224; une anthropologie originale qui cherche &#224; int&#233;grer &#224; la fois les enseignements de la psychanalyse et ceux de l'ethnologie. Sur le plan philosophique, ses conceptions le mettent en marge des principaux courants de son &#233;poque, en particulier du marxisme, du structuralisme, du d&#233;constructionnisme, du post-modernisme et du nietzsch&#233;isme fran&#231;ais. Influenc&#233; par Maurice Merleau-Ponty (1908-1961), C. Castoriadis reste &#233;tranger &#224; la torsion que Martin Heidegger (1889-1976) fait subir &#224; la ph&#233;nom&#233;nologie d'Edmund Husserl (1859-1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ph. Caumi&#232;res et A. Tom&#232;s (2017 : 9) r&#233;sument en peu de mots le choix de C. Castoriadis :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si Castoriadis &lt;i&gt;pr&#233;f&#232;re &lt;/i&gt;une soci&#233;t&#233; autonome, une soci&#233;t&#233; dans laquelle chacun peut participer aux affaires publiques et d&#233;cider souverainement des lois au lieu de les recevoir d'une source transcendante, d'un comit&#233; d'experts ou d'une assembl&#233;e de repr&#233;sentants, c'est que cette forme de soci&#233;t&#233; est la seule permettant aux hommes de vivre &lt;i&gt;libres&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8212; L'infra-pouvoir, le pouvoir explicite (&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;le &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;politique), &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;politique, l'autonomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'important article &#171; Pouvoir, politique, autonomie &#187;, C. Castoriadis expose les notions qu'il utilise pour d&#233;crire les diff&#233;rents niveaux d'activit&#233; des individus et de la collectivit&#233; dans toutes les soci&#233;t&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avant tout pouvoir explicite, et, beaucoup plus, avant toute &#8223;domination&#8221;, l'institution de la soci&#233;t&#233; exerce un &lt;i&gt;infra-pouvoir radical &lt;/i&gt;sur tous les individus qu'elle produit. Cet infra-pouvoir &#8211; manifestation et dimension du pouvoir instituant de l'imaginaire radical &#8211; n'est pas localisable. Il n'est certes jamais celui d'un individu ou m&#234;me d'une instance d&#233;signables. Il est ?exerc&#233;&#8221; par la soci&#233;t&#233; institu&#233;e, mais derri&#232;re celle-ci se tient la soci&#233;t&#233; instituante, et d&#232;s que l'institution est pos&#233;e, le social instituant se d&#233;robe, il se met &#224; distance, il est d&#233;j&#224; aussi ailleurs &#187; (Castoriadis, 1990 : 118).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais l'infra-pouvoir n'est ni total ni absolu, puisqu'il y des soci&#233;t&#233;s tr&#232;s distinctes les unes des autres, et qui s'auto-alt&#232;rent temporellement. Une soci&#233;t&#233; peut &#234;tre menac&#233;e par d'autres soci&#233;t&#233;s en contact, ou travaill&#233;e par son propre imaginaire instituant. C'est pourquoi C. Castoriadis introduit la notion de pouvoir explicite :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Contre tous ces facteurs qui menacent sa stabilit&#233; et son autoperp&#233;tuation, l'institution de la soci&#233;t&#233; comporte toujours des d&#233;fenses et des parades pr&#233;-&#233;tablies et pr&#233;-incorpor&#233;es. [&#8230;]. Le fait que toutes ces d&#233;fenses peuvent &#233;chouer, et en un sens &#233;chouent toujours &#8211; qu'il peut y avoir crime, litige violent insoluble, calamit&#233; naturelle d&#233;truisant la fonctionnalit&#233; des institutions existantes, guerre &#8211; est une des racines du &lt;i&gt;pouvoir explicite&lt;/i&gt;. Il y a toujours, il y aura toujours, une dimension de l'institution de la soci&#233;t&#233; charg&#233;e de cette fonction essentielle : r&#233;tablir l'ordre, assurer la vie et l'op&#233;ration de la soci&#233;t&#233; envers et contre tout ce qui, actuellement ou potentiellement, la met en danger &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et plus loin : &#171; C'est cette dimension de l'institution de la soci&#233;t&#233;, ayant trait au &lt;i&gt;pouvoir explicite&lt;/i&gt;, soit &#224; l'existence d'&lt;i&gt;instances pouvant &#233;mettre des injonctions sanctionnables&lt;/i&gt;, qu'il faut appeler la dimension &lt;i&gt;du &lt;/i&gt;politique &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;). C. Castoriadis pr&#233;cise que ce pouvoir explicite, selon les soci&#233;t&#233;s, peut &#234;tre exerc&#233; par la tribu enti&#232;re, les guerriers, un chef, le &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt;, un Appareil bureaucratique ou n'importe quoi d'autre. Il distingue l'&#201;tat du pouvoir explicite, en tant que typiquement une &lt;i&gt;institution seconde &lt;/i&gt;(et non une &lt;i&gt;institution premi&#232;re&lt;/i&gt;). Il critique aussi la confusion &lt;i&gt;du &lt;/i&gt;politique, dimension du pouvoir explicite, avec l'institution d'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Il introduit ensuite l'expression &#171; &lt;i&gt;la &lt;/i&gt;politique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La politique, telle qu'elle a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par les Grecs, a &#233;t&#233; la mise en question explicite de l'institution &#233;tablie de la soci&#233;t&#233; &#8211; ce qui pr&#233;supposait, et cela est clairement affirm&#233; au Ve si&#232;cle, qu'au moins de grandes parties de cette institution n'ont rien de &#8223;sacr&#233;&#8221;, ni de &#8223;naturel&#8221;, mais qu'elles rel&#232;vent du &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;. [&#8230;]. La cr&#233;ation de la politique a lieu lorsque l'institution donn&#233;e de la soci&#233;t&#233; est mise en cause comme telle et dans ses diff&#233;rents aspects et dimensions (ce qui en fait d&#233;couvrir rapidement, expliciter, mais aussi &lt;i&gt;articuler &lt;/i&gt;&lt;i&gt;autrement &lt;/i&gt;la solidarit&#233;), donc, lorsqu'un &lt;i&gt;autre rapport&lt;/i&gt;, in&#233;dit jusqu'alors, est cr&#233;&#233; entre l'institution et l'institu&#233;. La politique se situe donc d'embl&#233;e, potentiellement, &#224; un niveau &#224; la fois radical et global, de m&#234;me que son rejeton, la &#8223;philosophie politique&#8221; classique. &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;N. Poirier (2011 : 435-436) r&#233;sume ainsi la cr&#233;ation conjointe de la philosophie et de la politique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; c'est en effet parce qu'ils reconnaissent, sans le recouvrir, l'existence de l'ab&#238;me comme ce sur quoi &#233;merge un monde humain que les Grecs vont cr&#233;er l'activit&#233; philosophique &#8211; mise en question de la v&#233;rit&#233; institu&#233;e par la tradition &#8211;, et l'activit&#233; politique &#8211; mise en question des lois &#233;tablies &#8211;, se donnant ainsi pour t&#226;che l'institution d'un dire et d'un faire qui reconnaissent explicitement l'absence de fondements assur&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la r&#233;flexion de C. Castoriadis sur l'autonomie, &#224; partir du &#171; germe grec &#187;, on pourra &#233;galement se reporter au long article de St&#233;phane Vibert (2010 : 27-71) : &#171; Le &lt;i&gt;nomos &lt;/i&gt;comme auto-institution collective. Le &#8223;germe grec&#8221; de l'autonomie d&#233;mocratique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8212; Les trois sph&#232;res de la soci&#233;t&#233; : l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;oikos&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'agora&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ecclesia&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les articles : &#171; Fait et &#224; faire &#187; d&#233;j&#224; cit&#233;, &#171; La d&#233;mocratie comme proc&#233;dure et comme r&#233;gime &#187; (Castoriadis, 1996), et dans le livre : &lt;i&gt;La Cit&#233; et les lois &lt;/i&gt;(2008), C. Castoriadis introduit et utilise les notions d'&lt;i&gt;oikos, agora, ecclesia&lt;/i&gt;, pour distinguer les trois types d'activit&#233;s humaines dans une soci&#233;t&#233; &#8211; et cela sans utiliser le concept d'espace public dans ces passages, alors que l'expression appara&#238;t dans d'autres textes. Il conceptualise une tripartition, l&#224; o&#249; la plupart des philosophes voient une bipartition entre espace priv&#233; et espace public (voir Arendt 1958a ; 1958b ; Habermas, 1962 ; 1981).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis pr&#233;cise :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La langue grecque ancienne et la pratique politique des Ath&#233;niens nous offrent une distinction pr&#233;cieuse &#8211; et, &#224; mon avis, de validit&#233; universelle &#8211; entre trois sph&#232;res des activit&#233;s humaines, que l'institution globale de la soci&#233;t&#233; doit &#224; la fois s&#233;parer et articuler : l'&lt;i&gt;oikos&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;agora &lt;/i&gt;et l'&lt;i&gt;ecclesia&lt;/i&gt;. On peut traduire librement par : la sph&#232;re priv&#233;e, la sph&#232;re priv&#233;e/publique, la sph&#232;re (formellement et fortement) publique, identique &#224; ce que j'ai appel&#233; plus haut le pouvoir explicite. [&#8230;]. Ces sph&#232;res ne sont nettement distingu&#233;es (et proprement articul&#233;es) que sous un r&#233;gime d&#233;mocratique. Sous un r&#233;gime totalitaire, par exemple, la sph&#232;re publique absorbe, en principe, tout. En m&#234;me temps, elle n'est en r&#233;alit&#233; nullement publique &#8211; elle est la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de l'Appareil totalitaire qui poss&#232;de et exerce le pouvoir. Les monarchies absolues traditionnelles respectaient, en principe, l'ind&#233;pendance de la sph&#232;re priv&#233;e, de l'&lt;i&gt;oikos&lt;/i&gt;, et n'intervenaient que mod&#233;r&#233;ment dans la sph&#232;re priv&#233;e/publique, l'&lt;i&gt;agora&lt;/i&gt;. Paradoxalement, les pseudo-&#8223;d&#233;mocraties&#8221; occidentales contemporaines ont rendu pour une grande partie en fait priv&#233;e la sph&#232;re publique : les d&#233;cisions vraiment importantes sont prises en secret et dans les coulisses (du Gouvernement, du Parlement, des Appareils des partis. Une d&#233;finition de la d&#233;mocratie aussi bonne que n'importe quelle autre est : le r&#233;gime o&#249; la sph&#232;re publique devient vraiment et effectivement publique &#8211; appartient &#224; tous, est effectivement ouverte &#224; la participation de tous. &#187; (Castoriadis, 1996 : 228-229)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans le paragraphe intitul&#233; &#171; Autonomie : la politique &#187; de l'article &#171; Fait et &#224; faire &#187;, C. Castoriadis d&#233;veloppe assez longuement ces notions. Il note, en particulier :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; 1. Les relations entre les trois sph&#232;res n'ont rien de &#8223;naturel&#8221; ou d'&#233;vident, elles sont toujours institu&#233;es. [&#8230;]. L'id&#233;e d'autonomie, qui se concr&#233;tise en cette autre id&#233;e : pas de soci&#233;t&#233; autonome sans individus autonomes, implique que l'&lt;i&gt;ecclesia &lt;/i&gt;garantit et promeut la sph&#232;re la plus large possible d'activit&#233; r&#233;elle autonome des individus et des groupes que ceux-ci forment quelle que soit leur nature &#8211; donc, la plus grande extension possible de la sph&#232;re priv&#233;e et de la sph&#232;re priv&#233;e/publique. Il en r&#233;sulte une tr&#232;s forte pr&#233;somption en faveur d'une &lt;i&gt;l&#233;gislation minimale&lt;/i&gt;. Mais, encore une fois, rien ne permet de fixer &lt;i&gt;in abstracto &lt;/i&gt;ce minimum optimal. [&#8230;]. 2. La perversion du lib&#233;ralisme et, plus g&#233;n&#233;ralement, de ce qui passe maintenant pour &#171; philosophie politique &#187; est aussi de ne voir dans la sph&#232;re publique/publique, dans le pouvoir de l'&lt;i&gt;ecclesia &lt;/i&gt;(ou m&#234;me de l'&#201;tat existant), que la question de ses rapports avec la sph&#232;re priv&#233;e ou publique/priv&#233;e &#8211; les individus et la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; &#8211; et de la &#171; protection &#187; de ceux-ci. Mais la sph&#232;re publique/publique a toujours &#233;t&#233;, est et doit rester dans une soci&#233;t&#233; autonome, aussi le domaine et l'instance o&#249; sont discut&#233;es et d&#233;cid&#233;es les &#339;uvres et les entreprises qui concernent et engagent la collectivit&#233; enti&#232;re et que la collectivit&#233; ne peut pas, ne veut pas ou ne doit pas laisser &#224; l'initiative priv&#233;e ou priv&#233;e/publique. 3. Enfin, point le plus dur, il y a la question de la sph&#232;re publique/priv&#233;e, de l'&lt;i&gt;agora &lt;/i&gt;&#8211; comme telle en g&#233;n&#233;ral et comme &lt;i&gt;agora &lt;/i&gt;au sens particulier du terme, soit comme march&#233;. Nul doute qu'une soci&#233;t&#233; autonome devra non seulement garantir, mais activement promouvoir, la plus grande autonomie possible de la sph&#232;re publique/priv&#233;e : de la sph&#232;re o&#249; les individus se rencontrent et se regroupent sans &#233;gard explicite &#224; des questions politiques, pour se livrer &#224; toutes les activit&#233;s et &#224; tous les &#233;changes qu'il leur plaira. &#187; (Castoriadis, 1997 : 69-71)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En lisant le premier point ainsi que ce troisi&#232;me point, on peut noter une convergence partielle de C. Castoriadis avec le lib&#233;ralisme, le libertarianisme et l'anarchisme. En effet, m&#234;me s'il le critique f&#233;rocement, il rejoint pourtant ici un credo du lib&#233;ralisme de toujours : le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins, une th&#232;se sur laquelle s'accordent aussi les anarchistes et les libertariens. Dans les termes du penseur, une soci&#233;t&#233; autonome devrait garantir la plus grande extension possible de l'ind&#233;pendance de l'&lt;i&gt;oikos &lt;/i&gt;et de l'&lt;i&gt;agora&lt;/i&gt;, ce qui supposerait une l&#233;gislation minimale &#233;manant de l'&lt;i&gt;ecclesia&lt;/i&gt;, et devrait sans doute d&#233;velopper, beaucoup plus que nos soci&#233;t&#233;s contemporaines, une vie commune, requ&#233;rant de grands investissements de tous ou presque tous dans des projets communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 &#8212; Critique de la bipartition social/politique chez Hannah Arendt&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis critique, dans plusieurs livres et de nombreux passages, certaines positions de H. Arendt (1958a ; 1958b), en particulier la mani&#232;re dont elle pense l'espace social (identifi&#233; au &#171; domaine priv&#233; &#187;, &#224; la reproduction biologique et les besoins) et l'espace politique (identifi&#233; au &#171; domaine public &#187;). Dans le &#171; S&#233;minaire du 13 avril 1983 &#187;, il &#233;nonce :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une parenth&#232;se ici sur la position d'Hannah Arendt. Vous avez tous lu, ou vous lirez, ce livre fondamental qu'est &lt;i&gt;The Human Condition&lt;/i&gt;, titre malencontreusement traduit par &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;, alors qu'il s'agit de l'homme en g&#233;n&#233;ral, et en particulier de l'homme ancien. Je vous r&#233;sume la th&#232;se fondamentale d'Hannah Arendt, mais il faudrait qu'on y revienne. Pour elle, la grandeur de la conception grecque de la politique a consist&#233; &#224; s&#233;parer totalement le social du politique, en laissant de c&#244;t&#233; ce qu'elle appelle l'&lt;i&gt;animal laborans&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire l'&#234;tre humain en tant que travaillant &#8211; travaillant au sens o&#249; il participe &#224; un cycle de m&#233;tabolisme biologique par lequel il produit sa nourriture, la consomme, se reproduit comme corps, etc. Tout cela pour elle, n'appartient pas au domaine public et ne saurait &#234;tre un objet l&#233;gitime de pr&#233;occupation politique ; les Grecs avaient donc raison de restreindre cette activit&#233; dans les limites de l'&lt;i&gt;oikos &lt;/i&gt;et de l'&lt;i&gt;oikonomia&lt;/i&gt;, ou gestion du m&#233;nage, au m&#234;me titre que la cuisine ou l'&#233;ducation des enfants par la m&#232;re. La politique, c'est tout &#224; fait autre chose : c'est le domaine o&#249; les hommes luttent pour parvenir &#224; la reconnaissance, et surtout &#224; une dur&#233;e qui d&#233;passe l'espace d'une vie mortelle, en accomplissant de grandes choses en actes et en paroles. Voil&#224; donc le noyau des id&#233;es d'Hannah Arendt sur la question. Et corr&#233;lativement &#224; cela, on, trouve chez elle une critique de tous les mouvements d&#233;mocratiques modernes, auxquels elle reproche de s'&#234;tre encombr&#233;s &#224; tort du fardeau de la question sociale, laquelle &#224; proprement parler n'a pas sa place dans la politique. [&#8230;]. Sa d&#233;finition exclusive du domaine politique par l'aspiration &#224; la reconnaissance et &#224; la renomm&#233;e laisse de c&#244;t&#233; cet aspect fondamental qu'est l'institution de la soci&#233;t&#233; ; et puis sa d&#233;valorisation du domaine de la production et de la fabrication est &#224; mon avis erron&#233;e aussi bien politiquement que philosophiquement. &#187; (Castoriadis, 2008 : 80-81)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5 &#8212; Critique du fondement de la d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative chez J&#252;rgen Habermas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis a explicitement critiqu&#233; les conceptions de J. Habermas concernant le fondement rationnel de la d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative dans la fin de l'article :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Individu, soci&#233;t&#233;, rationalit&#233;, histoire &#187;. Il conclut : &#171; La tentative de Habermas de faire, une fois de plus, sortir ?rationnellement&#8221; le droit du fait &#8211; l'id&#233;e d'une &#8223;bonne&#8221; soci&#233;t&#233; de la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233; &lt;/i&gt;des conditions de la vie sociale &#8211; me para&#238;t tout aussi intenable que les autres tentatives du m&#234;me genre par le pass&#233;, qu'il r&#233;p&#232;te. Elle le conduit, de mani&#232;re tout &#224; fait caract&#233;ristique, &#224; chercher un mythique fondement &lt;i&gt;biologique &lt;/i&gt;aux questions de la th&#233;orie sociale et de l'action politique, dont t&#233;moigne, entre beaucoup d'autres, le passage suivant : &#8223;La perspective utopique de la r&#233;conciliation et de la libert&#233; est incorpor&#233;e dans les conditions de la socialisation communicationnelle des individus ; elle est d&#233;j&#224; construite dans les m&#233;canismes linguistiques de la reproduction de l'esp&#232;ce&#8221; (&lt;i&gt;Theorie des kommunikativen Handels I&lt;/i&gt;, 532-533 ; PhR, 192). [&#8230;]. Pourquoi ces &#8223;m&#233;canismes&#8221; ne seraient-ils pas compatibles avec la conservation de soci&#233;t&#233;s closes &#8211; qu'ils ont, au contraire, assur&#233; presque partout, presque toujours dans l'histoire ? La libert&#233; n'est ni &#8223;utopie&#8221;, ni fatalit&#233;. Elle est projet social-historique sans la r&#233;alisation d&#233;j&#224; advenue, bien que partielle, duquel ni Habermas ne serait en mesure d'&#233;crire ce qu'il &#233;crit, ni moi de lui objecter. &#187; (Castoriadis, 1990 : 68)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;[Document vid&#233;o : Intervention de Castoriadis lors du Colloque &#171; Institution, imaginaire, autonomie (Autour de Cornelius Castoriadis) &#187;, Centre Culturel International de Cerisy du 3 au 10 juillet 1990. &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=xMcM5jSH5K8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source : YouTube&lt;/a&gt; ]&lt;/p&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelques philosophes ont r&#233;fl&#233;chi et &#233;crit &#224; propos du d&#233;bat Castoriadis/Habermas. Parmi eux, Andreas Kalyvas, Rapha&#235;l G&#233;ly et Vincent Descombes (1994-1995), par exemple, ont &#233;crit concernant les questions d'espace public et de fondement rationnel ou non de la d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative. A. Kalyvas d&#233;veloppe dans son article cette opposition entre les deux philosophes. Il propose d'expliciter &#171; la critique par Castoriadis du fondationnalisme rationnel de Habermas et de son recours &#224; une hypoth&#233;tique raison quasi transcendante comme justification du contenu normatif de la d&#233;lib&#233;ration &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;ress&#233; par la question de la d&#233;cision, il explique ensuite : &#171; comment la conception de la volont&#233; propre &#224; C. Castoriadis peut &#234;tre utilis&#233;e pour d&#233;passer l'incapacit&#233; de la d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative &#224; int&#233;grer le moment de la d&#233;cision ; incapacit&#233; qui indique la suppression du pouvoir populaire instituant par un d&#233;ploiement massif de structures juridiques institu&#233;es et de proc&#233;dures aspirant &#224; r&#233;guler, contr&#244;ler, domestiquer cette volont&#233; du souverain collectif d&#233;mocratiquement organis&#233;, dont toute r&#233;alit&#233; institu&#233;e proc&#232;de &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il cherche &#224; d&#233;montrer que :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Contrairement &#224; la tendance qu'ont les th&#233;ories de la d&#233;lib&#233;ration &#224; souligner de mani&#232;re excessive l'importance de sa dimension d'int&#233;gration sociale, de l'ordre proc&#233;dural et de sa reproduction &#224; travers le fonctionnement de m&#233;canismes l&#233;gaux de coordination sociale abstraits et formels, la th&#233;orie de Castoriadis sur l'auto-institution de la soci&#233;t&#233; repr&#233;sente un exemple rare, mais f&#233;cond, d'une mani&#232;re de repenser l'alt&#233;rit&#233; radicale, en retrouvant la dimension fondatrice, cr&#233;atrice (et particuli&#232;rement cr&#233;atrice de sens) de la politique d&#233;mocratique. &#187; (Kalyvas, 2000 : 71-103)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans un long article, R. G&#233;ly commence par r&#233;futer l'interpr&#233;tation par J. Habermas (1988 : 387-396) de C. Castoriadis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La lecture que J. Habermas propose de C. Castoriadis neutralise en effet compl&#232;tement l'enjeu fondamental de sa pens&#233;e, lequel n'est certainement pas de destituer la question de la validit&#233; au profit d'une pure et simple ontologie po&#233;ticod&#233;miurgique de la cr&#233;ation sociale &#187;, puis continue, en affirmant, en d&#233;fense de C. Castoriadis :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour Castoriadis, bien au contraire, la soci&#233;t&#233; autonome implique tout autant que chez Habermas un rapport interne entre l'&#233;preuve de la donation du sens et l'&#233;preuve de sa mise en question, mais la possibilit&#233; effective de cette mise en question du sens implique une v&#233;ritable cr&#233;ation historique, l'investissement imaginaire de la question du vrai et du juste en tant que tels. &#187; (G&#233;ly, 2008 : 139-182)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il poursuit, en d&#233;fendant la th&#232;se suivante :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est pour cette raison que l'autonomie est une signification imaginaire sociale tout &#224; la fois contingente et n&#233;cessaire. Elle est contingente parce qu'il n'y a aucune n&#233;cessit&#233; li&#233;e &#224; une nature humaine objective que s'instaure le projet d'une soci&#233;t&#233; autonome. Mais elle est en m&#234;me temps n&#233;cessaire dans la mesure o&#249; il n'est pas possible une fois que l'on est entr&#233; de fa&#231;on contingente dans cette vie rationnelle d'argumenter avec s&#233;rieux contre la rationalit&#233; ou encore de d&#233;fendre de fa&#231;on autonome le projet de ne plus l'&#234;tre. &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il compare les philosophies de C. Castoriadis et de Karl-Otto Apel (1922-2017) : &#171; Mais il reste, ce que Apel ne voit pas, que le probl&#232;me de l'engagement affectif des individus dans le projet d'autonomie subsiste encore tout entier. [&#8230;]. La raison n'est puissante qu'investie affectivement par un enjeu identitaire profond. [&#8230;]. Le passage chez Castoriadis de l'&#233;thique au politique est entre autres li&#233; &#224; cette exigence d'un ancrage de la vie rationnelle dans la puissance affective d'un imaginaire social dont la contingence m&#234;me ne supprime pas la valeur en soi de la vie rationnelle, mais lui donne au contraire sa force. &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V. Descombes (1989) discute les th&#232;ses du livre de J. Habermas (1992, paru en fran&#231;ais en 1997) &lt;i&gt;Droit et d&#233;mocratie. Entre faits et normes&lt;/i&gt;. Il analyse la conception de la philosophie du droit de J. Habermas, critique son &#171; proc&#233;duralisme &#187;, et fait intervenir les conceptions de C. Castoriadis, en fin d'article :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Consid&#233;rer la d&#233;mocratie comme un r&#233;gime, &#233;crit C. Castoriadis, c'est juger qu'elle est &#8223;indissociable d'une conception substantive des fins de l'institution politique et d'une vue, et d'une vis&#233;e, du type humain lui correspondant&#8221; [Note : Voir l'essai &lt;i&gt;La d&#233;mocratie comme proc&#233;dure et comme r&#233;gime &lt;/i&gt; ; Castoriadis &#233;crit aussi : &#8223;il ne peut y avoir de soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique sans &lt;i&gt;paideia &lt;/i&gt;d&#233;mocratique&#8221;, p. 233]. Peut-&#234;tre un &#8223;radical-d&#233;mocrate&#8221; dira-t-il ici que c'&#233;tait vrai hier, que cela valait pour la d&#233;mocratie antique (celle d'une soci&#233;t&#233; close sur son &lt;i&gt;ethos &lt;/i&gt;collectif), mais que cela ne vaut plus pour nous. Si c'&#233;tait vrai, il faudrait en conclure que nous avons trouv&#233; le secret de vivre une vie sociale sans vivre en soci&#233;t&#233;. &#187; (Descombes, 2007 : 356-357)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6 &#8212; Critique du &#171; On &#187; chez Martin Heidegger&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis critique radicalement tous les th&#232;mes de la philosophie de M. Heidegger, dans les six volumes des &lt;i&gt;Carrefours du labyrinthe &lt;/i&gt;(par exemple : &#171; La &#8223;fin de la philosophie&#8221; ? &#187;, dans le troisi&#232;me volume), et dans les s&#233;minaires &#224; l'EHESS. Cela, en particulier, concernant la notion floue de &#171; On &#187; (nom de l'espace public moderne, ou, de mani&#232;re ambigu&#235;, de normes et structures sociales ali&#233;nantes, d'une instance mena&#231;ante et insaisissable de d&#233;racinement et de destruction du &lt;i&gt;Dasein&lt;/i&gt;). Dans le s&#233;minaire du 20 avril 1987, paru dans &lt;i&gt;Sujet et v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;, il &#233;nonce :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La critique et la d&#233;nonciation de la modernit&#233;, si elle prend des accents beaucoup plus violents en 1935 [Note : &lt;i&gt;Introduction &#224; la m&#233;taphysique&lt;/i&gt;] et dans les textes d'apr&#232;s-guerre, est d&#233;j&#224; pleinement pr&#233;sente dans &lt;i&gt;Sein und Zeit&lt;/i&gt;(1927) (perte de l'authenticit&#233; dans l'anonymat collectif &#8211; le &#8223;On&#8221; &#8211; affairement et &#8223;curiosit&#233;&#8221;, pr&#233;pond&#233;rance du monde des &#8223;outils&#8221;, etc.) &#8211;, de m&#234;me qu'on y trouve d&#233;j&#224; la liaison de l' &#8223;oubli&#8221; de la question ontologique avec la m&#233;taphysique de la &#8223;subjectivit&#233;&#8221;, cart&#233;sienne et postcart&#233;sienne. Or cette critique, on le sait, court les rues dans l'Allemagne de Weimar, et en elle se rencontrent les tendances les plus radicales de la &#8223;droite&#8221; et de la &#8223;gauche&#8221;. &#187; (Castoriadis, 2002 : 268)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de rapprocher cette critique de recherches de philosophes des ann&#233;es 2010- 2020. Par exemple, dans l'article en allemand (traduit par l'auteure) : &#171; &lt;i&gt;&#202;tre et temps&lt;/i&gt;, un livre pour tous et pour chacun ? &#187;, Sidonie Kellerer (2019) consacre plusieurs paragraphes &#224; l'analyse du &#171; On &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au &#167; 37 [d'&lt;i&gt;&#202;tre et Temps&lt;/i&gt;] Heidegger d&#233;veloppe sa description du &#8223;On&#8221; : &#8223;Le bavardage et la curiosit&#233; perdent leur puissance &#8211; ce dont ils ont t&#244;t fait de se venger&#8221;. Comment un existential pourrait-il donc &#8223;se venger&#8221; Heidegger ne l'explique pas. Comment faut-il d&#232;s lors comprendre le &#8223;On&#8221; et autres personnifications anthropomorphes du m&#234;me ordre ? S'agit-il simplement de fa&#231;ons de parler ? [&#8230;]. Une telle interpr&#233;tation n'est pourtant pas compatible avec la description sp&#233;cifique que Heidegger donne de la sph&#232;re publique ; certes, assure-t-il, le bavardage du &#8223;On&#8221;, &#8223;en son mode d'&#234;tre, n'est nullement &lt;i&gt;volont&#233; consciente &lt;/i&gt;de faire passer quelque chose pour autre chose&#8221;, une telle &#8223;intention de tromper&#8221; n'est donc point requise. Mais comment concilier cette absence d'intention avec toute l'atmosph&#232;re du texte o&#249; l'espace public tout &#224; la fois combat le &lt;i&gt;Dasein&lt;/i&gt;, se venge de lui, pratique l'art de le tromper, bref, un espace public qui met tout en &#339;uvre pour d&#233;raciner, voire d&#233;truire le &lt;i&gt;Dasein &lt;/i&gt; ? En d'autres termes : si l'on prend &lt;i&gt;&#202;tre et temps &lt;/i&gt;comme une sorte d'a&#233;rolithe, un texte absolu, ne renvoyant qu'&#224; lui-m&#234;me &#8211; et c'est en effet cette lecture d'&lt;i&gt;&#202;tre et temps &lt;/i&gt;qui continue de pr&#233;valoir &#8211; la notion de &lt;i&gt;Dasein &lt;/i&gt;semble d&#233;crire la vie de tous les &#234;tres humains. Mais un examen pr&#233;cis montre que Heidegger d&#233;crit un combat entre hommes potentiellement authentiques et hommes inauthentiques. Le &lt;i&gt;Dasein &lt;/i&gt;&#233;gar&#233; par le &#8223;On&#8221; doit se lib&#233;rer de son emprise. L'ambivalence d'un &#8223;On&#8221; que Heidegger d&#233;crit tout &#224; la fois comme structure et ennemi du &lt;i&gt;Dasein &lt;/i&gt;ne saurait &#234;tre clarifi&#233;e &#224; partir du seul texte d'&lt;i&gt;&#202;tre et temps&lt;/i&gt;. Car l'ambivalence constitutive propre au trait&#233; &#8211; dont le caract&#232;re &#233;nigmatique est encore renforc&#233; par le mode d'expression &#224; la fois allusif et suggestif dont use Heidegger &#8211; est constitutive d'un langage volontairement indirect et discriminatoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, c'est une excellente fa&#231;on de comprendre les positions de C. Castoriadis sur les questions de l'espace public que de les comparer &#224; celles de M. Heidegger. La d&#233;lib&#233;ration publique d&#233;mocratique s'oppose &#224; la m&#233;ditation du penseur solitaire sur l'&#202;tre. L'effort d'&#233;lucidation explicite collective et continue des &#171; figures du pensable &#187; sur l'&#234;tre-&#233;tant fragment&#233; s'oppose au discours oraculaire et surplombant du proph&#232;te imbu de l'histoire de l'&#202;tre unitaire. La prise en compte publique des questions profondes pos&#233;es par les sciences contemporaines s'oppose au &#171; d&#233;cret &#187; heidegg&#233;rien selon lequel la science ne ne pense pas et ne peut pas nourrir nos interrogations. La discussion publique sur les rapports entre la technique et un des noyaux de l'imaginaire social occidental (et pas seulement l'&#171; utilisation &#187; de la technique) s'oppose &#224; l'interpr&#233;tation de la technique comme l'aboutissement de la m&#233;taphysique occidentale et de son oubli de la question de l'&#234;tre, pr&#233;sent&#233; comme destin, et donc soustrait &#224; l'agir humain (plus r&#233;cemment, est apparu le terme de &#171; machination &#187; et l'id&#233;e qu'elle avait des porteurs sp&#233;cifiques). Enfin, le projet d'autonomie dans le sens plein de ce terme et concernant la totalit&#233; sociale s'oppose &#224; une philosophie dont l'h&#233;t&#233;ronomie est des principaux th&#232;mes, par exemple la &#171; pens&#233;e de l'histoire de l'&#234;tre &#187;, c'est-&#224;-dire la pens&#233;e du destin auquel l'humanit&#233; ne peut &#233;chapper. Ainsi comprend-t-on pourquoi C. Castoriadis s'est confront&#233;, non seulement &#224; M. Heidegger, mais &#224; tout un courant philosophique d'abord fran&#231;ais, althuss&#233;rien ou nietzsch&#233;o-heidegg&#233;rien, puis un courant anglo-am&#233;ricain, influenc&#233; par le premier, celui qu'on a pu nommer &#171; French Theory &#187;. Cette confrontation continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thibault Tranchant (2021) d&#233;crit un aspect de cette configuration th&#233;orique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le contexte tr&#232;s &#233;clat&#233; des th&#233;ories post-marxistes du sujet politique, celle propos&#233;e par Castoriadis se distingue par un ensemble de traits singuliers, notamment la place qu'il accorde &#224; la question institutionnelle et &#224; celle de l'unit&#233;. Contrairement &#224; certains de ses contemporains &#8211; on pense &#224; des auteurs comme Deleuze et Guattari, Hardt et Negri, Ranci&#232;re, Badiou, etc., chacun d'entre eux ayant chemin&#233; vers des conceptions singuli&#232;res de la subjectivit&#233; politique radicale &#8211;, Castoriadis n'a pas emprunt&#233; le tournant de la dialectique post-althuss&#233;rienne entre d&#233;subjectivation et subjectivation, qui fournit un fondement philosophique aux politiques oppositionnels faisant des droits subjectifs un de leurs instruments privil&#233;gi&#233;s. Il lui a pr&#233;f&#233;r&#233; la voie &#233;troite de la &lt;i&gt;Sittlichkeit &lt;/i&gt;h&#233;g&#233;lienne [&#233;thique h&#233;g&#233;lienne, associ&#233;e &#224; l'amour et la libert&#233;], pass&#233;e au crible de la critique du fondationnalisme m&#233;taphysique et de celui de sa th&#233;orie de l'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;. Cette trajectoire singuli&#232;re a abouti sur une th&#233;orie de la subjectivit&#233; politique centr&#233;e sur un concept de politique identifi&#233;e &#224; la cr&#233;ativit&#233; institutionnelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce passage d'un connaisseur de l'&#339;uvre de C. Castoriadis, constitue une bonne synth&#232;se de l'&#233;tat des lieux th&#233;orique actuel.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arendt H., 1958a, &lt;i&gt;The Human Condition&lt;/i&gt;, Chicago, The University of Chicago Press&lt;br class='manualbr' /&gt;Arendt H., 1958b, &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;, trad. de l'anglais par G. Fradier, Calmann- L&#233;vy, 1961. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1968a, &#171; &#201;pil&#233;gom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me que l'on a pu pr&#233;senter comme science &#187;, &lt;i&gt;L'Inconscient&lt;/i&gt;, 8. Acc&#232;s : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1001-Epilegomenes-a-une-theorie-de-l&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1...&lt;/a&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1968b, &#171; Technique &#187;, &lt;i&gt;Encyclopaedia Universalis France&lt;/i&gt;, vol. 17, Paris, Encyclopaedia Universalis. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1975, &lt;i&gt;L'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Le Seuil, 1999. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1977, &#171; La psychanalyse, projet et &#233;lucidation &#187;, &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;, 19. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1978, &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe, &lt;/i&gt;Paris, &#201;d. Le Seuil. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1981, &lt;i&gt;Devant la guerre. I, Les r&#233;alit&#233;s&lt;/i&gt;, Paris, Fayard. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1986, &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe II. Domaines de l'homme&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Le Seuil, 1999. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1990, &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe III. Le Monde morcel&#233;, &lt;/i&gt;Paris, &#201;d. Le Seuil, 2000. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1996, &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe IV. La Mont&#233;e de &lt;/i&gt;l'insignifiance, Paris, &#201;d. Le Seuil, 2007. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1997, &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe V. Fait et &#224; faire&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Le Seuil, 2008. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 1999, &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe VI. Figures du pensable, &lt;/i&gt;Paris, &#201;d. Le Seuil, 2009. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 2002, &lt;i&gt;Sujet et v&#233;rit&#233; dans le monde social-historique. S&#233;minaires 1986-1987&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Le Seuil. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 2004, &lt;i&gt;Ce qui fait la Gr&#232;ce. 1, d'Hom&#232;re &#224; H&#233;raclite. S&#233;minaires 1982-1983&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Le Seuil. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 2005, &lt;i&gt;Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Le Seuil, 2011. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 2004, &lt;i&gt;Post-scriptum sur l'insignifiance. Entretiens avec Daniel Mermet, suivi de Dialogue&lt;/i&gt;, La Tour-d'Aigues, &#201;d. de l'Aube, 2007. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 2008, &lt;i&gt;Ce qui fait la Gr&#232;ce. 2, la cit&#233; et les loirs. S&#233;minaires 1983-1984&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Le Seuil. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 2011, &lt;i&gt;Ce qui fait la Gr&#232;ce. 3, Thucydide, la force et le droit. S&#233;minaires 1984- 1985&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Le Seuil. &lt;br class='manualbr' /&gt;Castoriadis C., 2012-2020, &lt;i&gt;&#201;crits politiques, 1945-1997&lt;/i&gt;, &#233;d. pr&#233;par&#233;e par E. Escobar, M. Gondicas et P. Vernay, 8 vol., Paris, &#201;d. du Sandre. &lt;br class='manualbr' /&gt;Caumi&#232;res P., Tom&#232;s A., 2017, &lt;i&gt;Pour l'autonomie. La pens&#233;e politique de Castoriadis&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. L'&#201;chapp&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;Coudray J.-M. [Castoriadis C], Lefort C., Morin E., 1968, &lt;i&gt;Mai 68. La Br&#232;che. Premi&#232;res R&#233;flexions sur les &#233;v&#233;nements&lt;/i&gt;, Paris, Fayard. &lt;br class='manualbr' /&gt;Descombes V., 1989, &#171; Le projet d'autonomie &#187;, p. 149-183, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Philosophie par gros temps&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. de Minuit. &lt;br class='manualbr' /&gt;Descombes V., 1994-1995, &#171; Philosophie du jugement politique &#187;, &lt;i&gt;La Pens&#233;e politique&lt;/i&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Descombes V., 2007, &#171; Le contrat social de J&#252;rgen Habermas &#187;, p. 313-357, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Le Raisonnement de l'ours, et autres essais de philosophie pratique&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. Le Seuil. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dosse F., 2014, &lt;i&gt;Castoriadis. Une vie&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. La D&#233;couverte, 2018. &lt;br class='manualbr' /&gt;Escobar E., 2012, &#171; Sur l'&#8223;influence&#8221; de S ou B et, in&#233;vitablement, sur Castoriadis &#187;, p. 175-225. &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; : P. Caumi&#232;res, S. Klimis et L. Van Eynde, dirs, &lt;i&gt;Cahiers Castoriadis n&#176;7. Socialisme ou barbarie aujourd'hui. Analyses et t&#233;moignages &lt;/i&gt;Bruxelles, Presses de l'universit&#233; Saint-Louis. Acc&#232;s : &lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pusl/767?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pusl/...&lt;/a&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;G&#233;ly R., 2008, &#171; Imaginaire, affectivit&#233; et rationalit&#233;. Pour une relecture du d&#233;bat entre Habermas et Castoriadis &#187;, p. 139-182, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; : P. Caumi&#232;res, S. Klimis et L. Van Eynde, dirs, &lt;i&gt;Praxis et institution&lt;/i&gt;, Bruxelles, Presses de l'universit&#233; Saint-Louis. Acc&#232;s : &lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pusl/878?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pusl/...&lt;/a&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Habermas J., 1962, &lt;i&gt;L'Espace public. Arch&#233;ologie de la publicit&#233; comme dimension constitutive de la soci&#233;t&#233; bourgeoise&lt;/i&gt;, trad. de l'allemand par M. B. de Launay, Paris, Payot, 1978. &lt;br class='manualbr' /&gt;Habermas J., 1981, &lt;i&gt;Th&#233;orie de l'agir communicationnel&lt;/i&gt;, Tome I : &lt;i&gt;Rationalit&#233; de l'agir et rationalisation de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, trad. de l'allemand par J.-M. Ferry, Paris, Fayard, 1987. &lt;br class='manualbr' /&gt;Habermas J., 1988, &lt;i&gt;Le Discours philosophique de la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;modernit&#233;&lt;/i&gt;, trad. de l'allemand par C. Bouchindhomme et R. Rochlitz, Paris, Gallimard. Habermas J., 1992, &lt;i&gt;Droit et d&#233;mocratie. 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Cr&#233;ation et Institution&lt;/i&gt;, Paris, Payot. &lt;br class='manualbr' /&gt;Tranchant T., 2021, &#171; Le peuple instituant et les nouveaux mouvements sociaux : actualit&#233; de la th&#233;orie du sujet politique de Cornelius Castoriadis &#187;, &lt;i&gt;Politique et soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt;, 40 (2), p. 159-185. &lt;br class='manualbr' /&gt;Vibert S., 2010, &#171; Le &lt;i&gt;nomos &lt;/i&gt;comme auto-institution collective. Le &#8223;germe grec&#8221; de l'autonomie d&#233;mocratique chez Castoriadis &#187;, p. 27-71, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; : Klimis S., Caumi&#232;res Ph., Van Eynde L., dirs, &lt;i&gt;Cahiers Castoriadis n&#176;5. Castoriadis et les Grecs&lt;/i&gt;, Bruxelles, Publications des Facult&#233;s universitaires, Saint Louis. Acc&#232;s : &lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pusl/1128&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pusl/1128&lt;/a&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Vidal-Naquet, P., 1989, &#171; Souvenirs &#224; b&#226;tons rompus sur Cornelius Castoriadis et &#8223;Socialisme ou Barbarie&#8221; &#187;, p. 17-26, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; : Busino G., dir., &lt;i&gt;Autonomie et autotransformation de la soci&#233;t&#233;. La philosophie militante de Cornelius Castoriadis&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, Droz.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Nature humaine et humaines natures</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1210-Nature-humaine-et-humaines-natures</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>Scientisme</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>N&#233;ot&#233;nie</dc:subject>
		<dc:subject>Mortalit&#233; / finitude</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

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&lt;p&gt;D&#233;but du chapitre II &#171; Nature humaine et humaines natures &#187; du livre de Quentin B&#233;rard &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (Libres&amp;Solidaires, 2021), pp. 45 &#8212; 65. Pr&#233;sentation et liens disponibles ici &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation Sommaire : Introduction I &#8211; Survol ethno-historique II &#8211; Nature humaine et humaines natures &#8212; Premi&#232;re partie, ci-dessous... III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature IV &#8211; Sources (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;but du chapitre II &#171; Nature humaine et humaines natures &#187; du livre de Quentin B&#233;rard &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (Libres&amp;Solidaires, 2021), pp. 45 &#8212; 65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation et liens disponibles ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1238 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:150.09380863039%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;taille=300&amp;1771799851' alt='' data-src='IMG/jpg/009576387_1_.jpg' data-l='533' data-h='800' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1771799851 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=533&amp;#38;1771799851 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommaire :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1085-Introduction-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1168-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;I &#8211; Survol ethno-historique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;II &#8211; Nature humaine et humaines natures &#8212; Premi&#232;re partie, ci-dessous...&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; IV &#8211; Sources sociales-historiques de l'&#233;cologie politique&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V &#8211; Politiques de la nature et totalitarisme (&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; VI &#8211; Vers une philosophie de la nature ? (&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1103-Ecologie-politique-Vers-une-philosophie-de-la-nature' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#201;l&#233;ments de conclusion&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1088-Elements-d-ecologie-politique-resumes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Annexes : R&#233;sum&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?531-Points-de-diffusion-et-de-vente-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Acheter dans nos librairies&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#8212; &lt;a href=&#034;https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782372631198-elements-d-ecologie-politique-pour-une-refondation-quentin-berard/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Acheter dans une librairie ind&#233;pendante&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#8212; &lt;a href=&#034;https://libre-solidaire.fr/epages/e02491b5-ce3a-4c00-b187-dc9ff39194fc.sf/fr_FR/?ObjectPath=/Shops/e02491b5-ce3a-4c00-b187-dc9ff39194fc/Products/179&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Commander chez l'&#233;diteur&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous &#233;tions quitt&#233;s la derni&#232;re fois sur le constat, d&#233;routant, d'une histoire &#233;cologique de l'humanit&#233; t&#233;moignant aussi bien de pillages, destructions et d&#233;vastations massives des &#233;l&#233;ments naturels que d'&#233;tablissements de rapports &#233;quilibr&#233;s et compl&#233;mentaires, au point de faire appara&#238;tre de nouvelles esp&#232;ces, de nouveaux milieux, de nouveaux paysages, bref : une nouvelle &#233;cologie de la plan&#232;te. D'o&#249; la question qui va nous retenir aujourd'hui : qu'est-ce donc que cet animal si &#233;trange qui semble appartenir en plein &#224; sa matrice naturelle et lui &#233;chapper en permanence ? J'avais pos&#233; une comparaison : Homo sapiens serait au monde de la vie ce que la vie elle-m&#234;me est au monde min&#233;ral, c'est-&#224;-dire une sorte de r&#233;agencement du donn&#233; selon des principes radicalement diff&#233;rents aboutissant &#224; des processus d'une absolue nouveaut&#233;. Quel est donc ce monde humain, singuli&#232;rement diff&#233;rent &#224; la fois des ph&#233;nom&#232;nes apparents de la vie &#8211; ph&#233;nom&#232;nes encore difficilement pensables &#8211; et du reste de l'univers &#8211; lui-m&#234;me nimb&#233; d'un &#233;pais myst&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va donc &#234;tre question de la &#171; nature humaine &#187;. Le terme est tomb&#233; en d&#233;su&#233;tude et fait pousser de hauts cris depuis des d&#233;cennies, comme si la question &#233;tait r&#233;gl&#233;e ou inepte &#8211; en r&#233;alit&#233;, c'est l&#224; un des signes indubitables de l'avachissement de la pens&#233;e contemporaine ou plut&#244;t de son &#233;vanescence. Quoi que vous disiez, pensiez ou fassiez, cela pr&#233;suppose une conception de l'&#234;tre humain, qui ressurgit d'ailleurs d&#232;s qu'on discute un tout petit peu. Et aujourd'hui, les conceptions de la &#171; nature humaine &#187; sont d'une rare indigence, y compris et surtout lorsqu'il est question d'&#233;cologie politique : tant&#244;t nous ne serions, au fond, que des animaux comme les autres, inexplicablement &#233;gar&#233;s, tant&#244;t des consommateurs-n&#233;s ou des demi-dieux en transition, tant&#244;t encore des ordinateurs reprogrammables &#224; volont&#233;, etc. Il faut donc rouvrir la question, la travailler, sans esp&#233;rer une conception close et d&#233;finitive &#8211; c'est justement la question, comme on va le voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la derni&#232;re fois, je ne propose qu'une synth&#232;se, forc&#233;ment orient&#233;e certes, qui souhaite seulement constituer une incitation &#224; penser. Je vais aborder la chose sous l'angle des disciplines contemporaines &#8211; biologie humaine, psychanalyse, ethnologie &#8211;, qui me semblent des sources capitales pour former une sorte d'introduction au questionnement philosophique mill&#233;naire sur la &#171; nature &#187; humaine. Le domaine est immense et remplit des biblioth&#232;ques ; je vais me restreindre &#224; aborder la chose sous l'angle &#171; &#233;cologique &#187;, c'est-&#224;-dire des rapports de l'humain avec la nature et sa nature &#8211; vous verrez que ce n'est pas qu'un jeu de mots &#8211; mais cela va nous conduire quand m&#234;me relativement loin. Je prends comme point de d&#233;part la th&#233;orie de la n&#233;ot&#233;nie, injustement m&#233;connue, pour aborder les trois strates de l'&#234;tre humain, naturelle, psychique et culturelle qui interrogent, ensemble ou chacune prise isol&#233;ment, la simple dualit&#233; humain-nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le principe de n&#233;ot&#233;nie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suppose connu le processus d'hominisation qui s'&#233;tale sur 7 millions d'ann&#233;es, &#224; partir de nos anc&#234;tres communs avec les chimpanz&#233;s : la conqu&#234;te progressive de la bip&#233;die, la dialectique main-outil-cerveau, la dilatation de la bo&#238;te cr&#226;nienne et autres modifications morphologiques, lentes sophistications du langage, des interactions sociales, des techniques, etc. J'aborde la question sous un angle moins convenu, l'approche embryo-zoologique, avanc&#233;e par un biologiste des ann&#233;es 1920-1930, Louis Bolk, &#224; l'origine de cette th&#233;orie qui n'est aujourd'hui plus contest&#233;e, la th&#233;orie de la n&#233;ot&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point de d&#233;part est la comparaison frappante des cr&#226;nes f&#339;taux et adultes de chimpanz&#233;s et d'humains. Alors que chez notre cousin le changement saute aux yeux, nous conservons, adultes, les principales caract&#233;ristiques du f&#339;tus primate : m&#234;me aplatissement de la face, m&#234;me hypertrophie du cr&#226;ne, m&#234;me absence de soudure des os, position basse du trou occipital, etc. Homo sapiens semble se distinguer par un ralentissement du d&#233;veloppement qui fait na&#238;tre le petit humain comme un hominid&#233; morphologiquement immature : faiblesse de la musculature, raret&#233; de la pilosit&#233;, absence de pouce post&#233;rieur opposable, non-fermeture des cloisons cardiaques, immaturit&#233; du syst&#232;me nerveux pyramidal, circonvolutions c&#233;r&#233;brales sous-d&#233;velopp&#233;es, etc. Comme si nous &#233;tions pr&#233;matur&#233;s, on observe un ralentissement dysharmonique du d&#233;veloppement intra-ut&#233;rin de telle sorte qu'une gestation &#171; aboutie &#187; &#171; devait &#187; durer 18 mois : naissant &#224; 9 mois, nous poursuivons notre d&#233;veloppement ex utero, dans une totale d&#233;pendance &#224; l'environnement imm&#233;diat. Nous conservons bien s&#251;r, nous adultes, quantit&#233; de ces traits f&#339;taux ou plut&#244;t juv&#233;niles qui nous diff&#233;rencient nettement de nos cousins primates, tout en acqu&#233;rant, tr&#232;s tardivement &#224; la pubert&#233;, notre capacit&#233; reproductrice. Ce ph&#233;nom&#232;ne n'est pas exceptionnel en biologie : c'est la n&#233;ot&#233;nie (de neo, nouveau, teinein, prolonger, &#233;tendre) dont le plus grand repr&#233;sentant est le c&#233;l&#232;bre axolotl qui, dans certaines conditions, reste &#224; l'&#233;tat larvaire tout en devenant sexuellement mature. L'esp&#232;ce humaine est donc n&#233;ot&#233;nique : nous sommes des singes physiquement inaccomplis, inachev&#233;s, des survivants d'un accident &#233;volutif qui nous a emp&#234;ch&#233;s de parvenir &#224; un plein d&#233;veloppement physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas grand-chose, au fond, quelque pour cent de diff&#233;rences g&#233;n&#233;tiques d'avec le chimpanz&#233;, essentiellement des g&#232;nes de d&#233;veloppement dont les expressions diff&#232;rent &#8211; ASPM, HAR1, MYH16 &#8211; mais c'est une r&#233;volution aux cons&#233;quences multiples qui aboutit &#224; la formation d'un nouveau type d'&#234;tre vivant. Nouveau type que je vais aborder selon trois angles &#8211; naturel, psychique et culturel &#8211; et qui se caract&#233;rise par la nouveaut&#233;. Pr&#233;cis&#233;ment, l'&#233;tymologie de n&#233;ot&#233;nie implique une notion de nouveaut&#233; continue qui s'applique bien au-del&#224; de la seule biologie : Homo sapiens est une erreur, une aberration, une cr&#233;ation phylog&#233;nique &#233;trange qui implique elle-m&#234;me une ouverture permanente sur le nouveau, l'innovation, le changement, les commencements comme dirait Hannah Arendt. Mais commen&#231;ons, justement, par le d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 &#8211; L'humain comme &#234;tre naturel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re cons&#233;quence de la th&#233;orie de la n&#233;ot&#233;nie, c'est que l'&#234;tre humain n'est pas un myst&#232;re complet, qu'il s'inscrit en plein dans la vie biologique, qu'il est un animal, en quelque sorte, comme un autre. C'est d'une plate &#233;vidence pour vous, et aujourd'hui, &#231;a ne l'a pas &#233;t&#233; pendant des mill&#233;naires. Quelques mots l&#224;-dessus pour bien faire comprendre ce que cela implique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord &lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; est le fruit de m&#233;canismes &#233;volutifs classiques. Vous connaissez sans doute l'histoire de l'occupation de la Polyn&#233;sie : les premiers humains &#224; y avoir migr&#233; ont d&#251; traverser de larges &#233;tendues d'oc&#233;ans sur des embarcations sommaires, payant certainement un lourd tribut en vies humaines, et semblent n'avoir surv&#233;cu &#224; l'&#233;preuve que ceux qui fixaient le mieux les graisses &#8211; d'o&#249; un taux d'ob&#233;sit&#233; important aujourd'hui en Polyn&#233;sie alors m&#234;me que le r&#233;gime alimentaire n'y a rien de particulier. M&#234;me chose pour la tol&#233;rance au lactose, normalement temporaire chez le petit humain, mais dont le d&#233;terminant g&#233;n&#233;tique s'est r&#233;pandu en Eurasie chez les populations pratiquant l'&#233;levage. Un m&#234;me processus semble s'&#234;tre d&#233;roul&#233; dans les environnements riches en arsenic ou en radioactivit&#233;, ne survivant, l&#224; encore au fil des g&#233;n&#233;rations, que les individus dont les organismes tol&#233;raient le mieux ces toxicit&#233;s, ou ceux porteurs d'un all&#232;le de la dr&#233;panocytose qui prot&#232;ge contre la malaria &#8211; d'o&#249; sa pr&#233;valence importante dans les pays concern&#233;s. Des m&#233;canismes semblables, encore inconnus mais incontestables, semblent &#234;tre &#224; l'origine de l'in&#233;gale r&#233;partition des groupes sanguins chez tous les peuples de la plan&#232;te, des complexes HLA (pour des greffes) ou encore des diff&#233;rences d'efficacit&#233; des m&#233;dicaments selon les continents. Dans ces derniers cas on pense plut&#244;t &#224; la d&#233;rive g&#233;n&#233;tique, c'est-&#224;-dire l'effet du hasard. Pour d'autres caract&#232;res interviendrait plut&#244;t la s&#233;lection sexuelle, c'est-&#224;-dire la pr&#233;f&#233;rence &#171; arbitraire &#187;, culturelle, donc non &#171; naturelle &#187;, des partenaires pour certains traits physiques : pigmentation de la peau (modulo l'importance de la vitamine D, fix&#233;e par l'&#233;piderme lors de l'exposition au soleil), forme des yeux, du cr&#226;ne ou du visage, grosseurs des seins, angle p&#233;nien, pilosit&#233;, taille, etc. L&#224;, nous sommes d&#233;j&#224; dans l'interp&#233;n&#233;tration entre les m&#233;canismes purement biologiques et ceux relevant de la culture&#8230; Ces &#233;l&#233;ments purement factuels heurtent les sentiments antiracistes contemporains qui se basent sur une fausse homog&#233;n&#233;it&#233; somatique mais c'est une chose qu'il faut avoir en t&#234;te et dont on ne peut se d&#233;barrasser aussi simplement : &#233;tudier l'&#234;tre humain comme un animal, c'est le faire entrer dans le giron d'un savoir objectif, loin de toutes consid&#233;rations morales ou politiques a priori. En allant jusqu'au bout : le nazisme est le premier r&#233;gime biologique de l'histoire &#8211; nous y reviendrons longuement en discutant &#233;cologie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Homme hormonal, neuronal&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un autre plan, nous portons en nous mille mani&#232;res, r&#233;flexes, automatismes h&#233;rit&#233;s de notre phylog&#233;nie de vivant, de vert&#233;br&#233;, de mammif&#232;re, de primate, d'hominid&#233; et qui ressurgissent quotidiennement. Vous connaissez tous ces exp&#233;riences de psycho-sociologie amusante qui mettent en &#233;vidence des attitudes de conformismes groupaux, voire de gr&#233;garisme, qui n'ont pas grand-chose &#224; envier aux reportages animaliers. C'est particuli&#232;rement &#233;vident concernant les comportements li&#233;s &#224; la domination, &#224; la soumission, &#224; la fuite, bref aux conflits intrasp&#233;cifiques. Il faut voir le joli film d'Alain Resnais, inspir&#233; par les synth&#232;ses de Henri Laborit, &lt;i&gt;Mon oncle d'Am&#233;rique&lt;/i&gt; (1980) qui interpr&#232;te une histoire tout &#224; fait banale faite d'affaires de m&#339;urs, de probl&#232;mes professionnels, de choix d&#233;licats &#224; la lumi&#232;re de l'&#233;thologie comportementale des rats. On peut trouver cela r&#233;ducteur, et cela l'est effectivement, mais impossible de ne pas se sentir personnellement concern&#233;. Impossible surtout dans le domaine de la sexualit&#233;, c'est-&#224;-dire de la reproduction, une des particularit&#233;s essentielles du ph&#233;nom&#232;ne de la vie. Qui osera dire qu'elle n'imbibe pas la quasi-totalit&#233; de notre vie psychique et m&#234;me sociale ?&#8230; Plus profond&#233;ment, l'influence des hormones est une autre &#233;vidence qui nous rappelle &#224; notre animalit&#233; la plus pure : si je vous injecte &#224; tous de la testost&#233;rone, ou de la dopamine ou des endorphines, vos comportements vont radicalement changer dans les minutes qui suivent. M&#234;me chose concernant vos circuits neuronaux&#8230; On a parl&#233; &#224; ce propos d'&#171; Homme neuronal &#187;, mais on pourrait parler d'&#171; Homme hormonal &#187; ou &#171; ph&#233;romonal &#187; ou &#171; g&#233;n&#233;tique &#187; ou m&#234;me &#171; microbien &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'influence environnementale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait aussi parler d'&#171; Homme environnemental &#187; car dans ce domaine aussi, l'&#234;tre humain est soumis &#224; des r&#232;gles observables, sans retomber dans le climato- ou le g&#233;o-d&#233;terminisme que beaucoup de penseurs des Lumi&#232;res ont invoqu&#233; pour expliquer la diversit&#233; humaine. Par exemple l'influence de l'eau est d&#233;terminante : la plupart des traces arch&#233;ologiques de campements humains sont &#224; proximit&#233; de cours d'eau, qui semblent avoir &#233;t&#233; des routes naturelles des soci&#233;t&#233;s pr&#233;historiques. Nous avons vu la derni&#232;re fois que les premi&#232;res grandes collectivit&#233;s semblent s'&#234;tre construites autour de fleuves et d'estuaires, formant les premiers grands empires organis&#233;s autour d'un bassin versant, le &#171; despotisme oriental &#187; de K. A. Wittfogel. La gestion de l'eau &#224; cette &#233;chelle a entra&#238;n&#233; une m&#233;ga-organisation sociale, la &lt;i&gt;m&#233;ga-machine&lt;/i&gt; de Lewis Mumford, la formation d'un &#201;tat imp&#233;rial avec tout ce que cela implique. &lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt; pour la formation des empires thalassocratiques et surtout l'importance du bassin m&#233;diterran&#233;en dans l'histoire humaine et, dans une mesure &#233;gale, de la &#171; m&#233;diterran&#233;e extr&#234;me-orientale &#187; qui borde la Chine, le Japon, la Cor&#233;e. Aujourd'hui encore, l'emplacement de la plupart des grandes villes en portent la marque, &#224; la confluence des grands circuits fluviaux et maritimes. D'autres vont plus loin comme David Cosandey, qui relie le d&#233;coupage des c&#244;tes par la mer &#8211; espace libre par excellence &#8211; au degr&#233; de fractionnement des territoires et de d&#233;veloppement des civilisations, et son analyse vaut le d&#233;tour puisqu'elle permet de lire tr&#232;s pertinemment certains ph&#233;nom&#232;nes contemporains. De m&#234;me l'hypoth&#232;se de J. Diamond pour expliquer que le choc microbien ait d&#233;cim&#233; 90 % des Am&#233;rindiens et non les Europ&#233;ens lors de leur d&#233;barquement est s&#233;duisante : l'Eurasie &#233;tant globalement orient&#233;e est-ouest a favoris&#233; la circulation mill&#233;naire d'agents pathog&#232;nes, d'o&#249; une immunit&#233; sup&#233;rieure contre la grippe, la variole, la rougeole, le typhus en comparaison au territoire am&#233;ricain, dont l'axe Nord-Sud a cloisonn&#233; les soci&#233;t&#233;s humaines en zones &#233;co-climatiques tr&#232;s diff&#233;renci&#233;es. Je ne vais pas multiplier les exemples, mais ceux qui relient l'apparition du premier foyer n&#233;olithique au Proche-Orient &#224; des consid&#233;rations &#233;cologiques ont aussi des arguments &#224; faire valoir : climat alors favorable de la r&#233;gion &#224; une grande diversit&#233; d'esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales (c&#233;r&#233;ales) &#224; la fois productives, nourrici&#232;res et hermaphrodites (ce qui d&#233;favorise les croisements), &#224; quoi r&#233;pondent une vari&#233;t&#233; et une continuit&#233; g&#233;ographique favorisant la pr&#233;sence de grandes esp&#232;ces animales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adapt&#233; &#224; l'inadaptation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela dresse le portrait d'un &lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; comme un &#234;tre de nature, par son histoire biologique, par son milieu int&#233;rieur, par sa d&#233;pendance au milieu ext&#233;rieur et il serait impensable de ne pas le prendre en consid&#233;ration. Mais ce serait une erreur gravissime de croire qu'il n'aurait qu'&#224; s'int&#233;grer, en tant qu'animal, dans cet univers &#233;cologique dont il proc&#232;de : l'humain est aussi, biologiquement, un animal dont l'organisme ne le pr&#233;destine &#224; rien. Nous sommes naturellement des inadapt&#233;s. C'est la deuxi&#232;me cons&#233;quence de la n&#233;ot&#233;nie. N&#233; inachev&#233;, notre corps ne correspond &#224; aucun milieu particulier. Certes, il semblerait que notre esp&#232;ce ait &#233;merg&#233; dans une transition for&#234;t/savane, et que la perte de notre agilit&#233; arboricole se soit faite au profit d'une capacit&#233; &#224; la course de fond &#8211; certainement la premi&#232;re m&#233;thode de chasse, par l'&#233;puisement, que les San (Bushmen) pratiquent toujours. Mais nous ne sommes pourvus ni de crocs, ni de griffes, ni m&#234;me de la musculature du cousin gorille &#8211; tout cela avait &#233;t&#233; parfaitement relev&#233; par les mythologies, comme le montre tr&#232;s justement Dany Robert Dufour. L'appendice qui nous est propre, la main, est extraordinairement polyvalent : elle ne sert, en propre, &#224; rien de particulier, et sert, de fait, &#224; tout &#8211; frapper, prendre, tirer, caresser, lancer, etc. Idem pour le reste du corps : &#224; le voir, impossible de le rattacher &#224; un quelconque milieu, sinon &#224; un climat relativement chaud, ni &#224; une pratique particuli&#232;re. Et pourtant, comme le note Jacques Ruffi&#233;, il est certainement le seul animal &#224; pouvoir, &#224; la fois, courir aussi longtemps, soulever des poids aussi lourds, grimper aussi bien et nager de mani&#232;re fort honorable. &#192; cette sorte de d&#233;cathlon interesp&#232;ces nous serions les meilleurs&#8230; La chose est identique concernant l'alimentation : nous faisons partie de ces rares sp&#233;cimens absolument omnivores. Ou encore la sexualit&#233; : la grosseur interm&#233;diaire de nos testicules comparativement aux autres primates nous place entre la monogamie stricte et la sexualit&#233; de groupe la plus d&#233;brid&#233;e &#8211; ingr&#233;dient permanent de la com&#233;die humaine &#8211; sans m&#234;me parler de la dissimulation totale de l'ovulation chez la femme, trait distinctif d'&lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt;, qui invite &#224; une copulation permanente. Nous n'avons donc aucune niche &#233;cologique pr&#233;destin&#233;e, et il est vain de chercher la &#171; place de l'Homme dans la nature &#187; &#8211; il n'occupe que celles qu'il prend, sans pour autant s'y fixer comme nous l'avons &#233;voqu&#233; la derni&#232;re fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela correspond non pas un grand vide &#171; instinctuel &#187;, mais une d&#233;structuration, un chaos. Non pas que rien d'&#171; inn&#233; &#187; ne nous serait l&#233;gu&#233; mais cet h&#233;ritage bio-comportemental est infiniment et multiplement contrari&#233; par notre d&#233;veloppement c&#233;r&#233;bral. Venant au monde avec une bo&#238;te cr&#226;nienne hypertrophi&#233;e prot&#233;geant un n&#233;ocortex &#224; la fois d&#233;mesur&#233; et immature, notre plasticit&#233; c&#233;r&#233;brale nous rend bien plus d&#233;termin&#233;s par ce que l'on a emmagasin&#233; lors de la prime enfance dans notre cerveau de mammif&#232;re que par notre cerveau reptilien. Autrement dit, nos &#171; d&#233;bris d'instinct &#187;, comme le note C. Castoriadis, sont fortement &lt;i&gt;d&#233;-fonctionnalis&#233;s&lt;/i&gt;. Il n'y a qu'&#224; penser &#224; notre sexualit&#233; qui, depuis bien longtemps, s'est &#233;mancip&#233;e des n&#233;cessit&#233;s de la reproduction ou de la coh&#233;sion de notre groupe social. Pire encore, concernant l'agressivit&#233;, &#224; la fois inhib&#233;e et d&#233;multipli&#233;e, au point que l'on puisse l&#233;gitimement s'inqui&#233;ter, &#224; la suite d'un Konrad Lorenz, de la capacit&#233; de notre esp&#232;ce &#224; se survivre &#224; elle-m&#234;me,&lt;i&gt; en tant qu'esp&#232;ce animale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme vous l'avez remarqu&#233; lors de l'&#233;vocation des m&#233;canismes &#233;volutifs, la culture humaine intervient imm&#233;diatement, comme une sorte d'auto-&#233;volution &#8211; on a parl&#233; d'&lt;i&gt;auto-domestication&lt;/i&gt;. Je reprends l'exemple de mon injection de testost&#233;rone : votre comportement va effectivement changer, mais il restera impr&#233;visible. L'hormone pousse &#224; la domination et &#224; l'accouplement mais cela peut prendre mille formes diff&#233;rentes, qui s'exprimeront selon la situation, la personnalit&#233;, le psychisme ou la culture de chacun. Et on trouvera des exceptions &#224; tout, tout le temps, plus ou moins explicables &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt;. Il n'y a donc aucun d&#233;terminisme strict. D'ailleurs, lorsque vous multipliez les d&#233;terminismes, ils se contredisent : vos g&#232;nes vous poussent &#224; vous reproduire, mais votre situation de domin&#233; vous prive des ressources hormonales n&#233;cessaires ; vous pouvez &#234;tre amen&#233; &#224; vous mettre en danger ou &#224; vous tuer pour la protection d'autres que vous, et m&#234;me pas forc&#233;ment des descendants, etc. Le g&#233;n&#233;ticien, le physiologiste, l'&#233;thologue et l'&#233;cologue ne cessent de r&#233;clamer chacun de leur c&#244;t&#233; le monopole de votre comportement &#8211; il en r&#233;sulte une complexit&#233;, des degr&#233;s de libert&#233; o&#249; intervient, &#224; tout le moins, l'al&#233;atoire&#8230; Derni&#232;re remarque, et pas la moindre : ce qui fait de nous des animaux ne nous pousse pas n&#233;cessairement &#224; des rapports moins destructeurs envers l'environnement naturel, au contraire m&#234;me. Que l'on pense tout simplement &#224; la d&#233;mographie humaine, presque continuellement croissante depuis des dizaines de milliers d'ann&#233;es, et &#224; la charge &#233;cologique qu'elle implique, ou &#224; l'agressivit&#233; groupale inter- ou intrasp&#233;cifique &#8211; on a vu des &#171; guerres &#187; entre bandes de primates &#8211;, ou encore &#224; la surconcentration g&#233;ographique entra&#238;n&#233;e par l'in&#233;gale r&#233;partition des ressources naturelles, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques &#233;l&#233;ments de bilan, pour conclure cette premi&#232;re partie : il est aujourd'hui impensable de d&#233;nier notre r&#233;alit&#233; animale, et de multiples d&#233;terminismes, int&#233;rieurs ou ext&#233;rieurs, nous traversent et nous &#171; agissent &#187;. Mais m&#234;me de ce point de vue strictement biologique, nous sommes largement ind&#233;finis, instables, inadapt&#233;s et surtout &lt;i&gt;sans aucune place fixe dans aucun &#233;cosyst&#232;me que ce soit&lt;/i&gt;. En r&#233;alit&#233;, nous sommes, d&#232;s le d&#233;part, biologiquement, des animaux hyper-sociaux, parlants et outill&#233;s. Notre main elle-m&#234;me n'existerait pas sans les proto-outils qu'elle saisit, et eux-m&#234;mes sont inconcevables sans un cerveau hypertrophi&#233; pris dans un proto-langage et des relations sociales complexes. Imaginer un humain seul, les bras ballants, c'est n'avoir pas compris : c'est d'embl&#233;e une harde d'une vingtaine d'individus, avec des pierres ou des branches dans les mains, qui r&#233;agissent collectivement. Nous sommes imm&#233;diatement des &lt;i&gt;animaux de culture&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire des &lt;i&gt;organismes d&#233;biles&lt;/i&gt; qui ne doivent leur survie et leur succ&#232;s qu'&#224; l'invention d'un monde propre. Mais pour comprendre pr&#233;cis&#233;ment les ressorts de cette tension avec la culture, il nous faut s'arr&#234;ter &#224; la &lt;i&gt;strate psychique&lt;/i&gt;, presque syst&#233;matiquement escamot&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2 &#8211; L'humain comme &#234;tre psychique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; la n&#233;ot&#233;nie pour bien saisir en quoi la culture humaine est fondamentalement diff&#233;rente des autres cultures animales, y compris celles des &lt;i&gt;Hominidae&lt;/i&gt; qui nous sont les plus proches. Car il se d&#233;roule chez les humains un ph&#233;nom&#232;ne radicalement nouveau, &#224; l'&#233;chelle du psychisme et il faut comprendre son &#233;mergence. Je vais me baser sur la seule hypoth&#232;se qui, &#224; ma connaissance, permette un semblant d'explication, celle du psychanalyste G&#233;rard Mendel. Dans ce qui va suivre, la question principale &#224; se poser n'est pas : comment le sait-on ? Mais : avons-nous d'autres explications ? Mon propos va d'abord vous sembler &#233;loign&#233; de mon sujet, mais ce d&#233;tour est n&#233;cessaire : c'est la formation de l'esprit humain, ou &lt;i&gt;psychog&#233;n&#232;se&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La psychog&#233;n&#232;se humaine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvenons-nous du petit humain, qui na&#238;t en quelque sorte &#171; trop t&#244;t &#187;, en plein d&#233;veloppement, inachev&#233;, jet&#233; dans le monde alors qu'il n'y est pas biologiquement pr&#233;par&#233;. Sur le plan physiologique, ses organes moteurs sont totalement immatures ; alors que le petit chimpanz&#233; d&#233;veloppe tr&#232;s rapidement une coordination des mouvements, cela prend, chez nous, des mois, des ann&#233;es, pendant lesquels nous ne pouvons pas, par nous-m&#234;mes, agir, c'est-&#224;-dire prendre, rejeter, manger, fuir, tirer, pousser, etc. En r&#233;alit&#233;, les choses sont plus compliqu&#233;es puisqu'il s'agit plut&#244;t d'un &lt;i&gt;d&#233;veloppement diff&#233;rentiel&lt;/i&gt; : en parall&#232;le d'une &lt;i&gt;immaturit&#233; motrice&lt;/i&gt;, les syst&#232;mes &lt;i&gt;sensoriels&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;hormonaux&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;c&#233;r&#233;braux&lt;/i&gt; sont comparativement plus matures chez le nourrisson. Autrement dit : il per&#231;oit, ressent et d&#233;sire sans pouvoir traduire tout cela en actes ou en comportements. Il y a d'un c&#244;t&#233; toute la vitalit&#233; d'un nouvel &#234;tre qui surgit &#224; l'existence et de l'autre une totale impuissance physique, tiraillement permanent source d'une tension extr&#234;me qui s'auto-alimente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;calage, cette &#171; discordance sensori-motrice &#187;, serait donc source d'une &#233;norme accumulation d'&#233;nergie &#224; la fois libre, inemploy&#233;e, et impossible &#224; d&#233;charger. Cette tension s'accumulerait dans le n&#233;ocortex, le cerveau, pour tenter de r&#233;tablir un semblant d'&#233;quilibre, de coh&#233;rence, de satisfaction face &#224; cette gigantesque, insupportable et permanente frustration. Cela se ferait par l'&#233;laboration d'hallucinations : dans l'impossibilit&#233; de vous d&#233;placer, de vous nourrir ou de vous r&#233;chauffer, vous allez cr&#233;er l'impression d'un d&#233;placement, d'une sati&#233;t&#233;, d'un r&#233;chauffement, attach&#233;e &#224; un affect de plaisir &#8211; et c'est la m&#232;re, bien s&#251;r, qui va pallier cela, mais elle n'existe pas encore en tant qu'individu s&#233;par&#233;, ni en tant qu'individu d'ailleurs, et m&#234;me pas en tant qu'objet ext&#233;rieur. Ce que vous ne pouvez faire, vous allez donc le r&#234;ver &#233;veill&#233; &#8211; &#233;veill&#233; ou pas d'ailleurs, puisque nous parlons l&#224; de l'&lt;i&gt;indistinction&lt;/i&gt; du r&#234;ve et de la r&#233;alit&#233;, du principe fondamental du fantasme : cr&#233;er un autre r&#233;el, satisfaisant, que l'on retrouvera largement dans le sommeil adulte. Voil&#224;, rapidement d&#233;crit, le proto-psychisme humain : la &lt;i&gt;cr&#233;ation&lt;/i&gt; &#8211; cr&#233;ation au sens le plus radical : faire &#234;tre une chose qui n'existait pas &#8211; d'une r&#233;alit&#233; parall&#232;le qui, &#224; l'origine, vaut non pas autant mais &lt;i&gt;bien plus&lt;/i&gt; que la r&#233;alit&#233;, &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me, &lt;i&gt;constitue&lt;/i&gt; le r&#233;el &lt;i&gt;in extenso&lt;/i&gt; pour le nourrisson. C'est dire l'importance premi&#232;re, nodale, fondamentale de l'imagination, qui implique, on le voit tout de suite, la primaut&#233; du plaisir de repr&#233;sentation sur le plaisir d'organe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La monade psychique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc ici aucune distinction entre la r&#233;alit&#233; et ce qui deviendra plus tard le fantasme ; cette diff&#233;rence n'existe pas chez le nouveau-n&#233; et on ne voit pas sur quoi il la poserait, ni qui ou quoi la lui expliquerait ni comment. En fait, le petit vit dans un univers total, indistinct, o&#249; son &#171; d&#233;sir &#187; est confondu avec sa &#171; r&#233;alisation &#187;, o&#249; envie et plaisir sont confondus, o&#249; les &#171; choses &#187; sont ce que l'on &#171; veut &#187; qu'elles soient, o&#249; monde ext&#233;rieur et int&#233;rieur ne forment qu'un &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; indiff&#233;renci&#233; soumis &#224; la pulsion. Aussi &#233;tonnant que cela paraisse, le nourrisson vivrait dans une totalit&#233;, une unit&#233;, une unicit&#233; sans phrase, un &#171; Moi-tout &#187; aussi appel&#233; une &#171; monade psychique &#187;, une continuit&#233;, un cosmos o&#249; le pulsionnel se confond en permanence avec le r&#233;el, un sentiment de toute-puissance puisqu'il n'existe aucune s&#233;paration ni distinction. C'est une folie : l'humain na&#238;t &lt;i&gt;fou&lt;/i&gt;, litt&#233;ralement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous pensez imm&#233;diatement : on peut toujours fantasmer, mais la r&#233;alit&#233; n'est pas toujours &#224; la hauteur &#8211; rarement, m&#234;me&#8230; &#8211; et le petit peut bien halluciner qu'il a mang&#233;, s'il a le ventre vide sa douleur va perdurer, ou le froid le br&#251;ler, etc. Et effectivement, c'est ce qui va finir, la plupart du temps, par tirer le nourrisson de sa solitude absolue en m&#234;me temps que de sa b&#233;atitude pr&#233;caire : son syst&#232;me clos ne r&#233;pond pas tout le temps, pas &#224; tout, pas tout de suite, pas compl&#232;tement, pas parfaitement. Peu &#224; peu semble &#233;merger confus&#233;ment l'impression d'une d&#233;pendance &#224; quelque chose : la m&#232;re &#8211; ou son substitut &#8211; mais avant tout per&#231;ue comme sein, source de plaisir lors de l'allaitement, mais aussi de d&#233;plaisir, en son absence. Le sentiment de qui&#233;tude, de plaisir sans borne que le petit humain s'attribuait, cette toute-puissance fantasmatique, il finit par l'attacher &#224; cet objet ext&#233;rieur qui est, lui, &#224; l'origine de son bien-&#234;tre comme de ses souffrances. La puissance qui reliait son d&#233;sir &#224; sa r&#233;alisation est transf&#233;r&#233;e &#224; ce premier ext&#233;rieur, ce premier &#171; objet &#187;, dans ce qui deviendra au fil du temps la m&#232;re, envers laquelle la d&#233;pendance se r&#233;v&#232;le absolument totale : elle est source de bonheur ineffable comme de souffrances insupportables, ce sont ses pr&#233;sences/absences, ses actions, sa volont&#233;, et finalement son d&#233;sir myst&#233;rieux qui vont restaurer le narcissisme originaire du petit et en m&#234;me temps que le plonger dans la frustration, le manque, l'impuissance. Figure toute-puissante, arbitraire, ambivalente : telle est la sensation que le nouveau-n&#233; en a, sans rapports directs avec la r&#233;alit&#233; de la personne qui l'incarne. Bien s&#251;r vous connaissez la suite, qui m&#232;ne au c&#233;l&#232;bre complexe d'&#338;dipe : progressivement, le p&#232;re &#8211; ou son ou ses tenant-lieu &#8211; &#233;merge et brise cette fusion avec la m&#232;re, interdit l'inceste, cette sorte d'hyper-inceste de la pr&#233;-humanit&#233;, et c'est &#224; lui que la puissance va &#234;tre attribu&#233;e, avec tous ses relais et ses symboles ult&#233;rieurs ; le langage, la loi, le chef, Dieu, l'&#201;tat, la machine, etc. Le renoncement, pour soi et tr&#232;s relatif, &#224; cette toute-puissance princeps, c'est l'origine du refoulement. Il n'est jamais total et il en irradie une nostalgie puissante, un attrait obsessionnel fondamental. Je ne vais pas discuter ici de l'universalit&#233; du complexe d'&#338;dipe, la question, abandonn&#233;e, semblant loin d'&#234;tre tranch&#233;e, mais je me rangerais sous la figure de Claude Lefort pour dire que ce sch&#233;ma global &#8211; fusion puis intervention d'une figure tierce &#8211; n'est nulle part invalid&#233; par le mat&#233;riel ethno-psychiatrique, plut&#244;t le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Implications &#233;cologiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel rapport de tout cela avec l'&#233;cologie ? Il est central de plusieurs points de vue, puisqu'il serait superficiel de dire que ces exp&#233;riences infantiles laissent des traces : elles sont fondatrices et d&#233;terminantes de notre fonctionnement psychique quotidien &#8211; pensez &#224; cette fleur qui n'est &#224; tel endroit &#224; tel moment que par la conjonction de mouvements telluriques, du m&#233;ga-syst&#232;me climatique ou m&#234;me de la m&#233;canique c&#233;leste depuis des milliards d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord et avant tout, ce sch&#232;me de toute-puissance, cette monade psychique. Nous sommes v&#233;ritablement hant&#233;s, nous, esp&#232;ce humaine, par la volont&#233; de restaurer cet &#233;tat de toute-puissance, de totalit&#233;, qui est le &lt;i&gt;moteur&lt;/i&gt; &lt;i&gt;principal&lt;/i&gt; de l'esprit humain. &#192; l'&#233;chelle individuelle mais aussi collective, nous existons de mani&#232;re radicalement auto-centrique : &#233;gocentrisme absolu, mais aussi anthropocentrisme fondamental, qui transcende largement la simple cl&#244;ture animale. Cela peut se briser &#8211; se brise, sinon nous ne serions pas ici &#8211; mais l'exp&#233;rience clinique comme historique montre que l'humanisation ainsi entendue n'est en rien &#171; naturelle &#187; et que la tendance g&#233;n&#233;rale, la pente spontan&#233;e, est bien plut&#244;t la recherche &#233;perdue de totalit&#233; et la haine de tout ce qui la contrarie. Cela se traduit par la constitution du roc du sens, donc de la croyance, essentiellement religieuse, comme explication et promesse de tout et la destruction conjointe de ce qui ne s'y soumet pas, avec, r&#233;cemment, l'investissement de la puissance instrumentale &#8211; raison, quantification, technique, machine &#8211; comme mode de r&#233;alisation du fantasme. C'est ici &#233;galement que s'origine radicalement le prurit d'accumulation, que l'on appelle un peu trop commod&#233;ment capitalisme, qui serait plut&#244;t la lib&#233;ration de cette pouss&#233;e hors des cadres traditionnels par leur rationalisation. Les implications &#233;cologiques se passent de commentaire, et vous comprenez que les &#171; probl&#232;mes &#187; qui s'y rapportent mettent imm&#233;diatement en cause notre ontologie sp&#233;cifique, notre d&#233;mesure, notre &lt;i&gt;hubris&lt;/i&gt; cong&#233;nitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, ces deux figures de la M&#232;re et du P&#232;re, vers laquelle cette toute-puissance a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e, sont devenues des images arch&#233;typales, des &lt;i&gt;imago&lt;/i&gt; comme on dit, profond&#233;ment ancr&#233;es et bien vivantes au tr&#233;fonds de notre esprit, de notre &lt;i&gt;psych&#233;&lt;/i&gt;. Les signes, les symboles, les attributs du P&#232;re sont bien connus : tous les symboles phalliques &#8211; traits, b&#226;tons, lances, sceptres, menhirs, totems, sabres, gratte-ciel, fus&#233;es, etc. &#8211; et les institutions, au sens large, qui incarnent la puissance, l'ordre et la s&#233;paration &#8211; le langage, la Loi, le savoir, la science, etc. En bref : c'est toute la soci&#233;t&#233; qui est v&#233;cue comme &#233;tant r&#233;gi par l'autorit&#233; du P&#232;re, caricature pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me par les dictateurs qui emp&#234;chent un d&#233;passement du fantasme dans la collectivit&#233; anonyme qu'est, de fait, toute soci&#233;t&#233; et auquel tend la d&#233;mocratie. Quant &#224; la M&#232;re, elle incarne la Nature : nature enveloppante, nature nourrici&#232;re, nature fertile, nature f&#233;conde, nature maternante &#8211; mais aussi nature myst&#233;rieuse, nature indiff&#233;rente, destructrice, capricieuse, cruelle qui reprend la vie tout autant qu'elle la donne &#8211; que symbolisera plut&#244;t la courbe des seins, des hanches, des fesses, du ventre de la femme enceinte, le cercle, l'enveloppe du collectif, la hutte, la maison&#8230; Regardez les logos des &#233;colos, c'est souvent rond, jusqu'&#224; la rotondit&#233; de la Terre&#8230; Ce sont, bien s&#251;r, toutes les divinit&#233;s f&#233;minines qui l'incarnent depuis des mill&#233;naires &#8211; Cyb&#232;le, D&#233;m&#233;ter, Isis, Ishtar, Ga&#239;a, etc. &#8211; et qui semblent avoir &#233;merg&#233; confus&#233;ment autour du N&#233;olithique, fr&#233;quemment reli&#233;es archa&#239;quement &#224; des sources ou des points d'eau, et dont il faut s'attirer les bonnes gr&#226;ces pour les r&#233;coltes par des liturgies, des rites, des offrandes, etc., et que l'on ensemence, fantasmatiquement et r&#233;ellement, en p&#233;n&#233;trant la terre pour y d&#233;poser des graines&#8230; Je simplifie, bien s&#251;r, et on retrouve cette dichotomie de mani&#232;re un peu fractale : par exemple le Soleil (masculin) et la Lune (f&#233;minine), le Ciel et la Terre, ou, plus r&#233;cemment l'&#201;tat comme autorit&#233; paternelle et la M&#232;re-Patrie, la Nation, et m&#234;me la double figure de l'&#201;tat policier et de l'&#201;tat providence, etc. Nous reparlerons de tout &#231;a. Mais c'est aussi et surtout toutes les mythologies qui &#233;voquent le paradis perdu, l'&#226;ge d'or, ce mythe si bien d&#233;crit par Mirc&#233;a Eliade, ce temps r&#233;volu o&#249; l'humain ne faisait qu'un avec la M&#232;re-Nature, le jardin d'&#201;den, les paradis perdus et les cornes d'abondance qu'il s'agirait de retrouver &#8211; l&#224; le lien avec l'exp&#233;rience de la petite enfance est transparent. Vous voyez que tout cela est actuel et il n'est pas difficile de le rep&#233;rer lorsqu'on parle de jardinage, par exemple, o&#249; les rapports sont imm&#233;diatement tr&#232;s affectifs, sinon n&#233;vrotiques : l&#224;, tous les fantasmes individuels et collectifs remontent &#224; la surface, presque nus. En Occident il y a ceux, plut&#244;t &#171; traditionalistes &#187; pour qui le jardin doit &#234;tre entretenu, domestiqu&#233;, ma&#238;tris&#233;, m&#233;canis&#233;, &#171; chimis&#233; &#187;, rationalis&#233;, etc. et les autres, qui veulent &#171; laisser faire la Nature &#187;, jusqu'&#224; l'absurde. Nous nageons l&#224; en pleins fantasmes &#8211; il faut lire Gaston Bachelard &#8211;, en pleins mythes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cis&#233;ment : parlons mythes, quitte &#224; empi&#233;ter sur la partie suivante. Ce sont eux qui vont participer &#224; d&#233;terminer les relations entre les soci&#233;t&#233;s humaines et la nature, leurs natures, et m&#234;me les individus. Les modalit&#233;s selon lesquelles vous percevez la nature vont dicter votre conduite, votre attitude &#224; son &#233;gard et il y a, tr&#232;s sch&#233;matiquement, deux p&#244;les totalement contraires et syst&#233;matiquement compl&#233;mentaires &#8211; souvenez-vous du n&#233;ot&#232;ne : la d&#233;pendance &#224; la toute-puissance naturelle peut &#234;tre v&#233;cue comme une ali&#233;nation insupportable, une situation infantile dont il s'agira de sortir par l'&#233;lucidation de ses myst&#232;res, par la connaissance, son contr&#244;le par la technique, l'organisation de son exploitation rationnelle, sa mise au pas par la soci&#233;t&#233; et son savoir. En creusant : c'est au P&#232;re social de dominer la M&#232;re-Nature, par la contrainte, la violence, voire le viol. &#192; l'inverse &#8211; et c'est plus explicite chez les &#233;cologistes &#8211; nous avons plut&#244;t le r&#233;cit d'une &#171; M&#232;re-nature &#187; malmen&#233;e par le &#171; P&#232;re-social &#187; : il va falloir la m&#233;nager, la prot&#233;ger, l'accompagner, la soigner, la restaurer, lui donner toute sa place, y trouver tout le n&#233;cessaire d&#233;j&#224; imm&#233;diatement disponible, se plonger dans son myst&#232;re, accepter telle sa puissance sans cesse renaissante, etc. &#201;l&#233;ments d&#233;j&#224; tr&#232;s pr&#233;sents dans le gauchisme et &#233;clatants chez Herbert Marcuse, par exemple, repris et amplifi&#233;s chez beaucoup d'&#233;cologistes militants. C'est aussi cette mythologie qui est v&#233;hicul&#233;e par toutes les activit&#233;s &#171; vertes &#187; plus ou moins sportives devenues envahissantes : on s'y ressource et on s'y aventure, on y &#233;prouve s&#233;r&#233;nit&#233; et vertige, on y fr&#244;le la mort et on y revit, c'est l'oubli de soi pour provoquer l'&#233;mergence de son &#171; vrai moi &#187;, c'est le d&#233;paysement et le retour aux sources, c'est le lieu des transformations, des m&#233;tamorphoses, des passages, etc. Le lien avec les exp&#233;riences infantiles, le fantasme ultime de fusion totale d'avec la M&#232;re, saute aux yeux. Tout cela mobilise donc des affects extr&#234;mement forts, profonds, enfouis, c'est une affaire de passions visc&#233;rales, de haine et d'amour, de vengeance et de r&#233;paration, de justice immanente ou de trag&#233;die universelle, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions continuer longtemps, approfondir, &#233;tendre, pr&#233;ciser, tant cette approche me semble riche. Mais d&#233;j&#224; les points abord&#233;s posent quelques jalons : comme &#234;tre psychique, l'humain est une sorte de volcan monstrueux d'o&#249; surgissent d&#233;sir de toute-puissance, d&#233;lires, fantasmes, r&#234;ves, qui ne doit sa survie et son humanit&#233; qu'&#224; la soci&#233;t&#233; qui l'arrache &#224; son solipsisme existentiel. L&#224; aussi, nous retrouvons des d&#233;terminations &#8211; je n'ai pas abord&#233; le r&#244;le central de la sexualit&#233; &#8211; et une source unique de cr&#233;ativit&#233; radicale, &#224; la fois oppos&#233;es &#224; et soubassement de toute vie sociale. Tout cela dessine l'&#234;tre humain comme un jaillissement de repr&#233;sentations, de significations imaginaires dont il ne s'extrait jamais et qui vont modeler ce qu'il entend par &#171; nature &#187; &#8211; que voudrait dire : un &#234;tre humain en contact direct avec une nature imm&#233;diatement univoque ? &#8211;, repr&#233;sentations &#233;tay&#233;es sur une r&#233;alit&#233; bio-&#233;cologique mouvante et contradictoire, &#224; la fois profond&#233;ment intime et compl&#232;tement inconnue. Cet &#233;tayage, ce point de contact dynamique entre notre animalit&#233; et notre folie psychique, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce que nous appelons la culture, ou plut&#244;t les cultures humaines.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3 &#8212; L'&#234;tre humain comme &#234;tre de culture&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(.../&#8230;)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;l&#233;ments de bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La bibliographie ci-dessous a &#233;t&#233; r&#233;duite au minimum : il y manque d'un c&#244;t&#233; tous les &#171; classiques &#187; de l'&#233;cologie politique et des disciplines abord&#233;es, largement connus, ainsi que, de l'autre, les ouvrages aux th&#233;matiques apparemment trop &#233;loign&#233;es, sans m&#234;me parler de tous ceux dont l'apport, loin d'&#234;tre nul, n'a pas &#233;t&#233; significatif. N'ont donc &#233;t&#233; retenus que les titres ayant express&#233;ment servi &#224; l'&#233;laboration des s&#233;ances &#224; divers degr&#233;s, et regroup&#233;s grosso modo selon leur ordre, m&#234;me si beaucoup sont transversaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En gras&lt;/strong&gt; les livres dont la lecture est vivement recommand&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourg Dominique (sous la dir. de), &lt;i&gt;Les Sentiments de la nature&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, coll. &#171; Cahiers libres &#187;,1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis Cornelius, &#171; Institution de la soci&#233;t&#233; et religion &#187;, dans &lt;i&gt;Domaines de l'homme. Les carrefours du labyrinthe 2&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points Essais &#187;, 1999&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis Cornelius, &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, dans &lt;i&gt;Le Monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe 3&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; La couleur des id&#233;es &#187;, 1990&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Changeux Jean-Pierre,&lt;i&gt; L'Homme neurona&lt;/i&gt;l, coll. &#171; Le temps des sciences &#187;, Fayard, 1983&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cosandey David,&lt;i&gt; Le Secret de l'Occident. Vers une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du progr&#232;s scientifique&lt;/i&gt;, Flammarion, coll. &#171; Champs &#187;, 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diamond Jared, &lt;i&gt;De l'in&#233;galit&#233; parmi les soci&#233;t&#233;s. Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Folio essais &#187;, 2007&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diamond Jared, &lt;i&gt;Le Troisi&#232;me Chimpanz&#233;. Essai sur l'&#233;volution et l'avenir de l'animal humain&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Folio essais &#187;, 2000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Douglas Mary, &#171; Les abominations du L&#233;vitique &#187; [1967] dans &lt;i&gt;De la souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte/Syros, 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ducarme Fr&#233;d&#233;ric et al, &#171; How the diversity of human concepts of nature affects conservation of biodiversity &#187;, &lt;i&gt;Conservation Biology&lt;/i&gt;, 2020/6, n&#176; 34&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dufrenne Mikel, &lt;i&gt;La Personnalit&#233; de base, un concept sociologique&lt;/i&gt;, PUF, coll. &#171; Biblioth&#232;que de sociologie contemporaine &#187;, 1966&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morin Edgar et Pirattelli-Palmarini Massimo (sous la dir. de), &lt;i&gt;L'Unit&#233; de l'homme&lt;/i&gt; (3 vol.), [1974], Seuil, 1992&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;liade Mirc&#233;a, &lt;i&gt;La Nostalgie des origines. M&#233;thodologie et histoire des religions&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Folio essais &#187;, 1991&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Godin Christian, &lt;i&gt;La Haine de la nature&lt;/i&gt;, Champ Vallon, coll. &#171; L'esprit libre &#187;, 2012&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guille-Escuret Georges, &lt;i&gt;Les Soci&#233;t&#233;s et leurs natures&lt;/i&gt;, Armand Colin, coll. &#171; Anthropologie du pr&#233;sent &#187;, 1989&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Harrison Robert, For&#234;ts. &lt;i&gt;Promenade dans notre imaginaire&lt;/i&gt;, Flammarion, coll. &#171; Champs &#187;, 2018&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Haudricourt Andr&#233; Georges, &lt;i&gt;La Technologie, science humaine. Recherche d'histoire et d'ethnologie des techniques&lt;/i&gt;, &#201;ditions de la Maison des sciences de l'homme, 1988&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gould Stephen Jay, &lt;i&gt;Darwin et les grandes &#233;nigmes de la vie. R&#233;flexions sur l'histoire naturelle&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Point sciences &#187;, 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kardiner Abram &lt;i&gt;L'Individu dans sa soci&#233;t&#233;. Essai d'anthropologie psychanalytique&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que des sciences humaines &#187;, 1969&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lapassade Georges,&lt;i&gt; L'Entr&#233;e dans la vie. Essai sur l'inach&#232;vement de l'homme&lt;/i&gt;, Anthropos, 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lefort Claude &#171; Ambigu&#239;t&#233;s de l'anthropologie culturelle : introduction &#224; l'&#339;uvre d'Abram Kardiner &#187; [1969], dans&lt;i&gt; Les Formes de l'histoire. Essais d'anthropologie politique&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que des sciences humaines &#187;, 1978&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lestel Dominique, &lt;i&gt;Les Origines animales de la culture&lt;/i&gt;, Flammarion, 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;vi-Strauss Claude, &lt;i&gt;La Pens&#233;e sauvage&lt;/i&gt;, Plon, 1962&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Linton Ralph, &lt;i&gt;Le Fondement culturel de la personnalit&#233;&lt;/i&gt;, Dunod, coll. &#171; Sciences de l'&#233;ducation &#187;, 1977&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorenz Konrad, &lt;i&gt;L'Homme dans le fleuve du vivant&lt;/i&gt;, Flammarion 1981&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lowie Robert Harry,&lt;i&gt; Trait&#233; de sociologie primitive&lt;/i&gt;, Payot, &#171; Petite biblioth&#232;que Payot &#187;, 1969&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Magnenat Luc (sous la dir. de), &lt;i&gt;La Crise environnementale sur le divan&lt;/i&gt;, &#201;ditions In Press, 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mauss Marcel, &lt;i&gt;Essais de sociologie&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points essais &#187;, 1968&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mendel G&#233;rard, &lt;i&gt;La R&#233;volte contre le p&#232;re, une introduction &#224; la sociopsychanalyse&lt;/i&gt;, Payot, coll. &#171; Sciences de l'homme &#187;, 1968&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Morris Desmond, &lt;i&gt;Le Singe nu&lt;/i&gt;, Grasset, 1968&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscovici Serge, &lt;i&gt;Essai sur l'histoire humaine de la nature&lt;/i&gt;, Flammarion, coll. &#171; Champs &#187;, 1977&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscovici Serge, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; contre nature&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points essais &#187;, 1994&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prochiantz Alain,&lt;i&gt; La Biologie dans le boudoir&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 1995&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dufour Dany-Robert, &lt;i&gt;On ach&#232;ve bien les hommes. De quelques cons&#233;quences actuelles et futures de la mort de Dieu&lt;/i&gt;, Deno&#235;l, coll. &#171; M&#233;diations &#187;, 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#243;heim G&#233;za, &lt;i&gt;Psychanalyse et Anthropologie, culture, personnalit&#233;, inconscient&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. &#171; Connaissance de l'inconscient &#187;, 1967&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ruffi&#233; Jacques, &lt;i&gt;De la biologie &#224; la culture&lt;/i&gt;, 2 vol., Flammarion, coll. &#171; Champs &#187;, 1983&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Terrasson Fran&#231;ois, &lt;i&gt;La Peur de la nature&lt;/i&gt;, Sang de la terre, 1991&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vincent Jean-Didier, &lt;i&gt;Biologie des passions&lt;/i&gt;, Seuil, 1986&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La d&#233;mocratie des techniques </title>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Barbin A.</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
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&lt;p&gt;Introduction du livre &#171; La d&#233;mocratie des techniques &#187; de Adeline Barbin, 2024, Hermann &#201;diteurs, pp. 15-23. R&#233;fl&#233;chir &#224; la d&#233;mocratie des techniques consiste &#224; s'interroger sur la fa&#231;on dont nous pourrions organiser d&#233;mocratiquement la r&#233;flexion et les d&#233;cisions autour de nos choix techniques. C'est &#233;galement, et peut-&#234;tre plus fondamentalement, envisager que les techniques puissent, en elles-m&#234;mes, &#234;tre plus ou moins porteuses de valeurs d&#233;mocratiques &#224; travers les modes d'organisation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction du livre &#171; La d&#233;mocratie des techniques &#187; de Adeline Barbin, 2024, Hermann &#201;diteurs, pp. 15-23.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chir &#224; la d&#233;mocratie des techniques consiste &#224; s'interroger sur la fa&#231;on dont nous pourrions organiser d&#233;mocratiquement la r&#233;flexion et les d&#233;cisions autour de nos choix techniques. C'est &#233;galement, et peut-&#234;tre plus fondamentalement, envisager que les techniques puissent, en elles-m&#234;mes, &#234;tre plus ou moins porteuses de valeurs d&#233;mocratiques &#224; travers les modes d'organisation qu'elles proposent. Pourtant, qu'y a-t-il de moins politique que la technique ? Voil&#224; bien au moins un domaine de l'existence humaine o&#249; les choses sont simples : pour prendre la bonne d&#233;cision, il suffit de rechercher l'ad&#233;quation des moyens aux fins avec, pour crit&#232;re d'&#233;valuation, l'efficacit&#233;. Certes, on peut toujours utiliser la technique pour de mauvaises fins et il convient alors que des sanctions soient pr&#233;vues. Pour le reste cependant, nul besoin de d&#233;battre pendant des heures pour s'accorder sur des valeurs et des convictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette affirmation se voit cependant remise de plus en plus durement en cause dans le d&#233;bat public, questionn&#233;e par les probl&#232;mes environnementaux d'un c&#244;t&#233; et la num&#233;risation de nos pratiques de l'autre. Autoroutes, grandes bassines, technologies de surveillance, algorithmes des r&#233;seaux sociaux ou agents conversationnels sont clairement apparus comme des questions dont une partie au moins des individus souhaite s'emparer, g&#233;n&#233;ralisant le questionnement sur le sens du progr&#232;s qui a lieu depuis le XVIIIe si&#232;cle. L'&#233;nergie nucl&#233;aire ou les cultures g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En raison des nombreuses &#233;tudes disponibles &#224; leur sujet, les organismes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont fait l'objet de ces r&#233;flexions sur le type de soci&#233;t&#233; que nous voulons construire, avant que les d&#233;bats ne se retrouvent, comme trop souvent, r&#233;duits &#224; une r&#233;flexion sur les risques. Les syst&#232;mes d'intelligence artificielle, port&#233;s brusquement sur le devant de la sc&#232;ne par l'apparition des intelligences g&#233;n&#233;ratives telles que ChatGPT mais d&#233;j&#224; en usage depuis plusieurs ann&#233;es, nous confrontent directement &#224; ces enjeux tant le potentiel de reconfiguration de nos soci&#233;t&#233;s dont ils sont porteurs appara&#238;t comme immense : mutation des m&#233;tiers, biais d'analyse, surveillance de masse, influences comportementales ou encore corruption de la v&#233;rit&#233; font, entre autres, partie des probl&#232;mes identifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devient difficile de d&#233;fendre l'id&#233;e que l'&#233;valuation d'une technique pourrait se r&#233;duire &#224; une &#233;valuation des risques en laissant de c&#244;t&#233; la fa&#231;on dont les techniques construisent notre relation au monde et configurent les relations sociales. Il devient compliqu&#233; de soutenir que les choix techniques n'auraient rien de proprement politique et seraient une pure question de connaissances, qui ne requerrait que de collecter les informations factuelles pertinentes, ou devraient &#234;tre laiss&#233;s &#224; la seule appr&#233;ciation du march&#233;, dont l'efficience permettrait une s&#233;lection optimale. Il devient malais&#233; de soutenir que nous n'aurions d'autre choix que de nous situer le long d'une ligne et de ses deux directions : en avant, vers le progr&#232;s, en arri&#232;re, vers l'obscurantisme, quand tant de propositions dessinent d'autres chemins techniques et affirment la diversit&#233; des voies possibles pour le progr&#232;s technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nature de la technique (partie I)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en reste pas moins que des pr&#233;jug&#233;s et des impressions puissantes influencent notre conception de ce qu'est la technique et de ce qui explique ses transformations. La technique nous appara&#238;t souvent comme autonome : elle suivrait un chemin de d&#233;veloppement dont le trac&#233; ne nous appartiendrait pas. Que ce soit parce qu'il existerait quelque chose comme une essence de la technique dont l'histoire ne serait que la longue r&#233;alisation ou parce que la multiplication des techniques depuis le XVIIIe si&#232;cle aurait entra&#238;n&#233; leur agr&#233;gation en un syst&#232;me qui nous &#233;chappe, nous ne pourrions ma&#238;triser le changement technique. La philosophie des techniques classique apparue au XXe si&#232;cle, dont le c&#339;ur est constitu&#233; par un questionnement aux conclusions peu optimistes des effets de la technique moderne sur la condition humaine, n'a pu que renforcer ce sentiment. On en conna&#238;t les grands noms : Oswald Spengler, Jos&#233; Ortega y Gasset, Martin Heidegger, Lewis Mumford, l'&#233;cole de Francfort, G&#252;nther Anders, Hans Jonas ou Jacques Ellul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leurs textes naquit une conception dominante de la technique qui ne fut remise en cause qu'&#224; la fin du XXe si&#232;cle. Largement empreinte de pessimisme, la philosophie classique de la technique en faisait un ph&#233;nom&#232;ne univoque, autonome et &#224; la trajectoire d&#233;termin&#233;e. La technique analys&#233;e par cette conception &#233;tait &#171; la-technique-avec-un- grand-T &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Brey Philip, &#171; Philosophy of technology after the empirical turn &#187;, Techn&#233; : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une technique ind&#233;pendante de la vari&#233;t&#233; de ses incarnations, des trajectoires de son d&#233;veloppement et de la diversit&#233; de ses contextes sociaux, une technique d&#233;nu&#233;e de toute ambivalence et, en tout &#233;tat de cause, parfaitement incompatible avec la d&#233;mocratie. La fin du XXe si&#232;cle a vu une insatisfaction s'exprimer vis-&#224;-vis de cette approche classique de la technique en philosophie, en particulier aux &#201;tats-Unis, &#224; travers les travaux philosophiques de Don Ihde, Langdon Winner, Richard Sclove ou Andrew Feenberg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, c'est chez les historiens et les sociologues que cette conception univoque de la technique fut surtout interrog&#233;e. Ce que l'on nomme d&#233;sormais le tournant empirique de la r&#233;flexion sur la technique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kroes Peter et Meijers Anthonie W.M. (dir.), The empirical turn in the (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a conduit &#224; des micro-analyses de cas, des analyses d'artefacts pr&#233;cis, qui ont mis en &#233;vidence la contingence et la flexibilit&#233; de l'invention et des caract&#233;ristiques des artefacts techniques. C'est d'ailleurs au sein d'un courant de la sociologie, la th&#233;orie de l'acteur-r&#233;seau, que l'expression de &#171; d&#233;mocratie technique &#187; a fait son apparition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Callon Michel, &#171; Des diff&#233;rentes formes de d&#233;mocratie technique &#187;, Annales (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, traduisant l'int&#233;r&#234;t grandissant pour la r&#233;flexion sur le sens du progr&#232;s et ses cons&#233;quences politiques. La d&#233;mocratie des techniques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le syntagme de &#171; d&#233;mocratie des techniques &#187; nous semble plus clair que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a donc partie li&#233;e avec la contingence des techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il convient d'&#233;viter une approche de la technique qui ne tiendrait pas suffisamment compte de la diversit&#233; empirique des techniques, il est aussi important de ne pas les regarder seulement comme des moyens pour atteindre efficacement certaines fins. N'aborder la technique que sous l'angle de l'instrument conduit en effet &#224; manquer le fait que les techniques sont &#233;galement et toujours des productions culturelles et sociales et que, en tant que telles, elles incarnent et expriment des conceptions du monde et des convictions morales, sociales, politiques et m&#234;me m&#233;taphysiques. Ni la finalit&#233;, ni le moyen technique invent&#233; pour l'atteindre, ni les caract&#233;ristiques de ce moyen ne sont ind&#233;pendantes de valeurs et de choix qui, consciemment ou non, y sont incorpor&#233;s. Pr&#233;tendre qu'il suffit de s'en remettre &#224; un calcul d'efficacit&#233; n'est qu'une illusion. Comment d&#233;finir cette efficacit&#233; ? Quels crit&#232;res sont valables ? Que sommes-nous pr&#234;ts &#224; sacrifier et quels risques sont acceptables ? Il n'y a pas de r&#233;ponse &#224; ces questions qui ne soit variable selon les lieux et les &#233;poques, autrement dit selon nos valeurs. D'un point de vue politique, la technique ne peut pas alors &#234;tre analys&#233;e seulement comme la production d'une esp&#232;ce biologique, l'&lt;i&gt;homo faber&lt;/i&gt;, utile pour sa survie et efficace pour sa ma&#238;trise sur les choses, mais doit &#234;tre comprise comme une production associ&#233;e &#224; des valeurs, socialement m&#233;di&#233;e par la diversit&#233; historique et culturelle des groupes humains (chapitre 1). Il nous faut donc nous d&#233;faire de l'id&#233;e qu'il existerait quelque chose comme une rationalit&#233; technique purement instrumentale, libre de toute interf&#233;rence (chapitre 2), et examiner plut&#244;t en d&#233;tail la fa&#231;on dont les objets et syst&#232;mes techniques en viennent &#224; &#234;tre socialement con&#231;us et &#224; se diffuser. Il nous faut comprendre en quel sens le sentiment d'automaticit&#233; que nous pouvons attribuer au d&#233;veloppement technique est un effet du caract&#232;re collectif du ph&#233;nom&#232;ne technique, au m&#234;me titre que sont un ph&#233;nom&#232;ne collectif la langue, le droit ou l'argent (chapitre 3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Technique et politique (partie II)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contester l'autonomie de la technique et d&#233;fendre sa contingence ne doit cependant pas masquer un fait trop souvent laiss&#233; de c&#244;t&#233; dans l'examen des relations entre techniques et soci&#233;t&#233;, une th&#232;se parfois si caricaturale et souvent si contest&#233;e qu'elle a &#233;t&#233; exclue des analyses : le d&#233;terminisme technique, compris comme la fa&#231;on dont les techniques structurent la soci&#233;t&#233;, ne peut pourtant &#234;tre consid&#233;r&#233; comme ne recouvrant aucune forme de r&#233;alit&#233;. Comprendre en quel sens la technique est un ph&#233;nom&#232;ne collectif invite au contraire &#224; examiner la forme pr&#233;cise de l'influence des techniques sur la soci&#233;t&#233; et non pas seulement celle de la soci&#233;t&#233; sur les techniques. Les techniques exercent une action normative, et cette action est suffisamment importante pour qu'on ne la laisse pas aux mains du champ du social, de ce qui appartient &#224; l'ordre de l'interd&#233;pendance spontan&#233;e d'individus et de groupes sans &#234;tre l'objet d'une r&#233;flexivit&#233; propre &#224; en d&#233;terminer les formes et les objectifs (chapitre 4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les analyses sociologiques et historiques permettent de conclure qu'il est possible de contr&#244;ler politiquement les techniques parce qu'elles sont de part en part socialis&#233;es, mais ne rendent toutefois pas compte de la n&#233;cessit&#233; de ce contr&#244;le. Pour que celle-ci apparaisse, il faut mettre en &#233;vidence les effets des techniques sur la soci&#233;t&#233;, diff&#233;rencier les acteurs de leur d&#233;veloppement et &#233;clairer les fa&#231;ons dont elles fa&#231;onnent les relations sociales. Il faut comprendre de quelles fa&#231;ons les techniques font de la politique (les algorithmes et les intelligences artificielles n'en &#233;tant de nos jours qu'une expression parmi d'autres). Le parall&#232;le entre la question de la technique et ce qui a &#233;t&#233; nomm&#233;, au XIXe si&#232;cle, la &#171; question sociale &#187; informe utilement ce d&#233;bat : c'est parce que le travail a cess&#233; d'&#234;tre une simple activit&#233; de production pour devenir, sous la forme du salariat, un ph&#233;nom&#232;ne structurant de la soci&#233;t&#233; que s'est impos&#233;e la n&#233;cessit&#233; de prendre en charge politiquement les effets sociaux de l'industrialisation. De la m&#234;me mani&#232;re, les techniques expriment, objectivent et encadrent nos rapports aux autres et &#224; la nature. Des logiques fortes les organisent, logiques qui sont li&#233;es &#224; des conceptions particuli&#232;res de la soci&#233;t&#233; et du travail. Leur examen montre que ce qui caract&#233;rise la technique moderne, son essence, n'est pas une neutralit&#233; &#224; laquelle elle aurait acc&#233;d&#233; en s'&#233;mancipant de toute relation avec quelque valeur que ce soit, mais son productivisme, dont le machinisme et l'ordre social hi&#233;rarchis&#233; qu'il favorise sont une cons&#233;quence (chapitre 5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technique est solidaire de conceptions du monde et porteuse de choix de soci&#233;t&#233;. Plus encore, elle a des effets de pouvoir et de normalisation sociale qui conduisent &#224; de nouvelles formes de domination de certains groupes d'individus sur d'autres groupes. Ce sont autant de caract&#233;ristiques qu'une d&#233;mocratie et son principe d'autod&#233;termination ne peuvent laisser en dehors de leur champ de r&#233;flexion et d'action. Dans les faits, au plan historique, la technique est un objet de politique depuis le XVIIIe si&#232;cle au moins et l'&#233;diction de l&#233;gislations &#224; son endroit. Si cette construction d'un mode de r&#233;gulation t&#233;moigne de l'entr&#233;e de la technique dans le champ politique, le caract&#232;re d&#233;mocratique de cette prise en charge demeure tr&#232;s partiel. Cela s'explique, d'une part, par les limites d&#233;mocratiques des r&#233;gimes parlementaires du XIXe si&#232;cle et, d'autre part, par la difficult&#233; &#224; s'emparer d'un champ aussi important dans le cadre du d&#233;veloppement &#233;conomique et d'une comp&#233;tition internationale qui n&#233;cessitaient, et n&#233;cessitent encore, de ne pas laisser grandir les obstacles &#224; l'innovation et de rendre possible des investissements massifs. Fond&#233;es sur un discours qui fait du progr&#232;s technique l'in&#233;luctable chemin vers la prosp&#233;rit&#233; et le bien-&#234;tre, les l&#233;gislations ont essentiellement accompagn&#233; le changement technique bien plus qu'elles ne l'ont r&#233;fl&#233;chi (chapitre 6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Techniques, sciences et profanes (partie III)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette organisation du progr&#232;s technique dont nous avons h&#233;rit&#233; p&#232;se sur les mani&#232;res dont nous pouvons aujourd'hui envisager un contr&#244;le, voire une production, d&#233;mocratiques des techniques. Ce contr&#244;le ne devrait-il pas de toute fa&#231;on &#234;tre une affaire d'expertise et non de citoyennet&#233; ? L'expertise ne peut pourtant pr&#233;tendre se r&#233;duire &#224; un jugement de connaissance : elle est un mode d'&#233;nonciation de la rationalit&#233; pratique, un discours qui repose sur des faits mais &#233;galement sur des valeurs. Dans la confrontation des expertises, ce sont &#233;galement des choix de soci&#233;t&#233;, voire des conceptions du monde, qui s'affrontent. Le cadrage contemporain en termes de risque s'oppose cependant &#224; ce que l'on tire les conclusions politiques et institutionnelles d'un tel constat, c'est-&#224;-dire que l'on ouvre l'expertise &#224; la pluralit&#233; des points de vue et que l'on reconnaisse l'intrication des faits et des valeurs. La pr&#233;tention &#224; s&#233;parer clairement une rationalit&#233; scientifique et technique de la rationalit&#233; pratique reste forte derri&#232;re toutes les d&#233;clarations d'adh&#233;sion &#224; la participation du public (chapitre 7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant, dans ce contexte, que ce soit au sein d'un courant tr&#232;s critique de la distinction entre science et soci&#233;t&#233; que soit apparue l'expression de &#171; d&#233;mocratie technique &#187; : la th&#233;orie sociologique de l'acteur-r&#233;seau appelle par l&#224; &#224; imaginer des proc&#233;dures et des institutions pour d&#233;cider d&#233;mocratiquement de ce que nous voulons au sujet des entit&#233;s scientifiques et techniques dont nous disposons d&#233;j&#224; ou qui apparaissent, sans que la discussion soit r&#233;serv&#233;e &#224; celles et ceux qui d&#233;tiennent des comp&#233;tences particuli&#232;res. L'int&#233;gration des sciences dans ce d&#233;bat n'est que logique. Nous ne nous livrerons pas ici &#224; une analyse de la distinction entre science et technique, que d'autres ont d&#233;j&#224; men&#233;e bien mieux que nous ne saurions le faire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mentionnons, entre autres : Hottois Gilbert, &#171; La technoscience, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'inclusion des sciences dans le cadre d'une r&#233;flexion sur les techniques prend acte de l'entrem&#234;lement des deux, en particulier &#224; travers des artefacts fortement adoss&#233;s &#224; la recherche scientifique, tels que les organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les origines de la d&#233;mocratie technique, formul&#233;e dans le cadre d'une th&#233;orie centr&#233;e sur la fluidit&#233; des rapports sociaux et reprise notamment par les travaux sur la d&#233;mocratie participative, ont cependant conduit la r&#233;flexion sur la d&#233;mocratie des techniques &#224; rester centr&#233;e sur la conception de dispositifs de d&#233;cision et &#224; maintenir la r&#233;flexion dans un cadre trop &#233;troit. Le d&#233;bat s'est largement articul&#233; autour de la question des connaissances que l'on pouvait reconna&#238;tre au profane et des proc&#233;dures pertinentes pour lui donner sa juste place dans les prises de d&#233;cision. Si le souci de faire place au profane ne peut qu'&#234;tre salu&#233;, il s'agit l&#224; d'une conception trop r&#233;ductrice de la d&#233;mocratie, pens&#233;e souvent comme addition d'acteurs individuels exprimant leurs pr&#233;f&#233;rences ou leur identit&#233; et centr&#233;e sur les questions de proc&#233;dures (chapitre 8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Complexifier la d&#233;mocratie technique (partie IV)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie, pourtant, repose sur bien plus que cela : elle se constitue &#224; travers des valeurs, elle se construit &#224; travers des textes de droit, elle s'incarne dans les structures &#233;ducatives et se d&#233;ploie dans des financements. Il ne saurait y avoir de d&#233;mocratie des techniques, il ne saurait y avoir de d&#233;mocratie, si on ne pense que le d&#233;bat sans penser les conditions du d&#233;bat et l'origine des questions d&#233;battues. Il importe de complexifier la r&#233;flexion sur la d&#233;mocratie des techniques et de la penser dans un espace &#224; plusieurs termes, o&#249; apparaissent en particulier l'&#201;tat et le champ &#233;conomique. La d&#233;mocratie des techniques doit &#234;tre complexifi&#233;e parce que la d&#233;mocratie s'organise dans bien d'autres lieux que ceux qui r&#233;unissent les citoyens ou leurs repr&#233;sentants. Et puisque les techniques sont normatives et organisent nos conditions d'existence collective, elles devraient constituer en elles-m&#234;mes un objet central de la r&#233;flexion : qu'est-ce qu'une technique d&#233;mocratique ? En quel sens une technique peut-elle favoriser certains modes d'organisation politique par rapport &#224; d'autres ? C'est alors &#224; la recherche de crit&#232;res qu'il nous faut partir, mais &#233;galement dans une analyse des logiques fortes, &#233;conomiques, g&#233;opolitiques, sociales, qui orientent ce que l'on nomme le progr&#232;s technique : quel progr&#232;s technique voulons-nous ? Et que d&#233;cidons-nous d'appeler &#171; progr&#232;s &#187; technique (chapitre 9) ? &#192; ce titre, il est n&#233;cessaire d'en revenir aux sciences, ou plut&#244;t au r&#233;gime de production des savoirs, c'est-&#224;-dire au contexte juridique, &#233;pist&#233;mique et &#233;conomique. Puisque sciences et techniques sont entre- m&#234;l&#233;es, il n'est pas possible de faire l'&#233;conomie d'un questionnement sur l'organisation du champ de la recherche. Le mod&#232;le &#233;conomique, les choix de financements et les m&#233;thodes des sciences orientent les d&#233;couvertes et leurs applications. Si l'on veut pouvoir disposer de techniques alternatives et tracer un autre mode de d&#233;veloppement, cela doit se faire d&#232;s l'&#233;tape des laboratoires (chapitre 10). La d&#233;mocratie des techniques ne saurait donc se r&#233;duire &#224; la cr&#233;ation de nouvelles institutions et proc&#233;dures parce qu'elle est fondamentalement une interrogation sur ce qu'est le progr&#232;s, ses diff&#233;rentes formes et celle que nous voudrions voir advenir. Trop souvent ce progr&#232;s est-il r&#233;duit &#224; un concept &#233;conomique et politique proph&#233;tique qui permet d'obtenir des financements et de proposer un projet suppos&#233; unificateur &#224; travers une surench&#232;re des promesses qui ne laisse place &#224; aucune contingence dans le chemin qui nous attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de ce livre est donc qu'il est possible et souhaitable de poser la question de la d&#233;mocratie des techniques, dans le double sens du caract&#232;re d&#233;mocratique des d&#233;cisions &#224; leur sujet et des effets politiques engendr&#233;s par le type de moyen technique con&#231;u et choisi. Pour cela, nous verrons dans la premi&#232;re partie que, contrairement &#224; l'id&#233;e que l'&#233;volution des techniques rel&#232;verait d'un ensemble de facteurs et processus qui &#233;chapperaient par nature &#224; tout contr&#244;le, voire &#224; toute influence, les techniques sont des cr&#233;ations culturelles, dont les processus d'invention et de diffusion ne sont ni totalement n&#233;cessaires, ni totalement contingents. Nous pourrons alors examiner dans une deuxi&#232;me partie de quelle fa&#231;on, en tant que cr&#233;ations culturelles, elles incorporent des valeurs qui structurent nos soci&#233;t&#233;s au point de justifier un encadrement politique. Des propositions existent d&#233;j&#224; pour rendre cet encadrement d&#233;mocratique, et notre troisi&#232;me partie nous permettra d'en explorer les enseignements et de tirer les le&#231;ons de leurs limites pour proposer, dans une quatri&#232;me et derni&#232;re partie, une d&#233;mocratie des techniques qui &#233;chappe au seul moment de la prise de d&#233;cision pour interroger la conception m&#234;me de nos techniques et des savoirs qui participent &#224; leur invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout enjeu d&#233;mocratique est un enjeu de r&#233;appropriation. Il est ici celui de nos objets et syst&#232;mes, ceux du quotidien, ceux du travail, ceux de l'information ou des loisirs. Il est celui de soci&#233;t&#233;s qui, prises dans les contraintes diachroniques et synchroniques de leurs artefacts, entendent pourtant s'autod&#233;terminer collectivement pour pouvoir, autant que faire se peut, &#233;crire leur histoire en &#233;crivant celle de leur mode de d&#233;veloppement. Parce qu'il est central, l'enjeu est &#233;galement difficilement accessible : que pouvons-nous face au mouvement en cours, aux forces &#233;conomiques, aux contraintes g&#233;opolitiques et au poids de nos mentalit&#233;s ? Quel espoir avons-nous de modifier un tant soit peu une trajectoire technique qui semble largement &#233;crite ? Cet ouvrage n'apporte pas de r&#233;ponse miraculeuse. Ce qu'il est en mesure de faire est de d&#233;montrer qu'il n'y a pas de fatalit&#233; ni de destin technique. Toute trajectoire technique est affect&#233;e par une contingence et, historiquement, la contingence nous a souvent r&#233;serv&#233; des surprises.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb13-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En raison des nombreuses &#233;tudes disponibles &#224; leur sujet, les organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s et brevet&#233;s de l'industrie priv&#233;e constituent un exemple auquel nous nous r&#233;f&#233;rerons r&#233;guli&#232;rement, une sorte de fil rouge de la d&#233;monstration pour &#233;viter de ne proposer que des exemples ad hoc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Brey Philip, &#171; Philosophy of technology after the empirical turn &#187;, &lt;i&gt;Techn&#233;&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Research in philosophy and technology&lt;/i&gt;, hiver 2010, vol. 14, no 1, p. 3648.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Kroes Peter et Meijers Anthonie W.M. (dir.), &lt;i&gt;The empirical turn in the philo&lt;/i&gt;&lt;i&gt;sophy of technology&lt;/i&gt;, Amsterdam, 2000 ; Brey Philip, &#171; Philosophy of technology after the empirical turn &#187;, art. cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Callon Michel, &#171; Des diff&#233;rentes formes de d&#233;mocratie technique &#187;, Annales des Mines/Responsabilit&#233; &amp; Environnement, 1998, no 9, p. 6373 ; Callon Michel, Lascoumes Pierre et Barthe Yannick, &lt;i&gt;Agir dans un monde incertain : essai sur la d&#233;mocratie technique&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le syntagme de &#171; d&#233;mocratie des techniques &#187; nous semble plus clair que celui de &#171; d&#233;mocratie technique &#187; et nous permet de r&#233;server l'expression de &#171; d&#233;mocratie technique &#187; aux passages o&#249; nous exposons la conception qui en est propos&#233;e par la th&#233;orie de l'acteur-r&#233;seau. Nous faisons par ailleurs le choix d'utiliser g&#233;n&#233;ralement le substantif et l'adjectif &#171; technique &#187; plut&#244;t que ceux de &#171; technologie &#187; et de &#171; technologique &#187;, pr&#233;f&#233;rant r&#233;server ces derniers au sens strict d'&#233;tude des techniques, sauf dans quelques cas o&#249; leur usage est plus pertinent parce qu'il renvoie &#224; l'utilisation de ces termes dans le discours contemporain pour impliquer un caract&#232;re positif et novateur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Mentionnons, entre autres : Hottois Gilbert, &#171; La technoscience, de l'origine du mot &#224; ses usages actuels &#187;, in Goffi J.-Y., &lt;i&gt;Regards sur les technosciences ; Latour Bruno, La science en action&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 1989 ; Guchet Xavier, &#171; Les technosciences : essai de d&#233;finition &#187;, PhiloSorbon, 2010-211, p. 83-95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;truire l'Occident, disent-ils</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1193-Detruire-l-Occident-disent-ils</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1193-Detruire-l-Occident-disent-ils</guid>
		<dc:date>2025-06-05T08:24:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Fargette G.</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avant-propos du livre &#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187; (2019), publi&#233; sous forme de r&#233;sum&#233; dans le bulletin &#171; Le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle n&#176;37 &#187;, janvier 2019. Sommaire Avant-propos : D&#233;truire l'Occident, disent-ils &#8212; ci-dessous... Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance Violences et banlieues fran&#231;aises L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001 La motivation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-le-gauchisme-radical-chic-" rel="directory"&gt;Le gauchisme radical-chic&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-48-fargette-g-+" rel="tag"&gt;Fargette G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avant-propos du livre &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1055-Crepuscule-de-l-Occident-ou-du-XXe-siecle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;(2019), publi&#233; sous forme de r&#233;sum&#233; dans le bulletin &#171; Le cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle n&#176;37 &#187;, janvier 2019.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1734 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' arial-label=&#034;&#034; class=&#034;fond mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034; data-photo-w=&#034;822&#034; data-photo-h=&#034;1178&#034; &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:143.30900243309%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;taille=300&amp;1709039886' alt='' data-src='IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' data-l='822' data-h='1178' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1709039886 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=600&amp;#38;1709039886 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avant-propos : &lt;strong&gt;D&#233;truire l'Occident, disent-ils&lt;/strong&gt; &#8212; ci-dessous...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1160-Le-XXIe-siecle-comme-crepuscule-du-XXe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?551-Renaissance-d-un-imperialisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?181-La-quatrieme-guerre-mondiale-s' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?301-Violences-et-banlieues-francaises' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Violences et banlieues fran&#231;aises&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?569-L-affaire-des-caricatures-plus' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?563-La-motivation-actuelle-du-stalino' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La motivation actuelle du stalino-gauchisme et des &#8220;bien-pensants&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1157-L-injection-goutte-a-goutte-du-poison-de-la-charia' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'injection goutte-&#224;-goutte du poison de la charia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1024-Liste-provisoire-des-faits-de-Charia-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Liste provisoire des faits accomplis de Charia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1161-Apotheose-des-Nique-la-France-a-Marseille' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premier octobre 2017 : Apoth&#233;ose des &#171; Nique-la-France &#187; &#224; Marseille&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1162-L-islam-a-la-lumiere-de-la-poesie-sans-rivage' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Recension : l'islam &#224; la lumi&#232;re de la po&#233;sie sans rivages&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1026-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'acharnement &#224; liquider les nations&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1053-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Annexe sur le personnage Hitler&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1163-Aux-sources-du-Totalitarisme-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Aux sources du totalitarisme (ce stalino-gauchisme qui ne passe pas)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#8220;antifascisme&#8221;, cet antitotalitarisme borgne de
l'&#339;il gauche, a &#233;t&#233; promu en 1935 par Willy M&#252;nzenberg,
militant disciplin&#233; du komintern, qui avait d&#233;j&#224;
r&#233;percut&#233; la th&#232;se du &#8220;social-fascisme&#8221; contre la Social-
d&#233;mocratie &#224; partir de 1928. L'antifascisme a sombr&#233;
en ao&#251;t 1939 avec le Pacte germano-sovi&#233;tique, pivot
secr&#232;tement public de l'histoire du XXe si&#232;cle. Le Pacte
Hitler-Staline fut m&#233;caniquement destin&#233; &#224; pulv&#233;riser
dans un premier temps la Pologne et les pays baltes, et
dans un second l'Europe occidentale tout enti&#232;re. Avec
le recul, la mutilation de l'Europe occidentale et centrale
se r&#233;v&#232;le terrible, presque irr&#233;parable, m&#234;me si les deux
gangs totalitaires ont fini par s'user et se d&#233;composer
dans ce crime historique conjoint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie-zombie de l'antifascisme, exhum&#233;e
en 1941 en r&#233;ponse &#224; l'offensive hitl&#233;rienne pr&#233;par&#233;e
par l'alliance des deux totalitarismes, n'a cess&#233; d'&#234;tre
rab&#226;ch&#233;e apr&#232;s 1945, bien que le &#8220;fascisme&#8221; f&#251;t
irr&#233;versiblement &#233;cras&#233;. Plus ce danger s'est av&#233;r&#233;
fantomatique et plus cet hallucinog&#232;ne habill&#233; en
antiracisme transcendantal s'est fait v&#233;h&#233;ment pour
occulter la faillite absolue du &#8220;socialisme&#8221;. Le proc&#233;d&#233;
s'est perfectionn&#233; et se r&#233;sume en une formule : non pas
combattre ouvertement les libert&#233;s occidentales, mais
les pousser syst&#233;matiquement jusqu'&#224; leur point de
d&#233;sint&#233;gration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fonction actuelle du dispositif est de favoriser le
nouveau totalitarisme greff&#233; sur l'islam. C'est pourquoi
la critique de cette id&#233;ologie politico-religieuse devient,
en Europe occidentale tout particuli&#232;rement, aussi
p&#233;rilleuse que l'&#233;tait la d&#233;nonciation du &#8220;socialisme
r&#233;ellement existant&#8221; en URSS. Toute remarque envers
un certain &#8220;proph&#232;te&#8221; ou ses bigots entra&#238;ne un p&#233;ril
mortel apr&#232;s une traque pseudo-judiciaire pour
crime imaginaire d'&#8220;islamophobie&#8221;. Cette inquisition
musulmane prosp&#232;re parce qu'elle est encourag&#233;e
et assist&#233;e par les divers h&#233;ritiers de l'ing&#233;nierie
totalitaire invent&#233;e en Russie entre octobre 1917 et juin
1918. Si le n&#233;o-islam, forme t&#233;ratog&#232;ne d'une religion
momifi&#233;e, parvient &#224; d&#233;truire l'Occident, il le devra non
&#224; ses propres forces, mais au sabordage cultiv&#233; par
les collaborateurs de la gauche fondamentale, avec la
b&#233;n&#233;diction des oligarchies &#233;conomiques. Les m&#339;urs
criminelles des socialistes du goulag ont contamin&#233;
tous les &#8220;progressismes&#8221;. Ceux-ci se d&#233;finissent par leur
r&#233;sidu d'utopie : tout ce qui se rattache au socialisme
et au communisme ayant connu un naufrage absolu,
il faudrait que l'Occident, qui n'existe que par ses
multiples nations, disparaisse puisqu'il constitue un
point de comparaison insupportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, 30 d&#233;cembre 2018&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; L'humanit&#233; est la seule &#224; percevoir l'&#233;cologie comme un probl&#232;me &#187;</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1189-l-humanite-est-la-seule</link>
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		<dc:date>2025-05-27T10:05:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
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		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;change entre Arnaud Blaret, auteur du livre &#171; Les Intendants de Dieu. Regards sur un m&#233;nage &#224; trois : Science, Politique et Religion &#187; (2 tomes, &#233;d. V&#233;rone 2022) et Quentin B&#233;rard, auteur de &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (&#233;d. Libre &amp; Solidaire, 2021). Arnaud Blaret avait &#233;t&#233; l'invit&#233; du podcast &#171; H&#233;r&#233;tiques &#187; &#224; l'automne 2024, &#034;Les th&#233;ologiens de l'&#233;cologie (et sa retranscription ici), auquel l'&#233;change ci-dessous a fait suite. Bonjour Quentin, Comme (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-126-lettre-+" rel="tag"&gt;Courrier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-224-scientisme-+" rel="tag"&gt;Scientisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;figure class='spip_document_1869 spip_documents spip_documents_left' style=&#034;max-width:150px;&#034; data-w=&#034;150&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.librairiesindependantes.com/product/9791028423070/&#034; class=&#034;spip_out&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:141.75%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/nioctjwmku7frtph-2b2dddd7.jpg&amp;taille=150&amp;1742460910' alt='' data-src='IMG/jpg/nioctjwmku7frtph-2b2dddd7.jpg' data-l='400' data-h='567' data-tailles='[\&#034;150\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/nioctjwmku7frtph-2b2dddd7.jpg&amp;#38;taille=150&amp;#38;1742460910 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/nioctjwmku7frtph-2b2dddd7.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1742460910 2x' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;figure class='spip_document_1582 spip_documents spip_documents_right' style=&#034;max-width:150px;&#034; data-w=&#034;150&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:150.09380863039%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/009576387-3.jpg&amp;taille=150&amp;1638104808' alt='' data-src='IMG/jpg/009576387-3.jpg' data-l='533' data-h='800' data-tailles='[\&#034;150\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387-3.jpg&amp;#38;taille=150&amp;#38;1638104808 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387-3.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1638104808 2x' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&#201;change entre Arnaud Blaret, auteur du livre &#171; Les Intendants de Dieu. Regards sur un m&#233;nage &#224; trois : Science, Politique et Religion &#187; (2 tomes, &#233;d. V&#233;rone 2022) et Quentin B&#233;rard, auteur de &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (&#233;d. Libre &amp; Solidaire, 2021).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnaud Blaret avait &#233;t&#233; l'invit&#233; du podcast &#171; H&#233;r&#233;tiques &#187; &#224; l'automne 2024, &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2024/11/01/les-theologiens-de-lecologie-avec-arnaud-blaret/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Les th&#233;ologiens de l'&#233;cologie&lt;/a&gt; (et &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1176-les-theologiens-de-l-ecologie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;sa retranscription ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;), auquel l'&#233;change ci-dessous a fait suite.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Bonjour Quentin,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme promis je vous envoie un retour sur &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;votre livre&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre m'a franchement passionn&#233;, m'apprenant quantit&#233; de choses, notamment dans les domaines de l'anthropolo&#173;gie, de la philosophie et de la m&#233;taphysique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exercice est aussi pour moi une fa&#231;on de confronter ma vision du monde &#224; la v&#244;tre, exercice fructueux, car nos points de vue sont tr&#232;s proches par certains c&#244;t&#233;s et cependant diff&#233;rents par d'autres. Ce qui nous rapproche est pour moi r&#233;confortant, ce qui nous fait diverger est stimulant et fait progresser ma r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra donc me pardonner si je parlerai beaucoup de moi dans ce commentaire, volontairement un peu d&#233;sordonn&#233; et s'il semble donner plus de place &#224; la critique qu'elle ne le m&#233;rite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois nous arrivons &#224; des conclusions identiques par des voies diff&#233;rentes. Exemple, p. 208, vous arrivez au transfert de la sacralisation du cr&#233;ateur &#224; celle de la cr&#233;ation par la voie d'une &#171; cl&#244;ture &#187; de l'&#233;cologie gauchiste et moi par la voie de l'&#233;co-th&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement nous sommes en phases sur le rejet des mythes &#233;d&#233;niques, sur l'absence d'harmonie dans le monde, de t&#233;l&#233;ologie, sur l'importance de la contingence et de diverses formes de hasard.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; on trouvera des exceptions &#224; tout, tous le temps, plus ou moins explicable &#224; priori. Il n'y a donc aucun d&#233;termi&#173;nisme strict. D'ailleurs, quand il y a plusieurs d&#233;terminismes, ils se contredisent&#8230; &#187; (p. 55).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce qui confirme une de mes convictions : l'exception est la r&#232;gle dans les sciences de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux qu'applaudir quand je lis :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1184-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; il n'y a ni &#171; bon sauvages &#187; peuplant le pass&#233; ou des ailleurs idylliques, ni hu&#173;manit&#233; intrins&#232;quement &#171; mauvaise &#187; &#8230; nous ne vivons pas sur une plan&#232;te abritant une nature originelle, native, spon&#173;tan&#233;e qu'il faudrait pr&#233;server d'une n&#233;faste influence humaine &#187;&lt;/a&gt; (p. 39).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ou encore, p. 213 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; il ne peut s'agir de chercher une nature sauvage &#224; pr&#233;server&#8230; il s'agit de comprendre que l'imma&#238;trisable sourd de partout dans le nature, y compris la nature domestiqu&#233;e et artificialis&#233;e, mais aussi du monde humain lui-m&#234;me et jusqu'&#224; la rationalit&#233;, source de d&#233;lires, de d&#233;mesure et d'hubris &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Rayon solutions, p. 81 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; les solutions &#233;cologiques, d'une stup&#233;fiante intelligence, invent&#233;es par nos grands anc&#234;tres, ont toujours &#233;t&#233; circonstancielles. Locales sp&#233;cialement et temporellement. Ceci ne veut pas dire qu'il ne faut pas s'ins&#173;pirer de l'alt&#233;rit&#233; anthropologique, tout au contraire, mais &#224; condition de les comprendre comme des invitations &#224; la cr&#233;ation, et non comme des mod&#232;les &#224; singer &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;J'ajoute : ceux qui ont manqu&#233; de stup&#233;fiante intelligence n'ont pas surv&#233;cu. Et qu'il y avait, chez les survivants, des g&#233;nies du bricolage environnemental. Occult&#233;s par des chamans, druides et autres pontifes. Ce sont ceux-ci qui aujourd'hui fascinent, tels le Chef Oren Lyons, signataire de la r&#233;ponse des religieux &#224; la lettre de Sagan, ou la proclamation &#224; l'authenticit&#233; contest&#233;e du chef Seattle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend ici que m&#234;me l'humanit&#233; n'est pas contr&#244;lable et l'ampleur de la folie qui consiste &#224; croire qu'on peut contr&#244;ler l'humanit&#233; pour l'obliger &#224; vivre en harmonie avec la Nature (pour 2050 selon l'ONU) ou m&#234;me croire qu'on peut contr&#244;ler un r&#233;chauffement climatique sous pr&#233;texte qu'il est caus&#233; par l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; fascin&#233; par cette fa&#231;on que vous avez d'allier des expos&#233;s en terme classique de formes et de fonctionnalit&#233;s sans jamais oublier de rappeler l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de notre monde et son absence de t&#233;l&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai l'impression que vous renouvelez ainsi la querelle des universaux, ayant oppos&#233; les r&#233;alistes aux nominalistes, dans laquelle je me reconnais comme nominaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous placez tout ceci dans un cadre tr&#232;s &#233;labor&#233;, incluant la n&#233;ot&#233;nie, concept que je connaissais depuis longtemps mais dont je ne percevais pas le fantastique potentiel explicatif, notamment cette adaptation &#224; l'inadaptation. L'homme, inadapt&#233; partout. Exemple parmi d'autres, vous dites tr&#232;s justement, p. 42, qu'&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1184-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;il n'existe aucune solution universelle &#224; l'&#233;cologie humaine&lt;/a&gt;, &#224; la place de l'Homme dans la nature, cette question ne peut recevoir que des r&#233;ponses circonstan&#173;ci&#233;es, particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi ces d&#233;veloppements passionnant sur les rapports entre nature et culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue qu'il y a encore quelques ann&#233;es d'ici, j'&#233;tais ignorant de l'existence de ce dualisme nature/culture qui aurait &#233;t&#233; reconnu par Rousseau en premier, pour ne conna&#238;tre que celui entre nature/humanit&#233; et son oppos&#233;, l'int&#233;gration compl&#232;te de l'humanit&#233; comme partie de la nature, qui correspond mieux &#224; ma culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous d&#233;veloppez de brillantes variations sur ce th&#232;me qui me laissent tr&#232;s perplexe mais c'est un sujet passionnant qui m'interpelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ouvrent des questions : o&#249; placer la culture des orques, par exemple, qui ont des techniques de chasse propre &#224; chaque tribu et qui se transmettent par l'&#233;ducation et c'est bien l&#224; une culture. Certes, vous d&#233;montrez (p. 57), que la culture humaine est particuli&#232;re &#224; l'humanit&#233; mais la particularit&#233; est g&#233;n&#233;rale dans le monde vivant et &#231;a ne fonde pas un dualisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'illustre la phrase (p. 40) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1184-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Impossible de s&#233;parer clairement l'univers humain de l'univers biologique, impos&#173;sible de rabattre l'un sur l'autre, de nier leur dualit&#233; comme de pr&#233;tendre &#224; l'inexistence fonci&#232;re de l'un ou l'autre &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La culture ne fait-elle pas partie d'une entit&#233; sup&#233;rieure, la vie, elle-m&#234;me partie d'une entit&#233; sup&#233;rieur, l'univers assimilable &#224; la nature ? C'est ce que sugg&#232;re le chapitre pr&#233;sentant le &lt;i&gt;Nomos&lt;/i&gt; comme &#233;mergence de la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous ajoutez que le rapport entre l'humain et la nature serait celui de deux sources de cr&#233;ation interp&#233;n&#233;tr&#233;es (p. 229) qui implique la reconnaissance de l'alt&#233;rit&#233; naturelle par l'humanit&#233; autant que l'alt&#233;ration in&#233;vitable et profonde qu'il lui imprime, quoi qu'il fasse. C'est politiquement tr&#232;s juste, car politiquement on n'&#233;chappe pas &#224; l'anthropocentrisme, quand nous prot&#233;geons les loups plut&#244;t que les moutons, au nom de la &lt;i&gt;wilderness&lt;/i&gt;, nous faisons encore de l'anthropocen&#173;trisme ou, pour vous reprendre, p. 195 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1103-Ecologie-politique-Vers-une-philosophie-de-la-nature' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; on ne sort pas de l'anthropocentrisme en d&#233;clarant que les fleuves doivent avoir un statut juridique ou que les primates doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des personnes&#8230; et on le conjugue avec de l'an&#173;thropomorphisme &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais ontologiquement, c'est autre chose. Il n'y a pas de dualisme dans l'environnement, il ya une infinit&#233; de sources en interf&#233;rences selon les m&#233;canismes aveugles du hasard et de la n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abolir, philosophiquement, la diff&#233;rence entre nature et culture n'implique donc pas de nier toute autonomie &#224; la poli&#173;tique (p. 198) mais de lui reconna&#238;tre une autonomie, comme action, au sein de la nature. Et, &#224; moins de r&#233;duire la nature &#224; l'&#234;tre, une d&#233;mocratie qui doit pouvoir faire ses propres choix (p. 181) n'est d&#232;s lors pas distincte de la nature, elle y est action. Je suis convaincu que cette autonomie tire sa source de l'absence de t&#233;l&#233;ologie dans notre monde parcouru de ha&#173;sards et de contingences. Et le dualisme nature/culture se limite au domaine de l'action, des choix &#224; faire dans le contexte politique et des id&#233;ologies &#224; construire face &#224; la crise environnementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vrai dualisme, s'il y a dualisme, serait peut-&#234;tre entre l'&#234;tre et l'action. On se rapproche alors de ce que Descola appelle (p. 77) l'opposition entre l'int&#233;riorit&#233; et l'ext&#233;riorit&#233; de l'organisme &#8211; sauf qu'on implique l'action plut&#244;t que la conscience, nuance qui n'est pas n&#233;gligeable, la conscience &#233;tant souvent consid&#233;r&#233;e comme une essence. (Peut-&#234;tre est-t-on l&#224; dans les deux derniers p&#244;les que vous empruntez &#224; Fr&#233;d&#233;ric Ducarme ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas aux essences, la conscience me para&#238;t une propri&#233;t&#233; &#233;mergente de la mati&#232;re, au sens tr&#232;s large du mot mati&#232;re. Et l'action est pour moi un espace de libert&#233; ouvert par l'aveuglement du monde qui nous entoure. Il y a une fl&#232;che du temps dans notre univers, qui met radicalement en cause les notions d'essence et de forme et m&#232;ne &#224; poser la question des processus &#224; l'&#339;uvre dans ce monde temporalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fi est alors d'assumer d'&#234;tre partie int&#233;grande mais agissante d'une nature par ailleurs aveugle et indiff&#233;rente &#224; nos probl&#232;mes &#233;cologiques comme &#224; ceux que nous lui pr&#234;tons bien &#224; tort, l'environnement ne se souciant pas d'&#234;tre bouillant ou surgel&#233;, de la disparition des pangolins ou des diplodocus, l'humanit&#233; est la seule &#224; pouvoir percevoir ces &#233;v&#233;nements comme des probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;former l'&#233;cologie politique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, il faut faire partie d'elle et donc, si je soutiens votre projet je ne peux m'y impliquer, &#233;tant &#233;tranger aux trois cat&#233;gories que la constituent selon vous : je ne suis ni &#233;cologue, ni &#233;cologiste, ni &#233;colo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois &#234;tre plus disruptif, d&#233;noncer l'incompatibilit&#233; entre l'humanisme et l'&#233;cologie politique sous sa forme ac&#173;tuelle. Si une r&#233;forme est possible de l'int&#233;rieur, par votre action par exemple, tant mieux. Si non, ce sera tout &#224; la fois la domination de l'&#233;cocratie et de la biocratie conjugu&#233;es. Concepts proches, et n&#233;anmoins distincts, la biocratie donnant un cadre spirituel et l&#233;gal dans lequel l'&#233;cocratie peut exercer son pouvoir politique. Et dans ce cas, il faut lutter contre cette &#233;cologie politique qui expulse petit &#224; petit l'humanit&#233; de son environnement, valeur intrins&#232;que &#224; la cl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous soulignez le n&#233;cessit&#233; d'une autonomie (p. 235), la capacit&#233; d'une soci&#233;t&#233; et des individus qui la composent &#224; &#233;la&#173;borer eux-m&#234;mes leurs propres r&#232;gles, d'&#233;tablir leurs propres limites, de rompre avec les pseudo-&#233;vidences id&#233;ologiques, et de d&#233;lib&#233;rer de leurs propres valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation des id&#233;es et des institutions, environnement en t&#234;te, a aboli ces valeurs d&#233;mocratiques et la d&#233;mo&#173;cratie avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les restaurer est indispensable pour ressusciter cette d&#233;mocratie. Vaste programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au passage, le concept de cl&#244;ture &#224; rompre est tr&#232;s fertile pour pousser &#224; une r&#233;flexion impliquant une remise en cause permanente de nos pr&#233;jug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je me demande si ce concept n'est pas en pleine &#233;volution sous l'effet des &#233;volutions techno-sociales qui font de nous les n&#339;uds de contacts entre r&#233;seaux plut&#244;t que les membres d'un corps social de type tribal ou communautaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie scientifique fait de l'&#233;cologie politique un oxymore, &#233;crivez-vous (p. 138) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walter Rosen, le concepteur du forum de 1986, a bien cern&#233; le probl&#232;me : Il voit un paradoxe dans la politisation de la science, reconnaissant que la &lt;i&gt;National Academy&lt;/i&gt; tire sa cr&#233;dibilit&#233; de ses pr&#233;sum&#233;es objectivit&#233;, &#233;quit&#233;, neutralit&#233; et ces sortes de choses. Les scientifiques qui refusent de s'engager dans l'ar&#232;ne publique sont pour lui fid&#232;les &#224; leur science. Mais ils sont aussi des citoyens. Et Rosen ne voit pas comment des scientifiques peuvent porter des jugements de valeur sans consciemment ou inconsciemment invoquer leur science comme une source d'autorit&#233;. Le potentiel pour abuser est alors cr&#233;&#233;. Que la science soit suppos&#233;e objective, Rosen y croit fermement. Mais s'il est lui-m&#234;me &#233;cout&#233;, c'est probablement parce qu'il est un scientifique, m&#234;me quand il professe des affirmations non scientifiques. Rosen avoue ne pas savoir comment traiter le probl&#232;me. Peut-&#234;tre que si de nombreux scientifiques se sentaient libres d'expri&#173;mer leurs valeurs, le public ne serait plus confus sur ce point. Et peut-&#234;tre, dit Rosen, le public pourrait &#234;tre &#233;duqu&#233; &#224; faire la diff&#233;rence quand les scientifiques parlent science ou quand ils parlent de leurs valeurs comme citoyens priv&#233;s. (inspir&#233; d'une interview de Rosen &#224; David Tackacs. &lt;i&gt;The Idea of Biodiversity, &lt;/i&gt;p. 177&lt;i&gt;-&lt;/i&gt;178&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;John Hopkins University Press 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment traiter ce probl&#232;me est en effet un grand d&#233;fi de l'&#233;cologie politique. Comme sortir du chantage &#224; l'&#233;motion revendiqu&#233;e par Soul&#233;, pratiqu&#233; &#224; grande &#233;chelle par Paul Ehrlich, le mentor de Soul&#233;, et par tant d'autres &#233;pigones abu&#173;sant sans vergogne du chantage &#224; l'apocalypse, ph&#233;nom&#232;ne que vous analysez et d&#233;noncez en plusieurs endroits de votre livre, et dont Paul Ehrlich a &#233;t&#233; un grand et particuli&#232;rement n&#233;faste pr&#233;curseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, plus g&#233;n&#233;ralement le chantage &#224; l'argument d'autorit&#233; par lequel des scientifiques invoquent leur statut de scienti&#173;fiques pour imposer leurs opinions politiques, id&#233;ologiques, m&#233;taphysiques et spirituelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ainsi&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; l'&#233;cologisme, autrement dit l'id&#233;ologie qui se fait passer pour de l'&#233;cologie politique, nous &#233;loigne de l'&#233;co&#173;logie tout autant que de la politique et de la science. Elle nous en &#233;loigne en tant que discours scientifique clos qui ja&#173;louse le monopole du savoir sur la nature ; en tant que discours et pratique politique proto-totalitaires qui ne recoupe en rien les comportements et aspirations populaires, mais aussi en tant que sensibilit&#233; qui ne pourrait s'exprimer que dans le registre convenu du discours m&#233;diatique tenu par les classes moyennes urbaines&#8230; inventer une &#233;cologie populaire ne se fera pas en sermonnant les peuples&#8230; et pas plus en acquies&#231;ant d&#233;magogiquement &#224; ce tout ce qu'on peut entendre dans les bars&#8230; &#187; (p. 152)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que la principale source d'information populaire est pr&#233;cis&#233;ment ce monde m&#233;diatique au service de la pens&#233;e dominante. Dans les caf&#233;s que je fr&#233;quente, chez &#171; ces petites gens qui s'accrochent &#224; leur h&#233;ritage d&#233;mo&#173;cratique &#187;, m&#234;me les plus rebelles &#224; l'&#233;cologisme s'expriment dans ce langage. Les travailleurs agricoles victimes de l'&#233;cologisme eux-m&#234;mes expriment leur d&#233;tresse dans ce langage, sans comprendre les id&#233;ologies sous-jacentes et donc les causes r&#233;elles contre-lesquelles ils devraient lutter pour se d&#233;fendre contre l'&#233;cologisme.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; il faut le marteler (p. 187) : l'&#233;cologie, en elle-m&#234;me n'est pas, ne peut pas et ne doit pas &#234;tre une politique ; elle se&#173;rait bien en mal de nous dire ce que nous devrions faire ou ce que nous devrions ou m&#234;me pourrions vouloir, qu elle que soit l'&#233;chelle. Ici, comme ailleurs, la question n'est pas, b&#234;tement, que faire ? Mais que voulons-nous ?&#8230; l'&#233;cologie, dans cette situation, sert de pr&#233;texte pour ne pas avoir &#224; choisir, comme si elle &#233;tait porteuse d'un bien conduisant &#224; une nature bonne. Il faudrait poser la question &#171; quelle nature voulons nous ? &#187; comme son sym&#233;trique, &#171; quelle soci&#233;t&#233; voulons-nous ? &#187; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais comment l'exprimer, quand les cl&#233;s du langage sont aux mains des membres de la caste mondialisante ? Il ne faut pas s'&#233;tonner que &#171; les r&#233;ponses sont notoirement inexistantes &#187;. Le langage dominant n'est pas forg&#233; pour elles, avec ses slogans et ses anti-slogans qui n'appellent aucune r&#233;ponse, seulement l'ob&#233;issance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et alors, comment&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; forcer les portes des bunkers archipellis&#233;s dans lesquels s'enferment les sp&#233;cialistes et leur do&#173;maines r&#233;serv&#233;s d'o&#249; jaillirait la &#171; V&#233;rit&#233; &#187; ? Comment pousser la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re &#224; reprendre le fil interrompu de l'interrogation rationnelle pour continuer la modernit&#233; ? &#187; (pp. 189 et 213).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, des changements transformateurs inattendus peuvent toutefois survenir tr&#232;s vite, comme le prouve les brusques revirements sur le nucl&#233;aire, ou la d&#233;saffection pour les manifestations sur le climat &#8211; je ne dis pas ceci pour prendre parti sur ces faits, pour souligner qu'il est encore raisonnable d'entretenir un espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous me direz alors sans doute : par la d&#233;mocratie directe. Mais qu'est-ce au juste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;mocratie directe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas tr&#232;s clair dans mon esprit ce que vous proposez sous le terme de d&#233;mocratie directe, un concept qui m'in&#173;terpelle depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diverses actions ont &#233;t&#233; entreprises en son nom qui ne m'ont pas convaincu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a la nouvelle manie de r&#233;gler quantit&#233; de probl&#232;mes en consultant les &#171; personnes concern&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On r&#233;unit des groupes de privil&#233;gi&#233;s qui, ONG en t&#234;te, disposent alors de pouvoir politiques abusifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ressort de ce que j'appelle la d&#233;mocratie confisqu&#233;e dans mon livre. Et qui entra&#238;ne l'expulsion des travailleurs de la nature que vous d&#233;noncez dans le v&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une tradition s'est d&#233;velopp&#233;e en Belgique, notamment au niveau de la r&#233;gion wallonne : apr&#232;s les &#233;lections, la majo&#173;rit&#233; fra&#238;chement &#233;lue consulte la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187;. Et on se demande qui nous dirige vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il a ces tentatives de donner un certain pouvoir &#224; des assembl&#233;es de citoyens tir&#233;s au sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y ai cru&#8230; j'imaginais na&#239;vement que ces citoyens allaient pouvoir remettre la &#171; caste mondialisante &#187; &#224; sa place. C'est tout le contraire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exercice fran&#231;ais sur le climat a montr&#233; tous les d&#233;fauts de ce proc&#233;d&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces citoyens n'ont rien eu &#224; dire sur le fond, seulement se prononcer sur les mesures impopulaires qu'elles en&#173;tra&#238;nent : les politiques leur ont refil&#233; la patate chaude sans leur laisser le choix du menu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se sont fait cornaquer par des scientifiques, qui sont justement l'une des causes de la mort de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ONG ont t&#233;l&#233;guid&#233; certains des participants qui ont relay&#233; leurs doctrines, parfois en les recrutant ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ont remarque une confiscation du d&#233;but public, l'immense majorit&#233; des citoyens n'&#233;tant pas concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre option : le r&#233;f&#233;rendum. Il pose des probl&#232;mes d&#233;j&#224; bien document&#233;s : qui peut r&#233;diger les questions ? Comment exiger qu'elles soient clairement exprim&#233;es ? Comment emp&#234;cher les manipulations telles que promesses annexes, du style : si vous votez OUI, (ou NON), vous aurez telle ou telle loi en compensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Technophobie ou technophilie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous semblez, en de nombreux endroits de votre livre &#234;tre technophobe, notamment quand vous appelez &#224; rejeter la &#171; techno-science emball&#233;e &#187;. Bien s&#251;r il faut rejeter les exc&#232;s technophiles, mais je d&#233;fends personnellement le &lt;i&gt;cherry-pi&#173;cking&lt;/i&gt;, choisir le meilleur des technologies, en termes humains et humanistes . Position que vous d&#233;fendez me semble-t-il aussi quand&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, oui, je rejette la technoscience emball&#233;e, surtout dans ma vie domestique, qui peut para&#238;tre technophobe. D'accord avec vous que nous ne contr&#244;lons plus l'extension de la techno-sph&#232;re actuelle&#8230; mais nous ne l'avons jamais contr&#244;&#173;l&#233;e. Et c'est tant mieux. La diff&#233;rence est qu'aujourd'hui il n'est plus possible d'&#233;chapper &#224; cette techno-science qui nous m&#232;ne tout droit au techno-totalitarisme qu'il faut, comme vous le pr&#244;nez, absolument rejeter. Ce que je tente de faire dans ma vie domestique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire, ce sont les GAFAM, mais le secteur financier n'est pas en reste. Les banques n'h&#233;sitent plus &#224; espionner nos d&#233;penses, et les &#233;tats les y poussent au nom de la lutte contre le blanchiment, notre empreinte carbone, et sans doute un jour prot&#233;ger notre sant&#233; contre nous-m&#234;me : on finira peut-&#234;tre par contr&#244;ler la quantit&#233; de glucide ou d'alcool que vous consommez. Et, aujourd'hui, un client peut d&#233;j&#224; &#234;tre &#171; vir&#233; &#187; de sa banque parce qu'il n'isole pas un b&#226;timent ou qu'il pr&#233;l&#232;ve &#171; trop &#187; d'argent liquide de son compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutez &#224; ceci que les banques incitent les clients &#224; prendre des risques inconsid&#233;r&#233;s en les for&#231;ant &#224; faire leurs paye&#173;ments sur internet. J'avais, il y quelque temps, envoy&#233; une lettre tr&#232;s critique au directeur de Test-Achat, organisation belge de d&#233;fense des consommateurs, qui s'&#233;tait permis un article na&#239;vement technophile en la mati&#232;re, les informati&#173;ciens allant, il en &#233;tait certain, trouver la parade aux multiples &lt;i&gt;hackings, spoofings, phishing&lt;/i&gt; et autres technologies &#171; sombres &#187;, ainsi que face au &#171; &lt;i&gt;social engineering&lt;/i&gt; &#187; galopant. Sans me r&#233;pondre directement, il m'avait renvoy&#233; vers une employ&#233;e qui m'a avou&#233;e son ras-le-bol face &#224; l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne &#8211; d&#233;savouant implicitement son propre patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me prend des dimensions sociales gigantesques, au point que les banques adressent maintenant des conseils contre le social engineering &#224; leurs clients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les banques ont trahi leur mission historique, qui est d'assurer la s&#233;curit&#233; des avoirs de leurs clients en les obligeants &#224; assumer une partie importante de la t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argent ne repr&#233;sente plus une monnaie permettant d'acheter anonymement tout ce qui est l&#233;galement disponible, mais un moyen de contr&#244;ler notre comportement social et priv&#233;. Big Brother risque de passer pour un enfant de c&#339;ur face &#224; la dictature techno-totalitaire qui se construit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout cela prend dans le grand public en raison de la facilit&#233; suppos&#233;e de ces syst&#232;mes. Ironie du sort, les probl&#232;mes s&#233;curitaires qui en d&#233;coulent entra&#238;nent un durcissement des conditions de s&#233;curit&#233;. Ainsi, rien que pour consulter la consommation de ma carte internet, je dois pratiquer la double authentification et cliquer sur des images d'escaliers, de feux de la circulation ou de motos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de toute fa&#231;on, la facilit&#233; promise n'est disponible que si l'on ne lit pas les centaines de pages de contrats n&#233;ces&#173;saires pour faire fonctionner ces syst&#232;mes ni les mises &#224; jour r&#233;currentes qui les affligent. Un grand principe de droit est que nous sommes tenus de respecter les contrats que nous signons. Un autre est que nous ne sommes pas tenus de le faire si nous sommes forc&#233;s de les signer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cerise sur le g&#226;teau, il y a les r&#233;seaux sociaux dont les exc&#232;s marquent, en r&#233;action, le retour de la censure et la fin de la libert&#233; d'expression, en nous faisant de plus &#171; cadeau &#187; de la &lt;i&gt;cancel culture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci pour dire que je ne suis pas intrins&#232;quement technophile et vous soutient dans votre combat contre les exc&#232;s technologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en mati&#232;re d'environnement, on n'&#233;chappe pas &#224; la technicit&#233;. M&#234;me les peuples autochtones, ceux du moins qui ont surv&#233;cu, doivent leurs succ&#232;s &#224; la technologie. Le d&#233;fi est d'orienter ces efforts technologiques en faveur de l'hu&#173;manit&#233;, tout en &#233;vitant le sur-modernise autant que le post-modernisme que vous d&#233;noncez pareillement. Pour cela, il faut favoriser les m&#233;tiers dont les objectifs s'expriment en termes humains &#8211; et en &#233;jecter celles dont les objectifs s'ex&#173;priment en termes de valeur intrins&#232;que, tels les conservationnistes. Soit favoriser les agriculteurs, les forestiers, les agronomes, dont vous d&#233;noncez tr&#232;s justement l'exclusion par l'&#233;cocratie. Tout l'inverse de ce qui passe actuellement, comme vous le d&#233;noncez, par exemple (p. 9, 145 - 146) le discours sur la protection de la nature, port&#233; par une classe ai&#173;s&#233;e jeune et urbaine expulsant ceux qui la travaillent depuis des mill&#233;naires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a le cas tout &#224; fait particulier des technologies g&#233;n&#233;tiques. D'une certaine fa&#231;on, les agriculteurs proc&#232;dent &#224; des manipulations g&#233;n&#233;tiques depuis la nuit des temps, sans s'en rendre compte. Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, une prise de conscience s'est produite quant aux dangers d'emballement des nouvelles technologies g&#233;n&#233;tiques vu la rapidit&#233; de transformation accrue qu'elles permettaient. D'o&#249; la conf&#233;rence d'Asilomar en 1974 qui ouvre le volet institutionnel. Les dangers d'eug&#233;nisme qu'elles procurent inqui&#232;tent &#224; l'&#233;poque tr&#232;s l&#233;gitimement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeremy Rifkin y ajoute des consid&#233;rations spiritualistes d&#233;lirantes : les biotechnologies menacent le compagnonnage et l'empathie de l'Univers. Dans les ann&#233;es 1990, Greenpeace focalise l'attention sur les manipulations g&#233;n&#233;tiques &#224; buts agricoles. Le terme OGM appara&#238;t et s'impose comme un &#171; anti-slogan &#187;, c'est-&#224;-dire un slogan qui n'a pas pour but de promouvoir mais de d&#233;nigrer. Les dangers d'eug&#233;nisme passent bien injustement au second au plan au point que la directive 2001-18 sur les OGM exclut l'humanit&#233; du concept d'organisme g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;, ouvrant une porte b&#233;ante &#224; l'eug&#233;nisme tout en la fermant &#224; tout progr&#232;s agricole qui ne passerait pas sous les fourches caudines des spiri&#173;tualistes de l'environnement .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;nonc&#233; dans mon livre cette directive qui introduit une incoh&#233;rence logique entre l'article 2 et l'annexe A, et l'importance de la non-naturalit&#233; dans la d&#233;finition implicite du concept d'OGM. J'ai d&#233;nonc&#233; l'absence de propri&#233;t&#233; pratique permettant de d&#233;finir clairement les OGM comme une cat&#233;gorie coh&#233;rente. On a introduit une cat&#233;gorie &lt;i&gt;essen&#173;tielle&lt;/i&gt;, dont l'essence est li&#233;e au vieux fond naturiste. Avec pour corollaire que l'impact individuel r&#233;el de ces produits n'est jamais pris en compte Aujourd'hui, une &#233;tape de plus a &#233;t&#233; franchie : les concepts de cis- et de trans -g&#233;nie ont &#233;t&#233; introduits dans la l&#233;gislation , et en m&#234;me temps resurgit dans nos l&#233;gislations le concept biblique et cr&#233;ationniste de bar&#173;ri&#232;re des esp&#232;ces. Je suis le premier &#224; dire qu'il faut l&#233;gif&#233;rer sur base des propri&#233;t&#233;s des organismes issus des biotechno&#173;logies, telle la production de pesticides. Mais pas cautionner les amalgames qui ont fait exterminer sans raison des graines de p&#233;tunia orange en 2017. Voil&#224; ce qui m'indigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que la complaisance pour certaines technologies spiritualistes, l'union europ&#233;enne ayant d&#233;cid&#233; de favoriser la mise sur le march&#233; de produit phytosanitaires accept&#233;s en agriculture biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un monde fini ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irruption de la finitude entra&#238;ne qu'il n'y a plus de politique qu'&#233;cologique (p8), ce qui ne veut pas dire &#233;cologiste mais tout au contraire devrait porter une interrogation permanente sur l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le contraire &#224; une &#233;poque o&#249; nous sommes dirig&#233;s &#224; coup de (suppos&#233;s) consensus (suppos&#233;s) scientifiques &#233;manant de la n&#233;buleuse mondialisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'y trouve pas de consensus mais, en gros, trois groupes : cornucopiens, accroissantistes et d&#233;croissantistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les p&#232;res de l'acroissantisme on trouve Keneth Boulding, le p&#232;re de la th&#233;orie de l'&#233;tat &#233;conomiquement stable, alias croissance z&#233;ro du club de Rome, et de la m&#233;taphore du vaisseau spatial en support de cette th&#233;orie. Mais il a aussi pr&#233;venu que, la croissance de la connaissance &#233;tant infinie, il serait possible de faire beaucoup mieux avec ce monde fini. Encore faudrait-il que les sciences soient mises au service de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'en prend pas le chemin, les sciences de l'environnement &#233;tant mise au service de son oppression, les technolo&#173;gies informatiques menant &#224; un monde totalitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous d&#233;noncez le fait que &#171; Non seulement l'occidental consomme comme un roi ou un empereur mais il voudrait que tous le monde puisse en faire autant &#187;. Il est difficile de dire aux repr&#233;sentants du tiers monde qu'ils n'ont pas le droit de se d&#233;velopper, qu'ils revendiquent depuis la premi&#232;re grande conf&#233;rence environnementale internationale, &#224; Stockholm en 1972, sujet de frictions dans toutes les r&#233;unions ult&#233;rieures sur le sujet. Mais les dirigeants occidentaux vont plus loin encore en voulant imposer &#224; tout citoyen occidental l'obligation de vivre comme un empereur &#8211; dans le but de donner le &#171; bon &#187; exemple au reste du monde, pri&#233; de suivre cette (mauvaise) voie. Dans ce contexte, un facteur pr&#233;occupant passe g&#233;n&#233;ralement inaper&#231;u : l'inflation de normes dans les domaines vitaux, tels que le logement, l'ali&#173;mentation, l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Motiv&#233;es par des pr&#233;occupations environnementales, s&#233;curitaires et sociales, ils forcent tout un chacun &#224; demander toujours plus de pouvoir d'achat pour pouvoir &#171; rester aux normes &#187;. Il est frappant, en Belgique, que les marches pour le climat ou l'environnement attirent de moins en moins de monde et celles pour le pouvoir d'achat, de plus en plus. Je ne pense pas que ce soit la cons&#233;quence d'une avidit&#233; compulsive, mais plut&#244;t d'une pression sociale normative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;gion bruxelloise, o&#249; j'ai longtemps habit&#233;, et l'exemple parfait de ce qu'il ne faut pas faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a, au cours du temps, impos&#233; une inflation de normes urbanistiques telles que :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; interdiction de louer des studios de moins de 28 m&#178;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; dans les nouvelles constructions, la chambre d'un appartement 1 chambre devra avoir 14 m&#178; minimum, deux chambres : 14 m&#178; et 9 &#178;m&#178; minimum.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; rapport minimum surface des fen&#234;tres / taille de la chambre&lt;/li&gt;&lt;li&gt; interdiction ou s&#233;v&#232;re restriction des logements en entre-sol&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ces mesures, motiv&#233;es par des consid&#233;rations sociales, ont l'effet inverse d'abolir l'existence des logements mo&#173;destes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la catastrophe vient des obligations en mati&#232;re de PEB, DPE en France. Qui p&#232;sent paradoxalement plus sur ceux qui ont r&#233;ussi &#224; maintenir un mode vie basse-&#233;nergie sans avoir &#224; sur&#233;quiper et sur-gadg&#233;tiser leur vie domestique. Tout le monde doit vivre dans un int&#233;rieur pr&#233;sum&#233; surchauff&#233;. On y perd quelques v&#233;rit&#233;s fondamentales. Que ce ne sont pas les b&#226;timents qui consomment de l'&#233;nergie mais ceux qui les occupent ou les g&#232;rent. Que nous avons tous un c&#339;ur qui donne une temp&#233;rature constante de 37&#176;c. Que le meilleur isolant, ce sont les v&#234;tements, le seul qui nous suit partout, le seul que l'on peut installer soi-m&#234;me, y compris quand on n'est pas dou&#233; pour le bricolage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il vaut la peine ici que j'explicite mon propre mode de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1992, j'ai d&#233;cid&#233; de sauver mon pouvoir d'achat en r&#233;duisant mes frais fixes. J'ai progressivement r&#233;ussi &#224; suppri&#173;mer (quasiment) tout chauffage chez moi et me passer de voiture personnelle permanente.
Je ne branche presque plus jamais mon frigo, je n'ai plus de t&#233;l&#233;vision et pas de ligne internet fixe. Un routeur portable 4G me suffit. Et pas du tout l'impression de vivre de mani&#232;re aust&#232;re. Tout au contraire, j'ai &#233;tendu des espaces de jouis&#173;sances et de vie &#233;panouie.
Cela peut para&#238;tre tr&#232;s &#233;cologiste mais cela ne l'&#233;tait pas, car j'ai fait ainsi un &#171; effet rebond &#187;, concept dont j'ignorais l'existence mais dont j'&#233;tais parfaitement conscient. En 2012, je suis pass&#233; en travail &#224; 80 %, faisant ainsi un effet d&#233;&#173;bond (Fran&#231;ois Schneider), concept dont j'ai appris l'existence&#8230; en 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2015, j'ai achet&#233; une vieille maison non isol&#233;e assez grande. J'ai d&#251; l&#233;galement faire refaire tout le syst&#232;me &#233;lec&#173;trique, pour rien, car il &#233;tait parfaitement fonctionnel eu &#233;gard &#224; mes besoins. Mais &#171; c'est la norme maintenant, mon&#173;sieur &#187;. Avec pour d&#233;g&#226;ts collat&#233;raux le d&#233;-tapissage, repl&#226;trage, etc.
Pour 2033, je devrai l&#233;galement mettre ma maison aux normes impos&#233;es par la caste &#171; surchauffiste &#187;.
Je ne le ferai jamais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat &#233;cologiste, obs&#233;d&#233; de r&#233;glementations urbanistiques, cr&#233;e une obsolescence structurelle contraire aux objectifs environnementaux qu'il pr&#233;tend poursuivre. Un b&#226;timent fait pour d&#233;fier les si&#232;cles est qualifi&#233; de vieux d&#232;s qu'il a plus de quarante ans, voire moins. Une insulte qu'on n'oserait plus adresser &#224; une personne humaine infiniment moins du&#173;rable &#8211; au sens traditionnel du mot &#8211; que lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Consid&#233;rations diverses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tableau d&#233;sastreux donn&#233; p. 17 pourrait &#234;tre compl&#233;t&#233; par le paradoxe de la conservation qui veut que la biodiversit&#233; locale a souvent &#233;t&#233; augment&#233;e par migrations pendant que le biodiversit&#233; globale &#224; diminu&#233;. Ph&#233;nom&#232;ne qui peut cer&#173;tainement se produire quand la lev&#233;e de barri&#232;res g&#233;o-physiques permet les migrations non humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. 36-37 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1184-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; il est &#233;tonnant de voir les &#233;cologistes condamner cet occident dont ils savent mobiliser les ressources cultu&#173;relles et sont le pur produit. L'&#233;cologie politique, rencontre d'une science et d'une politique (je dirais id&#233;ologie) est occi&#173;dentale &#224; ce double titre. &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Selon moi c'est parce qu'ils sont h&#233;ritiers d'une civilisation chr&#233;tienne qui a &#233;rig&#233; la culpabilisation en instrument de domination politique, ce qui serait d&#251; principalement &#224; saint Paul et saint Augustin qui auraient rompu avec le juda&#239;sme, plus cool sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nature humaine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nominaliste je ne crois pas aux essences et donc suis passablement sceptique face au concept de &#171; nature hu&#173;maine &#187;. Wilson a tent&#233; une d&#233;finition de la nature humaine passablement affranchie du concept d'essence : &#171; &#8230; la na&#173;ture humaine provient du fait que l'h&#233;r&#233;dit&#233; interagit avec l'environnement pour cr&#233;er une sorte d'attraction gravitation&#173;nelle vers une moyenne fixe qui rassemble les gens dans toutes les soci&#233;t&#233;s dans le cercle statistique &#233;troit que nous d&#233;fi&#173;nissons comme cette nature humaine&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finition nominaliste qui ouvre tout droit la porte &#224; l'eug&#233;nisme me semble-t-il et me satisfait donc en rien. Mais toute d&#233;finition de la nature humaine par l'essence entra&#238;ne un danger eug&#233;niste pour les d&#233;viants. Et vous l'&#233;crivez : il faut rouvrir la question, la travailler, sans esp&#233;rer une conclusion close et d&#233;finitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose aussi la question du transhumanisme, terme qui aurait &#233;t&#233; invent&#233; par Julian Huxley pour d&#233;signer la capacit&#233; de l'humanit&#233; &#224; &#233;voluer plus vite gr&#226;ce &#224; la culture, l'auto-&#233;volution dont vous parlez p. 55. Si cette transformation est orient&#233;e volontairement dans une direction trop contr&#244;l&#233;e voire techno-totalitaire, il y a de quoi s'inqui&#233;ter&#8230; pas sur le simple fait qu'il aurait une essence humaine en train de se transformer sous l'&#233;volution socio-culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le probl&#232;me de l'esp&#232;ce&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, le probl&#232;me de la d&#233;finition de l'esp&#232;ce rel&#232;ve de la quadrature du cercle, celle de l'IPBES relevant d'un compris aussi flou qu'un accord politique belge, m&#233;nageant les conceptions bas&#233;es sur la morphologie, les populations reproductives et la g&#233;n&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, la citation, p. 68, emprunt&#233;e &#224; Varela &#8211; chaque esp&#232;ce se constitue sa propre repr&#233;sentation du monde &#8211; pose la question de savoir si elle n'introduit pas un nouveau syst&#232;me de classification des formes de vie, par la capaci&#173;t&#233; de repr&#233;sentation. La repr&#233;sentation ne peut-elle d&#233;pendre des sous-esp&#232;ces ou des genres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que dire des formes contest&#233;es, les corneilles noires et mantel&#233;es par exemples, class&#233;es comme esp&#232;ces diff&#233;rents par le Congr&#232;s Ornithologique International mais comme sous-esp&#232;ces par l'Union internationale pour la conservation de la nature. Le probl&#232;me s'apparente de loin avec celui des m&#233;ta-classifications sur base de fonctionnalit&#233;s suppos&#233;es,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; esp&#232;ces ing&#233;nieures, esp&#232;ces-cl&#233;s de vo&#251;te et le fait que jardiniers, forestiers, chasseurs vont classer diff&#233;remment les formes de vie selon leur besoin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;(p. 69).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de m&#234;me, experts en micro-organismes, plantes ou animaux n'auront pas les m&#234;mes besoins en mati&#232;re de classification. Et vous &#233;crivez que&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; les classifications occidentales sont consubstantielles d'une nature fortement hi&#233;rarchis&#233;e. Expertis&#233;e, rationnelle, cloisonn&#233;es &#224; l'image de nos soci&#233;t&#233;s&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Sauf que le monde vivant r&#233;el est un imbroglio oscillant entre le foutoir int&#233;gral et le pseudo organis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une sp&#233;cificit&#233; des temps modernes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous lancez un avertissement int&#233;ressant, p. 82-83 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; les ontologies traditionnelles socialisent la nature et en retour na&#173;turalisent la soci&#233;t&#233;, son organisation, son fonctionnement ce qui les fige, scell&#233;s dans l'environnement biophysique et mythique, les deux &#233;tant rendus indiscernables&#8230; lorsque la succession des saisons, par exemple, d&#233;pend de votre com&#173;portement, il ne s'agit pas de faire n'importe quoi&#8230; remettre en cause l'ordre social est &#233;vident pour nous, mais nous sommes une exception qui n'a &#233;t&#233; possible qu'en brisant la l&#233;gitimation naturelle et surnaturelle de l'ordre social, en &#233;ta&#173;blissant une c&#233;sure entre ce qui rel&#232;ve du naturel et de l'humain, ouvrant la voie &#224; la science et &#224; la d&#233;mocratie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On touche ici &#224; une caract&#233;ristique fondamentale des temps modernes, peut-&#234;tre h&#233;rit&#233;e des Grecs : la croyance en des lois de la nature que nous n'avons pas la capacit&#233; d'enfreindre, ouvrant la porte &#224; un dualisme entre le naturel et le sur&#173;naturel, avec le d&#233;isme et son grand horloger, la religion la plus typique des temps modernes &#8211; et un grand basculement : nous sommes du c&#244;t&#233; du naturel face au surnaturel qui ne s'occupe plus de nos affaires. Le d&#233;isme assimile l'&#339;uvre di&#173;vine &#224; une grande horloge fonctionnant sans l'aide ult&#233;rieur de l'horloger, ouvrant la porte &#224; l'agnosticisme, qui rejette l'&#233;tude de ce que l'on ne peut prouver sans avoir recours &#224; l'horloger, et l'ath&#233;isme qui enterre l'horloger lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes philosophies postulant que, horloger ou pas, un monde objectif identifiable existe. Que la science a pour but de l'&#233;tudier. Sans y mettre de pr&#233;jug&#233;s politiques, id&#233;ologiques et religieux. Puis Darwin fit des singes nos cousins et finalement tous les &#234;tres vivants devinrent nos cousins par l'ADN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action &#233;cologiste a r&#233;introduit l'id&#233;e de lois de la nature que nous aurions la capacit&#233; d'enfreindre et que nous avons enfreint. R&#233;action religieuse qui ouvre des perspectives th&#233;ologiques int&#233;ressantes : les grenouilles et les n&#233;nu&#173;phars ont-ils, comme nous, la capacit&#233; d'enfreindre ces lois ? La pens&#233;e jud&#233;o-chr&#233;tienne aura sans doute tendance &#224; dire non, puisque nous avons &#233;t&#233; fait &#224; l'image de Dieu et que nous seuls avons commis le p&#233;ch&#233; originel. Mais d'autres reli&#173;gions et spiritualit&#233;s penseront autrement, jusqu'&#224; Whitehead qui pense que m&#234;me les atomes ont un certains pouvoirs de d&#233;sob&#233;issance &#224; Dieu, quoi que sans conscience&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour finir, p. 110 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; ce n'est pas r&#234;verie ou irrationalisme gratuit que de consid&#233;rer la nature comme une cr&#233;ation au sens non-th&#233;ologique, c'est-&#224;-dire apparition de nouveau, auto-constitution irr&#233;ductible au d&#233;j&#224; l&#224; &#8211; ce que nous savons de la biologie et de l'&#233;volution nous y conduit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Certainement&#8230; mais attention au danger de t&#233;l&#233;ologie ou de fonctionnalisme, qui prennent une dimension outran&#173;ci&#232;re &#224; l'ONU&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, les fleuves n'ont pas pour fonction l'&#233;vacuation des eaux vers la mer comme le pr&#233;tend l'ONU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'eau coule l&#224; o&#249; les m&#233;canismes aveugles du hasard et de la n&#233;cessit&#233; l'emm&#232;ne&#8230; c'est parfois s'&#233;vaporer dans un d&#233;sert. Et cet aveuglement se retrouve dans la part d'arbitraire in&#233;vitable dans la d&#233;finition des formes de vies ou des &#233;cosyst&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. 214 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; soit un &#233;cosyst&#232;me&#8230; Pour peu que tout cela veille dire quelque chose et soit praticable, vous n'en &#233;puiserez pas la compr&#233;hension&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est la cons&#233;quence in&#233;vitable de ce j'appelle &#171; l'avertissement de Tansley &#187; dans mon livre et &lt;a href=&#034;https://zohriginal.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur mon site&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;duire cet &#233;l&#233;ment humain &#224; la culture a pour effet de nous scinder entre une physiologie qui serait naturelle et une culture, ou spiritualit&#233; qui ne le serait pas ce qui soul&#232;ve un nombre &#233;lev&#233; de questions d'ordre philosophiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que vous repr&#233;sentez tr&#232;s bien en empruntant &#224; Descola le concept d'une ontologie humaine qui correspondrait &#224; une identit&#233; des ext&#233;riorit&#233; et une diff&#233;rence des int&#233;riorit&#233;s : les constituants des humains et des non humains sont identiques (atomes, mol&#233;cules, etc) mais leurs int&#233;riorit&#233;s diff&#233;rent &#8212; la pierre, l'oiseau, l'&#233;toile ne r&#233;pondent pas au m&#234;me r&#233;gime de conscience &#8212; c'est le paradigme fondamental de l'occident selon Descola.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Bonjour Arnaud,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sol&#233; pour le d&#233;lai vraiment d&#233;raisonnable de cette r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci, vraiment et vivement, pour votre long commentaire &#224; mon livre, parmi les plus cons&#233;quents que j'aie re&#231;us depuis sa parution. Les &#171; retours &#187;, comme on dit aujourd'hui, ont tous &#233;t&#233; tr&#232;s positifs. J'esp&#233;rais quelques d&#233;bats autour de mes &#171; th&#232;ses &#187; &#8212; en r&#233;alit&#233; de simples synth&#232;ses d'&#233;l&#233;ments pr&#233;sents depuis des d&#233;cennies mais occult&#233;s par les diverses id&#233;ologies en circulation &#8212; mais c'est bien s&#251;r oublier, encore une fois, l'&#233;poque de plomb que nous traversons. Le silence qui nimbe votre travail crucial en t&#233;moigne &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques remarques en &#233;cho aux v&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, nos approches sont compl&#233;mentaires. Confront&#233; &#224; l'incons&#233;quence des positions &#233;cologistes, je me suis r&#233;solu &#224; admettre, derri&#232;re leur id&#233;ologie, un fond authentiquement religieux&#8230; que votre enqu&#234;te sur l'&#233;co-th&#233;ologie, parue juste apr&#232;s la sortie de mon livre, explicite, d&#233;taille, historicise, personnifie et &#233;taye parfaitement. Sa lecture m'a fait l'impression d'&#234;tre un Le Verrier pr&#233;disant l'existence d'une plan&#232;te inconnue en lieu et place d'une Neptune qu'un Adams observait d&#233;j&#224;. L'id&#233;ologie marxiste &#233;tant une h&#233;r&#233;sie du jud&#233;o-christianisme, il est logique que sa r&#233;incarnation ou sa pseudomorphose sur le champ de l'&#233;cologie fasse remonter les structures de pens&#233;es chr&#233;tiennes. Il est par exemple frappant de constater que les d&#233;bats, &#233;crits ou oraux, men&#233;s avec de militants &#233;cologistes autour de mon livre n'ont pas d&#233;pass&#233; les th&#232;ses du tout premier chapitre (&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1168-Elements-d-ecologie-politique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Survol ethno-historique&lt;/a&gt; &#187;) qui posent le rapport &#233;minemment ambivalent d'&lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; avec la biosph&#232;re au cours de mill&#233;naires, comme si l'humanit&#233; n'avait pu &#234;tre que destructrice (et particuli&#232;rement l'humanit&#233; occidentale) c'est-&#224;-dire p&#233;cheresse &#8211; et &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; p&#233;cheresse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous exprimez votre perplexit&#233; quant aux dispositifs contemporains pr&#233;tendant &#224; la d&#233;mocratie directe et vous avez largement raison : il s'agit dans tous ces cas de stratag&#232;mes plus ou moins grossiers de d&#233;tournements du d&#233;sir populaire de souverainet&#233; dont la cons&#233;quence est de discr&#233;diter toute id&#233;e de pouvoir collectif exerc&#233; par des non-sp&#233;cialistes (on pourrait rajouter, sur un autre plan et pour se limiter &#224; la France, &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?173-dossier-thematique-les-mouvements&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les grimaces de &#171; Nuit Debout &#187;&lt;/a&gt;, la &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?964-Putsch-gauchiste-a-Commercy&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;destruction de mouvement des Gilets jaunes par la gauche radicale&lt;/a&gt;, les diverses &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1087-Questions-ouvertes-sur-le-mouvement-MaVoix&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tentatives para-&#233;l&#233;ectorales&lt;/a&gt;, etc.). L'alternative est infernale : soit n'importe qui peut occuper n'importe quelle place n'importe quand n'importe comment, soit la d&#233;mocratie est une farce et le pouvoir doit &#234;tre confi&#233; &#224; ceux qui savent. La raison exige, depuis quelques si&#232;cles, que la d&#233;mocratie v&#233;ritable (ou directe) r&#233;sulte de l'auto-&#233;ducation d'un peuple, s'informant, d&#233;lib&#233;rant, r&#233;fl&#233;chissant, capable de prudence et de courage, d'humilit&#233; et d'action, de r&#233;flexivit&#233; et d'opiniatret&#233;. Pour une approche g&#233;n&#233;rale, je ne peux que vous renvoyer, sans surprise, aux textes de Cornelius Castoriadis sur le sujet, qui peuvent &#234;tre introduits par &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?844-In-Actualite-de-la-democratie-directe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cet expos&#233; d'il y a d&#233;j&#224; une dizaine d'ann&#233;es&lt;/a&gt;, et &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?679-introduction-generale-a-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ces trois brochures&lt;/a&gt;, plus compl&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de votre travail, la question de la d&#233;mocratie me semble incontournable : si la &#171; nature &#187; n'a pas de valeur intrins&#232;que obligeant &#224; la maintenir intacte comme au premier jour de la Cr&#233;ation, la question est pr&#233;cis&#233;ment : &#171; Quelle nature veut-on ? &#187; et ses d&#233;clinaisons : Dans quelle nature voulons-nous vivre ? Comment modeler notre plan&#232;te ? Quels sont nos besoins et qui les fixe ? Que l&#233;guer aux g&#233;n&#233;rations futures ?, etc. Ces interrogations, fondamentales et quotidiennes, aucune instance ne peut pr&#233;tendre les monopoliser : ni les scientifiques, ni les industriels, ni les puissances financi&#232;res, ni une &#171; &#233;lite &#187; &#233;clair&#233;e, etc. Elles ne peuvent relever, au fond, que des d&#233;cisions du plus grand nombre et principalement pour les trois raisons que j'expose dans mon livre (chapitre V &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Politiques de la nature et totalitarisme&lt;/a&gt; &#187; et surtout la partie &#171; Les exigences d&#233;mocratiques d'un r&#233;gime &#233;cologique &#187;, pp. 177 &#224; 181), soit l'existence d'une science vivante et populaire, la r&#233;duction de l'opulence des &#233;lites, la libert&#233; et la diversit&#233; culturelle dans les &#233;cosyst&#232;mes locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que vous posez sur l'engagement politique des scientifiques prend ici tout son sens : le principe d&#233;mocratique repose sur l'opinion, la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;, du plus grand nombre, la politique comme auto-organisation n'&#233;tant pas un savoir, une &lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#232;&lt;/i&gt;. Que les experts de toutes les disciplines soient consult&#233;s avant chaque d&#233;cision (quelle qu'elle soit) est une &#233;vidence &#8212; &#224; condition que les consultations soient contradictoires et que les &#233;ventuels conflits d'int&#233;r&#234;ts soient rendus publics &#8211; mais il ne s'agit jamais de donner &#224; quelques sp&#233;cialistes le pouvoir de choisir pour le plus grand nombre qui ne peut d&#233;cider qu'en son nom. L'engagement tonitruant des scientifiques pour diverses causes de l'&#233;cologie est &#233;videmment gros de confusion et de d&#233;magogie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question de la technique que vous abordez, je ne crois pas qu'il y ait des d&#233;saccords fondamentaux entre nous. Mais, l&#224; aussi, impossible de ne pas invoquer le principe d'une d&#233;mocratie directe : il s'agit toujours de rendre le pouvoir aux individus &#224; l'&#233;chelle collective (quelles innovations &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; ? etc) comme individuelle (quelle libert&#233; de se servir de telle ou telle technique ? Comment ? &#192; quels moments ? etc.). Ce que vous formulez &#224; propos de l'informatique est &#233;videmment frappant. C'est sous cet angle que j'aborderais la question des Ogms, sur laquelle, &#224; ma connaissance, aucun peuple n'a jamais &#233;t&#233; v&#233;ritablement consult&#233; et pour cause : il s'agit essentiellement de la continuit&#233; de l'accaparement par des industriels de la cha&#238;ne de production agricole, soit la d&#233;possession des gens de leurs conditions d'existence et des paysans de leur travail (voil&#224; une diff&#233;rence fondamentale avec les hybridations mill&#233;naires). Plus fondamentalement, je crois que &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1066-Developpement-technique-et-configuration-geopolitique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ce genre de technique n'a aucune utilit&#233; sur cette plan&#232;te&lt;/a&gt; et que l'on obtient des r&#233;sultats bien meilleurs par l'implication des gens concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je partage vos r&#233;serves sur la question de &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?601-decroissance-et-democratie-directe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la d&#233;croissance&lt;/a&gt; : ici encore ma position est plut&#244;t, et depuis longtemps, celle d'une &#171; red&#233;finition des besoins &#187;, c'est-&#224;-dire de d&#233;lib&#233;rations r&#233;guli&#232;res &#224; toutes les &#233;chelles portant sur ce qui est produit et comment en fonction d'informations fiables, compl&#232;tes et accessibles sur la situation g&#233;n&#233;rale. Les efforts de sobri&#233;t&#233; sont impressionnants et en remontrent &#224; beaucoup de pr&#233;tendus &#233;cologistes dont le mode de vie n'a, en r&#233;alit&#233;, rien &#224; envier &#224; un non-&#233;cologiste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je finis par la difficile question, d&#233;licate, de l'opposition nature / culture, que vous semblez vouloir refuser au nom de la sortie de l'&#233;co-th&#233;ologie. Il me semble difficile de dire, comme vous le faites, qu'il n'y a pas de dualit&#233; dans la nature : il existe au moins une diff&#233;rence fondamentale entre le monde min&#233;ral et le monde vivant, que je pose comme comparable &#224; la diff&#233;rence monde naturel et monde humain (cf. p. 40) : il ne s'agit pas d'une ext&#233;riorit&#233; absolue, mais d'une v&#233;ritable alt&#233;rit&#233; &#8211; qui n'a besoin d'aucun divin pour &#234;tre pens&#233;e. On pourrait &#233;galement &#233;voquer, &#224; un degr&#233; moindre, la diff&#233;rence v&#233;g&#233;tal / animal (autotrophe / h&#233;t&#233;rotrophe) ou encore mono / pluricellulaire, etc. Il s'agit &#224; chaque fois, en r&#233;alit&#233;, et comme vous le formulez, de changement de mode d'&#234;tre, de naissance de nouveaux mondes, d'&#233;mergences, capables d'&#171; enfreindre les lois &#187; (pour reprendre le vocable religieux) de la strate originelle, mais il n'y a rien ici de surnaturel : le monde vivant pose d'autres lois, d'autres fonctionnements, d'autres d&#233;terminations que le monde min&#233;ral, comme l'humanit&#233; le fait vis-&#224;-vis de la nature. Ce qui n'emp&#234;che pas des interp&#233;n&#233;trations, des r&#233;gressions, des anticipations, etc &#8211; vous &#233;voquez la culture des orques, des milliers d'exemples de ce type existent, et je ne saurais trop renvoyer ici &#224; &#171; La Vie de la vie &#187; d'Edgar Morin qui me semble, l&#224;-dessus, une r&#233;f&#233;rence ind&#233;pass&#233;e. Quoi qu'il en soit, et comme vous le dites bien, &#171; l'humanit&#233; est la seule &#224; pouvoir percevoir les &#233;v&#233;nements [&#233;cologiques] comme des probl&#232;mes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour finir, et c'est sans doute ici le plus important, r&#233;futer les notions de &#171; Cr&#233;ation divine &#187; et d'Homme intendant n'implique pas de refuser la dualit&#233; &lt;i&gt;nature / culture&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;nomos / physis&lt;/i&gt;, comme je le note pp. 77 sqq. puis tout le chap. VI. Par contre, je maintiens que sans celle-ci, aucune d&#233;mocratie n'est concevable : si l'organisation et le fonctionnement de la soci&#233;t&#233; d&#233;pendent enti&#232;rement de lois naturelles (au-del&#224; des trivialit&#233;s, et celles-ci fussent-elles &#171; un imbroglio oscillant entre le foutoir int&#233;gral et le pseudo organis&#233; &#187;, comme vous dites, mais dans tous les cas &#171; aveugles et indiff&#233;rentes &#187;), alors le peuple n'a rien &#224; en dire, et il appartient &#224; une &#233;lite &#233;clair&#233;e par ce savoir de prendre les bonnes d&#233;cisions. Et nous rencontrons l&#224;, au fond, le fantasme &#233;cologiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de questions restent ouvertes, je m'arr&#234;te l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amicalement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quentin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La &#171; fin de la philosophie &#187; ?</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1194-La-fin-de-la-philosophie</link>
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		<dc:date>2025-05-15T09:23:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Conf&#233;rence</dc:subject>
		<dc:subject>Progressisme</dc:subject>
		<dc:subject>Technoscience</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Scientisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Texte repris dans &#171; Le Monde morcel&#233;, Les carrefours du Labyrinthe III &#187;, Seuil, 1999, pp. 281-306. |Les id&#233;es du texte ont &#233;t&#233; expos&#233;es d'abord lors d'une conf&#233;rence &#224; l'Universit&#233; Goethe de Francfort, en novembre 1986. La version publi&#233;e ici est celle d'une conf&#233;rence &#224; Skidmore College (octobre 1988) publi&#233;e dans Salmagundi, n&#176; 82-83 (printemps-&#233;t&#233; 1989) que j'ai traduite moi-m&#234;me [C.C.] en fran&#231;ais.| Nous traversons une p&#233;riode de crise prolong&#233;e de la culture occidentale. Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-224-scientisme-+" rel="tag"&gt;Scientisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte repris dans &#171; Le Monde morcel&#233;, Les carrefours du Labyrinthe III &#187;, Seuil, 1999, pp. 281-306.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Les id&#233;es du texte ont &#233;t&#233; expos&#233;es d'abord lors d'une conf&#233;rence &#224; l'Universit&#233; Goethe de Francfort, en novembre 1986. La version publi&#233;e ici est celle d'une conf&#233;rence &#224; Skidmore College (octobre 1988) publi&#233;e dans &lt;i&gt;Salmagundi&lt;/i&gt;, n&#176; 82-83 (printemps-&#233;t&#233; 1989) que j'ai traduite moi-m&#234;me [C.C.] en fran&#231;ais.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons une p&#233;riode de crise prolong&#233;e de la culture occidentale. Le diagnostic n'est pas invalid&#233; du simple fait qu'il a &#233;t&#233; r&#233;p&#233;t&#233; d'innombrables fois &#8211; depuis Rousseau et les romantiques jusqu'&#224; Nietzsche, Spengler, Trotski, Heidegger et au-del&#224;. En fait, les voies m&#234;mes sur lesquelles la plupart de ces auteurs, et d'autres, ont essay&#233; de l'&#233;tablir sont en elles-m&#234;mes sympt&#244;mes de la crise et lui appartiennent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour ma part, j'ai trait&#233; la question dans &#171; Le mouvement r&#233;volutionnaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la crise appartiennent aussi la proclamation &#8211; en particulier par Heidegger, mais pas seulement lui &#8211; de la &#171; fin de la philosophie &#187; et toute la gamme de rh&#233;toriques d&#233;constructionnistes et postmodemistes. Car la philosophie est un &#233;l&#233;ment central du projet gr&#233;co-occidental d'autonomie individuelle et sociale ; la fin de la philosophie signifierait ni plus ni moins que la fin de la libert&#233;. La libert&#233; n'est pas menac&#233;e seulement par les r&#233;gimes totalitaires ou autoritaires. Elle l'est aussi, de mani&#232;re plus cach&#233;e mais non moins forte, par l'atrophie du conflit et de la critique, l'expansion de l'amn&#233;sie et de l'irrelevance, l'incapacit&#233; croissante de mettre en question le pr&#233;sent et les institutions existantes, qu'elles soient proprement politiques ou qu'elles portent les conceptions du monde. Dans cette critique, la philosophie a toujours eu une part centrale, m&#234;me si son action a &#233;t&#233; la plupart du temps indirecte. Cette action est en train de dispara&#238;tre, d'abord et surtout sous le poids des tendances social-historiques contemporaines, que je ne discuterai pas ici&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. les textes cit&#233;s dans la note pr&#233;c&#233;dente.&#034; id=&#034;nh14-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais un effet de ces tendances, qui les renforce &#224; son tour, est l'influence de l'adoration heideggerienne et post-heideggerienne de la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; brute, et les proclamations heideggeriennes &#171; nous n'avons rien &#224; faire &#187;, &#171; il n'y a rien &#224; faire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple, et parmi de nombreuses autres formulations, &#171; Nous ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La combinaison des deux se laisse ais&#233;ment voir dans la glorification de la &#171; pens&#233;e faible &#187; (&lt;i&gt;pensiero debole&lt;/i&gt;), c'est-&#224;-dire d'une pens&#233;e molle et flexible explicitement adapt&#233;e &#224; la soci&#233;t&#233; des m&#233;dias&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi, Il Pensiero debole, Gianni Vatirno et P. A. Rovati ed., Milan, 1983, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La &#171; critique &#187; d&#233;constructionniste, qui se limite soigneusement &#224; la d&#233;construction de vieux livres, est elle-m&#234;me un des sympt&#244;mes de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proclamation de la &#171; fin de la philosophie &#187; n'est &#233;videmment pas nouvelle. Cette fin a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; d&#233;cr&#233;t&#233;e emphatiquement par Hegel. Elle d&#233;coule, aussi bien chez Hegel que chez Heidegger, d'une philosophie qui est, indissolublement, ontologie (ou &#171; pens&#233;e de l'&#202;tre &#187;), philosophie de l'histoire et philosophie de l'histoire de la philosophie. Ce n'est pas mon propos ici de discuter pour elles-m&#234;mes les ontologies de Hegel ou de Heidegger. Je me limiterai &#224; quelques remarques qui me paraissent pertinentes quant &#224; mon sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie implicite de l'histoire de Heidegger &#8211; l'histoire comme &lt;i&gt;Geschick&lt;/i&gt;, destin, destination et donation de l'&#202;tre et par l'&#202;tre &#8211; comme la totalit&#233; de ses &#233;crits trouvent leur condition n&#233;cessaire dans la c&#233;cit&#233; cong&#233;nitale de Heidegger devant l'activit&#233; critique/politique des &#234;tres humains (qui est &#224; la racine de son adh&#233;sion au nazisme et au &lt;i&gt;F&#252;hrerprinzip&lt;/i&gt;). C&#233;cit&#233; compl&#233;t&#233;e, par une autre, apparemment tout aussi cong&#233;nitale, devant la sexualit&#233; et, plus g&#233;n&#233;ralement, la psych&#233;. Nous sommes ici devant le spectacle bizarre d'un philosophe qui parle interminablement sur les Grecs, et dans la pens&#233;e de qui on constate des trous &#224; la place de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt;, de l'&lt;i&gt;eros&lt;/i&gt; et de la &lt;i&gt;psych&#233;&lt;/i&gt;. Mais une &#171; interpr&#233;tation &#187; de la philosophie grecque qui ignore syst&#233;matiquement le fait que la philosophie est n&#233;e dans et par la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt;, et qu'elle fait partie du m&#234;me mouvement qui a cr&#233;&#233; les premi&#232;res d&#233;mocraties, est condamn&#233;e &#224; une infirmit&#233; ingu&#233;rissable. Si, comme l'a &#233;crit une fois Heidegger, le grec n'est pas &#171; une &#187; langue, mais la langue, et donc pr&#233;destin&#233; &#224; la philosophie, qu'allons-nous faire des Spartiates, qui parlaient grec &#8211; et m&#234;me mieux que les autres Grecs : &lt;i&gt;lakonizein&lt;/i&gt; &#8211; mais n'ont produit aucun philosophe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Except&#233; pour Chilon le Lac&#233;d&#233;monien, un des Sept Sages. &#8211; La monstrueuse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? La m&#234;me c&#233;cit&#233; conduit Heidegger &#224; ne voir dans la p&#233;riode contemporaine que la domination de la technique et de la &#171; science &#187; &#8211; et dans les deux cas, avec une acceptation incroyablement na&#239;ve de leur pr&#233;tendue omnipotence &#8211; et le rend incapable d'apercevoir la crise interne de l'univers techno-scientifique et, encore plus important, les activit&#233;s des &#234;tres humains dirig&#233;es contre le syst&#232;me &#233;tabli et les possibilit&#233;s que ces activit&#233;s contiennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa philosophie de l'histoire conduit Heidegger &#224; une m&#233;thode d'interpr&#233;tation de l'histoire de la philosophie dont le noyau est h&#233;g&#233;lien, pour les m&#234;mes raisons et, en fait, avec les m&#234;mes r&#233;sultats que chez Hegel. Pour le dire bri&#232;vement : une v&#233;ritable discussion critique des philosophes du pass&#233; se trouve frapp&#233;e d'interdiction ou devient impossible. De sorte que la d&#233;mocratie philosophique, l'agora intertemporelle o&#249; philosophes vivants et philosophes morts se rassemblent par-dessus les si&#232;cles et discutent v&#233;ritablement, est abolie. Chez Hegel, la critique des philosophes du pass&#233; n'est qu'un signe de ce que le critique ne comprend pas ce qu'est la philosophie. Les philosophes du pass&#233; ne peuvent pas &#234;tre critiqu&#233;s, ils ne peuvent &#234;tre que surmont&#233;s, &lt;i&gt;aufgehoben &lt;/i&gt; ; on doit montrer qu'ils conduisent&#171; de l'int&#233;rieur &#187; chacun &#224; la philosophie suivante, et ainsi de suite, jusqu'au moment o&#249; nous parvenons au savoir absolu, c'est-&#224;-dire au syst&#232;me h&#233;g&#233;lien. (Bien &#233;videmment, Hegel lui-m&#234;me n'a pas pu rester fid&#232;le &#224; ce programme.) Les liens profonds de cette attitude avec l'ensemble de la philosophie de Hegel sont aussi clairs que les impossibilit&#233;s intraitables auxquelles elle conduit. La fin de la philosophie n'est pas une humeur ou une opinion de Hegel, mais l'implication n&#233;cessaire de son syst&#232;me total, qui tient ou tombe avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation n'est pas au fond diff&#233;rente avec Heidegger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir de discussion critique des philosophes du pass&#233;. Les &#171; penseurs &#187; expriment des moments de l' &#171; histoire de l '&#202;tre &#187;, l'&#202;tre parle par leur bouche. (Bien &#233;videmment, Heidegger non plus ne pouvait rester fid&#232;le &#224; son programme.) Les philosophes du pass&#233; peuvent &#234;tre seulement interpr&#233;t&#233;s et &#171; d&#233;construits &#187; (en toute litt&#233;ralit&#233;, le programme annonc&#233; dans &lt;i&gt;Sein und Zeit&lt;/i&gt; est &lt;i&gt;die Destruktion der Ontologie &lt;/i&gt; ; &#171; d&#233;construction &#187; est un fruit plus r&#233;cent). Cela signifie qu'il faut, dans chaque cas, montrer : 1 &#176;) que tous les philosophes pass&#233;s participent de la &#171; m&#233;taphysique &#187; entendue comme recouvrement de la &#171; diff&#233;rence ontologique &#187;, oubli de l'&#202;tre, pr&#233;occupation avec l'&#234;tre des &#233;tants et inattention devant la question du sens de l'&#202;tre ; et que, 2&#176;) malgr&#233; cela et curieusement, cet &#171; oubli &#187; d'une certaine mani&#232;re&#171; progresse &#187; (c'est-&#224;-dire r&#233;gresse) dans un mouvement h&#233;g&#233;lo&#239;de &#224; travers l'histoire vers des formes de plus en plus compl&#232;tes, de sorte que l'accomplissement et l'ach&#232;vement de la m&#233;taphysique, comme l'oubli de l'&#202;tre, sont d&#233;j&#224; l&#224; d'embl&#233;e avec Platon (et peut-&#234;tre m&#234;me les pr&#233;socratiques), mais sont encore plus compl&#232;tement accomplis avec Hegel et puis Nietzsche. Le long de cette voie, les conflits, les contradictions, les luttes entre philosophes sont ignor&#233;s ou recouverts, et l'ensemble de l'histoire de la philosophie appara&#238;t comme un parcours lin&#233;aire qui atteint son r&#233;sultat pr&#233;destin&#233;, la cl&#244;ture de la m&#233;taphysique et le penseur de cette cl&#244;ture, Heidegger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Hegel, toutes les philosophies sont r&#233;duites au m&#234;me, au sens qu'elles ne sont toutes que des &#171; moments &#187; dans le proc&#232;s de la conscience de soi et de la connaissance de soi de l'Esprit &#8211; et que tous ces &#171; moments &#187; sont condamn&#233;s &#224; &#234;tre des &#171; moments &#187; du Syst&#232;me (h&#233;g&#233;lien). Avec Heidegger, tous les philosophes sont r&#233;duits au m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. les derni&#232;res pages de&#171; La parole d'Anaximandre &#187; (1946) dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils repr&#233;sentent des voies diff&#233;rentes, mais quant au fond indiff&#233;rentes, de l'oubli de l'&#202;tre, de la pens&#233;e de l'&#202;tre comme pr&#233;sence, de la confusion entre pr&#233;sence et ce qui est, chaque fois, pr&#233;sent. Chez les post-heideggeriens, cela deviendra le cercle infracturable de l'onto-th&#233;ologo-phallocentrisme gr&#233;co-occidental. Heureusement, nous ne sommes pas encore tout &#224; fait perdus. Avec l'aide du &lt;i&gt;Zeitgeist&lt;/i&gt;, se font de plus en plus perceptibles des bruits concernant la possibilit&#233; de sortir de ce cercle en ayant recours &#224; l'Ancien Testament (non pas, certes ; le Nouveau, contamin&#233; sans espoir par ces damn&#233;s Grecs). Alors que nous &#233;tions parvenus &#224; nous convaincre presque de l'inexistence de tout &#171; signifi&#233; transcendantal &#187;, nous sommes maintenant avertis que Jehovah, ses lois et l'&#233;thique des H&#233;breux peuvent et doivent &#234;tre restaur&#233;s &#224; la place d'un tel signifi&#233; (m&#233;ta- ? ou post- ?) transcendantal. De sorte que nous commen&#231;ons &#224; pouvoir esp&#233;rer qu'il nous suffirait de remplacer la philosophie par la r&#233;v&#233;lation pour &#234;tre sauv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant dans ces conditions qu'&#224; part quelques peu nombreuses exceptions, la philosophie soit pratiqu&#233;e de moins en moins et que la plus grande partie de ce qui passe aujourd'hui pour philosophie n'est que commentaire et interpr&#233;tation, ou plut&#244;t, commentaire au carr&#233; et interpr&#233;tation au carr&#233;. Ce qui entra&#238;ne aussi une distorsion de l'histoire m&#234;me de la philosophie, qui se trouve d&#233;membr&#233;e entre un acad&#233;misme scolastique sans esprit et l'irrelevance d&#233;constructionniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment aborder l'histoire de la philosophie, c'est-&#224;-dire le travail des philosophes importants du pass&#233;, est &#233;videmment une question immense. Quelques points cardinaux doivent &#234;tre ici d&#233;sign&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un philosophe &#233;crit et publie parce qu'il croit qu'il a &#224; dire des choses vraies et importantes, mais aussi, parce qu'il veut &#234;tre discut&#233;. &#202;tre discut&#233; implique la possibilit&#233; d'&#234;tre critiqu&#233; et, &#233;ventuellement, r&#233;fut&#233;. Et tous les grands philosophes du pass&#233; &#8211; jusques et y compris Kant, Fichte et Schelling &#8211; ont explicitement discut&#233;, critiqu&#233; et r&#233;fut&#233; &#8211; ou pens&#233; qu'ils r&#233;futaient &#8211; leurs pr&#233;d&#233;cesseurs. Ils pensaient, &#224; juste titre, qu'ils appartenaient &#224; un espace social-historique public et transtemporel, &#224; l'&lt;i&gt;agora&lt;/i&gt; transhistorique de la r&#233;flexion, et que leur critique publique des autres philosophes &#233;tait un facteur essentiel du maintien et de l'&#233;largissement de cet espace comme espace de libert&#233; o&#249; l'on ne trouve ni autorit&#233;s ni r&#233;v&#233;lation, ni secr&#233;taires g&#233;n&#233;raux, ni &lt;i&gt;F&#252;hrer&lt;/i&gt;, ni Destin de l'&#202;tre ; espace o&#249; les diff&#233;rentes &lt;i&gt;doxai&lt;/i&gt; sont confront&#233;es et o&#249; chacun a le droit, &#224; ses risques et p&#233;rils, d'exprimer son d&#233;saccord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, pour un philosophe, il ne &lt;i&gt;peut&lt;/i&gt; y avoir d'histoire de la philosophie que critique. La critique pr&#233;suppose &#233;videmment l'effort le plus laborieux et le plus d&#233;sint&#233;ress&#233; de comprendre l'&#339;uvre critiqu&#233;e. Mais elle exige aussi une vigilance constante quant aux limitations possibles de cette &#339;uvre, limitations qui r&#233;sultent de la cl&#244;ture presque in&#233;vitable de toute &#339;uvre de pens&#233;e qui accompagne sa rupture avec la cl&#244;ture pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est aussi pourquoi, pour un philosophe, il &lt;i&gt;doit&lt;/i&gt; y avoir une histoire critique de la philosophie. Si cette histoire n'est pas critique, il n'est pas philosophe, il n'est qu'historien, interpr&#232;te ou herm&#233;neute. Et s'il n'y voit pas une histoire au sens lourd et plein du terme, il succombera &#224; l'illusion fatale qu'il recommence tout de nouveau &#8211; l'illusion de la &lt;i&gt;tabula rasa&lt;/i&gt;. La philosophie est une activit&#233; r&#233;flexive qui se d&#233;ploie &#224; la fois librement et sous contrainte de son propre pass&#233;. La philosophie n'est pas cumulative &#8211; mais elle est profond&#233;ment historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se cr&#233;e ainsi, visiblement, une situation circulaire, qui ne r&#233;sulte d'aucun &#171; d&#233;faut logique &#187;, mais exprime l'essence m&#234;me de l'autor&#233;flexion dans l'horizon n&#233;cessairement total de la pens&#233;e philosophique &#8211; ou le fait que son centre est sa p&#233;riph&#233;rie, et vice versa. Une histoire critique de la philosophie n'est possible que si l'on se tient &#224; un point de vue propre. Mais elle n'est pas davantage possible si fait d&#233;faut une conception de ce qu'est l'histoire &#8211; l'histoire humaine, au sens le plus large et le plus profond &#8211; et de la place de la philosophie dans cette histoire. (&#192; cet &#233;gard Hegel et Heidegger sont, certes, formellement corrects.) Cela ne signifie nullement qu'on &#171; expliquera &#187; (et &#171; r&#233;futera &#187;) Platon et Aristote par l'existence de l'esclavage, Descartes et Locke par la mont&#233;e de la bourgeoisie, et toutes les absurdit&#233;s, bien connues, de cette esp&#232;ce. Mais cela signifie tr&#232;s cat&#233;goriquement que la philosophie pass&#233;e (et pr&#233;sente) doit prendre sa place dans l'histoire de l'imaginaire humain et de la lutte difficile et multi-s&#233;culaire contre l'institution h&#233;t&#233;ronome de la soci&#233;t&#233;. Il serait tout aussi stupide de nier les motifs et les d&#233;terminations essentiellement politiques de la philosophie de Platon, sa lutte contre la d&#233;mocratie et leurs liens &#233;troits &#224; l'ensemble de la pens&#233;e de Platon, y compris son ontologie, que de nier que Platon a re-cr&#233;&#233; et re-institu&#233;, pour une deuxi&#232;me fois, la philosophie et qu'il reste &#224; ce jour le plus grand de tous les philosophes. Semblablement, bien qu'&#224; un niveau beaucoup plus modeste, il serait tout aussi stupide de nier les motifs et les traits profond&#233;ment antid&#233;mocratiques et r&#233;actionnaires de la pens&#233;e de Heidegger, manifestes d&#233;j&#224; dans &lt;i&gt;Sein und Zeit&lt;/i&gt; (six ans avant le &lt;i&gt;Discours du rectorat&lt;/i&gt;) et persistant jusqu'&#224; la fin (dans l'interview posthume du &lt;i&gt;Spiegel&lt;/i&gt;), et leur relation intime &#224; l'ensemble de ses conceptions que de nier que Heidegger a &#233;t&#233; un des philosophes importants du XXe si&#232;cle ou d'affirmer qu'un philosophe pourrait aujourd'hui simplement l'ignorer. Le paradoxe apparent impliqu&#233; ici exigerait certainement d'&#234;tre &#233;lucid&#233;, mais l&#224; n'est pas notre sujet pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie n'est pas cumulative &#8211; comme on pourrait dire que l'est la science, m&#234;me si, dans ce dernier cas aussi, les choses sont moins claires qu'elles n'apparaissent habituellement. En pratique, en tout cas, on peut aujourd'hui apprendre la math&#233;matique ou la physique en &#233;tudiant les trait&#233;s contemporains, et sans besoin de recourir &#224; Newton, Einstein, Archim&#232;de, Gauss ou Cantor. L'art, non plus, n'est pas cumulatif, bien que de mani&#232;re diff&#233;rente. L'immersion dans la culture o&#249; une &#339;uvre d'art donn&#233;e a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e est presque toujours une condition de sa &#171; compr&#233;hension &#187; (si celle-ci ne doit pas rester ext&#233;rieure). Mais il ne s'ensuit pas que l'on ne pourrait pas &#234;tre enthousiasm&#233; par Wagner, par exemple, &#224; moins d'avoir parcouru toutes les &#233;tapes qui m&#232;nent du chant gr&#233;gorien &#224; Beethoven, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de la philosophie est encore autre. En tant qu'activit&#233; autor&#233;flexive de la pens&#233;e, la philosophie implique qu'id&#233;alement toute forme de pens&#233;e est pertinente pour elle ; sont donc aussi obligatoirement pertinentes pour un philosophe les pens&#233;es des philosophes qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;. Mais autor&#233;flexivit&#233; signifie certes critique ; un philosophe qui critique des philosophes du pass&#233; fait, peut-on dire, de l'autocritique (&#224; raison ou &#224; tort, c'est une autre question). Je ne peux pas me r&#233;veiller un matin avec une id&#233;e contredisant tout ce que je pensais jusqu'alors, et me pr&#233;cipiter pour la d&#233;velopper oubliant tout ce que j'ai pu dire auparavant. Les oiseaux chantent innocemment chaque matin de nouveau &#8211; mais ce sont des oiseaux, et ils chantent le m&#234;me chant. De m&#234;me, je ne puis ignorer le fait que ma pens&#233;e, aussi originale puiss&#233;-je la croire, n'est qu'une ride, au mieux une vague, sur l'immense fleuve social-historique qui a surgi en Ionie il y a vingt-cinq si&#232;cles. Je suis plac&#233; sous la double injonction : penser librement, et penser sous la contrainte de l'histoire. Cette antinomie apparente et r&#233;elle ne forme pas un &lt;i&gt;double bind&lt;/i&gt;, elle est ressort et source de puissance pour la pens&#233;e philosophique. Elle est ressort et source d'un dialogue monologique ou d'un monologue dialogique d'une immense richesse potentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie aussi, enfin, que je dois avoir &#8211; ou former graduellement-une conception de ce qu'est la philosophie, l'activit&#233; autor&#233;flexive de la pens&#233;e. Or, on le sait, ce qu'est la philosophie a &#233;t&#233; chaque fois d&#233;fini de nouveau, explicitement ou implicitement, par chaque philosophe important &#8211; et d&#233;fini en intime relation avec le contenu de sa philosophie. Autrement dit, impossible de d&#233;finir ce qu'est la philosophie sans une certaine compr&#233;hension de ce que les philosophes ont dit &#8211; c'est presque une tautologie &#8211; mais aussi sans adopter &#224; cet &#233;gard une attitude critique (qui peut, certes, aboutir simplement &#224; une re-confirmation de ce qui a &#233;t&#233; dit). Ainsi, la conception que je me forme de la philosophie est fortement li&#233;e &#224; la conception que je me forme de l'histoire de la philosophie, et vice versa. Mais il est aussi impossible de penser ce qu'est la philosophie, sans une certaine conception de l'histoire, puisque la philosophie est aussi une donn&#233;e social-historique. (Quelles que soient les pr&#233;tentions du point de vue &#171; transcendantal &#187;, je ne continuerais pas de discuter avec quelqu'un pr&#233;tendant qu'Aristote aurait pu &#234;tre chinois, ou m&#234;me Hegel italien.) Et, pour fermer le cercle cela montre que la philosophie est impossible sans une philosophie du social-historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tous ces &#233;gards, je ne puis ici que r&#233;sumer dogmatiquement mes propres positions. Je crois impossible de comprendre ce qu'est vraiment la philosophie sans prendre en compte sa place centrale dans la naissance et le d&#233;veloppement du projet social-historique d'autonomie (sociale et individuelle). La philosophie et la d&#233;mocratie sont n&#233;es &#224; la m&#234;me &#233;poque et au m&#234;me endroit. Leur solidarit&#233; r&#233;sulte de ce qu'elles expriment, toutes les deux, le refus de l'h&#233;t&#233;ronomie -le rejet des pr&#233;tentions &#224; la validit&#233; des r&#232;gles et des repr&#233;sentations qui se trouvent simplement l&#224;, le refus de toute autorit&#233; ext&#233;rieure (m&#234;me, et particuli&#232;rement, &#171; divine &#187;) et de toute source extra-sociale de la v&#233;rit&#233; et de la justice, bref, la mise en question des institutions existantes et l'affirmation de la capacit&#233; de la collectivit&#233; et de la pens&#233;e de s'instituer elles-m&#234;mes explicitement et r&#233;flexivement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. mon texte &#171; La polis grecque et la cr&#233;ation de la d&#233;mocratie &#187; (1983), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour le dire autrement : la lutte pour la d&#233;mocratie est lutte pour un v&#233;ritable autogouvernement. La vis&#233;e de l'autogouvemement n'accepte aucune limite &lt;i&gt;externe&lt;/i&gt;, l'autogouvernement v&#233;ritable entra&#238;ne l'auto-institution explicite, qui pr&#233;suppose &#233;videmment la mise en question de l'institution existante et cela, en principe, &#224; tout instant. Le projet d'autonomie collective signifie que la collectivit&#233;, qui ne peut exister que comme institu&#233;e, reconna&#238;t son caract&#232;re instituant et le r&#233;cup&#232;re explicitement, et se met en question elle-m&#234;me et ses propres activit&#233;s. En d'autres termes, la d&#233;mocratie est le r&#233;gime de l'autor&#233;flexivit&#233; (politique). Quelles lois devons-nous avoir, et pour quelles raisons ? Mais cela est aussi vrai pour la philosophie. La philosophie ne porte pas sur la question : qu'est-ce que l'&#202;tre, ou quel est le sens de l'&#202;tre, ou pourquoi y a-t-il quelque chose plut&#244;t que rien, etc. Toutes ces questions sont secondaires au sens qu'elles sont toutes conditionn&#233;es par l'&#233;mergence d'une question plus radicale (et radicalement impossible dans une soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;ronome) : que dois-je penser (de l'&#234;tre, de la &lt;i&gt;phusis&lt;/i&gt;, de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt;, de la justice, etc. &#8211; &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de ma propre pens&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce questionnement continue, et doit continuer sans cesse pour une raison simple. Tout &#234;tre pour soi existe, et ne peut exister que, dans une &lt;i&gt;cl&#244;ture&lt;/i&gt;. Il en est ainsi aussi de la soci&#233;t&#233; et de l'individu. La d&#233;mocratie est le projet de rompre la cl&#244;ture au niveau collectif. La philosophie, qui cr&#233;e la subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante, est le projet de rompre la cl&#244;ture au niveau de la pens&#233;e. Mais &#233;videmment, toute rupture de la cl&#244;ture, &#224; moins de rester un b&#233;ant &#171; ? &#187; qui ne rompt rien du tout, doit poser quelque chose, atteindre certains r&#233;sultats et par l&#224; m&#234;me risque d'&#233;riger une nouvelle cl&#244;ture. La continuation et le renouveau de l'activit&#233; r&#233;flexive &#8211; non pas pour le plaisir de renouveler, mais parce que c'est &lt;i&gt;cela m&#234;me&lt;/i&gt; qu'est l'activit&#233; r&#233;flexive &#8211; entra&#238;nent par cons&#233;quent la mise en question des r&#233;sultats pr&#233;c&#233;dents (non n&#233;cessairement leur rejet, pas plus que la r&#233;visabilit&#233; des lois dans une d&#233;mocratie ne signifie qu'elles doivent toutes &#234;tre modifi&#233;es chaque matin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, naissance de la philosophie et naissance de la d&#233;mocratie ne co&#239;ncident pas, elles co-signifient. Les deux sont des expressions, et des incarnations centrales, du projet d'autonomie. Et ici l'on doit faire face &#224; un autre aspect de la d&#233;formation que la Gr&#232;ce a subie et continue de subir entre les mains des Occidentaux jamais compl&#232;tement d&#233;christianis&#233;s. De m&#234;me que la cr&#233;ation politique grecque &#8211; la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; et la d&#233;mocratie &#8211; a toujours &#233;t&#233; vue comme un &#171; r&#233;sultat &#187; statique, et que les &#171; m&#233;rites &#187; et les &#171; torts &#187; de la d&#233;mocratie ath&#233;nienne ont &#233;t&#233; discut&#233;s comme si ce r&#233;gime &#233;tait destin&#233; &#224; &#234;tre mod&#232;le ou anti-mod&#232;le pour tous les lieux et tous les temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pire : la plupart du temps, les philosophes politiques occidentaux &#8211; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; au lieu de voir que ce qui, par-dessus tout le reste, est vraiment d&#233;mocratique &#224; Ath&#232;nes, et qui poss&#232;de pour nous la plus grande importance, n'est pas telle ou telle institution particuli&#232;re &#233;tablie &#224; tel moment (bien que, parmi ces institutions, nombreuses soient celles qui contiennent des le&#231;ons pour nous), mais le proc&#232;s continu d'auto-institution d&#233;mocratique prolong&#233; pendant presque trois si&#232;cles : l&#224; est la cr&#233;ativit&#233;, l&#224; est la r&#233;flexivit&#233;, l&#224; est la d&#233;mocratie, l&#224; est la le&#231;on. De m&#234;me, l'important concernant la philosophie grecque &#8211; par-dessus tous les &#171; r&#233;sultats &#187; qu'elle a atteints et dont nous savons le poids qu'ils gardent &#8211; est le proc&#232;s continu de son auto-institution. Aussit&#244;t que Thal&#232;s appara&#238;t, il conditionne l'apparition d'un autre philosophe, et ainsi de suite ; un mouvement autor&#233;flexif de la pens&#233;e commence &#224; se d&#233;ployer dans une dimension v&#233;ritablement historique, qui s'incarne dans des discussions et des critiques continues, ouvertes et publiques, sans qu'il s'agisse l&#224; d'une vaine affirmation d'&#171; individualit&#233;s &#187;, puisque ces penseurs connaissent et reconnaissent les positions les uns des autres et &#233;changent des arguments (dont, la plupart du temps, on doit encore tenir compte aujourd'hui), r&#233;alisant ainsi non pas une &#171; progression dialectique &#187;, mais un autod&#233;ploiment historique authentique de la pens&#233;e. Il n'y a pas l&#224; deux ou trois &#171; &#233;coles &#187;, gel&#233;es &#224; jamais et commentant interminablement l'enseignement de Confucius ou de Lao Tseu, mais plusieurs douzaines de penseurs vraiment ind&#233;pendants. &#192; l'exception des pythagoriciens, les &#171; &#233;coles &#187; ne commencent &#224; exister que lorsque la d&#233;cadence commence : avec Platon, et la suite. Avec la chute de la d&#233;mocratie, et les sto&#239;ciens, la philosophie se rigidifie dans les &#171; &#233;coles &#187; et se consacre de plus en plus au commentaire et &#224; l'interpr&#233;tation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re p&#233;riode commence au moment o&#249; se termine la p&#233;riode de cr&#233;ation politique d&#233;mocratique. 404 &#8211; la d&#233;faite des Ath&#233;niens dans la guerre du P&#233;loponn&#232;se &#8211; et 399 &#8211; la condamnation &#224; mort de Socrate &#8211; sont, symboliquement, des dates de m&#234;me importance. Socrate est le dernier philosophe-citoyen &#8211; et le &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; des Ath&#233;niens n'est plus le &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; du VIe et du Ve si&#232;cle. Il peut sembler paradoxal que la p&#233;riode de d&#233;cadence qui commence alors ait produit deux des plus grands philosophes qui aient exist&#233;, Platon et Aristote &#8211; bien que le matricide Platon ait &#233;t&#233; &#233;lev&#233; et form&#233; sous la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Platon commence la torsion, et distorsion, platonicienne qui a, depuis, domin&#233; l'histoire de la philosophie ou du moins son courant principal. Le philosophe cesse d'&#234;tre un citoyen. Il sort de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt;, ou s'&#233;l&#232;ve au-dessus d'elle, et dit aux gens ce qu'ils ont &#224; faire et qu'il d&#233;duit de sa propre &lt;i&gt;epist&#233;m&#233;&lt;/i&gt;. Il cherche, et croit qu'il trouve, une ontologie unitaire &#8211; c'est-&#224;-dire, une ontologie th&#233;ologique. Au centre de cette ontologie, comme de tout le reste, il place la m&#233;ta-id&#233;e de la d&#233;terminit&#233; (&lt;i&gt;peras&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Bestimmtheit&lt;/i&gt;). Il essaie de d&#233;river de cette ontologie le r&#233;gime politique id&#233;al. Et, plus tard (avec les sto&#239;ciens, et, beaucoup plus, avec le christianisme), il sanctifie la r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire qu'il commence &#224; rationaliser ce qui existe dans tous les domaines. Il n'est gu&#232;re possible de nous attarder sur la longue p&#233;riode interm&#233;diaire. Une nouvelle naissance a lieu en Europe occidentale au XIIe-XIIIe si&#232;cle avec l'&#233;mergence de la proto-bourgeoisie et la constitution de collectivit&#233;s politiques &#8211; les cit&#233;s nouvelles ou renouvel&#233;es qui veulent acc&#233;der &#224; l'autogouvernement. Depuis ce temps, la philosophie, bien que plac&#233;e sous de lourdes contraintes th&#233;ologiques, devient &#224; nouveau partie prenante du mouvement &#233;mancipateur de l'Occident, sans toutefois se lib&#233;rer jamais pleinement, dans son courant central, de la torsion platonicienne. &#192; partir du XVIe si&#232;cle, la lutte devient manifeste &#224; l'int&#233;rieur de la philosophie elle-m&#234;me. De sorte que la galaxie en d&#233;ploiement de la philosophie europ&#233;enne, depuis Duns Scot et Guillaume d'Occam jusqu'&#224; Husserl et Heidegger, pr&#233;sente constamment des caract&#232;res antinomiques. La philosophie participe parfois aux combats pour l'&#233;mancipation, reste le plus &#183;souvent indiff&#233;rente &#224; leur &#233;gard, les regarde quelquefois avec hostilit&#233; et m&#233;pris. L'attitude pr&#233;dominante reste, sous diverses formes, celle qui conduit &#224; construire des syst&#232;mes, &#224; sacraliser la r&#233;alit&#233; et &#224; regarder d'en haut la collectivit&#233;. Cela aboutit parfois aux r&#233;sultats les plus &#233;tranges, comme celui des penseurs &#171; critiques &#187; Marx et Nietzsche qui partagent sans aucun doute la mentalit&#233; d&#233; la &lt;i&gt;sancta realitas&lt;/i&gt; (lois de l'histoire, &#171; innocence du devenir &#187;, etc.). Pendant toute cette p&#233;riode, la principale contribution de la philosophie au mouvement &#233;mancipatoire se trouve non pas tellement dans les &#171; contenus &#187; des philosophies, mais dans le maintien d'un d&#233;bat ouvert et d'un esprit critique. Ainsi, bien qu'elle la nie en principe la plupart du temps, elle r&#233;-instaure &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; l'&lt;i&gt;agora&lt;/i&gt; philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Except&#233; pour l'id&#233;e de d&#233;terminit&#233;, les traits que j'ai soulign&#233;s plus haut comme caract&#233;risant la torsion platonicienne (et sto&#239;que-chr&#233;tienne) sont manifestes chez Heidegger et sous-tendent sa proclamation de la &#171; fin de la philosophie &#187;. Le principe &lt;i&gt;sancta realitas&lt;/i&gt; est, chez lui, central. La domination plan&#233;taire de la techno-science est pos&#233;e comme insurmontable &lt;i&gt;non pas&lt;/i&gt; moyennant une r&#233;flexion sur les possibilit&#233;s et les forces social-historiques (r&#233;flexion qui, en tout &#233;tat de cause, ne pourrait parvenir &#224; un r&#233;sultat cat&#233;gorique ni trancher le cas), mais &#224; partir de proclamations totalement arbitraires et strictement &#171; m&#233;taphysiques &#187; (au sens d&#233;pr&#233;ciateur du terme) portant sur le &#171; destin de l'&#202;tre &#187;. Cela consonne et se combine avec la vue la moins critique possible, et en fait non inform&#233;e, concernant la technique et la science contemporaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Heidegger &#233;crit (dans le &#171; Prologue &#187; de &#171; Temps et &#202;tre &#187; -Questions IV, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondement &#171; th&#233;orique &#187; de la proclamation de la fin de la philosophie &#8211; bri&#232;vement parlant, que la philosophie est &#171; m&#233;taphysique &#187; et que la m&#233;taphysique a &#233;t&#233; absorb&#233;e &lt;i&gt;restlos&lt;/i&gt;, sans r&#233;sidu, par la science contemporaine &#8211; ne fait sens qu'&#224; partir de la th&#232;se de Heidegger qu'il peut y avoir une &#171; pens&#233;e de l '&#202;tre &#187; ou une &#171; pens&#233;e du sens de l'&#202;tre &#187; s&#233;par&#233;e de toute r&#233;flexion concernant l'&#233;tant ou l'&#234;tre de l'&#233;tant. La th&#232;se est &#224; la fois st&#233;rile et priv&#233;e de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa st&#233;rilit&#233; est manifeste chez Heidegger, elle n'a conduit qu'&#224; des mots ronflants pseudo-po&#233;tiques et pseudo-proph&#233;tiques (comme &lt;i&gt;das Gevier&lt;/i&gt;, etc.), et l'on ne peut voir nulle part, m&#234;me approximativement, en quoi consiste la &#171; pens&#233;e de l'&#202;tre &#187;.Il n'est pas &#233;tonnant que les &#233;pigones de Heidegger se soient r&#233;v&#233;l&#233;s incapables de produire quoi que ce soit dans cette direction, et qu'ils aient d&#251; se confiner dans l'interminable &#171; interpr&#233;tation &#187; et &#171; d&#233;construction &#187; des philosophes du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi, la th&#232;se n'aurait de sens que sur la pr&#233;supposition erron&#233;e que l'objet de la philosophie est fourni, par exemple, par la question de l'&#202;tre, ou du pourquoi y a-t-il quelque chose plut&#244;t que rien, etc. En v&#233;rit&#233;, comme je l'ai dit plus haut, l'objet de la philosophie est la question : que dois-je, que devons-nous, penser &#8211; de l'&#202;tre, de la connaissance de l'&#202;tre, de &#171; Je &#187;, de &#171; Nous &#187;, de notre constitution politique, de la justice, etc. Et un r&#233;sultat manifeste de la restriction heideggerienne est que toute r&#233;flexion politique et &#233;thique, par exemple, devient impossible, &#224; la fois pour des raisons de&#171; substance &#187; (puisque &#171; nous n'avons rien &#224; faire, simplement attendre &#187; : &lt;i&gt;Gelassenheit&lt;/i&gt;), cela &#233;tant &#233;videmment la cons&#233;quence imm&#233;diate de la conception de l'histoire comme &#171; donation et destination de l'&#234;tre &#187; ; &#8211; et pour des raisons de&#171; m&#233;thode &#187;, puisque, par exemple, la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; et tout &#231;a ne peuvent appartenir qu'&#224; l'&#171; ontique &#187;, et ne constituent pas, en cons&#233;quence, un digne objet de la pens&#233;e de l'&#202;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce la peine de souligner l'admirable concordance de tout cela avec &lt;i&gt;die geistige und politische Situation der Zeit&lt;/i&gt;, la situation spirituelle et politique des temps ? Certes, cela ne dispense pas d'avoir &#224; en discuter la substance. Mais on ne peut pas, non plus, oublier que ces proclamations apparaissent &#224; une &#233;poque o&#249; les questions : que devons-nous penser ? que devons-nous faire ? acqui&#232;rent une imm&#233;diatet&#233; et une urgence tragiques. En ce sens, la philosophie heideggerienne et ses rejetons ne sont qu'une des expressions (et un des facteurs mineurs) de la tendance g&#233;n&#233;rale vers la d&#233;composition de la soci&#233;t&#233; et de la culture occidentales &#8211; c'est-&#224;-dire vers l'&#233;vanescence du projet d'autonomie. Mais cette tendance, incontestablement r&#233;elle et de plus en plus mena&#231;ante (on n'a pas attendu Heidegger pour le voir et le dire), personne ne peut la consid&#233;rer aujourd'hui comme d&#233;finitivement et irr&#233;versiblement triomphante. Nous ne vivons pas encore dans la Rome ou la Constantinople du Ve si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On entend parfois des gens sympathiques, honn&#234;tes et sinc&#232;res dire : mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'y a pas, en fait, de r&#233;elle possibilit&#233; que la philosophie soit absorb&#233;e par la techno-science. Ce qui est possible, et qui en effet se d&#233;roule sous nos yeux, est que les vraies questions philosophiques soient enterr&#233;es de plus en plus profond&#233;ment, sous une couche &#233;paisse de dogmatisme tranquille et mou de m&#233;taphysique positiviste. Cela se fait, du reste, en complicit&#233; secr&#232;te avec un &#171; anarchisme/scepticisme &#187; &#224; la Feyerabend : &#171; tout va &#187; exprime une position profond&#233;ment positiviste. Tout va, et rien ne va vraiment, mais certaines choses marchent provisoirement ; la question de la v&#233;rit&#233; est une question m&#233;taphysique, etc. En m&#234;me temps, dans d'autres b&#226;timents de l'Universit&#233;, les historiens de la philosophie continuent &#224; m&#226;cher les fruits secs de leur sp&#233;cialit&#233; et, dans le fabuleux libre march&#233; des id&#233;es, des sectes punk-philosophiques fournissent des id&#233;o-clips pour la consommation des diff&#233;rents m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois laisser ici de c&#244;t&#233; la question de savoir si, dans la situation social-historique pr&#233;sente, une personne isol&#233;e qui reconna&#238;t ce que je consid&#232;re comme les t&#226;ches authentiques de la philosophie et y travaille pourrait faire plus qu'une &#339;uvre personnelle. Quelle peut &#234;tre la r&#233;sonance d'une telle &#339;uvre, dans quelle mesure elle pourrait stimuler un renouvellement de l'activit&#233; philosophique, ce sont &#233;videmment des questions auxquelles on ne peut r&#233;pondre d'avance. Comme dans d'autres domaines, la seule maxime valide ici aussi est &lt;i&gt;f&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ais ce que dois, advienne que pourra&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais, en revanche, &#224; l'aide d'un exemple, faire mieux voir pourquoi je consid&#232;re impossible &#8211; &lt;i&gt;de jure&lt;/i&gt; &#8211; la &#171; disparition de la philosophie dans le monde de la science technicis&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie h&#233;rit&#233;e, virtuellement dans son ensemble, lorsqu'elle parle du monde, ou de l'&#234;tre physique (et psychique), a en vue soit la &lt;i&gt;Lebenswelt&lt;/i&gt;, le &#171; monde de la vie &#187; (la plupart des anciens philosophes, en partie Kant, et &#233;videmment Husserl vieux et Heidegger), ou bien le monde &#171; classique &#187; de la physique math&#233;matique (depuis Descartes). Dans les deux cas, ces &lt;i&gt;images&lt;/i&gt; ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif, aussi bien comme paradigmes de l'&#233;tant (on, Seiendes) que comme point de d&#233;part pour une m&#233;thode. Mais la &lt;i&gt;Lebenswelt&lt;/i&gt; (c'est-&#224;-dire le retour de Husserl vieillissant au point de d&#233;part d'Aristote) fournit certes un sol commun initial et indispensable, mais sol glissant, plein de trous et de sables mouvants. Et l'&#233;difice physico-math&#233;matique &#171; classique &#187; g&#238;t en ruine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose, le temps, l'espace, la mati&#232;re sont devenus encore plus &#233;nigmatiques qu'ils ne l'ont jamais &#233;t&#233;. La physique moderne, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale sans le savoir, se trouve assise inconfortablement sur les quatre paires des antinomies kantiennes &#224; la fois, et leur ajoute une foule de nouvelles. Son merveilleux &#171; instrument &#187;, la math&#233;matique, exhibe de plus en plus son efficacit&#233; terrifiante, qu'aucune raison apparente ne justifie (les raisons kantiennes ne sont d'aucun secours devant une multiplicit&#233; quasi riemannienne &#224; quatre ou peut-&#234;tre dix dimensions). La progression de la math&#233;matique continue &#224; un rythme hallucinant, mais r&#233;v&#232;le en m&#234;me temps l'ab&#238;me situ&#233; &#224; son fondement. Les th&#233;or&#232;mes d'ind&#233;cidabilit&#233; (G&#246;del, Turing, Church) se combinent avec des hypoth&#232;ses paradoxales (axiome du choix) pour conduire &#224; une situation (G&#244;del et Paul Cohen sur l'hypoth&#232;se du continu) o&#249; un nombre ind&#233;fini de th&#233;ories des ensembles &#171; non euclidiennes &#187; (&#171; non cantoriennes &#187;) devient possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La math&#233;matique appara&#238;t de plus en plus comme une cr&#233;ation libre de l'imagination humaine travaillant sous certaines contraintes (consistance, &#233;conomie). Mais elle appara&#238;t aussi : a) comme &#233;trangement reli&#233;e au monde physique ; toutes les th&#233;ories physiques sont math&#233;matis&#233;es, quoique parfois de mani&#232;re fort &#233;trange (comme dans le cas de la th&#233;orie quantique) et les consid&#233;rations purement math&#233;matiques jouent un r&#244;le heuristique &#233;norme en physique contemporaine, et b) comme se heurtant &#224; des contraintes, des n&#233;cessit&#233;s et des parent&#233;s intrins&#232;ques qui ne sont pas de facture humaine. Il semble que nous sommes en train de cr&#233;er un monde id&#233;al &#224; strates multiples, lequel, de la mani&#232;re la plus &#233;trange et la moins inspectable, &lt;i&gt;se rencontre&lt;/i&gt; &#224; la fois avec un monde physique &#224; strates multiples &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; avec un monde &#171; id&#233;al &#187; &lt;i&gt;en soi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde conna&#238;t ou devrait conna&#238;tre la situation th&#233;orique chaotique de la physique fondamentale ; situation d'autant plus surprenante qu'elle ne fait nullement obstacle &#224; la pr&#233;cision et l'efficacit&#233; de la physique dans les domaines de l'exp&#233;riment, de l'observation et de l'application, ni &#224; sa capacit&#233; de pr&#233;diction. Les deux th&#233;ories principales &#8211; relativit&#233; g&#233;n&#233;rale et quanta &#8211; sont, toutes les deux, continuellement corrobor&#233;es par l'observation et l'exp&#233;rimentation, alors que chacune d'elles contient toujours des probl&#232;mes profonds non r&#233;solus et qu'elles se contredisent l'une l'autre. L'&#233;difice classique des cat&#233;gories &#8211; il ne s'agit nullement de la seule causalit&#233; &#8211; est une machine bris&#233;e qui fabrique toujours des produits merveilleux. Et je pourrais continuer pendant des pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait inepte de consid&#233;rer tout cela comme relevant de questions simplement &#171; &#233;pist&#233;mologiques &#187; ou m&#234;me &#171; m&#233;taphysiques &#187; (au sens heideggerien). Nous sommes au c&#339;ur de la question ontologique. Quel est l'&#234;tre de cet &#233;tant (humain) qui peut cr&#233;er librement des formes qui s'av&#232;rent avoir affaire avec, et m&#234;me rencontrer, quelque chose de donn&#233; de l'ext&#233;rieur ? Et quel est l'&#234;tre de ce donn&#233; de l'ext&#233;rieur ? Mais aussi : que devons-nous penser de l'&#234;tre comme tel, si l'&#234;tre appartient aussi &#224; un &#233;tant capable de cr&#233;ation libre, laquelle &#224; la fois rencontre et &#233;choue dans sa tentative de rencontrer ce qui est ? Il serait risible de croire que ces questions sont &#233;limin&#233;es par la &#171; diff&#233;rence ontologique &#187;, ou par la supr&#233;matie de la question concernant le &#171; sens de l'&#202;tre &#187;. La question du &#171; sens de l'&#202;tre &#187;, dans le tour r&#233;solument non-et anti-aristot&#233;licien que Heidegger veut lui imprimer, est priv&#233;e de sens, sauf comme question anthropomorphique, anthropologique et/ou th&#233;ologique. Qui donc nous a dit qu'il y a un sens de l'&#202;tre ? Et la &#171; diff&#233;rence ontologique &#187; est finalement une finasserie lourde (ou une platitude), sans contenu substantiel. &#202;tre est ins&#233;parable des modes d'&#234;tre, &#224; leur tour ins&#233;parables des &#233;tants. Dans le jargon du clan : la pr&#233;sence est, comme telle, certainement diff&#233;rente de ce qui est chaque fois pr&#233;sent &#8211; mais la pr&#233;sence elle-m&#234;me est chaque fois diff&#233;rente, se trouve dans un mode de relation diff&#233;rent avec ce qui se pr&#233;sente. La pr&#233;sence d'un amant n'est pas la pr&#233;sence d'un crocodile (en tout cas, pas n&#233;cessairement). La ph&#233;nom&#233;nalit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes n'est pas une donn&#233;e ph&#233;nom&#233;nale, c'est s&#251;r. Mais la ph&#233;nom&#233;nalit&#233; de la pens&#233;e, par exemple, n'est pas la ph&#233;nom&#233;nalit&#233; d'une &#233;toile. Parler seulement de ph&#233;nom&#233;nalit&#233; (ou de pr&#233;sence, ou de pr&#233;sence/absence, etc.) devient n&#233;cessairement parole vide (&lt;i&gt;logikon kai kenon&lt;/i&gt;, dirait Aristote), qui signifie simplement : quelque chose est donn&#233; &#8211; &lt;i&gt;es gibt, estin einai&lt;/i&gt; &#8211; quelque chose doit &#234;tre donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose est donn&#233; &#8211; quelque chose doit &#234;tre donn&#233;, mais &lt;i&gt;&#224; qui&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt; ? Est-ce que la math&#233;matique nous est &#171; donn&#233;e &#187; &#8211; ou bien cr&#233;ons-nous la math&#233;matique ? Dans quelle r&#233;gion sont &#171; donn&#233;s &#187; les espaces hilbertiens &#224; dimension infinie ? Et &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; pense l'&#202;tre ? Est-ce le &lt;i&gt;Dasein&lt;/i&gt;, ce &lt;i&gt;constructum&lt;/i&gt; b&#226;tard et composite (b&#226;tard et composite comme l'est presque toujours le&#171; sujet &#187; philosophique), qui ignore ses &#233;l&#233;ments constitutifs, juxtaposition artificielle de composantes psychiques, social-historiques et r&#233;flexives saupoudr&#233;e d'une poudre qui d&#233;gage fortement les odeurs de la situation social-historique entourant sa fabrication et des choix de valeur comme des idiosyncrasies de son fabricateur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous philosophons (ou m&#234;me &#171; pensons le sens de l'&#202;tre &#187; ), nous devons nous demander : qui est ce &#171; nous &#187;, et qu'est-ce qu'il est ? Qui et que suis-je, lorsque je cesse d'&#234;tre simplement un &lt;i&gt;Dasein&lt;/i&gt; et commence &#224; r&#233;fl&#233;chir la question : qui et que suis-je &lt;i&gt;qua Dasein&lt;/i&gt; ? Il se trouve que l'&#232;re la plus r&#233;cente a assist&#233; &#224; la vaste promotion d'un rago&#251;t &#233;clectique, incongru et irr&#233;fl&#233;chi, nomm&#233; la &#171; mort du sujet &#187; (et de l'homme, du sens, de l'histoire, etc.), sous l'invocation de Marx, Nietzsche et Freud, mais aussi, &#233;trangement, de Heidegger comme garant philosophique. Mais il &#233;tait et demeure impossible de discerner, dans cette entreprise ; la moindre conscience des vraies questions que soul&#232;vent, au niveau philosophique, la psychanalyse ou ce qui peut &#234;tre valide dans la pens&#233;e de Marx ou de Nietzsche. Ce n'est m&#234;me pas la peine de rappeler l'objection &#233;vidente et irr&#233;futable qu'un lyc&#233;en intelligent aurait oppos&#233;e &#224; cette rh&#233;torique : si tout ce que vous dites est d&#233;termin&#233; par votre inconscient (ou par votre position sociale, ou n'est qu'une autre interpr&#233;tation), l'est alors aussi cette m&#234;me conception que vous d&#233;fendez (tout cela &#233;tait connu &#224; Ath&#232;nes vers 450 av. J.-C.). Mais le probl&#232;me substantif est : &#233;tant donn&#233; qu'&lt;i&gt;il est vrai&lt;/i&gt; qu'au noyau du &#171; sujet &#187; (quel que soit le sens de ce terme), une psych&#233; inconsciente motive, la plupart du temps, ses actes, et donc aussi ses jugements ; &#233;tant donn&#233; qu'&lt;i&gt;il est vrai&lt;/i&gt; que personne ne peut jamais sauter par-dessus son &#233;poque ou s'extraire de la soci&#233;t&#233; &#224; laquelle il appartient ; &#233;tant donn&#233; qu'&lt;i&gt;il est vrai&lt;/i&gt; que tout &#233;nonc&#233; contient un &#233;l&#233;ment in&#233;liminable d'interpr&#233;tation, correspondant &#224; la position, au point de vue, aux int&#233;r&#234;ts de l'interpr&#232;te &#8211; &#233;tant donn&#233; que tout cela &lt;i&gt;est vrai&lt;/i&gt;, comment sommes-nous capables d'une activit&#233; auto-r&#233;fl&#233;chissante, y compris celle qui nous conduit aux &#233;nonc&#233;s ci-dessus, et &#224; tous les autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant cette situation-qui, je le r&#233;p&#232;te, n'est pas fondamentalement nouvelle &#8211; et excluant un scepticisme radical qui se condamne lui-m&#234;me au silence, deux positions seulement semblent possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien nous acceptons l'id&#233;e que tel ou tel autre individu ou philosophe &#8211; par exemple Heidegger ou &lt;i&gt;stultiores minoresque alii&lt;/i&gt; &#8211; a &#233;t&#233; dot&#233;, &lt;i&gt;sans aucune raison&lt;/i&gt;, de la capacit&#233; d'&#233;noncer la v&#233;rit&#233; (ou la m&#233;ta ou post-v&#233;rit&#233;) et, en tout cas, de proc&#233;der &#224; des proclamations qui valent pour tous mais sur lesquelles aucune enqu&#234;te ult&#233;rieure n'est possible. Nous revenons alors simplement &#224; la cons&#233;cration de tel philosophe particulier comme proph&#232;te, c'est-&#224;-dire nous retournons &#224; la position religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien nous nous tenons &#224; la tradition gr&#233;co-occidentale et ne reconnaissons pas de proph&#232;tes &#8211; que ce soit Dieu ou l'&#202;tre qui parle par leur bouche. Nous restons alors sous l'obligation du &lt;i&gt;logon didonai&lt;/i&gt;, du rendre compte et raison, de tout ce que nous disons et faisons publiquement. &lt;i&gt;Logon didonai&lt;/i&gt; ne signifie certes pas d&#233;monstration math&#233;matique ou corroboration exp&#233;rimentale &#8211; ni, davantage, la recherche et l'exhibition d'une&#171; fondation &#187;. Mais il implique bien que nous acceptons la critique et la discussion ; et la discussion n'est pas possible sans le &lt;i&gt;r&#233;quisit&lt;/i&gt; d'une consistance minimale (qui n'est pas une &lt;i&gt;consistance&lt;/i&gt; ensembliste-identitaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors aussi nous devons vraiment faire face &#224; ce d&#233;fi : comment un &#234;tre psychique, qui est en m&#234;me temps social-historique, peut-il devenir une subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante ? &#192; cette question, la position kantienne n'offre pas de r&#233;ponse. Nous ne pouvons pas nous satisfaire avec le point de vue &#171; transcendantal &#187;, ou, en d'autres termes, avec la simple distinction entre la &lt;i&gt;quaestio juris&lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;quaestio facti&lt;/i&gt;, car le &#171; sujet &#187; qui nous int&#233;resse, et qui est d&#233;cisivement important pour tout ce que nous pensons et que nous faisons, n'est pas un sujet &#171; transcendantal &#187;, mais un sujet effectif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme on sait, ou devrait savoir, Kant vacille sur ce point. Il parle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous nous trouvons faisant face &#224; deux consid&#233;rations, &#224; premi&#232;re vue antinomiques : nous savons, et nous ne pouvons pas pr&#233;tendre que nous ne savons pas, que pour tout ce que nous pensons et nous faisons il existe des conditions (non pas des &#171; causes &#187; !) social-historiques ; mais nous ne pouvons pas non plus pr&#233;tendre ignorer que nous essayons de penser, de discuter et de juger sans &#233;gard &#224; ces conditions, que nous visons la validit&#233; de ce que nous disons ind&#233;pendamment du lieu, du moment, des motifs et des conditions. Nous devons par cons&#233;quent reconna&#238;tre la validit&#233; &#224; la fois du point de vue effectif et du point de vue r&#233;flexif. Et nous devons faire face au fait que ce n'est que dans et par le social-historique (et s'&#233;tayant sur certaines capacit&#233;s de la psych&#233;) que le r&#233;flexif (dont le &#171; transcendantal &#187; est une dimension) devient effectif. Si nous ne pouvons pas penser la possibilit&#233; et l'effectivit&#233; d'un mariage entre le &lt;i&gt;jus&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;factum&lt;/i&gt;, nous ne pouvons tout simplement plus penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous savons aussi que la pens&#233;e r&#233;flexive, pas plus que la d&#233;mocratie, n'a pas &#233;t&#233; l&#224; de toujours. Elle a &#233;merg&#233;, elle a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e moyennant l'activit&#233; humaine &#224; une certaine &#233;poque et &#224; un certain lieu (apr&#232;s quoi elle devient &#233;videmment virtuellement accessible &#224; tous les humains). Nous devons donc reconna&#238;tre en elle une cr&#233;ation humaine ; de cette fa&#231;on encore, nous sommes derechef conduits &#224; reconna&#238;tre le fait, de toute mani&#232;re &#233;vident, que l'histoire humaine est cr&#233;ation &#8211; cr&#233;ation de significations et d'institutions qui les incarnent, de l'individu social &#224; partir du mat&#233;riau de la psych&#233;, et de la subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante. Nous pla&#231;ant alors au point de vue de la tradition &#224; laquelle appartiennent la philosophie et la d&#233;mocratie, nous pouvons voir que presque toutes les soci&#233;t&#233;s se sont institu&#233;es comme h&#233;t&#233;ronomes, dans et par la cl&#244;ture de leurs institutions et significations. Voir aussi que philosophie et d&#233;mocratie sont les manifestations jumelles d'une rupture social-historique qui a cr&#233;&#233; le projet de l'autonomie (sociale et individuelle). Le sens de ce projet est le refus de la cl&#244;ture et l'instauration d'une nouvelle relation entre l'instituant et l'institu&#233; au niveau collectif, entre l'imagination radicale et l'individu socialis&#233; au niveau de l'&#234;tre humain singulier, entre l'activit&#233; r&#233;flexive incessante de la pens&#233;e et ses r&#233;sultats et aboutissements &#224; tout moment donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; de cr&#233;ations. Il n'y a aucun moyen de montrer que la condensation des galaxies, le Big Bang ou les propri&#233;t&#233;s combinatoires du carbone &#233;taient les conditions n&#233;cessaires et suffisantes de l'&#233;mergence de la d&#233;mocratie et de la philosophie. D'un c&#244;t&#233;, cela nous conduit de nouveau &#224; la question ontologique : il y a au moins un type d'&#234;tre capable d'alt&#233;rer son mode d'&#234;tre &#8211; et cela est un mode d'&#234;tre, donc appartient &#224; ce que nous pensons de l'&#202;tre. D'un autre c&#244;t&#233;, cette cr&#233;ation contient la cr&#233;ation d'un espace social-historique dans lequel, et d'un type d'individu (la subjectivit&#233; r&#233;fl&#233;chissante) pour lequel la question de la v&#233;rit&#233; peut surgir et &#234;tre &#233;lucid&#233;e de fa&#231;on non vide. Cela signifie que le r&#233;flexif appartient &#224; l'effectif &#8211; et que l'effectif peut porter le r&#233;flexif. Cela n'a rien &#224; voir avec un &lt;i&gt;Geschick des Seins&lt;/i&gt;, une destination / donation de l'&#202;tre. La cr&#233;ation du projet d'autonomie, l'activit&#233; r&#233;flexive de la pens&#233;e et la lutte pour la cr&#233;ation d'institutions autor&#233;flexives, c'est-&#224;-dire d&#233;mocratiques, sont des r&#233;sultats et des manifestations du faire humain. C'est l'activit&#233; humaine qui a engendr&#233; l'exigence d'une v&#233;rit&#233; brisant le mur des repr&#233;sentations de la tribu chaque fois institu&#233;es. C'est l'activit&#233; humaine qui a cr&#233;&#233; l'exigence de libert&#233;, d'&#233;galit&#233;, de justice, dans sa lutte contre les institutions &#233;tablies. Et c'est notre reconnaissance, libre et historique, de la validit&#233; de ce projet et l'effectivit&#233; de sa r&#233;alisation, jusqu'ici partielle, qui nous attache &#224; ces exigences &#8211; de v&#233;rit&#233;, de libert&#233;, d'&#233;galit&#233;, de justice &#8211; et nous motive dans la continuation de cette lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travailler sous ces exigences est donc une t&#226;che &#224; la fois politique et philosophique, dans tous les sens de ces termes. Du point de vue plus sp&#233;cifiquement philosophique, la cl&#244;ture que nous trouvons devant nous est la cl&#244;ture ensembliste-identitaire qui a de plus en plus, depuis les sto&#239;ciens, domin&#233; la philosophie. De ce point de vue, l'id&#233;e d'une&#171; fin de la philosophie &#187; n'exprime que l'impuissance devant la cl&#244;ture ensembliste-identitaire et la vaine tentative d'y &#233;chapper en se r&#233;fugiant dans des pseudo-po&#232;mes et des pseudo-proph&#233;ties travestis en pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit n'est tomb&#233;e que pour ceux qui se sont laiss&#233;s tomber dans la nuit. Pour ceux qui sont vivants,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;h&#233;lios neos eph'h&#233;mer&#233;i estin&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le soleil est neuf &#224; chaque jour (H&#233;raclite, &lt;i&gt;Diels&lt;/i&gt; 22, B 6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Francfort, novembre 1986-Paris, octobre 1988&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb14-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour ma part, j'ai trait&#233; la question dans &#171; Le mouvement r&#233;volutionnaire sous le capitalisme moderne &#187;, &lt;i&gt;S. ou B.&lt;/i&gt;, num&#233;ros 31, 32 et 33 (1960-61) reproduit maintenant dans &lt;i&gt;Capitalisme moderne et R&#233;volution&lt;/i&gt;, Paris, 10/18, 1979, vol. 2, et dans plusieurs autres textes dont &#171; La crise de la soci&#233;t&#233; moderne &#187; (1965, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;.), et &#171; Transformation sociale et cr&#233;ation culturelle &#187; (1978, repris dans &lt;i&gt;Le Contenu du socialisme&lt;/i&gt;, Paris, 10/18, 1979).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. les textes cit&#233;s dans la note pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. par exemple, et parmi de nombreuses autres formulations, &#171; Nous ne devons rien faire, seulement attendre &#187; (&#171; Pour servir de commentaire &#224; &lt;i&gt;S&#233;r&#233;nit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Questions &lt;/i&gt;&lt;i&gt;III&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1966, p. 188). L'interview posthume du Spiegel met aussi lourdement l'accent sur cet aspect.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ainsi, &lt;i&gt;Il Pensiero debole&lt;/i&gt;, Gianni Vatirno et P. A. Rovati ed., Milan, 1983, et Gianni Vatirno, &lt;i&gt;La Fine della modernit&#224;&lt;/i&gt;, Garzanti &#201;d., 1985 (tr. fr. &#201;d. du Seuil, Paris, 1987).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Except&#233; pour Chilon le Lac&#233;d&#233;monien, un des Sept Sages. &#8211; La monstrueuse (et, &#224; l'endroit d&#233;cisif, clairement politique/r&#233;actionnaire) &#171; interpr&#233;tation &#187; par Heidegger du c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;stasimon&lt;/i&gt; d'Antigone (&#171; Nombreux sont les terribles, mais rien plus terrible que l'homme&#8230; &#187;) &#224; la fin de son &lt;i&gt;Introduction &#224; la m&#233;taphysique&lt;/i&gt; le montre profond&#233;ment &#233;tranger au monde et &#224; l'esprit grecs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. les derni&#232;res pages de&#171; La parole d'Anaximandre &#187; (1946) dans les Chemins&#8230; o&#249; Aristote, Platon, H&#233;raclite, Parm&#233;nide et Anaximandre sont pr&#233;sent&#233;s comme pensant&#171; le m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. mon texte &#171; La polis grecque et la cr&#233;ation de la d&#233;mocratie &#187; (1983), repris dans &lt;i&gt;Domaines de l'homme&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. du Seuil, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le pire : la plupart du temps, les philosophes politiques occidentaux &#8211; par exemple, Leo Strauss &#8211; ont l'habitude de parler de la &#171; pens&#233;e politique des Grecs &#187;, en entendant par l&#224; surtout Platon (et beaucoup moins Aristote). C'est comme si on parlait de &#171; la pens&#233;e politique de la R&#233;volution fran&#231;aise &#187; en citant Bonald, de Maistre ou Charles Maurras.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Heidegger &#233;crit (dans le &#171; Prologue &#187; de &#171; Temps et &#202;tre &#187; -&lt;i&gt;Questions IV&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1976, p. 12) que Werner Heisenberg serait &#171; en qu&#234;te &#187; de la &#171; formule absolue du monde &#187;. Formule absolument absurde dont je n'ai pu trouver trace dans les &#233;crits de Heisenberg. Il y a au plus une phrase (banale, pour qui est au courant du travail de la physique moderne) dans ses &lt;i&gt;Giffard Lectures&lt;/i&gt; de 1955-1956 (&lt;i&gt;Physics and Philosophy&lt;/i&gt;, Penguin, Londres, 1989, p. 155) exprimant l' &#171; espoir &#187; qu'on parviendra un jour &#224; une &#171; compr&#233;hension totale &#187; de l' &#171; unit&#233; de la mati&#232;re &#187; ; il s'agit bien &#233;videmment des th&#233;ories dites d'unification, qui ont en effet assez progress&#233; depuis &#8211; nullement de la &#171; formule absolue du monde &#187;. Heisenberg exprime de fa&#231;on tout &#224; fait expresse ses doutes sur la possibilit&#233; de r&#233;duire les ph&#233;nom&#232;nes du vivant &#224; de simples lois physico-chimiques (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., p. 143, 187). Il est hautement improbable que Heisenberg ait jamais pu prononcer une absolue absurdit&#233; comme la &#171; formule absolue du monde &#187; (il &#233;tait un des derniers grands physiciens poss&#233;dant une connaissance et un sens de la philosophie). Mais m&#234;me l'aurait-il jamais fait, un philosophe aurait d&#251; r&#233;agir en souriant tristement, &#224; la fois pour des raisons de principe et parce qu'il devrait savoir que depuis Newton en passant par Lord Kelvin et George Gamow et jusqu'aux promoteurs contemporains de la TOE (&lt;i&gt;theory of everything&lt;/i&gt;, th&#233;orie de tout), les physiciens ont p&#233;riodiquement proclam&#233; l'arriv&#233;e de la th&#233;orie qui mettrait fin &#224; toutes les th&#233;ories ; et, &#233;videmment, chaque fois les journalistes ont rapidement propag&#233; la Bonne Nouvelle. En fait, Heidegger &lt;i&gt;croit&lt;/i&gt; na&#239;vement &#224; la science et &#224; la technique modernes de la m&#234;me mani&#232;re qu'y croit un employ&#233; de banque lecteur de magazines de vulgarisation scientifique. Il n'a jamais vu les profondes antinomies et apories internes dont la science contemporaine est pleine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On entend parfois des gens sympathiques, honn&#234;tes et sinc&#232;res dire : mais vous ne pouvez pas nier que Heidegger est le critique de la technique moderne. Il s'agit, &#233;videmment, d'un provincialisme et d'une ignorance &#171; &#233;pocaux &#187;. La critique de la technique moderne commence au moins avec Rousseau et les romantiques, est l&#224; pendant tout le XIXe si&#232;cle (par exemple William Morris, Ruskin, etc.) et devient le lieu commun en Allemagne au tournant du si&#232;cle avec Max Weber, T&#244;nnies, A. Weber, Sirnmel, etc. Le chapitre &#171; La r&#233;ification et la conscience du prol&#233;tariat &#187; dans &lt;i&gt;Histoire et Conscience de classe&lt;/i&gt; de G. Luk&#224;cs (1923), qui d&#233;veloppe des id&#233;es de Marx et de Max Weber, contient, dans des oripeaux &#233;videmment marxistes, la plupart de ce qui, &#224; cet &#233;gard, a quelque substance dans &lt;i&gt;Sein und Zeit&lt;/i&gt; (1927) et &lt;i&gt;Einf&#249;hrung in die Metaphysik&lt;/i&gt; (1935). On doit aussi mentionner, dans le m&#234;me contexte, l'&#201;cole de Francfort. (Personne ne semble avoir not&#233; qu'une grande partie des &#233;crits de M. Foucault n'est qu'une application des id&#233;es de Luk&#224;cs et de l'&#201;cole de Francfort dans quelques champs particuliers.) En bref : la critique de la technique moderne et du monde qu'elle cr&#233;e, de la soci&#233;t&#233; r&#233;ifi&#233;e, de l'&lt;i&gt;Entzauberung der Welt&lt;/i&gt; tra&#238;nait dans les caniveaux de l'Allemagne de Weimar (et des autres pays europ&#233;ens ; cf. par exemple, D. H. Lawrence), et &#233;tait un cheval de bataille des opposants aussi bien de &#171; droite &#187; que de &#171; gauche &#187; de la soci&#233;t&#233; capitaliste. L' &#171; addition &#187; de Heidegger a &#233;t&#233; de faire de la technique le r&#233;sultat de la &#171; m&#233;taphysique occidentale &#187;, au lieu de voir que a) la naissance du capitalisme et l'&#233;mergence, disons, de Descartes/Leibniz &#233;taient des manifestations parall&#232;les d'un &lt;i&gt;nouvel&lt;/i&gt; imaginaire social-historique (ni la m&#233;taphysique de Plotin ni celle de Thomas d'Aquin n'ont &#171; produit &#187; la technique moderne ou le capitalisme) ; et b) simultan&#233;ment, et antinomiquement, le projet d'autonomie (le mouvement &#233;mancipateur ou d&#233;mocratique) n'a jamais cess&#233; de se manifester pendant cette p&#233;riode et d'interf&#233;rer &#8211; dans une relation extr&#234;mement complexe d'antagonisme et de contamination r&#233;ciproque &#8211; avec le projet capitaliste de l'expansion illimit&#233;e de la pseudo-ma&#238;trise pseudo-rationnelle. Mais &#233;videmment pour Heidegger le mouvement d&#233;mocratique ne peut &#234;tre rien de plus qu'une autre expression du moderne oubli de l'&#202;tre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Comme on sait, ou devrait savoir, Kant vacille sur ce point. Il parle continuellement de &#171; nous autres hommes &#187; (&lt;i&gt;wir Menschen&lt;/i&gt;) et des &#171; int&#233;r&#234;ts de notre raison &#187; &#8211; et construit un sujet transcendantal dont on ne sait jamais s'il repr&#233;sente la mani&#232;re selon laquelle nous fonctionnons effectivement ou celle selon laquelle nous devons fonctionner. En bref : la r&#233;ponse &#171; transcendantale &#187; laisse dans le noir la question du statut ontologique du sujet connaissant. Cf., &#224; cet &#233;gard, &#171; La port&#233;e ontologique de l'histoire de la science &#187;, &lt;i&gt;Domaines de l'homme, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 419-455 [r&#233;&#233;d., p. 524-570], et, concernant la relation entre la psych&#233; et la pens&#233;e r&#233;flexive, le ch. VI de &lt;i&gt;L'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, la premi&#232;re partie, &#171; Psych&#233; &#187;, des &lt;i&gt;Carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt; et, ici m&#234;me, &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'Occident &#233;chappe &#224; la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n</title>
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		<dc:subject>Martinez-Gros G.</dc:subject>
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&lt;p&gt;Extrait de &#171; Ibn Khlad&#251;n, une th&#233;orie pour notre temps ? &#187;, introduction g&#233;n&#233;rale du livre de Gabriel Martinez-Gros &#171; Ibn Khald&#251;n, Anthologie &#187;, ed. Pass&#233;s Compos&#233;s 2024, pp. 18-19, 27-34. R&#233;sum&#233; des points principaux de la th&#233;orie Pour Ibn Khald&#251;n, l'&#201;tat est donc un processus de d&#233;sarmement et d'accumulation du capital &#224; travers l'imp&#244;t. L'&#201;tat &#8216;civilise' au plein sens du terme, il cr&#233;e une soci&#233;t&#233; civile, pacifique, d&#233;sarm&#233;e, et dans une certaine mesure asservie. L'&#201;tat trace une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-195-martinez-gros-g-+" rel="tag"&gt;Martinez-Gros G.&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-221-empire-+" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &#171; Ibn Khlad&#251;n, une th&#233;orie pour notre temps ? &#187;, introduction g&#233;n&#233;rale du livre de Gabriel Martinez-Gros &#171; Ibn Khald&#251;n, Anthologie &#187;, ed. Pass&#233;s Compos&#233;s 2024, pp. 18-19, 27-34.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;sum&#233; des points principaux de la th&#233;orie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Ibn Khald&#251;n, l'&#201;tat est donc un processus de d&#233;sarmement et d'accumulation du capital &#224; travers l'imp&#244;t. L'&#201;tat &#8216;civilise' au plein sens du terme, il cr&#233;e une soci&#233;t&#233; civile, pacifique, d&#233;sarm&#233;e, et dans une certaine mesure asservie. L'&#201;tat trace une limite claire entre la soci&#233;t&#233; s&#233;dentaire, qui vit sous sa protection, et la soci&#233;t&#233; b&#233;douine, tribale, qu'il ne contr&#244;le pas. Mais il a besoin des deux mondes, puisqu'il tire du monde tribal la violence dont il a besoin pour imposer sa paix dans le monde s&#233;dentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on donne &#224; ces termes, &#8216;s&#233;dentaire' et &#8216;b&#233;douin' leur v&#233;ritable sens, c'est-&#224;-dire &#8216;sous le contr&#244;le d'un &#201;tat' et &#8216;hors du contr&#244;le d'un &#201;tat', la pertinence de la th&#233;orie peut &#234;tre &#233;tendue tr&#232;s au-del&#224; de l'Islam et du Moyen &#194;ge. Cette organisation de l'&#201;tat r&#233;clame simplement une s&#233;gr&#233;gation franche entre d'immenses majorit&#233;s pacifi&#233;es, d&#233;solidaris&#233;es et productives d'une part ; et d'autre part des minorit&#233;s violentes, solidaires et dirigeantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde selon Ibn Khald&#251;n est pos&#233; d&#232;s lors qu'il existe un troupeau de &#8216;moutons' producteurs &#8211; c'est-&#224;-dire un territoire de populations denses, intens&#233;ment laborieuses et largement d&#233;sarm&#233;es, r&#233;sign&#233;es &#224; payer l'imp&#244;t qu'on exigera d'elles pour leur protection. Depuis le milieu du Ier mill&#233;naire avant notre &#232;re &#224; peu pr&#232;s, les plus vieilles paysanneries du monde, en M&#233;sopotamie, Egypte, Syrie ou Asie Mineure, sont r&#233;duites &#224; ce statut. L'empire perse ach&#233;m&#233;nide, puis les royaumes hell&#233;nistiques, puis l'empire romain &#8211; et les empires parthe et sassanide ses contemporains &#8211; ont tir&#233; une large part de leurs ressources financi&#232;res de ces territoires. On peut donc les consid&#233;rer comme des &#201;tats selon la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n, tout comme la Chine apr&#232;s son unification imp&#233;riale en 221 avant notre &#232;re. Il vaut la peine de noter que ces m&#234;mes territoires (Egypte, Syrie, M&#233;sopotamie) tomb&#232;rent les premiers aux mains des conqu&#233;rants arabes. Il n'est donc pas &#233;tonnant que l'empire islamique ait rapidement suivi les traces des empires romain et perse qui l'avaient pr&#233;c&#233;d&#233; dans ces r&#233;gions. En expliquant l'empire islamique, Ibn Khald&#251;n explique aussi tout naturellement les empires qui lui ont servi de mod&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons ainsi r&#233;sumer en quatre points :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1) L'existence de l'&#201;tat fonde une soci&#233;t&#233; nouvelle en transformant la violence et les solidarit&#233;s naturelles des soci&#233;t&#233;s humaines en prosp&#233;rit&#233;, en population et en richesses toujours croissantes. Ces populations d&#233;sarm&#233;es, d&#233;solidaris&#233;es et qui paient l'imp&#244;t sont nomm&#233;s &#8216;s&#233;dentaires'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2) Pour collecter pacifiquement l'imp&#244;t, l'&#201;tat tend &#224; &#233;radiquer toute forme de violence et de solidarit&#233;, y compris la violence qui soutient sa propre existence. Il n'existe pas d'&#201;tat enclin &#224; la guerre. Tout &#201;tat est pacifique par d&#233;finition. C'est la diff&#233;rence majeure entre Ibn Khald&#251;n et les grands noms de la philosophie politique europ&#233;enne, Hobbes, Locke, Montesquieu ou Max Weber. Les Europ&#233;ens sont en g&#233;n&#233;ral intimement convaincus du pouvoir &#233;crasant de l'&#201;tat, de ses capacit&#233;s sans bornes de violence. Au contraire, Ibn Khald&#251;n insiste sur la faiblesse structurelle de l'&#201;tat, et sur sa tendance &#224; se suicider en se d&#233;sarmant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 3) Quand l'&#201;tat a r&#233;ussi &#224; contr&#244;ler ou &#224; &#233;radiquer toute violence, il reste sans d&#233;fense, ce qui l'oblige &#224; contracter une violence mercenaire, accroit le co&#251;t de son arm&#233;e, ob&#232;re ses finances et ruine &#224; terme la soci&#233;t&#233; civile qu'il &#233;tait suppos&#233; enrichir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 4) Le v&#233;ritable mod&#232;le de l'&#201;tat selon Ibn Khald&#251;n, c'est l'empire, sans rival dans son horizon &#8211; l'empire romain, l'empire chinois, l'empire islamique &#224; l'&#233;poque abbasside (VIIIe-XIe si&#232;cles), ou l'empire moghol des Indes (XVIe-XVIIIe s)&#8230; L'empire rassemble sous son autorit&#233; la totalit&#233; des terres productives qui sont &#224; sa port&#233;e. Ses seuls voisins sont des b&#233;douins, dont il ach&#232;te la violence ou dont la violence le harc&#232;le. C'est un point crucial. L'empire est d'autant mieux dispos&#233; &#224; c&#233;der aux invasions barbares que les barbares le reconnaissent comme le centre du monde et comme l'unique mod&#232;le de la civilisation. Jouir du privil&#232;ge d'une civilisation s&#233;dentaire in&#233;galable et insurpassable rend plus ais&#233; pour l'empire l'achat de la violence barbare en &#233;change des productions de luxe dont il a l'absolu monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Occident &#233;chappe &#224; la th&#233;orie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire court, on peut affirmer que l'Occident a &#233;chapp&#233; &#224; la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n pendant l'essentiel du Moyen &#194;ge, pour une raison &#233;vidente. Avec l'effondrement des structures de l'empire romain, aux Ve-VIe si&#232;cles, l'imp&#244;t d'&#201;tat dispara&#238;t ou d&#233;cro&#238;t jusqu'&#224; des niveaux insignifiants si on les compare aux pr&#233;l&#232;vements fiscaux de l'empire byzantin ou de l'empire islamique. Encore &#224; la fin du Moyen &#194;ge, l'&#201;tat europ&#233;en ne jouit ni du monopole des armes, ni du droit arbitraire de lev&#233;e de l'imp&#244;t dont la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n accorde le privil&#232;ge &#224; l'empire. La philosophie politique europ&#233;enne, aux XVIIe et XVIIIe si&#232;cle, rejeta le syst&#232;me dont la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n est la meilleure explication sous le nom de &#8216;despotisme oriental'. Jamais dans l'histoire de l'Europe ne s'imposa le trait fondamental de la th&#233;orie, c'est-&#224;-dire la distinction claire entre b&#233;douins violents et s&#233;dentaires pacifiques et productifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8216;Bien s&#251;r', pensera peut-&#234;tre le lecteur, &#8216;il n'y a pas de b&#233;douins en Europe. Il n'y a pas de d&#233;sert en Europe, donc il n'y a pas de b&#233;douin'. C'est l&#224;, pr&#233;cis&#233;ment que g&#238;t le grand contresens europ&#233;en sur la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n. Ce n'est pas faute de b&#233;douins que cette th&#233;orie ne s'applique pas &#224; l'Europe ; tout au contraire, elle s'applique mal parce que pendant des si&#232;cles, il n'y a pas eu, en Europe, de s&#233;dentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie est en effet pertinente d&#232;s qu'il existe un troupeau s&#233;dentaire, c'est-&#224;-dire une masse de population productive, pacifique, et soumise &#224; l'imp&#244;t. Si on donne au mot &#8216;b&#233;douins' sa d&#233;finition la plus large, un clan ou une tribu pourvue de solidarit&#233;s naturelles fortes, on trouvera de tels b&#233;douins &#224; peu pr&#232;s partout dans les temps n&#233;olithiques et protohistoriques, et dans le pass&#233; premier de l'Europe tout autant qu'ailleurs. La soci&#233;t&#233; b&#233;douine ou tribale a &#233;t&#233;, pendant des &#8216;centaines de si&#232;cles', eut dit L&#233;vi-Strauss, l'organisation la plus commune des unit&#233;s humaines. Au contraire, l'organisation s&#233;dentaire et les villes, sont n&#233;es beaucoup plus r&#233;cemment. Le plus t&#244;t qu'on puisse rep&#233;rer, en Europe occidentale, un syst&#232;me s&#233;dentaire dirig&#233; par un &#201;tat, c'est l'&#233;poque romaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#232;s lors que cette soci&#233;t&#233; s&#233;dentaire est sortie de terre, elle cr&#233;e naturellement les menaces des tribus qui convoitent ses richesses, tout comme les troupeaux de moutons attirent les loups. Comme on y a insist&#233; plus haut, c'est le v&#233;ritable sens du mot &#8216;b&#233;douins' chez Ibn Khald&#251;n : les b&#233;douins qui int&#233;ressent la th&#233;orie ne prosp&#232;rent que dans le voisinage d'une concentration s&#233;dentaire, qui puise dans ces marges dangereuses la violence dont elle est d&#233;pourvue. Les Romains nourrirent ainsi leurs marges germaniques ou illyriennes, l'empire islamique ses Turcs et ses Berb&#232;res, l'empire chinois ses Turcs, ses Mongols et ses Mandchous. Mais apr&#232;s la chute de l'empire romain, et pour des si&#232;cles, l'Europe ne nourrit aucune horde tribale, simplement parce qu'il n'y existe pas de troupeau de moutons taillables &#224; merci, r&#233;sign&#233;s &#224; payer autant d'imp&#244;ts qu'on en exigerait d'eux. L'Europe m&#233;di&#233;vale d&#233;ment la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n parce qu'elle a &#233;chapp&#233; au syst&#232;me imp&#233;rial romain d'imp&#244;ts lourds et centralis&#233;s. Il ne s'y trouve ni villes tentaculaires, ni majorit&#233;s d&#233;sarm&#233;es, ni guerriers professionnels recrut&#233;s dans les marges ou parmi les hors-la-loi. Et donc, il n'y a pas de pression b&#233;douine. Les loups ne sont pas int&#233;ress&#233;s, ils passent leur chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une forme de centralisation fiscale d'&#201;tat r&#233;appara&#238;t dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du XIVe si&#232;cle, pour la premi&#232;re fois aussi nettement depuis l'effondrement de l'appareil d'&#201;tat romain sept ou huit si&#232;cles auparavant. En France et en Angleterre, le pouvoir invoqua les n&#233;cessit&#233;s de la guerre de Cent Ans en cours. Mais l&#224; comme ailleurs en Europe, c'est plut&#244;t la Peste et ses r&#233;pliques qu'il faut d'abord bl&#226;mer. Elle abaissa dans d'&#233;normes proportions les niveaux d&#233;mographiques et productifs des soci&#233;t&#233;s, et donc les revenus des &#201;tats en construction, incapables de r&#233;duire leurs d&#233;penses &#8211; en particulier leurs d&#233;penses militaires &#8211; pour les ajuster &#224; l'&#233;tat d'une &#233;conomie brutalement appauvrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n gagne quelque pertinence pour l'analyse de la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne entre XIVe et XVIIIe si&#232;cles. Les arm&#233;es sont de plus en plus professionnelles apr&#232;s le XVe si&#232;cle. La &#8216;r&#233;volution militaire' du XVIIe si&#232;cle exige un &#233;norme accroissement du pr&#233;l&#232;vement fiscal, en particulier en France ou en Espagne. Quelques sp&#233;cialisations b&#233;douines se font jour : la Suisse, quelques r&#233;gions d'Allemagne dans une moindre mesure, pourvoient de plus en plus la France ou l'Italie en &#8216;soldats'. La population de la France est presque stable entre le milieu du XVIe et le d&#233;but du XVIIIe si&#232;cle, mais celle de Paris bondit gr&#226;ce &#224; la centralisation de l'imp&#244;t et &#224; la croissance de l'administration et des d&#233;penses de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces processus, conformes &#224; la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n, ont &#233;t&#233; remarqu&#233;s par Tocqueville dans son dernier livre, &lt;i&gt;L'Ancien R&#233;gime et la R&#233;volution&lt;/i&gt;, sans mention d'Ibn Khald&#251;n, dont l'&#339;uvre n'&#233;tait pas encore traduite, et encore moins &#233;tudi&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alexis de Tocqueville, L'Ancien R&#233;gime et la R&#233;volution, Paris, 1856&#034; id=&#034;nh15-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ce livre, Tocqueville se demande pourquoi l'Ancien R&#233;gime s'est effondr&#233; presque sans r&#233;sistance en 1789. Et sa r&#233;ponse, c'est que le tr&#232;s long processus qui aboutit &#224; la R&#233;volution commence dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du XIVe si&#232;cle avec l'imp&#244;t d'&#201;tat. La fiscalit&#233; centralis&#233;e au profit de la Couronne a sap&#233; l'autorit&#233; politique et sociale de la noblesse, qui &#233;tait le pilier central de l'ordre royal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les termes d'Ibn Khald&#251;n, traduisons que la noblesse &#233;tait la &#8216;&lt;i&gt;asabiya&lt;/i&gt; &#8211; le rassemblement de solidarit&#233;s et de guerriers &#8211; sur laquelle reposait la royaut&#233;. La sape du pouvoir et du prestige de l'aristocratie par la royaut&#233; d&#233;truisit son esprit combattant. L'aristocratie domestiqu&#233;e s'&#233;tablit &#224; Versailles ou &#224; Paris, tandis que le roi donnait le premier rang dans l'&#201;tat &#224; des scribes et &#224; des nouveaux-venus, de m&#234;me que le monarque, dans la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n, d&#233;truit sa propre tribu et fait appel &#224; des &#8216;clients' &#233;trangers &#224; son peuple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir texte 13 [&#171; Contre les siens et les gens de ses propres solidarit&#233;s de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette politique &#233;tait destin&#233;e &#224; soumettre l'aristocratie au roi, mais elle eut pour effet de d&#233;raciner la noblesse, soutien majeur du tr&#244;ne. R&#233;duite &#224; un arbre creux, la monarchie n'opposa qu'une r&#233;sistance insignifiante &#224; la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle que l'explique Tocqueville, la R&#233;volution fran&#231;aise n'aurait gu&#232;re surpris Ibn Khald&#251;n. La R&#233;volution &#233;clate au terme d'une crise budg&#233;taire d&#233;termin&#233;e par des d&#233;penses militaires &#233;crasantes, cons&#233;quence in&#233;vitable du co&#251;t croissant d'arm&#233;es professionnelles &#8211; et d'une guerre ruineuse en Am&#233;rique. La France affronte la m&#234;me crise financi&#232;re et militaire chronique qui affaiblit puis emporta l'empire romain au Ve si&#232;cle ou l'empire abbasside au Xe si&#232;cle. Sans surprise, la R&#233;volution r&#233;sout en partie le probl&#232;me. La nouvelle arm&#233;e r&#233;volutionnaire est jeune et gratuite. La R&#233;volution paie ses troupes en droits politiques et en mesures id&#233;ologiques, tout comme les dynasties nouvelles, chez Ibn Khald&#251;n, paient les leurs en z&#232;le religieux &#8211; la &lt;i&gt;da&#8216;wa&lt;/i&gt;. Plus tard, cette arm&#233;e r&#233;volutionnaire se nourrira des conqu&#234;tes et du pillage des pays voisins, Belgique, Pays- Bas, Allemagne et Italie &#8211; tout comme les Arabes conqu&#233;rants tir&#232;rent profit du pillage et de l'imp&#244;t exig&#233; des terres soumises de M&#233;sopotamie, d'Egypte ou de Syrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait encore ajouter &#224; la comparaison, et conclure que, dans une certaine mesure, la R&#233;volution fran&#231;aise est une sorte de renouveau tribal et barbare qui donne le coup de gr&#226;ce &#224; une vieille monarchie dont la &#8216;&lt;i&gt;asabiya&lt;/i&gt; s'est &#233;puis&#233;e. Mais il y a, cela va de soi, bien des aspects de la R&#233;volution que la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n n'explique pas ; et d'abord le fait que le renouveau politique et militaire de la France ne lui vient pas d'un monde tribal des marges, mais des profondeurs de son peuple. Dans la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n, cette possibilit&#233; est exclue. L'existence m&#234;me de l'&#201;tat serait mise en cause si le peuple pacifique et productif s'emparait des fonctions militaires &#8211; en un mot, si les &#8216;moutons' se faisaient &#8216;loups'. Car les loups ne paient pas d'imp&#244;ts, et l'&#201;tat ne survivrait pas &#224; la fin de la s&#233;gr&#233;gation marqu&#233;e des producteurs d'avec les guerriers. Ibn Khald&#251;n insiste sur l'id&#233;e qu'un soul&#232;vement civil ne peut pas d&#233;boucher sur l'&#233;mergence d'une dynastie durable. Ces sortes d'aventures sont condamn&#233;es &#224; l'&#233;chec ; d'abord parce qu'elles ne r&#233;ussissent pas &#224; rassembler la masse critique de solidarit&#233;s combattantes ; mais aussi parce qu'en armant les foules, elles se privent du pouvoir de faire payer l'imp&#244;t &#224; tous ceux dont c'est le seul r&#244;le politique qu'on en attend&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir texte 10 [&#171; Une cause religieuse pourvoit la dynastie dans ses origines (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La modernit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien s&#251;r, quelque chose de nouveau &#233;tait en cours dans cette deuxi&#232;me moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle, en France et encore plus clairement en Angleterre &#8211; quelque chose qu'Ibn Khald&#251;n n'aurait jamais pu imaginer. Nous l'appelons &#8216;r&#233;volution industrielle'. En quelques mots, pour la premi&#232;re fois depuis la formation des empires perse, romain, chinois deux mill&#233;naires auparavant, l'imp&#244;t d'&#201;tat cessait d'&#234;tre la source fondamentale, sinon exclusive, d'accumulation du capital. Pour la premi&#232;re fois, la population et l'&#233;conomie progressaient gr&#226;ce aux avanc&#233;es des sciences et des techniques. Des populations mieux nourries, mieux soign&#233;es, pourvues d'outils plus efficaces, gagnaient en productivit&#233;. Comme le note Tocqueville avec justesse, l'id&#233;e d'un d&#233;clin du genre humain &#233;tait partout dans les esprits et les &#233;crits jusqu'au milieu du XVIIIe si&#232;cle. Elle est encore chez Montesquieu ou Voltaire. Inversement, apr&#232;s 1780, l'id&#233;e d'un progr&#232;s ind&#233;fini s'est impos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs des plus grandes villes du monde nouveau ne sont pas des capitales, et ne b&#233;n&#233;ficient donc pas de l'afflux de l'imp&#244;t &#8211; Manchester, New-York, Barcelone ou Shanghai par exemple. La pertinence de la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n s'&#233;vanouit, parce qu'elle avait &#233;t&#233; con&#231;ue dans et pour un monde pratiquement stagnant ; un monde dans lequel on ne pouvait mobiliser la richesse que par la contrainte de l'imp&#244;t, o&#249; l'imp&#244;t &#233;tait le moteur n&#233;cessaire d'une &#233;conomie an&#233;mique. De l&#224; venait la n&#233;cessit&#233; de soumettre et d&#233;sarmer les majorit&#233;s, de l&#224; la s&#233;gr&#233;gation stricte entre l'immense masse des producteurs et la petite minorit&#233; des guerriers. Mais si la richesse des nations et des &#201;tats ne d&#233;pend plus exclusivement de l'imp&#244;t, la n&#233;cessit&#233; de d&#233;sarmer les majorit&#233;s dispara&#238;t &#8211; l'&#201;tat peut m&#234;me trouver un clair avantage &#224; les armer, comme le montrent les victoires militaires de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long du XIXe si&#232;cle, le nouveau syst&#232;me s'&#233;tend en Europe. Les producteurs et les guerriers ne forment plus qu'un seul peuple, en contradiction flagrante avec la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n qui commandait de les tenir soigneusement s&#233;par&#233;s pour construire l'&#201;tat. Les producteurs se font conqu&#233;rants. Les petites &#238;les Britanniques conqui&#232;rent l'Inde immense et le doivent moins &#224; la f&#233;rocit&#233; de leurs troupes anglaises ou &#233;cossaises qu'&#224; l'avantage scientifique et technique croissant dont elles jouissent apr&#232;s 1750. Dans la conqu&#234;te de l'Inde, comme plus g&#233;n&#233;ralement dans le projet colonial moderne, la victoire r&#233;compense les valeurs s&#233;dentaires de la science, du travail et de la technique, au d&#233;triment des meilleurs guerriers du monde, Sikhs, Gurkhas ou Afghans, ce qui aurait abasourdi Ibn Khald&#251;n. De m&#234;me, dans les premi&#232;res batailles de la R&#233;volution, Valmy ou Jemappes, le succ&#232;s revint &#224; des arm&#233;es de producteurs h&#226;tivement, et mal, arm&#233;es au d&#233;triment des meilleurs soldats prussiens ou autrichiens &#8211; &#8216;une arm&#233;e de savetiers', aurait dit, en parlant des Fran&#231;ais le duc de Brunswick qui commandait les Prussiens &#224; Valmy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution fondamentale, qui rend caduque la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n, tient aux nouvelles conditions scientifiques, &#233;conomiques, d&#233;mographiques. La cr&#233;ation d'une richesse consid&#233;rable par d'autres moyens que l'imp&#244;t, sa concentration ailleurs que dans les capitales, permet aux &#201;tats d'&#233;largir consid&#233;rablement la mobilisation de leurs peuples, que la n&#233;cessit&#233; de lever l'imp&#244;t tenait jusque-l&#224; d&#233;sarm&#233;s et asservis. Pour le dire avec les mots de Gellner, le loup et le mouton se retrouvent dans la m&#234;me &#226;me de citoyen. Ils y sont rest&#233;s pendant plus d'un si&#232;cle, entre 1850 et 1970 environ. Les m&#234;mes tranquilles producteurs, dont on r&#233;clamait dans la vie quotidienne qu'ils paient leurs imp&#244;ts et ob&#233;issent aux lois avec un respect religieux de la majest&#233; de l'&#201;tat, &#233;taient somm&#233;s en temps de guerre de s'armer et de se battre en h&#233;ros de l&#233;gende dans des guerres apocalyptiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une curieuse ironie du sort, l'Europe d&#233;couvrit Ibn Khald&#251;n au moment m&#234;me o&#249; sa th&#233;orie perdait l'essentiel de sa pertinence pour comprendre la modernit&#233; &#8211; au milieu du XIXe si&#232;cle. Il fut donc c&#233;l&#233;br&#233; comme le g&#233;nial th&#233;oricien d'un monde qui s'en allait, ou d'un Orient lointain. Il gouvernait l'Alg&#233;rie fran&#231;aise aussi bien que l'Inde britannique. Le savoir et la pratique coloniale lui rendaient hommage, m&#234;me quand ils ne mentionnaient pas son nom ou son &#339;uvre. Mais les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes et les nations modernes ne relevaient plus de sa pens&#233;e. Plus du tout, plus jamais. L'histoire ne pouvait pas revenir en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le retour d'Ibn Khald&#251;n ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sommes-nous si s&#251;rs ? Parce que nous sommes n&#233;s dans un monde moderne, toujours plus riche et &#233;largi, nous vivons tous avec l'id&#233;e que l'histoire va de l'avant. La plupart de nos propos publics s'attachent obstin&#233;ment &#224; cette v&#233;rit&#233; suppos&#233;e d'&#233;vidence. Mais il n'est pas invraisemblable que le courant s'inverse. Nous pourrions bien en venir &#224; un point d'inflexion dans l'&#233;tourdissante et lumineuse parenth&#232;se de la modernit&#233;, qui a commenc&#233; en Angleterre dans les derni&#232;res d&#233;cennies du XVIIIe si&#232;cle avec la r&#233;volution industrielle. Il est vrai qu'en 250 ans, entre 1800 et 2050, la population humaine aura &#233;t&#233; multipli&#233;e par 10 ou 12, et la richesse des nations par 60 ou 100, beaucoup plus que depuis les origines de l'histoire voil&#224; 5000 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le mouvement pourrait s'&#233;teindre doucement. Deux des moteurs principaux de la croissance mondiale faiblissent. La croissance d&#233;mographique devrait s'att&#233;nuer, puis s'&#233;vanouir dans les d&#233;cennies qui viennent. Depuis le pic de 1970, la croissance de la population mondiale a d&#233;cru de 2,2% &#224; moins de 1% par an en 2020, et sa chute va s'accentuer. En 2050, elle ne devrait pas d&#233;passer 0,4% &#8211; soit la croissance, r&#233;put&#233;e faible, de la population fran&#231;aise d'aujourd'hui. D'apr&#232;s certaines estimations, la population mondiale devrait commencer &#224; d&#233;cro&#238;tre d&#232;s 2065-2070&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir IHME, &#8216;Inquiry and prospects', Lancet, &#233;dition Internet, 15 juillet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le vieillissement sera spectaculaire, surtout dans les pays &#233;mergents. Vers 2100, si on poursuit le trac&#233; des courbes actuelles, 30% de la population mondiale devrait d&#233;passer 60 ans, contre 25% de moins de 25 ans au mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me ralentissement pr&#233;visible touche le moteur aujourd'hui le plus puissant de la croissance mondiale. C'est le &#8216;rattrapage', le comblement du foss&#233; entre pays riches et pays &#233;mergents. Les comp&#233;tences techniques et la productivit&#233; du travail se rapprochent, tout comme les rythmes d&#233;mographiques et les niveaux de vie. Entre 2010 et 2019, l'&#233;conomie chinoise a doubl&#233; de volume, celle du Japon n'a cr&#251; que de 10%. Aussit&#244;t qu'un pays &#233;mergent dispose du niveau d'&#233;ducation et des capacit&#233;s techniques requises, le rattrapage est d'autant plus rapide que le pays est au d&#233;part plus pauvre. Mais inversement, cette croissance s'att&#233;nue in&#233;vitablement &#224; mesure que le pays &#233;mergent devient plus riche, son &#233;conomie plus m&#251;re et sa population plus &#226;g&#233;e, &#224; cause m&#234;me du succ&#232;s du rattrapage. C'est ce qu'on voit aujourd'hui en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste un troisi&#232;me moteur : la cr&#233;ativit&#233;, l'innovation, les gains de productivit&#233;. C'est la seule v&#233;ritable valeur, tout le monde en est d'accord. Mais on peut remarquer qu'une part croissante de nos populations actives travaillent dans des secteurs de faible croissance productive &#8211; pour le dire plus pr&#233;cis&#233;ment, dans des secteurs o&#249; la notion m&#234;me de &#8216;gain de productivit&#233;' est mise en doute. Que signifie la productivit&#233; d'un enseignant, d'un m&#233;decin, d'une infirmi&#232;re ? La plupart des parents rejetteraient l'id&#233;e d'augmenter les effectifs des classes de leurs enfants pour am&#233;liorer la productivit&#233; des enseignants. La plupart des patients n'appr&#233;cieraient pas que leurs m&#233;decins soient contraints de limiter le temps de leurs consultations pour &#233;quilibrer les comptes de la S&#233;curit&#233; Sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces trois moteurs devaient faillir, et l'&#233;conomie glisser dans une sorte de stagnation, la th&#233;orie d'Ibn Khald&#251;n retrouverait les conditions de sa pertinence, pour les m&#234;mes raisons invers&#233;es qui l'avaient rendue caduque au moment de la r&#233;volution industrielle. Reste le plus important : la r&#233;surgence de la division entre s&#233;dentaires et b&#233;douins, producteurs et guerriers. Il ne fait pas de doute que nous sommes plus nombreux, plus productifs, plus &#233;duqu&#233;s que nos anc&#234;tres &#8211; en un mot, nous sommes plus s&#233;dentaires qu'ils n'&#233;taient. Mais o&#249; sont les b&#233;douins ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'heure, ils ne sont pas au centre de la sc&#232;ne. L'&#201;tat moderne les a supprim&#233;s dans les deux derniers si&#232;cles, il s'est acharn&#233; &#224; contr&#244;ler &#224; leurs d&#233;pens le moindre pouce de son territoire. Mais l'&#201;tat malade du XXIe si&#232;cle pourrait leur rendre une nouvelle existence. Confront&#233; d'une part &#224; une &#233;conomie d&#233;faillante, et de l'autre &#224; des d&#233;penses de sant&#233;, d'assistance, d'&#233;ducation, de s&#233;curit&#233; croissantes, l'&#201;tat devrait vraisemblablement r&#233;agir de la m&#234;me mani&#232;re que l'empire romain ou l'empire abbasside dans leur d&#233;clin : couper dans les d&#233;penses et accroitre les recettes. Ce qui signifie resserrer sa poigne sur la majorit&#233; des citoyens producteurs, paisibles et rentables. Ils paient l'imp&#244;t &#8211; et ils en paieront davantage -, ils travaillent et respectent la loi et l'ordre, de sorte que des moyens limit&#233;s suffisent &#224; les contr&#244;ler. A l'inverse, il faudra se s&#233;parer de toutes les minorit&#233;s dont les co&#251;ts du contr&#244;le et de l'assistance sont tr&#232;s sup&#233;rieurs &#224; l'imp&#244;t qu'on peut en tirer, parce qu'ils sont vieux, violents, improductifs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le nouvel &#201;tat serait &#234;tre &#224; la fois plus exigeant et tyrannique avec les majorit&#233;s productives tout en livrant de larges portions de territoires et de populations &#224; de nouvelles autorit&#233;s tribales. Le processus est d&#233;j&#224; en cours en Am&#233;rique latine, en Afrique et dans le monde musulman. En conclusion, nous pourrions bien &#234;tre au seuil d'un autre monde, comme nos anc&#234;tres de la fin du XVIIIe si&#232;cle, mais en sens oppos&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le retournement du &#8216;r&#233;gime d'historicit&#233;', c'est-&#224;-dire de notre vision (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils sont pass&#233;s d'un monde stagnant &#224; un monde en constante croissance ; nous passerions &#224; l'inverse de la croissance &#224; la stagnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette pr&#233;diction devait se v&#233;rifier, nous aurions peu de guides sur ces nouveaux chemins. La plupart des penseurs du XIXe et du XXe si&#232;cles deviendraient caducs, parce qu'ils n'ont jamais pens&#233; qu'un monde en croissance. Avant eux, dans les temps de la stagnation agraire, tr&#232;s peu de philosophes ont essay&#233; de penser le mouvement d'une soci&#233;t&#233; sans mouvement, ou presque, parce qu'ils voyaient l'ordre social comme une &#233;vidence &#224; peu pr&#232;s &#233;ternelle. Machiavel et Ibn Khald&#251;n font partie de ces rares exceptions. Nous aurions grand int&#233;r&#234;t &#224; leur pr&#234;ter plus d'attention que nous ne le faisons g&#233;n&#233;ralement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb15-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Alexis de Tocqueville, &lt;i&gt;L'Ancien R&#233;gime et la R&#233;volution, &lt;/i&gt;Paris, 1856&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir texte 13 [&#171; Contre les siens et les gens de ses propres solidarit&#233;s de combat, le ma&#238;tre de la dynastie s'abrite derri&#232;re ses clients et ses cr&#233;atures &#187;]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir texte 10 [&#171; Une cause religieuse pourvoit la dynastie dans ses origines d'une force qui s'ajoute &#224; celle des solidarit&#233;s de combat qu'elle tire du nombre de ses partisans &#187;], en particulier la deuxi&#232;me partie sur l'attente messianique du Fatimide dans le Maghreb du temps de la jeunesse d'Ibn Khald&#251;n. Il consid&#232;re comme des malfaiteurs ceux qui r&#233;clament le pouvoir sans avoir l'appui de solidarit&#233;s guerri&#232;res suffisantes pour mener leur projet &#224; bien. Le succ&#232;s est une des preuves de la l&#233;gitimit&#233; de la r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir IHME, &#8216;Inquiry and prospects', &lt;i&gt;Lancet, &lt;/i&gt;&#233;dition Internet, 15 juillet 2020. D'apr&#232;s cette &#233;tude, la population Mondiale devrait atteindre un pic de 9,7 milliards d'humains en 2065, puis d&#233;cliner jusqu'&#224; 8,8 milliards en 2100 (soit &#224; peine 10% de plus que le niveau de 2022). Les pr&#233;visions de l'IIASA de Vienne (2022) vont dans le m&#234;me sens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur le retournement du &#8216;r&#233;gime d'historicit&#233;', c'est-&#224;-dire de notre vision de la place respective du pass&#233;, du pr&#233;sent et du futur dans notre histoire, voir Reinhart Koselleck, &lt;i&gt;Vergangene Zukunft. Zur Semantik geschichtlicher Zeiten, &lt;/i&gt;Suhrkamp, Francfort, 1979 ; Fran&#231;ois Hartog, &lt;i&gt;Pr&#233;sentisme et exp&#233;rience du temps, &lt;/i&gt;Paris, Seuil, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Les transformations de l'&#233;quilibre &#171; Nous-je &#187; (2/2)</title>
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		<dc:date>2025-04-25T10:07:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Norbert Elias</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cinqui&#232;me partie (sur 15) du chapitre &#233;ponyme du livre de Norbert Elias &#171; La soci&#233;t&#233; des individus &#187; [1987], Fayard, 1991, pp. 232 &#8211; 240. Voir l'extrait pr&#233;c&#233;dent (.../...) &#201;tant donn&#233; que nous n'avons pas encore de sch&#233;ma de l'&#233;volution de l'humanit&#233; enti&#232;rement &#233;labor&#233;, objectif et en m&#234;me temps v&#233;rifiable, je me suis report&#233; &#224; un sch&#233;ma hypoth&#233;tique d'un stade tr&#232;s ancien de cette &#233;volution. Freud parlait parfois de la &#171; horde primitive &#187;. Nous pourrions parler du temps des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-apports-theoriques-imaginaire-" rel="directory"&gt;Apports th&#233;oriques : Imaginaire, culture, cr&#233;ation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-281-Norbert-Elias-+" rel="tag"&gt;Norbert Elias&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cinqui&#232;me partie (sur 15) du chapitre &#233;ponyme du livre de Norbert Elias &#171; La soci&#233;t&#233; des individus &#187; [1987], Fayard, 1991, pp. 232 &#8211; 240.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1198-Les-transformations-de-l-equilibre-nous-je' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir l'extrait pr&#233;c&#233;dent&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; que nous n'avons pas encore de sch&#233;ma de
l'&#233;volution de l'humanit&#233; enti&#232;rement &#233;labor&#233;, objectif et en
m&#234;me temps v&#233;rifiable, je me suis report&#233; &#224; un sch&#233;ma
hypoth&#233;tique d'un stade tr&#232;s ancien de cette &#233;volution.
Freud parlait parfois de la &#171; horde primitive &#187;. Nous pourrions parler du temps des chasseurs de gros gibier habitant
des cavernes. &#192; ce stade, l'individu humain &#233;tait bien plus
&#233;troitement et in&#233;luctablement li&#233; &#224; sa soci&#233;t&#233;. Un individu
pour soi, sans groupe, n'avait pratiquement aucune chance
de survie dans ce monde sauvage. Cela ne signifie pas pour
autant que la vie collective des hommes de cette &#233;poque ait
&#233;t&#233; plus paisible et moins conflictuelle qu'elle ne l'est
aujourd'hui, sous pr&#233;texte que la d&#233;pendance de l'individu
&#224; l'&#233;gard de la soci&#233;t&#233; dont il faisait partie &#233;tait bien plus
&#233;vidente. Cela signifie simplement que seuls r&#233;ussirent &#224; se
perp&#233;tuer dans la suite des g&#233;n&#233;rations les groupes qui r&#233;ussirent &#224; trouver un certain &#233;quilibre, un &lt;i&gt;modus vivendi&lt;/i&gt;, entre
conflit et collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'est pas besoin de se reporter au sch&#233;ma hypoth&#233;rique de stades d'&#233;volution dont les repr&#233;sentants ont,
Pour autant qu'on puisse en juger, disparu depuis longtemps, pour constater des diff&#233;rences dans le rapport de
l'individu &#224; sa soci&#233;t&#233; aux diff&#233;rents stades d'&#233;volution
sociale. On observe ces diff&#233;rences m&#234;me de notre temps
dans le rapport entre individu et soci&#233;t&#233;, si l'on compare les
soci&#233;t&#233;s d&#233;velopp&#233;es et les soci&#233;t&#233;s moins d&#233;velopp&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manque de connaissance de cette diff&#233;rence constitue
un obstacle sensible aux efforts des pays moins d&#233;velopp&#233;s
pour acc&#233;der au niveau des pays d&#233;velopp&#233;s. La n&#233;cessit&#233; de
l'accession &#224; ce niveau &#8212; qui devient en tant que telle de
plus en plus &#233;vidente &#8212; est exprim&#233;e le plus souvent
aujourd'hui par des concepts comme la &#171; modernisation &#187;.
Mais on accorde alors toute son attention &#224; une &#233;volution
dans le sens du progr&#232;s technique ou &#233;conomique, l'utilisation de machines ou la modification de l'organisation
&#233;conomique permettant d'assurer une augmentation du
produit social. On pr&#234;te g&#233;n&#233;ralement moins d'attention au
fait qu'au cours d'un tel processus d'&#233;volution, la position
de l'individu au sein de sa soci&#233;t&#233;, et par cons&#233;quent aussi
la structure de la personnalit&#233; individuelle et le rapport des
individus entre eux se modifient de fa&#231;on sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre cherche-t-on en l'occurrence &#224; &#233;viter le probl&#232;me de l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s parce que l'on risquerait
de toucher &#224; des points sensibles de la vie sociale de notre
temps &#8212; des points dont le d&#233;bat public est donc frapp&#233;
d'un tabou social. Ainsi s'interdit-on par exemple de parler
de pays &#171; sous-d&#233;velopp&#233;s &#187; pour ne pas offenser leurs ressortissants, et emploie-t-on &#224; la place la notion hypocrite et
vague de &#171; pays en voie de d&#233;veloppement &#187; &#8212; comme si
les pays plus d&#233;velopp&#233;s n'&#233;taient pas pris eux aussi dans un
processus d'&#233;volution et n'&#233;taient donc pas eux aussi des
pays en voie de d&#233;veloppement. Mais ce n'est pas une fa&#231;on
d'aider &#224; la poursuite de l'&#233;volution des pays sous-d&#233;velopp&#233;s que de soustraire au d&#233;bat public les structures
qui en sont caract&#233;ristiques et par l&#224; m&#234;me les probl&#232;mes
du passage d'un stade &#224; l'autre. Les modifications de la
structure de la personnalit&#233;, les modifications de la position
de l'individu au sein de sa soci&#233;t&#233; qui se produisent au
cours d'une telle &#233;volution, suscitent des probl&#232;mes qui
sont parmi les plus d&#233;licats de ces transformations. Or on
n'en parle presque pas &#8212; on en parle en tout cas moins que
des probl&#232;mes connus sous les noms de probl&#232;mes &#233;conomiques ou politiques. Je ne pourrai les &#233;voquer que tr&#232;s
bri&#232;vement dans ce contexte o&#249; ils sont seulement mentionn&#233;s &#224; titre d'exemple d'aspects de l'&#233;volution du rapport
entre individu et soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays relativement moins d&#233;velopp&#233;s, le rapport
de l'individu &#224; la famille, &#224; la communaut&#233; et &#224; l'&#201;tat est
g&#233;n&#233;ralement tr&#232;s sp&#233;cifiquement diff&#233;rent de ce m&#234;me rapport dans les pays d&#233;velopp&#233;s. Dans les premiers, l'individu
est normalement plus &#233;troitement li&#233; &#224; sa famille, qui
prend dans la plupart des cas la forme d'une famille tr&#232;s
&#233;tendue, et &#224; son village ou &#224; sa ville natale. Dans la plupart de ces pays, m&#234;me si ce n'est pas vrai pour tous, l'&#201;tat
repr&#233;sente un niveau d'int&#233;gration comparativement r&#233;cent.
La famille &#233;tendue et le village natal sont les anciens foyers
de l'identit&#233; personnelle du &#171; nous &#187; chez les membres de
ces soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re le rapport entre identit&#233; du je et identit&#233; du nous, on pourrait dire que les deux existent dans
tous les pays, d&#233;velopp&#233;s et moins d&#233;velopp&#233;s, mais alors
que dans les premiers l'accent est mis plut&#244;t sur l'identit&#233;
du je, dans les pays moins d&#233;velopp&#233;s il est mis sur
l'identit&#233; pr&#233;-&#233;tatique du nous, que ce soit celle de la
famille, du village natal ou de la tribu. Chez les repr&#233;sentants des g&#233;n&#233;rations anciennes, dans les pays qui ont
acc&#233;d&#233; &#224; l'ind&#233;pendance &#224; une date assez r&#233;cente, l'identit&#233; du nous relative &#224; l'&#201;tat ne b&#233;n&#233;ficie gu&#232;re d'une
appr&#233;ciation positive. Chez les repr&#233;sentants des g&#233;n&#233;rations plus jeunes, les choses sont en train de changer, sans
que disparaisse pour autant le lien affectif tr&#232;s fort avec
la famille, le clan, le lieu de naissance ou la tribu. On se
heurte &#224; un probl&#232;me de nature particuli&#232;re en ce qui
concerne l'&#233;volution du Japon et peut-&#234;tre aussi d'autres
soci&#233;t&#233;s asiatiques sur la voie de la modernisation. La
transformation du rapport je-nous au profit de l'identit&#233;
du je y est jusqu'&#224; pr&#233;sent moins marqu&#233;e que dans les
soci&#233;t&#233;s occidentales, ce qui pr&#233;sente des avantages consid&#233;rables du point de vue des capacit&#233;s concurrentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi illustrer la modification de l'identit&#233; du
nous qui se produit lors du passage d'un stade d'&#233;volution
&#224; l'autre par un conflit d'engagement moral. La conscience
morale traditionnelle, l'&#233;thique traditionnellement propre &#224;
l'attachement &#224; ces unit&#233;s de survie qu'&#233;taient la famille ou
le clan &#8212; bref, le cercle de la parent&#232;le plus ou moins &#233;tendue &#8212; veulent qu'un membre du groupe plus riche ou
mieux plac&#233; ne refuse pas son aide &#224; un parent, m&#234;me &#233;loign&#233;, lorsque celui-ci la sollicite. Les fonctionnaires les plus
haut plac&#233;s des &#201;tats nouvellement ind&#233;pendants ont donc
du mal &#224; refuser leur soutien &#224; des parents, d&#232;s lors que
ceux-ci cherchent &#224; obtenir un des emplois officiels tant
convoit&#233;s, m&#234;me si c'est &#224; un niveau tr&#232;s bas. Du point de
vue de l'&#233;thique et de la conscience morale des pays d&#233;velopp&#233;s, la faveur accord&#233;e &#224; des parents pour la nomination
&#224; des postes officiels dans le domaine de comp&#233;tence d'un
haut fonctionnaire est une forme de corruption. Du point
de vue de la conscience morale des soci&#233;t&#233;s pr&#233;-&#233;ratiques,
c'est un devoir et aussi longtemps que chacun le fait, dans
les luttes de pouvoir et de rivalit&#233; traditionnelles entre les
clans, une n&#233;cessit&#233;. Le passage &#224; un autre niveau d'int&#233;gration provoque donc des conflits d'engagement moral et des
conflits de conscience qui sont en m&#234;me temps des conflits
de l'identit&#233; personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une approche fond&#233;e sur le processus d'&#233;volution
sociologique qui envisage les probl&#232;mes humains requiert,
comme on le voit donc, le passage &#224; un autre niveau de
distanciation, tant par rapport &#224; l'objet de la recherche
que par rapport &#224; &#224; celui qui l'effectue, autrement dit par
rapport &#224; soi-m&#234;me. Or l'engagement personnel au service de leur propre conscience morale fait adopter aux
chercheurs, pour qui les usages de leur &#201;tat sont devenus
une seconde nature, une optique selon laquelle la forme
et le mode d'&#233;volution de cet &#201;tat sont pris pour mod&#232;le
et pour crit&#232;re de l'organisation &#233;tatique de tous les
autres pays. L'organisation sociale de l'&#201;tat d&#233;velopp&#233;, la
pratique sociale en vigueur, la structure de la personnalit&#233;
sociale qu'elles impliquent et la formation de la
conscience morale de l'individu qu'elles entra&#238;nent sont
pos&#233;es tout simplement comme allant de soi. Et trop
souvent on consid&#232;re comme un imp&#233;ratif de la raison
&#233;ternelle que dans tous les pays d&#233;velopp&#233;s l'attribution
des postes officiels en fonction de la parent&#233; doive c&#233;der
le pas &#224; l'attribution de ces postes en fonction de la qualification individuelle. Alors que ce qui est r&#233;aliste, possible et n&#233;cessaire, et en ce sens rationnel, est susceptible
de varier selon les stades d'un processus d'&#233;volution
sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc l&#224; un exemple qui nous montre qu'un
certain stade du processus d'organisation &#233;tatique favorise
l'individualisation, la plus forte pond&#233;ration de l'identit&#233;
du je de l'individu et son d&#233;tachement des groupes traditionnels. Tant que l'on ne veut pas voir la succession des
stades d'&#233;volution sociale, on ne peut pas s'expliquer non
plus la &#171; corruption &#187; des &#171; pays en voie de d&#233;veloppement &#187;. Il ne reste plus alors qu'&#224; faire chorus avec tous
ceux qui d&#233;plorent, tout haut ou en secret, la r&#233;apparition
de ces formes de protection et de favoritisme dans les nouveaux &#201;tats. Le sous-entendu fr&#233;quent selon lequel il serait
m&#233;prisant de parler de &#171; pays sous-d&#233;velopp&#233;s &#187; est tout &#224;
fait erron&#233;. En v&#233;rit&#233;, c'est tout le contraire. C'est adopter
une attitude de m&#233;pris que ne pas parler de ces pays de
cette fa&#231;on et se barrer ainsi l'acc&#232;s &#224; la structure du changement que connaissent ces groupes humains en tant que
soci&#233;t&#233;s et en tant qu'individus au cours du passage d'un
stade d'&#233;volution &#224; l'autre. M&#234;me du point de vue de la
pratique sociale, il importe de ne pas oublier, au-del&#224; des
probl&#232;mes purement techniques et &#233;conomiques de la
restructuration, les probl&#232;mes de transformation sociologique et Les probl&#232;mes humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;marche comparative &#8212; et toute &#233;tude de processus
d'&#233;volution suppose une telle d&#233;marche &#8212; fait appara&#238;tre
plus clairement non seulement ce qu'ont pu &#234;tre les structures dans l'optique de l'observateur d'un stade d'&#233;volution
ant&#233;rieure, mais aussi ce que sont les structures sociales au
stade de l'observateur lui-m&#234;me. Il n'est pas tout &#224; fait
n&#233;gligeable pour la vision qu'ont d'eux-m&#234;mes les individus r&#233;unis au sein de l'organisation collective d'un &#201;tat
d&#233;velopp&#233; que le comportement social des individus vivant
dans cette forme d'organisation ne semble plus tout &#224; fait
aller de soi. Comprendre l'importance que rev&#234;t pour la
configuration de la personnalit&#233; individuelle le fait de grandir comme citoyen ou citoyenne d'un &#201;tat industriel d&#233;velopp&#233; peut contribuer &#224; enlever &#224; cette configuration un peu
de son caract&#232;re d'&#233;vidence et la faire entrer dans le cadre
des probl&#232;mes sur lesquels on r&#233;fl&#233;chit et s'interroge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on a pu le voir, aux stades ant&#233;rieurs de l'&#233;volution sociale, l'individu &#233;tait bien plus li&#233;, et d'une fa&#231;on
g&#233;n&#233;rale aussi bien plus fortement li&#233;, aux groupes au sein
desquels il &#233;tait n&#233;. Les individus &#233;taient le plus souvent
li&#233;s &#224; vie et en tout cas bien plus fortement li&#233;s aux unit&#233;s
sociales pr&#233;-&#233;ratiques telles que le clan, le village natal ou la
tribu, ne serait-ce que parce que c'&#233;taient l&#224; des groupes
dont ils pouvaient esp&#233;rer selon les circonstances aide ou
protection en cas d'extr&#234;me d&#233;tresse. Dans les soci&#233;t&#233;s d&#233;velopp&#233;es, ce qui veut dire entre autres choses dans les soci&#233;t&#233;s
plus riches, et surtout plus riches en capital social, cette
fonction de dernier refuge dans les situations de d&#233;tresse a
&#233;t&#233; reprise progressivement au niveau d'int&#233;gration de
l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#201;tat rev&#234;t &#224; l'&#233;gard de ses citoyens pris individuellement une double fonction tout &#224; fait particuli&#232;re qui
peut au premier abord sembler contradictoire. D'un c&#244;t&#233;, il
aplanit les diff&#233;rences entre les individus. Sur les registres
officiels et dans les bureaux de l'administration &#233;tatique,
l'individu est pratiquement d&#233;fait de sa personnalit&#233; distinctive. L'individu devient un nom avec un num&#233;ro, un
contribuable ou un homme qui demande assistance et protection, &#224; qui les autorit&#233;s officielles doivent donner satisfaction mais peuvent aussi refuser leur aide. Toutefois, bien
que l'appareil &#233;tatique prenne ainsi l'individu dans un filet
de lois qui est en gros identique pour tous les citoyens, ce
ne sont pas les individus en tant que s&#339;ur ou oncle,
membres d'un groupe familial ou de quelque autre forme
d'int&#233;gration pr&#233;-&#233;tatique auxquels s'appliquent les droits et
les devoirs civiques dans le cadre de l'organisation de l'&#201;tat
moderne, mais les individus pris isol&#233;ment. Au stade
ultime de l'&#233;volution jusqu'&#224; ce jour, le processus de l'organisation &#233;tatique contribue pour une bonne part &#224; une
pouss&#233;e d'individualisation massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'ampleur et les modalit&#233;s de cette individualisation varient consid&#233;rablement en fonction de la structure
&#233;tatique et surtout de la r&#233;partition des pouvoirs entre gouvernants et gouvern&#233;s, entre appareil &#233;tatique et citoyens.
Sous les r&#233;gimes dictatoriaux des pays de l'Est et d'une
fa&#231;on g&#233;n&#233;rale sous tous les r&#233;gimes dictatoriaux le filet de
lois &#233;tatiques se resserre si bien autour de l'individu, la r&#233;ciprocit&#233; des contr&#244;les entre gouvernants et gouvern&#233;s est si
faible, que la marge de d&#233;cision des citoyens et, par
cons&#233;quent, la possibilit&#233; d'individualisation personnelle
sont relativement restreintes. Surtout dans la vie publique,
le contr&#244;le ext&#233;rieur l'emporte de loin sur le contr&#244;le que
l'individu peut exercer sur lui-m&#234;me, qui se trouve le plus
souvent rel&#233;gu&#233; au domaine priv&#233;. Et m&#234;me sur le plan
priv&#233;, les possibilit&#233;s d'individualisation sont encore restreintes par les monopoles de l'&#201;tat sur la diffusion des
connaissances, l'&#233;ducation, le droit d'association et de r&#233;union, et tant d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marge de contr&#244;le individuel et de libre choix personnel qu'un certain type de soci&#233;t&#233; &#233;tatique offre &#224; ses repr&#233;sentants est un crit&#232;re important du degr&#233; d'individualisation. L'une des caract&#233;ristiques d'un r&#233;gime dictatorial est
le d&#233;veloppement d'un habitus social sp&#233;cifique des individus vivant sous ce r&#233;gime. Ils s'adaptent dans une tr&#232;s large
mesure au contr&#244;le ext&#233;rieur auquel ils sont soumis et se
montrent souvent d&#233;concert&#233;s, en un premier temps,
lorsque ce contr&#244;le s'affaiblit ou dispara&#238;t. L'initiative personnelle et la facult&#233; de d&#233;cision individuelle n'&#233;tant gu&#232;re
r&#233;compens&#233;es, et risquant m&#234;me d'&#234;tre mal vues voire
r&#233;prim&#233;es par les organisations &#233;tatiques de ce type, les
r&#233;gimes correspondants ont tendance &#224; se perp&#233;tuer eux-m&#234;mes. Les individus qui m&#232;nent une vie collective de cet
ordre perdent plus ou moins de leur assurance, ils vivent un
conflit int&#233;rieur lorsqu'on exige d'eux d'une mani&#232;re ou
d'une autre un plus haut degr&#233; de contr&#244;le individuel.
Leurs dispositions sociales les poussent malgr&#233; eux &#224; &#339;uvrer
pour le r&#233;tablissement de la contrainte ext&#233;rieure, autrement dit d'un gouvernement fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une br&#232;ve digression sur ce probl&#232;me du comportement
social me para&#238;t tout indiqu&#233;e ici. L'&#233;tude ax&#233;e sur les processus d'&#233;volution sociologique, en se concentrant sur
l'homme, ouvre dans ce cas comme dans bien d'autres
l'acc&#232;s &#224; des probl&#232;mes bien connus depuis le stade pr&#233;scientifique du savoir, mais pour lesquels les concepts
d'analyse scientifique font encore largement d&#233;faut. Des
notions comme &#171; structure sociale de la personnalit&#233; &#187; ou
&#171; stade et sch&#233;ma de contr&#244;le du comportement individuel &#187; font partie de celles qui peuvent &#234;tre de quelque utilit&#233; en l'occurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier la notion d'habitus social, que j'ai d&#233;finie,
occupe dans ce contexte une position clef. Alli&#233;e &#224; la notion
d'individualisation croissante ou d&#233;croissante, elle augmente les chances d'&#233;chapper &#224; l'alternative brutale que
pr&#233;sentent souvent les analyses sociologiques du rapport
entre individu et soci&#233;t&#233;. Si l'on comprend bien cette
notion, en m&#234;me temps que celle, tr&#232;s voisine, de structure
de la personnalit&#233; sociale &#8212; et si l'on sait les manier &#8212; ; on
comprend aussi plus ais&#233;ment pourquoi la vieille habitude
d'employer les notions &#171; individu &#187; et &#171; soci&#233;t&#233; &#187; comme
s'il s'agissait de deux objets existant s&#233;par&#233;ment induit en
erreur. On ne refuse plus de voir une r&#233;alit&#233; bien connue
avant m&#234;me toute approche scientifique, &#224; savoir que tout
individu, si diff&#233;rent soit-il de tous les autres, porte une
marque sp&#233;cifique qu'il partage avec les autres membres de
sa soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette empreinte, l'habitus social des individus, est en
quelque sorte la terre nourrici&#232;re sur laquelle se d&#233;veloppent les caract&#232;res personnels par lesquels un individu se
diff&#233;rencie des autres membres de sa soci&#233;t&#233;. Ainsi se d&#233;veloppe en particulier sur la base de la langue commune, que
l'individu partage avec tous les autres et qui fait indiscutablement partie int&#233;grante de l'habitus social, un style
plus ou moins individuel, ou, &#224; partir de l'&#233;criture
commune, une &#233;criture personnelle infailliblement
reconnaissable. La notion d'habitus social permet de soumettre &#224; un examen scientifique des donn&#233;es de la r&#233;alit&#233;
sociale qui s'y sont jusqu'&#224; pr&#233;sent d&#233;rob&#233;es. Que l'on songe
par exemple au probl&#232;me de ce que l'on recouvrait &#224; un
stade pr&#233;scientifique par la notion de caract&#232;re national &#8212;
c'est un probl&#232;me d'habitus par excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut pr&#233;ciser encore un peu l'id&#233;e que l'individu pr&#233;sente l'habitus d'un certain groupe et que c'est l&#224; son habitus social qu'il individualise plus ou moins en grandissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'habitus social &#233;tait peut-&#234;tre simple dans les soci&#233;t&#233;s peu
diversifi&#233;es, par exemple chez les groupes vivant de chasse
et de collecte &#224; l'&#226;ge de pierre. Dans les soci&#233;t&#233;s plus
complexes il est aussi plus complexe. Une personne peut
par exemple pr&#233;senter les traits d'un Anglais de Liverpool
ou d'un Allemand de la For&#234;t-Noire. C'est le nombre de
niveaux d'int&#233;gration de sa soci&#233;t&#233; qui d&#233;termine les diff&#233;rents niveaux interf&#233;rant dans l'habitus social d'un individu. L'un de ces niveaux prend g&#233;n&#233;ralement une place
pr&#233;pond&#233;rante, C'est le niveau caract&#233;ristique de l'appartenance de l'individu &#224; une certaine unit&#233; sociale de survie,
par exemple une tribu ou un &#201;tat. C'est &#224; ce niveau que
s'applique l'expression &#171; caract&#232;re national &#187; chez les repr&#233;sentants d'une soci&#233;t&#233; au stade d'&#233;volution de l'&#201;tat
moderne. Chez les repr&#233;sentants de soci&#233;t&#233;s en voie d'&#233;volution vers l'&#201;tat moderne, on peut encore distinguer souvent
des caract&#232;res de tribu : par exemple, au Niger, l'habitus
social des Ibo ou des Yoruba. Il est encore plus marqu&#233; que
les traits communs &#224; tous les Nig&#233;riens, alors qu'en R&#233;publique f&#233;d&#233;rale d'Allemagne, aux Pays-Bas et en France,
avec l'interp&#233;n&#233;tration croissante, en d&#233;pit de mouvements
d'opposition &#224; cette tendance, les diff&#233;rences r&#233;gionales
entre les individus s'att&#233;nuent de plus en plus par rapport
aux caract&#233;ristiques nationales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>De Castoriadis &#224; Ibn Khaldoun (et retour)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1199-De-Castoriadis-a-Ibn-Khaldoun-et-retour</link>
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		<dc:date>2025-04-04T08:56:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
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		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Empire</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;29 : Lire (et comprendre) Castoriadis De quelques tentatives de penser notre &#233;poque (f&#233;vrier 2025) Cette brochure est disponible &#224; la vente pour 3 &#8364; dans nos librairies ainsi que par correspondance et est int&#233;gralement t&#233;l&#233;chargeable dans la rubrique brochures. Les achats permettent notre auto-financement et constitue un soutien aux rares librairies encore ind&#233;pendantes. Sommaire : Introduction Un parcours politique &#224; partir de C. Castoriadis (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/couv29bis-5.png?1743750029' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='135' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;29 :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lire (et comprendre) Castoriadis&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quelques tentatives de penser notre &#233;poque&lt;/strong&gt; (f&#233;vrier 2025)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cette brochure est disponible &#224; la vente pour 3 &#8364; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?531-Points-de-diffusion-et-de-vente-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans nos librairies ainsi que par correspondance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et est int&#233;gralement t&#233;l&#233;chargeable &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans la rubrique brochures&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les achats permettent notre auto-financement et constitue un soutien aux rares librairies encore ind&#233;pendantes.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_gris2&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1850 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;Brochure n&#176;29 Lire (et comprendre) Castoriadis&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:138.88888888889%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/couv29-fb9dc_1_.png&amp;taille=144&amp;1771799846' alt='Brochure n&#176;29 Lire (et comprendre) Castoriadis' data-src='IMG/png/couv29-fb9dc_1_.png' data-l='144' data-h='200' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couv29-fb9dc_1_.png&amp;#38;taille=144&amp;#38;1771799846 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couv29-fb9dc_1_.png&amp;#38;taille=144&amp;#38;1771799846 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-1850 '&gt;&lt;strong&gt;Brochure n&#176;29 Lire (et comprendre) Castoriadis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire :&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1200-Parution-de-la-brochure-Lire-et-comprendre-Castoriadis' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?346-Un-parcours-politique-a-partir-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un parcours politique &#224; partir de C. Castoriadis&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1154-Castoriadis-et-les-bien-pensants' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis et les bien-pensants&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1190-Le-wokisme-a-la-lecture-de-C-Castoriadis' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le wokisme &#224; la lecture de C. Castoriadis&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;De Castoriadis &#224; Ibn Khaldoun (et retour)&lt;/strong&gt; &#8212; ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1200-Parution-de-la-brochure-Lire-et-comprendre-Castoriadis' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Id&#233;es, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ici &lt;/i&gt;&lt;i&gt;actualis&#233;es et &#233;toff&#233;es, pr&#233;sent&#233;es une premi&#232;re fois &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#224; la librairie &lt;/i&gt;&lt;i&gt;parisienne&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; La lucarne des &#233;crivains &#187;, le 23 mai 2018 &lt;/i&gt;&lt;i&gt;lors d'une soir&#233;e-d&#233;bat intitul&#233;e&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://lalucarnedesecrivains.wordpress.com/2018/05/23/mercredi-23-mai-2018-a-19-h-30-soiree-politique/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Vivons-nous dans l'empire ?&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt; &#187; consacr&#233;e &#224;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;pr&#233;sentation&lt;/i&gt;&lt;i&gt; de la brochure&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?L-horizon-imperial-1-4,965&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Horizon imp&#233;rial &#8211; Soci&#233;t&#233;s chaotiques et logique d'empire&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;n&#176;23, mars 2018&lt;/i&gt;&lt;i&gt;)&lt;/i&gt;. Texte publi&#233; &lt;a href=&#034;https://www.mezetulle.fr/de-castoriadis-a-ibn-khaldoun-et-retour/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le 22 f&#233;vrier 2025 sur le site de Mezetulle.fr&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Cr&#233;ation &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt;, cr&#233;ation de la forme, ne veut pas dire cr&#233;ation &lt;i&gt;cum nihilo&lt;/i&gt;,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;sans 'moyens' et sans conditions, sur une table rase. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cornelius Castoriadis, &#171; Individu, soci&#233;t&#233;, rationalit&#233;, histoire &#187;, 1998, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons d'embl&#233;e le propos du pr&#233;sent texte : Castoriadis diagnostique la fin de la sp&#233;cificit&#233; de l'Occident, le &#171; &lt;i&gt; tarissement &lt;/i&gt; &#187; de cette cr&#233;ativit&#233; sociale-historique qui explosa dans tous les domaines de l'activit&#233; humaine europ&#233;enne &#224; partir des XIe-XIIIe si&#232;cles. Bien plus que la fin d'une p&#233;riode appel&#233;e &#171; modernit&#233; &#187;, sur laquelle on glose depuis longtemps, il s'agit pour lui d'un v&#233;ritable basculement civilisationnel, qu'il ne nomme pas &#224; proprement parler sinon par d&#233;faut, et dont il n'entrevoit pas la direction. La th&#232;se ici d&#233;fendue est que son approche, fonci&#232;rement ouverte, interrogative et naturellement inachev&#233;e, pousse &#224; prendre au s&#233;rieux l'univers d&#233;crit par Ibn Khaldoun, penseur arabo-musulman du XIIIe si&#232;cle qui a d&#233;crit avec force un monde imp&#233;rial qui poss&#233;derait sa logique propre, &#224; laquelle nos soci&#233;t&#233;s occidentales semblent r&#233;pondre de plus en plus. Il est donc question ici de la transition entre l'&#233;puisement de notre modernit&#233; et l'aube d'une pr&#233;-modernit&#233;, soit du passage logique du monde de Cornelius Castoriadis &#224; l'univers Ibn Khaldoun &#8211; c'est-&#224;-dire, dans les termes castoriadiens, la m&#233;tamorphose de soci&#233;t&#233;s travers&#233;es par l'&lt;i&gt;autonomie&lt;/i&gt;, versant dans une &lt;i&gt;anomie&lt;/i&gt; conduisant progressivement &#224; l'&lt;i&gt;h&#233;t&#233;ronomie&lt;/i&gt; et, dans la langue khaldounienne, le retour &#224; un monde articulant &lt;i&gt;b&#233;douins&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;s&#233;dentaire&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt; apr&#232;s cette parenth&#232;se anthropologique qu'aura &#233;t&#233; l'histoire europ&#233;enne durant mille ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;fin&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; de la modernit&#233; chez Castoriadis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; &#224; Ath&#232;nes en 1922, Castoriadis entre en politique comme dissident trotskiste pendant la guerre et fondera en 1946 avec Claude Lefort le mythique groupe-revue &lt;i&gt;Socialisme ou barbarie,&lt;/i&gt; notamment &#224; partir de la question de la bureaucratisation des organisations ouvri&#232;res, r&#233;sonnant avec la nouvelle forme sociale-historique qui avait &#233;merg&#233; en URSS autour d'un pouvoir &lt;i&gt;total&lt;/i&gt; &#8211; totalitaire, dira-t-on, ou encore, en anticipant sur ce qui suit, proto-imp&#233;rial. D&#232;s le d&#233;but son interrogation porte, en termes contemporains, sur la fin des mouvements ouvriers visant l'auto-organisation populaire, au profit d'organes de direction s'affranchissant de la volont&#233; populaire &#8211; partis, syndicats, associations, etc. &#8211;, soit une verticalisation hi&#233;rarchique progressivement &#233;tendue &#224; tous les domaines de la vie sociale, ce qu'on pourrait appeler une &lt;i&gt;oligarchisation &lt;/i&gt;&lt;i&gt;g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;/i&gt; des soci&#233;t&#233;s occidentales. C'est, plus concr&#232;tement, une baisse globale de la conflictualit&#233; organis&#233;e autour du monde du travail (gr&#232;ves, manifestations, syndicalisation, etc.), au profit de jeux d'appareils mettant en place d'abord un corporatisme, puis un client&#233;lisme, avec, en toile de fond, la disparition de tout projet de soci&#233;t&#233; coh&#233;rent, de toute alternative radicale ou r&#233;volutionnaire, de toute utopie, qui avaient jusqu'ici irrigu&#233; les cultures occidentales depuis la Renaissance. Ce processus fondamental est, au fond et selon sa philosophie de la cr&#233;ation, sans cause derni&#232;re, l'institution humaine comme cr&#233;ation &#233;chappant &#224; tout d&#233;terminisme strict. Il pointe par contre des &#171; causes &#187; interm&#233;diaires, telle la soci&#233;t&#233; de consommation comme &#233;tablissement d'une certaine opulence qui fait taire, sans y r&#233;pondre, les revendications d'&#233;galit&#233; politique et de justice sociale ou, de l'autre c&#244;t&#233;, l'enfer terrestre qu'aura &#233;t&#233; le totalitarisme communiste, comme si la seule alternative politique ne pouvait &#234;tre qu'une instauration, ou une restauration, imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution, que Cornelius Castoriadis d&#233;crit inlassablement jusqu'&#224; sa mort en 1997, se r&#233;v&#232;le un v&#233;ritable basculement civilisationnel dont on peut d&#233;cliner les principaux aspects : les peuples europ&#233;ens, qui s'&#233;taient &#233;rig&#233;s en acteurs principaux de leur histoire sociale et politique depuis au moins le XVIIe si&#232;cle, subissent un d&#233;sarmement id&#233;ologique, organisationnel (la solidarit&#233; et la combativit&#233; populaires disparaissent) et r&#233;el ; l'auto-organisation populaire villageoise ou bourgeoise, paysanne et ouvri&#232;re se fond dans une d&#233;l&#233;gation g&#233;n&#233;ralis&#233;e de pouvoir au profit d'organes de commandement oligarchiques ; la notion d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral incarn&#233;e dans les communes, le syndicat, la classe ou la nation se dissout dans la r&#233;signation d'une soci&#233;t&#233; fatalement divis&#233;e en classes sociales, mais aussi en lobbys, en corporations ou en clans en rivalit&#233; permanente ; la vis&#233;e d'&#233;mancipation individuelle et collective laisse place &#224; une v&#233;ritable fin de l'histoire &#233;rigeant comme mod&#232;le une prosp&#233;rit&#233; pacificatrice contr&#244;l&#233;e par un &#201;tat surplombant. Ce monde nouveau est en r&#233;alit&#233; rien de moins qu'une sortie tendancielle de l'Occident tel qu'il s'&#233;tait auto-constitu&#233; depuis peut-&#234;tre mille ans, et c'est peut-&#234;tre hors de sa sph&#232;re d'influence qu'il faudrait alors trouver des crit&#232;res d'intelligibilit&#233; pour donner sens &#224; ce &#171; d&#233;labrement de l'Occident &#187; que d&#233;crivait Castoriadis, et qui pourrait se r&#233;v&#233;ler &#234;tre une authentique m&#233;tamorphose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exception occidentale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est chez un autre auteur que nous trouvons une analyse compl&#233;mentaire de cette sp&#233;cificit&#233; occidentale en sursis sur laquelle insistait Castoriadis. Gabriel Martinez-Gros, historien contemporain de l'islam m&#233;di&#233;val, d&#233;crit une p&#233;ninsule europ&#233;enne o&#249;, depuis l'an Mil, se forment exceptionnellement (de m&#234;me que dans la Gr&#232;ce Antique, pourrait-on ajouter) des soci&#233;t&#233;s singuli&#232;rement structur&#233;es &#224; la fois par un polycentrisme politique entre royaumes ou entre nations, des peuples &#224; la fois acteurs, productifs et en armes, des &#233;conomies d&#233;centralis&#233;es, que l'on dira &#171; capitalistes &#187;, ainsi qu'un d&#233;ploiement de souverainet&#233;s populaires puis de projets d&#233;mocratiques. S'y d&#233;roulent certes des pouss&#233;es unificatrices, pseudo-imp&#233;riales, en premier lieu les ambitions de l'&#201;glise, le Saint Empire romain germanique, les conqu&#234;tes coloniales, la domination napol&#233;onienne ou, plus pr&#232;s de nous, les &#233;pisodes totalitaires russe puis allemand &#8211; mais toutes &#233;chouent &#224; &#233;tablir un unique &#201;tat surplombant. Font corps avec cet univers occidental d'une exceptionnelle cr&#233;ativit&#233; ces nouveaut&#233;s civilisationnelles radicales que sont l'&#233;vacuation des divinit&#233;s, le changement progressif de la place des femmes, l'horizon de justice sociale, la sortie des h&#233;t&#233;ronomies h&#233;rit&#233;es, etc. C'est cette modernit&#233; qualifi&#233;e par Castoriadis d'&lt;i&gt;auto-institution explicite&lt;/i&gt; qu'il voit s'&#233;puiser depuis l'apr&#232;s-guerre en analysant avec une grande finesse &#8211; et un accablement non moins grand &#8211; les cahots de nos &#171; soci&#233;t&#233;s &#224; la d&#233;rive &#187;, selon son expression, d&#233;rive qui semble nous diriger vers un tout autre horizon, imp&#233;rial, et qui reste &#224; cerner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La logique imp&#233;riale d'Ibn Khaldoun&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre de l'Occident, c'est, pour Gabriel Martinez-Gros, les dynamiques imp&#233;riales d&#233;crites par Ibn Khaldoun (1332-1406) et dont il se fait l'excellent lecteur contemporain. Ses travaux, pourtant cruciaux, ne rencontrent pas d'&#233;cho &#224; la mesure de leur importance si ce n'est &#224; travers les analyses pr&#233;coces et brillantes d'un Guy Fargette&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que &#187; et &#171; La quatri&#232;me guerre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, encore plus m&#233;connu &#8211; mais la pens&#233;e, presque clandestine aujourd'hui, semble cantonn&#233;e aux interstices. Servi par une &#233;rudition impressionnante, Martinez-Gros d&#233;c&#232;le dans la logique imp&#233;riale d'Ibn Khaldoun une authentique pens&#233;e politique qu'il applique en 2006 &#224; l'empire arabo-musulman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibn Khaldoun ou les sept vies de l'islam, &#233;d. Actes Sud&#034; id=&#034;nh16-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; puis, en 2014, &#224; l'histoire universelle depuis l'antiquit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Br&#232;ve Histoire des empires. Comment ils naissent, comment ils s'effondrent, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des Assyriens aux Britanniques en passant par les Mac&#233;doniens, les Chinois, les Romains, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance de cette logique imp&#233;riale khaldounienne repose sur une dialectique entre la peur de la violence et l'app&#226;t du gain, dont l'articulation cyclique engendre deux types de collectivit&#233;s, les &lt;i&gt;s&#233;dentaires&lt;/i&gt; d'un c&#244;t&#233; et les &lt;i&gt;b&#233;douins&lt;/i&gt; de l'autre. Les premiers sont ces populations d&#233;sarm&#233;es peuplant le c&#339;ur de l'empire surplomb&#233; par un &#201;tat imp&#233;rial qui monnaye sa protection &#224; travers l'extorsion de l'imp&#244;t, principe unique de l'accumulation &#233;conomique. L'empire est universel, sans rival dans le monde connu, domin&#233; par une &#233;lite ethnico-religieuse g&#233;rant le troupeau des peuples et des cultures, bigarr&#233;s et hi&#233;rarchis&#233;s selon les rapports de force &#8211; on peut parler de multiculturalisme &lt;i&gt;r&#233;ellement existant.&lt;/i&gt; Aux p&#233;riph&#233;ries de l'empire, ou quelquefois &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me, existent ou se constituent les marges b&#233;douines, tribus brutales, arm&#233;es et soud&#233;es par une solidarit&#233; organique (la &lt;i&gt;&#8216;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;asabiya&lt;/i&gt;), convoitant l'opulence de l'empire qu'elles harc&#232;lent, pillent, infiltrent. Cette r&#233;serve de violence est &#224; la fois combattue et instrumentalis&#233;e par l'&#201;tat imp&#233;rial, contre d'autres barbares du &lt;i&gt;limes&lt;/i&gt; ou pour mater jacqueries et r&#233;voltes fiscales. Ces peuples des confins, ces tribus des &lt;i&gt;marches&lt;/i&gt; obtiennent finalement le monopole de la violence et s'instituent &#224; terme comme nouvel &#201;tat imp&#233;rial, fondant une nouvelle dynastie en spoliant, &#224; leur tour, les populations domestiqu&#233;es. Mais, au contact de la vie urbaine, de la prosp&#233;rit&#233; et du raffinement des &#233;lites d&#233;chues, ces barbares se civilisent en adoptant leur culture et, au fil des g&#233;n&#233;rations, se pacifient, perdent leur capacit&#233; de violence, donc celle de lever l'imp&#244;t comme celle de d&#233;fendre la ville imp&#233;riale des assauts des nouvelles marges pr&#233;datrices et jalouses qui surgissent in&#233;vitablement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sch&#233;ma, ce cycle, cette m&#233;canique aux multiples variations &#171; collent &#187; &#233;tonnamment &#224; l'histoire d&#232;s qu'une masse d&#233;mographique est d&#233;pass&#233;e : c'est ainsi que le Maghreb d'Ibn Khaldoun n'est d&#233;j&#224; plus dirig&#233; par les Arabes, naissant sous domination berb&#232;re, mourant sous le d&#233;but du r&#232;gne des mamelouks circassiens &#8211; tout comme, par exemple, les empereurs &#171; romains &#187; ne sont rapidement plus romains ou italiens, comme les empereurs &#171; chinois &#187; sont en r&#233;alit&#233; Mandchous, Mongols, etc. La grille de lecture khaldounienne est tout aussi stimulante intellectuellement que celles de Tocqueville, de Marx ou de Hegel, et &#233;claire, certes d'une lumi&#232;re lugubre, nos m&#233;tamorphoses pr&#233;sentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mutations de la vie culturelle, sociale et politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que les constats dress&#233;s par Castoriadis d&#232;s les ann&#233;es 1950-1960, et pr&#233;c&#233;demment &#233;voqu&#233;s, prennent un sens tout &#224; fait singulier : la disparition du mouvement ouvrier, c'est la fin de la &lt;i&gt;&#8216;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;asabi&lt;/i&gt;&lt;i&gt;y&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a&lt;/i&gt; populaire, l'&#233;tablissement d'un monde de s&#233;dentaires r&#233;gent&#233;s et ponctionn&#233;s par un &#201;tat &#233;tranger d&#233;poss&#233;dant ses populations domin&#233;es et sans aucune perspective ni coh&#233;sion. C'est dans la vie sociale, par exemple, le constat de la d&#233;socialisation, de la rupture des liens &#224; l'&#233;chelle du collectif de travail, de la famille, du voisinage, etc., parall&#232;lement &#224; ce qu'il appelle la &#171; &lt;i&gt; privatisation &lt;/i&gt; &#187; de l'existence, le repli sur la sph&#232;re dite &#171; priv&#233;e &#187; &#8211; ce que l'on appelle couramment l'&#171; individualisme &#187;. Castoriadis r&#233;fute fermement ce terme : il n'y a plus d'individu posant des choix originaux et singuliers, s'aventurant hors des normes en s'affrontant &#224; ses d&#233;sirs, comme les mondes grecs puis occidentaux en ont produit pendant des si&#232;cles &#8211; s'y substitue son contraire ; une masse conformiste (l'&#233;poque est celle du &#171; &lt;i&gt; conformisme g&#233;n&#233;ralis&#233;&lt;/i&gt; &#187;), &#233;go&#239;ste et indiff&#233;rente, l'industrie publicitaire promettant &#224; &#171; chacun &#187; tous les moyens de se d&#233;marquer des &#171; autres &#187; par la distinction consum&#233;riste, la &#171; &lt;i&gt;rat race&lt;/i&gt; &#187; tendant &#224; devenir le seul liant social &#8211; &lt;i&gt;better than the Jones&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expression populaire anglo-saxonne illustrant ce que David Riesman a appel&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est alors une &#171; mutation anthropologique &#187; qui s'effectue, le type d'&#234;tre humain fa&#231;onn&#233; par les soci&#233;t&#233;s occidentales abandonnant son &lt;i&gt;intranquil&lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;it&#233;&lt;/i&gt;, ses conflits et ses responsabilit&#233;s pour s'adonner, le plus naturellement du monde, au divertissement permanent, &#224; la consommation ostentatoire et &#224; ses hobbys, accompagnant cette &#171; &lt;i&gt;mont&#233;e de l'insignifiance&lt;/i&gt; &#187;. On retrouve cette derni&#232;re dans la vie intellectuelle et culturelle, o&#249; s'installe le r&#232;gne du &#171; &lt;i&gt;n'importe quoi&lt;/i&gt; &#187;, dissolvant peu &#224; peu tous les rep&#232;res permettant &#224; la pens&#233;e de s'orienter et de nourrir l'action politique. Il &#233;crivait, par exemple, en 1977 lors de l'entr&#233;e en sc&#232;ne des &#171; nouveaux philosophes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les divertisseurs &#187;, 1977.&#034; id=&#034;nh16-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce qui donne donc la possibilit&#233; &#224; Bernard-Henri L&#233;vy de parler et de publier, par exemple ? Comment se fait-il qu'il peut faire du marketing de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;philosophie&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, au lieu d'&#234;tre huiti&#232;me parfumeur dans le harem d'un sultan &#8211; ce qui serait peut-&#234;tre davantage dans &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ordre des choses ?&lt;/i&gt; &#187;. L'allusion ici au monde imp&#233;rial est bien s&#251;r pol&#233;mique, mais n'en est pas moins parlante, tout comme l'est sa d&#233;n&#233;gation en 1997, lors de sa derni&#232;re intervention publique : &#171; &lt;i&gt;Alors est-ce que cette situation est durable ? Est-ce que c'est passager ? Et combien durable, etc. ? On ne peut pas le dire, en tout cas je ne fais pas m&#233;tier de proph&#233;tie dans ce genre d'affaires. La soci&#233;t&#233; actuelle n'est certainement pas une soci&#233;t&#233; morte : on ne vit pas dans Byzance ou dans Rome du V&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle ap. J.-C., il y a toujours quelques mouvements, il y a des id&#233;es qui sortent, qui circulent, des r&#233;actions, etc., elles restent tr&#232;s minoritaires et tr&#232;s fragment&#233;es par rapport &#224; l'&#233;normit&#233; des t&#226;ches qui sont devant nous&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La capacit&#233; de reconna&#238;tre les soci&#233;t&#233;s autres va de pair avec la mise en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Inutile de d&#233;velopper en quoi l'immobilisme imp&#233;rial vers lequel nous tendons contraste violemment avec l'explosion g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'inventivit&#233; occidentale depuis le haut Moyen &#194;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vide politique, vide social et vide intellectuel, Castoriadis le condense dans une formule : la &#171; &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; des hobbys et des lobbys&lt;/i&gt; &#187; &#8211; qu'il est tentant de traduire par le plus c&#233;l&#232;bre &#171; panem et circenses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Insignifiance et nouveaux obscurantismes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant disparu il y a plus d'un quart de si&#232;cle, Castoriadis rend pensable l'&#233;mergence, sur ce vide envahissant, du wokisme d'un c&#244;t&#233; et des obscurantismes exog&#232;nes de l'autre, que l'on confond souvent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B&#233;rard Q. &#171; Wokisme et obscurantisme : articulations et compl&#233;mentarit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est ainsi f&#233;cond de rapprocher ses critiques impitoyables des mouvances pseudo-subversives des ann&#233;es 1960 aux ann&#233;es 1990 de celles d'aujourd'hui : on y retrouve la m&#234;me radicalit&#233; absurde, la m&#234;me absence de toutes perspectives politiques, les m&#234;mes mythologies d&#233;lirantes et le m&#234;me avachissement de la pens&#233;e, le tout rationalis&#233; et encens&#233; par ces intellectuels, ces &#171; &lt;i&gt; divertisseurs &lt;/i&gt; &#187; &#224; la mode, dont la fonction est bien de faire &#171; &lt;i&gt;penser &#224; c&#244;t&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B&#233;rard Q. &#171; Le wokisme &#224; la lecture de C. Castoriadis &#187;, site Mezetulle.fr, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parall&#232;lement, h&#233;rit&#233;e de son analyse en profondeur des apories marxistes qui l'avait &#233;videmment immunis&#233; contre leurs grands recyclages dans le tiers-mondisme, on ne peut que constater l'actualit&#233; frappante de sa f&#233;roce lucidit&#233; quant aux cultures extra-europ&#233;ennes, &#224; l'immigration, &#224; l'islam ou au multiculturalisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B&#233;rard Q. &#171; Castoriadis et les bien-pensants &#187;, site Mezetulle.fr, 12 et 13 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, lorsqu'on conna&#238;t aujourd'hui le caract&#232;re invasif de ces th&#233;matiques. Wokisme et obscurantisme prennent sous nos yeux des significations tr&#232;s particuli&#232;res dans notre cadre proto-imp&#233;rial : le premier est devenu une v&#233;ritable id&#233;ologie imp&#233;riale intimidante, visant la pacification des peuples domin&#233;s, quasi-religion de la caste dominante qui se substitue &#224; leur capacit&#233; d'agir, comme l'ont &#233;t&#233; le christianisme dans l'empire romain et le bouddhisme dans l'empire chinois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour reprendre les th&#232;ses tr&#232;s stimulantes du m&#234;me Martinez-Gros dans son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tandis que le second est l'appel (la &lt;i&gt;dawa&lt;/i&gt;) des b&#233;douins infiltrant les villes imp&#233;riales et menant le troisi&#232;me assaut historique sur le vieux continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, l'insignifiance qu'il diagnostiquait n'est plus de mise : elle s'est transform&#233;e en une sur-signifiance : que l'on pense aux passions &#8211; bien mauvaises &#8211; voire aux hyst&#233;ries &#8211; plus ou moins int&#233;ress&#233;es &#8211; que d&#233;clenchent des mots qui, jusqu'&#224; une date r&#233;cente, ne soulevaient pas une paupi&#232;re, comme &#171; la&#239;cit&#233; &#187;, &#171; race &#187;, &#171; colonisation &#187;, &#171; identit&#233; &#187;, etc. Il faudrait rajouter &#171; femme &#187;, &#171; proph&#232;te &#187;, &#171; Blanc &#187;, &#171; Juif &#187;, etc. Comme si ces mots acqu&#233;raient de nouveau un sens, mais un sens r&#233;solument nouveau, lourd et mena&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;&#201;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;clipse prolong&#233;e&lt;/i&gt; &#187; du projet d'autonomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus fondamentalement, Castoriadis d&#233;finit l'Occident comme issu d'une double ontologie, dont on n'a jamais mesur&#233; la puissance heuristique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; D'un c&#244;t&#233;, le &#171; &lt;i&gt;projet d'autonomie&lt;/i&gt; &#187;, apparu en Gr&#232;ce antique, r&#233;invent&#233; dans l'Europe m&#233;di&#233;vale, visant l'&#233;mancipation individuelle et collective contre l'h&#233;t&#233;ronomie, c'est-&#224;-dire l'auto-institution &lt;i&gt;explicite&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233; sous la forme de la d&#233;mocratie, l'interrogation illimit&#233;e irriguant la philosophie et la science, la cr&#233;ativit&#233; sociale-historique. Il voit ce projet se d&#233;ployer dans l'histoire, dans toutes les dimensions ouvertes par l'auto-gouvernement des villes franches contre les pouvoirs seigneuriaux, les m&#233;tamorphoses de la Renaissance, les Lumi&#232;res, les r&#233;volutions classiques (hollandaise, anglaise, am&#233;ricaine, fran&#231;aise) puis les mouvements ouvriers auto-organis&#233;s et insurrectionnels, se dispersant au XXe si&#232;cle dans les mouvements f&#233;ministes, &#233;cologistes, r&#233;gionalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; De l'autre c&#244;t&#233;, l'autre noyau ontologique occidental, ce qu'il a nomm&#233; l'&#171; &lt;i&gt;expansion illimit&#233;e de la (pseudo) ma&#238;trise (pseudo) rationnelle&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire ce prurit d'accumulation, de contr&#244;le, de puissance, d'instrumentalisation de l'existant, que l'on retrouve &#224; la fois dans l'&#233;conomisme capitaliste (et communiste), l'inflation techno-scientifique, l'emprise des pouvoirs oligarchiques (notamment gouvernementaux ou patronaux), avec comme point culminant l'institution du totalitarisme, en germe dans la Terreur r&#233;volutionnaire, amen&#233;e &#224; un point in&#233;gal&#233; par le stalinisme puis le mao&#239;sme et leurs funestes avatars. Deux dynamiques singuli&#232;rement occidentales, distinctes et oppos&#233;es mais que l'on voit entrelac&#233;es autour des notions de raison, de lib&#233;ralisme, de technique, d'utopie ou de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans surprise, au vu de ce qui pr&#233;c&#232;de, Castoriadis voit un affaissement gravissime de ce projet d'autonomie gr&#233;co-occidental, une &#171; &lt;i&gt;&#233;clipse prolong&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. La dynamique, quasi-mill&#233;naire, d'&#233;mancipation sociale des diff&#233;rentes h&#233;t&#233;ronomies s'estompe depuis le mitan du XXe si&#232;cle, et l'activit&#233; consciente des peuples cesse d'&#234;tre l'acteur principal de l'histoire. Leur retrait cong&#233;die la perspective de soci&#233;t&#233;s autonomes instaurant des d&#233;mocraties directes. Le r&#233;gime occidental actuel, le syst&#232;me repr&#233;sentatif, d'&#171; &lt;i&gt;oligarchie lib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187;, se g&#233;n&#233;ralise mais, faute de perspective, s'effrite et s'enraye, les multiples droits conquis de haute lutte au fil des si&#232;cles se voyant progressivement rong&#233;s par une reprise des m&#233;canismes classiques d'arbitraires bureaucratiques politico-&#233;conomiques. Il en va de m&#234;me pour la vie de l'esprit, o&#249; l'engourdissement culturel dans le &#171; &lt;i&gt; touristico-mus&#233;ique&lt;/i&gt; &#187; st&#233;rilise peu &#224; peu tous les domaines o&#249; elle s'&#233;tait d&#233;velopp&#233;e. Pire : la r&#233;flexivit&#233;, la capacit&#233; de critique et d'auto-interrogation se pervertissent en autod&#233;nigrement, culpabilit&#233;, repentance et haine de soi &#8211; que Castoriadis comprend comme refus fondamental de la socialit&#233; comme telle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Les racines psychiques et sociales de la haine &#187;, 1996.&#034; id=&#034;nh16-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; qui rationalisent ce &#171; &lt;i&gt;d&#233;labrement de l'Occident&lt;/i&gt; &#187; et constituent aujourd'hui la colonne vert&#233;brale de l'id&#233;ologie de l'&#233;lite, dominante et minoritaire. La rupture de cette histoire presque mill&#233;naire nous fait changer non seulement de soci&#233;t&#233; mais de monde, de civilisation, et il ne semble pas difficile de voir en quoi cette fin du projet d'autonomie, m&#234;me si des r&#233;actions populaires viennent r&#233;guli&#232;rement rappeler qu'il n'est peut-&#234;tre pas compl&#232;tement mort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B&#233;rard Q. &#171; Les gilets jaunes face &#224; l'empire &#187;, site collectiflieuxcommuns.&#034; id=&#034;nh16-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pointe vers l'univers imp&#233;rial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;tamorphose de l'&#171; &lt;i&gt;expansion illimit&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; d&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; la ma&#238;trise rationnelle&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose est plus compliqu&#233;e concernant le &#171; noyau imaginaire &#187; de l'expansion illimit&#233;e de la (pseudo) ma&#238;trise (pseudo) rationnelle. Loin d'&#234;tre d&#233;clinante, elle semble changer de nature m&#234;me si les &#233;crits de Castoriadis restent allusifs. Il y a cette &#233;tatisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'existence, l'ali&#233;nation presque compl&#232;te de la soci&#233;t&#233; aux r&#233;seaux de pouvoirs, proportionnelle &#224; l'absence notable d'auto-organisation populaire &#8211; ou sans suite. Cette &#233;tatisation, et c'est capital si l'on peut dire, atteint &#233;videmment la sph&#232;re &#233;conomique : tr&#232;s loin de la fable d'un &#171; lib&#233;ralisme triomphant &#187; que la gauche entonne rituellement, Castoriadis, en bon &#233;conomiste, identifie clairement l'&#201;tat comme occupant le centre de la vie &#233;conomique, caract&#233;risant l&#224;, spectaculairement, un trait imp&#233;rial de premi&#232;re importance, &#224; l'oppos&#233; d'une dynamique d'accumulation ind&#233;pendante de tout pouvoir qui est au c&#339;ur des m&#233;canismes capitalistes. Il y aurait d'autant plus lieu de s'interroger sur la nature ou l'existence du &#171; capitalisme &#187; actuel que Castoriadis, pour &#233;voquer un capitalisme sans les contrepoids et r&#233;sistances qu'ont &#233;t&#233; les mouvements populaires formels ou diffus l'obligeant pendant des si&#232;cles &#224; se r&#233;former contin&#251;ment, &#233;voque &#171; &lt;i&gt;un animal social-historique &lt;/i&gt;&lt;i&gt;totalement diff&#233;rent&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'&#233;poque du conformisme g&#233;n&#233;ralis&#233; &#187;, 1989 et &#171; Marxisme-l&#233;ninisme, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; Effectivement, nombre d'observateurs notent la g&#233;n&#233;ralisation d'un &#171; capitalisme &#187; r&#233;pondant de moins en moins aux crit&#232;res classiques et adoptant des traits d'une accumulation &#171; f&#233;odale &#187; ou &#171; antique &#187; &#8211; consommation ostentatoire, logiques renti&#232;res, ententes et n&#233;potisme g&#233;n&#233;ralis&#233;s, pr&#233;dations et d&#233;pendances, etc. &#8211; c'est-&#224;-dire des formes sociales pr&#233;-modernes. Bien s&#251;r, les soci&#233;t&#233;s occidentales sont encore loin de la st&#233;rilit&#233; imp&#233;riale et la surench&#232;re technologique s'acc&#233;l&#232;re, mais Castoriadis avait not&#233; depuis longtemps que les grands paradigmes scientifiques, dont certains datent de plus d'un si&#232;cle, ne connaissent aucune r&#233;volution malgr&#233; les crises profondes qui traversent toutes les disciplines, &#224; l'image de la vie artistique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Transformation sociale et cr&#233;ation culturelle &#187;, 1978 et surtout &#171; Science (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout se passe comme si, emport&#233; par une inertie sociale-historique et coup&#233; de tout ressort cr&#233;atif, l'univers technologique s'&#233;tait auto-constitu&#233; et poursuivait sa course sans but&#233;e ni contre-tendances&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B&#233;rard Q. &#171; D&#233;veloppement technique et configuration g&#233;opolitique &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question du totalitarisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question importante, et li&#233;e, ne peut &#234;tre ici qu'esquiss&#233;e : celle de l'actualit&#233; du totalitarisme. Si Castoriadis le qualifiait dans les ann&#233;es 1950-60 de &#171; &lt;i&gt;capitalisme bureaucratique total&lt;/i&gt; &#187; (oppos&#233; &#224; celui, &#171; &lt;i&gt; fragment&#233; &lt;/i&gt; &#187;, des soci&#233;t&#233;s occidentales), il le d&#233;crit par la suite comme une soci&#233;t&#233; o&#249; l'expansion illimit&#233;e de la (pseudo) ma&#238;trise (pseudo) rationnelle se d&#233;ployait librement en l'absence d'institution socio-politique h&#233;rit&#233;e d'un projet d'autonomie historique &#8211; cas de la Russie, de la Chine, etc. Cet h&#233;ritage &#233;tant progressivement rogn&#233; en Occident, la question de l'actualit&#233; de dynamiques totalitaires se pose s&#233;rieusement, d'autant que se d&#233;veloppent au sein de nos soci&#233;t&#233;s deux dynamiques ind&#233;pendantes mais convergentes : d'un c&#244;t&#233; la puissance des capacit&#233;s de surveillance, de contr&#244;le et de manipulation fournies par les technologies num&#233;riques, et de l'autre les r&#233;flexes authentiquement proto-totalitaires que reprennent les franges stalino-gauchistes aujourd'hui au service des mouvances communautaristes, racialistes et islamistes en plein essor. Mais le totalitarisme reste une &#233;manation typiquement moderne, en tant qu'id&#233;al de ma&#238;trise absolue, notamment des &#226;mes &#8211; l'emprise imp&#233;riale se satisfaisant d'une domination sans partage, &#171; suffisamment quant &#224; l'usage &#187;, pour reprendre une expression aristot&#233;licienne. Consid&#233;rer le totalitarisme comme l'expression moderne de pouss&#233;es imp&#233;riales permet de comprendre son &#233;mergence princeps au cours de l'histoire dans des r&#233;gions semi-occidentalis&#233;es et d'envisager les formes hybrides qui surgiront &#224; l'avenir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les destin&#233;es du totalitarisme &#187;, 1981, cf. aussi B&#233;rard Q. &#171; Islamisme, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis &#224; la lumi&#232;re d'Ibn Khaldoun&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible de lire sur ce point Castoriadis &#224; la lumi&#232;re des th&#232;ses d'Ibn Khaldoun, et d'&#233;clairer anthropologiquement ces deux &#171; &lt;i&gt;noyaux imaginaires&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi Castoriadis, voyant les pr&#233;misses de cette &#171; &lt;i&gt;expansion illimit&#233;e de la ma&#238;trise rationnelle &lt;/i&gt; &#187; dans la bureaucratie eccl&#233;siastique m&#233;di&#233;vale tardive, et celle-ci &#233;tant un reliquat nostalgique de l'empire romain, il ne semble pas impertinent de la consid&#233;rer comme une forme modernis&#233;e, c'est-&#224;-dire rationalis&#233;e, technicis&#233;e et illimit&#233;e de la domination structurant les empires historiques, ontologiquement totalisants, centralis&#233;s et autoritaires. De mani&#232;re compl&#233;mentaire, si Castoriadis s'en tenait aux moments grec et europ&#233;en pour d&#233;crire le &#171; &lt;i&gt;projet d'autonomie &lt;/i&gt;&lt;i&gt;individuelle et collective&lt;/i&gt; &#187;, il pouvait conc&#233;der l'existence de proto-autonomies extra-occidentales : sans doute alors pourrait-on le concevoir comme une syst&#233;matisation, une radicalisation et une institutionnalisation de ces moments anti-imp&#233;riaux, progressivement interstitiels, de polycentrisme g&#233;opolitique o&#249; la rivalit&#233; et l'&#233;mulation entre entit&#233;s stables (cit&#233;s-&#201;tats, royaumes, nations) font surgir une cr&#233;ativit&#233; tous azimuts, un r&#233;alisme pratique et une tendance &#233;galitaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette dialectique, on lira David Cosandey, Le secret de l'Occident, pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ne serait, d&#232;s lors, pas illogique que cette dialectique, cristallis&#233;e dans la civilisation occidentale qui aura repris en les m&#233;tamorphosant deux tendances de l'histoire universelle, accouche, en se d&#233;faisant, d'une logique imp&#233;riale, forc&#233;ment particuli&#232;re, hors de laquelle elle s'&#233;tait institu&#233;e dix si&#232;cles durant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dimensions g&#233;opolitiques du basculement imp&#233;rial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier point de comparaison : l'&#233;chelle g&#233;opolitique. Notoirement lucide sur les &#171; socialismes r&#233;ellement existants &#187;, Castoriadis n'a jamais &#233;t&#233; dupe des r&#233;gimes non-occidentaux issus des d&#233;colonisations aux barbaries plus ou moins sanglantes, et encore moins complaisant envers les internationalismes masquant de &#171; nouveaux &#187; imp&#233;rialismes. Mais il est un pan de son travail particuli&#232;rement m&#233;connu : celui relatif &#224; l'analyse de la Russie post-stalinienne. Il n'a &#233;t&#233; ainsi que tr&#232;s rarement fait &#233;tat de son id&#233;e de &#171; &lt;i&gt; stratocratie &lt;/i&gt; &#187;, organisation sociale structur&#233;e autour de l'institution militaire, et de sa formule &#171; &lt;i&gt;la Force Brute pour la Force Brute&lt;/i&gt; &#187;, alors qu'elles pr&#233;figuraient de mani&#232;re extraordinaire l'actuelle Russie poutinienne et sa tentative de restauration du tsarisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B&#233;rard Q. &#171; Islamisme, totalitarisme,&#8230; &#187;, op. cit. ainsi que Raffaele (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cette pr&#233;dominance de l'institution de la violence arm&#233;e est peut-&#234;tre une des caract&#233;ristiques les plus constantes du monde imp&#233;rial &#8211; &lt;i&gt;imperium&lt;/i&gt;, le pouvoir du glaive &#8211; et de ses guerres permanentes. S'il serait abusif de voir une quelconque prescience dans les mises en garde de Castoriadis face au danger russe et &#224; l'impuissance occidentale, notamment europ&#233;enne, qui ont donn&#233; lieu &#224; d'infinis malentendus et moqueries, elles m&#233;riteraient, tout comme son travail concomitant et tr&#232;s cons&#233;quent sur la guerre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la reprise de ses &#233;crits dans Guerre et Th&#233;ories de la guerre (&#201;crits (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'&#234;tre aujourd'hui reconsid&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Objections castoriadiennes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inversons, pour finir, la question pour nous demander ce qui, dans l'&#339;uvre de Castoriadis, s'opposerait &#224; l'hypoth&#232;se d'un horizon imp&#233;rial pour nos soci&#233;t&#233;s. Cette question semble ne recevoir qu'une r&#233;ponse : c'est le fond de sa philosophie, ce qu'il jugeait son apport principal dans le domaine de la philosophie politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La capacit&#233;&#8230; &#187;, op. cit.&#034; id=&#034;nh16-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'id&#233;e que les soci&#233;t&#233;s humaines &#233;manent d'un imaginaire radical, et qu'en tant qu'institutions &lt;i&gt;imaginaires&lt;/i&gt;, elles sont des cr&#233;ations humaines &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt; &#8211; alors que la logique imp&#233;riale est un d&#233;terminisme plein, qui plus est transhistorique. &#192; cela une r&#233;ponse s&#233;rieuse existe, sans doute la seule, tir&#233;e de sa m&#234;me philosophie : les d&#233;terminismes s'imposent dans la mesure exacte o&#249; la cr&#233;ativit&#233; sociale-historique se tarit, o&#249; la volont&#233; d'&#233;mancipation s'estompe, o&#249; le projet d'autonomie recule face &#224; l'&#233;ternel retour de l'h&#233;t&#233;ronomie, &#171; &lt;i&gt;pente naturelle&lt;/i&gt; &#187; de l'&#234;tre humain, lorsque plus rien ne s'oppose &#224; la cl&#244;ture sur elles-m&#234;mes des significations sociales &#8211; et tel &#233;tait le quotidien du psychanalyste qu'il &#233;tait, confront&#233; &#224; la r&#233;p&#233;tition n&#233;vrotique du sujet. La logique imp&#233;riale, en tant que fonctionnement spontan&#233; des grandes soci&#233;t&#233;s qui perdure dans de multiples institutions comme dans la transmission de types anthropologiques, serait la pente naturelle des soci&#233;t&#233;s humaines. On pourrait alors se demander pourquoi, conscient comme personne de ce lent effondrement occidental, qu'il comparait &#224; celui, plus brutal, du &#171; bloc de l'Est &#187;, il ne s'est pas, de lui-m&#234;me, pench&#233; sur ce retour possible de la logique imp&#233;riale. D'autant que, grec d'origine, il s'&#233;tait arrach&#233; &#224; un monde encore largement pr&#233;-moderne, naissant au moment pr&#233;cis (1922) o&#249; la p&#233;ninsule hell&#233;nique s'&#233;mancipait enfin de quatre si&#232;cles de tutelle de l'empire ottoman. Sans doute que, ayant embrass&#233; t&#244;t la patrie de la modernit&#233; qu'&#233;tait la France &#224; ses yeux, il n'a jamais pu se r&#233;soudre &#224; envisager que cet Occident, qu'il voulait voir se d&#233;passer lui-m&#234;me dans une autonomie collective ou d&#233;mocratie directe, puisse d&#233;valer aussi rapidement cette pente historique par un mouvement acc&#233;l&#233;r&#233;, au point de s'offrir aussi rapidement au retour d'un n&#233;o-obscurantisme g&#233;n&#233;ralis&#233; qu'il osait croire rel&#233;gu&#233; d&#233;finitivement dans un pass&#233; r&#233;volu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avril 2018 &#8211; d&#233;cembre 2024&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb16-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cornelius Castoriadis, &#171; Individu, soci&#233;t&#233;, rationalit&#233;, histoire &#187;, 1998, in &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe III&lt;/i&gt;, Seuil, 1990, r&#233;ed. 2000, p.67.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?551-Renaissance-d-un-imperialisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que&lt;/a&gt; &#187; et &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?181-La-quatrieme-guerre-mondiale-s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance&lt;/a&gt; &#187;, respectivement dans le bulletin &lt;i&gt;Le cr&#233;puscule du XX&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle&lt;/i&gt;, n&#176;13 de 2005 et n&#176;16 de 2006, repris dans livre in&#233;dit &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1055-Crepuscule-de-l-Occident-ou-du-XXe-siecle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XX&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle ?&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (2019, 260 p.), p. 7 et 17. On lira, pour une synth&#232;se, &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1121-Cites-Empires-Nations&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cit&#233;s, Empires, Nations&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le cr&#233;puscule du XX&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle&lt;/i&gt; n&#176;38-39, mai 2021. Textes disponibles sur le site &lt;i&gt;collectiflieuxcommuns.fr&lt;/i&gt;. &#201;voquons aussi, pour &#234;tre complet, les interventions d'Aur&#233;lien Marq dans les colonnes de &lt;i&gt;Causeur.fr.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibn Khaldoun ou les sept vies de l'islam&lt;/i&gt;, &#233;d. Actes Sud&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Br&#232;ve H&lt;/i&gt;&lt;i&gt;istoire des empires. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Comment ils naissent, comment ils s'effondrent&lt;/i&gt;, &#233;d. Seuil, o&#249; l'on trouvera le mieux d&#233;crit le contraste Occident / monde imp&#233;rial &#233;voqu&#233; au paragraphe pr&#233;c&#233;dent. On lira &#233;galement son synth&#233;tique et tr&#232;s incisif &lt;i&gt;Fascination du Djihad&lt;/i&gt;, 2016, Puf.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Expression populaire anglo-saxonne illustrant ce que David Riesman a appel&#233; en 1950 dans &lt;i&gt;La foule &lt;/i&gt;solitaire (Arthaud, 1964) la personnalit&#233; &#171; extro-d&#233;termin&#233;e &#187; (&#171; other-directed &#187;) prise dans la course aux signes ext&#233;rieurs de r&#233;ussite, anticipant ainsi le diagnostic d'un retour &#224; des civilisations de la honte, et plus de la culpabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?684-Les-divertisseurs-1-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les divertisseurs&lt;/a&gt; &#187;, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1115-La-capacite-de-reconnaitre-les-societes-autres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La capacit&#233; de reconna&#238;tre les soci&#233;t&#233;s autres va de pair avec la mise en question de ses propres institutions&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B&#233;rard Q. &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1112-Wokisme-et-obscurantisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Wokisme et obscurantisme : articulations et compl&#233;mentarit&#233;s&lt;/a&gt; &#187; revue en ligne &lt;i&gt;Frontpopulaire.fr&lt;/i&gt;, 11 juillet 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;B&#233;rard Q. &#171; &lt;a href=&#034;https://www.mezetulle.fr/le-wokisme-a-la-lecture-de-c-castoriadis-par-quentin-berard/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le wokisme &#224; la lecture de C. Castoriadis&lt;/a&gt; &#187;, site &lt;i&gt;Mezetulle.fr&lt;/i&gt;, 25 novembre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;B&#233;rard Q. &#171; &lt;a href=&#034;https://www.mezetulle.fr/castoriadis-et-les-bien-pensants-par-quentin-berard-1re-partie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Castoriadis et les bien-pensants&lt;/a&gt; &#187;, site &lt;i&gt;Mezetulle.fr&lt;/i&gt;, 12 et 13 d&#233;cembre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour reprendre les th&#232;ses tr&#232;s stimulantes du m&#234;me Martinez-Gros dans son ouvrage ult&#233;rieur &lt;i&gt;La tra&#238;ne des empires, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;impuissance et religion&lt;/i&gt;, Pass&#233;s compos&#233;s, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?6-Les-racines-psychiques-et-sociales&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les racines psychiques et sociales de la haine&lt;/a&gt; &#187;, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B&#233;rard Q. &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?999-Les-gilets-jaunes-face-a-l-empire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les gilets jaunes face &#224; l'empire&lt;/a&gt; &#187;, site &lt;i&gt;collectiflieuxcommuns.fr&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; L'&#233;poque du conformisme g&#233;n&#233;ralis&#233; &#187;, 1989 et &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?981-L-effondrement-du-marxisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marxisme-l&#233;ninisme, la pulv&#233;risation&lt;/a&gt; &#187;, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?62-transformation-sociale-et-creation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Transformation sociale et cr&#233;ation culturelle&lt;/a&gt; &#187;, 1978 et surtout &#171; Science moderne et interrogation philosophique &#187;, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B&#233;rard Q. &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1066-Developpement-technique-et-configuration-geopolitique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; D&#233;veloppement technique et configuration g&#233;opolitique &#187;&lt;/a&gt;, site &lt;i&gt;collectiflieuxcommuns.fr&lt;/i&gt;, ao&#251;t 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Les destin&#233;es du totalitarisme &#187;, 1981, cf. aussi B&#233;rard Q. &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?870-Islamisme-totalitarisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Islamisme, totalitarisme, imp&#233;rialisme&lt;/a&gt; &#187;, site &lt;i&gt;collectiflieuxcommuns.fr&lt;/i&gt;, ao&#251;t 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur cette dialectique, on lira David Cosandey, &lt;i&gt;Le secret de l'Occident, pour une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du progr&#232;s scientifique&lt;/i&gt;, 2008 Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B&#233;rard Q. &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?870-Islamisme-totalitarisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Islamisme, totalitarisme,&lt;/a&gt;&#8230; &#187;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; ainsi que Raffaele Alberto Ventura, &#171; &lt;a href=&#034;https://legrandcontinent.eu/fr/2022/02/25/castoriadis-devant-la-guerre-en-ukraine/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Castoriadis devant la guerre en Ukraine&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Grand Continent&lt;/i&gt;, 25 f&#233;vrier 2022. On mentionnera, pour l'histoire, qu'il ne semble n'y avoir que Guy Fargette qui reprit pr&#233;cocement ces analyses pour comprendre l'effondrement de l'URSS, cf. &lt;i&gt;Les mauvais jours finiront&#8230;&lt;/i&gt; Bulletin n&#176;9, &#171; Synth&#232;se de la situation en URSS &#187;, juin 1989, n. 12, pp.19-21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir la reprise de ses &#233;crits dans &lt;i&gt;Guerre et Th&#233;ories de la guerre (&#201;crits politiques, 1945-1997, VI)&lt;/i&gt;, &#201;d. du Sandre, Paris, 2016&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1115-La-capacite-de-reconnaitre-les-societes-autres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La capacit&#233;&lt;/a&gt;&#8230; &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le rapport &#224; la nature chez les ruraux et chez les urbains au XIXe si&#232;cle (2/2)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1186-Le-rapport-a-la-nature-chez-les-ruraux-et-chez-les-urbains</link>
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		<dc:date>2025-03-13T08:49:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie (d&#233;)coloniale</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;v&#234;que Ch. </dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie disponible ici (.../...) Les paysans vus par Monfalcon, 1824 (NB. Les &#171; fautes d'orthographe &#187; sont reproduites telles quelles). &#171; Les paysans n'ont, en fait de m&#339;urs domestiques, aucune d&#233;licatesse. Ils n'invoquent la morale, &#224; propos d'une de leurs filles s&#233;duites, que si le s&#233;ducteur est riche et craintif. Les enfants, jusqu'&#224; ce que l'&#201;tat les leur arrache, sont des capitaux ou des instruments de bien-&#234;tre. L'int&#233;r&#234;t est devenu, surtout depuis 1789, le seul mobile (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-264-Ecologie-de-coloniale-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie (d&#233;)coloniale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-279-Leveque-Ch-+" rel="tag"&gt;L&#233;v&#234;que Ch. &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1185-Le-rapport-a-la-nature-chez-les-ruraux-et-chez-les-urbains' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les paysans vus par Monfalcon, 1824&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(NB. Les &#171; fautes d'orthographe &#187; sont reproduites telles quelles).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les paysans n'ont, en fait de m&#339;urs domestiques, aucune d&#233;licatesse.
Ils n'invoquent la morale, &#224; propos d'une de leurs filles s&#233;duites, que si le
s&#233;ducteur est riche et craintif. Les enfants, jusqu'&#224; ce que l'&#201;tat les leur
arrache, sont des capitaux ou des instruments de bien-&#234;tre. L'int&#233;r&#234;t est
devenu, surtout depuis 1789, le seul mobile de leurs id&#233;es ; il ne s'agit jamais
pour eux de savoir si une action est l&#233;gale ou immorale, mais si elle est
profitable. La moralit&#233;, qu'il ne faut pas confondre avec la religion, commence
&#224; l'aisance ; comme on voit, dans la sph&#232;re sup&#233;rieure, la d&#233;licatesse fleurir
dans l'&#226;me quand la Fortune a dor&#233; le mobilier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'homme absolument probe et moral est, dans la classe des paysans, une
exception. Les curieux demanderont pourquoi ? De toutes les raisons qu'on
peut donner de cet &#233;tat de choses, voici la principale. Par la nature de leurs
fonctions sociales, les paysans vivent d'une vie purement mat&#233;rielle, qui
se rapproche de l'&#233;tat sauvage auquel les invite leur union constante avec
la Nature. Le travail, quand il &#233;crase le corps, &#244;te &#224; la pens&#233;e son action
purifiante, surtout chez des gens ignorants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'industrie agricole est peu d&#233;velopp&#233;e dans les pays mar&#233;cageux ; des
obstacles d'une grande force s'opposent &#224; son perfectionnement. On
appelle en Bresse des ouvriers &#233;trangers pour exploiter les terres, b&#226;tir les
fermes, &#233;lever les chauss&#233;es des &#233;tangs, car ces travaux grossiers sont au-dessus de l'intelligence des indig&#232;nes. En vain on distribuerait aux habitants
des pays mar&#233;cageux les graines de c&#233;r&#233;ales les meilleures, les instruments
aratoires les plus &#233;conomiques, les plus parfaits, les engrais les plus actifs
pour f&#233;conder leur sol, et pour am&#233;liorer leurs chevaux et leurs bestiaux,
de bons &#233;talons, des taureaux, des b&#233;liers de belle race, presque tous
refusaient obstin&#233;ment de s'en servir, et les autres ne les emploieraient
qu'avec une extr&#234;me n&#233;gligence. En vain on leur montrerait un moyen facile
de s'affranchir de leur mis&#232;re, en couvrant d'arides champs de seigle de
prairies artificielles opulentes, ils r&#233;pondraient d'une commune voix, ce n'est
pas la coutume. S'ils avaient des engrais, au lieu de les employer &#224; tripler les
produits de la culture, ils n'h&#233;siteraient pas &#224; les vendre, et sacrifieraient &#224; un
petit gain du moment un b&#233;n&#233;fice consid&#233;rable mais qu'il faudrait attendre.
Et comment en serait-il autrement ; quelle a &#233;t&#233; leur &#233;ducation premi&#232;re,
quels ont &#233;t&#233; les soins qu'ils ont re&#231;us de leur famille ! La tendresse paternelle
est inconnue dans ces contr&#233;es. Un sarrau de toile grossi&#232;re, un peu de pain
noir, voil&#224; la partie fondamentale des soins que l'on donne aux enfants ; ils
sont abandonn&#233;s &#224; eux-m&#234;mes, trait&#233;s brutalement et beaucoup moins bien
que les bestiaux ou le cheval de la maison. D&#232;s que leur &#226;ge les rend utiles
(c'est exclusivement sous ce rapport qu'ils fixent quelquefois l'attention de
leurs parents), on les envoie aux champs garder des porcs ou des oies. Un
peu de cat&#233;chisme qu'ils apprennent sans le comprendre, telle est l'&#233;ducation
donn&#233;e &#224; leur intelligence ; on les met au labour d&#232;s qu'ils en ont la force,
et les voil&#224; agriculteurs. On trouve &#224; peine dans une commune deux ou
trois individus qui sachent lire ; l'ignorance est universelle, et nulle part elle
ne porte mieux ses fruits. Comment ces individus pourraient-ils raisonner
juste, jamais ils n'ont rien compar&#233;. On a vu quelle &#233;tait l'&#233;ducation de leur
intelligence, comment s'&#233;tonner qu'ils soient craintifs, peureux, superstitieux,
et que la foi aux sorciers se maintienne encore dans leurs chaumi&#232;res ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monfalcon JB. (1824) Histoire des marais et des maladies caus&#233;es par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les paysans vus par Honor&#233; de Balzac, 1845&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au bout des champs moissonn&#233;s, sur lesquels &#233;taient les charrettes
o&#249; s'empilaient les gerbes, il y avait une centaine de cr&#233;atures qui, certes,
laissaient bien loin les plus hideuses conceptions que les pinceaux de
Murillo, de T&#233;niers, les plus hardis en ce genre, et les figures de Callot, ce
po&#232;te de la fantaisie des mis&#232;res, aient r&#233;alis&#233;es ; leurs jambes de bronze,
leurs t&#234;tes pel&#233;es, leurs haillons d&#233;chiquet&#233;s, leurs couleurs, si curieusement
d&#233;grad&#233;es, leurs d&#233;chirures humides de graisse, leurs reprises, leurs taches, les
d&#233;colorations des &#233;toffes, les trames mises &#224; jour, enfin leur id&#233;al du mat&#233;riel
des mis&#232;res &#233;tait d&#233;pass&#233;, de m&#234;me que les expressions avides, inqui&#232;tes,
h&#233;b&#233;t&#233;es, idiotes, sauvages de ces figures, avaient sur les immortelles
compositions de ces princes de la couleur, l'avantage &#233;ternel que conserve
la nature sur l'art. Il y avait des vieilles au cou de dindon, &#224; la paupi&#232;re pel&#233;e
et rouge, qui tendaient la t&#234;te comme des chiens d'arr&#234;t devant la perdrix,
des enfants silencieux comme des soldats sous les armes, de petites filles
qui tr&#233;pignaient comme des animaux attendant leur p&#226;ture ; les caract&#232;res
de l'enfance et de la vieillesse &#233;taient opprim&#233;s sous une f&#233;roce convoitise :
celle du bien d'autrui, qui devenait leur bien par abus. Tous les yeux &#233;taient
ardents, les gestes mena&#231;ants ; mais tous gardaient le silence en pr&#233;sence du
comte, du garde champ&#234;tre et du garde g&#233;n&#233;ral &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Balzac H. (1845) Les Paysans : Sc&#232;nes de la vie de campagne. Bd. du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les paysans vus par Honor&#233; Sclafer, 1868&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; En juin, en juillet et en ao&#251;t, durant des journ&#233;es de dix-huit heures, le
paysan effectue les plus p&#233;nibles travaux. Quand les attelages eux-m&#234;mes
ne peuvent rester expos&#233;s &#224; la violence du soleil, il est l&#224;, faucille en main,
au milieu des bl&#233;s m&#251;rs, pench&#233; sur ce sol ardent, qui lui r&#233;verb&#232;re au visage
un feu terrible. On rentre le b&#233;tail, quand la chaleur est trop forte, on ne
rentre jamais le paysan. Il ne se plaint pas cependant, loin de l&#224;, il est joyeux :
regrettant, dit-il, qu'il n'y ait pas deux ou trois r&#233;coltes pareilles &#224; recueillir,
chaque ann&#233;e, au lieu d'une seule. Une sorte de rut agricole l'enfi&#232;vre, et
lui fait supporter sans d&#233;faillance de tels labeurs. Encore s'il prenait une
nourriture suffisamment r&#233;paratrice, mais le plus souvent, pour son ardente
soif, quelque piquette tourn&#233;e, et, pour tout assaisonnement &#224; son pain,
la fa&#231;on d'en &#233;quarrir, avec son couteau, les bouch&#233;es ! Son aspect dit ses
souffrances : ses reins sont arqu&#233;s ; sa face est corrod&#233;e par les sueurs ; ses
mains, &#8212; ces belles mains humaines qui devraient &#234;tre fines et souples
comme des l&#232;vres, puisqu'elles parlent, elles aussi &#8212; ses mains racornies
ne s'entrouvrent qu'&#224; grand-peine, tout juste assez pour donner passage &#224; la
poign&#233;e de l'outil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre cause d'am&#233;lioration pour le paysan, c'est l'esp&#232;ce de
m&#233;tamorphose qu'il subit en passant &#224; la possession de la terre. Il y a l&#224;
un v&#233;ritable anoblissement. Ne toucher au sol que d'une main mercenaire,
comme le Nubien aux &#233;pouses de son ma&#238;tre, ou bien poss&#233;der ce sol en
toute licence, quel changement ! Le castrat redevient homme. Ce champ lui
appartient : lui seul a le droit d'y vivre ; il y commande, il y r&#232;gne, il y s&#232;me, il
y moissonne ; le voil&#224; souverain tout au complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette consid&#233;ration, il s'en montre digne assez g&#233;n&#233;ralement, sauf, de loin
en loin, quelques cas de mauvaise finesse, ressortissant &#224; sa situation plut&#244;t
qu'&#224; son naturel. Car, &#224; peine en possession de cette parcelle tant d&#233;sir&#233;e, le
pauvre manouvrier, qui le plus souvent ne sait pas m&#234;me lire, a besoin de
la d&#233;fendre contre le grimoire du tabellion, contre un fouillis d'articles de
loi, dont la concordance produit parfois les r&#233;sultantes les plus inattendues ;
contre les minorit&#233;s, les incapacit&#233;s, la dotalit&#233; et les reprises de toutes sortes.
En pr&#233;sence de cet in&#233;puisable arsenal de la chicane, le paysan, qui ne sent
que deux choses : sa profonde ignorance du droit, et son profond amour
pour son bien, n'est-il pas excusable de biaiser quelque peu dans le sens de
la ruse, et, que sais-je, de l'astuce ? Je le demande &#224; tous ceux qui portent un
c&#339;ur vraiment agricole &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sclafer H. (1868) La chasse et le paysan. Paris&#034; id=&#034;nh17-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les paysans vus par l'historien Albert Babeau, 1883&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les m&#339;urs du paysan valent mieux que ses mani&#232;res. Son caract&#232;re
pr&#233;sente un m&#233;lange de vertus et de vices, o&#249; les d&#233;fauts sont d'ordinaire
plus saillants que les qualit&#233;s. Presque toujours son ext&#233;rieur a quelque
chose de rude et malplaisant. Qui dit paysan, rustre, vilain, manant, dit &#234;tre
grossier, malappris, disgraci&#233; au physique comme au moral. Dans les classes
sup&#233;rieures de la soci&#233;t&#233;, ces mots sont des injures. L'&#233;ducation, l'influence
du clerg&#233;, les progr&#232;s de la civilisation polissent petit &#224; petit ces asp&#233;rit&#233;s
du caract&#232;re du campagnard ; mais surtout dans les r&#233;gions &#233;loign&#233;es des
grands centres, il reste grossier et quelque peu sauvage. On dit dans le Berry
qu'il vieillit plus vite et qu'il est plus laid que l'habitant des villes. On nous
pr&#233;sente les habitants de la Marche comme noirs, livides, et presque tous
hideux. Le moral est quelquefois en rapport avec le physique. C'est ainsi
que Vauban nous montre, aux confins du Morvan, des hommes &#8220;fain&#233;ants,
d&#233;courag&#233;s, menteurs, larrons, gens de mauvaise foi, toujours pr&#234;ts &#224; jurer
faux, pourvu qu'on les paye, et &#224; s'enivrer sit&#244;t qu'ils peuvent avoir de quoi&#8221;.
Le caract&#232;re ne varie pas seulement selon les provinces, il varie selon les
professions, La charrue donne des m&#339;urs plus innocentes que la culture
de la vigne, quoique celle-ci soit tr&#232;s p&#233;nible ; les bouviers sont inf&#233;rieurs
de ce c&#244;t&#233; aux vignerons, et les bergers ont encore moins de candeur et
l'innocence que les bouviers.&#8230; Si l'on veut savoir quelle est la moralit&#233; des
vignerons des bords de la Loire, on nous pr&#233;sentera la plus grande partie
d'entre eux comme avares, voleurs, cruels, ingrats, de mauvaise foi. Qui dit
vigneron, dit larron, est un proverbe du centre de la France. Ailleurs on
nous montre les paysans s'enivrant au cabaret, blasph&#233;mant, se querellant
dans l'emportement, et m&#234;me &#224; jeun, et se faisant les uns aux autres des
blessures, qui peuvent &#234;tre mortelles. Ils sont d'une grossi&#232;ret&#233; inconcevable
dit un cur&#233; de campagne en 1771 &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Babeau &#192;. (1883) La vie rurale dans l'ancienne France. Paris, Librairie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans certains &#233;crits, la vie agricole est pr&#233;sent&#233;e comme un mod&#232;le de moralit&#233;
et de civisme en opposition au luxe corrupteur et &#224; l'individualisme en milieu
urbain. Mais pour Bourdieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bourdieu P. (1977) La paysannerie, une classe objet. In Actes de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#171; Il est certain que l'on ne pense &#224; peu pr&#232;s
jamais les paysans en eux-m&#234;mes et pour eux-m&#234;mes, et que les discours m&#234;mes
qui exaltent leurs vertus ou celles de la campagne ne sont jamais qu'une mani&#232;re
euph&#233;mis&#233;e ou d&#233;tourn&#233;e de parler des vices des ouvriers et de la Ville &#187;. Bourdieu ajoutait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas d'aujourd'hui que les paysans, sans cesse affront&#233;s &#224; la
domination ins&#233;parablement &#233;conomique et symbolique de la bourgeoisie
urbaine n'ont pas d'autre choix que de jouer, pour les citadins et aussi pour
eux-m&#234;mes, l'une ou l'autre des figures du paysan, celle du paysan respecte
qui fait dans le populisme populaire, parlant de sa terre, de sa maison et de
ses b&#234;tes avec des accents de r&#233;daction d'&#233;cole primaire, ou celle du paysan
heideggerien qui pense &#233;cologiquement, qui sait prendre son temps et
cultiver le silence et qui &#233;tonne les r&#233;sidents secondaires par sa profonde
sagesse, venue on ne sait d'o&#249;, ou encore celle du paysan empaysann&#233; qui
assume, non sans un soup&#231;on d'ironie et de m&#233;pris, le r&#244;le du &#8220;simple&#8221;
du cul-terreux&#8221;, du bon sauvage ou m&#234;me celle du braconnier, parfois un
peu sorcier, qui &#233;pate autant les citadins par son habilet&#233; &#224; d&#233;couvrir les
champignons ou &#224; tendre des lacets que par ses talents de rebouteux ou ses
croyances d'un autre &#226;ge &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour Alphand&#233;ry et al.,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aphandery P, Ritoun P, Dupont Y. (1991) L'&#233;quivoque &#233;cologique, Paris, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi l'image du paysan oscille-t-elle, dans nos soci&#233;t&#233;s technologiques
entre la figure d'un &#234;tre fruste, born&#233;, et &#233;go&#239;ste et celle, enjoliv&#233;e par
l'histoire et quelque peu nostalgique, d'un sage vivant sainement et entour&#233;
des siens dans des villages o&#249; les relations sociales demeureraient cordiales
et authentiques &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nature des riches et nature des pauvres ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu &#233;merger au XIXe si&#232;cle une repr&#233;sentation de la nature, port&#233;e par la
bourgeoisie et le mouvement romantique, qui nous parle d'une nature imagin&#233;e,
aseptis&#233;e, id&#233;alis&#233;e qu'il faut prot&#233;ger pour la beaut&#233; des paysages. Cette
repr&#233;sentation de la nature est en total d&#233;calage avec la nature productive v&#233;cue
par le monde rural, source de richesse mais aussi de nuisances contre lesquelles
il faut lutter en permanence pour survivre. Ce n'est plus la nature bucolique
des d&#238;ners sur l'herbe, mais une nature dont les al&#233;as climatiques et les ennemis
des cultures mettent en p&#233;ril le travail de la terre et rendent la vie difficile aux
agriculteurs. Dans le monde rural, on parle d'esp&#232;ces utiles et d'esp&#232;ces nuisibles,
de se prot&#233;ger des crues et des s&#233;cheresses, de lutter contre les maladies et
les ravageurs de culture ! On parle d'une nature dont il faut se prot&#233;ger en
permanence des exc&#232;s et des m&#233;faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re tr&#232;s sch&#233;matique, bien &#233;videmment, on peut parler de nature des
riches et de nature des pauvres. Une opposition entre classes sociales, que l'on
trouve bien d&#233;crite dans &lt;i&gt;La Mare au Diable&lt;/i&gt; de George Sand&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sand G. (1846) La mare au diable. Paris, Desessart&#034; id=&#034;nh17-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En se promenant
dans la campagne, celle-ci observe que :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces richesses qui couvrent le sol, ces moissons, ces fruits, ces bestiaux
orgueilleux qui s'engraissent dans les longues herbes, sont la propri&#233;t&#233;
de quelques-uns et les instruments de la fatigue et de l'esclavage du plus
grand nombre. L'homme de loisir n'aime en g&#233;n&#233;ral pour eux-m&#234;mes, ni les
champs, ni les prairies, ni le spectacle de la nature, ni les animaux superbes
qui doivent se convertir en pi&#232;ces d'or pour son usage. L'homme de loisir
vient chercher un peu d'air et de sant&#233; dans le s&#233;jour de la campagne, puis il
retourne d&#233;penser dans les grandes villes le fruit du travail de ses vassaux.&#8230;
De son c&#244;t&#233;, l'homme du travail est trop accabl&#233;, trop malheureux, et trop
effray&#233; de l'avenir, pour jouir de la beaut&#233; des campagnes et des charmes
de la vie rustique. Pour lui aussi les champs dor&#233;s, les belles prairies, les
animaux superbes, repr&#233;sentent des sacs d'&#233;cus dont il n'aura qu'une faible
part, insuffisante &#224; ses besoins, et que, pourtant, il faut remplir, chaque
ann&#233;e, ces sacs maudits, pour satisfaire le ma&#238;tre et payer le droit de vivre
parcimonieusement et mis&#233;rablement sur son domaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Homme de loisir, homme de travail, une mani&#232;re diplomatique de parler des riches
et des pauvres. Ces r&#233;sidences campagnardes, ces vill&#233;giatures dans lesquelles on
vient se ressourcer, et qui prolongent de vieilles traditions romaines, n'ont pas
grand-chose &#224; voir avec les masures des paysans. &#192; la jouissance de la nature
pour les bourgeois s'oppose la duret&#233; de la vie pour les paysans ! Cette opposition
n'a pas totalement disparu de nos jours et, si on change d'&#233;chelle, le monde
occidental &#224; repris le r&#244;le du bourgeois urbain et les pays en d&#233;veloppement celui
du monde rural.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Beaucoup d'agriculteurs le disent avec sinc&#233;rit&#233; : ils ont la sensation d'&#234;tre
la cat&#233;gorie sociale dont le rapport &#224; la terre est le plus direct et le plus vrai.
Plus que d'autres, ils connaissent l'ambigu&#239;t&#233; de la nature, &#224; la fois g&#233;n&#233;reuse
et dure &#224; ceux dont elle est l'outil de travail. Ainsi, m&#234;me s'ils &#233;prouvent une
certaine responsabilit&#233; dans la d&#233;gradation des milieux naturels, beaucoup
de paysans n'en &#233;prouvent pas moins une profonde rancune vis-&#224;-vis de
leurs accusateurs. Elle est venue s'ajouter &#224; d'autres vieux malentendus qui
dressent les paysans contre les citadins et inversement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rouil J. (1990) Ouest France, 16-17 juin, 1990&#034; id=&#034;nh17-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le de l'&#233;ducation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les repr&#233;sentations contrast&#233;es de la nature entre le monde urbain et le monde
rural, vont &#234;tre entretenues par les pratiques &#233;ducatives. Sigaut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigaut O. (2009) La nature dans les manuels scolaires entre 1800 et 1950, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a ainsi
observ&#233; l'&#233;mergence &#224; la fin du XIXe si&#232;cle d'une s&#233;paration nette entre les
contenus diffus&#233;s dans les manuels &#224; destination des &#233;coles rurales, et ceux
qui &#233;taient dispens&#233;s dans les &#233;coles urbaines. De mani&#232;re paradoxale, on va
rationaliser l'enseignement en milieu rural et ruraliser celui dispens&#233; en milieu
urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement progressif d'un enseignement sp&#233;cifique en direction du
monde rural va influencer profond&#233;ment la formation des mentalit&#233;s dans la
relation &#224; la nature au sein du monde agricole. Sigaut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigaut O. (2011) L'&#233;ducation &#224; l'environnement, entre politique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a montr&#233; que les manuels
scolaires et parascolaires ont particip&#233;, &#224; maintenir un syst&#232;me de croyance et de
repr&#233;sentations dominantes quant &#224; la place de la nature dans le monde rural,
en popularisant une approche utilitariste des animaux dans le cadre du dualisme
utiles/nuisibles. Les animaux sont &#224; la fois des concurrents et des auxiliaires des
hommes. Dans les manuels de formation des ma&#238;tres, une approche p&#233;dagogique
scientifique et exp&#233;rimentale de la nature est destin&#233;e &#224; faire adopter une attitude
rationnelle dans les pratiques agricoles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leblanc R. (1897) L'enseignement agricole dans les &#233;coles du degr&#233; primaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On assiste progressivement dans le
cadre des manuels scolaires, &#224; ce que Barral&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Barral P. (1968) Les agrariens fran&#231;ais, de M&#233;line &#224; Pisani, Presses de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nomme &#171; l'empaysannement
des campagnes &#187;. Le monde rural devient lieu de labeur et de production, car
il faut nourrir la France, et l'agriculteur doit s'y employer par la ma&#238;trise de la
nature. Dans l'enseignement rural le &#171; sentiment de la nature &#187; prend surtout une
orientation utilitariste, en particulier dans le but de relayer le savoir agronomique
dispens&#233; par le professeur d&#233;partemental d'agriculture au sein des campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville de son c&#244;t&#233;, d&#233;couvrait les pr&#233;occupations hygi&#233;nistes qui &#233;taient
destin&#233;es &#224; rendre le monde urbain &#224; la fois viable et pacifique. En milieu urbain
l'instruction &#224; la nature va se renforcer dans le cadre de classes promenades et
la mise en place de jardins scolaires qui seront les supports de la connaissance
en sciences naturelles. Dans les villes, les le&#231;ons de botanique vont rapidement
se d&#233;velopper ainsi que l'enseignement des merveilles de la nature. Pour les
instituteurs, le rapide d&#233;veloppement des jardins ouvriers va permettre de faire
des exp&#233;rimentations et de donner des le&#231;ons dans le domaine des sciences
naturelles sur le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compr&#233;hension en France de l'opposition actuelle ville / campagne en mati&#232;re
de relation &#224; l'animal et &#224; la nature (ours, loup, vison, ragondin) peut s'expliquer
en grande partie gr&#226;ce &#224; cette diff&#233;rence dans les savoirs diffus&#233;s par les manuels
et les programmes scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prot&#233;ger la nature du braconnage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;nonciation fr&#233;quente du braconnage et du &#171; chasseur de village &#187; dans la
litt&#233;rature cyn&#233;g&#233;tique de la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle constitue un autre
sujet de diff&#233;rent entre la classe populaire et la classe bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chasse, sous l'Ancien R&#233;gime, &#233;tait l'apanage de la noblesse ; et le braconnage
pratiqu&#233; par les gens du peuple, &#233;tait un crime puni s&#233;v&#232;rement Apr&#232;s la
R&#233;volution, le droit de chasse est accord&#233; aux propri&#233;taires pour d&#233;fendre leurs
biens contre les pr&#233;dateurs. Mais en r&#233;alit&#233;, la croissance des effectifs de chasseurs
au cours du XIXe si&#232;cle va correspondre &#224; la diffusion d'un mod&#232;le de loisir
aristocratique au sein de la bourgeoisie terrienne puis de la bourgeoisie urbaine.
Le titulaire d'un permis de chasse est suppos&#233; respecter une certaine &#233;thique ainsi
que les r&#232;gles &#233;tablies par la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par opposition, le braconnier c'est l'homme du commun, un brigand qui pille le
gibier dans l'ill&#233;galit&#233; en employant des pi&#232;ges non autoris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Car c'est le droit de la chasse qui, avant comme apr&#232;s la R&#233;volution, a
&#233;labor&#233; une fronti&#232;re entre un pr&#233;l&#232;vement licite et une destruction illicite,
distinguant entre celui qui a le droit et celui qui n'a pas le droit, entre celui
qui chasse dans les r&#232;gles et celui qui ne chasse pas dans les r&#232;gles, rejetant
certains dans la criminalit&#233;. L'histoire du droit du braconnage se construit
ainsi autour d'une opposition parfois caricaturale entre un droit s&#233;culier et
une libert&#233; naturelle, entre la figure du chasseur et celle du braconnier, entre
l'homme d'honneur titulaire de titres et de dignit&#233;s et l'homme du peuple,
potentiellement dangereux s'il se trouve arm&#233;, entre le propri&#233;taire et le
brigand &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maillard N. (2018) Le braconnage comme droit naturel : la libert&#233; de chasser (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ninon Maillard d&#233;veloppe aussi l'id&#233;e que selon le droit naturel, c'est &#224; tous les
hommes et non &#224; certains d'entre eux que la b&#234;te sauvage fut donn&#233;e. Elle ne
peut donc &#234;tre revendiqu&#233;e par personne et en particulier par le propri&#233;taire du
sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant le d&#233;bat va s'orienter autour de la violation du droit de propri&#233;t&#233;,
accentuant encore le clivage entre le milieu rural o&#249; le braconnier jouit d'une
certaine cl&#233;mence et la bourgeoisie qui d&#233;tient les terres. Selon Kalaora&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kalaora B. (1998) Au-del&#224; de la nature l'environnement. L'Harmattan&#034; id=&#034;nh17-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
contrairement &#224; l'approche naturaliste et &#233;cologique anglo-saxonne de la
protection de la nature, le braconnage est per&#231;u en France comme une atteinte
au droit de propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'&#233;crivain-chasseur Gaillard, en 1868&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaillard H. (1868) Le Gibier, la propri&#233;t&#233;, le Braconnage. Paris, Librairie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; les choses sont claires :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous pensons que si on pouvait dire : braconnier et voleur ne font qu'un, on
verrait promptement diminuer le nombre des d&#233;pr&#233;dateurs de nos champs.
Les uns reculant devant la s&#233;v&#232;re et juste r&#233;pression du vol ; les autres,
cherchant en vain dans leur conscience des circonstances att&#233;nuantes du
d&#233;lit... Beaucoup trouvent monstrueux &#224; cette heure d'assimiler au voleur le
braconnier, et dans nos campagnes une regrettable indiff&#233;rence, qui va trop
souvent jusqu'&#224; la protection, couvre ses actes coupables [&#8230;] il ne faut pas
que le braconnier soit seulement regard&#233; comme faisant concurrence aux
chasseurs munis de permis de chasse, il faut qu'il soit bien reconnu coupable
de vol au d&#233;triment du propri&#233;taire. Alors, autant il excite de sympathies
dans les campagnes, autant il soul&#232;vera de ressentiments &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Inversement le monde rural va d&#233;velopper un discours sur le comportement des
chasseurs urbains qui viennent piller les campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'usage des chemins de fer a, comme on dit, rapproch&#233; les distances, et du
mois de septembre au mois de f&#233;vrier les trains sont remplis de voyageurs
enflamm&#233;s d'ardeur belliqueuse qui vont s'abattre sur la plaine et les bois.
Tout autour de Paris et des villes les plus populeuses, il n'est presque plus
de chasse qui ne soit lou&#233;e, et ch&#232;rement lou&#233;e, &#224; de joyeuses compagnies
de n&#233;gociants, d'avocats, de notaires, de gens de bureau. Beaucoup de
communes r&#233;servent, m&#234;me &#224; ces sortes de locations, le droit de chasse
sur tout leur territoire ; elles font bien, puisque de la sorte elles augmentent
leurs revenus. Toujours est-il que ces bandes envahissantes agissent un
peu comme en pays conquis : chevrettes, levrauts, poules faisanes, tout fait
nombre, tout leur est bon. L&#224; on ne conna&#238;t point la sollicitude attentive du
chasseur propri&#233;taire ; jamais l'id&#233;e ne vient d'&#233;pargner ou de repeupler. Et
puis, ne laissons point passer l'occasion de protester contre la r&#233;putation
injustement faite au chasseur parisien, si maltrait&#233; par la caricature. Malgr&#233;
de classiques plaisanteries, le chasseur de Paris en vaut un autre, et si au bout
du compte la plaine Saint-Denis ne conna&#238;t plus de li&#232;vres, c'est gr&#226;ce &#224; lui &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lieberg E., (1869) Essai et notices. Compte rendu de La chasse et le paysan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette opposition entre chasse et braconnage n'est pas propre &#224; la France et
va trouver un vaste champ d'application dans les politiques de conservation
de la nature des puissances coloniales en Afrique. Blanc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Blanc G. (2020) L'Invention du colonialisme vert. Pour en finir avec le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un historien de
l'environnement, a bien analys&#233; cette situation. Dans l'imaginaire occidental, la
nature africaine a longtemps &#233;t&#233; l'incarnation de la nature sauvage, par opposition
&#224; la nature europ&#233;enne fortement anthropis&#233;e. Pour des raisons diverses, des
&#171; experts &#187; de la protection ont impos&#233; l'id&#233;e que les pratiques pastorales des
indig&#232;nes incultes et insensibles &#224; son charme, d&#233;gradaient ce paradis perdu qu'il
fallait donc prot&#233;ger ! Blanc nous montre qu'en r&#233;alit&#233;, &#224; l'origine des premi&#232;res
organisations de protection de la nature en Afrique, on retrouve le clivage entre
les bons chasseurs (les &#233;lites coloniales blanches) pratiquant dit-on, une chasse
sportive et &#233;thique, et les mauvais chasseurs (les Africains) qui braconnaient
et d&#233;truisaient la faune. Ce qui fait penser bien entendu &#224; cette dualit&#233; sans la
France du XIXe si&#232;cle entre les chasseurs munis de permis, et donc l&#233;gitim&#233;s
dans leurs pratiques, et les braconniers, ill&#233;gaux et sans scrupule, responsables de
la d&#233;gradation du gibier. La doxa entretenue par les milieux conservationnistes
selon laquelle les indig&#232;nes d&#233;truisent la belle nature africaine, est &#224; l'origine de la
violence exerc&#233;e sur les populations locales qui seront exclues de leurs zones de
p&#226;turage pour cr&#233;er des r&#233;serves o&#249; la nature pourra s'exprimer librement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb17-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Monfalcon JB. (1824) &lt;i&gt;Histoire des marais et des maladies caus&#233;es par les &#233;manations des eaux stagnantes.&lt;/i&gt; Lyon, imprimerie de Durand et Perrin&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Balzac H. (1845) &lt;i&gt;Les Paysans : Sc&#232;nes de la vie de campagne&lt;/i&gt;. Bd. du Centenaire, Calman-L&#233;vy ed.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sclafer H. (1868) &lt;i&gt;La chasse et le paysan&lt;/i&gt;. Paris&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Babeau &#192;. (1883) &lt;i&gt;La vie rurale dans l'ancienne France&lt;/i&gt;. Paris, Librairie acad&#233;mique Didier et Cie&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bourdieu P. (1977) &lt;i&gt;La paysannerie, une classe objet.&lt;/i&gt; In Actes de la recherche en sciences sociales. 17-18 : 2-5, novembre 1977&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aphandery P, Ritoun P, Dupont Y. (1991) &lt;i&gt;L'&#233;quivoque &#233;cologique&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, (Essais)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sand G. (1846) &lt;i&gt;La mare au diable. &lt;/i&gt; Paris, Desessart&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rouil J. (1990) Ouest France, 16-17 juin, 1990&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sigaut O. (2009) &lt;i&gt;La nature dans les manuels scolaires entre 1800 et 1950,&lt;/i&gt; Review de la Soci&#233;t&#233; linn&#233;enne 144(37) : 487-514 ; Sigaut O. (2011) L'&#233;ducation &#224; l'environnement, entre politique et politiques publiques, &#201;ducation relative &#224; l'environnement [Online], Volume 9 journal&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sigaut O. (2011) &lt;i&gt;L'&#233;ducation &#224; l'environnement, entre politique et etpubliques&lt;/i&gt;, &#201;ducation relative &#224; l'environnement [Online], Volume 9 journal&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Leblanc R. (1897) &lt;i&gt;L'enseignement agricole dans les &#233;coles du degr&#233; primaire&lt;/i&gt; (gar&#231;on). Librairie Larousse&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Barral P. (1968) &lt;i&gt;Les agrariens fran&#231;ais, de M&#233;line &#224; Pisani&lt;/i&gt;, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Maillard N. (2018) &lt;i&gt;Le braconnage comme droit naturel : la libert&#233; de chasser contient le droit de le faire&lt;/i&gt;. Revue semestrielle de droit animalier, Observatoire des mutations
institutionnelles et juridiques, Universit&#233; de Limoges, 2017/2:321-347&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Kalaora B. (1998) &lt;i&gt;Au-del&#224; de la nature l'environnement&lt;/i&gt;. L'Harmattan&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gaillard H. (1868) &lt;i&gt;Le Gibier, la propri&#233;t&#233;, le Braconnage. &lt;/i&gt; Paris, Librairie centrale&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lieberg E., (1869) &lt;i&gt;Essai et notices. Compte rendu de La chasse et le paysan de H. Scalfer&lt;/i&gt;. Revue des deux mondes 19, janvier 1869 1049-1054&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Blanc G. (2020) &lt;i&gt;L'Invention du colonialisme vert. Pour en finir avec le mythe de l'Eden africain.&lt;/i&gt; Flammarion&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Le rapport &#224; la nature chez les ruraux et chez les urbains au XIXe si&#232;cle (1/2)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1185-Le-rapport-a-la-nature-chez-les-ruraux-et-chez-les-urbains</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1185-Le-rapport-a-la-nature-chez-les-ruraux-et-chez-les-urbains</guid>
		<dc:date>2025-03-05T16:30:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;v&#234;que Ch. </dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie (d&#233;)coloniale</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chapitre IX &#233;ponyme du livre de Christian L&#233;v&#234;que &#171; Agir avec la nature au XIXe si&#232;cle. &#192; propos d'oiseaux, d'agriculture et d'&#233;mergence de l'&#233;cologie &#187;, Presses des Mines, 2023, pp.161-177. &#171; On admet que ce qui est attribu&#233; &#224; la nature est une somme de projections, d'&#233;motions, de situations internes &#224; la soci&#233;t&#233; et &#224; l'homme, plut&#244;t qu'une repr&#233;sentation exacte de celle-ci &#187;. Moscovici, 1972 Le XIXe si&#232;cle est une p&#233;riode charni&#232;re qui a connu de v&#233;ritables r&#233;volutions dans notre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-279-Leveque-Ch-+" rel="tag"&gt;L&#233;v&#234;que Ch. &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-264-Ecologie-de-coloniale-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie (d&#233;)coloniale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre IX &#233;ponyme du livre de Christian L&#233;v&#234;que &#171; Agir avec la nature au XIXe si&#232;cle. &#192; propos d'oiseaux, d'agriculture et d'&#233;mergence de l'&#233;cologie &#187;, Presses des Mines, 2023, pp.161-177.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc_texte_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;On admet que ce qui est attribu&#233; &#224; la nature est une somme de projections,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;d'&#233;motions, de situations internes &#224; la soci&#233;t&#233; et &#224; l'homme,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;plut&#244;t qu'une repr&#233;sentation exacte de celle-ci&lt;/i&gt; &#187;. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Moscovici, 1972&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Moscovici S. (1972) La soci&#233;t&#233; contre nature. Paris, Union G&#233;n&#233;rale d'&#201;ditions&#034; id=&#034;nh18-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le XIXe si&#232;cle est une p&#233;riode charni&#232;re qui a connu de v&#233;ritables r&#233;volutions
dans notre mani&#232;re de penser la nature, avec la remise en cause de l'origine divine
du monde et l'&#233;mergence des th&#232;ses transformistes, Darwin et Wallace proposent
un m&#233;canisme biologique pour expliquer l'&#233;volution des esp&#232;ces. Pasteur et
d'autres mettent fin au mythe de la g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e. Toutes ces r&#233;volutions
intellectuelles ont d&#251; s'affirmer face aux dogmes dominants de l'&#233;poque, fortement
impr&#233;gn&#233;s d'une repr&#233;sentation mystique de la nature. En effet, en l'absence
d'explication alternative sur l'origine du monde, les pr&#233;scientifiques ont simplement
reconduit le dogme d'une nature immuable qui se perp&#233;tue identique &#224; elle-m&#234;me,
Autrement dit, la d&#233;sacralisation de la nature n'a pas pour autant entra&#238;n&#233; une
remise en cause de la mani&#232;re de se la repr&#233;senter. Cette la&#239;cisation de la nature
n'est cependant pas accept&#233;e par tous car les th&#232;ses cr&#233;ationnistes perdurent dans
le monde. L'image du jardin de l'&#201;den, ainsi que les id&#233;es d'harmonie et d'&#233;quilibre
de la nature qui font partie de notre h&#233;ritage culturel, restent encore vivaces dans
bien des esprits !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ambigu&#239;t&#233; du terme nature&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition du terme nature a donn&#233; lieu &#224; de nombreuses ex&#233;g&#232;ses. La nature est
une auberge espagnole, un mot-valise, qui se pr&#234;te &#224; de multiples interpr&#233;tations et
dans lequel chacun trouve ce qu'il y cherche en l'absence de d&#233;finition pr&#233;cise. Que
dire de plus qu'Arnould &amp; Glon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arnould P, Glon E (2006) Wilderness, usages et perceptions de la nature en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; S'il est un terme &#8220;pi&#233;g&#233;&#8221;, c'est bien celui de nature. De prime abord il semble
aller de soi, couler de source, comme dans l'expression &#8220;c'est tout naturel&#8221;.
En fait il est surcharg&#233; de perceptions, de repr&#233;sentations, de connotations qui
font que la nature des uns n'est jamais vraiment celle des autres, que la nature
d'hier n'a pas toujours celle d'aujourd'hui et que la nature d'ici n'a pas grand-chose &#224; voir avec celle d'ailleurs &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour Descola (2020),&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Descola P. (2011) L'&#233;cologie des autres. L'anthropologie et la question de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#171; La nature n'existe pas. La nature est un concept, une
abstraction &#187;. Il n'en reste pas moins que si la nature est une abstraction, il existe des
objets qui nous sont concr&#232;tement accessibles tels que les esp&#232;ces ou les paysages
&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luginbuhl Y (2012) La mise en sc&#232;ne du monde. CNRS &#233;ditions&#034; id=&#034;nh18-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et, nous disent les sociologues, ces objets concrets et visibles, notre cerveau
peut les interpr&#233;ter de diff&#233;rentes mani&#232;res selon notre v&#233;cu, nos exp&#233;riences, nos
attentes, nos centres d'int&#233;r&#234;t. En d'autres termes, des individus qui regardent le
m&#234;me objet peuvent se faire des repr&#233;sentations mentales bien diff&#233;rentes de l'objet
observ&#233;. Nous en avons un bel exemple avec l'&#233;mergence des repr&#233;sentations de
la nature dans le milieu urbain et intellectuel au XIXe si&#232;cle, en d&#233;calage manifeste
avec le v&#233;cu du monde rural. Une nature id&#233;alis&#233;e, &#224; l'image du Jardin d'&#201;den, va
ainsi s'imposer comme r&#233;f&#233;rence dans des politiques de conservation de la nature
qui perdurent jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons simplement qu'en th&#233;orie le naturel c'est ce qui existe en dehors de l'homme.
La nature, ce seraient donc des syst&#232;mes &#233;cologiques non anthropis&#233;s, que l'on a
d&#233;sign&#233;s sous diverses appellations ; nature vierge, nature sauvage, ou wilderness.
Ainsi, pour Terrasson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Terrasson F (1993) La peur de la nature. Sang de la Terre&#034; id=&#034;nh18-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; La Nature c'est ce qui existe en dehors de toute
action de la part de l'Homme &#187;. Mais la confusion commence quand on appelle
&#233;galement nature des syst&#232;mes anthropis&#233;s &#224; l'exemple de nos syst&#232;mes ruraux.
&#171; L'environnement, c'est la nature et la nature c'est la campagne &#187; disaient Mathieu
&amp; Jollivet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mathieu N, Jollivet M (1989) Du rural &#224; l'environnement La question de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La Camargue, cet embl&#233;matique parc &#171; naturel &#187; n'est-elle pas pourtant
une cr&#233;ation totalement artificielle ? On voit ainsi que ce mot, combien &#233;vocateur
mais combien impr&#233;cis, peut recouvrir des repr&#233;sentations assez diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dualisme nature/culture : une affaire de caste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descola&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Descola P. (2011) L'&#233;cologie des autres. L'anthropologie et la question de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a propos&#233; d'appeler &#171; naturalisme &#187; la d&#233;marche qui correspond &#224; la
repr&#233;sentation du monde en Occident bas&#233;e sur une dichotomie entre nature et
culture. La nature serait ce qui ne rel&#232;ve pas de la culture et des savoirs et savoir-
faire humains. Ce que l'on a appel&#233; ontologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une ontologie caract&#233;rise une vision du monde, une fa&#231;on d'attribuer des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; naturaliste est le principal vecteur
des discours &#233;cologiques et des probl&#233;matiques environnementales. Elle d&#233;termine
notre point de vue et notre regard sur les autres et sut le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, les anthropologues notamment, ont th&#233;oris&#233; l'existence d'une
dualit&#233; entre le monde non-humain, soumis &#224; la loi naturelle, et un monde humain,
culturel et pluriel, r&#233;gi par des conventions et des syst&#232;mes de valeurs propres
aux diff&#233;rentes soci&#233;t&#233;s humaines. Mais ce discours repose en partie sur l'id&#233;e,
discutable, que la nature est soumise &#224; des lois universelles, alors que les syst&#232;mes
&#233;cologiques, au m&#234;me titre que les syst&#232;mes sociaux, sont en r&#233;alit&#233; tr&#232;s diversifi&#233;s
en fonction des contextes environnementaux. En outre, toutes les soci&#233;t&#233;s et les
cultures ne partagent pas cette vision dualiste de la nature. Certaines sont animistes,
d'autres tot&#233;mistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Descola P. (2011) L'&#233;cologie des autres. L'anthropologie et la question de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le naturalisme, dit encore Descola, c'est &#171; simplement la croyance que la nature existe,
autrement dit que certaines entit&#233;s doivent leur existence et leur d&#233;veloppement &#224; un
principe &#233;tranger aux effets de la volont&#233; humaine &#187;. On fait ainsi la distinction, sur
le plan th&#233;orique, entre ce que serait une nature vierge de toute influence humaine
et une nature anthropis&#233;e, cr&#233;&#233;e et modifi&#233;e par l'homme... Le naturalisme serait
une repr&#233;sentation sp&#233;cifique au monde occidental et qui n'existe pas dans les
autres cultures. Nous associons le plus souvent &#171; nature &#187; &#224; inn&#233;, spontan&#233;, libert&#233;,
p&#233;rennit&#233;. En revanche, la &#171; culture &#187;, c'est-&#224;-dire l'ensemble des pratiques et usages
de la nature, est assimil&#233;e &#224; artifice, d&#233;gradation, perturbation d'un &#233;tat originel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'o&#249; vient ce dogme, car il n'y a pas d'autre mot, selon lequel la belle nature est
une nature vierge d'activit&#233;s humaines alors que ce qui est modifi&#233; par l'homme est
n&#233;cessairement per&#231;u n&#233;gativement ? Si l'on se remet dans le contexte th&#233;ologique
du d&#233;but du XIX' si&#232;cle, toute modification apport&#233;e &#224; la Cr&#233;ation, &#233;tait une atteinte
&#224; son int&#233;grit&#233;. Il &#233;tait en effet difficile d'imaginer que l'homme puisse modifier
l'&#339;uvre de Dieu, intangible et immuable. Le naturalisme serait ainsi l'h&#233;ritage
de la pens&#233;e cr&#233;ationniste. Si, de mani&#232;re syst&#233;matique, on porte maintenant un
regard a priori n&#233;gatif sur les modifications apport&#233;es par l'homme &#224; la nature,
c'est tr&#232;s probablement en raison de cet h&#233;ritage culturel qui a &#233;t&#233; entretenu par
la litt&#233;rature et la philosophie. Un h&#233;ritage qui va peser lourd dans la naissance de
l'&#233;cologie scientifique qui s'&#233;tait fix&#233;e pour objectif de rechercher les lois naturelles
permettant d'expliquer pourquoi la nature se maintient en &#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Moscovici&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Moscovici S. (1972) La soci&#233;t&#233; contre nature. Paris, Union G&#233;n&#233;rale d'&#201;ditions&#034; id=&#034;nh18-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'opposition homme/nature serait n&#233;e de l'id&#233;e que la nature
est universelle (donc stable dans le temps et dans l'espace), alors que les soci&#233;t&#233;s
sont diverses. Il y aurait donc un ordre naturel que l'action de l'homme va contrarier
selon les pratiques de la soci&#233;t&#233; dans laquelle il vit. Il ajoute : &#171; Le contraste entre
l'unicit&#233; de la premi&#232;re et la diversit&#233; de la seconde fait partie de ce lot restreint
de certitudes sur le bien-fond&#233; desquelles, malgr&#233; les saines habitudes de l'esprit
scientifique port&#233; &#224; tout r&#233;examiner, on ne s'interroge gu&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais l'hypoth&#232;se que la question du dualisme nature/culture qui a beaucoup
anim&#233; les d&#233;bats philosophiques, est une bulle th&#233;ologique qui ne concerne qu'un
tout petit monde d'intellectuel. Le d&#233;bat nature/culture n'a jamais pr&#233;occup&#233; la
grande majorit&#233; des citoyens. Ainsi, au contraire des urbains et des artistes qui
d&#233;veloppaient une vision romantique de la nature, le monde rural du XIXe si&#232;cle
qui vivait la nature au quotidien, subissait la nature bien plus qu'il ne l'admirait. La dualit&#233; nature/culture suppos&#233;e caract&#233;ristique des soci&#233;t&#233;s occidentales est en r&#233;alit&#233; la repr&#233;sentation d'une petite &#171; caste &#187; d'intellectuel qui est loin d'&#234;tre repr&#233;sentative de l'ensemble de la population fran&#231;aise. On a un peu vite extrapol&#233; et surtout g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; l'ensemble de la population les id&#233;es issues d'un groupe d'individus minoritaires, urbains et ais&#233;s, qui avaient la main sur les outils de communication de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le Moyen &#194;ge, les croyances dans les forces surnaturelles, le culte des saints
le recours fr&#233;quent aux processions, les tabous et les pr&#233;jug&#233;s, &#233;taient nombreux
dans les campagnes, et j'ai de bonnes raisons de penser que les rapports &#224; la nature
de nos ruraux n'&#233;taient pas fonci&#232;rement diff&#233;rents de ceux que l'on attribue
aujourd'hui aux civilisations animistes. Au cours du XXe si&#232;cle on relevait encore
dans notre Pays de nombreux rituels li&#233;s &#224; la nature, &#224; l'exemple de rogations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pri&#232;res publiques faites le 25 avril, f&#234;te de saint Marc, et pendant les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je ferai volontiers la comparaison entre cette soci&#233;t&#233; rurale du XIXe si&#232;cle et la soci&#233;t&#233;
rurale des pays sah&#233;liens qui partagent une pr&#233;occupation commune : produire
suffisamment pour se mettre &#224; l'abri des disettes, et se prot&#233;ger des maladies, des
al&#233;as climatiques et des ravageurs de cultures. Il s'agit avant tout de survivre en
luttant contre les nuisances de la nature. Quand les choses vont mal, on se r&#233;fugie
dans le surnaturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicole Mathieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mathieu N. (2016) Cultures de la nature. In Chon&#233; A. Hajek L. Hamman P. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; conteste &#233;galement cette opposition et nous invite &#224; &#171; repenser
la nature dans le rapport au r&#233;el de chaque individu et de chaque groupe social
d&#233;barrass&#233; des repr&#233;sentations sociales construites dans un autre temps qui
enkystent nos analyses &#187;. Il s'agit de d&#233;passer la dichotomie nature/culture pour
comprendre comment diff&#233;rents groupes sociaux se repr&#233;sentent la nature en
fonction de leurs &#171; modes d'habiter &#187;. &#171; C'est autour de leurs rapports aux milieux et
aux ressources que les diff&#233;rents habitants construisent leurs rapports sociaux sur
un territoire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Papy E, Mathieu N. (2008) Habitants de nouveaux territoires ruraux. Vivre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'adh&#232;re &#233;galement &#224; l'id&#233;e que la mani&#232;re d'appr&#233;hender la nature est fortement
corr&#233;l&#233;e &#224; notre mode de vie et &#224; la situation sociale des individus (urbains/
ruraux ; riches/pauvres ; pays riches/pays en d&#233;veloppement ; etc.). Mon v&#233;cu en
France et dans les pays du sud m'a convaincu que notre regard sur la nature &#233;tait
fortement contraint par l'habitat, le niveau de vie, et la classe sociale. Oui c'est la
mani&#232;re d'habiter qui cr&#233;e nos rapports &#224; la nature, Et comme le r&#233;sume Sylvie
Brunel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Brunel S. (2011) G&#233;ographie amoureuse du monde. J.C. Lattes&#034; id=&#034;nh18-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#171; C'est la fa&#231;on dont l'homme habite la terre qui l'a rendue agr&#233;able
&#224; vivre [...]. Toute l'histoire de la pr&#233;sence de l'homme sur la terre est celle d'un
combat permanent pour survivre, en d&#233;pit du d&#233;cha&#238;nement de forces aveugles et
soudaines &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le clivage rural/urbain expliqu&#233; par Augustin Berque&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; Cette dualit&#233; entre une soci&#233;t&#233; laborieuse rurale et une soci&#233;t&#233; urbaine bourgeoise,
avait &#233;t&#233; bien identifi&#233;e par Berque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Berque &#192;. (2013) Le rural le sauvage et l'urbain. S&#233;minaire scientifique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; quand il parlait des trois grands ensembles
de la partition de l'espace et des paysages : le sauvage, le rural et l'urbain. Chez
les peuples nomades d'avant l'agriculture, la notion de sauvage n'existait pas. Cet
espace inhabit&#233; que Berque d&#233;signe sous le terme d'&#233;r&#232;me (d&#233;sert), &#233;tait le seul
monde qu'ils connaissaient. Pour que la notion de &#171; sauvage &#187; &#233;merge, il a fallu que
s'ouvre un autre espace dans la for&#234;t, la clairi&#232;re o&#249; l'on va cultiver, qui marque
le d&#233;but du rural. Les campagnes sont d'abord apparues par mise en culture au
N&#233;olithique d'&#233;tendues incultes, aux d&#233;pens de la sylve &#171; primitive &#187; qui &#233;tait l'habitat
du &#171; sauvage &#187;. L'espace rural serait donc l'espace premier cr&#233;&#233; par d&#233;frichement.
C'est &#224; partir de cette partition de l'espace entre les champs et la for&#234;t, autrement
dit entre l'&#233;coum&#232;ne (le lieu habit&#233;) et l'&#233;r&#232;me (le sauvage) que notre repr&#233;sentation
du monde a commenc&#233; de se d&#233;velopper. L'espace sauvage n'existe pas en soi, mais
par rapport au rural. Depuis le N&#233;olithique, et pendant des mill&#233;naires, le monde
rural n'a pas cess&#233; de gagner sur les for&#234;ts, d&#233;sormais rejet&#233;es dans la sauvagerie.
Ainsi, les campagnes (l'espace cultiv&#233; et habit&#233;) prennent progressivement de
l'importance au d&#233;triment des &#233;tendues sauvages (la for&#234;t, la montagne, la mer, le
d&#233;sert...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la fin du Moyen-&#194;ge, le &#171; sauvage &#187; d&#233;signait au sens propre ce qui est &#224;
l'&#233;tat de nature ou qui n'a pas &#233;t&#233; modifi&#233; par l'action de l'homme, la nature
&#171; vierge &#187; en quelque sorte. Par opposition &#224; l'espace domestique qui est ma&#238;tris&#233;
par l'homme, &#224; proximit&#233; de son domicile, le sauvage est ce qui pousse ou est
produit de mani&#232;re spontan&#233;e, sans intervention humaine. Les villes, apparues
ult&#233;rieurement, se d&#233;marquent progressivement &#224; leur tour des campagnes. &#192;
un certain moment, la ville a pris le dessus sur la campagne et l'&#233;r&#232;me. Elle s'est
entour&#233;e de murailles, une limite symbolique qui la coupe du monde rural et du
monde sauvage, et donnera naissance &#224; la notion d'urbain. L'id&#233;e de ville est
&#233;troitement associ&#233;e &#224; celle de muraille. En franchissant les portes de la ville, on
entre dans un autre monde. La limite ville/non-ville &#224; cristallis&#233; non seulement
l'existence de deux mondes, mais elle mat&#233;rialise aussi la distinction entre nature
et culture. La ville va refonder le monde et transformer le sens de sauvage ou
rural. Dans ce processus, la diff&#233;rence entre l'espace cultiv&#233; et l'espace sauvage
s'estompe. Par opposition au milieu urbain, ce qui est hors des murs, c'est le non
urbain qui amalgame campagne et sauvage. Autrement dit, la ville &#224; &#171; naturalis&#233; &#187;
la campagne en l'assimilant &#224; l'&#233;r&#232;me, c'est-&#224;-dire au sauvage et &#224; la nature. Dans
ce contexte, le retour &#224; la campagne c'&#233;tait le retour au primitif, &#224; l'habitat du
sauvage. Berque ne va pas jusqu'&#224; dire que le paysan participe &#224; ce sauvage,
mais le comportement des citadins par rapport aux ruraux ne laisse pas de doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir montr&#233; que les villes s'&#233;taient symboliquement coup&#233;es du reste du
monde, en assimilant le rural au sauvage, Berque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Berque A. (2010) Sommes-nous d&#233;termin&#233;s par la g&#233;ographie ? Universit&#233; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a rappel&#233; que la culture est
n&#233;e dans les villes avec la pratique de l'&#233;criture. Monopoliser l'&#233;criture c'est aussi
monopoliser l'histoire que la ville va pouvoir &#233;crire &#224; sa guise. Une histoire qui
sera donc &#233;crite par une classe dominante (une classe de loisirs) qui est celle qui
se recommande des bonnes m&#339;urs et des bonnes mani&#232;res. Il rappelle que les
riches propri&#233;taires romains passaient leur temps en ville o&#249; ils traitaient de leurs
affaires mais venaient &#224; la campagne pour se distraire et jouir de la nature, non
pour y travailler. On croirait relire la &#171; Mare au diable &#187; o&#249; George Sand parle des
propri&#233;taires terriens. C'est cette classe sociale qui va faire perdurer l'image du
jardin de l'&#201;den, alors que le monde rural qui n'a pas les moyens suffisants de
d&#233;fendre son point de vue, sera m&#234;me tr&#232;s critiqu&#233; sur une revendication pourtant
majeure : se prot&#233;ger des nuisibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le courant romantique et l'image du paradis perdu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le XIXe si&#232;cle est caract&#233;ris&#233; dans le domaine des arts par l'existence d'un
courant romantique porteur d'une vision bucolique et idyllique de la
nature, aliment&#233; par les &#233;crivains, les peintres, les po&#232;tes, les philosophes.
Le mouvement romantique est n&#233; &#224; l'&#233;tranger : en Allemagne avec &#171; les
souffrances du jeune Werther &#187; de Goethe publi&#233; en 1774. Notre Jean-Jacques
Rousseau national qui exalte le retour &#224; la nature est consid&#233;r&#233; comme un
pr&#233;romantique. Il d&#233;veloppe l'image d'une nature id&#233;alis&#233;e qui laisse penser
que dans sa condition &#171; primitive &#187;, l'humanit&#233; vivait une &#233;poque heureuse,
faite d'abondance, de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;, et exempte de vices ! Mais c'est avec
Chateaubriand et son embl&#233;matique &#171; Ren&#233; &#187;, publi&#233; en 1802, que l'on situe
le plus souvent l'&#233;mergence du romantisme en France. Dans son discours de
r&#233;ception &#224; l'Acad&#233;mie en 1868, Laprade&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Laprade V. (1868) Le sentiment de la nature chez les modernes. Paris, Didier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; disait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#233;j&#224; Chateaubriand avait rouvert aux imaginations la sph&#232;re divine du
christianisme et leur avait montr&#233;, dans le sentiment de la nature, un monde
po&#233;tique &#224; peu pr&#232;s inconnu &#224; la France. [&#8230;]. La langue po&#233;tique retrouvait
le luxe n&#233;cessaire des couleurs et des images. Cet art de rendre l'id&#233;e
visible, pour ainsi dire, de contraindre tous les objets de la nature &#224; servir
d'interpr&#232;tes &#224; l'&#226;me humaine, n'&#233;tait-ce pas l&#224; un don chez nous impr&#233;vu ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Certes, la langue po&#233;tique est merveilleuse, mais celle-ci reste n&#233;anmoins
charg&#233;e de fortes connotations th&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Musset, Vigny, Gautier, Sand, Lamartine et Victor Hugo, parmi d'autres,
embo&#238;teront le pas &#224; Chateaubriand. Ces jeunes auteurs qui ont v&#233;cu les
bouleversements de la R&#233;volution, puis de l'Empire, puis de la monarchie
expriment ainsi leur mal-&#234;tre, leur vague &#224; l'&#226;me, leur &#171; spleen &#187; comme l'a si bien
&#233;crit Baudelaire. Leur po&#233;sie privil&#233;gie le r&#234;ve, l'imaginaire, la libert&#233;, la mort,
dans un style lyrique, &#233;pique, parfois emphatique. Leur th&#232;me de pr&#233;dilection est
la nature, source in&#233;puisable d'&#233;motions et de sensations. On &#233;voque notamment
la beaut&#233; des paysages, le caract&#232;re &#171; sublime &#187; de certains d'entre eux, ainsi que
les intenses &#233;motions qu'ils suscitent, ce qui justifiera les premi&#232;res mesures de
protection de la nature qui porteront sur les paysages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le romantisme s'est beaucoup servi de la nature pou exprimer les sentiments.
Par analogie, l'automne et le soleil couchant symbolisent le d&#233;clin de nos vies,
tandis que le vent qui g&#233;mit et le roseau qui soupire traduisent les &#233;motions
du po&#232;te. Lamartine se sert ainsi des &#233;l&#233;ments appartenant &#224; la nature pour
ext&#233;rioriser sa m&#233;lancolie et exprimer ses sentiments de tristesse. Ost&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ost F (1993) Le juste milieu : Pour une approche dialectique du rapport (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; parle
de l'&#233;lan romantique de retour &#224; la nature qui, au XIXe si&#232;cle, tend vers une
attitude fusionnelle d'osmose &#224; la nature. S'ajoute &#224; cela une conscience plus
aigu&#235; de l'interd&#233;pendance des &#234;tres vivants entre eux et avec leur milieu, se
rapprochant du panth&#233;isme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature est &#233;galement un refuge qui permet aux romantiques de fuir les
turbulences de la soci&#233;t&#233; et de se retrouver face &#224; eux-m&#234;mes. Par opposition aux
cr&#233;ations humaines, produites par l'art et la technique, la nature montre les choses
&#224; L'&#233;tat brut, sans artifices (ou du moins le dit-on). Les romantiques privil&#233;gient
ainsi les paysages vierges, sans traces d'activit&#233; humaine, qui &#233;voquent pour eux
la libert&#233;, la puret&#233; et la paix. N&#233;anmoins, dans le contexte religieux de l'&#233;poque,
la nature est aussi une cr&#233;ation divine. Pour Chateaubriand, la splendeur d'un
paysage manifeste la puissance divine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t assez plausible de penser que les mouvements militants qui nous parlent
aujourd'hui de naturalit&#233; et de wilderness, sont les h&#233;ritiers de ce courant de pens&#233;e
qui affiche une grande proximit&#233; avec les religions du livre. Ainsi se forme une
image d'&#201;pinal de la nature qui va marquer les esprits, et se p&#233;renniser gr&#226;ce &#224; la
litt&#233;rature et aux arts. En &#233;voquant la nature, son harmonie, l'&#339;uvre du Cr&#233;ateur,
les romantiques entretiennent l'image du jardin d'&#201;den, un paradis imaginaire,
bucolique, un refuge onirique, qui devient le lieu de d&#233;tente et de plaisirs sportifs
ou festifs. Une image de nature &#171; hors-sol &#187; apanage d'une &#233;lite bourgeoise et
intellectuelle, essentiellement urbaine, qui est aux antipodes du v&#233;cu du monde
rural et des paysans qui entretiennent quant &#224; eux des rapports conflictuels avec la
nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment la bourgeoisie urbaine et les intellectuels se repr&#233;sentent le monde rural&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'agriculture &#224; b&#233;n&#233;fici&#233; d'une certaine aura en tant que source principale
de notre alimentation et de notre &#233;conomie, les agriculteurs n'ont pas pour
autant b&#233;n&#233;fici&#233; du m&#234;me traitement. Au XIXe si&#232;cle, la perception du monde
rural par les classes ais&#233;es &#233;tait tout sauf cordiale. Est-il besoin de rappeler le
m&#233;pris des urbains vis-&#224;-vis des ruraux. Les paysans sont sales, mal &#233;duqu&#233;s
peu recommandables... Qui n'a pas entendu (et parfois m&#234;me prof&#233;r&#233; ?) ces
qualificatifs de &#171; bouseux &#187;, de &#171; cul-terreux &#187;, de &#171; p&#233;quenots &#187;, de &#171; ploucs &#187;, etc.
pour qualifier des paysans un peu frustes, ignorants, maladroits en ville un peu
perdus dans un monde urbain bruyant et clinquant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les artistes et les scientifiques qui ne repr&#233;sentent qu'une petite minorit&#233; de la
population ont beaucoup parl&#233; d'une nature par&#233;e de nombreux attributs, on a
beaucoup moins de t&#233;moignages du v&#233;cu des populations rurales au XIXe si&#232;cle.
Ces derni&#232;res, vivaient pour l'essentiel dans la pauvret&#233; et des conditions sanitaires
m&#233;diocres qui vont justifier la mont&#233;e en puissance du courant hygi&#233;niste. Ceux-
l&#224; m'ont pas les m&#234;mes pr&#233;occupations, ni le m&#234;me regard sur la nature que les
urbains nantis. .&#8230; mais ils ont laiss&#233; peu de t&#233;moignages &#233;crits. Quelques historiens
ou romanciers, nous ont cependant donn&#233; un aper&#231;u de leurs conditions de vie.
Et on lira avec int&#233;r&#234;t des documents originaux du d&#233;but du XIXe si&#232;cle relatant
les conditions d&#233;plorables des habitants des zones humides&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monfalcon JB. (1824) Histoire des marais et des maladies caus&#233;es par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; l'on mourait
jeune des miasmes et des nombreuses parasitoses dont on a perdu la m&#233;moire
aujourd'hui. Bref, la nature est plut&#244;t un objet de crainte que d'extase pour les
ruraux. Et si on croit encore qu'elle est l'&#339;uvre de Dieu, on la subit avec fatalisme
mais on ne parle certainement pas d'amour de la nature !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1186-Le-rapport-a-la-nature-chez-les-ruraux-et-chez-les-urbains' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb18-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Moscovici S. (1972) &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; contre nature&lt;/i&gt;. Paris, Union G&#233;n&#233;rale d'&#201;ditions&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Arnould P, Glon E (2006) &lt;i&gt;Wilderness, usages et perceptions de la nature en Am&#233;rique du Nord&lt;/i&gt;. Annales de g&#233;ographie, 649 : 227-238&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Descola P. (2011) &lt;i&gt;L'&#233;cologie des autres. L'anthropologie et la question de la nature&lt;/i&gt;, ed. Quae&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Luginbuhl Y (2012) &lt;i&gt;La mise en sc&#232;ne du monde.&lt;/i&gt; CNRS &#233;ditions&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Terrasson F (1993)&lt;i&gt; La peur de la nature&lt;/i&gt;. Sang de la Terre&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Mathieu N, Jollivet M (1989) &lt;i&gt;Du rural &#224; l'environnement La question de la Nature
aujourd'hui.&lt;/i&gt; ARF Editions l'Harmattan&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Descola P. (2011) &lt;i&gt;L'&#233;cologie des autres. L'anthropologie et la question de la nature&lt;/i&gt;, ed. Quae&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Une ontologie caract&#233;rise une vision du monde, une fa&#231;on d'attribuer des propri&#233;t&#233;s &#224; tout ce qui existe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Descola P. (2011) &lt;i&gt;L'&#233;cologie des autres. L'anthropologie et la question de la nature&lt;/i&gt;, ed. Quae&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Moscovici S. (1972) &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; contre nature&lt;/i&gt;. Paris, Union G&#233;n&#233;rale d'&#201;ditions&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pri&#232;res publiques faites le 25 avril, f&#234;te de saint Marc, et pendant les trois jours qui pr&#233;c&#232;dent la
f&#234;te de l'Ascension pour attirer la b&#233;n&#233;diction divine sur les r&#233;coltes et sur les travaux des champs&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Mathieu N. (2016) &lt;i&gt;Cultures de la nature&lt;/i&gt;. In Chon&#233; A. Hajek L. Hamman P. (dir.), La nature &#224; la lettre : 265-275, Guide des Humanit&#233;s environnementales, Septentrion&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Papy E, Mathieu N. (2008) &lt;i&gt;Habitants de nouveaux territoires ruraux. Vivre ensemble, partager les milieux et les ressources&lt;/i&gt;. Acad&#233;mie d'Agriculture de France (colloque du 8 novembre 2008)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Brunel S. (2011) &lt;i&gt;G&#233;ographie amoureuse du monde.&lt;/i&gt; J.C. Lattes&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Berque &#192;. (2013) &lt;i&gt;Le rural le sauvage et l'urbain&lt;/i&gt;. S&#233;minaire scientifique men&#233; par Augustin Berque dans le cadre de la Chaire &#171; D&#233;veloppement des territoires et innovation &#187; (Fondation de l'Universit&#233; de Corse) &lt;a href=&#034;https://wwwyoutube.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://wwwyoutube.com/&lt;/a&gt; watch ?v=jqQ90ATUSZI&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Berque A. (2010) &lt;i&gt;Sommes-nous d&#233;termin&#233;s par la g&#233;ographie ?&lt;/i&gt; Universit&#233; des CCI 2010 &#224; Lille. &lt;a href=&#034;https://www.dailymotion.com/video/xeznf0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.dailymotion.com/video/xeznf0&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Laprade V. (1868) &lt;i&gt;Le sentiment de la nature chez les modernes&lt;/i&gt;. Paris, Didier et Cie&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ost F (1993) &lt;i&gt;Le juste milieu : Pour une approche dialectique du rapport homme-nature&lt;/i&gt; In :lmages et usages de la nature en droit [en ligne] https:// books.openedition.org/pusl/23424 ?lang=fr&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Monfalcon JB. (1824) &lt;i&gt;Histoire des marais et des maladies caus&#233;es par les &#233;manations des eaux stagnantes&lt;/i&gt;. Lyon, imprimerie de Durand et Perrin&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Parution de la brochure n&#176;29 : &#171; Lire (et comprendre) Castoriadis &#187;</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1200-Parution-de-la-brochure-Lire-et-comprendre-Castoriadis</link>
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		<dc:date>2025-02-25T11:07:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Mai 68</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>Gauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cup&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>Islamogauchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;29 : Lire (et comprendre) Castoriadis De quelques tentatives de penser notre &#233;poque (f&#233;vrier 2025) Cette brochure est disponible &#224; la vente pour 3 &#8364; dans nos librairies ainsi que par correspondance et est int&#233;gralement t&#233;l&#233;chargeable dans la rubrique brochures. Les achats permettent notre auto-financement et constitue un soutien aux rares librairies encore ind&#233;pendantes. Cette brochure &#224; donn&#233; lieu &#224; une &#233;mission de podcast : Castoriadis, penser (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-apports-theoriques-imaginaire-" rel="directory"&gt;Apports th&#233;oriques : Imaginaire, culture, cr&#233;ation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-54-mai-68-+" rel="tag"&gt;Mai 68&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-32-recuperation-+" rel="tag"&gt;R&#233;cup&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-217-islamogauchisme-+" rel="tag"&gt;Islamogauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/couv29bis.png?1742480789' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='135' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;29 :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lire (et comprendre) Castoriadis&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quelques tentatives de penser notre &#233;poque&lt;/strong&gt; (f&#233;vrier 2025)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cette brochure est disponible &#224; la vente pour 3 &#8364; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?531-Points-de-diffusion-et-de-vente-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans nos librairies ainsi que par correspondance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et est int&#233;gralement t&#233;l&#233;chargeable &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans la rubrique brochures&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les achats permettent notre auto-financement et constitue un soutien aux rares librairies encore ind&#233;pendantes.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cette brochure &#224; donn&#233; lieu &#224; une &#233;mission de podcast : &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2025/06/01/castoriadis-penser-lepoque-avec-quentin-berard/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis, penser l'&#233;poque&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_gris2&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1850 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;Brochure n&#176;29 Lire (et comprendre) Castoriadis&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:138.88888888889%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/couv29-fb9dc_1_.png&amp;taille=144&amp;1771799846' alt='Brochure n&#176;29 Lire (et comprendre) Castoriadis' data-src='IMG/png/couv29-fb9dc_1_.png' data-l='144' data-h='200' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couv29-fb9dc_1_.png&amp;#38;taille=144&amp;#38;1771799846 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couv29-fb9dc_1_.png&amp;#38;taille=144&amp;#38;1771799846 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-1850 '&gt;&lt;strong&gt;Brochure n&#176;29 Lire (et comprendre) Castoriadis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire :&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt; &#8212; Ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?346-Un-parcours-politique-a-partir-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un parcours politique &#224; partir de C. Castoriadis&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1154-Castoriadis-et-les-bien-pensants' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis et les bien-pensants&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1190-Le-wokisme-a-la-lecture-de-C-Castoriadis' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le wokisme &#224; la lecture de C. Castoriadis&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1199-De-Castoriadis-a-Ibn-Khaldoun-et-retour' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;De Castoriadis &#224; Ibn Khaldoun (et retour)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt; &#8212; Ci-dessous...
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/h2&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Pour celui qui cherche &#224; comprendre le chaos du monde&lt;/strong&gt; et consid&#232;re toujours que ce sont les humains qui font leur histoire, la rencontre avec Cornelius Castoriadis est in&#233;vitable. Tout aussi in&#233;vitables sont les obstacles, nombreux et prolif&#233;rant au fil des ann&#233;es, qui en emp&#234;chent l'acc&#232;s et, parmi eux, tous ces leurres id&#233;ologiques qui saturent l'air du temps. Que, par extraordinaire, ceux-ci n'aient pas compl&#232;tement p&#233;n&#233;tr&#233; son esprit, et le lecteur ira au-devant d'une des plus grandes aventures intellectuelles qu'il lui sera jamais donn&#233; de vivre.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mais il n'est pas question ici de se r&#233;fugier dans un virtuel chatoyant&lt;/strong&gt;, de s'enivrer de lendemains chantants ou de se flatter de quelques ma&#238;tres mots cens&#233;s &#233;puiser une r&#233;alit&#233; somm&#233;e de se conformer &#224; une doctrine close. Il s'agit d'entrer dans le labyrinthe de la pens&#233;e, plut&#244;t de s'y reconna&#238;tre, et tout aussit&#244;t, de tenter d'en faire quelque chose &lt;i&gt;dans le monde de la vie&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;politiquement&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Et c'est l&#224;, peut-&#234;tre, une premi&#232;re fissure fondatrice de la dissidence&lt;/strong&gt; de Castoriadis d'avec notre triste &#233;poque s'avachissant dans l'impuissance des civilisations d&#233;clinantes : sa philosophie ne se consacre pas au salut des &#226;mes, &#224; la morale &#171; individuelle &#187;, &#224; l'&#233;thique ou &#224; la sp&#233;culation, pas plus que sa politique n'est r&#234;verie d'un paradis &#224; retrouver, programme de bonheur universel, murmures &#224; l'oreille des princes ou conqu&#234;te de l'appareil d'&#201;tat. Les questions toujours ouvertes &#171; que devons-nous penser ? &#187; et &#171; cette loi est-elle bonne ? &#187; s'impliquent mutuellement chez des &#234;tres humains concrets con&#231;us par une cit&#233; qu'ils mod&#232;lent en retour &#8211; interrogation illimit&#233;e et auto-institution explicite de la soci&#233;t&#233; r&#233;pondent &#224; la course d'une humanit&#233; ne cessant de se confronter &#224; des d&#233;sirs et des d&#233;lires qu'elle cache derri&#232;re des figures h&#233;t&#233;ronomes auxquelles elle s'ali&#232;ne.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&#171; Rien de bien nouveau ! &#187; s'&#233;crie la petite bourgeoisie pseudo-intellectuelle&lt;/strong&gt; qui repeint de bien-pensance les barbaries impens&#233;es qui s'abattent sur le monde, croyant s'en pr&#233;munir. En effet, cette praxis date de plusieurs si&#232;cles : c'est elle qui habite Castoriadis, rappelant &#224; chacun et &#224; tous les exigences de la pens&#233;e et les n&#233;cessit&#233;s de l'action, et dont l'oubli nous plonge dans ces nouveaux obscurantismes qui font notre quotidien.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De toutes les m&#233;thodes permettant de neutraliser un auteur qui pousse &#224; penser, il en est une d'une remarquable simplicit&#233; et promise &#224; un avenir d'autant plus certain qu'elle a fait ses preuves pendant des si&#232;cles sinon des mill&#233;naires : c'est celle qui consiste &#224; n'y lire que ce qui conforte le lecteur &#8211; du moins ce que la soci&#233;t&#233; qui l'a form&#233; le pr&#233;dispose &#224; concevoir et ce que son conformisme et son opportunisme l'autorisent &#224; y trouver. M&#233;thode universelle puisque c'est elle qui permet &#233;galement de cong&#233;dier les &#233;l&#233;ments de la r&#233;alit&#233; qui pourraient nuire &#224; tout confort psychique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'il est devenu aujourd'hui inutile d'opposer, comme on l'a longtemps fait, les intellectuels aveugles au r&#233;el et les praticiens imperm&#233;able aux id&#233;es : les uns comme les autres sont fondus dans un exemplaire unique fabriqu&#233; en s&#233;rie, nativement priv&#233; de toute question de v&#233;rit&#233;. Cela permet d'escamoter intuitivement n'importe quel &#233;l&#233;ment, d'o&#249; qu'il vienne, qui risquerait d'&#233;br&#233;cher ce monde cl&#244;s sur lui-m&#234;me et tournant autour des int&#233;r&#234;ts bien compris du sujet, ceux-ci variant au fil des circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Briser cette cl&#244;ture, consubstantielle aux soci&#233;t&#233;s comme aux individus mais que l'&#233;puisement contemporain de la modernit&#233; durcit consid&#233;rable&#173;ment, telle est la d&#233;finition de l'autonomie pour Castoriadis, et surtout le sens ultime de son travail : essayer de penser notre condition, condition humaine et condition historique, et donner &#224; penser, donner le go&#251;t de penser, c'est-&#224;-dire faire question. C'est donc sans surprise qu'on voit une semblable cl&#244;ture se former autour de son &#339;uvre, visant &#224; la transformer en produit plus ou moins adapt&#233; au march&#233; des id&#233;es ; march&#233;s universitaire, journalistique ou militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes que cette brochure rassemble tentent de s'extraire de cette cl&#244;ture &#224; partir d'une double lecture renouvel&#233;e, celle de Castoriadis et celle de notre r&#233;alit&#233; politico-sociale. Puisse ce travail servir &#224; tous ceux qui s'efforcent de lire l'un ou l'autre, sans forc&#233;ment &#233;pouser nos positions, et particuli&#232;rement &#224; ceux qui suivent notre cheminement, qui trouveront l&#224; un travail r&#233;trospectif des presque vingt ans de &lt;i&gt;Lieux Communs&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Les transformations de l'&#233;quilibre &#171; Nous-je &#187; (1/2)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1198-Les-transformations-de-l-equilibre-nous-je</link>
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		<dc:date>2025-02-13T10:46:14Z</dc:date>
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		<dc:subject>Norbert Elias</dc:subject>
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&lt;p&gt;Premi&#232;re partie (sur 15) du chapitre &#233;ponyme du livre de Norbert Elias &#171; La soci&#233;t&#233; des individus &#187; [1987], Fayard, 1991, pp. 207 &#8211; 215. Nous utilisons des concepts diff&#233;rents selon que nous voulons parler de la personne humaine prise isol&#233;ment ou des hommes r&#233;unis en groupes. Dans le premier cas nous qualifions le ph&#233;nom&#232;ne d'individuel, dans le deuxi&#232;me de social. On emploie actuellement les deux termes avec des connotations &#233;veillant le sentiment qu'il ne s'agirait pas seulement d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Premi&#232;re partie (sur 15) du chapitre &#233;ponyme du livre de Norbert Elias &#171; La soci&#233;t&#233; des individus &#187; [1987], Fayard, 1991, pp. 207 &#8211; 215.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous utilisons des concepts diff&#233;rents selon que nous voulons parler de la personne humaine prise isol&#233;ment ou des hommes r&#233;unis en groupes. Dans le premier cas nous qualifions le ph&#233;nom&#232;ne d'individuel, dans le deuxi&#232;me de social. On emploie actuellement les deux termes avec des connotations &#233;veillant le sentiment qu'il ne s'agirait pas seulement d'une diff&#233;rence, mais d'une opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme beaucoup d'autres termes &#224; racines latines, les deux vocables sont pr&#233;sents dans toutes les langues europ&#233;ennes. C'est le signe qu'ils sont issus des soci&#233;t&#233;s m&#233;di&#233;vales o&#249; une cat&#233;gorie nombreuse d'eccl&#233;siastiques plus ou moins &#233;rudits parlaient et &#233;crivaient un latin de leur cru, correspondant &#224; un autre stade d'&#233;volution que le latin classique. Aujourd'hui, dans les langues en question, on utilise les qualificatifs &#171; individuel &#187; et &#171; social &#187; sans y r&#233;fl&#233;chir davantage. Il n'y a g&#233;n&#233;ralement aucune raison de s'interroger sur le fait qu'ils n'ont certainement pas toujours appartenu au patrimoine conceptuel de sa propre soci&#233;t&#233; &#8211; et encore moins de toutes les soci&#233;t&#233;s &#8211; ni de se demander quelle &#233;volution, quelles particularit&#233;s structurelles de sa propre soci&#233;t&#233; ont pu conduire &#224; la formation de ces concepts et &#224; leur utilisation comme moyens tout naturels de la communication entre les hommes. Pourtant ces notions assurent manifestement une fonction sp&#233;cifique au sein des soci&#233;t&#233;s o&#249; elles sont utilis&#233;es. Comme d'autres concepts, elles rev&#234;tent un caract&#232;re instrumental et peuvent donc servir de t&#233;moins de certaines particularit&#233;s structurelles des soci&#233;t&#233;s consid&#233;r&#233;es. Mais il faut faire un s&#233;rieux effort de distanciation de soi-m&#234;me Pour se rendre compte qu'il y a des soci&#233;t&#233;s, et qu'il y a eu des stades d'&#233;volution de sa propre soci&#233;t&#233; o&#249; les qualificatifs &#171; individuel &#187; et &#171; social &#187; n'existent ou n'existaient pas sous leur forme actuelle, et pour se demander ensuite quelle destin&#233;e, quelle &#233;volution sociale ont contribu&#233; &#224; ce qu'ils entrent et demeurent en usage. Si l'on poursuit l'investigation sur cette voie, on s'aper&#231;oit que les concepts de ce type sont tr&#232;s souvent issus curieusement des moyens linguistiques disponibles dans une soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que l'indique d&#233;j&#224; le titre de ce livre, on commet une erreur en ne d&#233;passant pas l'id&#233;e d'une opposition entre &#171; individu &#187; et &#171; soci&#233;t&#233; &#187; et en traitant simplement ces notions comme si elles allaient de soi. L'usage qui nous pousse dans ce sens est-relativement r&#233;cent : Remettre en question l'aspect inconditionnel de cet usage et constater, &#224; l'aide de quelques exemples, que les notions de ce type ne sont pas tout simplement donn&#233;es en tant que telles ne peut pas nuire. Nous tenterons de retracer : bri&#232;vement la fa&#231;on dont elles voient le jour et : entrent dans l'usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons, par exemple, la famille de mots form&#233;e autour du terme &#171; individu &#187;. Le terme &#171; individu &#187; lui-m&#234;me a aujourd'hui essentiellement pour fonction d'exprimer que toute personne humaine, dans toutes les parties du monde, est ou doit &#234;tre un &#234;tre autonome qui commande sa propre vie, et en m&#234;me temps que toute personne humaine est &#224; certains &#233;gards diff&#233;rente de toutes les autres, ou peut-&#234;tre, l&#224; encore, qu'elle devrait l'&#234;tre. R&#233;alit&#233; factuelle et postulat se confondent ais&#233;ment dans l'emploi de ce mot. La structure des soci&#233;t&#233;s &#233;volu&#233;es de notre temps a pour trait caract&#233;ristique d'accorder une plus grande valeur &#224; ce par quoi les hommes se diff&#233;rencient les uns des autres, &#224; leur &#171; identit&#233; du je &#187;, qu'&#224; ce qu'ils ont en commun, leur &#171; identit&#233; du nous &#187;. La premi&#232;re, &#171; identit&#233; du je &#187;, prime-sur l' &#171; identit&#233; du nous &#187;. Nous reviendrons plus longuement sur ce point. Mais ce type d'&#233;quilibre entre le nous et le moi, cette tr&#232;s nette inflexion au profit de l'identit&#233; du moi est tout sauf &#233;vidente. Aux stades ant&#233;rieurs de la soci&#233;t&#233;, l'identit&#233; du nous n'a que trop souvent prim&#233; sur l'identit&#233; du moi. Dans les soci&#233;t&#233;s &#233;volu&#233;es de notre temps, il est tellement consid&#233;r&#233; comme allant de soi que l'utilisation de la notion d'&#171; individu &#187; exprime le primat de l'identit&#233; du je qu'on en vient &#224; croire que la pond&#233;ration serait la m&#234;me &#224; tous les stades de d&#233;veloppement et que des notions &#233;quivalentes auraient exist&#233; de tout temps et existeraient encore dans toutes les langues. Or ce n'est pas le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on songe par exemple &#224; la langue classique des Grecs et des Romains. Dans l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s qui marqu&#232;rent ces langues, celles de l'&#201;tat ath&#233;nien et de l'&#201;tat romain, il n'y eut pas de mouvements de couches sociales exer&#231;ant une influence sur la langue contre l'&#201;tat en tant que tel, alors qu'il y en eut dans l'&#233;volution r&#233;cente des soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes. Les mouvements sociaux de cet ordre ont eu une part consid&#233;rable &#224; l'&#233;volution du sens dans lequel on emploie aujourd'hui aussi bien le mot &#171; individu &#187; que le mot &#171; soci&#233;t&#233; &#187;. L'acception actuelle des deux notions implique non seulement l'id&#233;e d'une opposition tranch&#233;e et manifeste entre individu et soci&#233;t&#233;, mais aussi une opposition commune, m&#234;me si elle est moins &#233;vidente, des deux &#224; l'&#201;tat. L'&#201;tat r&#233;publicain romain de l'Antiquit&#233; est une illustration classique du stade d'&#233;volution o&#249; l'appartenance &#224; la famille, au clan ou &#224; l'&#201;tat, autrement dit l'identit&#233; du nous, p&#232;se en chaque individu bien plus lourd qu'aujourd'hui dans le rapport entre identit&#233; du je et identit&#233; du nous. Aussi l'identit&#233; du nous &#233;tait-elle totalement indissociable de l'image que l'on se faisait de l'individu au sein des couches sociales exer&#231;ant une influence marquante sur le langage. L'id&#233;e d'un individu hors de tout groupe, d'un &#234;tre, homme ou femme tel qu'il se pr&#233;senterait d&#233;pourvu de toute r&#233;f&#233;rence au nous, de l'individu en tant que personne isol&#233;e &#224; qui on accorde une telle valeur que toutes les r&#233;f&#233;rences &#224; une entit&#233; collective, que ce soit le clan, la tribu ou l'&#201;tat, semblent comparativement moins importantes, &#233;tait encore tout &#224; fait inimaginable dans la pratique sociale du monde antique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les langues de l'Antiquit&#233; n'avaient donc pas d'&#233;quivalent de la notion d'&#171; individu &#187;. Dans le cadre de la R&#233;publique, &#224; Ath&#232;nes ou &#224; Rome, l'appartenance &#224; une tribu, &#224; un clan ou &#224; un &#201;tat jouait un r&#244;le in&#233;luctable. En particulier sous la R&#233;publique romaine, on observe la plus &#226;pre concurrence entre les repr&#233;sentants des clans qui se disputent l'acc&#232;s ou l'occupation des charges officielles. Tout un chacun est aujourd'hui un individu, ind&#233;pendamment de sa position dans le syst&#232;me &#233;tatique. Alors que les connotations n&#233;gatives du terme grec &lt;i&gt;idiotes&lt;/i&gt; permettent de se faire une id&#233;e de ce que pensaient les Grecs de l'&#233;poque classique de quelqu'un qui se tenait en dehors des affaires publiques de l'&#201;tat. Parmi les nuances que recouvre cette notion on trouve aussi bien des sens correspondant &#224; peu pr&#232;s &#224; ce que serait aujourd'hui la &#171; personne priv&#233;e &#187; ou le &#171; profane &#187; que des significations comme l' &#171; original &#187;, l'&#171; &#234;tre inculte &#187; ou le &#171; fou &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme latin &lt;i&gt;persona&lt;/i&gt; pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme &#233;quivalent au vocable moderne &#171; individu &#187;, Mais ce terme latin est loin de poss&#233;der le m&#234;me degr&#233; de g&#233;n&#233;ralit&#233;, de se situer au m&#234;me niveau de synth&#232;se que les notions actuelles de personne et d'individu. Le terme &lt;i&gt;persona&lt;/i&gt; se rapportait encore &#224; quelque chose de tout &#224; fait sp&#233;cifique et tangible. Il d&#233;signait pour commencer le masque &#224; travers lequel les acteurs d&#233;clamaient leur texte. Quelques sp&#233;cialistes tendent &#224; penser que le mot &lt;i&gt;persona&lt;/i&gt; viendrait du verbe &lt;i&gt;personare&lt;/i&gt;, en quelque sorte &#171; r&#233;sonner &#224; travers quelque chose &#187;. C'est fort possible, mais ce n'est qu'une hypoth&#232;se. &#192; partir de la donn&#233;e concr&#232;te du masque se d&#233;velopp&#232;rent ensuite d'autres sens, &lt;i&gt;persona&lt;/i&gt; d&#233;signant par exemple aussi le r&#244;le d'un acteur ou le caract&#232;re du personnage qu'il jouait. Mais, dans l'Antiquit&#233;, la notion de &lt;i&gt;persona&lt;/i&gt; reste limit&#233;e &#224; ce degr&#233; de sp&#233;cificit&#233; assez grande, elle reste, par rapport &#224; ce qu'est aujourd'hui la notion de personne, &#224; un assez faible degr&#233; de g&#233;n&#233;ralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme &lt;i&gt;individuum&lt;/i&gt; lui-m&#234;me est inconnu du latin classique. Bien s&#251;r, les Romains de l'Antiquit&#233; savaient, aussi bien sans doute que tous les autres hommes, que chaque personne humaine a ses particularit&#233;s. Ils savaient que Brutus &#233;tait diff&#233;rent de C&#233;sar, d'Octave et d'Antoine, et savaient aussi en quoi. Mais dans leur soci&#233;t&#233;, et plus particuli&#232;rement dans les classes d'o&#249; &#233;tait issue la langue, surtout chez les repr&#233;sentants de la langue &#233;crite, on ne ressentait manifestement pas le besoin d'une notion globale et universelle exprimant que chaque homme, quel que f&#251;t le groupe auquel il appartint, constituait une personne ind&#233;pendante, unique, diff&#233;rente de tous les autres hommes, et qui rendit compte en m&#234;me temps de l'extr&#234;me valeur accord&#233;e &#224; cette unicit&#233;. L'identit&#233; collective de l'individu, son identit&#233; du nous, du vous, du ils ou elles, jouait dans la pratique des soci&#233;t&#233;s antiques un r&#244;le encore bien trop important par rapport &#224; celui de l'identit&#233; du je pour qu'ait pu se manifester le besoin d'un concept universel d&#233;signant la personne humaine en tant qu'&#234;tre quasiment d&#233;tach&#233; de tout groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre analyse nous am&#232;ne directement &#224; la d&#233;couverte de quelques nouveaux instruments th&#233;oriques de la sociologie. Le caract&#232;re instrumental des notions et de leur &#233;volution appara&#238;t peut-&#234;tre ici de fa&#231;on un peu plus claire. Du point de vue du processus sociologique, l'&#233;volution des concepts consid&#233;r&#233;e comme l'un des aspects de l'&#233;volution sociale rev&#234;t en m&#234;me temps une fonction explicative. &#201;tant donn&#233; qu'il est beaucoup question dans cet ouvrage des notions d' &#171; individu &#187; et de &#171; soci&#233;t&#233; &#187;, il n'est peut-&#234;tre pas inutile de s'apercevoir que le tr&#232;s haut niveau de synth&#232;se auquel on utilise aujourd'hui ces notions dans les soci&#233;t&#233;s d&#233;velopp&#233;es &#8211; et de plus en plus souvent aussi dans les soci&#233;t&#233;s moins d&#233;velopp&#233;es &#8211; ne va pas de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois, on aurait sans doute parl&#233; &#224; cet endroit de notions &#171; d'un tr&#232;s niveau d'abstraction &#187;. Mais le terme &#171; abstraction &#187; est trompeur. La notion d'abstraction date d'une phase de l'&#233;volution du savoir o&#249; il &#233;tait tacitement admis que la personne humaine en tant qu'individu isol&#233; pouvait &#234;tre con&#231;ue comme le producteur et par cons&#233;quent l'origine absolue et le commencement d'un concept. Dans cette phase il pouvait para&#238;tre concevable de transformer l'individu isol&#233;, le cas particulier, en notion g&#233;n&#233;rale, par un processus d'abstraction : en le d&#233;pouillant de toutes ses particularit&#233;s. Du point de vue de la th&#233;orie des processus d'&#233;volution, les choses se pr&#233;sentent autrement. La notion de personne ne s'est pas d&#233;velopp&#233;e, &#224; partir du terme latin persona d&#233;signant l'acteur, par la volont&#233; d'abstraction d'un individu isol&#233;. Un long processus d'&#233;volution sociale a &#339;uvr&#233; en l'occurrence, et ce qui en est sorti n'&#233;tait pas seulement n&#233;gatif, ce n'&#233;tait pas seulement l'&#233;limination de toutes les propri&#233;t&#233;s du cas particulier pour &#233;laborer la d&#233;finition de ce qui &#233;tait commun &#224; tous, et de la g&#233;n&#233;ralit&#233; ; ce que ce processus a fait na&#238;tre a &#233;t&#233; une vision d'ensemble de nombreux points communs qui a mis en lumi&#232;re et rendu accessible &#224; la communication quelque chose de nouveau, jusqu'alors inconnu. La notion de personne &#8211; compar&#233;e &#224; son anc&#234;tre latin &lt;i&gt;persona&lt;/i&gt; &#8211; ne correspond pas &#224; une d&#233;marche d'&#233;limination, mais &#224; une vision d'ensemble &#224; un plus haut niveau d'un nouveau point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'individu travaille sur les concepts &#224; partir d'un patrimoine linguistique et conceptuel donn&#233; par la soci&#233;t&#233;, qu'il ou elle a appris des autres. S'il n'en &#233;tait pas ainsi, l'individu qui &#339;uvre &#224; la poursuite de l'&#233;laboration d'une langue pr&#233;existante et par cons&#233;quent de concepts pr&#233;existants ne pourrait compter &#234;tre compris des autres. Et cette poursuite individuelle de l'&#233;laboration des concepts serait donc nulle et non avenue, mais &#224; partir du moment o&#249; l'on apprend &#224; percevoir le monde, la soci&#233;t&#233;, le langage comme des processus sans commencement, o&#249; par cons&#233;quent le sujet de la formation du concept n'appara&#238;t plus comme un individu isol&#233;, pratiquement sans appartenance &#224; aucun groupe, qui inventerait en quelque sorte de nouveaux concepts &#224; partir de rien, &#224; partir du moment o&#249; l'on saisit le processus d'&#233;volution d'une soci&#233;t&#233; souvent organis&#233;e comme unit&#233; de survie, que ce soit la tribu ou l'&#201;tat, on s'aper&#231;oit ais&#233;ment que le passage de concepts plus sp&#233;cifiques, ou, comme l'on disait jadis, plus &#171; concrets &#187; (mais des concepts ont-ils jamais pu &#234;tre &#171; concrets &#187; ?) &#224; des concepts plus &#233;tendus ou plus g&#233;n&#233;raux se fait aussi, &#224; chaque fois, essentiellement par l'accession &#224; une vision d'ensemble plus &#233;tendue, &#224; un plus haut niveau de synth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des probl&#232;mes qui se posent &#224; cet &#233;gard, et qu'il ne faut pas perdre de vue, serait de savoir dans quelles conditions sociales cet acc&#232;s se r&#233;v&#232;le n&#233;cessaire et possible. Nous nous contenterons de noter ici que tous les concepts de grande g&#233;n&#233;ralit&#233;, autrement dit tous les concepts se situant &#224; un niveau &#233;lev&#233; de synth&#232;se, sont issus de concepts d'une signification bien plus sp&#233;cifique, autrement dit de repr&#233;sentants d'une plus grande particularit&#233; et d'un plus faible niveau de synth&#232;se, L&#224; encore, on aurait dit sans doute autrefois que tous les &#171; concepts abstraits &#187; &#233;taient issus de concepts &#171; concrets &#187;. Mais un &#171; concept concret &#187;, &#231;a n'existe pas. Tous les concepts, qu'ils correspondent &#224; un niveau de synth&#232;se faible ou &#233;lev&#233;, rev&#234;tent le caract&#232;re de symboles oraux ou &#233;crits. Pour remplir leur fonction de communication et l'orientation, il faut qu'ils soient compris non pas d'un seul individu isol&#233;, mais de toute une communaut&#233; linguistique, de tous les membres d'un groupe humain sp&#233;cifique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autrefois, on aurait sans doute consid&#233;r&#233; comme une loi que les concepts (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand nombre des moyens linguistiques que nous poss&#233;dons aujourd'hui, la famille de vocabulaire r&#233;unie autour du mot &#171; individu &#187; en est un exemple, sont de date relativement r&#233;cente. En latin du Moyen &#194;ge, les termes comme &lt;i&gt;individualis&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;indivuus&lt;/i&gt; avaient une signification qui se situait encore au plus faible niveau de synth&#232;se. On les utilisait pour d&#233;signer quelque chose d'indivisible, d'ins&#233;parable. Ainsi pouvait-on encore parler par exemple au XVIIe si&#232;cle de la &#171; Sainte Trinit&#233; individuelle &#187;. L'emploi du terme &lt;i&gt;individuus&lt;/i&gt; comme symbole d'une unit&#233; ins&#233;cable entra&#238;na sans doute dans la communication entre &#233;rudits de l'&#233;poque une poursuite de l'&#233;volution qui nous &#224; amen&#233;s &#224; la notion moderne de l'&#171; individu &#187;. Le terme &lt;i&gt;individuum&lt;/i&gt; &#233;tait employ&#233; en logique formelle pour exprimer le cas particulier, le repr&#233;sentant d'une esp&#232;ce, et non pas uniquement de l'esp&#232;ce humaine, mais de toutes les esp&#232;ces. Mais de l'observation d'un cas particulier on ne peut rien d&#233;duire. Les &lt;i&gt;individua&lt;/i&gt; &#233;taient donc consid&#233;r&#233;s comme impr&#233;cis et vagues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En logique, les &lt;i&gt;individua&lt;/i&gt; n'occupaient pas un rang tr&#232;s &#233;lev&#233;. Toutefois l'origine scolastique n'est pas sans importance pour l'&#233;volution du concept. Il faut dire que, dans ce cas comme dans bien d'autres, pour des raisons sur lesquelles nous ne pouvons pas nous attarder ici, la philosophie scolastique a contribu&#233; de fa&#231;on essentielle au d&#233;veloppement des concepts &#224; un plus haut niveau de synth&#232;se. Le concept m&#233;di&#233;val d'&lt;i&gt;individuum&lt;/i&gt; ne s'appliquait en aucune fa&#231;on sp&#233;cialement &#224; l'homme. Il lui fut seulement appliqu&#233; &#224; une &#233;tape ult&#233;rieure de son &#233;laboration, au XVIe si&#232;cle ; on assista &#224; la re-sp&#233;cialisation d'un concept qui avait &#233;t&#233; utilis&#233; pr&#233;c&#233;demment sur un mode universel en logique et en grammaire. Les philosophes de l'&#201;glise avaient bien vu que toute chose en ce monde &#233;tait unique &#224; un certain &#233;gard et constituait donc un individuum. L'hirondelle qui b&#226;tit son nid sous le toit de ma maison est unique, c'est un &lt;i&gt;i&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n&lt;/i&gt;&lt;i&gt;dividuum&lt;/i&gt;. Aucune autre hirondelle ne le fait aujourd'hui en ce lieu. Au sommet des montagnes chaque arbre battu par le vent a sa forme particuli&#232;re. La mouche qui se prom&#232;ne &#224; l'instant sur la vitre de la fen&#234;tre est un &lt;i&gt;i&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n&lt;/i&gt;&lt;i&gt;dividuum&lt;/i&gt; ; aucune autre ne le fait en ce moment. Le mont Blanc est unique ; aucun autre pic n'a la m&#234;me forme. Tous les &#234;tres pris isol&#233;ment ont leur propre histoire et leurs particularit&#233;s individuelles. Les philosophes scolastiques saisirent la sp&#233;cificit&#233; du repr&#233;sentant particulier d'une esp&#232;ce pris isol&#233;ment et ils cr&#233;&#232;rent un mot pour en rendre compte. Celui-ci se r&#233;v&#233;la fructueux pour une &#233;volution qui &#233;tait impr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me que nous pose le concept d'individu appara&#238;t peut-&#234;tre plus clairement si l'on consid&#232;re le passage &#224; ce stade d'&#233;volution dans le domaine de la scolastique. Comment la reconnaissance de la sp&#233;cificit&#233; de tous les cas particuliers que traduisait la notion scolastique d'&lt;i&gt;individuum&lt;/i&gt; se r&#233;duisit-elle &#224; nouveau pour ne plus s'appliquer finalement qu'&#224; la sp&#233;cificit&#233; de la personne humaine ? Cela se produisit manifestement avec le passage de l'&#233;volution sociale &#224; un niveau o&#249; se renfor&#231;a parmi les hommes, et sans doute au d&#233;part parmi les membres de certains groupes, le besoin d'&#233;changer une communication &#224; propos de leur unicit&#233; &#8211; et plus g&#233;n&#233;ralement de l'unicit&#233; de tout &#234;tre humain &#8211;, de la sp&#233;cificit&#233; de leur existence compar&#233;e &#224; celle de tous les autres hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque que nous appelons la Renaissance fut bien une &#233;poque o&#249;, dans les pays relativement les plus d&#233;velopp&#233;s d'Europe, les hommes se virent offrir de plus grandes possibilit&#233;s qu'auparavant pour s'extraire de leur groupe d'origine et acc&#233;der &#224; des positions sociales comparativement plus &#233;lev&#233;es. Les humanistes qui assum&#232;rent des charges dans l'administration des cit&#233;s ou des &#201;tats, aussi bien que les marchands et les artistes, nous offrent des exemples de ces plus grandes chances d'ascension sociale individuelle. En tout cas on d&#233;couvre imm&#233;diatement apr&#232;s, au XVIe si&#232;cle, en tout premier lieu sans doute chez les puritains anglais, la distinction entre ce qui est fait individuellement et ce qui est fait collectivement. Ce fut l'une des &#233;tapes pr&#233;paratoires &#224; l'&#233;volution ult&#233;rieure du concept qui aboutit finalement, au cours du XXe si&#232;cle, avec le besoin social croissant de moyens linguistiques pour d&#233;signer des mouvements et des id&#233;aux antagonistes, &#224; la formation de termes comme &#171; individualisme &#187; d'un c&#244;t&#233;, &#171; socialisme &#187; et &#171; collectivisme &#187; de l'autre. C'est pour une bonne part &#224; cause de ces formations que dans les p&#233;riodes plus r&#233;centes on a utilis&#233; les termes &#171; individu &#187; et &#171; soci&#233;t&#233; &#187;, &#171; individuel &#187; et &#171; social &#187;, comme s'il s'agissait de couples antagonistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1202-Les-transformations-de-l-equilibre-nous-je' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir l'extrait suivant&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb19-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Autrefois, on aurait sans doute consid&#233;r&#233; comme une loi que les concepts concordant avec la r&#233;alit&#233; &#224; un niveau de synth&#232;se sup&#233;rieur descendaient de concepts &#224; un niveau de synth&#232;se bien inf&#233;rieur (m&#234;me s'il y a dans les langues de groupes appartenant &#224; un stade de d&#233;veloppement tr&#232;s ancien des mots magiques qui se situent &#224; un tr&#232;s haut niveau de synth&#232;se). Mais cette constatation rev&#234;t ici tout simplement l'aspect d'une observation syst&#233;matique sur les processus de formation des concepts, qui est en outre irr&#233;versible. Un processus de cet ordre ne suit pas toujours un d&#233;roulement en ligne droite. Un concept d'ordre g&#233;n&#233;ral peut se r&#233;duire &#224; un concept sp&#233;cifique d'un certain groupe de donn&#233;es sans perdre pour autant sa g&#233;n&#233;ralit&#233;. Le concept &#171; individuel &#187; par, exemple, qui s'appliquait jadis au caract&#232;re unique de chaque objet, s'est r&#233;duit au fil du temps &#224; l'unicit&#233; de la personne humaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Aux sources du Totalitarisme (ce stalino-gauchisme qui ne passe pas) (2/2)</title>
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&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) III. Les principes de l'activisme des intellocrates Voici les rep&#232;res propres &#224; l'activisme des intellocrates, qui reprennent de plus en plus volontiers l'&#233;tiquette scandaleuse d'&#8220;engag&#233;s&#8221; : *L'acharnement avec lequel ils s'efforcent de rabaisser leur propre culture s'appuie sur une amplification sans retenue de la capacit&#233; d'autocritique occidentale, qui a toujours tranch&#233; sur l'&#233;go&#239;sme sacr&#233; des autres civilisations. *L'instance juridique est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-48-fargette-g-+" rel="tag"&gt;Fargette G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-217-islamogauchisme-+" rel="tag"&gt;Islamogauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1163-Aux-sources-du-Totalitarisme-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. Les principes de l'activisme des intellocrates&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici les rep&#232;res propres &#224; l'activisme des intellocrates, qui reprennent de plus en plus volontiers l'&#233;tiquette scandaleuse d'&#8220;engag&#233;s&#8221; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*L'acharnement avec lequel ils s'efforcent de rabaisser leur propre culture s'appuie sur une amplification sans retenue de la capacit&#233; d'autocritique occidentale, qui a toujours tranch&#233; sur l'&#233;go&#239;sme sacr&#233; des autres civilisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*L'instance juridique est instrumentalis&#233;e pour devenir une machine de guerre contre les autres pouvoirs. Le caract&#232;re formel du droit est pouss&#233; jusqu'&#224; inventer des leviers qui lui donnent la pr&#233;s&#233;ance sur la loi et l'ex&#233;cutif. Toutes les organisations supra-nationales se sont empar&#233;es de ce retournement, en faisant pr&#233;valoir une axiomatique qui entend dissoudre les corps politiques de citoyens, qui sont au fondement des nations. L'op&#233;ration consiste &#224; d&#233;placer les droits des individus sur les groupes, ce qui interdit toute int&#233;gration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Mamou, dans Le grand abandon, les &#233;lites fran&#231;aises et l'islamisme, &#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*L'&#201;tat-providence, produit d'un compromis politico-social implicite mais pr&#233;gnant (protection &#233;conomique et sociale en &#233;change d'une passivit&#233; politique entretenue par une industrie du divertissement dont le d&#233;ploiement exc&#232;de tout ce qu'avait invent&#233; la r&#233;publique romaine finissante), est ouvert sans condition &#224; tous les nouveaux venus. Ceux-ci peuvent ainsi s'incruster sans pour autant contribuer &#224; la mutualisation des efforts. Aucune soci&#233;t&#233; dot&#233;e d'un &#201;tat-Providence ne peut supporter une telle immigration de masse aimant&#233;e par les subventions &#233;tatiques. Cette infiltration colonisatrice suit une logique de passager clandestin, qui condamne le dispositif d'&#201;tat-providence &#224; la faillite terminale, ardemment souhait&#233;e par les oligarchies &#233;conomiques. C'est parce que les &#201;tats-Unis du XIXe si&#232;cle &#233;taient d&#233;pourvus de ce type de dispositif, qu'ils pouvaient exiger des nouveaux arrivants un effort rigoureux et non n&#233;gociable d'adaptation aux r&#232;gles du tissu &#233;conomique et social. L'origine principalement occidentale des immigrants en Am&#233;rique du Nord a facilit&#233; cette int&#233;gration de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*L'anticolonialisme s'est mu&#233; en entreprise syst&#233;matique de colonisation &#224; rebours des pays occidentaux. Ce retournement d&#233;rive directement de l'anti-imp&#233;rialisme s&#233;lectif, qui d&#233;non&#231;ait d&#233;j&#224; les demi-empires coloniaux europ&#233;ens au profit de v&#233;ritables empires, musulmans, russes ou chinois, o&#249; la &#8220;repentance&#8221; et m&#234;me l'autocritique ont toujours &#233;t&#233; inexistantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*L'antiracisme sert, de la m&#234;me fa&#231;on, &#224; flatter et syst&#233;matiser un v&#233;ritable racisme contre les Occidentaux (qualifi&#233;s de &#8220;Blancs&#8221;). Les dispositifs destin&#233;s &#224; endiguer l'expression publique de l'antis&#233;mitisme et du &#8220;racisme&#8221; permettent maintenant d'assister l'extr&#233;misme musulman en favorisant la constitution d'une Inquisition musulmane (le pr&#233;tendu &lt;i&gt;&#8220;Collectif contre l'islamophobie en France&#8221;),&lt;/i&gt; qui peut tra&#238;ner n'importe qui devant les tribunaux gr&#226;ce &#224; l'imposture des lois &#8220;antiracistes&#8221;. L'arriv&#233;e massive en Europe de millions d'admirateurs de Hitler vise, entre autres choses, &#224; &#8220;terminer le travail&#8221;, en terrorisant les Juifs et en les chassant du continent. Ceux-ci constatent qu'ils subissent une fois de plus une entreprise de domination monstrueuse destin&#233;e &#224; s'&#233;tendre &#224; toute la population locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Tout &#8220;migrant&#8221;, n&#233;ologisme qui permet de noyer le tsunami migratoire en un brouillard indistinct, aurait des &#8220;droits&#8221; imp&#233;ratifs sur les populations occidentales qui voient d'un coup s'effacer la r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#233;galit&#233; statutaire formelle, pourtant caract&#233;ristique des r&#233;volutions occidentales r&#233;ussies. Les &#8220;migrants&#8221; les plus hyst&#233;riques conseillent publiquement aux Occidentaux, et avec une jubilation extr&#234;me, de partir si ce &#8220;multiculturalisme&#8221; unilat&#233;ral leur d&#233;pla&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Les ing&#233;nieries fond&#233;es sur la &#8220;discrimination positive&#8221; sapent toute notion de m&#233;rite individuel et verrouillent le sch&#233;ma des logiques in&#233;galitaires li&#233;es &#224; des privil&#232;ges selon l'origine et la religion. Le domaine du sport, en particulier du football, est le secteur o&#249; cette op&#233;ration va le plus loin en France (les &#233;coles de formation favorisent les extra-europ&#233;ens, dans le but de produire un symbole, le remplacement des Occidentaux dans des &#233;quipes m&#233;diatiques-phares, qualifi&#233;es par antiphrase de &#8220;nationales&#8221;). Quelques vedettes pr&#233;fabriqu&#233;es y gagnent leur ticket d'entr&#233;e dans l'oligarchie pr&#233;datrice. Ce petit nombre d'&#8220;&#233;lus&#8221; joue le m&#234;me r&#244;le que les gagnants d'une loterie, que leur public r&#234;ve d'imiter avec l'illusion de pouvoir tous un jour b&#233;n&#233;ficier de leur sort. Les nouveaux venus en Europe retiennent la seule le&#231;on de l'avidit&#233; sans frein, point g&#233;om&#233;trique de convergence entre les pr&#233;dateurs de l'oligarchie &#233;conomico-financi&#232;re et les loups colonisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*L'intention r&#233;currente d'accorder le droit de vote aux &#8220;non-nationaux&#8221; amplifierait le proc&#233;d&#233;, puisqu'il n'est jamais envisag&#233; de donner aux Occidentaux un droit analogue dans le pays d'origine de ces &#8220;migrants&#8221;, droit qui demeurerait de toute fa&#231;on virtuel, alors que les peuples europ&#233;ens se sont accord&#233;s de tels droits en toute r&#233;ciprocit&#233;. Mais la distribution de plus en plus automatique de la &#8220;nationalit&#233;&#8221; aux nouveaux venus obtient le m&#234;me effet, bien plus directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*La d&#233;nonciation de l'in&#233;galit&#233; que subissent les femmes est s&#233;lective. Les dizaines de millions d'Occidentaux qui depuis un si&#232;cle au moins se sont montr&#233;s complices de leur &#233;mancipation sont gomm&#233;s de l'histoire, alors que les envahisseurs extra-europ&#233;ens sont excus&#233;s par avance de leur volont&#233; dominatrice et de leur agressivit&#233;. Leur misogynie d&#233;fie toute analyse classique. Les femmes se trouvent confront&#233;es tout &#224; coup et sans m&#233;diation &#224; la perte de toute protection contre la barbarie mol&#233;culaire caract&#233;ristique des despotismes orientaux. Les femmes musulmanes qui s'alignent de plus en plus sur des r&#232;gles comme le port du voile esp&#232;rent vainement d&#233;tourner vers les femmes occidentales l'immense brutalit&#233; du machisme musulman. L'ensemble des femmes, &#224; l'instar des Juifs, constitue ainsi une cat&#233;gorie sacrifiable, la plus &#233;tendue, v&#233;ritable tribut en nature offert d'avance aux conqu&#233;rants comme l'exposent les affiches de la propagande du &#8220;vivre ensemble&#8221; : une femme occidentale accueillant avec un enthousiasme publicitaire le colonisateur-de-couleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*La &#8220;libert&#233; sexuelle&#8221;, devenue religion du sexe, a &#233;t&#233; encourag&#233;e au point de donner aux pr&#233;dateurs une position de force. Le Parti vert allemand r&#233;percutait d&#233;j&#224; la &#8220;cause&#8221; p&#233;dophile dans les ann&#233;es 1970. Les mariages de fillettes sont d&#233;sormais avalis&#233;s en Allemagne et ailleurs comme cons&#233;quence du tsunami migratoire, ainsi que la polygamie (qui prolif&#232;re en France chez les immigr&#233;s de l'Afrique colonis&#233;e par l'islam). La pr&#233;dation sexuelle des migrants est sous-estim&#233;e et excus&#233;e par morale id&#233;ologique, si bien que l'exacerbation r&#233;cente de la d&#233;nonciation du harc&#232;lement sexuel &#233;pargne soigneusement ceux qui pratiquent, par &#8220;devoir religieux&#8221;, une haine rabique des femmes et imposent &#224; celles-ci, quartier apr&#232;s quartier, un statut de semi-esclavage, conforme &#224; l'orthodoxie musulmane. Il faudrait avoir des &#233;gards pour ce genre de &#8220;trait culturel&#8221; ! Comme on le voit en Grande-Bretagne dans des dizaines de villes (Rotherham, Telford, Rochdale, Tesco, etc.), des milliers de femmes et de fillettes occidentales ont &#233;t&#233; livr&#233;es &#224; des gangs de prox&#233;n&#232;tes musulmans depuis trente ans d&#233;j&#224;. Mais ce pays n'est sans doute pas le seul concern&#233;. On assiste depuis plusieurs ann&#233;es en France &#224; l'apparition d'une prostitution d'adolescentes (il y aurait plus de 70 affaires en cours d'instruction, qui concernent &#224; chaque fois une multiplicit&#233; de cas). L'identit&#233; des maquereaux &#233;tant soigneusement tue, le diagnostic d'un d&#233;veloppement analogue &#224; celui que conna&#238;t l'Angleterre est hautement vraisemblable. Ces d&#233;tachements pr&#233;dateurs passent ainsi au hachoir, en toute tranquillit&#233;, les populations occidentales en d&#233;truisant leur dignit&#233; et en les avilissant de fa&#231;on syst&#233;mique. Ce qu'ils font aux femmes est en effet consid&#233;r&#233; dans leur &#8220;culture&#8221; comme ce qui peut &#234;tre fait de pire &#224; une &#8220;communaut&#233;&#8221;. Comment ne pas y voir une &#233;tape pr&#233;liminaire &#224; la r&#233;duction en esclavage de populations occidentales &#233;tendues ? Les pr&#233;tendus &#8220;Indig&#232;nes de la R&#233;publique&#8221; et divers aboyeurs du rap le revendiquent en toute tranquillit&#233;, quand ils ne parlent pas d'extermination pure et simple des &#8220;Blancs&#8221;. La consistance de ces op&#233;rations se v&#233;rifie au fait que ces criminels b&#233;n&#233;ficient de complicit&#233;s institutionnelles consid&#233;rables (services de police locale, services sociaux, &#233;lus locaux, etc., qui assurent trembler &#224; l'id&#233;e de passer pour &#8220;raciste&#8221;). Cette entreprise d'asservissement, comme toute l'envahissante d&#233;linquance musulmane, rencontre une indulgence de principe, parce qu'il s'agit de leviers sociologiques producteurs de domination ethnique et religieuse sur les &#8220;Blancs&#8221;. C'est l&#224; que se condense au jour le jour la texture m&#234;me de la IVe guerre mondiale en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*L'inventivit&#233; technique permanente qui caract&#233;rise l'Occident et sa capacit&#233; &#224; mettre au point de nouvelles utilisations industrielles prom&#233;th&#233;ennes produit d&#233;sormais de nouveaux dispositifs de contr&#244;le qui renforcent la r&#233;gression. Si on peut rire de tout sauf de l'islam, d&#233;clar&#233; au-del&#224; de toute critique, c'est que nous subissons d&#233;j&#224; une forme de terreur politico-religieuse qui ira en s'aggravant sans cesse. Cette atmosph&#232;re asphyxiante est relay&#233;e par des organisations qui paralysent la r&#233;sistance en Occident : la censure d&#233;localis&#233;e de Facebook et de Twitter, produits prosa&#239;ques d'une ing&#233;nierie californienne aux motivations tout aussi utopiques que les lubies &#8220;progressistes&#8221; sur le vieux continent, constitue le levier plan&#233;taire d&#233;pourvu de la moindre l&#233;gitimit&#233;, qui soutient cet arbitraire despotique d'un nouveau genre. L'islam exige d'&#234;tre m&#233;nag&#233; alors qu'il ne constitue pas une &#8220;religion&#8221;, c'est-&#224;-dire une &#233;thique personnelle (sens adopt&#233; en Europe au XVIIIe si&#232;cle), mais un mouvement politico-militaire aspirant ouvertement au despotisme universel. Avec les &#8220;Fr&#232;res musulmans&#8221;, ils ont appris depuis les ann&#233;es 1920 comment greffer les ing&#233;nieries totalitaires sur leur id&#233;ologie religieuse fig&#233;e depuis le XIIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Le sort des homosexuels est pris dans une double illusion : ils sont affich&#233;s comme une norme de r&#233;f&#233;rence, puisqu'ils sont d&#233;sormais d&#233;terminants dans la mise en forme juridique du mariage et de la filiation, afin de satisfaire l'infime lobby qui assure les &#8220;repr&#233;senter&#8221;. Mais leur statut est particuli&#232;rement illusoire car ils ne peuvent esp&#233;rer de protection contre la haine assassine que les extra-europ&#233;ens leur vouent ouvertement. Ils sont eux aussi sacrifiables apr&#232;s avoir servi &#224; cristalliser l'h&#233;g&#233;monie institutionnelle des &#8220;minorit&#233;s&#8221; contre la majorit&#233;, qui se trouve criminalis&#233;e d&#232;s qu'elle ose s'affirmer comme occidentale et sexu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Cette structuration d'in&#233;galit&#233;s statutaires est m&#233;caniquement confort&#233;e par le contr&#244;le diff&#233;rentiel que l'&#201;tat exerce inexorablement contre les populations occidentales, alors qu'il se montre express&#233;ment laxiste avec les infiltr&#233;s, qui n'acceptent que les avantages, jamais les devoirs. La population occidentale est de plus en plus consid&#233;r&#233;e comme le troupeau passif charg&#233; d'entretenir les populations nouvelles, dispositif proto-imp&#233;rial typique qui doit tout naturellement amener un effondrement de la socialit&#233; propre aux nations. Celles-ci sont incit&#233;es, de fait, &#224; se transformer en micro-empires, avec une gamme d'in&#233;galit&#233;s de richesses et de statuts qui rejoint celle des si&#232;cles les plus obscurs, bien plus sinistres que la l&#233;gende noire du Moyen-Age. Les manipulateurs des leviers &#233;tatiques et financiers y voient une &#233;tape pr&#233;liminaire &#224; la constitution d'une forme imp&#233;riale continentale, voire mondiale, pour les plus illumin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV. Les m&#233;thodes du sabordage institutionnel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;ni officiel et m&#233;canique oppos&#233; aux lanceurs d'alerte devant cette r&#233;gression g&#233;n&#233;ralis&#233;e s'appuie sur un appareil de propagande m&#233;diatique, politique et judiciaire inconnu des &#233;poques ant&#233;rieures aux r&#233;gimes totalitaires. Sa fonction de d&#233;r&#233;alisation et de mensonge politico-social repose sur l'activit&#233; d'un personnel militant form&#233; depuis un si&#232;cle &#224; la technique du mensonge de granit. Le marxisme-l&#233;ninisme, inventeur du premier r&#233;gime de ce genre, imit&#233; par le national-socialisme, s'est litt&#233;ralement condens&#233; en un ersatz de IVe monoth&#233;isme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+l'histoire correspondrait &#224; une entit&#233; divine (toujours moniste)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+le &#8220;prol&#233;tariat&#8221; r&#234;v&#233; (la &#8220;race&#8221; des nazis), au messie collectif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-L. Amselle signale l'origine raciologique des &#171; classes &#187; chez Guizot, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+les id&#233;ologues, aux intercesseurs sournois, avides de pouvoir ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+le monde situ&#233; au-del&#224; de l'horizon temporel (l'avenir), &#224; l'autre monde merveilleux et parfait destin&#233; &#224; venir fusionner avec le monde concret imparfait pour le r&#233;dimer dans une ambiance de mill&#233;narisme triomphal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dispositif fictionnel n'a subi qu'une retouche dans les 30 derni&#232;res ann&#233;es : le &#8220;messie&#8221; de synth&#232;se a chang&#233; et serait incarn&#233; par les &#8220;migrants&#8221; musulmans, tandis que d'autres populations, bien plus maltrait&#233;es, comme les ath&#233;es, les chr&#233;tiens, les y&#233;zidis, etc., sont ignor&#233;es le plus longtemps possible. Ces &lt;i&gt;cibles&lt;/i&gt; ne sont en effet d'aucune utilit&#233; pour d&#233;sagr&#233;ger les soci&#233;t&#233;s occidentales. Et le miracle constamment proclam&#233; et toujours retard&#233; de la techno-science promet l'av&#232;nement du monde infantile et magique qui ferait oublier ce naufrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le christianisme n'est entr&#233; dans sa trajectoire triomphale qu'&#224; partir du moment o&#249; il est devenu religion d'empire, &#224; la fin du IVe si&#232;cle de l'&#232;re dite &#8220;chr&#233;tienne&#8221;. Paul Veyne a d&#233;crit avec une grande acuit&#233; l'aspect &#233;trangement contingent et fortuit de ce succ&#232;s rencontr&#233; par une croyance religieuse bizarre, auquel n'adh&#233;raient alors que 5 % de la population de l'empire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chr&#233;tien (312-394), Paris, Albin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ce support imp&#233;rial a fait d&#233;faut &#224; la partie occidentale du christianisme d&#232;s les d&#233;cennies qui ont suivi la proclamation de son statut de religion officielle. La curie romaine n'a cess&#233;, tr&#232;s logiquement et pendant des si&#232;cles, de favoriser des formes imp&#233;riales sur lesquelles elle esp&#233;rait s'appuyer (l'&#8220;empire&#8221; carolingien, puis la r&#233;activation de son fant&#244;me par Othon avec le &#8220;Saint-Empire romain germanique&#8221;). Le Vatican et cet &#8220;Empire&#8221; ont fini par admettre leur &#233;chec irr&#233;m&#233;diable lors de la longue &lt;i&gt;&#8220;Querelle des Investitures et de l'Empire&#8221;, &lt;/i&gt;ouvrant bien involontairement la voie &#224; la cristallisation des nations souveraines. Tout se passe comme si le catholicisme institutionnel s'effor&#231;ait aujourd'hui d'en finir avec cet Occident si profond&#233;ment r&#233;tif aux logiques imp&#233;riales, en exaltant le d&#233;lire consistant &#224; pr&#233;tendre qu'un chr&#233;tien doit se consid&#233;rer comme coupable imm&#233;diat de tout mal advenant dans le monde. La plupart des &#233;glises &#233;vang&#233;liques suivent la m&#234;me d&#233;rive, ce qui confirme la connexion profonde des terreaux id&#233;ologiques catholiques et protestants. On voit donc se renforcer constamment la conjuration imb&#233;cile et monomaniaque des monoth&#233;ismes, depuis le deuxi&#232;me (christianisme), le troisi&#232;me (islam) jusqu'au quatri&#232;me (marxisme-l&#233;ninisme d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, faute de religion routini&#232;re de repli, en gauchisme culturel et en multiculturalisme, et m&#234;me en radicalit&#233; creuse). Le premier monoth&#233;isme &#233;tant la cible consensuelle de cette conjuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme-l&#233;ninisme et ses versions d&#233;grad&#233;es (castrisme, sandinisme, sectes maoistes, trotskistes, etc., sans oublier les fossiles du type Badiou ou Todd), d&#233;guis&#233;s en gauchisme culturel (la poussi&#232;re des agitateurs universitaires comme Bourdieu, Boucheron, H&#233;ran, etc.) qui sert de caution aux chamanes de la pieuvre m&#233;diatique (Plenel, Bourdin, Cohn-Bendit, etc.) ne constituent pas seulement le socle d'une attitude et d'une pratique conspirative qu'ils assument tout en la traquant chez les autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien que la plupart des activistes organis&#233;s en 68 aient pr&#233;tendu r&#233;cup&#233;rer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils sont l'expression d'un dispositif sociologique propre &#224; cette intelligentsia ren&#233;gate : aucun d&#233;bat n'est autoris&#233; sur l'Occident, puisqu'il ne m&#233;riterait pas d'exister. Orwell avait per&#231;u d&#232;s 1937, dans &lt;i&gt;Le Quai de Wigan,&lt;/i&gt; &#224; quel point ces intellectuels doctrinaires ambitionnent de se faire pr&#234;tres et contr&#244;leurs de la &#8220;th&#233;orie&#8221;, en se consid&#233;rant comme les seuls vrais membres du &#8220;Parti&#8221; appel&#233; &#224; orienter l'histoire. Ils n'ont jamais compris comment les bureaucrates et les oligarques de l'&#233;conomie finissent toujours par les prendre de vitesse... Cette posture s'est aggrav&#233;e avec le temps, en proportion du naufrage exponentiel de leurs hallucinations, conform&#233;ment &#224; la logique de dissonance cognitive par laquelle les croyances religieuses parviennent &#224; se conforter malgr&#233; les d&#233;mentis factuels massifs qu'elles rencontrent. Le principal motif de leur acharnement est assez simple : ne pouvant reconna&#238;tre l'&#233;normit&#233; de l'&#233;chec du &#8220;socialisme&#8221;, attest&#233; par la d&#233;sertion g&#233;n&#233;rale du monde ouvrier, si maltrait&#233; sur toute la plan&#232;te par ces technocrates de l'histoire, ils sont incapables de se d&#233;faire de leurs illusions. Comme pour toute religion ratiocinante et radoteuse qui pr&#233;tend avoir d&#233;couvert la nature du divin et l'acc&#232;s &#224; l'autre monde qu'elle invente, il ne leur reste qu'&#224; contaminer de nouveaux adeptes par cette obsession de l'exactitude &#8220;quand m&#234;me&#8221; de leurs proph&#233;ties rat&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs th&#232;ses se sont ainsi confort&#233;es au fil de la longue s&#233;rie de catastrophes qu'elles induisaient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+le socialisme a garanti l'enfer sur un tiers des terres &#233;merg&#233;es ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+l'anti-imp&#233;rialisme, promu par la seule force imp&#233;riale s&#233;rieuse du XXe si&#232;cle, la sovi&#233;tique, n'a pas permis la rencontre et la coalition de tous les opprim&#233;s du monde, au contraire. La renaissance fantomatique et bancale des empires s'affirme aujourd'hui partout en dehors de l'Occident. Le chauvinisme imp&#233;rial est infiniment plus compact et f&#233;roce que la r&#233;f&#233;rence nationale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+le tiers-mondisme qui pr&#233;tendait annoncer un nouveau type de fonctionnement des soci&#233;t&#233;s sorties de la situation coloniale s'est dissous soit dans des r&#233;gimes pires que les r&#233;gimes coloniaux, soit dans une imitation sournoise des m&#233;canismes capitalistes, mais sans les correctifs institutionnels destin&#233;s &#224; m&#233;nager la soci&#233;t&#233; civile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'enfer routinier musulman, pr&#233;-industriel, s'est diffus&#233; pendant 14 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces r&#233;gimes se font &#8220;nation&#8221; de fa&#231;ade, tout en pratiquant un retour &#224; une verticalit&#233; imp&#233;riale ou en subissant une d&#233;sagr&#233;gation chaotique : l'histoire a montr&#233; depuis 4000 ans au moins que ces deux situations alternent de fa&#231;on syst&#233;mique dans les zones imp&#233;riales, dont le cours ressemble &#224; la course d'un hamster cavalant dans sa roue. Une zone imp&#233;riale finit toujours par se fragmenter en caricatures d'empires-bonza&#239; rivaux, avant de se lancer dans des tentatives ravageuses de r&#233;unification provisoire, qui durent rarement plus de trois g&#233;n&#233;rations comme l'avait constat&#233; Ibn Khaldoun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces intellocrates occupent la niche sociopolitique des compagnons de route agglutin&#233;s autour du nouveau totalitarisme, islamiste, ancr&#233; dans son substrat anthropologique mortellement hostile &#224; l'Occident depuis 14 si&#232;cles. Ils ne savent ni ne peuvent avoir d'autre projet que l'action naufrageuse contre les soci&#233;t&#233;s occidentales. Les pratiques criminelles des socialistes du goulag perdurent comme r&#233;sidu d'une utopie en ruine, qui guide chacun de leurs pas : &lt;strong&gt;tout ce qui se rattache au socialisme et au communisme ayant connu un naufrage absolu, il faudrait que l'Occident, qui n'existe que par ses nations, disparaisse puisqu'il constitue une base de comparaison insupportable&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le vote pour le Brexit au Royaume-Uni, l'&#233;lection de Trump aux &#201;tats-Unis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 30 d&#233;cembre 2018&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb20-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Yves Mamou, dans &lt;/i&gt;Le grand abandon, les &#233;lites fran&#231;aises et l'islamisme, &lt;i&gt;&#233;d. L'Artilleur, sept. 2018, souligne le r&#244;le pr&#233;curseur du Gisti, fond&#233; en 1972 par quatre &#233;narques impr&#233;gn&#233;s de &#8220;l'esprit de 68&#8221;, pour la mani&#232;re dont il a provoqu&#233; une manipulation juridique dans la politique de l'immigration (p. 52-55). Cet ouvrage d&#233;taille comment les &#8220;grands corps&#8221; de l'&#201;tat, notamment le Conseil d'&#201;tat, ont relay&#233; cette d&#233;marche consistant &#224; bouleverser les institutions par le &#8220;droit&#8221; : &lt;/i&gt;&#8220;Une r&#233;volution par le droit, orchestr&#233; par le haut de la soci&#233;t&#233;, une r&#233;volution d'&#233;lites non &#233;lues, ind&#233;boulonnables, qui utilisent la loi et le r&#232;glement comme outil de transformation politique, d&#233;mographique et social&#8221;, (p. 157). &lt;i&gt;Le projet d'Union europ&#233;enne a amplifi&#233; cette op&#233;ration :&lt;/i&gt; &#8220;L'immigration dit en r&#233;alit&#233; la v&#233;rit&#233; du projet europ&#233;en&#8221;, &lt;i&gt;ibid. Si Montesquieu d&#233;fendait l'&#233;quilibre des pouvoirs comme crit&#232;re du bon gouvernement, l'histoire a fourni de nombreux exemples d&#233;sastreux de la pr&#233;dominance de l'ex&#233;cutif et un peu plus rarement des d&#233;fauts propres aux &#8220;r&#233;gimes d'assembl&#233;e&#8221;. Jamais une telle domination arbitraire de l'instance juridico-constitutionnelle n'avait &#233;t&#233; rencontr&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'affaire du Pacte de Marrakech mis en place en d&#233;cembre 2018 &#224; l'ONU suit tr&#232;s exactement ce type de proc&#233;dure, et s'inscrit dans une logique de couverture r&#233;troactive des mesures impos&#233;es par Merkel en 2015, contre les r&#232;gles officielles de l'Union europ&#233;enne. Cette &#8220;Organisation des Nations Unies&#8221; man&#339;uvre ouvertement pour aboutir &#224; la destruction des nations.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;J.-L. Amselle signale l'origine raciologique des &#171; classes &#187; chez Guizot, la source de Marx sur le sujet &lt;/i&gt;(Vers un multiculturalisme&lt;i&gt; &lt;/i&gt;fran&#231;ais,&lt;i&gt; r&#233;&#233;dit&#233; chez Champs en 2001). Ce racialisme sous-jacent a explicitement envahi les discours bolch&#233;viks des ann&#233;es 1920, jusque dans les Congr&#232;s de l'Internationale communiste. Cette ambigu&#239;t&#233; native rend moins surprenante la mani&#232;re dont la &#8220;lutte des races&#8221; est aujourd'hui mise en avant par les multiculturalistes racialistes. La transposition terme &#224; terme des formulations de la th&#233;ologie marxiste rencontre la complaisance de tous les tenants du gauchisme culturel, leurs h&#233;ritiers intransigeants.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Paul Veyne,&lt;/i&gt; Quand notre monde est devenu chr&#233;tien (312-394), &lt;i&gt;Paris, Albin Michel, &#171; Id&#233;es &#187;, 2007. r&#233;&#233;d. Paris, Le Livre de Poche, 2010.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bien que la plupart des activistes organis&#233;s en 68 aient pr&#233;tendu r&#233;cup&#233;rer fid&#232;lement l'&#233;motion collective, ils n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; revendiquer leur filiation l&#233;niniste et souvent directement stalinienne. La gauche culturelle, qui a regroup&#233; les transfuges de cette faune et les activistes un peu moins momifi&#233;s, a affect&#233; de se d&#233;barrasser de la carapace stalinienne, mais pour en garder la logique fondamentale : d&#233;truire les soci&#233;t&#233;s occidentales. La grande caract&#233;ristique de ceux qui ont surnag&#233; apr&#232;s 68, et b&#226;ti leur carri&#232;re sur un pass&#233; en perp&#233;tuelle r&#233;&#233;criture est leur volont&#233; de d&#233;truire leur propre soci&#233;t&#233; ne la remplacer par rien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'enfer routinier musulman, pr&#233;-industriel, s'est diffus&#233; pendant 14 si&#232;cles, et par sauts : conqu&#234;tes du VIIe si&#232;cle de l'islam sur le Proche-Orient, l'Afrique du nord et l'Espagne, ainsi que le monde iranien, puis invasion turque sur l'Anatolie (XIIe si&#232;cle) et les Balkans (XVe-XVIe si&#232;cles), et enfin sur l'Inde du nord (du XIe au XVIe si&#232;cles). Seuls les Europ&#233;ens ont r&#233;ussi &#224; le faire reculter en le boutant hors d'Espagne et d'une grande partie des Balkans. La domination musulmane s'est av&#233;r&#233;e infiniment pire que le r&#233;gime colonial induit par les dominations europ&#233;ennes, en ceci que l'islam parvient presque toujours &#224; interdire &#224; ses victimes la conscience de soi ou &#224; la mutiler d'une fa&#231;on atroce. C'est le contraire de ce qu'a toujours fait l'Occident, qui a fourni les outils d'&#233;mancipation &#224; ceux qu'il a colonis&#233;s ! Les soci&#233;t&#233;s occidentales semblent constitutivement inaptes &#224; la cr&#233;ation de v&#233;ritables empires, ce qui renvoie &#224; leur sp&#233;cificit&#233; fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le vote pour le Brexit au Royaume-Uni, l'&#233;lection de Trump aux &#201;tats-Unis (pr&#232;s de 50 % des Occidentaux sont anglophones), ou le sursaut des &#201;tats du groupe de Visegrad en Europe centrale, comme le cours politique en Autriche et en Italie, voire en Bavi&#232;re, montrent que des pans importants et m&#234;me d&#233;cisifs de l'Occident ont commenc&#233; &#224; r&#233;agir en profondeur depuis 2015, en se conformant &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#224; un instinct collectif de survie. Ces r&#233;actions demeurent assur&#233;ment t&#226;tonnantes, mais l'orientation de cette dynamique est indiscutable. L'appareil parasitaire de l'Union europ&#233;enne, cette d&#233;sunion fractale programm&#233;e, ne sait plus comment r&#233;agir devant le r&#233;veil des soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes. La volont&#233; de faire de l'anglais la langue de r&#233;f&#233;rence de cette &#8220;Union&#8221;, alors qu'il resterait moins de 2 % d'anglophones dans ses limites, symbolise la d&#233;rive hors sol de cette structure bureaucratique et technocratique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Aux sources du Totalitarisme (ce stalino-gauchisme qui ne passe pas) (1/2)</title>
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&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;37, janvier 2019, repris dans livre in&#233;dit &#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187; (2019), 260 p. Sommaire Avant-propos : D&#233;truire l'Occident, disent-ils Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance Violences et banlieues fran&#231;aises L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001 La motivation actuelle du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-48-fargette-g-+" rel="tag"&gt;Fargette G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-31-gauchisme-+" rel="tag"&gt;Gauchisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-138-totalitarisme-+" rel="tag"&gt;Totalitarisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;37, janvier 2019, repris dans livre in&#233;dit &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1055-Crepuscule-de-l-Occident-ou-du-XXe-siecle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (2019), 260 p.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1734 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' arial-label=&#034;&#034; class=&#034;fond mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034; data-photo-w=&#034;822&#034; data-photo-h=&#034;1178&#034; &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:143.30900243309%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;taille=300&amp;1709039886' alt='' data-src='IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' data-l='822' data-h='1178' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1709039886 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=600&amp;#38;1709039886 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1193-Detruire-l-Occident-disent-ils' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Avant-propos : &lt;strong&gt;D&#233;truire l'Occident, disent-ils&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1160-Le-XXIe-siecle-comme-crepuscule-du-XXe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?551-Renaissance-d-un-imperialisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?181-La-quatrieme-guerre-mondiale-s' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?301-Violences-et-banlieues-francaises' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Violences et banlieues fran&#231;aises&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?569-L-affaire-des-caricatures-plus' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?563-La-motivation-actuelle-du-stalino' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La motivation actuelle du stalino-gauchisme et des &#8220;bien-pensants&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1157-L-injection-goutte-a-goutte-du-poison-de-la-charia' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'injection goutte-&#224;-goutte du poison de la charia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1024-Liste-provisoire-des-faits-de-Charia-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Liste provisoire des faits accomplis de Charia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1161-Apotheose-des-Nique-la-France-a-Marseille' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premier octobre 2017 : Apoth&#233;ose des &#171; Nique-la-France &#187; &#224; Marseille&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1162-L-islam-a-la-lumiere-de-la-poesie-sans-rivage' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Recension : l'islam &#224; la lumi&#232;re de la po&#233;sie sans rivages&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1026-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'acharnement &#224; liquider les nations&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1053-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Annexe sur le personnage Hitler&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aux sources du totalitarisme (ce stalino-gauchisme qui ne passe pas)&lt;/strong&gt; &#8212; ci-dessous...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Comment le XXe si&#232;cle contamine le XXIe &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes du &lt;i&gt;Cr&#233;puscule du XX&#232;me si&#232;cle&lt;/i&gt; constituent des bouteilles &#224; la mer, o&#249; se trouvent formul&#233;s divers bilans sur les aspects cruciaux du si&#232;cle pass&#233;. Il appara&#238;t ainsi que l'un de ses traits majeurs, l'id&#233;e de &#8220;r&#233;volution&#8221;, ce &#8220;grand op&#233;rateur du changement historique&#8221; par lequel devait advenir un &#8220;monde nouveau et merveilleux&#8221;, y a trouv&#233; son tombeau. Parmi les r&#233;volutions &#224; pr&#233;tention &#233;mancipatrice, seules celles survenues en Occident jusqu'au XIXe si&#232;cle ont parfois rencontr&#233; le succ&#232;s, et entra&#238;n&#233; des cons&#233;quences remarquables qui sont all&#233;es bien au-del&#224; du pays o&#249; elles s'&#233;taient produites. Les moments r&#233;volutionnaires n'ont donc pas &#233;t&#233; n&#233;cessaires partout, la propagation par capillarit&#233; se communiquant lentement &#224; partir des centres d'innovation historiques. Leur caract&#233;ristique d&#233;cisive fut en tout cas de fonder de longues p&#233;riodes de cr&#233;ation collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutions du XXe si&#232;cle situ&#233;es hors d'Occident ont en revanche eu des r&#233;sultats plus effroyables et plus calamiteux que tout ce qui avait pu avoir lieu dans l'histoire humaine. Au lieu de dictatures transitoires finalement amend&#233;es et confortant une partie d&#233;cisive des aspirations initiales (&#233;galit&#233; de statuts, fin des privil&#232;ges de naissance, lib&#233;ration des &#233;nergies collectives et individuelles), un type d'oppression durable d'un genre jusque-l&#224; inconnu s'est &#233;tabli sur des territoires immenses. L'&#233;chec historique du mythe du XXe si&#232;cle, qui postulait une extension des logiques occidentales au reste du monde, est &#224; la mesure de la faillite des religions qui se sont &#233;lev&#233;es puis &#233;teintes dans la vanit&#233; d'hallucinations collectives toutes plus irr&#233;elles les unes que les autres. L'aspiration &#224; une refondation concert&#233;e et r&#233;fl&#233;chie de la soci&#233;t&#233; a &#233;t&#233; saccag&#233;e &#224; partir des th&#233;ories &#8220;socialistes&#8221; issues de la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, selon une modalit&#233; totalement inattendue : utiliser les valeurs humanistes comme v&#233;hicule d'un despotisme inou&#239;, dans le cadre d'un volontarisme d&#233;mesur&#233;. Pr&#233;tendant amplifier l'&#233;lan de la r&#233;volution fran&#231;aise chez les artisans et les ouvriers, dans le but d'en r&#233;aliser les attentes maximalistes, elles assuraient que l'instauration d'une &#233;galit&#233; sociale absolue constituerait la condition d'une prosp&#233;rit&#233; raisonnable pour tous. Mais lorsqu'on veut diriger le cours du temps, il faut briser tout ce qui peut surgir &#224; l'improviste, c'est-&#224;-dire l'histoire elle-m&#234;me, en tentant de r&#233;duire le &#8220;lien social&#8221; &#224; un statut d'objet manufactur&#233;. A chaque fois que les partisans du &#8220;socialisme&#8221; ont pu agir &#224; leur guise, et ne se sont pas content&#233;s de pallier les injustices les plus criantes, la glaciation du flux historique a converg&#233; tout naturellement avec les logiques d'empire despotique, qui repose sur la m&#234;me obsession de fin de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aspiration &#8220;socialiste&#8221; une fois au pouvoir n'a produit qu'une r&#233;alisation barbare aux d&#233;pens des populations ouvri&#232;res et paysannes cens&#233;es en b&#233;n&#233;ficier. Elle s'est tr&#232;s logiquement retourn&#233;e contre l'Occident tout entier. Ces r&#233;gimes ont amplifi&#233; l'in&#233;galit&#233; au moyen de leviers non mon&#233;taires, comme la cr&#233;ation de &lt;i&gt;nomenklaturas,&lt;/i&gt; les fusillades de masse, les famines organis&#233;es et le &lt;i&gt;goulag&lt;/i&gt;. Le projet d'abolition de toute in&#233;galit&#233; a donc servi &#224; justifier une in&#233;galit&#233; infinie entre la bureaucratie de la terreur et la masse humaine indiff&#233;renci&#233;e. D&#232;s le milieu des ann&#233;es 1920, le n&#233;ologisme de &#8220;totalitarisme&#8221; commen&#231;a &#224; rendre compte de leur fonctionnement sid&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;gimes ont domin&#233; et saccag&#233; le &#8220;premier XXe si&#232;cle&#8221; (1917-1956), tandis que le c&#339;ur anglo-saxon de l'Occident parvenait finalement &#224; les contenir et m&#234;me &#224; r&#233;pondre durant le &#8220;second XXe si&#232;cle&#8221; (1957-1991) &#224; une partie importante des attentes formul&#233;es depuis le XIXe si&#232;cle. Les r&#233;alisations sont all&#233;es bien au-del&#224; des promesses du &#8220;socialisme&#8221;, sans tomber dans un &#233;galitarisme m&#233;canique et st&#233;rilisant, m&#234;me si une r&#233;ussite historique remarquable peut au fil du temps, une fois de plus, se d&#233;grader, comme le montrent l'emballement des pollutions les plus diverses et la r&#233;gression in&#233;galitaire qui l'entretient depuis une quarantaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;gimes totalitaires, forme in&#233;dite de despotisme industrialis&#233; inflig&#233; &#224; une soci&#233;t&#233; largement pr&#233;-industrielle et ext&#233;rieure &#224; l'Occident, se sont distingu&#233;s par un arsenal d'hallucinations sp&#233;cifiques. Leur imitation par le fascisme italien et plus encore par le national-socialisme allemand constitua un sympt&#244;me terrible d'affaiblissement de l'Occident. Malgr&#233; l'effondrement terminal du r&#233;gime sovi&#233;tique en 1991, 46 ans apr&#232;s l'&#233;crasement de ses imitateurs complices et concurrents, son arsenal id&#233;ologique demeure actif, tout en se travestissant sans cesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de mettre en lumi&#232;re l'activit&#233; sp&#233;cifique de ceux qui continuent d'&#339;uvrer au projet instinctif de destruction des soci&#233;t&#233;s occidentales, en se montrant toujours plus intoxiqu&#233;s par une volont&#233; hors sol de r&#233;volution. Le volontarisme d&#233;brid&#233; appuy&#233; sur un moralisme &#224; g&#233;om&#233;trie variable demeure leur signature. On ne peut leur conc&#233;der la moindre na&#239;vet&#233;. Ils savent ce qu'ils font, mus par un objectif pr&#233;cis : d&#233;truire les seules soci&#233;t&#233;s qui aient pu d&#233;finir des libert&#233;s concr&#232;tes, donc partielles, tant individuelles que collectives. Ces soci&#233;t&#233;s seraient d'autant plus impardonnables qu'elles se sont tiss&#233;es sur l'h&#233;ritage d'&#233;poques exceptionnelles (Cit&#233;s grecques des VIe-IVe si&#232;cles av. J.-C., Renaissance des XIIe-XVe si&#232;cles, Europe westphalienne de 1648 &#224; 1914)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis le XIVe si&#232;cle, les r&#233;volutions survenues dans l'aire occidentale ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; tout en les prolongeant de fa&#231;on particuli&#232;rement vivante. Cet Occident toujours multipolaire, &#224; l'exception de l'&#233;poque imp&#233;riale romaine qui pr&#233;para une terrible r&#233;gression, constitue la seule civilisation ayant atteint un rayonnement mondial du XVIe au XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une intelligentsia occidentale naufrageuse cultive depuis plus de 80 ans le sabordage socialiste en assurant y voir un avenir prometteur. Elle s'efforce constamment d'inspirer une gamme d'ing&#233;nieries collectives, p&#233;riodiquement justifi&#233;es par des modes universitaires, telles que le &#8220;post-modernisme&#8221;, la &#8220;th&#233;orie du genre&#8221;, etc., v&#233;ritables justifications th&#233;ologiques du naufrage esp&#233;r&#233;, qui consistent &#224; exiger des Occidentaux qu'ils se d&#233;nigrent sans cesse, la &#8220;d&#233;construction&#8221; leur &#233;tant exclusivement r&#233;serv&#233;e. Il est coh&#233;rent qu'il en r&#233;sulte une soumission sans phrase &#224; des formes de terreur venues d'outre-Europe : quand on d&#233;sint&#232;gre ce qui fait tenir ensemble une soci&#233;t&#233;, comment ne la rendrait-on pas vuln&#233;rable &#224; ses ennemis absolus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une g&#233;n&#233;ralisation de la posture carac-t&#233;ristique des intellocrates &#233;tasuniens d&#233;crite par Harold Rosenberg : &lt;i&gt;&#8220;Ces canailles &#233;taient en g&#233;n&#233;ral des carri&#233;ristes bourgeois, ferm&#233;s &#224; la discussion, autant qu'&#224; l'&#233;vidence, qui n'aimaient pas la pens&#233;e, des psychopathes du conformisme r&#233;volutionnaire. L'&#8220;id&#233;alisme&#8221; de ces conglom&#233;rats de philistins, qui ne se distinguent de leurs cong&#233;n&#232;res que par un contentement de soi et une malignit&#233; plus &#224; la page, ne peut &#234;tre respect&#233; que par ceux qui ignorent que cet id&#233;alisme sert &#224; leur cacher le cynisme qui endurcit leur esprit contre toute consid&#233;ration d'humanit&#233; et tout t&#233;moignage embarrassant pour le Parti. D&#233;lirant &#224; l'id&#233;e de jouer un r&#244;le sur la sc&#232;ne de l'histoire, ils accomplirent avec ardeur les atrocit&#233;s intellectuelles qu'on leur commanda, ne perdant pas de vue le poste qu'ils esp&#233;raient dans le Pouvoir international, mais ne l&#226;chant pas non plus la bonne place dans le gouvernement, l'universit&#233;, Hollywood et la presse actuels. Fabriquant des arguments et fomentant des boycotts sociaux pour couvrir les agissements du Parti, ils compl&#233;taient dans leur domaine le terrorisme des assassins du GPU&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Harold Rosenberg, La Tradition du Nouveau, &#233;d. de Minuit, 1962, p. 235.&#034; id=&#034;nh21-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces intellectuels, loin de se situer en marge du monde officiel, y ont am&#233;nag&#233; un territoire &#224; part. Et alors que l'opinion publique a fini par savoir &#224; quoi s'en tenir sur les r&#233;gimes totalitaires, le territoire sociologique de ces intellocrates s'est paradoxalement &#233;tendu dans les pays occidentaux jusqu'&#224; contr&#244;ler l'appareil des m&#233;dias, les officines publicitaires, les universit&#233;s, et a contamin&#233; en profondeur le personnel judiciaire et enseignant, ainsi que les fonctionnaires d&#233;l&#233;gu&#233;s au contr&#244;le mental&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Cette inclination pour le carri&#233;risme que manifestent les intellectuels de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gamme de contorsions id&#233;ologico-sociales nourrit une pr&#233;tention effarante : les soci&#233;t&#233;s occidentales sont d&#233;sormais somm&#233;es par les gardiens de la doxa humanitariste de financer leurs colonisateurs et d'accepter de s'&#233;teindre sans murmurer. &lt;i&gt;Tiers-mondialiser &lt;/i&gt;les pays occidentaux permet de r&#233;duire les couches sociales inf&#233;rieures &#224; une mis&#232;re oubli&#233;e, qui est cens&#233;e para&#238;tre tout &#224; fait supportable aux nouveaux arrivants extra-europ&#233;ens en regard des conditions des m&#233;galopoles du Tiers-monde, qui croulent sous le poids de leur d&#233;mographie incontr&#244;l&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Castel Volturno, situ&#233; &#224; 20 km au nord de Naples en Italie appara&#238;t comme le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une situation plan&#233;taire o&#249; seul le 1 % le plus riche peut accro&#238;tre d&#233;mesur&#233;ment ses richesses promet un avantage diff&#233;rentiel &#224; ceux qui &#233;chapperaient simplement au laminage social : les id&#233;ologues du progressisme m&#233;canique ne veulent pas accomplir l'histoire, mais la violer. Ils s'imaginent pouvoir d'autant plus demeurer &#224; l'abri du d&#233;sastre qu'ils l'encadreront et le canaliseront pour le concentrer sur les peuples d'Occident, ce qui va tr&#232;s exactement au-devant des attentes des couches r&#233;gnantes. Seules les populations extra-occidentales agressives suscitent la compassion officielle, c'est-&#224;-dire celles qui refusent de se transformer en citoyens, autrement dit en co-auteurs de la loi (blasph&#232;me majeur dans l'univers des &#8220;vrais musulmans&#8221;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus est aggrav&#233; par l'&#233;chec de plus en plus accablant du n&#233;o-lib&#233;ralisme. La crise de 2007-2008 a constitu&#233; un moment de v&#233;rit&#233; : il n'y aura pas de succ&#233;dan&#233; n&#233;o-lib&#233;ral aux d&#233;funts leviers keyn&#233;siens. Seule se profile une aust&#233;rit&#233; &#224; perp&#233;tuit&#233; entrecoup&#233;e de sursauts &#233;ph&#233;m&#232;res, en attendant que finissent de s'&#233;puiser les ressources &#233;nerg&#233;tiques qui ont permis la &#8220;r&#233;volution industrielle&#8221; et son &#233;tape d&#233;multipli&#233;e par les mesures keyn&#233;siennes fond&#233;es sur l'&#233;nergie de bouclage exceptionnelle que fut le &#8220;p&#233;trole conventionnel&#8221;. Il est significatif que tous les courants &#8220;socialistes&#8221;, jusqu'aux travaillistes britanniques, aient initialement d&#233;nonc&#233; ces mesures en affirmant qu'elles &#8220;d&#233;tourneraient&#8221; les ouvriers du socialisme, lui qui n'a jamais produit que des d&#233;sastres aux&#173;quels ont &#233;chapp&#233; les pays occidentaux, du moins pour ceux qui purent &#233;viter l'occupation militaire par l'empire sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette faillite terminale du n&#233;o-lib&#233;ralisme est frapp&#233;e d'un v&#233;ritable interdit politico-religieux. Il ne faudrait jamais mettre en doute la perspective de l'abondance toujours croissante pour tous. Les instances m&#233;diatico-politiques encouragent et cultivent l'aveuglement des populations asphyxi&#233;es par un festivisme qui leur tient lieu de m&#233;taphysique. L'historien Polybe (IIe si&#232;cle av. J.C.) avait d&#233;j&#224; constat&#233; dans sa r&#233;flexion sur les soci&#233;t&#233;s grecques d&#233;clinantes que la prosp&#233;rit&#233; les avait terriblement min&#233;es et qu'il y avait l&#224;, sans doute, une r&#232;gle &#233;tonnante. La &#8220;soci&#233;t&#233; de consommation&#8221; r&#233;p&#232;te cette m&#233;saventure &#224; une &#233;chelle aggrav&#233;e. Les soci&#233;t&#233;s occidentales seront-elles capables de s'&#233;manciper de cette prosp&#233;rit&#233; toxique ? Contrairement au discours qui s'installe d&#233;sormais (justifier par l'&#233;cologie l'aust&#233;rit&#233; impos&#233;e aux plus pauvres, en prot&#233;geant les plus gaspilleurs au sommet de la pyramide sociale), les mesures de sauvegarde ne pourraient devenir efficaces que si les couches faisant fonction d'&#233;lite donnaient enfin l'exemple d'une sobri&#233;t&#233; effective, avec ce que cela implique de r&#233;duction consid&#233;rable de l'&#233;chelle des in&#233;galit&#233;s, sans pour autant tomber dans l'&#233;galitarisme abstrait qui concentre la soif d'in&#233;galit&#233; vers des terrains non mon&#233;taires, en la rendant encore plus implacable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. La IVe guerre mondiale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2002 paraissait un recueil d'articles intitul&#233; &lt;i&gt;Les Territoires perdus de la R&#233;publique&lt;/i&gt; sous la direction d'E. Brenner, pseudonyme de G. Bensoussan. Cette th&#233;matique fut instantan&#233;ment mise sous le boisseau par les rh&#233;toriques dominantes. Le sens attribuable &#224; l'adjectif &#8220;perdu&#8221; est crucial. Avec l'aggravation de la situation, la r&#233;alit&#233; a fini par percer dans les discours officiels, mais de fa&#231;on invers&#233;e : la R&#233;publique fran&#231;aise aurait abandonn&#233; ces territoires par simple n&#233;gligence coupable, forc&#233;ment coupable. Cette d&#233;faillance suppos&#233;e de l'administration &#233;tatique est m&#234;me imput&#233;e aux couches populaires nationales, syst&#233;matiquement accus&#233;es de &#8220;racisme inconscient&#8221; irr&#233;m&#233;diable et, d'autant plus impardonnable. La psychanalyse d&#233;grad&#233;e en logrrh&#233;e manipulatrice contribue puissamment &#224; la logique des naufrageurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrage fut suivi en 2015 d'un autre, intitul&#233; &lt;i&gt;Une France soumise&lt;/i&gt;, qui constatait l'aggravation de la r&#233;gression. La plupart des intervenants y ont publi&#233; sous pseudonyme, tant le risque de repr&#233;sailles devait &#234;tre pris au s&#233;rieux. Une traque judiciaire contre G. Bensoussan a &#233;t&#233; rapidement engag&#233;e par l'Inquisition musulmane, assist&#233;e par des procureurs naufrageurs. Sur le terrain judiciaire, ils ont &#233;chou&#233;, mais ce g&#234;neur s'est vu marginalis&#233; et chass&#233; des secteurs o&#249; il exer&#231;ait ses qualit&#233;s, selon la logique si famili&#232;re &#224; la gauche fondamentale : interdiction professionnelle et mort sociale avant liquidation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Y. Mamou, Le grand Abandon, &#233;d. l'Artilleur, sept. 2018, p.354.&#034; id=&#034;nh21-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces territoires, la R&#233;publique ne les a pas abandonn&#233;s, mais &#8220;perdus&#8221; au sens militaire du terme, dans une guerre litt&#233;ralement innommable, men&#233;e d'un seul c&#244;t&#233;. L'effet du champ magn&#233;tique de la IVe guerre mondiale mol&#233;culaire et asym&#233;trique perce l&#224;, tirant profit de la mise &#224; bas pr&#233;ventive des fronti&#232;res de l'Europe. Cette disparition &#233;tait cens&#233;e faciliter les d&#233;placements des peuples europ&#233;ens avec l'arri&#232;re-pens&#233;e technocratique de brouiller et dissoudre les nations. Comme celles-ci persistent, les oligarchies et leurs suppl&#233;tifs favorisent un autre facteur initi&#233; depuis les ann&#233;es 1970 : l'invasion d&#233;mographique, chronique et d&#233;sormais massive, gr&#226;ce &#224; l'effacement artificiel des fronti&#232;res ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nouveau conflit mondial est polaris&#233; par la question musulmane : l'islam est en effet en guerre syst&#233;mique avec toutes les autres formations social-historiques (parler de &#8220;soci&#233;t&#233; musulmane&#8221; serait un abus de langage, tant une &#8220;soci&#233;t&#233;&#8221; exige une &#8220;association&#8221; volontaire et non un regroupement gr&#233;gaire). Il est notoire que ses propres variantes sectaires s'affrontent avec une f&#233;rocit&#233; croissante, selon une s&#233;lection du pire. Conform&#233;ment au principe totalitaire pleinement appliqu&#233;, le n&#233;o-islam est le premier tueur de ses adeptes et de ses recrues, comme du r&#233;servoir humain dans lequel il pr&#233;tend puiser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce trait est l'un des rares aspects du totalitarisme, que ni le fascisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La logique de guerre s'infiltre partout en Occident en b&#233;n&#233;ficiant de la complaisance m&#233;thodique de la technocratie, des oligarchies &#233;conomiques et des chamanes de l'id&#233;ologie. Depuis l'entr&#233;e en implosion de divers r&#233;gimes arabes &#224; partir de 2011, les &#8220;territoires incontr&#244;l&#233;s&#8221; en Occident s'organisent et se relient pour former un &#8220;archipel de la charia&#8221;, qui conna&#238;t une expansion et un approfondissement constants. Tout cela a lieu dans un cadre n&#233;buleux : la diminution du nombre d'attentats de masse ne tient pas seulement &#224; la d&#233;sint&#233;gration militaire du califat-croupion, mais &#224; l'association discr&#232;te des r&#233;seaux islamistes &#224; la gestion de l'&#201;tat. Ils se chargent de contribuer &#224; la surveillance diffuse et en incitant &#224; donner l'alerte, tout en proc&#233;dant sans encombre au &lt;i&gt;&#8220;djihad silencieux&#8221;&lt;/i&gt; conqu&#233;rant les territoires, avec la b&#233;n&#233;diction des technocrates qui n'osent affronter le p&#233;ril qu'ils ont favoris&#233;. Ceux-ci s'imaginent conjurer son surgissement militaire en le retardant seulement, alors que la division du travail entre islamistes et djihadistes est syst&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mafia des id&#233;ologues (journalistes, publicitaires, sondeurs, universitaires, etc.) tient entre ses mains l'immense appareil propagandiste de la pieuvre m&#233;diatique qui s'est tiss&#233;e dans les pays occidentaux depuis une quarantaine d'ann&#233;es. Si les journalistes &#233;mettant des v&#233;rit&#233;s embarrassantes sont l'objet de r&#233;pressions brutales et d&#233;complex&#233;es dans les r&#233;gimes imp&#233;riaux laborieusement renaissants, comme ceux de Russie, de Turquie (40 000 prisonniers politiques au moins), d'Egypte, d'Iran, d'Inde ou de Chine, il en va tout autrement dans cet Occident, o&#249; ce sont les journalistes constitu&#233;s en corps politique qui r&#233;pandent les mensonges officiels, et s'appuient sur des artifices judiciaires de plus en plus partiaux, afin de d&#233;truire la vie des dissidents par de v&#233;ritables interdictions professionnelles, et les d&#233;signer comme cibles aux massacreurs et aux &#233;gorgeurs... Les id&#233;ologues du &#8220;progressisme&#8221; manient les leviers m&#233;diatico-judiciaires afin de retourner l'&#201;tat contre la population, trait nodal des r&#233;gimes totalitaires dont ces intellocrates multiculturalistes ou gauchistes culturels se montrent les ex&#233;cuteurs testamentaires appliqu&#233;s. Les lois &#224; pr&#233;tention antiraciste et m&#233;morielle constituent ainsi le grand levier juridique d&#233;l&#233;t&#232;re dont la port&#233;e d&#233;sastreuse est taboue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Philippe Nemo, La re&#769;gression intellectuelle de la France, Texquis. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bref, il est devenu aussi dangereux de critiquer l'islam que &#231;a l'&#233;tait autrefois de d&#233;noncer le &#8220;socialisme r&#233;ellement existant&#8221; en URSS. &lt;/strong&gt;Toute remarque envers un certain &#8220;proph&#232;te&#8221; ou ses sectateurs entra&#238;ne un p&#233;ril mortel et une traque pseudo-judiciaire pour crime imaginaire d'&#8220;islamo&#173;phobie&#8221;. Cette atmosph&#232;re de terreur musulmane est encourag&#233;e et assist&#233;e par les techniques de falsification h&#233;rit&#233;es du marxisme-l&#233;ninisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une d&#233;cision r&#233;cente de la Cour Europ&#233;enne (de Destruction) des Droits de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Leurs porteurs sont parvenus &#224; ce r&#233;sultat dans les cinquante derni&#232;res ann&#233;es en perfectionnant leur m&#233;thode d'intimidation que r&#233;sumait l'accusation d'&#8220;anticommunisme primaire&#8221;. Leur proc&#233;d&#233; se r&#233;sume en une formule : &lt;strong&gt;non pas combattre ouvertement les libert&#233;s occidentales, mais les pousser syst&#233;matiquement jusqu'&#224; leur point de d&#233;sint&#233;gration.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit au fond d'une g&#233;n&#233;ralisation de la f&#233;lonie qui &#233;tait au principe du Pacte germano-sovi&#233;tique d'ao&#251;t 1939, cette alliance entre Moscou, la Mecque &#8220;antifasciste&#8221;, et Hitler. Elle &#233;tait destin&#233;e &#224; pulv&#233;riser dans un premier temps la Pologne et les pays baltes, et dans un second l'Europe occidentale tout enti&#232;re. Avec le recul, la mutilation de l'Europe occidentale et centrale appara&#238;t terrible, &#224; peu pr&#232;s irr&#233;parable, m&#234;me si les gangs totalitaires se sont us&#233;s et d&#233;compos&#233;s dans l'op&#233;ration. La r&#233;gression suit les sentiers de la veulerie id&#233;ologique, solution de facilit&#233; qui s'est communiqu&#233;e &#224; toutes les variantes politiques de gauche, et jusqu'&#224; des courants franc-ma&#231;ons, qui s'associent &#224; ce f&#233;tichisme de la trahison au nom d'une &#8220;morale&#8221; m&#233;canis&#233;e. Toutes les vari&#233;t&#233;s de progressisme auto-proclam&#233; ont d&#233;sormais roul&#233; dans la fosse de l'imposture invent&#233;e par le socialisme du goulag. Pourquoi les populations musulmanes n'assisteraient-elles pas avec jubilation &#224; ce sabordage, qui leur promet de r&#233;gner sur les d&#233;combres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1164-Aux-sources-du-Totalitarisme-2-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb21-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Depuis le XIVe si&#232;cle, les r&#233;volutions survenues dans l'aire occidentale ont laiss&#233; un h&#233;ritage immens&#233;ment fertile, malgr&#233; leurs errements et leurs redoutables tribulations, cf Martin Malia, pour une analyse de cette sp&#233;cificit&#233; : &lt;/i&gt;Histoire des R&#233;volutions,&lt;i&gt; &#233;d. Tallandier, 2008. Les Bolcheviks se sont r&#233;gl&#233;s sur ce qu'ils croyaient avoir compris de la R&#233;volution fran&#231;aise, ce qui explique que les tares sovi&#233;tiques empruntent tant aux pires c&#244;t&#233;s de cette R&#233;volution, au point qu'une remarque d'un E. Waresquiel est saisissante de pertinence : &lt;/i&gt;&#8220;La R&#233;volution [fran&#231;aise] n'en finira jamais d'assumer tout son pass&#233; et cela est encore vrai aujoud'hui, plus de deux si&#232;cles apr&#232;s son av&#232;nement&#8221;&lt;i&gt; (in &lt;/i&gt;Fouch&#233; ou les silences de la pieuvre,&lt;i&gt; p. 484, r&#233;&#233;dition Texto, juillet 2018).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Harold Rosenberg, &lt;/i&gt;La Tradition du Nouveau, &lt;i&gt;&#233;d. de Minuit, 1962, p. 235.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#8220;Cette inclination pour le carri&#233;risme que manifestent les intellectuels de gauche en tant que classe sociale est un ph&#233;nom&#232;ne &#224; l'&#233;chelle mondiale&#8221;,&lt;/i&gt; Harold Rosenberg, ibid. p. 250&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Castel Volturno, situ&#233; &#224; 20 km au nord de Naples en Italie appara&#238;t comme le &#8220;mod&#232;le d'avenir&#8221; : l'&#201;tat italien y a disparu et la mafia nig&#233;riane Black Axe a m&#234;me &#233;radiqu&#233; la Camorra locale. La moiti&#233; de la population est d&#233;sormais constitu&#233;e de migrants nig&#233;rians qui vivent de trafics et de prostitution &#224; grande &#233;chelle. La zone conna&#238;t une bidonvillisation gigantesque en r&#233;alisant une tiers-mondialisation concr&#232;te de l'Europe.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Y. Mamou, &lt;i&gt;Le grand Abandon, &lt;/i&gt;&#233;d. l'Artilleur, sept. 2018, p.354.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ce trait est l'un des rares aspects du totalitarisme, que ni le fascisme italien ni le national-socialisme allemand n'ont pratiqu&#233; &#224; grande &#233;chelle, ce qui est coh&#233;rent avec leur nature d'imitation incompl&#232;te du sovi&#233;tisme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir Philippe Nemo, &lt;/i&gt;La re&#769;gression intellectuelle de la France,&lt;i&gt; Texquis. 2011. Il souligne p.37 que, d&#232;s l'ann&#233;e 1993, un d&#233;cret a ins&#233;r&#233; dans le nouveau Code p&#233;nal (article R. 625-7), trois infraction typiquement inquisitoriales de diffamation, d'injure et de provocation &#224; la discrimination non-publique !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Une d&#233;cision r&#233;cente de la Cour Europ&#233;enne (de Destruction) des Droits de l'Homme, contraignante pour tous les pays de l'Union europ&#233;enne et ceux adh&#233;rant au &#8220;Conseil de l'Europe&#8221;, a jug&#233; que&lt;/i&gt; &#171; les critiques formul&#233;es contre Mahomet &#233;taient constitutives d'une incitation &#224; la haine et ne pouvaient &#234;tre prot&#233;g&#233;es par le droit &#224; la libert&#233; d'expression &#187; &lt;i&gt;(arr&#234;t du 25 octobre 2018). Il y va de la d&#233;finition m&#234;me du terme de &#8220;p&#233;dophilie&#8221;, puisque la biographie officielle de Mahomet assure qu'il aurait pris pour quatri&#232;me femme &#8220;l&#233;gitime&#8221; (les esclaves sexuelles et prisonni&#232;res de guerre ne comptant pas) une enfant avec laquelle il aurait eu des rapports sexuels d&#232;s l'&#226;ge de 9 ans pour celle-ci. Curieusement, cette CE(d)DH ne condamne pas cette biographie officielle, mais ceux qui y font &#233;cho sans &#234;tre musulmans ! Comment ne pas y voir un jugement pr&#233;liminaire pr&#233;parant l'abaissement drastique de l'&#226;ge du mariage pour les femmes, ce qui impliquera en passant l'amnistie pure et simple du crime de p&#233;dophilie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>L'art perdu de la controverse</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1180-L-art-perdu-de-la-controverse</link>
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		<dc:date>2025-01-15T10:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Lasch C.</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Progressisme</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;cence commune</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chap 9 &#233;ponyme du livre de Christpher Lasch &#171; La r&#233;volte des &#233;lites &#187; [1995], Climats 1996, pp. 167-180. Cela fait maintenant de nombreuses ann&#233;es que l'on nous abreuve de la promesse de l'&#226;ge de l'information. On nous dit que les effets sociaux de la r&#233;volution des communications comporteront une demande sans fin pour une main-d'&#339;uvre qualifi&#233;e, la r&#233;&#233;valuation &#224; la hausse des comp&#233;tences n&#233;cessaires pour un emploi et un public &#233;clair&#233;, capable de suivre les probl&#232;mes du jour et d'avoir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-liberalisme-capitalisme-marche-" rel="directory"&gt;Lib&#233;ralisme, capitalisme, march&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-149-lasch-c-+" rel="tag"&gt;Lasch C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-60-insignifiance-+" rel="tag"&gt;Insignifiance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-220-decence-commune-+" rel="tag"&gt;D&#233;cence commune&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chap 9 &#233;ponyme du livre de Christpher Lasch &#171; La r&#233;volte des &#233;lites &#187; [1995], Climats 1996, pp. 167-180.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cela fait maintenant de nombreuses ann&#233;es que l'on nous
abreuve de la promesse de l'&#226;ge de l'information. On nous dit
que les effets sociaux de la r&#233;volution des communications comporteront une demande sans fin pour une main-d'&#339;uvre qualifi&#233;e, la
r&#233;&#233;valuation &#224; la hausse des comp&#233;tences n&#233;cessaires pour un
emploi et un public &#233;clair&#233;, capable de suivre les probl&#232;mes du jour
et d'avoir des jugements inform&#233;s sur les affaires civiques. Au lieu de
quoi, nous trouvons des dipl&#244;m&#233;s de l'universit&#233; qui travaillent &#224;
des postes pour lesquels ils sont largement sur-qualifi&#233;s. La
demande de main-d'&#339;uvre domestique d&#233;passe la demande en sp&#233;cialistes qualifi&#233;s. L'&#233;conomie post-industrielle semble encourager
l'interchangeabilit&#233; des effectifs, le mouvement rapide d'un type de
travail &#224; un autre et une concentration croissante de la main-d'&#339;uvre dans des secteurs techniquement arri&#233;r&#233;s de l'&#233;conomie, o&#249;
le travail est intensif et les syndicats inexistants. Notre exp&#233;rience
r&#233;cente ne vient pas confirmer l'esp&#233;rance qui voudrait que les
innovations technologiques, en particulier les progr&#232;s dans les communications, cr&#233;ent une abondance d'emplois qualifi&#233;s, suppriment
les emplois p&#233;nibles et rendent la vie facile pour tout le monde. Au
contraire, leur effet le plus important est d'&#233;largir le foss&#233; entre la
classe de la connaissance et le reste de la population, entre ceux qui se trouvent &#224; l'aise dans la nouvelle &#233;conomie mondiale et qui
&#171; savourent l'id&#233;e que les flux d'information qui se dirigent vers eux
peuvent grossir &#187; sans cesse (pour citer les propos d'Arno Penzias, d'AT &amp; T Bell Laboratories) et ceux qui, n'ayant pas grand chose &#224;
faire de t&#233;l&#233;phones cellulaires, de fax ou de services d'information
en ligne, vivent encore dans ce que Penzias appelle avec m&#233;pris
l'&#194;ge de la paperasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la th&#232;se selon laquelle la r&#233;volution de l'information
&#233;l&#232;verait le niveau de l'intelligence du public, ce n'est un secret pour
personne que le public sait moins de choses sur les affaires
publiques qu'il n'en savait autrefois. Des millions d'Am&#233;ricains sont
bien incapables de vous dire le premier mot de ce qu'il y a dans la
D&#233;claration des Droits, de ce que fait le Congr&#232;s, de ce que dit la
Constitution sur les pouvoirs du Pr&#233;sident, de l'apparition du syst&#232;me des partis ou de son fonctionnement. Selon un r&#233;cent sondage
d'opinion, une majorit&#233; confortable croit qu'Isra&#235;l est un pays
arabe. Au lieu de rendre, comme d'habitude, l'&#233;cole responsable de
cette ignorance d&#233;primante des affaires publiques, nous devrions
chercher ailleurs une explication plus compl&#232;te, en gardant &#224; l'esprit
que les gens acqui&#232;rent facilement les connaissances dont ils peuvent faire usage. Puisque le public ne participe plus aux d&#233;bats sur
les questions nationales, il n'a aucune raison de s'informer des
affaires civiques. C'est le d&#233;clin du d&#233;bat public, et non pas le syst&#232;me scolaire (quelle que soit, par ailleurs, sa d&#233;gradation) qui fait
que le public est mal inform&#233;, malgr&#233; toutes les merveilles de l'&#226;ge
de l'information. Quand le d&#233;bat devient un art dont on a perdu le
secret, l'information aura beau &#234;tre aussi facilement accessible que
l'on voudra, elle ne laissera aucune marque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que demande la d&#233;mocratie, c'est un d&#233;bat public vigoureux,
et non de l'information. Bien s&#251;r, elle a &#233;galement besoin d'information, mais le type d'information dont elle a besoin ne peut &#234;tre produit que par le d&#233;bat. Nous ne savons pas quelles choses nous
avons besoin de savoir tant que nous n'avons pas pos&#233; les bonnes
questions, et nous ne pouvons poser les bonnes questions qu'en
soumettant nos id&#233;es sur le monde &#224; l'&#233;preuve de la controverse
publique. L'information qui est d'ordinaire con&#231;ue comme une
condition pr&#233;alable au d&#233;bat se comprend mieux comme son produit d&#233;riv&#233;. Quand nous nous engageons dans des discussions qui
captivent enti&#232;rement notre attention en la focalisant, nous nous
transformons en chercheurs avides d'information pertinente. Sinon,
nous absorbons passivement l'information &#8212; si tant est que nous
l'absorbions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat politique a commenc&#233; de d&#233;cliner vers le d&#233;but du [XXe] si&#232;cle,
ce qui correspond, assez bizarrement, &#224; une &#233;poque o&#249; la presse devenait plus &#171; responsable &#187;, plus professionnelle, plus consciente de ses
obligations civiques. Dans la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, la presse
&#233;tait farouchement partisane. Jusque dans les ann&#233;es 1850, les journaux &#233;taient souvent financ&#233;s par les partis politiques. M&#234;me quand
ils sont devenus plus ind&#233;pendants par rapport aux partis, ils n'ont
pas adh&#233;r&#233; &#224; un id&#233;al d'objectivit&#233; ou de neutralit&#233;. En 1841, Horace
Greeley lan&#231;ait son journal, &lt;i&gt;The New York Tribune&lt;/i&gt;, en annon&#231;ant que
ce serait &#171; un p&#233;riodique &#233;galement &#233;loign&#233; d'un c&#244;t&#233; d'un esprit de
parti servile et de l'autre d'une neutralit&#233; b&#226;illonn&#233;e et timor&#233;e &#187;. Des
r&#233;dacteurs en chef &#224; l'esprit &#233;nergique, tels que Greeley, James
Gordon Bennett, E. L. Godkin et Samuel Bowles n'&#233;taient pas
d'accord avec la fa&#231;on dont les exigences de loyaut&#233; &#224; l'&#233;gard du parti
empi&#233;taient sur l'ind&#233;pendance &#233;ditoriale, transformant le r&#233;dacteur
en simple organe d'un parti ou d'une faction, mais ils n'essayaient pas
de dissimuler leurs propres opinions ou d'imposer une stricte s&#233;paration entre informations et contenu &#233;ditorial. Leurs journaux &#233;taient
des p&#233;riodiques d'opinion o&#249; le lecteur s'attendait &#224; trouver un point
de vue bien d&#233;fini, en m&#234;me temps que des critiques sans rel&#226;che des
points de vue oppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un hasard si le journalisme de ce type &#224; &#233;t&#233; florissant
pendant la p&#233;riode qui va de 1830 &#224; 1900, o&#249; la participation
populaire &#224; la politique &#233;tait &#224; son z&#233;nith. Sur le total des hommes
en &#226;ge de voter, le chiffre typique de la participation &#224; l'&#233;lection
pr&#233;sidentielle &#233;tait de 80 %. Apr&#232;s 1900, le pourcentage a d&#233;clin&#233;
nettement (pour passer &#224; 65 % en 1904 et &#224; 59 % en 1912) et il a
continu&#233; &#224; baisser plus ou moins r&#233;guli&#232;rement pendant tout le
si&#232;cle. Les retraites aux flambeaux, les rassemblements de masse
et les joutes oratoires habituelles faisaient de la vie politique au
XIXe si&#232;cle un objet qui int&#233;ressait passionn&#233;ment le public, et le
journalisme servait dans ce contexte de prolongement &#224; la s&#233;ance de
l'assembl&#233;e communale. La presse du XIXe si&#232;cle a cr&#233;&#233; un forum
ouvert &#224; tous o&#249; l'on disputait avec chaleur des probl&#232;mes. Non
seulement les journaux rendaient compte des controverses politiques mais ils y prenaient part, en y entra&#238;nant aussi leurs lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture de l'imprim&#233; reposait sur les restes d'une tradition orale.
L'imprim&#233; n'&#233;tait pas encore le moyen exclusif de communication,
et il n'avait pas non plus rompu ses attaches avec la langue parl&#233;e.
Le langage de l'imprim&#233; &#233;tait encore fa&#231;onn&#233; par les rythmes et les
exigences du mot parl&#233;, en particulier par les conventions de l'argumentation orale. L'imprim&#233; servait &#224; cr&#233;er un forum plus vaste pour
le mot parl&#233; et pas encore &#224; le remplacer ou &#224; le refa&#231;onner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;bats Lincoln-Douglas ont &#233;t&#233; l'exemple du meilleur de la
tradition orale. Selon les normes modernes, Lincoln et Douglas ont
enfreint toutes les r&#232;gles du discours politique. Ils ont soumis leurs
auditoires (qui rassemblaient jusqu'&#224; quinze mille personnes en une
fois) &#224; une analyse minutieuse de questions complexes. Ils ont parl&#233;
dans un style piquant, familier, parfois audacieux, et avec une candeur consid&#233;rablement sup&#233;rieure &#224; celle que les politiciens jugent
sage d'utiliser aujourd'hui. Ils ont pris des positions bien tranch&#233;es,
qu'il devait leur &#234;tre difficile d'abandonner. Ils se sont conduits
comme si les responsabilit&#233;s politiques &#233;taient porteuses de l'obligation de clarifier les probl&#232;mes au lieu simplement de celle de se faire
&#233;lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contraste entre ces d&#233;bats justement c&#233;l&#232;bres et les d&#233;bats
pour les &#233;lections pr&#233;sidentielles de nos jours, o&#249; ce sont les m&#233;dias
qui d&#233;finissent les th&#232;mes et d&#233;terminent les r&#232;gles du jeu, est sans
&#233;quivoque et tr&#232;s clairement &#224; notre d&#233;savantage. Faire interroger
des candidats &#224; une charge politique par des journalistes &#8212; ce qui est
devenu la formule oblig&#233;e du d&#233;bat &#8212; tend &#224; grossir l'importance
des journalistes et &#224; r&#233;duire celle des candidats. Les journalistes
posent des questions &#8212; prosa&#239;ques et pr&#233;visibles pour l'essentiel &#8212;
et aiguillonnent les candidats pour qu'ils leur donnent des r&#233;ponses
rapides et sp&#233;cifiques, se r&#233;servant le droit d'interrompre les
candidats et de leur enlever la parole &#224; chaque fois qu'ils paraissent
s'&#233;carter du th&#232;me impos&#233;. Pour se pr&#233;parer &#224; cette &#233;preuve, les candidats se fient &#224; leurs conseillers qui leur farcissent le cr&#226;ne de faits
et de chiffres, de slogans faciles &#224; retenir et de toute autre chose faisant passer l'impression d'une comp&#233;tence tr&#232;s large et imperturbable. Confront&#233;s non seulement &#224; une arm&#233;e de journalistes pr&#234;ts
&#224; leur sauter sur le poil au moindre faux pas, mais aussi au regard
froid et implacable de la cam&#233;ra, les hommes politiques savent que
tout repose sur leur capacit&#233; &#224; g&#233;rer les impressions visuelles. Il faut
qu'il se d&#233;gage d'eux une sensation de confiance, d'esprit de d&#233;cision, et qu'ils ne donnent jamais l'apparence d'&#234;tre &#224; court de
paroles. La nature de l'occasion demande d'eux qu'ils exag&#232;rent la
port&#233;e et l'efficacit&#233; de la prise de d&#233;cision politique, qu'ils donnent
le sentiment qu'avec les bonnes mesures et la bonne direction, le
pays pourra affronter tous les d&#233;fis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le format du d&#233;bat t&#233;l&#233;vis&#233; demande que tous les candidats se
ressemblent : confiants, sereins et donc irr&#233;els. Mais il leur impose
aussi l'obligation d'expliquer ce qui les rend diff&#233;rents des autres.
Une fois que la question est pos&#233;e, la r&#233;ponse est toute donn&#233;e.
Cette question est de fait avilissante et d&#233;gradante et constitue un
bon exemple de l'effet qu'a la t&#233;l&#233;vision de rabaisser l'objet qu'il
s'agit d'&#233;valuer, de percer &#224; jour tous les d&#233;guisements, de d&#233;gonfler
toutes les pr&#233;tentions. Formul&#233;e de but en blanc, avec l'indispensable dimension sous-jacente de scepticisme g&#233;n&#233;ralis&#233; qui fait for-
c&#233;ment partie du langage de la t&#233;l&#233;vision, la question se r&#233;v&#232;le un
mod&#232;le de question rh&#233;torique : - Qu'est-ce qui vous rend si
unique ? &#8212; Rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par excellence la question que pose la t&#233;l&#233;vision, parce qu'il
est dans la nature de ce m&#233;dia de nous enseigner, avec une insistance implacable, que personne n'est unique, quelles que soient les
pr&#233;tentions contraires. Au point o&#249; nous en sommes arriv&#233;s dans
notre histoire, il est bien possible que la meilleure qualification pour
exercer une charge &#233;lev&#233;e soit de refuser de coop&#233;rer avec le plan
d'auto-promotion des m&#233;dias. Un candidat qui aurait le courage de
s'abstenir de para&#238;tre dans les &#171; d&#233;bats &#187; organis&#233;s par les m&#233;dias se distinguerait automatiquement des autres et pourrait se pr&#233;valoir
d'une bonne dose de respect de la part du public. Les candidats
devraient r&#233;clamer de pouvoir d&#233;battre directement l'un avec l'autre
au lieu de r&#233;agir &#224; des questions qui leur sont adress&#233;es par des commentateurs et des sp&#233;cialistes. Leur passivit&#233; et leur veulerie les
rabaissent aux yeux des &#233;lecteurs. Ils ont besoin de recouvrer leur
respect pour eux-m&#234;mes en contestant le statut d'arbitres du d&#233;bat
public qu'ont pris les m&#233;dias. Refuser de jouer le jeu selon les r&#232;gles
fix&#233;es par les m&#233;dias ferait prendre conscience aux gens de
l'immense influence ill&#233;gitime que les m&#233;dias en sont arriv&#233;s &#224; exercer sur la politique am&#233;ricaine.
Ce serait aussi l'indice crucial de la pr&#233;sence chez le candidat d'un caract&#232;re identifiable
par les &#233;lecteurs et auquel ils pourraient se rallier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-il arriv&#233; &#224; la tradition dont les d&#233;bats Lincoln-Douglas
nous ont donn&#233; un exemple ? Les scandales de l'&#194;ge du toc donn&#232;rent mauvaise r&#233;putation &#224; la politique des partis. Ils vinrent conforter les doutes et les inqui&#233;tudes que les &#171; gens de bien &#187; nourrissaient
d&#233;j&#224; &#224; l'av&#232;nement de la d&#233;mocratie jacksonienne. Au cours des
ann&#233;es 1870 et 1880, il &#233;tait devenu courant parmi les classes instruites d'avoir une mauvaise opinion de la politique. Les r&#233;formateurs issus de la bonne soci&#233;t&#233; &#8212; ceux que leurs ennemis qualifiaient de &lt;i&gt;mugwumps&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Provenant d'un dialecte indien et signifiant &#171; grand chef &#187;, le terme de &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8212; r&#233;clamaient que la politique soit professionnalis&#233;e,
ce qui aurait permis de lib&#233;rer la fonction publique du &#171; syst&#232;me des
d&#233;pouilles &#187; et du contr&#244;le des partis et de substituer aux nominations politiques un corps d'experts qualifi&#233;s. M&#234;me ceux qui rejet&#232;rent l'appel &#224; d&#233;clarer leur ind&#233;pendance par rapport au syst&#232;me
des partis, comme Theodore Roosevelt (qui, par son refus &#224; abandonner le parti r&#233;publicain, provoqua la fureur des &#171; ind&#233;pendants &#187;)
partageaient l'enthousiasme des &lt;i&gt;mugwumps&lt;/i&gt; pour la r&#233;forme de la
fonction publique. Selon Roosevelt, les &#171; gens de bien &#187; devaient
aller d&#233;fier les hommes mis en place par le syst&#232;me des d&#233;pouilles
sur leur propre territoire au lieu de se retirer sur la touche de la vie
politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement pour un grand nettoyage de la politique gagna
de la force pendant l'&#233;poque progressiste. Sous la direction de Roosevelt, de Woodrow Wilson, de Robert La Follette et de William
Jennings Bryan, les progressistes pr&#234;chaient &#171; l'efficacit&#233; &#187;, &#171; le bon
gouvernement &#187;, &#171; l'entente au-del&#224; des clivages de partis &#187; et &#171; la
gestion scientifique &#187; des affaires publiques, d&#233;clarant la guerre au
syst&#232;mes des &#171; &lt;i&gt;bosses&lt;/i&gt; &#187;. Ils s'en prirent au syst&#232;me de l'anciennet&#233; au
Congr&#232;s, limit&#232;rent les pouvoirs du &lt;i&gt;Speaker&lt;/i&gt; (pr&#233;sident) de la
Chambre des Repr&#233;sentants, remplac&#232;rent les maires des grandes
villes par des &lt;i&gt;managers&lt;/i&gt; (syndics) et d&#233;l&#233;gu&#232;rent d'importantes fonctions de gouvernement &#224; des commissions nomm&#233;es disposant d'un
&#233;tat-major d'administrateurs qualifi&#233;s. Se rendant compte que les
&#171; machines &#187; politiques dans les grandes villes &#233;taient des bureaux
Rissistance sociale d'un type rudimentaire, distribuant du travail et
d'autres avantages &#224; leur client&#232;le et s'assurant ainsi leur loyaut&#233;, les
progressistes entreprirent de cr&#233;er un assistanat d'&#201;tat comme
moyen de concurrencer les &#171; machines &#187;. Ils lanc&#232;rent des enqu&#234;tes
exhaustives sur la criminalit&#233;, le vice, la mis&#232;re et autres &#171; probl&#232;mes
sociaux &#187;. Leur position &#233;tait que gouverner est une science, pas un
art. Ils forg&#232;rent des liens entre l'&#201;tat et l'universit&#233; de mani&#232;re &#224;
garantir l'apport constant d'experts et de savoir sp&#233;cialis&#233;. Mais le
d&#233;bat public avait pour eux peu d'int&#233;r&#234;t. De leur point de vue, la
plupart des questions politiques &#233;taient trop complexes, pour &#234;tre
soumises au jugement du peuple. Ils aimaient opposer l'expert
scientifique &#224; l'orateur, voyant dans ce dernier un moulin &#224; paroles
inutile dont les diatribes ne faisaient qu'embrouiller l'esprit du
public.
Le professionnalisme dans la politique signifiait professionnalisme dans le journalisme. La liaison entre les deux fut &#233;nonc&#233;e par Walter Lippmann dans une remarquable s&#233;rie d'ouvrages : &lt;i&gt;Liberty
and the News&lt;/i&gt; (1920), &lt;i&gt;Public Opinion&lt;/i&gt; (1922) et &lt;i&gt;The Phantom Public&lt;/i&gt;
(1925). Ils ont fourni au journalisme moderne sa charte fondatrice,
l'argumentation la plus &#233;labor&#233;e en faveur d'un journalisme qui
serait guid&#233; par le nouvel id&#233;al de l'objectivit&#233; professionnelle. Lippmann a avanc&#233; des crit&#232;res qui sont toujours ceux sur lesquels on
juge la presse &#8212; avec pour r&#233;sultat habituel qu'on ne la trouve pas &#224;
leur hauteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois ce qui nous occupe ici n'est pas de savoir si la presse a
su &#234;tre &#224; la hauteur des crit&#232;res de Lippmann, mais comment tout
d'abord il en est arriv&#233; &#224; d&#233;finir ces crit&#232;res. En 1920, Lippmann et
Charles Merz publiaient dans &lt;i&gt;The New Republic&lt;/i&gt; un long article examinant la mani&#232;re dont la presse avait rendu compte de la r&#233;volution russe. Aujourd'hui oubli&#233;e, cette &#233;tude montrait que les journaux am&#233;ricains avaient donn&#233; &#224; leurs lecteurs une description de la
R&#233;volution d&#233;form&#233;e par leurs pr&#233;jug&#233;s anti-bolch&#233;viques, une tendance &#224; prendre leurs d&#233;sirs pour des r&#233;alit&#233;s et de l'ignorance pure
et simple. La r&#233;daction de &lt;i&gt;Liberty and the News&lt;/i&gt; &#233;tait aussi motiv&#233;e
par l'&#233;croulement de l'objectivit&#233; journalistique pendant la guerre,
quand les journaux s'&#233;taient auto-d&#233;sign&#233;s &#171; d&#233;fenseurs de la foi &#187;.
Selon Lippmann, le r&#233;sultat avait &#233;t&#233; une &#171; rupture des moyens de
connaissance du public &#187;. La difficult&#233; d&#233;passait la guerre ou la
r&#233;volution, &#171; destructeurs supr&#234;mes de la pens&#233;e r&#233;aliste &#187;. L'&#233;talage
de sexualit&#233;, de violence et de &#171; faits divers &#187; &#8212; produits de base du
journalisme de masse moderne &#8212; soulevait de graves questions sur
l'avenir de la d&#233;mocratie. &#171; Tout ce qu'ont pr&#233;tendu les critiques les
plus mordants de la d&#233;mocratie est vrai s'il n'y a pas apport constant
d'informations fiables et pertinentes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Public Opinion&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;The Phantom Public&lt;/i&gt;, Lippmann r&#233;pondait de fait aux critiques en red&#233;finissant la d&#233;mocratie. La d&#233;mocratie ne demandait pas que le peuple se gouverne litt&#233;ralement lui-m&#234;me. Le public n'avait dans le gouvernement qu'une part
strictement proc&#233;duri&#232;re. L'int&#233;r&#234;t du public n'allait pas jusqu'&#224; la
substance de la prise de d&#233;cisions. &#171; Le public s'int&#233;resse &#224; la Loi,
pas aux lois ; &#224; la m&#233;thode du droit, pas &#224; sa substance. &#187; Les questions de substance devaient &#234;tre d&#233;cid&#233;es par des administrateurs
comp&#233;tents qui, par leur acc&#232;s &#224; une information fiable, &#233;taient
immunis&#233;s contre les &#171; symboles &#187; &#233;motionnels et les &#171; st&#233;r&#233;otypes &#187;
qui dominaient le d&#233;bat public. Le public &#233;tait incomp&#233;tent pour se
gouverner et ne se souciait m&#234;me pas de se gouverner, du point de
vue de Lippmann. Mais tant que l'on appliquait des r&#232;gles assurant
l'&#233;quit&#233;, le public se satisferait de laisser le gouvernement &#224; des
experts &#8212; pourvu, bien s&#251;r, que ces experts obtiennent des r&#233;sultats,
cette abondance toujours croissante de commodit&#233;s et de bien-&#234;tre
qui s'identifiait si &#233;troitement au mode de vie am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lippmann reconnaissait le conflit qui existait entre ses recommandations et la th&#233;orie re&#231;ue de la d&#233;mocratie, selon laquelle les
citoyens devaient participer aux d&#233;bats sur les prises de d&#233;cision
publiques et y avoir une action, ne serait-ce qu'indirecte. Il soutenait que la th&#233;orie d&#233;mocratique avait ses racines dans des conditions sociales qui n'existaient plus. Elle pr&#233;supposait un &#171; citoyen
omni-comp&#233;tent &#187;, un &#171; bonhomme encyclop&#233;dique &#187; qui ne pouvait se trouver que dans une &#171; communaut&#233; simple et referm&#233;e sur
elle-m&#234;me &#187;. Dans &#171; le milieu vaste et impr&#233;visible &#187; du monde
moderne, ce vieil id&#233;al de citoyennet&#233; &#233;tait obsol&#232;te. La complexit&#233;
d'une soci&#233;t&#233; industrielle demandait un gouvernement confi&#233; &#224; des
responsables qui seraient n&#233;cessairement guid&#233;s &#8212; puisque toute
forme de d&#233;mocratie directe &#233;tait &#224; pr&#233;sent impossible &#8212; soit par
l'opinion publique, soit par le savoir d'experts. L'opinion publique
n'&#233;tait pas fiable parce qu'elle ne pouvait &#234;tre unie qu'en faisant
appel &#224; des slogans et &#224; des &#171; images symboliques &#187;. La m&#233;fiance de
Lippmann &#224; l'&#233;gard de l'opinion publique reposait sur la distinction
&#233;pist&#233;mologique entre v&#233;rit&#233; et simple opinion. Dans sa conception,
la v&#233;rit&#233; surgissait d'une enqu&#234;te scientifique d&#233;sint&#233;ress&#233;e ; tout le
reste &#233;tait id&#233;ologie. Donc la port&#233;e du d&#233;bat public devait &#234;tre s&#233;v&#232;rement restreinte. Dans le meilleur des cas, le d&#233;bat public &#233;tait une
n&#233;cessit&#233; p&#233;nible &#8212; non pas l'essence m&#234;me de la d&#233;mocratie mais
son &#171; d&#233;faut premier &#187; qui ne naissait que du fait qu'on disposait
malheureusement d'une quantit&#233; limit&#233;e de &#171; connaissance exacte &#187;.
Dans l'id&#233;al, le d&#233;bat public n'aurait aucunement lieu ; les d&#233;cisions
se baseraient seulement sur des &#171; normes de mesure &#187; scientifiques.
La science tranchait net dans &#171; les slogans et les st&#233;r&#233;otypes
paralysants &#187;, dans &#171; les fils de la m&#233;moire et de l'&#233;motion &#187; qui
immobilisaient dans leurs n&#339;uds &#171; l'administrateur responsable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vision de Lippmann, le r&#244;le de la presse &#233;tait de faire circuler de l'information et non d'encourager la discussion. La relation
entre information et discussion &#233;tait antagoniste, et non compl&#233;mentaire. Sa position n'&#233;tait pas qu'une information fiable &#233;tait une
condition pr&#233;alable n&#233;cessaire &#224; la discussion ; au contraire, ce qu'il
voulait dire, c'est que l'information excluait la discussion, rendait
toute discussion inutile. Les d&#233;bats &#233;taient ce qui se produisait en
l'absence d'information fiable. Lippmann avait oubli&#233; ce qu'il avait
appris (ou ce qu'il aurait d&#251; apprendre) de William James et John
Dewey : que notre qu&#234;te d'une information fiable est elle-m&#234;me
guid&#233;e par les questions qui sont soulev&#233;es au cours des discussions
portant sur une s&#233;rie d'actions donn&#233;e. C'est seulement en soumettant nos pr&#233;f&#233;rences et nos projets &#224; l'&#233;preuve du d&#233;bat que nous en
arrivons &#224; comprendre ce que nous savons et ce qu'il nous reste &#224;
apprendre. Tant que nous n'avons pas &#224; d&#233;fendre nos opinions en
public, elles demeurent des opinions au sens p&#233;joratif que Lippmann
donne &#224; ce mot &#8212; des convictions &#224; moiti&#233; form&#233;es fond&#233;es sur des
impressions al&#233;atoires et des pr&#233;suppos&#233;s admis sans examen. C'est
l'acte de formuler nos conceptions et de les d&#233;fendre qui les tire de la
cat&#233;gorie des &#171; opinions &#187;, qui leur donne forme et d&#233;finition et
permet &#233;galement &#224; d'autres de les identifier comme la description
de leur propre exp&#233;rience. Bref, nous n'en arrivons &#224; conna&#238;tre ce que
nous avons en t&#234;te qu'en nous expliquant devant les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, la tentative de convertir autrui &#224; notre propre point de
vue comporte le risque qu'il puisse nous arriver d'adopter plut&#244;t le
leur. Il nous faut entrer par l'imagination dans les arguments de nos
adversaires, ne serait-ce que dans l'intention de les r&#233;futer, et peut-
&#234;tre qu'au bout du compte nous nous retrouverons persuad&#233;s par
ceux que nous cherchions &#224; persuader. La discussion est risqu&#233;e et
impr&#233;visible, et pour cette raison elle est &#233;ducative. Pour la plupart
d'entre nous, nous tendons &#224; y voir (comme Lippmann) le choc de
dogmes rivaux, une foire d'empoigne o&#249; aucun des deux camps ne
c&#232;de de terrain. Mais on ne remporte pas une discussion en faisant
taire ses adversaires &#224; force de hurlements. On la remporte en faisant
changer d'avis son adversaire &#8212; chose qui ne peut arriver que si l'on
accorde une &#233;coute respectueuse aux arguments adverses et que l'on
persuade quand m&#234;me ceux qui les avancent qu'il y a quelque chose
qui ne va pas dans ces arguments. Pendant que nous sommes engag&#233;s dans cette activit&#233;, il se peut bien que ce soit nous qui d&#233;cidions
qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans les n&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous maintenons fermement que le d&#233;bat est l'essence de l'&#233;ducation, nous d&#233;fendrons la d&#233;mocratie comme la forme de gouvernement non pas la plus efficace mais la plus &#233;ducative, telle qu'elle &#233;tend
aussi largement que possible le cercle de la discussion et oblige ainsi
tous les citoyens &#224; articuler leurs conceptions, &#224; les mettre en danger
et &#224; cultiver les vertus de l'&#233;loquence, de la clart&#233; de pens&#233;e et
d'expression, et du jugement solide. Comme le relevait Lippmann, les
petites communaut&#233;s constituent le lieu classique de la d&#233;mocratie &#8212;
non pas toutefois parce qu'elles sont &#171; referm&#233;es sur elles-m&#234;mes &#187;,
mais simplement parce qu'elles permettent &#224; tout le monde de
prendre part aux d&#233;bats publics. Au lieu de rejeter sommairement la
d&#233;mocratie directe comme n'ayant aucune pertinence dans les conditions modernes, il nous faut la recr&#233;er sur une grande &#233;chelle. De ce
point de vue, la presse sert d'&#233;quivalent &#224; l'assembl&#233;e communale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de fait ce qu'a soutenu Dewey &#8212; peu clairement toutefois,
h&#233;las ! &#8212; dans &lt;i&gt;The Public and Its Problems&lt;/i&gt; (1927), ouvrage &#233;crit en
r&#233;ponse aux r&#233;flexions d&#233;sobligeantes de Lippmann sur l'opinion
publique. La distinction &#233;tablie par Lippmann entre v&#233;rit&#233; et information reposait sur une &#171; th&#233;orie passive de la connaissance comme
spectacle &#187; ainsi que l'explique James W. Carey dans son &lt;i&gt;Communication as Culture&lt;/i&gt; (1989). Dans la conception des choses que se faisait
Lippmann, la connaissance est ce que nous recevons quand un observateur, de pr&#233;f&#233;rence form&#233; scientifiquement, nous pr&#233;sente une copie
de la r&#233;alit&#233; que nous pouvons tous reconna&#238;tre. De son c&#244;t&#233;, Dewey
savait que m&#234;me les scientifiques d&#233;battent entre eux. Il soutenait
qu'une &#171; enqu&#234;te syst&#233;matique &#187; n'&#233;tait que le commencement de la
connaissance et non pas sa forme finale. La connaissance dont avait
besoin toute communaut&#233; &#8212; qu'il s'agisse d'une communaut&#233; de
chercheurs scientifiques ou d'une communaut&#233; politique &#8212; ne se
d&#233;gageait que du &#171; dialogue &#187; et d'un &#171; &#233;change direct &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'indique Carey, il est significatif que l'analyse de la communication selon Dewey mette plut&#244;t l'accent sur l'oreille que sur
l'&#339;il. Dewey &#233;crit en effet : &#171; La conversation a une importance
vitale qui manque dans les paroles fix&#233;es et gel&#233;es de l'&#233;crit... Les
liaisons de l'oreille avec la pens&#233;e et l'&#233;motion vitales qui s'expriment
sont immens&#233;ment plus &#233;troites et plus diverses que celles de l'&#339;il.
La vision est spectatrice ; l'ou&#239;e est participante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse &#233;tend la port&#233;e du d&#233;bat en apportant au mot parl&#233; le
suppl&#233;ment du mot &#233;crit. Si la presse doit s'excuser de quelque chose,
ce n'est pas du fait que le mot &#233;crit soit un pi&#232;tre substitut pour la
langue pure des math&#233;matiques. Dans ce rapport, ce qui compte,
c'est que le mot &#233;crit soit un pi&#232;tre substitut pour le mot parl&#233;. Mais
c'est toutefois un substitut acceptable aussi longtemps que l'&#233;crit
prend pour mod&#232;le l'oral et non pas les math&#233;matiques. Si la presse
n'&#233;tait pas fiable selon Lippmann, c'&#233;tait parce qu'elle ne pouvait
jamais nous donner des repr&#233;sentations exactes de la r&#233;alit&#233;, mais seulement des &#171; images symboliques &#187; et des st&#233;r&#233;otypes. L'analyse de
Dewey sous-entendait une voie critique plus p&#233;n&#233;trante. Pour citer
Carey : &#171; La presse en percevant son r&#244;le comme celui d'informer le
public abandonne le r&#244;le d'organisme charg&#233; de faire vivre la conversation de notre culture. &#187; Ayant adh&#233;r&#233; &#224; l'id&#233;al d'objectivit&#233; de Lippmann, la presse ne sert plus &#224; cultiver &#171; certaines habitudes vitales &#187;
dans la communaut&#233; : &#171; la capacit&#233; de suivre un argument, de saisir le
point de vue d'autrui, d'&#233;largir les fronti&#232;res de l'entendement, de
d&#233;battre les diff&#233;rentes finalit&#233;s que l'on pourrait choisir de viser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e parall&#232;le et simultan&#233;e de la publicit&#233; et des relations
publiques contribue &#224; expliquer pourquoi la presse a renonc&#233; &#224; sa
fonction la plus importante &#8212; celle d'agrandir le forum public &#8212; en
m&#234;me temps qu'elle devenait plus &#171; responsable &#187;. Une presse responsable, par opposition &#224; une presse partisane ou ancr&#233;e dans ses
opinions attirait le type de lecteurs que les publicitaires &#233;taient
avides de toucher : des lecteurs nantis, qui pour la plupart se consid&#233;raient probablement des &#233;lecteurs ind&#233;pendants. Ces lecteurs
voulaient avoir l'assurance de lire toutes les nouvelles qu'il est
convenable de publier et non pas la vision des choses d'un r&#233;dacteur
en chef, marqu&#233;e par l'idiosyncrasie et sans doute biais&#233;e. On en est
arriv&#233; &#224; ce que responsabilit&#233; soit synonyme de recul devant toute
controverse, parce que les annonceurs &#233;taient dispos&#233;s &#224; payer pour
cela. Certains annonceurs &#233;taient &#233;galement dispos&#233;s &#224; payer pour
du sensationnalisme, quoiqu'au total ils aient pr&#233;f&#233;r&#233; un lectorat
respectable plut&#244;t que simplement une forte circulation. En tout
cas, ce qu'ils ne pr&#233;f&#233;raient pas, c'&#233;tait de &#171; l'opinion &#187; &#8212; non que les
arguments philosophiques de Lippmann les aient marqu&#233;s, mais
parce qu'un journalisme aux opinions tranch&#233;es ne leur garantissait
pas le bon public. Sans doute esp&#233;raient-ils aussi qu'une aura
d'objectivit&#233;, marque caract&#233;ristique du journalisme responsable,
viendrait d&#233;teindre aussi sur les r&#233;clames qui entouraient des
colonnes de texte de plus en plus minces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un curieux retournement de l'histoire, la publicit&#233;, la promotion
et les autres formes de persuasion commerciale en sont venues elles-
m&#234;mes &#224; se d&#233;guiser en information. Publicit&#233; et promotion se sont
substitu&#233;es au d&#233;bat ouvert. &#171; Les persuadeurs cach&#233;s &#187; (selon la formule
de Vance Packard) ont remplac&#233; les r&#233;dacteurs d'antan, les essayistes et
les orateurs qui ne faisaient pas myst&#232;re de leur engagement partisan.
L'information et la promotion sont devenues de plus en plus impossibles &#224; distinguer. L'essentiel des &#171; nouvelles &#187; dans nos journaux &#8212;
40 % selon l'estimation optimiste de M. Scott Cutlip, professeur &#224;
l'universit&#233; de Georgie &#8212; est constitu&#233; d'&#233;l&#233;ments qui sont d&#233;bit&#233;s par
des agences de presse et des offices de relations publiques et r&#233;gurgit&#233;s
ensuite sans modification par les organes journalistiques &#171; objectifs &#187;.
Nous nous sommes habitu&#233;s &#224; l'id&#233;e que l'essentiel de l'espace dans nos
quotidiens d'information, si l'on peut dire, soit consacr&#233; &#224; la publicit&#233;
&lt;br /&gt;&#8212; au moins les deux tiers dans la plupart des quotidiens. Mais si nous
consid&#233;rons les relations publiques comme une autre forme de publicit&#233;, ce qui n'est pas vraiment tir&#233; par les cheveux puisque les deux
sont aliment&#233;es par des entreprises priv&#233;es d'inspiration commerciale,
il nous faut &#224; pr&#233;sent nous faire &#224; l'id&#233;e qu'une grande partie des
&#171; nouvelles &#187; est constitu&#233;e aussi de publicit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clin de la presse partisane et l'av&#232;nement d'un nouveau type
de journalisme qui professe des normes rigoureuses d'objectivit&#233; ne
nous assurent pas un apport constant d'informations utilisables. Si
l'information n'est pas produite par un d&#233;bat public soutenu, elle sera
pour l'essentiel au mieux d&#233;pourvue de pertinence, et au pire trompeuse et manipulatrice. De plus en plus, l'information est produite
par des gens qui d&#233;sirent promouvoir quelque chose ou quelqu'un &#8212;
un produit, une cause, un candidat ou un &#233;lu &#8212; sans s'en remettre
pour cela &#224; ses qualit&#233;s intrins&#232;ques ni en faire explicitement la
r&#233;clame en avouant qu'ils y ont un int&#233;r&#234;t personnel. Dans son z&#232;le &#224;
informer le public, une bonne partie de la presse est devenue le canal
tout trouv&#233; de ce qui est l'&#233;quivalent de cet insupportable courrier
promotionnel qui encombre nos bo&#238;tes aux lettres. Comme la poste &#8212;
encore une institution qui servait autrefois &#224; &#233;largir la sph&#232;re de la discussion interpersonnelle et &#224; cr&#233;er des &#171; comit&#233;s de correspondance &#187; &#8212; elle distribue aujourd'hui une profusion d'information inutile, indigeste, dont personne ne veut, et qui pour la plus grande part va finir
au panier sans qu'on l'ait lue. L'effet le plus important de cette obsession de l'information, &#224; part la destruction d'arbres pour fabriquer du
papier et le fardeau croissant que repr&#233;sente &#171; la gestion des d&#233;chets &#187;,
est d'affaiblir l'autorit&#233; du mot. Quand on se sert des mots comme de
simples instruments de propagande ou de promotion, ils perdent leur
pouvoir de persuasion. Ils cessent bient&#244;t d'avoir la moindre signification. Les gens perdent leur capacit&#233; &#224; se servir du langage avec pr&#233;cision et de fa&#231;on expressive, ou m&#234;me &#224; distinguer un mot d'avec un
autre. Le mot parl&#233; se mod&#232;le sur le mot &#233;crit au lieu que ce soit
l'inverse, et la parole ordinaire commence &#224; ressembler au jargon
ampoul&#233; que nous trouvons dans les journaux. La parole ordinaire
commence &#224; ressembler &#224; de &#171; l'information &#187; &#8212; catastrophe dont
peut-&#234;tre la langue anglaise ne se rel&#232;vera jamais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb22-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Provenant d'un dialecte indien et signifiant &#171; grand chef &#187;, le terme de &#171; mugwump &#187;
est utilis&#233; pour d&#233;signer ironiquement le patricien, l'intellectuel, voire l'artiste, d&#233;go&#251;t&#233; par
l'&#233;volution d&#233;mocratique et mat&#233;rialiste de la vie am&#233;ricaine, et r&#233;volt&#233; par la place
grandissante des immigrants non anglo-saxons et leurs syst&#232;mes client&#233;listes (machines) dans les
grandes villes, domin&#233; par un boss, interm&#233;diaire tout-puissant. Leur organe naturel est The
Nation de Godkin. (N d T)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>La le&#231;on de Damas</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1192-La-lecon-de-Damas</link>
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		<dc:date>2024-12-17T09:53:10Z</dc:date>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Martinez-Gros G.</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Reprise de la tribune &#171; La chute d'Assad n'est pas le fruit d'une &#171; r&#233;volution populaire &#187; ! &#187; de Gabriel Martinez-Gros publi&#233; sur Herodote.net le 13/12/2024. &#8216;Il s'agit d'une r&#233;volution populaire' affirme, dans l'enthousiasme de la lib&#233;ration de Damas, l'acteur syrien Far&#232;s H&#233;lou. Il se trompe. Il est clair que le r&#233;gime baasiste &#233;tait criminel, et que sa chute a submerg&#233; de joie la majorit&#233; &#8211; du moins la majorit&#233; sunnite - des Syriens. Mais il n'est pas n&#233;cessaire d'&#234;tre grand historien (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-195-martinez-gros-g-+" rel="tag"&gt;Martinez-Gros G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-221-empire-+" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Reprise de la tribune &#171; La chute d'Assad n'est pas le fruit d'une &#171; r&#233;volution populaire &#187; ! &#187; de Gabriel Martinez-Gros publi&#233; sur &lt;a href=&#034;https://www.herodote.net/La_chute_d_Assad_n_est_pas_le_fruit_d_une_revolution_populaire_-article-3007.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Herodote.net le 13/12/2024&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#8216;&lt;i&gt;Il s'agit d'une r&#233;volution populaire&lt;/i&gt;' affirme, dans l'enthousiasme de la lib&#233;ration de Damas, l'acteur syrien Far&#232;s H&#233;lou. Il se trompe. Il est clair que le r&#233;gime baasiste &#233;tait criminel, et que sa chute a submerg&#233; de joie la majorit&#233; &#8211; du moins la majorit&#233; sunnite - des Syriens. Mais il n'est pas n&#233;cessaire d'&#234;tre grand historien pour noter les diff&#233;rences structurelles entre le 14 juillet 1789 &#224; Paris et le 8 d&#233;cembre 2024 &#224; Damas. Le r&#233;gime syrien n'a pas &#233;t&#233; abattu par un mouvement de foule, par la secousse violente d'une r&#233;volte des faubourgs de la capitale, mais par une force arm&#233;e tr&#232;s limit&#233;e &#8211; on parle d'une dizaine de milliers d'hommes &#8211; partie des marges lointaines du nord du pays, la province d'Idlib, et qui a conquis en une quinzaine de jours le c&#339;ur d&#233;mographique et &#233;conomique du pays presque sans r&#233;sistance. Et cette absence de r&#233;sistance est d'autant plus &#233;tonnante que la couleur ethnique et l'id&#233;ologie des vainqueurs sont aux antipodes de celles du r&#233;gime en place, Sunnites contre Alaouites d'origine shiite, jihadistes contre apostats. Ces clivages n'existent &#233;videmment pas dans la France de 1789, et ils auraient &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; laiss&#233; pr&#233;sager des affrontements sauvages. Il n'en fut rien, Le contraste du radicalisme des id&#233;ologies et de la mod&#233;ration des combats &#8211; &#224; peine un millier de morts selon l'OSDH &#8211; explique la perplexit&#233; des opinions occidentales, et cet air &#8216;d'illusion lyrique' des d&#233;buts r&#233;volutionnaires qui plane aujourd'hui sur la Syrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la chute d'Alep, puis Hama, Homs et Damas, trouve son parall&#232;le exact dans celle de Mossoul aux mains de l'Etat Islamique en juin 2014. Une force limit&#233;e, venue des marges &#8211; en l'occurrence les tribus arabes de la J&#233;zir&#233; &#8211; s'empare en cinq jours de combats de la capitale du nord de l'Irak et de toute sa province au d&#233;triment de forces dix &#224; vingt fois sup&#233;rieures en nombre. Ce sont ces deux caract&#232;res communs qui d&#233;concertent les analystes : d'une part l'assaut d'une marge incontr&#244;l&#233;e contre un Etat dont les forces sont en apparence tr&#232;s sup&#233;rieures, et d'autre part la soudainet&#233; de l'effondrement de la r&#233;sistance. Or, la th&#233;orie du plus grand historien arabe du Moyen-Age, Ibn Khald&#251;n, consid&#232;re comme une norme ce qui fait notre stup&#233;faction : le pouvoir politique na&#238;t dans les marges et s'impose dans les espaces centraux de l'Etat avec d'autant plus de facilit&#233; qu'il n'y rencontre par d&#233;finition aucune r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par d&#233;finition puisque, nous explique Ibn Khald&#251;n, le propre de l'Etat est de pacifier ses sujets, de leur retirer les armes, de briser les solidarit&#233;s propres aux groupes humains naturels, familles, clans ou tribus, et d'assigner cette &#233;nergie virile dont il interdit la manifestation aux activit&#233;s productives, travail, projet, &#233;pargne, recherche&#8230;La pacification, forc&#233;e ou consentie, de la soci&#233;t&#233;, ajoute-t-il, est d'autant plus n&#233;cessaire que l'Etat doit lever l'imp&#244;t, unique source de mobilisation et de concentration du capital dans une soci&#233;t&#233; agraire naturellement stagnante, et que l'existence de solidarit&#233;s claniques s'opposerait &#224; ce recouvrement ordonn&#233; des surplus non imm&#233;diatement consomm&#233;s de la production. Une soci&#233;t&#233; organis&#233;e est par d&#233;finition d&#233;sarm&#233;e et vuln&#233;rable. L'Etat doit donc se pourvoir d'une violence capable de prot&#233;ger son troupeau productif des menaces du monde tribal qui l'environne, et ne peut la trouver que dans ce m&#234;me monde tribal qui le menace. Il n'y a pas d'Etat, nous dit Ibn Khald&#251;n, qui ne se compose de deux forces intrins&#232;quement antagonistes, et pourtant n&#233;cessairement associ&#233;es : une immense majorit&#233; pacifi&#233;e, d&#233;sarm&#233;e, productive, prosp&#232;re et priv&#233;e de pouvoir politique ; et une infime minorit&#233;, venue des marges, &#233;trang&#232;re par sa composition ethnique ou son id&#233;ologie religieuse &#224; la majorit&#233;, et dont le courage et la violence sont les valeurs cardinales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la plus fr&#233;quente des hypoth&#232;ses, l'Etat passe contrat avec des ethnies tribales qu'il privil&#233;gie et qui lui procurent les hommes d'armes n&#233;cessaires. D&#232;s le IIe s. avant notre &#232;re, l'empire chinois engage des Turcs, comme plus tard l'empire romain des Illyriens, des Germains ou des Arabes, et l'empire islamique des Turcs et des Berb&#232;res. Le mandat fran&#231;ais et la r&#233;publique syrienne n'agissent pas autrement, d&#232;s les ann&#233;es 1930, en sollicitant le rude bastion de la montagne alaouite pour garnir les rangs de l'arm&#233;e nationale naissante. Logiquement, nous dit Ibn Khald&#251;n, quelques d&#233;cennies plus tard, l'ethnie martiale prend le pouvoir. Non moins logiquement, au terme de cinquante &#224; soixante ans, assimil&#233;e aux valeurs pacifiantes de la soci&#233;t&#233; civile qu'elle domine, &#8216;s&#233;dentaris&#233;e' pour le dire comme Ibn Khald&#251;n, elle le perd, au profit d'un nouveau p&#244;le guerrier. Dans ce cas, celui que nous observons aujourd'hui &#224; Damas, ce n'est pas l'Etat qui ach&#232;te la violence dont il a besoin, mais la violence qui s'empare de l'Etat. C'est aussi le sch&#233;ma des invasions arabes fondatrices de l'Islam. Le m&#233;canisme de l'Etat n'en est pas affect&#233;, nous dit Ibn Khald&#251;n. Le collecteur et b&#233;n&#233;ficiaire de l'imp&#244;t change, l'immense majorit&#233;, qui le paie par son travail, demeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce ce que nous verrons en Syrie ? Deux prudentes r&#233;flexions pour finir. D'abord pour la Syrie : la d&#233;mocratie y est exclue, l'id&#233;ologie islamiste des nouveaux ma&#238;tres s'y oppose : la souverainet&#233;, &#224; leurs yeux, n'appartient pas au peuple, mais &#224; Dieu. Les r&#233;sistances viendront des marges, alaouites, kurdes, druzes, et du sein du mouvement victorieux, o&#249; coexistent des groupes diff&#233;rents. Ensuite pour nous : il serait bien imprudent de tenir pour exotiques les &#233;v&#233;nements de Syrie. La s&#233;dentarisation et la pacification des soci&#233;t&#233;s, le rabougrissement des forces arm&#233;es, l'impuissance croissante des Etats, sont partout &#224; l'&#339;uvre, de la Chine &#224; l'Europe, de l'Am&#233;rique &#224; la Russie. C'est la d&#233;composition des Etats, l'abandon des parts les plus rebelles et les moins rentables de leurs territoires qui d&#233;termine l'&#233;mergence des marges dissidentes, puis, le cas &#233;ch&#233;ant, victorieuses. Nous avons int&#233;r&#234;t &#224; m&#233;diter la le&#231;on de Damas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le wokisme &#224; la lecture de C. Castoriadis</title>
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&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;29 : Lire (et comprendre) Castoriadis De quelques tentatives de penser notre &#233;poque (f&#233;vrier 2025) Cette brochure est disponible &#224; la vente pour 3 &#8364; dans nos librairies ainsi que par correspondance et est int&#233;gralement t&#233;l&#233;chargeable dans la rubrique brochures. Les achats permettent notre auto-financement et constitue un soutien aux rares librairies encore ind&#233;pendantes. Brochures Sommaire : Introduction Un parcours politique &#224; partir de C. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/couv29bis-4.png?1742480846' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='135' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie de la brochure n&#176;29 :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lire (et comprendre) Castoriadis&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quelques tentatives de penser notre &#233;poque&lt;/strong&gt; (f&#233;vrier 2025)&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Cette brochure est disponible &#224; la vente pour 3 &#8364; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?531-Points-de-diffusion-et-de-vente-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans nos librairies ainsi que par correspondance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et est int&#233;gralement t&#233;l&#233;chargeable &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;dans la rubrique brochures&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les achats permettent notre auto-financement et constitue un soutien aux rares librairies encore ind&#233;pendantes.&lt;/p&gt;
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&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1850 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:200px;&#034; data-w=&#034;200&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;Brochure n&#176;29 Lire (et comprendre) Castoriadis&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:138.88888888889%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/couv29-fb9dc_1_.png&amp;taille=144&amp;1771799846' alt='Brochure n&#176;29 Lire (et comprendre) Castoriadis' data-src='IMG/png/couv29-fb9dc_1_.png' data-l='144' data-h='200' data-tailles='[\&#034;200\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couv29-fb9dc_1_.png&amp;#38;taille=144&amp;#38;1771799846 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couv29-fb9dc_1_.png&amp;#38;taille=144&amp;#38;1771799846 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-1850 '&gt;&lt;strong&gt;Brochure n&#176;29 Lire (et comprendre) Castoriadis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire :&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1200-Parution-de-la-brochure-Lire-et-comprendre-Castoriadis' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?346-Un-parcours-politique-a-partir-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un parcours politique &#224; partir de C. Castoriadis&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1154-Castoriadis-et-les-bien-pensants' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis et les bien-pensants&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Le wokisme &#224; la lecture de C. Castoriadis&lt;/strong&gt; &#8212; ci-dessous...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1199-De-Castoriadis-a-Ibn-Khaldoun-et-retour' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;De Castoriadis &#224; Ibn Khaldoun (et retour)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1200-Parution-de-la-brochure-Lire-et-comprendre-Castoriadis' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Texte &lt;a href=&#034;https://www.mezetulle.fr/le-wokisme-a-la-lecture-de-c-castoriadis-par-quentin-berard/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;initialement publi&#233; le 25 novembre 2024&lt;/a&gt; sur le &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/spip.php?page=site&amp;id_syndic=97&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site-ami &#171; Mezetulle &#187;&lt;/a&gt;, puis repris sur le site &lt;a href=&#034;https://decolonialisme.fr/le-wokisme-a-la-lecture-de-c-castoriadis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;deconialisme.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;caption&gt;Sommaire&lt;/caption&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;Entrelacement de la contestation et de l'apathie&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;L &#171; &#233;chec bizarre &#187; de Mai 68&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;L'intelligentsia et la rationalisation de l'&#233;chec&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Aspects de la subversion anomique&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;Anticipation du wokisme&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e wokisme, sympt&#244;me &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de l'anomie occidentale&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;L'impossible retour &#224; l'h&#233;t&#233;ronomie&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;R&#233;invention du projet d'autonomie ?&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;!--[if !IE]&gt;&lt;!--&gt;&lt;iframe src=&#034;spip.php?page=pdfjs&amp;id_document=1832&#034; width=&#034;1000&#034; height=&#034;500&#034; title=&#034;Le wokisme &#224; la lecture de C. Castoriadis&#034; class=&#034;spip_document_1832 lecteurpdf lecteufpdf-1832 spip_documents&#034; name=&#034;pdf_1832&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;!--&lt;![endif]--&gt; &lt;!--[if IE]&gt;&lt;iframe src=&#034;IMG/pdf/le_wokisme_a_la_lecture_de_c__castoriadis.pdf&#034; width=&#034;1000&#034; height=&#034;500&#034; class=&#034;spip_document_1832 lecteurpdf lecteufpdf-1832 spip_documents&#034; title=&#034;Le wokisme &#224; la lecture de C. Castoriadis&#034; name=&#034;pdf_1832&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;![endif]--&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;L'id&#233;e de faire table rase de tout ce qui existe est une folie conduisant au crime.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cornelius Castoriadis, &#171; L'effondrement du marxisme-l&#233;ninisme &#187;, 1990. Afin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les analyses de ce qu'il est maintenant convenu d'appeler le &#171; wokisme &#187; pourraient se r&#233;partir en trois en&#173;sembles : celles qui le rattachent &#224; la &#171; French Theory &#187;, celles qui le font d&#233;river de l'histoire du com&#173;munisme et celles qui y d&#233;c&#232;lent un courant para-religieux. Salutaires et, finalement, compl&#233;mentaires, ces approches se focalisent sur le seul angle id&#233;ologique, pouvant laisser croire que la lutte contre ces mou&#173;vances envahissantes pourrait se limiter &#224; ce terrain. Celui-ci est loin d'&#234;tre n&#233;gligeable mais, outre qu'il ouvre la porte &#224; un retour aux vieilles momies id&#233;ologiques dites &#171; de droite &#187;, il fait l'&#233;conomie des &lt;i&gt;condi&#173;tions d'&#233;mergence &lt;/i&gt;du wokisme, c'est-&#224;-dire des analyses de fond des soci&#233;t&#233;s occidentales contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consacr&#233;e &#224; ces derni&#232;res, l'&#339;uvre de Cornelius Castoriadis (1922-1997) permettrait peut-&#234;tre, r&#233;trospectivem&#173;ent, d'apporter quelques lumi&#232;res sur ces pseudo-subversions contemporaines, alors comprises comme les signes d'un &#171; d&#233;labrement de l'Occident &#187; &#8211; pour reprendre sa c&#233;l&#232;bre formule &#8211; aujourd'hui extr&#234;&#173;mement avanc&#233;. C'est &#224; lui qu'il faudrait faire face, sous peine de mener un combat en ignorant les grandes lignes de forces qui en d&#233;terminent l'issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entrelacement de la contestation et de l'apathie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dissidence du trotskysme de C. Castoriadis en 1946 d&#233;bute par une analyse de l'URSS (&#171; &lt;i&gt;quatre lettres, quatre mensonges&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8230; synth&#233;tisera-t-il plus tard dans &#171; Nous sommes dans l'&#232;re de l'imitation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) comme &#171; soci&#233;t&#233; bureaucratique totale &#187; le conduisant, au fil des ann&#233;es au sein puis, &#224; partir de 1967 en dehors du groupe-revue &lt;i&gt;Socialisme ou barbarie&lt;/i&gt;, &#224; abandonner l'&#233;conomisme marxiste au pro&#173;fit d'une approche politique des soci&#233;t&#233;s humaines c'est-&#224;-dire, et &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, &#224; leurs soubasse&#173;ments psycho-cultu&#173;rels, qu'il nommera leur &lt;i&gt;institution&lt;/i&gt; &lt;i&gt;imaginaire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Titre de son &#339;uvre phare L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233; (Seuil, 1975).&#034; id=&#034;nh24-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la &#171; patrie socialiste &#187; comme dans les soci&#233;t&#233;s capita&#173;listes, la d&#233;possession des travailleurs relevait alors d'une exploitation &#233;conomique mais se r&#233;v&#233;lait, bien plus profond&#233;ment et avant tout, une ali&#233;nation politique : la lutte des classes est avant tout un conflit entre dirigeants et ex&#233;cutants, ouvrant sur la perspective d'une autogestion ou &lt;i&gt;d&#233;mocratie direct&lt;/i&gt;e, souverainet&#233; populaire structur&#233;e et organis&#233;e se r&#233;clamant autant des exp&#233;riences r&#233;volutionnaires modernes que de l'Ath&#232;nes antique, dont il se r&#233;clamera toute sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les ann&#233;es 1950, la fin des grands mouvements ouvriers que C. Castoriadis relie &#224; la bureaucratisa&#173;tion des organisations ouvri&#232;res et son extension &#224; tous les domaines de la vie le m&#232;nent &#224; diagnostiquer la d&#233;politisa&#173;tion d&#233;j&#224; perceptible comme un &#171; repli sur la sph&#232;re priv&#233;e &#187;, une &#171; privatisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#187;. Il note, en 1959 dans un article-bilan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le mouvement r&#233;volutionnaire sous le capitalisme moderne &#187;, 1959.&#034; id=&#034;nh24-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cette disparition de l'activit&#233; politique, et plus g&#233;n&#233;ralement ce que nous avons appel&#233; la privatisation n'est pas propre &#224; la classe ouvri&#232;re ; elle est un ph&#233;nom&#232;ne g&#233;n&#233;ral, que l'on constate chez toutes les cat&#233;gories de la population et qui exprime la crise profonde de la soci&#233;t&#233; contemporaine. Envers ri&#173;goureux de la bureaucratisation, elle manifeste l'agonie des institutions sociales et politiques qui, apr&#232;s avoir rejet&#233; la population, sont maintenant rejet&#233;es par elle. Elle est le signe de l'impuissance des hommes devant l'&#233;norme machinerie sociale qu'ils ont cr&#233;&#233;e et qu'ils n'arrivent plus ni &#224; comprendre, ni &#224; dominer, la condam&#173;nation radicale de cette machinerie. Elle exprime la d&#233;composition des valeurs, des significations sociales et des communaut&#233;s&lt;/i&gt;. [&#8230;] &lt;i&gt;La signification de ce ph&#233;nom&#232;ne n'est pas simple : il y a l&#224; incontestablement un retrait, une &lt;/i&gt;&lt;i&gt;incapacit&#233; provisoire d'assumer le probl&#232;me de la soci&#233;t&#233; qui n'est rien moins que positive. Mais il y a aussi autre chose et plus. Le rejet de la politique telle qu'elle existe est d'une certaine fa&#231;on le rejet en bloc de la so&#173;ci&#233;t&#233; actuelle ; c'est le contenu de tous les &#8220;programmes&#8221; qui est rejet&#233;, parce que tous, conservateurs, r&#233;for&#173;mistes ou &#8220;communistes&#8221; ne repr&#233;&#173;sentent que des variantes du m&#234;me type de soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Mais elle &lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt;st aussi rejet du &lt;/i&gt;type d'activit&#233;&lt;i&gt; que repr&#233;&#173;sente la politique telle qu'elle est pratiqu&#233;e par les organisations traditionnelles : activit&#233; s&#233;par&#233;e de sp&#233;&#173;cialistes coup&#233;s des pr&#233;occupations de la population, tissu de mensonges et de manipula&#173;tions, farce gro&#173;tesque aux cons&#233;quences souvent tragiques. La d&#233;politisation actuelle est &lt;/i&gt;&lt;i&gt;tout autant&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;indiff&#233;rence que cri&#173;tique de la s&#233;paration de la politique et de la vie, du mode d'existence artificiel de partis, des motivations int&#233;ress&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s des politiciens &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; largement encourag&#233;e par le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; de consommation que Jean Baudrillard analy&#173;sera plus tard, dans le sillage de la &lt;i&gt;Critique de la vie quotidienne&lt;/i&gt; d'Henri Lefebvre en 1947, ce &#171; re&#173;trait des gens dans la sph&#232;re priv&#233;e &#187; est donc une forme de contestation &lt;i&gt;implicite&lt;/i&gt;. Parall&#232;lement, les formes contestataires &lt;i&gt;ex&#173;plicites&lt;/i&gt; sortent du cadre institutionnel et d&#233;bordent du monde du travail pour s'&#233;tendre dans tous les secteurs de la vie sociale, particuli&#232;rement dans le monde &#233;tudiant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La jeunesse &#233;tudiante &#187; 1963&#034; id=&#034;nh24-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sans r&#233;ellement trouver de ca&#173;naux d'expression et mi&#173;nant la vie sociale, comme C. Castoriadis le diagnostique en 1965 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;es gens sont m&#233;contents, grognent, protestent ; les conflits sont incessants. M&#234;me si le m&#233;contente&#173;ment prend des formes diff&#233;rentes, cette soci&#233;t&#233; plus riche et plus prosp&#232;re contient probablement davan&#173;tage &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ten&#173;sions que la plupart des autres soci&#233;t&#233;s connues dans l'histoire. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[&#8230;] Au niveau officiel, des pou&#173;voirs existants, de la presse, etc., il n'existe qu'une hypocrisie officielle qui se reconna&#238;t elle-m&#234;me, presque explicitement, comme simple hypocrisie et ne prend pas au s&#233;rieux ses propres normes. Et, dans la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral, pr&#233;vaut un cynisme extr&#234;mement r&#233;pandu, constamment nourri par les exemples offerts par la vie sociale (scandales, etc.). L'id&#233;e g&#233;n&#233;rale est que vous pouvez faire n'importe quoi, et que rien n'est &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;mal&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, pourvu que vous puis&#173;siez vous en sortir, pourvu que vous ne soyez pas pris. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[&#8230;] L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a socialisation au sens plus g&#233;n&#233;ral, le sentiment que ce qui se passe dans la soci&#233;t&#233; est, apr&#232;s tout, aussi notre propre af&#173;faire, que nous avons &#224; faire quelque chose par rapport &#224; la soci&#233;t&#233;, que nous en sommes responsables, se trouve profond&#233;&#173;ment disloqu&#233;. Cette dislo&#173;cation renforce le cercle vicieux. Elle accro&#238;t l'apathie et multi&#173;plie ses effets&lt;/i&gt;. &#187;. Il ajoute : &#171; &lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Mais il y a aussi un autre aspect, tr&#232;s important, de tous ces ph&#233;&#173;nom&#232;nes de crise. Le temps ne me permet gu&#232;re plus que de le mentionner. Lorsque nous parlons de crise, nous devons comprendre qu'il ne s'agit pas d'une calamit&#233; physique qui s'est abattue sur la soci&#233;t&#233; contemporaine. S'il y a crise, c'est que les gens ne se soumettent pas passivement &#224; l'organisation existante de la soci&#233;t&#233;, mais r&#233;a&#173;gissent et luttent contre elle de nombreuses ma&#173;ni&#232;res&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La crise de la soci&#233;t&#233; moderne &#187;, 1965&#034; id=&#034;nh24-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais le constat d'&#233;chec s'ensuit de peu, provoquant la dissolution de &lt;i&gt;Socialisme ou barbarie&lt;/i&gt; en 1967 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Nous pensions que ces luttes se d&#233;velopperaient &#233;galement en France et, surtout, qu'elles pourraient &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[&#8230;] &lt;/i&gt;&lt;i&gt;d&#233;&#173;passer les rapports imm&#233;diats de travail, progresser vers la mise en question explicite des relations so&#173;ciales g&#233;&#173;n&#233;rales. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;En cela nous nous trompions. Ce d&#233;veloppement n'a pas eu lieu &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[&#8230;]&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;i&gt; Cette reconstruction &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[&lt;/i&gt;&lt;i&gt;th&#233;orique&lt;/i&gt;&lt;i&gt;][&#8230;] &lt;/i&gt;&lt;i&gt;nous pensions pouvoir la faire du m&#234;me mouvement que la construction d'une organisation politique r&#233;volutionnaire. Cela s'av&#232;re aujourd'hui impossible, et nous devons en tirer les conclusions.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La suspension de Socialisme ou Barbarie &#187;, 1967&#034; id=&#034;nh24-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#171; &lt;i&gt; &#233;chec bizarre&lt;/i&gt; &#187; de Mai 68&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'usage de se gausser de ce diagnostic d&#233;sabus&#233; dress&#233; quelques mois avant le jaillissement de Mai 68, qui semble le d&#233;mentir : c'est ne rien comprendre &#224; ce qui &#233;tait vis&#233; ni &#224; ce qui est advenu depuis. Car voil&#224; le point nodal de l'analyse socio-politique des &#171; Trente Glorieuses &#187; faite par C. Castoriadis : l'organi&#173;sation de la soci&#233;t&#233; et son fonctionnement &#233;chappent de plus en plus &#224; la volont&#233; populaire, &#224; la fois cause et cons&#233;quence d'une d&#233;politisation profonde en m&#234;me temps que d'une contestation souterraine g&#233;n&#233;ralis&#233;e, toutes deux corrodant l'ensemble des ins&#173;titutions, des rapports sociaux et des valeurs culturelles, sans opposer de r&#233;elle alternative politique. Cette tension va cro&#238;tre et s'ap&#173;profondir au fil des d&#233;cen&#173;nies et C. Castoriadis ne cessera d'y revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien s&#251;r elle qui &#233;clate au grand jour au printemps 1968. Analysant sur-le-champ &#171; les &#233;v&#233;ne&#173;ments &#187; dans un texte fort, C. Castoriadis salue avec enthousiasme la &#171; Commune &#233;tudiante &#187; et en d&#233;crit les premiers ef&#173;fets tout en d&#233;plorant l'irrationalisme, l'arbitraire, l'outrance ou l'incons&#233;quence des insurg&#233;s qui n'ouvrent sur aucune perspective. C'est &#224; la fois la cons&#233;cration des analyses de &lt;i&gt;Socialisme ou barbarie&lt;/i&gt; et le constat r&#233;it&#233;r&#233; que ce nouveau type de contestation g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233; n'accouche finalement de rien : ni discours coh&#233;rents, ni or&#173;ganes d'auto-gouvernement, ni formes d'organisations nouvelles, ni projets de so&#173;ci&#233;t&#233; cons&#233;quents :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Que la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;soci&#233;t&#233;, ou une de ses sections, soit capable de d&#233;chirer pour un moment les voiles qui l'enveloppent et de sauter au-del&#224; de son ombre, le probl&#232;me n'est pas l&#224;. L&#224;, il n'est que pos&#233; ; c'est pour cela qu'il est pos&#233;. Il ne s'agit pas de vivre une nuit d'amour. Il s'agit de vivre toute une vie d'amour. Si nous trouvons aujourd'hui, face &#224; nous, Waldeck Rochet et S&#233;guy &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[respectivement secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PC de 1964 &#224; 1969 et secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT de 1967 &#224; 1982]&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, ce n'est pas parce que les ouvriers russes &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[de 1917] &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ont &#233;t&#233; incapables de renverser l'ancien r&#233;gime. C'est, au contraire, parce qu'ils en ont &#233;t&#233; capables &#8212; et qu'ils n'ont pas pu instaurer, instituer leur propre pouvoir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La r&#233;volution anticip&#233;e &#187;, 1968. Ce sera une des trajectoires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cet &#171; &lt;i&gt;&#233;chec &lt;/i&gt;&lt;i&gt;bizarre&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le mouvement des ann&#233;es soixante &#187;, 1986.&#034; id=&#034;nh24-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de Mai 68, comme il le qualifiera, cet auto-effondrement du mouvement, C. Castoriad&#173;is l'impute, fondamentalement et derri&#232;re le refus de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise d'aller plus loin, &#224; la difficul&#173;t&#233; de &#171; &lt;i&gt;se d&#233;gager de la repr&#233;sentation de la politique &#8211; et de l'institution &#8211; comme fief exclusif de l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#201;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;tat (qui continue lui-m&#234;me &#224; incarner, m&#234;me dans les soci&#233;t&#233;s les plus modernes, la figure d'un pouvoir de droit divin) comme ne s'appartenant qu'&#224; lui-m&#234;me. C'est ainsi que la modernit&#233;, la politique en tant qu'activit&#233; collective (et non pas profession sp&#233;cialis&#233;e) n'a pu jusqu'ici &#234;tre pr&#233;sente que comme spasme et paroxysme, acc&#232;s de fi&#232;vre, d'en&#173;thousiasme et de rage, r&#233;action &#224; un exc&#232;s de Pouvoir toujours &#224; la fois hostile et in&#233;vitable, ennemi et fatalit&#233; &#8211; bref que comme &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;R&#233;volution&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le mouvement des ann&#233;es soixante &#187;, 1986, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il notera, presque vingt ans plus tard :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En un sens Mai 68 n'est sorti du stade de la f&#234;te r&#233;volutionnaire que pour entrer dans la d&#233;composition. Cette constatation conduit &#224; l'interrogation, la plus grave de toutes aujour&#173;d'hui, sur le d&#233;sir et la capacit&#233; des hommes de prendre en main leur propre existence sociale.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Y a-t-il des avant-gardes ? &#187;, 1987.&#034; id=&#034;nh24-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&lt;i&gt;intelligentsia&lt;/i&gt; et la rationalisation de l'&#233;chec&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas ce bilan qui est tir&#233; par l'&lt;i&gt;intelligentsia&lt;/i&gt; de l'&#233;poque. Car, bien plus grave que son simple &#233;chec, Mai 68 marque le v&#233;ritable point de d&#233;part de la rationalisation id&#233;ologico-intellectuelle de cette impuiss&#173;ance que les &#171; intellectuels &#187; subversifs pal&#233;o-marxistes, structuralistes, post-situationnistes ou heideggeriens vont op&#233;rer d&#232;s apr&#232;s-coup et jusqu'&#224; aujourd'hui. C. Castoriadis &#233;crira, quinze ans plus tard :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce que les id&#233;ologues fournissent apr&#232;s coup, c'est &#224; la fois une l&#233;gitimation des limites (des limita&#173;tions, en fin de compte : des faiblesses historiques) du mouvement de mai : vous n'avez pas essay&#233; de prendre le pouvoir, vous avez eu raison ; vous n'avez m&#234;me pas essay&#233; de constituer des contre-pouvoirs, vous avez encore eu rai&#173;son, car qui dit contre-pouvoir dit pouvoir, et&lt;/i&gt;&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. ; et une l&#233;gitimation du retrait, du renoncement, du non-engage&#173;ment ou de l'engagement ponctuel et mesur&#233; : de toute fa&#231;on, l'histoire, le su&#173;jet, l'autonomie, ne sont que des mythes occidentaux, cette l&#233;gitimation sera du reste rapidement relay&#233;e par la chanson des nouveaux philo&#173;sophes &#224; partir du milieu des ann&#233;es 70 : la politique vise le tout, donc elle est totalitaire, etc. (et elle en explique aussi le succ&#232;s). &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[&#8230;] pour les dizaines ou centaines de milliers de gens qui avaient agi en Mai-Juin mais ne croyaient plus &#224; un mouvement r&#233;el, qui voulaient trouver une justification ou l&#233;gitimation &#224; la fois &#224; l'&#233;chec du mouvement et &#224; leur propre privatisation commen&#231;ante tout en gardant une &#8220;sensibilit&#233; radicale&#8221;, le nihilisme des id&#233;ologues, lesquels s'&#233;taient en m&#234;me temps arrang&#233;s pour sauter sur le train d'une vague &#8220;subversion&#8221;, convenait admirablement.&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187;. Voil&#224; ainsi oc&#173;cult&#233;e l'&#171; &lt;i&gt;immense difficult&#233; &#224; prolonger positivement la critique de l'ordre des choses existant, [cette] im&#173;possibilit&#233; d'assumer la vis&#233;e d'autonomie comme autonomie &#224; la fois in&#173;dividuelle et sociale en instaurant un autogouvernement collectif &lt;/i&gt;[&#8230;] &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le mouvement des ann&#233;es soixante &#187;, 1986, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis corrigera ainsi le titre du livre d'Alain Renaut et de Luc Ferry de 1986, &lt;i&gt;La pens&#233;e 68&lt;/i&gt;, qui d&#233;&#173;cortiquait les discours des Foucault, Derrida, Bourdieu, et Deleuze (les auteurs pr&#233;cisent &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; qu'ils auraient pu faire de m&#234;me avec Heidegger, Marcuse, Althusser et Lacan)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La pens&#233;e 68, Gallimard 1986 (r&#233;&#233;d. 1988).&#034; id=&#034;nh24-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; &lt;i&gt;Le contresens de Ferry et Re&#173;naut est total : la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;pens&#233;e 68&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; est la &lt;/i&gt;pens&#233;e&lt;i&gt; &lt;/i&gt;anti-68&lt;i&gt;, la pens&#233;e qui a construit son succ&#232;s de masse sur les ruines du mouvement de 68 et en fonction de son &#233;chec. Les id&#233;ologues discut&#233;s par Ferry et Renaut sont des id&#233;ologues de l'impuissance de l'homme devant ses propres cr&#233;ations ; et c'est le sentiment d'im&#173;puissance, de d&#233;couragement, de fatigue qu'ils sont venus, apr&#232;s 68, l&#233;gitimer. &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le mouvement des ann&#233;es soixante &#187;, 1986, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tel est le r&#244;le historique de ces &#171; &lt;i&gt; divertis&#173;seurs &lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;On peut chercher &#224; la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;loupe chez Sartre, L&#233;vi-Strauss, Lacan, Althusser, Fou&#173;cault, Barthes, etc., &lt;/i&gt;une seule phrase&lt;i&gt; qui, de pr&#232;s ou de loin, soit pertinente soit pour la pr&#233;paration de Mai, soit pour sa compr&#233;hension apr&#232;s coup. On ne la trouvera pas. Nos intellectuels parlent-ils pour ne rien dire ? Non point. Ils parlent pour que les gens pensent &lt;/i&gt;&#224; c&#244;t&#233;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les divertisseurs &#187;, 1977.&#034; id=&#034;nh24-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aspects&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; de l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a subversion anomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands jalons de cette rationalisation de l'impuissance sont d&#232;s lors pos&#233;s pour les prochaines d&#233;cen&#173;nies : toutes les impasses politico-intellectuelles rencontr&#233;es par les mouvements contestataires des ann&#233;es suivantes se retrouvent pr&#233;sent&#233;es comme des &#171; lignes de fuites &#187;, pour reprendre une expression deleu&#173;zienne dont la noto&#173;ri&#233;t&#233; n'a jamais faibli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce fait &#233;l&#233;mentaire &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a-socialit&#233; radicale&lt;/i&gt;&lt;i&gt; de la psych&#233; humaine]&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, m&#234;me s'il a &#233;t&#233; plac&#233; au centre de notre r&#233;flexion sur le sujet &#224; partir de Freud et gr&#226;ce &#224; lui, est connu depuis toujours et a &#233;t&#233; for&#173;mul&#233; par des penseurs aussi diff&#233;rents que Platon, Aristote ou Diderot. Ce n'est que moyennant son occul&#173;tation que depuis dix ans, ont pu fleurir &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;nouvelles vari&#233;t&#233;s de confusion et de mystification &#8211; la glorifica&#173;tion du &#8220;d&#233;sir&#8221; et de la &#8220;libido&#8221;, la d&#233;couverte d'un d&#233;sir &#8220;mim&#233;tique&#8221;, et la derni&#232;re camelote lanc&#233;e par la publicit&#233; de l'industrie des id&#233;es sur le march&#233; : le n&#233;o-lib&#233;ralisme pseudo-&#8220;religieux&#8221;. Tous tant qu'ils sont, et quoi qu'ils disent les uns des autres, partagent le m&#234;me incroyable postulat : la fiction d'un &#8220;indivi&#173;du&#8221; qui viendrait au monde plei&#173;nement achev&#233; et d&#233;termin&#233; quant &#224; l'essentiel, et que la soci&#233;t&#233; &#8211; la socia&#173;lit&#233; comme telle &#8211; corromprait, oppri&#173;merait, asservirait&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Socialisme et soci&#233;t&#233; autonome &#187;, 1979.&#034; id=&#034;nh24-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; l'obsession de la &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187;. En mai-juin 1968, d&#233;j&#224;, C. Castoriadis avertissait les &#233;tudiants : &#171; &lt;i&gt;Celui qui a peur de la r&#233;cup&#233;ration est d&#233;j&#224; r&#233;cup&#233;r&#233;. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[&#8230;] &lt;/i&gt;&lt;i&gt;La r&#233;cup&#233;ration, on ne l'&#233;vite pas en refusant de se d&#233;finir. L'arbitraire, on ne l'&#233;vite pas en refu&#173;sant de s'organiser collectivement, plut&#244;t on y court.&lt;/i&gt; &#187;. Les insurg&#233;s sont victimes de ce qu'il nommait, dix ans auparavant, &#171; &lt;i&gt;le primitivisme anti-organisationnel&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Prol&#233;tariat et organisation, II &#187;, 1959, dans La Question du mouvement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fond&#233; sur &#171; &lt;i&gt;le pr&#233;suppos&#233; que toute organisation collec&#173;tive dans la p&#233;riode contemporaine est condamn&#233;e &#224; la bureaucratisation&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les coordinations de 1986-1988 &#187;, pr&#233;face, r&#233;dig&#233;e en 1994 au livre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est la traduction concr&#232;te de cette fixation sur une &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187; par un &#171; syst&#232;me &#187; &#224; la fois omnipr&#233;sent et omni&#173;potent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Post-gauchisme et neo-management &#187;, Quentin et Nafissa, revue EcoRev', (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, aujourd'hui tellement incorpor&#233;e qu'elle n'est m&#234;me plus exprim&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Les gens ont l'illusion de pouvoir sortir [de la trag&#233;die et du risque qu'est l'histoire], et l'expriment par cette demande : produisez-moi un syst&#232;me institutionnel qui garanti&#173;ra que cela ne tournera jamais mal ; d&#233;montrez-moi qu'une r&#233;vo&#173;lution ne d&#233;g&#233;n&#233;rera jamais, ou que tel mouve&#173;ment ne sera jamais r&#233;cup&#233;r&#233; par le syst&#232;me existant.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Une interrogation sans fin &#187;, 1979.&#034; id=&#034;nh24-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et pourtant :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dire qu'aussi longtemps que le r&#233;gime subsiste, il r&#233;cup&#232;re tout, c'est une tautologie. Mais est-ce parce que le syst&#232;me r&#233;cup&#232;re ou int&#232;gre la libert&#233; de la presse, par exemple, que nous allons nous en d&#233;sint&#233;resser ? &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[&#8230;] &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Ici encore, il faut d&#233;noncer ce pr&#233;jug&#233; ab&#173;solutiste pseudo-r&#233;volutionnaire, selon lequel il y aurait une coupure radicale et totale, ou bien on serait r&#233;cup&#233;&#173;r&#233; &#224; 100 % par le syst&#232;me.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ce que les partis politiques ne peuvent pas faire &#187;, 1979.&#034; id=&#034;nh24-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette posture de &#171; retrait contestataire &#187; conduit logiquement &#224; des &#171; &lt;i&gt;[&#8230;] &lt;/i&gt;&lt;i&gt;utopies incoh&#233;rentes : on ne peut pas &#233;vacuer purement et simplement le probl&#232;me de la production, pas plus que celui de la coordina&#173;tion des ac&#173;tivit&#233;s collectives. On a parfois l'impression qu'on assiste actuellement &#224; un renouveau de la my&#173;thologie du bon sauvage, de retour &#224; des &#233;tats naturels, qui sont des comportements de fuite et d'impuis&#173;sance.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Y a-t-il des avant-gardes ? &#187;, 1987, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que, &#224; la fin des &#171; ann&#233;es 68 &#187;, C. Castoriadis constate l'&#233;parpillement des courants contesta&#173;taires en &#171; &lt;i&gt;groupes non seulement minoritaires, mais fragment&#233;s et sectoris&#233;s, incapables d'articuler leurs vis&#233;es et leurs moyens en termes universels &#224; la fois objectivement pertinents et mobilisateurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La crise des soci&#233;t&#233;s occidentales &#187;, 1982.&#034; id=&#034;nh24-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cet &#233;cla&#173;tement est ra&#173;tionalis&#233; sous la forme de ce que Castoriadis nomme le &#171; r&#233;voltisme &#187; qui &#171; [&#8230;] &lt;i&gt;semble au&#173;jourd'hui gagner du terrain aupr&#232;s de gens tr&#232;s honorables et fort proches. Quel en est le &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;fondement&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; philosophique ? C'est une th&#232;se sur l'essence du social. Le p&#232;re le plus proche de nous de cette th&#232;se, c'est Merleau-Ponty, qui &#233;crivait, dans &lt;/i&gt;Les Aventures de la dialectique&lt;i&gt; : le marxisme commet l'erreur d'imputer l'ali&#233;nation au contenu de l'his&#173;toire, tandis &lt;/i&gt;&lt;i&gt;qu'elle appartient &#224; sa structure (je cite de m&#233;moire). Donc, th&#232;se : toute soci&#233;t&#233; est essentiellement ali&#233;n&#233;e, l'ali&#233;nation tient &#224; l'essence du social. (Cons&#233;quence im&#173;m&#233;diate : l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; non ali&#233;n&#233;e est une absurdit&#233;.)&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'exigence r&#233;volutionnaire &#187;, 1976.&#034; id=&#034;nh24-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la soci&#233;t&#233; est ali&#233;n&#233;e et ali&#233;nante dans son principe m&#234;me, ontologiquement, que pourrait bien y faire une minorit&#233; (inexplicablement, notons-le) &#233;clair&#233;e et lucide ? La &#171; d&#233;const&#173;ruire &#187;, pardi, dans le sillage de la mode structuraliste que C. Castoriadis nommera &#171; &lt;i&gt;l'id&#233;ologie fran&#173;&#231;aise&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La psychanalyse : projet et &#233;lucidation &#187;, 1977, dans Les carrefours du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et dont on conna&#238;t la post&#233;rit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Les &#8220;g&#233;n&#233;alogies&#8220;, les &#8220;arch&#233;ologies&#8220; et les &#8220;d&#233;constructions&#8220;, si l'on s'en contente et si on les prend comme quelque chose d'absolu, restent quelque chose de superficiel et repr&#233;sentent en fait une fuite devant la question de la v&#233;rit&#233; &#8211; fuite caract&#233;ristique et typique de l'&#233;poque contemporaine. La question de la v&#233;rit&#233; exige que nous affrontions l'id&#233;e elle-m&#234;me, que nous osions, le cas &#233;ch&#233;ant, en affirmer l'erreur ou en circonscrire les limites &#8211; bref, que nous essayions de la mett&lt;/i&gt;&lt;i&gt;r&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e &#224; sa place.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'exigence r&#233;volutionnaire &#187;, 1976, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il d&#233;crypte : &#171; &lt;i&gt;Pour une bonne partie, l'id&#233;ologie et la mystification d&#233;constructionniste s'ap&#173;puient sur la &#8220;culpabilit&#233;&#8220; de l'Occident : elles proc&#232;dent, bri&#232;vement parlant, d'un m&#233;lange ill&#233;gitime, o&#249; la critique (faite depuis longtemps) du rationalisme instrumental et instrumentalis&#233; est subrepticement confondue avec le d&#233;nigrement des id&#233;es de v&#233;rit&#233;, d'autono&#173;mie, de responsabilit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La mont&#233;e de l'insignifiance &#187;, 1993.&#034; id=&#034;nh24-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis n'est pas moins afflig&#233; de voir ses contemporains se mystifier en contemplant, ailleurs, des so&#173;ci&#233;t&#233;s radicalement meilleures, du c&#244;t&#233; des cultures extra-europ&#233;ennes, apr&#232;s la Russie stalinienne et la Chine mao&#239;ste : &#171; &lt;i&gt;Les espoirs mis par les r&#233;volutionnaires ou certains id&#233;ologues dans le prol&#233;tariat s'affaiblissent ou s'&#233;vanouissent ; cependant, au lieu d'une analyse et d'une critique de la nouvelle situa&#173;tion du capitalisme, ces espoirs sont purement et simplement report&#233;s ailleurs. C'est cela, l'essence de ces op&#233;rations supr&#234;mement d&#233;ri&#173;soires qu'ont &#233;t&#233;, pour les intellectuels &lt;/i&gt;d'ici&lt;i&gt;, le fanonisme, le tiers-mo&lt;/i&gt;&lt;i&gt;n&lt;/i&gt;&lt;i&gt;disme &#8220;r&#233;volutionnaire&#8221;, le gu&#233;varisme, etc. et ce n'est &#233;videmment pas un hasard si elles ont eu l'appui de ces paradigmes de confusionnisme qu'a &#233;t&#233; Sart&lt;/i&gt;&lt;i&gt;re&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, ou d'autres scribes mineurs qui depuis ont, du reste, com&#173;pl&#232;tement retourn&#233; leurs vestes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Tiers-monde, tiers-mondisme, d&#233;mocratie &#187;, 1985.&#034; id=&#034;nh24-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est l&#224;, bien s&#251;r, le &#171; Tiers-mondisme &#187; et ses nombreuses et actuelles vies ult&#233;rieures, l'id&#233;alisation des cultures et soci&#233;t&#233;s non-occidentales, &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;o&lt;/i&gt;&lt;i&gt;p&#233;rations d&#233;ri&#173;soires car elles consistent &#224; simplement reprendre le sch&#233;ma de Marx, &#224; en enlever le prol&#233;tariat industriel et lui substituer les paysans du Tiers-monde. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh24-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est, ici comme presque partout, la matrice mill&#233;nariste marxiste qui ressurgit : &lt;i&gt;&#171; Il est affligeant de voir de jeunes militants s'ali&#233;ner dans un activisme irr&#233;fl&#233;chi et proclamer que ce qui leur importe c'est l'action, non pas la philosophie. Car, lorsqu'on regarde en quoi consiste leur action et de quoi sont faites les id&#233;es de leurs tracts et de leurs affiches, on constate qu'elles ne sont que des sous-produits des &#233;crits d'un philosophe socio&#173;logue allemand du XIX&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle, nomm&#233; Karl Marx. Et, lorsqu'on regarde d'un peu pr&#232;s les &#233;crits de Marx, c'est Hegel et Aristote qu'on y trouve&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; R&#233;flexions sur le &#8220;d&#233;veloppement&#8221; et la &#8220;rationalit&#233;&#8221; &#187;, 1977, dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Idem, entre dix exemples, du c&#244;t&#233; de cer&#173;tains courants techno-critiques, qui ne font souvent que renverser la technophilie marxiste : &#171; &lt;i&gt;Il est pourtant l&#233;gitime de se demander si &lt;/i&gt;[chez eux]&lt;i&gt;, au niveau le plus profond, il y a par rapport &#224; Marx autre chose de chang&#233; que le signe alg&#233;brique affectant la m&#234;me essence du technique. &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Technique &#187;, 1973.&#034; id=&#034;nh24-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant, &#224; cette aune, que tous ces mouvements aient accompagn&#233; l'&#233;norme contre-offensive oligar&#173;chique de la fin des ann&#233;es 1970 : &#171; &lt;i&gt;D'o&#249; est donc venue la force de ce pseudo-lib&#233;ralisme depuis quelques an&#173;n&#233;es ? Je pense que, pour une grande partie, elle vient de ce que la d&#233;magogie &#8220;lib&#233;rale&#8221; a su capter le mou&#173;vement et l'humeur profond&#233;ment anti-bureaucratique et anti-&#233;tatique qui remuent la soci&#233;t&#233; depuis le d&#233;but des ann&#233;es 60.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Nous traversons une basse &#233;poque &#187;, 1986, r&#233;&#233;dit&#233; dans Une soci&#233;t&#233; &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, &#171; &lt;i&gt;le&lt;/i&gt;&lt;i&gt; r&#233;sultat final est la nullit&#233;, le vide total du &#8220;discours subversif&#8221; contemporain, devenu simple objet de consommation et par ailleurs forme parfaitement ad&#233;quate du conservatisme id&#233;ologique &#8220;de gauche&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'exigence r&#233;volutionnaire &#187;, 1976, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; ou, plus pr&#233;cis&#233;ment : &#171; &lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e &#8220;discours dominant&#8221; d'un certain milieu &#8220;contestataire&#8221; au&#173;jourd'hui, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;cet horrible salmigondis qu'est le freudo-nietzsch&#233;o-marxisme, c'est rigoureusement le n'im&#173;porte quoi.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pourquoi je ne suis plus marxiste &#187;, 1974.&#034; id=&#034;nh24-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce &#171; &lt;i&gt;n'importe quoi&lt;/i&gt; &#187; pseudo-subversif, difficile de ne pas l'invoquer aujourd'hui de&#173;vant le plein d&#233;ploiement contemporain de la b&#234;tise militante, pour reprendre la cat&#233;gorie de Pierre-Andr&#233; Taguieff&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le nouvel &#226;ge de la b&#234;tise, ed. L'Observatoire, 2023.&#034; id=&#034;nh24-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;nticipation&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; du wokisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car comment ne pas voir que chacune de ces caract&#233;ristiques, point&#233;es il y a quarante ou cinquante ans, se re&#173;trouve aujourd'hui, mais encore d&#233;grad&#233;e et amplifi&#233;e, dans le &#171; wokisme &#187; contemporain ? Glorifica&#173;tion de &#171; sa subjectivit&#233; &#187; propre et de &#171; son d&#233;sir &#187; id&#233;alis&#233;s ; refus de v&#233;ritables organisations au profit de groupes affini&#173;taires, de r&#233;seaux, de bandes, etc. ; entretien d'utopies plus ou moins d&#233;lirantes ou, dans tous les cas, profond&#233;&#173;ment ineptes ; divisions &#224; l'infini des th&#233;matiques, des tendances et des &#171; sensibilit&#233;s &#187; au gr&#233; des &#171; petites diff&#233;&#173;rences &#187; ; appel &#224; l'addition incoh&#233;rente des r&#233;voltes de chacun (dans une &#171; intersec&#173;tionnalit&#233; &#187; lunaire) ; achar&#173;nement &#224; &#171; d&#233;construire &#187; l'Occident &#8211; et lui seul ! &#8211; dans toutes ses dimen&#173;sions ; auto-mystification passionn&#233;e vis-&#224;-vis des cultures extra-occidentales ; usure des sch&#233;mas marxistes jusqu'&#224; la corde messianique jud&#233;o-chr&#233;tienne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de ce que C. Castoriadis d&#233;crivait ne manque aujourd'hui et, face &#224; une soci&#233;t&#233; de plus en plus &#233;trang&#232;re &#224; elle-m&#234;me, le repli sur la sph&#232;re priv&#233;e fait maintenant corps avec les contestations les plus radi&#173;cales et les plus infantiles. Le c&#233;l&#232;bre slogan f&#233;ministe &#171; le personnel est politique &#187;, par exemple, serait &#224; inverser : la poli&#173;tique n'est plus au&#173;jourd'hui que l'ensemble des pr&#233;occupations personnelles (y compris carri&#233;riste) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[&#8230;] &lt;/i&gt;&lt;i&gt;300 000 manifestants contre les fus&#233;es Pershing ; des dizaines de milliers de manifestants &#224; Francfort contre l'extension de l'a&#233;roport ; mais pas un seul manifestant contre l'instauration de la terreur militaire en Pologne. On veut bien manifester contre les dangers biologiques de la guerre ou contre la des&#173;truction d'un bois ; on se d&#233;sint&#233;resse totalement des enjeux politiques et humains li&#233;s &#224; la situation mon&#173;diale contempo&#173;raine.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La crise des soci&#233;t&#233;s occidentaless &#187;, 1982, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que Castoriadis, analysant les moments contestataires successifs des ann&#233;es 1950 &#224; 1990, parle aussi de celui d'aujourd'hui, que le wokisme semble subsumer. On trouvera facilement dans son &#339;uvre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8230; ou dans notre article &#171; Castoriadis et les bien-pensants &#187;, site (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de multiples propos &#233;reintant toujours de mani&#232;re lapidaire les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes de nos insurrec&#173;tionnalistes contemporains, &#233;cologistes plus ou moins &#171; d&#233;coloniaux &#187;, n&#233;o- et pseudo-f&#233;mi&#173;nistes et leurs d&#233;g&#233;&#173;n&#233;rescences plus ou moins d&#233;genr&#233;es, artistes engag&#233;s et journalistes-militants, n&#233;o-p&#233;&#173;dagogistes, pacifistes r&#233;&#173;dempteurs, islamo-gauchistes ou promoteurs du multiculturalisme, etc. &#192; &#171; &lt;i&gt;la soci&#233;&#173;t&#233; des &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;obb&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ie&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s et des hob&#173;bies&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'industrie du vide &#187;, 1978.&#034; id=&#034;nh24-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que C. Castoriadis fustigeait, il faut maintenant rajouter celle des &#171; lubies &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ces mouvements &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[des ann&#233;es 1960-70] &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ont &#233;branl&#233; le monde occidental, ils l'ont m&#234;me chang&#233; &#8211; mais ils l'ont en m&#234;me temps rendu moins viable encore. Ph&#233;nom&#232;ne frappant mais qui, finalement, n'est pas surpre&#173;nant : car, s'ils ont pu fortement contester le d&#233;sordre &#233;tabli, ils n'ont ni pu ni voulu assumer un pro&#173;jet politique positif. Le r&#233;sultat net provisoire qui a suivi leur reflux a &#233;t&#233; la dislocation accentu&#233;e des r&#233;&#173;gimes sociaux, sans apparition de nouveaux objectifs d'ensemble ou de supports pour de tels objectifs. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;[&#8230;] &lt;/i&gt;&lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; actuelle est de plus en plus morcel&#233;e, domin&#233;e par des lobbies de toute sorte, qui cr&#233;ent un blocage g&#233;n&#233;ral du syst&#232;me. Chacun de ces lobbies est en effet capable d'entraver efficacement toute politique contraire &#224; ses int&#233;&#173;r&#234;ts r&#233;els ou imaginaires ; aucun d'entre eux n'a de politique g&#233;n&#233;rale ; et, m&#234;me s'ils en avaient une, ils ne poss&#233;deraient pas la capacit&#233; de l'imposer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La crise des soci&#233;t&#233;s occidentales &#187;, 1982, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, chacune des causes invoqu&#233;es est l'h&#233;riti&#232;re d'un courant contestataire (auquel elle peut se r&#233;f&#233;rer) qui apparten&#173;ait en plein &#224; ce que C. Castoriadis appelle le projet d'autonomie individuelle et collective, lequel s'est d&#233;ploy&#233; en Occident du haut Moyen &#194;ge &#224; la Renaissance, puis des Lumi&#232;res aux R&#233;volutions classiques jusqu'aux mouvements ouvriers et &#224; leurs prolongements. Mais son &#171; &#233;clipse &#187; actuelle, comme il le diagnosti&#173;quait, n'en fait plus qu'une grotesque caricature et ce n'est pas surprenant : &#171; &lt;i&gt;Ni &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;traditionaliste&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ni cr&#233;a&#173;trice et r&#233;volutionnaire (malgr&#233; les histoires qu'elle se raconte &#224; ce propos), l'&#233;poque vit &lt;/i&gt;&lt;i&gt;un&lt;/i&gt;&lt;i&gt; rapport au pass&#233; sur un mode qui, lui, re&#173;pr&#233;sente certes comme tel une novation historique : celui de la plus parfaite ext&#233;riorit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh24-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important est ici de comprendre que ces courants contestataires, dont le &#171; wokisme &#187; n'est que le der&#173;nier avatar, font, pour C. Castoriadis, partie int&#233;grante de notre d&#233;liquescence civilisationnelle, sont &#224; la fois causes et sympt&#244;mes de ce &#171; d&#233;labrement de l'Occident &#187;, puisqu'ils sont l'autre face d'un monde simulta&#173;n&#233;ment techno-bureaucratis&#233; et fortement anomique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Comment s'&#233;tonner aussi que tant de jeunes, qui refusent leur transformation en animaux logistiques mais le plus souvent n'ont pas, pr&#233;cis&#233;ment en fonction du syst&#232;me qui les a &#8220;&#233;duqu&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, la possibilit&#233; de montrer l'in&#173;sistance th&#233;orique de ce syst&#232;me, donnent souvent &#224; leur r&#233;volte des formes irrationalistes ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Science moderne et interrogation philosophique &#187;, 1973, dans Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; wokisme &#187;, sympt&#244;me de l'anomie occidentale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; wokisme &#187; n'est en rien un courant import&#233;, une r&#233;surgence anachronique d'un pass&#233; oubli&#233; ou l'en&#173;gouement passager d'une adolescence tourment&#233;e : il est une des expressions les plus spectaculaires et nuisibles de l'effondrement de nos soci&#233;t&#233;s et fait corps avec elle. Plus : il en est la rationalisation, la verbali&#173;sation d&#233;cri&#173;vant ce processus immanent d'authentique &lt;i&gt;d&#233;civilisation&lt;/i&gt;, pour reprendre le terme de Norbert Elias, comme une perspective d&#233;sirable et d&#233;sir&#233;e, envisag&#233;e comme une entreprise consciente et d&#233;lib&#233;r&#233;e men&#233;s par une avant-garde &#233;clair&#233;e &#8211; qui l'approfondit en retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;ducation qui n'&#233;duque plus, par exemple, C. Castoriadis l'a d&#233;crite d&#232;s 1965&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La crise de la soci&#233;t&#233; moderne &#187;, 1965, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et y revient sou&#173;vent : &#171; &lt;i&gt;Le syst&#232;me &#233;ducatif occidental est entr&#233;, depuis une vingtaine d'ann&#233;es&lt;/i&gt;, &#233;crit-il en 1982,&lt;i&gt; dans une phase de d&#233;sagr&#233;gation acc&#233;l&#233;r&#233;e. Il subit une crise des contenus : qu'est-ce qui est transmis, et qu'est-ce qui doit &#234;tre transmis, et d'apr&#232;s quels crit&#232;res ? [&#8230;] il conna&#238;t aussi une crise de la relation &#233;ducative : le type traditionnel de l'autorit&#233; s'est effondr&#233;, et des types nouveaux &#8211; le ma&#238;tre-copain, par exemple &#8211; n'ar&#173;rivent ni &#224; se d&#233;finir, ni &#224; s'affirmer, ni &#224; se propager. [&#8230;] Autrefois &#8211; il n'y a gu&#232;re &#8211; toutes les dimensions du syst&#232;me &#233;ducatif (et les valeurs auxquelles elles renvoyaient) &#233;taient incontestables ; elles ont cess&#233; de l'&#234;tre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La crise des soci&#233;t&#233;s occidentales &#187;, 1982, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La cause, ici encore, c'est &#171; &lt;i&gt; l'effritement et la d&#233;sint&#233;gration des r&#244;les traditionnels &#8211; homme, femme, parents, enfants &#8211; et sa cons&#233;&#173;quence : la d&#233;sorientation informe des nouvelles g&#233;n&#233;rations. [L'as&#173;pect ambivalent des] mouvements des vingt derni&#232;res ann&#233;es vaut aussi dans ce domaine (bien que le pro&#173;cessus remonte, dans le cas de la famille, &#224; beau&#173;coup plus loin, et qu'il soit d&#233;j&#224; vieux de trois quart&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt; de si&#232;cle dans les pays les plus &#171; &#233;volu&#233;s &#187;). La d&#233;sint&#233;gra&#173;tion des r&#244;les traditionnels exprime la pouss&#233;e des individus vers l'autonomie et contient les germes d'une &#233;mancipation. Mais j'ai not&#233; depuis longtemps l'ambigu&#239;t&#233; de ces effets. Plus le temps passe, plus on est en droit de se demander si ce processus se traduit davantage par l'&#233;closion de nouveaux modes de vie que par la d&#233;sin&#173;t&#233;gration et l'anomie. &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh24-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette anomie s'est peu &#224; peu institu&#233;e dans tout le corps social, s'incarnant dans ce que C. Castoriadis appelle le &#171; type anthropologique &#187;, le type d'&#234;tre humain fabriqu&#233; par sa soci&#233;t&#233; et qu'il fa&#231;onne en retour, et dont il diagnostique une &#171; mutation &#187; (que reprendra plus tard Marcel Gauchet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Essai de psychologie contemporaine &#187; in La d&#233;mocratie contre elle-m&#234;me, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Nous touchons l&#224; un facteur fonda&#173;mental [&#8230;] : l'intime solidarit&#233; entre un r&#233;gime social et le type an&#173;thropologique (ou l'&#233;ven&#173;tail de tels types) n&#233;&#173;cessaire pour le faire fonctionner. Ces types anthropologiques, pour la plupart, le capi&#173;talisme les a h&#233;rit&#233;s des p&#233;riodes historiques ant&#233;rieures : le juge incorruptible, le fonction&#173;naire w&#233;b&#233;rien, l'enseignant d&#233;vou&#233; &#224; sa t&#226;che, l'ouvrier pour qui son travail, malgr&#233; tout, &#233;tait une sorte de fiert&#233;. De tels personnages deviennent incon&#173;cevables dans la p&#233;riode contemporaine : on ne voit pas pour&#173;quoi ils se&#173;raient reproduits, qui les reproduirait, au nom de quoi ils fonctionneraient. M&#234;me le type anthro&#173;pologique qui est une cr&#233;ation propre du capitalisme, l'entrepreneur schump&#233;t&#233;rien [&#8230;] est en train de dis&#173;para&#238;tre&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La mont&#233;e de l'insignifiance &#187;, 1993, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau type anthropologique &#8211; aussi bien d&#233;crit par un Jean-Pierre Le Goff que par un Philippe Mu&#173;ray, par exemple &#8211; se distingue par la superbe ignorance de son inscription sociale-historique le faisant r&#233;cu&#173;ser haut tout at&#173;tachement et nourrir parall&#232;lement une coupable passion gr&#233;gaire : &#171; &lt;i&gt;Le caract&#232;re de l'&#233;poque, aussi bien au niveau de la vie quotidienne qu'&#224; celui de la culture, n'est pas l'&#171; individualisme &#187; mais son oppos&#233;, le conformisme g&#233;n&#233;ralis&#233; et le collage. Confor&#173;misme qui n'est pos&#173;sible qu'&#224; condition qu'il n'y ait pas de noyau d'identit&#233; important et solide. [&#8230;] c'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;est c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e &#8220;Nous&#8221; qui se dis&#173;loque aujourd'hui, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;avec la position, par chaque individu, de la soci&#233;t&#233; comme simple &#171; contrainte &#187; qui lui est impos&#233;e &#8211; illusion monstrueuse mais tellement v&#233;cue qu'elle devient un fait mat&#233;&#173;riel, tangible, l'indice d'un pro&#173;cessus de d&#233;-socialisation &#8211;, et &#224; laquelle il adresse, simultan&#233;ment et contradictoirement, des demandes ininter&#173;rompues d'assistance.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La crise du processus identificatoire &#187;, 1989, La mont&#233;e de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Illusion monstrueuse d'un individu qui ne veut plus &#171; faire soci&#233;t&#233; &#187;, s'en croit lib&#233;r&#233; &#8211; c'est la promesse la plus intime faite par la soci&#233;t&#233; de consommation aussi bien que par les dynamiques &#171; wokes &#187; &#8211; et de ce fait s'y livre pieds et poings li&#233;s : &#171; &lt;i&gt;[&#8230;] il est im&#173;m&#233;diat que le plus grand pouvoir concevable est celui de pr&#233;&#173;former quelqu'un de sorte que de lui-m&#234;me il fasse ce qu'on voudrait qu'il fasse sans aucun besoin de domina&#173;tion ou de pouvoir explicite pour l'amener &#224;&#8230; Il est tout aussi imm&#233;diat que cela cr&#233;e, pour le sujet assujetti &#224; cette formation, &#224; la fois l'apparence de la &#8220;spontan&#233;it&#233;&#8221; la plus compl&#232;te et la r&#233;alit&#233; de l'h&#233;t&#233;ronomie la plus totale possible. &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pouvoir, politique, autonomie &#187;, 1989.&#034; id=&#034;nh24-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; soit une servitude volontaire quasi-compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disparition conjointe de l'individu au sens fort du terme et de la soci&#233;t&#233; comme auto-repr&#233;sentation collect&#173;ive, &#171; &lt;i&gt;la soci&#233;t&#233; pr&#233;sente ne se veut pas comme soci&#233;t&#233;, elle se subit elle-m&#234;me. Et si elle ne se veut pas, c'est qu'elle ne peut ni maintenir ou se forger une repr&#233;sentation d'elle-m&#234;me qu'elle puisse affirmer et va&#173;loriser, ni engendrer un projet de transformation sociale auquel elle puisse adh&#233;rer et pour lequel elle veuille lutter &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La crise des soci&#233;t&#233;s occidentales &#187;, 1982, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ici le rejet d'une collectivit&#233; dans laquelle les individus ne se reconnaissent plus, rejet constat&#233; d&#232;s les an&#173;n&#233;es 1950 et sur lequel il revient vingt ans plus tard : &#171; &lt;i&gt;Cette contestation g&#233;n&#233;ralis&#233;e signifiait &lt;/i&gt;ipso facto&lt;i&gt; &#8211; produit et cause &#8211; la dislocation progressive &#224; la fois du syst&#232;me de r&#232;gle&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt; de la soci&#233;t&#233; &#233;tablie et de l'adh&#233;sion int&#233;&#173;rioris&#233;e des indi&#173;vidus &#224; ces r&#232;gles. Bri&#232;vement parlant, et en grossissement : pas une loi actuellement, qui soit observ&#233;e pour des motivations autres que la sanction p&#233;nale. La crise de la culture contemporaine &#8211; comme celle de la production &#8211; ne peut &#234;tre vue simplement comme une &#171; inadaptation &#187; ni m&#234;me comme un &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;conflit&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; entre les forces nou&#173;velles et les formes anciennes. En cela aussi, le capitalisme est une nou&#173;veaut&#233; anthropologique absolue, la culture &#233;tablie s'effondre de l'int&#233;rieur sans que l'on puisse dire, &#224; l'&#233;chelle macro-sociologique, qu'une autre, nouvelle, est d&#233;j&#224; pr&#233;par&#233;e &#8220;dans les flancs de l'ancienne so&#173;ci&#233;t&#233;&#8221;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pourquoi je ne suis plus marxiste &#187;, 1974, op. cit., voir aussi &#171; Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il d&#233;taille :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 70, et malgr&#233; l'usure manifeste des valeurs, cette soci&#233;t&#233; soutenait encore des repr&#233;sentations de l'avenir, des intentions, des projets. Peu importe le contenu, et que pour les uns cela ait &#233;t&#233; la r&#233;volution, le grand soir, pour les autres le progr&#232;s au sens capitaliste, l'&#233;l&#233;va&#173;tion du niveau de vie, e&lt;/i&gt;&lt;i&gt;tc&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Il y avait, en tout cas, des images ap&#173;paraissant comme cr&#233;dibles, auxquelles les gens adh&#233;raient. Ces images se vidaient de l'int&#233;rieur depuis des d&#233;&#173;cennies, mais les gens ne le voyaient pas. Presque d'un coup, on a d&#233;couvert que c'&#233;tait du papier peint &#8211; et l'instant d'apr&#232;s m&#234;me ce papier peint s'est d&#233;chir&#233;. La soci&#233;t&#233; s'est d&#233;couverte sans repr&#233;sentation de son ave&#173;nir, et sans projet &#8211; et cela aussi c'est une nouveaut&#233; historique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Psychanalyse et soci&#233;t&#233; II &#187;, 1983.&#034; id=&#034;nh24-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe est que ce vide est valoris&#233;, auto-entretenu et rationalis&#233; par la critique radicale et tous azi&#173;muts que les mobilisations des derni&#232;res d&#233;cennies ont op&#233;r&#233;, sans autre but qu'elles-m&#234;mes : &#171; &lt;i&gt;L'id&#233;e que les signi&#173;fications sociales sont simplement contingentes semble bien &#224; la base de la d&#233;composition progres&#173;sive du tissu social dans le monde contemporain&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Institution de la soci&#233;t&#233; et religion &#187;, 1982.&#034; id=&#034;nh24-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; &#171; &lt;i&gt;Tout se passe comme si, par un curieux ph&#233;nom&#232;ne de r&#233;sonance n&#233;gative, la d&#233;couverte par les soci&#233;t&#233;s occidentales de leur sp&#233;cificit&#233; historique achevait d'&#233;branler leur adh&#233;&#173;sion &#224; ce qu'elles ont pu et voulu &#234;tre, et, plus encore, leur volont&#233; de savoir ce qu'elles veulent, dans l'avenir, &#234;tre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La crise des soci&#233;t&#233;s occidentales &#187;, 1982, op.cit.&#034; id=&#034;nh24-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. R&#233;appara&#238;t ici la convergence, d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e, de la contestation g&#233;n&#233;ralis&#233;e avec les m&#233;canismes du &#171; capita&#173;lisme bureaucratique &#187; puisque son &#171; &lt;i&gt;moyen le plus formidable a &#233;t&#233; la destruction de toutes les significa&#173;tions sociales pr&#233;c&#233;dentes et l'instillation dans l'&#226;me de tous ou presque de la rage d'acqu&#233;rir ce qui, dans la sph&#232;re de chacun, est ou appara&#238;t acces&#173;sible, et pour cela accepter pratiquement tout&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La rationalit&#233; du capitalisme &#187;, 1997.&#034; id=&#034;nh24-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On remarquera au passage que cette derni&#232;re formulation fonde la strat&#233;gie syndicale contemporaine qui ne parle qu'en termes de d&#233;dommagements p&#233;cuniaires et de moyens financiers, quoi qu'il se passe quoi qu'il arrive, quoi qu'il advienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consommation et contestation, avant-hier antinomiques, hier en &#233;cho et aujourd'hui ind&#233;m&#234;lables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lira, par exemple, de Joseph Heath, Andrew Potter ; R&#233;volte Consomm&#233;e, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#233;&#173;bouchent sur une crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e, in&#233;dite dans sa nature comme dans son ampleur :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Or, ce qui est pr&#233;cis&#233;ment en crise aujourd'hui, c'est bien la soci&#233;t&#233; comme telle pour l'homme contempo&#173;rain. Nous assistons paradoxalement, en m&#234;me temps qu'&#224; une hyper ou sur-socialisation (fac&#173;tuelle et externe) de la vie et des activit&#233;s humaines, &#224; un &#8220;rejet&#8221; de la vie sociale, des autres, de la n&#233;cessi&#173;t&#233; de l'institution, etc. Le cri de guerre du lib&#233;ralisme au d&#233;but du XIX&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle, &#8220;l'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#201;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;tat, c'est le mal&#8221;, est de&#173;venu aujourd'hui : &#8220;la so&#173;ci&#233;t&#233;, c'est le mal &#8221;. Je ne parle pas ici des pseudo-philosophes confus de l'&#233;poque (qui du reste expriment sur ce point, sans &lt;/i&gt;&lt;i&gt;le savoir, un mouvement historique qui les d&#233;passe de loin), mais, d'abord, du &#8220;v&#233;cu subjectif&#8221; de plus en plus typique de l'homme contemporain.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La crise des soci&#233;t&#233;s occidentales &#187;, 1982, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il de&#173;mande : &#171; &lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;'homme contemporain veut-il la soci&#233;t&#233; dans laquelle il vit ? En veut-il une autre ? Veut-il une soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral ? La r&#233;ponse se lit dans les actes et dans l'absence d'actes. L'homme contemporain se comporte comme si l'existence en soci&#233;t&#233; &#233;tait une odieuse corv&#233;e que seule une malencontreuse fatalit&#233; l'emp&#234;che d'&#233;viter&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh24-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'impossible &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;retour &#224; l'h&#233;t&#233;ronomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapport d'&#233;tranget&#233; entre l'individu et sa soci&#233;t&#233; est celui de l'homme contemporain, oscillant sans cesse entre le d&#233;sir passionn&#233; de se fondre dans la masse et le besoin infini de se singulariser, auxquels le niveau de vie et le consum&#233;risme de classe r&#233;pondent tout autant que l'affirmation identitaire et militante pseudo-subver&#173;sive. Les origines de cette curiosit&#233; historique plongent dans les processus concomitants de la fin des mou&#173;vements ou&#173;vriers, qui visaient une refondation de la soci&#233;t&#233;, et l'affranchissement d'institutions sociales, politiques et &#233;cono&#173;miques qui ne semblent plus avoir de comptes &#224; rendre. La formulation m&#234;me du pro&#173;bl&#232;me par C. Castoriadis interdit donc toute tentation &#171; r&#233;actionnaire &#187; ou simplement &#171; conservatrice &#187; cherchant &#224; &#171; revenir &#187; &#224; un ordre ant&#233;rieur, plus raisonnable, plus normal, plus traditionnel. Humainement compr&#233;hensible, ce mouvement de ba&#173;lancier ais&#233;ment pr&#233;visible se heurte au vide politique envahissant du &#171; repli sur la sph&#232;re priv&#233;e &#187; que C. Casto&#173;riadis &#233;voquait en 1986 en compagnie de Christopher Lasch :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#8220;Un jour &#224; la fois&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, si je prends cette belle expression, est ce que j'appelle l'absence de projet &#8211; &#224; la fois chez l'individu et dans la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me. Trente ans plus t&#244;t, soixante ans plus t&#244;t, les gens de gauche vous parlaient du grand soir de la r&#233;volution, et les gens de droite du progr&#232;s infini, etc. Et mainte&#173;nant personne n'ose exprimer un projet grandiose ou m&#234;me mod&#233;r&#233;ment raisonnable qui d&#233;passe le budget ou les prochaines &#233;lections.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Combattre le repli sur la sph&#232;re priv&#233;e &#187;, 1986.&#034; id=&#034;nh24-58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En effet, affirme-t-il d&#232;s 1978 : &#171; &lt;i&gt;La conservation &lt;/i&gt;stricto sensu&lt;i&gt;, le maintien des choses rigoureusement en l'&#233;tat o&#249; elles sont, est &#233;videmment, depuis longtemps, la forme la plus pure de l'utopie. Aussi bien la Droite est-elle n&#233;cessairement r&#233;formiste. M&#234;me lorsqu'ils continuent &#8212; rarement &#8212; &#224; s'intituler conser&#173;vateurs, ses partis ne le sont pas, plus exactement ils ne le sont que dans la mesure o&#249;, aujourd'hui, conser&#173;ver implique de r&#233;for&#173;mer constamment. Si l'on veut &#234;tre plus explicite et sp&#233;cifique, l'on remarquera que la Droite a &#233;t&#233; contamin&#233;e par la Gauche &#8212; apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Ce n'est que depuis lors qu'elle n'ose plus se pr&#233;senter pour ce qu'elle est, et que presque personne ne se dit plus &#8220;de droite&#8221;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quelle d&#233;mocratie ?, tome II, &#233;d. du Sandre, passage entier pp 25-39.&#034; id=&#034;nh24-59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il pr&#233;cise :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il est clair que les id&#233;o&#173;logies traditionnelles de la &#171; gauche &#187; sont en faillite, et que les gens s'en aper&#231;oivent de plus en plus. C'est ce qui donne, dans certains cas (Reagan et Thatcher sont les plus &#233;vi&#173;dents et les plus importants), ce regain de force &#224; une droite qui est tout autant en faillite id&#233;ologique, tout autant incapable d'avoir une id&#233;e &#8220;r&#233;action&#173;naire&#8221; nouvelle. Mais il est tout aussi clair que ce sont l&#224; seule&#173;ment des sympt&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#244;mes de quelque chose de beau&#173;coup plus profond, qui est la crise et la d&#233;composition des soci&#233;t&#233;s occidentales&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La &#8220;gauche&#8221; en 1985 &#187;, 1985.&#034; id=&#034;nh24-60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les cris d'orfraie sur &#171; le retour du fascisme &#187; que la &#171; gauche &#187; entonne face au fant&#244;me d'un retour de la &#171; droite &#187; lui paraissent donc profond&#233;ment vains :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Au plus pourrait-on avoir une sorte d'autoritarisme mou, mais pour aller plus loin il faudrait autre chose. La crise ne suffit pas ; pour faire un mouvement fasciste ou totalitaire il faut une capacit&#233; de croire et un d&#233;clen&#173;chement de passion, branch&#233;s l'un sur l'autre, l'un nourrissant l'autre. Ni la premi&#232;re, ni le se&#173;cond n'existent dans la soci&#233;t&#233; actuelle. C'est pourquoi toutes les sectes d'extr&#234;me droite comme d'extr&#234;me gauche sont condamn&#233;es &#224; des gesticulations d&#233;risoires. Elles jouent de petits r&#244;les, marionnettes margi&#173;nales dans le spec&#173;tacle politique global, mais sans plus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Psychanalyse et soci&#233;t&#233; II &#187;, 1983, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au fond, les appels &#224; &#171; refonder &#187; des croyances collectives ne peuvent qu'&#233;chouer :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; [&#8230;]&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;il y a l'id&#233;e que seul un mythe pourrait fonder l'adh&#233;sion de la soci&#233;t&#233; &#224; ses institutions. Vous sa&#173;vez que c'&#233;tait d&#233;j&#224; l'id&#233;e de Platon : le &#8220;noble mensonge&#8221;. Mais l'affaire est simple. D&#232;s que l'on a parl&#233; de &#8220;noble mensonge&#8221;, le mensonge est devenu mensonge et le qualificatif de &#8220;noble&#8221; n'y change rien. On le voit aujourd'hui avec les grotesques gesticulations de ceux qui veulent fabriquer, sur commande, une re&#173;naissance de la religiosit&#233; pour de pr&#233;tendues raisons &#8220;politiques&#8221;. Je pr&#233;sume que ces tentatives mercan&#173;tiles doivent provo&#173;quer la naus&#233;e de ceux qui restent vraiment croyants. Des camelots veulent placer cette profonde philosophie de pr&#233;fet de police libertin : moi je sais que le Ciel est vide, mais les gens doivent croire qu'il est plein, autrement ils n'ob&#233;iront pas &#224; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;la loi. Quelle mis&#232;re !&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Une interrogation sans fin &#187;, 1979.&#034; id=&#034;nh24-62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les fondements anthropologiques de l'h&#233;t&#233;ronomie ont &#233;t&#233; sap&#233;s pour l'occidental moyen, pris dans l'anomie depuis deux ou trois g&#233;n&#233;rations, barrant toute possibilit&#233; de r&#233;instaurer un ordre traditionnel indis&#173;cutable. C. Castoriadis fait remarquer que ce n'est pas le cas des types anthropologiques extra-occidentaux, notamment mu&#173;sulmans, qui introduisent sur les territoires europ&#233;ens un r&#233;gime social ethnoreligieux quasi&#173;ment inconnu dans l'Europe historique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; C. Castoriadis et les bien-pensants &#187;, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;invention du projet d'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;autonomie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marge d'une restauration, ou refondation, du projet d'autonomie est &#233;troite. C. Castoriadis ne main&#173;tient aucun des dogmes du &#171; progressisme &#187;, qu'il critique fondamentalement dans toutes leurs dimensions histo&#173;riques, politiques, culturelles, techno-scientifiques et surtout philosophiques. Tout au contraire, il n'a cess&#233; de pr&#244;ner, comme tout r&#233;volutionnaire cons&#233;quent, une r&#233;appropriation du pass&#233;, de l'histoire, des tra&#173;ditions, des racines civilisationnelles, et particuli&#232;rement celles gr&#233;co-occidentales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je ne con&#231;ois pas une nouvelle cr&#233;ation historique pouvant s'opposer efficacement et lucidement &#224; cet in&#173;forme bazar dans lequel nous vivons, si elle n'instaure pas un nouvel et f&#233;cond rapport &#224; la tradition. &#202;tre r&#233;vo&#173;lutionnaire ne signifie pas d&#233;clarer d'embl&#233;e, comme le faisait Siey&#232;s, que tout le pass&#233; est une &#8220;absur&#173;dit&#233; go&#173;thique&#8221;. [&#8230;] Cela ne signifie pas restauration des valeurs traditionnelles comme telles ou parce qu'elles sont traditionnelles, mais une attitude critique qui peut reconna&#238;tre des valeurs qui ont &#233;t&#233; perdues. Je ne vois pas, par exemple, comment on peut &#233;viter de re-valider l'id&#233;e de responsabilit&#233;, ou, oserai-je dire, la valeur de lec&#173;ture tr&#232;s attentive d'un texte, qui sont en train de dispara&#238;tre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La crise du processus identificatoire &#187;, 1989, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-64&#034;&gt;64&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est ainsi que &#171; &lt;i&gt;Nous avons &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#224;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; opposer &#224; la fausse modernit&#233; comme &#224; la fausse subversion (qu'elles s'expriment dans les supermarch&#233;s ou dans les dis&#173;cours de certains gauchistes &#233;gar&#233;s) une reprise et une recr&#233;ation de notre historicit&#233;, de notre mode d'historici&#173;sation. Il n'y aura transformation sociale radicale, nouvelle soci&#233;t&#233;, soci&#233;t&#233; autonome que dans et par une nou&#173;velle conscience historique, qui implique &#224; la fois une restaura&#173;tion de la valeur de la tradition et une autre atti&#173;tude face &#224; cette tradition, une autre articulation entre celle-ci et les t&#226;ches du pr&#233;sent / avenir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Transformation sociale et cr&#233;ation culturelle &#187;, 1978.&#034; id=&#034;nh24-65&#034;&gt;65&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus concr&#232;&#173;tement :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Une v&#233;ritable lib&#233;ration des &#233;nergies, en France et ailleurs, passe par la marginalisation de &lt;/i&gt;tous&lt;i&gt; les partis politiques existants, la cr&#233;ation par le peuple de nouvelles formes d'organisation politique, fond&#233;e sur la d&#233;mocratie, la participation de tous, la responsabilit&#233; de chacun &#224; l'&#233;gard des affaires communes &#8211; bref, par la renaissance d'une v&#233;ritable pens&#233;e et passion politique, qui serait en m&#234;me temps lucide sur les r&#233;sultats de l'histoire des deux derniers si&#232;cles. Rien ne dit que cela est fatal, rien ne dit, non plus, que c'est impossible.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La &#8220;gauche&#8221; en 1985 &#187;, 1985, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-66&#034;&gt;66&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces consid&#233;rations, d&#233;j&#224; anciennes, peuvent para&#238;tre abstraites. Notamment parce que, face aux subver&#173;sions nihilistes, elles semblent en appeler &#224; des acteurs inexistants. Mais c'est oublier que le &#171; wokisme &#187; est l'&#339;uvre d'une minorit&#233;, &#224; la fois dominante et bruyante, urbaine et ais&#233;e, qui s'est affirm&#233;e dans les uni&#173;versit&#233;s, les m&#233;&#173;dias, la &#171; culture &#187; en lien avec divers milieux oligarchiques. Hors cette caste mondialis&#233;e existent des peuples, en voie de liquidation, dans lesquels C. Castoriadis reconna&#238;t facilement le maintien vestigial d'une &lt;i&gt;common de&#173;cency&lt;/i&gt; pour reprendre le terme de Georges Orwell. C'est ainsi que l'on peut com&#173;prendre le r&#233;cent mouvement des &#171; Gilets jaunes &#187;, imm&#233;diatement pris dans un extraordinaire m&#233;pris de classe et victime d'un entrisme gau&#173;chiste massif et presque imm&#233;diat, qui l'aura finalement discr&#233;dit&#233; et &#233;puis&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Les gilets jaunes face &#224; l'empire &#187;, site collectiflieuxcommuns.fr, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-67&#034;&gt;67&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il appartient en plein &#224; ce r&#233;veil des peuples que les diff&#233;rents secteurs oligarchiques nomment &#171; po&#173;pulisme &#187;. La confusion extr&#234;me de ce dernier, sa porosit&#233; &#224; la d&#233;magogie, ses tendances aux complo&#173;tismes, ses errances id&#233;ologiques sont les produits in&#233;vitables de ces derni&#232;res d&#233;cennies que l'on vient de parcourir. Et d'autant plus qu'ils sont maintenus loin des &#171; &lt;i&gt;tr&#233;sors perdus des r&#233;volutions mo&#173;dernes&lt;/i&gt; &#187; qu'&#233;voquait Hannah Arendt par une radicalit&#233; chic &#171; &lt;i&gt;tiss&#233;e de salive&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'effondrement du marxisme-l&#233;ninisme &#187;, 1990, op. cit.&#034; id=&#034;nh24-68&#034;&gt;68&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui reprend aujourd'hui, peu &#224; peu, des traits totalitaires, ouvrant grand la porte aux n&#233;o-obscurantismes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Wokisme et obscurantisme : articulations et compl&#233;mentarit&#233;s &#187; revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24-69&#034;&gt;69&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (islamisme, racialisme, communautarisme) qui d&#233;ferlent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin B&#233;rard&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Janvier-septembre 2024&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb24-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cornelius Castoriadis, &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?981-L-effondrement-du-marxisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'effondrement du marxisme-l&#233;ninisme&lt;/a&gt; &#187;, 1990. Afin d'all&#233;ger les notes du pr&#233;sent article et du fait des r&#233;&#233;ditions de nombreux textes ici cit&#233;s &#8211; parution originale, r&#233;&#233;d. UGE 10/18, puis &#233;d. C. Bourgois ou du Seuil, etc., puis &#233;d. du Sandre, sans compter les &#171; &#233;ditions pirates &#187; et leurs larges disponibilit&#233;s sur internet &#8211; les r&#233;f&#233;rences seront ici r&#233;duites, sauf cas contraire, au titre de l'article et &#224; la date de premi&#232;re publication). On se reportera &#224; l'excellente bibliographie exhaustive &#233;labor&#233;e et actualis&#233;e par Claude Helbling (ici remerci&#233;) : &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1050-Bibliographie-C-Castoriadis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bibliographie d&#233;taill&#233;e, en fran&#231;ais, de et sur Cornelius Castoriadis&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#8230; synth&#233;tisera-t-il plus tard dans &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?50-nous-sommes-dans-l-ere-de-l&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nous sommes dans l'&#232;re de l'imitation, du rafistolage, du syncr&#233;tisme, du contre-plaqu&#233;&lt;/a&gt; &#187;, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Titre de son &#339;uvre phare &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; (Seuil, 1975).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?32-le-mouvement-revolutionnaire-sous&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mouvement r&#233;volutionnaire sous le capitalisme moderne&lt;/a&gt; &#187;, 1959.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; La jeunesse &#233;tudiante &#187; 1963&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?55-la-crise-de-la-societe-moderne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La crise de la soci&#233;t&#233; moderne&lt;/a&gt; &#187;, 1965&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?85-la-suspension-de-socialisme-ou&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suspension de &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt; &lt;/a&gt; &#187;, 1967&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?104-mai-68-la-revolution-anticipee&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volution anticip&#233;e&lt;/a&gt; &#187;, 1968. Ce sera une des trajectoires intellectuelles de cette p&#233;riode que de parvenir &#224; formuler que la r&#233;volution russe de f&#233;vrier 1917 incarn&#233;e par ses organes d'auto-gouvernements avait &#233;t&#233; interrompue par ce qui n'aura &#233;t&#233; finalement qu'un putsch bolchevique men&#233; en octobre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?732-les-mouvements-des-annees-soixante&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mouvement des ann&#233;es soixante&lt;/a&gt; &#187;, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?732-les-mouvements-des-annees-soixante&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mouvement des ann&#233;es soixante&lt;/a&gt; &#187;, 1986, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?47-y-a-t-il-des-avant-gardes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Y a-t-il des avant-gardes ?&lt;/a&gt; &#187;, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?732-les-mouvements-des-annees-soixante&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mouvement des ann&#233;es soixante&lt;/a&gt; &#187;, 1986, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;La pens&#233;e 68&lt;/i&gt;, Gallimard 1986 (r&#233;&#233;d. 1988).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?732-les-mouvements-des-annees-soixante&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mouvement des ann&#233;es soixante&lt;/a&gt; &#187;, 1986, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?684-Les-divertisseurs-1-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les divertisseurs&lt;/a&gt; &#187;, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?105-socialisme-et-societe-autonome&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Socialisme et soci&#233;t&#233; autonome&lt;/a&gt; &#187;, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Prol&#233;tariat et organisation, II &#187;, 1959, dans &lt;i&gt;La Question du mouvement ouvrier. Tome 2 (&#201;crits politiques, 1945-1997, II), &lt;/i&gt;&#201;ditions du Sandre, 2012. &#192; propos de la &#171; question de l'organisation &#187; au sein de &lt;i&gt;SouB&lt;/i&gt; et qui sera le motif de la rupture avec Claude Lefort, cf. &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?762-Notes-sur-l-organisation-des&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Notes sur l'organisation des collectifs d&#233;mocratiques&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Lieux Communs&lt;/i&gt;, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?81-preface-de-c-castoriadis-au-livre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les coordinations de 1986-1988&lt;/a&gt; &#187;, pr&#233;face, r&#233;dig&#233;e en 1994 au livre de Jean-Michel Denis, &#171; Les coordinations &#187;, Syllepse, 1996, p. 9-13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?300-Post-gauchisme-et-neo-management&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Post-gauchisme et neo-management&lt;/a&gt; &#187;, Quentin et Nafissa, revue &lt;i&gt;EcoRev&lt;/i&gt;', 16 f&#233;vrier 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1083-Une-interrogation-sans-fin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une interrogation sans fin&lt;/a&gt; &#187;, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?720-ce-que-les-partis-politiques-ne-peuvent&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ce que les partis politiques ne peuvent pas faire&lt;/a&gt; &#187;, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?47-y-a-t-il-des-avant-gardes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Y a-t-il des avant-gardes ?&lt;/a&gt; &#187;, 1987, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?67-la-crise-des-societes-occidentales&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La crise des soci&#233;t&#233;s occidentales&lt;/a&gt; &#187;, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?485-l-exigence-revolutionnaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'exigence r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt; &#187;, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; La psychanalyse : projet et &#233;lucidation &#187;, 1977, dans &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe I &lt;/i&gt;(Seuil, 1978), cf. aussi &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?732-les-mouvements-des-annees-soixante&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mouvement des ann&#233;es soixante&lt;/a&gt; &#187;, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?485-l-exigence-revolutionnaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'exigence r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt; &#187;, 1976, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?9-la-montee-de-l-insignifiance&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La mont&#233;e de l'insignifiance&lt;/a&gt; &#187;, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1070-Tiers-Monde-tiers-mondisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tiers-monde, tiers-mondisme, d&#233;mocratie&lt;/a&gt; &#187;, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;bid&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.notbored.org/cornelius-castoriadis-carrefours-2-highlighted-errata-citations.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;flexions sur le &lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;d&#233;veloppement&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;rationalit&#233;&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187;, 1977, dans &lt;i&gt;Domaines de l'homme,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; Les carrefours du labyrinthe II &lt;/i&gt;(Seuil, 1986).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?506-technique-1-3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; Technique &lt;/a&gt; &#187;, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Nous traversons une basse &#233;poque &#187;, 1986, r&#233;&#233;dit&#233; dans &lt;i&gt;Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive&lt;/i&gt; (Seuil 2005), cf aussi &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?81-preface-de-c-castoriadis-au-livre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les coordinations de 1986-1988&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?485-l-exigence-revolutionnaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'exigence r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt; &#187;, 1976, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?108-de-la-dissidence-marxiste-au&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi je ne suis plus marxiste&lt;/a&gt; &#187;, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le nouvel &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#226;ge de la b&#234;tise&lt;/i&gt;, ed. L'Observatoire, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?67-la-crise-des-societes-occidentales&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La crise des soci&#233;t&#233;s occidentales&lt;/a&gt;s &#187;, 1982, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#8230; ou dans notre article &lt;a href=&#034;https://www.mezetulle.fr/castoriadis-et-les-bien-pensants-par-quentin-berard-1re-partie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Castoriadis et les bien-pensants &#187;&lt;/a&gt;, site &lt;i&gt;Mezetulle.fr&lt;/i&gt;, 12 et 13 d&#233;cembre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?39-L-industrie-du-vide-1979&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'industrie du vide&lt;/a&gt; &#187;, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?67-la-crise-des-societes-occidentales&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La crise des soci&#233;t&#233;s occidentales&lt;/a&gt; &#187;, 1982, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Science moderne et interrogation philosophique &#187;, 1973, dans &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe I &lt;/i&gt;(Seuil, 1978).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?55-la-crise-de-la-societe-moderne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La crise de la soci&#233;t&#233; moderne&lt;/a&gt; &#187;, 1965, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?67-la-crise-des-societes-occidentales&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La crise des soci&#233;t&#233;s occidentales&lt;/a&gt; &#187;, 1982, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;bid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?421-Essai-de-psychologie-contemporaine&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Essai de psychologie contemporaine&lt;/a&gt; &#187; in &lt;i&gt;La d&#233;mocratie contre elle-m&#234;me&lt;/i&gt;, Gallimard, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?9-la-montee-de-l-insignifiance&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La mont&#233;e de l'insignifiance&lt;/a&gt; &#187;, 1993, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; La crise du processus identificatoire &#187;, 1989, &lt;i&gt;La mont&#233;e de l'insignifiance. Les carrefours du labyrinthe Tome 4, &lt;/i&gt;Seuil, r&#233;ed. 2007,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1071-Pouvoir-politique-autonomie-1-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pouvoir, politique, autonomie&lt;/a&gt; &#187;, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?67-la-crise-des-societes-occidentales&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La crise des soci&#233;t&#233;s occidentales&lt;/a&gt; &#187;, 1982, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?108-de-la-dissidence-marxiste-au&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi je ne suis plus marxiste&lt;/a&gt; &#187;, 1974,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., voir aussi &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?732-les-mouvements-des-annees-soixante&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mouvement des ann&#233;es soixante&lt;/a&gt; &#187;, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.notbored.org/cornelius-castoriadis-carrefours-2-highlighted-errata-citations.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Psychanalyse et soci&#233;t&#233; II&lt;/a&gt; &#187;, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?784-institution-de-la-societe-et-religion&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Institution de la soci&#233;t&#233; et religion&lt;/a&gt; &#187;, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?67-la-crise-des-societes-occidentales&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La crise des soci&#233;t&#233;s occidentales&lt;/a&gt; &#187;, 1982, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?790-la-rationalite-du-capitalisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La rationalit&#233; du capitalisme&lt;/a&gt; &#187;, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On lira, par exemple, de Joseph Heath, Andrew Potter ; &lt;i&gt;R&#233;volte Consomm&#233;e, Le mythe de la contre-culture&lt;/i&gt;, &#233;ditions Na&#239;ve, 2004 (r&#233;ed. L'&#201;chapp&#233;e, 2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?67-la-crise-des-societes-occidentales&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La crise des soci&#233;t&#233;s occidentales&lt;/a&gt; &#187;, 1982, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;I&lt;/i&gt;&lt;i&gt;bi&lt;/i&gt;&lt;i&gt;d.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?Combattre-le-repli-sur-la-sphere&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Combattre le repli sur la sph&#232;re priv&#233;e&lt;/a&gt; &#187;, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Quelle d&#233;mocratie ?&lt;/i&gt;, tome II, &#233;d. du Sandre, &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?741-c-castoriadis-extraits-de-illusion&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;passage entier&lt;/a&gt; pp 25-39.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.notbored.org/cornelius-castoriadis-carrefours-2-highlighted-errata-citations.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La &lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;gauche&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt; en 1985&lt;/a&gt; &#187;, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.notbored.org/cornelius-castoriadis-carrefours-2-highlighted-errata-citations.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Psychanalyse et soci&#233;t&#233; II&lt;/a&gt; &#187;, 1983, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1083-Une-interrogation-sans-fin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une interrogation sans fin&lt;/a&gt; &#187;, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.mezetulle.fr/castoriadis-et-les-bien-pensants-par-quentin-berard-1re-partie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;C. Castoriadis et les bien-pensants&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-64&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-64&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;64&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; La crise du processus identificatoire &#187;, 1989, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-65&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-65&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;65&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?62-transformation-sociale-et-creation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Transformation sociale et cr&#233;ation culturelle&lt;/a&gt; &#187;, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-66&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-66&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;66&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.notbored.org/cornelius-castoriadis-carrefours-2-highlighted-errata-citations.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La &lt;i&gt;&#8220;&lt;/i&gt;gauche&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt; en 1985&lt;/a&gt; &#187;, 1985, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-67&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-67&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;67&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?999-Les-gilets-jaunes-face-a-l-empire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les gilets jaunes face &#224; l'empire&lt;/a&gt; &#187;, site &lt;i&gt;collectiflieuxcommuns.fr&lt;/i&gt;, 6-13 d&#233;cembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-68&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-68&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;68&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?981-L-effondrement-du-marxisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'effondrement du marxisme-l&#233;ninisme&lt;/a&gt; &#187;, 1990, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24-69&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24-69&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;69&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1112-Wokisme-et-obscurantisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Wokisme et obscurantisme : articulations et compl&#233;mentarit&#233;s&lt;/a&gt; &#187; revue en ligne &lt;i&gt;Frontpopulaire.fr&lt;/i&gt;, 11 juillet 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Les th&#233;ologiens de l'&#233;cologie</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1176-les-theologiens-de-l-ecologie</link>
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		<dc:date>2024-11-26T11:13:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Scientisme</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Retranscription de l'&#233;mission du podcast &#171; H&#233;r&#233;tiques &#187; diffus&#233; les 1er et 15 octobre 2024 sous un titre &#233;ponyme. Tout le monde conna&#238;t le discours st&#233;r&#233;otyp&#233; des id&#233;ologues &#233;cologistes : pour eux, il faudrait pr&#233;server une nature, fondamentalement bonne et harmonieuse, de toute influence humaine, fondamentalement mauvaise et destructrice. L'absurdit&#233; de cette position ne r&#233;pond en rien &#224; la crise &#233;cologique et rel&#232;ve plut&#244;t de la r&#234;verie jud&#233;o-chr&#233;tienne d'un mythique Jardin d'&#201;den. Mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-89-ecologie-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-224-scientisme-+" rel="tag"&gt;Scientisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-130-entretien-+" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/ab67656300005f1f-ee03d04f.jpg?1763457522' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Retranscription de l'&#233;mission &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1052-Podcasts' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;du podcast &#171; H&#233;r&#233;tiques &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; diffus&#233; &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2024/11/01/les-theologiens-de-lecologie-avec-arnaud-blaret/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;les 1er et 15 octobre 2024 sous un titre &#233;ponyme&lt;/strong&gt;.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde conna&#238;t le discours st&#233;r&#233;otyp&#233; des id&#233;ologues &#233;cologistes : pour eux, il faudrait pr&#233;server une nature, fondamentalement bonne et harmonieuse, de toute influence humaine, fondamentalement mauvaise et destructrice. L'absurdit&#233; de cette position ne r&#233;pond en rien &#224; la crise &#233;cologique et rel&#232;ve plut&#244;t de la r&#234;verie jud&#233;o-chr&#233;tienne d'un mythique Jardin d'&#201;den.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peu de gens soup&#231;onnent qu'il existe depuis une soixantaine d'ann&#233;es un courant religieux dont c'est la propagande explicite et qui ont p&#233;n&#233;tr&#233; toutes les institutions internationales environnementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces croyants et th&#233;ologiens anglo-saxons font de l'Homme l'intendant de Dieu sur Terre qui doit se soumettre &#224; la Cr&#233;ation Divine. La nature est alors sacralis&#233;e et la biodiversit&#233; est investie d'une valeur intrins&#232;que qui doit transcender tous les int&#233;r&#234;ts humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnaud Blaret, humaniste, libre-penseur ath&#233;e et autodidacte, a enqu&#234;t&#233; pendant des ann&#233;es sur cette n&#233;buleuse th&#233;ologique inconnue et &#224; l'influence consid&#233;rable et appelle, &lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;via son site&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &#224; une renaissance de la raison, une libre-pens&#233;e environnementale et une reprise en main d&#233;mocratique des enjeux &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous accueillons Arnaud Blaret pour son livre &lt;i&gt;Les intendants de Dieu&lt;/i&gt; &#8212; un titre un peu &#233;nigmatique mais tr&#232;s int&#233;ressant, qui va nous occuper aujourd'hui &#8212; en deux tomes : le tome 1, &#171; la religion &#233;cologiste expliqu&#233;e aux m&#233;cr&#233;ants &#187; et le tome 2, &#171; le pouvoir des druides &#187;, sous-titr&#233;s, &lt;i&gt;Regards sur un m&#233;nage &#224; trois, la science, la politique et la religion&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Alors votre propos est tr&#232;s h&#233;r&#233;tique, l&#224; pour le coup, puisque vous menez une enqu&#234;te tr&#232;s fouill&#233;e, tr&#232;s d&#233;taill&#233;e, tr&#232;s int&#233;ressante, sur un point qui est extr&#234;mement m&#233;connu, qui est le r&#244;le de la religion dans le discours &#233;cologiste, si je peux dire. Et vous mettez en &#233;vidence un concept, l'&#233;co-th&#233;ologie, qui est en r&#233;alit&#233; la conversion de la th&#233;ologie chr&#233;tienne &#224; l'&#233;cologie. Est-ce que j'ai bien r&#233;sum&#233;, rapidement, le propos ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est un bon d&#233;part, oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une premi&#232;re question avant d'aborder le vif du sujet : comment en &#234;tes-vous arriv&#233; &#224; vous int&#233;resser &#224; ce domaine-l&#224; qui est extr&#234;mement peu explor&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'hiver 2013-2014, je lisais quelques livres de vulgarisation sur la question climatique et je suis tomb&#233; sur le personnage fascinant de John [Houghton&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;John Houghton &#233;tait un physicien britannique, n&#233; &#224; Dyserth, Pays-de Galles, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;], ancien patron de la M&#233;t&#233;o-Britannique, fondateur du prestigieux Centre Climatique Britannique, l'un des fondateurs du GIEC, et aussi&#8230; fondateur d'une ONG de r&#233;conciliation de la science et de la religion qui s'appelle la John Ray Initiative &#8212; John Ray&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;John Ray (1627-1705) fut un th&#233;ologien et naturaliste anglais. Il fut un des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ayant &#233;t&#233; un th&#233;ologien et naturaliste du XVIIe si&#232;cle. Alors je me suis procur&#233; ses m&#233;moires apr&#232;s avoir lu sur le site de la John Ray Initiative un petit texte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;The Christian Challenge of Caring for the Earth&#034; id=&#034;nh25-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; il parlait d'une nouvelle th&#233;ologie avec une doctrine qui s'appelle la &lt;i&gt;stewardship&lt;/i&gt;, mot qu'on traduit g&#233;n&#233;ralement par intendance, que j'ai gard&#233;, mais parfois vous trouvez gardien, vous trouvez g&#233;rant&#233;rant, vous trouvez plusieurs autres sens &#224; ce mot-l&#224;. Et donc, dans les m&#233;moires de John [Houghton], outre plein de d&#233;tails int&#233;ressants, j'ai d&#233;couvert les engagements religieux d'Al Gore et d'une historienne am&#233;ricaine, Wilkinson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Katharine K. Wilkinson, Between God &amp; Green,Oxford University Press&#034; id=&#034;nh25-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui avait fait l'histoire des mouvements &#233;cologistes au sein du mouvement &#233;vang&#233;liste am&#233;ricain. Alors, Al Gore, c'est quelqu'un qui adh&#232;re &#224; certains principes de cette th&#233;ologie. La &lt;i&gt;stewardship&lt;/i&gt;, d'abord. Il adh&#232;re aussi &#224; ce qu'on appelle le &lt;i&gt;principe de No&#233;&lt;/i&gt;. Donc No&#233;, quand il a pris les animaux sur son bateau, n'a fait aucune diff&#233;rence entre les animaux nuisibles ou b&#233;n&#233;fiques &#224; l'humanit&#233;. Et c'est aussi quelqu'un qui attaque de front Francis Bacon, le p&#232;re de l'empirisme, en disant qu'il a commis une confusion morale en postulant qu'on pouvait &#233;tudier l'environnement et les lois de la nature sans secours de la religion, ce faisant, pour Al Gore, il a s&#233;par&#233; la science et la religion et ouvert la voie &#224; la domination de la science sur la Nature, ce que Gore&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Al Gore, Earth in the Balance, p256 Earthscan, London, UK, 2007&#034; id=&#034;nh25-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; trouve une mauvaise chose, manifestement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors justement, essayons d'entrer imm&#233;diatement dans le vif du sujet : En quoi consiste, l'&#233;co-th&#233;ologie ? Qu'est-ce que c'est que ce discours-l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un discours qui est n&#233; en r&#233;action &#224; une c&#233;l&#232;bre conf&#233;rence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;The Historical Roots of Our Ecological Crisis&#034; id=&#034;nh25-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; donn&#233;e le 26 d&#233;cembre 1966 par un historien calviniste am&#233;ricain nomm&#233; Lynn White&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lynn Townsend White, Jr. (1907 &#8211; 1987) &#233;tait un historien m&#233;di&#233;viste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, conf&#233;rence que j'ai d&#233;couverte dans le livre de Wilkinson, l'historienne des mouvements &#233;co-&#233;vang&#233;listes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article qui est assez renomm&#233; dans le milieu &#233;cologiste. Tout le monde conna&#238;t plus ou moins Lynn White.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une raison &#224; &#231;a. Il a prononc&#233; ce discours dans les locaux d'une soci&#233;t&#233; de promotion de la science am&#233;ricaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AAAS est l'acronyme de American Association for the Advancement of Science&#034; id=&#034;nh25-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui poss&#232;de la prestigieuse revue &lt;i&gt;Science&lt;/i&gt;, qui a publi&#233; l'article &#8212; apparemment la th&#233;ologie est une science aux &#201;tats-Unis&#8230; &#8212; au printemps 1967 et &#231;a a fait l'effet d'une bombe, &#233;videmment, parce que beaucoup de gens ont dit : &#171; Comment ! attaquer le christianisme pour la crise environnementale ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, parce que le propos [de Lynn White] consiste de dire que la crise &#233;cologique &#8212; donc l'article date de 1966, c'est quand m&#234;me assez ancien &#8212; la crise &#233;cologique a pour racine la th&#233;ologie chr&#233;tienne, puisque la th&#233;ologie chr&#233;tienne op&#232;re une distinction rigoureuse entre l'homme, qui est l'image de Dieu sur la terre, et justement la Terre, la Cr&#233;ation divine ; il y a une domination de l'homme sur la Nature, que l'on voit dans la &lt;i&gt;Gen&#232;se&lt;/i&gt;, puisqu'on est enjoint &#224; la dominer, &#224; nous reproduire, &#224; la peupler, etc. Et pour [Lynn White], c'est l'origine de la crise &#233;cologique, elle r&#233;siderait dans le christianisme. Et en m&#234;me temps, il y a une partie de l'article, au contraire, o&#249; il tente de donner une r&#233;ponse &#224; &#231;a. Et c'est cette partie de l'article qui vous a particuli&#232;rement int&#233;ress&#233;, qui est le point de d&#233;part, en fait, de ce dont on parle ce soir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, tout &#224; fait. D'abord, Lynn White rejette les fausses solutions &#224; ses yeux. L'agnosticisme darwinien, pour lui, n'a pas convaincu les gens qu'ils n'&#233;taient pas sup&#233;rieurs aux autres cr&#233;atures divines. Et puis aussi les n&#233;o-bouddhismes californiens, n&#233;o-tao&#239;sme new-yorkais, il les rejette en disant c'est des modes, &#231;a ne va pas durer. Donc il se tourne vers le christianisme et peut-&#234;tre un peu curieusement, lui le calviniste, cherche chez saint Fran&#231;ois d'Assise la r&#233;ponse &#224; la solution &#8212; peut-&#234;tre qu'il lorgne un peu sur le pouvoir politique de l'&#201;glise catholique. Et donc Fran&#231;ois d'Assise, pour lui, c'est un des plus grands r&#233;volutionnaires. Il a propos&#233;, selon White, une d&#233;mocratie de l'ensemble de la Cr&#233;ation qui serait ouverte &#224; toutes les autres cr&#233;atures. Et alors, pour revenir &#224; reprendre le fil, comment vont r&#233;agir les &#201;glises assez vite ? Elles vont se plonger dans les relectures des anciens textes. La plus ancienne Bible anglo-saxonne, c'est la Bible du roi Jacques du d&#233;but du XVIIe si&#232;cle. Elle utilise le mot &lt;i&gt;dominion,&lt;/i&gt; alors, ils sont all&#233;s voir, dans les vieux textes h&#233;breux : &lt;i&gt;dominion&lt;/i&gt; &#231;a &#233;voque un protectorat. Donc, nous ne sommes plus les dominateurs, nous sommes les &lt;i&gt;protecteurs&lt;/i&gt;, donc les &lt;i&gt;intendants&lt;/i&gt; de Dieu sur Terre. Et donc, le christianisme se trouve exon&#233;r&#233; de cette accusation. &#199;a, c'est la base. Et cette &lt;i&gt;stewardship&lt;/i&gt; s'est r&#233;pandue maintenant, elle est tr&#232;s, tr&#232;s, tr&#232;s courante. Donc, m&#234;me Al Gore, qui est un &#233;vang&#233;liste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc l&#224;, c'est le fondement de l'&#233;co-th&#233;ologie ; l'Homme, en fait, est un intendant de Dieu, un gardien de la Cr&#233;ation&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois, dans son encyclique de 2015 parle de cette attaque. Il ne dit pas que c'est Lynn White, il ne dit pas quand. Il dit qu'il y a quelqu'un qui a attaqu&#233; le christianisme, mais quil a tort. Pourquoi ? Parce que nous sommes, dans la version anglaise, les &lt;i&gt;stewards&lt;/i&gt;. Dans la version fran&#231;aise, il dit gardien une fois, il dit g&#233;rant une fois, si on compare les deux, le mot steward est trois fois traduit diff&#233;remment. Mais c'est bien &#231;a, c'est vraiment cette th&#233;ologie auxquelles les &#233;vang&#233;listes am&#233;ricains ont largement contribu&#233; d&#232;s les ann&#233;es 70, qui est &#224; la base de l'encyclique du pape et de la position de l'&#201;glise catholique maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Laudato si'&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LETTRE ENCYCLIQUE LAUDATO SI' DU SAINT-P&#200;RE FRAN&#199;OIS SUR LA SAUVEGARDE DE LA (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui date de 2015, c'est un peu l'entr&#233;e officielle du catholicisme dans l'&#233;cologie, peut-&#234;tre, aupr&#232;s du grand public, au moins. C'est une encyclique qui fait r&#233;f&#233;rence. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais c'est un peu faux, parce que Jean-Paul II et Beno&#238;t avaient d&#233;j&#224; des engagements tr&#232;s forts, des contacts avec les orthodoxes qui ont aussi des engagements religieux tr&#232;s forts. La notion de p&#233;ch&#233; contre la Cr&#233;ation est aussi indissociable de ces &#233;co-th&#233;ologies. Elle na&#238;t aussi au d&#233;but des ann&#233;es 70 chez les &#233;vang&#233;listes, et notion de valeur intrins&#232;que &#233;galement, donc le principe de No&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le principe de valeur intrins&#232;que, qu'est-ce que vous entendez par l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc &#231;a veut dire que la Cr&#233;ation, les &#234;tres vivants ont une valeur pour eux-m&#234;mes, ind&#233;pendamment de toute utilit&#233; pour l'humanit&#233; et ind&#233;pendamment de tout jugement humain. C'est pour eux-m&#234;mes, il n'y a pas de justification, &#231;a existe, c'est une valeur qui existe pour eux-m&#234;mes. Et elle est li&#233;e aussi au principe de No&#233;, qui est une fa&#231;on de l'exprimer un peu plus populairement : No&#233; n'a pas fait de diff&#233;rence entre des animaux nuisibles et b&#233;n&#233;fiques &#224; l'humanit&#233;, il les a tous pris sur l'ordre de Dieu. Et la premi&#232;re d&#233;fense semble avoir &#233;t&#233; celle de Calvin De Witt, un docteur en biologie et &#233;vang&#233;liste am&#233;ricain, qu'il a d&#233;fendu d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1970&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1970, une r&#233;solution sur l'&#233;cologie de la National Association of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; lors des pol&#233;miques sur les premi&#232;res grandes lois am&#233;ricaines sur la protection de l'environnement. Donc c'est ces &#233;vang&#233;listes-l&#224; qui ont des r&#233;putations tr&#232;s conservatrices, ont jou&#233; un r&#244;le fondamental, mais pas tous. J'ai trouv&#233; un blog o&#249; la blogueuse am&#233;ricaine disait que c'est &#224; peu pr&#232;s un tiers &#233;colo et deux tiers plut&#244;t conservateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, parce qu'il y a des pr&#233;c&#233;dents, on conna&#238;t John Muir, notamment, aux &#201;tats-Unis&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Muir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;John Muir ( 1838-1914) (http://zohriginal.com/personnalit%C3%A9s/muir.html)&#034; id=&#034;nh25-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est quelqu'un de tr&#232;s int&#233;ressant. N&#233; en &#201;cosse, il a un p&#232;re tr&#232;s s&#233;v&#232;re qui lui a fait apprendre la Bible par c&#339;ur et par le martinet. Il connaissait tout le Nouveau Testament et trois quarts de l'Ancien par c&#339;ur. Il avait &#233;migr&#233; aux &#201;tats-Unis parce que le p&#232;re de John Muir trouvait l'&#201;cosse trop cool, trop laxiste. Si vous avez vu le film &lt;i&gt;Breaking the Wave&lt;/i&gt;, vous pouvez savoir ce que &#231;a signifie&#8230; Et donc, John Muir est aussi le premier pr&#233;sident du Sierra Club, qui est consid&#233;r&#233; comme la plus ancienne ONG &#233;cologiste, fond&#233;e en 1892. C'est un des promoteurs des premiers grands parcs dans les montagnes. Pourquoi ? Parce que les montagnes, c'&#233;tait le reste de la Cr&#233;ation divine, non alt&#233;r&#233;e par l'humanit&#233;. &#199;a jouait vraiment un r&#244;le important, que ce soit dans les montagnes et pas dans les mar&#233;cages &#8212; il a fallu longtemps pour que les &lt;i&gt;Everglades en Floride&lt;/i&gt; soient reconnus comme un tr&#233;sor naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, la &lt;i&gt;wilderness&lt;/i&gt; &#233;tait alors Montagneuse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est &#231;a. John Muir apercevant des traces de moutons dans ces ch&#232;res montagnes, donc un berger &#233;tait pass&#233;, il les appelle les locustes &#224; sabots&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dennis C. Williams, God's Wilds, p96,Texas A&amp;M University Press, College (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; c'est les sauterelles de la Bible. C'est int&#233;ressant de voir qu'une fois ces parcs cr&#233;&#233;s, il y a eu une tr&#232;s int&#233;ressante dispute avec un de ses anciens amis qui s'appelait Pinchot, qui &#233;tait un descendant de Huguenots fran&#231;ais, qui lui adh&#233;rait au christianisme social qui na&#238;t dans les ann&#233;es 1880 aussi. Et lui, il a voulu construire un barrage dans la zone prot&#233;g&#233;e, et &#231;a rendait Muir furieux : &#171; on d&#233;truit la cath&#233;drale du peuple &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dennis C. Williams, God's Wilds, p190,Texas A&amp;M University Press, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'&#233;tait ses propos&#8230; Mais Pincho a gagn&#233;, ce barrage nourrit encore en eau la ville de San Francisco, et r&#233;guli&#232;rement, il y a des tentatives de restaurer la vall&#233;e telle qu'elle &#233;tait avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le principe est de conserver la Cr&#233;ation telle que Dieu l'a cr&#233;&#233;e ou de la restaurer telle qu'elle &#233;tait avant la souillure op&#233;r&#233;e par le comportement humain.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez cit&#233; le mot &lt;i&gt;wilderness&lt;/i&gt;, qui est tr&#232;s int&#233;ressant : c'est un mot anglais qui, &#224; l'origine, se traduisait par &lt;i&gt;d&#233;sert&lt;/i&gt;, et encore tr&#232;s r&#233;cemment. Pourquoi ? Parce que dans une Bible fran&#231;aise, vous lisez le mot d&#233;sert, g&#233;n&#233;ralement c'est &lt;i&gt;wilderness&lt;/i&gt; en anglais. &#199;a ne d&#233;signe pas une zone ultra-s&#232;che comme le Sahara, &#231;a d&#233;signe une zone dangereuse avec des fauves, des b&#234;tes sauvages et tr&#232;s peu d'humains. Et puis ce mot &#233;volue. &#192; l'&#233;poque romantique, il y a beaucoup de spiritualit&#233; dans le romantisme : on commence &#224; trouver le sens divin dans les montagnes et pas dans les mar&#233;cages, dans les montagnes, c'est typique, les chutes d'eau, etc. Et aux &#201;tats-Unis, &#231;a s'est doubl&#233;, du mythe de la fronti&#232;re, les colons avan&#231;aient. Ils avaient l'impression d'&#234;tre dans des zones sauvages parce qu'ils consid&#233;raient les Am&#233;rindiens comme des sauvages, qui n'avaient rien fait de cette zone. Ce n'est pas vrai, c'&#233;tait g&#233;r&#233; par les Am&#233;rindiens, l'influence humaine &#233;tait tr&#232;s forte aussi, avant l'arriv&#233;e des colons europ&#233;ens. Ils se sont mis en devoir de cultiver et d'entretenir, comme le Jardin d'&#201;den, c'&#233;tait l'ordre donn&#233; &#224; Adam par Dieu qui nous enjoint &#224; l'entretenir. Et apr&#232;s quelques d&#233;cennies, quand il ne restait plus grand-chose, sont arriv&#233;s les protecteurs de la &lt;i&gt;wilderness &#8212;&lt;/i&gt; &#201;galement parfois en trahissant des promesses faites aux Am&#233;rindiens qu'ils pouvaient continuer &#224; chasser dans les zones dont ils avaient &#233;t&#233; exclus, maintenant &#231;a devient des zones prot&#233;g&#233;es et les Am&#233;rindiens, des braconniers. Et ce concept de &lt;i&gt;wilderness&lt;/i&gt; s'est r&#233;pandu un peu partout. Il est arriv&#233; chez nous maintenant. Moi, je viens de Belgique : n prot&#232;ge les loups, c'est une chose aberrante dans une zone qui est compl&#232;tement humanis&#233;. &#199;a demande beaucoup d'efforts. Vous avez chez vous un plan loup, et on voit bien, &#231;a demande des efforts, de la bureaucratie, des frais, beaucoup de travail pour maintenir une fausse sauvagerie. Et &#231;a, &#231;a vient de la &lt;i&gt;wilderness&lt;/i&gt; am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On va rentrer vraiment dans la question centrale : En quoi est-ce que cela pose un probl&#232;me ? Il y a peut-&#234;tre des auditeurs qui nous &#233;coutent et qui se disent, apr&#232;s tout, c'est une th&#233;ologie, que l'on croie en Dieu ou pas, elle est pour la protection de la nature et la production de la nature, c'est quelque chose qui est bien. Alors pourquoi aller chercher des poux au christianisme finalement ? S'ils ont un discours qui, pour une fois, est intelligent, pourquoi le leur refuser ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne cherche pas des poux sp&#233;cifiquement au christianisme, plut&#244;t &#224; cette inspiration du principe des valeurs intrins&#232;ques, le principe des valeurs intrins&#232;ques a tu&#233; l'humanisme puisqu'il nous interdit de g&#233;rer l'environnement en termes de valeurs humaines. Et la d&#233;mocratie a suivi parce que sans le droit de discuter de la crise environnementale en termes humains, il n'y a plus de d&#233;mocratie possible. Tout s'est dilu&#233; dans une vaste n&#233;buleuse qui d&#233;cide pour nous. L&#224;, je veux citer un personnage tr&#232;s important qui est David Ehrenfeld&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Ehrenfeld.html&#034; id=&#034;nh25-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est un biologiste de la conservation, un des grands fondateurs de la biologie de conservation. Il a &#233;crit un chef-d'&#339;uvre qui est &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;A&lt;/i&gt;&lt;i&gt;rrogance de l'humanism&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ehrenfeld, The Arrogance of Humanism, Oxford University Press, 1978&#034; id=&#034;nh25-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lui, c'est l'humanisme qu'il accuse d'&#234;tre responsable de la destruction de l'environnement, l'humanisme, parce que les humanistes ont abus&#233; de leurs croyances en les filles de la raison pure, la science et la technologie. Donc c'est un scientifique, mais c'est une apostasie. Il [r&#233;pudiait la science]. Je me suis plong&#233; dans ce livre et me suis dit que la seule fa&#231;on de lui r&#233;pondre&#8230; son raisonnement est d'une logique imparable, &#224; condition qu'on accepte le principe de valeur intrins&#232;que. Si on le rejette &#8212; et il &lt;i&gt;faut&lt;/i&gt; le rejeter &#8212; on peut encore traiter l'environnement en termes humains. Il faut rejeter ce principe de valeur intrins&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous l'avez d&#233;fini rapidement, est-ce que vous pouvez revenir sur cette d&#233;finition-l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, donc c'est l'id&#233;e que les &#233;l&#233;ments de l'environnement ont une valeur pour eux-m&#234;mes, ind&#233;pendamment de nous, parce qu'ils sont d'origine divine. Je vais citer aussi un autre texte tr&#232;s tr&#232;s parlant, l&#224; on est dans &lt;i&gt;Biodiversity&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Biodiversity. E.O. Wilson, Harvard University, Editor ; National Academy of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est le livre &#224; l'origine de la biodiversit&#233;, livre collectif, parce qu'il est issu du forum de 1986 pour lequel le mot a &#233;t&#233; invent&#233; dans un but de marketing. L'article 55 est &#233;crit par John Cobb, un des principaux &#233;co-th&#233;ologiens de cette &#233;poque-l&#224;, qui d&#233;fend deux principes tr&#232;s importants dans ce texte, le principe de &lt;i&gt;stewardship&lt;/i&gt; &#8211; d&#233;cid&#233;ment, c'est tr&#232;s &#224; la mode &#8212;, et aussi le principe de &lt;i&gt;valeur intrins&#232;que&lt;/i&gt;. Il dit que pr&#233;server la biodiversit&#233; ne doit pas se faire parce qu'elle nous sert &#224; quelque chose &#8212; apr&#232;s tout, 99 % des esp&#232;ces ont d&#233;j&#224; disparu &#8212; il faut le faire parce qu'elle a &#233;t&#233; faite par Dieu et que la Bible dit que Dieu lui-m&#234;me a trouv&#233; sa Cr&#233;ation bonne. Donc &#231;a, &#231;a fait vraiment le lien implacable entre le principe de valeur intrins&#232;que et le christianisme. Mais le christianisme n'a pas le monopole. Un autre article tr&#232;s important de ce livre a &#233;t&#233; &#233;crit par Michael Soul&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael Ellman Soul&#233; (1936-2020),biologiste am&#233;ricain n&#233; &#224; San Diego (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'un des grands fondateurs de la biologie de conservation &#233;galement. Et lui, il se r&#233;f&#232;re &#224; un sutra bouddhiste parce qu'il est bouddhiste, tout est interconnect&#233; et donc il interpr&#232;te &#231;a comme la cause de la valeur intrins&#232;que. Soul&#233; est tr&#232;s important aussi parce qu'il a, d&#232;s les ann&#233;es 80, consid&#233;r&#233; que la biologie de la conservation &#233;tait une discipline &#171; orient&#233;e mission &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Conservation Biology : Its Scope and Challenge, in Conservation Biology : An (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui est &#224; la biologie ce que la guerre est aux sciences politiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;What is Conservation Biology ? 1985, repris dans Collected Papers of Michael (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et dans son article de &lt;i&gt;Biodiversity&lt;/i&gt;, il soutient le droit d'utiliser la manipulation &#233;motionnelle pour convaincre les incr&#233;dules en disant que les d&#233;comptes d'esp&#232;ces c'est tr&#232;s bien, ces analyses, mais &#231;a ne convertit pas. Il veut convertir. Pour convertir, il dit qu'il faut faire appel aux sp&#233;cialistes du marketing, les publicitaires, les faiseurs de pr&#233;sidents et tout &#231;a. Donc on est vraiment l&#224;, dans ce forum, dans un monde militant, absolument militant. Un autre personnage fondamental de ce livre, c'est le coordinateur, Edward Osborne Wilson, un tr&#232;s prestigieux entomologiste. Lui, il est vraiment tr&#232;s sp&#233;cial. Il a eu trois appels religieux dans sa vie, trois appels &#171; de l'autel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E.O .Wilson, Naturalist, p42 et suivantes, Naturalist, Island Press 2006 - (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le premier, celui des baptistes, une religion &#233;vang&#233;liste qui interdit le bapt&#234;me tant que les enfants ne comprennent pas de quoi &#231;a parle. C'est lui qui demande le bapt&#234;me &#224; 14 ans. Il trouve &#231;a trivial. Il perd la foi en Dieu, mais pas en la religion. Il a son deuxi&#232;me appel religieux, celui de la science, l'&#233;tude des fourmis, c'est sa sp&#233;cialit&#233;. Et puis, il y aura le troisi&#232;me, le militantisme. Dans son militantisme, son grand r&#234;ve, c'est de r&#233;concilier la religion et la science, bien qu'il soit techniquement ath&#233;e, parce qu'il ne croit plus en Dieu, mais il est toujours tr&#232;s religieux. Il se dit tr&#232;s religieux, sans Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout &#231;a est tr&#232;s compliqu&#233; parce que r&#233;concilier la science et la religion, d&#233;j&#224; en philosophie, ce n'est pas &#233;vident... Mais concr&#232;tement, &#224; propos de l'&#233;cologie, &#231;a l'est encore moins. Il y a plusieurs raisons. D'abord, on peut rappeler que dans l'histoire de l'humanit&#233;, l'&#234;tre humain n'a cess&#233; de modifier son environnement. C'est un mythe, celui du bon sauvage, que de croire que les soci&#233;t&#233;s anciennes, avant le n&#233;olithique ou avant la modernit&#233; ou avant l'Occident, avant l'invention de la science ou quoi que ce soit, les humains vivaient en harmonie avec la Nature. C'est faux de A &#224; Z. On sait tr&#232;s bien que les for&#234;ts tropicales ont &#233;t&#233; modifi&#233;es tr&#232;s profond&#233;ment par les peuples humains, que les oasis ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es par les &#234;tres humains &#233;galement, qu'il y a eu un d&#233;boisement tr&#232;s important lors de l'apparition de l'agriculture, etc. On vit sur une Terre qui est anthropis&#233;e, tr&#232;s largement, qui est influenc&#233;e par l'&#234;tre humain, qui est lui-m&#234;me un animal, qui modifie son environnement, &#233;videmment &#8212; les v&#233;g&#233;taux aussi modifient leur environnement de mani&#232;re assez profonde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B&#233;rard Quentin ; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et la question est : de quelle mani&#232;re on modifie l'environnement ? Alors que le discours que vous nous pr&#233;sentez, le discours de l'&#233;co-th&#233;ologie, est un discours qui exclut l'&#234;tre humain en r&#233;alit&#233;. Il faudrait que l'&#234;tre humain arrive &#224; s'effacer en face d'une Nature qui serait intrins&#232;quement meilleure que lui. En fait, c'est &#231;a : l'&#234;tre humain est p&#234;cheur et ne cesserait de modifier ind&#251;ment une Cr&#233;ation qui lui est sup&#233;rieure, si j'ai bien compris.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a. Et alors, on est vraiment tr&#232;s avanc&#233;. Vous connaissez peut-&#234;tre l'accord de Kunming-Montr&#233;al, la COP 15 de la biodiversit&#233; 2022. Il va falloir prot&#233;ger 30 % enti&#232;re de la plan&#232;te. Prot&#233;ger contre quoi ? Contre l'humanit&#233;. Et il va falloir vivre en harmonie avec le monde pour 2050. Et l&#224;, on est dans un r&#234;ve compl&#232;tement fou. Nous avons eu en Belgique r&#233;cemment une consultation populaire sur l'adaptation de la strat&#233;gie &#224; la biodiversit&#233; pour 2030. J'ai particip&#233;, j'ai envoy&#233; une critique, je dirais, de ce principe de valeur intrins&#232;que, car il est pr&#233;sent dans ce texte, o&#249; on nous dit que la biodiversit&#233; a une valeur intrins&#232;que parce qu'elle a &#233;t&#233; conf&#233;r&#233;e par l'&#233;volution et que les esp&#232;ces ont une valeur intrins&#232;que. Et &#231;a, c'est compl&#232;tement aberrant. D'abord, les m&#233;canismes de l'&#233;volution sont aveugles, au point qu'il est impossible de donner une d&#233;finition claire et compl&#232;te de la notion d'esp&#232;ce, comme prouv&#233; par Darwin. C'est fondamentalement nous qui devons nous arranger un peu pour rogner les bords, pour que &#231;a tienne ensemble. Et donc les esp&#232;ces n'ont pas d'existence intrins&#232;que, donc elles ne peuvent pas avoir de valeur intrins&#232;que, ni aucune autre, enfin, sauf celles que nous leur donnons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et puis m&#234;me dans la science biologique, le terme de biodiversit&#233;, qui est tr&#232;s beau, c'est un tr&#232;s beau terme, qui est tr&#232;s reluisant, qui est tr&#232;s positif, ne veut pas dire grand-chose r&#233;ellement. Ce n'est pas le nombre d'esp&#232;ces qui compte&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens au forum de 1986. Il a &#233;t&#233; sp&#233;cialement invent&#233; parce que c'est un joli mot. Il est vrai qu'on trouve quelques occurrences accidentelles avant, mais c'est vraiment l&#224; que s'est jou&#233;e la chose. Wilson, le coordonnateur, dit dans la pr&#233;face du livre et dans ses m&#233;moires qu'il s'y est oppos&#233; parce qu'il trouvait &#231;a trop tape-&#224;-l'&#339;il. Il voulait garder &lt;i&gt;diversit&#233; biologique&lt;/i&gt;. Mais c'est ce passage. Apr&#232;s, il dit aussi, je me suis tromp&#233;. Pourquoi ? Parce que succ&#232;s ph&#233;nom&#233;nal. Le livre a fait 13 &#233;ditions papier. Maintenant, il est gratos sur l'Acad&#233;mie am&#233;ricaine des sciences am&#233;ricaines. Donc, c'est vraiment un texte fondamental que tout le monde doit lire. Ehrenfeld a aussi particip&#233;. Il a fait un article o&#249; il d&#233;fend l'impossibilit&#233; de donner une valeur mon&#233;taire aux esp&#232;ces et &#224; la biodiversit&#233;. Donc, c'est un livre vraiment important. C'est un tournant. Et Ehrenfeld, dans une interview int&#233;rieure, dit que &#231;a a march&#233;. Il n'aime pas non plus le mot. Il dit que c'est un slogan, c'est &#224; la mani&#232;re de la t&#233;l&#233;vision, c'est l'effet t&#233;l&#233;vision, c'est plus facile, avec les m&#233;dias audiovisuels qui se d&#233;veloppent. &#171; Diversit&#233; biologique &#187;, c'est trop lourd, &#231;a passe peut-&#234;tre bien dans un texte, mais &#224; la t&#233;l&#233;vision, non. Il faut pouvoir parler de mani&#232;re plus percutante. Et c'est comme &#231;a que &#231;a a pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contrairement &#224; ce que la plupart des gens croient, pour les scientifiques, les &#233;cologues, la biodiversit&#233; est un concept extr&#234;mement flou. Tr&#232;s concr&#232;tement, on ne sait pas, effectivement, il y a une difficult&#233; &#224; pr&#233;ciser d'abord le nombre d'esp&#232;ces, la d&#233;finition d'une esp&#232;ce, et ensuite la pr&#233;servation de toutes les esp&#232;ces, c'est-&#224;-dire qu'il faut aussi que l'on conserve les virus, il faut aussi que l'on conserve les parasites, il faut aussi que l'on conserve&#8230; C'est une absurdit&#233;, en fait. On ne peut pas admettre que plus il y a d'esp&#232;ces, mieux c'est. Il y a quelque chose de paradoxal : c'est tr&#232;s comptable aussi, cette question, &#231;a fait tr&#232;s spirituel et tr&#232;s comptable. C'est un nombre d'esp&#232;ces qu'on d&#233;terminerait [&#224; prot&#233;ger] et plus il y a d'esp&#232;ces, mieux ce serait. Ce n'est pas le cas du tout, en termes &#233;cologiques, ce n'est pas ce qu'on trouve sur le terrain. Et on exclut &#233;galement la biodiversit&#233; d'origine humaine : syst&#233;matiquement, lorsqu'on parle de biodiversit&#233;, on exclut les animaux domestiques, toutes les vari&#233;t&#233;s de bl&#233;, les vari&#233;t&#233;s de vaches, de cochons, etc. c'est une chose qui ne rentre pas du tout en ligne de compte. Alors que si on veut &#234;tre rigoureux, il faut compter avec une diversit&#233; g&#233;n&#233;tique, qui est incommensurable et qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par l'&#234;tre humain au fil des mill&#233;naires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#201;l&#233;ment d'&#233;cologie politique, op. cit.&#034; id=&#034;nh25-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, et donc quelques pr&#233;cisions int&#233;ressantes aussi. Ehrenfeld, dans &lt;i&gt;l'Arr&lt;/i&gt;&lt;i&gt;o&lt;/i&gt;&lt;i&gt;gance de l'Humanisme&lt;/i&gt;, dit qu'il faut prot&#233;ger &lt;i&gt;Variola&lt;/i&gt;, le responsable de la variole, qui est une esp&#232;ce en danger. C'est aberrant, &#231;a. Et la seule fa&#231;on de dire qu'il ne faut pas prot&#233;ger variole, en r&#233;alit&#233;, c'est de rejeter le principe de valeur intrins&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Covid-19, le virus du Covid-19, devrait &#234;tre respect&#233; &#233;galement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument. Ebola, le Covid-19, tout &#231;a, elle a le droit d'exister comme n'importe quoi d'autre. C'est le principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; moins de montrer qu'il est une cr&#233;ation humaine : effectivement, si jamais c'est une cr&#233;ation de laboratoire, l&#224;, pour le coup, on peut le d&#233;truire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour le rejet de ce qui est domestiqu&#233;, Wilson est un bel exemple aussi. Il aper&#231;oit un p&#233;cari au Suriname, mais il est domestiqu&#233;, alors c'est pas bon. Il a perdu son essence. Et aussi, pour lui, une des raisons qui l'a rendu militant, c'est qu'il faisait des r&#234;ves. Il revenait sans cesse sur une &#238;le tropicale et chaque fois, il y avait des fermes et des champs en plus : c'est mauvais. Pourtant, il se proclame humaniste. Non, il fait des cauchemars qui culpabilisent l'humanit&#233;, c'est tr&#232;s clair, et &#231;a le rend militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, en fait, la Nature est l'incarnation du Dieu, en quelque sorte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'&#339;uvre divine, oui. Ou d'une spiritualit&#233;, parce qu'il y n a plusieurs, comme Wilson, qui ont une spiritualit&#233;, mais pas avec un &#234;tre tout puissant, alors on dit que c'est l'&#233;volution. Il y en a qui naviguent beaucoup. En plus, Ehrenfeld ne parle jamais de ses engagements, mais il a quand m&#234;me co-organis&#233; avec un certain Rabin la premi&#232;re conf&#233;rence sur le juda&#239;sme et l'&#233;cologie. Soul&#233; a fait en 1981 une conf&#233;rence &#224; San-Diego sur la religion et l'&#233;cologie. Il a invit&#233; Arne Naess&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arne Dekke Eide N&#230;ss (1912 &#8211; 2009) &#233;tait un philosophe norv&#233;gien c&#233;l&#232;bre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce philosophe Norv&#233;gien qui a invent&#233; le terme &#233;cologie profonde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; l'&#233;cologie [profonde] ou &lt;i&gt;deep &#233;cologie&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; toutes les cr&#233;atures re&#231;oivent une valeur intrins&#232;que aussi. Ils sont devenus grands amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lui qui est tr&#232;s clairement anti-humaniste, je crois que son engagement est assez clair, il n'y a pas de faux-semblants.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, je pense. Soul&#233; aussi. Il y a une anecdote dans les ann&#233;es 90. : les [&#233;conomistes], sans doute jaloux du pouvoir politique des bioconservateurs, inventent le &lt;i&gt;service &#233;cosyst&#233;mique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://zohriginal.com/services &#233;cosystemiques.html&#034; id=&#034;nh25-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; une autre aberration : faut tout arracher &#224; l'environnement, m&#234;me moindre radis doit s'arracher, il ne nous donne rien l'environnement. Soul&#233; s'emporte en disant comment ! les humanistes et leurs alli&#233;s commencent &#224; s'emparer du combat &#233;cologiste !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael Soul&#233;, The Tigress and the Little Girl, Chapitre 6, 'International (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Donc il est aussi anti-humaniste, tr&#232;s clairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et cette re-sacralisation de la Nature, en fait, c'est &#233;tonnant parce que dans votre livre, vous pointez cette &#233;co-th&#233;ologie tenue par des sp&#233;cialistes de la question, mais on la retrouve tr&#232;s fr&#233;quemment dans le discours &#233;cologiste agnostique ou pa&#239;en.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, par imbibation. On s'imbibe d'id&#233;es qu'on ne comprend pas. Aujourd'hui, les id&#233;es ne partent plus du corps social, elles partent d'une vaste n&#233;buleuse mondialisante dont l'ONU est le centre, et puis elle nous retombe dessus. Ces gens-l&#224; pratiquent la lat&#233;ralit&#233; dans leur sein, mais &#231;a nous tombe dessus verticalement. &#192; coup de slogans, comme &#171; biodiversit&#233; &#187;, c'est un slogan. Ou anti-slogans, c'est-&#224;-dire des expressions d&#233;nigrantes, qui, comme un slogan ont pour but qu'on n'aille pas voir ce qu'il y a derri&#232;re, mais qui, au lieu de vanter un produit, le condamnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est aussi peut-&#234;tre l'expression d'un fond chr&#233;tien, qui est chez chacun d'entre nous, europ&#233;ens, et qui s'exprime de cette mani&#232;re-l&#224;. On le retrouve dans d'autres domaines : dans le domaine de l'aide humanitaire, on se retrouve aussi avec des postures qui sont extr&#234;mement jud&#233;o-chr&#233;tiennes, o&#249; on voit le Christ dans le pauvre, ou dans le migrant, ou dans le musulman et que l'on prot&#232;ge absolument de mani&#232;re intrins&#232;que, en lui-m&#234;me, quoi qu'il dise et quoi qu'il fasse. Il y a aussi un fond culturel, &#224; mon avis, qui remonte et qui rentre en osmose, en fait, avec le discours de tous ces th&#233;ologiens dont vous d&#233;montez le discours.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, tout &#224; fait. Par exemple, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'ONU est quand m&#234;me assez exemplaire. Il lance des impr&#233;cations &#224; la Savonarole contre l'humanit&#233; : &#171; Nous chantons un autre chant, nous avons bris&#233; l'harmonie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://zohriginal.com/billets/Billet cop15.html&#034; id=&#034;nh25-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; Et puis, c'est le retour &#224; l'harmonie qu'il demande, avec l'accord de Kunming. &#199;a, c'est le fond qui a &#233;t&#233; un manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Absolument. Vous abordez dans votre livre des c&#244;t&#233;s plus concrets, notamment autour de l'agriculture biologique. Est-ce que vous pourriez en parler un petit peu de l'application de cette &#233;co-th&#233;ologie &#224; l'agronomie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture biologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://zohriginal.com/Agriculture biologique.html&#034; id=&#034;nh25-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est ant&#233;rieure &#224; l'&#233;co-th&#233;ologie proprement dite. Elle est clairement due &#224; une r&#233;volution spirituelle europ&#233;enne contre ce que les pionniers de l'agriculture biologique appellent &#171; la science mat&#233;rialiste &#187;. Le tout premier, c'est Steiner qui fait de la biodynamie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://zohriginal.com/biodynamie.html&#034; id=&#034;nh25-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L&#224;, c'est un peu dans un d&#233;lire&#8230; Par exemple, il nous dit que la grande erreur de la science mat&#233;rialiste, c'est de penser que la f&#233;condation a lieu dans la fleur. &#199;a ne peut pas &#234;tre comme &#231;a. Pourquoi ? Parce que la fleur, elle est dans l'atmosph&#232;re, donc elle appartient au royaume des cieux, c'est le P&#232;re, la M&#232;re, c'est la terre. Donc il faut que la f&#233;condation ait lieu dans les racines. Et alors il invente un bal de gnomes, d'ondines, [de sylphes], d'esprit du feu, pour que tout &#231;a arrive &#224; ce que la f&#233;condation ait lieu dans les racines. Alors Steiner a une petite influence, mais les autres pionniers se sont vite d&#233;tourn&#233;s de lui. Mais il a quand m&#234;me sugg&#233;r&#233; &#224; Lord Northbourne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lord Northbourne (1896-1982), l'un des premiers agriculteurs biodynamiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; la mention du terme &lt;i&gt;organic farming&lt;/i&gt; qui, contrairement &#224; ce qu'on croit, signifie en fait consid&#233;rer la ferme comme un organisme. Il est emprunt&#233; &#224; Steiner. L'organicisme bas de gamme et le holisme bas de gamme sont tr&#232;s r&#233;pandus dans les milieux &#233;cologistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, consid&#233;rer en fait ces entit&#233;s comme des organismes &#224; part enti&#232;re.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, et appliquer les propri&#233;t&#233;s de l'organisme aux &#233;cosyst&#232;mes, donc &#231;a c'est tr&#232;s fr&#233;quent. Le champion le plus raffin&#233;, c'est Whitehead&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alfred North Whitehead (1861-1947) fhttp://zohriginal.com/personnalit&#233;s/whitehea&#034; id=&#034;nh25-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais lui c'est vraiment tr&#232;s raffin&#233;. Ce qu'on trouve en g&#233;n&#233;ral autour de soi, c'est des versions tr&#232;s tr&#232;s tr&#232;s simplifi&#233;es de &#231;a. Idem pour le holisme, qui a &#233;t&#233; invent&#233; par Smuts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jan Christiaan Smuts (1870-1950) &#233;tait un homme d'&#233;tat sud-africain, g&#233;n&#233;ral (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui est toute une th&#233;orie de l'&#233;volution, o&#249; l'esprit tombe d'en haut, &#224; la fin on apprend que l'esprit tombe d'en haut, et qui est surtout retenu pour son id&#233;e que le tout est plus que la somme des parties. Mais c'est beaucoup plus complexe que &#231;a, sa vision. C'est aussi un peu oubli&#233;, le terme est rest&#233; pour des choses beaucoup plus simplistes. Et donc revenons &#224; Lord Northbourne, qui est un co-fondateur de la &lt;i&gt;Soil Association&lt;/i&gt;, la plus ancienne organisation bio, dont la principale fondatrice &#233;tait Lady Eve Balfour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lady Eve Balfour (1898 -1990), ni&#232;ce de l'ancien premier ministre Arthur J. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont le livre &lt;i&gt;The Living Soil&lt;/i&gt; finit par un appel &#224; une r&#233;volution chr&#233;tienne. L&#224;, il n'y a vraiment aucun doute. Northbourne est aussi chr&#233;tien, mais il est p&#233;rennialiste, c'est-&#224;-dire qu'il croit que toutes les religions ont une m&#234;me origine, oubli&#233;e depuis longtemps, que chacun suit son chemin et qu'&#224; la fin, ils vont se retrouver dans une grande r&#233;conciliation des religions qui marquera la triomphe de la spiritualit&#233; sur la science mat&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a h&#226;te d'y &#234;tre&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, vous avez aussi un personnage tr&#232;s int&#233;ressant dans cette fondation de la &lt;i&gt;Soil &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Association&lt;/i&gt;, Lord Portsmouth&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gerard Wallop, Xe Lord Porstmouth. (http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/porsmout&#034; id=&#034;nh25-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un politicien conservateur qui s'est immigr&#233; &#224; un moment donn&#233; au Kenya. Il &#233;tait l'un des premiers grands d&#233;veloppeurs de la pyr&#232;thre, une plante qui fournit un des pesticides bio les plus importants. Et lui, il &#233;tait persuad&#233; que les mythes du jardin d'&#201;den et l'&#194;ge d'Or correspondaient bien &#224; une r&#233;alit&#233;, non pas litt&#233;rale, ce sont des mythes, mais qu'il y avait bien eu une &#233;poque harmonieuse. Autre variante, l'id&#233;e qu'il faut revenir aux chasseurs-cueilleurs. John Cobb dit qu'il avait avec son coll&#232;gue Paul Scheppard de nombreuses discussions l&#224;-dessus parce que Scheppard &#233;tait pour et disait que le vrai paradis &#233;tait la p&#233;riode des chasseurs-cueilleurs et Cobb disait non, il y a une grande diff&#233;rence avec le christianisme, on ne peut pas revenir au jardin d'&#201;den parce que des anges gardent l'entr&#233;e, et puis, notre seule issue, c'est l'apocalypse, qui doit apporter une r&#233;demption sup&#233;rieure, une valeur sup&#233;rieure &#224; ce que nous avons perdu avec le p&#233;ch&#233; originel, qui est donc le fait qu'Adam mange le fruit de l'arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, d'o&#249; le clich&#233; r&#233;current aussi que la connaissance est contraire &#224; la sagesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et aussi l'Apocalypse, qui est quand m&#234;me un trope qui est tr&#232;s pr&#233;sent dans le discours &#233;cologiste et dans le discours g&#233;n&#233;ral&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B&#233;rard Quentin ; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait. Alors, il faut bien se rendre compte qu'il n'est pas tr&#232;s pr&#233;cis, l'apocalypse. On peut l'interpr&#233;ter de mani&#232;re diff&#233;rente. Il y a ceux qui disent qu'il faudra rendre &#224; Dieu la Cr&#233;ation telle qu'il nous l'a donn&#233;e. Ils sont &#233;cologistes, en g&#233;n&#233;ral. Ceux qui disent non, on ne va repartir de rien du tout, ceux-l&#224;, ils voient presque avec plaisir le d&#233;sastre &#233;cologique parce que &#231;a va apporter un monde nouveau, meilleur que tout ce que nous avons fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors revenons-en &#224; la question de l'agriculture biologique. M&#234;me si les fondements sont religieux, le principe n'est pas idiot : l'agriculture contemporaine, moderne, m&#233;canis&#233;e et chimique peut &#234;tre critiqu&#233;e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, on peut tout critiquer. L'agriculteur biologique, les pionniers, s'imaginaient que la Nature &#233;tait capable de se vacciner et de produire ses pesticides toute seule. Ce n'est pas le cas. Alors, il a fallu changer. On a commenc&#233; &#224; prendre des pesticides aussi. On dit oui quand c'est tir&#233; d'un min&#233;ral ou d'une plante, c'est naturel, donc c'est meilleur. On a l&#224; le dualisme. Typiquement, dans la pol&#233;mique sur les pesticides, s'il est le produit d'une invention, d'une nouvelle mol&#233;cule invent&#233;e par l'homme, ce sera d'office rejet&#233;, quel que soit l'usage qu'on en fait, parce que Dieu ne veut pas que nous fassions des mol&#233;cules. Seul Dieu peut faire des mol&#233;cules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#224; l'inverse, si on utilise une mol&#233;cule naturelle, on peut utiliser sans r&#233;serve et sans probl&#232;me.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un chercheur belge qui a pass&#233; huit ans &#224; extraire une mol&#233;cule de plante et il est persuad&#233; que &#231;a c'est bon, c'est bio. Donc, c'est bon pour l'environnement d'office. Mais si on abuse, l'abus nuit en tout. Donc, ce n'est pas la qualit&#233;, que la mol&#233;cule soit faite par une plante ou par l'homme, ce n'est pas &#231;a qui compte. &#201;videmment, il ne faut pas abuser. On a des probl&#232;mes avec les abus avec certains pesticides. &#199;a ne fait aucun doute. Il ne faut pas le nier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#224; l'inverse, par exemple, en bio, on utilise la bouillie bordelaise &#224; base de cuivre. On sait que cela entra&#238;ne une pollution des sols aux m&#233;taux lourds qui est assez importante et dont on parle assez peu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, c'est des mol&#233;cules qui existent dans l'environnement. Et puis, on les concentre, &#231;a pose des probl&#232;mes, &#231;a c'est clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc l'approche est compl&#232;tement biais&#233;e, en r&#233;alit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compl&#232;tement. Il y a toujours un lobbying qui pousse. Et on remarque d'ailleurs que, dans la plupart des cas, les agriculteurs non labellis&#233;s bio ont le droit d'utiliser les produits bio. Ils ont donc une sup&#233;riorit&#233; manifeste. Mais alors on les enferme dans une pseudo-cat&#233;gorie, on dit conventionnelle, ils n'ont sign&#233; aucune convention. On y met n'importe qui, ils n'ont aucun point commun. Tous ceux qui n'ont pas d'engagement id&#233;ologique, on les met dans cette cat&#233;gorie. Moi je pr&#233;f&#232;re les appeler agriculteurs libres, il y a le pire et le meilleur. Mais parce que ces agriculteurs ont le droit d'utiliser toutes les techniques, de s&#233;lectionner le meilleur, de faire du &lt;i&gt;cherry picking&lt;/i&gt; comme on dit en anglais, de choisir la meilleure cerise, ils ont une sup&#233;riorit&#233; potentielle qui force les nombreux lobbies bios &#224; s'attaquer &#224; eux &#233;videmment. Parce qu'eux se refusent &#224; des techniques qui pourraient &#234;tre bonnes, mais qui n'entrent pas dans leur &lt;i&gt;credo&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ce sont aussi des gens qui ont plus de libert&#233;. Dans votre livre, il y a le dernier chapitre qui me semblait assez important, o&#249; vous parlez de la disparition de la d&#233;mocratie. Puisque justement, &#224; partir du moment o&#249; on consid&#232;re que la Nature est bonne en elle-m&#234;me, il n'est plus question que les gens qui sont en contact avec la nature, les agriculteurs, les bergers, les p&#234;cheurs, aient &#224; d&#233;cider quoi que ce soit. Il faut qu'on leur impose de l'ext&#233;rieur des normes, la pr&#233;sence du loup ou de l'ours, etc. Il n'est plus question de l'expression des premiers concern&#233;s.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, maintenant il faut sacrifier une partie des cultures, des for&#234;ts. Je discutais dans mon village avec deux personnes qui s'&#233;tonnaient qu'on ne pouvait plus ramasser du bois dans les for&#234;ts communales, on le laisse pourrir. &#199;a fait partie de ce culte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc le principe est d'exclure l'&#234;tre humain de la question &#233;cologique. C'est &#231;a qui est &#233;tonnant, c'est que c'est une &#233;cologie qui a tendance &#224; &#233;loigner l'&#234;tre humain de la nature.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah oui, tout &#224; fait, nous sommes les grands coupables, nous sommes en trop sur Terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'y a pas de perspective, en fait, dans cette politique&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224;, le pouvoir est confisqu&#233; par ce que j'appelle le clerg&#233;, cette religion environnementale dont le grand dogme est la valeur intrins&#232;que. Il y a des th&#233;ologiens, il y a des &#233;thiciens, il y a des philosophes de l'environnement qui sont un peu&#8230; Et puis, il y a le clerg&#233;, les ONG, les scientifiques militants qui ont re&#231;u de l'ONU un pouvoir important depuis le rapport de la commission Brundtland de 1987 qui dit nomm&#233;ment qu'il faut donner plus de pouvoir aux scientifiques et aux ONG&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notre avenir &#224; tous - Rapport Brundtland/Chapitre 12 (http://zohriginal.com/Brun&#034; id=&#034;nh25-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et puis, il y a aussi des fonctionnaires qui sont d&#233;di&#233;s &#224; &#231;a. Et puis, il y a des juges complaisants. Et tout &#231;a fait que le pouvoir politique n'&#233;mane plus de nos &#233;lus. Nos &#233;lus ne sont plus nos repr&#233;sentants, ils sont les courroies de transmission de ce qui se d&#233;cide ailleurs, quelque part dans la n&#233;buleuse mondialisante. Ils n'ont plus de libert&#233; d'action en notre faveur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais comment expliquer que la science, que les scientifiques, soient si proches du discours &#233;co-th&#233;ologique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, je crois qu'il y a une grande influence am&#233;ricaine. En Am&#233;rique, il n'y a rien &#224; faire, tout est spirituel, m&#234;me la science, on le voit bien. Une conf&#233;rence sur la th&#233;ologie qui est publi&#233;e dans la revue &lt;i&gt;Science&lt;/i&gt;, c'est quand m&#234;me symptomatique. Et ceux qui ne le sont pas, ils finissent par &#234;tre &#233;ject&#233;s du mouvement politique. Wilson, c'est quand m&#234;me incroyable, il ne croit pas en Dieu, mais il croit en la religion. Et puis, &#231;a passe chez nous en raison de la force de leur culture. On est aussi une soci&#233;t&#233; chr&#233;tienne o&#249; il y a des &#233;chos, parfois inconscients. Donc, c'est un terreau fertile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et des cr&#233;dits &#233;galement ; les laboratoires d&#233;pendent aussi de l'&#233;cho que leurs travaux rencontrent. Et s'ils veulent d&#233;bloquer un cr&#233;dit, il vaut mieux alerter la population plut&#244;t que de dire que, finalement, la biodiversit&#233;, dans tel ou tel endroit, ne va pas si mal, que dans tel ou tel endroit, elle s'enrichit, qu'on pourrait discuter de sa mesure, de sa pertinence, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;etc.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors encore une petite chose que j'ai oubli&#233; de dire sur la valeur intrins&#232;que : elle est tr&#232;s tr&#232;s importante, elle se trouve d&#233;j&#224; dans la premi&#232;re phrase de la convention de 1992 sur la diversit&#233; biologique qui dit : &#171; les parties contractantes, conscientes de la valeur intrins&#232;que de la diversit&#233; biologique&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point int&#233;ressant aussi c'est que les brouillons mentionnaient une phrase en anglais du style : &#171; &#8230; reconnaissant que l'humanit&#233; doit partager l'environnement avec les autres formes de vie&#8230; &#187; qui est un peu la m&#234;me chose dans une formulation tr&#232;s proche de l'&#233;cologie profonde donc manifestement il y a eu des influences&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi quelqu'un qui a supprim&#233;, au dernier moment, cette expression. De m&#234;me le mot &#171; biodiversit&#233; &#187; qui appara&#238;t de temps &#224; autre dans le brouillon dispara&#238;t compl&#232;tement dans la version finale donc il y a quelqu'un qui, comme Wilson, a d&#251; trouver que c'&#233;tait trop tape-&#224;-l'&#339;il, ce mot, et qui a pr&#233;f&#233;r&#233; rester [avec l'expression diversit&#233; biologique ]. Donc il y avait encore probablement des petites r&#233;sistances mais maintenant le mot biodiversit&#233; est sur toutes les l&#232;vres, il a gagn&#233; la partie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce principe de valeur intrins&#232;que est fondamental parce que dans la tradition humaniste occidentale, effectivement, l'homme est mesure de toute chose. C'est ce qui fonde le principe de l'autonomie, c'est-&#224;-dire la capacit&#233; de l'&#234;tre humain &#224; d&#233;cider de lui-m&#234;me de ce qu'il a &#224; faire, oppos&#233; &#224; la notion d'h&#233;t&#233;ronomie, que reprend Castoriadis o&#249; l'&#234;tre humain va d&#233;pendre de quelque chose d'autres &#8211; h&#233;t&#233;ro-nomie &#8212; qui va lui dicter ses lois, ses croyances et ses principes et c'est &#233;videmment l'ali&#233;nation religieuse, l'ali&#233;nation aupr&#232;s la Nature &#8212; ce dont on parle &#8212; l'ali&#233;nation aupr&#232;s d'un Parti qui va dire ce qu'il y a &#224; penser, ce qu'il y a &#224; faire, sans aucune d&#233;lib&#233;ration collective. Ce que vous d&#233;crivez est un pur retour &#224; l'h&#233;t&#233;ronomie, en fait : on d&#233;pend maintenant de ce que la nature est, ou de ce que l'on croit qu'elle, est sans discussion et donc vous avancez la notion de &#171; biocratie &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Donc biocratie est un mot que j'ai emprunt&#233; &#224; une &#233;co-th&#233;ologienne f&#233;ministe am&#233;ricaine qui s'appelait Sallie McFague, c'est tr&#232;s proche de l'id&#233;e de Lynn White de d&#233;mocratie de l'ensemble de la Cr&#233;ation, donc tout dans l'univers re&#231;oit des personnalit&#233;s, des valeurs intrins&#232;ques&#8230; nous sommes les cousins des &#233;toiles et des plan&#232;tes m&#234;mes, dit-elle dans son livre. Puis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; ce qui est vrai au sens le plus &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ration&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;el &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;du terme mais qui n'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; pas un engagement non plus&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes certainement cousins de tous les &#234;tres vivants, mais des &#233;toiles et des rochers, je suis un peu moins s&#251;r&#8230; Donc j'ai repris ce terme qui repr&#233;sente bien le fait qu'elle appelle elle-m&#234;me &#224; remplacer la d&#233;mocratie par la biocratie, je pense qu'on est dedans&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est explicite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Cet appel] est explicite dans un texte des ann&#233;es 90 que je me suis procur&#233; et on est dedans donc maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'environnement et tous ses composants ont une valeur intrins&#232;que, pour eux-m&#234;mes donc il n'y plus moyen de discuter de la valeur de la biodiversit&#233;, il n'y a plus moyen de discuter de la valeur du climat, il n'y a plus moyen de discuter de l'environnement lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous appelle &#224; respecter l'environnement&#8230; alors moi je suis bien d'accord qu'on ne doit pas jeter ses crasses dans l'espace public ou dans le jardin du voisin mais c'est de la civilit&#233;, c'est une question de rapport entre humains&#8230; l'environnement se fout d'&#234;tre couvert de plastique ou d'ordures, c'est pas son probl&#232;me c'est le n&#244;tre et il est grave &#233;videmment, il ne faut pas le nier non plus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien s&#251;r parce que ce n'est pas un discours mod&#233;rantiste que vous tenez : la question n'est pas de nier la crise &#233;cologique c'est d'arriver &#224; la surmonter, &#224; la traiter et c'est pas en plaquant des cat&#233;gories spirituelles qui nous sont propres que l'on va r&#233;ussir &#224; r&#233;gler quoi que ce soit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;&#8230; Moi la solution que je propose c'est une renaissance humaniste qui doit avoir pour premier but de nous redonner ce droit d'&#233;valuer la crise environnementale en termes humains, en termes de valeur humaine. D'abord il faut comprendre qu'on nous l'a vol&#233;, pourquoi, comment, c'est le but de mon livre. Et puis aussi de rendre la gestion de cet environnement &#224; des professions qui ont des objectifs en termes humains, des objectifs de r&#233;sultat en termes humains, donc agronomes agriculteurs, forestiers, bio-ing&#233;nieurs. Il faut aussi une biologie de l'adaptation plut&#244;t qu'une biologie de la conservation, il faut chasser les conservationnistes de la gestion de l'environnement. Ils se sont attribu&#233; un monopole, un quasi monopole dans cette gestion et &#224; coup de valeur intrins&#232;que... &#199;a a une valeur, elle est intrins&#232;que &#8212; en pratique c'est quoi ? Ben c'est &#224; nous &#224; le d&#233;terminer ! Nous, nous ou le clerg&#233; du culte. On ne dit pas le clerg&#233; du culte, mais c'est &#231;a qu'ils sont&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ui, voil&#224;, parce que &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;on parle de &#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;bio-cratie &#187;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; oppos&#233;e &#224; d&#233;mocratie, mais en en r&#233;alit&#233; c'&#233;tait pas &#171; la vie &#187; qui va d&#233;cider de quoi que ce soit. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;M&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;oi je parle par d'une &#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;co-cratie &#187;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B&#233;rard Quentin ; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; ce ne &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;sont&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; pas les &#233;cosyst&#232;mes qui vont d&#233;cider de quoi que ce soit, il y a bien des gens qui parleront au nom de cette &#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Vie &#187;,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; au nom de cet &#171; &#233;cosyst&#232;me &#187;, au nom d'un &#171; int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur &#187;. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;D&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;onc c'est une hypocrisie insigne. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'es&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;t&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; exactement comme le Parti bolchevique qui parlait au nom de l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;H&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;umanit&#233;, au nom du &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;P&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;rol&#233;tariat. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;O&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n est quasiment dans la th&#233;ocratie : il y a un clerg&#233;. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'est c'est tout l'objet du deuxi&#232;me tome de votre livre, &#171; le pouvoir des druides &#187; : il y a des gens qui s'arrogent un pouvoir particulier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;&#8230; mais cette th&#233;ocratie, ce clerg&#233;, ce sont des gens, ce sont des interpr&#233;teurs, des mandataires et des interpr&#233;teurs, ils recherchent la v&#233;rit&#233; qu'ils croient spirituelle et &#233;thique, qu'ils voient se situer dans l'environnement. Ils ne vont pas commencer &#224; discuter de ce qui est bon ou pas pour l'humanit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ous faisiez un lien avec l'&#233;co-f&#233;minis&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;m&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e est-ce que vous p&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ourriez en dire plus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il y a une autre personnalit&#233; que j'ai trouv&#233;e dans mes recherches qui s'appelait Rosemary Radford Ruether, qui &#233;tait une th&#233;ologienne catholique qui a &#233;crit un article int&#233;ressant dans un livre collectif de l'ONU publi&#233; en 1999 qui s'appelle &lt;i&gt;Spiritual and Cultural Values of Biodiversity&lt;/i&gt; et que je surnomme la &#171; Bible &#187; de la biodiversit&#233; parce que vous la trouvez sur le site de l'ONU [(UNEP)] sous le nom &#171; Cultural - Spiritual - the Bible &#187;. Et donc l'article qu'elle &#233;crit dans ce livre est tr&#232;s int&#233;ressant parce qu'elle lie sp&#233;cifiquement l'oppression des femmes avec la d&#233;gradation de la Nature attribu&#233;e au patriarcat. Et &#231;a c'est un terme de l'intersectionnalit&#233; contemporaine qui &#233;tait donc d&#233;j&#224; l&#224; il y a 30 ans, c'&#233;tait une th&#233;ologienne catholique en plus, am&#233;ricaine &#233;videmment parce que tout &#231;a vient en grande partie des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ce livre est tr&#232;s important, il y a d'autres parties dont on devrait parler un peu&#8230; Il y a dans ce livre un culte du bon sauvage [impos&#233; aux peuples autochtones] qui est omnipr&#233;sent. Il y a une introduction qui est faite par Klaus T&#246;pfer, qui &#233;tait un homme politique d&#233;mocrate chr&#233;tien allemand qui &#233;tait le pr&#233;sident de l'UNEP, donc le programme environnemental de l'ONU, qui dit que nous devons retisser des contacts et [signer] un nouveau pacte avec l'environnement &#8212; comme si c'&#233;tait une personne. Et la m&#234;me ann&#233;e ce Klaus T&#246;pfer va faire un speech au Conseil &#339;cum&#233;nique des &#233;glises, une association qui accueille des d&#233;l&#233;gu&#233;s de toutes les &#201;glises chr&#233;tiennes du monde. Il y d&#233;fend ouvertement la doctrine de l'intendance donc on voit bien &#8212; on a quand m&#234;me un haut repr&#233;sentant de l'ONU &#8212; que la neutralit&#233; religieuse de l'&#201;tat est morte, due &#224; la mondialisation de l'environnement, parce qu'on n'imagine pas un ministre fran&#231;ais faire devant l'archev&#234;ch&#233; un discours pareil, c'est impensable, pourtant personne ne semble avoir boug&#233; &#224; l'&#233;poque quand un haut responsable de l'ONU fait l'&#233;quivalent devant une assembl&#233;e religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et [cette mort de la neutralit&#233; religieuse de l'&#201;tat] &#233;tait &#224; pr&#233;voir en fait parce que l'immense majorit&#233; des gens sont des croyants. Maintenant il y a une &#233;volution g&#233;n&#233;rale &#224; int&#233;grer les conditions &#233;cologiques dans les religions du monde entier et il y a une ONG &#233;co-religieuse qui a jou&#233; un grand r&#244;le dans ce processus, elle s'appelait l'Alliance de la religion et de la conservation, fond&#233;e par le WWF sur une id&#233;e de son pr&#233;sident de l'&#233;poque le duc d'&#201;dimbourg. Et cette association a &#233;t&#233; g&#233;r&#233;e par Martin Palmer qui &#233;tait &#8212; qui est toujours &#8212; un th&#233;ologien britannique. Elle a ferm&#233; ses portes quand le duc et Palmer ont d&#233;cid&#233; que la t&#226;che &#233;tait accomplie, donc que l'ensemble des religions du monde entier avaient pris conscience qu'elles devaient se r&#233;former face &#224; la crise environnementale et l'int&#233;grer dans leurs valeurs. Donc un peu partout dans le monde maintenant c'est fait, il y a des adaptations &#233;co-religieuses dans toutes les religions du monde. Quelques actions continuent comme &#171; la Foi dans la finance &#187;, donc orienter la finance des &#201;glises pour faire quelque chose de plus &#233;cologiste, suivant leurs principes&#8230; mais qui a entendu parler de cette ONG ? Pourtant le WWF tout le monde sait ce que c'est, le duc d'&#201;dimbourg quasiment tout le monde savait qui c'&#233;tait&#8230; C'&#233;tait un de ses fleurons, je pense, cette association, disparue non pas par &#233;chec mais parce que la t&#226;che est accomplie,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils consid&#232;rent que leur mission est termin&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, d'avoir conscientis&#233; les religions du monde entier sur la n&#233;cessit&#233; d'int&#233;grer un discours &#233;cologiste dans les programmes religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est en r&#233;alit&#233; faire de l'atteinte &#224; l'environnement &#224; p&#233;ch&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, mais c'est tr&#232;s chr&#233;tien, le p&#233;ch&#233;&#8230; On n'est bien s&#251;r pas oblig&#233; d'adopter les conditions chr&#233;tiennes... Le p&#233;ch&#233; dans l'environnement appara&#238;t d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 70 chez les &#233;vang&#233;listes am&#233;ricains et il s'est r&#233;pandu maintenant chez les orthodoxes, chez les catholiques, et c'est probl&#233;matique &#233;videmment puisque &#224; la sacralisation du Cr&#233;ateur c'est ajout&#233; la sacralisation de la Cr&#233;ation et donc on ne peut plus &#233;viter le discours religieux dans le domaine politique de l'[environnement], ce n'est plus possible. Pourtant on joue encore &#224; d&#233;fendre une neutralit&#233; religieuse qui maintenant est un &#233;chec, c'est clair&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et c'est devenu dans le langage le plus courant un &#171; &#233;cocide &#187; : on porte atteinte &#224; un &#233;cosyst&#232;me.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cocide &#224; son origine &#8212; j'ai encore vu r&#233;cemment dans un journal &#8212; c'est d&#233;truire les ressources &#233;cologiques d'une population dans un conflit guerrier et puis c'est devenu maintenant une atteinte &#224; l'&#233;cosyst&#232;me &lt;i&gt;lui-m&#234;me&lt;/i&gt; consid&#233;r&#233; comme ayant une valeur intrins&#232;que...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le glissement est int&#233;ressant&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi le &#171; dommage environnemental &#187; qui est un concept qui est d&#233;j&#224; dans la l&#233;gislation fran&#231;aise &#8212;pas encore dans la belge mais &#231;a va venir, il y a d&#233;j&#224; eu une d&#233;cision de justice prise en ce sens &#8212; &#231;a veut dire que l&#224; maintenant l'environnement c'est une personne qui peut subir un dommage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant dans le droit civil il fallait toujours qu'il y ait une victime, ce qui est assez logique d'ailleurs&#8230; on change l'environnement, en quoi c'est un dommage si personne n'est atteint dans sa sant&#233; ou dans sa propri&#233;t&#233; ? Maintenant, oui maintenant avec l'&#233;co-th&#233;ologie on a le dommage environnemental, c'est la biocratie en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et qui &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;parlera&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; au nom de l'&#233;cosyst&#232;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, le clerg&#233; du culte&#8230; Qui va d&#233;finir &#231;a [le dommage environnemental], qui va t&#233;moigner devant les tribunaux, comme expert ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce sont les scientifiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pas n'importe lesquels : ceux qui ont un engagement [pour l'environnement]. Et qui va aller en justice ? Les ONG r&#233;clamer des sous &#8212; &#231;a arrive par fois qu'elles re&#231;oivent des sous [des tribunaux].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n voit la constitution d'un clerg&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; qui se revendique l'int&#233;grit&#233; de la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;N&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ature.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, exactement, de la valeur intrins&#232;que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#233;tant donn&#233; que l'&#234;tre humain ne peut pas vivre sans la modifier &#224; des &#233;chelles diverses &#8212; et plus on est nombreux plus on modifie &#233;videmment &#8212; l'humanit&#233; est coupable en permanence&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;. D'o&#249; l'id&#233;e qu'il faut pr&#233;server 30 % &#8212; l'objectif est 50 % &#8212; 30 % c'est d&#233;j&#224; act&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; d'espace vierge.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas vierge : on peut faire du d&#233;veloppement &#8211; non, on ne peut pas en faire, on peut faire de la &lt;i&gt;durabilit&#233;&lt;/i&gt;, pas du d&#233;veloppement durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;urabilit&#233;&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Q&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;u&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;elle&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; diff&#233;rence vous fait entre &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;les deux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durabilit&#233;, c'est d'abord une mauvaise traduction de l'anglais &#171; sustainability &#187;. D&#233;veloppement durable c'est une r&#233;action contre cette id&#233;e&#8230; &#171; Sustainability &#187;, en fait, c'est un masque, c'est une version cosm&#233;tique de ce qu'on a appel&#233; la &#171; croissance z&#233;ro du Club de Rome &#187; ou l'&#233;tat &#233;conomique stationnaire en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai trouv&#233; dans mes recherches une anecdote qui vaut ce qu'elle vaut mais qui est int&#233;ressante : vous savez qu'il y a eu en 1972 un tr&#232;s c&#233;l&#232;bre livre &#171; Halte &#224; la croissance &#187;, &lt;i&gt;The Limit to Grow&lt;/i&gt; en anglais, qui avait quatre auteurs. On dit parfois &#171; le rapport Meadows &#187; mais il avait deux autres auteurs et le troisi&#232;me c'est J&#248;rgen Randers, un physicien norv&#233;gien qui travaillait au MIT &#8212; qui a fait l'&#233;tude &#8212; et qui &#233;tait aussi un participant enthousiaste au groupe &#171; Sciences et technologies &#187; du Conseil &#339;cum&#233;nique des &#201;glises et en 1974 il y est all&#233; faire une conf&#233;rence pour essayer de vendre sa croissance z&#233;ro. Il s'est heurt&#233; &#224; une lev&#233;e de bouclier des repr&#233;sentants du Tiers-monde qui ont dit : pas question que l'Occident utilise la crise environnementale pour nous emp&#234;cher de nous d&#233;velopper comme vous vous l'avez fait - c'est une constante de toutes les COPS [conf&#233;rences des parties], &#231;a revient toujours ! Alors il a arr&#234;t&#233;, il a fait une pause caf&#233; avec Charles Birch qui &#233;tait un des organisateurs &#8212; qui nous a racont&#233; l'anecdote dans ses M&#233;moires &#8212; Birch &#233;tait tout &#224; la fois un docteur en biologie et un &#233;co-th&#233;ologien [de l'&#233;cole] de Whitehead comme John Cobb et donc il est revenu [&#224; la conf&#233;rence et] il a invent&#233; une formule : une soci&#233;t&#233; &#233;cologiquement et &#233;conomiquement durable donc &#171; sustainable &#187;. D'apr&#232;s Cobb c'est l'origine de la version moderne du mot &#171; sustainable &#187; qui est tr&#232;s ancien en anglais mais c'est de l&#224; que &#231;a viendrait la version &#233;cologiste. Tr&#232;s vite apr&#232;s &#231;a il y a des gens qui ont dit : mais quand m&#234;me on doit pouvoir se d&#233;velopper et donc il y a eu le d&#233;veloppement durable &#8212; sustainable development &#8212; qui a &#233;t&#233; le point 1 de l'ordre de mission donn&#233; par l'ONU &#224; la commission Brundtland qui a d&#233;pos&#233; ses conclusions en 1987, y compris le fait qu'il faut donner plus de pouvoir politique aux scientifiques et aux ONG, parce qu'ils vont faire une &#233;conomie, on le sugg&#232;re dans le rapport, [l'ONU] va faire une &#233;conomie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le paradoxe, en fait, de cette &#233;co-th&#233;ologie et que, sous couvert de th&#233;ologie, de spiritualit&#233;, on donne d'autant plus de pouvoir aux scientifiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, oui, mais pas qu'&#224; eux, mais effectivement, c'est une manie des responsables politiques de se cacher toujours derri&#232;re des experts maintenant. Il y a une v&#233;ritable dictature des experts et quand on les &#233;coute les experts, ils disent &#171; mais les politiciens ne nous &#233;coutent pas &#187; &#8212; mais bon &#231;a c'est autre chose&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc en fait on va droit vers une sorte de technocratie, de &#171; techno-scientocratie &#187; derri&#232;re des apparences tr&#232;s g&#233;n&#233;reuse et tr&#232;s spirituelle&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a n'est pas si &#233;vident que &#231;a parce que quand on voit la corruption d'une partie de la science par le militantisme, que c'est ceux-l&#224; qui arrivent finalement au pouvoir politique, c'est pas toujours des technocrates. Parfois aussi des gens comme on l'a vu qui ont des positions spirituelles tr&#232;s tr&#232;s oppos&#233;es &#224; certaines visions technocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des id&#233;ologues en r&#233;alit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui c'est &#231;a, des scientifiques id&#233;ologues comme les Soul&#233;, comme les Ehrenfeld comme les Wilson, comme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus pr&#232;s de nous on a une Greta Thunberg, par exemple, qui n'est ni scientifique ni th&#233;ologienne mais qui a un discours &#224; la fois tr&#232;s religieux et tr&#232;s pro-science : c'est elle qui hurle en permanence &#171; &#233;coutez les scientifiques &#187; et qui a en m&#234;me temps une attitude tr&#232;s militante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas qu'elle... l&#224; on prend en otage les scientifiques en disant voil&#224; la science dit &#231;a &#187; et souvent c'est des opinions politiques, id&#233;ologiques, spirituelles qui en th&#233;orie ne regardent pas les scientifiques, c'est pas eux qui doivent d&#233;terminer &#231;a&#8230; Certains le font, donc il y a pas que Thunberg qui fait &#231;a&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Non bien s&#251;r mais c'est la plus connue, m&#234;me si elle est un peu en perdre de vitesse ces temps-ci&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est de sa faute, elle se lance dans de la transectionnalit&#233;&#8230; Voil&#224; elle se fait entra&#238;ner. Mais il faut savoir qu'il y a un pr&#233;c&#233;dent : la grande r&#233;union de 92 &#224; Rio qui &#233;tait ouverte par la fille de David Suzuki qui avait 12 ans qui a fait un beau discours qui a &#233;mu aux larmes et puis bon elle a milit&#233; encore, mais n'y a pas eu la focalisation m&#233;diatique comme pour Thunberg&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est la figure de l'innocenc&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e, l'Agneau&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; on prend un enfant&#8230; comme les gens qui poussent des landaus dans des manifestations politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ans votre livre vous abordez donc &#233;norm&#233;ment l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;co-&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;th&#233;ologie, c'est votre sujet, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;mais&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; vous &#234;tes tr&#232;s discret &#224; propos des lobby&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; scientistes par &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;contre,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; qui existe&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;nt&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; aussi. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Je pense&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; par exemple aux OGM : vous &#234;tes tr&#232;s critique envers les critiques, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;et&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; vous avez enti&#232;rement raison, et en m&#234;me temps on vit aussi dans un monde o&#249; il y a des int&#233;r&#234;ts qui sont autres &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;que&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; th&#233;ologique, des int&#233;r&#234;ts industriels et des int&#233;r&#234;ts scientifiques &#233;galement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les OGM, d'abord la premi&#232;re chose&#8230; ce qui m'irrite c'est le terme OGM lui-m&#234;me, c'est ce que j'appelle un anti-slogan&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est compliqu&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pas compliqu&#233;, c'est tout simplement qu'il y a pas de d&#233;finition claire, chacun fait sa d&#233;finition comme il veut et donc c'est ce que j'appelle un anti-slogan&#8230; Toute personne qui parvient &#224; relier un concept au mot OGM, eh bien &#231;a va d&#233;nigrer ce concept. Par exemple, il y a les opposants aux vaccins &#224; ARN, il y a des gens qui en font des critiques tr&#232;s valables auxquelles il faut r&#233;pondre et il y en a d'autres dont le seul but c'est de les faire passer pour des OGM parce que comme &#231;a, &#231;a va les d&#233;nigrer tout de suite. Ils ne peuvent pas &#234;tre des OGM parce que suivant la directive 2001.18 qui &#233;tait d'application en Europe, les &#234;tres humains ne sont pas des organismes suivant la loi &#8212; c'est un peu bizarre mais c'est comme &#231;a &#8212; et puis ces vaccins ne sont pas n&#233;s d'un processus de reproduction et en tout cas le l'homme qui a &#231;a en lui c'est pas un processus de reproduction et &#231;a peut pas &#234;tre &#231;a. Maintenant on l&#233;gif&#232;re donc sur un concept qui ne veut rien dire, donc &#231;a c'est d&#233;j&#224; un probl&#232;me et les opposants aux biotechnologie a deux grands groupes. Il y a un groupe spirituel tr&#232;s ancien qui sont les h&#233;ritiers de ceux qui s'opposaient d&#233;j&#224; aux transfusions sanguines et aux vaccins. Tout au d&#233;but, au 19e si&#232;cle il y a eu le docteur Paul Carton qui &#233;tait un spiritualiste et aussi premier mentor de Raoul Lemaire, le premier supporter de l'agriculture biologique fran&#231;aise, et puis maintenant il y a des h&#233;ritiers de cela, qui disent que c'est contre l'harmonie du monde de faire des vaccins, de faire des OGM et tout &#231;a. &#199;a &#233;videmment je le r&#233;fute compl&#232;tement. Puis il y a un autre courant qui s'inqui&#232;te de la main mise des grandes soci&#233;t&#233;s capitalistes sur les vaccins biotechnologies, et peut-&#234;tre n'ont-ils pas tort. On pourrait les calmer en donnant un pouvoir plus grand &#224; l'&#201;tat mais plus personne ne demande &#231;a&#8230; Les lib&#233;raux non, on comprend pourquoi, mais m&#234;me les gens&#8230; m&#234;me les anticapitalistes ne demandent pas qu'on donne &#224; l'&#201;tat un pouvoir sur les biotechnologies. Pourquoi ? Parce qu'il y a une position de fond id&#233;ologique largement spirituelle. Il y a eu d'ailleurs, en France, Jean-Marie Pelt qui &#233;tait un biologiste qui disait ouvertement [son opposition aux OGM] pour des raisons spirituelles. J'ai lu un de ces livres &#8212; apr&#232;s la conclusion de mon livre sinon je l'aurais cit&#233; parce que c'&#233;tait tr&#232;s int&#233;ressant &#8211; c'est quelqu'un qui en France revendique ouvertement la spiritualit&#233; pour s'opposer &#224; des biotechnologies, c'est rare. En g&#233;n&#233;ral on passe par des faux fuyants&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a une critique r&#233;elle des OGM qui me semble beaucoup plus rationnelle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut critiquer chacun d'entre eux sp&#233;cifiquement. &#199;a doit se faire au cas par cas, dans tandis qu'une critique globale sur quelque chose qu'on ne sait pas d&#233;finir moi je n'en vois pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;on mais partir du principe qu'une manipulation g&#233;n&#233;tique dans un laboratoire n'est peut-&#234;tre ni n&#233;cessaire ni souhaitable et qu'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;il &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n'y a aucun d&#233;bat d&#233;mocratique &#224; ce propos.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut voir laquelle. Donc, oui bien s&#251;r, on peut dire &#231;a, mais il faut voir quelle manipulation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or maintenant on a introduit des &#8212; je n'ai pas lu la derni&#232;re directive europ&#233;enne [sur les OGM] &#8211;- des concepts comme la cis-g&#233;nie et la trans-g&#233;nie qui sont une allusion &#224; la barri&#232;re des esp&#232;ces, qui vient de la Bible qui dit que Dieu a cr&#233;&#233; ces cr&#233;atures selon les esp&#232;ces. C'est de l&#224; que vient cette id&#233;e qu'il existe une barri&#232;re des esp&#232;ces, mais on sait bien que l'&#233;volution prend des zigzags un peu partout depuis Darwin on sait qu'elle n'existe pas cette barri&#232;re des esp&#232;ces, pas de mani&#232;re essentielle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a l'impression que votre discours laisse la porte ouverte &#224; absolument toutes les manipulations&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui c'est vrai, c'est in&#233;vitable parce que je dis qu'il faut faire au cas par cas donc comment&#8230; Oui et non, je ne vois pas quel argument global on peut dire contre le principe qu'on fait une manipulation g&#233;n&#233;tique, on en fait plus la nuit des temps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; d'autres &#233;chelles&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait &#231;a, c'est absolument, &#231;a, &#224; d'autres &#233;chelles, donc c'est bien l'&#233;chelle de temps qui pose des probl&#232;mes dans les manipulations&#8230; L&#224; on est d'accord, l'ampleur et l'&#233;chelle de temps...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l y a des mouvement&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; populaire&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; parfois, qui s'oppose&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;nt&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#224; des &#224; des nouvelles technologies qu'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ils&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; ne comprennent pas, en fait. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#199;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a me fait penser &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;au&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; mouvement antinucl&#233;aire, par exemple, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#224;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Hague,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; qui disait &#171; les experts &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;sont venus, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;nous on &#233;tait contre par principe parce qu'on &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;avait rien compris. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;O&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n &#233;tait contre mais peut-&#234;tre que c'&#233;tait bien ou pas &#187;. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;E&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n fait moi j'avais trouv&#233; que c'est c'&#233;tait assez parlant, parce que c'&#233;tait aussi contre le pouvoir des expert&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, c'&#233;tait quelque chose qui &#233;tait impos&#233; d'en haut. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#199;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;aurait &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;t&#233; une usine de casserole &#231;a aurait &#233;t&#233; pareil ,mais on &#233;tait contre par principe : on comprend rien donc on est contre et du coup ce rejet des OGM, il y a aussi &#231;a derri&#232;re &#171; vous allez modifier notre vivant on &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ne &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;comprend rien on veut on en veut pas &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une crise cr&#233;dibilit&#233; des experts mais assez paradoxalement elle concerne surtout les techniciens et les technologies dans le grand public et pas la science acad&#233;mique qui a encore un grand prestige &#8212; &#224; mon avis largement g&#226;t&#233; par le militantisme et un jour je pense que &#231;a va quand m&#234;me p&#233;ter quand on verra les exc&#232;s de ce militantisme scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du coup c'est des deux c&#244;t&#233;s : il y a la partie &#171; expert &#187; qui va &#234;tre pro-OGM et la partie &#171; expert &#187; scientifique qui va &#234;tre contre mais les citoyens sont un peu perdus au milieu de tout &#231;a&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je crois qu'un expert intelligent comprend que OGM, &#231;a veut rien dire et qu'on doit regarder : voil&#224; on a produit une plante pour qu'elle produise son pesticide, &#231;a pose toute une s&#233;rie de probl&#232;mes incontestablement et d'un autre c&#244;t&#233; je parle dans mon livre d'une anecdote : en 2017 il y a eu une grande panique, on part &#224; la chasse aux graines de p&#233;tunias orange. Alors c'est quoi ? C'&#233;tait le r&#233;sultat d'un test commit dans les ann&#233;es 1980, avec les premi&#232;res biotechnologies de l'&#233;poque. Juste un test, mais voil&#224; elle tombe sur le coup de la d&#233;finition des OGM au m&#234;me titre que les plantes plus pr&#233;occupantes qui produisent des pesticides et du coup on d&#233;truit, on fait un autodaf&#233;, et moi &#231;a m'&#233;nerve &#231;a, on est plein obscurantisme, qu'un p&#233;tunia soit orange par une manipulation traditionnelle ou parce que en occurrence on a pris un bout de g&#233;nome du ma&#239;s, on s'en fout, on devrait s'en foutre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je suis pas certain. Je suis beaucoup plus dubitatif sur les pr&#233;tentions de la science &#224; savoir ce qu'elle fait&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah oui, un scientifique conscient sait qu'il ne sait pas ce qu'il fait&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'est compliqu&#233;, &#224; partir de l&#224;, de donner un blanc-&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;seing&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un discours technophile qui est dangereux &#231;a je vous suis, un discours technophile qui est dangereux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On est d'accord, on se retrouve l&#224;-dessus. Et derri&#232;re en plus, en toile de fond, c'est une chose qui ne r&#233;pond &#233;ventuellement &#224; aucun besoin de la population. C'est-&#224;-dire que les OGM je sais pas trop quel moment les populations ont &#233;t&#233; consult&#233;es et m&#234;me chose &#224; propos du nucl&#233;aire : il y a jamais eu aucune consultation, du moins en France. Donc cela charrie &#224; la fois une r&#233;action visc&#233;rale, une envie de souverainet&#233; et &#224; la fois une m&#233;fiance vis-&#224;-vis d'une chose qu'on ne comprend pas et, au fond,il y a pas grand monde qui comprend. Beaucoup de scientifiques manipulent et ont tr&#232;s tr&#232;s peu de r&#233;flexion &#224; propos de ce qu'ils font. Ce sont des techniciens qui ex&#233;cutent. D&#232;s qu'on peut faire quelque chose, on le fait, en science. Cela nous conduit &#224; des manipulations&#8230; &#192; quel moment on aura l'autorisation de manipuler des &#234;tres humains ? Est-ce que nous avons des objections non religieuses &#224; ce genre de chose ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui bien s&#251;r. &#199;a d&#233;pend aussi quelle manipulation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ersonnellement je suis contre &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;le fait de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;manipuler &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;[g&#233;n&#233;tiquement] &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;un &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;f&#339;tus&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; humain je suis pas s&#251;r que nous &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;soyons&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; nombreux &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#224; le vouloir&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis plut&#244;t contre aussi mais &#231;a d&#233;pend quoi, &#231;a d&#233;pend de ce qu'on fait. Mais le coup de g&#233;nie des opposants c'est d'avoir invent&#233; ou r&#233;cup&#233;r&#233; cet anti-slogan OGM parce que personne ne se soucie qu'on cr&#233;e une nouvelle vari&#233;t&#233; de tomates par des m&#233;thodes traditionnelles sans qu'on leur demande leur avis. Il y a d'ailleurs un exemple tr&#232;s tr&#232;s int&#233;ressant dans &lt;i&gt;B&lt;/i&gt;&lt;i&gt;iodiversity&lt;/i&gt; le livre [issu du forum de 1986 pour le marketing duquel a &#233;t&#233; invent&#233; le mot biodiversity], qui &#233;mane de Hugh Iltis, aussi un des grands pionniers de la conservation. Il parle d'une tomate sauvage qui est trouv&#233; par hasard dans les Andes avec un coll&#232;gue, il est envoy&#233; &#224; un laboratoire et le laboratoire &#224; force de manipulations a fait une magnifique tomate beaucoup plus sucr&#233;e parce que la tomate sauvage &#233;tait plus sucr&#233;e que la moyenne, donc ils l'ont combin&#233; avec les anciennes pour avoir une tomate super sucr&#233;e et celle-l&#224; n'est pas consid&#233;r&#233;e comme un OGM. Il a mis 15 ans pour faire &#231;a je crois le gars ! Oui, est-ce tellement bon de manger des tomates plus sucr&#233;es que jadis ? Trop de sucre c'est pas bon non plus, on ne se pose pas la question et personne ne leur reproche d'avoir fait &#231;a et encore maintenant si on fait quelque chose comme &#231;a je ne pense pas qu'il y a grand monde qui va se plaindre du moment que c'est per&#231;u comme naturel. On n'a pas enfreint les lois divines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#224; vous avez tout &#224; fait raiso&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;il y a un clivage entre&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e mot &#171; naturel &#187;, le mot &#171; nature &#187; est investi de toutes les &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;qualit&#233;s, vous &#234;tes&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; tr&#232;s explicite l&#224;-dessus : une chose qui est pr&#233;sent&#233;e comme naturelle va &#234;tre vendue de toutes les mani&#232;res possible et imaginable, &#224; l'inverse une chose &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;pr&#233;sent&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; comme &#171; artificielle &#187; ou &#171; de synth&#232;se &#187; ou &#171; sophistiqu&#233;e &#187; ou d' &#171; origine humaine &#187; attirera imm&#233;diatement la m&#233;fiance&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B&#233;rard Quentin ; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;E&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ffectivement &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;c'est &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;une absurdit&#233; totale l&#224; pour le cou&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;p.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a ouvre la question du sens v&#233;ritable du mot &#171; naturel &#187;. Moi je suis all&#233; dans le Dictionnaire philosophique Lalande qui est tr&#232;s confus mais qui finit par donner 15 antonymes au mot naturel. &#199;a veut dire qu'il y a au moins 15 [sens diff&#233;rents au mot]. Mon pr&#233;f&#233;r&#233; &#224; moi, c'est &#171; surnaturel &#187; : tout ce qui existe est naturel sauf les f&#233;es, les fant&#244;mes et les divinit&#233;s &#8212; auxquelles je ne crois pas personnellement &#8212; donc tout est naturel avec celui-l&#224;. Mais pour la plupart des gens l'antonyme c'est &#171; humain &#187; ou &#171; artificiel &#187;. Alors moi je connais une &#233;picerie o&#249; je demande du lard on me demande : naturel ou fum&#233; ? Pourtant le lard est cuit aussi quand il n'est pas fum&#233; mais bon c'est dans le langage populaire. Quand on &#233;coute il y a des quantit&#233;s de sens &#224; ce mot-l&#224;, c'est vraiment&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;lors que c'est un changement de sens qui est relativement r&#233;cent &#224; l'&#233;chelle de l'histoire parce que si on va jusqu'au &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;XIX&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e si&#232;cle, &#224; l'&#233;poque la nature n'&#233;tait pas vu&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; du tout de mani&#232;re positive, on fuyait au contraire les milieux naturels qui &#233;tai&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;en&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;t vu&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; comme &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;malsain.&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;I&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l y a eu un tournant hygi&#233;niste et puis on a invent&#233; la plage, on a invent&#233; la montagne, on a invent&#233; la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;N&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ature qui r&#233;pare, le soin &#224; travers les rem&#232;des naturels, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;etc.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou comme je disais on a mis longtemps avant de commencer &#224; a prot&#233;ger les mar&#233;cages et maintenant dans le rapport de la [Cop 15 de la biodiversit&#233; en 2022] il est mis que X % des zones mar&#233;cageuses ont disparu, c'est pr&#233;sent&#233; comme une catastrophe &#231;a. Au XIXe si&#232;cle on &#233;liminait &#231;a pour transformer en zones viables et les Marais pontins &#233;taient une calamit&#233; dans l'Antiquit&#233; &#224; cause des moustiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Zones humides qui sont &#233;mettrices de dioxyde de carbone et de m&#233;thane, d'ailleurs&#8230; Donc l&#224; aussi il y a une contradiction dans le discours &#233;cologique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui parce qu'ils &#233;mettent des gaz &#224; effet de serre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce discours th&#233;ologien, c'est vraiment pour vous un discours compl&#232;tement hors sol ? C'est-&#224;-dire qu'il n'y a pas de relais, par exemple des paysans qui seraient dans une sorte de religion ?&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a beaucoup d'agriculteurs qui ont un contact spirituel avec leur terre &#231;a c'est certain&#8230; enfin leur m&#233;tier c'est encore de produire de la nourriture. Ils sont parfois tr&#232;s d&#233;sorient&#233;s avec les mesures qui les en privent, qui minent leur t&#226;che...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En fait parler de naturel&#8230; Est-ce qu'il y a une limite ? Parce que par exemple il y a beaucoup de gens qui fantasment sur par exemple les Inuits en disant que c'est quasiment des ressources naturelles&#8230; Est-ce que dans cette th&#233;ologie de l'&#233;cologisme on veut se d&#233;barrasser de tous les humains y compris les autochtones ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non il y a vraiment un culte chez le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'ONU c'est tr&#232;s clair&#8230; Ces gens-l&#224; [les peuples autochtones] vont nous montrer la voie. Ils ont tout compris&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est le mythe du Bon Sauvage&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; dans ce que j'appelais la Bible de la biodiversit&#233;, c'est constamment comme &#231;a&#8230; et alors on vante leurs techniques de m&#233;decine et parfois c'est consulter les anc&#234;tres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ar contre nos autochtones europ&#233;ens eux, ils ont tout faux&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on est peu autochtone nous, parce qu'il faut vraiment &#234;tre la premi&#232;re population&#8230; c'est &#231;a qu'ils appellent [autochtone] : des gens qui sont vraiment l&#224; depuis le d&#233;but&#8230; &#192; l'ONU, nous on est les h&#233;ritiers de bergers celtes, de soldats romains, de vikings donc on n'est plus autochtone, on est un m&#233;lange&#8230; &#199;a, c'est quand on regarde les d&#233;finitions de l'ONU, c'est ce genre de [chose].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n'est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; plus pur, en fait&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour &#231;a qu'il y a parfois l'expression &#171; population locale et autochtone &#187; pour faire la diff&#233;rence &#224; l'ONU. Indig&#232;ne ou autochtone c'est pas la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;n m&#234;me temps c'est tr&#232;s paradoxal parce que durant un mill&#233;naire le discours de l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#201;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;glise &#233;ta&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;it&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; au contraire un discours de pr&#233;&#233;minence occidentale vis-&#224;-vis des autres peuples, qui &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; justifi&#233; les &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;colonisations,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; les conqu&#234;te&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s, etc.&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;E&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;t c'&#233;tait aussi un discours qui encourageait les scientifiques &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#224; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;d&#233;couvrir les secrets de la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;r&#233;ation justement. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Alors c'est &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;compliqu&#233;, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;c'est l'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;histoire de Galil&#233;e, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l'&#201;glise &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;a &#233;t&#233; aussi un obstacle &#224; la d&#233;couverte scientifique, &#224; l'innovation, &#224; la compr&#233;hension et, en m&#234;me temps, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;c'est&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; Saint-Thomas je crois, l'&#201;glise a encourag&#233; l'investigation du monde naturel. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;A&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ujourd'hui il y a un retournement complet, en r&#233;alit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui enfin il ne faut pas sous-estimer&#8230; le Pape a une acad&#233;mie pontificale qui n'est pas nulle d'ailleurs c'est un des rares dignitaires religieux qui ne ferme pas tout &#224; fait la porte aux biotechnologies. Je cite dans mon livre la r&#233;action d'un travailleur chr&#233;tien, travailleur social chr&#233;tien qui est furibard contre le Pape pour le fait qu'il a autoris&#233; des hosties OGM, donc furibard. [&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;] Pourquoi pas ? et donc il y avait des gens notamment, j'ai oubli&#233; son nom l&#224;, qui est all&#233; protester [contre l'interdiction des OGM]&#8230; il y avait un scientifique, Ingo Porticus je crois ou un autre, qui &#233;tait membre de l'Acad&#233;mie pontifical qui d&#233;fendait les biotechnologies&#8230; Donc le pape est &#224; l'&#233;coute de la science, mais &#233;videmment il interpr&#232;te &#231;a aussi dans son [sens].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#224; pour le coup c'est une science qui devient vraiment orient&#233;e. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;J&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e suis pas s&#251;r qu'il soit qu'il encourage une science qui irait contre les principes de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;l'&#233;co-th&#233;ologie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lui toute esp&#232;ce qui dispara&#238;t c'est une partie du message divin [qui dispara&#238;t]&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui mais c&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e n&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'est pas le discours d'un scientifique qui serait rigoureux dans sa d&#233;marche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah non le Pape n'est pas un scientifique, enfin au moins il a une acad&#233;mie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par rapport &#224; Darwin : est-ce que ce n'est pas en contradiction parce qu'ils veulent la diversit&#233; des esp&#232;ces mais, les religions en g&#233;n&#233;ral, pas l'&#233;volution des esp&#232;ces&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a d&#233;pend. Comme je le mets dans mon livre il y a plusieurs types de cr&#233;ationnisme : le cr&#233;ationnisme de la Jeune Terre, &#231;a c'est le cr&#233;ationnisme le plus obtus : la Bible dit que&#8230;. c'est comme &#231;a, voil&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a un cr&#233;ationnisme &#233;volutionniste&#8230; notamment je recommande le site de &lt;i&gt;Biologos&lt;/i&gt; qui est une soci&#233;t&#233; qui fait &#231;a, qui essaie de combiner [la religion chr&#233;tienne et l'&#233;volution]. &#201;videmment il faut faire des compromis entre la Bible [et l'&#233;volution]. Le fondateur s'appelle Francis Collins c'est un g&#233;n&#233;ticien. Pour la petite histoire pendant l'affaire du Covid il &#233;tait le sup&#233;rieur hi&#233;rarchique d'Antony Fauci. Donc c'est quelqu'un qui est quand m&#234;me de l'establishment qui a cr&#233;&#233; cette soci&#233;t&#233;. Alors on a vu pendant cette affaire un pr&#234;tre italien faire un billet sur ce site de &lt;i&gt;biologos&lt;/i&gt; qui disait que non, le vaccin n'annonce pas l'arriv&#233;e de l'Ant&#233;christ et il n'est pas le produit du diable. Donc apparemment il faut expliquer &#231;a aux Am&#233;ricains !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;'est pas &#233;vident pour tout le monde&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a beaucoup de critiques qu'on peut faire au vaccin &#233;videmment mais quand m&#234;me un peu plus rationnelles que &#231;a&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel rem&#232;de vous verriez &#224; de mani&#232;re &#224; sortir de cette impasse &#233;co-th&#233;ologique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc c'est la Renaissance humaniste qui doit nous rendre le droit de discuter de l'environnement en termes humains d'abord, le g&#233;rer en termes humains, de mani&#232;re locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout il faut rendre l'environnement &#224; ceux qu'il environne parce que l&#224; on est tout &#224; fait perdu avec des gens dans leurs nuages qui nous gouvernent et des &#233;lus qui ne font plus leur boulot de repr&#233;sentants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et local peu importe hein il ne faut pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que vous voyez des gens aujourd'hui, des personnalit&#233;s ou des mouvements, des institutions qui iraient dans le sens d'une &#233;mancipation vis-&#224;-vis de cet &#233;co-th&#233;ologie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois quantit&#233; de gens comme vous et comme moi je ne vois aucun mouvement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des gens normaux&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'appelle des &#171; hors-castes &#187;, en fait, des gens qui sont pas dans la n&#233;buleuse mondialisante, d&#232;s qu'on met le pied l&#224;-dedans&#8230; Mais il y en a beaucoup&#8230; il y en a plus que ce que je croyais quand j'ai &#233;crit mon livre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez r&#233;alis&#233; des rencontres int&#233;ressantes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui par exemple Christian l'&#233;v&#234;que que vous avez interview&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; L'&#233;cologie : science, politique ou id&#233;ologie ? (avec Christian (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais qui est un peu seul lui aussi&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais oui, mais il y a quand m&#234;me beaucoup de gens seuls, quand m&#234;me vous montrez ici un tas de livres &#233;crits par des gens seuls, &#231;a fait beaucoup de gens seuls qui pensent comme &#231;a&#8230; mais il n'y a pas de&#8230; c'est tr&#232;s difficile de faire un mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a veut dire qu'il y a pas d'espace entre ceux qui d&#233;nigrent l'&#233;cologie compl&#232;tement et&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a pas d'espace politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ous ceux qui d&#233;fendent l'environnement actuellement sont dans la religion ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque part oui, volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment. Je n'ai vu personne en Belgique s'opposer &#224; l'accord de Kunming, donc prot&#233;ger 30 % de la plan&#232;te&#8230; contre quoi ? Contre nous, clairement ! Vivre en harmonie avec la Nature pour 2050&#8230; Il y a quand m&#234;me pas mal de mouvements politiques en Belgique et en France qui se sont oppos&#233;s &#224; cette vision par le pass&#233;, o&#249; sont-ils maintenant ? Il y en a beaucoup qui d&#233;fendent la neutralit&#233; religieuse de l'&#201;tat sans le savoir ou sans vouloir le voir, mais ils l'enfreignent eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;omment vous expliquez une telle r&#233;gression ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! Bonne question ! Il y a &#233;videmment la crise environnementale qui est s&#233;rieuse&#8230; Pour moi c'est celle d'un monde dynamique dont la vitesse de changement augmente, c'est tr&#232;s dangereux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'est raccroch&#233; &#224; nos vieilles illusions pour r&#233;soudre &#231;a, par le respect et la r&#233;v&#233;rence. Raison pour laquelle je propose une &lt;i&gt;libre pens&#233;e environnementale&lt;/i&gt; sans laquelle on n'arrivera jamais &#224; trouver les solutions qu'il faut pour l'humanit&#233;. Donc cette opposition entre humanisme et &#233;cologie dont j'ai &#233;t&#233; convaincu par David Ehrenfeld. Il y a au moins une personne en Belgique qui l'a affront&#233;, c'est Paul Magnette, le pr&#233;sident du Parti socialiste dans un livre qui s'appelle &#171; La vie large &#187;, dont un point remarquable est que pour d&#233;fendre l'humanisme il dit qu'il faut attaquer la valeur intrins&#232;que. Mais le but de son livre c'est de combiner humanisme et &#233;cologie. Alors comment fait-il ? Et bien traditionnellement, contre le principe de valeurs intrins&#232;que, on oppose des valeurs utilitaires. Comme il est socialiste il rejette les valeurs utilitaires commer&#231;antes des lib&#233;raux et c'est vraiment pas le probl&#232;me. Il d&#233;fend ce qu'on peut appeler des valeurs utilitaires non marchantes, l'esth&#233;tisme, le bien-&#234;tre psychologique et des choses comme &#231;a. Oui mais comment les utilise-t-il pour &#234;tre &#233;cologiste ? Et bien pour conserver la nature ! Donc en faisant &#231;a il fait rentrer la valeur intrins&#232;que par la porte de derri&#232;re. En plus&#8230; dans une vision humanisme il y a aucune raison de ne pas d&#233;fendre des valeurs utilitaires non marchandes de mani&#232;re dynamique et progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ar rapport au &#224; l'anarchiste g&#233;ographe &#201;lis&#233;e &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;R&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;eclu, et je pense qu'il y a eu d'autres socialiste&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; qui &#233;tai&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;en&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;t dans un peu dans l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; m&#234;me &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;courant d'&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;id&#233;e, qui est consid&#233;r&#233; actuellement comme un pr&#233;curseur de l'&#233;cologisme moderne, lui avait une vision tr&#232;s utilitarisme de la nature : en fait il voyait presque &#231;a comme le repos de l'ouvrier qui &#224; la fin de sa t&#226;che p&#233;nible avait le droit d'avoir un beau paysage devant lui &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;et &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;avait le droit d'aller se balader en for&#234;t et de profiter de la nature en fait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui &#231;a me fait penser &#224; un cas un peu parall&#232;le qui s'est produit en Inde ou des paysans et des &#171; gens normaux &#187; je dirais, essayaient de lutter contre des grands groupes qui modifiaient le rapport &#224; l'environnement et &#231;a a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme de l'&#233;cologisme par certains auteurs. Mais je pense que c'est faux : ce sont deux conceptions humanistes qui se battent sur le champ de bataille de l'environnement et chacun veut utiliser l'environnement suivant des philosophies tr&#232;s diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanisme c'est pas monolithique, David Ehrenfeld dit qu'il y a autant d'humanismes que d'humanistes. En fait ce n'est pas une chose qu'il faut regretter, qu'il faut repousser, il n'y a pas de v&#233;rit&#233; humaniste universelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb25-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;John Houghton &#233;tait un physicien britannique, n&#233; &#224; Dyserth, Pays-de Galles, en 1931 et mort en 2020 des suites du COVID 19. Fait Sir John en 1993. (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Houghton.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Houghton.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;John Ray (1627-1705) fut un th&#233;ologien et naturaliste anglais. Il fut un des premiers &#224; essayer de d&#233;finir le concept moderne d'esp&#232;ce, pour les plantes du moins&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;The Christian Challenge of Caring for the Earth&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Katharine K. Wilkinson, &lt;i&gt;Between God &amp; Green&lt;/i&gt;,Oxford University Press&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Al Gore, &lt;i&gt;Earth in the Balance&lt;/i&gt;, p256 Earthscan, London, UK, 2007&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;The Historical Roots of Our Ecological Crisis&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lynn Townsend White, Jr. (1907 &#8211; 1987) &#233;tait un historien m&#233;di&#233;viste calviniste am&#233;ricain (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Lynn%20White.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnali&#233;s/Lynn White.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;AAAS est l'acronyme de American Association for the Advancement of Science&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;LETTRE ENCYCLIQUE LAUDATO SI' DU SAINT-P&#200;RE FRAN&#199;OIS SUR LA SAUVEGARDE DE LA MAISON COMMUNE&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En 1970, une r&#233;solution sur l'&#233;cologie de la &lt;i&gt;National Association of Evengelicals&lt;/i&gt; mentionne : Aujourd'hui, ceux qui d&#233;truisent sans r&#233;fl&#233;chir l'&#233;quilibre de la nature ordonn&#233;e par Dieu sont coupables de p&#233;ch&#233; contre la Cr&#233;ation de Dieu (Cit&#233; par Katharine K. Wilkinson in &lt;i&gt;Between God &amp; Green&lt;/i&gt;, p16, Oxford University Press)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;John Muir ( 1838-1914) (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/muir.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit%C3%A9s/muir.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dennis C. Williams, &lt;i&gt;God's Wilds&lt;/i&gt;, p96,Texas A&amp;M University Press, College Station, 2002&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dennis C. Williams, &lt;i&gt;God's Wilds&lt;/i&gt;, p190,Texas A&amp;M University Press, College Station, 2002&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Ehrenfeld.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Ehrenfeld.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ehrenfeld, &lt;i&gt;The Arrogance of Humanism&lt;/i&gt;, Oxford University Press, 1978&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Biodiversity&lt;/i&gt;. E.O. Wilson, Harvard University, Editor ; National Academy of Sciences/Smithsonian Institution (1988)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Michael Ellman Soul&#233; (1936-2020),biologiste am&#233;ricain n&#233; &#224; San Diego (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Soul&#233;.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Soul&#233;&lt;/a&gt;.html)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Conservation Biology : Its Scope and Challenge&lt;/i&gt;, in Conservation Biology : An Evolutionary-Ecological perspective, 1980, repris dans Collected Papers of Michael E. Soul&#233;, Island Press, 2014, p19-28&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;What is Conservation Biology ?&lt;/i&gt; 1985, repris dans Collected Papers of Michael E. Soul&#233;, Island Press, 2014, p31-47 - (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/biologie%20de%20conservation.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/biologie de conservation&lt;/a&gt;.html)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E.O .Wilson, &lt;i&gt;Naturalist&lt;/i&gt;, p42 et suivantes, Naturalist, Island Press 2006 - (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Wilson.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/Wilson.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B&#233;rard Quentin ; &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation&lt;/i&gt;, Libres&amp;Solidaires, 2021, Chap. I : &#171; Survol ethno-historique &#187; pp. 13 &#8212; 29 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1168-Elements-d-ecologie-politique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1...&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;&#201;l&#233;ment d'&#233;cologie politique, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Arne Dekke Eide N&#230;ss (1912 &#8211; 2009) &#233;tait un philosophe norv&#233;gien c&#233;l&#232;bre pour avoir invent&#233; le terme &#233;cologie profonde. Sa philosophie environnementale porte aussi le nom d'&#233;cosophie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/services%20ecosystemiques.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/services &#233;cosystemiques.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Michael Soul&#233;, &lt;i&gt;The Tigress and the Little Girl&lt;/i&gt;, Chapitre 6, 'International Conservation Politics and Programs', mentionn&#233; alors sous presse dans &lt;i&gt;Varieties of Environmentalism&lt;/i&gt;, p89, Ramashandra Guha et Juan Martinez-Alier, Earthscan, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/billets/Billet%20cop15.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/billets/Billet cop15.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/Agriculture%20biologique.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/Agriculture biologique.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/biodynamie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/biodynamie.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lord Northbourne (1896-1982), l'un des premiers agriculteurs biodynamiques d'Angleterre et l'inventeur du terme Organic Farming. Il appliqua les id&#233;es de Steiner dans sa propri&#233;t&#233; familiale du Kent. Il fut le premier &#224; inviter Pfeiffer, successeur de Steiner &#224; la t&#234;te de la biodynamie, &#224; donner une conf&#233;rence en Grande-Bretagne. (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/northbourne.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/northbourne&lt;/a&gt;.html)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Alfred North Whitehead (1861-1947) f&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/whitehead.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/whitehead.html&lt;/a&gt;ut un math&#233;maticien et l'un des m&#233;taphysiciens les plus influents du si&#232;cle pass&#233;. L'un des plus ardus aussi. Birch, un disciple, reconna&#238;t que certains aspects de la pens&#233;e de Whitehead sont difficiles &#224; comprendre et d'autres, bien que compr&#233;hensibles, sont difficiles &#224; expliquer. Il nous int&#233;resse ici surtout via l'adaptation que certains th&#233;ologiens (Cobb, Birch) ont fait de sa pens&#233;e. Son chef-d'&#339;uvre est &lt;i&gt;Process and Reality&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jan Christiaan Smuts (1870-1950) &#233;tait un homme d'&#233;tat sud-africain, g&#233;n&#233;ral et m&#233;taphysicien sud-africain. Il introduit en 1926 le holisme, philosophie contemporaine de celle de Whitehead avec laquelle elle partage certaines affinit&#233;s.(&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/smuts.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/smuts&lt;/a&gt;.html)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lady Eve Balfour (1898 -1990), ni&#232;ce de l'ancien premier ministre Arthur J. Balfour. (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/balfour.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/balfour.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gerard Wallop, Xe Lord Porstmouth. (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/porsmouth.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/personnalit&#233;s/porsmouth.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B&#233;rard Quentin ; &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation&lt;/i&gt;, Libres&amp;Solidaires, 2021, Chap. I : &#171; Politiques de la nature et totalitarisme &#187; pp. 153 &#8212;165 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Notre avenir &#224; tous - Rapport Brundtland/Chapitre 12 (&lt;a href=&#034;http://zohriginal.com/Brundtland.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://zohriginal.com/Brundtland.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B&#233;rard Quentin ; &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation&lt;/i&gt;, Libres&amp;Solidaires, 2021, Chap. I : &#171; Politiques de la nature et totalitarisme &#187; pp. 153 &#8212;165 : &lt;a href=&#034;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. B&#233;rard Quentin ; &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation&lt;/i&gt;, Libres&amp;Solidaires, 2021, Chap. III : &#171; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature &#187; pp. 75&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. &#171; L'&#233;cologie : science, politique ou id&#233;ologie ? (avec Christian L&#233;v&#234;que) &#187;, Podcast H&#233;r&#233;tiques, d&#233;cembre 2023 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2023/12/01/lecologie-science-politique-ou-ideologie-avec-christian-leveque/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://heretiques.fr/2023/12/01/lecologie-science-politique-ou-ideologie-avec-christian-leveque/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	<item xml:lang="fr">
		<title>Cornelius Castoriadis : Histoire d'une recherche (2/2)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1120-Cornelius-Castoriadis-Histoire-d-une-recherche</link>
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		<dc:date>2024-11-15T11:13:18Z</dc:date>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) Le spiritualisme absolu et le scientisme totalitaire &#171; Hormis la math&#233;matique, o&#249; la question se pose de fa&#231;on diff&#233;rente, et la pure description, o&#249; elle ne se pose pas, toute v&#233;rit&#233; scientifique est une erreur en sursis. Et pourtant, elle n'est pas que cela. Qu'est-elle donc, et que cherchons-nous au savoir ? Faut-il dire que, comme tout d&#233;sir, celui-ci est aussi condamn&#233; &#224; toujours se m&#233;prendre sur son objet, &#224; l'ignorer et donc &#224; le manquer ? Cet (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-apports-theoriques-imaginaire-" rel="directory"&gt;Apports th&#233;oriques : Imaginaire, culture, cr&#233;ation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1119-Cornelius-Castoriadis-Histoire-d-une-recherche' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le spiritualisme absolu et le scientisme totalitaire&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Hormis la math&#233;matique, o&#249; la question se pose de fa&#231;on diff&#233;rente, et la pure description, o&#249; elle ne se pose pas, toute v&#233;rit&#233; scientifique est une erreur en sursis. Et pourtant, elle n'est pas que cela. Qu'est-elle donc, et que cherchons-nous au savoir ? Faut-il dire que, comme tout d&#233;sir, celui-ci est aussi condamn&#233; &#224; toujours se m&#233;prendre sur son objet, &#224; l'ignorer et donc &#224; le manquer ? Cet amour verrait-il, comme l'autre, ce qu'il acquiert lui couler irr&#233;sistiblement entre les doigts ? Mais comment penser que l'objet de l'activit&#233; rationnelle excellente est essentiellement un imaginaire ? Si oui, ne serions-nous pas irr&#233;m&#233;diablement pris dans un cercle de fer ? Comment pourrions-nous jamais le d&#233;terrer sinon en poursuivant cette m&#234;me activit&#233; rationnelle, qu'il continuerait par hypoth&#232;se &#224; sur d&#233;terminer ? Si la prise de possession de la nature par le savoir est un phantasme, comment la prise de possession du savoir par le savoir ne le serait-elle pas ? Ce n'est que dans un autre r&#234;ve, celui d'un sujet absolu et d'une r&#233;flexivit&#233; pure, que l'on peut sortir de ce cercle ; r&#234;ve certes incoh&#233;rent pour la logique vigile et qui n'ob&#233;it, comme il se doit, que celle du d&#233;sir, r&#234;ve que r&#234;vent ensemble sans le savoir le spiritualisme absolu et le scientisme totalitaire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Science moderne et interrogation philosophique, in Les carrefours du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Ainsi, les deux seules positions gr&#226;ce auxquelles on peut s'imaginer, justement, que l'on sort du Labyrinthe apr&#232;s y &#234;tre entr&#233; c'est, dites-vous, le spiritualisme absolu et le scientisme totalitaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Ce qui revient au m&#234;me, parce que &#8211; et &#231;a c'est absolument clair quand on lit les pr&#233;tendus mat&#233;rialistes ou encore maintenant quand on lit le livre, par ailleurs tr&#232;s informatif, de monsieur Jean-Pierre Changeux sur &lt;i&gt;L'homme neuronal&lt;/i&gt;&#8211; on voit bien que cette pr&#233;tention d'un savoir positif, assur&#233; et &lt;i&gt;totalisable&lt;/i&gt; sinon d&#233;j&#224; totalis&#233;, s'appuie sur l'id&#233;e que, en droit et d'une mani&#232;re ultime, la mati&#232;re est tout &#224; fait transparente pour la raison. Que la mati&#232;re soit tout &#224; fait transparente pour la raison, ce n'est rien d'autre que la position du spiritualisme absolu. Je crois que, tout &#224; l'heure, je me posais la question &#171; qu'est-ce que c'est que ce Labyrinthe de la pens&#233;e ? &#187; &#8211; eh bien, peut-&#234;tre que ce texte l'illustre un peu : pr&#233;cis&#233;ment, &#224; partir du moment o&#249; je sais qu'il n'y a pas de &lt;i&gt;garanties&lt;/i&gt; en soi de mon savoir, &#224; partir du moment o&#249; je sais que le savoir humain est, lui aussi, une cr&#233;ation imaginaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur la notion de r&#233;alit&#233; et de connaissance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; &#8230; vous allez tr&#232;s loin : vous dites, &#224; la limite, nous le verrons tout &#224; l'heure dans un autre passage, qu'il n'y a pas de r&#233;el&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Non, je ne dis pas qu'il n'y a pas de r&#233;el&#8230; Alors l&#224;, je ne sais pas si on le verra tout &#224; l'heure, mais il vaut mieux, pour ne pas effrayer les gens, dire tout de suite ce que j'en pense et &#231;a illustrera encore cette id&#233;e du Labyrinthe. Il y a deux th&#232;ses, par exemple, quand on parle de la connaissance, finalement : d'un c&#244;t&#233; on dit que notre connaissance correspond au r&#233;el et, &#224; la limite, en est un pur reflet &#8211; th&#232;se bien connue gr&#226;ce, entre autres, &#224; la vulgarisation de la vulgate marxiste &#8211; et une autre th&#232;se disant, non, dans notre savoir, c'est la conscience, le sujet connaissant, qu'il s'agisse de la conscience ou qu'il s'agisse, d'ailleurs, d'une soci&#233;t&#233; ou d'une &#233;poque, peu importe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; &#8230; d'une&lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#232;&lt;/i&gt;, pour parler comme Michel Foucault&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; &#8230; c'est cela, qui &lt;i&gt;construit&lt;/i&gt; et au-del&#224; de cela il n'y a&lt;i&gt;rien.&lt;/i&gt;Or, pr&#233;cis&#233;ment, les deux th&#232;ses sont &#233;videmment &lt;i&gt;intenables.&lt;/i&gt; Parce que pour qu'il y ait connaissance, il faut quand m&#234;me une structure, une organisation minimale de celui qui conna&#238;t, m&#234;me un miroir a une organisation : il suffit de prendre un miroir sph&#233;rique pour avoir une autre image, sauf que l&#224; les lois de transformation sont r&#233;gl&#233;es et triviales, donc un miroir a, lui aussi, une structure. Et de l'autre c&#244;t&#233;, si on prend le constructivisme absolu, tel qu'il est d'ailleurs, en un sens, d&#233;j&#224; plus ou moins chez Kant, d'une certaine mani&#232;re, on se pose tout de suite la question : pourquoi diable toutes les constructions ne sont pas &#233;quivalentes ? Comment pouvons-nous &lt;i&gt;pr&#233;f&#233;rer&lt;/i&gt; une construction &#224; une autre ? Et les r&#233;ponses pragmatiques et autres, bon, ce n'est pas le moment de les discuter, s'av&#232;rent totalement &#224; c&#244;t&#233; de la question. On en arrive &#224; cette conclusion que dans &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; produit de notre connaissance, dans tout ce que nous arrivons &#224; conna&#238;tre, il y a une dimension qui vient de nous, au sens le plus large du terme, et qui est ce que j'appelle des&lt;i&gt;sch&#232;mes imaginaires fondamentaux,&lt;/i&gt;qui sont structurants du monde de la connaissance, mais qu'il y a, quand m&#234;me, quelque chose, quand il s'agit du savoir, qui est le &lt;i&gt;r&#233;f&#233;rent&lt;/i&gt; de ce savoir, et que ce r&#233;f&#233;rent, &lt;i&gt;d'une mani&#232;re ou d'une autre&lt;/i&gt;, est toujours &lt;i&gt;l&#224;,&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire que notre savoir essaye toujours de se r&#233;gler sur ce r&#233;f&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Il faut souligner l'enjeu de toute cette discussion entre, disons, le r&#233;alisme et l'id&#233;alisme : l'id&#233;e m&#234;me d'une philosophie de la cr&#233;ation implique que l'on ait une position &#224; l'&#233;gard de ce r&#233;el. S'il y a un r&#233;el, s'il y a une nature et que le savoir est la connaissance de ce r&#233;el et de cette nature, il n'y a pas de cr&#233;ation ; il peut y avoir une progression dans la connaissance du r&#233;el, du fait de bonds en avant faits par la connaissance mais, ultimement, la connaissance ne cr&#233;e pas son objet : elle le trouve. Vous vous tenez sur la cr&#234;te, entre ces deux extr&#234;mes ou entre ces deux ab&#238;mes, peut-&#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Oui, parce que je crois que [la connaissance] trouve quelque chose, mais elle ne peut le trouver qu'en &lt;i&gt;cr&#233;ant.&lt;/i&gt; Elle ne peut le trouver qu'en &lt;i&gt;imaginant&lt;/i&gt; des choses, c'est-&#224;-dire en posant de nouvelles grandes images dont la diff&#233;rence par rapport aux mauvaises images ou aux petites images c'est que, elle, elle touche &#224; quelque chose. Pour prendre un exemple que je cite tr&#232;s fr&#233;quemment : il y a un grand sch&#232;me imaginaire dans la th&#233;orie newtonienne du monde, dans la th&#233;orie de la gravitation. Ce sch&#232;me imaginaire, cette image de Newton comme quoi mar&#233;es, pomme et &#233;toile ob&#233;issent tous aux m&#234;mes r&#232;gles, cette fa&#231;on de visualiser l'univers, de le visualiser intellectuellement, cette intuition intellectuelle comme bouts de mati&#232;res qui s'attirent dans un espace homog&#232;ne, etc. tout cela est un grand sch&#232;me imaginaire et &lt;i&gt;il se trouve que&lt;/i&gt; &#8211; et j'insiste sur ce terme aristot&#233;licien : &lt;i&gt;il se trouve que&lt;/i&gt; &#8211; ce sch&#232;me recouvre une part immense des ph&#233;nom&#232;nes naturels. Or nous &lt;i&gt;savons&lt;/i&gt; &lt;i&gt;aujourd'hui&lt;/i&gt; que, contrairement &#224; ce que racontent les scientifiques progressistes et ce que croient les neuf dixi&#232;mes des physiciens, la th&#233;orie newtonienne est purement un simplement &lt;i&gt;fausse,&lt;/i&gt; si le terme a un sens. C'est-&#224;-dire que la th&#233;orie de la relativit&#233; n'est pas une &#171; meilleure approximation &#187; : elle est &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; une r&#233;futation de la th&#233;orie newtonienne dans sa pr&#233;tention de repr&#233;senter la r&#233;alit&#233;. Et pourtant il y a toute une strate de la r&#233;alit&#233; &#224; laquelle le sch&#233;ma newtonien &lt;i&gt;correspond&lt;/i&gt;. Il faut avoir besoin de faire des choses &lt;i&gt;tr&#232;s subtiles&lt;/i&gt; pour laisser de c&#244;t&#233; les &#233;quations newtoniennes et prendre les &#233;quations de la relativit&#233; g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Donc en ce sens, il y a une objectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Il y a une certaine objectivit&#233; &lt;i&gt;dans ce domaine de la science exacte&lt;/i&gt;, attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Justement, certains de nos auditeurs attentifs auront remarqu&#233; que nous avons commenc&#233; le passage que nous avons lu par un petit membre de phrase tr&#232;s important o&#249; vous dites : &#171; Hormis la math&#233;matique, o&#249; la question se pose de fa&#231;on diff&#233;rente, et la pure description, o&#249; elle ne se pose pas, toute v&#233;rit&#233; scientifique est une erreur en sursis &#187; &#8211; hormis la math&#233;matique et la description&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; L&#224; encore on pourrait ergoter, mais enfin si on passe sur des difficult&#233;s du second ordre concernant le langage dans lequel on d&#233;crit, etc., le fait de dire &#171; &#224; tel moment le soleil a &#233;t&#233; &#233;clips&#233; par la lune, dans les pays entre telle et telle latitude&#8230; &#187;, &#231;a c'est une pure et simple description, elle ne pr&#233;suppose qu'un accord sur les termes qu'on utilise&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; &#8230; elle le pr&#233;suppose quand m&#234;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; &#8230; elle pr&#233;suppose cet accord, bien entendu, et ce langage, bien entendu, lui-m&#234;me, est travaill&#233; par des cat&#233;gories logiques et par des sch&#232;mes imaginaires, &#231;a c'est &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La cr&#233;ation artistique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N :&lt;/strong&gt; Alors pour sortir, en un sens, du Labyrinthe, car cette promenade n'est pas d&#233;sesp&#233;r&#233;e, nous allons, et les auditeurs vont bient&#244;t comprendre pourquoi, encore une fois &#233;couter de la musique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_ spip_document spip_documents spip_document_video ressource oembed oembed_video oembed_video oembed_youtube&#034; &gt; &lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;oembed oe-video async clearfix&#034; style=&#034;max-width:533px;&#034;&gt; &lt;div class=&#034;rwd-video-container oe-play-button&#034; style=&#034;width:100%;height:0;padding-bottom:75.05%;background-image:url('https://i.ytimg.com/vi/oV0yojV1Lhg/hqdefault.jpg');background-repeat:no-repeat;background-position:center;background-size:cover;&#034; data-content=&#034;%3Ciframe%20width%3D%22533%22%20height%3D%22400%22%20src%3D%22https%3A%2F%2Fwww.youtube-nocookie.com%2Fembed%2FoV0yojV1Lhg%3Ffeature%3Doembed%26autoplay%3D1%22%20frameborder%3D%220%22%20allow%3D%22accelerometer%3B%20autoplay%3B%20clipboard-write%3B%20encrypted-media%3B%20gyroscope%3B%20picture-in-picture%3B%20web-share%22%20referrerpolicy%3D%22strict-origin-when-cross-origin%22%20allowfullscreen%20title%3D%22Sonata%20No.%2032%20in%20C%20Minor%2C%20Op.%20111%3A%20II.%20Arietta.%20Adagio%20molto%20semplice%20e%20cantabile%20%28Remastered%29%22%3E%3C%2Fiframe%3E&#034;&gt; &lt;button&gt;&lt;span class=&#034;oe-play-button_label&#034;&gt;Lecture&lt;/span&gt;&lt;/button&gt; &lt;/div&gt; &lt;style&gt;&lt;!--/**/.oe-video .loading {background-image:url(&#034;prive/themes/spip/images/searching.gif&#034;)!important;background-size:auto !important;}/**/--&gt;&lt;/style&gt;
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&lt;div class=&#034;spip_doc_titre oembed-source&#034;&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=oV0yojV1Lhg&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=oV0...&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N :&lt;/strong&gt; Beethoven, sonate n&#176;32 de l'opus 111, magnifique sonate pour piano&#8230; Si nous &#233;coutons de la musique, c'est parce que dans le cas de la musique, comme dans le cas de l'art et comme dans certains autres cas que nous examinerons plus tard, mais c'est particuli&#232;rement clair et ais&#233; &#224; comprendre en partant d'un exemple artistique, il y a cr&#233;ation sans rien avant et, n&#233;anmoins, il n'y a pas de n&#233;gativit&#233; parce que tout ce que nous avons dit jusqu'&#224; pr&#233;sent au sujet du Labyrinthe, au sujet du scepticisme et au sujet de la sophistique, c'est ce que Platon lui-m&#234;me disait au sujet des sophistes : &#224; savoir que si tout est si l'homme est la mesure de toute chose et si tout est relatif, eh bien tout est n&#233;ant. Alors que dans le cas de la cr&#233;ation artistique, tout est relatif, effectivement, rien n'est fond&#233; en raison et, n&#233;anmoins, ce qui est cr&#233;&#233; a une pleine positivit&#233;, cela est de l'&#234;tre. Et dans la musique que nous avons entendue, il y a une forme qui &#233;merge qui n'a pas de raison d'&#234;tre autre qu'elle-m&#234;me et qui, n&#233;anmoins, est pleinement positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Oui, qui&lt;i&gt;est&lt;/i&gt;, qui existe pleinement&#8230; on pourrait revenir sur les termes. Mais si j'ai choisi ce d&#233;but de l'&lt;i&gt;Arrieta&lt;/i&gt; de l'opus 111, c'est parce que &#231;a illustre aussi, paradoxalement, la cr&#233;ation musicale sous un aspect auquel on ne pense pas souvent : c'est que la musique cr&#233;e aussi le silence. Il y a une phrase de Berlioz qui disait, mais l&#224; &#231;a se comprend facilement, que, bien s&#251;r, dans une &#339;uvre de musique les pauses sont tout aussi importantes que les notes &#8211; enfin les moments blancs o&#249; l'on n'entend rien. Mais je crois qu'avec l'&lt;i&gt;Arrieta&lt;/i&gt; de l'opus 111 &#8211; comme d'ailleurs aussi, par exemple, j'ai h&#233;sit&#233; entre cela et le dernier morceau inachev&#233; de l'art de la fugue &#8211; ce qu'on voit c'est, non seulement la cr&#233;ation de la musique positivement, si je peux dire, en tant que succession et synchronie de sons, mais que cette forme &lt;i&gt;fait exister&lt;/i&gt; autour d'elle et &lt;i&gt;pour qu'elle existe elle-m&#234;me&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt;, le silence. On peut pousser cette id&#233;e beaucoup plus loin : c'est-&#224;-dire qu'effectivement, elle n'a pas de n&#233;gativit&#233; mais, en m&#234;me temps, on peut dire qu'elle &lt;i&gt;abolit le monde&lt;/i&gt;. Si jamais nous pouvions &#233;couter, ou les rares moments o&#249; nous pouvons &#233;couter la musique comme, j'oserai dire, non pas &lt;i&gt;on doit&lt;/i&gt; l'&#233;couter, mais on &lt;i&gt;souhaite pouvoir&lt;/i&gt; l'&#233;couter, l&#224;, effectivement, le monde cesse d'exister : il n'y a &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt; d'autre, il y a un &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt; qui est cr&#233;&#233; comme fond par cette figure musicale, pour la figure, pour qu'elle puisse exister. Et il est cr&#233;&#233; comme &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt; sans violence, ce n'est pas une destruction, c'est repouss&#233; comme un arri&#232;re-fond qui n'existe m&#234;me pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Et si le monde cesse d'exister, que seul existe la forme cr&#233;&#233;e par l'art, il n'est pas abusif de dire que l'art cr&#233;e un monde, que chaque &#339;uvre cr&#233;e un nouveau monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Bien entendu, chaque &#339;uvre d'art, chaque &lt;i&gt;grande&lt;/i&gt; &#339;uvre d'art&#8230; Il ne faut pas oublier d'ailleurs ce que disait Kant &#224; ce propos, que les beaux-arts sont les arts du &lt;i&gt;g&#233;nie&lt;/i&gt; &#8211; phrase qui, h&#233;las, ne semble pas avoir tellement p&#233;n&#233;tr&#233; la conscience des gens depuis 1791, si on voit ce qui se fait&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; &#8230;si ce n'est qu'il y a des grandes &#339;uvres d'art qui ont &#233;clos depuis lors&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Il y en a, ce n'est pas &#224; &#231;a que je me r&#233;f&#233;rais : je me r&#233;f&#232;re au fait que, bon, moi je n'ai jamais compris que l'on puisse se r&#233;signer &#224; &#233;crire de la musique secondaire ou faire de la petite peinture ou &#224; &#233;crire des petits romans&#8230; &#8211; enfin, bon, on dira que personne ne sait d'avance&#8230; Passons, ce n'est pas le probl&#232;me. L'&#339;uvre d'art fait effectivement exister un monde qui est le sien propre et, &lt;i&gt;en m&#234;me temps &#8211;&lt;/i&gt; c'est comme &#231;a que je l'ai toujours vue et v&#233;cue &#8211; en m&#234;me temps elle pr&#233;sente, en se pr&#233;sentant &#224; elle-m&#234;me, elle pr&#233;sente l'&#234;tre, elle pr&#233;sente le Chaos, elle pr&#233;sente l'Ab&#238;me ou le Sans-Fond, elle le pr&#233;sente sans symbolisation, sans all&#233;gorie, sans rien de tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Dans la mesure o&#249; elle ne s'en soucie pas, o&#249; elle ne fait que le pr&#233;senter de fa&#231;on originale, il est m&#234;me d&#233;j&#224; rajout&#233; de dire que chaque fois une &#339;uvre d'art pr&#233;sente &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; chaos car, au fond, ce n'est m&#234;me pas &#224; chaque fois le m&#234;me&#8230; &#199;a c'est vous, en tant que philosophe, qui le dites&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Oui, peut-&#234;tre&#8230; d'ailleurs, je ne sais pas si la question n'est pas simplement nominale mais, enfin, peut-&#234;tre m&#234;me l'id&#233;e, certainement du reste, de se demander si le Chaos &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; le m&#234;me ou n'est pas le m&#234;me chaque fois, ou s'il est &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; ou multiple, pr&#233;cis&#233;ment, n'a peut-&#234;tre pas de sens. Pour moi le Chaos, en tant que gangue matricielle, en tant que matrice informe et formant tout ce qui peut &#234;tre, est au-del&#224; de l'un ou du multiple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Si une grande &#339;uvre musicale cr&#233;e un monde, d'autres grandes &#339;uvres artistiques le cr&#233;ent aussi, un style architectural cr&#233;e un monde et, &#224; plus forte raison naturellement, une &#339;uvre litt&#233;raire. Nous avons tous vu, ou avons chez nous des rayons de biblioth&#232;ques avec des livres, dont nous ne voyons que la tranche, mais nous ne les avons pas tous lus et pas tous en m&#234;me temps, mais chacun sait que quand on entre dans un livre, quand on fait cet effort, au bout de quelques dizaines de pages on &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; vraiment dans un monde o&#249; l'on n'avait pas &#233;t&#233; auparavant. Alors on peut toujours dire que ce monde-l&#224; est &lt;i&gt;dans notre monde&lt;/i&gt;, dans le monde englobant, n&#233;anmoins c'est abstrait de le dire puisque quand on le lit, on d&#233;couvre vraiment un monde qu'on ne connaissait pas auparavant. Tout &#224; l'heure vous avez parl&#233; d'ontologie &#8211; ou c'est moi qui en ai parl&#233; je ne me souviens plus &#8211; c'&#233;tait l'id&#233;e que, puisque nous nous acheminons, dans toute cette discussion, vers une philosophie de la forme et de la cr&#233;ation, c'est l'id&#233;e que chaque forme nouvelle cr&#233;e un &#234;tre nouveau et que l'ontologie est multiple &#8211; enfin il faut concevoir une ontologie de fa&#231;on multiple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Oui bien s&#251;r. Mais permettez-moi de reprendre un terme que vous avez utilis&#233;, qui est tout &#224; fait correct, mais qui risque de cr&#233;er des malentendus parce que le terme &#171; philosophie de la forme &#187; &#8211; dans l'esprit des gens, la forme s'oppose au fond, s'oppose au contenu &#8211;, bien s&#251;r vous l'utilisez dans le sens philosophique, moi je prends soin, souvent, de mettre &#224; c&#244;t&#233; le terme platonicien &lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; : une forme ce n'est pas l'ext&#233;rieur, ce n'est pas ce qui s'oppose au fond, c'est la coexistence de ce qu'on appelle commun&#233;ment une mati&#232;re et une forme. Quand nous disons, quand je dis, que l'histoire, par exemple, est cr&#233;ation de formes, cela ne veut pas dire les cr&#233;ations d'ext&#233;riorit&#233;s, de v&#234;tements de chose : l'histoire est cr&#233;ation &#8211; je ne sais pas, tout de ce que vous voudrez &#8211; de Parth&#233;non, de Notre-Dame, du&lt;i&gt;Requiem&lt;/i&gt;de Mozart, du &lt;i&gt;Ch&#226;teau&lt;/i&gt; de Kafka : ce sont des &lt;i&gt;formes&lt;/i&gt;. &#199;a ne veut pas dire que je m'attache simplement aux pr&#233;tendues vertus formelles de ces &#339;uvres : le &lt;i&gt;Ch&#226;teau&lt;/i&gt; de Kafka est une forme au sens, si ce n'est pas trop, comment dire, banaliser l'art, au sens o&#249; une galaxie spirale est une &lt;i&gt;forme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Lorsque les hommes cr&#233;ent la musique, ils ne produisent rien, et il serait insuffisant de dire qu'ils cr&#233;ent un autre&lt;/i&gt; eidos &lt;i&gt;qui vient simplement s'accommoder et s'ins&#233;rer dans ce qui, d&#233;j&#224;, est. Ils cr&#233;ent un niveau d'&#234;tre qui est un monde dans ce monde et qui, &#224; bien y r&#233;fl&#233;chir, n'y est pas vraiment.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors un arbre s'&#233;leva. &#212; pure &#233;l&#233;vation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212; chant d'Orph&#233;e ! &#212; grand arbre dans l'oreille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout se tut. Pourtant, dans le silence m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;s'accomplit un nouveau d&#233;but, signes et changement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les carrefours du labyrinthe, op.cit, Pr&#233;face, p. 25 citant Rilke, Sonnet &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Je crois que, l&#224;, on voit que le grand po&#232;te est mieux qu'un philosophe. Parce que tout ce que nous venons de dire, en un sens, Rilke l'a dit finalement mieux, bien s&#251;r, dans ce premier &lt;i&gt;Sonnet &#224; Orph&#233;e,&lt;/i&gt; en parlant de la musique qui, lorsqu'elle appara&#238;t, tout se tait, et c'est &lt;i&gt;dans ce silence&lt;/i&gt; que quelque chose, qui est &#171; &lt;i&gt;d&#233;but, signes et changement&lt;/i&gt; &#187;, s'accomplit pour la premi&#232;re fois et, on peut dire, s'accomplit aussi &lt;i&gt;&#224; jamais&lt;/i&gt; parce que, &#224; part les contingences mat&#233;rielles, &#231;a ne s'abolit plus, &#231;a ne &lt;i&gt;peut&lt;/i&gt; &lt;i&gt;plus s'abolir&lt;/i&gt; &#8211; &#231;a peut s'abolir en un sens empirique, si on br&#251;le toutes les partitions musicales, si on casse tous les disques mais, en tant que philosophe je dirais, &lt;i&gt;en soi,&lt;/i&gt; &#231;a ne s'abolit plus : &#231;a a &#233;t&#233;, &#231;a est et &#231;a sera.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Comme les rideaux de la chambre, comme l'air &#233;pais de la nuit, Albertine s'exprime en dormant ; toute la nuit de la terre s'exprime dans cet air, toutes les p&#234;ches du monde s'expriment dans le duvet de ses joues, toutes les amours inqui&#232;tes dans le regard qui les embrasse et le silence qui le sous-tend ; et tout cela s'exprime dans la &lt;/i&gt;Recherche,&lt;i&gt; comme s'y exprime la mer vue de la terrasse de la Raspeli&#232;re et ce septuor de Vinteuil qui, d&#233;sormais, compte au monde davantage que d'autres effectivement &#233;crit&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Mais Albertine se r&#233;veille et parle, elle dit : &#171; j'ai dormi&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &#187; &#171; Situation confuse et irritante d'un &#234;tre qui est ce dont il parle &#187; (&lt;/i&gt;La Prose du monde&lt;i&gt;, 1964, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Maurice&lt;/i&gt;&lt;i&gt;Merleau-Ponty, p. 24). Proust se r&#233;veille, et parle de son sommeil dans la chambre de Donci&#232;res ; il parle de ses &#171; v&#233;cus subjectifs &#187;, les inscrivant&lt;/i&gt;&lt;i&gt; par-l&#224; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;sur une deuxi&#232;me, et plus grande, page du registre, il parle de ce qu'il &#233;tait lorsqu'il n'&#233;tait pas encore. Comme il est voyant-visible, il est parlant-parl&#233;, multiplement parlant et multiplement parl&#233;. Situation multiplement confuse et irritante que celle d'un &#234;tre qui ne deviendra ce qu'il aura &#233;t&#233; qu'en en parlant. &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le dicible et l'indicible &#187;, in Les carrefours du labyrinthe, op.cit, p. 188.&#034; id=&#034;nh26-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Vous avez voulu associer les propos que nous avons entendus auparavant, qui sont extraits de votre livre &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt; sur Proust, sur Albertine et cette musique de Schubert, cet impromptu n&#176; 2 opus 90 : vous avez donc vu entre ces deux mondes, dont nous avons dit qu'en principe ils &#233;taient chaque fois nouveaux et incommunicables, vous avez vu des correspondances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; L&#224; &#233;videmment, c'est ma subjectivit&#233; qui intervient&#8230; Mais je crois que dans cet impromptu, une des couches infinies de sa signification musicale, ou de sa traduction maladroite en signification simplement humaine, c'est aussi cette indicible nostalgie pour un amour fuyant et en m&#234;me temps cette douceur des joues d'Albertine dont parle Proust, et cette vue &#224; jamais r&#233;volue du bleu de la mer vue de la terrasse de la Raspeli&#232;re &#8211; c'est pour &#231;a que je dis, dans d'autres passages, que nous &#233;coutons toujours la musique de fa&#231;on &lt;i&gt;impure&lt;/i&gt;, nous ne pouvons pas &lt;i&gt;ne pas associer&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Il faudrait, presque, que l'on fasse silence, que chaque musique nous permette de faire silence, m&#234;me sur les correspondances&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Mais comment pourrions-nous faire silence sur ce que &lt;i&gt;nous sommes&lt;/i&gt; ? &#8211; c'est-&#224;-dire notre flux repr&#233;sentatif que pr&#233;cis&#233;ment, et heureusement, ne &lt;i&gt;ma&#238;trisons&lt;/i&gt; pas, qui est &#224; la fois notre condamnation et de notre richesse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; C'est en cela que ces r&#233;flexions sur la cr&#233;ation ne sont pas une r&#233;flexion sur la ma&#238;trise : la cr&#233;ation, justement, n'est pas ma&#238;trisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Non, bien s&#251;r. Cela les philosophes le savaient depuis toujours. Platon l'appelait la &lt;i&gt;divine folie&lt;/i&gt; dans&lt;i&gt; l'Ion&lt;/i&gt;, sur la po&#233;sie, et quand Kant dit, admirablement, que le g&#233;nie cr&#233;e le chef-d'&#339;uvre comme une &lt;i&gt;nature&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire travaille comme travaille la nature, il dit qu'il ne &lt;i&gt;peut pas&lt;/i&gt; rendre compte de pourquoi il a fait ceci plut&#244;t que cela. Peut-&#234;tre la chose est plus compliqu&#233;e : bien entendu il ne peut pas rendre compte et, en m&#234;me temps, ce qui se produit, ce qui arrive pendant le travail artistique, le travail de cr&#233;ation, on le sait &#8211; c'est aussi vrai bien que ce soit tr&#232;s diff&#233;rent dans le travail de la pens&#233;e &#8211; l'&#233;tonnant, c'est qu'on cr&#233;e et que,&lt;i&gt;en m&#234;me temps&lt;/i&gt;, il y a une &lt;i&gt;l&#233;galit&#233; &#233;mergente&lt;/i&gt; de ce qu'on cr&#233;e. C'est pour &#231;a que l'on a dit si souvent que le po&#232;me produit le po&#232;te : on cr&#233;e, c'est totalement arbitraire et, en m&#234;me temps, bien entendu, &#231;a n'a rien &#224; faire avec l'arbitraire. C'est arbitraire par rapport &#224; toutes les consid&#233;rations extrins&#232;ques, c'est arbitraire par rapport aux forces productives, &#224; la psychanalyse du cr&#233;ateur, &#224; l'esprit absolu, aux mouvements des &#233;lectrons &#8211; par rapport &#224; tout cela l'&#339;uvre d'art est un autre niveau d'&#234;tre et &lt;i&gt;parfaitement arbitraire&lt;/i&gt;. Mais il n'est pas arbitraire par rapport&lt;i&gt; &#224; lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, puisqu'il &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; effectivement. Ce qui se produit c'est l'autoposition d'une nouvelle forme, d'une nouvelle l&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; C'est-&#224;-dire que c'est arbitraire, en un sens, mais &#231;a n'est, en aucun sens, subjectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Je ne sais pas&#8230; L&#224;, le langage nous fait d&#233;faut&#8230; Je crois que, en un sens, nous sommes toujours pi&#233;g&#233;s parce que le langage a &#233;t&#233; forg&#233;, la plupart du temps, pour dire les objets mat&#233;riels, les attitudes instrumentales, etc., opposer le possible et le n&#233;cessaire &#8211; et l&#224;, nous sommes dans des domaines qui sont au-del&#224; de ces cat&#233;gories&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'histoire comme cr&#233;ation humaine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Nous avons donc parl&#233; longuement de l'art, car c'&#233;tait, encore une fois, un bon exemple, un bon paradigme pour r&#233;fl&#233;chir sur l'auto-cr&#233;ation ou sur la cr&#233;ation elle-m&#234;me. Mais votre th&#232;se est beaucoup plus vaste &#8211; d'ailleurs je rappelle le titre de l'autre livre, dont nous tirons des extraits, qui s'appelle &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233; &lt;/i&gt; : vous vous int&#233;ressez &#224; cette capacit&#233; qu'a l'homme de cr&#233;er les formes, donc de cr&#233;er des discontinuit&#233;s dans l'histoire ou m&#234;me de cr&#233;er &lt;i&gt;des&lt;/i&gt; histoires, non pas seulement au niveau individuel &#8211; bien que vous ne r&#233;cusiez pas ce niveau individuel, et comment le pourriez-vous ? pr&#233;cis&#233;ment, avec la place que vous accordez &#224; l'art qui est toujours fait par des artistes &#8211; mais vous consid&#233;rez que l'histoire elle-m&#234;me est une &#339;uvre, en un sens. Si on appelle&lt;i&gt;&#339;uvre&lt;/i&gt;ce qui est cr&#233;&#233;, alors le capitalisme, le marxisme ou le communisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; &#8230; Absolument : la soci&#233;t&#233; h&#233;bra&#239;que, la soci&#233;t&#233; grecque, Rome, Florence&#8230; Ce sont des &lt;i&gt;cr&#233;ations.&lt;/i&gt; Ce ne sont pas des &lt;i&gt;&#339;uvres,&lt;/i&gt; puisque dans l'histoire nous n'avons pas cette &lt;i&gt;apparente cl&#244;ture&lt;/i&gt; de l'&#339;uvre d'art, cette autosuffisance, cette d&#233;limitation, m&#234;me si cette d&#233;limitation ouvre sur l'ind&#233;fini et sur le tout. L&#224;, &#233;videmment, dans l'histoire nous n'avons pas cela. Mais nous avons bien entendu la &lt;i&gt;cr&#233;ation de formes,&lt;/i&gt; et l&#224; encore on peut comprendre ce que j'entends par forme : qu'est-ce que c'est la soci&#233;t&#233; h&#233;bra&#239;que &#8211; l&#224; je parle de l'Ancien Testament ? C'est une forme, c'est une collectivit&#233; qui s'est donn&#233; des lois, sans le savoir d'ailleurs, elle pr&#233;tend que ces lois lui ont &#233;t&#233; donn&#233;es par Dieu, ces lois r&#232;glent sa vie, il y a des coutumes, des habitudes, des &#339;uvres particuli&#232;res qui se font l&#224;-dedans, des &#233;crits &#224; partir d'un certain moment, etc. Quel est le sujet de cette cr&#233;ation ? L&#224; encore le langage nous trahit : le sujet est, en un sens, le peuple h&#233;breu mais ce peuple h&#233;breu n'est pas &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; dans n'importe quel sens, canonique, habituel de ce terme, c'est une collectivit&#233; anonyme ind&#233;finie qui a toujours un amont et toujours un aval&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; &#8230; mais alors comment expliquez-vous, dans ce dans ce cadre-l&#224;, le fait de la tradition ? Parce que la tradition, les traditions, c'est bien, l&#224;, la perp&#233;tuation d'une forme, ce n'est pas la cr&#233;ation continue d'une forme, ce n'est pas une discontinuit&#233; justement. D'apr&#232;s votre vision des choses, la tradition serait un peu l'anti-cr&#233;ation, ce serait la tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e d'une soci&#233;t&#233; de &lt;i&gt;ne pas&lt;/i&gt; se laisser s'imposer des discontinuit&#233;s par rapport &#224; elle-m&#234;me sous la forme d'inventions produites par ses membres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Il est certain qu'une soci&#233;t&#233; qui, si je peux dire, programmatiquement, explicitement, est traditionaliste, est &#233;videmment une soci&#233;t&#233; qui veut refuser son alt&#233;ration, son auto-alt&#233;ration, sa propre cr&#233;ativit&#233;. En fait elle n'y parvient jamais, parce que la tradition, ce que nous constatons&#8230; Bon, il y a tout le probl&#232;me de ce qu'on appelle maintenant l'ethnohistoire, c'est-&#224;-dire les soci&#233;t&#233;s archa&#239;ques qu'on osait appeler autrefois des soci&#233;t&#233;s sans histoire, nous savons que ce n'est pas vrai, que l'alt&#233;ration est encore l&#224;. Mais prenons par exemple des soci&#233;t&#233;s qui ont une histoire et une tradition explicites, comme les soci&#233;t&#233;s, dans ce segment de l'histoire universelle, qui me sont les plus famili&#232;res, Proche-Orient et Europe : qu'est-ce que nous voyons, l&#224;, avec la tradition ? La tradition, bien s&#251;r, est toujours l&#224;, y compris chez nous, maintenant, et nous voyons aussi, en m&#234;me temps que, en fait, chaque &#233;poque &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt; de cette tradition quelque chose de diff&#233;rent, c'est-&#224;-dire qu'elle &lt;i&gt;r&#233;interpr&#232;te&lt;/i&gt; sa tradition. Il est d'ailleurs tout &#224; fait int&#233;ressant de voir &#8211; &#224; ce point de vue c'est tr&#232;s int&#233;ressant &#8211; de faire l'opposition, tr&#232;s illustrative, entre les anciens Grecs et les Juifs ; les anciens Grecs ont un rapport tr&#232;s important avec leurs traditions, bien &#233;videmment, ils sont quand m&#234;me un peuple chez qui, &#224; partir d'un certain moment, la cr&#233;ation explose vraiment : l'auto-alt&#233;ration de la soci&#233;t&#233;, des formes de pens&#233;e, etc. se produit avec un rythme, d'ailleurs &#224; proprement parler, fr&#233;n&#233;tique, quand on sait ce qui se passe entre le IVe et le VIIe si&#232;cle, et ils n'h&#233;sitent pas &#224; se mettre en question. Lorsque les juifs, dans une phase relativement ult&#233;rieure, et sans doute sous l'influence de la culture grecque apr&#232;s la conqu&#234;te d'Alexandre, l'hell&#233;nisme, etc. ne peuvent plus en rester purement et simplement &lt;i&gt;&#224; la lettre&lt;/i&gt; de l'Ancien Testament&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; &#8230; ils se mettent &#224; l'interpr&#233;ter&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; &#8230; voil&#224; : ils commencent &#224; cr&#233;er, ils commencent &#224; changer mais sont &lt;i&gt;oblig&#233;s&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;d&#233;guiser&lt;/i&gt; cette cr&#233;ation en la pr&#233;sentant comme l'&lt;i&gt;interminable interpr&#233;tation&lt;/i&gt; d'un texte sacr&#233; qui, lui, ne &lt;i&gt;peut&lt;/i&gt; pas et ne &lt;i&gt;doit&lt;/i&gt; pas varier &#8211; mais, m&#234;me eux, ils alt&#232;rent, bien s&#251;r&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Mais les premiers interpr&#232;tes de la Torah ou de la Bible, enfin de la premi&#232;re partie de la Bible, ce sont les proph&#232;tes eux-m&#234;mes, &#224; une date assez ant&#233;rieure &#224; l'hell&#233;nisation du monde m&#233;diterran&#233;en&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Bien s&#251;r, cela ne me g&#234;ne pas : l'Ancien Testament lui-m&#234;me traduit une &#233;volution, ce n'est pas une soci&#233;t&#233; fig&#233;e, quelque chose commence d&#233;j&#224; avec les proph&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cr&#233;ation ex nihilo&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Plus profond&#233;ment : est-ce que vos amis th&#233;oriciens de l'auto-organisation ne vous diraient pas qu'il faut une certaine dose de redondance, comme ils disent, c'est-&#224;-dire de r&#233;p&#233;tition, de transmission des formes anciennes pour que des formes nouvelles puissent jaillir ? Parce que, au fond, votre philosophie est une th&#233;orie de la cr&#233;ation &lt;i&gt;ex nihilo,&lt;/i&gt; finalement &#8211; nous avons parl&#233; du silence tout &#224; l'heure : est-ce qu'il ne faut pas des ingr&#233;dients pour cr&#233;er ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Bien entendu, mais la question c'est : quels ingr&#233;dients ? et quel est le &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt; du nouveau avec ce qui existait d&#233;j&#224; ? Toute v&#233;rit&#233; peut &#234;tre transform&#233;e en absurdit&#233; si on lui donne une forme, comment dire, extr&#233;miste, absolue, etc. J'insiste sur le terme cr&#233;ation &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt; : pourquoi ? Pour montrer que lorsque quelque chose est cr&#233;&#233;e, &lt;i&gt;ce qui est cr&#233;&#233;&lt;/i&gt;, on ne peut pas le d&#233;river ou le produire &#224; partir de ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224;. La sonate opus 111, on ne peut pas la sortir de Haydn : c'est autre chose. La naissance de la philosophie et de la d&#233;mocratie en Gr&#232;ce, on ne peut pas la sortir de quelque chose qui &#233;tait l&#224;. Mais, bien entendu tout ce qui se produit se produit dans de l'&#234;tre &lt;i&gt;qui est d&#233;j&#224; l&#224;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Est-ce qu'il n'y a pas une mati&#232;re premi&#232;re, pour parler comme les anciens philosophes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Cet &#234;tre qui est d&#233;j&#224; l&#224; fournit quelques conditions aux limites, comme on pourrait dire si on veut utiliser un langage de physicien ou de math&#233;maticien : il fournit une mati&#232;re premi&#232;re. Mais &#231;a c'est peu important, parce que, finalement, ce qui nous importe dans la cr&#233;ation, c'est la &lt;i&gt;signification&lt;/i&gt; et les m&#234;mes premi&#232;res mati&#232;res, on le voit dans l'histoire, prennent pr&#233;cis&#233;ment des significations diff&#233;rentes suivant les cr&#233;ations&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; &#8230;mais c'est quand m&#234;me un monde&#8230; je veux dire&#8230; c'est une r&#233;alit&#233;&#8230; il y a une ext&#233;riorit&#233; en l'occurrence, c'est la mati&#232;re premi&#232;re, c'est la mati&#232;re&#8230; Il n'y aurait pas de cr&#233;ation s'il n'y avait pas de mati&#232;re et, par cons&#233;quent, on peut se demander qui a cr&#233;&#233; la mati&#232;re ? ou comment s'est-elle faite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Mais vous savez, il y a du marbre &#8211; je vous prends au pied de la lettre &#8211; il y a du marbre en Gr&#232;ce sur l'&#238;le de Pharos et sur le &lt;i&gt;Pant&#233;licon&lt;/i&gt;, mais il y a du marbre plus beau en Italie : les Grecs ont fait des temples, les Romains ensuite ont, mal et lourdement, imit&#233;s les temples grecs&#8230; Quand le XVe si&#232;cle est venu, Michel-Ange avec ce marbre a fait autre chose&#8230; Voil&#224; le rapport avec la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;galit&#233; comme cr&#233;ation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Vous allez tr&#232;s loin dans cette id&#233;e d'une cr&#233;ation &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt; des formes et de la signification, puisque seules les formes donnent des significations, puisque vous dites &#8211; et c'est m&#234;me la page par laquelle vous terminez votre livre &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt; &#8211; vous dites que les significations, justement, les valeurs sont &lt;i&gt;cr&#233;&#233;es&lt;/i&gt;, elles ne sont pas objectives, n'appartiennent pas &#224; une nature qu'une science ou des sp&#233;cialistes pourraient &#233;laborer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; &#8230; elles ne sont pas transcendantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Par cons&#233;quent, dites-vous, une id&#233;e telle que l'&#233;galit&#233; ou la libert&#233; &#8211; nous l'avons vu tout &#224; l'heure, mais on va voir pourquoi je parle de l'&#233;galit&#233; &#8211; n'est pas &lt;i&gt;dans les choses,&lt;/i&gt; elle n'est pas &lt;i&gt;dans la nature&lt;/i&gt; et vous dites que c'est donc une cr&#233;ation, par exemple, du marxisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; &#8230; l'&#233;galit&#233; n'est pas une cr&#233;ation du marxisme, loin de l&#224; m&#234;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Vous allez jusqu'&#224; dire que vous &#8211; alors vous parlez semble-t-il en votre nom propre, en votre nom personnel &#8211; vous seriez pour l'&#233;galit&#233;, justement, de &lt;i&gt;tous les revenus.&lt;/i&gt; Est-ce que vous pouvez expliquer cette id&#233;e un peu paradoxale ? C'est-&#224;-dire que vous ne vous sentez pas tenus par des consid&#233;rations naturalistes qui nous diraient, par exemple, que l'&#233;galit&#233; absolue est impossible : vous dites que si on &lt;i&gt;voulait&lt;/i&gt; l'&#233;galit&#233; absolue on &lt;i&gt;pourrait&lt;/i&gt; la r&#233;aliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Il ne s'agit pas d'&#233;galit&#233; absolue&#8230; Il y a l&#224; tous les malentendus pour moi&#8230; L'&#233;galit&#233; dans le domaine politique est le point central : c'est &lt;i&gt;l'&#233;galit&#233; de participation au pouvoir politique.&lt;/i&gt; L'&#233;galit&#233; de participation au pouvoir politique, si elle ne doit pas effectivement rester &lt;i&gt;formelle&lt;/i&gt;, signifie &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; l'&#233;galisation des &lt;i&gt;conditions&lt;/i&gt; sous lesquelles les gens &lt;i&gt;peuvent activement participer&lt;/i&gt; &#224; ce pouvoir politique. Pour moi, la d&#233;mocratie c'est la &lt;i&gt;participation&lt;/i&gt; &lt;i&gt;active&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;toute la communaut&#233;&lt;/i&gt; aux affaires politiques, et non pas la d&#233;l&#233;gation ou la repr&#233;sentation [politique]. Alors l'&#233;galit&#233; &#233;conomique, dans ce sens-l&#224;, &#224; mes yeux, se justifie ou se d&#233;duit, de ce qui pr&#233;c&#232;de &#8211; enfin, ne se d&#233;duit pas mais fait partie de la m&#234;me option &#8211; de deux fa&#231;ons : la premi&#232;re, qui est traditionnelle et relativement secondaire, c'est-&#224;-dire que, d&#232;s qu'il y a des in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques, &#224; moins qu'elles ne soient tout &#224; fait secondaires et triviales, l'&#233;galit&#233; de participation au pouvoir politique devient un &lt;i&gt;leurre&lt;/i&gt;. Mais surtout, et &#231;a je le dis dans ce passage, et je l'ai longuement dit ailleurs, l'essentiel pour qu'il y ait un &lt;i&gt;renouveau&lt;/i&gt; politique, qu'il y ait vraiment une &lt;i&gt;nouvelle marche&lt;/i&gt; vers une soci&#233;t&#233; autonome, c'est la &lt;i&gt;destruction de la mentalit&#233; &#233;conomiste.&lt;/i&gt; Et la mentalit&#233; &#233;conomiste, qui est la mentalit&#233; dominante dont le monde contemporain, dans le monde capitaliste, &#233;videmment s'instrumente &lt;i&gt;essentiellement&lt;/i&gt; dans la psychologie des individus &lt;i&gt;par&lt;/i&gt; l'in&#233;galit&#233; des revenus : &#171; j'ai plus que toi, je t&#226;cherai d'avoir encore plus &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Donc de la m&#234;me fa&#231;on que la d&#233;mocratie est, litt&#233;ralement parlant, un miracle &#8211; c'est le miracle grec qui aurait tr&#232;s bien pu ne pas avoir lieu, et qui pourrait tr&#232;s bien dispara&#238;tre puisque l'&#233;galit&#233; de participation de tous au pouvoir n'est pas &lt;i&gt;dans les choses&lt;/i&gt;, n'est pas &lt;i&gt;dans une nature&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; &#8230; bien s&#251;r, c'est une &lt;i&gt;cr&#233;ation humaine&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#233;gime russe comme haine du beau&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; &#8230;et s'il devait y avoir une nature, ce serait plut&#244;t une nature in&#233;galitaire, semble-t-il, en tout cas ce n'est pas une objectivit&#233; &#8211; et de la m&#234;me fa&#231;on ce miracle d'une participation, d'une r&#233;cusation de cette mentalit&#233; &#233;conomiste &lt;i&gt;pourrait&lt;/i&gt; avoir lieu si la soci&#233;t&#233; le d&#233;cidait. Encore faut-il qu'elle en soit libre et ceci nous am&#232;ne &#224; conclure sur une id&#233;e tr&#232;s extraordinaire, que vous avez d&#233;velopp&#233;e dans votre dernier livre &lt;i&gt;Devant la guerre,&lt;/i&gt; dans lequel vous d&#233;crivez une cr&#233;ation historique aussi, qui est l'Union sovi&#233;tique &#8211; on ne sait pas s'il faut dire le communisme, il semble que ce soit encore quelque chose de sp&#233;cifique &#8211; et vous le d&#233;finissez, c'est &#231;a qui est original, comme le premier r&#233;gime dans l'histoire, ou comme le seul r&#233;gime, ou le r&#233;gime o&#249; cela est particuli&#232;rement vrai, qui n'admette pas &lt;i&gt;l'art&lt;/i&gt;. Tout ce que nous avons dit sur l'art, il ne l'admet pas et vous dites que toutes les autres soci&#233;t&#233;s que nous connaissons, m&#234;me les soci&#233;t&#233;s archa&#239;ques, les soci&#233;t&#233;s religieuses, quelque totalitaires ou autoritaires qu'elles aient pu &#234;tre, elles &#233;taient compatibles avec l'&#233;mergence des arts &#8211; et pas l'Union sovi&#233;tique. Est-ce que vous pouvez en dire un mot rapidement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Je ne dis pas qu'en Russie on n'admet pas l'art, au contraire m&#234;me : ext&#233;rieurement on fait semblant de l'encourager, etc. Ce que je dis, c'est que le r&#233;gime &lt;i&gt;comme r&#233;gime&lt;/i&gt; &#8211; il faut distinguer avec le peuple russe &#8211; non seulement n'a rien produit de beau, et en cela il est une &lt;i&gt;premi&#232;re historique&lt;/i&gt; si je peux dire&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; mais il est caract&#233;ris&#233; par ce que j'appelle une &lt;i&gt;haine positive,&lt;/i&gt; une &lt;i&gt;haine affirmative&lt;/i&gt; pour le beau, c'est-&#224;-dire ce que l'art donne. Et je crois que cela est profond&#233;ment li&#233; avec la nature du r&#233;gime et avec la nature du beau, parce que le beau &lt;i&gt;sort&lt;/i&gt; l'&#234;tre humain du monde institu&#233; tel qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Et ce r&#233;gime, apparemment, met en danger les capacit&#233;s m&#234;mes de cr&#233;ation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Il ne peut pas accepter cela, il &lt;i&gt;doit&lt;/i&gt; enfermer ses citoyens dans une cl&#244;ture totale. Donc le seul art ne peut &#234;tre qu'art officiel ou bien, comment dire, art &#171; classicis&#233; &#187;, art &#171; mus&#233;ique &#187; : on peut rejouer admirablement du Bach, du Beethoven, etc. mais on n'accepte pas, on ne &lt;i&gt;tol&#232;re&lt;/i&gt; pas une authentique cr&#233;ation contemporaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb26-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1016-Science-moderne-et-interrogation' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Science moderne et interrogation philosophique,&lt;/i&gt; in &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, op. cit., p. 192&#8211;193.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe, op.cit&lt;/i&gt;, Pr&#233;face, p. 25 citant Rilke, &lt;i&gt;Sonnet &#224; Orph&#233;e&lt;/i&gt;, I, 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Le dicible et l'indicible &#187;, in &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt;, p. 188.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Cornelius Castoriadis : Histoire d'une recherche (1/2)</title>
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		<dc:date>2024-11-05T07:56:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Pal&#233;o-marxismes</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>Beaut&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;mission &#171; L'autre sc&#232;ne ou les vivants et les Dieux &#187; de Philippe Nemo sur France-Culture dat&#233;e du 30 mai 1983. Les crochets et intertitres sont de nous (LC). Source Philippe Nemo : Nous sommes ce soir avec l'&#233;conomiste et historien Cornelius Castoriadis pour une longue conversation avec lui au sujet de son &#339;uvre et, un petit peu, nous le verrons aussi au d&#233;but, de sa vie qui sort de l'ordinaire. Cornelius Castoriadis, comme son nom l'indique est grec et comme sa voix ne l'indique pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-apports-theoriques-imaginaire-" rel="directory"&gt;Apports th&#233;oriques : Imaginaire, culture, cr&#233;ation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;mission &#171; L'autre sc&#232;ne ou les vivants et les Dieux &#187; de Philippe Nemo sur France-Culture dat&#233;e du 30 mai 1983. Les crochets et intertitres sont de nous (LC). &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=eqD8y5wuA2E&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_1648 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende spip_document_player spip_documents_player spip_doc_player&#034; data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;/style&gt;&lt;/span&gt;&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-1648 '&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis, histoire d'une recherche
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-1648 '&gt;Andrea Cirla (2013)
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Philippe Nemo :&lt;/strong&gt; Nous sommes ce soir avec l'&#233;conomiste et historien Cornelius Castoriadis pour une longue conversation avec lui au sujet de son &#339;uvre et, un petit peu, nous le verrons aussi au d&#233;but, de sa vie qui sort de l'ordinaire. Cornelius Castoriadis, comme son nom l'indique est grec et comme sa voix ne l'indique pas est fran&#231;ais, a donc connu un parcours inhabituel puisqu'il vient de Gr&#232;ce, il a connu l'exil, il est arriv&#233; en France, il nous racontera dans quelles circonstances, et a commenc&#233; sa vie par la politique plut&#244;t que par la philosophie th&#233;orique &#8211; il nous dira aussi comment on passe de l'un &#224; l'autre, d'ailleurs dans les deux sens &#233;ventuellement. Il &#233;tait connu assez t&#244;t en France pour sa participation et sa fondation, m&#234;me, de la revue &#171; Socialisme ou Barbarie &#187; dans laquelle il a &#233;crit des textes de politique et de philosophie politique et ensuite de nombreuses publications parmi lesquels le &lt;i&gt;magnum opus,&lt;/i&gt; peut-&#234;tre, en tout cas le livre le plus important en volume, qui est &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; paru en 1975 aux &#233;ditions du Seuil puis &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt; en 1978 aux &#201;ditions du Seuil ; quatre volumes en 10/18 sous le titre : &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; bureaucratique&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'exp&#233;rience du mouvement ouvrier&lt;/i&gt; en 1973 suivis d'autres publications dans la m&#234;me s&#233;rie des &#233;ditions 10/18 o&#249; sont repris des textes de &#171; Socialisme ou Barbarie &#187;. Et puis, tout derni&#232;rement, un livre sur l'Union sovi&#233;tique qui s'appelle &lt;i&gt;Devant la guerre&lt;/i&gt;, paru en 1980 aux &#201;ditions Fayard. Cornelius Castoriadis, apr&#232;s cette vie de publication et d'&#233;tudes, a &#233;t&#233; nomm&#233; directeur d'&#233;tudes &#224; l'&#201;cole des Hautes &#201;tudes en Sciences Sociales o&#249; il poursuit sa recherche et son enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce parcours, que je qualifiais de peu ordinaire, abouti &#224; une philosophie extr&#234;mement difficile &#8211; enfin, qui n'est pas ais&#233;e &#224; aborder, qui n'est pas ais&#233;e &#224; lire et qu'on pourrait peut-&#234;tre qualifier, mais je prends un risque en donnant ce qualificatif, de &lt;i&gt;philosophie de la cr&#233;ation&lt;/i&gt; ou en tout cas une philosophie de l'auto-cr&#233;ation, de l'autonomie. Et ici le philosophe, c'est sa culture grecque notamment, rejoint certaines donn&#233;es de la science la plus contemporaine et certaines donn&#233;es aussi de la philosophie naturelle qui accompagne cette science et dont plusieurs fois dans cette &#233;mission nous avons essay&#233; de rendre compte &#8211; et pas plus tard qu'il y a une quinzaine de jours avec une &#233;mission sur l'auto-organisation &#224; laquelle d'ailleurs Cornelius Castoriadis &#233;tait invit&#233; &#224; titre de simple participant &#8211; mais aujourd'hui nous y consacrons enti&#232;rement cette &#233;mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc une philosophie de la cr&#233;ation, j'allais dire de la cr&#233;ation &lt;i&gt;pure,&lt;/i&gt; et si nous avons ouvert cette &#233;mission par une musique &#231;a n'&#233;tait pas seulement pour l'illustrer, c'&#233;tait parce cette musique, enfin la musique en g&#233;n&#233;ral et celle-l&#224; en particulier, est un bon paradigme de ce que vous entendez par cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis :&lt;/strong&gt; Oui, tout &#224; fait. Je crois notamment, d'ailleurs, que cette partie de la quatri&#232;me symphonie de Schumann qui est la transition d'une troisi&#232;me partie vers le final et en m&#234;me temps le d&#233;but du final, pour moi illustre admirablement ce qui est, de plus en plus, un des objets, des th&#232;mes de ma pens&#233;e : c'est vraiment le Chaos, l'Ab&#238;me, le Sans-Fond qui est pr&#233;sent&#233; l&#224;, qui n'est pas symbolis&#233;, qui n'est pas &#171; all&#233;goris&#233; &#187; mais qui est pr&#233;sent&#233; en personne et de ce Chaos, de cet Ab&#238;me surgit inexplicablement, mais avec une &#233;vidence &lt;i&gt;totale&lt;/i&gt;, une forme parfaite qui est la m&#233;lodie triomphale qui domine le quatri&#232;me mouvement et o&#249; on a arr&#234;t&#233; le disque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Pour vous et cette forme n'existait nulle part ailleurs avant de surgir, justement, de ce silence ou de cette esp&#232;ce de m&#233;lodie plus lente et plus confuse qui pr&#233;c&#233;dait ce jaillissement &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Oui bien entendu, il peut y avoir une position philosophique, qui a &#233;t&#233; d'ailleurs la position classique de la philosophie, qui exclut la cr&#233;ation &#224; partir de l'id&#233;e que, pour que quelque chose soit cr&#233;&#233;, cela veut dire que c'&#233;tait possible mais tous les possibles, id&#233;alement, pr&#233;existent depuis toujours dans l'&#233;ternit&#233;, dans une esp&#232;ce d'atemporalit&#233;. Par cons&#233;quent ce qui se passe ne fait jamais &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; r&#233;aliser, exemplifier, un possible qui &#233;tait toujours donn&#233; d'avance, ce que ce soit dans la raison divine ou simplement dans un monde des id&#233;es, peu importe. Or je crois que cet argument est tout &#224; fait vide, il est purement nominal, comme on dit en philosophie. Je pense profond&#233;ment que, en histoire notamment, dans l'histoire de l'humanit&#233;, mais l&#224; c'est simplement parce que c'est le plus &#233;vident, nous avons ce surgissement de forme, cette cr&#233;ation, cette position de nouvelles d&#233;terminations, d'ailleurs, de nouvelles lois, de nouvelles l&#233;galit&#233;s qui commencent tout simplement par l'&lt;i&gt;auto-cr&#233;ation de la soci&#233;t&#233; humaine&lt;/i&gt;, en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Parcours politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; C'est ce que nous venons d'indiquer tr&#232;s rapidement concernant une cr&#233;ation artistique qui passe, je ne sais pas si c'est &#224; juste titre, pour une cr&#233;ation individuelle, enfin d'un g&#233;nie individuel cr&#233;ateur, en l'occurrence Schuman, pour vous cela est vrai aussi, ou peut-&#234;tre m&#234;me plus, de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me. Cette philosophie de cr&#233;ation des formes, dont nous allons parler ce soir, vous donne une nouvelle visibilit&#233; de l'histoire elle-m&#234;me puisqu'au fond l'histoire n'est rien d'autre que cette succession discontinue de figures ou de formes nouvelles par laquelle une soci&#233;t&#233; se structure sans que ces formes soient en aucune mani&#232;re pr&#233;d&#233;termin&#233;es dans une loi de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons bien s&#251;r voir ceci dans l'ordre m&#234;me o&#249; ces th&#232;mes vous sont apparus mais, justement, vous avez commenc&#233; votre vie en adh&#233;rant &#224; une doctrine qui, semble-t-il, est fort diff&#233;rente de celle-ci et peut-&#234;tre m&#234;me oppos&#233;e, qui est le marxisme. Vous &#234;tes n&#233; en 1922, vous aviez donc une vingtaine d'ann&#233;es au moment de la deuxi&#232;me guerre mondiale, et vous &#233;tiez grec et vous avez adh&#233;r&#233; au parti communiste grec. D'ailleurs en lisant vos publications, je songeais pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce passage du militantisme politique &#224; la philosophie th&#233;orique la plus abstraite : &#231;a repr&#233;sente aussi peut-&#234;tre une &lt;i&gt;cr&#233;ation&lt;/i&gt; dans votre propre vie et quelque chose &#224; quoi vous ne vous attendiez pas vous-m&#234;me lorsque vous &#233;tiez jeune homme et que vous militiez chez les communistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; C'est tr&#232;s difficile de parler de sa propre vie : ce devrait &#234;tre la chose au monde que l'on comprend le plus, c'est peut-&#234;tre la chose au monde que l'on comprend le moins, quand on l'inspecte, avec les ann&#233;es qui passent. De plus, ce n'est pas tr&#232;s int&#233;ressant, sauf pour autant que &#231;a d&#233;limite, &#231;a donne les lignes d'un parcours de travail et de pens&#233;e. Mais bon, pour ne pas avoir &#224; y revenir, je dirais quand m&#234;me une ou deux choses. D'abord, il n'est pas tout &#224; fait exact que j'ai commenc&#233; par la politique puis que je suis venu &#224; la philosophie, c'est plut&#244;t le contraire : adolescent, j'&#233;tais &#233;veill&#233; &#224; la philosophie, d'ailleurs &#224; un &#226;ge ridiculement pr&#233;coce, et c'est cette pr&#233;occupation philosophique qui m'a fait rencontrer Marx, le marxisme. L&#224;, j'ai cru trouver &#224; l'&#233;poque &#8211; en un sens je l'ai trouv&#233;, d'ailleurs &#8211; ce qui depuis m'a toujours pr&#233;occup&#233; ; c'est-&#224;-dire &#224; la fois une recherche de la v&#233;rit&#233;, une pr&#233;tention &#224; la v&#233;rit&#233; et puis, aussi et surtout, un souci pour le sort des hommes dans la soci&#233;t&#233;. &#192; l'&#233;poque on vivait en Gr&#232;ce sous la dictature de Metax&#225;s, et c'est cela qui m'a rendu, &#224; l'&#233;poque, marxiste, j'ose le dire, dans le bon sens du terme, et qui a fait que, j'avais &#224; peine 15 ans, j'ai adh&#233;r&#233; aux jeunesses communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N :&lt;/strong&gt; Vous terminiez le lyc&#233;e, en Gr&#232;ce : en quoi consistait l'enseignement secondaire &#224; Ath&#232;nes &#224; cette &#233;poque-l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Oh, je ne sais pas si c'est la peine d'en parler. Il &#233;tait mauvais, bien que moins mauvais qu'aujourd'hui bien s&#251;r, mais enfin, j'ai eu la chance &#224; travers les classes du lyc&#233;e, chaque ann&#233;e, de trouver un professeur au moins, qui attirait mon attention, qui avait &#224; me dire quelque chose, chez qui je trouvais quelque chose. Apr&#232;s il y a eu l'occupation, et quand elle est venue, moi je n'ai pas adh&#233;r&#233; au parti communiste, j'ai essay&#233; avec des camarades de former une tendance qui a &#233;t&#233; &#224; moiti&#233; dans le parti &#224; moiti&#233; en dehors, essayant de r&#233;former la politique du parti communiste et sa structure : sa politique nous paraissait,&lt;i&gt;&#233;tait&lt;/i&gt;, incroyablement chauvine, n'avait plus rien &#224; faire avec l'internationalisme prol&#233;tarien &#8211; les seuls bons Allemands &#233;taient les Allemands morts &#8211; et puis sa structure qui d&#233;j&#224; apparaissait comme compl&#232;tement bureaucratique. On avait l'illusion que tout cela ne repr&#233;sentait qu'une d&#233;viation locale, jusqu'au jour o&#249; on a pu commencer &#224; capter les &#233;missions de Radio Moscou : on a vu que &#231;a ne repr&#233;sentait absolument pas une d&#233;viation locale, que c'&#233;tait la ligne &lt;i&gt;consistante&lt;/i&gt; du stalinisme &#224; l'&#233;chelle mondiale. &#192; ce moment-l&#224;, j'ai quitt&#233;, enfin on a dissous ce groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Comment le stalinisme, &#224; l'&#233;chelle mondiale, pouvait-il &#234;tre chauvin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Mais il l'&#233;tait, chauvin ! Sauf, sans doute, en Allemagne, en Italie ou au Japon&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; &#8230;vous voulez dire que c'&#233;tait une politique de bloc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Vous savez ce que c'&#233;tait la politique stalinienne pendant la guerre, et en un sens elle le reste toujours : les partis communistes pr&#233;tendent, par exemple en France ou en Gr&#232;ce, que le v&#233;ritable patriotisme ne peut &#234;tre servi que par ce que, eux, ils appellent &#171; l'alliance avec l'Union sovi&#233;tique &#187;. Alors l&#224;, &#233;videmment, &#231;a florissait et &#231;a paraissait, bien s&#251;r, fond&#233; dans la r&#233;alit&#233; pendant la guerre puisque la Gr&#232;ce &#233;tait occup&#233;e par les nazis. Donc, &#224; ce moment-l&#224;, j'ai rompu totalement : j'ai adh&#233;r&#233; &#224; une des organisations trotskistes, la plus gauchiste d'ailleurs &#224; l'&#233;poque, en Gr&#232;ce, en 1942 o&#249; j'ai connu quelqu'un qui s'appelle Spiros Stinas qui &#233;tait vraiment un exemple de militant r&#233;volutionnaire, qui vit encore, heureusement, tr&#232;s vieux. &#192; partir de ce moment-l&#224;, j'ai commenc&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir&lt;i&gt;critiquement &lt;/i&gt; ; d'abord, bien entendu, sur le ph&#233;nom&#232;ne stalinien et, tr&#232;s rapidement, je suis parvenu &#224; l'id&#233;e que la critique trotskiste du ph&#233;nom&#232;ne stalinien &#233;tait tout &#224; fait insuffisante et superficielle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Relations entre philosophie et politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; On va revenir &#224; cette critique trotskiste du stalinisme. Mais auparavant une question de principe : que pensez-vous de ce va-et-vient entre la politique et la philosophie ? Est-ce que c'est n&#233;cessaire &#224; la politique ? Est-ce que c'est n&#233;cessaire &#224; la philosophie ? Est-ce que c'est fatal &#224; l'une ou &#224; l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Fatal, certainement pas. Je crois que tout d&#233;pend de comment, si je peux dire, la philosophie est v&#233;cue et pratiqu&#233;e et comment la politique est v&#233;cue et pratiqu&#233;e. Bien s&#251;r si la politique est v&#233;cue et pratiqu&#233;e dans le sens habituel, vulgaire du terme, c'est-&#224;-dire finalement comme simple art de la manipulation pour grimper dans un appareil de parti ou dans un appareil d'&#233;tat, &#224; ce rang-l&#224;, bien entendu, elle ne peut avoir un rapport avec la philosophie. Si la politique est une action qui se veut radicale &#8211; radicale ne veut pas dire meurtri&#232;re, ne veut pas dire d&#233;truisant tous les b&#226;timents qui existent &#8211; radicale veut dire qui n'accepte, dans l'institution de la soci&#233;t&#233;, par exemple, aucun pr&#233;suppos&#233; comme &lt;i&gt;allant de soi,&lt;/i&gt; alors &#224; ce moment-l&#224; elle se rencontre tout &#224; fait naturellement avec la philosophie, dont la vocation est &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; de n'accepter aucun pr&#233;suppos&#233; comme allant de soi. Pour en venir &#224; un th&#232;me qui m'est cher, sans doute on en reparlera ce soir si on a le temps, ce n'est &#233;videmment pas par hasard si la philosophie &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; la politique v&#233;ritables sont toutes les deux n&#233;es en Gr&#232;ce [antique] : elles sont n&#233;es dans le m&#234;me mouvement de radicalisation des attitudes par rapport au &lt;i&gt;simplement h&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;, par rapport &#224; la repr&#233;sentation h&#233;rit&#233;e du monde ; par exemple la repr&#233;sentation simplement mythique, traditionnelle que la philosophie met en cause, ou par rapport &#224; l'institution politique d&#233;j&#224; &#233;tablie, par exemple les royaut&#233;s ou les aristocraties telles qu'elles existaient au VIIIe ou au VIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Si la politique c'est la capacit&#233; &#224; faire l'histoire, et si l'histoire a comme rythme la cr&#233;ation des formes, il est clair que la politique ne peut pas &#234;tre simplement impens&#233;e, il faut bien qu'il y ait des gens qui, sinon cr&#233;ent les formes, du moins les dessinent. Ce n'est peut-&#234;tre pas eux pas qui les cr&#233;ent, remarquez&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Oui, tr&#232;s justement, tr&#232;s exactement. En effet avec la politique on rencontre bien s&#251;r une diff&#233;rence essentielle par rapport &#224; la philosophie. Vous parliez tout &#224; l'heure de Schumann : dans quelle mesure c'est une cr&#233;ation individuelle ? &#201;videmment, la musique est &#224; la fois une cr&#233;ation individuelle et une cr&#233;ation sociale, c'est absolument &#233;vident : Schumann re&#231;oit une tradition musicale, re&#231;oit un orchestre, re&#231;oit des instruments, etc. La philosophie aussi, mais enfin le philosophe, en principe, travaille seul. Or le politique, par d&#233;finition, ne peut pas travailler seul et &lt;i&gt;l'&#339;uvre&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; politique, &#231;a n'est peut jamais &#234;tre, bien entendu, l'&#339;uvre d'un individu, si on entend par politique, comme je l'entends, une activit&#233; qui &lt;i&gt;vise&lt;/i&gt; un changement des institutions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Critique du stalinisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Alors, justement, vous avez adh&#233;r&#233; &#224; cette organisation trotskiste &#8211; et &#231;a aussi c'&#233;tait une institution, il fallait la cr&#233;er, &#224; savoir un mouvement communiste qui ne soit pas une d&#233;pendance de l'Internationale Communiste. Et vous avez commenc&#233; &#224; d&#233;velopper une critique du stalinisme : qu'en &#233;tait-il ? Je pr&#233;cise ceci bien que notre &#233;mission ne soit pas une &#233;mission politique, mais parce que c'est naturellement dans cette critique politique d'une doctrine politique que, peu &#224; peu, vous avez fait &#233;merger, justement, les formes m&#234;mes de votre philosophie de l'institution ou de la cr&#233;ation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Il fallait d'abord voir ce qu'il en &#233;tait v&#233;ritablement de la nature de ce qu'on appelle l'URSS &#8211; quadruple mensonge dans ces quatre lettres &#8211; et que j'appelle toujours la Russie, que j'appelais d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque la Russie. Est-ce que c'&#233;tait toujours un &#233;tat ouvrier, comme le croyait encore Trotski et les trotskistes &#8211; &#201;tat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, tr&#232;s d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, terriblement d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, etc. &#8211; ou est-ce que l'&#233;volution avait fait d&#233;j&#224; basculer cette soci&#233;t&#233; vers une nouvelle forme o&#249; il y avait d&#233;j&#224; une classe dominante exploiteuse, la bureaucratie ? De la bureaucratie, Trotski parlait, mais en parlait uniquement comme une couche parasitaire : il pensait qu'elle &#233;tait fragile et flageolante ; il pensait, il l'a &#233;crit, que la deuxi&#232;me guerre mondiale verrait la chute de la bureaucratie ou alors que si elle ne verrait pas la chute de la bureaucratie, &#231;a signifierait que l'humanit&#233; entrait dans la barbarie&#8230; Bon, tout &#231;a me paraissait terriblement superficiel, il faut dire aussi d'ailleurs qu'&#224; l'&#233;poque on n'avait pratiquement rien comme ouvrages, comme livres en Gr&#232;ce : il y avait eu Metax&#225;s en 1936, les livres avaient &#233;t&#233; br&#251;l&#233;s et c'est par le plus grand des hasards que moi j'avais pu lire &lt;i&gt;La&lt;/i&gt;&lt;i&gt;R&#233;volution trahie&lt;/i&gt; de L&#233;on Trotski et le &lt;i&gt;Staline&lt;/i&gt; de Boris Souvarine qui m'ont beaucoup fait penser et l'admirable livre d'Anton Ciliga qui s'appelait &lt;i&gt;[Dix ans] au pays du mensonge d&#233;concertant.&lt;/i&gt; J'&#233;tais assez rapidement parvenu &#224; la conclusion que, finalement, ce r&#233;gime ne gardait plus rien de ses origines de 1917, il s'&#233;tait compl&#232;tement transform&#233;, mais, si je peux dire, l'illumination finale m'est venue lors de la tentative du parti communiste grec en d&#233;cembre 1944, j'&#233;tais l&#224;, de s'emparer du pouvoir. Parce que, l&#224;, il &#233;tait absolument &#233;vident &#8211; j'ai vu la chose si je peux dire, j'ai vu ce qui n'&#233;tait &lt;i&gt;pas encore l&#224; &#8211;&lt;/i&gt; que si le parti communiste avait &#233;t&#233; victorieux et qu'il s'&#233;tait empar&#233; du pouvoir, il aurait install&#233; une soci&#233;t&#233; absolument pareille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; On a tous les r&#233;gimes de l'Est ce que nous connaissons&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; &#8230; et que l'on ne connaissait pas &#224; l'&#233;poque, puisque l'arm&#233;e russe n'&#233;tait encore pas encore arriv&#233;e aux fronti&#232;res allemandes, mais &#231;a me paraissait &#233;vident. Tout aussi &#233;vident que ce parti &#233;tait capable de mobiliser les masses parce qu'effectivement il avait avec lui les masses et que ces masses ne luttaient absolument pas pour une r&#233;volution prol&#233;tarienne : elles luttaient pour confier le pouvoir &#224; ce parti, dans ce qu'on peut appeler des &#171; illusions r&#233;volutionnaires &#187;. Tout &#231;a mettait &#224; mal comme ce n'est pas possible tout le sch&#233;ma trotskiste et d&#233;j&#224;, un peu, potentiellement, tout le sch&#233;ma marxiste. J'ai tir&#233; tout de suite les conclusions par rapport au sch&#233;ma trotskiste, et quand je suis venu en France un an apr&#232;s et que j'ai commenc&#233; &#224; participer au parti trotskiste fran&#231;ais, j'ai rapidement d&#233;velopp&#233; &#224; l'int&#233;rieur du parti et m&#234;me &#224; l'ext&#233;rieur des th&#232;ses sur la nature de classe de l'URSS &#8211; mais en m&#234;me temps c'&#233;tait l&#224;, comment dire, comme quand vous tirez une cerise dans un panier et que commence &#224; venir beaucoup d'autres cerises ; la critique du trotskisme conduisait tout de suite &#224; la question : mais si &#231;a, ce n'est pas le socialisme, qu'est-ce que c'est le socialisme ? &#199;a m'a conduit imm&#233;diatement, pratiquement &#224; l'id&#233;e de l'autogestion qui est dans les textes 1948-1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Ce que le trotskisme reprochait au stalinisme, c'&#233;tait de donner le pouvoir, qui aurait d&#251; appartenir au prol&#233;tariat, de le donner &#224; une bureaucratie, et ce que vous-m&#234;me reprochiez, du moins apr&#232;s un certain temps, au trotskisme lui-m&#234;me c'&#233;tait &#8211; vous aviez une phrase que j'ai not&#233;e : &#171; si les forces productives se d&#233;veloppent c'est gr&#226;ce &#224; la nationalisation et la planification [sous-entendu en Russie], si elles se d&#233;veloppent moins vite et moins bien qu'elle n'aurait d&#251;, c'est &#224; cause de la bureaucratie : voil&#224; la substance de ce que Trotski et les trotskistes ont &#224; en dire &#187;. Donc les trotskystes reprochent au stalinisme la constitution d'une bureaucratie, ils ne lui reprochent pas la nationalisation et la planification&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Oui, il y a beaucoup plus que &#231;a parce que la nationalisation et la planification comme telles, sont si j'ose dire des formes tout &#224; fait vides parce que la nationalisation&#8230; C'est quoi la nation ? &#192; qui appartient le pouvoir politique ? Planification, bon&#8230; mais planification &lt;i&gt;pour quoi faire&lt;/i&gt; ? Quelle est l'orientation de cette planification ? qui la d&#233;finit cette planification ? qui la contr&#244;le ? Mais en plus le trotskisme n'a jamais abandonn&#233; l'id&#233;e essentielle de L&#233;nine, du bolchevisme, qui est le noyau de la situation totalitaire, c'est-&#224;-dire le &lt;i&gt;monopole politique&lt;/i&gt; du parti. Ce n'est qu'&#224; la fin de sa vie que Trotski a dit qu'il faudrait revenir vers une d&#233;mocratie des partis sovi&#233;tiques, etc. De plus Trotski n'avait jamais vu pr&#233;cis&#233;ment le probl&#232;me qu'un pouvoir politique dans une soci&#233;t&#233; de ce type ne peut pas exister s'il ne va pas de pair avec un pouvoir effectif sur l'&#233;conomie &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; la production. Derri&#232;re ce que dit Trotski ou derri&#232;re ce que dit, sur le papier, L&#233;nine, il y a l'id&#233;e d'ouvriers qui sont esclaves six jours par semaine dans la production &#8211; dans laquelle ils n'ont rien &#224; dire parce que l&#224; c'est la rationalit&#233; et la technicit&#233; qui pr&#233;vaut et puis c'est tout &#8211; et puis qui jouissent le dimanche de libert&#233;s sovi&#233;tiques. Or c'est une absurdit&#233; &#224; tous &#233;gards,&lt;i&gt;y compris&lt;/i&gt;du point de vue du marxisme bien compris.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Critique du marxisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Parce que Marx a analys&#233; la plus-value et, au fond, la plus-value est enlev&#233;e aux ouvriers par les capitalistes et une fois qu'on a enlev&#233; le pouvoir aux capitalistes, il s'agit de savoir si on va rendre la plus-value aux ouvriers ou bien si c'est l'&#201;tat qui va la garder pour lui, en profitant du fait qu'elle a &#233;t&#233; arrach&#233;e aux travailleurs auparavant par les capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; L'essentiel n'est m&#234;me pas l&#224; &#8211; non pas que le probl&#232;me de qui s'accapare la plus-value soit secondaire, c'est tout &#224; fait important &#8211; mais il y a un autre probl&#232;me et c'est l&#224; aussi que cette cerise tir&#233;e conduisait &#224; tout une grappe dans le panier : il y a l&#224; un probl&#232;me m&#234;me par rapport &#224; Marx. Pour Marx, l'organisation de l'usine, telle qu'elle existe, est irr&#233;prochable &#8211; elle est peut-&#234;tre trop cruelle, le capitaliste pousse trop, etc &#8211; mais il n'y a rien &#224; redire ; la technique capitaliste est irr&#233;prochable &#8211; Marx, l&#224;, est h&#233;g&#233;lien : l'Esprit du monde est incarn&#233; dans les forces productives &#8211; cette technique capitaliste, c'est la rationalit&#233; incarn&#233;e &#224; notre &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Donc il n'est pas question de revenir en arri&#232;re par rapport &#224; &#231;a&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Il n'est pas question de revenir en arri&#232;re, je ne propose pas de revenir en arri&#232;re, mais il n'en est pas question : Marx, pas une seule seconde, ne pense une v&#233;ritable transformation socialiste, une transformation qui rendrait aux producteurs le pouvoir sur leur production, c'est-&#224;-dire sur leur &lt;i&gt;vie&lt;/i&gt;, [ce qui est] incompatible avec la technologie capitaliste, aussi bien comme technologie productive que comme d&#233;finition des objets de consommation produits, et que donc une des premi&#232;res t&#226;ches de la collectivit&#233; des producteurs devrait &#234;tre le &lt;i&gt;changement conscient de la technologie&lt;/i&gt; pour la mettre au service des hommes. Un socialisme des cha&#238;nes de montage et d'assemblage est absolument un cercle carr&#233;, c'est une absurdit&#233; dans les termes. Soit dit entre parenth&#232;ses, ces bons marxistes qui se gargarisent, qui citent constamment Marx &#8211; &#171; au moulin &#224; bras correspond la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, au moulin &#224; vapeur correspond la soci&#233;t&#233; capitaliste &#187; &#8211; ils n'expliquent jamais comment &#224; la m&#234;me cha&#238;ne de montage,&lt;i&gt;aux m&#234;mes cha&#238;nes de fabrication&lt;/i&gt; en Russie et aux &#201;tats-Unis correspond, dans un cas, le capitalisme, dans l'autre cas, le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Par opposition &#224; &#231;a vous avez vous cit&#233;, tout &#224; l'heure, le mot d'autogestion&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. : L&lt;/strong&gt;a question de l'&#233;mancipation de l'&#234;tre humain dans une soci&#233;t&#233; comme la soci&#233;t&#233; contemporaine, qui est entr&#233;e dans cette fr&#233;n&#233;sie productiviste et &#233;conomiste, ne peut pas &#234;tre, comment dire, une domination &#233;troitement politique : cette &#233;mancipation implique des changements profonds dans le monde de la production, dans le temps, dans la vie du travail et cela implique que ceux qui produisent d&#233;cident de tout ce qui est d&#233;cidable par eux dans le domaine de la production, et qu'ils peuvent transformer les m&#233;thodes de production pour sortir de ce qu'on appelait, pr&#233;cis&#233;ment, l'ali&#233;nation dans la vie du travail. Sans cela le reste devient rapidement une d&#233;rision &lt;i&gt;et ne peut que reconduire&lt;/i&gt; &#224; la reconstitution d'une division sociale. Je veux dire que l'organisation pr&#233;sente de l'entreprise &lt;i&gt;implique&lt;/i&gt; l'existence d'une hi&#233;rarchie et d'une bureaucratie qui, d'une fa&#231;on ou d'une autre, domine la collectivit&#233; des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Alors nous ne pouvons pas d&#233;velopper ces th&#232;mes que, encore une fois, vous avez vous-m&#234;me d&#233;velopp&#233;s pendant toute cette premi&#232;re moiti&#233;, disons, de votre pr&#233;sence et de votre travail en France, o&#249; vous avez donc fond&#233; la revue &#171; Socialisme ou Barbarie &#187; &#8211; l'alternative &#224; la barbarie &#233;tant encore le socialisme, mais le socialisme tel que vous l'imaginez vous-m&#234;me et les textes qui ont &#233;t&#233; encore une fois repris dans une s&#233;rie de volumes parus aux &#201;ditions 10/18. Mais ces th&#232;mes ne sont pas le centre de notre r&#233;flexion ce soir ; ce qu'on peut retenir, d'un point de vue formel et d'un point de vue philosophique, dans ce passage, dans cette d&#233;rive en un sens, du marxisme stalinien au marxisme trotskiste et, de l&#224;, au &#171; socialisme autogestionnaire &#187; &#8211; enfin j'y mets plusieurs guillemets pour ne pas confondre avec des mouvements r&#233;els&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; &#8230; je vous en remercie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le principe de cr&#233;ation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; &#8230; car sous ce nom il est en effet plusieurs familles de pens&#233;e&#8230; Vous avez alors abouti &#224; un travail, cette fois-ci purement philosophique, tr&#232;s formel, tr&#232;s abstrait m&#234;me en un sens, une philosophie et une &#339;uvre tr&#232;s conceptuelles &#8211; enfin, c'est normal pour une &#339;uvre philosophique&#8230; &#8211; mais je veux dire particuli&#232;rement &lt;i&gt;formelle&lt;/i&gt;, et qui fait une r&#233;flexion sur les formes. Je propose d'entendre tout de suite une s&#233;rie de textes qui sont tir&#233;es de ses deux principaux ouvrages &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &#8211; en sens inverse dans l'ordre chronologique &#8211; et le premier d'entre eux va pr&#233;cis&#233;ment nous mettre en contact avec l'&#233;mergence de la question philosophique et de la question de la forme elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans le monde de la vie, nous pouvons demander, et nous demandons : pourquoi&#8230; ? o&#249; : qu'est-ce que&#8230; ? La r&#233;ponse est souvent incertaine. Qu'est-ce que cet objet blanc, l&#224;-bas ? C'est le fils de Cl&#233;on, dit Aristote, &#171; &#8230; il se trouve que cet objet blanc soit le fils de Cl&#233;on &#187; [&lt;/i&gt;Aristote&lt;i&gt;, De anima,&lt;/i&gt; III, 425a 26-27&lt;i&gt;]. Mais nous ne demandons pas ce qu'Aristote demande : qu'est-ce que voir, qu'est-ce que ce que l'on voit, qu'est-ce que celui qui voit ? Encore moins : qu'est-ce que cette question m&#234;me, et la question ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#232;s que nous demandons cela, la contr&#233;e change. Nous ne sommes plus dans le monde de la vie, dans le paysage stable et en repos, f&#251;t-il en proie au mouvement le plus violent, o&#249; nous pouvions promener notre regard selon un avant-apr&#232;s ordonn&#233;. La lumi&#232;re de la plaine a disparu, les montagnes qui la d&#233;limitaient ne sont plus l&#224;, le rire innombrable de la mer grecque est d&#233;sormais inaudible. Rien n'est simplement juxtapos&#233;, le plus proche est le plus lointain, les bifurcations ne sont pas successives, elles sont simultan&#233;es et s'interp&#233;n&#232;trent. L'entr&#233;e du Labyrinthe est imm&#233;diatement un de ses centres, ou plut&#244;t nous ne savons plus s'il est un centre, ce qu'est un centre. De tous les c&#244;t&#233;s, les galeries obscures filent, elles s'enchev&#234;trent avec d'autres venant on ne sait d'o&#249;, n'allant peut-&#234;tre nulle part. Il ne fallait pas franchir ce pas, il fallait rester dehors. Mais nous ne sommes m&#234;me plus certains que nous ne l'ayons pas franchi depuis toujours, que les taches jaunes et blanches des asphod&#232;les qui reviennent par moments nous troubler aient jamais exist&#233; ailleurs que sur la face interne de nos paupi&#232;res. Seul choix qui nous reste, nous enfoncer dans cette galerie plut&#244;t que dans cette autre, sans savoir o&#249; elles pourront nous mener, ni si elles ne nous ram&#232;neront pas &#224; ce m&#234;me carrefour, &#224; un autre qui serait exactement pareil.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Penser n'est pas sortir de la caverne, ni remplacer l'incertitude des ombres par les contours tranch&#233;s des choses m&#234;mes, la lueur vacillante d'une flamme par la lumi&#232;re du vrai Soleil. C'est entrer dans le Labyrinthe, plus exactement faire &#234;tre et appara&#238;tre un Labyrinthe alors que l'on aurait pu rester &#171; &#233;tendu parmi les fleurs, faisant face au ciel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rilke, Immer wieder&#8230;&#034; id=&#034;nh27-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est se perdre dans des galeries qui n'existent que parce que nous les creusons inlassablement, tourner en rond au fond d'un cul-de-sac dont l'acc&#232;s s'est referm&#233; derri&#232;re nos pas &#8211; jusqu'&#224; ce que cette rotation ouvre, inexplicablement, des fissures praticables dans la paroi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assur&#233;ment, le mythe voulait signifier quelque chose d'important lorsqu'il faisait du Labyrinthe l'&#339;uvre de D&#233;dale, un homme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les carrefours du labyrinthe, 1978 (Seuil 1998), Pr&#233;face, (p. 5&#8211;6, &#233;dition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Tout &#224; l'heure nous avons cit&#233; l'autogestion, donc l'id&#233;e d'une ma&#238;trise de l'homme sur sa propre vie, l'id&#233;e que l'homme cr&#233;&#233; sa propre vie, et nous avons d&#233;j&#224; tout de suite, dans cette pr&#233;face des &lt;i&gt;Carrefours du labyrinthe,&lt;/i&gt; une mise en forme et une indication pr&#233;cise. Pour vous la cr&#233;ation commence dans le fait m&#234;me de penser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Non, elle commence dans beaucoup de choses, en un sens, elle commence dans le fait de &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; des choses, parce que l'&#234;tre humain ne &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt; jamais des choses par simple r&#233;flexe ou par simple n&#233;cessit&#233; : dans le plus simple faire humain, il y a d&#233;j&#224; cette dimension, actuellement centrale mes yeux, la dimension imaginaire, c'est-&#224;-dire la capacit&#233; de former un monde et de donner un sens, une signification &#224; ce monde et &#224; soi-m&#234;me et &#224; ce qu'on fait. La pens&#233;e explicite commence beaucoup plus tard, en un sens, ce que nous appelons &lt;i&gt;penser&lt;/i&gt; comme recherche interminable. La cr&#233;ation est d&#233;j&#224; l&#224;, je ne sais pas, quand les hommes d&#233;j&#224; du pal&#233;olithique inventent des s&#233;pultures &#8211; id&#233;e absurde : pourquoi faut-il enterrer les morts ? Les animaux n'enterrent pas les morts. &#199;a veut dire d&#233;j&#224; qu'un cadavre n'est pas simplement un cadavre, n'est pas un objet mat&#233;riel, que la mort a d&#233;j&#224; toute sa profondeur de significations &#8211; et de non-significations d'ailleurs, on y reviendra musicalement, je pense &#8211; que nous lui connaissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je voudrais reprendre un mot dans ce que vous avez dit : l'autogestion, la ma&#238;trise&#8230; Pour moi, l'autogestion, plus g&#233;n&#233;ralement l'autogouvernement de la soci&#233;t&#233;, ce n'est pas la ma&#238;trise dans le sens habituel du terme. Je pense que le terme de ma&#238;trise, c'est le terme programmatique du capitalisme. Je pense que l'autonomie, l'autogouvernement c'est le contr&#244;le de ce qui peut &#234;tre contr&#244;l&#233;, la d&#233;cision collective, le fait de se d&#233;gager de pouvoirs dont on ne reconna&#238;t pas la l&#233;gitimit&#233;, de reconna&#238;tre que c'est la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me qui cr&#233;ent ses lois, que nous avons &#224; d&#233;cider de ce que nous avons &#224; faire, mais en sachant,&lt;i&gt;pr&#233;cis&#233;ment,&lt;/i&gt; que nous vivons sur le Chaos, sur l'Ab&#238;me, que nous sommes d'ailleurs nous-m&#234;me Chaos et Ab&#238;me et que, par cons&#233;quent, la ma&#238;trise est une illusion. Si on en reste &#224; l'id&#233;e de la ma&#238;trise, on aboutit &#224; la bonne soci&#233;t&#233; d&#233;finie une fois pour toutes par un philosophe, c'est-&#224;-dire &#224; l'h&#233;t&#233;ronomie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La philosophie comme interrogation illimit&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Alors justement pour se d&#233;gager de l'h&#233;t&#233;ronomie, pour se d&#233;gager de l'id&#233;e que la soci&#233;t&#233; d&#233;pend de quelque chose d'autre qu'elle-m&#234;me &#8211; soit d'un ma&#238;tre, on pourra en reparler, d'un tyran, soit d'un Dieu ou de Dieux, soit plus subtilement, peut-&#234;tre, d'une nature qui serait fixe et &#233;ternelle et &#224; laquelle la soci&#233;t&#233; aurait &#224; se conformer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; &#8230;ou de Lois historiques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; &#8230; oui ou de Lois historiques, ce qui est une variante du cas pr&#233;c&#233;dent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; &#8230; si l'on veut&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; &#8230; puisque l'histoire elle-m&#234;me peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme ayant des lois en tout cas naturelles en ce sens qu'elles s'imposent de l'ext&#233;rieur &#224; la soci&#233;t&#233; &#8211; eh bien pour vous d&#233;gager de cette id&#233;e, il faut que vous fondiez une nouvelle,je ne sais pas s'il faut l'appeler une nouvelle ontologie, une nouvelle th&#233;orie de l'&#234;tre ou une nouvelle th&#233;orie de la connaissance, peut-&#234;tre les deux&#8230; C'est ce que nous avons entendu dans ce premier texte, puisque vous dites &#171; penser c'est entrer dans le Labyrinthe, plus exactement faire &#234;tre et appara&#238;tre un Labyrinthe alors que l'on aurait pu rester &#233;tendus parmi les fleurs faisant face au ciel&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; C'est un vers de Rilke, &#231;a&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Nous entendrons un po&#232;me de Rilke, tout &#224; l'heure&#8230; Et au lieu de cela quelqu'un, un jour, a dit, au lieu de demander simplement &#171; qu'est-ce que cet objet blanc l&#224;-bas ? &#187;, &#171; qu'est-ce que ce que l'on voit et qu'est-ce que voir ? &#187;, donc il a pos&#233; une question au-del&#224; de ce qu'on voyait simplement : il s'est imagin&#233; quelque chose aussi et, d&#232;s lors, il est entr&#233; dans le Labyrinthe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Et il a pos&#233; une question qui d&#233;passe &#8211; parce ce que les questions, sans doute, l'&#234;tre humain se les pose explicitement d&#232;s qu'il existe, mais il se les pose comme questions instrumentales : est-ce qu'il y a toujours du gibier dans la for&#234;t ? Sans doute les gens du pal&#233;olithique se posaient des questions pareilles &#8211; mais ils ne se posaient certainement pas les questions que se pose Aristote : qu'est-ce que le blanc ? C'est un attribut de cet objet, mais qu'est-ce que &#231;a veut dire un attribut ? En quoi s'oppose-t-il &#224; la substance ? Qu'est-ce que c'est qu'une substance ? Qu'est ce qui fait une chose ? ou, comme le disaient les M&#233;gariques, comment je peux dire qu'une chose est blanche si d'autres choses aussi sont blanches ? etc. Tout ce qui peut appara&#238;tre pour l'homme qui ne veut pas se casser la t&#234;te comme des subtilit&#233;s inutiles &#8211; qui sont inutiles d'ailleurs bien s&#251;r, puisqu'on peut manger, dig&#233;rer sans se poser ces questions &#8211; mais qui sont vraiment la pens&#233;e. Or cette interrogation-l&#224; sous cette forme est incontestablement un acte de cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; Alors l&#224; vous citez indirectement Platon, puisque vous dites &#171; penser n'est pas sortir de la caverne &#187; : on pense naturellement au mythe de la caverne d&#233;crite par Platon dans la R&#233;publique o&#249; les hommes sont compar&#233;s &#224; des prisonniers au fond d'une caverne qui ne voient pas les objets qui sont &#224; l'ext&#233;rieur de la caverne mais seulement leurs ombres projet&#233;es sur le fond. Et pour Platon, naturellement, penser c'est &#234;tre capable de se d&#233;livrer de cette situation, qui est celle des prisonniers, et puis d'arriver aux r&#233;alit&#233;s m&#234;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; &#8230; au vrai soleil&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; &#8230; aux vrais objets &#233;clair&#233;s par le soleil et ce serait &#231;a, &#224; proprement parler, penser. Et dans ce cas nous aurions &#233;videmment affaire, c'&#233;tait d'ailleurs l'intention explicite de Platon, &#224; un absolu puisqu'en temps ordinaire nous n'avons affaire qu'&#224; des ombres &#8211; qui sont donc relatives, qui peuvent changer d'aspect sans que l'objet dont elles sont les ombres change, ou inversement &#8211; et donc, si on peut remonter de la caverne et voir les objets r&#233;els &#224; ce moment-l&#224;, on va mettre la main sur la v&#233;rit&#233;, la v&#233;rit&#233; vraie. Et, vous, vous dites au contraire : penser ce n'est pas sortir de la caverne mais c'est entrer dans le Labyrinthe. Alors est-ce que vous pouvez expliciter cette id&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; C'est peut-&#234;tre trop difficile, c'est peut-&#234;tre aussi trop facile&#8230; J'ai essay&#233; de l'expliciter tout &#224; l'heure en disant qu'au lieu de rester tranquillement en train d'utiliser les objets, on se demande : qu'est-ce que &#231;a veut dire qu'un objet a des propri&#233;t&#233;s ? ou qu'il y a des relations de causalit&#233; ? qu'est-ce que &#231;a veut dire que je connais les objets ? comment est-ce que je les connais ? jusqu'&#224; quelle mesure, jusqu'&#224; quel point, cette connaissance dit quelque chose de l'objet ? jusqu'&#224; quel point cette connaissance n'est pas simplement une projection de ce que je suis, &#224; la fois comme personne singuli&#232;re, comme individu singulier mais aussi des sch&#232;mes, je ne sais pas moi, de mon groupe social, de ma soci&#233;t&#233; de mon &#233;poque, etc. ? Alors, &#224; partir du moment o&#249; on se pose toutes ces questions, commence, effectivement, une esp&#232;ce de promenade, parfois sublime parfois cauchemardesque, bref, une esp&#232;ce de marche qui n'en finit pas, &#231;a c'est absolument certain : chaque fois qu'on croit avoir trouv&#233; une porte, on ouvre un passage ou un passage s'ouvre, inexplicablement en effet, et l&#224; c'est sans doute le r&#244;le de l'imagination dans la pens&#233;e, mais si on n'a pas l'illusion du savoir absolu, de la v&#233;rit&#233; d&#233;finitive, etc. on ne peut pas ne pas avoir conscience, quelque part, du fait que ce n'est jamais qu'un aspect de l'&#234;tre qu'on a pu voir ou construire, cr&#233;er de fa&#231;on ad&#233;quate. Et si l'on pouvait vivre, comme Mathusalem, 900 ans, l'&#233;volution de sa propre pens&#233;e continuerait, sans doute avec des bouleversements, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; &#192; peine entr&#233; dans ce Labyrinthe, on en est, dites-vous, en un centre, on ne sait plus o&#249; est le centre et o&#249; est la p&#233;riph&#233;rie et surtout on ne peut plus en ressortir. C'est-&#224;-dire que l'on pourrait croire que l'on est dans une position sereine et calme devant le monde et puis que, &#224; un moment, on doute, on met en question cet &#234;tre-au-monde et puis que, quand on en a assez de douter, on peut revenir s'installer tranquillement devant le monde &#8211; mais &#231;a y est, c'est trop tard : une fois que le mouvement critique est lanc&#233;, on est dans le Labyrinthe, vraiment, c'est-&#224;-dire qu'on ne peut plus en ressortir et on est entra&#238;n&#233; dans une sorte de scepticisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; &#8230; scepticisme n'est certainement pas le mot&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; &#8230;nous allons y revenir justement &#8211; c'est moi qui ai donn&#233; ce mot mais de fa&#231;on provocatrice. Maintenant nous allons lire un autre passage quelques pages plus loin dans&lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;o&#249; vous dites que ce mouvement cr&#233;ateur de la pens&#233;e, ce geste consistant &#224; poser des questions que personne n'avait pos&#233; auparavant, ce geste a &#233;t&#233; fait, pas par n'importe qui n'importe quand, mais par les Grecs et par les premiers philosophes grecs et depuis lors par tout l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans l'histoire, dans&lt;/i&gt; notre &lt;i&gt;histoire, s'est lev&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt; &lt;i&gt;la vis&#233;e de v&#233;rit&#233; &#8211; comme se sont lev&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s la vis&#233;e de la libert&#233;, de l'&#233;galit&#233;, de la justice. Indissociables. Nous sommes &#8211; du moins certains d'entre nous &#8211; saisis par elle sans recours. Mais il ne s'agit pas de les &#171; fonder &#187; &#8211; on ne voit pas ce que cela pourrait vouloir dire. On ne fonde pas la vis&#233;e de v&#233;rit&#233;, de la libert&#233;. On r&#233;fute tel &#233;nonc&#233; particulier : non pas le scepticisme, ni le ricanement. On r&#233;fute telle incoh&#233;rence politique ; on ne r&#233;fute pas Auschwitz ou le Goulag, on les combat. Nous ne pouvons pas nous passer de la raison &#8211; bien que connaissant son insuffisance, ses limites. Nous explorons celles-ci en &#233;tant aussi dans la raison &#8211; mais de la raison&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; nous ne pouvons pas rendre compte et raison. Nous ne sommes pas pour autant aveugle&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, ni perdu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Nous pouvons &#233;lucider ce que nous pensons, ce que nous sommes. Apr&#232;s l'avoir cr&#233;&#233;, nous arpentons par morceau notre Labyrinthe&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les carrefours du labyrinthe, 1978, Pr&#233;face, (p. 27-28 de l'&#233;dition de 1998).&#034; id=&#034;nh27-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; Le probl&#232;me du scepticisme, ou comme d'ailleurs le probl&#232;me d'Auschwitz et du Goulag, c'est un tr&#232;s vieux probl&#232;me, : vous savez sans doute que, malgr&#233; ce que les philosophes ont constamment &#8211; les mauvais philosophes, d'ailleurs &#8211; pr&#233;tendu, le scepticisme est irr&#233;futable, le v&#233;ritable sophisme est irr&#233;futable. Il y a un tr&#232;s beau dialogue de Platon qui s'appelle l'&lt;i&gt;Euthyd&#232;me&lt;/i&gt; et o&#249; il n'y a pas, finalement, de r&#233;futations des sophismes tr&#232;s lamentables que produisent les deux sophistes qui sont l&#224; et la r&#233;plique de Socrate et d'un de ses &#233;l&#232;ves, ou amateurs, c'est de leur montrer qu'ils peuvent eux-m&#234;mes produire treize &#224; la douzaine de ces sophismes, etc. Platon et Aristote, et je crois tous les grands philosophes, savaient que, en ultime instance, la qu&#234;te de la v&#233;rit&#233; n'est pas &lt;i&gt;fondable&lt;/i&gt; parce que fonder &#231;a veut dire &#234;tre &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; dans une attitude rationnelle, dans le meilleur sens du terme. Alors &#224; partir du moment o&#249; l'autre, par exemple, accepte de se contredire, eh bien il n'y a pas de r&#233;futation possible. Ou &#224; partir du moment o&#249; l'autre r&#233;pond &#224; mon discours politique en sortant son revolver, suivant la fameuse phrase&#8230; R&#233;futer le type qui sort son revolver, c'est &#224; la fois pragmatiquement d&#233;risoire mais c'est m&#234;me logiquement absurde. Pourquoi ? Parce que, effectivement, finalement, il y a un choix. Alors ce choix est &#224; la fois un choix individuel et c'est aussi un choix historique : il y a des traditions, il y a notre tradition par exemple qui, Gr&#232;ce d'abord, Europe occidentale ensuite, a opt&#233; pour une interrogation sans limites, a opt&#233; &#8211; plus ou moins jusqu'ici &#8211; pour la libert&#233; l'&#233;galit&#233; et la justice &#8211; plut&#244;t moins que plus, mais enfin, les id&#233;es sont l&#224;, elles travaillent cette soci&#233;t&#233;. Et puis il y a d'autres soci&#233;t&#233;s qui ont opt&#233; pour autre chose, et on en a &#224; c&#244;t&#233; de nous&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. N. :&lt;/strong&gt; En gros, c'est l'opposition entre les soci&#233;t&#233;s, disons, religieuses, qui ont une r&#233;ponse, en quelque sorte, derri&#232;re elle d'ailleurs, sous forme de r&#233;cits des origines, et puis une soci&#233;t&#233; qui opte pour l'esprit critique, enfin qui valorise la critique en tant que telle. Sauf que valoriser la critique en tant que telle c'est, l&#224; encore, r&#233;cuser toutes les traditions sauf la tradition de la critique des traditions&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. C. :&lt;/strong&gt; &#192; la limite c'est absolument &#233;vident ! Je veux dire par l&#224; que vous avez encore ici un de ces jolis paradoxe : quelqu'un qui, avec des arguments raisonnables, essaye de montrer que la tradition gr&#233;co-occidentale ne vaut rien, il est dans la tradition gr&#233;co-occidentale &#8211; et il d&#233;montre qu'il lui appartient. Alors, en dehors de cela, nous avons bien s&#251;r des soci&#233;t&#233;s et des cultures qui, par exemple, se basent sur la R&#233;v&#233;lation. Je ne sais pas, et peu importe, ce qui se passe en r&#233;alit&#233; dans l'Iran aujourd'hui, mais dans le discours, au moins, c'est la voie du Proph&#232;te qu'on essaie de r&#233;aliser. Ou on a des soci&#233;t&#233;s qui pr&#233;tendent, c'est le discours id&#233;ologique de la stratocratie russe, se baser sur une th&#233;orie qui est &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; v&#233;rit&#233; ultime sur l'histoire humaine de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire le soi-disant marxisme tel qu'ils le pr&#233;sentent, et par rapport auquel la discussion, &lt;i&gt;en fait&lt;/i&gt;, n'est pas accept&#233;e. Mais dans &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; tradition &#8211; que vous dites &#171; critique &#187;, bien s&#251;r, mais ce n'est qu'un aspect de la question &#8211; je crois que l'essentiel, dans ce fleuve historique dans lequel nous sommes, c'est la vis&#233;e d'autonomie, aussi bien au niveau individuel qu'au niveau social &#8211; et la critique est &lt;i&gt;une des expressions&lt;/i&gt; de cette autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1120-Cornelius-Castoriadis-Histoire-d-une-recherche' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb27-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;Rilke&lt;i&gt;, Immer wieder&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?87-Dans-le-monde-de-la-vie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, 1978 (Seuil 1998), Pr&#233;face, (p. 5&#8211;6, &#233;dition de 1998)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, 1978, Pr&#233;face, (p. 27-28 de l'&#233;dition de 1998).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Apoth&#233;ose des &#8220;Nique-la-France&#8221; &#224; Marseille</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1161-Apotheose-des-Nique-la-France-a-Marseille</link>
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		<dc:subject>Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;35, avril 2018, repris dans livre in&#233;dit &#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187; (2019), 260 p. Sommaire Avant-propos : D&#233;truire l'Occident, disent-ils Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance Violences et banlieues fran&#231;aises L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001 La motivation actuelle du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-217-islamogauchisme-+" rel="tag"&gt;Islamogauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-118-aneantissement-+" rel="tag"&gt;An&#233;antissement / G&#233;nocide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-122-guerre-+" rel="tag"&gt;Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin de &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, n&#176;35, avril 2018, repris dans livre in&#233;dit &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1055-Crepuscule-de-l-Occident-ou-du-XXe-siecle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (2019), 260 p.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1734 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' arial-label=&#034;&#034; class=&#034;fond mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034; data-photo-w=&#034;822&#034; data-photo-h=&#034;1178&#034; &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:143.30900243309%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;taille=300&amp;1709039886' alt='' data-src='IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' data-l='822' data-h='1178' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1709039886 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=600&amp;#38;1709039886 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1193-Detruire-l-Occident-disent-ils' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Avant-propos : &lt;strong&gt;D&#233;truire l'Occident, disent-ils&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1160-Le-XXIe-siecle-comme-crepuscule-du-XXe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?551-Renaissance-d-un-imperialisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?181-La-quatrieme-guerre-mondiale-s' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?301-Violences-et-banlieues-francaises' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Violences et banlieues fran&#231;aises&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?569-L-affaire-des-caricatures-plus' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?563-La-motivation-actuelle-du-stalino' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La motivation actuelle du stalino-gauchisme et des &#8220;bien-pensants&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1157-L-injection-goutte-a-goutte-du-poison-de-la-charia' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'injection goutte-&#224;-goutte du poison de la charia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1024-Liste-provisoire-des-faits-de-Charia-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Liste provisoire des faits accomplis de Charia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premier octobre 2017 : Apoth&#233;ose des &#171; Nique-la-France &#187; &#224; Marseille&lt;/strong&gt; &#8212; ci-dessous...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1162-L-islam-a-la-lumiere-de-la-poesie-sans-rivage' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Recension : l'islam &#224; la lumi&#232;re de la po&#233;sie sans rivages&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1026-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'acharnement &#224; liquider les nations&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1053-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Annexe sur le personnage Hitler&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1163-Aux-sources-du-Totalitarisme-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Aux sources du totalitarisme (ce stalino-gauchisme qui ne passe pas)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les actes terroristes actuels que les &#201;tats occidentaux s'efforcent de traiter avec des moyens de police toujours insuffisants ne cessent de gagner en force symbolique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traiter ces crimes de guerre par de simples moyens de police constitue un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. N'importe quel &#233;nergum&#232;ne pr&#233;tend s'arroger un droit de vie et de mort sur ceux qu'il cible. Les &#201;tats occidentaux europ&#233;ens ayant volontairement abdiqu&#233; l'exercice de la violence l&#233;gitime ultime, comment s'&#233;tonner que ce droit de vie et de mort erre et se diffuse dans toute la soci&#233;t&#233;, et surtout dans les milieux qui pr&#233;tendent imposer une domination verticale absolue, c'est-&#224;-dire &lt;strong&gt;imp&#233;riale&lt;/strong&gt; ? Cette caract&#233;ristique rencontre la complaisance silencieuse de tous les pouvoirs et constitue le secret public de la marge de man&#339;uvre envahissante accord&#233;e aux islamistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le double assassinat de Marseille&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;gorgement et l'&#233;ventration de deux jeunes cousines, le 1er octobre 2017 sur le parvis de la gare Saint-Charles de Marseille concentrent cette progression &#224; un point si manifeste que l'appareil du mensonge m&#233;diatique a d&#251; d&#233;ployer tous ses moyens pour &lt;strong&gt;faire passer &lt;/strong&gt;d&#233;tail apr&#232;s d&#233;tail ce qui s'&#233;tait produit. Leur savoir-faire sp&#233;cifique d'industriels de la propagande s'est illustr&#233; comme jamais. On a pu v&#233;rifier cette fois encore l'abasourdissement tenace des populations cibl&#233;es, qui ne savent que dire : &lt;strong&gt;&#8220;on croyait que cela pouvait se produire &#224; Paris, &#224; Nice&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(liste &#224; allonger &#224; chaque nouveau forfait), &lt;strong&gt;mais pas chez nous&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(pour des gens venus de petites communes de la r&#233;gion lyonnaise)&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#8220;expert&#8221; qui passe pour avoir &#233;t&#233; un pr&#233;cepteur &#233;ph&#233;m&#232;re du fils de l'&#233;mir du Qatar, Mathieu Guid&#232;re (pseudonyme francis&#233; de ce Tunisien naturalis&#233; ?)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2012, ce personnage se r&#233;pandait dans les m&#233;dias pour vanter le r&#244;le des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a aussit&#244;t tent&#233; de minimiser le double crime en s'effor&#231;ant de le banaliser sous l'expression affreuse de &#8220;fait divers&#8221;. Pour un &#8220;vrai musulman&#8221;, en effet, un tel acte ne m&#233;rite rien d'autre qu'un bref communiqu&#233; &#224; la rubrique des chiennes occidentales &#233;cras&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'impudence d'une Sonia Nour, employ&#233;e de la mairie communiste de La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bien que ce double meurtre soit directement politique et que toutes ses dimensions confirment cette analyse, la ligne officielle s'est align&#233;e &#224; t&#226;tons sur ce constat &#8220;performatif&#8221; &#233;mis par Guid&#232;re l'&#8220;islamologue&#8221;, sp&#233;cialit&#233; qui rime par la duplicit&#233; et la c&#233;cit&#233; avec les &#8220;sovi&#233;tologues&#8221; de sinistre m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les techniques d'escamotage m&#233;diatico-politiques qui tissent, plus qu'une mise en spectacle, &lt;strong&gt;une v&#233;ritable industrie de l'oubli public, &lt;/strong&gt;n'ont pas &#233;t&#233; sur le moment inf&#233;rieures &#224; ce qu'elles sont d'habitude. Mais l'effet du double meurtre a &#233;t&#233; tel qu'il a fallu sacrifier quelques jours plus tard le pr&#233;fet de Lyon, dont les services avaient laiss&#233; en libert&#233; le tueur qu'ils tenaient la veille m&#234;me de la double agression sanglante. Le gouvernement macronien, que l'on finira par qualifier de &lt;strong&gt;cro-manien,&lt;/strong&gt; a solennellement promis une mesure fant&#244;me : l'ajout de 200 postes pour les services de traitement des migrants &#224; Lyon. Comme l'ancien ministre Sapin l'a rappel&#233; avec un sourire (ce sont gens du m&#234;me monde...), cette d&#233;cision avait &#233;t&#233; prise l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente ! Cette pure gesticulation du pouvoir trahit la d&#233;termination gouvernementale &#224; &lt;strong&gt;ne rien changer au cours d&#233;sastreux des choses&lt;/strong&gt;. Les agressions et meurtres islamiques doivent relever de la m&#233;t&#233;orologie, et la population n'a d'autre choix officiel que de l'admettre, de s'y r&#233;signer et de subir ! L'indiff&#233;rence du sommet envers le sort de la population est, l&#224; aussi, d'une nature typiquement imp&#233;riale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Bryan Ward-Perkins, &#8220;La chute de Rome, fin d'une civilisation&#8221;, &#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et non plus nationale...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trajectoire de l'&#233;gorgeur de Marseille, touriste sexuel en Italie, puis clandestin infiltr&#233; en France, et r&#233;guli&#232;rement interpell&#233; pour des actes d&#233;lictueux depuis 7 ans, souligne &#224; quel point les fronti&#232;res ont cess&#233; d'exister. Les instances ma&#238;trisant les leviers de l'&#201;tat ont pour objectif d'abolir leur justification premi&#232;re, &lt;strong&gt;la protection&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Une repr&#233;sentante d'un syndicat de commissaires de police, C&#233;line Berthon, a d'ailleurs rappel&#233; que depuis la loi du 31 d&#233;cembre 2011, &lt;strong&gt;le fait d'&#234;tre en s&#233;jour irr&#233;gulier sur le territoire national n'est plus qualifi&#233; de d&#233;lit, mais d'&#8220;infraction&#8221; !&lt;/strong&gt; La Cour de Justice europ&#233;enne et la Cour de D&#233;fense des Droits de l'Homme sont l&#224; pour verrouiller non les fronti&#232;res mais leur liquidation. Leur inconsistance doit rejoindre celle des fronti&#232;res africaines, afin de rendre impossible toute expulsion de pr&#233;dateur ou de soldat &#233;tranger venu pour commettre des crimes de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}On ne peut &#233;lucider le fait que cet infiltr&#233; ill&#233;gal ait &#233;t&#233; rel&#226;ch&#233; la veille m&#234;me &#224; Lyon que par un constat : l'&#201;tat se d&#233;fait, m&#234;me si quelques instances de s&#233;curit&#233;, toujours plus sollicit&#233;es et maltrait&#233;es, s'efforcent de colmater les br&#232;ches laiss&#233;es b&#233;antes. Le choix h&#233;ro&#239;que du lieutenant-colonel de gendarmerie Beltram &#224; Tr&#232;bes traduit la situation des forces de s&#233;curit&#233;, qui semblent n'avoir plus de solution que de se laisser immoler &#224; la place des otages (en fait, il a tent&#233; une op&#233;ration tr&#232;s risqu&#233;e qui a partiellement r&#233;ussie, puisque l'islamomaniaque a &#233;t&#233; neutralis&#233; sans pouvoir faire plus de d&#233;g&#226;ts, mais la pieuvre m&#233;diatique s'est gard&#233;e de l'expliquer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Encha&#238;nement organique des attentats islamomaniaques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque au couteau du 1er octobre 2017 condense et prolonge :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; les agressions de masse contre les femmes occidentales &#224; Cologne et dans diverses villes europ&#233;ennes dans la nuit du 1er janvier 2016,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; les &#233;gorgements de 2016 (du P&#232;re Hamel et de Jessica Schneider), qui constituent des forfaits pr&#233;curseurs,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; les deux attaques de femmes par un m&#234;me &#8220;camion radicalis&#233;&#8221; &#224; Marseille en ao&#251;t 2017, sur des arr&#234;ts de bus, par un certain Idriss H., dont le nom exact semble constituer un secret d'&#201;tat.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;L'attentat &#224; la voiture &#8220;radicalis&#233;e&#8221; visant des femmes &#224; Toulouse-Blagnac le 10 novembre 2017 s'inscrit dans cette continuit&#233;, avec son abjection tout aussi &#233;tudi&#233;e. Ce dernier forfait confirme le tropisme obs&#233;dant de ces agresseurs appartenant &#224; l'islam &#8220;r&#233;ellement existant&#8221; : les trois victimes &#233;tant toutes des femmes d'origine chinoise, il est remarquable que la dimension raciste &#233;clatante ait &#233;t&#233; soigneusement &#233;lud&#233;e par les instances m&#233;diatico-politiques. L'insolence provocatrice du conducteur se revendiquant &#8220;schizophr&#232;ne&#8221;, mais affirmant avoir pr&#233;par&#233; son acte depuis un mois (!), ne trompe que ceux qui veulent s'aveugler. Son empressement &#224; se pr&#233;senter comme &#8220;malade&#8221; r&#233;v&#232;le une pr&#233;tention tranquille &#224; une auto-amnistie !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La multiplication de tels alibis incite d'ailleurs le pays r&#233;el &#224; consid&#233;rer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes &#233;tant les cibles pr&#233;f&#233;r&#233;es de ces &lt;strong&gt;surmusulmans&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Fethi Benslama, &#8220;Un furieux d&#233;sir de sacrifice, le surmusulman&#8221;, &#233;d. du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pourquoi se g&#234;neraient-ils : 80 % des &#8220;convertis&#8221; ne sont-ils pas des femmes ? Du fond de leur misogynie rabique, ces assassins et leurs admirateurs consid&#232;rent que, quoi qu'ils leur fassent, elles en redemanderont...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard, le fr&#232;re du &#8220;schizophr&#232;ne&#8221; auto-d&#233;clar&#233;, un islamiste particuli&#232;rement d&#233;termin&#233;, a &#233;t&#233; interpell&#233; pour l'emp&#234;cher de commettre une agression contre un voisin. Le policier qui &#233;tait intervenu dans cette affaire annexe a vu son identit&#233; communiqu&#233;e par la proc&#233;dure &#224; l'int&#233;ress&#233;, &lt;strong&gt;d&#233;j&#224; remis en libert&#233;&lt;/strong&gt;. Ce type de cafouillages peut-il &#234;tre accidentel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Meurtres rituels&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#233;gorgement rel&#232;ve de la cat&#233;gorie de meurtre rituel, inverse absolu mais sym&#233;trique du virtuel, cette version de l'industrie m&#233;diatique sous-culturelle o&#249; tout demeurerait permis mais sans cons&#233;quence, ni culpabilit&#233;, ni responsabilit&#233;. L'&#233;ventration de la deuxi&#232;me jeune fille assume un aspect de viol si absolu que les &lt;strong&gt;aficionados&lt;/strong&gt; de Sade, si nombreux chez les sectateurs de la gauche culturelle, y ont n&#233;cessairement trouv&#233; la source d'un frisson de plaisir inavouable. Tout cela est terriblement coh&#233;rent avec leur complaisance pour les barbares, dont les points de rep&#232;re se r&#233;sument &#224; ce que d&#233;signe ce terme de &#8220;niquer&#8221; : violer et mutiler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hasard objectif terrible, le pr&#233;nom &#8220;Maurane&#8221;, si proche de celui de &#8220;Marianne&#8221; qui symbolise la r&#233;publique fran&#231;aise, ach&#232;ve de donner la mesure de ce double crime qui constitue &lt;strong&gt;un moment d'apoth&#233;ose intens&#233;ment narcissique des &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Nique-la-France&#8221;. &lt;/strong&gt;Les militants de cette th&#233;matique, rappeurs-aboyeurs, racailles au cerveau rong&#233; par les hallucinog&#232;nes, id&#233;ologues esclavagistes du PIR, d&#233;put&#233;e stalino-gauchiste r&#234;vant d'un messie collectif enturbann&#233;, sont tous co-responsables et complices des monstruosit&#233;s qui en d&#233;rivent, sans exception aucune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assassin de Marseille, d&#233;chet tunisien issu d'une famille visiblement pathog&#232;ne, dont deux de ses fr&#232;res ont longuement fricot&#233; avec le Califat-croupion, et dont m&#234;me son pays ne voulait &#233;videmment plus, a mis en pratique ce dont r&#234;vent tous les loups impatients de d&#233;truire l'Occident, civilisation qui, seule, a invent&#233; les libert&#233;s individuelles et collectives, auxquelles ils ne comprennent rien. Ils l'abhorrent, puisque la libert&#233; implique d'abord le respect de celle des autres. Ces petits m&#226;les assoiff&#233;s de sang ne supportent pas de n'&#234;tre pas ma&#238;tre du monde. Cette &#8220;impuissance&#8221;, ils la qualifient d'&#8220;humiliation&#8221;, sous les yeux attendris des commissaires politiques du gauchisme culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux jeunes filles du 1er octobre ont &#233;t&#233; massacr&#233;es &lt;strong&gt;parce qu'il n'y avait rien &#224; leur reprocher&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;L'&#233;gorgeur les a cibl&#233;es, l'une apr&#232;s l'autre, pour leur allure, leur gr&#226;ce, leur finesse tranquille, indiscutables, qui laissaient transpara&#238;tre leur aspiration &#224; aider autrui, ce que confirment les m&#233;tiers auxquelles elles se destinaient, infirmi&#232;re et m&#233;decin. Leur portrait diffus&#233; apr&#232;s leur mort frappe par leur &#233;clat si particulier. Elles se montraient fran&#231;aises jusqu'au bout des ongles, probablement sans m&#234;me en avoir conscience, puisque l'&#233;ducation officielle interdit pr&#233;cis&#233;ment ce type de fiert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur naturel les pla&#231;ait tellement hors d'atteinte du pr&#233;dateur assoiff&#233; de sang, intoxiqu&#233; par des hallucinog&#232;nes et les litanies djihadistes hypnotiques du &lt;strong&gt;Nash&#238;d&lt;/strong&gt; pass&#233;es en boucle sur son t&#233;l&#233;phone portable, qu'il ne lui restait qu'une chose &#224; sa port&#233;e : &lt;strong&gt;faire de la politique au couteau&lt;/strong&gt;. Plenel, ce tch&#233;kiste id&#233;ologique d&#233;guis&#233; en ersatz m&#233;diatique de Zola, a d&#251; &#233;prouver un moment d&#233;licieux, conforme &#224; ses racines de commissaire politique, typiques du premier totalitarisme de l'histoire. Accuser pr&#233;ventivement, d&#232;s 2014, les Occidentaux, tous les Occidentaux, des forfaits dont ses prot&#233;g&#233;s de pr&#233;dilection allaient se faire les praticiens assidus est le type d'inversion dont vivent depuis un si&#232;cle toutes les vari&#233;t&#233;s de marxisme-l&#233;ninisme et leurs rejetons. La d&#233;nonciation d'un Occident ma&#238;tre du monde, de l'histoire, de l'univers, etc., est en soi un appel &#224; exterminer les Occidentaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plenel, Pour les Musulmans, 2014, o&#249; il osait d&#233;tourner Zola : &#8220;Ne fa&#238;tes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Man&#339;uvres gauches, donc sinistres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au grand embarras des &lt;strong&gt;immigrationnistes,&lt;/strong&gt; ce double assassinat a publiquement expos&#233; la bestialit&#233; de l'islam conqu&#233;rant, que ses partisans les plus cyniques aiment &#224; &#233;taler, et avec enthousiasme, quand ils se sentent en confiance. A Marseille, la nature rituelle de l'&#233;gorgement a &#233;t&#233; officiellement euph&#233;mis&#233;e par le brouillard m&#233;diatique la confondant &#224; demi-mot avec la fureur de l'&#233;ventration, et r&#233;ciproquement... Un forfait occultant l'autre, les deux cousines sont &#224; jamais jumelles dans un malheur que tout &#8220;vrai musulman&#8221;consid&#232;re avec satisfaction, tout en conservant un silence officiel sournois. Les id&#233;ologues du gauchisme culturel, pourtant intoxiqu&#233;s de psychanalyse, se sont instantan&#233;ment d&#233;tach&#233;s de leurs obsessions ratiocinantes pour &#233;luder la port&#233;e de ce double meurtre. Les techniques de double-pens&#233;e leur tiennent lieu depuis si longtemps de langue maternelle que cela passe sans effort...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, le laxisme diff&#233;rentiel dont b&#233;n&#233;ficient les d&#233;linquants musulmans est particuli&#232;rement frappant quand il s'agit d'&#233;gorgeurs dont la liste est beaucoup plus longue que les cinq cas officiellement d&#233;clar&#233;s depuis 2016. Les autres sont catalogu&#233;s &#224; la rubrique &#8220;faits divers&#8221;, pr&#233;cis&#233;ment, o&#249; les noms et les circonstances se perdent dans une esp&#232;ce d'&lt;strong&gt;omert&#224;&lt;/strong&gt; de plus en plus &#233;paisse. La volont&#233; de leur offrir un statut sup&#233;rieur &#224; celui des vulgaires Occidentaux est l&#224; encore manifeste. Cet objectif majeur de tous les partisans de l'islam &#8220;r&#233;ellement existant&#8221; prend de plus en plus de consistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences sont consid&#233;rables, et notamment celle-ci : toute femme &#8220;voil&#233;e&#8221;, en persistant &#224; int&#233;rioriser l'injonction islamo-n&#233;vrotique de se concevoir comme &lt;strong&gt;impure&lt;/strong&gt; &#224; jamais, se fait complice passive, &#233;ternellement mineure, des &#8220;grands fr&#232;res&#8221; assoiff&#233;s de domination et de meurtre. Non seulement le port du voile est de moins en moins &#8220;innocent&#8221;, mais il constitue, par une l&#226;chet&#233; consciente et d&#233;termin&#233;e, une v&#233;ritable manifestation de solidarit&#233; avec ce type d'agression sacralis&#233;e. Aucune religion ne cultive la haine des femmes autant que l'islam, haine primale, archa&#239;que, principielle et en perp&#233;tuelle surench&#232;re. Celles qui acceptent de composer avec cela c&#232;dent &#224; un chantage central du m&#226;le musulman : contre la fausse promesse d'amoindrir cette pression sinistre, elles contribuent &#224; concentrer l'horreur de la misogynie musulmane sur les femmes occidentales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le f&#233;tichisme infantile des textes &#8220;sacr&#233;s&#8221; caract&#233;risant l'islam se mesure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'y aurait-il &#224; comprendre &#224; ces &#8220;djihadistes&#8221;, &lt;strong&gt;sacs &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;de haine hant&#233;s des d&#233;mons de l'Orient &lt;/strong&gt; ? Venus pour profiter d'allocations aveugles et d'un tourisme sexuel qui ne se cache m&#234;me pas, ils cultivent une id&#233;ologie religieuse mill&#233;nariste de plus en plus primitive, tout en y int&#233;grant d'instinct les simplifications invent&#233;es par le marxisme-l&#233;ninisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Milan Kundera avait r&#233;sum&#233; ce m&#233;canisme dans ses remarques sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un tel primitivisme est une condition de leur efficacit&#233; myope. Leur incapacit&#233; &#224; se montrer &#224; la hauteur du monde contemporain les submerge sans rem&#232;de, et leur d&#233;s&#233;ducation islamiste ne leur laisse que cette issue d'une col&#232;re assassine de plus en plus f&#233;roce. Ils pr&#233;tendent tout simplifier par le couteau et l'explosif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un nombre consid&#233;rable de musulmans s'abstient de cette coh&#233;rence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qu'ils regardent, ils le salissent,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qu'ils touchent, ils le mutilent,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qu'ils agressent, ils le profanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'instar de la tradition mill&#233;nariste stalino-gauchiste, ils n'ont pour perspective que d'&#233;tendre leur abjection aux bornes du monde afin de faire dispara&#238;tre tout point de comparaison. L'Occident est le grand socle qui les hante tous et les met en fureur. Il a tant invent&#233;, tant modifi&#233; les termes m&#234;mes de la condition humaine, que les partisans de l'islam r&#233;ellement existant et leurs admirateurs &#224; pr&#233;tention multi-culturelle communient dans la m&#234;me suffocation de ne pouvoir &lt;strong&gt;rien&lt;/strong&gt; pr&#233;senter en regard. Seule l'&#233;radication absolue de cet Occident, jusqu'&#224; son souvenir, pourrait les soulager, au terme de plusieurs si&#232;cles de destructions et de refoulement collectif laborieux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi ce magma d'incoh&#233;rences, de haine, de meurtres, peut-il trouver un ancrage dans la r&#233;alit&#233; ? Comme le montrent les divers foyers de guerre civile qui aimantent les fous de djihad, leur milieu de d&#233;ploiement d&#233;pend d'une forme de chaos historique qu'il leur faut tr&#232;s logiquement aggraver sans cesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apocalypse, cette &#8220;annonce&#8221; d'une irruption mat&#233;rielle du monde invisible fantasm&#233; comme &#8220;parfait&#8221;, que les mill&#233;naristes esp&#232;rent voir fusionner avec le monde visible toujours imparfait, donne l'occasion aux puissances destructrices de la psych&#233;, si famili&#232;res et si ignor&#233;es, de se d&#233;ployer sans limites. Il est donc tout &#224; fait coh&#233;rent que le terme d'&#8220;apocalyptique&#8221; soit connot&#233; aux catastrophes : pour employer un terme moderne qui exprime un pouvoir mortif&#232;re inh&#233;rent, le contact avec ce monde obscur est toujours &#8220;radioactif&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule perspective de succ&#232;s pour l'islam &#8220;r&#233;ellement existant&#8221; serait que le monde connaisse un effondrement &#233;conomique et &#233;cologique produisant un chaos g&#233;opolitique insoluble. Seule une telle d&#233;gradation peut nourrir le vivier de l'islam offensif, &#224; la mani&#232;re dont les s&#233;quelles de la longue guerre entre l'empire perse et l'empire byzantin permirent sa cristallisation progressive tout au long des VIIe et VIIIe si&#232;cle. &lt;strong&gt;L'islam appara&#238;t comme la seule religion qui a appris &#224; prosp&#233;rer par la liquidation et la cannibalisation de populations immenses&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'intelligentsia ren&#233;gate de l'Occident, si prompte &#224; pister les plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;, ce que certains pressentent aujourd'hui sous l'expression de &#8220;grand remplacement&#8221;, &lt;/strong&gt;cette gigantesque catastrophe au ralenti qu'il ne faut jamais nommer.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats nationaux occidentaux se d&#233;font, &#224; l'initiative m&#234;me des gouvernants cens&#233;s les servir et les incarner au moins temporairement. Le processus est si avanc&#233; que ces &#201;tats sont de moins en moins en mesure d'assurer leurs &lt;strong&gt;fonctions structurantes&lt;/strong&gt;. Combien &#233;loquent est le sort des pompiers, des personnels hospitaliers, des postiers, des enseignants, etc., dans les zones gangren&#233;es par les tentacules de &lt;strong&gt;l'archipel de la charia,&lt;/strong&gt; si souvent imbriqu&#233;es aux territoires domin&#233;s par les trafics qui doivent leur servir de financement, &#224; l'instar des mafias italiennes ou sud-am&#233;ricaines qui ont toujours su verser au dernier du culte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la complicit&#233; et les calculs imb&#233;ciles des couches r&#233;gnantes, assist&#233;es par les lubies de la contre-&#233;lite d'ob&#233;dience post-marxiste, le processus suit son cours. La p&#233;riph&#233;rie musulmane du monde europ&#233;en a spontan&#233;ment retrouv&#233; les racines de son atavisme civilisationnel, &lt;strong&gt;le grignotage imp&#233;rial vers le centre&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On ne dira jamais assez l'utilit&#233; des ouvrages de G. Martinez-Gros qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 09 avril 2018&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb28-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Traiter ces crimes de guerre par de simples moyens de police constitue un paradoxe qui trahit un tropisme propre &#224; un fonctionnement imp&#233;rial, cf Gabriel Martinez-Gros : &lt;/i&gt;&#8220;Fascination du Djihad, Fureurs islamistes et d&#233;faite de la paix&#8221;, &lt;i&gt;p. 95-96 :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;L'empire n'a pas d'histoire, pas d'identit&#233;, pas de combat &#224; mener, puisqu'il n'a, par d&#233;finition, ni rival, ni ennemi. Il est le monde &#8212; la communaut&#233; internationale. Il peut identifier la d&#233;linquance &#8212; des hommes arm&#233;s sur des v&#233;hicules civils qu'on a d&#233;tourn&#233;s de leur usage&#8212;, mais pas un ennemi. L'empire admet les op&#233;rations de police, mais la guerre est impensable&#8221;. &lt;i&gt;Les pouvoirs en place baignent d&#233;j&#224; dans un univers mental imp&#233;rial, alors que la r&#233;alit&#233; est encore tr&#232;s loin d'y correspondre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En 2012, ce personnage se r&#233;pandait dans les m&#233;dias pour vanter le r&#244;le des Fr&#232;res musulmans en Egypte et en Tunisie, alors que leur r&#244;le dans le renversement des despotes avait &#233;t&#233; inexistant, tant les mouvements spontan&#233;s d'une soci&#233;t&#233; indisposent les organisations &#8220;fr&#233;ristes&#8221;. Leur activit&#233; s'est montr&#233;e constamment pernicieuse pour toutes les formes de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'impudence d'une Sonia Nour, employ&#233;e de la mairie communiste de La Courneuve et se d&#233;finissant comme &#8220;militante communiste et d&#233;coloniale&#8221;, m&#233;rite d'&#234;tre not&#233;e : en qualifiant de &#8220;martyr&#8221; l'&#233;gorgeur du 1er octobre &#224; Marseille, elle a publiquement sacralis&#233; le principe du meurtre rituel : &lt;/i&gt;&#8220;Quand un martyr &#233;gorge une femme et poignarde une autre l&#224; &#231;a fait du bruit. Terrorisme, du sang, civilisation Bla, Bla, Bla.. Par contre que le terrorisme patriarcal nous tue tous les 2 jours on l'entend moins votre grande gueule.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'expression de &#8220;terrorisme patriarcal&#8221; trahit la transfusion du venin stalino-gauchiste aux soldats de l'islam. Loin d'&#234;tre trait&#233;e comme quelqu'un faisant l'apologie d'un meurtre rituel, elle a &#233;t&#233; r&#233;int&#233;gr&#233;e en novembre. Selon un porte-parole de la mairie : &lt;/i&gt;&#8220;Le tribunal (administratif de La Courneuve) a bien d&#233;cid&#233; d'annuler sa suspension et demande &#224; ce qu'elle soit r&#233;int&#233;gr&#233;e, en attendant que la proc&#233;dure disciplinaire aboutisse&#8221;. &lt;strong&gt;Qui peut croire que celle-ci &#8220;aboutira&#8221; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir Bryan Ward-Perkins, &lt;/i&gt;&#8220;La chute de Rome, fin d'une civilisation&#8221;, &lt;i&gt;&#233;d. Champs histoire, p. 103 : &lt;/i&gt;&#8220;L'Empire ne voyait aucun inconv&#233;nient &#224; &#8220;vendre&#8221; ses sujets provinciaux lorsqu'il pensait en retirer un b&#233;n&#233;fice politique et militaire &#224; court terme&#8221;&lt;i&gt;. Et l'auteur rappelle comment Clermont fut livr&#233;e en 475 aux Wisigoths dans l'espoir que ceux-ci &#233;pargneraient Arles et Marseille. Un an plus tard, les Wisigoths annexaient ces deux villes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La multiplication de tels alibis incite d'ailleurs le pays r&#233;el &#224; consid&#233;rer que l'islam, en ambiance occidentale, est une &#233;cole de d&#233;rangement mental profond.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voir Fethi Benslama, &lt;/i&gt;&#8220;Un furieux d&#233;sir de sacrifice, le surmusulman&#8221;, &lt;i&gt;&#233;d. du Seuil, mai 2016.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Plenel, &lt;/i&gt;Pour les Musulmans, &lt;i&gt;2014, o&#249; il osait d&#233;tourner Zola : &lt;/i&gt;&#8220;Ne fa&#238;tes pas de la politique au couteau !&#8221;, &lt;i&gt;en insultant gratuitement et impun&#233;ment l'ensemble des Occidentaux. On ne le dira jamais assez : ce proc&#233;d&#233; d'inversion pr&#233;ventive de l'accusation, h&#233;rit&#233; du marxisme-l&#233;ninisme, constitue le noyau le plus caract&#233;ristique de cette pratique historico-criminelle. Il est repris avec enthousiasme par toutes les vari&#233;t&#233;s d'islamisme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le f&#233;tichisme infantile des textes &#8220;sacr&#233;s&#8221; caract&#233;risant l'islam se mesure &#224; un indice : quel Chr&#233;tien pourrait aujourd'hui, sans perdre aussit&#244;t toute cr&#233;dibilit&#233;, reprendre les vaticinations d'un Tertullien, premier th&#233;ologien du christianisme, au IIe si&#232;cle, sur la n&#233;cessit&#233; du port du voile pour les &#8220;vierges&#8221; (en plus des &#8220;femmes mari&#233;es&#8221;), question &#224; laquelle il consacra tout un texte (voir un extrait significatif reproduit page 15). En Occident, &lt;strong&gt;on ne se prosterne devant rien ni personne et on marche &#224; visage d&#233;couvert&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Milan Kundera avait r&#233;sum&#233; ce m&#233;canisme dans ses remarques sur les &#8220;m&#233;diologues&#8221;. Partant de th&#232;ses d&#233;j&#224; simplistes, ils se r&#233;fugient dans une poign&#233;e de mantras, une dizaine de sourates ou de citations de Marx leur suffisant &#224; mettre le monde &#224; feu et &#224; sang, et enfin &#224; quelques formes symboliques imag&#233;es encore plus condens&#233;es charg&#233;es de d&#233;clencher des r&#233;flexes pavloviens. Si des Occidentaux br&#251;laient le drapeau noir de Daesh apr&#232;s chaque attentat du Califat de plus en plus fant&#244;me, on verrait des hordes d'islamistes &#8220;mod&#233;r&#233;s&#8221; tenter de lyncher les indign&#233;s occidentaux. Et les fonctionnaires-journalistes inviteraient des experts stalino-gauchistes pour excuser ces op&#233;rations de lynchage politico-religieux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Un nombre consid&#233;rable de musulmans s'abstient de cette coh&#233;rence sanguinaire, tant il leur reste, &#224; contre-courant de l'islam, un fond d'humanit&#233;. Mais pourquoi sont-ils si peu nombreux &#224; sortir de la prison de l'islam ? Le r&#244;le des id&#233;ologues de la gauche culturelle joue l&#224; un r&#244;le monstrueux : tout &#224; leur activit&#233; professionnelle de diviseurs des soci&#233;t&#233;s occidentale, ils ne cessent d'offrir des excuses &#224; tous les musulmans, quels que soient les coups de force islamistes et djihadistes. &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Cette gauche intoxiqu&#233;es dans toutes ses composantes par le socialisme du goulag constitue un relais spontan&#233; indispensable &#224; la terreur musulmane en Occident&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Le discours de Macron &#224; Abou Dhabi est align&#233; sur cette posture. Il a os&#233; prononcer la phrase : &lt;/i&gt;&#8220;ceux qui veulent faire croire o&#249; que ce soit dans le monde que l'islam se construit en d&#233;truisant les autres monoth&#233;ismes sont des menteurs et vous trahissent&#8221;. &lt;i&gt;Non seulement le terme &#8220;trahissent&#8221; pr&#233;sente une tonalit&#233; bassement flatteuse (toute critique de l'islam serait une &#8220;trahison&#8221; ?), mais cette phrase en formulant une inversion exacte de la r&#233;alit&#233; invoque tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment la v&#233;rit&#233; qu'elle veut conjurer !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'intelligentsia ren&#233;gate de l'Occident, si prompte &#224; pister les plus infimes m&#233;faits des marges de sa propre civilisation et &#224; les grossir sans cesse, s'abstient soigneusement de rappeler que le plus grand g&#233;nocide historique fut corr&#233;l&#233; &#224; la conqu&#234;te musulmane de l'Inde, o&#249; il est question de 80 millions de morts, &lt;/i&gt;sans choc bact&#233;riologique&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;On ne dira jamais assez l'utilit&#233; des ouvrages de G. Martinez-Gros qui analysent cette dimension (le premier r&#233;dig&#233; avec Lucette Valensi).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Islam, l'islamisme et l'Occident,&lt;i&gt; Points Histoire, 2004 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ibn Khald&#251;n et les sept Vies de l'Islam,&lt;i&gt; Actes Sud-Sindbad, 2006&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Br&#232;ve Histoire des Empires,&lt;i&gt; Seuil, 2014 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fascination du Djihad, &lt;i&gt;PUF, 2016&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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		<title>Psychanalyse et subjectivit&#233;</title>
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		<dc:date>2024-10-04T11:10:27Z</dc:date>
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		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Avant-gardisme</dc:subject>
		<dc:subject>Scientisme</dc:subject>
		<dc:subject>Entretien</dc:subject>
		<dc:subject>Insignifiance</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>

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&lt;p&gt;Source : vid&#233;o mise en ligne par Andrea Cirla, film tir&#233; de : 'Enciclopedia Multimediale delle Scienze Filosofiche' - un projet de Renato Parascandolo, 1994. &#171; L'essentiel du travail de Freud a consist&#233;, peut-&#234;tre, dans la d&#233;couverte de l'&#233;l&#233;ment imaginaire de la psych&#233; &#8211; dans le d&#233;voilement des dimensions les plus profondes de ce que j'appelle ici l'imagination radicale. &#187; Cornelius Castoriadis, L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, 1975, p. 381. Cornelius Castoriadis, vous &#234;tes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-autonomie-individuelle-l-" rel="directory"&gt;Autonomie individuelle : l'&#233;mancipation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-59-avant-gardisme-+" rel="tag"&gt;Avant-gardisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-224-scientisme-+" rel="tag"&gt;Scientisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=34mU9fMOBy8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vid&#233;o mise en ligne par Andrea Cirla&lt;/a&gt;, film tir&#233; de : 'Enciclopedia Multimediale delle Scienze Filosofiche' - un projet de Renato Parascandolo, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_1842 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende spip_document_player spip_documents_player spip_doc_player&#034; data-legende-len=&#034;71&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
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&lt;/style&gt;&lt;/span&gt;&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-1842 '&gt;&lt;strong&gt;Castoriadis &#8211; Psychanalyse et subjectivit&#233; (1994)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-1842 '&gt;Andrea Cirla (2020)
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'essentiel du travail de Freud a consist&#233;, peut-&#234;tre, dans la d&#233;couverte de l'&#233;l&#233;ment imaginaire de la psych&#233; &#8211; dans le d&#233;voilement des dimensions les plus profondes de ce que j'appelle ici l'imagination radicale. &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Cornelius Castoriadis, &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, 1975, p. 381.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cornelius Castoriadis, vous &#234;tes philosophe et tout d'abord philosophe de la politique mais vous pratiquez aussi la psychanalyse. Est-ce que cette pratique influence votre conception philosophique et comment avez-vous m&#251;ri cette comp&#233;tence psychanalytique dans votre &#233;volution ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un rapport tr&#232;s profond entre ma conception de la psychanalyse et ma conception de la politique. Ce rapport c'est que les deux visent &#224; l'autonomie de l'&#234;tre humain par des voies bien entendu diff&#233;rentes : la politique vise &#224; lib&#233;rer l'&#234;tre humain, &#224; lui permettre d'acc&#233;der &#224; l'autonomie par le moyen d'une action collective, qui elle-m&#234;me a comme objet la transformation des institutions c'est-&#224;-dire l'instauration d'institutions qui soient des institutions d'autonomie. L'objet de la politique ce n'est pas le bonheur, &#231;a c'est une conception erron&#233;e. C'est la conception qui &#233;tait l&#224; aux XVIIIe et XIXe si&#232;cles, &#231;a a &#233;t&#233; la conception de Marx, c'est une conception non seulement erron&#233;e mais catastrophique. L'objet de la politique c'est la &lt;i&gt;libert&#233;&lt;/i&gt; et en ce sens-l&#224;, d'ailleurs, quand je parle de politique je n'entends pas le m&#233;tier de monsieur Balladur, de monsieur Clinton, de monsieur Major, de monsieur Berlusconi, de monsieur Craxi, etc. J'entends par politique l'action collective consciente et r&#233;fl&#233;chie qui vise &#224; transformer les institutions pour en faire des institutions de libert&#233;, d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de ce que vous venez de dire, je voudrais rappeler que le but de la politique n'est pas le bonheur mais faire que chacun puisse poursuivre son bonheur personnel. Est-ce que, pour vous, c'est la m&#234;me chose l'id&#233;e que la soci&#233;t&#233; doit permettre &#224; chacun de chercher son bonheur ? C'est quelque chose qui implique une conception lib&#233;rale de l'autonomie&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous vous souvenez bien, la d&#233;claration am&#233;ricaine dit que nous pensons que Dieu a cr&#233;&#233; les &#234;tres humains tous libres &#233;gaux et avec les droits &#233;gaux &#224; la poursuite du bonheur, n'est-ce pas ? Alors moi je ne pense pas que Dieu a cr&#233;&#233; les &#234;tres humains libres et &#233;gaux &#8211; Dieu n'a rien cr&#233;&#233; du tout parce qu'il n'existe pas (&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;). Deuxi&#232;mement dans la mesure o&#249; des &#234;tres humains sont l&#224;, ils n'ont pratiquement jamais &#233;t&#233; libres et &#233;gaux. Donc il faut qu'ils agissent pour devenir libres et &#233;gaux et, une fois qu'ils sont devenus libres et &#233;gaux, il y aura sans doute des choses qui concernent ce qu'on peut appeler le bien commun et &#231;a c'est &lt;i&gt;contraire&lt;/i&gt; &#224; la conception lib&#233;rale o&#249; chacun poursuit son bonheur individuel et cela &#231;a donne en m&#234;me temps le maximum de bonheur pour tous il y a des biens communs qui ne rel&#232;vent pas simplement du bonheur individuel et qui sont objet de l'action politique par exemple l'existence des mus&#233;es, l'existence de route et, m&#234;me, j'ai un int&#233;r&#234;t personnel &#224; ce que l'autre, vous les autres, etc. soient autonomes : c'est dans l'int&#233;r&#234;t de mon autonomie &lt;i&gt;&#224; moi&lt;/i&gt;. Mais mon bonheur, c'est mon affaire. Si la soci&#233;t&#233; se m&#234;le de mon bonheur, on aboutit au totalitarisme, c'est-&#224;-dire que la soci&#233;t&#233; dira : le vote de la majorit&#233; dit que tu ne dois pas acheter des disques de Bach ou de Mozart mais des disques de Madonna est de Prince. Voil&#224; : c'est la d&#233;cision de la majorit&#233;, voil&#224; ton bonheur. Donc moi je pense que le bonheur peut et doit &#234;tre poursuivi par chaque individu pour son propre compte, chacun d'ailleurs sait ou ne sait pas ce que c'est que son bonheur &#8211; &#224; certains moments il le trouve en ceci, en d'autres moments il le trouve en cela. La notion de bonheur est une autre notion assez complexe, &#224; la fois psychologique et, peut-&#234;tre, philosophique mais, ce qui est clair c'est que l'objet de la politique c'est la &lt;i&gt;libert&#233;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'autonomie&lt;/i&gt; et cela l&#224; ne peut exister bien entendu que dans un cadre institu&#233; collectif qui la permettent. Or l'objet de la psychanalyse est le m&#234;me et l&#224;, pour moi, c'est la r&#233;ponse &#224; cette fameuse question de la &lt;i&gt;fin&lt;/i&gt; de l'analyse, dans les deux sens du mot fin, c'est-&#224;-dire de la terminaison dans le temps et de l'objectif vis&#233; par l'analyse sur laquelle Freud est revenu tant et tant de fois &#8211; quelle est la fin de l'analyse ? &#8211; et &#224; laquelle moi je pense avoir une r&#233;ponse : la fin de l'analyse c'est que l'individu devienne aussi autonome que possible. Qu'est-ce que &#231;a veut dire autonome ? Autonome &#231;a ne veut pas dire autonome au sens kantien, c'est-&#224;-dire ob&#233;issant &#224; la loi morale qui a &#233;t&#233; &#233;tablie par sa raison, qui est la m&#234;me pour tous et qui est &#233;tablie une fois pour toutes. Autonome, &#231;a veut dire quelqu'un qui a transform&#233; ses rapports avec son inconscient &#8211; parce que nous sommes l&#224; dans la sph&#232;re psychanalytique &#8211; &#224; un tel point qu'il puisse &#224; la fois, autant que faire se peut, dans le monde humain, conna&#238;tre ses d&#233;sirs et autant que faire se peut contr&#244;ler la mise en acte de ses d&#233;sirs. &#202;tre autonome, &#231;a ne veut pas dire, par exemple, que je suis moral au sens de ne pas d&#233;sirer la femme de mon voisin : je peux d&#233;sirer la femme de mon voisin &#8211; moi-m&#234;me a commenc&#233; ma vie en d&#233;sirant la femme de mon prochain, chacun de nous fait de m&#234;me puisqu'il a commenc&#233; sa vie en d&#233;sirant sa &lt;i&gt;m&#232;re&lt;/i&gt;. Or de &#231;a, on est pas ma&#238;tre et m&#234;me si on ne commen&#231;ait pas sa vie comme &#231;a on ne serait pas des &#234;tres humains : on serait des monstres. &#199;a c'est une chose et c'est une autre chose de mettre ce d&#233;sir en acte. On peut savoir dans la psychanalyse que des individus de 30, 40, 50, 60 ans peuvent toujours faire des r&#234;ves incestueux, c'est-&#224;-dire des r&#234;ves qui traduisent le fait que ce d&#233;sir est toujours l&#224;. Moi personnellement je consid&#232;re qu'un individu qui, au moins une fois par an n'a pas souhait&#233; la mort de quelqu'un &#8212; parce que ce quelqu'un est sur la route, parce qu'il lui a fait quelque chose&#8230; &#8211; est un individu gravement pathologique. &#199;a ne veut pas dire qu'il faut tuer ce quelqu'un, mais il faut reconna&#238;tre que, en ce moment, j'ai une telle rage contre cette personne que si je pouvais la faire dispara&#238;tre, je la ferai dispara&#238;tre &#8211; mais je ne le ferai pas m&#234;me si je le peux. C'est &#231;a l'autonomie, en parlant de fa&#231;on tout &#224; fait simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[Inaudible] &#8230; qui pourrait &#234;tre comparable &#224; votre pens&#233;e, et dire que la psychanalyse est un instrument d'&#233;mancipation. Il souligne les concepts de la vocation &#233;mancipatrice de la psychanalyse. Est-ce que, pour vous, c'est la m&#234;me chose ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la m&#234;me chose, mais c'est quelque chose de plus pr&#233;cis parce que la psychanalyse comme instrument d'&#233;mancipation &#231;a veut dire quoi ? &#201;mancipation par rapport &#224; quoi ? La psychanalyse ne peut pas &#234;tre un instrument d'&#233;mancipation, par exemple, par rapport aux forces de l'argent qui dominent la soci&#233;t&#233; ou par rapport, je ne sais pas moi, la puissance de l'&#201;tat. &#199;a ne veut rien dire, elle n'a pas ce pouvoir, on ne peut pas on fait pas de la psychanalyse pour faire des patients des r&#233;volutionnaires qui vont modifier la soci&#233;t&#233; &#8211; &#231;a peut les aider &#224; d&#233;passer leurs inhibitions, leurs probl&#232;mes, les rendre des citoyens plus lucides, plus actifs &#8211; mais le probl&#232;me de la psychanalyse c'est le rapport du patient &#224; lui-m&#234;me. L&#224; on peut reprendre ce que disait Freud : il y a une fameuse phrase de Freud dans les &lt;i&gt;N&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ouvelles conf&#233;rences introductives &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;psychanalyse&lt;/i&gt; qui est &lt;i&gt;Wo Es war, soll Ich werden ;&lt;/i&gt; &#171; L&#224; o&#249; &#231;a &#233;tait, je dois devenir &#187;, c'est-&#224;-dire remplacer le &#199;a part le Je. Alors la phrase est tr&#232;s belle, mais elle est plus qu'ambigu&#235; et m&#234;me son ambigu&#239;t&#233; est lev&#233;e par la suite du paragraphe parce que la suite dit que c'est travail d'ass&#232;chement et de r&#233;clamation comme celui que font les Hollandais dans la &lt;i&gt;Zuiderzee&lt;/i&gt;. C que font les Hollandais dans la &lt;i&gt;Zuiderzee&lt;/i&gt; c'est qu'il y avait de la mer ils ont ass&#233;ch&#233;e et l&#224; o&#249; il y avait de la boue, des plantes marines bizarre, etc., ils ont fait des tr&#232;s beaux champs, et ils ont plant&#233; des tulipes dessus. Alors ce n'est pas &#231;a qu'on essaie de faire en psychanalyse, on n'essaye pas d'ass&#233;cher l'inconscient, d'abord parce que c'est une entreprise absurde elle ne peut pas, elle n'aura jamais, ne pourra jamais aboutir. Ce qu'on essaie de faire, c'est de transformer le rapport de l'instance du Je, l'instance du sujet plus ou moins conscient, plus ou moins r&#233;fl&#233;chi, avec ses pulsions, son inconscient, etc C'est &#231;a la d&#233;finition pour moi de l'autonomie au plan individuel : c'est savoir ce que vous d&#233;sirez, savoir ce que vous voulez vraiment faire, pourquoi vous voulez le faire et savoir ce que vous savez et ce que vous ne savez pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une puissance d'assimilation, de r&#233;cup&#233;ration extraordinaire de la soci&#233;t&#233; contemporaine, &#231;a vous le savez, on l'a dit depuis longtemps &#8211; moi je commen&#231;ais &#224; parler de cr&#233;ation, d'imaginaire et d'autonomie il y a de cela &#224; peu pr&#232;s 30 ans &#8211; &#224; l'&#233;poque, ce n'&#233;tait pas du tout slogan publicitaire&#8230; Je ne dis pas que les publicistes ont pris ces mots chez moi ou dans mes &#233;crits, mais petit &#224; petit &#231;a l'est devenu, en un sens, parce que c'&#233;tait, par exemple, des id&#233;es de Mai 68 et des publicitaires, etc. se sont inspir&#233;s de cela. Mais la diff&#233;rence essentielle c'est la mystification, la tromperie qu'il y a l&#224;-dedans. Quand on parle, par exemple, de cr&#233;ativit&#233; : &#171; si vous voulez &#234;tre vraiment cr&#233;atif venez travailler chez IBM &#187;, c'est un slogan publicitaire &#8211; chez IBM, vous travaillez comme n'importe quel autre employ&#233; dans n'importe quelle autre firme, et vous n'&#234;tes pas plus cr&#233;atifs ou moins cr&#233;atif qu'ailleurs. Moi je parle de la cr&#233;ativit&#233; des &#234;tres humains qu'il faut lib&#233;rer, ce n'est pas du tout pareil. L'autonomie&#8230; peut-&#234;tre en Italie on parle de &#231;a, en France on perle plut&#244;t de l'individualisme : alors, l'individualisme dont on parle dans la publicit&#233;, dans les id&#233;ologies officielles, dans la politique, etc. cela n'a &lt;i&gt;rien &#224; voir&lt;/i&gt; avec ce que moi j'appelle l'autonomie de l'individu. Parce que cet individualisme c'est d'abord, s'il est vraiment sinc&#232;re, radical, c'est : je fais ce qui me pla&#238;t. Or cela ce n'est pas l'autonomie, je fais ce qui me pla&#238;t. L'autonomie c'est : je fais ce que je consid&#232;re comme juste de faire apr&#232;s r&#233;flexion. Je ne m'interdis pas ce qui me pla&#238;t, mais je ne fais pas une chose parce qu'elle me pla&#238;t, parce que une soci&#233;t&#233; o&#249; chacun fait ce qu'il lui pla&#238;t c'est une soci&#233;t&#233; o&#249; il y a le meurtre, o&#249; il y a le viol, o&#249; il y a n'importe quoi. Et puis, de l'autre c&#244;t&#233;, ces publicit&#233;s et ces id&#233;ologies sont mensong&#232;res parce que ce pr&#233;tendu individualisme et ce pr&#233;tendu narcissisme dont on nous rebat les oreilles c'est un pseudo-individualisme. C'est quoi l'individualisme actuel ? C'est que &#224; 20h30 tous les soirs,, tous les foyers fran&#231;ais tournent les m&#234;mes boutons pour prendre les m&#234;mes postes de t&#233;l&#233;vision, &#233;couter les m&#234;mes &#226;neries. C'est-&#224;-dire qu'il y a 40 millions d'individus qui comme s'ils ob&#233;issaient &#224; un ordre militaire font la m&#234;me chose et on appelle &#231;a l'individualisme, c'est ridicule. Moi je parle de l'individu comme quelqu'un qui est autonome ou qui essaie de devenir autonomes et qui, non pas forc&#233;ment essaye de d&#233;velopper sa singularit&#233;, mais a conscience du fait qu'en tant qu'&#234;tre humain il est absolument singulier et qui, s'il peut d&#233;velopper sa singularit&#233; dans un sens r&#233;fl&#233;chit, il la d&#233;veloppe &#8211; ce qui n'a rien &#224; voir avec la publicit&#233; contemporaine. Donc je ne pense pas qu'on puisse dire qu'il y a rapport de ce point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apparemment, votre id&#233;e du but de la fin de la psychanalyse est presque contraire &#224; celle qui a &#233;t&#233; propos&#233;e par Lacan, qui a vivement critiqu&#233; l'id&#233;e que le but est de cr&#233;er un Moi autonome en libellant cette th&#232;se comme id&#233;ologie am&#233;ricaine. Est-ce que vous pensez que la critique de Lacan est juste ou non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Elle est en partie juste sens que, quand les Am&#233;ricains &#8211; certains Am&#233;ricains &#8211; parlaient de &#171; Moi autonome &#187;, il y avait deux d&#233;viations potentielles et m&#234;me r&#233;elles l&#224;-dedans. La premi&#232;re c'&#233;tait la surestimation absolue du Moi et du conscient &#8211; du conscient et du Moi, ce n'est pas la m&#234;me chose. J'ai compl&#233;t&#233; ce que disait Freud en disant &#171; O&#249; &#233;tait &#199;a Je dois devenir &#187; en disant qu'il faut cette phrase la compl&#233;ter par la sym&#233;trie c'est-&#224;-dire &#171; L&#224; o&#249; Je suis, le &#199;a doit pouvoir appara&#238;tre &#187; c'est-&#224;-dire qu'on doit pouvoir faire &lt;i&gt;parler&lt;/i&gt; ses d&#233;sirs &#8211; autre chose, encore une fois, si on les fait passer dans la r&#233;alit&#233;, si on passe &#224; l'acte. Donc il faut, pr&#233;cis&#233;ment, laisser monter les pulsions il faut conna&#238;tre ce que sont vos pulsions, m&#234;me les celles qui peuvent para&#238;tre dans la vie de tous les jours dans la vie consciente les plus bizarres les plus monstrueuses, les plus abjectes et il faut savoir que c'est l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, le Moi dont parlaient les Am&#233;ricains c'&#233;taient en fait ce que moi j'appellerai l'individu socialement fabriqu&#233;, c'est-&#224;-dire une construction sociale telle que la construisait la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, italienne, fran&#231;aises, peu importe, c'est-&#224;-dire un individu qui savait qu'il fallait travailler pour vivre, que s'il s'opposait &#224; son patron c'&#233;tait parce qu'il n'avait pas r&#233;solu son complexe d'&#338;dipe et il y a d'ailleurs des questionnaires de recrutement des firmes am&#233;ricaines o&#249; si les candidats &#224; la question &#171; est-ce que quand vous &#233;tiez petit vous aimiez plut&#244;t votre p&#232;re ou plut&#244;t votre m&#232;re &#187;, s'il r&#233;pondait j'aimais plut&#244;t ma m&#232;re eh ben il avait une note n&#233;gative parce que &#231;a voulait dire qu'il s'opposait &#224; leur p&#232;re donc ils cr&#233;eraient des emb&#234;tements dans la firme, pour son patron. C'&#233;tait &#231;a l'id&#233;ologie de l'adaptation am&#233;ricaine, l'utilisation la psychanalyse &#224; des fins d'adaptation. Cette critique, on peut la faire et beaucoup d'autres d'ailleurs parce que finalement on ne va pas rentrer dans les aberrations auxquelles a abouti la psychanalyse am&#233;ricaine. Il y avait des psychanalystes am&#233;ricains qui en 1940 quand il y avait 15 millions de ch&#244;meurs aux &#201;tats-Unis, ou plus, &#233;crivait qu'on est ch&#244;meur parce qu'on a le d&#233;sir inconscient d'&#234;tre ch&#244;meurs, ce qui est une aberration &#8211; le ch&#244;mage est un ph&#233;nom&#232;ne social d&#251; &#224; l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je ne pense pas que l'&#233;cole de New York, qui a &#233;t&#233; critiqu&#233; surtout en France, est arriv&#233; &#224; ces aberrations mais il a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; quand m&#234;me th&#233;oriquement responsables de ces aberrations&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non non non, moi je vous parle d'un article que j'ai lu dans le &lt;i&gt;International &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt;&lt;i&gt; for Psychanalyse&lt;/i&gt;, c'est un article de 1940 qui a interpr&#233;t&#233; les racines psychanalytiques du ch&#244;mage&#8230; C'est d'une idiotie sans fin. Mais quand Lacan faisait cette critique, il &#233;tait un peu de mauvaise foi parce qu'il se choisissait est un ennemi facile et surtout parce que ce qu'il voulait mettre &#224; la place c'&#233;tait une id&#233;ologie du d&#233;sir. Or cette id&#233;ologie du d&#233;sir, il faut le dire, elle est monstrueuse. Parce que le d&#233;sir c'est le meurtre, le d&#233;sir c'est l'inceste, le d&#233;sir c'est le viol&#8230; Qu'est-ce que &#231;a veut dire l'id&#233;ologie du d&#233;sir ? Il n'y a aucune instance dans Lacan, ou alors c'est la Loi mais comme il est incapable de la penser dans un contexte social-historique, &#231;a peut &#234;tre n'importe quelle loi&#8230; Il y a une loi &#224; Auschwitz, il y a une loi au goulag, il y a une loi en Iran&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; mais Lacan parle quand m&#234;me de loi symbolique qui est constitu&#233;e par et dans le langage&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#231;a ne veut rien dire ! &#199;a ne veut rien dire ! Le langage permet de tout dire&#8230; Qu'est-ce que c'est la loi symbolique ? &#199;a veut dire quoi ? Le mot symbolique chez Lacan est un mot passe-partout qui vise &#224; cacher le fait qu'on parle de l'institution et de l'institu&#233; mais qu'&#224; cette institution et &#224; cet institu&#233; on veut donner une dimension pseudo-transcendantale, comme dirait Kant, en disant qu'elle est &#171; symbolique &#187;. Le symbolique c'est tout &#224; fait autre chose, le langage appartient au symbolique au sens que tout signe est symbole d'un r&#233;f&#233;rent ou qui a des symboles d'un autre ordre. Il faut en finir avec cette mystification du &#171; symbolique &#187;, il n'y a pas de symbolique comme domaine ind&#233;pendant, il y a un symbolique comme une esp&#232;ce de partie de l'imaginaire, si je peux dire, est fonction de l'imaginaire. Autrement il y a l'institution et il y a une question de validit&#233; de l'institution : cette question n'est pas &#171; symbolique &#187;, &#231;a ne veut rien dire. La question est : est-ce que l'institution est valide &lt;i&gt;de droit &lt;/i&gt; ? Elle est toujours valide &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt; &#8211; aussi longtemps qu'elle est sanctionn&#233;e elle est valide de fait : elle est valide de fait &#224; Auschwitz, elle est valide de fait en Iran aujourd'hui. Mais est-ce qu'elle est valide &lt;i&gt;de droit&lt;/i&gt; ? Or il n'y a rien, &lt;i&gt;strictement rien,&lt;/i&gt; dans la conception de Lacan qui permettent de distinguer entre la loi d'Auschwitz et la loi de l'ancienne Ath&#232;nes ou la loi actuellement, c'est-&#224;-dire en France ou aux &#201;tats-Unis &#8211; quelles que soient les critiques qu'on peut &#233;mettre sur ces derni&#232;res lois. D'o&#249; la fameuse phrase d'ailleurs de Lacan &#171; Le ma&#238;tre ne le c&#232;de en rien sur son d&#233;sir &#187;&#8230; alors bon c'est lui qui sait ce que c'est son d&#233;sir et si son d&#233;sir c'est, comme c'&#233;tait celui de Lacan, de transformer ses &#233;l&#232;ves en esclaves et bien il r&#233;alise son d&#233;sir. Alors moi je dis que &#231;a c'est &lt;i&gt;fondamentalement&lt;/i&gt; &lt;i&gt;contraire&lt;/i&gt; aux finalit&#233;s de la psychanalyse. Les finalit&#233;s de la psychanalyse ce n'est pas que le ma&#238;tre r&#233;alise son d&#233;sir ou que tout le monde r&#233;alise son d&#233;sir &#8211; parce que &#231;a ne veut rien dire encore une fois, surtout si on sait ce que &#231;a veut dire le d&#233;sir en psychanalyse, encore une fois &#231;a peut vouloir dire, et &#231;a dit toujours, des choses qui sont &lt;i&gt;incompatibles&lt;/i&gt; avec la vie r&#233;elle, la vie sociale et je ne parle pas de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, je parle de la soci&#233;t&#233; la plus id&#233;ale que vous pourriez concevoir. Si vous voulez, l&#224;, Lacan rejoint &#8211; alors qu'il aurait des rires sarcastiques &#224; l'&#233;gard de ces id&#233;ologies &#8211; les c&#244;t&#233;s les plus absurdes, les plus utopiques de l'id&#233;ologie du jeune Marx et des anarchistes. Tous pensaient &#224; une soci&#233;t&#233; o&#249; il y aurait pas de lois, o&#249; il y aurait pas d'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut quand m&#234;me dire, en v&#233;rit&#233;, que Lacan insiste aussi beaucoup sur la castration et, pour lui, &#234;tre fid&#232;le &#224; son d&#233;sir &#231;a signifie avoir &#224; assumer, en quelque sorte, aussi la castration ce qui signifie le renoncement &#224; r&#233;aliser, &#224; mettre en actes ses propres fantasmes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais non (&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;) parce que l'assomption de la castration chez Lacan est quelque chose de tr&#232;s ambigu. L'assomption de la castration c'est le renoncement du d&#233;sir &#224; la M&#232;re, vers la M&#232;re, mais c'est la condition de la r&#233;alisation du d&#233;sir. S'il y a n&#233;vrose, c'est parce que l'individu n'a pas r&#233;ussi &#224; assumer sa castration et si on assume sa castration, alors &#224; ce moment-l&#224; on lib&#232;re son d&#233;sir &#8211; sauf qu'il vise &#233;videmment plus la m&#232;re, mais il vise n'importe quelle autre femme, etc. C'est tr&#232;s ambigu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, moi, &#231;a ne m'int&#233;resse pas tellement de parler de Lacan : je consid&#232;re que c'est une affaire qui, th&#233;oriquement, est tout ce qu'il y a de plus bancal, de suspect et qui, historiquement, je crois, va &#234;tre termin&#233; assez rapidement. C'&#233;tait une de ces modes parisiennes qui apparaissent et qui durent cinq ans, 10 ans, 20 ans, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pour revenir sur l'histoire de la psychanalyse, le probl&#232;me pr&#233;cis&#233;ment de l'&#234;tre humain, c'est d'arriver &#224; un rapport avec son inconscient qui ne soit pas le pur et simple refoulement de l'inconscient ou la suppression de l'inconscient telle qu'elle est impos&#233;e par la loi sociale quelle qu'elle soit et notamment l'h&#233;t&#233;ronomie sociale. Et l&#224; nous avons encore un point de rencontre entre psychanalyse et politique, parce que dans quelle mesure je peux dire de la loi sociale qu'elle est aussi &lt;i&gt;ma&lt;/i&gt; loi et non pas une loi qui m'est impos&#233; de fa&#231;on h&#233;t&#233;ronome ? Je ne peux dire cela que dans la mesure o&#249; j'ai eu la possibilit&#233; &lt;i&gt;effective&lt;/i&gt; de participer &lt;i&gt;activement&lt;/i&gt; &#224; la formation de la loi. C'est dans ces conditions que je peux &#234;tre vraiment autonome &#233;tant donn&#233; que je suis oblig&#233; de vivre dans une soci&#233;t&#233; qui a des lois. Donc l&#224; nous avons un deuxi&#232;me point de rencontre entre le sens de l'autonomie en psychanalyse et le sens de l'autonomie en politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a souvent critiqu&#233; la pratique de Freud, la pratique analytique comme fond&#233;e essentiellement sur une sorte de contrat priv&#233;. Surtout dans les ann&#233;es 60-70, on a critiqu&#233; souvent cet &#233;thique psychanalytique en tant qu'elle pr&#233;suppose une sorte de contrat priv&#233; et on a propos&#233; &#224; l'encontre une sorte de traitement social des probl&#232;mes des gens par l'institution psychiatrique. Que pensez-vous de cette critique gauchiste - marxiste de l'&#233;thique de la psychanalyse en tant que telle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, c'est une exag&#233;ration gauchiste, dans le mauvais sens du terme, qui est venue dans les ann&#233;es 60 et 70 qui, bien s&#251;r, trouve une prise sur une s&#233;rie d'aspects de la psychanalyse institu&#233;e, de la psychanalyse officielle, mais je ne pense pas qu'il puisse y avoir de processus psychanalytique qui n'ait pas lieu comme processus entre deux personnes, un analysant et un analyste. Parce que je ne pense pas qu'il puisse y avoir un transfert et l'&#233;laboration du transfert en dehors de ce rapport entre le patient, l'analysant, et le psychanalyste. Alors il y a bien entendu un point qui est tr&#232;s difficile &#224; r&#233;soudre l&#224;-dedans, et &#231;a je l'admets mais personne n'a donn&#233; de solution, c'est &#233;videmment l'aspect financier. C'est-&#224;-dire que, &#233;tant donn&#233; que les psychanalystes doivent vivre tout simplement vivre d'un c&#244;t&#233;, &#233;tant donn&#233; d'un autre c&#244;t&#233; que l'exp&#233;rience montre quand m&#234;me que pour l'analysant lui-m&#234;me une psychanalyse gratuite soit n'est pas tol&#233;rable psychiquement &#8211; parce que la dette qu'ils contractent &#224; l'&#233;gard de cette personne qui lui donne son temps est &#233;norme &#8211;, soit tout simplement elle est inefficace &#8211; parce que l'on peut se mettre &#224; bavarder de tout et de n'importe quoi ; parce que parce que le temps de la s&#233;ance au sens le plus litt&#233;ral du terme &lt;i&gt;ne lui co&#251;te rien,&lt;/i&gt; il est l&#224;, il est couch&#233; sur un divan, il bavarde, il a derri&#232;re lui un individu qui, en principe, fait preuve &#224; son &#233;gard dans la fameuse neutralit&#233; bienveillante ou d'une sympathie, d'une bienveillance, etc. Il y a quand m&#234;me un probl&#232;me l&#224;, &#233;tant donn&#233; le fait que l'&#233;norme in&#233;galit&#233; de la distribution des revenus dans la soci&#233;t&#233; actuelle fait que la plupart des gens qui auraient besoin d'une psychanalyse ne peuvent pas l'avoir ou ne peuvent l'avoir que si elle est rembours&#233;e par la s&#233;curit&#233; sociale, ce qui nous reconduit &#224; une partie des probl&#232;mes que nous venons d'&#233;voquer. Mais &#231;a, &#224; mon avis, ne peut &#234;tre r&#233;solu que, effectivement, dans le cadre d'une transformation sociale g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles seraient vos propositions pratiques pour affronter une critique classique qu'on fait aux analystes, c'est-&#224;-dire qu'ils soignent des gens riches, ais&#233;s et un principe tr&#232;s peu malades par rapport &#224; la moyenne de la population.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non &#231;a ce n'est pas vrai, si on excepte la psychose, ce n'est pas vrai. Moi je veux bien parler de mon exp&#233;rience personnelle de psychanalyste sur plusieurs dizaines de patients que j'ai eu jusqu'ici, il n'y a pratiquement jamais eu de gens riches, &#231;a n'a jamais &#233;t&#233; un luxe pour ces personnes et certaines personnes ont fait des sacrifices &#233;normes pour pouvoir faire une analyse. Moi-m&#234;me j'adapte mes prix aux possibilit&#233;s des patients, ce n'est pas un probl&#232;me &#224; discuter ici maintenant et &#231;a n'a pas grand int&#233;r&#234;t, de toute fa&#231;on &#231;a ne suffit pas pour r&#233;soudre la question, parce qu'il y a des gens qu'ils ne peuvent rien payer, &#231;a c'est s&#251;r. Il n'y a pratiquement personne qui est venu chez moi pour faire une analyse parce que &#231;a fait bien dans un d&#238;ner mondain de dire &#171; je suis en train de faire une analyse &#187;, &#231;a ce n'est pas vrai. C'est peut-&#234;tre vrai dans d'autres milieux, enfin, moi je ne connais pas cette exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je voudrais revenir quand m&#234;me au point de vue th&#233;orique, &#224; cette constatation d'abord que nous ne pouvons pas en rester &#224; la th&#233;orie freudienne strictement telle qu'elle &#233;tait formul&#233;e au d&#233;part. Freud et un g&#233;nie incomparable, un grand d&#233;couvreur, nous lui devons l'id&#233;e de l'inconscient et un tas d'autres id&#233;e sur la sexualit&#233;, infantile sur le complexe d'&#338;dipe, etc. Mais il y a d'abord un point aveugle dans Freud et c'est pr&#233;cis&#233;ment le point de l'imagination Il y a un paradoxe &#233;norme dans l'&#339;uvre de Freud, c'est que en fait tout ce que Freud raconte, ce sont des formations imaginaires, ce sont des formations de l'imagination radicale du sujet : les fantasmes, etc. Or, on va pas refaire l'histoire de la chose, mais Freud, &#233;lev&#233; dans l'esprit positiviste du XIXe si&#232;cle, &#233;l&#232;ve de Breuer et des autres &#224; Vienne, ne le voit pas et ne veut pas le voir, c'est pour &#231;a que au d&#233;part et pendant tr&#232;s longtemps, il croit &#224; la r&#233;alit&#233; des sc&#232;nes de s&#233;duction infantile que lui racontent ses patientes hyst&#233;riques. Il croit que &#231;a s'est pass&#233; comme &#231;a, que si les sujets sont malades c'est parce ce qu'il leur est arriv&#233; effectivement quelque chose qui les a traumatis&#233;s, etc. Ce sont les patients qui ont raison au sens, non pas qu'ils ont raison en g&#233;n&#233;ral, que quand ils disent que leur p&#232;re, leur m&#232;re, leur nurse, leur tante, leur oncle, tel voisin les a s&#233;duits quand ils &#233;taient enfants, ils ont toujours et n&#233;cessairement raison. Alors, m&#234;me s'ils ont raison, ce n'est pas le probl&#232;me parce que la r&#233;ponse fondamentale &#224; cela c'est que pour n'importe quel &#233;v&#233;nement traumatique, l'&#233;v&#233;nement est r&#233;el &lt;i&gt;en tant qu'&#233;v&#233;nement&lt;/i&gt;, il est imaginaire en tant que traumatique. C'est-&#224;-dire qu'il n'y a pas de traumatisme si l'imagination du sujet n'accorde pas une certaine &lt;i&gt;signification&lt;/i&gt; &#224; ce qui se passe et cette signification &#224; ce qui se passe, ce n'est pas la signification de la &lt;i&gt;political correcness&lt;/i&gt;, c'est une signification qui rel&#232;ve de la fantasmatique du sujet, de son imagination radicale, c'est &lt;i&gt;&#231;a&lt;/i&gt; qui est fondamental. Or &#231;a Freud ne veut pas le voir. Maintenant aux &#201;tats-Unis on essaye de revenir en arri&#232;re&#8230; Mais c'est tr&#232;s &#233;mouvant et tr&#232;s dr&#244;le &#224; la fois de voir tout au long de l'analyse de la fameuse analyse de &#171; l'homme aux loups &#187; o&#249; Freud, pendant tr&#232;s tr&#232;s longtemps, croit &#224; la r&#233;alit&#233; de la sc&#232;ne primitive que lui a racont&#233; &#171; l'homme aux loups &#187;, c'est-&#224;-dire au fait qu'il a observ&#233; ses parents en train de faire l'amour par-derri&#232;re, de faire un &lt;i&gt;coitus &lt;/i&gt;&lt;i&gt;a tergo &lt;/i&gt;&lt;i&gt;more ferarum &#8211; &lt;/i&gt;et ce n'est qu'&#224; la fin de l'analyse, il y a une note en bas de page du livre qui dit que, peut-&#234;tre, finalement, cette sc&#232;ne primitive n'&#233;tait qu'un fantasme du patient mais la question a tr&#232;s peu d'importance &#8211; ce qui est tr&#232;s dr&#244;le ! Il ne voit pas le r&#244;le de l'imagination dans ce qu'il appelle &lt;i&gt;fantasm&lt;/i&gt;&lt;i&gt;atisation&lt;/i&gt;, il l'appelle tout le temps fantasmatisation. Il essaye des origines phylog&#233;n&#233;tiques &#224; ces fantasmes, ce qui est une absurdit&#233;, c'est-&#224;-dire qu'il essaie de trouver dans le mythe initial de &lt;i&gt;Totem et&lt;/i&gt;&lt;i&gt; tabou&lt;/i&gt; l'origine des premiers fantasmes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut dire quelques mots sur &lt;i&gt;T&lt;/i&gt;&lt;i&gt;otem et tabou,&lt;/i&gt; parce qu'il se pourrait que notre public ne le connaisse pas. Pouvez-vous nous l'expliquer en peu de mots ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que tout le monde aujourd'hui conna&#238;t le mythe qu'a fabriqu&#233; Freud pour expliquer l'origine l'origine de la soci&#233;t&#233;. Ce mythe, et toute la recherche de Freud, est tr&#232;s &#233;trange de ce point de vue. Freud se pose le probl&#232;me de l'origine de la soci&#233;t&#233; comme uniquement un probl&#232;me n&#233;gatif, c'est-&#224;-dire le probl&#232;me de l'origine des deux interdictions majeure ; l'interdit de l'inceste et l'interdit du meurtre &lt;i&gt;intra-&lt;/i&gt;&lt;i&gt;tribal&lt;/i&gt; &#8211; pas du meurtre en g&#233;n&#233;ral, parce que nulle part le meurtre n'est interdit en g&#233;n&#233;ral : si vous tuez les ennemis de l'Italie ou de la France vous avez raison, vous faites bien et on vous donne une d&#233;coration, mais il faut pas tuer &#224; l'int&#233;rieur, vous pouvez tuer &#224; l'int&#233;rieur si vous &#234;tes bourreau, par exemple, ou si vous &#234;tes un policier en exercice, l&#224; vous avez le droit de tuer&#8230; Bon mais enfin Freud ne voit pas que le probl&#232;me de l'origine de la soci&#233;t&#233; ce n'est pas le probl&#232;me de la cr&#233;ation des deux interdit seulement, c'est le probl&#232;me de cr&#233;ation d'institutions positives, la cr&#233;ation du langage, la cr&#233;ation de normes de conduite, la cr&#233;ation de religion, de signification, etc. Et puis cette cr&#233;ation des deux interdits majeurs &#8211; inceste et meurtre un tract-clanique ou intra-tribal &#8211; il les voit &#224; travers cette fameuse histoire de la horde primitive de o&#249; il y avait un p&#232;re qui avait toutes les femmes et qui ch&#226;trait ou chassait les fils pour continuer &#224; r&#233;gner sur ce harem, jusqu'au jour o&#249; les fr&#232;res ont d&#233;couvert qu'ils pouvaient se coaliser, &#233;liminer le p&#232;re, le tuer et se partager les femmes de la tribu. Bon, apr&#232;s &#233;ventuellement [il y a] des luttes entre les fr&#232;res, qui finalement ont conclu un pacte comme quoi personne n'essaierait de prendre la femme de l'autre et personne ne tuerait l'autre et ce pacte valait entre les membres du clan et pour comm&#233;morer en m&#234;me temps le meurtre du p&#232;re et expier la culpabilit&#233; qu'ils ressentaient par rapport &#224; ce meurtre ils auraient &#233;rig&#233; ce P&#232;re en animal tot&#233;mique, c'est devenu le &lt;i&gt;totem&lt;/i&gt; de la tribu et ils faisaient chaque ann&#233;e un repas sacrificiel o&#249; ils sacrifiaient cet animal et le mangeaient ce qui r&#233;p&#233;tait symboliquement &#8211; pr&#233;cis&#233;ment, l&#224;, mais au vrai sens du terme &#8211; la mort, le meurtre initial du P&#232;re, l'absorption de la puissance du P&#232;re par l'acte cannibalesque et en m&#234;me temps lui rendaient hommage, par cette f&#234;te, au P&#232;re. Bon tout cela, du point de vue ethnologique, ne tient pas debout, c'est une construction mythique. Mais c'est une construction mythique qui est tr&#232;s int&#233;ressante, tr&#232;s significative &#8211; on ne peut pas entrer l&#224;-dedans &#8211; pas seulement significative pour la fa&#231;on dont Freud fonctionnait, dont la pens&#233;e de son &#233;poque fonctionnait, mais m&#234;me significative du point de vue psychanalytique parce qu'effectivement il y a un complexe d'&#338;dipe, il y a une tendance au meurtre du P&#232;re, il y a tendance &#224; l'&#233;limination des fr&#232;res rivaux, etc., mais tout cela on le savait d&#233;j&#224; par la psychanalyse, on n'avait pas besoin du mythe de &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt;. Mais l'essentiel c'est que, encore une fois, ce mythe ne tient pas et postule ce qu'il doit expliquer : par exemple la capacit&#233; de socialisation des fr&#232;res le jour o&#249; ils se coalisent pour tuer le p&#232;re. &#199;a ce n'est pas un acte biologique, c'est d&#233;j&#224; un acte social, c'est un acte qui pr&#233;suppose le langage, donc on est parti pour expliquer l'origine de la soci&#233;t&#233; mais pour expliquer cette origine, on pr&#233;suppose que la soci&#233;t&#233; est d&#233;j&#224; l&#224;, que les fr&#232;res peuvent parler entre eux et faire une conspiration, tenir un secret, etc. On n'a jamais vu des animaux parler entre eux, faire une conspiration, ni des singes sup&#233;rieurs. Donc l'origine de la soci&#233;t&#233; est d&#233;j&#224; pr&#233;suppos&#233;e dans ce qui doit expliquer cette origine. Mais la premi&#232;re chose tr&#232;s importante pour Freud, pour la critique, pour essayer d'aller au-del&#224;, c'est cette m&#233;connaissance totale du r&#244;le de l'imagination radicale, donc cette m&#233;connaissance du r&#244;le de la fantasmatisation, et de l'autre c&#244;t&#233; c'est quand m&#234;me ce qui reste chez Freud de r&#233;ductionnisme, de d&#233;terminisme, c'est-&#224;-dire la tendance d'essayer de trouver toujours, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il m&#233;conna&#238;t l'imagination radicale et le r&#244;le &lt;i&gt;cr&#233;ateur&lt;/i&gt; de l'imagination radicale, d'essayer de trouver toujours l'encha&#238;nement des causes dans la vie psychique du sujet qui a fait que tel sujet pr&#233;sente tel sympt&#244;me, ou a tel n&#233;vrose ou a &#233;volu&#233; de cette fa&#231;on-l&#224;. Et &#231;a, &#231;a va m&#234;me &#224; l'extr&#234;me dans les histoires comme &lt;i&gt;S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ouvenirs d'enfance de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;onard de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;V&lt;/i&gt;&lt;i&gt;inci&lt;/i&gt; ou il essaie d'expliquer un tableau de L&#233;onard et puis sa vie cr&#233;atrice &#224; partir d'un incident de son enfance qui est tout &#224; fait suppos&#233; &#8211; mythique l&#224; aussi. Mais m&#234;me si tout &#231;a tenait debout &#231;a n'explique &lt;i&gt;rien,&lt;/i&gt; strictement &lt;i&gt;rien, &lt;/i&gt;ni sur la peinture de L&#233;onard, ni pourquoi cette peinture est grande, ni pourquoi nous avons du plaisir &#224; la regarder. Alors de m&#234;me quand il s'agit d'expliquer l'&#233;volution d'un individu, d'un sujet singulier, et montrer pourquoi il a telle n&#233;vrose et pas telle autre, Freud finalement arrive &#224; avouer lui-m&#234;me qu'on ne peut pas savoir et il appelle &#231;a &#171; le choix de la n&#233;vrose &#187;, il y a un &lt;i&gt;choix&lt;/i&gt; de la n&#233;vrose, untel a &lt;i&gt;choisi&lt;/i&gt;, il a &lt;i&gt;choisi&lt;/i&gt; &#8211; il ne l'a pas choisi : &lt;i&gt;il se fait que,&lt;/i&gt; &#224; partir d&#233;j&#224; de 2 ans, de 3 ans, il a pris la voie obsessionnelle plut&#244;t que la voie hyst&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais ce terme de &#171; choix de la n&#233;vrose &#187; que Freud emploie, n'est-il pas en contradiction avec ce que vous supposez comme son d&#233;terminisme ? Parce qu'&#233;videmment, parler des choix c'est d&#233;j&#224; nuancer ces d&#233;terminismes et donc admettre que, dans la vie mentale, il n'y a pas de simples rapports des causes &#224; effet.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que je dis. Freud essaye de trouver toujours un rapport de cause &#224; effet, essaye de dire, par exemple, dans l'analyse de &#171; l'homme aux rats &#187; ou de &#171; l'homme aux loups &#187;, ce sympt&#244;me est l&#224; parce que telle chose s'est pass&#233; &#224; tel moment. Premi&#232;rement, il ne voit pas que la chose qui s'est pass&#233;e un tel moment n'a jou&#233; ce r&#244;le que parce que le patient &lt;i&gt;lui a attribu&#233;&lt;/i&gt; telle signification fantasmatiquement ; mais deuxi&#232;mement m&#234;me comme &#231;a il n'arrive pas &#224; expliquer ce qui s'est pass&#233; et donc il est r&#233;duit &#224; la fin &#224; dire : bon il y a un choix de la n&#233;vrose, qui &lt;i&gt;lui&lt;/i&gt;, on ne peut pas expliquer. C'est pour &#231;a aussi qu'il parle si souvent de facteurs constitutionnels, mais les facteurs constitutionnels c'est comme dans la vieille m&#233;decine si vous voulez : l'h&#233;r&#233;dit&#233; ou les vertus dormitive de l'opium comme on dit dans Moli&#232;re o&#249; un malade demande pourquoi l'opium fait dormir et le pseudo-m&#233;decin lui r&#233;pond parce que l'opium a des vertus dormitive. Ce n'est pas une r&#233;ponse de dire qu'il y a les facteurs constitutionnels. L&#224; encore, il faut &#234;tre juste, parce que Freud est quand m&#234;me un grand homme, quand il parle de facteurs constitutionnels il n'a pas tout &#224; fait tort parce que nous voyons, par exemple, chez les b&#233;b&#233;s ce qu'on appelle la &#171; tol&#233;rance &#224; la frustration &#187; : elle est tr&#232;s diff&#233;rente d&#232;s les premiers jours. Il y a des b&#233;b&#233;s qui, quand ils naissent, vous leur donnez le sein ou le biberon, ils boivent le lait et restent tranquilles pendant six heures jusqu'au moment o&#249; ils auront &#224; nouveau faim et il y en a d'autres qui, tr&#232;s rapidement, commencent &#224; vouloir, &#224; pleurer, &#224; hurler, &#224; demander le sein ou le biberon ou n'acceptent pas que leur m&#232;re s'&#233;loigne &#8211; et d'autres qui s'endorment dans la b&#233;atitude et l'acceptent. Pourquoi ? D&#232;s le d&#233;part&#8230; Alors, constitutionnel, je ne sais pas ce que &#231;a veut dire &#8211; en tout cas c'est inn&#233;. Mais &#231;a nous montre aussi que la tentative, du moins, du d&#233;terminisme psychanalytique, s'arr&#234;te, &#233;choue. Et il dit la m&#234;me chose dans les textes de 1926 - 1930 sur l'homosexualit&#233; f&#233;minine lorsqu'il explique qu'une fille au moment de l'adolescence, elle la trois voies qu'elle peut suivre : elle peut devenir ceci, elle peut devenir cela, elle peut devenir cela, bref&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont ces trois voies ?&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle peut devenir une femme qui aimera les hommes et qui voudra faire des enfants ou elle peut devenir une vieille fille dess&#233;ch&#233;e qui d&#233;teste le sexe et tout ce qui se rapporte &#224; cela ou elle peut devenir une femme-gar&#231;on qui tendra, m&#234;me si elle ne passe pas &#224; l'acte, du c&#244;t&#233; homosexuel. Mais pourquoi une fille choisit-elle telle voie ou telle autre ? On pourra montrer des facteurs qui ont aid&#233; &#224; tel choix ou &#224; telle inclinaison, mais on ne pourra jamais &lt;i&gt;d&#233;termin&lt;/i&gt;&lt;i&gt;er&lt;/i&gt; vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais, enfin, l'analyste agit sur les causes ou sur quelque chose d'autre pour soigner&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors &#231;a c'est la question la plus importante et la plus difficile. La psychanalyse essaie de transformer la fa&#231;on dont le patient voit son monde fantasmatique &#8211; d'abord, elle essaye de lui &lt;i&gt;faire voir&lt;/i&gt; son monde fantasmatique, c'est-&#224;-dire essaye de lui faire comprendre que la fa&#231;on dont il voit le monde c'est une fa&#231;on qui, pour une bonne partie, pas pour la totalit&#233; mais pour une bonne partie d&#233;pend de ses propres constructions psychiques, de ses propres fantasmatisations, etc. Et deuxi&#232;mement elle essaie de l'amener &#8211; comment dire ? &#8211; &#224; un rapport ad&#233;quat avec ses constructions fantasmatiques. Il y en a qui doivent tomber : si vous avez &#224; traiter, par exemple, quelqu'un qui est, disons, du c&#244;t&#233; parano&#239;aque, il y a d'abord &#224; lui faire comprendre, pas par la persuasion logique, mais par le travail analytique, &#224; le faire arriver &#224; la conclusion qu'il n'est pas vrai que tout le monde veut le pers&#233;cuter mais que, pour l'essentiel, cette de vue qu'il a, c'est sa propre fantasmatisation et, que tout au plus, on peut dire que les fois o&#249; il tombe sur des gens qui veulent vraiment le pers&#233;cuter, c'est que pour une bonne partie il les choisit, il choisit la femme qui le pers&#233;cute&#8230; Vous pouvez d&#233;j&#224; faire cela. Je prends un exemple extr&#234;me, et sp&#233;cial, parce qu'il ne faut pas que le patient soit tout &#224; fait d&#233;lirant parce que, l&#224;, il n'y a presque rien &#224; faire, il faut prendre quelqu'un qui est &lt;i&gt;borderline&lt;/i&gt;, si vous voulez, mais c'est plus fort que ce que si vous prenez un n&#233;vrotique. L&#224; il s'agit de l'amener &#224; se d&#233;barrasser finalement de ce mode de fantasmatisation. Dans d'autres cas il s'agit de l'amener &#224; cohabiter, d'une fa&#231;on plus ou moins pacifique, avec son monde fantasmatique, &#224; entrer en rapport raisonnable avec son monde fantasmatisation et avec ses nouvelles productions fantasmatiques et &#231;a c'est le travail essentiel. La fa&#231;on dont &#231;a se fait est une autre histoire, dans laquelle nous ne pouvons pas entrer parce que c'est aussi un des myst&#232;res de l'analyse &#8211; Freud n'a jamais pu expliquer pourquoi une interpr&#233;tation vraie &lt;i&gt;a un effet&lt;/i&gt; et moi-m&#234;me je ne peux pas l'expliquer. C'est un myst&#232;re. Pourquoi une interpr&#233;tation vraie a un effet et pourquoi, d'autres fois, une interpr&#233;tation vraie n'a pas d'effet ? Alors un analyste pur et dur vous dirait qu'une interpr&#233;tation qui n'a pas un effet, fait &#231;a veut dire qu'elle n'est pas vraie. Ce n'est pas exact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos des effets de l'analyse, vous savez certainement qu'&#224; pr&#233;sent il y a une grande attaque de certains &#233;pist&#233;mologues contre la validit&#233; de la psychanalyse. Je pense notamment &#224; Gr&#252;nbaum il dit qu'on peut expliquer les effets de la psychanalyse tout simplement par l'effet placebo. Qu'est-ce que vous pensez de ces critiques &#233;pist&#233;mologiques, qui &#233;voquent les effets de l'analyse qu'on pas trop diff&#233;rent des effets qu'une cure magique peut y avoir sur un individu &#8211; parce qu'&#233;videmment m&#234;me un magicien peut changer des choses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pourquoi il peut ? Pourquoi M. Gr&#252;nbaum et M. Popper n'ont aucune explication de &#231;a ? Et M. Levi-Strauss non plus ? Quand il dit que les psychanalystes sont les chamans de l'&#233;poque moderne et que les chamans sont des psychanalystes des soci&#233;t&#233;s archa&#239;ques. Pourquoi on fait des exp&#233;riences en double aveugle ? Et pourquoi il y a un effet placebo ? Parce qu'il y a une suggestion. Pourquoi il y a une suggestion ? La psychanalyse r&#233;pond &#224; &#231;a : toute suggestion est r&#233;sultat d'un transfert. Le malade &#224; qui le m&#233;decin donne une substance a des grandes chances de croire fortement que cette substance lui fera du bien et c'est pour &#231;a qu'il y a un effet placebo. Pour &#231;a et parce que cette croyance peut avoir des effets moyennant des circuits psychiques &#8211; c'est pour &#231;a que maintenant on fait des exp&#233;riences en double aveugle. Dire que le fait que quelqu'un vient voir le psychanalyste trois fois par semaine et que &#231;a lui fait du bien par effet placebo, c'est &lt;i&gt;ne rien dire&lt;/i&gt;. Pourquoi il y a un effet placebo ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites justement que certains analystes, aussi bien que certains &#233;pist&#233;mologues, admettent qu'il y a de la suggestion dans la cure. Je pense qu'un analyste ne serait pas content d'admettre que les effets th&#233;rapeutiques qu'il produit soient de la suggestion. Il cherchera &#224; distinguer les effets de l'analyse&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; mais non !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; de ceux purement suggestifs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse peut expliquer la suggestion &#8211; la suggestion n'explique pas la psychanalyse. Et pourquoi elle n'explique pas la psychanalyse ? Parce que la psychanalyse, pour l'essentiel, n'est pas exclusivement, mais pour l'essentiel, c'est le travail du patient lui-m&#234;me, c'est le travail de l'analysant. Ces gens-l&#224; &#8211; peut-&#234;tre parce qu'ils vivent en Am&#233;rique le plus souvent &#8211; on en t&#234;te un psychanalyste qui dit au patient : &#171; si vous pensez cela c'est parce que votre m&#232;re a fait ceci &#187;. Alors &#231;a c'est une &#226;nerie, aucun psychanalyste digne de ce nom ne dit quelque chose de pareil. Alors maintenant on a des formes plus sophistiqu&#233;es : on dit que le patient qui sait ce que pense l'analyste essaye de lui dire ce qu'il sait que l'analyste penserait, etc. Mais je crois que si on a la pratique de l'analyse, rien de tout cela ne tient. Mais pour moi &#8211; bon, &#231;a, c'est pas un argument, c'est pas un argument d'autorit&#233; mais enfin&#8230; j'ai une exp&#233;rience que Gr&#252;nbaum n'a pas. Si on veut me croire, on me croit, si on ne veut pas on ne me croit pas, mais enfin on voit comment change un patient au cours d'un traitement, on voit qu'il r&#233;siste, pourquoi il y a des r&#233;sistances qui &#224; partir d'un certain moment, tombe. Comment monsieur Grunbaum explique cela ? Pourquoi un patient, pendant deux ans, n'avance pas et puis, tout d'un coup, quelque chose se casse et il passe un autre stade ? L'autre chose je voulais dire et je crois qu'on va terminer l&#224;-dessus, c'est que toutes ces critiques, &#224; partir de Popper, compare la psychanalyse avec une id&#233;e de la science qui est &lt;i&gt;exclusivement&lt;/i&gt; l'id&#233;e des sciences positives. Mais si quelqu'un n'a jamais pr&#233;tendu que la psychanalyse est une chose positive, ce quelqu'un est un con &#8211; et donc Popper se bat contre ce con. Et avec le m&#234;me raisonnement de Popper, on pourrait dire qu'il n'y a pas d'histoire parce qu'il n'y a pas de falsificabilit&#233; dans l'histoire. Il n'y a de falsificabilit&#233; dans l'histoire uniquement pour ce qui est des faits mat&#233;riels : si quelqu'un dit &#171; il n'y a pas de Parth&#233;non &#224; Ath&#232;nes &#187; il y a falsificabilit&#233; de cette chose parce qu'on peut l'amener &#224; Ath&#232;nes lui montrer le Parth&#233;non. Mais si quelqu'un dit, comme le disent les bouquins, que chez les Grecs anciens un &#233;l&#233;ment tr&#232;s important &#233;tait l'&#233;l&#233;ment &lt;i&gt;agonistique&lt;/i&gt; &#8211; c'est-&#224;-dire la comp&#233;tition et la lutte de l'un contre l'autre &#8211; &#231;a c'est une interpr&#233;tation : elle est pas r&#233;futable au sens de Popper. Vous voyez ce que je veux dire ? Donc Popper, avec son pr&#233;tendu crit&#232;re, dit : &#171; Il y a les sciences, qui sont les sciences positives, o&#249; il y a l'exp&#233;rience, la mesure, etc. et tout le reste c'est de la litt&#233;rature &#187;. Moi je veux bien, mais cette litt&#233;rature est plus importante, peut-&#234;tre, que les sciences positives parce que l'histoire la soci&#233;t&#233; la psych&#233; humaine, notre vie sont aussi importantes, au moins, que les mol&#233;cules, les atomes, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>La fin de la chr&#233;tient&#233; et l'inversion ontologique</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1181-La-fin-de-la-chretiente</link>
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		<dc:date>2024-09-17T12:36:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>Post-modernisme</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Pseudo-subversion</dc:subject>
		<dc:subject>Delsol Ch.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait du chapitre &#171; l'inversion ontologique &#187; du livre de Chantal Delsol &#171; La fin de la chr&#233;tient&#233; &#187;, &#233;ditions du Cerf, pp. 90-108. (...) Croire ou faire croire que si le christianisme s'effondre, tout s'effondre avec lui : c'est une &#226;nerie. Certains courants catholiques radicaux font usage de ce type d'argument, qui ne peut que les affaiblir encore. Cessons de nous croire seuls au monde &#224; pouvoir donner du sens au monde. Le r&#232;gne chr&#233;tien est d&#233;j&#224; remplac&#233; &#8212; ni par le n&#233;ant ni par (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-113-ecologisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cologisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-88-primitivisme-+" rel="tag"&gt;Primitivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-116-pseudo-subversion-+" rel="tag"&gt;Pseudo-subversion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-280-Delsol-Ch-+" rel="tag"&gt;Delsol Ch.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait du chapitre &#171; l'inversion ontologique &#187; du livre de Chantal Delsol &#171; La fin de la chr&#233;tient&#233; &#187;, &#233;ditions du Cerf, pp. 90-108.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Croire ou faire croire que si le christianisme
s'effondre, tout s'effondre avec lui : c'est une &#226;nerie. Certains courants catholiques radicaux font
usage de ce type d'argument, qui ne peut que les
affaiblir encore. Cessons de nous croire seuls au
monde &#224; pouvoir donner du sens au monde. Le
r&#232;gne chr&#233;tien est d&#233;j&#224; remplac&#233; &#8212; ni par le n&#233;ant
ni par la temp&#234;te, mais par des formes historiques
bien connues, plus primitives et plus rustiques.
Derri&#232;re la chr&#233;tient&#233; effondr&#233;e ne vient pas le
r&#232;gne du crime, le nihilisme, le mat&#233;rialisme
extr&#234;me : mais plut&#244;t des morales sto&#239;ciennes, le
paganisme, des spiritualit&#233;s de type asiatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour du panth&#233;isme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'apr&#232;s la saison r&#233;volutionnaire leur
religion imm&#233;moriale s'enfuit et se d&#233;robe, alors
que leur foi vacille, les Europ&#233;ens ne se satisfont
pas du culte de l'&#202;tre Supr&#234;me. Ils ne deviennent
pas non plus ath&#233;es, solution bien improbable
et r&#233;serv&#233;e &#224; quelques esprits forts. On n'emp&#234;chera pas les humains de chercher &#224; donner un
sens &#224; leur vie et &#224; leur mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;saffection du monoth&#233;isme jud&#233;o-chr&#233;tien entra&#238;ne de nouvelles app&#233;tences pour
les religions orientales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur de la &#171; Querelle du panth&#233;isme &#187;,
au d&#233;but du xix&#176; si&#232;cle, traduit d&#233;j&#224; les interrogations douloureuses qui se pos&#232;rent &#224; propos
de l'abandon par les Lumi&#232;res de la religion
traditionnelle. Allait-on tomber dans le nihilisme ? C'est dans la fameuse lettre &#224; Fichte que
Jacobi emploie ce terme pour la premi&#232;re fois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;JACOBI, Lettre sur le nihilisme, Paris, Flammarion, 2009.&#034; id=&#034;nh29-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
Jacobi tire les cons&#233;quences du rationalisme des
Lumi&#232;res et montre (d&#233;montre ?) qu'il aboutit &#224;
l'ath&#233;isme, c'est-&#224;-dire au panth&#233;isme. Spinoza
repr&#233;sente alors &#224; la fois le bouc &#233;missaire et une
sorte de mascotte. Il est en tout cas la pr&#233;misse
de ce qui nous advient aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le rationalisme des Lumi&#232;res est dangereux
et ass&#232;che tout, comme le dit Jacobi, ce n'est pas
exactement parce qu'il s'&#233;carte de tout esprit
religieux, de ce &#171; salto mortale &#187; ou saut dans
l'inconnu qui fait la beaut&#233; du choix de Dieu.
Non : si le rationalisme des Lumi&#232;res est dangereux, c'est qu'il r&#233;cuse en m&#234;me temps la foi
religieuse et les traditions et pr&#233;jug&#233;s anciens sur
lesquels une soci&#233;t&#233; se fonde. Bien des peuples
n'ont pas besoin de Dieu pour vivre, prosp&#233;rer et
bien faire. Leurs m&#339;urs, leur &#233;thique s'adossent
&#224; des coutumes, &#224; des traditions, m&#234;me &#224; des
pr&#233;jug&#233;s qui portent leurs convictions morales.
Le rationalisme des Lumi&#232;res efface tout simultan&#233;ment, les traditions et la foi. Il ne laisse
qu'un terrain sec et vierge, o&#249; l'herbe ne
repousse plus. Ainsi vont se d&#233;velopper les courants romantiques, notamment allemands, pr&#234;ts
&#224; retrouver les r&#233;cits et les mythes puisque la foi
s'en est all&#233;e. C'est par refus de la rationalit&#233;
des Lumi&#232;res que l'Allemagne postr&#233;volutionnaire est attir&#233;e par les pens&#233;es asiatiques. Heine
&#233;crit &#171; le panth&#233;isme est la religion cach&#233;e de
l'Allemagne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le panth&#233;isme asiatique fascine au XIXe si&#232;cle
les esprits fatigu&#233;s par la raison s&#232;che, et
Schopenhauer se disait persuad&#233; que la sagesse
indienne &#233;tait l'avenir de l'Europe :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nos religions ne prennent ni ne prendront racine
dans l'Inde ; la sagesse primitive de la race humaine
ne se laissera pas d&#233;tourner de son cours pour une
aventure arriv&#233;e en Galil&#233;e. Non, mais la sagesse
indienne refluera encore sur l'Europe, et transformera
de fond en comble notre savoir et notre pens&#233;e. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. SCHOPENHAUER, Le monde comme volont&#233; et repr&#233;sentation, IV, 63.&#034; id=&#034;nh29-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque contemporaine et depuis le
XXe si&#232;cle, l'influence des pens&#233;es asiatiques est
d&#233;cisive chez les Occidentaux. On se souvient
que L&#233;vi-Strauss, &#224; propos du respect bouddhiste pour tous les &#234;tres vivants, en appelait &#224;
l'exemple : &#171; &#192; cet &#233;gard, l'Extr&#234;me-Orient
bouddhiste reste d&#233;positaire de pr&#233;ceptes dont on
souhaiterait que l'humanit&#233; dans son ensemble
continue ou apprenne &#224; s'inspirer. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. L&#201;VY-STRAUSS, conf&#233;rence &#171; Race et culture &#187;, 1971, version &#233;lectronique.&#034; id=&#034;nh29-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Philippe
Descola, au d&#233;but de Nature et Culture, appelle
&#224; sortir du dualisme et &#224; &#171; mettre en chantier
une anthropologie moniste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ph. DESCOLA, Par de-l&#224; nature et culture, Paris, Gallimard, 2005, p. 14.&#034; id=&#034;nh29-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les exemples
convergents sont innombrables. Tout indique
une emprise de l'Asie sur le Vieux Continent,
o&#249; se cr&#233;ent des centres bouddhistes. Certes, la
d&#233;saffection du catholicisme, apr&#232;s presque deux
mill&#233;naires de r&#232;gne, provoque une vacance
insupportable qui cherche &#224; &#234;tre combl&#233;e par
de nouvelles croyances &#8212; c'est humain. Mais
plus encore : les offres religieuses asiatiques
correspondent aux aspirations contemporaines.
Elles ne sont pas attach&#233;es &#224; la notion de v&#233;rit&#233;,
d'o&#249; leur syncr&#233;tisme qui appara&#238;t faussement
aux Occidentaux comme de la tol&#233;rance. Elles
attachent une valeur essentielle &#224; la nature et &#224;
tous les vivants, ce qui est une condition d'adh&#233;sion pour l'&#233;cologie incontournable. Elles ne
brandissent aucun dieu, aucun dogme, aucune
obligation. Le fid&#232;le entre l&#224; pour prendre ce
qu'il veut et laisser le reste. L'effort pour &#233;liminer la souffrance ressemble bien &#224; des s&#233;ances de d&#233;veloppement personnel, et c'est bien cela que
nos contemporains viennent chercher dans les religions pl&#233;biscit&#233;es apr&#232;s la fin de la Chr&#233;tient&#233;.
Il y a certes une contradiction entre l'impermanence du moi et le d&#233;veloppement personnel, mais
les nouveaux adeptes ne cherchent pas si loin, ils
qu&#234;tent une pratique davantage qu'une th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, les deux proph&#232;tes principaux de ;
notre temps sont Tocqueville et Nietzsche, mais
les proph&#233;ties sont innombrables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tr&#232;s bref chapitre de La d&#233;mocratie
en Am&#233;rique, Tocqueville constate le succ&#232;s du panth&#233;isme en Occident &#224; son &#233;poque, et affirme
qu'il ne s'agit pas l&#224; d'une mode passag&#232;re, mais d'un processus durable. En effet, le panth&#233;isme
r&#233;pond aux exigences g&#233;n&#233;rales du moment,
et principalement &#224; l'exigence ma&#238;tresse de
l'&#233;poque d&#233;mocratique : l'&#233;galitarisme. Le panth&#233;isme dans le domaine religieux, la d&#233;mocratie dans le domaine politique, consid&#232;rent l'un et l'autre l'humanit&#233; comme une grande masse dont les individus sont les atomes &#233;gaux et faibles. Il n'existe plus de grandes personnalit&#233;s. Toqueville &#233;crit ce texte terrible :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un pareil syst&#232;me [le panth&#233;isme], quoiqu'il
d&#233;truise l'individualit&#233; humaine ou plut&#244;t parce qu'il
la d&#233;truit, aura des charmes secrets pour les hommes
qui vivent dans la d&#233;mocratie. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. DE TOCQUEVILLE, La d&#233;mocratie en Am&#233;rique, I, VI.&#034; id=&#034;nh29-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bergson analysait deux types de morales, la
plus &#233;volu&#233;e &#8212; la morale ouverte &#8212;, s'&#233;tablissant &#224; partir de personnalit&#233;s h&#233;ro&#239;ques servant
de mod&#232;les. Morale la plus &#233;volu&#233;e car &#171; la
v&#233;rit&#233; est qu'il faut passer ici par l'h&#233;ro&#239;sme
pour arriver &#224; l'amour &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. BERGSON, Les deux sources de la morale, Paris, PUF, 1932, p. 51.&#034; id=&#034;nh29-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le mod&#232;le peut &#234;tre
J&#233;sus ou Bouddha, dans ce que l'on va appeler
aujourd'hui les religions secondaires. Si l'on
reprend les cat&#233;gories bergsoniennes, l'appel
du panth&#233;isme aujourd'hui est un retour aux
morales closes, sans h&#233;ros, pour lesquelles tous
sont &#233;gaux et suivent la loi du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nietzsche avait pressenti la m&#234;me &#233;volution
quand il &#233;crivait : &#171; Chine europ&#233;enne, avec une
douce croyance bouddhiste-chr&#233;tienne, et dans la
pratique, un savoir-vivre &#233;picurien. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fr. NIETZSCHE, Fragments posthumes 1887-1888, dans &#338;uvres compl&#232;tes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attrait pour les religions panth&#233;istes ou cosmoth&#233;istes se d&#233;ploie d&#232;s le moindre recul de la
religion monoth&#233;iste. Nous savons que la nature a horreur du vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;cologie comme religion commune&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en cause de la rationalit&#233; des Lumi&#232;res
a &#233;t&#233; si loin qu'elle a produit non seulement la
d&#233;fense de la culture historique et coutumi&#232;re
(expression du romantisme du XIXe si&#232;cle), mais
plus loin, la valorisation jusqu'aux extr&#234;mes de
la vie naturelle. La valorisation de la simple vie,
de celle qui ne r&#233;fl&#233;chit ni ne pense. C'est pour
ainsi dire la victoire de la volont&#233; sur l'intelligence, des forces actives et inconscientes sur les
forces pensantes. On voit ce courant se d&#233;velopper au tournant du XIXe et XXe du si&#232;cle. Il h&#233;rite
en partie de Nietzsche. &#192; la suite d'un long
et chaotique parcours, il donnera notamment
naissance au nazisme. C'est pourquoi Ludwig
Klages, peut-&#234;tre le meilleur analyste et inspirateur du vitalisme, fut injustement marginalis&#233;
comme inspirateur du nazisme. Philosophe de
la nature, disparu au milieu du XXe si&#232;cle, il est
probablement l'un des principaux p&#232;res de l'&#233;cologie contemporaine, avec Ivan Illich qui d'ailleurs fut un de ses admirateurs. Klages restitue
&#224; l'&#226;me son sens antique : celle-ci traduit chez
lui non plus une instance immortelle, comme
chez les chr&#233;tiens, mais un principe vital, comme
chez les anciens Romains. Et il d&#233;crit l'histoire
comme un combat entre l'esprit &#8212; la rationalit&#233; &#8212;, et l'&#226;me, le principe vital. On aura compris que
Klages regrette la part trop importante prise par
l'esprit, par la raison, dans la civilisation chr&#233;tienne, et aspire &#224; donner davantage de place &#224;
l'&#226;me, entendue dans ce sens. Toute l'&#339;uvre de
Klages est un hommage &#224; la vie naturelle, un
&#233;loge de la passivit&#233; contre l'activit&#233;, de l'&#234;tre
f&#233;minin contre l'&#234;tre masculin, du dedans contre
le dehors, de la nature contre la culture, de la
r&#233;alit&#233; contre l'aspiration &#224; l'&#233;ternit&#233;. Il oppose,
par exemple, le rythme des choses naturelles (les
Saisons, les cycles biologiques...) et la mesure
dict&#233;e par l'esprit humain. Le rythme est naturel
et la mesure, construite. Le rythme renouvelle,
la mesure reproduit. On le voit ici : la terre elle-m&#234;me a une &#226;me, ce sont ses rythmes battant au
c&#339;ur toujours neuf de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e de Klages repr&#233;sente une vaste mise
en cause de l'activisme occidental : je suis pris et
saisi par la vie, tandis que par l'esprit j'agis dans
le but de dominer le monde. L'esprit europ&#233;en,
dominateur et scientifique, c'est &#171; une attaque
&#233;pouvantable contre la r&#233;alit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. KLAGUES, La nature du rythme, 2004, p. 139, Paris, L'Harmattan&#034; id=&#034;nh29-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui exterminera
la vie sur la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette apologie de l'&#233;lan vital et de l'&#233;ternel
naturel, constitue un fondement de la philosophie
&#233;cologiste. Il faudrait nous laisser aller dans le
mouvement de la nature, qui suffit &#224; tout : l'esprit
demeure, quel que soit son brio, sec et brutalement activiste, tandis que l'&#226;me du monde produit
du toujours-neuf dans la retenue et la simplicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce d&#233;but du XXIe si&#232;cle, le courant philosophique le plus &#233;tabli, le plus prometteur, est
une forme de cosmoth&#233;isme li&#233; &#224; la d&#233;fense de
la nature. On peut parler aussi de panth&#233;isme ou
de polyth&#233;isme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple M. TARRIER, auteur de Les orphelins de Ga&#239;a (2012), fait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nos contemporains occidentaux ne croient plus &#224; un au-del&#224; ni &#224; une transcendance. Et s'ils imaginent un autre monde o&#249;
vivre un jour, ce sont les plan&#232;tes lointaines o&#249;
l'on acc&#233;derait en fus&#233;e supersonique. La signification de la vie doit donc se trouver dans cette
vie elle-m&#234;me, et non au-dessus d'elle, o&#249; il n'y
a rien. Le sacr&#233; se trouve ici : dans les paysages,
dans la vie de la terre et chez les humains eux-
m&#234;mes. Au tournant du XXe et du XXIe si&#232;cle, nous
avons chang&#233; de paradigme en faisant un nouveau
choix de compr&#233;hension du monde. Il s'est produit une inversion ontologique. C'est bien de cela
que parle Philippe Descola&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ph. DESCOLA, Par-del&#224; nature et culture.&#034; id=&#034;nh29-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : de pr&#233;f&#233;rences ontologiques nouvelles et de l'apparition en Occident
de nouveaux paradigmes &#8212; une &#171; anthropologie
moniste &#187;, qui se rapproche de l'animisme ancien.
Et il insiste pour dire que la vision du monde de
la chr&#233;tient&#233; &#233;tait une parmi d'autre, un choix
ontologique particulier qui peut ne plus convenir
avec le changement des temps. Pour l'&#233;cologisme
d'aujourd'hui, il n'y a plus de s&#233;paration essentielle entre l'homme et les autres vivants, ni entre
l'homme et la nature enti&#232;re, qu'il habite simplement, sans la dominer d'une quelconque sup&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paganisme, cosmique, r&#233;pond aux pr&#233;occupations de l'&#233;cologie. Le moment postmoderne
est pr&#233;occup&#233; de l'espace plus que du temps
parce qu'il a abandonn&#233; les grandes esp&#233;rances
temporelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le cosmoth&#233;isme, l'homme se sent chez
lui dans le monde, qui repr&#233;sente la seule r&#233;alit&#233;
et qui contient &#224; la fois le sacr&#233; et le profane. Sous
le monoth&#233;isme, l'homme se sent &#233;tranger dans ce
monde immanent et aspire &#224; l'autre monde &#8212; c'est
bien par exemple ce que Nietzsche reprochait
aux chr&#233;tiens. Pour le monoth&#233;iste, ce monde
n'est qu'un s&#233;jour. Pour le cosmoth&#233;iste, il est
une demeure. L'esprit postmoderne est fatigu&#233; de
vivre dans un s&#233;jour ! Il lui faut une demeure bien
&#224; lui, enti&#232;re dans ses significations. Il redevient
cosmoth&#233;iste parce qu'il veut r&#233;int&#233;grer ce monde
comme citoyen &#224; part enti&#232;re, et non plus comme
cet &#171; &#233;tranger domicili&#233; &#187;, ce chr&#233;tien d&#233;crit par
l'anonyme de la Lettre &#224; Diogn&#232;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ils r&#233;sident chacun dans sa propre patrie, mais comme des &#233;trangers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il veut &#224; pr&#233;sent se trouver &#224; son aise dans le monde immanent
dont il fait partie int&#233;grante, sans avoir besoin de
r&#234;ver ou de tisser ou d'esp&#233;rer un autre monde,
qui le laisse s&#233;par&#233; de lui-m&#234;me. Il veut vivre dans
un monde autosuffisant qui contienne son sens en
lui-m&#234;me &#8212; autrement dit : un monde enchant&#233;,
dont l'enchantement se trouve &#224; l'int&#233;rieur et non
dans un au-del&#224; angoissant et hypoth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme postmoderne veut abolir les distinctions &#8212; son adjectif favori est &#171; inclusif &#187;. Et
le cosmoth&#233;isme lui convient parce qu'il efface
l'ancien dualisme caract&#233;ristique du jud&#233;o-christianisme. Il exige d'&#233;chapper aux contradictions entre le faux et le vrai, entre Dieu et le
monde, entre la foi et la raison... Au lieu d'exiler
Dieu hors du monde, il le rappelle ici et se r&#233;approprie le sacr&#233;. Pour Odo Marquard, philosophe
allemand contemporain marqu&#233; par le sinistre
XXe si&#232;cle, l'essoufflement du monoth&#233;isme ouvre
une chance au polyth&#233;isme de revenir au-devant
de la sc&#232;ne, &#224; travers le retour des mythes pluriels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;O. MARQUARD, &#171; &#201;loge du polyth&#233;isme &#187;, Centre S&#232;vres, Archives de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ici le retour au polyth&#233;isme est d&#233;crit
comme un affranchissement de la v&#233;rit&#233; exclusive, une libert&#233; enti&#232;re donn&#233;e au r&#232;gne des
r&#233;cits, et la fin de l'eschatologie du salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le cosmoth&#233;isme s'inscrirait au terme
actuel de ce processus historique : il y aurait
eu le r&#232;gne de Dieu, puis le r&#232;gne de l'homme,
enfin le r&#232;gne de la nature. Sinon que ce terme
est en m&#234;me temps un retour &#224; l'origine : car
avant le r&#232;gne de Dieu, il y a eu, d&#233;j&#224;, le r&#232;gne
de la nature. &#201;videmment, nous ne serons pas
animistes de la m&#234;me mani&#232;re que nos lointains
anc&#234;tres, parce que notre histoire n'est pas la
leur. Mais il nous faut faire au moins l'effort de
ce qu'Alain Caill&#233; appelle &#171; l'animisme m&#233;thodologique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. CAILL&#201;, Extension du domaine du don, Arles, Actes Sud, 2019, p. 152.&#034; id=&#034;nh29-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : ici encore, la finalit&#233; n&#233;gative est
mise en avant, le but est de se d&#233;barrasser de
l'hubris occidentale, et pour cela il faut se d&#233;faire
de la sup&#233;riorit&#233; de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie aujourd'hui est une religion, une
croyance. &#171; Croyance &#187; : non que le probl&#232;me
&#233;cologique actuel ne doive pas &#234;tre consid&#233;r&#233;
comme scientifiquement d&#233;montr&#233; ; mais parce
que ces certitudes scientifiques concernant le climat et l'&#233;cologie produisent des convictions et des
certitudes irrationnelles, en r&#233;alit&#233; des croyances
religieuses, nanties de toutes les manifestations de
la religion. Aujourd'hui, l'&#233;cologie est devenue
une liturgie : il est impossible d'omettre la question, d'une mani&#232;re ou d'une autre, dans n'importe quel discours ou fragment de discours. C'est
un cat&#233;chisme : on l'apprend aux enfants d&#232;s la
Maternelle et de fa&#231;on r&#233;p&#233;titive, pour leur faire
acqu&#233;rir les bonnes habitudes de penser et d'agir.
C'est un dogme consensuel &#8212; celui qui pose des
questions &#224; son sujet, qui l&#232;ve le moindre doute, est
consid&#233;r&#233; comme un fou ou un malfaisant. Mais
surtout, et c'est l&#224; le signe patent d'une croyance
vigoureuse et certainement pas d'une science
rationnelle : la passion pour la nature fait accepter
tout ce qui &#233;tait r&#233;cus&#233; par l'individualisme tout-puissant &#8212; la responsabilit&#233; personnelle, la dette
impos&#233;e envers les descendants, les devoirs envers
la communaut&#233;. C'est donc au nom de cette religion immanente et pa&#239;enne, que nous r&#233;int&#233;grons
toutes les dimensions indispensables de l'existence, qui auparavant &#233;taient prises en compte et
cultiv&#233;es par le christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la n&#233;cessaire protection de l'environnement trop longtemps n&#233;glig&#233; par l'&#226;ge
industriel, la pens&#233;e &#233;cologique d&#233;veloppe une
v&#233;ritable philosophie de la vie. Elle ne demeure
pas au niveau de la d&#233;fense de l'environnement. Il y a une raison bien pr&#233;cise &#224; cela. Nous
avons toute une tradition chr&#233;tienne de d&#233;fense
de la nature, depuis saint Fran&#231;ois ou sainte
Hildegarde de Bingen jusqu'&#224;, de nos jours,
Gustave Thibon. Dans ce cas, la nature est consid&#233;r&#233;e comme une cr&#233;ation divine et prot&#233;g&#233;e &#224; ce
titre &#8212; la d&#233;fense de la nature s'inscrit dans la foi
en la transcendance et dans un humanisme qui
place l'homme au centre. On parle alors d'environnement, et la nature ne saurait &#234;tre divinis&#233;e, puisque le divin est ailleurs. Alors que
la Chr&#233;tient&#233; s'est effac&#233;e, et la transcendance
avec elle, il est in&#233;vitable que du sacr&#233; resurgisse sous une forme ou sous une autre. Il faut
rappeler que la sacralisation de la nature constitue le socle religieux le plus primitif et le plus
rudimentaire, celui qui vient pour ainsi dire tout
seul, et dans n'importe quelle soci&#233;t&#233; humaine.
Alors m&#234;me que la d&#233;fense de l'environnement
s'&#233;tablit comme un pressant et &#233;vident devoir, la
nature se voit alors sacralis&#233;e &#8212; c'est-&#224;-dire mise
de c&#244;t&#233;, &#233;tablie au-dessus, rendue inviolable. La
nouvelle religion &#233;cologique est une forme de
panth&#233;isme postmoderne. La nature devient l'objet d'un culte, plus ou moins av&#233;r&#233;. La terre-m&#232;re
devient une sorte de d&#233;esse pa&#239;enne, et pas seulement chez les indig&#233;nistes boliviens, chez les
Europ&#233;ens aussi. &#192; ce point que le pape Fran&#231;ois
parle aujourd'hui de &#171; notre m&#232;re la terre &#187;, dans
un sens chr&#233;tien bien entendu, mais en laissant
ouverte l'&#233;quivoque qui permet le lien avec les
croyances contemporaines. Nos contemporains
d&#233;fendent sous toutes ses formes la nature d&#233;natur&#233;e par l'homme, mais aussi ils embrassent les
arbres. Nous sommes &#224; un stade o&#249;, dans le vaste
champ ouvert par l'effacement du christianisme,
de nouvelles croyances h&#233;sitent et tremblent : et
surtout, le panth&#233;isme qui traduit la d&#233;fense de
l'environnement en religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chr&#233;tiens d'aujourd'hui, affol&#233;s devant la
chute de leur influence, ont tendance &#224; pr&#233;tendre
que toute morale va dispara&#238;tre avec l'effacement
du monoth&#233;isme. C'est m&#233;conna&#238;tre l'histoire. Les
morales et les religions ne naissent pas de pair,
et ce ne sont pas les religions qui engendrent les
morales, jusqu'au jud&#233;o-christianisme. Dans les
mondes anciens, polyth&#233;istes, la morale vient de
la soci&#233;t&#233; et elle a une origine tout humaine : issue
des coutumes, des traditions. La religion est d'un
autre ordre. Les dieux r&#233;clament des sacrifices et
suscitent des rites. Les normes morales r&#233;clament
ob&#233;issance. Chez les peuples polyth&#233;istes, c'est
l'&#201;tat qui est gardien de la morale. Incroyable,
et nouveau, le spectacle de Mo&#239;se descendant
de la montagne avec les tables de la Loi : ici
pour la premi&#232;re fois, la morale vient de Dieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. ASSMANN, Le prix du monoth&#233;isme, p. 84 s.&#034; id=&#034;nh29-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
Les Juifs vont ainsi cr&#233;er des th&#233;ocraties, encore
aujourd'hui en Isra&#235;l. Chez les chr&#233;tiens, soumis
&#224; l'imp&#233;ratif de la s&#233;paration des glaives, l'&#201;glise,
d&#232;s le IVe si&#232;cle, devient l'inspiratrice de la norme,
et gardienne de la morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tournant du XXIe si&#232;cle, l'&#201;glise abandonne
son r&#244;le de gardien des normes morales et ce dernier revient d&#233;sormais &#224; l'Etat. La multiplicit&#233;
des croyances morales et religieuses qui habitent
nos pays &#8212; bien visibles &#224; travers la diversit&#233;
repr&#233;sent&#233;e dans les Comit&#233;s d'&#233;thique &#8212; conduit
n&#233;cessairement &#224; amplifier le r&#244;le du pouvoir politique. Celui-ci, repr&#233;sent&#233; par ses &#233;lites aussi bien
sachantes qu'agissantes, redevient le gardien de
la morale qu'il &#233;tait avant la longue p&#233;riode de
Chr&#233;tient&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Occidentaux ne veulent plus que cette
tutelle soit assur&#233;e par les religions, par les
clercs. Ils pr&#233;f&#232;rent cette instance neutre qu'est
l'&#201;tat, les &#233;lites institutionnelles ou d'influence.
C'est pourquoi aujourd'hui, le courant dominant
officiel s'adjuge le droit de prot&#233;ger la morale
et d'en emp&#234;cher les &#233;carts, d'ostraciser les
d&#233;viants. Les animateurs de plateaux de t&#233;l&#233;vision sont les sentinelles et parfois les cerb&#232;res de
la morale commune. Pas forc&#233;ment les producteurs, car la morale vient de nombre de sources,
mais les sentinelles, ceux qui en surveillent
l'ex&#233;cution. Ils ont rev&#234;tu le r&#244;le que jouaient les
&#233;v&#234;ques il y a encore un demi-si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Occidentaux d'aujourd'hui qui rejoignent
des spiritualit&#233;s ou des religions orientales comme
le bouddhisme, n'adoptent pas leurs morales mais
seulement leur spiritualit&#233; (qu'ils identifient sou-
vent au d&#233;veloppement personnel). Leur morale
vient de l'&#201;tat, comme chez les anciens pa&#239;ens,
dont les dieux exigeaient des rites et des sacrifices, mais dont seul l'&#201;tat exigeait la justice. La
religion de l'&#233;cologie exige elle aussi des rites et
des sacrifices &#8212; tri des d&#233;chets, surveillance carbone et souci de la terre, dont nos informations
sont satur&#233;es. Mais nos &#233;lites, gouvernantes ou
influentes, disent la morale, suscitent des lois correspondantes et ostracisent les mauvais sujets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; provient et comment se forme la morale dans les temps post-Chr&#233;tient&#233; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb29-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;JACOBI, &lt;i&gt;Lettre sur le nihilisme&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. SCHOPENHAUER, &lt;i&gt;Le monde comme volont&#233; et repr&#233;sentation&lt;/i&gt;, IV, 63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. L&#201;VY-STRAUSS, conf&#233;rence &#171; Race et culture &#187;, 1971,
version &#233;lectronique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ph. DESCOLA, &lt;i&gt;Par de-l&#224; nature et culture&lt;/i&gt;, Paris,
Gallimard, 2005, p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. DE TOCQUEVILLE, &lt;i&gt;La d&#233;mocratie en Am&#233;rique&lt;/i&gt;, I, VI.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. BERGSON, &lt;i&gt;Les deux sources de la morale&lt;/i&gt;, Paris, PUF,
1932, p. 51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Fr. NIETZSCHE, &lt;i&gt;Fragments posthumes &lt;/i&gt; 1887-1888, dans
&lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Gallimard, 1986, p. 86.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L. KLAGUES, &lt;i&gt;La nature du rythme&lt;/i&gt;,
2004, p. 139, Paris, L'Harmattan&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Par exemple M. TARRIER, auteur de &lt;i&gt;Les orphelins de
Ga&#239;a&lt;/i&gt; (2012), fait l'apologie du panth&#233;isme et du polyth&#233;isme,
voir le site &lt;i&gt;Agora Vox&lt;/i&gt; mercredi 4 janvier 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ph. DESCOLA, &lt;i&gt;Par-del&#224; nature et culture.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Ils r&#233;sident chacun dans sa propre patrie, mais comme
des &#233;trangers domicili&#233;s. Ils s'acquittent de tous leurs devoirs
de citoyens, et supportent toutes les charges comme des &#233;trangers. Toute terre &#233;trang&#232;re leur est une patrie et toute patrie
une terre &#233;trang&#232;re &#187;, V, 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;O. MARQUARD, &#171; &#201;loge du polyth&#233;isme &#187;, Centre
S&#232;vres, &lt;i&gt;Archives de Philosophie&lt;/i&gt;, 2017/3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. CAILL&#201;, &lt;i&gt;Extension du domaine du don&lt;/i&gt;, Arles, Actes
Sud, 2019, p. 152.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. ASSMANN, &lt;i&gt;Le prix du monoth&#233;isme&lt;/i&gt;, p. 84 s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title> &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique : survol ethno-historique (2/2)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1184-Elements-d-ecologie-politique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1184-Elements-d-ecologie-politique</guid>
		<dc:date>2024-09-05T08:04:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Seconde partie du chapitre I &#171; Survol ethno-historique &#187; du livre &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (Libres&amp;Solidaires, 2021), pp. 13 &#8212; 29. Pr&#233;sentation et liens disponibles ici &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation Sommaire : Introduction I &#8211; Survol ethno-historique &#8212; ci-dessous... II &#8211; Nature humaine et humaines natures III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature IV &#8211; Sources sociales-historiques de l'&#233;cologie politique V &#8211; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-76-L-ecologie-politique-contre-l-" rel="directory"&gt;L'&#233;cologie politique contre l'&#233;cologisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/eepcouv-5.jpg?1725516343' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Seconde partie du chapitre I &#171; Survol ethno-historique &#187; du livre &#171; &#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique. Pour une refondation &#187; (Libres&amp;Solidaires, 2021), pp. 13 &#8212; 29.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation et liens disponibles ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1238 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-100-Brochures-' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:150.09380863039%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;taille=300&amp;1771799851' alt='' data-src='IMG/jpg/009576387_1_.jpg' data-l='533' data-h='800' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1771799851 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/009576387_1_.jpg&amp;#38;taille=533&amp;#38;1771799851 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;ments d'&#233;cologie politique &#8212; Pour une refondation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommaire :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1085-Introduction-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;I &#8211; Survol ethno-historique &#8212; ci-dessous...&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; II &#8211; Nature humaine et humaines natures&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; III &#8211; Histoire et contre-histoire de l'id&#233;e de Nature&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; IV &#8211; Sources sociales-historiques de l'&#233;cologie politique&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; V &#8211; Politiques de la nature et totalitarisme (&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1114-Ecologie-politique-effondrement-ecocratie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; VI &#8211; Vers une philosophie de la nature ? (&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1103-Ecologie-politique-Vers-une-philosophie-de-la-nature' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#201;l&#233;ments de conclusion&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1088-Elements-d-ecologie-politique-resumes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Annexes : R&#233;sum&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1073-Parution-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me de couverture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1168-Elements-d-ecologie-politique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3 &#8211; L'agriculture historique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'aborde une &#233;poque plus famili&#232;re, caract&#233;ris&#233;e par la g&#233;n&#233;ralisation de l'&#233;criture, de l'urbanisation et de l'extraction de minerais &#8211; des &#201;tats, aussi. J'englobe donc abusivement toute la p&#233;riode qui qui suit, &#224; la louche, jusqu'&#224; l'an mille de notre &#232;re, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; la naissance de l'Occident. Le saut est &#233;norme &#8211; bien moindre n&#233;anmoins que ceux que l'on vient de voir &#8211; mais je trace &#224; grands traits et je pense que ce d&#233;coupage a du sens du point de vue que j'adopte ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cr&#233;ations de paysages agro&#233;cologiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;poque de l'agriculture &#171; typique &#187; telle qu'on se la repr&#233;sente, s&#233;dentaire, sp&#233;cialis&#233;e, avec des terrains en couronne autour de villages et de villes, regroup&#233;s ou non en tribus, en cit&#233;s-&#201;tats, en royaumes, en empires. Il y a presque une infinit&#233; de variations de syst&#232;mes agraires, avec des associations et des articulations presque infinies entre &#233;levage, culture, arboriculture, chasse, p&#234;che et cueillette, chacun trouvant un moyen de fertilisation original &#8211; la jach&#232;re, par exemple, ou l'auto-fertilisation de la rizi&#232;re &#224; l'origine de la pr&#233;coce croissance d&#233;mographique asiatique pour Fernand Braudel, ou les cultures &#233;tag&#233;es d&#233;crites par Pline l'Ancien ou encore, plus connu, les d&#233;p&#244;ts de limon des crues du Nil, etc. C'est aussi, &#224; partir des grandes concentrations d&#233;mographiques, l'&#233;poque des empires hydro-agricoles dont nous reparlerons, le &#171; mode de production asiatique &#187; de Karl August Wittfogel, avec une agriculture structur&#233;e autour d'un bassin versant et des syst&#232;mes d'irrigation/fertilisation tr&#232;s &#233;labor&#233;s n&#233;cessitant un pouvoir centralis&#233; : c'est, classiquement, l'Empire pharaonique tout le long du Nil, mais aussi dans la vall&#233;e de l'Indus, entre le Tigre et l'Euphrate, l'Empire inca, d'Angkor ou des Han, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes l&#224; en continuit&#233; avec les ph&#233;nom&#232;nes d&#233;crits pr&#233;c&#233;demment : d'abord la poursuite des domestications animales et v&#233;g&#233;tales, mais aussi, de mani&#232;re plus marqu&#233;e, la cr&#233;ation de zones absolument in&#233;dites &#233;cologiquement parlant, aux fonctions &#233;cologiques nouvelles : pr&#233;s, champs, bassins et lacs, terrasses, digues, landes, enclos, ports, jach&#232;res, rizi&#232;res, taillis, estives, &#233;tangs, carri&#232;res, canaux, etc., et, bien s&#251;r, milieux urbains concentr&#233;s ou parsem&#233;s. Les soci&#233;t&#233;s humaines font s'&#233;panouir un oxymore : une &lt;i&gt;nature artificielle&lt;/i&gt; &#233;tendue &#224; des &#233;cosyst&#232;mes entiers englobant montagnes et vall&#233;es, estuaires, plaines, rivi&#232;res, littoraux, plateaux, berges, etc. L'&#234;tre humain se met &#224; cr&#233;er non seulement des esp&#232;ces et des milieux, mais des paysages d'une richesse et d'une diversit&#233; presque infinies, r&#233;gul&#233;es selon des normes particuli&#232;rement subtiles et presque immanquablement religieuses : exemples entre mille, le caract&#232;re quasi sacr&#233; des troupeaux chez les Nuer d'Edward Evans-Pritchard, ou des vaches dans l'hindouisme, les for&#234;ts ou lieux sacr&#233;s au Japon ou en Afrique, etc. Toutes les images que vous avez en t&#234;te des diff&#233;rents milieux terrestres de notre plan&#232;te, tous plus ou moins paradisiaques et que vous ne voudriez voir dispara&#238;tre pour rien au monde, sont, largement, le r&#233;sultat de l'activit&#233; humaine. Tout cela est sous-tendu par une recherche de ma&#238;trise du renouvellement de la fertilit&#233; &#8211; v&#233;ritable quadrature du cercle de l'humanit&#233; s&#233;dentaire post-n&#233;olithique &#8211; et des facteurs abiotiques, principalement l'eau, d'o&#249; canaux d'irrigation, aqueducs, sources, bassins de r&#233;tention, drains, syst&#232;mes de r&#233;gulation, puits, rigoles, baissi&#232;res, anticipation des crues et de la pluviom&#233;trie, etc. Il s'agit l&#224; de la gestion &#224; plus ou moins grande &#233;chelle des ressources naturelles les plus vitales, des &lt;i&gt;inputs&lt;/i&gt; de l'&#233;cosyst&#232;me approfondissant l'interp&#233;n&#233;tration entre les soci&#233;t&#233;s et leur environnement et la recherche de ma&#238;trise des unes sur les autres : les soci&#233;t&#233;s humaines &lt;i&gt;se font nature&lt;/i&gt;, en quelque sorte, et redoublent de puissance r&#233;elle et fantasmatique. Je ne peux pas aborder ici la question, fondamentale, de l'interd&#233;pendance de tous ces syst&#232;mes agro&#233;cologiques avec l'organisation sociale et mythologique, ni du d&#233;terminisme qui relierait les uns aux autres &#8211; l'&#233;mergence de l'&#201;tat imp&#233;rial &#171; despotique &#187; ou au contraire des d&#233;mocraties antiques, des huertas de Casamance &#224; la Gr&#232;ce antique des petits producteurs : notons seulement qu'&#224; la &lt;i&gt;diversit&#233; agro&#233;cologique&lt;/i&gt; cr&#233;&#233;e correspond la &lt;i&gt;diversit&#233; culturelle&lt;/i&gt;, et r&#233;ciproquement &#8211; &lt;i&gt;pays, paysages, paysans&lt;/i&gt; comme disent les agronomes, la disparition des uns entra&#238;nant celle des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, corollairement, les effondrements civilisationnels, qui semblent tous plus ou moins impliquer des facteurs &#233;cologiques, sont fr&#233;quents : les cas de l'&#238;le de P&#226;ques ou des Mayas sont connus et discut&#233;s, moins ceux des Vikings au Groenland ou le r&#244;le des &#233;pid&#233;mies et du climat &#224; propos de l'Empire romain. Il y aurait aussi cette &#171; temp&#234;te parfaite &#187; (&lt;i&gt;perfect storm&lt;/i&gt;) de la fin de l'&#226;ge du bronze, parfaitement d&#233;crite par Eric H. Cline et dont la ressemblance avec notre situation est troublante&#8230; Il y a l&#224; beaucoup de choses &#224; dire, que nous aborderons plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;vastations &#233;cologiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, bien entendu, cette p&#233;riode &#171; classique &#187; est aussi celle des destructions &#233;cologiques. Il existe un biais du fait que nous en avons parfois des traces &#233;crites et pas seulement des indices arch&#233;ologiques, mais nous avons devant nous un tableau &#171; plein de bruit et de fureur &#187; : rien des d&#233;vastations des &#233;poques pr&#233;c&#233;dentes n'y manque, et tout semble plut&#244;t s'acc&#233;l&#233;rer. Depuis au moins Henry Fairfield Osborn en 1949, tous les &#233;cologistes s&#233;rieux y font r&#233;f&#233;rence, Jean Dorst comme Jean-Paul Del&#233;age.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;forestation semble arriver &#224; son paroxysme. Ce sont ainsi toutes les for&#234;ts du bassin m&#233;diterran&#233;en qui sont ravag&#233;es par tous les peuples qui s'y sont succ&#233;d&#233; : Sum&#233;riens, Babyloniens, &#201;gyptiens, Perses, Ph&#233;niciens, Grecs, Romains, Byzantins puis Arabes d&#233;boisent syst&#233;matiquement, d'est en ouest, d&#233;nudant les sols, entra&#238;nant ravinements et &#233;rosions, r&#233;duisant les nappes phr&#233;atiques, acc&#233;l&#233;rant le dess&#232;chement ; les r&#233;cits antiques sont saisissants. La garrigue et le maquis, milieux si subtils aujourd'hui, en sont une des cicatrices. Ces ph&#233;nom&#232;nes se r&#233;p&#232;tent au fil des si&#232;cles, provoqu&#233;s tant&#244;t par la conqu&#234;te musulmane du Maghreb, ou les essors d&#233;mographiques chinois jusqu'au XVIe si&#232;cle et europ&#233;en entre les XIe et XIVe si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;frichements ruinent &#233;videmment la fertilit&#233; des terres, voire les polluent par les &#233;manations et r&#233;sidus des industries m&#233;tallurgiques en plein essor, occasionnant p&#233;nuries, disettes, famines, guerres, &#233;pid&#233;mies, migrations, effondrements ou basculements g&#233;opolitiques lorsqu'une r&#233;gion enti&#232;re devient st&#233;rile, &#224; l'instar de la fin de ce &#171; carrefour du monde &#187;, comme l'appelait A. J. Toynbee, qu'avait &#233;t&#233; le bassin m&#233;sopotamien jusqu'au Xe si&#232;cle, ou le d&#233;clin du Nord de la Chine de la dynastie Tang au profit du Sud de celle des Song vers la m&#234;me &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi la g&#233;n&#233;ralisation des &#233;pid&#233;mies de peste, de variole, de syphilis, etc. Et, bien s&#251;r, la poursuite &#224; des &#233;chelles encore inconnues des migrations, colonisations, guerres, massacres de masse, exterminations, ethnocides, g&#233;nocides. Permettez-moi de m'arr&#234;ter un instant sur ces derniers que l'on croirait, &#224; en croire la rumeur publique, r&#233;cemment invent&#233;s et dont le paradigme serait le g&#233;nocide des juifs men&#233; par les nazis. Il ne s'agit pas de diminuer la singularit&#233; de ce dernier, mais celle-ci r&#233;siderait plut&#244;t dans son contexte, son mode op&#233;ratoire (bri&#232;vement : la rationalisation scientifique et technique de l'horreur au c&#339;ur de l'Europe civilis&#233;e) et ses cons&#233;quences anthropologiques que dans son ampleur, d&#233;risoire au regard de l'histoire. Il semblerait que le plus grand g&#233;nocide de l'humanit&#233; soit celui, m&#233;connu, perp&#233;tr&#233; aux portes indiennes de la r&#233;gion afghano-pakistanaise, lors de la conqu&#234;te musulmane des XIe-XIIe si&#232;cles, o&#249; il se serait agi (mais tous les massacreurs ne consignent pas leur comptabilit&#233; macabre) de dizaines, voire de pr&#232;s d'une centaine de millions de morts &#8211; pour une population mondiale qui plafonnait &#224; l'&#233;poque autour de 400 millions d'&#226;mes&#8230; Les proportions pourraient &#234;tre les m&#234;mes pour la conqu&#234;te de la Chine par les Mongols, deux si&#232;cles plus tard&#8230; Rien &#224; envier, donc, de ce point de vue-l&#224;, aux atrocit&#233;s du XXe si&#232;cle, et en premier lieu du mao&#239;sme avec ses 60 millions de morts, deux fois plus que le stalinisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire, tout autant que la proto- ou la pr&#233;histoire, pr&#233;sente donc &#233;galement cette d&#233;routante t&#234;te de Janus &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4 &#8211; La modernit&#233; occidentale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'aborde enfin nos contr&#233;es plus habituelles, g&#233;ographiques et temporelles : je serai donc plus rapide, d'autant que c'est cet Occident qui va essentiellement nous retenir pendant la plupart des prochaines s&#233;ances. Et ce non par ethnocentrisme mais parce qu'il y a l&#224; la naissance d'une civilisation bien plus diff&#233;rente de toutes celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e que celles-ci diff&#233;raient entre elles, y compris d'un point de vue &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Occident et ses ravages&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sortir du Moyen &#194;ge, il y a cette r&#233;volution des XIe-XIIIe si&#232;cles qui est aussi largement agricole, symbolis&#233;e par la g&#233;n&#233;ralisation de la charrue, et plus tard le remplacement de la jach&#232;re par des cultures fourrag&#232;res &#8211; red&#233;couverte d'un vieux principe d&#233;laiss&#233; &#8211;, qui va en amener d'autres, jusqu'&#224; la m&#233;canisation, la motorisation et l'agrochimie des temps modernes. Progressivement l'interaction des soci&#233;t&#233;s occidentales avec l'environnement ne passera plus principalement par l'agriculture proprement dite mais par un syst&#232;me industriel-technique-scientifique sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impact sur la biosph&#232;re est monumental, vous le savez aussi bien que moi, et tous les ph&#233;nom&#232;nes des mill&#233;naires pr&#233;c&#233;dents sont en quelque sorte d&#233;cupl&#233;s, amplifi&#233;s, condens&#233;s en quelques si&#232;cles, voire d&#233;cennies. Tous les milieux qui jusqu'ici avaient pu &#233;chapper &#224; l'influence humaine en subissent la marque volontaire ou involontaire : on racle le fond des oc&#233;ans, on draine les glaciers, on &#233;puise les hydrocarbures fossiles, on multiplie les d&#233;serts, on modifie l'atmosph&#232;re, on bricole les g&#233;nomes, de nouvelles toxicit&#233;s sont invent&#233;es et diffus&#233;es sur des &#233;chelles de temps et d'espace inhumaines (radioactivit&#233;s), une sixi&#232;me grande extinction des esp&#232;ces animales et v&#233;g&#233;tales d&#233;marre, etc. La condamnation de l'Occident par le procureur &#233;cologiste ne semble plus &#224; faire, au risque de verser dans un anti-occidentalisme aussi passionn&#233; qu'aberrant mais qui anime un nombre croissant d'&#233;colos se r&#233;clamant des &#171; th&#232;ses &#187; (d&#233;) coloniales aujourd'hui envahissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Occident et ses nuances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vu de tout ce qui a pr&#233;c&#233;d&#233;, et dont j'ai donn&#233; un bref aper&#231;u, il me semble qu'il convient d'introduire des nuances de taille dans ce constat si partag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe avant tout de ramener les choses &#224; leur juste proportion. D'abord sous l'angle d&#233;mographique : la population occidentale, puis mondiale, explose litt&#233;ralement. Il faut avoir en t&#234;te sa courbe d'expansion sur 2 000 ans, en forme de &#171; L &#187; invers&#233; : moins de 200 millions d'humains au d&#233;but de l'&#232;re chr&#233;tienne, &#224; peine le double pendant le haut Moyen &#194;ge. Puis un premier milliard vers 1800, le deuxi&#232;me en 1930, le troisi&#232;me vers 1960, et ainsi de suite. Entre ma naissance et aujourd'hui, le nombre de terriens a doubl&#233;, pour avoisiner les 8 milliards. N'importe quelle civilisation ou soci&#233;t&#233; &#8211; ou m&#234;me population animale &#8211; avec un tel taux d'accroissement ne peut que d&#233;multiplier sa charge environnementale, et c'est ce que l'on vient de voir au fil des si&#232;cles. Et la chose est encore accentu&#233;e par la pr&#233;occupation &#233;galitaire qui nous fait nous r&#233;vulser devant un enfant affam&#233; alors que le spectacle &#233;tait banal, voire provoqu&#233;, pendant des mill&#233;naires. Non seulement l'Occidental consomme comme un roi ou un empereur, mais il voudrait que tout le monde puisse en faire autant&#8230; Sur ces seules bases, le bilan &#233;cologique de l'Occident, ou plut&#244;t de l'&lt;i&gt;occidentalisation du monde&lt;/i&gt;, ne peut &#234;tre que dramatique &#8211; mais la limitation des naissances ou de la consommation sont des sujets encore tabous pour beaucoup et particuli&#232;rement hors Occident, pr&#233;cis&#233;ment&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait &#233;videmment aussi invoquer les m&#233;canismes capitalistes auxquels beaucoup voudraient r&#233;duire les &#171; probl&#232;mes &#233;cologiques &#187;. Nous en reparlerons ult&#233;rieurement, mais ils sont moins le fruit de l'obsession imm&#233;moriale pour le profit et l'accumulation, constants dans toutes les grandes soci&#233;t&#233;s &#8211; &lt;i&gt;auri sacra fames&lt;/i&gt; &#8211;, que de leur rationalisation accompagn&#233;e du d&#233;veloppement technique et de la d&#233;marche scientifique. Or c'est cette d&#233;marche, qui a d&#233;mesur&#233;ment enrichi nos connaissances tous azimuts, &lt;i&gt;inventant&lt;/i&gt; ce qu'on appelle aujourd'hui l'&lt;i&gt;&#233;cologie&lt;/i&gt;. Il est toujours tr&#232;s &#233;tonnant de voir des &#233;cologistes militants condamner sans discernement cet Occident, cette Modernit&#233; ou ces Lumi&#232;res dont ils sont le pur produit et dont ils savent si bien mobiliser les ressources culturelles puisque l'&#233;cologie politique, rencontre d'une science et d'une politique, est occidentale &#224; ce double titre&#8230; De ce fait la civilisation occidentale, dont les caract&#233;ristiques les plus d&#233;l&#233;t&#232;res s'&#233;tendent &#224; la totalit&#233; de la plan&#232;te, est loin de faire partie des civilisations ignorantes des catastrophes &#233;cologiques qui les guettent ; nous en sommes la preuve vivante, mais pensez &#233;galement &#224; cette Europe qui fr&#244;la l'effondrement au XIVe si&#232;cle (guerre de Cent Ans et peste noire), ou aux &#201;tats-Unis des ann&#233;es 1930 avec le &lt;i&gt;Dust Bowl&lt;/i&gt; ravageant un pays en pleine crise &#233;conomique, et, plus proches de nous, aux mesures contre les pluies acides ou la destruction de la couche d'ozone, etc. R&#233;actions certes d&#233;mesur&#233;es depuis un demi-si&#232;cle au regard des ravages en cours, mais t&#233;moins n&#233;anmoins irr&#233;futables de l'existence d'une capacit&#233; de r&#233;flexivit&#233; et, d&#233;j&#224; plus discutable, d'auto-transformation qui devrait emp&#234;cher tout jugement &#233;troit ou condamnation sans appel. Je ne pr&#234;che pas l'optimisme &#8211; je n'aurai pas &#224; le r&#233;p&#233;ter &#8211; mais l'Occident n'est pas, ou n'a pas toujours &#233;t&#233;, ce g&#233;ant myope qui titube aujourd'hui. Et ce au-del&#224; m&#234;me d'un utilitarisme purement gestionnaire : on discute de changement climatique depuis des si&#232;cles, et c'est en pleine r&#233;volution industrielle que les premi&#232;res mesures &#171; &#233;cologiques &#187; furent prises pour des raisons esth&#233;tiques &#8211; pensez au c&#233;l&#232;bre parc de &lt;i&gt;Yellowstone&lt;/i&gt; aux &#201;tats-Unis, fond&#233; en 1872, au &lt;i&gt;Drachenfels&lt;/i&gt; pr&#232;s de Bonn, zone naturelle prot&#233;g&#233;e instaur&#233;e d&#232;s 1836, ou &#224; la for&#234;t de Barbizon pr&#233;serv&#233;e par Napol&#233;on III sous la pression de l'&#201;cole des peintres du m&#234;me nom. Tout cela n'a fait que se multiplier depuis, nous aurons largement l'occasion d'en reparler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;voque enfin, pour clore cette partie comme je l'ai commenc&#233;, l'explosion m&#233;connue mais exceptionnelle des vari&#233;t&#233;s animales et v&#233;g&#233;tales domestiques &#224; partir du XVIe si&#232;cle, rappel&#233;e par Claude et Lydia Bourguignon, pour en rester &#224; ce crit&#232;re discutable de biodiversit&#233; : l'&#233;crasante majorit&#233; des milliers de vari&#233;t&#233;s de pommes, de c&#233;r&#233;ales, de b&#233;tail, de vignes ou de c&#233;r&#233;ales que vous connaissez en provient, prolongement de cette fabuleuse&lt;i&gt; cr&#233;ation de biodiversit&#233;&lt;/i&gt; qui a d&#233;but&#233; avant m&#234;me le n&#233;olithique. Que cela se fasse aujourd'hui par l'entremise des OGM au d&#233;triment, depuis quelques d&#233;cennies, des innombrables vari&#233;t&#233;s &#171; traditionnelles &#187; tout autour du monde fait comprendre la folie scientifico-techno-bureaucratique dans laquelle nous sommes entr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Remarques en conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'arr&#234;te ici ce survol plan&#233;taire des mill&#233;naires pass&#233;s. Que peut-on en tirer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, bien s&#251;r, que les deux mythes que j'&#233;voquais en introduction ne correspondent &#224; rien, ou alors s'annulent mutuellement : il n'y a ni &#171; bons sauvages &#187; peuplant le pass&#233; ou des ailleurs idylliques, ni humanit&#233; intrins&#232;quement &#171; mauvaise &#187;. Les relations des soci&#233;t&#233;s humaines avec la biosph&#232;re sont changeantes, pr&#233;caires et multifactorielles, d'une complexit&#233; affolante, comprenant aussi bien ravages et d&#233;vastations qu'intimit&#233;s miraculeuses, coadaptations, co&#233;volutions et enrichissement continu d'esp&#232;ces, de milieux, d'&#233;cosyst&#232;mes, de paysages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me point, central, qui d&#233;coule de ce qui pr&#233;c&#232;de : nous ne vivons pas sur une plan&#232;te abritant une nature originelle, native, spontan&#233;e, qu'il faudrait pr&#233;server d'une n&#233;faste influence humaine, il y a un entrelacs ind&#233;m&#234;lable et imm&#233;morial de relations entre les soci&#233;t&#233;s et les &#233;cosyst&#232;mes, chacun modelant l'autre selon des modalit&#233;s insondables. La sc&#232;ne est toujours la m&#234;me : le touriste, o&#249; qu'il soit, s'&#233;merveille de la beaut&#233; de la &#171; nature &#187; si &#171; vierge &#187; et si &#171; sauvage &#187; qu'il a sous les yeux, avant qu'un indig&#232;ne ne lui explique comment le travail de ses anc&#234;tres paysans depuis des mill&#233;naires a transform&#233; le paysage, sans d'ailleurs que lui-m&#234;me se doute de l'ampleur et de la profondeur du processus &#224; l'&#233;chelle du globe. R&#233;alit&#233; difficile &#224; int&#233;grer moins par l'aspect lacunaire de nos connaissances que par nos &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; id&#233;ologiques, et pourtant r&#233;alit&#233; incontournable, pour qui veut penser une v&#233;ritable &#233;cologie politique, et que nous travaillerons &#224; chaque s&#233;ance : impossible de s&#233;parer clairement l'univers humain de l'univers biologique mais tout aussi impossible de rabattre l'un sur l'autre, de nier leur dualit&#233; comme de pr&#233;tendre &#224; l'inexistence fonci&#232;re de l'un ou de l'autre. &lt;i&gt;Physis&lt;/i&gt; &#8211; la nature &#8211; et &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt; &#8211; l'institution humaine &#8211;, tels ces astres binaires en rotation l'un autour de l'autre, semblent tant&#244;t distincts, tant&#244;t confondus, tant&#244;t ind&#233;pendants et tant&#244;t coproduits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre est-il possible de proposer d&#232;s maintenant un mod&#232;le, ou plut&#244;t une m&#233;taphore de cette relation, celle du vivant et du min&#233;ral. La diff&#233;rence &#233;vidente pour le sens commun entre une montagne et une souris (et b&#234;tise de l'expression, comme le rel&#232;ve Hubert Reeves, qui ne verrait rien de miraculeux &#224; ce que la premi&#232;re accouche de la seconde) masque l'interp&#233;n&#233;tration des deux &#171; r&#232;gnes &#187;. Il n'existe pas, vous le savez, de &#171; mati&#232;re organique &#187;, mais des agencements tr&#232;s particuliers d'&#233;l&#233;ments chimiques universels qui donnent &#224; l'ensemble les caract&#233;ristiques propres aux processus vitaux &#8211; auto-organisation, auto-conservation, auto-reproduction. La naissance de ce processus ne repose que sur une articulation mol&#233;culaire dont l'origine, inconnue mais tr&#232;s concevable, semble requ&#233;rir la pr&#233;sence de situations g&#233;ologiques et de min&#233;raux pr&#233;cis &#8211; l'argile, mati&#232;re mythique, appartient d'ailleurs &#224; cet entre-deux. L'apparition des premi&#232;res formes de vie massives sur la Terre primitive &#8211; les c&#233;l&#232;bres stromatolites, des bio-s&#233;diments &#8211; l'a rapidement m&#233;tamorphos&#233;e par le d&#233;gagement massif d'oxyg&#232;ne, changeant la composition des oc&#233;ans, puis de l'atmosph&#232;re, cr&#233;ant la couche d'ozone, rendant possible la respiration et la &#171; sortie des eaux &#187; et d&#233;cuplant la diversit&#233; min&#233;rale (oxydes de fer, de soufre&#8230;). Min&#233;raux int&#233;gr&#233;s en retour dans les organismes eux-m&#234;mes &#8211; exosquelettes, carapaces, os, cornes, griffes, dents&#8230; &#8211; circulant et se transformant sans cesse dans les grands cycles biophysiques &#8211; carbone, azote, phosphore&#8230; &#8211;, int&#233;gr&#233;s dans les roches d'origine biotique &#8211; s&#233;diments, calcaires, p&#233;troles&#8230; &#8211;, vie g&#233;ologique que l'on ne saurait aucunement confondre avec le vivant biologique mais impossible &#224; penser s&#233;par&#233;ment. Autrement dit, la montagne n'est pas la souris, mais l'un comme l'autre sont impensables pris isol&#233;ment. Cette question nous occupera toutes les s&#233;ances, mais il me semble que nous avons d&#233;j&#224; l&#224; une imbrication qui peut nous dire quelque chose de la relation que nous tissons avec l'&#233;l&#233;ment naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque corollaire : il est beaucoup fait mention, depuis quelque temps, du terme d'&lt;i&gt;Anthropoc&#232;ne&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire de l'entr&#233;e dans une nouvelle &#232;re g&#233;ologique marqu&#233;e par l'impact plan&#233;taire des actions humaines, qui d&#233;buterait il y a seulement quelques si&#232;cles. Je laisse &#224; d'autres le soin de d&#233;cider de la pertinence du concept et de la datation mais il me semble que d'un point de vue &#233;cologique, la chose est claire et je crois l'avoir rappel&#233; : l'influence humaine &#224; grande &#233;chelle commence il y a plusieurs dizaines de milliers d'ann&#233;es. On peut lister tous les probl&#232;mes environnementaux actuels : surexploitation, pollution, destruction, d&#233;mographie, &#233;nergie, etc., il n'y en a finalement aucun de nouveau depuis des mill&#233;naires. Bien s&#251;r, nous changeons d'&#233;chelle de temps ou d'espace, de degr&#233; de toxicit&#233; ou d'ampleur des &#233;puisements, mais s'il existe une rupture, &#233;cologiquement parlant, qui s&#233;pare une for&#234;t d&#233;cim&#233;e d'une plaine salinis&#233;e et st&#233;rilis&#233;e par l'irrigation, et celle-ci d'un site d'enfouissement de d&#233;chets nucl&#233;aires, elle ne peut pas nous servir &#224; d&#233;limiter la fronti&#232;re entre une plan&#232;te &#171; naturelle &#187; et une plan&#232;te &#171; anthropis&#233;e &#187; &#8211; je pense que tout ce qui pr&#233;c&#232;de le montre. Au fond, cet aveuglement est pleinement id&#233;ologique et, en un sens, psychologique : il sous-tend l'existence d'une humanit&#233; ant&#233;rieure &#171; innocente &#187;, d'avant la faute originelle, que l'on pourrait ou devrait essayer de retrouver en nous d&#233;barrassant simplement qui &#171; du capitalisme &#187;, qui de la techno-science, qui de l'Occident, etc. Je crois avoir donn&#233; ici quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion &#224; cet &#233;gard, et nous en verrons d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cis&#233;ment, et dernier point que je voudrais souligner : non seulement cette humanit&#233; pass&#233;e n'est en rien innocente, mais aucune culture humaine pr&#233;sente ou surtout future ne peut se r&#233;clamer porteuse d'une quelconque &#171; solution &#187; d&#233;finitive au probl&#232;me des relations entre une collectivit&#233; humaine et son environnement &#171; naturel &#187;. Aussi loin que nous puissions remonter, nous contemplons des soci&#233;t&#233;s qui ont pu, &#224; un moment pr&#233;cis de leur histoire, &#233;laborer des pens&#233;es, des savoirs et des pratiques en ad&#233;quation &#233;troite avec une r&#233;alit&#233; biophysique, tant&#244;t apr&#232;s et/ou tant&#244;t avant destruction, d&#233;vastation et effondrement. Cela ouvre une r&#233;flexion abyssale, fuie comme la peste mais qui ne nous quittera plus &#224; partir de maintenant : il n'existe aucune solution universelle &#224; l'&#233;cologie humaine, &#224; la fameuse &#171; place de l'Homme dans la nature &#187; ; essentiellement, cette question ne peut recevoir que des r&#233;ponses circonstanci&#233;es, relatives, passag&#232;res, &#224; chaque fois particuli&#232;res, singuli&#232;res, non transposables. Une banalit&#233;, en r&#233;alit&#233;, d&#233;j&#224; formul&#233;e par H&#233;raclite : le monde humain, le monde naturel et leurs interactions sont en perp&#233;tuel mouvement, ind&#233;celable ou fracassant, en m&#234;me temps que structur&#233;s par des ordonnancements qui semblent immuables. Il y a une histoire authentique, une multitude d'histoires m&#234;mes, &#224; la fois humaines et biosph&#233;riques, donc des crises, transformations, stases ou basculements, dans lesquelles s'entrecroisent croissances d&#233;mographiques et changements climatiques, migrations massives et innovations agricoles, plafonds de ressources &#171; naturelles &#187; et &#233;volutions des m&#339;urs, &#233;volution des &#233;cosyst&#232;mes et colonisations&#8230; Nous voici projet&#233;s &#224; la fois dans le monde proprement humain, autonome, avec ses particularit&#233;s, et dans l'univers auto-constitu&#233; de la biosph&#232;re, le premier appartenant en plein, qu'il le veuille ou non, au second, et ce dernier n'&#233;tant plus le m&#234;me depuis que le premier a surgi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela soul&#232;ve une foule d'interrogations, dont une nous retiendra la prochaine fois : quelle est la singularit&#233; de cet animal si bizarre, ce primate &lt;i&gt;Homo sapiens&lt;/i&gt; que nous sommes, capable d'&#233;tablir des relations aussi antagoniques, contradictoires, compl&#233;mentaires et si nouvelles avec la vie organique dont il fait pourtant incontestablement partie et au sein de laquelle il demeure incapable de trouver sa place une bonne fois pour toutes ? Nous tenterons alors de cerner la &#171; nature &#187; de cet humain si &#171; contre-nature &#187;, que nous aborderons avec les ressources de la biologie, de l'anthropologie et de la psychanalyse. Cela devrait nous permettre, par la suite, d'explorer la mani&#232;re dont notre esp&#232;ce s'est repr&#233;sent&#233;e, au fil des mill&#233;naires et jusqu'&#224; aujourd'hui, cette &#171; nature &#187;, qui recouvre autant le ph&#233;nom&#232;ne de la vie que l'ensemble de la biosph&#232;re terrestre ou m&#234;me l'univers entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre suivant : &lt;strong&gt;II &#8211; Nature humaine et humaines natures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;ments bibliographiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La bibliographie ci-dessous a &#233;t&#233; r&#233;duite au minimum : il y manque d'un c&#244;t&#233; tous les &#171; classiques &#187; de l'&#233;cologie politique et des disciplines abord&#233;es, largement connus, ainsi que, de l'autre, les ouvrages aux th&#233;matiques apparemment trop &#233;loign&#233;es, sans m&#234;me parler de tous ceux dont l'apport, loin d'&#234;tre nul, n'a pas &#233;t&#233; significatif. N'ont donc &#233;t&#233; retenus que les titres ayant express&#233;ment servi &#224; l'&#233;laboration des s&#233;ances &#224; divers degr&#233;s, et regroup&#233;s grosso modo selon leur ordre, m&#234;me si beaucoup sont transversaux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gras les livres dont la lecture est vivement recommand&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bahuchet Serge, &lt;i&gt;Les Jardiniers de la nature&lt;/i&gt;, Odile Jacob, Paris, 2017&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourguignon Claude et Lydie, &lt;i&gt;Le Sol, la terre et les champs&lt;/i&gt;, Sang de la Terre, 2015&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Braudel Fernand, &lt;i&gt;Grammaire des civilisations&lt;/i&gt;, Flammarion, 1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Broswimmer Franz J., &lt;i&gt;Une br&#232;ve histoire de l'extinction en masse des esp&#232;ces&lt;/i&gt;, Agone, coll. &#171; &#233;l&#233;ments &#187;, 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Del&#233;age Jean-Paul, &lt;i&gt;Une Histoire de l'&#233;cologie. Une science de l'homme et de la nature&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, coll. &#171; Histoire des sciences &#187;, 1991&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diamond Jared, &lt;i&gt;Effondrement. Comment les soci&#233;t&#233;s d&#233;cident de leur disparition ou de leur survie&lt;/i&gt;, Gallimard, 2009&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Keeley Lawrence H., &lt;i&gt;Les Guerres pr&#233;historiques&lt;/i&gt;, Du Rocher, 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maquet Jacques J&#233;r&#244;me, &lt;i&gt;Afrique. Les civilisations noires&lt;/i&gt;, Horizons de France, 1962&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mazoyer Marcel et Roudart Laurence, &lt;i&gt;Histoire des agricultures du monde. Du n&#233;olithique &#224; la crise contemporaine&lt;/i&gt;, Seuil, 1997&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Osborn Fairfield, &lt;i&gt;La Plan&#232;te au pillage&lt;/i&gt;, Payot, 1949&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quenet Gr&#233;gory, &lt;i&gt;Qu'est-ce que l'histoire environnementale ?&lt;/i&gt;, Champ Vallon, 2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rostain Stephein, &lt;i&gt;Amazonie, un jardin naturel ou une for&#234;t domestiqu&#233;e. Essai d'&#233;cologie historique&lt;/i&gt;, Actes Sud/Errance, coll. &#171; Thesaurus &#187;, 2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ruddiman William F, &lt;i&gt;La Charrue, la peste et le climat&lt;/i&gt;, Randall, 2009&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scott James C., &lt;i&gt;Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers &#201;tats&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Testot Laurent, &lt;i&gt;Cataclysmes. Une histoire environnementale de l'humanit&#233;&lt;/i&gt;, Payot &amp; Rivages, coll. &#171; Histoire Payot &#187;, 2017&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La d&#233;mocratie m&#233;rite-t-elle de survivre ?</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1182-La-democratie-merite-t-elle-de-survivre</link>
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		<dc:date>2024-08-27T08:49:54Z</dc:date>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Lasch C.</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Progressisme</dc:subject>
		<dc:subject>Lib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
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		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

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&lt;p&gt;Chap 4 &#233;ponyme du livre de Christpher Lasch &#171; La r&#233;volte des &#233;lites &#187; [1995], Climats 1996, pp. 89-100. L'isolement croissant des &#233;lites signifie entre autres choses que les id&#233;ologies politiques perdent tout contact avec les pr&#233;occupations du citoyen ordinaire. Le d&#233;bat politique se restreignant la plupart du temps aux &#171; classes qui d&#233;tiennent la parole &#187; , comme on a eu raison de les d&#233;crire, devient de plus en plus nombriliste et fig&#233; dans la langue de bois. Les id&#233;es circulent et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-149-lasch-c-+" rel="tag"&gt;Lasch C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-220-decence-commune-+" rel="tag"&gt;D&#233;cence commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chap 4 &#233;ponyme du livre de Christpher Lasch &#171; La r&#233;volte des &#233;lites &#187; [1995], Climats 1996, pp. 89-100.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'isolement croissant des &#233;lites signifie entre autres choses que les id&#233;ologies politiques perdent tout contact avec les pr&#233;occupations du citoyen ordinaire. Le d&#233;bat politique se restreignant la
plupart du temps aux &#171; classes qui d&#233;tiennent la parole &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Talking classes, par opposition &#224; la majorit&#233; silencieuse. (N. d. E.)&#034; id=&#034;nh30-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme on a eu raison de les d&#233;crire, devient de plus en plus nombriliste et
fig&#233; dans la langue de bois. Les id&#233;es circulent et recirculent sous
forme de scies et de r&#233;flexes conditionn&#233;s. La vieille querelle droite-
gauche a &#233;puis&#233; sa capacit&#233; &#224; clarifier les probl&#232;mes et &#224; fournir une
carte fiable de la r&#233;alit&#233;. Dans certains secteurs, l'id&#233;e m&#234;me de la
r&#233;alit&#233; est mise en cause, peut-&#234;tre parce que les classes qui d&#233;tiennent la parole habitent un monde artificiel dans lequel des simulations de la r&#233;alit&#233; remplacent la r&#233;alit&#233; proprement dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, les id&#233;ologies, de droite comme de gauche, sont &#224;
pr&#233;sent tellement rigidifi&#233;es que les id&#233;es nouvelles ne font que peu d'impression sur leurs partisans. Une fois qu'ils se sont herm&#233;tiquement ferm&#233;s aux arguments et aux &#233;v&#233;nements qui pourraient
remettre en question leurs convictions, les fid&#232;les n'essaient plus de
provoquer leurs adversaires dans un d&#233;bat. Pour l'essentiel, ils ne lisent que des ouvrages &#233;crits d'un point de vue identique au leur. Au lieu d'affronter des arguments qui ne leur seraient pas familiers, ils se satisfont de les cat&#233;goriser en arguments orthodoxes ou h&#233;r&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des deux c&#244;t&#233;s, la d&#233;nonciation des d&#233;viations id&#233;ologiques absorbe
une &#233;nergie qui pourrait mieux s'investir dans l'auto-critique, et cette disparition de la capacit&#233; &#224; l'auto-critique constitue le signe le plus
certain du caract&#232;re moribond d'une tradition intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'affronter les &#233;volutions politiques et sociales qui tendent &#224; remettre en cause les idoles conventionnelles, les id&#233;ologues
de droite et de gauche pr&#233;f&#232;rent s'envoyer des accusations de socialisme et de fascisme &#8212; ceci en d&#233;pit de la r&#233;alit&#233; &#233;vidente que ni le
socialisme ni le fascisme ne repr&#233;sentent le mouvement de l'avenir
Leur vision du pass&#233; est tout aussi d&#233;form&#233;e que celle des chose &#224;
venir. Ils se sont appliqu&#233;s &#224; fermer leurs oreilles aux analyses
sociales p&#233;n&#233;trantes fa&#231;onn&#233;es &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XIXe
si&#232;cle, lorsqu'il est devenu &#233;vident que la petite propri&#233;t&#233; disparaissait et que les gens commen&#231;aient &#224; se demander si les vertus associ&#233;es au statut de petit propri&#233;taire pouvaient &#234;tre sauv&#233;es, sous une
autre forme, dans des conditions &#233;conomiques qui semblaient
rendre ce statut intenable.
Avant la Guerre de S&#233;cession, il y'avait g&#233;n&#233;ralement accord
dans un large &#233;ventail de l'opinion politique pour dire que la d&#233;mocratie n'avait pas d'avenir dans une nation de travailleur &#224; gages.
L'&#233;mergence d'une classe permanente de salari&#233;s apr&#232;s la guerre fut
un d&#233;veloppement profond&#233;ment d&#233;rangeant, qui troubla les commentateurs de la vie politique am&#233;ricaine bien plus largement que
nous ne nous en sommes rendus compte. Les mouvements agrariens qui connurent leur apog&#233;e dans le parti du peuple (ou parti
populiste) n'&#233;taient pas les seuls &#224; tenter de sauver la petite production par le biais de coop&#233;ratives d'achat et de vente. Des lib&#233;raux
comme E. L. Godkin, r&#233;dacteur en chef influent de &lt;i&gt;The Nation&lt;/i&gt;
du &lt;i&gt;New York Evening Post&lt;/i&gt;, soutinrent aussi les mouvements coop&#233;ratifs jusqu'&#224; ce qu'ils s'aper&#231;oivent que ces mouvements avaient
besoin pour r&#233;ussir de r&#233;glementation par l'&#201;tat du cr&#233;dit et des
banques. Dans les premi&#232;res ann&#233;es du XXe si&#232;cle, en Europe, le syndicalisme r&#233;volutionnaire et le socialisme des guildes proposaient
des solutions hardies et imaginatives (m&#234;me si elles s'av&#233;raient en
d&#233;finitive inapplicables) au probl&#232;me du salariat, &#224; un moment o&#249;
la social-d&#233;mocratie capitulait devant la &#171; logique de l'histoire &#187; &#8212; le
mouvement r&#233;put&#233; inexorable vers la centralisation et la r&#233;duction
correspondante du citoyen &#224; un consommateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me aux &#201;tats-Unis o&#249; ne s'est jamais d&#233;velopp&#233; un puissant
mouvement syndicaliste-r&#233;volutionnaire, les questions que soulevaient les syndicalistes r&#233;volutionnaires engendr&#232;rent n&#233;anmoins
beaucoup de r&#233;flexions au cours de l'&#233;poque dite progressiste [1900-
1916]. Si la pens&#233;e progressiste &#233;tait vivante et suggestive, c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que, pour une si large part, elle s'opposait aux orthodoxies politiques associ&#233;es &#224; l'id&#233;e de progr&#232;s. Un certain nombre de
progressistes importants refusaient d'accepter que le prix &#224; payer
pour le progr&#232;s soit la division de la soci&#233;t&#233; entre une classe cultiv&#233;e
et une classe laborieuse. Et ils n'adh&#233;raient pas non plus &#224; l'assistanat d'&#201;tat comme unique moyen de prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts des travailleurs. Ils reconnaissaient la force de l'objection des conservateurs, pour lesquels les programmes d'assistance allaient promouvoir
un &#171; sentiment de d&#233;pendance &#187;, selon la formule d'Herbert Croly,
mais ils rejetaient leur affirmation selon laquelle &#171; le seul espoir du
salari&#233; est de devenir propri&#233;taire &#187;. Croly soutenait qu'une partie
des responsabilit&#233;s du &#171; fonctionnement du m&#233;canisme &#233;conomique
de la vie moderne &#187; devrait &#234;tre transf&#233;r&#233; &#224; la classe ouvri&#232;re &#8212; ou
plut&#244;t, arrach&#233; par les ouvriers &#224; leurs employeurs, puisque leur
&#171; ind&#233;pendance... ne serait pas grand chose &#187;, si elle leur &#233;tait
&#171; remise par l'&#201;tat ou par les associations patronales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sagesse conventionnelle, commune &#224; la gauche aussi bien qu'&#224;
la droite, veut que nous vivions dans une soci&#233;t&#233; inter-d&#233;pendante,
dans laquelle la vertu d'autonomie et de confiance en soi est devenue tout aussi anachronique que la production artisanale. La tradition populiste, telle que je la comprends du moins, s'en prenait &#224;
cette vision des choses. Le mot de passe populiste &#233;tait ind&#233;pendance et non pas inter-d&#233;pendance. Les populistes consid&#233;raient
l'autonomie et la confiance en soi (qui bien s&#251;r n'emp&#234;chent pas la
coop&#233;ration dans la vie civique et &#233;conomique) comme l'essence de
la d&#233;mocratie, une vertu qui n'a jamais cess&#233; d'&#234;tre requise. Ce qu'ils
reprochaient &#224; la production de masse et &#224; la centralisation
politique &#233;tait qu'elles affaiblissaient l'esprit d'autonomie et la
confiance en soi, et dissuadaient les gens d'assumer la responsabilit&#233;
de leurs actions. Ce qui sugg&#232;re que ces critiques sont plus convaincantes que jamais, c'est le culte de la victime et sa pr&#233;dominance
dans les campagnes r&#233;centes en faveur des r&#233;formes sociales. Par
contraste, la force du mouvement pour les droits civiques, que l'on
peut comprendre comme appartenant &#224; la tradition populiste, c'est
justement qu'il s'est toujours refus&#233; &#224; revendiquer une position
morale privil&#233;gi&#233;e pour les victimes de l'oppression. Martin Luther
King &#233;tait un lib&#233;ral dans sa th&#233;ologie de l'&#233;vangile social, mais
c'&#233;tait un populiste quand il soutenait que les Noirs devait assumer
la responsabilit&#233; de leur vie et quand il faisait l'&#233;loge des vertus
petites-bourgeoises : travailler dur, rester sobre, chercher son progr&#232;s
int&#233;rieur. Si le mouvement pour les droits civiques a &#233;t&#233; un
triomphe pour la d&#233;mocratie, c'est parce que sous la direction de
King un peuple rabaiss&#233; s'est m&#233;tamorphos&#233; en citoyens actifs, fiers
d'eux-m&#234;mes, qui, tout en d&#233;fendant leurs droits constitutionnels,
ont atteint une dignit&#233; nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;King avait une compr&#233;hension plus int&#233;grale de la d&#233;mocratie
que bien des d&#233;mocrates, et cette compr&#233;hension &#233;largie fait aussi
partie de l'h&#233;ritage populiste. Lorsqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1920,
Walter Lippmann commen&#231;a &#224; soutenir l'id&#233;e que l'opinion
publique est n&#233;cessairement mal inform&#233;e et qu'il vaut mieux laisser
le gouvernement entre les mains des sp&#233;cialistes, c'est &#224; juste titre
que John Dewey a contredit cette conception. Pour Lippmann, la
d&#233;mocratie ne signifiait rien de plus que l'acc&#232;s universel aux
bonnes choses de la vie. Pour Dewey, il fallait qu'elle repose sur &#171; la
prise de responsabilit&#233; &#187; par les hommes et les femmes ordinaires,
sur un &#171; d&#233;veloppement stable et &#233;quilibr&#233; de l'esprit et du
caract&#232;re &#187;. Ce qu'il n'expliquait pas, c'est comment exactement
dans un monde domin&#233; par des organisations g&#233;antes et les communications de masse, l'esprit de responsabilit&#233; pouvait prosp&#233;rer.
Les th&#233;oriciens classiques de la d&#233;mocratie doutaient que le gouvernement direct du peuple par lui-m&#234;me puisse fonctionner de
mani&#232;re tr&#232;s efficace au-del&#224; du niveau local &#8212; ce qui est la raison
pour laquelle ils voulaient conf&#233;rer autant de pouvoir que possible
au niveau local. Dewey lui-m&#234;me esp&#233;rait &#171; un mouvement de
retour... dans les patries locales de l'humanit&#233; &#187;, mais il ne pouvait
dire &#224; ses lecteurs comment devait se produire ce retour, puisqu'il
tenait pour admis que la centralisation &#233;tait in&#233;vitable, et aussi &#171; la
d&#233;sint&#233;gration de la famille, de l'&#233;glise et du quartier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;change Dewey-Lippmann pose la question d&#233;rangeante de
savoir si la d&#233;mocratie pr&#233;suppose des normes &#233;lev&#233;es de conduite
personnelle. &#192; la diff&#233;rence de beaucoup de lib&#233;raux contemporains, Dewey pensait clairement que o&#249;. Dans &lt;i&gt;The Public and Its Problems&lt;/i&gt; (1927), il remarquait avec inqui&#233;tude que &#171; les all&#233;geances
qui tenaient autrefois les individus, qui leur apportaient appui,
direction et unit&#233; de vision sur la vie, ont pour ainsi dire disparu. &#187;
Le probl&#232;me auquel renvoyait son titre &#233;tait la mani&#232;re de les
reconstituer, Comme d'autres penseurs progressistes, particuli&#232;rement Charles H. Cooley, Dewey avait &#224; c&#339;ur de r&#233;futer ceux qui
accusaient la d&#233;mocratie d'encourager la m&#233;diocrit&#233;, l'auto-satisfaction, un amour excessif du bien-&#234;tre, le laisser-aller dans le travail et
un conformisme timor&#233; avec l'opinion dominante. L'id&#233;e qu'il y a
incompatibilit&#233; entre d&#233;mocratie et excellence, que les crit&#232;res &#233;lev&#233;s
sont &#233;litistes (ou, comme nous dirions aujourd'hui, sexistes, racistes,
et ainsi de suite) de mani&#232;re inh&#233;rente &#224; toujours &#233;t&#233; le meilleur
argument contre la d&#233;mocratie. Malheureusement, de nombreux
d&#233;mocrates partagent cette opinion secr&#232;tement (ou moins secr&#232;tement) et sont donc incapables d'y r&#233;pondre. Au lieu de cela, ils se
replient sur l'affirmation que les hommes et les femmes d'une
d&#233;mocratie compensent par la tol&#233;rance ce qui leur manque en
caract&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La toute derni&#232;re variante de ce th&#232;me familier, qui le pousse
jusqu'&#224; l'absurde, est que, par respect de la diversit&#233; culturelle, nous
n'avons pas le droit d'imposer les crit&#232;res des groupes privil&#233;gi&#233;s aux
victimes de l'oppression. Cette id&#233;e est si clairement le s&#251;r moyen
d'arriver &#224; l'incomp&#233;tence universelle (ou du moins &#224; une fracture
d&#233;sastreuse entre les classes comp&#233;tentes et les classes incomp&#233;tentes) qu'elle est rapidement en voie de perdre le peu de cr&#233;dibilit&#233;
qu'elle a pu avoir quand notre soci&#233;t&#233; (&#224; cause de son abondance de
terre et d'autres ressources naturelles jointe &#224; son d&#233;ficit chronique
de main-d'&#339;uvre) laissait une marge plus g&#233;n&#233;reuse &#224; l'incomp&#233;tence. Les signes croissants qu'inefficacit&#233; et corruption sont largement r&#233;pandues, le d&#233;clin de la productivit&#233; am&#233;ricaine, la
recherche de profits sp&#233;culatifs aux d&#233;pens de l'activit&#233; industrielle,
la d&#233;t&#233;rioration des infrastructures mat&#233;rielles de notre pays, les
conditions de vie mis&#233;rables dans nos centres urbains accabl&#233;s de
criminalit&#233;, la mont&#233;e inqui&#233;tante et honteuse de la pauvret&#233;, et la
disparit&#233; qui s'&#233;largit entre richesse et pauvret&#233;, disparit&#233; &#224; la fois
moralement obsc&#232;ne et politiquement explosive &#8212; ces &#233;volutions
dont on ne peut plus ignorer ou dissimuler qu'elles repr&#233;sentent
une menace dangereuse ont rouvert le d&#233;bat historique sur la d&#233;mocratie. Au moment o&#249; elle triomphe avec &#233;clat du communisme,
voici que la d&#233;mocratie se trouve soumise chez nous au feu de violentes critiques, critiques qui ne manqueront pas de s'aggraver si la
situation continue de se d&#233;grader au rythme actuel. Des institutions
de forme d&#233;mocratique ne garantissent pas un ordre social qui fonctionne, comme nous l'apprennent les exemples de l'Inde et de
l'Am&#233;rique latine. Les conditions de vie dans les grandes villes am&#233;ricaines commen&#231;ant &#224; se rapprocher de celles du Tiers Monde, la
d&#233;mocratie va devoir enti&#232;rement refaire ses preuves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lib&#233;raux ont toujours eu comme position que la d&#233;mocratie
pouvait se passer de la vertu civique. Dans cette mani&#232;re de penser,
ce sont des institutions lib&#233;rales, et non pas le caract&#232;re des citoyens,
qui font fonctionner la d&#233;mocratie. La d&#233;mocratie est un syst&#232;me
juridique qui permet aux gens de vivre avec leurs diff&#233;rences. Toutefois, la crise de la comp&#233;tence et de la confiance civique qui nous
menace jette un doute particuli&#232;rement terrible sur le postulat com-
mode selon lequel les institutions, par opposition au caract&#232;re, apportent toute la vertu qu'il faut &#224; la d&#233;mocratie. La crise de la comp&#233;tence sugg&#232;re que nous avons besoin d'une interpr&#233;tation
r&#233;visionniste de l'histoire am&#233;ricaine, qui mette l'accent sur la mesure
dans laquelle la d&#233;mocratie lib&#233;rale a v&#233;cu sur le capital emprunt&#233;
aux traditions morale et religieuse ant&#233;rieures &#224; l'av&#232;nement du
lib&#233;ralisme. Un second &#233;l&#233;ment de ce r&#233;visionnisme est un respect
accru pour des traditions de pens&#233;e jusqu'&#224; pr&#233;sent n&#233;glig&#233;es, qui
d&#233;coulent du r&#233;publicanisme classique et de la th&#233;ologie protestante
des origines o&#249; il n'y a jamais eu d'illusions sur le peu d'importance
de la vertu civique. Plus nous en viendrons &#224; mesurer la valeur des
all&#233;geances qui autrefois apportaient aux individus &#171; appui, direction et unit&#233; de vision sur la vie &#187;, plus il nous faudra nous retourner comme guides vers des penseurs &#8212; Ralph Waldo Emerson, Walt
Whitman, Orestes Brownson, Nathaniel Hawthorne, Josiah Royce,
Charles H. Cooley, John Dewey, Randolph Bourne &#8212; qui avaient
compris que la d&#233;mocratie doit repr&#233;senter quelque chose de plus
exigeant que l'int&#233;r&#234;t personnel &#233;clair&#233;, &#171; l'ouverture d'esprit &#187; et la
tol&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'est pas simplement de savoir si la d&#233;mocratie peut
survivre. Cela seul suffit &#224; donner une urgence nouvelle aux probl&#232;mes que nous avons toujours mis tellement de z&#232;le &#224; &#233;viter. Mais
il est &#233;vident que la question en profondeur est de savoir si la d&#233;mocratie m&#233;rite de survivre. Quels que soient ses attraits intrins&#232;ques,
la d&#233;mocratie n'est pas une fin en soi, Elle doit &#234;tre jug&#233;e &#224; l'aune de
sa r&#233;ussite &#224; produire des biens sup&#233;rieurs, des &#339;uvres d'art et de
savoir sup&#233;rieures, un type de caract&#232;re sup&#233;rieur. Walt Whitman
&#233;crivait dans ses &lt;i&gt;Democratic Vistas&lt;/i&gt; (1871) : &#171; La d&#233;mocratie ne
pourra jamais faire ses preuves &#224; l'exc&#232;s de toute argutie que quand
elle aura fond&#233; et fera cro&#238;tre avec luxuriance ses propres formes
d'art &#187;, son propre &#171; caract&#232;re religieux et moral &#187;, les &#171; personnalit&#233;s parfaites &#187; qui feront de &#171; notre monde occidental une nationalit&#233; sup&#233;rieure &#224; toutes celles connues jusque l&#224; &#187;. Whitman croyait
que le test de la d&#233;mocratie &#233;tait de savoir si elle pourrait produire
un &#171; agr&#233;gat de h&#233;ros, de caract&#232;res, d'exploits, de souffrances, de
prosp&#233;rit&#233; ou de malheur, de gloire ou d'infamie, communs &#224; tous,
typiques de tous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux &#224; qui est cher l'id&#233;al d'un esprit ouvert (m&#234;me s'il
s'av&#232;re que c'est un esprit vide), ces propos o&#249; il est question de
h&#233;ros, d'exploits, de gloire et d'infamie sont automatiquement
suspects &#8212; de fait, ils sont effrayants. L'appel &#224; des mod&#232;les
d'h&#233;ro&#239;sme &#171; communs &#224; tous &#187; semble menacer le pluralisme des
engagements &#233;thiques que la d&#233;mocratie est oblig&#233;e de prot&#233;ger.
Toutefois, faute de normes communes, la tol&#233;rance devient indiff&#233;rence, et le pluralisme culturel d&#233;g&#233;n&#232;re en spectacle esth&#233;tique o&#249;
l'on savoure avec le plaisir du connaisseur les &#233;tranges coutumes de
nos voisins. Cependant, en tant qu'individus, nos voisins eux-m&#234;mes
ne sont jamais expos&#233;s au moindre type de jugement. La suspension
de tout jugement &#233;thique, dans la compr&#233;hension, ou l''incompr&#233;hension, du pluralisme qui a cours aujourd'hui, rend m&#234;me d&#233;plac&#233;
de parler simplement d'&#171; engagements &#233;thiques &#187;. Dans les d&#233;finitions de la diversit&#233; culturelle qui sont aujourd'hui en vigueur, tout
ce &#224; quoi on peut pr&#233;tendre, c'est &#224; de l'appr&#233;ciation esth&#233;tique. Les
questions qui sont cens&#233;es nous diviser au-del&#224; de tout espoir de
compromis s'av&#232;rent &#234;tre des questions de mode de vie, selon la
phras&#233;ologie actuelle. Comment dois-je m'habiller ? Que dois-je
manger ? Qui dois-je &#233;pouser ? Qui dois-je choisir comme ami (e) s ?
Dans ce contexte, la question qui compte v&#233;ritablement --- Comment
dois-je vivre ? &#8212; devient aussi affaire de go&#251;t, de pr&#233;f&#233;rence personnelle, d'idiosyncrasie, au mieux d'identification religieuse ou eth-
nique. Mais si elle est bien comprise, cette question plus profonde et
plus difficile demande que nous parlions de vertus impersonnelles
comme le courage physique, l'amour du travail bien fait, le courage
moral, l'honn&#234;tet&#233; et le respect pour les adversaires. En outre, si nous
croyons &#224; ces choses, nous devons &#234;tre pr&#234;ts &#224; les recommander &#224;
tout le monde comme conditions morales pr&#233;alables au bonheur.
Renvoyer tout le monde &#224; une &#171; pluralit&#233; d'engagements &#233;thiques &#187;
signifie que nous n'exigeons rien de personne et ne reconnaissons &#224;
personne le droit d'exiger rien de nous. Logiquement, suspendre
tout jugement nous condamne &#224; la solitude. &#192; moins d'&#234;tre pr&#234;ts &#224;
exiger des choses les uns des autres, nous ne pourrons conna&#238;tre que
la forme la plus rudimentaire de vie commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si nous ne pouvons tomber d'accord sur la d&#233;finition du
bonheur &#8212; et on pourrait soutenir que nous n'en avons pas encore
s&#233;rieusement fait l'effort &#8212; nous pouvons sans doute l'&#234;tre sur des
normes minimales de savoir-faire, de culture &#233;l&#233;mentaire et de comp&#233;tence g&#233;n&#233;rale. Sans ces normes, nous n'avons pas de base &#224; partir
de laquelle exiger ou accorder le respect. Des normes communes
Sont absolument indispensables &#224; une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. Ce
sont des soci&#233;t&#233;s organis&#233;es autour d'une hi&#233;rarchie du privil&#232;ge qui
peuvent se permettre des normes multiples, mais pas une d&#233;mocratie. Des normes &#224; g&#233;om&#233;trie variable signifient une citoyennet&#233; &#224;
deux vitesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconnaissance de l'&#233;galit&#233; des droits est une condition
n&#233;cessaire mais non suffisante de la citoyennet&#233; d&#233;mocratique. Si
tout le monde n'a pas acc&#232;s &#233;galement aux moyens de comp&#233;tence
(comme nous pourrions les d&#233;signer), l'&#233;galit&#233; des droits ne conf&#232;re
pas le respect de soi. C'est pourquoi c'est une erreur de fonder la
d&#233;fense de la d&#233;mocratie sur la fiction sentimentale qui veut que
les gens soient tous pareils. En fait, les gens n'ont pas tous les m&#234;mes capacit&#233;s (ce qui, bien s&#251;r, ne nous emp&#234;che pas de pouvoir
entrer par l'imagination dans la vie des autres). Comme l'a fait
remarquer Hannah Arendt, les Lumi&#232;res ont compris les choses &#224;
l'envers. C'est la citoyennet&#233; qui conf&#232;re l'&#233;galit&#233; et non pas l'&#233;galit&#233; qui cr&#233;e un droit &#224; la citoyennet&#233;. L'identit&#233; n'est pas l'&#233;galit&#233;
et, ajoute Hannah Arendt, &#171; pour cette raison, l&#233;galit&#233; politique
est le contraire m&#234;me de l'&#233;galit&#233; devant la mort. ou de l'&#233;galit&#233;
devant Dieu. &#187; L'&#233;galit&#233; politique &#8212; la citoyennet&#233; &#8212; met &#224; &#233;galit&#233;
des gens qui autrement sont in&#233;gaux dans leurs capacit&#233;s, et l'universalisation de la citoyennet&#233; doit donc &#234;tre accompagn&#233;e non
seulement par une formation th&#233;orique dans les arts de la citoyennet&#233; mais par des mesures con&#231;ues pour assurer la distribution la
plus large de la responsabilit&#233; &#233;conomique et politique, dont l'exercice est encore plus important qu'une formation th&#233;orique pour
enseigner &#224; bien juger, &#224; parler de mani&#232;re claire et convaincante, &#224;
avoir la capacit&#233; de d&#233;cider et &#224; &#234;tre pr&#234;t &#224; accepter les cons&#233;quences de nos actions. C'est en ce sens que la citoyennet&#233; universelle implique tout un monde de h&#233;ros. La d&#233;mocratie a besoin
d'un tel monde si la citoyennet&#233; ne veut pas devenir une formalit&#233; vaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie demande aussi une &#233;thique plus stimulante que la
tol&#233;rance. La tol&#233;rance, c'est bien joli, mais ce n'est que le commencement de la d&#233;mocratie, non sa destination. De nos jours, la
d&#233;mocratie est plus s&#233;rieusement menac&#233;e par l'indiff&#233;rence que par
l'intol&#233;rance ou la superstition. Nous sommes devenus bien trop
experts en bonnes raisons pour nous-m&#234;mes &#8212; pire encore, en
bonnes raisons pour les &#171; d&#233;favoris&#233;s &#187;. Nous sommes si occup&#233;s &#224;
d&#233;fendre nos droits (droits pour l'essentiel conf&#233;r&#233;s par d&#233;cision
judiciaire) que nous accordons peu de r&#233;flexion &#224; nos responsabilit&#233;s. Nous disons rarement ce que nous pensons, par crainte de blesser ou de choquer. Nous sommes r&#233;solus &#224; respecter tout le monde,
mais nous avons oubli&#233; que le respect doit se gagner. Le respect n'est
pas synonyme de tol&#233;rance ou de prise en compte de &#171; modes de vie ou communaut&#233;s diff&#233;rents &#187;. Il s'agit l&#224; d'une approche touristique
de la morale. Le respect est ce que nous &#233;prouvons en pr&#233;sence de
r&#233;ussites admirables, de caract&#232;res admirablement form&#233;s, de dons
naturels mis &#224; bon usage. Il implique l'exercice d'un jugement discriminant et non d'une acceptation indiscrimin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233; peine, en proie &#224; deux grandes peurs paralysantes : le
fanatisme et la guerre raciale. Ayant tardivement d&#233;couvert la contingence de tous les syst&#232;mes de croyance et de toutes les id&#233;ologies, nous
sommes hant&#233;s par les terreurs qui naissent quand on tient pour universelles des v&#233;rit&#233;s partielles. En un si&#232;cle qu'ont domin&#233; le fascisme et
le communisme, cette peur est compr&#233;hensible, mais il est sans aucun
doute possible actuellement de soutenir que la menace totalitaire
recule sans &#234;tre accus&#233; d'un exc&#232;s de confort intellectuel. Il n'est pas
vrai non plus, comme on nous l'affirme si souvent, que le fondamentalisme islamique soit un danger &#233;quivalent. Ceux qui se font trop de
soucis &#224; propos du fanatisme id&#233;ologique tombent souvent dans un
conformisme intellectuel qui leur est propre, ce que nous voyons particuli&#232;rement chez les intellectuels lib&#233;raux. Tout se passe comme s'ils
&#233;taient les seuls &#224; comprendre le danger de l'universalit&#233; mal plac&#233;e, la
relativit&#233; de la v&#233;rit&#233; et le besoin d'une suspension du jugement. Ces
intellectuels qui font profession de leur ouverture d'esprit se voient
comme une minorit&#233; civilis&#233;e dans un oc&#233;an de fanatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'enorgueillissant de s'&#234;tre &#233;mancip&#233;s de la religion, ils la comprennent
&#224; tort comme un ensemble de dogmes arr&#234;t&#233;s et absolus, qui r&#233;siste &#224;
toute esp&#232;ce d'&#233;valuation intelligente. Ils ne voient pas la discipline
contre le fanatisme que constitue la religion elle-m&#234;me, La &#171; qu&#234;te de
la certitude &#187;, comme disait Dewey, n'est nulle part condamn&#233;e avec
une passion aussi implacable que dans la tradition proph&#233;tique commune au Juda&#239;sme et au Christianisme : elle nous met en garde encore
et encore contre l'idol&#226;trie, y compris contre l'idol&#226;trie de l'&#233;glise. De
nombreux intellectuels supposent que la religion satisfait le besoin de
s&#233;curit&#233; morale et &#233;motionnelle &#8212; id&#233;e qui serait an&#233;antie par la
connaissance la plus passag&#232;re de la religion. Il semble qu'il y ait des
limites m&#234;me &#224; l'ouverture de l'esprit ouvert, limites qui se r&#233;v&#232;lent
vite quand la conversation en vient &#224; la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de l'intol&#233;rance raciale est &#233;troitement li&#233; au fanatisme. Ici encore, il y a une bonne dose de complaisance et de pharisa&#239;sme qui se m&#234;lent dans la peur de l'intol&#233;rance. Les classes intellectuelles semblent souffrir de l'illusion qu'elles sont les seules &#224;
avoir triomph&#233; des pr&#233;jug&#233;s raciaux. Selon elles, le reste du pays
demeure incorrigiblement raciste. Leur z&#232;le &#224; ramener bon gr&#233; mal
gr&#233; toutes les conversations &#224; [a question de la race suffit en soi &#224;
inciter au soup&#231;on que l'investissement qu'elles ont dans cette question va au-del&#224; de tout ce qui est justifi&#233; par l'&#233;tat r&#233;el des rapports
entre les races. La monomanie n'est pas un sympt&#244;me de bon jugement. Mais qu'il naisse du pharisa&#239;sme, de la panique ou des deux
m&#233;lang&#233;s, le postulat selon lequel la plupart des Am&#233;ricains demeurent racistes au fond d'eux-m&#234;mes ne saurait r&#233;sister &#224; un examen
attentif. L'am&#233;lioration des attitudes raciales est l'une des quelques
&#233;volutions positives de ces derni&#232;res d&#233;cennies. Non pas que le
conflit racial se soit apais&#233;, mais c'est une grave erreur d'interpr&#233;ter
tous les conflits comme des indices de la vision r&#233;trograde de l'Am&#233;ricain ordinaire, comme un retour de l'intol&#233;rance historique qui &#224;
jou&#233; un si grand r&#244;le dans l'histoire de notre pays. Le nouveau
racisme est r&#233;actif plut&#244;t que r&#233;siduel, et je ne dis m&#234;me pas r&#233;surgent. C'est une r&#233;action, m&#234;me si elle est incorrecte et choquante,
aux crit&#232;res in&#233;gaux de justice raciale qui apparaissent, aux yeux de
la plupart des Am&#233;ricains, comme d&#233;raisonnables et injustes.
Puisque l'on rejette banalement comme raciste toute opposition &#224;
l'in&#233;galit&#233; &#171; positive &#187; des normes, une des r&#233;actions &#224; cette insulte,
de la part des ouvriers, des gens modestes, accabl&#233;s par la discrimination positive et le &lt;i&gt;busing&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour parfaire le combat contre la s&#233;gr&#233;gation scolaire, entam&#233; en 1954, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#224; pr&#233;sent de la part des &#233;tudiants harcel&#233;s par les tentatives pour imposer une langue et une pens&#233;e politiquement correctes est d'accepter comme un titre de gloire
l'&#233;tiquette de &#171; raciste &#187;, de s'en targuer, avec un sens raffin&#233; de la
provocation, devant ceux qui veulent faire du racisme et des droits
des minorit&#233;s le seul sujet de d&#233;bat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue des gens qui sont obs&#233;d&#233;s comme d'une id&#233;e
fixe par le racisme et le fanatisme id&#233;ologique, la d&#233;mocratie ne
peut vouloir dire qu'une seule chose : la d&#233;fense de ce qu'ils appellent la diversit&#233; culturelle. Mais il y a des questions bien plus importantes qui sont pos&#233;es aux amis de la d&#233;mocratie : la crise de la comp&#233;tence ; la diffusion de l'apathie et d'un cynisme &#233;touffant ; la paralysie morale de ceux qui mettent au-dessus de toutes les valeurs &#171; l'ouverture d'esprit &#187;. Dans les ann&#233;es 1870, Walt Whitman &#233;crivait : &#171; Jamais peut-&#234;tre n'y eut-il plus de vide dans le c&#339;ur qu'il n'en existe &#224; pr&#233;sent et ici aux &#201;tats-Unis. La croyance authentique semble nous avoir quitt&#233;s. &#187; Ces mots sont toujours aussi actuels.
Quand donc serons-nous pr&#234;ts &#224; les &#233;couter ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb30-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Talking classes&lt;/i&gt;, par opposition &#224; la majorit&#233; silencieuse. (N. d. E.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour parfaire le combat contre la s&#233;gr&#233;gation scolaire, entam&#233; en 1954, et s'efforcer
d'obtenir l'int&#233;gration raciale dans les classes, malgr&#233; le r&#232;gne de la s&#233;gr&#233;gation dans l'habitat,
l'administration Johnson avait d&#233;cid&#233; une nouvelle action &#171; affirmative &#187;, ent&#233;rin&#233;e par la
Cour Supr&#234;me en 1971 : dans un district scolaire donn&#233; les cars de ramassage scolaire (&lt;i&gt;school
buses&lt;/i&gt;) transporteront les enfants noirs vers les &#233;coles jusque-l&#224; blanches et r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Islam, migrations, empire</title>
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		<dc:date>2024-08-15T10:54:49Z</dc:date>
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		<dc:subject>Lieux Communs</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
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		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>
		<dc:subject>Elmansour Sofia</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sommaire Introduction : L'Occident au pied du mur (analyse) I &#8211; Islam et islamisme En banlieue, l'islamisme &#233;l&#233;mentaire (entretien) Islamisme : concevoir l'impensable (expos&#233;) L'islamisme d'&#201;tat En Marche&#8230; (entretien) Synt&#232;se : Islamisme, totalitarisme, imp&#233;rialisme (analyse) II &#8211; Islamo-gauchisme et capitulations &#171; Il y a des affinit&#233;s anthropologiques entre un gauchiste et un musulman &#187; (entretien) &#171; L'alliance entre le gauchisme et l'islamisme pr&#233;&#173;tend &#233;viter la guerre &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-dynamiques-geopolitiques-" rel="directory"&gt;Dynamiques G&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-98-lieux-communs-+" rel="tag"&gt;Lieux Communs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-82-histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-217-islamogauchisme-+" rel="tag"&gt;Islamogauchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-286-Elmansour-Sofia-+" rel="tag"&gt;Elmansour Sofia&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/couvertureislammigrationsempire.png?1723628276' class='spip_logo spip_logo_right' width='114' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1780 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:500px;&#034; data-w=&#034;500&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1146-Livres-disponibles-publies-ou-non' class=&#034;spip_in&#034; arial-label=&#034;Cliquer sur l'image pour acc&#233;der &#224; la page o&#249; le livre est t&#233;l&#233;chargeable&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:131.40916808149%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/png/couvertureislammigrationsempire.png&amp;taille=500&amp;1708030383' alt='Cliquer sur l'image pour acc&#233;der &#224; la page o&#249; le livre est t&#233;l&#233;chargeable' data-src='IMG/png/couvertureislammigrationsempire.png' data-l='589' data-h='774' data-tailles='[\&#034;500\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couvertureislammigrationsempire.png&amp;#38;taille=500&amp;#38;1708030383 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/png/couvertureislammigrationsempire.png&amp;#38;taille=589&amp;#38;1708030383 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-1780 '&gt;&lt;strong&gt;Cliquer sur l'image pour acc&#233;der &#224; la page o&#249; le livre est t&#233;l&#233;chargeable&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Introduction : &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?836-l-Occident-au-pied-du-mur' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'Occident au pied du mur&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;analyse&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I &#8211; Islam et islamisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?837-en-banlieue-l-islamisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;En banlieue, l'islamisme &#233;l&#233;mentaire&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;entretien&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?789-Islamisme-concevoir-l-impensable' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Islamisme : concevoir l'impensable&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;expos&#233;&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?347-L-islamisme-d-Etat-En-Marche' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'islamisme d'&#201;tat En Marche&#8230;&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;entretien&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Synt&#232;se : &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?870-Islamisme-totalitarisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Islamisme, totalitarisme, imp&#233;rialisme&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;analyse&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II &#8211; Islamo-gauchisme et capitulations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?859-il-y-a-des-affinites-anthropologiques' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Il y a des affinit&#233;s anthropologiques entre un gauchiste et un musulman &#187;&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;entretien&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?974-L-alliance-entre-le-gauchisme-et-l' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; L'alliance entre le gauchisme et l'islamisme pr&#233;&#173;tend &#233;viter la guerre &#187;&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;entretien&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?689-islamisme-islamophobie-islamo' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les racines de l'islamo-gauchisme&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;conf&#233;rence&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1041-La-paix-sociale-sexuelle-est-achetee' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La paix sociale sexuelle est achet&#233;e au prix du si&#173;lence&#8230; &#187;&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;entretien&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Synth&#232;se : &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1112-Wokisme-et-obscurantisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Wokisme et obscurantisme : articulations et compl&#233;mentarit&#233;s&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;article&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III &#8211; Migrations et basculements&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?910-Les-refugies-de-l-interieur-1-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les r&#233;fugi&#233;s de l'int&#233;rieur&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;entretien&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?589-Nous-immigres-arabes-face-a-nos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Nous, immigr&#233;s arabes, face &#224; nos choix politiques&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;analyse&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?971-Les-lieux-communs-de-l-immigration' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les lieux communs de l'immigration&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;analyse&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?978-Immigration-ecologie-et' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Immigration, &#233;cologie et d&#233;croissance&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;conf&#233;rence&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?924-La-ruee-vers-l-Europe-La-jeune' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La ru&#233;e vers l'Europe&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;recension&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV &#8211; Vers une logique imp&#233;riale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?965-L-horizon-imperial-1-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'horizon imp&#233;rial&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;analyse&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Table des mati&#232;res d&#233;taill&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Violence gratuite : &#171; Ghetto&#239;sation &#187; ou clan ?</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1178-Violence-gratuite-Ghettoisation-ou-clan</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1178-Violence-gratuite-Ghettoisation-ou-clan</guid>
		<dc:date>2024-08-06T09:23:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Psychiatrie</dc:subject>
		<dc:subject>Multiculturalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Progressisme</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Banlieue</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;meutes</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chapitre 7 du livre &#171; &#171; Ghetto&#239;sation &#187;, ou clan ? &#187;, pp. 67-87 du livre de Maurice Berger &#171; Sur la violence gratuite en France : Adolescents hyper-violents, t&#233;moignages et analyse &#187; (2019, L'Artilleur). 1) Qu'est-ce qu'un clan ? Un exemple dont beaucoup de Fran&#231;ais se souviennent va nous &#233;clairer. Les &#233;v&#233;nements suivants eurent lieu en 2015, &#224; Moirans, petite ville fran&#231;aise qui propose depuis de nombreuses ann&#233;es une aire d'accueil pour les gens du voyage, communaut&#233; gitane &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-110-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-71-psychiatrie-+" rel="tag"&gt;Psychiatrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-124-banlieue-+" rel="tag"&gt;Banlieue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-92-emeutes-+" rel="tag"&gt;&#201;meutes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chapitre 7 du livre &#171; &#171; Ghetto&#239;sation &#187;, ou clan ? &#187;, pp. 67-87 du livre de Maurice Berger &#171; Sur la violence gratuite en France : Adolescents hyper-violents, t&#233;moignages et analyse &#187; (2019, L'Artilleur).&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1) Qu'est-ce qu'un clan ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un exemple dont beaucoup de Fran&#231;ais se souviennent
va nous &#233;clairer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements suivants eurent lieu en 2015, &#224;
Moirans, petite ville fran&#231;aise qui propose depuis de
nombreuses ann&#233;es une aire d'accueil pour les gens du
voyage, communaut&#233; gitane &#224; fonctionnement clanique.
Un de ses membres, un jeune homme, est emprisonn&#233;
pour des faits graves. Peu apr&#232;s, les membres de sa communaut&#233; exigent qu'il puisse sortir de son &#233;tablissement
p&#233;nitentiaire afin d'assister aux obs&#232;ques de son fr&#232;re, tu&#233;
dans un accident survenu avec une voiture vol&#233;e apr&#232;s
un cambriolage. Le refus du juge d&#233;clenche une &#233;meute,
le clan commet imm&#233;diatement d'&#233;normes d&#233;gradations
dans la ville &#224; la stup&#233;faction des habitants tr&#232;s choqu&#233;s.
Un an apr&#232;s, la confiance n'est pas r&#233;tablie de la part de
la population alors qu'il n'y avait pas eu de probl&#232;me
de cohabitation auparavant. Lors de son jugement, &#224;
l'audience, la manifestante la plus &#226;g&#233;e, grand-m&#232;re de
trois petits-enfants, d&#233;clare : &#171; J'avais la rage, la haine, je vous le dis franc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les causes souvent avanc&#233;es pour expliquer la
violence, le terme de &#171; ghetto&#239;sation &#187; revient de mani&#232;re
quasi automatique dans les discours de la plupart des
m&#233;dias, des sociologues et des politiques. Certaines
populations n'auraient pas d'autre choix que de vivre
dans certains quartiers &#171; sensibles &#187; pour des raisons &#233;conomiques, voire de racisme. &#171; Ghetto&#239;sation ? &#187; Eh bien,
non, les choses sont beaucoup plus compliqu&#233;es que cela,
et un nombre important de familles de jeunes violents
sont incapables de vivre autrement que dans une grande
proximit&#233; des uns avec les autres et donc de s'&#233;loigner
du quartier difficile en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Parce que ces familles pr&#233;sentent ce que
j'appelle un fonctionnement clanique, qui peut &#234;tre &#224;
l'origine de violences importantes. Il s'agit d'un mode
particulier de vie en groupe qui nous para&#238;t difficile
&#224; comprendre tant qu'on ne l'a pas rencontr&#233; dans la
r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Clan &#187;, mot ga&#233;lique qui vient du latin planta, signifie une origine commune d'o&#249; partent des rejetons. Un
clan est un groupe qui fonctionne comme un corps.
Ce corps a une t&#234;te, le plus souvent un patriarche,
parfois une matriarche (Ma Dalton...). Chaque personne qui en fait partie est un membre de ce corps.
Si elle s'&#233;loigne, c'est comme si le corps-groupe &#233;tait
amput&#233;, c'est donc litt&#233;ralement insupportable. Cet
&#233;loignement intol&#233;rable peut &#234;tre physique, comme
aller vivre &#224; distance ; ou psychologique, comme penser diff&#233;remment. Les groupes les plus fr&#233;quemment
concern&#233;s par ce mode de fonctionnement sont certaines familles du pourtour du bassin m&#233;diterran&#233;en
ou originaires d'Albanie, du Kosovo, ainsi que les gens
du voyage ou certaines familles de Roms, mais certaines familles fran&#231;aises de longue date peuvent avoir
un fonctionnement proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondement de l'organisation clanique est une
modalit&#233; particuli&#232;re d'appartenance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2) Qu'est-ce que l'appartenance ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que nous le voulions ou pas, nous appartenons tous
&#224; un ou plusieurs groupes : groupe familial, culturel,
religieux, politique ou national, et ceci d&#232;s notre naissance et sans que nous ayons eu le choix. Nous avons
construit notre personnalit&#233; sans nous en rendre compte
en nous appuyant sur ce groupe qui nous a transmis ses
mani&#232;res d'&#234;tre et de se comporter, ses int&#233;r&#234;ts et ses
valeurs : &#171; c'est un Dupont. &#187; On ne peut pas ne pas
appartenir &#224; un groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un groupe familial en g&#233;n&#233;ral, l'appartenance
prend la forme d'une sorte de lien &#171; inconditionnel &#187;
de chacun des membres &#224; l'&#233;gard des autres membres,
et, m&#234;me si l'un d'eux a commis un acte grave, on lui
apportera des oranges en prison. La famille est le lieu
o&#249; on revient l&#233;cher les plaies que le monde ext&#233;rieur
peut nous infliger. Il est exceptionnel d'&#234;tre banni de
son groupe familial dans la dur&#233;e, et malheur &#224; celui
qui subit cet exil ! L'exemple en est donn&#233; par Sakina,
adolescente maghr&#233;bine photographi&#233;e souriante et la
poitrine nue par une camarade qui met ensuite cette
photo sur les r&#233;seaux sociaux sans la pr&#233;venir. Ceci
porte atteinte &#224; l'honneur de sa famille, qui d&#233;cide de
bannir l'objet de sa honte. Cette jeune fille, par ailleurs fortement battue par son p&#232;re dans son enfance et
tr&#232;s violente elle-m&#234;me, flotte maintenant sans aucune
attache, comme une bulle, &#224; la merci de tout adolescent
ou adulte mal intentionn&#233;, mais auquel elle pourrait se
relier. Son d&#233;part du CER &#224; la fin de son s&#233;jour, o&#249; elle
s'est attach&#233;e &#224; son assistante familiale, a une tonalit&#233;
dramatique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3) Mouvement double&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, on peut remarquer que le mot &#171; appartenir &#187; a un double sens, qui renvoie &#224; un double mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Actif : s'approprier ses origines, choisir une appartenance pr&#233;cise.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Passif : &#234;tre la propri&#233;t&#233; de, &#234;tre poss&#233;d&#233; par.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ce double mouvement se joue en toute personne,
mais, dans le clan, on appartient au groupe sans choix
possible.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4) Deux mani&#232;res d'appartenir &#224; une famille ou &#224; un groupe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les familles non claniques, l'appartenance au
groupe est un fond sur lequel un sujet s'appuie pour
construire son autonomie. Le but de l'&#233;ducation d'un
enfant est alors qu'il apprenne le plus possible &#224; penser
par lui-m&#234;me et qu'il soit capable de quitter le foyer
de ses parents, de s'en &#233;loigner pour se construire un
projet de vie personnel. Dans cette d&#233;marche &#233;ducative,
chacun apprend &#224; penser en l'absence de l'autre, chacun peut &#234;tre en &#171; dialogue &#187; silencieux avec lui-m&#234;me
ou avec autrui. Penser &#224; l'autre quand il n'est pas l&#224;
est une mani&#232;re de maintenir un lien qui permet en
m&#234;me temps de supporter la distance physique. Chaque
membre du groupe acquiert donc cette capacit&#233; pr&#233;cieuse
qui consiste &#224; pouvoir tol&#233;rer un certain niveau de solitude sans angoisse et sans ennui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les familles &#224; fonctionnement clanique, c'est
l'inverse, le groupe a plus d'importance que l'individu.
Le but n'est pas que l'enfant acqui&#232;re une capacit&#233; de
penser par lui-m&#234;me, c'est m&#234;me une similitude de
pens&#233;e qui est souhait&#233;e ou impos&#233;e plus ou moins
explicitement. Le but n'est pas non plus que l'enfant
s'&#233;loigne du groupe familial, qui aurait alors le sentiment
d'avoir un membre en moins. La moiti&#233; des adolescents
maghr&#233;bins du CER m'indiquent avoir comme projet de vie &#224; l'&#226;ge adulte de vivre dans un appartement
situ&#233; &#224; c&#244;t&#233; de celui de leur m&#232;re, voire chez leur m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, ne pas avoir de pens&#233;e personnelle est en soi
une entrave &#224; l'&#233;loignement. &#192; la similitude de pens&#233;e
s'ajoute donc le besoin de proximit&#233; physique. Il faut
que chacun per&#231;oive l'autre auditivement lorsqu'il n'est
pas dans un endroit bien rep&#233;r&#233; (&#233;cole, travail). J'ai ainsi
souvent remarqu&#233; que dans le TGV, certaines personnes
se mettent en lien t&#233;l&#233;phonique avec un membre de leur
famille d&#232;s le d&#233;part du train et maintiennent la conversation jusqu'&#224; l'arriv&#233;e, m'obligeant &#224; leur demander
d'aller t&#233;l&#233;phoner sur la plate-forme comme le stipule
le r&#232;glement, plate-forme o&#249; elles restent pendant tout
le trajet. D&#233;sormais, Snapchat, qui permet de transmettre des photos &#224; tout moment (&#171; Je suis dans tel
magasin &#187;, etc.), ajoute la possibilit&#233; de maintenir un
lien visuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On devine les grandes difficult&#233;s, et m&#234;me les dangers,
auxquels se heurtent les professionnels lorsqu'ils doivent
retirer un enfant d'une famille clanique pour le prot&#233;ger
de n&#233;gligences ou de maltraitances importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fonctionnement clanique implique similitude de
pens&#233;e, ce qui a pour cons&#233;quence non seulement une
organisation tr&#232;s sp&#233;cifique des liens entre les membres
d'un groupe familial, mais aussi une repr&#233;sentation
de ces liens les emp&#234;chant d'envisager un autre fonctionnement. Dans toute culture &#224; fonctionnement
clanique, il existe plus de risques de comportements
violents de la part de ses membres, selon diff&#233;rentes
modalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5) Diff&#233;rentes modalit&#233;s de comportements violents&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour explorer ces diff&#233;rentes modalit&#233;s, j'ai choisi d&#8216;&#233;voquer ici l'organisation de certaines familles originaires du Maghreb&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une autre &#233;tude pourrait &#234;tre faite concernant les cons&#233;quences du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en partant de la phrase de l'&#233;crivain
Tahar Ben Jelloun : &#171; Le Maghreb, c'est la famille, le
groupe, le clan. &#187; Je pr&#233;cise que beaucoup de familles
maghr&#233;bines ne sont pas prisonni&#232;res du fonctionnement clanique qui va &#234;tre d&#233;crit ici. Il serait int&#233;ressant
d'effectuer une recherche sur le cheminement qui am&#232;ne
&#224; trouver un &#233;quilibre entre appartenance groupale et
autonomie de chaque membre d'une famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ce choix ? Parce qu'en tant que m&#233;decin je
raisonne en termes &#233;pid&#233;miologiques, ce qui consiste &#224;
chercher les facteurs communs qui peuvent d&#233;terminer
des probl&#232;mes de sant&#233;. En 2013, 60 % des enfants de
moins de 12 ans hospitalis&#233;s dans mon service pour violence &#233;taient d'origine maghr&#233;bine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;4% venaient d'autres pays et 8 % &#233;taient originaires de familles fran&#231;aises (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et il en est de m&#234;me
pour 88 % des adolescents admis au CER en 2018. Il
est possible que cette proportion soit li&#233;e au lieu d'implantation de ces structures, dans la r&#233;gion Rh&#244;ne-Alpes,
mais d'autres CER donnent un chiffre sup&#233;rieur &#224; 50 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de remarquer que 38 % de ces jeunes
sont n&#233;s dans leur pays d'origine ou peu apr&#232;s l'immigration de leurs parents, alors qu'on &#233;voque souvent la
pr&#233;dominance d'un effet &#171; troisi&#232;me g&#233;n&#233;ration &#187; chez
des familles install&#233;es en France depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour avancer dans ma r&#233;flexion, j'ai fait appel aux
travaux de plusieurs psychologues d'origine maghr&#233;bine.
Les indications des professionnels du CER, dont 55 % sont de la m&#234;me origine, m'ont aussi beaucoup aid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6) La violence clanique exerc&#233;e sur la pens&#233;e : les contraintes li&#233;es &#224; la similitude&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'exemple suivant montre ce qu'est l'obligation de
similitude de pens&#233;e pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me. Afin d'&#234;tre en
s&#233;curit&#233;, Karim X., 14 ans, est envoy&#233; par un juge des
enfants dans le CER o&#249; je travaille, car cet &#233;tablissement
est situ&#233; loin de sa ville. Dans son quartier d'origine,
il vient d'&#234;tre l'objet d'une tentative d'&#233;crasement par
une voiture pour ne pas avoir respect&#233; certaines r&#232;gles
en lien avec le trafic de drogues. Son fr&#232;re a&#238;n&#233; a &#233;t&#233;
tu&#233; pour avoir voulu une ascension trop rapide dans
ce trafic. Son p&#232;re a d&#233;cid&#233; de faire justice lui-m&#234;me
et suite &#224; de fausses informations, il a tu&#233; un homme
innocent. La famille de cet innocent a alors assassin&#233;
ce p&#232;re. Mme X. demande &#224; ses deux fils et &#224; sa fille
de ne pas chercher &#224; venger la mort de leur p&#232;re et
elle d&#233;veloppe, comme c'est souvent le cas dans ces
situations, une forte angoisse de perdre Karim, auquel elle t&#233;l&#233;phone r&#233;guli&#232;rement lorsqu'il est au pied de
leur immeuble avec des amis. Il dort maintenant dans
la m&#234;me chambre qu'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de son s&#233;jour au CER, il appara&#238;t que Karim pr&#233;sente une grande et ancienne hyperactivit&#233; avec trouble
attentionnel. Il est incapable de rester concentr&#233; plus de
quelques secondes sur des activit&#233;s physiques ou intellectuelles, &#224; tel point qu'une mise en stage d'apprentissage,
incluse dans le projet du CER, est impensable. On sait
que ce trouble peut &#234;tre d&#251; &#224; des soins trop discontinus
ou &#224; de la n&#233;gligence pendant la petite enfance (il peut
aussi &#234;tre d'origine neurod&#233;veloppementale, c&#233;r&#233;brale et
survenir chez un enfant &#233;lev&#233; dans un milieu familial
stable). Dans le cas de Karim, seul un traitement par
du m&#233;thylph&#233;nidate (Ritaline) peut lui procurer une
certaine continuit&#233; de pens&#233;e et lui permettre d'entrer
dans les apprentissages. J'en parle &#224; sa m&#232;re, re&#231;ue seule,
sans omettre les &#233;ventuels effets secondaires, et elle est
convaincue de la n&#233;cessit&#233; de cette m&#233;dication. Je la
re&#231;ois ensuite avec Karim et son fr&#232;re Rachid, &#226;g&#233; de
17 ans, visiblement d&#233;ficient intellectuel, scolaris&#233; depuis
longtemps en institution sp&#233;cialis&#233;e. Rachid d&#233;clare :
&#171; On ne cachetonnera pas mon fr&#232;re &#187;, bien que j'aie
expliqu&#233; que ce traitement ne donnait pas de somnolence. Karim reprend : &#171; Je refuse d'&#234;tre cachetonn&#233;. &#187;
Et, surprise ! Mme X. encha&#238;ne : &#171; Je ne veux pas qu'on
cachetonne mon enfant. &#187; Je souligne qu'en l'absence de
ce traitement il sera impossible de proposer un projet
professionnel &#224; Karim et qu'il n'aura donc pas d'autre
choix que de vivre du trafic de drogues, donc de risquer d'&#234;tre tu&#233; comme son fr&#232;re a&#238;n&#233;. Tous, l'un apr&#232;s l'autre, maintiennent leur refus que Karim soit &#171; cachetonn&#233; &#187;.
Je crains que le nom de ce jeune ne figure prochainement dans les journaux comme nouvelle &#171; victime d'un
r&#232;glement de comptes &#187; dans son quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Karim, il est donc plus violent de se diff&#233;rencier
de son fr&#232;re Rachid que de se faire tuer. Mais, en outre,
Mme X. ne peut pas penser que sa parole de parent
devrait avoir plus de poids que celle de ses enfants,
donc il n'y a plus de diff&#233;rence entre les g&#233;n&#233;rations.
Ce type de fonctionnement groupal abolit ainsi toute
r&#233;flexion sur l'origine. On peut aussi remarquer la fr&#233;quente absence de curiosit&#233; de la part de jeunes issus des
groupes &#224; fonctionnement communautaire concernant
l'histoire personnelle de leurs parents, le village et le pays
d'o&#249; vient leur famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'aspect positif du clan est la tr&#232;s forte solidarit&#233;
de ses membres entre eux, l'aspect n&#233;gatif est donc
qu'un tel syst&#232;me ne permet pas &#224; ses membres d'avoir
une pens&#233;e diff&#233;rente de celle de leur groupe originel.
Rouchdi Chamcham&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chamcham R., &#171; L'enfant imaginaire dans la famille immigr&#233;e d'origine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, psychologue et psychanalyste
marocain, souligne qu'en arabe, c'est le m&#234;me mot,
&lt;i&gt;Bid'&#224;&lt;/i&gt;, qui signifie &#171; h&#233;r&#233;sie &#187; et &#171; nouveaut&#233; &#187;, ce qui
montre l'interdit de penser diff&#233;remment de la tradition
groupale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais un troisi&#232;me sens de ce mot est &#171; merveilleux &#187;, donc il existe en m&#234;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Penser par soi-m&#234;me dans certains domaines
serait v&#233;cu par le sujet comme une menace de perdre
ses liens avec ce groupe, d'&#234;tre rejet&#233;, d'&#234;tre isol&#233;. Mais
ne pas avoir de pens&#233;e personnelle est une entrave &#224; la
scolarit&#233;, et, nous l'avons constat&#233;, ne pas &#234;tre capable
de critiquer est un terreau fertile pour diverses croyances
collectives, dont les th&#233;ories du complot qui sont alors
non contestables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nogaret A. S., &#171; Quartier libre pour la hallalisation des esprits &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s souvent, lorsqu'un jeune appartenant &#224; un clan
est en face de moi, je le vois comme un sujet parce qu'il
est seul face &#224; moi, alors qu'il se ressent d'abord comme
un membre de son clan. Je pense qu'il me voit comme
un sujet, alors qu'il me per&#231;oit comme un membre
d'un autre clan. En effet, au cours des entretiens avec
les adolescents du CER, j'ai souvent comme r&#233;ponse &#224;
mes questions : &#171; Vous ne pouvez pas comprendre, vous
n'&#234;tes pas comme nous &#187;. Ses termes &#171; VOUS &#187; et &#171; NOUS &#187;,
nous d&#233;signent, lui et moi, comme deux groupes au
fonctionnement impossible &#224; relier. Et il est difficile de
faire &#233;merger chez certains jeunes une position de sujet
ayant un minimum de pens&#233;e personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7) La violence clanique exerc&#233;e dans le couple et sur le couple&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Certes, comme je l'ai dit pr&#233;c&#233;demment, selon les sessions, entre 62 et 69 % des adolescents admis au CER ont
&#233;t&#233; expos&#233;s &#224; des sc&#232;nes de violences conjugales pendant
les deux premi&#232;res ann&#233;es de leur vie, sc&#232;nes qui se sont
imprim&#233;es dans leur cerveau sous la forme d'une m&#233;moire
traumatique et qui peuvent resurgir dans certaines circonstances les rappelant. Cette violence conjugale &#233;voque
ce qu'Abdessalem Yahyaoui, professeur de psychologie,
d&#233;crit comme un des organisateurs de certaines familles
maghr&#233;bines : l'in&#233;galit&#233; homme-femme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yahyaoui A., Exil et d&#233;racinement, Paris, Dunod, 2010.&#034; id=&#034;nh31-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, m&#234;me s'il
s'agit d'un facteur important, on ne peut pas s'en contenter, et effectivement, d'autres dimensions sont en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yahyaoui d&#233;crit un autre organisateur de la famille
maghr&#233;bine : le &#171; grouple &#187;. Il signifie par ce terme que le
groupe familial inclut le couple qui ne dispose que d'un
espace propre limit&#233;, et le groupe peut m&#234;me d&#233;cider qui
fera couple avec qui. Quand je sugg&#232;re aux jeunes qui
souhaitent vivre chez leur m&#232;re &#224; leur majorit&#233; que leur
compagne pourrait peut-&#234;tre avoir envie d'habiter dans
un appartement plus ind&#233;pendant, r&#233;serv&#233; &#224; leur couple,
soulevant ainsi implicitement la question de l'intimit&#233;,
la r&#233;ponse est : &#171; Si elle veut &#231;a, elle d&#233;gage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un t&#233;moignage poignant, une jeune femme
alg&#233;rienne souligne le poids &#233;norme du groupe : &#171; Tu
ne te marie pas avec la personne avec qui tu as envie,
mais avec celle qui est reconnue int&#233;ressante par l'ensemble du groupe &#187;, d&#233;clare-t-elle. Elle parvient cependant &#224; avoir une vie sexuelle assez libre, mais au prix
de l'utilisation de drogues (&#171; ce n'est plus moi &#187;). Elle
termine son t&#233;moignage en d&#233;clarant : &#171; Je pr&#233;f&#232;re n'&#234;tre
sans aucune identit&#233; culturelle plut&#244;t que de m'ali&#233;ner &#224;
une culture, quelle qu'elle soit. Je n'ai nullement envie
de conserver des racines avec quoi que ce soit. C'est
important, le refus du lien affectif. Pas de patrie, pas de
religion, pas de nationalit&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La description compl&#232;te de cette situation, transmise gracieusement par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le prix qu'elle doit payer
est lourd pour se sentir &#234;tre une personne autonome :
se couper de son groupe familial et culturel, et de toute
appartenance en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;8) La violence clanique exerc&#233;e sur les membres du groupe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cet interdit de penser diff&#233;remment s'accompagne
souvent d'une violence intrafamiliale importante puisque
les divergences ne peuvent pas &#234;tre n&#233;goci&#233;es par la
parole. Cette violence n'est pas r&#233;v&#233;l&#233;e aux personnes
ext&#233;rieures, d'autant plus que les parents/patriarches sont
incritiquables en pens&#233;e et en parole. C'est l'omerta, le
silence lorsque la police vient enqu&#234;ter sur un crime
intraclanique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;9) La violence du clan exerc&#233;e sur les personnes ext&#233;rieures au groupe familial&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme le clan emp&#234;che d'imaginer toute autre forme
d'organisation du groupe, le monde lui appara&#238;t organis&#233;
sous forme de groupes claniques, sans hi&#233;rarchie. La police
n'est qu'un groupe parmi d'autres, g&#234;nant pour le trafic de
drogues, mais pas un ensemble de professionnels auxquels
la soci&#233;t&#233; a d&#233;l&#233;gu&#233; le r&#244;le de garantir la s&#233;curit&#233; de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, tout fonctionnement clanique produit une
dimension de pers&#233;cution par rapport &#224; l'ext&#233;rieur. Lorsqu'un membre du clan se trouve seul en difficult&#233; relationnelle, il ne peut pas voir autrui comme un individu
avec qui il serait possible de discuter, de n&#233;gocier, mais
comme le membre d'un groupe oppos&#233; au sien, l'autre
est alors ressenti comme membre d'un groupe hostile,
et le sujet ameute ou rameute un contre-groupe, son
groupe familial violent, ce qui donne : &#171; Mon p&#232;re (ou
mes fr&#232;res) va (ou vont) venir te tuer. &#187; Le groupe, pr&#233;venu par t&#233;l&#233;phone portable, peut rapidement venir en
meute, frapper et parfois tuer, sans m&#234;me chercher &#224;
comprendre comment l'&#233;ventuelle altercation &#224; d&#233;but&#233;
et quels en sont les enjeux. Ainsi, Medhi, 10 ans, hospitalis&#233; &#224; temps complet pour sa grande violence, d&#233;clare,
en mena&#231;ant avec un couteau une assistante sociale qui
essaie de le calmer : &#171; Vous, les Fran&#231;ais... &#187; Plus tard,
il me dira admirer les nazis. Ce sentiment repose-t-il sur
un fond d'antis&#233;mitisme ? Non, quand je lui demande
les raisons de cette admiration, il me r&#233;pond que c'est
&#171; parce qu'ils ont tu&#233; beaucoup de Fran&#231;ais &#187;. De nombreuses violences se sont produites &#224; l'int&#233;rieur de sa
famille, allant jusqu'au meurtre, mais aucun de ses
membres ne peut &#233;mettre de r&#233;serve sur ce fonctionnement : seuls les services sociaux sont critiquables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une famille o&#249; chacun a pu se construire un
minimum de pens&#233;e individuelle, les interdits coh&#233;rents
sont accept&#233;s et int&#233;rioris&#233;s parce que les parents transmettent, parmi leurs valeurs : &#171; Ne fais pas &#224; autrui ce
que tu ne voudrais pas qu'on te fasse. &#187; Au contraire,
dans un clan, ce sont des codes d'appartenance qui sont
transmis en priorit&#233; par rapport aux r&#232;gles de vie en
soci&#233;t&#233;, souvent avec peu de conscience morale &#224; l'&#233;gard
des personnes ext&#233;rieures au groupe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;10) Le clan et l'endogamie : une violence physique exerc&#233;e sur la descendance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, nous ne savons pas quelle prise en
charge proposer &#224; Sofiane, 15 ans. Il multiplie les vols
sous l'influence d'autres jeunes qui le mettent au d&#233;fi
de r&#233;aliser des d&#233;lits et fugue sans arr&#234;t du CER pour
retourner &#224; son domicile tout en disant vouloir rester dans
notre &#233;tablissement, ce que souhaitent aussi ses parents.
Il ne supporte pas qu'on lui dise &#171; non &#187; et devient alors
agressif. Il peut mettre de gros cailloux dans un carton
qu'il lance sur les &#233;ducateurs, ce qui oblige &#224; le contenir
au sol, et il est impossible de reprendre avec lui ce qui s'est
pass&#233;, car il n'&#233;coute rien. Dans son dossier, il est indiqu&#233;
qu'il ne sait ni lire ni &#233;crire, qu'il pr&#233;sente une hyperactivit&#233; avec trouble attentionnel apparue d&#232;s la marche,
qu'il a frapp&#233; tr&#232;s t&#244;t. Surtout, son quotient intellectuel
est &#224; 54, alors que la norme se situe entre 90 et 110,
ce qui signifie qu'il pr&#233;sente une d&#233;ficience intellectuelle
importante. Sa s&#339;ur a dit &#224; une &#233;ducatrice du CER que
son fr&#232;re &#233;tait handicap&#233; et ne comprenait rien, comme
leur p&#232;re qui occupe un emploi de travailleur handicap&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je le re&#231;ois avec sa m&#232;re, il demande toutes les
deux minutes si la discussion est termin&#233;e, puis se l&#232;ve pour
sortir, ce que sa m&#232;re et l'&#233;ducatrice l'emp&#234;chent de faire,
mais il r&#233;ussit finalement &#224; ouvrir rapidement la fen&#234;tre et
&#224; partir, ce qui provoque la fin pr&#233;matur&#233;e de l'entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#232;re a quand m&#234;me le temps de me pr&#233;ciser que
son fils n'a march&#233; qu'&#224; 22 mois (l'&#226;ge normal d'acquisition est entre 12 et 17 mois) et d&#233;clare spontan&#233;ment que
tous les enfants de sa famille &#233;largie ont des difficult&#233;s de
ce genre, en &#233;num&#233;rant les troubles de ses beaux-fr&#232;res,
de ses cousins, de ses neveux, de ses ni&#232;ces et autres,
avant d'ajouter : &#171; C'est g&#233;n&#233;tique. Mon mari est mon
cousin, et cela fait cinq g&#233;n&#233;rations que nous ne nous
marions qu'entre cousins germains en Tunisie. On ne
savait pas que cela donnait des probl&#232;mes. &#187; Elle n'&#233;tait
pas d'accord quand son p&#232;re lui a impos&#233; ce mariage alors
qu'elle connaissait &#224; peine son futur mari, mais &#171; il est
obligatoire de respecter son p&#232;re. On m'a mis une alliance
&#224; l'&#226;ge de 12 ans. &#187; Cette femme, qui a une volont&#233; et
une vitalit&#233; remarquables, d&#233;clare qu'elle est heureuse, elle
et son mari sont parvenus &#224; acheter une maison, ils ont
de quoi manger. Pour cela, elle a travaill&#233; en maisons de
retraite, a essay&#233; d'installer un &#233;tal sur un march&#233;, mais
cela a &#233;chou&#233;, car elle n'avait pas de chambre froide, et
elle est actuellement en discussion avec P&#244;le Emploi pour
s'acheter une camionnette qui lui permettrait de faire de
la restauration rapide sur une place publique. Cependant,
lors de la visite &#224; domicile de l'&#233;ducatrice du CER, la fille
de ce couple, &#226;g&#233;e de 17 ans et demi, explique qu'on va
la marier &#224; son cousin qu'elle n'aime pas. Elle n'est pas
d'accord, mais va devoir accepter &#224; cause de la famille.
Je pense alors &#224; une autre m&#232;re, alg&#233;rienne, mari&#233;e
de force &#224; 14 ans avec un cousin violent et alcoolique.
Lorsqu'elle est parvenue &#224; en divorcer malgr&#233; les menaces
de mort, son p&#232;re lui a dit : &#171; Tu renies ta race, tu le
paieras un jour ou l'autre &#187;, ce qui montre le risque de
perte d'appartenance lorsqu'un sujet se met &#224; penser et
&#224; d&#233;cider par lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans qu'on en sache toutes les raisons, on constate
l'existence fr&#233;quente d'un fonctionnement endogamique
entre les membres d'un clan. Environ 20 % des adolescents admis au CER sont n&#233;s d'un mariage entre cousins
germains souvent &#171; arrang&#233; &#187; ou forc&#233;. Dans les pays
d'Afrique du Nord, on consid&#232;re que ce mariage entre
cousins germains est la forme la plus parfaite d'union,
qualifi&#233;e de mariage royal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans une &#233;mission de Cinq Colonnes &#224; la une de 1960 consacr&#233;e aux conditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; partir de ses recherches
men&#233;es entre 1935 et 1938, au cours desquelles elle a
reconstitu&#233; la g&#233;n&#233;alogie de familles endogamiques dans
l'Aur&#232;s, l'ethnologue et future r&#233;sistante Germaine Tillion insiste sur la dimension de protection du patrimoine.
&#171; En fait, il s'agit de la terre &#224; laquelle les paysans sont
tr&#232;s attach&#233;s. Il y a un probl&#232;me d'h&#233;ritage, dramatique,
car, au moment de l'h&#233;ritage, la fille peut revendiquer
une part de la terre et, si elle &#233;pouse un &#233;tranger, celle-ci
pourra appartenir &#224; cet &#233;tranger. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien pour l'&#233;mission &#192; voix nue avec Germaine Tillion, janvier 1997, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi penser que l'endogamie est li&#233;e &#224; la
difficult&#233; de rencontrer un(e) partenaire autre que dans
la famille &#233;tant donn&#233;e la stricte s&#233;paration des hommes
et des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Germaine Tillion ajoute : &#171; L'endogamie est inqui&#233;tante
pour la sant&#233; des enfants. &#187; Effectivement, concernant
notre sujet, il est possible que ce type d'union favorise
une certaine dimension g&#233;n&#233;tique de l'impulsivit&#233;, le
temp&#233;rament. &#206;l est &#224; noter aussi que la schizophr&#233;nie a
une dimension g&#233;n&#233;tique reconnue, et l'impact d'unions
consanguines sur plusieurs g&#233;n&#233;rations est un r&#233;el facteur de risque &#224; ce niveau. Ce probl&#232;me est bien connu
par les psychiatres d'adultes fran&#231;ais, mais ils consid&#232;rent
qu'il serait trop politiquement incorrect d'en parler publiquement. Nous sommes donc face &#224; un tabou absolu.
Pourtant, cette coutume permet de r&#233;pondre partiellement aux questions concernant les troubles mentaux de
certains sujets radicalis&#233;s, dont beaucoup ont &#233;t&#233; rapidement qualifi&#233;s de &#171; loups solitaires &#187;, alors qu'on peut se
demander si leurs troubles psychiatriques n'en faisaient
pas des personnes particuli&#232;rement influen&#231;ables et manipulables par Daech. J'insiste sur le fait qu'il n'est pas
question ici de &#171; race &#187; : n'importe quel groupe humain
pratiquant des mariages consanguins sur plusieurs g&#233;n&#233;rations serait confront&#233; aux m&#234;mes probl&#232;mes. Un exemple
fameux est celui du mariage de Louis XIV avec sa cousine Marie-Th&#233;r&#232;se d'Autriche. J'ajoute &#233;galement que la
g&#233;n&#233;tique n'explique pas tout, mais c'est un facteur de
risque suppl&#233;mentaire parmi ceux que je d&#233;cris.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;11) Penser en termes de ghetto&#239;sation est donc une erreur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, affirmer qu'une ghetto&#239;sation de certaines parties
de la population en France est &#224; l'origine de la violence
et du communautarisme est inexact, car tr&#232;s &#233;loign&#233; des
processus en jeu. On est enferm&#233; par autrui dans un
ghetto alors qu'au contraire, dans toute appartenance
avec obligation de similitude de pens&#233;e et fonctionnement perceptif pr&#233;dominant, on est contraint d'y vivre,
mais la contrainte est int&#233;rieure, elle est autos&#233;cr&#233;t&#233;e,
car c'est l'&#233;loignement qui est angoissant, &#233;loignement
en pens&#233;e, mais aussi &#233;loignement physique hors de son
territoire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ceci n'est pas exclusif des difficult&#233;s de logement qui peuvent d&#233;terminer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;voque volontiers les probl&#232;mes pos&#233;s par le ch&#244;mage dans les quartiers difficiles, mais sans les mettre
en lien, pour des raisons id&#233;ologiques, avec le fait que
la France manque de travailleurs saisonniers au point
de faire intervenir chaque ann&#233;e des milliers d'ouvriers
agricoles des pays de l'Est. Il y a environ une quinzaine
d'ann&#233;es, un organisme public, la Soci&#233;t&#233; nationale des
chemins de fer fran&#231;ais dans mes souvenirs, avait d&#233;cid&#233;
de r&#233;server des postes &#224; des personnes habitant les quartiers difficiles, une forme de discrimination positive.
Pour faciliter les d&#233;marches, le bureau d'information
pour les embauches avait &#233;t&#233; install&#233; en plein milieu
d'un de ces quartiers. Pour environ 350 postes, seulement 230 personnes &#233;taient venues se renseigner. Postuler aurait signifi&#233; se trouver seul, loin du groupe de
ses semblables et sur un lieu inconnu, loin du territoire
du groupe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2018, le pr&#233;sident Macron a dit &#224; un ouvrier en horticulture qui se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me, certains adolescents du CER ne
veulent aller en stage d'apprentissage que dans un lieu
qui se trouve dans leur quartier ou &#224; proximit&#233; imm&#233;diate. Le raisonnement du pr&#233;sident Macron, qui mise
sur la croissance &#233;conomique pour diminuer le ch&#244;mage
et les probl&#232;mes dans les banlieues difficiles, se heurtera
&#224; ce mode de fonctionnement et &#224; ce besoin de s&#233;curit&#233;
incontournables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Lagrange, sociologue, indique que, dans les quartiers populaires, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seule une personnalit&#233; extr&#234;mement
forte parvient &#224; se distancier d'un groupe clanique sans
perdre le lien avec sa communaut&#233; d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode de relation entre mineurs dans le quartier est-il en partie une &#171; reproduction &#187; &#224; risque du fonctionnement familial clanique, un de ses avatars ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb31-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Une autre &#233;tude pourrait &#234;tre faite concernant les cons&#233;quences du fonctionnement groupal/tribal en Afrique subsaharienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;4% venaient d'autres pays et 8 % &#233;taient originaires de
familles fran&#231;aises dites de &#171; souche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Chamcham R., &#171; L'enfant imaginaire dans la famille immigr&#233;e d'origine maghr&#233;bine : de &#8220;l'enfant endormi&#8221; &#224; &#8220;l'enfant
messie ou MAHD &#187;, conf&#233;rence au CMPP de Firminy (42), 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Mais un troisi&#232;me sens de ce mot est &#171; merveilleux &#187;, donc
il existe en m&#234;me temps une attirance vers cette nouveaut&#233; inter-
dite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nogaret A. S., &#171; Quartier libre pour la hallalisation des
esprits &#187;, in &lt;i&gt;Causeur&lt;/i&gt;, 16 janvier 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Yahyaoui A., &lt;i&gt;Exil et d&#233;racinement&lt;/i&gt;, Paris, Dunod, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La description compl&#232;te de cette situation, transmise gracieusement par Rachid Doulyazal, se trouve dans &#171; Voulons-nous
des enfants barbares ? &#187;, page 156, Berger, 2008, Ed. Dunod.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans une &#233;mission de &lt;i&gt;Cinq Colonnes &#224; la une&lt;/i&gt; de 1960 consacr&#233;e aux conditions de vie des travailleurs immigr&#233;s en France, les membres du couple mari&#233; interview&#233; expliquaient &#234;tre des cousins
germains. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les chiffres sont impressionnants. Dans le Quotidien du M&#233;decin, un article explique que
60 % des mariages &#233;tant consanguins dans les &#201;mirats arabes unis,
les autorit&#233;s religieuses, pourtant tr&#232;s traditionalistes, autorisent
maintenant une consultation pr&#233;nuptiale afin de limiter le nombre
de maladies g&#233;n&#233;tiques trop fr&#233;quentes dans le pays (thalass&#233;mie, etc.). Une enqu&#234;te du &lt;i&gt;Reproductive Health&lt;/i&gt; (Tadmouri G. et al, &#171; Consanguinity and Reproductive Health Among Arabs &#187;,
in &lt;i&gt;Reproductive Health&lt;/i&gt;, 6:17, 8 octobre 2009) indique 70 % de
mariages consanguins au Pakistan, 67 % en Arabie saoudite, 64 %
aux &#201;mirats arabes unis, 39 % en Tunisie, 34 % en Alg&#233;rie et
28 % au Maroc. Les probl&#232;mes li&#233;s &#224; cette pratique ont &#233;t&#233; soulev&#233;s dans un article paru dans la tr&#232;s s&#233;rieuse revue m&#233;dicale,
&lt;i&gt;The Lancet&lt;/i&gt;, en 2011, qui montre que les mariages consanguins
fr&#233;quents dans la communaut&#233; pakistanaise de Grande-Bretagne
multiplient par deux le risque d'apparition de maladies g&#233;n&#233;tiques
chez les enfants (Eamonn S. et 44, &#171; Risk Factors for Congenital Anomaly in a Multiethnic Birth Cohort : an Analysis of
the Born in Bradford Study &#187;, in &lt;i&gt;The Lancet&lt;/i&gt;, 382:9901, 19-25
octobre 2013, p. 1350-1359). Cet article a &#233;t&#233; repris et comment&#233;
par Marine Perez dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; du 6 septembre 2013 (Perez M.,
&#171; Les mariages consanguins sont risqu&#233;s pour les descendants &#187;, in
&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, 6 septembre 2013, accessible en ligne : sante.lefigaro.
fr/actualite/2013/09/06/21 204-mariages-consanguins-sont-risques-pour-descendants).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Entretien pour l'&#233;mission &lt;i&gt;&#192; voix nue&lt;/i&gt; avec Germaine Tillion,
janvier 1997, rediffus&#233; par&lt;i&gt; France Culture&lt;/i&gt; le 19 avril 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ceci n'est pas exclusif des difficult&#233;s de logement qui peuvent
d&#233;terminer des choix de lieu d'habitation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En 2018, le pr&#233;sident Macron a dit &#224; un ouvrier en horticulture qui se plaignait de ne plus avoir de travail qu'&#171; il suffisait
de traverser la rue pour en trouver &#187;, ce qui est impossible pour
certaines personnes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Lagrange, sociologue, indique que, dans les quartiers
populaires, l'autonomie individuelle &#224; perdu du terrain au profit
d'une organisation gr&#233;gaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Pour des logiciels libres</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1177-Pour-des-logiciels-libres</link>
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		<dc:date>2024-07-25T11:37:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;claration</dc:subject>
		<dc:subject>Internet</dc:subject>
		<dc:subject>Progressisme</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Technoscience</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il n'est pas dans les habitudes de Lieux Communs de qu&#233;mander aupr&#232;s d'institutions, notamment les plus opaques et corrompues comme celles de l'UE, pas plus que nous ne souhaitons encourager l'informatisation d&#233;lirante de nos existences. Il s'agira donc plus ici, en signant cette lettre ouverte adress&#233;e &#224; la Commission europ&#233;enne afin qu'elle maintienne le financement des logiciels libres, d'attirer l'attention du lecteur sur les enjeux d'internet. Cette lettre a &#233;t&#233; publi&#233;e initialement (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-mirages-de-la-technoscience-" rel="directory"&gt;Mirages de la technoscience&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-133-declaration-+" rel="tag"&gt;D&#233;claration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-44-internet-+" rel="tag"&gt;Internet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-33-progres-+" rel="tag"&gt;Progressisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-34-technoscience-+" rel="tag"&gt;Technoscience&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il n'est pas dans les habitudes de Lieux Communs de qu&#233;mander aupr&#232;s d'institutions, notamment les plus opaques et corrompues comme celles de l'UE, pas plus que nous ne souhaitons encourager l'informatisation d&#233;lirante de nos existences. Il s'agira donc plus ici, en signant cette lettre ouverte adress&#233;e &#224; la Commission europ&#233;enne afin qu'elle maintienne le financement des logiciels libres, d'attirer l'attention du lecteur sur &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?677-A-l-internaute-recommandations' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;les enjeux d'internet&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette lettre a &#233;t&#233; publi&#233;e initialement par &lt;a href=&#034;https://ps.zoethical.org/pub/lettre-publique-aux-ncp-au-sujet-de-ngi/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les petites singularit&#233;s&lt;/a&gt; et ici reprise &lt;a href=&#034;https://april.org/lettre-ouverte-l-union-europeenne-doit-poursuivre-le-financement-des-logiciels-libres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;du site de l'April&lt;/a&gt;. Les signataires sont list&#233;s dans &lt;a href=&#034;https://pad.public.cat/lettre-NCP-NGI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ce tableau&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Lettre ouverte &#224; la Commission europ&#233;enne&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Depuis 2020, les programmes &lt;a href=&#034;https://www.ngi.eu/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Next Generation Internet (NGI)&lt;/a&gt;, sous-branche du programme Horizon Europe de la Commission europ&#233;enne financent en cascade (notamment, via les &lt;a href=&#034;https://www.nlnet.nl/commonsfund&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;appels de NLnet&lt;/a&gt;) le &lt;a href=&#034;https://april.org/node/10307&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;logiciel libre&lt;/a&gt; en Europe. Cette ann&#233;e, &#224; la lecture du brouillon du Programme de Travail de Horizon Europe d&#233;taillant les programmes de financement de la commission europ&#233;enne pour 2025, nous nous apercevons que les programmes Next Generation Internet ne sont plus mentionn&#233;s dans le Cluster 4.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les programmes NGI ont d&#233;montr&#233; leur force et leur importance dans le soutien &#224; l'infrastructure logicielle europ&#233;enne, formant un instrument g&#233;n&#233;rique de financement des communs num&#233;riques qui doivent &#234;tre rendus accessibles dans la dur&#233;e. Nous sommes dans l'incompr&#233;hension face &#224; cette transformation, d'autant plus que le fonctionnement de NGI est efficace et &#233;conomique puisqu'il soutient l'ensemble des projets de logiciel libre des plus petites initiatives aux mieux assises. La diversit&#233; de cet &#233;cosyst&#232;me fait la grande force de l'innovation technologique europ&#233;enne et le maintien de l'initiative NGI pour former un soutien structurel &#224; ces projets logiciels, qui sont au c&#339;ur de l'innovation mondiale, permet de garantir la souverainet&#233; d'une infrastructure europ&#233;enne. Contrairement &#224; la perception courante, les innovations techniques sont issues des communaut&#233;s de programmeurs europ&#233;ens plut&#244;t que nord-am&#233;ricains, et le plus souvent issues de structures de taille r&#233;duite.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le Cluster 4 allouait 27.00 [?] millions d'euros au service de :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Human centric Internet aligned with values and principles commonly shared in Europe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; d'un Internet centr&#233; sur l'humain, avec des valeurs et des principes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; A flourishing internet, based on common building blocks created within NGI, that enables better control of our digital life &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; d'un Internet prosp&#232;re, fond&#233; sur des briques communes cr&#233;&#233;es au sein du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; A structured eco-system of talented contributors driving the creation of new internet commons and the evolution of existing internet commons &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; un &#233;cosyst&#232;me structur&#233; de contributeurs et de contributrices (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Au nom de ces enjeux, ce sont plus de 500 projets qui ont re&#231;u un financement NGI0 dans les 5 premi&#232;res ann&#233;es d'exercice, ainsi que plus de 18 organisations collaborant &#224; faire vivre ces consortia europ&#233;ens.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; NGI contribue &#224; un vaste &#233;cosyst&#232;me puisque la plupart du budget est d&#233;volu au financement de tierces parties par le biais des appels ouverts (open calls). Ils structurent des communs qui recouvrent l'ensemble de l'Internet, du mat&#233;riel aux applications d'int&#233;gration verticale en passant par la virtualisation, les protocoles, les syst&#232;mes d'exploitation, les identit&#233;s &#233;lectroniques ou la supervision du trafic de donn&#233;es. Ce financement des tierces parties n'est pas renouvel&#233; dans le programme actuel, ce qui laissera de nombreux projets sans ressources ad&#233;quates pour la recherche et l'innovation en Europe.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Par ailleurs, NGI permet des &#233;changes et des collaborations &#224; travers tous les pays de la zone euro et aussi avec les widening countries&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tels que d&#233;finis par Horizon Europe, les &#201;tats Membres &#233;largis sont la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce qui est actuellement une r&#233;ussite tout autant qu'un progr&#232;s en cours, comme le fut le programme Erasmus avant nous. NGI est aussi une initiative qui participe &#224; l'ouverture et &#224; l'entretien de relation sur un temps plus long que les financements de projets. NGI encourage &#233;galement &#224; l'impl&#233;mentation des projets financ&#233;s par le biais de pilotes, et soutient la collaboration au sein des initiatives, ainsi que l'identification et la r&#233;utilisation d'&#233;l&#233;ments communs au travers des projets, l'interop&#233;rabilit&#233; notamment des syst&#232;mes d'identification, et la mise en place de mod&#232;les de d&#233;veloppement int&#233;grant les autres sources de financements aux diff&#233;rentes &#233;chelles en Europe.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Alors que les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique, la Chine ou la Russie d&#233;ploient des moyens publics et priv&#233;s colossaux pour d&#233;velopper des logiciels et infrastructures captant massivement les donn&#233;es des consommateurs, l'Union europ&#233;enne ne peut pas se permettre ce renoncement. Les logiciels libres et open source tels que soutenus par les projets NGI depuis 2020 sont, par construction, &#224; l'oppos&#233;e des potentiels vecteurs d'ing&#233;rence &#233;trang&#232;re. Ils permettent de conserver localement les donn&#233;es et de favoriser une &#233;conomie et des savoirs-faire &#224; l'&#233;chelle communautaire, tout en permettant &#224; la fois une collaboration internationale. Ceci est d'autant plus indispensable dans le contexte g&#233;opolitique que nous connaissons actuellement. L'enjeu de la souverainet&#233; technologique y est pr&#233;pond&#233;rant et le logiciel libre permet d'y r&#233;pondre sans renier la n&#233;cessit&#233; d'&#339;uvrer pour la paix et la citoyennet&#233; dans l'ensemble du monde num&#233;rique.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Dans ces perspectives, nous vous demandons urgemment de r&#233;clamer la pr&#233;servation du programme NGI dans le programme de financement 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb33-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; d'un Internet centr&#233; sur l'humain, avec des valeurs et des principes g&#233;n&#233;ralement partag&#233;s en Europe &#187;, (traduction propos&#233;e par l'April)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; d'un Internet prosp&#232;re, fond&#233; sur des briques communes cr&#233;&#233;es au sein du NGI, permettant un meilleur contr&#244;le de nos vies num&#233;riques &#187;, (traduction propos&#233;e par l'April)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; un &#233;cosyst&#232;me structur&#233; de contributeurs et de contributrices talentueuses, &#339;uvrant pour la cr&#233;ation de nouveau communs d'internet et pour l'&#233;volution des communs d'internet existants &#187;, (traduction propos&#233;e par l'April)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Tels que d&#233;finis par Horizon Europe, les &#201;tats Membres &#233;largis sont la Bulgarie, la Croatie, Chypre, la R&#233;publique Tch&#232;que, l'Estonie, la Gr&#232;ce, la Hongrie, la Lettonie, la Lithuanie, Malte, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, la Slovaquie et la Slov&#233;nie. Les pays associ&#233;s &#233;largies (sous conditions d'un accord d'association) l'Albanie, l'Arm&#233;nie, la Bosnie Herz&#233;govine, les Iles Fero&#233;, la G&#233;orgie, le Kosovo, la Moldavie, le Mont&#233;n&#233;gro, le Maroc, la Mac&#233;doine du Nord, la Serbie, la Tunisie, la Turquie et l'Ukraine. Les r&#233;gions &#233;largies d'outre-mer sont : la Guadeloupe, la Guyane Fran&#231;aise, la Martinique, La R&#233;union, Mayotte, Saint-Martin, Les A&#231;ores, Mad&#232;re, les Iles Canaries.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le XXIe si&#232;cle comme cr&#233;puscule du XXe</title>
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		<dc:subject>Fargette G.</dc:subject>
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		<dc:subject>Oligarchie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin n&#176;09 &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, 2005, repris dans livre in&#233;dit &#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187; (2019), 260 p. Sommaire Avant-propos : D&#233;truire l'Occident, disent-ils Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe &#8212; Ci-dessous Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance Violences et banlieues fran&#231;aises L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001 La motivation actuelle du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-115-electoralisme-+" rel="tag"&gt;&#201;lectoralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-131-oligarchie-+" rel="tag"&gt;Oligarchie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte extrait du bulletin n&#176;09 &#171; Le Cr&#233;puscule du XXe si&#232;cle &#187;, 2005, repris dans livre in&#233;dit &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1055-Crepuscule-de-l-Occident-ou-du-XXe-siecle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Cr&#233;puscule de l'Occident ou du XXe si&#232;cle ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (2019), 260 p.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_espace&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cimulti_colonnes&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;figure class='spip_document_1734 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:300px;&#034; data-w=&#034;300&#034;&gt; &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' arial-label=&#034;&#034; class=&#034;fond mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034; data-photo-w=&#034;822&#034; data-photo-h=&#034;1178&#034; &gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:143.30900243309%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/index.php?action=image_responsive&amp;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;taille=300&amp;1709039886' alt='' data-src='IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg' data-l='822' data-h='1178' data-tailles='[\&#034;300\&#034;]' class='image_responsive avec_picturefill' srcset='index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=300&amp;#38;1709039886 1x,index.php?action=image_responsive&amp;#38;img=IMG/jpg/couverture_cre_puscule.jpg&amp;#38;taille=600&amp;#38;1709039886 2x' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;&lt;/picture&gt; &lt;/a&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;col-sm-6&#034;&gt;&lt;div class=&#034;cibloc cibloc_ombre&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1193-Detruire-l-Occident-disent-ils' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Avant-propos : &lt;strong&gt;D&#233;truire l'Occident, disent-ils&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le XXIe si&#232;cle comme Cr&#233;puscule du XXe&lt;/strong&gt; &#8212; Ci-dessous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?551-Renaissance-d-un-imperialisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Renaissance d'un imp&#233;rialisme archa&#239;que&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?181-La-quatrieme-guerre-mondiale-s' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La quatri&#232;me guerre mondiale s'avance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?301-Violences-et-banlieues-francaises' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Violences et banlieues fran&#231;aises&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?569-L-affaire-des-caricatures-plus' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'affaire des caricatures : plus grave que le 11 septembre 2001&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?563-La-motivation-actuelle-du-stalino' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;La motivation actuelle du stalino-gauchisme et des &#8220;bien-pensants&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1157-L-injection-goutte-a-goutte-du-poison-de-la-charia' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'injection goutte-&#224;-goutte du poison de la charia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1024-Liste-provisoire-des-faits-de-Charia-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Liste provisoire des faits accomplis de Charia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1161-Apotheose-des-Nique-la-France-a-Marseille' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Premier octobre 2017 : Apoth&#233;ose des &#171; Nique-la-France &#187; &#224; Marseille&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1162-L-islam-a-la-lumiere-de-la-poesie-sans-rivage' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Recension : l'islam &#224; la lumi&#232;re de la po&#233;sie sans rivages&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1026-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'acharnement &#224; liquider les nations&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1053-L-acharnement-a-liquider-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Annexe sur le personnage Hitler&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1163-Aux-sources-du-Totalitarisme-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Aux sources du totalitarisme (ce stalino-gauchisme qui ne passe pas&lt;/strong&gt;)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; l'euph&#233;misme d'une soci&#233;t&#233; &#224; plusieurs vitesses, qui pouvait &#234;tre, &#224; la rigueur, valide dans une &#233;poque de croissance &#233;conomique et sociale g&#233;n&#233;ralis&#233;e, nous vivons bel et bien dans une soci&#233;t&#233; &#224; plusieurs &#233;tages. Sous des apparences de grande fluidit&#233;, nous en sommes revenus &#224; des structures hi&#233;rarchiques particuli&#232;rement rigides. Dans la mesure o&#249; la dynamique du jeu des classes sociales fondait le dynamisme des nations, comment s'&#233;tonner de l'usure que celles-ci trahissent ?&#8200;La disparition des tendances r&#233;volutionnaires et plus encore l'&#233;vanouissement de l'esprit public&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les derni&#232;res tentatives r&#233;volutionnaires en Occident se sont manifest&#233;es &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sont infiniment significatifs. Mais cette r&#233;alit&#233; b&#233;n&#233;ficie d'un travestissement qui h&#233;rite de toutes les techniques de mensonges d&#233;velopp&#233;es au cours du XX&#232;me si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La technique industrielle du mensonge exige que certains s&#700;emparent de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;tat des soci&#233;t&#233;s contemporaines est aujourd'hui dict&#233; par celui de leurs pr&#233;tendues &#233;lites. La disparition des r&#233;sistances organis&#233;es &#224; leurs men&#233;es ne pouvait que modifier en profondeur la nature m&#234;me de ce que l'on appelait autrefois la &#8220;classe dominante&#8221;. Celle-ci supposait dans son existence imm&#233;diate comme dans son &#234;tre profond la pr&#233;sence d'un adversaire antagoniste.&#8200;Et cet antagonisme constituait le pivot plus ou moins cach&#233; de la formation sociale tout enti&#232;re. L'&#233;lan de l'&#201;tat-nation n'&#233;tait pas concevable sans l'&#233;nergie de la lutte de classes, dont il se nourrissait. Les secteurs socialement dominants n'&#233;chappent pas &#224; la fragmentation g&#233;n&#233;rale, bien qu'ils demeurent les seuls capables de d&#233;finir un mode de coop&#233;ration collectif qui ne sombre pas instantan&#233;ment dans l'incapacit&#233;. La mafia, cette structuration r&#233;gressive des rapports sociaux, ce retour des liens client&#233;listes verticaux aux d&#233;pens des rapports de classe horizontaux, est le mod&#232;le de moins en moins secret sur lequel se recompose ce qu'il faut bien appeler une oligarchie, qui ne se sent plus li&#233;e par aucun contrat social, m&#234;me de fa&#231;ade. Seules comptent pour elle les alliances tactiques imm&#233;diatement profitables. La r&#233;sistance ouverte du monde du travail s'est mu&#233;e en d&#233;robades de moins en moins assum&#233;es. Le glissement du tandem gr&#232;ve-maladie chez les salari&#233;s vers un strict absent&#233;isme &#224; alibi sanitaire, illustre bien la mani&#232;re des dissidences actuelles : presque toujours biais&#233;es, masqu&#233;es, pour &#233;viter de d&#233;fier frontalement ce qui se pr&#233;sente comme une autorit&#233; sans r&#233;plique. Si le XIX&#232;me si&#232;cle a &#233;t&#233; celui des soci&#233;t&#233;s de classes, le XX&#232;me les a liquid&#233;es sans les d&#233;passer, et ce d&#233;sastre commande tous les autres. La trilogie officielle, le bourgeois, le militaire et le pr&#234;tre, a fait place &#224; celle de l'oligarque, du juge et du psychiatre. Le policier et le militaire sont toujours l&#224;, tapis dans les coulisses de la soci&#233;t&#233;, pr&#234;ts &#224; bondir sur tout ce qui bouge, mais ces personnages ne se tiennent plus en premi&#232;re ligne, sauf dans les fictions envahissantes de l'industrie du divertissement. Ce serait consid&#233;r&#233; comme une maladresse de &#8220;gouvernance&#8221;. Ce dispositif r&#233;sume la nature de la &#8220;d&#233;mocratie r&#233;ellement existante&#8221;, toute d'apparence. Une affiche publicitaire pour un magazine quelconque a formul&#233; la question rh&#233;torique : &#171; Sommes-nous tous en libert&#233; surveill&#233;e ? &#187;, sans se rendre compte que la poser, c'&#233;tait d&#233;j&#224; y r&#233;pondre. L'oligarchie, &#224; l'instar de la bureaucratie, pr&#233;tend ne pas exister comme groupe actif et pr&#233;dateur, mais elle ne cesse d'osciller entre l'affirmation de sa diff&#233;rence et un d&#233;sir d'invisibilit&#233;.&#8200;Elle se d&#233;voile par raccroc dans les scandales de &#8220;corruption&#8221; qui esquissent ses contours, en trahissant les lignes de force de ce qui s'impose dans la p&#233;nombre des rapports de pouvoir effectifs. Et si les sinistres personnages de viveurs vampires ne sont pas difficiles &#224; trouver en son sein&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me si les Berlusconi, Tapie, Fabius, Strauss-Kahn pullulent, ils semblent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les saigneurs du monde, &#224; l'instar des dignitaires nazis qui n'assumaient leurs crimes qu'en petit comit&#233;, ne se sentent jamais tout &#224; fait pr&#233;sentables. L'oligarchie fran&#231;aise est tent&#233;e par l'image d'une coll&#233;gialit&#233; grise de cadres compass&#233;s, ce qu'un Jospin repr&#233;sente avec une &#233;tonnante ad&#233;quation, mais il y a l&#224; aussi une source d'incoh&#233;rence.&#8200;Les puissants veulent en g&#233;n&#233;ral un symbole un peu plus clinquant pour les repr&#233;senter devant la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question r&#233;sume donc toutes les autres : quand finira le cr&#233;puscule historique qui prolonge ce XX&#232;me si&#232;cle de cauchemar ? L'histoire, de plus en plus profond&#233;ment enlis&#233;e sur la face sombre d'un temps qui a cess&#233; de tourner, n'est plus anim&#233;e que de soubresauts destin&#233;s &#224; faire un peu plus diversion d'une r&#233;alit&#233; que l'on ne veut pas voir. La nature m&#234;me des couches dirigeantes actuelles confirme que le cours g&#233;n&#233;ral de l'histoire est &#8220;verrouill&#233;&#8221; sur un objectif calamiteux.&#8200;Seul un hasard, un authentique accident, pourrait mettre un terme effectif au XX&#232;me si&#232;cle, cet immense et interminable avortement historique. Le XXI&#232;me si&#232;cle s'annonce comme le cr&#233;puscule ind&#233;fini du pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paris, le 12 juin 2001&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb34-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les derni&#232;res tentatives r&#233;volutionnaires en Occident se sont manifest&#233;es &#224; sa p&#233;riph&#233;rie, en Hongrie en 1956&#8200;et en Espagne en 1936.&#8200;Le Mai 68 fran&#231;ais n&#700;en a repr&#233;sent&#233; qu&#700;une esquisse nostalgique, vite dissip&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La technique industrielle du mensonge exige que certains s&#700;emparent de l&#700;apparence de la critique officielle. Cette fausse critique a ses professionnels, sociologues comme Bourdieu, journalistes comme S.&#8200;Halimi, cin&#233;astes plus ou moins dissidents tels que P.&#8200;Carles, etc. Les &#8220;r&#233;publicains des deux rives&#8221; ou &#8220;souverainistes&#8221; ont tent&#233; d&#700;allier une influence populaire &#224; un discours institutionnel autoritaire. Leur faiblesse, c&#700;est d&#700;&#234;tre des imp&#233;rialistes d&#233;&#231;us, qui r&#234;vent d&#700;une &#233;poque o&#249; l&#700;&#201;tat fran&#231;ais pouvait ravager l&#700;Europe ou l&#700;Afrique et qui butent sur l&#700;&#233;normit&#233; de son d&#233;clin historique. L&#700;analyse de cette fausse critique pr&#233;sente un grand int&#233;r&#234;t, mais on peut d&#233;j&#224; se r&#233;f&#233;rer &#224; un livre de L.&#8200;Janover, malgr&#233; son titre ridicule &#8220;Thermidor mon amour&#8221;, pour un tour d&#700;horizon pr&#233;liminaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M&#234;me si les Berlusconi, Tapie, Fabius, Strauss-Kahn pullulent, ils semblent condamn&#233;s &#224; des triomphes pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pouvoir, politique, autonomie (2/2)</title>
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&lt;p&gt;(.../...) Voir la premi&#232;re partie C'est cette dimension de l'institution de la soci&#233;t&#233;, ayant trait au pouvoir explicite, soit &#224; l'existence d'instances pouvant &#233;mettre des injonctions sanctionnables, qu'il faut appeler la dimension du politique. Il importe peu, &#224; ce niveau, que ces instances soient incarn&#233;es par la tribu enti&#232;re, par les anciens, par les guerriers, par un chef, par le d&#233;mos, par un Appareil bureaucratique ou par n'importe quoi d'autre. Trois confusions sont ici &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-apports-theoriques-imaginaire-" rel="directory"&gt;Apports th&#233;oriques : Imaginaire, culture, cr&#233;ation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1071-Pouvoir-politique-autonomie-1-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette dimension de l'institution de la soci&#233;t&#233;, ayant trait au &lt;i&gt;pouvoir explicite&lt;/i&gt;, soit &#224; l'existence d'&lt;i&gt;instances pouvant &#233;mettre des injonctions sanctionnab&lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;es&lt;/i&gt;, qu'il faut appeler la dimension &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; politique. Il importe peu, &#224; ce niveau, que ces instances soient incarn&#233;es par la tribu enti&#232;re, par les anciens, par les guerriers, par un chef, par le &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt;, par un Appareil bureaucratique ou par n'importe quoi d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois confusions sont ici &#224; dissiper. La premi&#232;re, c'est l'identification du pouvoir explicite et de l'&#201;tat. Les &#171; soci&#233;t&#233;s sans &#201;tat &#187; ne sont pas des &#171; soci&#233;t&#233;s sans pouvoir &#187; ; Il y r&#232;gne non seulement, comme partout, un infra-pouvoir &#233;norme (d'autant plus &#233;norme que le pouvoir explicite est r&#233;duit) de l'institution d&#233;j&#224; donn&#233;e, mais aussi, bel et bien, un &lt;i&gt;pouvoir explicite&lt;/i&gt; de la collectivit&#233; (ou des m&#226;les, des guerriers, etc.) relatif &#224; la &lt;i&gt;dik&#233;&lt;/i&gt; et au t&#233;los &#8211; aux litiges et aux d&#233;cisions. Le pouvoir explicite &lt;i&gt;n'est pas&lt;/i&gt; l'&#201;tat, terme et notion que nous devons r&#233;server &#224; un &lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; sp&#233;cifique, dont la cr&#233;ation historique est presque datable et localisable. L'&#201;tat est une instance &lt;i&gt;s&#233;par&#233;e&lt;/i&gt; de la collectivit&#233; et institu&#233;e de mani&#232;re &#224; assurer constamment cette s&#233;paration. L'&#201;tat est typiquement une &lt;i&gt;institution seconde&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce terme, voir Castoriadis 1975, p. 495-496 ; et &#171; Institution premi&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose pour ma part que l'on r&#233;serve le terme d'&#201;tat aux cas o&#249; celui-ci est institu&#233; comme &lt;i&gt;Appareil d'&#201;tat&lt;/i&gt;, ce qui implique une &#171; bureaucratie &#187; s&#233;par&#233;e, civile, cl&#233;ricale ou militaire, f&#251;t-elle rudimentaire, &#224; savoir une organisation hi&#233;rarchique avec d&#233;limitation des r&#233;gions de comp&#233;tence. Cette d&#233;finition couvre l'immense majorit&#233; des organisations &#233;tatiques connues et ne laisse, sur ses fronti&#232;res, que de rares cas sur lesquels peuvent s'acharner ceux qui oublient que toute d&#233;finition dans le domaine social-historique ne vaut que &lt;i&gt;&#244;s epi to polu&lt;/i&gt;, pour la grande majorit&#233; des cas, comme aurait dit Aristote. En ce sens, la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; d&#233;mocratique grecque n'est pas un &#171; &#201;tat &#187;, si l'on consid&#232;re que le pouvoir explicite &#8211; la position du &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;dik&#233;&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;t&#233;los&lt;/i&gt; &#8211; appartient &#224; tout le corps des citoyens. Et cela explique entre autres les difficult&#233;s d'un esprit aussi puissant que Max Weber devant la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; d&#233;mocratique, &#224; juste titre soulign&#233;es et correctement comment&#233;es dans un des derniers textes de M. I. Finley&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. I. Finley, Sur l'histoire ancienne, Paris, La D&#233;couverte, 1987, chap. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'impossibilit&#233; de faire entrer la d&#233;mocratie ath&#233;nienne dans le type id&#233;al de domination &#171; traditionnelle &#187; ou &#171; rationnelle &#187; (n'oublions pas que pour Max Weber&#171; domination rationnelle &#187; et &#171; domination bureaucratique &#187; sont des termes interchangeables !) et ses malheureux efforts d'assimiler les &#171; d&#233;magogues &#187; ath&#233;niens &#224; des d&#233;tenteurs d'un pouvoir &#171; charismatique &#187;. Les marxistes et les f&#233;ministes r&#233;torqueront sans doute que le &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; exer&#231;ait un pouvoir face aux esclaves et aux femmes, donc, &#171; &#233;tait l'&#201;tat &#187;. Dira-t-on alors que les Blancs des &#201;tats du Sud des &#201;tats-Unis &#171; &#233;taient l'&#201;tat &#187; face aux esclaves noirs jusqu'&#224; 1865 ? Ou que les m&#226;les adultes fran&#231;ais &#171; &#233;taient l'&#201;tat &#187; face aux femmes jusqu'&#224; 1945 (et, pourquoi pas, les adultes face aux non-adultes aujourd'hui) ? Ni le pouvoir explicite, ni m&#234;me la domination ne prennent n&#233;cessairement la forme de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me, c'est la confusion &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; politique, dimension du pouvoir explicite, avec l'institution d'ensemble de la soci&#233;t&#233;. On sait que le terme &#171; le politique &#187; a &#233;t&#233; introduit par Carl Schmitt (&lt;i&gt;Der Begrijf&lt;/i&gt; &lt;i&gt;des Politischen,&lt;/i&gt; 1928) avec un sens &#233;troit et, si l'on accepte ce qui pr&#233;c&#232;de, essentiellement d&#233;fectueux. On assiste aujourd'hui &#224; une tentative inverse, qui pr&#233;tend dilater le sens du terme jusqu'&#224; lui faire r&#233;sorber l'institution d'ensemble de la soci&#233;t&#233;. La distinction. du politique &#224; l'&#233;gard d'autres &#171; ph&#233;nom&#232;nes sociaux &#187; rel&#232;verait, semble-t-il, du positivisme (bien entendu, ce dont il s'agit ce ne sont pas des &#171; ph&#233;nom&#232;nes &#187;, mais des dimensions in&#233;liminables de l'institution sociale : langage, travail, reproduction sexu&#233;e, &#233;levage des nouvelles g&#233;n&#233;rations, religion, m&#339;urs, &#171; culture &#187; au sens &#233;troit, etc.). Ce serait ainsi &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; politique qui porterait la charge de g&#233;n&#233;rer les rapports des humains entre eux et avec le monde, la repr&#233;sentation de la nature et du temps, ou le rapport du pouvoir et de la religion. Cela n'est, bien entendu, rien d'autre que ce que j'ai d&#233;fini depuis 1965 comme l'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233; et son essentiel d&#233;doublement en instituant et institu&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 159-230 et Castoriadis 1915, passim.&#034; id=&#034;nh35-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; part les go&#251;ts personnels, on ne voit pas ce que l'on gagne &#224; appeler &lt;i&gt;le politique&lt;/i&gt; l'institution &lt;i&gt;catholou&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233;, et l'on voit clairement ce qu'on y perd. Car de deux choses l'une : ou bien, en appelant &#171; le politique &#187; ce que tout le monde appellerait naturellement l'institution de la soci&#233;t&#233;, on op&#232;re un changement de vocabulaire qui n'emporte rien quant &#224; la substance, cr&#233;e une confusion, et se heurte au &lt;i&gt;nomina non sunt praeter necessitatem multiplicanda&lt;/i&gt; ; ou bien, on vise &#224; pr&#233;server dans cette substitution les connotations que le terme politique a depuis sa cr&#233;ation par les Grecs, &#224; savoir ce qui a trait &#224; des d&#233;cisions explicites et, du moins en partie, conscientes ou r&#233;fl&#233;chies ; et alors, par un &#233;trange renversement, le langage, l'&#233;conomie, la religion, la repr&#233;sentation du monde se trouvent relever de d&#233;cisions politiques d'une mani&#232;re que ne d&#233;savoueraient ni Charles Maurras ni Pol Pot. Tout est politique ou bien ne signifie rien, ou bien signifie : tout doit &#234;tre politique, relever d'une d&#233;cision explicite du Souverain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La racine de la deuxi&#232;me confusion se trouve, peut-&#234;tre, dans la troisi&#232;me. On entend maintenant dire : les Grecs ont invent&#233; le politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La traductrice de Politics in the Ancient World de M. I. Finley a bien eu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut cr&#233;diter les Grecs de beaucoup de choses &#8211; surtout : d'autres choses que celles dont on les cr&#233;dite d'habitude &#8211;, mais certainement pas de l'invention de l'institution de la soci&#233;t&#233;, ou m&#234;me du pouvoir explicite. Les Grecs n'ont pas invent&#233; &#171; le &#187; politique, au Sens de la dimension de pouvoir explicite toujours pr&#233;sente dans toute soci&#233;t&#233; ; ils ont invent&#233; ou mieux, &lt;i&gt;cr&#233;&#233;, la politique&lt;/i&gt;, ce qui est tout autre chose. On se dispute parfois pour savoir dans quelle mesure il y a de la politique avant les Grecs. Vaine querelle, termes vagues, pens&#233;e confuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant les Grecs (et apr&#232;s) il y a des intrigues, des conspirations, des trafics d'influence, des luttes sourdes ou ouvertes pour s'emparer du pouvoir explicite, il y a un art (fantastiquement d&#233;velopp&#233; en Chine, par exemple) de g&#233;rer le pouvoir existant, m&#234;me de l'&#171; am&#233;liorer &#187;. Il y a des changements explicites et d&#233;cid&#233;s de certaines institutions &#8211; m&#234;me des r&#233;-institutions radicales ( &#171; Mo&#239;se &#187; ou, en tout cas, Mahomet). Mais dans ces derniers cas, le l&#233;gislateur excipe d'un pouvoir d'instituer qui est de droit divin, qu'il soit Proph&#232;te ou Roi. Il invoque ou produit des Livres sacr&#233;s. Mais si les Grecs ont pu cr&#233;er la politique, la d&#233;mocratie, la philosophie, c'est aussi parce qu'ils n'avaient ni Livre sacr&#233;, ni proph&#232;tes. Ils avaient des po&#232;tes, des philosophes, des l&#233;gislateurs et des &lt;i&gt;politai&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique, telle qu'elle a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par les Grecs, a &#233;t&#233; la mise en question explicite de l'institution &#233;tablie de la soci&#233;t&#233; &#8211; ce qui pr&#233;supposait, et cela est clairement affirm&#233; au Ve si&#232;cle, qu'au moins de grandes parties de cette institution n'ont rien de &#171; sacr&#233; &#187;, ni de &#171; naturel &#187;, mais qu'elles rel&#232;vent du &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;. Le mouvement d&#233;mocratique, s'attaque &#224; ce que j'ai appel&#233; le pouvoir explicite et vise &#224; le r&#233;instituer. Comme on le sait, il &#233;choue (ou n'arrive m&#234;me pas &#224; prendre un vrai d&#233;part) dans la moiti&#233; des &lt;i&gt;poleis&lt;/i&gt;. Il n'emp&#234;che que son &#233;mergence travaille presque toutes les &lt;i&gt;poleis&lt;/i&gt;, puisque aussi bien les r&#233;gimes oligarchiques ou tyranniques doivent, face &#224; lui, se d&#233;finir comme tels, donc appara&#238;tre pour ce qu'ils sont. Mais il ne se borne pas &#224; cela, il vise potentiellement la r&#233;-institution globale de la soci&#233;t&#233; et cela s 'actualise par la cr&#233;ation de la philosophie. Non plus commentaire ou interpr&#233;tation de textes traditionnels ou sacr&#233;s, la pens&#233;e grecque est &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; mise en question de la dimension la plus importante de l'institution de la soci&#233;t&#233; : des repr&#233;sentations et des normes de la tribu, et de la notion m&#234;me de &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;. Il y a certes, partout et toujours, &#171; v&#233;rit&#233; &#187; socialement institu&#233;e, &#233;quivalant &#224; la conformit&#233; canonique des repr&#233;sentations et des &#233;nonc&#233;s avec ce qui est socialement institu&#233; comme l'&#233;quivalent d' &#171; axiomes &#187; et de &#171; proc&#233;dures de validation &#187;. Il vaut mieux l'appeler simplement &lt;i&gt;correction&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Richtigkeit&lt;/i&gt;). Mais les Grecs &lt;i&gt;cr&#233;ent la v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; comme mouvement interminable de la pens&#233;e mettant constamment &#224; l'&#233;preuve ses bornes et se retournant sur. elle-m&#234;me (r&#233;flexivit&#233;), et ils la cr&#233;ent comme philosophie d&#233;mocratique : penser n'est pas l'affaire de rabbins, de pr&#234;tres, de mollahs, de courtisans ou de renon&#231;ants &#8211; mais de citoyens qui veulent discuter dans un espace public cr&#233;&#233; par ce m&#234;me mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi bien la politique grecque que la politique &lt;i&gt;kata ton orthon lagon&lt;/i&gt; peuvent &#234;tre d&#233;finies comme l'activit&#233; collective explicite se voulant lucide (r&#233;fl&#233;chie et d&#233;lib&#233;r&#233;e), se donnant comme objet l'institution de la soci&#233;t&#233; comme telle. Elle est donc une &lt;i&gt;venue au jour&lt;/i&gt;, partielle certes, de l'instituant en personne (dramatiquement, mais non exclusivement, illustr&#233;e, par les moments de r&#233;volution)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 154 .&#034; id=&#034;nh35-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La cr&#233;ation de la politique a lieu lorsque l'institution donn&#233;e de la soci&#233;t&#233; est mise en cause comme telle et dans ses diff&#233;rents aspects et dimensions (ce qui en fait d&#233;couvrir rapidement, expliciter, mais aussi &lt;i&gt;articuler autrement&lt;/i&gt; la solidarit&#233;), donc, lorsqu'un &lt;i&gt;autre rapport&lt;/i&gt;, in&#233;dit jusqu'alors, est cr&#233;&#233; entre l'instituant et l'institu&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 130-157 . Aussi, &#171; Introduction g&#233;n&#233;rale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique se situe donc d'embl&#233;e, potentiellement, &#224; un niveau &#224; la fois radical et global, de m&#234;me que son rejeton ; la &#171; philosophie politique &#187; classique. Je dis potentiellement car, on le sait, beaucoup d'institutions explicites, et parmi elles, certaines qui nous choquent particuli&#232;rement (esclavage, statut des femmes) en pratique n'ont jamais &#233;t&#233; mises en cause. Mais cette consid&#233;ration est sans pertinence aucune. La cr&#233;ation de la d&#233;mocratie et de la philosophie est la cr&#233;ation du &lt;i&gt;mouvement historique&lt;/i&gt; dans son origine, mouvement qui est l&#224; du VIIIe au Ve si&#232;cle, et qui se termine en fait avec la d&#233;faite de 404.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La radicalit&#233; de ce mouvement ne saurait &#234;tre sous-estim&#233;e. Sans parler de l'activit&#233; des nomoth&#232;tes, sur laquelle nous avons peu de renseignements fiables (mais sur laquelle beaucoup d'inf&#233;rences raisonnables, notamment pour les colonies qui commencent d&#232;s le VIIIe si&#232;cle, restent &#224; formuler), il suffit de rappeler l'audace de la r&#233;volution clisth&#233;nienne, r&#233;organisant profond&#233;ment la soci&#233;t&#233; ath&#233;nienne traditionnelle en vue de la participation &#233;gale et &#233;quilibr&#233;e de tous au pouvoir politique. Les discussions et les projets politiques dont les torses mutil&#233;s et &#233;pars des VIe et Ve si&#232;cles t&#233;moignent (Solon, Hippodamos, sophistes, D&#233;mocrite, Thucydide, Aristophane, etc.) font appara&#238;tre cette radicalit&#233; de fa&#231;on &#233;clatante. L'institution de la soci&#233;t&#233; est clairement pos&#233;e comme &#339;uvre humaine (D&#233;mocrite, &lt;i&gt;Mikros Diakosmos&lt;/i&gt; dans la transmission de Tzetz&#232;s). En m&#234;me temps les Grecs savent tr&#232;s t&#244;t que l'&#234;tre humain sera ce qu'en feront les &lt;i&gt;nomoi&lt;/i&gt; de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; (clairement formul&#233;e chez Simonide, l'id&#233;e est encore r&#233;p&#233;t&#233;e &#224; plusieurs reprises comme une &#233;vidence par Aristote). Ils savent donc qu'il n'y a pas d'&#234;tre humain qui vaille sans une &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; qui vaille, qui soit r&#233;gie par le nomos appropri&#233;. Ils savent aussi, contrairement &#224; Leo Strauss qu'il n'y a pas de &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt; &#171; naturel &#187; (ce qui en grec serait une alliance de termes contradictoires). C'est la d&#233;couverte de l'&#171; arbitraire &#187; du &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;, en m&#234;me temps que sa dimension constitutive pour l'&#234;tre humain, individuel et collectif, qui ouvre la discussion interminable sur le juste et l'injuste et sur le &#171; bon r&#233;gime &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, &#171; Valeur, &#233;galit&#233;, justice, politique : de Marx &#224; Aristote (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette radicalit&#233;, et cette conscience de la fabrication de l'individu par la soci&#233;t&#233; dans laquelle il vit, qui se tient derri&#232;re les &#339;uvres philosophiques de la d&#233;cadence &#8211; du IVe si&#232;cle, de Platon et d'Aristote &#8211;, les commande comme une &lt;i&gt;Selbstverst&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#228;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ndlichkeit&lt;/i&gt; et les nourrit. C'est elle qui permet &#224; Platon de penser une utopie radicale ; c'est elle qui lui fait, comme &#224; Aristote, mettre l'accent sur la &lt;i&gt;paideia&lt;/i&gt; autant sinon plus que sur la &#171; constitution politique &#187; au sens strict. Ce n'est nullement un hasard que la renaissance de la vie politique en Europe occidentale s'accompagne, relativement rapidement, de la r&#233;apparition d'&#171; utopies &#187; radicales. Ce dont les utopies t&#233;moignent d'abord et avant tout est cette conscience : l'institution est &#339;uvre humaine. Et ce n'est nullement un hasard si, contrairement &#224; l'indigence &#224; cet &#233;gard de la &#171; philosophie politique &#187; contemporaine, la grande philosophie politique, depuis Platon jusqu'&#224; Rousseau, a mis la &lt;i&gt;paideia&lt;/i&gt; &#224; son centre. Cette grande tradition &#8211; m&#234;me si dans la pratique la question de l'&#233;ducation a toujours pr&#233;occup&#233; les modernes &#8211; meurt pratiquement avec la R&#233;volution fran&#231;aise. Et il faut &#234;tre &#224; la fois un b&#233;otien et un hypocrite pour faire mine de s'&#233;tonner de ce que Platon ait pens&#233; l&#233;gif&#233;rer sur les &lt;i&gt;nomoi&lt;/i&gt; musicaux ou sur la po&#233;sie (l'&#201;tat d&#233;cr&#232;te aujourd'hui quels po&#232;mes les enfants apprendront &#224; l'&#233;cole) ; qu'il ait eu raison ou tort de le faire &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; il l'a fait et &lt;i&gt;jusqu' au point o&#249;&lt;/i&gt; il a voulu le faire, c'est une autre question. J'y reviendrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation par les Grecs de la politique et de la philosophie est la premi&#232;re &#233;mergence historique du projet d'autonomie collective et individuelle. Si nous voulons &#234;tre libres nous devons faire notre &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;. Si nous voulons &#234;tre libres, personne ne doit pouvoir nous dire ce que nous devons penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais libres comment, et jusqu'o&#249; ? Ce sont l&#224; les questions de la vraie politique &#8211; de plus en plus &#233;vacu&#233;es par les discours contemporains sur &#171; le politique &#187;, les &#171; droits de l'homme &#187; ou le &#171; droit naturel &#187; &#8211; qu'il nous faut maintenant aborder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque partout, presque toujours les soci&#233;t&#233;s ont v&#233;cu dans l'&lt;i&gt;h&#233;t&#233;ronomie institu&#233;e&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Castoriadis 1964-65 (1975), p. 148-151 et les textes cit&#233;s dans la note 2&#034; id=&#034;nh35-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De cet &#233;tat, la repr&#233;sentation institu&#233; d'une source extra-sociale du &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt; fait partie int&#233;grante. Le r&#244;le de la religion est, &#224; cet &#233;gard, central : elle fournit la repr&#233;sentation de cette source et ses attributs, assure que toutes les significations &#8211; du monde comme des choses humaines &#8211; jaillissent de la m&#234;me origine, elle cimente cette assurance par la croyance qui joue sur des composantes essentielles du psychisme humain. Soit dit en passant : la tendance actuelle, dont Max Weber est en partie responsable, de pr&#233;senter la religion comme un ensemble d'&#171; id&#233;es &#187;, presque comme une &#171; id&#233;ologie religieuse &#187;, conduit &#224; des r&#233;sultats catastrophiques, car elle m&#233;conna&#238;t dans les significations imaginaires religieuses, tout aussi importantes et tout aussi variables que les &#171; repr&#233;sentations &#187;, ces dimensions que sont l'&lt;i&gt;affect&lt;/i&gt; religieux et la &lt;i&gt;pouss&#233;e&lt;/i&gt; religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;n&#233;gation de la dimension instituante de la soci&#233;t&#233;, le recouvrement de l'imaginaire instituant par l'imaginaire institu&#233;, va de pair avec la cr&#233;ation d'individus absolument conformes, qui se vivent et se pensent dans la r&#233;p&#233;tition (quoi qu'ils puissent faire par ailleurs &#8211; et ils font tr&#232;s peu), dont l'imagination radicale est brid&#233;e autant que faire se peut et qui ne sont gu&#232;re vraiment individu&#233;s (comparer la similitude des sculptures d'une m&#234;me dynastie &#233;gyptienne avec la diff&#233;rence entre Sappho et Archiloque ou Bach et Haendel). Elle va de pair aussi avec la forclusion anticip&#233;e de toute interrogation sur le fondement ultime des croyances de la tribu et de ses lois, donc aussi sur la &#171; l&#233;gitimit&#233; &#187; du pouvoir explicite institu&#233;. En ce sens, le terme m&#234;me de &#171; l&#233;gitimit&#233; &#187; de la domination appliqu&#233; &#224; des soci&#233;t&#233;s traditionnelles est anachronique (et europ&#233;o-centrique, ou sino-centrique). &lt;i&gt;La tradition signifie que la question de la l&#233;gitimit&#233; de la tradition ne sera pas pos&#233;e&lt;/i&gt;. Les individus sont fabriqu&#233;s de sorte que cette question reste pour eux mentalement et psychiquement impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie surgit, comme germe, d&#232;s que I'interrogation explicite et illimit&#233;e &#233;clate, portant non pas sur des &#171; faits &#187; mais sur les significations imaginaires sociales et leur fondement possible. Moment de cr&#233;ation, qui inaugure et un autre type de soci&#233;t&#233; et un autre type d'individus. Je parle bien de &lt;i&gt;germe&lt;/i&gt;, car l'autonomie, aussi bien sociale qu'individuelle, est un &lt;i&gt;projet&lt;/i&gt;. Le surgissement de l'interrogation illimit&#233;e cr&#233;e un &lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; historique nouveau &#8211; la r&#233;flexivit&#233; au sens plein, ou autor&#233;flexivit&#233;, comme l'individu qui l'incarne et les institutions o&#249; elle s'instrumente. Ce qui est demand&#233; est, au plan social : est-ce que nos lois sont bonnes ? Est-ce qu'elles sont justes ? Quelles lois devons-nous faire ? Et, au plan individuel : est-ce que ce que je pense est vrai ? Est-ce que je peux savoir si c'est vrai et comment ? Le moment de la naissance de la philosophie n'est pas l'apparition de la &#171; question de l'&#234;tre &#187;, mais le surgissement de l'interrogation : &lt;i&gt;que devons-nous penser ?&lt;/i&gt; (La &#171; question de l'&#234;tre &#187; n'en forme qu'un moment ; par ailleurs, elle est &#224; la fois pos&#233;e et r&#233;solue dans le &lt;i&gt;Pentateuque&lt;/i&gt;, comme dans la plupart des livres sacr&#233;s.) Le moment de la naissance de la d&#233;mocratie, et de la politique &lt;i&gt;n'est pas&lt;/i&gt; le r&#232;gne de la loi ou du droit, ni celui des &#171; droits de l'homme &#187;, ni m&#234;me l'&#233;galit&#233; des citoyens comme telle : mais le surgissement dans le faire effectif de la collectivit&#233; de la mise en question de la loi. Quelles lois devons-nous faire ? C'est &#224; ce moment-l&#224; que na&#238;t &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; politique ; autant dire, que na&#238;t la libert&#233; comme social-historiquement &lt;i&gt;effective&lt;/i&gt;. Naissance indissociable de celle de la philosophie (c'est l'ignorance syst&#233;matique et nullement accidentelle de cette indissociation qui fausse constamment le regard de Heidegger sur les Grecs comme sur le reste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autonomie : &lt;i&gt;autos-nomos&lt;/i&gt; (se donner) soi-m&#234;me ses lois. Pr&#233;cision &#224; peine n&#233;cessaire apr&#232;s ce qui a &#233;t&#233; dit sur l'h&#233;t&#233;ronomie : sachant qu'on le fait. Surgissement d'un &lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; nouveau dans l'histoire de l'&#234;tre : un type d'&#234;tre qui se donne &#224; soi-m&#234;me, r&#233;flexivement, ses lois d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autonomie n'a rien de commun avec l'&#171; autonomie &#187; kantienne pour de multiples raisons, dont il suffit ici d'en mentionner une : il ne s'agit pas, pour elle, de d&#233;couvrir dans une Raison immuable une loi qu'elle se donnerait une fois pour toutes &#8211; mais de s'interroger sur la loi et ses fondements, et de ne pas rester fascin&#233;e par cette interrogation, mais de &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;instituer&lt;/i&gt; (donc aussi, de &lt;i&gt;dire&lt;/i&gt;). L'autonomie est l'agir r&#233;flexif d'une raison qui se cr&#233;e dans un mouvement sans fin, comme &#224; la fois individuelle et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous revenons &#224; la politique proprement dite, et nous commen&#231;ons par le &lt;i&gt;prot&#233;ron pros h&#233;mas&lt;/i&gt;, pour la facilit&#233; de la compr&#233;hension : l'individu. En quel sens un individu peut-il &#234;tre autonome ? Deux faces &#224; cette question : interne et externe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La face interne : au noyau de l'individu une psych&#233; (inconscient, pulsions) qu'il n'est question ni d'&#233;liminer ni de &#171; ma&#238;triser &#187; ; ce ne serait pas seulement impossible, ce serait tuer l'&#234;tre humain. Et l'individu &#224; chaque instant porte avec lui, en lui, une histoire qu'il ne peut ni ne doit &#171; &#233;liminer &#187;, puisque sa r&#233;flexivit&#233; m&#234;me ; sa lucidit&#233;, en est, en un sens, le produit. L'autonomie de l'individu consiste en ceci qu'un autre rapport est &#233;tabli entre l'instance r&#233;flexive et les autres instances psychiques, comme aussi entre son pr&#233;sent et l'histoire moyennant laquelle il s'est fait tel qu'il est, lui permettant d'&#233;chapper &#224; l'asservissement de la r&#233;p&#233;tition, de se retourner sur lui-m&#234;me, les raisons de ses pens&#233;es et les motifs de ses actes, guid&#233; par la vis&#233;e du vrai et l'&#233;lucidation de son d&#233;sir. Que cette autonomie puisse effectivement alt&#233;rer le comportement de l'individu (comme nous &lt;i&gt;savons&lt;/i&gt; qu'elle peut le faire) veut dire que celui-ci a cess&#233; d'&#234;tre pur produit de sa psych&#233;, de son histoire, et de l'institution qui l'a form&#233;. Autrement dit, la formation d'une instance r&#233;flexive et d&#233;lib&#233;rante, de la vraie &lt;i&gt;subjectivit&#233;&lt;/i&gt;, lib&#232;re l'imagination radicale de l'&#234;tre humain singulier comme source de cr&#233;ation et d'alt&#233;ration et lui fait atteindre une libert&#233; effective, qui pr&#233;suppose certes l'ind&#233;termination du monde psychique et sa perm&#233;abilit&#233; au sens, mais entra&#238;ne aussi que le sens simplement donn&#233; a cess&#233; d'&#234;tre cause (ce qui est toujours aussi le cas dans le monde social-historique) et qu'il y a &lt;i&gt;choix du sens&lt;/i&gt; non dict&#233; d'avance. Autrement dit encore, dans le d&#233;ploiement et la formation de ce sens, quelle qu'en soit la source (imagination radicale cr&#233;atrice de l'&#234;tre singulier ou r&#233;ception d'un sens socialement cr&#233;&#233;), l'instance r&#233;flexive une fois constitu&#233;e joue un r&#244;le actif et non pr&#233;d&#233;termin&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 138-146 ; 1986, p. 24-39.&#034; id=&#034;nh35-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; son tour, cela pr&#233;suppose encore un m&#233;canisme psychique : &#234;tre autonome implique que l'on a &lt;i&gt;psychiquement investi&lt;/i&gt; la libert&#233; et la vis&#233;e de v&#233;rit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis 1968 (1978), p. 60-64 .&#034; id=&#034;nh35-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si tel n'&#233;tait pas le cas, on ne comprendrait pas pourquoi Kant peine sur les &lt;i&gt;Critiques&lt;/i&gt;, au lieu de s'amuser &#224; autre chose. Et cet investissement psychique &#8211; &#171; d&#233;termination empirique &#187; &#8211; n'enl&#232;ve rien &#224; l'&#233;ventuelle validit&#233; des id&#233;es des &lt;i&gt;Critiques&lt;/i&gt;, &#224; l'admiration m&#233;rit&#233;e que l'on porte &#224; l'audacieux vieillard, &#224; la valeur &lt;i&gt;morale&lt;/i&gt; de son entreprise. Parce qu 'elle n&#233;glige toutes ces consid&#233;rations, la libert&#233; de la philosophie h&#233;rit&#233;e reste fiction, fant&#244;me sans chair, &lt;i&gt;constructum&lt;/i&gt; sans int&#233;r&#234;t &#171; pour nous autres hommes &#187; selon l'expression obsessionnellement r&#233;p&#233;t&#233;e par ce m&#234;me Kant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La face externe nous plonge en plein milieu de l'oc&#233;an social-historique. Je ne puis &#234;tre libre tout seul, ni dans n'importe quelle soci&#233;t&#233; (illusion de Descartes, pr&#233;tendant oublier qu'il est assis sur vingt-deux si&#232;cles d'interrogation et autant de doute, qu'il vit dans une soci&#233;t&#233; o&#249;, depuis des si&#232;cles, R&#233;v&#233;lation comme foi du charbonnier ont cess&#233; de suffire, la &#171; &lt;i&gt;d&#233;monstration&lt;/i&gt; &#187; de l'existence de Dieu &#233;tant devenue &lt;i&gt;exigible&lt;/i&gt; pour tous ceux qui, m&#234;me croyants, pensent). Il ne s'agit pas de l'absence de contrainte formelle (&#171; oppression &#187;), mais de l'in&#233;liminable int&#233;riorisation de l'institution sociale sans quoi il n'y a pas d'individu. Pour investir la libert&#233; et la v&#233;rit&#233;, il faut qu'elles soient d&#233;j&#224; apparues comme significations imaginaires sociales. Pour que des individus visant l'autonomie puissent surgir, il faut que d&#233;j&#224; le champ social-historique se soit auto-alt&#233;r&#233; de mani&#232;re &#224; ouvrir un espace d'interrogation sans bornes (sans R&#233;v&#233;lation institu&#233;e, par exemple). Pour que quelqu'un puisse trouver en lui-m&#234;me les ressources psychiques et dans ce qui l'entoure les moyens de se lever et de dire : nos lois sont injustes, nos dieux sont faux, il faut une auto-alt&#233;ration de l'institution sociale, &#339;uvre de l'imaginaire instituant (l'&#233;nonc&#233; : &#171; la Loi est injuste &#187;, pour un H&#233;breu classique, est linguistiquement impossible, &#224; tout le moins absurde, puisque la Loi a &#233;t&#233; donn&#233;e par Dieu et que la justice est un attribut de Dieu et de lui seul). Il faut que l'institution soit devenue telle qu'elle permette sa mise en question par la collectivit&#233; qu'elle fait &#234;tre et les individus qui y appartiennent. Mais l'incarnation concr&#232;te de l'institution, ce sont ces individus qui marchent, parlent et agissent. C'est donc du m&#234;me coup, quant &#224; l'essence de la chose, que doivent surgir, et que surgissent en fait, en Gr&#232;ce &#224; partir du VIIIe si&#232;cle, en Europe occidentale, &#224; partir des XII-XIIIe si&#232;cles, un nouveau type de soci&#233;t&#233; et un nouveau type d'individus, qui s'impliquent r&#233;ciproquement. Pas de phalange sans hoplites, et pas d'hoplites sans phalange. Pas d'Archiloque pouvant se vanter, peu apr&#232;s 700, qu'il a jet&#233; son bouclier en fuyant et que le dommage est mince, puisqu'il pourra en acheter un autre, sans une soci&#233;t&#233; de guerriers-citoyens, pouvant honorer en m&#234;me temps par-dessus tout la bravoure, et un po&#232;te qui la tourne, pour une fois, en d&#233;rision. La n&#233;cessaire simultan&#233;it&#233; de ces deux &#233;l&#233;ments dans un moment d'alt&#233;ration historique cr&#233;e une situation impensable pour la logique h&#233;rit&#233;e de la d&#233;terminit&#233;. Comment composer une soci&#233;t&#233; libre sinon &#224; partir d'individus libres ? Et o&#249; trouver ces individus, s'ils n'ont pas d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;lev&#233;s dans la libert&#233; ? (S'agirait-il de la libert&#233; inh&#233;rente &#224; la nature humaine ? Pourquoi donc celle-ci sommeillait-elle pendant des mill&#233;naires de despotisme, oriental ou autre ?) Elle renvoie derechef au travail cr&#233;ateur de l'imaginaire instituant comme imaginaire radical d&#233;pos&#233; dans le collectif anonyme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; donc l'int&#233;riorisation in&#233;liminable de l'institution renvoie l'individu au monde social. Qui dit vouloir &#234;tre libre et n'avoir rien &#224; faire avec l'institution (ou, ce qui revient au m&#234;me, avec la politique) doit &#234;tre renvoy&#233; &#224; l'&#233;cole primaire. Mais le m&#234;me renvoi se fait &#224; partir du sens m&#234;me de &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;, de loi : poser sa propre loi pour soi-m&#234;me ne peut avoir un sens que pour certaines dimensions de la vie, et aucun pour d'autres &#8211; non seulement celles o&#249; je rencontre &lt;i&gt;les&lt;/i&gt; autres (avec qui je peux m'entendre, me battre ou que je peux simplement essayer d'ignorer), mais surtout celles o&#249; je rencontre la soci&#233;t&#233; comme telle, la loi sociale &#8211; l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis-je dire que je pose ma loi, lorsque je vis n&#233;cessairement sous la loi de la soci&#233;t&#233; ? Oui, dans un cas : si je peux dire, r&#233;flexivement et lucidement, que &lt;i&gt;cette loi est aussi la mienne&lt;/i&gt;. Pour que je puisse dire cela, il n'est pas n&#233;cessaire que je l'approuve : il suffit que j'aie eu la possibilit&#233; effective de participer activement &#224; la formation et au fonctionnement de la loi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le discours des Lois, dans le Criton &#8211; que je tiens pour une simple (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La possibilit&#233; de participer : si j'accepte l'id&#233;e d'autonomie &lt;i&gt;comme telle&lt;/i&gt; (non pas seulement parce qu'elle est &#171; bonne pour moi &#187;), ce qu'&#233;videmment aucune &#171; d&#233;monstration &#187; ne peut m'obliger &#224; faire pas plus qu'elle ne peut m'obliger &#224; mettre en accord mes paroles et mes actes, la pluralit&#233; ind&#233;finie d'individus appartenant &#224; la soci&#233;t&#233; entra&#238;ne aussit&#244;t la d&#233;mocratie, comme possibilit&#233; effective d'&#233;gale participation de tous aussi bien aux activit&#233;s instituantes qu'au pouvoir explicite (il est inutile de s'&#233;tendre ici sur la n&#233;cessaire implication r&#233;ciproque de l'&#233;galit&#233; et de la libert&#233;, une fois les deux id&#233;es rigoureusement pens&#233;es, et sur les sophismes moyennant lesquels, depuis longtemps, on essaie de rendre les deux termes antith&#233;tiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, nous semblons revenus &#224; notre point de d&#233;part. Car le &#171; pouvoir &#187; fondamental dans une soci&#233;t&#233;, le pouvoir premier dont tous les autres d&#233;pendent, ce que j'ai appel&#233; plus haut l'infra-pouvoir, c'est le &lt;i&gt;pouvoir instituant&lt;/i&gt;. Et, si l'on cesse d'&#234;tre fascin&#233; par les &#171; Constitutions &#187;, celui-ci n'est ni localisable, ni formalisable, car il rel&#232;ve de l'imaginaire instituant. La langue, la &#171; famille &#187;, les : m&#339;urs, les &#171; id&#233;es &#187;, une foule innombrable d'autres choses et leur &#233;volution, &#233;chappent pour l'essentiel &#224; la l&#233;gislation. Au surplus, pour autant que ce pouvoir est participable, tous y participent. Tous sont &#171; auteurs &#187; de l'&#233;volution de la langue, de la famille, des m&#339;urs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle a &#233;t&#233; donc la radicalit&#233; de la cr&#233;ation de la poltique par les Grecs ? Elle a consist&#233; en ceci que a) une partie du pouvoir instituant a &#233;t&#233; explicit&#233;e et formalis&#233; (concr&#232;tement, celle qui concerne la l&#233;gislation au sens propre, publique &#8211; &#171; constitutionnelle &#187; &#8211; aussi bien que priv&#233;e), b) des institutions ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es pour rendre la partie explicite du pouvoir (y compris le &#171; pouvoir politique &#187; au sens d&#233;fini plus haut) &lt;i&gt;participable&lt;/i&gt; ; d'o&#249; l'&#233;gale participation de tous les membres du corps politique &#224; la d&#233;termination du &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;, de la &lt;i&gt;dik&#233;&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;te&lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;os&lt;/i&gt; &#8211; de la l&#233;gislation, de la juridiction, du gouvernement (il n'existe pas, &#224; rigoureusement parler, de &#171; pouvoir ex&#233;cutif &#187; : &#224; la charge d'esclaves &#224; Ath&#232;nes, ses t&#226;ches sont accomplies aujourd'hui par des hommes agissant comme des animaux vocaux, en attendant de l'&#234;tre par des machines).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, d&#232;s que la question a &#233;t&#233; ainsi pos&#233;e, &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; politique a englouti, du moins en droit, &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; politique au sens d&#233;fini plus haut. La structure et l'exercice du pouvoir explicite sont devenus en principe, et en fait, &#224; Ath&#232;nes comme dans l'Occident europ&#233;en, objet de d&#233;lib&#233;ration et de d&#233;cision collectives (de la collectivit&#233; chaque fois &lt;i&gt;autopos&#233;e&lt;/i&gt; et, en fait et en droit, &lt;i&gt;toujours n&#233;cessairement autopos&#233;e&lt;/i&gt;). Mais aussi, beaucoup plus important, la mise en question de l'institution &lt;i&gt;in toto&lt;/i&gt; est devenue, potentiellement, radicale et illimit&#233;e. Le bouleversement par Clisth&#232;ne de la r&#233;partition traditionnelle des tribus ath&#233;niennes est peut-&#234;tre de l'histoire ancienne. Mais nous sommes suppos&#233;s vivre en r&#233;publique ; il nous faudrait donc, probablement, une &#171; &#233;ducation r&#233;publicaine &#187;. O&#249; commence, donc, et o&#249; s'arr&#234;te, l'&#171; &#233;ducation &#187; &#8211; r&#233;publicaine ou pas ? Les mouvements &#233;mancipateurs modernes, notamment le mouvement ouvrier, mais aussi le mouvement des femmes, ont pos&#233; la question : peut-il y avoir d&#233;mocratie, peut-il y avoir &#233;gale possibilit&#233; effective pour tous ceux qui le veulent de participer au pouvoir, dans une soci&#233;t&#233; o&#249; existe et se reconstitue constamment une formidable in&#233;galit&#233; du pouvoir &#233;conomique, imm&#233;diatement traduisible en pouvoir politique &#8211; ou bien dans une soci&#233;t&#233; qui, tout en ayant accord&#233; il y a quelques d&#233;cennies les &#171; droits politiques &#187; aux femmes, continue dans les faits &#224; les traiter comme des &#171; citoyens passifs &#187; ? Les lois de la propri&#233;t&#233; (priv&#233;e, ou &#171; d'&#201;tat &#187;) sont-elles tomb&#233;es du ciel, dans quel Sina&#239; les a-t-on recueillies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique est projet d'autonomie : activit&#233; collective r&#233;fl&#233;chie et lucide visant l'institution globale de la soci&#233;t&#233; comme telle. Pour le dire en d'autres termes, elle concerne tout ce qui, dans la soci&#233;t&#233;, est participable et partageable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le texte cit&#233; dans la note 25.&#034; id=&#034;nh35-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Or, cette activit&#233; auto-instituante appara&#238;t ainsi comme ne connaissant, et ne reconnaissant, &lt;i&gt;de jure&lt;/i&gt;, aucune limite (je ne parle pas des lois physiques et biologiques). Peut-on et doit-on en rester l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est n&#233;gative, aussi bien ontologiquement &#8211; en amont de la question &lt;i&gt;quid juris&lt;/i&gt; &#8211;, que politiquement &#8211; en aval de cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue ontologique conduit aux r&#233;flexions &#224; la fois les plus lourdes et les moins pertinentes eu &#233;gard &#224; la question politique. De toute fa&#231;on, l'auto-institution explicite de la soci&#233;t&#233; rencontrera toujours des bornes qui ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;es plus haut. Toute institution, aussi lucide, r&#233;fl&#233;chie, voulue qu'elle soit, sourd de l'imaginaire instituant, ni formalisable ni localisable. Toute institution, et la r&#233;volution la plus radicale que l'on pourrait concevoir, est j toujours aussi dans une histoire d&#233;j&#224; donn&#233;e, et, aurait-elle le projet fou d'une table rase totale, c'est encore avec les) objets de la table qu'elle essaierait de la raser. Le pr&#233;sent transforme toujours le pass&#233; en &lt;i&gt;pass&#233; pr&#233;sent&lt;/i&gt;, &#224; savoir pertinent &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt;, ne serait-ce qu'en le &#171; r&#233;-interpr&#233;tant &#187; constamment &#224; partir de ce qui est en train d'&#234;tre cr&#233;&#233;, pens&#233;, pos&#233; &#8211; mais c'est &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; pass&#233;-l&#224;, non pas n'importe quel pass&#233;, que le pr&#233;sent mod&#232;le d'apr&#232;s son imaginaire. Toute soci&#233;t&#233; doit se projeter dans un &#224;-venir qui est essentiellement incertitude et al&#233;a. Toute soci&#233;t&#233; devra socialiser la psych&#233; des &#234;tres qui la composent, et la nature de cette psych&#233; impose aux modes comme au contenu de cette socialisation des contraintes aussi incertaines que d&#233;cisives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rations tr&#232;s lourdes et sans pertinence politique. Elles sont profond&#233;ment analogues &#8211; et ce n'est pas accidentel &#8211; &#224; celles qui, dans ma vie personnelle, montrent que je me fais dans une histoire qui m'a toujours d&#233;j&#224; fait, que mes projets les plus m&#251;rement r&#233;fl&#233;chis peuvent &#234;tre en un instant mis par terre par ce qui arrive, que, vivant, je reste toujours pour moi-m&#234;me une des plus puissantes sources d'&#233;tonnement et une &#233;nigme &#224; nulle autre comparable (car approch&#233;e de si pr&#232;s) ; qu'avec mon imagination, mes affects, mes d&#233;sirs je peux m'entendre, je ne peux, je ne dois m&#234;me pas les dominer. Je dois dominer mes actes et mes paroles, ce qui est tout autre chose. Et, de m&#234;me que ces consid&#233;rations ne me disent rien de substantif sur ce que je dois faire &#8211; puisque je peux faire tout ce que je peux faire, mais je ne dois pas faire n'importe quoi, et sur ce que je dois faire, la structure ontologique de ma temporalit&#233; personnelle, par exemple, m'est d'un secours nul &#8211; de m&#234;me, les bornes &#224; la fois certaines et ind&#233;finissables que la nature m&#234;me du social-historique pose &#224; la possibilit&#233; pour une soci&#233;t&#233; d'&#233;tablir un autre rapport entre instituant et institu&#233; ne disent rien sur ce que nous devons vouloir comme institution effective de la soci&#233;t&#233; o&#249; nous vivons. De ce que, par exemple, &#171; le mort saisit le vif &#187;, comme le rappelait Marx, je ne peux tirer aucune politique. Le vif ne serait pas vif s'il n'&#233;tait pas saisi par le mort &#8211; mais il ne le serait pas non plus, s'il l'&#233;tait totalement. Qu'en puis-je conclure quant au rapport qu'une soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;doit vouloir&lt;/i&gt; &#233;tablir, pour autant que cela d&#233;pende d'elle, avec son pass&#233; ? Je ne peux m&#234;me pas dire qu'une politique qui voudrait totalement ignorer ou exiler le mort, parce que tellement contraire &#224; la nature des choses, serait &#171; vou&#233;e &#224; l'&#233;chec &#187; ou &#171; folle &#187; : elle serait dans l'illusion totale quant &#224; son objectif proclam&#233;, elle n'en serait pas pour autant nulle et non avenue. &#202;tre fou n'emp&#234;che pas d'exister : le totalitarisme a exist&#233;, il existe, sous nos yeux, il essaie toujours de r&#233;former le &#171; pass&#233; &#187; en fonction du &#171; pr&#233;sent &#187; (rappelons en passant qu'il a fait &#224; outrance, syst&#233;matiquement et violemment, ce que, d'une autre fa&#231;on, tout le monde fait du m&#234;me mouvement qu'il respire et ce que font tous les jours les journaux, les livres d'histoire et m&#234;me les philosophes). Et dire que le totalitarisme ne pouvait pas r&#233;ussir parce qu'il &#233;tait contraire &#224; la nature des choses (ce qui ne peut rien vouloir dire d'autre ici que : &#171; la nature humaine &#187;), c'est encore une fois m&#233;langer les niveaux, et poser comme n&#233;cessit&#233; d'essence ce qui est un pur fait : Hitler a &#233;t&#233; vaincu, le communisme ne r&#233;ussit pas, pour l'instant, &#224; dominer la plan&#232;te. C'est tout. De purs faits, et les explications partielles qu'on pourrait en donner rel&#232;vent elles aussi de l'ordre du pur fait, ne d&#233;voilent aucune n&#233;cessit&#233; transcendante, aucun &#171; sens de l'histoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va autrement si l'on adopte un point de vue politique, &lt;i&gt;en aval&lt;/i&gt; de l'admission que nous ne savons pas d&#233;finir des bornes &lt;i&gt;principielles&lt;/i&gt; (non triviales) &#224; l'auto-institution explicite de la soci&#233;t&#233;. Si la politique est projet d'autonomie individuelle et sociale (deux faces du m&#234;me), il en d&#233;coule bel et bien des cons&#233;quences substantives. Certes, le projet d'autonomie doit &#234;tre pos&#233; (&#171; accept&#233; &#187;, &#171; postul&#233; &#187;). L'id&#233;e d'autonomie ne peut &#234;tre ni fond&#233;e ni d&#233;montr&#233;e, toute fondation ou d&#233;monstration la pr&#233;suppose (aucune &#171; fondation &#187; de la r&#233;flexivit&#233; sans pr&#233;supposition de la r&#233;flexivit&#233;). Une fois pos&#233;e, elle peut &#234;tre &lt;i&gt;raisonnablement argument&#233;e&lt;/i&gt;, &#224; partir de ses implications et de ses cons&#233;quences. Mais elle peut aussi et surtout, et doit, &#234;tre &lt;i&gt;explicit&#233;e&lt;/i&gt;. Il en d&#233;coule alors des cons&#233;quences substantives, qui donnent un &lt;i&gt;contenu&lt;/i&gt;, certes partiel, &#224; une politique de l'autonomie, mais lui imposent aussi des &lt;i&gt;limitations&lt;/i&gt;. En effet, il est requis, dans cette perspective, d'ouvrir le plus possible la voie &#224; la manifestation de l'instituant &#8211; mais &lt;i&gt;tout autant &lt;/i&gt;d'introduire le maximum possible de r&#233;flexivit&#233; dans l'activit&#233; instituante explicite, comme dans l'exercice du pouvoir explicite. Car, il ne faut pas l'oublier, l'instituant &lt;i&gt;comme tel&lt;/i&gt; et ses &#339;uvres ne sont ni &#171; bons &#187; ni &#171; mauvais &#187; &#8211; ou plut&#244;t, ils peuvent &#234;tre, du point de vue de la r&#233;flexivit&#233;, l'un ou l'autre au point le plus extr&#234;me (de m&#234;me que l'imagination de l'&#234;tre humain singulier). Il devient alors imp&#233;ratif de former des institutions rendant cette r&#233;flexivit&#233; collective effectivement possible et l'instrumentant concr&#232;tement (les cons&#233;quences de cela sont innombrables), comme aussi de donner &#224; tous les individus la possibilit&#233; effective maximale de participation &#224; tout pouvoir explicite et la sph&#232;re la plus &#233;tendue possible de vie individuelle autonome. Si l'on se rappelle que l'institution de la soci&#233;t&#233; n'existe que pour autant qu'elle est incorpor&#233;e dans les individus sociaux, on peut alors, de toute &#233;vidence, justifier (fonder, si l'on veut) &#224; partir du projet d'autonomie les &#171; droits de l'homme &#187;, et beaucoup plus ; on peut aussi et surtout, abandonnant les superficialit&#233;s de la philosophie politique contemporaine, et se rappelant Aristote &#8211; la loi vise &#224; la &#171; cr&#233;ation de la vertu totale &#187; moyennant ses prescriptions &lt;i&gt;peri paideian t&#233;n pros to koinon&lt;/i&gt;, relatives &#224; la &lt;i&gt;paideia&lt;/i&gt; orient&#233;e vers la chose publique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eth. Nic. E, 4, 1130 b 4-5, 25-26.&#034; id=&#034;nh35-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211;, comprendre que la &lt;i&gt;paideia&lt;/i&gt;, l'&#233;ducation &#8211; qui va de la naissance &#224; la mort &#8211; est une dimension centrale de toute politique de l'autonomie, et reformuler, en le corrigeant, le probl&#232;me de Rousseau : &#171; Trouver une forme d'association qui d&#233;fende et prot&#232;ge de toute la force commune la personne et les biens de chaque associ&#233;, et par laquelle chacun s'unissant &#224; tous n'ob&#233;isse pourtant qu'&#224; lui-m&#234;me et reste aussi libre qu'auparavant &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du contrat social, Livre I, chap. VI, Pl&#233;iade, vol. III, p. 360.&#034; id=&#034;nh35-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Inutile de commenter la formule de Rousseau et sa lourde d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard d'une m&#233;taphysique de l'individu-substance et de ses &#171; propri&#233;t&#233;s &#187;. Mais voici la vraie formulation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;er les institutions qui, int&#233;rioris&#233;es par les individus, facilitent le plus possible leur accession &#224; leur autonomie individuelle et leur possibilit&#233; de participation effective &#224; tout pouvoir explicite existant dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formulation ne para&#238;tra paradoxale qu'aux tenants de la libert&#233;-fulguration, d'un pour-soi fictif d&#233;li&#233; de tout y compris de sa propre histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t aussi &#8211; c'est une tautologie &#8211; que l'autonomie est, &lt;i&gt;ipso facto, autolimitation&lt;/i&gt;. Toute limitation de la d&#233;mocratie ne peut &#234;tre, en fait aussi bien qu'en droit, qu'autolimitation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, &#171; La logique des magmas et la question de l'autonomie &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette autolimitation peut &#234;tre plus et autre chose que simple exhortation, si elle s'incarne dans la cr&#233;ation d'individus libres et responsables. Il n'y a aucune&#171; garantie &#187; pour la d&#233;mocratie, autre que relative et contingente. La moins contingente de toutes se trouve dans la &lt;i&gt;paideia&lt;/i&gt; des citoyens, dans la formation (toujours &lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt;) d'individus qui ont int&#233;rioris&#233; &#224; la fois la n&#233;cessit&#233; de la loi et la possibilit&#233; de la mettre en question, l'interrogation, la r&#233;flexivit&#233; et la capacit&#233; de d&#233;lib&#233;rer, la libert&#233; et la responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie est donc le projet &#8211; et maintenant nous sommes a la fois sur le plan ontologique et sur le plan politique &#8211; qui vise, au sens large, la venue au jour du pouvoir instituant et son explicitation r&#233;flexive (qui ne peuvent jamais &#234;tre que partielles) ; et, au sens plus &#233;troit, la r&#233;sorption &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; politique, comme pouvoir explicite, dans &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; politique, activit&#233; lucide et d&#233;lib&#233;r&#233;e ayant comme objet l'institution explicite de la soci&#233;t&#233; (donc aussi, de tout pouvoir explicite) et son op&#233;ration comme &lt;i&gt;nomos, dik&#233;, t&#233;los&lt;/i&gt; &#8211; l&#233;gislation, juridiction, gouvernement &#8211; en vue des &lt;i&gt;fins communes&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;&#339;uvres publiques&lt;/i&gt; que la soci&#233;t&#233; s'est d&#233;lib&#233;r&#233;ment propos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Burgos, mars 1978 - Paris, novembre 1987&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb35-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur ce terme, voir Castoriadis 1975, p. 495-496 &lt;r&#233;&#233;d., p. 535-536&gt; ; et &#171; Institution premi&#232;re de la soci&#233;t&#233; et institutions secondes &#187;, in &lt;i&gt;Y a-t-il une th&#233;orie de l'institution ?&lt;/i&gt;, publi&#233; par le Centre d'&#233;tudes de la famille, 1985, p. 105-121 &lt;repris in {Figures du pensable}, Paris, &#201;d. du Seuil, 1999, p. 115-126&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. I. Finley, &lt;i&gt;Sur l'histoire ancienne&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 1987, chap. VI,&#171; Max Weber et la cit&#233; grecque &#187;, p. 154-175 et 179-182. Voir aussi C. Castoriadis, &#171; La polis grecque et la cr&#233;ation de la d&#233;mocratie &#187;, Graduate Faculty Philosophy Journal, New School for Social Research, New York, 1983, vol. IX, n&#176; 2, repris dans &lt;i&gt;Domaines de l'homme, op. cit&lt;/i&gt;., cit&#233; d&#233;sormais Castoriadis 1983 (1986) ; p. 290-292 &lt;r&#233;&#233;d. p. 362-364]&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 159-230 &lt;r&#233;&#233;d., p. 171-248&gt; et Castoriadis 1915, &lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La traductrice de &lt;i&gt;Politics in the Ancient World&lt;/i&gt; de M. I. Finley a bien eu raison de ne pas c&#233;der &#224; une mode facile, en lui donnant pour titre fran&#231;ais &lt;i&gt;L'Invention de la politique&lt;/i&gt; (Paris, Flammarion, 1985).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 154 &lt;r&#233;&#233;d., p. 167-168&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 130-157 &lt;r&#233;&#233;d., p. 141-170&gt;. Aussi, &#171; Introduction g&#233;n&#233;rale &#187;, in &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; bureaucratique&lt;/i&gt;, Paris, 1973, 10/18, p. 51-61 &lt;r&#233;&#233;d., Paris, Bourgois, 1990, p. 49-56&gt; ; et 1975, p. 295-296 et 496-498 &lt;r&#233;&#233;d., p. 318-319 et 536-538&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &#171; Valeur, &#233;galit&#233;, justice, politique : de Marx &#224; Aristote et d'Aristote &#224; nous &#187;, &lt;i&gt;Textures&lt;/i&gt;, n&#176; 12-13, 1975 ; repris in &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe, op. cit&lt;/i&gt;., p. 268-316 &lt;r&#233;&#233;d., p. 350-413&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Castoriadis 1964-65 (1975), p. 148-151 &lt;r&#233;&#233;d., p. 161-164&gt; et les textes cit&#233;s dans la note 2&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 138-146 &lt;r&#233;&#233;d., p. 150-158]&gt; ; 1986, p. 24-39.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis 1968 (1978), p. 60-64 &lt;r&#233;&#233;d., p. 74-80&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le discours des Lois, dans le Criton &#8211; que je tiens pour une simple transcription, certes admirable, des &lt;i&gt;topoi&lt;/i&gt; de la pens&#233;e d&#233;mocratique des Ath&#233;niens &#8211; dit tout ce qu'il y a &#224; dire l&#224;-dessus : &lt;i&gt;&#233; peithein &#233; poiein a an k&#233;luei&lt;/i&gt; (51 b ), ou bien la persuader (la patrie, la collectivit&#233; qui pose les lois), ou bien faire ce qu'elle ordonne. Les Lois ajoutent : tu &#233;tais toujours libre de partir avec tout ce que tu poss&#232;des (51 d-e), ce qui, strictement parlant, n'est vrai pour aucun &#201;tat &#171; d&#233;mocratique &#187; moderne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir le texte cit&#233; dans la note 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Eth. Nic&lt;/i&gt;. E, 4, 1130 b 4-5, 25-26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Du contrat social&lt;/i&gt;, Livre I, chap. VI, Pl&#233;iade, vol. III, p. 360.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &#171; La logique des magmas et la question de l'autonomie &#187;, in &lt;i&gt;Domaines de l'homme, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 417-418 &lt;r&#233;&#233;d., p. 521-523&gt; ; aussi 1983 (1986), p. 296-303 &lt;r&#233;&#233;d., p. 369-379&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pouvoir, politique, autonomie (1/2)</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1071-Pouvoir-politique-autonomie-1-2</link>
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		<dc:date>2024-06-05T15:28:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>Castoriadis C.</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
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		<dc:subject>Article</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation sociale-historique</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie directe</dc:subject>
		<dc:subject>Institutionnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Type anthropologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Publi&#233; dans Revue de m&#233;taphysique et de morale, 1988, n&#176; 1. Une version en anglais a &#233;t&#233; publi&#233;e dans Zwischen-Betrachtungen, &#201;d. A. Honneth, Th. Mc Carthy, Cl. Offe, A. Wellmer, Francfort, Suhrkamp, 1989, repris dans &#171; Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe III &#187;, Seuil 1990, pp. 137 - 171. L'autod&#233;ploiement de l'imaginaire radical comme soci&#233;t&#233; et comme histoire &#8211; comme le social-historique &#8211; se fait et ne peut se faire que dans et par les deux dimensions de l'instituant et de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-apports-theoriques-imaginaire-" rel="directory"&gt;Apports th&#233;oriques : Imaginaire, culture, cr&#233;ation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-56-castoriadis-c-+" rel="tag"&gt;Castoriadis C.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-81-philosophie-+" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-114-paleo-marxismes-+" rel="tag"&gt;Pal&#233;o-marxismes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-87-post-modernisme-+" rel="tag"&gt;Post-modernisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-28-creation-+" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation sociale-historique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-37-democratie-directe-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-69-institutionnel-+" rel="tag"&gt;Institutionnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-216-type-anthropologique-+" rel="tag"&gt;Type anthropologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; dans &lt;i&gt;Revue de m&#233;taphysique et de morale&lt;/i&gt;, 1988, n&#176; 1. Une version en anglais a &#233;t&#233; publi&#233;e dans &lt;i&gt;Zwischen-Betrachtungen&lt;/i&gt;, &#201;d. A. Honneth, Th. Mc Carthy, Cl. Offe, A. Wellmer, Francfort, Suhrkamp, 1989, repris dans &#171; Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe III &#187;, Seuil 1990, pp. 137 - 171.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'autod&#233;ploiement de l'imaginaire radical comme soci&#233;t&#233; et comme histoire &#8211; comme le social-historique &#8211; se fait et ne peut se faire que dans et par les deux dimensions de &lt;i&gt;l'instituant&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;l'institu&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, &#171; Marxisme et th&#233;orie r&#233;volutionnaire &#187;, Socialisme ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&lt;i&gt;institution&lt;/i&gt;, au sens fondateur, est cr&#233;ation originaire du champ social-historique &#8211; du collectif anonyme &#8211; qui d&#233;passe, comme &lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt;, toute &#171; production &#187; possible des individus ou de la subjectivit&#233;. L'individu &#8211; et les individus &#8211; est institution, institution une fois pour toutes et institution chaque fois autre dans chaque soci&#233;t&#233; autre. C'est le p&#244;le chaque fois sp&#233;cifi&#233; de l'imputation et de l'attribution sociales norm&#233;es, sans quoi il ne peut y avoir soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis 1975, chap. VI.&#034; id=&#034;nh36-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La subjectivit&#233;, comme instance r&#233;flexive et d&#233;lib&#233;rante (comme pens&#233;e et volont&#233;), est &lt;i&gt;projet&lt;/i&gt; social-historique, dont l'origine (deux fois r&#233;p&#233;t&#233;e, en Gr&#232;ce et en Europe occidentale, sous des modalit&#233;s diff&#233;rentes) est datable et localisable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, Topique, n&#176; 38 (1986), p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au noyau des deux la monade psychique, irr&#233;ductible au social-historique, mais formable par celui-ci presque sans limite &#224; condition que l'institution satisfasse certains r&#233;quisits minimaux de la psych&#233;. Le principal parmi ceux-ci : fournir &#224; la psych&#233; du &lt;i&gt;sens diurne,&lt;/i&gt; ce qui se fait en for&#231;ant et induisant l'&#234;tre humain singulier, le long d'un &#233;colage commenc&#233; d&#232;s sa naissance et fortifi&#233; sa vie durant, &#224; investir et &#224; rendre sens&#233;es pour lui les parties &#233;merg&#233;es du magma . des significations imaginaires sociales institu&#233;es chaque fois par la soci&#233;t&#233; et qui tiennent celle-ci et ses institutions particuli&#232;res ensemble&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis 1975, chap. VI et passim ; aussi, &#171; Institution de la soci&#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est manifeste que le social-historique d&#233;passe infiniment toute &#171; inter-subjectivit&#233; &#187;. Ce terme est la feuille de vigne qui ne parvient pas &#224; couvrir la nudit&#233; de la pens&#233;e h&#233;rit&#233;e &#224; cet &#233;gard, son incapacit&#233; &#224; concevoir le social-historique comme tel. La soci&#233;t&#233; n'est pas r&#233;ductible &#224; l'&#171; inter-subjectivit&#233; &#187;, n'est pas un face-&#224;-face ind&#233;fini&#173; ment multipli&#233;, et le face-&#224;-face ou le dos-&#224;-dos ne peuvent jamais avoir lieu qu'entre sujets d&#233;j&#224; socialis&#233;s. Aucune &#171; coop&#233;ration &#187; de sujets ne saurait cr&#233;er le langage, par exemple. Et une assembl&#233;e d'inconscients nucl&#233;aires serait inimaginablement plus boschienne que la pire salle des agit&#233;s d'un vieil asile psychiatrique. La soci&#233;t&#233;, en tant que &lt;i&gt;toujours d&#233;j&#224; institu&#233;e&lt;/i&gt;, est autocr&#233;ation et capacit&#233; d'auto-alt&#233;ration, &#339;uvre de l'imaginaire radical comme instituant qui se fait &#234;tre comme soci&#233;t&#233; institu&#233;e et imaginaire social chaque fois particularis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'individu comme tel n'est pas, pour autant, &#171; contingent &#187; relativement &#224; la soci&#233;t&#233;. Concr&#232;tement, la soci&#233;t&#233; n'est que moyennant l'incarnation et l'incorporation, fragmentaire et compl&#233;mentaire, de son institution et de ses significations imaginaires par les individus vivants, parlants et agissants. La soci&#233;t&#233; ath&#233;nienne n'est rien d'autre que les Ath&#233;niens &#8211; sans lesquels elle n'est que restes d'un paysage travaill&#233;, d&#233;bris de marbre et de vases, inscriptions ind&#233;chiffrables, statues rep&#234;ch&#233;es quelque part dans la M&#233;diterran&#233;e &#8211;, mais les Ath&#233;niens ne sont Ath&#233;niens que par le &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt; de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt;. Dans ce rapport entre une soci&#233;t&#233; institu&#233;e qui d&#233;passe infiniment la totalit&#233; des individus qui la &#171; composent &#187;, mais ne peut &#234;tre effectivement qu'en &#233;tant &#171; r&#233;alis&#233;e &#187; dans les individus qu'elle fabrique, et ces individus, on peut voir un type de relation : in&#233;dit et original, impossible &#224; penser sous les cat&#233;gories : du tout et des parties, de l'ensemble et de ses &#233;l&#233;ments, de l'universel et du particulier, etc. En se cr&#233;ant, la soci&#233;t&#233; cr&#233;e l'individu et les individus dans et par lesquels seulement elle peut &#234;tre effectivement. Mais la soci&#233;t&#233; n'est pas une propri&#233;t&#233; de composition, ni un tout contenant autre chose et plus que ses parties &#8211; ne serait-ce que parce que ces &#171; parties &#187; sont appel&#233;es &#224; l'&#234;tre, et &#224; &#234;tre-ainsi, par ce &#171; tout &#187; qui pourtant ne peut &#234;tre que par elles, dans un type de relation sans analogue ailleurs, qui doit &#234;tre pens&#233; pour lui-m&#234;me, &#224; partir de lui-m&#234;me, comme mod&#232;le de lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis 1964-65 (1975), et 1975, chap. VI.&#034; id=&#034;nh36-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me ici du reste il faut rester attentif. On n'aurait gu&#232;re avanc&#233; (comme certains le croient) en disant : la soci&#233;t&#233; fait les individus qui font la soci&#233;t&#233;. La soci&#233;t&#233; est &#339;uvre de l'imaginaire &lt;i&gt;instituant&lt;/i&gt;. Les individus sont faits par, en m&#234;me temps qu'ils font et refont, la soci&#233;t&#233; chaque fois &lt;i&gt;institu&#233;e&lt;/i&gt; : en un sens, ils la &lt;i&gt;sont&lt;/i&gt;. Les deux p&#244;les irr&#233;ductibles sont l'imaginaire radical instituant &#8211; le champ de cr&#233;ation social-historique &#8211; d'une part, la psych&#233; singuli&#232;re d'autre part. &#192; partir de la psych&#233;, la soci&#233;t&#233; institu&#233;e fait chaque fois des individus &#8211; qui, comme tels, ne peuvent plus faire que la soci&#233;t&#233; qui les a faits. Ce n'est que pour autant que l'imagination radicale de la psych&#233; arrive &#224; transpirer &#224; travers les strates successives de la cuirasse sociale qu'est l'individu qui la recouvre et la p&#233;n&#232;tre jusqu'&#224; un point-limite insondable, qu'il y a action en retour, de l'&#234;tre humain singulier sur la soci&#233;t&#233;. Notons, par anticipation, qu'une telle action est rarissime et en tout cas imperceptible dans la presque totalit&#233; des soci&#233;t&#233;s, o&#249; r&#232;gne l'&lt;i&gt;h&#233;t&#233;ronomie institu&#233;e&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 148-151 ; Castoriadis 1982 (1986).&#034; id=&#034;nh36-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et o&#249;, &#224; part l'&#233;ventail de r&#244;les sociaux pr&#233;-d&#233;finis, les seules voies de manifestation &lt;i&gt;rep&#233;rable&lt;/i&gt; de la psych&#233; singuli&#232;re sont la transgression et la pathologie. Il en va autrement dans les quelques soci&#233;t&#233;s o&#249; la rupture de l'h&#233;t&#233;ronomie compl&#232;te permet une v&#233;ritable &lt;i&gt;individuation de l'individu&lt;/i&gt;, et o&#249; l'imagination radicale de la psych&#233; singuli&#232;re peut &#224; la fois trouver ou cr&#233;er les moyens sociaux d'une expression publique originale et contribuer nomm&#233;ment &#224; l'auto-alt&#233;ration du monde social. Et c'est encore autre chose de constater que, lors des alt&#233;rations social-historiques manifestes et marqu&#233;es, soci&#233;t&#233; et individus s'alt&#232;rent ensemble et que ces deux alt&#233;rations s'impliquent r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'institution et les significations imaginaires qu'elle porte et qui l'animent sont cr&#233;atrices d'un monde, le monde de la soci&#233;t&#233; donn&#233;e, qui s'instaure d&#232;s le d&#233;part dans l'articulation entre un monde &#171; naturel &#187; et &#171; surnaturel &#187; &#8211; ou, plus g&#233;n&#233;ralement, &#171; extra-social &#187; &#8211;, et un &#171; monde humain &#187; proprement dit. Cette articulation peut aller de la quasi-fusion imaginaire jusqu'&#224; la volont&#233; de s&#233;paration la plus affirm&#233;e, depuis la mise de la soci&#233;t&#233; au service de l'ordre cosmique ou de Dieu jusqu'au d&#233;lire &#8211; le plus extr&#234;me de la domination et ma&#238;trise sur la nature. Mais dans tous les cas, la &#171; nature &#187; comme la &#171; sur-nature &#187; sont chaque fois institu&#233;es, dans leur sens comme tel et dans ses innombrables articulations, et cette articulation entretient des relations multiplement crois&#233;es avec les articulations de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me instaur&#233;es chaque fois par son institution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 208-211 ; Castoriadis 1975, chap. V.&#034; id=&#034;nh36-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se cr&#233;ant comme &lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; chaque fois singulier (les influences, transmissions historiques, continuit&#233;s, similitudes, etc., existent certes et sont &#233;normes, comme les questions qu'elles posent, mais ne modifient en rien la situation principielle et ne rel&#232;vent pas de la pr&#233;sente discussion), la soci&#233;t&#233; se d&#233;ploie dans une multiplicit&#233; de formes organisatrices et organis&#233;es. Elle se d&#233;ploie d'abord comme cr&#233;ation d'un espace et d'un temps (d'une spatialit&#233; et d'une temporalit&#233;) qui lui sont propres, peupl&#233;s d'une foule d'objets &#171; naturels &#187;, &#171; sur-naturels &#187; et &#171; humains &#187;, li&#233;s par des relations pos&#233;es chaque fois par la soci&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e et &#233;tay&#233;s toujours sur des propri&#233;t&#233;s immanentes de l'&#234;tre-ainsi &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; monde. Mais ces propri&#233;t&#233;s sont re-cr&#233;&#233;es, d&#233;gag&#233;es, choisies, filtr&#233;es, mises en relation et surtout : &lt;i&gt;dot&#233;es de sens&lt;/i&gt; par l'institution et les significations imaginaires de la soci&#233;t&#233; donn&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh36-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours g&#233;n&#233;ral sur ces articulations, trivialit&#233;s mises &#224; part, est presque impossible : elles sont chaque fois &#339;uvre de la soci&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e, impr&#233;gn&#233;es de ses significations imaginaires. La &#171; mat&#233;rialit&#233; &#187;, la &#171; concr&#233;tude &#187; de telle ou telle institution peut appara&#238;tre comme identique ou fortement similaire entre deux soci&#233;t&#233;s, mais l'&lt;i&gt;immersion&lt;/i&gt;, chaque fois, de cette apparente identit&#233; mat&#233;rielle dans un magma autre de significations autres suffit pour l'alt&#233;rer dans son effectivit&#233; social-historique. (Ainsi : l'&#233;criture, avec le m&#234;me alphabet, &#224; Ath&#232;nes en - 450 et &#224; Constantinople en 750.) La constatation de l'existence d'universaux &#224; travers les soci&#233;t&#233;s &#8211; langage, production de la vie mat&#233;rielle, organisation de la vie sexuelle et de la reproduction, normes et valeurs, etc. &#8211; est loin de pouvoir fonder une&#171; th&#233;orie &#187; quelconque de la soci&#233;t&#233; et de l'histoire. Certes, on ne peut nier &#224; l'int&#233;rieur de ces universaux &#171; formels &#187; l'existence d'autres universaux plus sp&#233;cifiques : ainsi, pour ce qui est du langage, de certaines lois phonologiques. Mais pr&#233;cis&#233;ment &#8211; comme l'&#233;criture avec le m&#234;me alphabet &#8211; ces lois ne concernent que la lisi&#232;re de l'&#234;tre de la soci&#233;t&#233;, qui se d&#233;ploie comme sens et signification. D&#232;s qu'on aborde les &#171; universaux grammaticaux &#187;, ou &#171; syntactiques &#187;, on rencontre des questions beaucoup plus redoutables. Par exemple, l'entreprise de Chomsky doit se heurter &#224; ce dilemme impossible : ou bien les formes grammaticales (syntactiques) sont totalement indiff&#233;rentes quant au sens &#8211; &#233;nonc&#233; dont tout traducteur conna&#238;t l'absurdit&#233; ; ou bien elles contiennent &lt;i&gt;d&#232;s le premier langage humain&lt;/i&gt;, et on ne sait comment, toutes les significations qui &#233;mergeront jamais dans l'histoire &#8211; ce qui emporte une m&#233;taphysique lourde et na&#239;ve de l'histoire. Dire que, dans tout langage, il doit &#234;tre possible d'exprimer l'id&#233;e &#171; John a donn&#233; une pomme &#224; Mary &#187; est correct, mais tristement court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des universaux que nous pouvons &#171; d&#233;duire &#187; de l'id&#233;e de soci&#233;t&#233;, &lt;i&gt;une fois que nous savons ce qu'est une soci&#233;t&#233; et ce qu'est la psych&#233;&lt;/i&gt;, concerne la validit&#233; effective (&lt;i&gt;Geltung&lt;/i&gt;), positive (au sens du &#171; droit positif &#187;) de l'immense &#233;difice institu&#233;. Comment se fait-il que l'institution et les institutions (langage, d&#233;finition de la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; et de la &#171; v&#233;rit&#233; &#187;, fa&#231;ons de faire, travail, r&#233;gulation sexuelle, permis/interdit, appel &#224; mourir pour la tribu ou la nation presque toujours accueilli avec enthousiasme) s'imposent-elles &#224; la psych&#233;, par essence radicalement rebelle &#224; tout ce fatras et qui, pour autant qu'il serait per&#231;u par elle, lui serait hautement r&#233;pugnant ? Deux versants &#224; cette question : le psychique et le social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue psychique, la fabrication sociale de l'individu est un processus historique moyennant lequel la psych&#233; est contrainte (que ce soit doucement ou brutalement, c'est toujours d'une violence faite &#224; sa nature propre qu'il s'agit) d'abandonner (jamais totalement, mais suffisamment quant au besoin/usage social) ses objets et son monde initiaux et d'investir des objets, un monde, des r&#232;gles qui sont socialement institu&#233;s. C'est l&#224; le v&#233;ritable sens du processus de sublimation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, &#171; &#201;pil&#233;gom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me ... &#187;, l'inconscient, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le r&#233;quisit minimal pour que le processus puisse se d&#233;rouler est que l'institution offre &#224; la psych&#233; du &lt;i&gt;sens&lt;/i&gt; &#8211; un autre type de sens que le proto-sens de la monade psychique. L'individu social se constitue ainsi en int&#233;riorisant explicitement des fragments importants de ce monde et implicitement sa totalit&#233; virtuelle par les renvois interminables qui relient magmatiquement chaque fragment de ce monde aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le versant social de ce processus est l'ensemble des institutions o&#249; baigne constamment l'&#234;tre humain d&#232;s sa naissance, et en tout premier lieu l'autre social, g&#233;n&#233;ralement mais non in&#233;luctablement la m&#232;re, qui prend soin de lui en &#233;tant d&#233;j&#224; lui-m&#234;me socialis&#233; d'une mani&#232;re d&#233;termin&#233;e, et le langage que cet autre parle. Dans une vue plus abstraite, il s'agit de la &#171; part &#187; de toutes les institutions qui vise l'&#233;colage, l'&#233;levage, l'&#233;ducation des nouveaux venus -ce que les Grecs appelaient &lt;i&gt;paideia&lt;/i&gt; : famille, classes d'&#226;ge, rites, &#233;cole, coutumes et lois, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La validit&#233; effective des institutions est ainsi assur&#233;e d'abord et avant tout par le processus m&#234;me moyennant lequel le petit monstre vagissant devient individu social. Il ne peut le devenir que pour autant qu'il les a int&#233;rioris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous d&#233;finissons comme &lt;i&gt;pouvoir&lt;/i&gt; la capacit&#233;, pour une instance quelconque (personnelle ou impersonnelle), d'amener quelqu'un (ou quelques-uns) &#224; faire (ou &#224; ne pas faire) ce que, laiss&#233; &#224; lui-m&#234;me, il n'aurait pas n&#233;cessairement fait (ou aurait peut-&#234;tre fait), il est imm&#233;diat que le plus grand pouvoir concevable est celui de pr&#233;former quelqu'un de sorte que &lt;i&gt;de lui-m&#234;me&lt;/i&gt; il fasse ce qu'on voudrait qu'il fasse sans aucun besoin de domination (&lt;i&gt;Herrschaft&lt;/i&gt;) ou de &lt;i&gt;pouvoir explicite&lt;/i&gt; pour l'amener &#224;&#8230; Il est tout aussi imm&#233;diat que cela cr&#233;e, pour le sujet assujetti &#224; cette formation, &#224; la fois l'apparence de la &#171; spontan&#233;it&#233; &#187; la plus compl&#232;te et la r&#233;alit&#233; de l'h&#233;t&#233;ronomie la plus totale possible. Relativement &#224; ce pouvoir absolu, tout pouvoir explicite et toute domination sont d&#233;ficients, et t&#233;moignent d'un &#233;chec irr&#233;m&#233;diable. (Je parlerai d&#233;sormais de pouvoir explicite : le terme de domination doit &#234;tre r&#233;serv&#233; &#224; des situations social-historiques sp&#233;cifiques, celles o&#249; s'est institu&#233;e une division &lt;i&gt;asym&#233;trique et antagonique&lt;/i&gt; du corps social.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout pouvoir explicite, et, beaucoup plus, avant toute &#171; domination &#187;, l'institution de la soci&#233;t&#233; exerce un &lt;i&gt;infra-pouvoir radical&lt;/i&gt; sur tous les individus qu'elle produit. Cet infra-pouvoir &#8211; manifestation et dimension du pouvoir instituant de l'imaginaire radical &#8211; n'est pas localisable. Il n'est certes jamais celui d'un individu ou m&#234;me d'une instance d&#233;signables. Il est &#171; exerc&#233; &#187; par la soci&#233;t&#233; institu&#233;e, mais derri&#232;re celle-ci se tient la soci&#233;t&#233; instituante, &#171; et d&#232;s que l'institution est pos&#233;e, le social instituant se d&#233;robe, il se met &#224; distance, il est d&#233;j&#224; aussi ailleurs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 154 [r&#233;&#233;d., p. 167], et 1975, p. 493-498 .&#034; id=&#034;nh36-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; son tour, la soci&#233;t&#233; instituante, aussi radicale que soit sa cr&#233;ation, travaille toujours &#224; partir et sur du d&#233;j&#224; institu&#233;, elle est toujours &#8211; sauf pour un point d'origine inaccessible &#8211; dans l'histoire. Elle est, pour une part non mesurable, toujours aussi reprise du donn&#233;, donc sous le poids d'un h&#233;ritage m&#234;me si c'est sous le b&#233;n&#233;fice d'un inventaire auquel aussi on ne saurait fixer des limites. Ce que tout cela emporte quant au projet d'autonomie et l'id&#233;e de libert&#233; humaine effective sera &#233;voqu&#233; plus loin. Il reste que l'infra-pouvoir en question, le pouvoir instituant, est &#224; la fois celui de l'imaginaire instituant, de la soci&#233;t&#233; institu&#233;e et de toute l'histoire qui y trouve son aboutissement passager. C'est donc, en un sens, le pouvoir du champ social-historique lui-m&#234;me, le pouvoir d'&lt;i&gt;outis&lt;/i&gt;, de Personne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis 1968 (1978), p. 64 .&#034; id=&#034;nh36-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pris en lui-m&#234;me, donc, l'infra-pouvoir instituant tel qu'il est exerc&#233; par l'institution devrait &#234;tre absolu, et former les individus de sorte qu'ils reproduisent &#233;ternellement le r&#233;gime qui les a produits. C'est, du reste, manifestement, la stricte intention (ou finalit&#233;) des institutions existantes presque partout, presque toujours. Il n'y aurait alors pas d'histoire &#8211; et on sait qu'il n'en est rien. La soci&#233;t&#233; institu&#233;e ne parvient jamais &#224; exercer son infra-pouvoir comme absolu. Au plus &#8211; c'est le cas des soci&#233;t&#233;s sauvages et, plus g&#233;n&#233;ralement, des soci&#233;t&#233;s que nous devons appeler traditionnelles &#8211; peut-elle parvenir &#224; instaurer une temporalit&#233; de l'apparente r&#233;p&#233;tition essentielle, sous laquelle travaille, imperceptiblement et sur de tr&#232;s longues p&#233;riodes, son in&#233;liminable historicit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis 1975, p. 256-259 , et 279-296 [r&#233;&#233;d., p. 301-319].&#034; id=&#034;nh36-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En tant qu 'absolu et total, l'infra-pouvoir de la soci&#233;t&#233; institu&#233;e (et, derri&#232;re lui, de la tradition) est donc vou&#233; &#224; l'&#233;chec. Ce fait, que nous constatons simplement, qui s'impose &#224; nous &#8211; il y a histoire, il y a pluralit&#233; de soci&#233;t&#233;s autres &#8211; requiert &#233;lucidation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre facteurs sont ici en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; soci&#233;t&#233; cr&#233;e son monde, elle l'investit de sens, elle fait provision de signification destin&#233;e &#224; couvrir d'avance tout ce qui pourrait se pr&#233;senter. Le magma de significations imaginaires socialement institu&#233;es r&#233;sorbe potentiellement tout ce qui pourrait arriver, ne peut pas, en principe, &#234;tre surpris ou pris au d&#233;pourvu. En cela, &#233;videmment, le r&#244;le de la religion &#8211; et sa fonction essentielle pour la &lt;i&gt;cl&#244;ture&lt;/i&gt; du sens &#8211; a toujours &#233;t&#233; central&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 182-184, 196, 201-202, 207 ; 1975, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (l'Holocauste devient preuve de la singularit&#233; et de l'&#233;lection du peuple juif). L'organisation ensembliste-identitaire &#171; en soi &#187; du monde est non seulement suffisamment stable et &#171; syst&#233;matique &#187; dans sa premi&#232;re couche pour permettre la vie humaine en soci&#233;t&#233;, mais aussi suffisamment lacunaire et incompl&#232;te pour porter un nombre ind&#233;fini de cr&#233;ations social-historiques de significations. Les deux aspects renvoient &#224; des dimensions ontologiques du monde en soi, qu'aucune subjectivit&#233; transcendantale, aucun langage, aucune pragmatique de la communication, ne sauraient faire &#234;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis 1975, chap. v ; aussi, &#171; Port&#233;e ontologique de l'histoire de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais aussi le monde, en tant que &#171; monde pr&#233;-social &#187; &#8211; limite de la pens&#233;e &#8211;, bien qu'en lui-m&#234;me ne &#171; signifiant &#187; rien, est toujours l&#224;, comme provision inexhaustible d'alt&#233;rit&#233;, comme risque toujours imminent de d&#233;chirure du tissu de significations dont la soci&#233;t&#233; l'a rev&#234;tu. Le a-sens du monde est toujours une menace possible pour le sens de la soci&#233;t&#233;, le risque d'&#233;branlement de l'&#233;difice social de significations toujours pr&#233;sent de ce fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; fabrique les individus &#224; partir d'un mat&#233;riau premier, la psych&#233;. Que faut-il admirer davantage, la plasticit&#233; presque totale de la psych&#233; &#224; l'&#233;gard de la formation sociale qui l'assujettit, ou sa capacit&#233; invincible de pr&#233;server son noyau monadique et son imagination radicale, mettant par l&#224; en &#233;chec, au moins partiel, l'&#233;colage perp&#233;tuellement subi ? Quelle que soit la rigidit&#233; ou l'&#233;tanch&#233;it&#233; du type d'individu en lequel elle s'est transform&#233;e, l'&#234;tre propre et irr&#233;ductible de la psych&#233; singuli&#232;re se manifeste toujours : comme r&#234;ve, maladie &#171; psychique &#187;, transgression, litige et qu&#233;rulence, mais aussi comme contribution singuli&#232;re &#8211; rarement assignable, dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles &#8211; &#224; l'hyper-lente alt&#233;ration des modes du faire et du repr&#233;senter sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; n'est qu'exceptionnellement &#8211; jamais ? &#8211; unique ou isol&#233;e.&lt;i&gt; Il se trouve&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;sumbainei&lt;/i&gt;) qu'il y a pluralit&#233; ind&#233;finie des soci&#233;t&#233;s humaines, co-existence synchronique et contact entre soci&#233;t&#233;s autres. L'institution des autres et leurs significations sont toujours menace mortelle pour les n&#244;tres : notre sacr&#233; est pour eux abomination, notre sens le visage m&#234;me du non-sens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, &#171; R&#233;flexions sur le racisme &#187;, Connexions, n&#176; 48, 1986, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et peut-&#234;tre surtout, la soci&#233;t&#233; ne peut jamais &#233;chapper &#224; elle-m&#234;me. La soci&#233;t&#233; institu&#233;e est toujours travaill&#233;e par la soci&#233;t&#233; instituante, sous l'imaginaire social &#233;tabli coule toujours l'imaginaire radical. C'est du reste le fait premier, brut, de l'imaginaire radical qui permet non pas d'&#171; expliquer &#187;, mais de d&#233;placer la question que posent le &#171; il se trouve &#187; et le &#171; il y a &#187; du paragraphe pr&#233;c&#233;dent. Il y a pluralit&#233; essentielle, synchronique et diachronique de soci&#233;t&#233;s, signifie : il y a imaginaire instituant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre tous ces facteurs qui menacent sa stabilit&#233; et son autoperp&#233;tuation, l'institution de la soci&#233;t&#233; comporte toujours des d&#233;fenses et des parades pr&#233;-&#233;tablies et pr&#233;-incorpor&#233;es. Principale parmi elles, la catholicit&#233; et virtuelle omnipotence de son magma de significations. Les irruptions du monde brut seront &lt;i&gt;signes&lt;/i&gt; de quelque chose, interpr&#233;t&#233;es et exorcis&#233;es. Le r&#234;ve et la maladie de m&#234;me. Les autres seront pos&#233;s comme &#233;tranges, sauvages, impies. Le point o&#249; les d&#233;fenses de la soci&#233;t&#233; institu&#233;e sont le plus faibles est sans aucun doute son propre imaginaire instituant. C'est aussi le point sur lequel la d&#233;fense la plus forte a &#233;t&#233; invent&#233;e &#8211; la plus forte aussi longtemps qu'elle dure, et elle semble avoir dur&#233; au moins pendant cent mille ans. C'est la d&#233;n&#233;gation et l'occultation de la dimension instituante de la soci&#233;t&#233; et l'imputation de l'origine et du fondement de l'institution et des significations qu'elle porte &#224; une source extra-sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 183-184 ; 1975, p. 293-2%, 496-498 .&#034; id=&#034;nh36-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (extra-sociale par rapport &#224; la soci&#233;t&#233; effective, vivante : il peut s'agir des dieux ou de Dieu, mais aussi bien de h&#233;ros fondateurs ou d'anc&#234;tres qui se r&#233;-incarnent continuellement dans les nouveaux venus). Des lignes suppl&#233;mentaires, quoique plus molles, de d&#233;fense sont cr&#233;&#233;es dans des univers historiques plus tourment&#233;s. Lorsque la d&#233;n&#233;gation de l'alt&#233;ration de la soci&#233;t&#233; ou le recouvrement de la novation par son exil dans un pass&#233; mythique deviennent impossibles, le nouveau peut &#234;tre soumis &#224; une r&#233;duction fictive mais efficace moyennant le &#171; commentaire &#187; et l'&#171; interpr&#233;tation &#187; de la tradition (c'est le cas des &lt;i&gt;Weltreligionen&lt;/i&gt;, des religions cosmo-historiques, et en particulier des mondes juif, chr&#233;tien et islamique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que toutes ces d&#233;fenses peuvent &#233;chouer, et en un sens &#233;chouent toujours &#8211; qu'il peut y avoir crime, litige violent insoluble, calamit&#233; naturelle d&#233;truisant la fonctionnalit&#233; des institutions existantes, guerre &#8211; est une des racines du &lt;i&gt;pouvoir explicite&lt;/i&gt;. Il y a toujours, il y aura jours, une dimension de l'institution de la soci&#233;t&#233; charg&#233;e de cette fonction essentielle : r&#233;tablir l'ordre, assurer la vie et l'op&#233;ration de la soci&#233;t&#233; envers et contre tout ce qui, actuellement ou potentiellement, la met en danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une autre racine, tout aussi importante, sinon plus, du pouvoir explicite. L'institution de la soci&#233;t&#233;, et le magma de significations imaginaires qu'elle incarne, est beaucoup plus qu'un amas de repr&#233;sentations (ou d'&#171; id&#233;es &#187;). La soci&#233;t&#233; s'institue dans et par les trois dimensions indissociables de la repr&#233;sentation, de l'affect et de l'intention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la partie &#171; repr&#233;sentative &#187; (ce qui ne veut pas dire forc&#233;ment repr&#233;sentable et dicible) du magma des significations imaginaires sociales est la moins difficilement abordable, cet abord resterait infirme (comme souvent dans les philosophies de l'histoire et les historiographies), s'il ne visait qu'une histoire et une herm&#233;neutique des &#171; repr&#233;sentations &#187; et des &#171; id&#233;es &#187;, s'il ignorait le &lt;i&gt;magma d'affects&lt;/i&gt; propres &#224; chaque soci&#233;t&#233; &#8211; sa &lt;i&gt;Stimmung&lt;/i&gt;, sa &#171; mani&#232;re de se vivre et de vivre le monde et la vie &#187; &#8211;, comme aussi les &lt;i&gt;vecteurs intentionnels&lt;/i&gt; qui tissent ensemble l'institution et la vie de la soci&#233;t&#233;, ce que l'on peut appeler sa &lt;i&gt;pouss&#233;e&lt;/i&gt; propre et caract&#233;ristique (qui peut id&#233;alement &#234;tre r&#233;duite, mais en r&#233;alit&#233; ne l'est jamais, &#224; sa simple conservation)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis 1975,passim.&#034; id=&#034;nh36-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est moyennant cette pouss&#233;e que le pass&#233;/pr&#233;sent de la soci&#233;t&#233; est habit&#233; par un &#224;-venir qui est toujours&lt;i&gt; &#224; faire&lt;/i&gt;. C'est cette pouss&#233;e qui donne un sens &#224; l'X le plus grand de tous : ce qui n'est pas encore mais qui sera, en donnant aux vivants le moyen de participer &#224; la constitution ou &#224; la pr&#233;servation d'un monde qui prolongera le sens &#233;tabli. C'est aussi moyennant cette pouss&#233;e que l'innombrable pluralit&#233; des activit&#233;s sociales d&#233;passe toujours le niveau de la simple &#171; conservation &#187; biologique de l'esp&#232;ce, en m&#234;me temps qu'elle est soumise &#224; une hi&#233;rarchisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'in&#233;liminable dimension de la pouss&#233;e vers ce qui est &#224; faire introduit un autre type de &#171; d&#233;sordre &#187; dans l'ordre social, puisque, m&#234;me dans le cadre le plus fixe et le plus r&#233;p&#233;titif, ignorance et incertitude quant &#224; l'&#224;-venir ne permettent jamais une pleine codification pr&#233;alable des &lt;i&gt;d&#233;cisions&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;pouvoir explicite&lt;/i&gt; appara&#238;t ainsi comme enracin&#233; aussi dans la n&#233;cessit&#233; de la d&#233;cision quant &#224; ce qui est &#224; faire et &#224; ne pas faire eu &#233;gard aux fins (plus ou moins explicit&#233;es) que la pouss&#233;e de la soci&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e se donne comme objets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que, si ce que nous appelons &#171; pouvoir l&#233;gislatif &#187; et &#171; pouvoir ex&#233;cutif &#187; peuvent rester enfouis dans l'institution (dans la coutume et l'int&#233;riorisation de normes suppos&#233;es &#233;ternelles), un &#171; pouvoir judiciaire &#187; et un &#171; pouvoir gouvernemental &#187; doivent &#234;tre explicitement pr&#233;sents, sous une forme quelconque, d&#232;s qu'il y a soci&#233;t&#233;. La question du &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt; (et de son application en quelque sorte &#171; m&#233;canique &#187;, le pr&#233;tendu &#171; pouvoir ex&#233;cutif &#187;) peut &#234;tre recouverte par une soci&#233;t&#233; ; les questions de la &lt;i&gt;dik&#233;&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;te&lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt;&lt;i&gt;os&lt;/i&gt;, non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit de l'articulation explicite du pouvoir institu&#233;, celui-ci, on vient de le voir, ne peut jamais &#234;tre pens&#233; uniquement en fonction de l'opposition &#171; ami-ennemi &#187; (Carl Schmitt) ; il ne saurait non plus (pas plus que la domination) &#234;tre r&#233;duit au &#171; monopole de la violence l&#233;gitime &#187;. En amont du monopole de la violence l&#233;gitime, il y a le monopole de la parole l&#233;gitime ; et celui-ci est &#224; son tour ordonn&#233; par le monopole de la signification valide. Le Ma&#238;tre de la signification tr&#244;ne au-dessus du Ma&#238;tre de la violence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C Castoriadis 1975, p. 416 .&#034; id=&#034;nh36-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce n'est que parmi le fracas de l'&#233;croulement de l'&#233;difice des significations institu&#233;es que la voix des armes peut commencer &#224; porter, Et, pour que la violence puisse intervenir, il faut encore que la parole &#8211; l'injonction du pouvoir existant-garde son pouvoir sur les &#171; groupes d'hommes arm&#233;s &#187;. La 4e compagnie du r&#233;giment Pavlovsky, gardes du corps de Sa Majest&#233;, et le r&#233;giment S&#233;m&#233;novsky sont les plus solides soutiens du tr&#244;ne du Tsar &#8211; jusqu'&#224; ces jours du 26 et du 27 f&#233;vrier 1917, o&#249; ils fraternisent avec la foule et tournent les armes contre leurs propres officiers. La plus puissante arm&#233;e du monde ne vous prot&#233;gera pas si elle ne vous est pas fid&#232;le &#8211; et le fondement ultime de sa fid&#233;lit&#233; est sa croyance imaginaire en votre l&#233;gitimit&#233; imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a et il y aura donc toujours &lt;i&gt;pouvoir explicite&lt;/i&gt; dans une soci&#233;t&#233;, &#224; moins qu'elle ne r&#233;ussisse &#224; transformer ses sujets en automates ayant compl&#232;tement int&#233;rioris&#233; l'ordre institu&#233; et &#224; construire une temporalit&#233; recouvrant d'avance tout &#224;-venir ; t&#226;ches impossibles &#233;tant donn&#233; que nous savons de la psych&#233;, de l'imaginaire instituant, du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1072-Pouvoir-politique-autonomie-2-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb36-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &#171; Marxisme et th&#233;orie r&#233;volutionnaire &#187;, &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt;, n&#176;36-40, avril 1964 - juin 1965, repris depuis comme premi&#232;re partie de &lt;i&gt;L'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. du Seuil, 1975 &lt;r&#233;&#233;d. &#171; Points Essais &#187;, 1999&gt;. Cit&#233; d&#233;sormais comme Castoriadis 1964-65 (1975) pour la premi&#232;re partie et Castoriadis 1975 pour la deuxi&#232;me partie ; voir p. 153-157, 184-218 &lt;r&#233;&#233;d., p. 166-170, 197-235&gt; et la deuxi&#232;me partie passim.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis 1975, chap. VI.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &#171; L'&#233;tat du sujet aujourd'hui &#187;, &lt;i&gt;Topique&lt;/i&gt;, n&#176; 38 (1986), p. 13 sq. &lt;dans ce volume, p. 233 et suiv.&gt; ; cit&#233; d&#233;sormais comme Castoriadis 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis 1975, chap. VI &lt;i&gt;et passim&lt;/i&gt; ; aussi, &#171; Institution de la soci&#233;t&#233; et religion &#187;, &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;, mai 1982, repris dans &lt;i&gt;Domaines de l'homme &#8211; Les Carrefours du labyrinthe II&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. du Seuil, 1986 &lt;r&#233;&#233;d. &#171; Points Essais &#187;, 1999&gt; : cit&#233; d&#233;sormais comme Castoriadis 1982 (1986).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis 1964-65 (1975), et 1975, chap. VI.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 148-151 &lt;r&#233;&#233;d. &#171; Points Essais &#187;, p. 161-164&gt; ; Castoriadis 1982 (1986).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 208-211 &lt;r&#233;&#233;d. &#171; Points Essais &#187;, p. 224-227&gt; ; Castoriadis 1975, chap. V.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &#171; &#201;pil&#233;gom&#232;nes &#224; une th&#233;orie de l'&#226;me ... &#187;, l&lt;i&gt;'inconscient&lt;/i&gt;, n&#176; 8, octobre 1968, repris dans &lt;i&gt;Les Carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. du Seuil, 1978 ; cit&#233; d&#233;sormais comme Castoriadis 1968 (1978) ; voir p. 59-64 &lt;r&#233;&#233;d. &#171; Points Essais &#187;, p. 72-80&gt; et Castoriadis 1975, p. 420-431 &lt;r&#233;&#233;d. &#171; Points Essais &#187;, p. 454-460&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 154 [r&#233;&#233;d., p. 167], et 1975, p. 493-498 &lt;r&#233;&#233;d., p. 532-538&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis 1968 (1978), p. 64 &lt;r&#233;&#233;d., p. 80&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis 1975, p. 256-259 &lt;r&#233;&#233;d., p. 276-279&gt;, et 279-296 [r&#233;&#233;d., p. 301-319].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 182-184, 196, 201-202, 207 &lt;r&#233;&#233;d., p. 196-198, 210, 216-218, 222-223&gt; ; 1975, p. 484-485 &lt;r&#233;&#233;d., p. 522-524&gt; ; 1982 (1986), &lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis 1975, chap. v ; aussi, &#171; Port&#233;e ontologique de l'histoire de la science &#187;, in &lt;i&gt;Domaines de l'homme, op. cit&lt;/i&gt;., p. 419-455 &lt;r&#233;&#233;d., p. 524-570&gt; ; cit&#233; d&#233;sormais Castoriadis 1985 (1986).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis, &#171; R&#233;flexions sur le racisme &#187;, &lt;i&gt;Connexions&lt;/i&gt;, n&#176; 48, 1986, p. 107-118 &lt;dans ce volume, p. 29 et suiv.&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis 1964-65 (1975), p. 183-184 &lt;r&#233;&#233;d., p. 196-198&gt; ; 1975, p. 293-2%, 496-498 &lt;r&#233;&#233;d., p. 316-319, 536-538&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C. Castoriadis 1975,&lt;i&gt;passim&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C Castoriadis 1975, p. 416 &lt;r&#233;&#233;d., p. 449-450&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>P&#233;dopsychiatrie : la fabrique des barbares</title>
		<link>https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1175-Pedopsychiatrie-la-fabrique-des-barbares</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Psychiatrie</dc:subject>
		<dc:subject>Psycho-sociologie</dc:subject>
		<dc:subject>Psychoth&#233;rapie</dc:subject>
		<dc:subject>Multiculturalisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Technoscience</dc:subject>
		<dc:subject>Elmansour Sofia</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;rard Quentin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Retranscription de l'&#233;mission du podcast &#171; H&#233;r&#233;tiques &#187; diffus&#233; les 1er et 15 mai 2024 sous un titre &#233;ponyme. Jusqu'ici cantonn&#233;s &#224; des milieux jug&#233;s d&#233;pressifs ou nostalgiques, les discours alarmants sur le d&#233;labrement de nos soci&#233;t&#233;s se sont r&#233;pandus. Ils sont maintenant cautionn&#233;s par le sommet de l'&#201;tat, qui &#233;voque ouvertement &#171; l'effondrement &#187; et la &#171; d&#233;civilisation &#187;. C'est que les effets concrets en sont de moins en moins escamotables : chacun peut vivre, &#224; sa petite &#233;chelle, la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-crises-economique-sociale-" rel="directory"&gt;Crises &#233;conomique, sociale, politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-6-psychanalyse-+" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-71-psychiatrie-+" rel="tag"&gt;Psychiatrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-109-psycho-sociologie-+" rel="tag"&gt;Psycho-sociologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-67-psychotherapie-+" rel="tag"&gt;Psychoth&#233;rapie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-226-multiculturalisme-+" rel="tag"&gt;Multiculturalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-42-relativisme-+" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-30-education-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-34-technoscience-+" rel="tag"&gt;Technoscience&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-286-Elmansour-Sofia-+" rel="tag"&gt;Elmansour Sofia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-283-Berard-Quentin-+" rel="tag"&gt;B&#233;rard Quentin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/IMG/logo/27n5boicitcun1kboadir3npk6btujgxsma1k656_400x400.jpg?1763457514' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Retranscription de l'&#233;mission &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1052-Podcasts' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;du podcast &#171; H&#233;r&#233;tiques &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; diffus&#233; &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2024/05/01/pedopsychiatrie-la-fabrique-des-barbares-avec-sofia/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;les 1er et 15 mai 2024 sous un titre &#233;ponyme&lt;/strong&gt;.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici cantonn&#233;s &#224; des milieux jug&#233;s d&#233;pressifs ou nostalgiques, les discours alarmants sur le d&#233;labrement de nos soci&#233;t&#233;s se sont r&#233;pandus. Ils sont maintenant cautionn&#233;s par le sommet de l'&#201;tat, qui &#233;voque ouvertement &#171; l'effondrement &#187; et la &#171; d&#233;civilisation &#187;. C'est que les effets concrets en sont de moins en moins escamotables : chacun peut vivre, &#224; sa petite &#233;chelle, la d&#233;gradation continue de ses conditions de vie et l'irruption, &#224; pr&#233;sent quotidienne, d'une violence feutr&#233;e ou meurtri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'univers m&#233;dico-social est peut-&#234;tre la pointe avanc&#233;e de cette d&#233;liquescence, &#224; la crois&#233;e de la &#171; crise &#187; de l'&#233;ducation, de l'avachissement de la psychiatrie, de la surench&#232;re technologique, de la politique gestionnaire et du changement de nature de l'immigration. Les institutions de soin et d'&#233;ducation, cens&#233;es former et accompagner des individus libres et responsables, deviennent progressivement des fabriques de barbares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sofia, animatrice, institutrice puis psychop&#233;dagogue exp&#233;riment&#233;e d&#233;crit cette catastrophe permanente avec la justesse des praticiens de base pour en appeler &#224; la renaissance de l'int&#233;r&#234;t collectif et la fin de la b&#234;tise savante.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Premi&#232;re partie :&lt;/p&gt;
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&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Seconde partie :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_2000 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_document_avec_legende spip_document_player spip_documents_player spip_doc_player&#034; data-legende-len=&#034;82&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
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&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sofia, vous &#234;tes institutrice sp&#233;cialis&#233;e et &#234;tes venue nous parler du diagnostic tr&#232;s sombre que vous portez sur le milieu m&#233;dico-social. Votre parcours est int&#233;ressant parce que vous avez commenc&#233; la carri&#232;re dans l'animation en tant qu'animatrice, et vous &#234;tes devenue ensuite directrice de centres de loisirs et de vacances, durant des ann&#233;es. &#192; la suite de &#231;a, vous &#234;tes partie dans l'&#233;ducation nationale en tant qu'institutrice et vous avez int&#233;gr&#233; de multiples &#233;tablissements &#8211; vous en avez tir&#233; d'ailleurs des textes, on va en parler juste apr&#232;s &#8211; et vous &#234;tes pass&#233;e maintenant dans le monde de la p&#233;dopsychiatrie depuis une dizaine d'ann&#233;es, o&#249; &#233;galement vous avez eu un parcours assez g&#233;n&#233;ral en passant d'institutions en institutions. Vous avez &#233;tabli &#224; peu pr&#232;s &#224; chaque moment des diagnostics, des textes, notamment, il y a une vingtaine d'ann&#233;es, le texte, l'article &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?296-C-est-pire-que-si-il-n-y-avait' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; C'est pire que s'il n'y avait rien [Exp&#233;rience de d&#233;crochage en classe relais exp&#233;rimentale] &#187;&lt;/a&gt; qui relatait vos aventures dans un &#233;tablissement d'&#233;ducation sp&#233;cialis&#233;, et puis &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?837-en-banlieue-l-islamisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; En banlieue, l'islamisme &#233;l&#233;mentaire &#187;&lt;/a&gt;, sur l'entr&#233;e de l'islamisme dans les &#233;coles primaires, puis, sp&#233;cifiquement sur l'immigration et l'islam, &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?589-Nous-immigres-arabes-face-a-nos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Nous immigr&#233;s arabes face &#224; nos choix politiques &#8211; Double culture : source d'ali&#233;nations ou force &#233;mancipatrice ?&#8230; &#187;&lt;/a&gt;, et une &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?681-islamisme-islamophobie-islamo' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Br&#232;ve histoire de l'islamisme &#187;&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Est-ce que vous pourriez nous parler un peu de votre parcours ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez fait mention de textes autour de la th&#233;matique de l'islamisme. D'abord, je voudrais pr&#233;ciser que je suis issue d'une famille d'immigr&#233;s issus du Maghreb. Je suis n&#233;e en France au d&#233;but des ann&#233;es 1970. Mi-m&#234;me, j'ai &#233;t&#233; scolaris&#233;e en France, et que &#231;a a &#233;t&#233; pour moi un moment de ma vie qui m'a permis de m'&#233;manciper d'&#233;norm&#233;ment de choses, mais pas que &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; l'&#233;cole, &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; l'&#233;ducation populaire aussi. Donc assez rapidement, tr&#232;s jeune, vers les 17 ans, j'ai voulu &#224; mon tour avoir une fonction d'animatrice et transmettre ce qu'on m'avait transmis et participer &#224; la formation des nouvelles g&#233;n&#233;rations dans un milieu qui me paraissait moins corset&#233; que le milieu de la classe ou de l'&#233;cole. On pouvait s'y permettre &#233;norm&#233;ment de libert&#233; et on pouvait transmettre beaucoup de choses qui allaient au-del&#224; du simple savoir scolaire &#8211; que je ne d&#233;nigre absolument pas &#233;videmment. Donc &#224; ce moment-l&#224;, je suis devenue animatrice, puis assez rapidement directrice, tout en me formant aux p&#233;dagogies dites alternatives, notamment &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle, dont une des r&#233;f&#233;rences, mais pas que, fut Fernand Oury, fr&#232;re du psychiatre Jean Oury, dont je reparlerais peut-&#234;tre un petit peu plus tard. Donc formation &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle, formation aussi bien universitaire que de terrain. C'est-&#224;-dire que rapidement, j'ai voulu mettre en pratique tous ces concepts qu'on me transmettait, notamment la question de l'articulation du collectif et de la Loi, qui me paraissait une question fondamentale et que j'ai essay&#233; de travailler de diff&#233;rentes mani&#232;res en mettant cela en pratique. Dans des colos o&#249; on bricolait, o&#249; &#231;a marchait plus ou moins bien, &#231;a d&#233;tonnait par rapport &#224; ce qui se faisait &#224; l'&#233;poque o&#249;, en g&#233;n&#233;ral, je parle du milieu des ann&#233;es 1990, on avait plut&#244;t des centres de vacances type UCPA, o&#249; tout &#233;tait d&#233;j&#224; ficel&#233;, etc.n je ne m'&#233;tendrai pas trop sur ces exp&#233;riences. Tout &#231;a pour dire que j'en venais en tant qu'enfant et que j'y accordais &#233;norm&#233;ment d'importance, &#231;a me paraissait un outil d'&#233;mancipation indispensable et que &#231;a a &#233;t&#233; vraiment une passion. Voil&#224;, &#231;a m'a pris assez jeune et que &#231;a a &#233;t&#233; vraiment une passion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais c'est un milieu que vous avez quitt&#233;, finalement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, c'est un milieu que j'ai quitt&#233; au milieu des ann&#233;es 2000, parce que c'est un milieu qui commence &#224; &#234;tre gangren&#233; d'animateurs &#171; j'm'en foutiste &#187;, au pire, on avait des directeurs tr&#232;s carri&#233;ristes, qui visaient la mont&#233;e dans la hi&#233;rarchie, notamment municipale. Une infiltration, aussi, de ce qu'on appellerait aujourd'hui les indig&#233;nos, enfin, les indig&#233;nistes, des animateurs issus des quartiers&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les grands fr&#232;res&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, grands fr&#232;res, enfin&#8230; Moi, je n'appellerais pas &#231;a des grands fr&#232;res, parce qu'ils ne jouaient m&#234;me pas le r&#244;le de grands fr&#232;res. Un grand fr&#232;re, &#231;a peut &#234;tre tr&#232;s structurant, &#231;a peut jouer un r&#244;le de substitut parental quand les parents sont d&#233;faillants. L&#224;, non, c'&#233;tait vraiment les copains, c'&#233;tait le mod&#232;le identificatoire de la racaille. C'&#233;tait des gens qui pouvaient aussi v&#233;hiculer une certaine pratique de l'islam rigoriste, petit &#224; petit, par petites touches. D'ailleurs, c'est marrant de revenir dessus parce, pas plus tard qu'hier, j'ai eu une ancienne amie directrice de centre de loisirs, qui tient encore, sur la ville de N&#238;mes, et qui me racontait que l&#224;, elle avait eu vent dans une maternelle d'enfants qui avaient fait le ramadan. En maternelle&#8230; Un petit groupe d'enfants qui avaient d&#233;cid&#233; de faire le ramadan. Et dans cette maternelle, la directrice &#233;tait musulmane, les animateurs &#233;taient tous musulmans et pas du tout investis, le seul investissement qu'ils avaient, c'&#233;tait de v&#233;rifier lors des repas que les gamins ne mangent pas de viande, parce que la viande n'&#233;tait pas encore &lt;i&gt;halal&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En maternelle, on a 5-6 ans.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Donc moi j'appelle &#231;a de la maltraitance. Je ne comprends pas que &#231;a n'ait pas &#233;t&#233; signal&#233;. Alors les petites gamines qui voulaient faire le ramadan, ont pr&#233;text&#233; qu'elles devaient faire le ramadan parce que sinon elles n'allaient pas avoir de cadeaux. Moi, j'en viens de cette culture-l&#224;, je la connais tr&#232;s bien. Le ramadan, ce n'est pas avant la pubert&#233;, les premi&#232;res r&#232;gles pour les filles en g&#233;n&#233;ral. Donc l&#224;, c'est vraiment du grand n'importe quoi. J'ai d&#233;crit assez bien cette infiltration de l'islamisme dans l'&#233;cole, mais aussi dans le milieu de l'animation, dans &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?837-en-banlieue-l-islamisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;les textes auxquels vous faites r&#233;f&#233;rence&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc rapidement, je me retrouve &#224; l'&#233;ducation nationale en tant qu'enseignante en &#233;l&#233;mentaire. Je fais des remplacements au d&#233;but et, au fil des ann&#233;es, peut-&#234;tre au bout de 2-3 ans, je me rends compte que ce que j'ai fui au sein de l'animation me rattrape au sein de l'&#233;ducation nationale. Tant en termes de recrutement que d'infiltration : de gens qui n'ont rien &#224; foutre l&#224;. Ou alors, s'ils sont l&#224;, ce n'est pas pour &#234;tre des hussards de la R&#233;publique, mais des hussards cherchant &#224; abattre la R&#233;publique de l'int&#233;rieur. Je suis rest&#233;e l&#224; peut-&#234;tre 7-8 ans et j'ai &#233;t&#233; confront&#233;e aussi &#224; ce que j'appellerais des pathologies, qui m'interrogeaient au sein des classes m&#234;me dans lesquelles je travaillais. Au-del&#224; de l'inclusion d'&#233;l&#232;ves handicap&#233;s ou autistes, il y avait vraiment une question de rapport &#224; l'adulte, de rapport au cadre, de rapport &#224; la Loi, qui &#233;tait tr&#232;s probl&#233;matiques. De plus en plus d'enfants violents, de plus en plus d'enfants rois &#8211; enfin c'est ce qu'on appelle des &#171; enfants rois &#187;, mais on pourra revenir sur ce terme-l&#224;. Donc j'&#233;tais de moins en moins &#224; l'aise. J'ai quitt&#233; l'&#233;ducation nationale au bout de 5-6 ans, peut-&#234;tre 7 ans, au moment des attentats de Charlie Hebdo, du massacre du comit&#233; de r&#233;daction de Charlie Hebdo, parce que l&#224; &#231;a devenait dangereux aussi bien physiquement pour moi que psychiquement. J'avais du mal &#224; tenir. Alors bon, il y a eu &#233;norm&#233;ment de&#8230; Je ne vais pas y revenir parce que je pense que c'est une banalit&#233; de dire que les enseignants &#233;taient compl&#232;tement isol&#233;s. Pour moi &#231;a se doublait d'un rapport particulier du fait que moi j'&#233;tais issue du monde musulman donc assign&#233; &#224; l'islam, alors que je suis apostate. Donc &#231;a devenait&#8230; j'&#233;tais tr&#232;s mal &#224; l'aise, voire de plus en plus flipp&#233;e d'aller travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous en parliez justement dans l'article &lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?837-en-banlieue-l-islamisme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; L'islamisme &#233;l&#233;mentaire &#187;&lt;/a&gt; qui avait eu un certain succ&#232;s parce que vous racontiez l'entrisme islamiste dans l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire et puis la d&#233;mission du cadre, de tous les cadres en fait, du haut en bas de la hi&#233;rarchie, ce qui maintenant est devenu un lieu commun.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, c'est ce que j'allais dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; Pas de vague &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la hi&#233;rarchie qui n'est pas du tout derri&#232;re vous, ou alors dans des injonctions contradictoires qui rendent encore plus fou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et vous &#234;tes entr&#233;e en p&#233;dopsychiatrie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, donc je suis rentr&#233;e en p&#233;dopsy il y a 6-7 ans, 6 ans. Et j'ai fait le tour de pas mal d'institutions : des h&#244;pitaux de jour pour enfants tr&#232;s jeunes, de 3 &#224; 6 ans, puis pour enfants de 6 &#224; 12 ans, et aussi pour adolescents o&#249; l&#224;, &#231;a pouvait aller de 12 ans &#224; 18-19 ans. Mais &#233;galement ce qu'on appelle des CESAD &#8211; c'est catastrophique la situation dans ce type de structure. CESAD, l'acronyme, c'est le Centre d'&#201;ducation Sp&#233;cialis&#233; et d'Aide &#224; Domicile &#8211; je reviendrai sur ces exp&#233;riences dans ce type de structure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la p&#233;dopsychiatrie ? Parce que, d&#233;j&#224;, j'avais besoin de sortir de mon isolement dans le milieu enseignant, j'avais vraiment besoin d'&#234;tre &#233;tay&#233; par une &#233;quipe, comme on dit. Et surtout je me disais, peut-&#234;tre na&#239;vement, que l&#224; j'allais rencontrer des gens r&#233;ellement engag&#233;s. On sait, par exemple, que dans les coll&#232;ges o&#249; il y a beaucoup de violence, beaucoup de probl&#232;mes, en g&#233;n&#233;ral, les &#233;quipes sont soud&#233;es. Il peut y avoir un travail d'&#233;quipe, en tous les cas, on peut s'appuyer sur les coll&#232;gues. Et je me disais, dans un h&#244;pital de jour ou dans une classe dans un h&#244;pital de jour, je serai dans une &#233;quipe et on se soutiendra. Et en tous les cas, je serai avec des gens s&#233;rieux et engag&#233;s. Je pense que ces deux notions, l'engagement et le s&#233;rieux, sont ce qui m'a le plus manqu&#233; et sont ce qui fait le plus d&#233;faut de fa&#231;on dramatique, aussi bien &#224; l'&#233;cole que dans le milieu de la psychiatrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et aussi peut-&#234;tre parce que toute relation &#233;ducative implique l'&#233;ducateur de mani&#232;re intime, quel que soit l'&#226;ge de l'enfant, et que &#231;a demande une r&#233;flexivit&#233;, une capacit&#233; de retour sur soi, une introspection minimale, et que c'est une chose qui est de plus en plus rare dans les milieux &#233;ducatifs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, ne serait-ce que reconna&#238;tre la place de &lt;i&gt;l'inconscient dans la classe&lt;/i&gt;, pour reprendre le titre d'un ouvrage de Francis Imbert, ce n'&#233;tait pas &#233;vident. On &#233;tait aussi, dans les ann&#233;es o&#249; j'ai int&#233;gr&#233; l'&#233;ducation nationale, dans un mouvement anti-psychanalyse f&#233;roce, le &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ivre noir de la psychanalyse&lt;/i&gt;, etc. Donc vous parliez d'inconscient, vous &#233;tiez&#8230; On vous flinguait, quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez suivi une analyse, vous, personnellement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, oui. J'ai suivi une analyse qui m'a &#233;t&#233; d'un grand secours, d'ailleurs, quand j'ai commenc&#233; en p&#233;dopsychiatrie. Je pense que je me serais assez vite effondr&#233;e si &#231;a n'avait pas &#233;t&#233; le cas. Donc ces questions d'inconscient, mais aussi de Loi, de limites, d'incarnation de la loi symbolique, pouvaient se poser &#8211; dans la na&#239;vet&#233; qui &#233;tait la mienne &#224; ce moment-l&#224; &#8211; dans les services de p&#233;dopsychiatrie, c'&#233;tait le boulot, c'&#233;tait leur outil de travail principal &#8211; de ce que je me disais &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et, en r&#233;alit&#233;, la d&#233;mission que vous avez rencontr&#233;e dans l'animation, que vous avez rencontr&#233;e dans l'&#233;ducation nationale, vous la rencontrez aussi aujourd'hui en p&#233;dopsychiatrie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Pour moi, on vit la fin de la psychiatrie, de la psychiatrie en g&#233;n&#233;ral et de la p&#233;dopsychiatrie en particulier. Je ne mets pas la psychiatrie ou la p&#233;dopsychiatrie en dehors d'autres institutions qui sont en &#233;tat dee d&#233;labrement sur lesquelles de nombreuses personnes commencent &#224; &#233;crire &#8211; le voile commence &#224; &#234;tre lev&#233; sur de nombreux dysfonctionnements, pour ne pas dire effondrements, de nombreuses institutions, que ce soit l'&#233;cole, que ce soit l'h&#244;pital en g&#233;n&#233;ral, que ce soit les services publics, etc. Donc des institutions qui autrefois avaient pu jouer leur r&#244;le, avaient pu &#234;tre structurantes, devenaient pathologiquement d&#233;structurantes, voire destructrices. Alors les raisons de cet &#233;tat de d&#233;labrement, de d&#233;r&#233;liction de ces institutions, Jean-Pierre Le Goff a pu en parler dans &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;a Barbarie douce&lt;/i&gt; : l'arriv&#233;e du n&#233;o-management. de ce qu'a pu appeler Jean Oury la &#171; Peste manag&#233;riale &#187;, qui pose de r&#233;els probl&#232;mes dans la pratique, au quotidien, pour les professionnels qui essayent de se d&#233;brouiller, de se d&#233;patouiller avec tout &#231;a comme ils peuvent. Mais il y a aussi une question d'adh&#233;sion &#224; ce n&#233;o-management. Il y a aussi une question d'adh&#233;sion &#224; l'anomie g&#233;n&#233;rale. Il y a des salari&#233;s dans les h&#244;pitaux de jour ou dans les IME (Instituts M&#233;dico-&#201;ducatifs), qui abordent ce travail comme s'ils travaillaient dans une banque ou dans une assurance. C'est-&#224;-dire que ce sont des salari&#233;s, moi, je les appelais les fonctionnaires &#8211; ils n'&#233;taient pas fonctionnaires, c'&#233;tait souvent des CDI de droits priv&#233;s &#8211; mais voil&#224;, &#231;a peut &#234;tre une planque aussi la p&#233;dopsychiatrie. On dit souvent qu'ils sont submerg&#233;s, et c'est vrai : je ne voudrais g&#233;n&#233;raliser &#224; partir de mes quelques exp&#233;riences dans une dizaine de structures. Mais moi j'ai vu des infirmi&#232;res ou des cadres qui pouvaient ne rien faire de la journ&#233;e ou remplir un tableau Excel et &#234;tre pay&#233;s 2000-3000 euros, tranquillement, il n'y avait pas de probl&#232;me, et &#231;a ne leur posait pas de probl&#232;me de conscience. C'est-&#224;-dire que, au fond, on est dans un moment de l'histoire de notre soci&#233;t&#233; o&#249; il n'y a plus vraiment de mouvement mobilisateur, ni en th&#233;orie, ni en pratique, et on est soit dans une sorte de &#171; chacun pour soi &#187;, on se bricole sa petite niche et puis hop on a la paix, soit dans un mouvement moralisateur. Il n'y a plus rien qui mobilise, mais tout est moraline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment &#231;a se traduit concr&#232;tement dans la pratique au jour le jour ? Vous, vous y &#233;tiez en tant qu'institutrice d&#233;tach&#233;e, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;onc ce sont des &#233;quipes qui sont pluridisciplinaires, o&#249; on a des psychiatres, on a des psychologues, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;des &#233;ducateurs, &#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; Des assistantes sociales&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et vous, vous y &#233;tiez syst&#233;matiquement dans cette douzaine d'&#233;tablissements en tant qu'institutrices d&#233;tach&#233;es pour s'occuper de l'aspect &#233;ducatif, de l'instruction de ces enfants-l&#224;, pour ne pas qu'il y ait de rupture dans leur parcours.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une nuance que j'aimerais apporter : en fonction des h&#244;pitaux de jour &#8211; et je pense &#224; une exp&#233;rience notamment o&#249; &#231;a a vraiment &#233;t&#233; le cas &#8211; les instituteurs, dans ce type de structure, sont consid&#233;r&#233;s comme soignants. C'est-&#224;-dire qu'on a une posture de soignant, plus que de petite ma&#238;tresse qui bricole dans sa classe et qui aurait une salle et qui ne ferait que des bilans psychop&#233;dagogiques ou scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est le principe de la psychoth&#233;rapie institutionnelle &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;o&#249; t&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ous les encadrants, m&#234;me la femme de m&#233;nage, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;font&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; partie du soin parce que c'est de la vie quotidienne et qu'il y a interaction&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; entre le patient, quel que soit l'&#226;ge, et puis l'encadrement, de toute fa&#231;on. Donc une femme de m&#233;nage ou un infirmier, donc tout au bas de l'&#233;chelle, peut soigner autant que le psychiatre qui administre et qui fait des entretiens.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, dans le milieu, on parle de constellation transf&#233;rentielle, c'est-&#224;-dire que tout le monde a un r&#244;le et est support de projection des enfants et tout &#231;a est articul&#233; dans des moments collectifs o&#249; chacun va apporter quelque chose : &#171; Moi, il me voit comme &#231;a &#187; ; &#171; Moi, il me voit plut&#244;t comme ci &#187; ; &#171; Moi, j'arrive &#224; faire &#231;a avec lui &#187; ; &#171; Moi, je n'y arrive pas du tout &#187;&#8230; Bref, &#231;a travaille collectivement. Et notamment pour les profils schizophr&#232;nes, je trouve que c'est parfaitement adapt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais ce n'est pas ce que vous voyez sur le terrain.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est malheureusement pas ce que j'ai vu sur le terrain, sauf exception qui tendait vers &#231;a. Moi, ce que j'ai vu, c'est plut&#244;t&#8230; Un des points que je n'ai pas soulign&#233; sur la fin de la psychiatrie, c'est que c'est un secteur qui est submerg&#233; quantitativement, il y a &#233;norm&#233;ment de demandes, qui ont d'autant plus explos&#233; apr&#232;s la p&#233;riode de confinement, plut&#244;t apr&#232;s que pendant d'ailleurs, o&#249; il y a eu pas mal de d&#233;compensations, etc. Mais aussi au niveau qualitatif, c'est-&#224;-dire que l&#224;, on a affaire &#224; des pathologies in&#233;dites et qui trouvent leur source dans une esp&#232;ce d'&#233;tat confusionnel, o&#249; plus personne ne sait qui il est, o&#249; on ne sait pas o&#249; on va, o&#249; le p&#232;re ne veut plus &#234;tre P&#232;re, la m&#232;re veut &#234;tre M&#232;re mais coll&#233;e &#224; l'enfant, voire &#234;tre l'enfant, il y a une inversion des r&#244;les, et o&#249; plus personne ne veut vraiment poser de limites. Et &#231;a c'est dramatique pour moi, aussi bien &#224; l'&#233;cole que dans le milieu de la p&#233;dopsychiatrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et concr&#232;tement, en quoi se traduit ce refus de poser des limites ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, un des derniers accrochages que j'ai eu avec une &#233;quipe, c'est un jeune dans un &#233;tablissement sp&#233;cialis&#233; priv&#233;, qui arrive dans une salle commune et qui hurle &#171; Heil Hitler ! &#187;. Un jeune maghr&#233;bin, 17 ans. Donc moi j'&#233;tais dans ma classe avec un autre jeune, donc je n'ai pas interrompu ma s&#233;ance. Il se trouve que quand ce gamin crie &#171; Heil Hitler ! &#187;, il y a cinq adultes autour de lui, trois &#233;ducateurs, une infirmi&#232;re et je ne sais plus quel autre professionnel, entre guillemets professionnel. Et personne ne r&#233;agit. Personne ne r&#233;agit. Il y a quelques gloussements de rire, il y a quelques postures un peu g&#234;n&#233;es. Moi je vois &#231;a parce que j'ai une baie vitr&#233;e depuis ma classe, je vois cette salle commune. &#192; part un &#233;ducateur libanais qui lui dit &#171; non, j'aime pas ce que tu dis &#187; &#8211; bon, c'est pas la question, &#171; j'aime pas ce que tu dis &#187;, c'est une question de Loi, l&#224;. &#199;a tombe sous le coup la loi : un propos antis&#233;mite &#8211; pardon &#8211; c'est sanctionn&#233; par la loi. Donc moi, je reprends en &#233;quipe cette transgression grave, pour moi, lors d'une r&#233;union. Et on me dit : &#171; oui, mais non&#8230; mais il ne sait pas, il ne conna&#238;t pas l'histoire&#8230; il dit &#231;a, c'est une provocation&#8230; &#187;&#8230; Le profil du gamin, ce n'&#233;tait pas un schizophr&#232;ne, il n'&#233;tait pas dans une forme de psychose infantile ou quoi, c'&#233;tait un trouble du comportement, en gros, un d&#233;linquant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, parce qu'on m&#233;lange, en fait, dans ces institutions, des malades diagnostiqu&#233;s graves psychiatriquement avec des cas qui rel&#232;vent beaucoup plus de la crise d'adolescence, de la d&#233;sh&#233;rence, de la d&#233;pression m&#234;me l&#233;g&#232;re. C'est &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, et c'est assez terrible comme spectacle. Moi, &#231;a m'a beaucoup touch&#233;e de voir des enfants qui avaient juste des petits probl&#232;mes psychologiques &#8211; comme des parents qui divorcent, le gamin qui est un petit peu un objet de jouissance entre le p&#232;re et la m&#232;re divorc&#233;s, etc. C'est des choses qui pouvaient se r&#233;gler avec une psychologue scolaire ou quelques s&#233;ances &#8211; et qui l&#224; se retrouvent balanc&#233;s en h&#244;pital de jour avec des enfants autistes tr&#232;s r&#233;gress&#233;s, non-verbaux et qui hurlent, des psychotiques qui d&#233;compensent, des crises clastiques&#8230; Moi j'ai pu voir la terreur dans les yeux de ces petits qui n'avaient rien &#224; foutre l&#224;. Alors il y a des enjeux financiers : accueillir tout ce petit monde, faire ce m&#233;lange&#8230; et puis il y a un enjeu financier autour de l'autisme, ce sont des prises en charge, des forfaits-jours : accueillir un gamin autiste c'est entre 700 et 900 &#8364; par jour. Le nombre d'autistes explose, le nombre de diagnostiqu&#233;s autistes, c'est une explosion, tout le monde est autiste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne va pas entrer dans l'extension de l'autisme parce que l'autisme est un probl&#232;me, rien que le mot est un probl&#232;me extraordinaire, on ne sait pas de quoi on parle&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais su ce que c'&#233;tait. Six ans de p&#233;dopsychiatrie, je ne sais toujours pas ce que c'est que l'autisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est le nom d'un d&#233;sordre dans la psychiatrie elle-m&#234;me plut&#244;t que dans l'ordre psychiatrique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour revenir &#224; ce cas de transgression grave d'un adolescent qui sait tr&#232;s bien ce qu'il fait, qui est dans un milieu o&#249; le quartier est antis&#233;mite, ses potes sont antis&#233;mites, sa culture est antis&#233;mite, le Coran est antis&#233;mite, il se r&#233;clame musulman, il fait le ramadan&#8230; Quand il rentre et qu'il gueule &#171; Heil Hitler ! &#187; comme &#231;a &#224; la tronche des adultes, il demande quelque chose. C'est une demande en acte, implicite, de limite. C'est &#171; retenez-moi ! &#187; ; &#171; Est-ce qu'il y a un mur quelque part ? &#187; ; &#171; Est-ce qu'il y a quelque chose ? &#187;. Il n'y a rien. On est &#224; 30 m&#232;tres d'un commissariat, on peut aller d&#233;poser une main courante, rien que &#231;a. Je soumets l'id&#233;e en r&#233;union et donc, effectivement, on m'explique que &#171; Ben non, c'est un jeune&#8230; &#187;, c'est il y a la th&#233;orie de l'excusisme, &#171; Oui, mais il ne sait pas, mais non, mais&#8230; &#187; Et puis on ne fait rien quoi. Il ne se passe rien. Donc le gamin dispara&#238;t dans la nature. Il revient, il vient se faire tripoter par la psychoth&#233;rapeute &#8211; parce qu'il y a &#231;a aussi : il y a des dispositifs avec des jeunes femmes&#8230; J'ai vu des situations dramatiques, o&#249; des jeunes filles qui sortaient de l'&#233;cole de psychomotricienne&#8230; Ce m&#234;me jeune est pris en charge par une psychomotricienne qui a &#224; peine 5 ans de plus que lui, dans une salle en sous-sol, toute seule, une salle am&#233;nag&#233;e en salle de psychomotricit&#233;, donc avec des matelas, une lumi&#232;re douce&#8230; Et elle fait de la psychomotricit&#233; avec lui, qui consiste &#224; faire des s&#233;ances de relaxation&#8230; Vous pouvez bien imaginer qu'au bout de trois s&#233;ances de relaxation, le gamin lui demande&#8230; un massage. Il ne demande pas tout de suite une fellation &#8211; il lui demande un massage. J'apprends &#231;a, je croise la jeune femme qui est mal &#224; l'aise, qui est toute rouge, qui remonte de sa s&#233;ance, c'&#233;tait lourd. Et elle me dit : &#171; Oui, il vient de me demander un massage, je suis emb&#234;t&#233;e, je ne sais pas si je vais continuer la prise en charge &#187;&#8230; Donc moi, je la regarde un peu brutalement, je lui dis : &#171; Il veut baiser avec toi &#187;. Il n'y a pas de secret : tout dans le dispositif l'am&#232;ne &#224; &#231;a. C'est un adolescent, il est en pleine pouss&#233;e libidinale, et puis son rapport aux femmes est tel qu'une femme qui s'occupe de lui comme &#231;a, qui le met en relaxation&#8230; pour lui c'est un salon de massage, ce n'est pas une salle de psychomotricit&#233;, c'est un salon de massage. C'est repris en r&#233;union. C'est mal interpr&#233;t&#233;&#8230; Alors c'est une structure priv&#233;e o&#249; il y avait une directrice extr&#234;mement castratrice, dominatrice, rien ne pouvait se faire sans son accord et elle &#233;tait compl&#232;tement incoh&#233;rente, enfin bref, elle dit : &#171; Oui, non, la prochaine fois, vous serez accompagn&#233;e. Sofia vous voulez descendre avec elle ? &#187;. Non. Ce n'est pas mon boulot. Dans un autre cadre, j'aurais accept&#233;. Mais l&#224;&#8230; Bon, la psychomotricienne en question, au bout d'une semaine, se met en arr&#234;t maladie. On ne la revoit plus. Et &#231;a, des histoires comme &#231;a&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En r&#233;alit&#233;, la proc&#233;dure normale est d'en discuter lors d'une r&#233;union g&#233;n&#233;rale, lors de ce qu'on appelle supervision, vous nous en parliez en &lt;i&gt;off,&lt;/i&gt; o&#249; le groupe discute avec l'&#233;ducateur, l'&#233;ducatrice en question, la psychomotricienne, et lui fait prendre conscience qu'elle-m&#234;me a des envies, a des pulsions, et c'est normal, et que toute relation de p&#233;dagogie avec un enfant, quelle qu'elle soit, de th&#233;rapie, implique un &#233;rotisme diffus, n&#233;cessairement, et ne pas en avoir conscience, que ce soit en maternelle ou &#224; l'universit&#233;, c'est ouvrir les vannes, effectivement, &#224; ce genre d'effusion, qui sont courantes. Vous avez &#233;t&#233; t&#233;moin assez souvent de cette mani&#232;re de maternage, d'&#233;vitement du conflit, d'&#233;vitement de la limite et en m&#234;me temps du maternage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, alors vous prononcez le mot de maternage&#8230; Moi c'est vrai qu'arrivant dans ces lieux de p&#233;dopsychiatrie, je suis enseignante, je ne suis pas forc&#233;ment &#224; l'aise avec cette question de maternage. Je comprends tr&#232;s bien, je n'arrive pas vierge de tout savoir en p&#233;dopsychiatrie, comme je disais tout &#224; l'heure, j'avais d'abord fait une analyse, j'avais aussi &#233;t&#233; form&#233;e &#224; la p&#233;dagogie institutionnelle, donc j'avais lu des choses de psychologie du d&#233;veloppement, donc je n'arrive pas compl&#232;tement d&#233;munie en termes de savoir. Quoique, en termes de pratique, je n'&#233;tais jamais intervenue auparavant en p&#233;dopsychiatrie. Donc on m'explique que, oui, le maternage, c'est tr&#232;s important, le portage, le &lt;i&gt;holding&lt;/i&gt;, Winnicott, etc. Sauf qu'il y a tout un blabla de psy, des termes, des concepts, qui sont employ&#233;s &#224; tort et &#224; travers, mais qui ne font que rationaliser une non-ma&#238;trise de ce qui se passe. C'est-&#224;-dire qu'on va vous parler de maternage, on va laisser une &#233;ducatrice laisser libre cours &#224; ces pulsions p&#233;dophiles, l&#224; pour le coup je l&#226;che le mot, sous pr&#233;texte que cet enfant a une rupture dans le lien, qu'il faut le faire r&#233;gresser, retraverser toutes les &#233;tapes qui se sont mal pass&#233;es ou qu'il n'a pas pass&#233; du tout. Alors, c'est un argument que j'entends compl&#232;tement. Je vous dis, je n'avais pas de r&#233;sistance particuli&#232;re, m&#234;me si &#231;a met &#224; mal la posture d'enseignant qui est aux antipodes de &#231;a &#8211; vous pensez bien que c'est le contraire : nous, le but, c'est que le gamin tienne debout tout seul, notre boulot ce n'est pas de le porter. Mais je comprends : en analyse, quiconque a fait une analyse sait bien qu'il y a une p&#233;riode, une phase de r&#233;gression tout &#224; fait normale, mais qui, normalement, ouvre sur une r&#233;-&#233;laboration. L&#224;, c'&#233;tait la r&#233;gression pour la r&#233;gression, et tous en c&#339;ur. Et on y va. Donc, moi, j'ai assist&#233; &#224; des sc&#232;nes proprement obsc&#232;nes, d'&#233;ducatrices qui portaient sur elles, couchaient sur leur corps, dans un hamac, un autiste r&#233;gress&#233;, enfin tr&#232;s malade, un enfant de 8-9 ans, tr&#232;s tr&#232;s malade, et elle le tripotait, et lui il &#233;tait dans une jouissance, et elle &#233;tait dans une jouissance. Alors, il se trouve que ces exp&#233;riences-l&#224;, je les ai v&#233;cues aussi bien dans des h&#244;pitaux de jour qui fonctionnaient &#224; peu pr&#232;s, avec un noyau dur, une &#233;quipe investie et engag&#233;e &#8211; l&#224; pour le coup &#8211; et o&#249; &#231;a a pu se r&#233;gler. &#199;a a donn&#233; lieu &#224; une crise, une discussion, vous parliez de supervision tout &#224; l'heure, effectivement dispositif fondamental, outil en or &#8211; enfin moi c'&#233;tait impossible de travailler sans &#231;a. La supervision c'est n&#233;, c'est venu d'une pression syndicale des soignants dans les services de soins palliatifs de fin de vie, c'est ce personnel-l&#224; qui a impos&#233; de pouvoir d&#233;poser des choses, &#233;laborer des choses collectivement, parce que c'&#233;tait extr&#234;mement lourd ce qu'ils pouvaient vivre. Et &#231;a s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;, c'est tr&#232;s bien, dans les services de psychiatrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi &#231;a consiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc &#231;a consiste en l'intervention d'une personne totalement ext&#233;rieure au service et &#224; l'&#233;quipe, en g&#233;n&#233;ral un psychanalyste, mais &#231;a peut &#234;tre aussi un psychosociologue &#8211; quoique c'est les moins bons : moi, les meilleurs que j'ai eus, c'&#233;tait les psychanalystes, notamment dans un psychanalyse du Quatri&#232;me groupe. Sans vouloir d&#233;velopper cet aspect-l&#224;, c'est des gens qui viennent et qui font une analyse de groupe, qui permettent au groupe d'&#233;changer sur les probl&#232;mes qu'ils ont de transfert et de contre-transfert avec tel enfant, les probl&#232;mes relationnels de l'&#233;quipe, les probl&#232;mes institutionnels et hi&#233;rarchiques. &#199;a permet d'affronter et de d&#233;nouer des crises, ou parfois simplement de les poser. Rien que &#231;a, &#231;a fait du bien. Donc l&#224;, &#231;a a pu &#234;tre &#233;labor&#233;. On &#233;tait plusieurs &#233;ducateurs et personnels &#224; &#234;tre g&#234;n&#233;s par ces sc&#232;nes, personne n'osait trop intervenir, on a tent&#233; par l&#224;, par li, on a essay&#233; de parler &#224; l'&#233;ducatrice qui &#233;tait tr&#232;s mal &#8211; &#233;ducatrice nouvellement convertie &#224; l'islam&#8230; qui avait &#233;t&#233; convertie &#224; l'islam suite &#224; une soir&#233;e dans un club de chichas&#8230; &#8211; bref qui avait des probl&#232;mes. On a tous des probl&#232;mes, il se peut que de surcro&#238;t, comme disait l'autre, on r&#232;gle des choses en travaillant dans ce type d'endroit et avec ce type d'enfants, mais l&#224; c'&#233;tait du lourd. Donc on parlait du maternage : effectivement elle avait compl&#232;tement int&#233;gr&#233; le truc du maternage et, &#231;a tombe bien, elle pouvait donner libre cours &#224; ses pulsions maternantes, elle avait envie d'avoir un enfant elle pouvait pas, ou elle voulait, ou c'&#233;tait pas encore le moment&#8230; Bon, bref : donc &#231;a a pu &#234;tre stopp&#233;, nomm&#233; et stopp&#233;. Moi, j'ai l&#226;ch&#233; le mot p&#233;dophilie. &#199;a a donn&#233; quasiment lieu &#224; une d&#233;compensation de l'&#233;ducatrice &#224; ce moment-l&#224;, en pleine s&#233;ance. Donc, merci au psychanalyste de groupe qui &#233;tait l&#224; et qui a tr&#232;s bien accompagn&#233; les choses. Mais dans d'autres institutions, &#231;a continue et &#231;a ne pose pas de probl&#232;me. Et ce n'est pas plus mal, au moins on a la paix&#8230; Voil&#224;, et on laisse faire, et on ferme les yeux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est m&#234;me pire parce que vous dites qu'il y a une rationalisation : on va expliquer le fait en disant que c'est th&#233;rapeutique, qu'il faut que tout le monde r&#233;gresse, et il y a malgr&#233; tout des r&#233;unions de supervision dans ces cas-l&#224;. Mais on est dans le simulacre, l&#224;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, des r&#233;unions de supervision qui sont, quand c'est du simulacre, et c'est la plupart du temps le cas, malheureusement, servent plus aux, entre guillemets, psychanalystes de groupe qui est l&#224;, &#224; capter des informations pour rapporter &#224; la direction ce qui se dit l&#224;&#8230; C'est une catastrophe &#231;a : normalement c'est un lieu d'o&#249; rien ne sort, un peu comme en analyse &#8211; lors d'une psychanalyse, ce qui se dit l&#224; reste l&#224;. Ici &#8211; derni&#232;re exp&#233;rience &#8211; j'apprends que la pseudo-psychanalyse de groupe qui est l&#224; est pay&#233;e 520 &#8364; la s&#233;ance, c'est deux heures, pour faire quoi ? Pour faire un travail de balance. Je le dis comme je l'ai ressenti et comme c'&#233;tait ressenti par l'&#233;quipe. Et l'&#233;quipe le savait. Donc vous imaginez la libert&#233; de parole qu'il peut y avoir dans ces moments-l&#224;&#8230; Une &#233;quipe terroris&#233;e, j'ai rarement vu &#231;a&#8230;. Des gens de 50 ans flipp&#233;s par cette directrice, un turn-over extraordinaire dans cette structure qui amenait cette directrice libanaise, en l'occurrence, &#224; recruter au sein de sa famille&#8230; On avait comme &#231;a un &#233;ducateur &#8211; v&#233;ridique ! &#8211; d&#233;barqu&#233; du Liban au moment de l'incendie, de l'explosion du port de Beyrouth, un ou deux ans apr&#232;s, le type arrive, c'est son cousin, c'est le cousin de la directrice, il parle un fran&#231;ais que personne ne comprend. Il est en CDI, &#233;ducateur, il n'a m&#234;me pas de papier, il n'a rien encore&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est ce qu'on retrouvait aussi dans votre article sur l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, o&#249; on se retrouve avec des instituteurs aussi, notamment ceux qui viennent de l'&#233;tranger, qui n'ont aucune comp&#233;tence et qui pourtant sont balanc&#233;s l&#224;, ou au niveau de CM2 o&#249; il faut enseigner de mani&#232;re un peu s&#233;rieuse, ou alors m&#234;me au niveau maternel&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pire : moi ce que j'ai vu c'est en maternelle, un instituteur contractuel, donc recrut&#233; &#224; la va-vite, balanc&#233; dans une classe de maternelle avec des petites sections. Et j'apprends au cours d'une conversation avec lui lors d'une r&#233;cr&#233;ation que le lendemain il n'est pas l&#224; parce qu'il a rendez-vous &#224; la pr&#233;fecture&#8230; &#171; Ah bon mais pourquoi tu as rendez-vous &#224; la pr&#233;fecture ? &#187; &#171; Je vais renouveler mon visa &#233;tudiant &#187; &#171; Ah bon tu es &#233;tudiant ? &#187; le mec est &#233;tudiant en master je ne sais pas quoi&#8230; Donc il d&#233;barque d'Afrique subsaharienne, il n'a jamais vu un gamin et on lui confie des petites sections &#8211; et les petites sections ils font la sieste. Bon. Voil&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effectivement, on cr&#233;e des conditions qui ne sont pas tr&#232;s &#233;ducatives&#8230; Et en p&#233;dopsy, c'est vraiment une inflation de termes, ce que vous d&#233;crivez, mais qui ne recouvrent aucune pratique, ou qui ne font rationaliser une pratique qui est compl&#232;tement vide et qui n'est pas du tout soignante, qui est m&#234;me r&#233;gressive aupr&#232;s des enfants&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Moi par exemple, maintenant, quand j'arrive quelque part et qu'on me dit &#171; Ici, on fait de l'institutionnel &#187;, eh bien dans les dix minutes que j'ai pass&#233;es dans le couloir, je suis capable de dire &#171; Bon, ok, l&#224; on se raconte des histoires, vous faites du n'importe quoi, mais vous ne faites pas de l'institutionnel &#187;. Je pense que personne ne fait de l'institutionnel aujourd'hui. C'est un peu radical de dire &#231;a, mais&#8230; On peut tendre vers &#8211; et je vous dis en six ans, je n'ai eu qu'une exp&#233;rience dans un h&#244;pital de jour o&#249; on tendait vers &#231;a, parce qu'il y avait un noyau dur dans l'&#233;quipe, sur la dizaine de personnes, il y avait cinq personnes, &#231;a tenait parce qu'ils savaient ce qu'ils foutaient l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le simulacre : par exemple, on parle beaucoup des th&#233;ories de l'attachement. Donc, les th&#233;ories de l'attachement, &#231;a part du principe qu'il y a eu, dans ce qu'on appelle l'anamn&#232;se, c'est-&#224;-dire l'histoire de la naissance, de la conception et de la naissance d'un enfant, il y a eu quelque chose qui s'est mal pass&#233; entre la m&#232;re et l'enfant ; la m&#232;re ne l'a pas port&#233; ; la m&#232;re a refus&#233; de le regarder, etc. Il y a eu quelque chose qui s'est pass&#233; qui n'a pas permis qu'un lien se noue entre l'enfant et la m&#232;re, un lien fondamental, primordial et premier. On parle beaucoup de &#231;a comme source de &#8211; on explore encore, comme vous disiez tout &#224; l'heure, l'autisme, on ne va pas en une heure explorer ce domaine-l&#224; qui est tr&#232;s compliqu&#233;, tr&#232;s complexe et tr&#232;s flou. Mais &#231;a fait partie des hypoth&#232;ses de d&#233;veloppement de postures autistiques que ce trouble de l'attachement. On a parl&#233; de la question de la r&#233;gression par rapport &#224; refaire vivre &#224; l'enfant ce qu'il n'a pas pu vivre avec sa m&#232;re, soit qu'on se pose en tant qu'&#233;ducateur ou th&#233;rapeute en substitut de la m&#232;re, soit, moi de ce que j'en sais, on &#233;tait plus dans une guidance de la m&#232;re pour qu'elle puisse apprendre &#224; porter son enfant, le regarder progressivement ; l&#224; vous allez le porter 5 minutes, quand vous en avez marre vous posez le gamin, on prend le relais, etc. L&#224;, c'&#233;tait carr&#233;ment aux &#233;ducateurs de jouer ce r&#244;le-l&#224;, et on en a parl&#233; tout &#224; l'heure avec toutes les d&#233;rives, quand il n'y a pas de contr&#244;le et qu'il n'y a pas de vis&#233;e &#224; tout &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, c'est des th&#233;ories qui sont annonc&#233;es comme des choses nouvelles, extraordinaires, qui vont tout r&#233;volutionner, sauf que c'est des th&#233;ories, c'est des gens qui r&#233;inventent l'eau chaude. ; Freud en avait d&#233;j&#224; parl&#233; ; M&#233;lanie Klein, premi&#232;re psychanalyste d'enfants a abord&#233; cette question-l&#224; ; Winnicott en a parl&#233; aussi. Donc, c'est des choses qui ne sont pas nouvelles non plus. Alors, on affine : il y a des tableaux qui permettent de rep&#233;rer les regards de l'enfant, les gestes de la m&#232;re, etc Je ne dis pas qu'il n'y a rien, mais il n'y a rien de nouveau, de fondamentalement nouveau, d'innovant ou de particulier. Donc tout &#231;a, si vous voulez, c'est des rationalisations de comportements qui sont ravageurs, de comportements inad&#233;quats. Par exemple, quand Winnicott parle de la &#171; m&#232;re suffisamment bonne &#187;, c'est pas la m&#232;re &#171; suffisamment bonne &#187;, c'est une mauvaise traduction : on parle de m&#232;re &lt;i&gt;ad&#233;quate&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Good enough&lt;/i&gt;, en anglais, c'est &lt;i&gt;ad&#233;quate&lt;/i&gt;, ordinaire. Ce n'est pas une m&#232;re extraordinaire, ce n'est pas une bonne maman &#8211; &#171; Bonne maman &#187;, c'est une marque de confiture pour moi &#8211; ce n'est pas ce qu'avait &#224; l'esprit Winnicott quand il a avanc&#233; cette notion, ce concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a fait penser un peu &#224; la &lt;i&gt;Common Decency&lt;/i&gt; de George Orwell, c'est-&#224;-dire la d&#233;cence ordinaire qui n'est pas des super pouvoirs, qui n'est pas un comportement extraordinaire vis-&#224;-vis des autres, mais simplement une bienveillance de base, un amour minimal, qui permet au fonctionnement social de continuer, de tourner, d'&#234;tre agr&#233;able &#224; vivre. Et ce n'est pas du tout une valeur superlative.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez tout &#224; fait raison. Quand je parlais tout &#224; l'heure de d&#233;structuration, c'est effectivement ces adultes, ces &#233;ducateurs qui sont cens&#233;s accompagner l'enfant, qui sont cens&#233;s lui refaire faire un parcours qui a &#233;t&#233; dysfonctionnel &#224; un moment, probl&#233;matique, et qui donne lieu &#224; une forme de pathologie, s&#233;v&#232;re ou plus ou moins intense, et finalement, que fait cette &#233;ducatrice quand elle donne libre cours &#224; ses pulsions sexuelles envers cet enfant ? Elle le d&#233;sorganise un petit peu plus au niveau psychique, elle rajoute de la d&#233;sorganisation aux pulsions de l'enfant qui sont d&#233;j&#224; tr&#232;s mis &#224; mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ce sont des r&#233;gressions que vous voyez chez l'enfant ? Qui sont mesurables ? Que vous pouvez &#233;tayer, concr&#232;tement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, par exemple, souvent je r&#233;cup&#232;re des enfants, soit apr&#232;s une s&#233;ance avec une &#233;ducatrice, soit apr&#232;s une s&#233;ance de psychomotricit&#233; et c'est tr&#232;s difficile pour moi, ne serait-ce que de le faire asseoir sur une chaise, alors que je pouvais y parvenir. Alors je trouve des strat&#233;gies : par exemple, une prise en charge que j'avais &#224; 13h30, j'essaie de la faire en sorte de la d&#233;placer et de l'avoir &#224; 9 h du matin, o&#249; il n'y a personne avant moi. Le gamin n'aura pas &#233;t&#233; pris dans les genoux pendant trois heures avant d'arriver dans mon espace p&#233;dagogique. Je bricole et je fais ce que je peux, mais des fois, je ne peux pas, ett je le vois, et c'est rageant. Des enfants qui, effectivement, ne peuvent plus s'asseoir sur la chaise, me demandent de les porter&#8230; Alors, je trouve des subterfuges, je leur mets une poup&#233;e entre les mains, j'essaie d'inverser la demande. Mais ce n'est pas simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi des questions, on va peut-&#234;tre l'aborder, des technologies, des nouvelles technologies, mises entre les mains de ces enfants. Pareil, une &#233;ducatrice&#8230; Si vous voulez, tout le monde a des caprices. Donc on laisse on accorde des caprices aux gamins, on ne met plus de limites. Travailler le d&#233;sir d'un enfant, ce n'est pas lui accorder un blanc-seing, lui permettre de d&#233;lirer, lui permettre de r&#233;pondre &#224; tous ses caprices. L&#224;, les &#233;ducateurs aussi ont des caprices, des lubies. Donc l&#224;, c'&#233;tait en l'occurrence le &lt;i&gt;light painting&lt;/i&gt;. Alors le &lt;i&gt;light painting&lt;/i&gt; consiste en quoi ? C'est une activit&#233; artistique, para&#238;t-il, qui consiste &#224; peindre avec un stylo virtuel sur un mur &#8211; enfin, un vrai stylo, pardon, sur un support virtuel&#8230; Donc on trace des traits, mais avec de la lumi&#232;re, des traits avec un faisceau de lumi&#232;re. &#199;a produit des effets, des traces sur les murs, mais ce n'est pas permanent, &#231;a ne reste pas. Pour des enfants qui ont un probl&#232;me de psychose, de rapport schizoparano&#239;de, des pathologies graves, de rapport au r&#233;el, &#224; la r&#233;alit&#233;, qui ne font pas de distinction : moi leur enseignante, je peux &#234;tre une chaise, un singe, un chien ou un chat, ils sont dans l'indiff&#233;renciation anim&#233;-inanim&#233;. Vous pouvez imaginer les ravages que ce type d'activit&#233; peut avoir sur des psychismes d'enfants malades comme &#231;a. Donc moi, tr&#232;s concr&#232;tement, j'avais une gamine comme &#231;a qui avan&#231;ait bien, notamment sur le trac&#233; : Elle avait peur de tracer les choses&#8230; C'&#233;tait une gamine qui progressait bien dans le fait de laisser une trace et tracer des courbes, donc 5-6 ans, je lui apprenais &#224; tracer des courbes, on &#233;tait dans l'entr&#233;e dans l'&#233;crit. Cette gamine participe &#224; cette activit&#233; en milieu d'ann&#233;e scolaire. Eh bien, r&#233;gression totale. Elle n'arrive plus &#224; tracer les courbes qu'elle me faisait parfaitement au bout d'une dizaine de s&#233;ances de travail autour de &#231;a, avec diff&#233;rents outils, diff&#233;rents mat&#233;riels. En gros, j'avais gal&#233;r&#233; quand m&#234;me, je partais de loin avec cet enfant et j'&#233;tais quand m&#234;me assez contente et elle &#233;tait contente aussi ; elle pouvait observer aussi ses traits. On parle de permanence de l'objet, mais vous imaginez ce type d'activit&#233; ? Je dessine un truc, &#231;a dispara&#238;t, hop, c'est dans le n&#233;ant, &#231;a n'existe plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On en parlait, dans la derni&#232;re &#233;mission : les grands dirigeants des GAFAM mettent leurs enfants dans des &#233;coles sp&#233;cialis&#233;es o&#249; il n'y a aucun &#233;cran, il y a des crayons de couleur. Et justement, c'est tr&#232;s important, avant de voir le virtuel, de conna&#238;tre le r&#233;el.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et oui, c'est une &#233;tape fondamentale et c'est d'autant plus important quand cette construction du rapport au r&#233;el a &#233;t&#233; dysfonctionnelle, si j'ose dire, en tous les cas, a &#233;t&#233; entrav&#233;e. Et vous avez tout &#224; fait raison, il y a aussi une question de classes sociales. C'est-&#224;-dire que je pense notamment aussi &#224; la question de l'hyper-sexualisation des petites filles, &#231;a concerne les classes populaires surtout. Pareil, les tablettes num&#233;riques, la surench&#232;re de nouvelles technologies, en l'occurrence, toutes les exp&#233;riences que j'ai pu avoir d'enfants qui avaient la tablette jusqu'&#224; 1h du matin dans leur lit, ce n'&#233;taient pas des enfants d'ing&#233;nieurs, ce n'&#233;taient pas des enfants de professeurs. C'&#233;tait des enfants d'ouvriers ou de ch&#244;meurs. Il y a cette question de classes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, les psychiatres qui trouvaient tr&#232;s amusant d'introduire la tablette num&#233;rique au sein de l'h&#244;pital de jour, qui trouvaient &#231;a &#171; sympa &#187;, leurs gamins n'avaient pas de tablette, ils ne connaissaient pas l'objet avant leurs 12 - 13 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est ce qui se voit aussi dans l'&#233;ducation nationale o&#249; il y a un d&#233;ferlement technologique : des tableaux num&#233;riques, une multitude de gadgets, qui progresse d'ann&#233;e en ann&#233;e, mais qui masquent au fond une absence totale de p&#233;dagogie, et qui ne r&#233;solvent absolument rien &#224; la question du niveau. L&#224;, c'est la m&#234;me chose, mais dans le domaine de la psychiatrie, o&#249; il est question de la conception de la r&#233;alit&#233; m&#234;me, c'est extr&#234;mement d&#233;licat, j'imagine.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Et vous nous disiez en &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; que cette petite fille-l&#224; &#8211; quel &#226;ge d&#233;j&#224; ?&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq ans et demi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinq ans et demi. Elle avait aussi &#233;t&#233; con&#231;ue par PMA, elle avait une histoire assez technologique aussi&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, une famille relativement pauvre, venue de Chine, de Sichuan je crois, avec le p&#232;re assez &#226;g&#233;, il devait avoir une cinquantaine d'ann&#233;es, par rapport &#224; l'&#226;ge de l'enfant, con&#231;ue assez tardivement, via une PMA alors qu'ils &#233;taient sans papiers&#8230; Avec la psychologue qui &#233;tait dans le service, on se demandait comment la m&#232;re avait pu avoir acc&#232;s &#224; une PMA &#8211; avec donneur, c'est le p&#232;re qui &#233;tait st&#233;rile. Donc, une gamine elle-m&#234;me con&#231;ue via une technologie, artificielle, et puis, une histoire d'immigration et d'exil assez lourde et c'est une famille asiatique qui avait atterri dans un quartier maghr&#233;bin. Donc, la gamine avait effectivement une psychose de type schizoparano&#239;de, elle voyait des ennemis partout, elle &#233;tait en permanence pers&#233;cut&#233;e&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc l&#224;, la question psychiatrique est multiple, parce que vous cumulez les probl&#232;mes, et en plus, les solutions n'en sont pas, finalement, vous utilisez des moyens qui ne sont pas du tout adapt&#233;s, voire qui d&#233;structurent compl&#232;tement, d'apr&#232;s ce que vous d&#233;crivez.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui d&#233;structurent compl&#232;tement&#8230; Et si vous voulez, ce type d'enfant&#8230; Par exemple, moi il m'a &#233;t&#233; reproch&#233; une fois par une inspectrice p&#233;dagogique dans une de mes classes &#8211; parce que des fois on est inspect&#233; mais &#231;a reste relativement rare &#8211; dans une de mes classes sp&#233;cialis&#233;es au sein d'un h&#244;pital de jour. Moi j'ai &#224; c&#339;ur de confronter, de mettre les enfants en contact avec des &#339;uvres picturales, de l'art du Van Gogh, du Picasso, du figuratif, pas d'abstrait, surtout pas avec ce type d'enfant : des choses, des paysages. Par exemple, j'ai des tableaux qui illustrent les diff&#233;rentes saisons avec diff&#233;rents tableaux de ma&#238;tres de la peinture occidentale. Une inspectrice me disait : &#171; Ah oui, mais l&#224;, vous les sur-stimulez ! ce type d'enfant, il faut qu'il y ait le moins de choses possibles au mur, le moins d'images possibles au mur &#187;&#8230; Bon, en m&#234;me temps, allez dans la salle d'en face, c'est la tablette, allez dans la salle d'&#224; c&#244;t&#233;, c'est le &lt;i&gt;light &lt;/i&gt;&lt;i&gt;painting&lt;/i&gt;, et sortez dans la rue, c'est la sur-stimulation, les lumi&#232;res, les McDo, les machins, les publicit&#233;s. Quand je parle aussi d'institutions malades, dans une soci&#233;t&#233; malade&#8230; Les murs de la ville, ce n'est m&#234;me pas qu'ils &#233;duquent plus, c'est qu'ils rendent fou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et cette sorte de techno-solutionnisme, en fait, o&#249; on cherche dans la technique une solution syst&#233;matique &#224; tous les probl&#232;mes &#8211; ce qui fait na&#238;tre d'autres probl&#232;mes &#8211; on la trouve aussi dans la th&#233;orie. Vous parliez tout &#224; l'heure de blabla th&#233;orique, de recouvrement &#224; l'aide de mots ronflants, qui recouvrent des pratiques qui sont compl&#232;tement r&#233;gressives. Est-ce qu'on retrouve ce type de techno-obsession dans la th&#233;orie qui ont cours dans les &#233;tablissements que vous avez fr&#233;quent&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, alors depuis un peu plus d'une dizaine d'ann&#233;es maintenant, il y a un mouvement tr&#232;s fort de lobby, qui a des relais au sein du gouvernement, qui a une grande influence sur les autorit&#233;s de sant&#233;, qui est le mouvement des comportementalistes, des cognitivo-comportementalistes. Un mouvement qui s'est d&#233;velopp&#233; par rapport &#224; toutes les d&#233;rives des orientations plut&#244;t psychanalytiques &#8211; parce que je n'ai pas pr&#233;cis&#233;, mais en g&#233;n&#233;ral, 99 % de ces structures, h&#244;pitaux de jour, instituts m&#233;dicaux &#233;ducatifs, CESAD, se placent dans une orientation psychanalytique. C'est du flan, on l'a bien vu, c'est juste une pose, une posture, mais &#231;a ne recouvre aucune r&#233;alit&#233; autre que ravageuse, comme on a pu le d&#233;crire. Donc effectivement, il y a eu des collectifs de parents qui se sont constitu&#233;s, qui ont vu leur enfant r&#233;gresser encore plus en &#233;tant hospitalis&#233; en h&#244;pitaux de jour. Il y a eu des choses discutables, effectivement, par exemple, je ne vais pas rentrer dans ce d&#233;bat qui est tr&#232;s pol&#233;mique, la question du &lt;i&gt;packing&lt;/i&gt;, donc de l'enveloppement dans du linge humide, une th&#233;rapie qui a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e en France par le professeur Delion, un psychiatre, qui s'en est pris plein la tronche, effectivement, parce que c'&#233;tait assimil&#233; &#224; de la maltraitance pour certains enfants. Alors tout d&#233;pend comment &#231;a a &#233;t&#233; fait, moi, je ne peux pas en parler, je ne pr&#233;f&#232;re pas m'avancer parce que je n'ai eu qu'une fois cette exp&#233;rience-l&#224;. Mais bon, voil&#224;, des situations o&#249; on ne savait pas trop ce qu'on faisait avec leur enfant et les parents r&#233;cup&#233;raient des enfants dans un &#233;tat lamentable, encore pire que quand ils &#233;taient entr&#233;s en h&#244;pital de jour. Au bout de trois mois d'h&#244;pital de jour, c'&#233;tait encore pire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et sont arriv&#233;s des &#201;tats-Unis ces m&#233;thodes comportementales de type ABA &#8211; je ne sais plus l'acronyme, il faudrait peut-&#234;tre le rechercher, je m'excuse [Applied Behaviour Analysis, ou analyse comportementale appliqu&#233;e] &#8211; donc des m&#233;thodes de quasi-dressage, on va dire, des enfants. Des m&#233;thodes qu'on dit &#233;ducatives, mais qui sont pour moi r&#233;-&#233;ducatives. Alors pourquoi pas, effectivement ? Un autiste tr&#232;s r&#233;gress&#233;, moi j'entends la d&#233;tresse d'une m&#232;re qui voudrait bien que son enfant apprenne juste &#224; mettre ses chaussettes tout seul &#224; 12 ans. Moi j'ai eu le cas d'une m&#232;re &#224; la fin de la prise en charge, &#224; la fin de l'ann&#233;e scolaire, le lien s'&#233;tait bien &#233;tabli avec elle, on avait vraiment avanc&#233; ensemble, de fa&#231;on quasiment clandestine par rapport &#224; la direction et &#224; la psychiatre en chef, ett elle me demandait conseil : &#171; Voil&#224;, j'ai une institution ABA qui a une place pour mon enfant. Qu'est-ce que vous pensez que je devrais le mettre ? Qu'est-ce que vous en pensez ? Parce que j'ai peur, parce que je ne sais pas &#187;. C'est un enfant qui &#233;tait accompagn&#233; en classe quelque trois heures par semaine, il avait trois heures de classe par semaine puisqu'on les inclut de plus en plus &#8211; c'est la soci&#233;t&#233; inclusive pour le meilleur et pour le pire &#8211; et il &#233;tait accompagn&#233; par une AVS, une assistante en classe, qui venait d'une association priv&#233;e mont&#233;e par des parents et qui formait des AVS &#224; leur pratique comportementaliste. Au lieu d'un recrutement classique d'AVS par l'&#233;ducation nationale, en gros, c'&#233;tait ces jeunes filles qui &#233;taient &#233;tudiantes en psychologie et qui accompagnaient ces enfants. Donc, elle trouvait que ce n'&#233;tait pas mal ce que cette jeune fille faisait &#224; l'&#233;cole avec son enfant et elle me disait, je vais le faire rentrer dans une institution o&#249; il sera pris en charge &#224; 100 % selon ces m&#233;thodes &#233;ducatives-l&#224;. J'&#233;tais embarrass&#233;e. En m&#234;me temps, je voyais bien que ce qu'on faisait ici &#233;tait d'une indigence quasi criminelle et en m&#234;me temps, je n'ai pas trouv&#233; d'autre r&#233;ponse que &#171; Soyez vigilante &#224; ce que votre enfant ne devienne pas un robot &#187;. C'&#233;tait un enfant qui &#233;tait tr&#232;s humain, qui exprimait des &#233;motions, qui &#233;tait vivant, ce n'&#233;tait pas non plus un autiste tr&#232;s mutique ou catatonique, il y avait un lien quand m&#234;me, il soutenait les regards. Donc je n'ai rien trouv&#233; d'autre &#224; lui dire que, en tant que m&#232;re, soyez vigilante &#224; ce qu'il ne devienne pas un robot. Pourquoi ? Parce que c'est des m&#233;thodes qui vont fonctionner &#224; base de demandes, ex&#233;cution de la demande, r&#233;compense. Donc l&#224;, on n'est pas loin du dressage d'un chien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et on est surtout dans une conception du soin qui est &#224; mille lieues des fondamentaux de la psychanalyse, o&#249; le but n'est pas de rendre l'individu ad&#233;quat &#224; sa soci&#233;t&#233;, mais de le rendre autonome.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, l&#224; c'est fonctionnel, rendre le gamin fonctionnel. Moi j'en ai vu des gamins qui sortaient, qui en venaient ou qui &#233;taient pris en charge par ce type de m&#233;thode &#224; 100 % de leur temps, J'en ai crois&#233;, c'est terrible. Ils vous disent bonjour, vous avez l'impression que c'est une intelligence artificielle qui vous parle. Il y a une prosodie, un &#171; bon-jour-ma-da-me &#187; &#171; au-re-voir &#187; &#171; je-veux &#187; &#171; moi-veux &#187;&#8230; Alors effectivement, les autistes ont ce qu'on appelle l'inversion des pronoms, c'est-&#224;-dire qu'au lieu de dire &#171; je &#187;, ils vont dire &#171; tu &#187; : &#171; tu ramasses &#187; en parlant d'eux, &#171; tu vas chercher &#187;, &#171; tu dors &#187;, &#171; tu manges &#187;, alors qu'ils n'ont pas acc&#232;s&#8230; ils ne s'identifient pas, ils n'utilisent pas le pronom &#171; je &#187;. Alors, l&#224;, ils utilisent le pronom &#171; je &#187;, il n'y a pas de probl&#232;me, mais c'est un robot qui vous parle. C'est dur &#224; voir. Et en m&#234;me temps, l'enfant arrive &#224; faire certaines choses. Donc moi, de ma position de p&#233;dagogue, qui je suis pour dire &#224; une m&#232;re &#171; Non, laissez-le, jusqu'&#224; 18 ans, il ne saura pas faire ses lacets, dire bonjour, rentrer dans une salle sans s'effondrer &#187;&#8230; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On peut retrouver, si je peux faire un parall&#232;le un peu audacieux, la chose dans le monde juridique, o&#249; on se retrouve en face d'un chaos judiciaire, o&#249; on ne sait pas du tout quelles vont &#234;tre les sanctions. On a r&#233;guli&#232;rement des faits divers qui se concluent par des non-lieux ou par des relaxes ou des peines qui sont compl&#232;tement disproportionn&#233;es. Et on a aussi l'effet inverse, c'est-&#224;-dire des actes qui sont d&#233;lictueux mais ridicules et qui sont sur-sanctionn&#233;s. En r&#233;alit&#233;, il y a un refus, c'est comme s'il y avait un refus dans toute la soci&#233;t&#233; d'affronter la difficult&#233; &#224; juger, mais de mani&#232;re tr&#232;s g&#233;n&#233;rale, &#224; juger les choses. La psychanalyse, m&#234;me la th&#233;rapie en g&#233;n&#233;ral, &#231;a fait partie de ce que Freud appelle les m&#233;tiers impossibles. Le m&#233;tier de th&#233;rapeute, de politique et d'&#233;ducateur, c'est-&#224;-dire on prend la personne et on tente de la mener &#224; un niveau d'autonomie tel que ce soit capable de se passer de nous. C'est extr&#234;mement difficile, extr&#234;mement d&#233;licat, c'est un m&#233;tier impossible d'apr&#232;s Freud. Mais plut&#244;t que d'affronter cette difficult&#233;, on retombe dans des solutions de facilit&#233; o&#249; on simplifie &#224; l'extr&#234;me.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, &#231;a devient une question de technique. Il y a un mode d'emploi. Moi, j'ai vu des instituts m&#233;dico-&#233;ducatifs dans lesquels je suis aussi intervenu &#8211; mais alors de fa&#231;on tr&#232;s courte dans la dur&#233;e, parce que je me suis tir&#233;e tr&#232;s rapidement, c'&#233;tait infernal &#8211; o&#249; je suis arriv&#233;e, j'ai eu deux psychologues en face de moi, deux femmes &#8211; donc c'&#233;tait une gyn&#233;c&#233;e encore, l&#224;, que des nanas &#8211; elles m'ont pr&#233;sent&#233; chaque cas d'enfant. J'avais un classeur d'une trentaine de pages : &#171; conduite &#224; tenir &#187;, &#171; avant la crise &#187;, &#171; pendant la crise &#187;&#8230; Un mode d'emploi, je vous assure, c'&#233;tait un mode d'emploi pour chaque gamin, avec l'histoire des renforcateurs : &#171; s'il fait &#231;a, lui donner &#231;a &#187;, &#171; s'il fait ci, le priver de &#231;a &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, il y a un juste milieu, effectivement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors entre la psychanalyse effectivement qui cherche l'&#233;mergence du sujet mais qui est dans des d&#233;rives catastrophiques et le mode d'emploi&#8230; C'est une chose tr&#232;s complexe, et sur la dur&#233;e, c'est long, c'est un travail qui est long, qui est lent, qui est fait d'avanc&#233;es, de r&#233;gressions. Alors, l&#224;, vous mettez votre gamin dans une structure ABA, effectivement&#8230; les progr&#232;s sont &#171; miraculeux &#187;, &#171; extraordinaires &#187; &#8211; en trois semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est un mouvement de balancier. Parce qu'aujourd'hui il n'est plus question de remettre en cause les parents, alors que la psychanalyse, ou m&#234;me les th&#233;rapies groupales, par d&#233;finition, impliquent toute la totalit&#233; des acteurs autour. Il y a un grand moment, depuis une dizaine d'ann&#233;es, effectivement, de basculement, avec il y a un refus de culpabiliser les parents, de culpabiliser la m&#232;re. Et on consid&#232;re que le probl&#232;me de l'autiste est d&#251; &#224; l'autiste et que &#231;a n'a rien &#224; voir avec l'environnement ou la famille, etc.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais c'est un mouvement de balancier extr&#234;me parce qu'on ne pose plus la question en termes de culpabilit&#233; &#8211; et c'est tr&#232;s bien, je me souviens du livre de Bettelheim, &lt;i&gt;La forteresse vide&lt;/i&gt;, c'&#233;tait une violence inou&#239;e pour les parents et surtout pour les m&#232;res &#8211; mais on est pass&#233; &#224; une question de g&#232;ne, c'est une question de machin, donc plus de responsabilit&#233;. Mais entre culpabilit&#233; et responsabilit&#233;, il y a un monde et c'est celui de l'apparition du sujet qui se pose : &#171; oui, l&#224; j'ai merd&#233; &#187; ; &#171; l&#224; j'ai pas merd&#233; &#187; ; &#171; j'en sais rien &#187; ; ou &#171; c'est du fait de mon histoire &#187;, etc. C'est-&#224;-dire qu'il n'y a plus besoin d'auto-reflexivit&#233;, en gros, de r&#233;fl&#233;chir sur soi-m&#234;me, sur ce qu'on a mis en place, sur pourquoi on a voulu cet enfant, sur qu'est-ce qui s'est pass&#233;&#8230; Enfin bref, quelque chose d'humain, mais qui reste une responsabilit&#233;. L&#224;, on a trouv&#233; la cause : c'est les pesticides, c'est la D&#233;pakine, ou je ne sais plus quel nom de m&#233;dicament, qu'on met aussi en cause comme hypoth&#232;se de source de d&#233;veloppement de spectre autistique, ou autre chose&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez un discours qui n'implique pas du tout un manque de moyens, alors que c'est une revendication qu'on entend sourdre de toute la soci&#233;t&#233;. Tous les secteurs de la soci&#233;t&#233; racontent qu'il y a un manque de moyens. D&#232;s qu'il y a le moindre probl&#232;me : les paysans, on balance des milliards ; les Gilets Jaunes on balance des milliards&#8230; sans rien r&#233;soudre. Quel est votre point de vue quant au manque de moyens du monde m&#233;dico-social ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, au risque de faire hurler les &#233;ducateurs, effectivement, il y a &#233;norm&#233;ment de moyens. Tant en termes de masse salariale, pour parler comme un patron : il y a &#233;norm&#233;ment de personnel, ce sont des &#233;quipes, c'est pas moins de 20-30 personnes pour l'accueil d'une trentaine d'enfants, avec des s&#233;ances, des demi-journ&#233;es, o&#249; ils sont 8-10 maximum sur la structure, donc 20 personnes pour 8 enfants pr&#233;sents par demi-journ&#233;e. C'est des r&#233;unions&#8230; &#192; un moment j'&#233;tais enseignante r&#233;f&#233;rente, donc enseignante r&#233;f&#233;rente c'est un poste &#224; cheval entre l'&#233;ducation nationale et la maison des handicap&#233;s, la MDPH, qui g&#232;re les dossiers des enfants, la mise en place des aides, etc. Je me suis retrouv&#233;e dans des r&#233;unions o&#249; on &#233;tait pas moins de 30 personnes, psychologues, m&#233;decins psychiatres, instituteurs ou professeurs, professeurs principaux quand c'&#233;tait des coll&#233;giens, bref &#233;norm&#233;ment de monde. Donc, au-del&#224; du co&#251;t en termes de salaire, toutes ces personnes qui &#233;taient l&#224;, pour trois personnes qui allaient parler en trois heures de r&#233;union, c'&#233;tait toujours les quatre, cinq personnes qui allaient s'exprimer, toutes les autres, elles &#233;taient l&#224;, bon, elles faisaient leurs heures, il n'y a pas de probl&#232;me. Vous imaginez, donc c'est des r&#233;unions o&#249; les jeunes ou les enfants sont convi&#233;s &#224; &#234;tre pr&#233;sents. Vous imaginez l'effet sur un gamin : il y a 30 personnes l&#224; qui, pendant 3 heures, discutent de mon cas. Donc soit je suis super important &#8211; imaginez le schizo, il est le centre du monde, tout vient de lui, une pathologie o&#249; d&#233;j&#224; le gamin est d&#233;j&#224; dans la toute puissance. Ou au contraire, un gamin qui doit se dire &#171; je dois &#234;tre sacr&#233;ment malade pour qu'on s'occupe autant de moi, je dois vraiment &#234;tre barr&#233;e, je dois vraiment avoir un gros probl&#232;me &#187;&#8230; Alors que des fois c'est vraiment, comme je disais tout &#224; l'heure, des probl&#232;mes non pas psychiatriques, mais psychologiques b&#233;nins qui pourraient se r&#233;gler ailleurs et simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc &#233;norm&#233;ment de moyens. Il faut savoir que dans les h&#244;pitaux de jour, la plupart du temps, les enfants viennent en taxi. &#199;a, c'est pris en charge &#224; 100 % par la S&#233;curit&#233; sociale. Au point que certaines fois, les parents ne sont pas contents parce que le taxi est en retard&#8230; Le boulot du cadre dans un h&#244;pital de jour, &#231;a fait en grande partie de g&#233;rer le planning des taxis, donc il a ses tableaux Excel, il est content, il rentre ses horaires, ses prises en charge, etc. Des gens qui peuvent &#234;tre l&#224; aussi et ne rien faire, puisqu'on est tr&#232;s nombreux pour pas grand monde. Je parlais de l'engagement tout &#224; l'heure, moi j'ai vu des infirmi&#232;res, c'&#233;tait une caricature du sketch des &#171; Inconnus &#187;. Alors &#231;a m'arrache un peu la tronche de le dire, mais la plupart du temps c'&#233;tait des immigr&#233;s ou des descendants d'immigr&#233;s, des Antillaises, qui pouvaient passer devant un gamin prostr&#233; qui &#233;tait l&#224; dans le couloir depuis deux heures, et m&#234;me pas lui adresser un regard, et se diriger vers son bocal et faire ses recherches sur les soldes ou son prochain billet d'avion pour le bled ou j'en sais rien&#8230; Donc quand je parlais d'engagement tout &#224; l'heure, il y a aussi tout ce c&#244;t&#233; humain, il suffit pas de grand-chose : un gamin qui est prostr&#233; dans un couloir, juste se mettre &#224; sa hauteur, le regarder, il peut se passer un truc de quelques secondes, et t'as fait le boulot. T'as pas fait une r&#233;volution mais t'as fait bouger quelque chose. Non, l&#224;, elle pouvait passer, ne pas les regarder, ou faire &#171; pfou ! encore lui ! &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En fait, vous d&#233;crivez un monde qui se rapproche de plus en plus du Tiers-monde, c'est-&#224;-dire des institutions qui ne marchent plus, auxquelles plus personne ne croit, o&#249; il n'y a plus de notion d'int&#233;r&#234;t commun.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, il n'y a plus d'int&#233;r&#234;t commun. Il n'y a plus que des gens qui se font leur petite niche l&#224;, leur petite carri&#232;re, qui ne sont pas d&#233;rang&#233;s. C'est un boulot, si vous n'&#234;tes pas d&#233;rang&#233;, c'est que vous n'avez rien fait, vous avez travers&#233; l'h&#244;pital, vous auriez pu travailler dans une banque, &#231;a aurait &#233;t&#233; pareil. Moi, &#231;a m'a fait bouger, les premi&#232;res exp&#233;riences, notamment, ont &#233;t&#233; extr&#234;mement douloureuses et m'ont fait avancer, m'ont permis de comprendre d'autres choses, tant de par ce que les enfants malades vous renvoient que l'&#233;quipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est un engagement intime.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Et quand on est pr&#233;sent, ce n'est pas du pr&#233;sentiel. C'est une r&#233;elle pr&#233;sence. On parlait tout &#224; l'heure des supervisions, je vous le disais : 520 euros les deux heures. Vous imaginez ? Autre exemple, moi, le dernier poste que j'ai occup&#233;, dernier poste en date, j'&#233;tais pay&#233;e pour travailler 28 heures, je pouvais avoir des semaines et &#231;a a &#233;t&#233; la constante sur les neuf mois o&#249; je suis intervenue dans cette structure priv&#233;e &#8211; donc avec cette directrice castratrice, omnipr&#233;sente, qui a recrut&#233; ses cousins libanais, etc., tout un trafic de prise en charge, elle traficotait le nombre de gamins qui &#233;taient pris en charge, du coup, elle avait les sous de la s&#233;cu qui tombaient&#8230; C'&#233;tait de la corruption, m&#234;me pas voil&#233;e, c'&#233;tait quasiment assum&#233; : &#171; Et quoi ? &#187;&#8230; Bref moi, j'&#233;tais pay&#233;e 1 700 euros pour faire 28 heures et en gros, j'ai eu un &#233;l&#232;ve. 30 minutes. Par semaine. Donc &#233;videmment, j'ai fait remonter, comme on dit, &#224; ma noble hi&#233;rarchie, tout &#231;a. Mais il ne s'est rien pass&#233;. Alors ce sont des structures qui commencent &#224; &#234;tre inspect&#233;es un petit peu plus, et notamment, il est question de retirer les enseignants de ces endroits-l&#224;. Ben, oui, tu parles ! Moi, on me payait 28 heures, je travaillais 30 minutes, j'&#233;tais pas bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et quel est le r&#244;le de l'immigration dans tout ce m&#233;canisme que vous avez &#233;voqu&#233; ? Il y a une partie des patients, des enfants, qui sont issus de migration, donc &#231;a pose des probl&#232;mes particuliers, y compris, et aussi, d'un autre c&#244;t&#233;, dans la hi&#233;rarchie, on a des gens qui, effectivement travaillent ici comme on travaille dans le tiers-monde. Le post-modernisme rejoint le pr&#233;-modernisme. Quel est pour vous l'impact de l'immigration ? Comment vous voyez l'interaction entre la p&#233;dopsychiatrie et l'immigration ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les structures dans lesquelles j'ai travaill&#233;, c'&#233;tait &#224; 80 % des enfants issus de l'immigration, soit r&#233;centes, soit de deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration. La plupart du temps, j'ai eu beaucoup de cas d'enfants consanguins, issus d'unions consanguines. L&#224; aussi, on n'interroge pas, c'est tr&#232;s mal vu, m&#234;me en r&#233;union entre nous, entre soignants, d'interroger le fait qu'une m&#232;re qui a d&#233;j&#224; trois enfants pris en charge en psychiatrie, en p&#233;dopsychiatrie &#8211; pour des troubles s&#233;v&#232;res, des maladies mentales s&#233;v&#232;res, vraiment des trucs lourds, voire des maladies g&#233;n&#233;tiques type trisomie&#8230; &#8211; qui encha&#238;nent la quatri&#232;me grossesse all&#232;grement avec son cousin. &#199;a ne s'interroge pas c'est du &#171; racisme &#187; &#8211; et si ce n'est pas du racisme, dans tous les cas, je n'ai pas &#224; juger de la volont&#233; du d&#233;sir d'enfant de cette femme, je n'ai pas &#224; interroger le fait qu'elle se soit mari&#233;e avec son cousin. Les psychiatres sont des m&#233;decins &#8211; c'est ce que je leur raconte, moi je suis instit' &#8211;, ils savent tr&#232;s bien, ils ont fait de la g&#233;n&#233;tique, c'est un secret de polichinelle que lors de mariages consanguins le risque est multipli&#233; par je ne sais pas combien d'avoir un enfant [malade]&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour le coup, l&#224; c'est une barbarie qui est couverte par la th&#233;orie de l'attachement et tout ce que vous racontiez auparavant&#8230; c'est-&#224;-dire qu'on d&#233;culpabilise les m&#232;res, on refuse de responsabiliser les parents, on ne fait qu'accompagner, etc. C'est coh&#233;rent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est coh&#233;rent, c'est tr&#232;s coh&#233;rent. Il y a aussi la question de&#8230; Maurice Berger a &#233;crit un livre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les S&#233;parations &#224; but th&#233;rapeutique, Dunod, 2011, 224 p.&#034; id=&#034;nh37-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; il y a quelques ann&#233;es tr&#232;s int&#233;ressant l&#224;-dessus, sur la s&#233;paration dans le milieu p&#233;dopsychiatrie ou de l'ASE, l'Aide Sociale &#224; l'Enfance, et toutes les pol&#233;miques auxquelles &#231;a donnait lieu de placer ou non un enfant, de le s&#233;parer de sa famille. Il y a un truc, moi, en p&#233;dopsychiatrie qui m'a passablement &#233;nerv&#233;e &#8211; et que je n'ai pas retrouv&#233; &#224; l'&#201;ducation Nationale d'ailleurs, l&#224;, pour le coup, c'&#233;tait un point positif au sein de l'&#201;ducation Nationale &#8211; : C'est-&#224;-dire que nous, le boulot, les instituts, on le faisait, on faisait des signalements, et souvent on disait : il faut enlever cet enfant de cette famille, il est battu, il est maltrait&#233;, le p&#232;re est alcoolique, ou la gamine &#224; 6 ans est voil&#233;e, ou des cas de maltraitance physique ou psychique&#8230; Les instits en g&#233;n&#233;ral le font, souvent &#231;a vient de l'&#233;cole, les signalements. L&#224;, non, il y avait un truc, c'&#233;tait la sacro-sainte alliance avec les familles. Sous pr&#233;texte d'un truc, un nom pompeux, on appelle &#231;a la &#171; syst&#233;mique &#187;, on travaille le &#171; syst&#232;me &#187;, la cellule familiale, c'est presque religieux comme truc, c'est-&#224;-dire que c'est La Famille, c'est l'Unit&#233;, la cellule premi&#232;re de la soci&#233;t&#233;. On n'y touche pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n'est peut-&#234;tre pas faux th&#233;oriquement, mais &#231;a a plut&#244;t l'air d'&#234;tre l'occasion de ne rien faire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ne rien faire, de se d&#233;charger, l&#224; encore, de se d&#233;sengager. On parlait d'engagement, l&#224; c'est une fa&#231;on de se d&#233;sengager. On ne va pas mettre le gamin dans une institution o&#249; &#231;a va &#234;tre un &#233;ducateur, une &#233;quipe qui va devoir s'en occuper 24 heures sur 24, mais on va le laisser dans sa famille, bon on va l'accueillir deux ou trois fois par deux heures par semaine, il y a ce qu'on appelle les VAD, les Visites &#192; Domicile qui vont &#234;tre mises en place &#8211; il y a des fois, ce n'est pas possible les visites &#224; domicile parce que c'est des familles tellement d&#233;structur&#233;es que ce n'est pas possible. Mais bon, on rationalise &#231;a, encore une fois, en disant &#171; oui, mais le lien entre l'enfant et sa famille, c'est important &#187;. Mais l'enfant, il est en train d'&#234;tre bousill&#233; l&#224;. On le voit, il n'y a pas besoin d'&#234;tre devin. L&#224;, vous allez faire un psychopathe, c'est un enfant battu, il va battre quelqu'un, d&#232;s qu'il aura la force physique, il ira d&#233;foncer quelqu'un, ou agresser quelqu'un dans la rue. Il y a une fabrique du psychopathe l&#224;, pour moi. On voit tout venir, on voit tout arriver, on a tous les &#233;l&#233;ments, toutes les pi&#232;ces du puzzle sont l&#224;. Et on laisse faire et on recouvre &#231;a d'un discours aussi de ce que Daniel Sibony, &lt;a href=&#034;https://heretiques.fr/2023/06/01/loccident-et-sa-culpabilite-narcissique/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;que vous avez re&#231;u, je crois, au sein de ce podcast&lt;/a&gt;, appelle la &#171; culpabilit&#233; narcissique &#187;. C'est-&#224;-dire qu'il y a un &#171; excusisme &#187; hallucinant : c'est-&#224;-dire qu'on excuse &#224; peu pr&#232;s tout au nom de la Culture qui est diff&#233;rente, au nom de l'Alt&#233;rit&#233; &#8211; mais qu'en r&#233;alit&#233; on d&#233;nie, qu'on ne veut pas affronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ou qu'on refuse de reconna&#238;tre comme responsable d'elle-m&#234;me, avec tous ses d&#233;fauts. C'est &#231;a la culpabilit&#233; narcissique : tous ses d&#233;fauts vont &#234;tre attribu&#233;s &#224; notre comportement &#224; nous, nous avons &#233;t&#233; mauvais, nous sommes mauvais, nous recevons mal les gens, nous soignons mal, etc. Donc c'est notre faute.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, par contre, toutes ses qualit&#233;s sont reconnues et ne rel&#232;vent pas de nous, entre guillemets, Blancs, ou de la science du Blanc. Par exemple, la question de l'ethnopsychiatrie, c'est une th&#233;orie &#233;labor&#233;e par Georges Devereux, de m&#233;moire apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale. Il a fond&#233; cette th&#233;orie en disant qu'il y a &#233;norm&#233;ment de pathologies qui sont dues &#224; l'exil, &#224; l'exp&#233;rience de l'exil, que c'est une exp&#233;rience traumatique &#8211; et c'est vrai, que c'est une exp&#233;rience traumatique &#8211; et que pour soigner ces personnes, il faut prendre en compte leur culture. Donc on est dans ce que Hugues Lagrange appelle le &#171; D&#233;ni des cultures &#187;, mais l&#224; on n'&#233;tait pas l&#224;-dedans, on admettait qu'il y avait des cultures diff&#233;rentes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; Et qui fa&#231;onnent les psychismes&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; Qui fa&#231;onnent les psychismes. Alors l&#224;, &#231;a commence &#224; &#234;tre confirm&#233; de plus en plus par des &#233;tudes statistiques, des pr&#233;valences plus importantes en fonction du pays d'origine, de l'ethnie ou de la culture d'origine. On sait par exemple qu'il y a plus de cas de schizophr&#233;nie chez les Antillais. Georges Devreux &#233;chafaude toute une th&#233;orie &#224; propos de &#231;a, mais ne la met pas en pratique &#224; ma connaissance, en tous les cas, ne la met pas en pratique en France. Et c'est plus tard, Tobie Nathan qui ouvre le premier lieu de consultation en France dans les murs d'une universit&#233;, en l'occurrence Paris VIII Saint-Denis-Vincennes. C'est la premi&#232;re exp&#233;rience en France, il n'y en avait jamais eu. Et donc, il met en place ce qu'on appelle les consultations transculturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est tr&#232;s int&#233;ressant. Vous avez assist&#233; &#224; ce genre de choses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai assist&#233; &#224; cinq s&#233;ances autour d'un enfant que je suivais dans un h&#244;pital de jour. Et c'&#233;tait, l&#224; encore, les bras m'en sont tomb&#233;s parce que moi j'avais des a priori plut&#244;t positifs. Je me disais &#171; enfin ! &#187;, parce que jusqu'ici le discours c'&#233;tait&#8230; soit on &#233;tait dans le d&#233;ni de la culture, et on ne prenait pas &#231;a en compte, ou on c&#233;dait &#224; toutes les demandes des parents : un repas th&#233;rapeutique, il y a une maman qui dit : &#171; Mon enfant ne mange pas de viande &#187; &#8211; c'est un repas collectif et th&#233;rapeutique : si si, il va manger de la viande ! Non, en face, la psychiatre ne tient pas&#8230; &#171; Oui, non&#8230; &#187;, bref il ne mange pas de viande, il fait des crises classiques pendant le repas, d&#233;brouillez-vous. Bon, parenth&#232;se. Donc, j'ai assist&#233; &#224; une s&#233;ance avec un enfant autiste de 16 ans, non-verbal, qui marchait sur la pointe des pieds, enfin qui avait toutes les st&#233;r&#233;otypies d'un autiste s&#233;v&#232;re. 16 ans, malien. La m&#232;re malienne qui l'&#233;levait toute seule. Il avait une petite s&#339;ur de 15 ans. Et donc tout ce beau monde se r&#233;unit, une trentaine de personnes, traducteurs de sonink&#233;, sociologues, psychologues, il y avait des gens, je ne savais m&#234;me pas quelle &#233;tait leur fonction, des gens dipl&#244;m&#233;s, d'autres non&#8230; mais qui avaient peu ou prou des liens avec la culture d'origine de cette dame. Tout cela sous l'&#233;gide d'une psychologue patronnesse qui accueille tout ce beau monde. Et donc cette femme, la m&#232;re de cet enfant, Mamadou en l'occurrence, commence &#224; exprimer les choses sur son enfant en fran&#231;ais. Elle est tout de suite interrompue. Alors une psychologue qui interrompt quelqu'un qui commence &#224; parler, d&#233;j&#224;, &#231;a me d&#233;frise un peu, &#231;a me g&#234;ne beaucoup&#8230; Bon, elle l'interrompt, elle lui dit : &#171; Non, non, vous parlez en sonink&#233; &#187;. La femme parlait fran&#231;ais relativement correctement, elle avait un accent, elle cherchait ses mots, mais elle faisait l'effort de parler fran&#231;ais et c'&#233;tait important pour elle. Donc nous, on &#233;tait l&#224; avec l'&#233;quipe de jour. Tous les entretiens qu'on a eu avec cette femme, c'&#233;tait en fran&#231;ais, &#231;a se passait bien. Bon bref, la dame patronnesse psychologue, la couple, elle lui dit Non, non, vous parlez en sonink&#233;. Autre parenth&#232;se, le traducteur sonink&#233; est pay&#233; 300 euros la s&#233;ance, donc il faut bien l'utiliser &#224; bon escient &#8211; m&#234;me si, bon, il pourrait dormir aussi&#8230; La m&#232;re explique tr&#232;s bien en quoi l'h&#244;pital de jour a fait progresser son enfant &#8211; l&#224; pour le coup, je vous le dis, c'est dans cet h&#244;pital de jour o&#249; j'ai tr&#232;s bien travaill&#233; avec une &#233;quipe motiv&#233;e et impliqu&#233;e &#8211; : L'enfant a appris &#224; faire ses lacets, le jeune a appris quelques gestes d'autonomie de la vie quotidienne et la m&#232;re en est satisfaite. Elle explique que tout au long du parcours de cet enfant, il est all&#233; voir le p&#232;re qui est en Afrique, qui fait des va-et-vient, qui a plusieurs femmes, qui ne vit plus avec eux, a impos&#233; &#224; la m&#232;re d'aller voir un sorcier, que le sorcier en Afrique &#231;a a &#233;t&#233; catastrophique, et que l'h&#244;pital de jour, dis donc, &#231;a avait &#233;t&#233; quand m&#234;me le jour et la nuit par rapport &#224; ce que le sorcier avait fait &#224; son enfant. Qu'elle &#233;tait tr&#232;s malheureuse de voir que son enfant avait souffert et qu'elle le voyait souffrir m&#234;me pendant la s&#233;ance de, entre guillemets, d&#233;senvo&#251;tement. C'&#233;tait une souffrance pour elle de voir son enfant ainsi manipul&#233; par un homme, ce sorcier, et l&#224; de nouveau la dame patronnesse la coupe en lui disant : &#171; Non non le sorcier c'est bien, vous ne pouvez pas dire que l'h&#244;pital de jour c'est mieux, non mais &#231;a se tient, c'est une fa&#231;on de soigner aussi, il a soign&#233; votre enfant aussi &#187;&#8230; avec un discours d'hyper id&#233;alisation de la pratique de ce sorcier que la m&#232;re elle-m&#234;me d&#233;non&#231;ait et disait avoir v&#233;cu comme une souffrance, au-del&#224; des effets nuls de cette pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est une assignation identitaire, chimiquement pure.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compl&#232;tement. Moi, &#231;a m'a r&#233;volt&#233;e. J'en ai rediscut&#233; ensuite avec la m&#232;re, on a repris les choses &#8211; j'en avais besoin. Mais c'est une assignation identitaire. Et c'est terrible parce que ce n'est plus soigner &#224; partir d'&#233;l&#233;ments culturels de la personne, en prenant en compte les &#233;l&#233;ments culturels de la personne, mais avec les th&#233;rapies de la culture d'origine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc c'est l'enfermer en fait dans son univers culturel. Alors qu'elle est immigr&#233;e ici, peut-&#234;tre que la m&#232;re a envie de France, a envie de parler fran&#231;ais, a envie que son enfant devienne fran&#231;ais&#8230; Peut-&#234;tre qu'elle demandait quelque chose en venant ici&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une anecdote : la petite s&#339;ur de Mamadou commen&#231;ait &#224; frayer avec l'islam radical, portait le voile noir. La m&#232;re &#233;tait catastroph&#233;e, voulait que sa fille finisse son CAP de coiffeuse. L&#224; aussi : &#171; Non, mais c'est une fa&#231;on de retrouver ses racines&#8230; &#187; La m&#232;re expliquait tr&#232;s bien que c'&#233;tait pas son islam &#224; elle, qu'elle n'avait jamais pratiqu&#233; ce type d'islam-l&#224;, que &#231;a lui faisait peur, qu'elle culpabilisait aussi parce qu'elle se disait que sa fille a &#233;t&#233; trop investie dans son r&#244;le d'aide aupr&#232;s de son fr&#232;re&#8230; C'&#233;tait une maman aussi, encore une fois, qui voulait se s&#233;parer de son enfant pour son bien &#224; elle, pour le bien de sa fille et pour le bien de l'enfant. Donc elle attendait une place en institution &#8211; en Belgique, en l'occurrence &#8211; elle &#233;tait tr&#232;s volontaire et tr&#232;s investie pour que son enfant puisse partir en Belgique : elle lui faisait faire r&#233;guli&#232;rement ce qu'on appelle des s&#233;jours de r&#233;pit, c'est-&#224;-dire une semaine &#224; la campagne en province, dans une institution sp&#233;cialis&#233;e. Donc voil&#224;, une m&#232;re qui &#233;tait partante pour s'int&#233;grer, partante pour avancer&#8230; Eh bien non ! On la laisse un peu dans sa merde et on lui dit que sa merde, elle est bien &#8211; pardonnez-moi le vocabulaire, mais c'est des choses qui m'ont proprement r&#233;volt&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ici encore, on rationalise un comportement r&#233;gressif qui est le communautarisme, tout simplement. Et avec une discipline qui pourtant est tr&#232;s prometteuse, l'ethnopsychiatrie est passionnante dans son ambition, et profond&#233;ment existentielle : est-ce que le psychisme est le m&#234;me de culture en culture ? Jusqu'o&#249; il y a des diff&#233;rences ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors Tobie Nathan, lui, a r&#233;gl&#233; la question [&lt;a href=&#034;https://www.psychologies.com/Therapies/Toutes-les-therapies/Therapeutes/Interviews/Tobie-Nathan-l-ethnopsy-qui-travaille-avec-les-djinns-et-les-esprits&#034; class=&#034;spip_out&#034; title=&#034;Tobie Nathan, l'ethnopsy qui travaille avec les djinns et les esprits&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voir son interview :&lt;/a&gt; ]] : les psychismes sont diff&#233;rents, l'&#338;dipe c'est du n'importe quoi, &#231;a n'existe pas, le complexe d'&#338;dipe, ha ha ha&#8230; Il [cite] une &#233;tude danoise qui a demand&#233; &#224; des enfants en maternelle avec qui ils aimeraient se marier : 80 % ont r&#233;pondu avec mon copain de classe. Donc, ils n'ont pas r&#233;pondu avec mon papa ou avec ma maman. Donc, il n'y a pas d'&#338;dipe. Voil&#224; l'argument scientifique d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On est au niveau z&#233;ro de la r&#233;flexion.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tobie Nathan soigne les schizophr&#232;nes en leur expliquant qu'il y a une instance ext&#233;rieure qui leur en veut effectivement, donc on va convoquer un sorcier et on va attraper son ennemi ext&#233;rieur, cette une entit&#233; ext&#233;rieure qui lui en veut, et c'est pour &#231;a qu'il entend des voix, elle lui parle, et c'est pour &#231;a qu'elle lui dit de faire des choses. Et on va convoquer encore un th&#233;rapeute [traditionnel].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais &#231;a peut &#234;tre efficace, pourquoi pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je pense que pour un schizophr&#232;ne &#231;a peut &#234;tre ravageur, d'accompagner ces formes de crises schizoparano&#239;de en lui disant que tout &#231;a vient de l'ext&#233;rieur, &#231;a le d&#233;responsabilise totalement. Il n'est plus sujet de sa maladie, il n'est plus que l'objet d'une instance ext&#233;rieure. La g&#233;n&#233;alogie de la famille Nathan, c'est des rabbins th&#233;rapeutes. C'est pour moi une tr&#232;s grande r&#233;gression aussi d'une discipline qui &#233;tait tr&#232;s prometteuse, comme vous disiez, et l&#224; encore, on retourne sur des formes traditionnelles de pratiques dites th&#233;rapeutiques qui sont extr&#234;mement violentes pour des gens qui sont peut-&#234;tre dans un processus d'assimilation. Dans certains cas, c'est la m&#233;decine musulmane, c'est des s&#233;ances de d&#233;senvo&#251;tement, parce que la gamine a 16 ans, commence &#224; avoir une libido, veut avoir un petit copain, alors on ram&#232;ne le sorcier et, limite, on la met dans une posture de quasi-viol collectif, cette gamine. Vous voyez comment &#231;a peut aussi faire le lit du d&#233;veloppement de certaines pratiques probl&#233;matiques, pour le moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et finalement, est-ce que vous avez suivi des enfants qui sont pass&#233;s par ces institutions et que vous avez vu r&#233;gresser ,ou ne pas progresser au mieux, dans leur parcours de soins ? Est-ce que vous avez eu vent quant &#224; ce qu'ils sont devenus ou leur parcours ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors&#8230; Pas tellement. Je n'en ai pas suivi, pour tout vous avouer, dans l'apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notamment, je pense &#224; des primo-d&#233;linquants ou des jeunes qui &#233;taient destin&#233;s psychologiquement &#224; la d&#233;linquance &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ou qui &#233;taient&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; d&#233;j&#224; engag&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; l&#224;-dedans ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais qu'il y a des jeunes que j'ai eus qui &#233;taient d&#233;j&#224; en cours de proc&#233;dure judiciaire pour des faits de d&#233;linquance, de violences sur personnes notamment, et qui &#233;taient emprisonn&#233;s apr&#232;s. Donc les faits devaient &#234;tre graves puisque depuis la r&#233;forme Belloubet, les peines inf&#233;rieures &#224; un mois [ne sont pas ex&#233;cut&#233;es], &#231;a aussi c'est catastrophique comme r&#233;forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#224; aussi on est dans l'absence de limites.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Les magistrates c'est aussi beaucoup des gyn&#233;c&#233;es, la magistrature c'est beaucoup des femmes : on materne, on excuse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#233;voqu&#233; deux fois les gyn&#233;c&#233;es : vous voyez un manque de mixit&#233; dans les &#233;quipes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Et ce n'est pas tant un probl&#232;me de manque de mixit&#233; : il se peut que dans une &#233;quipe, il n'y ait que deux hommes, ou peut-&#234;tre qu'un seul, ou m&#234;me pas du tout &#8211; l&#224;, c'est quand m&#234;me probl&#233;matique quand il n'y en a pas du tout &#8211; mais cette fonction paternelle peut &#234;tre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; Pardon, c'est quoi une gyn&#233;c&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un groupe, chez grecs, c'&#233;tait un lieu o&#249; il n'y avait que des femmes. Effectivement, des &#233;quipes o&#249; il n'y a que des femmes ou un seul homme mais qui va souvent &#234;tre castr&#233; et qui va devoir &#234;tre une m&#232;re parmi les m&#232;res, et occuper une fonction maternante. Moi, souvent dans ces &#233;quipes-l&#224;, d'ailleurs, j'occupais une fonction paternelle, symbolique. Les gamins &#233;taient &#224; la limite de m'appeler &#171; monsieur &#187;&#8230; J'incarnais la Loi et j'en prenais plein la figure souvent parce que je voulais poser des sanctions. Alors c'est toujours tr&#232;s d&#233;licat : &#231;a se discute avec des enfants de ce profil-l&#224;. Avec d'autres, &#231;a ne se discutait pas : je voyais tr&#232;s bien que l'enfant &#233;tait en capacit&#233; de comprendre la sanction et d'en faire quelque chose, et elle &#233;tait importante &#224; poser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parlait tout &#224; l'heure du rapport &#224; la Loi, mais c'est pareil dans le traitement de la d&#233;linquance aujourd'hui, o&#249; on a aussi une &lt;i&gt;Big Mother&lt;/i&gt; comme l'appelait Michel Schneider, o&#249; toutes les institutions m&#234;me dans celle dans laquelle il peut y avoir des hommes, sont des mamelles. C'est la mamelle maternante, c'est la mamelle nourrissante, c'est la CAF qui tombe, les Aides sociales, on enveloppe les gens, on les prend, tout est fait en sorte pour qu'ils soient dans leur petit ut&#233;rus, tranquilles, et qu'ils ne rencontrent jamais, jamais la Loi, et les cons&#233;quences de la transgression de la loi. Maurice Berger en parle tr&#232;s bien, je vous renvoie vraiment &#224; ses &#233;crits parce qu'il en parle mille fois mieux que moi qui suis un peu encore &#233;vasive. Moi je trouve &#231;a terrible qu'un enfant qui, en acte, ou qu'un jeune qui, en acte, demande une sanction, demande &#224; &#234;tre arr&#234;t&#233; et on lui dit : &#171; Bah, continue &#187;. Le message envoy&#233; par l'institution judiciaire dans 80 % des cas aujourd'hui, c'est : &#171; tu viens de violer une femme ? Bon, t'as pas les codes, tu viens d'une culture diff&#233;rente. Au mieux on va te mettre un petit bracelet &#233;lectronique et puis tu te prom&#232;neras avec et tu continueras de violer. Au pire, tu vas faire des travaux d'int&#233;rim g&#233;n&#233;raux &#187;. C'est primordial que ces jeunes rencontrent &#224; un moment donn&#233; dans leur vie la Loi, et une loi qui soit compr&#233;hensible, qui soit li&#233;e et proportionnelle aux actes commis, &#224; la transgression commise, et qui rencontrent autre chose que la violence d'un syst&#232;me &#8211; puisque pour moi, le maternage, &#231;a va peut-&#234;tre vous choquer, mais le quasi-inceste f&#233;minin envers les enfants ou les jeunes dans les postures maternantes abusives et pulsionnelles d&#233;go&#251;tantes, pour moi c'est presque aussi violent qu'une violence physique paternelle. C'est-&#224;-dire que ce sont des gamins, l&#224; encore Maurice Berger en parle tr&#232;s bien : les jeunes africains qui sont souvent des enfants battus par leur p&#232;re africain qui n'ont jamais rencontr&#233; qu'une loi arbitraire, indiscutable ou incoh&#233;rente, ou des figures incoh&#233;rentes dans l'exercice de leur autorit&#233;, qu'ils puissent rencontrer &#224; un moment une loi rationnelle, comme je disais tout &#224; l'heure, o&#249; les actes sont sanctionn&#233;s proportionnellement aux d&#233;lits commis, c'est tr&#232;s important et &#231;a a des effets extr&#234;mement positifs. L&#224; encore, on fabrique un barbare si on ne le fait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est la phrase de G&#233;rard Mendel : &#171; &#192; celui qu'on emp&#234;che de grandir, il ne reste plus qu'&#224; d&#233;lirer &#187;. Et on se retrouve aujourd'hui avec des arm&#233;es de djihadistes, des jeunes qui cherchent la Loi et qui la trouvent dans la mort finalement &#8211; qui est l'ultime limite&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un espace tr&#232;s structurant pour ces jeunes-l&#224;, s'ils ont des chances de s'en sortir et de ne pas vriller compl&#232;tement dans la d&#233;linquance ou l'autodestruction, parce que &#231;a peut &#234;tre des toxicomanes, des SDF, des crack&#233;s &#8211; ils sont tous pass&#233;s par des institutions du type de celles que je d&#233;cris &#8211; ils peuvent aussi rencontrer la mosqu&#233;e du coin qui va extr&#234;mement les cadrer, qui va leur faire &#233;norm&#233;ment de bien, et un jour, quelqu'un d'un peu plus malin qu'eux, dans cette mosqu&#233;e, leur mettra une ceinture autour de la taille. Et paf quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est pour &#231;a qu'aujourd'hui on se retrouve avec des terroristes, entre guillemets, qui sont diagnostiqu&#233;s d&#233;s&#233;quilibr&#233;s. Et on a un micmac entre l'engagement dans la religion et le d&#233;s&#233;quilibre psychiatrique. Les deux sont tr&#232;s vrais et c'est tr&#232;s certainement des jeunes qui sont pass&#233;s par le type d'institution que vous avez d&#233;crit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merah, c'&#233;tait le cas, Nemmouch c'&#233;tait le cas&#8230; c'est le cas d'&#233;norm&#233;ment de terroristes. Ils sont tous plus ou moins pass&#233;s par l'Aide Sociale &#224; l'Enfance. Ils ont tous &#233;t&#233; &#224; un moment donn&#233; signal&#233;s, que ce soit par une instit, une assistante sociale, voire fait des tout petits s&#233;jours en centre &#233;ducatif ferm&#233; ou des choses comme &#231;a&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc l&#224;, pour le coup, on a des jeunes pour qui la notion d'institution a &#233;t&#233; compl&#232;tement discr&#233;dit&#233;e. L'Occident appara&#238;t comme un &#233;norme vide &#224; coloniser. Et si ,au d&#233;but, ils n'&#233;taient pas violents ou psychopathes, effectivement, d'apr&#232;s ce que vous avez d&#233;crit, les &#233;tablissements les fabriquent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fabriquent en quelque sorte, pour moi, dans la mesure o&#249; ils n'y ont jamais [rencontr&#233;s une Loi structurante], par culpabilit&#233; narcissique, mais aussi par confort, ou par fain&#233;antise, ou par je-m'en-foutisme, ou parce que c'est trop dur &#8211; parce que c'est dur, je ne voudrais pas non plus donner l'image de quelqu'un qui prend les gens de haut et qui dit que c'est facile. C'est extr&#234;mement dur. Passez une heure dans une salle avec un psychotique, revenez me voir apr&#232;s : vous &#234;tes en lambeaux. D'o&#249; les supervisions, ces moments d'analyse collective pour d&#233;poser des choses. Mais le travail n'est pas simple, je ne suis pas en train de dire qu'il suffirait de&#8230; qu'il y aurait qu'a&#8230; Je dis simplement : oui, l&#224; o&#249; il y a une demande explicite de limite, il faut y r&#233;pondre, c'est primordial d'y r&#233;pondre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb37-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les S&#233;parations &#224; but th&#233;rapeutique&lt;/i&gt;, Dunod, 2011, 224 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Essai sur quelques dogmes de la nouvelle religion (3/3)</title>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Martinez-Gros G.</dc:subject>
		<dc:subject>Prospective</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologisme</dc:subject>
		<dc:subject>Primitivisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voir la partie pr&#233;c&#233;dente (.../...) &#201;pid&#233;mie Sans doute, mais la crise du Covid-19 ouvre un nouvel angle, impr&#233;vu. En apparence, rien ne rattache le propos &#233;cologiste &#224; l'&#233;pid&#233;mie. Le climat, la pollution, les perturbateurs endocriniens n'y entrent pour rien. Mais la force des id&#233;ologies conqu&#233;rantes se mesure aussi &#224; leur capacit&#233; &#224; se saisir des &#233;v&#233;nements et &#224; en faire, mieux encore que des arguments de leur pr&#233;dication, des personnages de leur intrigue. D&#232;s la fin du mois de mars (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1172-Essai-sur-quelques-dogmes-de-la-nouvelle-religion' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la partie pr&#233;c&#233;dente&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;pid&#233;mie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, mais la crise du Covid-19 ouvre un nouvel angle, impr&#233;vu. En apparence, rien ne rattache le propos &#233;cologiste &#224; l'&#233;pid&#233;mie. Le climat, la pollution, les perturbateurs endocriniens n'y entrent pour rien. Mais la force des id&#233;ologies conqu&#233;rantes se mesure aussi &#224; leur capacit&#233; &#224; se saisir des &#233;v&#233;nements et &#224; en faire, mieux encore que des arguments de leur pr&#233;dication, des personnages de leur intrigue. D&#232;s la fin du mois de mars 2020, des voix mettaient en garde contre nos intrusions dans la &#171; vie sauvage &#187;. Ces animaux qui nous ont infect&#233;s, remarquait Ibrahim Thiaw, ne sont pas venus dans nos villages africains. Nous sommes all&#233;s les chercher. Jared Diamond demandait au gouvernement chinois de mettre radicalement fin au commerce des animaux de la for&#234;t&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jared Diamond et Nathan Wolfe, &#171; El proximo virus &#187;, El Pais, &#233;dition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'une et l'autre tribune ne plaidaient pas, comme le faisait jusqu'ici l'&#233;cologisme conqu&#233;rant, pour la biodiversit&#233;, mais pour que l'homme se garde de la biodiversit&#233;. Des centaines de milliers d'esp&#232;ces de virus encore inconnues, plusieurs millions d'esp&#232;ces de bact&#233;ries peut-&#234;tre, d&#233;bordent nos capacit&#233;s de pr&#233;vision et de pr&#233;vention. Il nous faut reculer devant la vie, abandonner le terrain, construire des murs de d&#233;fense, &#233;lever et contr&#244;ler tout ce que nous mangerons ou fr&#233;quenterons. La for&#234;t amazonienne doit rester vierge, non tant qu'elle soit, comme on le dit depuis cinquante ans, &#171; le poumon du monde &#187; ; mais parce qu'elle est dangereuse. |&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se porte d'autant plus que le d&#233;clin de la population mondiale, sans doute plus pr&#233;coce qu'attendu et dont on n'aper&#231;oit pas de terme pr&#233;visible, augure d'importants abandons territoriaux. Tr&#232;s probablement, dans les g&#233;n&#233;rations et les si&#232;cles &#224; venir, le repli d&#233;mographique, tr&#232;s in&#233;gal selon les r&#233;gions, contribuera &#224; contracter l'occupation humaine du globe, et &#224; y multiplier les espaces incontr&#244;l&#233;s, hostiles, dangereux. &#192; d&#233;faut d'une apocalypse peu probable, l'&#233;cologie trouverait dans l'in&#233;luctable de ce nouveau cours les th&#232;mes majeurs d'une religion : l'impuissance &#224; agir et le retrait du monde. Le lecteur doutera peut-&#234;tre que le discours &#233;cologiste puisse ainsi muer en son contraire, que la d&#233;fense de la nature y c&#232;de la place &#224; la peur du monde. Mais qui aurait pu pr&#233;voir que la religion chr&#233;tienne de l'Incarnation de Dieu trouve dans le moine et son refus de la chair son plus illustre t&#233;moin ? Ou que la compassion bouddhiste pour la souffrance et le d&#233;sir s'enracine dans la violence des ethnies guerri&#232;res des confins de la Chine, Tib&#233;tains, Mandchous ou Mongols ? D&#232;s lors que les personnages de la pi&#232;ce sont pos&#233;s &#8211; ici, l'humanit&#233; et la nature &#8211;, toutes les combinaisons de leur relation, de l'amour &#224; l'affrontement, deviennent des r&#233;cits possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'autant plus que la culpabilit&#233; implicite du propos sur la nature croise celle du tiers-mondisme et de l'antiracisme. Ibrahim Thiaw en fait son titre : la nature nous rend le mal que nous lui avons fait, tout comme d'autres veulent voir dans l'immigration africaine en Europe le contrecoup, et peut-&#234;tre le ch&#226;timent, de l'esclavage et de la colonisation que l'Europe imposa autrefois au Continent noir. M&#233;taphore presque parfaite de l'empire et de la religion. Le flux actif de l'empire se paie du reflux passif, de l'impuissance accusatrice que la religion inflige &#224; l'entreprise imp&#233;riale en retraite, mais qu'elle poursuit cependant. La modernit&#233; a attach&#233; l'Afrique &#224; l'Occident, en particulier en lui imposant les langues et la religion de l'Europe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les deux tiers environ, occidentaux, centraux et m&#233;ridionaux, du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le reflux tiers-mondiste renforce cet attachement en p&#233;rennisant la condamnation de la colonisation, en en faisant un dogme ineffa&#231;able. Comme on l'a d&#233;j&#224; dit, le tiers-mondisme, sous la forme contemporaine de l'antiracisme, est l'h&#233;ritier direct, malade et consentant &#224; sa maladie, du moment colonial. De m&#234;me, l'hostilit&#233; de la nature est suppos&#233;e nous rappeler pour toujours que nous l'avons domin&#233;e &#8211; ou du moins que nous avons eu l'intention de le faire. Dans ce crime fondateur, la nouvelle religion trouverait son p&#233;ch&#233; originel. Mais l'expiation garde par d&#233;finition la m&#233;moire du crime. La religion placera la modernit&#233; coupable sur son autel, pour proc&#233;der chaque jour &#224; son sacrifice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un dogme en gestation : jeunes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieillissement de la population mondiale est l'explication la plus simple, mais la plus implacable, de l'ampleur et de la gravit&#233; de l'&#233;pid&#233;mie de Covid-19 de 2020-2021. Mais cette explication est pass&#233;e inaper&#231;ue. Au printemps 2019, bien avant que la pand&#233;mie ne se d&#233;clare, la Division de la population des Nations unies annon&#231;ait pour les ann&#233;es 2020-2025 la premi&#232;re hausse globale de la mortalit&#233; depuis 1950, c'est-&#224;-dire depuis qu'elle tient les comptes des rythmes d&#233;mographiques de l'humanit&#233;. Depuis soixante-dix ans, la mortalit&#233; n'avait cess&#233; de reculer. Elle ne cessera plus d'augmenter. L'&#233;pid&#233;mie a frapp&#233; le monde &#224; l'exact moment o&#249; les succ&#232;s de la m&#233;decine, l'augmentation de l'&#226;ge moyen du d&#233;c&#232;s ont &#224; ce point multipli&#233; le nombre des personnes &#226;g&#233;es qu'on ne peut plus &#233;viter l'inversion de la courbe jusque-l&#224; triomphalement d&#233;croissante de la mortalit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le taux de mortalit&#233; mondial &#233;tait de 19,1 % en 1950, 12 % en 1970, 7,5 % en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;chec de la pr&#233;vention de la pand&#233;mie est la cons&#233;quence logique des succ&#232;s accumul&#233;s dans le si&#232;cle qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e. Le maintien en vie de masses de plus en plus importantes de populations &#226;g&#233;es r&#233;pand les maladies chroniques &#8211; diab&#232;te, ob&#233;sit&#233;, hypertension. &#8211; dont la simple surveillance suppose un maillage hospitalier si serr&#233; des territoires et des co&#251;ts si &#233;lev&#233;s que les syst&#232;mes sociaux les mieux pourvus n'y suffisent pas. L'&#233;pid&#233;mie sanctionne un essoufflement m&#233;dical dont il n'est pas certain que des &#233;conomies de croissance d&#233;sormais faible dans les pays les plus riches soient en mesure de le surmonter. En un mot, l'&#233;pid&#233;mie a frapp&#233; la vieillesse d'un monde vieux. Plus des trois quarts des victimes mortelles du coronavirus d&#233;passaient 70 ans. Dans la mesure o&#249; cette classe d'&#226;ge ne devrait pas cesser d'enfler dans le si&#232;cle qui court, on peut sans crainte de se tromper pr&#233;voir d'autres grands fauchages, &#224; intervalles r&#233;guliers, comme l'&#233;taient les &#233;pid&#233;mies d'Ancien R&#233;gime, chaque fois que le poids &#233;conomique insupportable du grand &#226;ge aura contraint la soci&#233;t&#233; &#224; rel&#226;cher la garde vigilante mont&#233;e &#224; son chevet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas cette triste version de la crise que les gouvernements et les m&#233;dias ont retenue. Bien qu'on les d&#233;signe comme &#171; populations &#224; risque &#187;, les plus &#226;g&#233;s n'ont pas &#233;t&#233; singularis&#233;s. Apr&#232;s quelques h&#233;sitations, les mesures de confinement ont &#233;t&#233; impos&#233;es &#224; tous, presque partout dans le monde, au prix d'une crise &#233;conomique &#224; venir dont les effets d&#233;mographiques &#8211; la probable accentuation de la chute de la f&#233;condit&#233; &#8211; seront sans doute sup&#233;rieurs &#224; ceux du virus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourrait d&#233;compter sans doute des dizaines de millions de naissances, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut certes se f&#233;liciter, comme beaucoup l'ont fait, que la d&#233;fense de la vie des plus &#226;g&#233;s ait pr&#233;valu &#224; tout prix. Mais on peut aussi remarquer qu'en g&#233;n&#233;ral, le vieillissement du monde n'est gu&#232;re soulign&#233;, et moins encore revendiqu&#233;. Quel parti se vantera de devoir son triomphe au vote des vieux ? Et quel parti, largement distanc&#233; dans les urnes, ne fera pas remarquer en revanche ses bons r&#233;sultats parmi les jeunes &#233;lecteurs &#8211; d'entre 18 et 30, voire 18 et 25 ans. Mais dans la France, et dans la plus grande partie du monde, de demain, l'effectif des jeunes de 18 &#224; 25 ans n'atteindra pas 10 % du total des votants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les minorit&#233;s de Marx &#224; Ibn Khald&#252;n&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car voil&#224; le paradoxe : il n'y a pas de vieux, mais il y a des jeunes, auxquels il est de bon ton de confier l'avenir, comme si ces &#171; jeunes &#187; n'&#233;taient pas destin&#233;s &#224; vieillir. Le paradoxe m&#233;rite mieux que les ordinaires platitudes sur le jeunisme de nos soci&#233;t&#233;s. Une fois encore, l'homologie de discours en apparence &#233;loign&#233;s peut s'av&#233;rer utile &#224; l'analyse. Dans le courant du mois de juin 2020, au plus haut des manifestations du &lt;i&gt;Black Lives Matter&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; d&#233;cidait, apr&#232;s consultation &#233;tendue de ses r&#233;dacteurs et de ses &#233;ditorialistes, d'accorder une majuscule &#224; &lt;i&gt;Blacks&lt;/i&gt; et de la refuser &#224; &lt;i&gt;whites&lt;/i&gt;. Les raisons invoqu&#233;es n'&#233;taient pas toutes convaincantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'une des plus discutables avan&#231;ait que les &#171; supr&#233;macistes blancs &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En fait la d&#233;cision couronne une &#233;volution ancienne, mais qui rejoint &#233;trangement la dissym&#233;trie du propos sur les jeunes et les vieux dans les soci&#233;t&#233;s occidentales. Il y a des Noirs, et il n'y a pas de Blancs, de la m&#234;me fa&#231;on qu'il y a des Jeunes et qu'il n'y a pas de Vieux. &#171; Jeunes &#187; ne d&#233;signe pas une classe d'&#226;ge, mais comme &#171; Noirs &#187;, une &#171; minorit&#233; &#187; en puissance de pouvoir. Le mot &#171; minorit&#233; &#187; hautement pris&#233; dans la langue politique am&#233;ricaine depuis la fin des ann&#233;es 1960, tend aujourd'hui &#224; s'&#233;tendre au reste du monde occidental. Les immigr&#233;s d'Europe occidentale sont, en ce sens politique, des &#171; minorit&#233;s &#187;. Une d&#233;mographie minoritaire para&#238;t ouvrir parfois plus de droits que la situation majoritaire, paradoxalement dans un discours d&#233;mocratique qui reconna&#238;t par principe aux majorit&#233;s exprim&#233;es dans les urnes le droit d'imposer leurs choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le comprendre, il faut en revenir aux &#201;tats-Unis, o&#249; cet &#233;trange complexe de valeurs s'est consolid&#233; entre 1970 et 1980 environ. Les &#171; minorit&#233;s &#187; &#8211; Noirs, Hispaniques, voire Asiatiques &#8211; y ont &#233;t&#233; con&#231;ues comme des majorit&#233;s en puissance, gr&#226;ce &#224; leur d&#233;mographie plus dynamique et aux flux migratoires qui les favorisaient. L'attente de la gauche d&#233;mocrate, la crainte souvent r&#233;sign&#233;e de la droite r&#233;publicaine, c'est le renversement de la majorit&#233; d&#233;mographique et &#233;lectorale, au d&#233;triment de la descendance des Europ&#233;ens et &#224; l'avantage des descendants d'Africains et de &#171; Latinos &#187;. Les minorit&#233;s ne le sont, comme le prol&#233;tariat chez Marx, que le temps d'un intervalle, entre f&#233;odalit&#233; et triomphe du capitalisme chez Marx ; entre h&#233;g&#233;monie europ&#233;enne et revanche du tiers-monde aux &#201;tats-Unis et aujourd'hui plus largement dans le monde occidental&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus que marxiste, la fortune du concept de minorit&#233; porteuse d'avenir est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces convictions confus&#233;ment, mais tr&#232;s largement, r&#233;pandues dans nos m&#233;dias, sont d&#233;menties par les faits. Depuis une g&#233;n&#233;ration au moins aux &#201;tats-Unis, la f&#233;condit&#233; des Noirs et des Hispaniques tend &#224; converger rapidement avec celle des &#171; Blancs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1960, la f&#233;condit&#233; des Afro-Am&#233;ricains &#233;tait encore d'environ 5 enfants (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le recul de la vitalit&#233; hispanique est tr&#232;s sensible depuis 2005 dans le sud-ouest du pays, Californie, Arizona, Nouveau-Mexique ou Colorado. Il traduit sur le territoire am&#233;ricain l'ach&#232;vement de la transition d&#233;mographique de l'Am&#233;rique latine, dont les Nations unies estiment qu'elle est pass&#233;e sous le seuil du renouvellement des g&#233;n&#233;rations vers 2015&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Californie, &#201;tat le plus peupl&#233; de l'Union, disposait d'une f&#233;condit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Porto Rico, dont &lt;i&gt;West Side Story&lt;/i&gt; c&#233;l&#233;brait en 1967 les familles nombreuses et solidaires, est tomb&#233; &#224; 0,98 enfant par femme, un des taux les plus bas du monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#238;le a perdu depuis quinze ans presque 20 % de sa population par &#233;migration (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La ville de Washington, l'une des rares entit&#233;s o&#249; une majorit&#233; noire est attest&#233;e, se distingue aussi par la plus faible vitalit&#233; d&#233;mographique du pays&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soit 1,31 enfant par femme, contre 1,71 pour le pays dans son ensemble en 2020.&#034; id=&#034;nh38-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les &#201;tats dont la f&#233;condit&#233; est sup&#233;rieure &#224; 1,90 enfant par femme appartiennent tous &#224; la &#171; colonne vert&#233;brale &#187;, presque exclusivement &#171; blanche &#187;, du Middle West, du Texas &#224; l'Iowa, &#224; l'Utah et &#224; l'Idaho, en passant par l'Oklahoma, le Kansas, les Dakotas, le Nebraska et le Wyoming.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres se prononcent contre l'opinion commune, les concepts plus encore. Comme le devine, &#224; travers la brume de ses fausses raisons, la r&#233;daction du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;, &#171; Noirs &#187;, &#171; Hispaniques &#187; et &#171; Blancs &#187; ne sont ni synonymes ni antonymes. &#171; Noir &#187; nomme une identit&#233; ethnique affirm&#233;e, militante ; tandis que &#171; Blanc &#187; dit l'absence d'identit&#233; ethnique. On est &#171; Blanc &#187; aux &#201;tats-Unis quand on tient ses origines ancestrales pour anecdotiques, quand on ne se d&#233;finit plus politiquement que par sa qualit&#233; d'Am&#233;ricain. Les parents, plus souvent les grands-parents, de la plupart des &#171; Blancs &#187; d'aujourd'hui s'affirmaient Irlandais, Tch&#232;ques, Russes ou Italiens quand Roosevelt les r&#233;unit dans sa Grande Coalition en 1932. Leurs petits-enfants votent en majorit&#233; &#224; droite et auraient peine &#224; placer le pays de leurs p&#232;res sur une carte du monde. &#171; Blanc &#187; n'est pas une couleur de peau, mais l'aboutissement d'un processus historique et politique encore universellement c&#233;l&#233;br&#233; voil&#224; un demi-si&#232;cle sous le nom de &lt;i&gt;melting-pot&lt;/i&gt;, qui fondait en un m&#234;me alliage am&#233;ricain la diversit&#233; des m&#233;taux nationaux que les immigrants jetaient dans le creuset. Aujourd'hui d&#233;cri&#233; comme un exemple de d&#233;possession des cultures d'origine, le melting-pot est en fait toujours &#224; l'&#339;uvre dans les familles d'immigrants iraniens, indiens, chinois, cor&#233;ens, et surtout &#171; hispaniques &#187;, qui rejoignent ainsi subrepticement le camp des &#171; Blancs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un immigrant mexicain se d&#233;finira le plus souvent comme &#171; m&#233;tis &#187; dans son pays d'origine &#8211; les deux tiers des Mexicains le font. Mais cette cat&#233;gorie n'entre pas dans la confrontation identitaire am&#233;ricaine, limit&#233;e de fait &#224; un choix simple : &#171; Noir &#187;, identit&#233; visible et forte, dont une part de la force tient &#224; sa cl&#244;ture, &#224; son acc&#232;s r&#233;serv&#233; &#224; ceux qui ont re&#231;u la peau noire en h&#233;ritage ; et &#171; Blanc &#187;, absence d'identit&#233; ethnique, d&#233;finition r&#233;duite &#224; la simple expression d'une nationalit&#233; sur un passeport. Si l'immigrant mexicain choisit &#171; Blanc &#187;, ou &#171; Hispanique Blanc &#187;, comme l'admettent aujourd'hui nombre de formulaires statistiques am&#233;ricains, c'est pr&#233;cis&#233;ment que &#171; Blanc &#187; ne dit rien de la couleur de sa peau, ni de l'histoire qu'il a adopt&#233;e ni des racines qu'il se reconna&#238;t, mais simplement qu'il est citoyen des &#201;tats-Unis. Pour le dire dans les termes aujourd'hui consacr&#233;s aux &#201;tats-Unis, &#171; Blanc &#187; est inclusif, &#171; Noir &#187; exclusif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A priori&lt;/i&gt;, les Blancs sont donc et resteront la majorit&#233; de la population am&#233;ricaine. Mais il faut apporter deux nuances &#224; cette conclusion. Aujourd'hui aux &#201;tats-Unis, l'essentiel de l'immigration est encore centre-am&#233;ricaine et cara&#239;be (Mexique, Guatemala, Honduras, Salvador, Cuba, Venezuela). Mais &#224; ce gisement vieillissant d'immigration, dont on peut pr&#233;voir le total tarissement avant le milieu du si&#232;cle, pourrait se substituer l'Afrique subsaharienne, pour une g&#233;n&#233;ration apr&#232;s 2040&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ce que fait remarquer Christopher Murray, directeur de l'Institute for (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La part des populations noires devrait augmenter en g&#233;n&#233;ral dans le monde d'ici &#224; la fin du si&#232;cle, sans qu'elles puissent cependant pr&#233;tendre &#224; la majorit&#233; sur le continent am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde objection est beaucoup plus s&#233;rieuse. On pourrait d&#233;duire de cette conclusion que les destin&#233;es des &#201;tats-Unis resteront aux mains des &#171; Blancs &#187;, ceux qui ne reconnaissent de pertinence &#224; aucune identit&#233; ethnique dans leurs choix politiques, puisqu'ils seront une majorit&#233;, et que les majorit&#233;s dominent dans les syst&#232;mes d&#233;mocratiques. Mais seulement dans les syst&#232;mes d&#233;mocratiques. Ni les empires ni les religions qui les suivent ne se gouvernent selon la loi majoritaire. Le contraste du &#171; Noir &#187; et du &#171; Blanc &#187; oppose une identit&#233; &#171; noire &#187; forte, constamment pr&#233;sente, minoritaire et qui nourrit pour cela m&#234;me de puissantes solidarit&#233;s ; et une d&#233;finition faible du &#171; Blanc &#187;, qui se limite &#224; un choix politique et citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est &#171; Noir &#187; &#224; chaque instant de sa vie, &#171; Blanc &#187; parfois dans l'isoloir et dans de rares situations de conflit : Pour le lecteur d'Ibn Khald&#251;n, l'analogie avec le couple b&#233;douin/s&#233;dentaire est flagrante. L'avantage du nombre va aux s&#233;dentaires, l'avantage des solidarit&#233;s aux b&#233;douins. Dans un syst&#232;me politique o&#249; les urnes ne d&#233;cideraient plus, la coh&#233;sion au combat compte bien plus que le nombre, et c'est aux minorit&#233;s b&#233;douines que reviennent la victoire et l'h&#233;g&#233;monie. Dans l'histoire de l'Islam, seules les forces b&#233;douines qui fondent les dynasties ont port&#233; noms de peuples, fiers &#233;tendards de leur identit&#233; ; les s&#233;dentaires n'ont pas de nom propre. On ne leur accorde au mieux que celui du territoire o&#249; ils vivent, travaillent et payent l'imp&#244;t, &#171; Andalous &#187; ou &#171; &#201;gyptiens &#187;. Le plus souvent, on les d&#233;signe simplement sous le nom de &#171; sujets &#187; (&lt;i&gt;ra'iyya&lt;/i&gt;). En ce sens, les &#171; minorit&#233;s &#187; ne sont plus en attente ou en puissance de majorit&#233;. Elles exercent le pouvoir en tant que telles. Comme l'&#201;glise dans les royaumes barbares qui succ&#233;d&#232;rent &#224; l'Empire romain, comme les oul&#233;mas dans les sultanats du Moyen-Orient, les clercs s'affirmeraient comme les seuls guides et les seuls freins des minorit&#233;s violentes et dominantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le sont d&#233;j&#224; par exemple les pasteurs &#233;vang&#233;liques aupr&#232;s des &#171; bandes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, comme les b&#233;douins d'Ibn Khald&#244;n, les &#171; jeunes &#187; s'ouvrent d'autant plus ais&#233;ment la voie du pouvoir que leurs cohortes sont moins nombreuses, plus coh&#233;rent et mieux sanctifi&#233; par le nouveau discours religieux. Tout comme le th&#232;me de l'&#233;colgie, celui des &#171; jeunes &#187; croise l'antiracisme, la revanche tiers-mondiste et la d&#233;sormais universelle &#171; question noire &#187;. Il t&#233;moigne que le dogme religieux s'organise bien selon les m&#234;mes cat&#233;gories du &#171; s&#233;dentaire &#187; et du &#171; b&#233;douin &#187; que l'empire. La religion, c'est l'empire dans sa v&#233;rit&#233;. Car l'empire se travestit le plus souvent sous le masque h&#233;rit&#233; des anc&#234;tres &#8211; en l'occurrence, encore en ce d&#233;but du XXIe si&#232;cle, la d&#233;mocratie et la nation. La religion fait tomber ces oripeaux et ces principes d&#233;suets, et montre la soci&#233;t&#233; s&#233;dentaris&#233;e dans la nudit&#233; de son corps affaibli : la masse des s&#233;dentaires qu'elle ne prend plus la peine de traiter en &#171; citoyens &#187; ; et la petite couronne des b&#233;douins dont elle accueille avec r&#233;signation la violence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb38-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jared Diamond et Nathan Wolfe, &#171; El proximo virus &#187;, &lt;i&gt;El Pais&lt;/i&gt;, &#233;dition Am&#233;rica, 22 mars 2020 ; Ibrahim Thiaw, &#171; Les animaux qui nous ont infect&#233;s ne sont pas venus dans nos villages ; nous sommes all&#233;s les chercher &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 29 mars 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur les deux tiers environ, occidentaux, centraux et m&#233;ridionaux, du continent. Dans le nord du Sahel, et dans une moindre mesure sur les c&#244;tes orientales de l'Afrique, l'Islam embrasse de plus en plus une autre histoire, o&#249; le tiers-mondisme et l'antiracisme tiennent bien moins de place, comme on l'a dit plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le taux de mortalit&#233; mondial &#233;tait de 19,1 % en 1950, 12 % en 1970, 7,5 % en 2015, pr&#233;vu &#224; 7,7 % en 2020, pour la premi&#232;re fois en hausse. Il atteindra, d'apr&#232;s les projections des Nations unies, 11,3 % en 2100 o&#249;, selon le rapport des Nations unies de 2019, le nombre des plus de 60 ans devrait &#233;quilibrer celui des moins de 25 ans. Selon l'&#233;tude parue dans &lt;i&gt;The Lancet&lt;/i&gt; le 17 octobre 2020, il devrait le surpasser largement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On pourrait d&#233;compter sans doute des dizaines de millions de naissances, cumul&#233;es sur deux ou trois g&#233;n&#233;rations, emp&#234;ch&#233;es par la crise &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'une des plus discutables avan&#231;ait que les &#171; supr&#233;macistes blancs &#187;, cat&#233;gorie tr&#232;s floue, avaient l'habitude d'accorder la majuscule &#224; Whites, et qu'il convenait donc de ne pas faire comme eux. La politisation du langage, et de l'information, dans ce temple suppos&#233; de l'impartialit&#233; que fut autrefois le NYT, est donc assum&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Plus que marxiste, la fortune du concept de minorit&#233; porteuse d'avenir est l&#233;niniste. Elle &#224; permis, contre les th&#232;ses mencheviques, d'envisager une r&#233;volution socialiste dans un pays &#8211; la Russie &#8211; o&#249; le prol&#233;tariat, en plein essor en 1914, ne repr&#233;sentait cependant qu'une minorit&#233;. La victoire de cette minorit&#233; d&#233;pendait de son alliance conjoncturelle avec une majorit&#233; qui lui &#233;tait structurellement hostile, &#224; savoir la paysannerie russe, dont le massacre &#224; terme &#233;tait donc inscrit dans le plan de la r&#233;volution bolchevique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En 1960, la f&#233;condit&#233; des Afro-Am&#233;ricains &#233;tait encore d'environ 5 enfants par femme, contre 2,8 pour les Blancs. En 2020, ces taux &#233;taient respectivement tomb&#233;s &#224; 1,72 et 1,60 &#8211; 1,89 pour les Hispaniques &#8211;, soit des diff&#233;rences infimes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La Californie, &#201;tat le plus peupl&#233; de l'Union, disposait d'une f&#233;condit&#233; sup&#233;rieure &#224; la moyenne nationale encore en 2005 ; elle lui est d&#233;sormais inf&#233;rieure, du fait du recul de la fertilit&#233; hispanique pour l'essentiel. Pour 2020-2025, la f&#233;condit&#233; de l'Am&#233;rique latine est &#233;valu&#233;e &#224; 1,96 enfant par femme, contre 1,84 en France et 1,74 aux &#201;tats-Unis. La population de l'Am&#233;rique latine devrait commencer &#224; diminuer d&#232;s 2060-2065 selon les Nations unies, une vingtaine d'ann&#233;es avant selon l'&#233;tude parue dans &lt;i&gt;The Lancet&lt;/i&gt; d&#233;j&#224; cit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'&#238;le a perdu depuis quinze ans presque 20 % de sa population par &#233;migration vers les &#201;tats-Unis, mais ce mouvement migratoire est le dernier hoquet d'un territoire presque totalement vid&#233; de sa population jeune.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Soit 1,31 enfant par femme, contre 1,71 pour le pays dans son ensemble en 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est ce que fait remarquer Christopher Murray, directeur de l'&lt;i&gt;Institute for Health Metrics &lt;/i&gt;&lt;i&gt;and Evaluation&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;The Lancet&lt;/i&gt; du 17 octobre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Comme le sont d&#233;j&#224; par exemple les pasteurs &#233;vang&#233;liques aupr&#232;s des &#171; bandes &#187; dans les favelas du Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Essai sur quelques dogmes de la nouvelle religion (2/3)</title>
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		<dc:creator>LieuxCommuns</dc:creator>


		<dc:subject>Martinez-Gros G.</dc:subject>
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		<dc:subject>Livre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie (.../...) L'Occident cl&#233;rical ou la dialectique h&#233;g&#233;lienne Mais pourquoi faut-il en passer par les violences du conflit pour en venir &#224; l'union ? L'Europe conqu&#233;rante des deux si&#232;cles pass&#233;s s'imposait sans ce d&#233;tour par l'abaissement de soi. C'est &#233;videmment que la puissance lui fait d&#233;sormais d&#233;faut. Depuis le milieu du XXe si&#232;cle, l'Occident recule politiquement, et, depuis le tournant des ann&#233;es 1980, il ne peut pr&#233;tendre se sauver de l'indiff&#233;rence que lui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-ideologies-mythes-et-fausses-" rel="directory"&gt;Id&#233;ologies, mythes et fausses subversions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-195-martinez-gros-g-+" rel="tag"&gt;Martinez-Gros G.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-83-geopolitique-+" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-49-prospective-+" rel="tag"&gt;Prospective&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-79-religion-+" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-127-livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1171-Essai-sur-quelques-dogmes-de-la-nouvelle-religion' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Voir la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Occident cl&#233;rical ou la dialectique h&#233;g&#233;lienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi faut-il en passer par les violences du conflit pour en venir &#224; l'union ? L'Europe conqu&#233;rante des deux si&#232;cles pass&#233;s s'imposait sans ce d&#233;tour par l'abaissement de soi. C'est &#233;videmment que la puissance lui fait d&#233;sormais d&#233;faut. Depuis le milieu du XXe si&#232;cle, l'Occident recule politiquement, et, depuis le tournant des ann&#233;es 1980, il ne peut pr&#233;tendre se sauver de l'indiff&#233;rence que lui inflige chaque jour davantage la r&#233;surrection de l'Asie et de l'Islam qu'en s'humiliant pour garder le reste de l'humanit&#233; &#224; ses c&#244;t&#233;s. L'empire occidental r&#233;gresse comme Rome autrefois sous la pouss&#233;e barbare. Comme &#224; Rome, les ambitions universalistes de l'Occident d&#233;passent d&#233;sormais ses moyens militaires et politiques. La parole prend le pas sur l'action, parce que l'action est impuissante, et la religion en sort. Au Ve si&#232;cle, le triomphe &#233;radicateur du christianisme en Orient (&#201;gypte et Syrie) r&#233;pond &#224; l'effondrement de l'empire en Occident. Il masque l'&#233;puisement politique et militaire de Rome. Ainsi, tout comme le recul de Rome dans sa partie occidentale est contemporain de la tyrannie nouvelle du christianisme dans sa partie orientale demeur&#233;e imp&#233;riale, de m&#234;me le recul du tiers-mondisme en Asie et en terre d'Islam apr&#232;s 1980 renforce son emprise sur les terres occidentales, Europe, Am&#233;riques et Afrique non musulmane. La religion, c'est l'empire en &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Occident cl&#233;rical na&#238;t de son impuissance politique. L'invocation du bien universel masque l'angoisse d'une perte d'emprise sur le monde. Julien Benda, en 1927, constatait avec amertume la victoire, sans rem&#232;de et sans retour possible, pensait-il, de l'action et de l'histoire, du fascisme et du communisme, sur ces valeurs intemporelles et sacr&#233;es que le clerc est r&#233;put&#233; d&#233;fendre, selon lui. Dans l'avant-propos de la r&#233;&#233;dition de son livre, r&#233;dig&#233; en 1958, Ren&#233; &#201;tiemble note au contraire avec espoir le renouveau des valeurs cl&#233;ricales, &#224; l'occasion de la guerre d'Alg&#233;rie en particulie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Julien Benda, La Trahison des clercs (1927), Paris, Grasset, 1958, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et de fait : pour la premi&#232;re fois depuis longtemps, des citoyens en guerre ne se demandent pas &#171; Que nous faut-il faire pour la gagner ? &#187;, mais &#171; Que nous faut-il dire pour &#234;tre justes ? &#187; &#8211; au risque de perdre la guerre contre un ennemi qu'on m&#233;prise ou qu'on d&#233;teste pourtant, ici le FLN alg&#233;rien. La justice spirituelle, par essence cl&#233;ricale, l'emporte sur la consid&#233;ration de la victoire temporelle. Ou, si l'on pr&#233;f&#232;re : l'Occident doit vaincre par les principes de sa religion universelle quand il ne peut plus vaincre par les armes. P&#233;rissent l'empire colonial et les positions acquises, pourvu que la parole de l'Occident continue de dominer l'indistinct fracas de la guerre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Camus, dans une mesure limit&#233;e par sa relation charnelle avec l'Alg&#233;rie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les clercs s'&#233;l&#232;vent avec vigueur contre les forces d&#233;clinantes de l'Occident, pour le sauver, ou du moins pour sauver son h&#233;ritage spirituel, ses langues, son histoire ou sa morale. La pr&#233;sence obs&#233;dante de cette contradiction tiers-mondiste, le th&#232;me r&#233;current de l'affrontement du ma&#238;tre et de l'esclave prisonniers d'une relation d'amour et de haine, &#233;voquent irr&#233;sistiblement la dialectique h&#233;g&#233;lienne, d'o&#249; le marxisme est sorti. Et le parall&#232;le est logique. Le probl&#232;me de Hegel (1770-1831), dans les premi&#232;res d&#233;cennies du XIXe si&#232;cle, revient &#224; expliquer comment les soubresauts d'une histoire chaotique dessinent les traits d'un plan providentiel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est l'objet de son &#339;uvre principale sans doute, la Ph&#233;nom&#233;nologie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La R&#233;volution proclame la libert&#233;, Napol&#233;on l'&#233;touffe tout en en r&#233;pandant les principes essentiels en Europe, l'&#201;tat moderne (prussien) la ressuscite en la d&#233;barrassant de ses scories jacobines et terroristes. Le temps de la n&#233;gation (Napol&#233;on) est donc indispensable &#224; l'av&#232;nement de la libert&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'o&#249; son expression paradoxale, comme si souvent chez Hegel : &#171; Le n&#233;ant, en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'h&#233;g&#233;lianisme est une th&#233;odic&#233;e de l'histoire. Ou plus exactement, il fait couler l'histoire et ses contradictions dans le bronze d'une pens&#233;e encore th&#233;ologique. Si Hegel r&#233;sonne profond&#233;ment dans le monde d'aujourd'hui, c'est que nous vivons un temps sym&#233;trique de celui qu'il lui revint d'affronter : l'histoire est en train de s'abolir en religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un dogme en gestation : l'antiracisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend mieux pourquoi les &#201;tats-Unis, pourtant tenus en grande d&#233;fiance par la plupart des r&#233;gimes de l'ancien tiers-monde, adoptent de fait le tiers-mondisme ; et pourquoi ils tirent gloire de d&#233;faites qui renforcent la position de leurs clercs. L'&#233;mancipation de la communaut&#233; afro-am&#233;ricaine y devient cause nationale avec et apr&#232;s la pr&#233;sidence de Lyndon Johnson (1963-1968) secou&#233;e par de violentes &#233;meutes raciales, et le pasteur Martin Luther King y est &#233;rig&#233; en saint martyr aux c&#244;t&#233;s de Lincoln ; l'opposition &#224; la guerre du Vietnam re&#231;oit r&#233;trospectivement l'onction des milieux dirigeants, des universit&#233;s et du cin&#233;ma ; la grave crise de la destitution du pr&#233;sident Nixon est salu&#233;e comme un triomphe de la presse libre. L'Am&#233;rique voit &#233;trangement dans ses troubles le signe de sa r&#233;demption. Et en apparence, elle a raison. Quinze ans apr&#232;s la d&#233;mission forc&#233;e de Richard Nixon (1974), le mur de Berlin s'effondre (1989), entra&#238;nant dans sa chute les &#171; d&#233;mocraties populaires &#187;, puis l'URSS elle-m&#234;me (1989-1991). &#192; vrai dire, la victoire am&#233;ricaine dans la guerre froide tient sans doute aux &#233;checs, aux d&#233;faillances, aux divisions du camp communiste, davantage qu'&#224; la r&#233;demption am&#233;ricaine. Mais il est essentiel, dans le propos des clercs, de penser qu'on doit sa victoire aux m&#233;rites de sa position morale plut&#244;t qu'aux fautes politiques de l'adversaire, et l'Occident se laissa convaincre du bien-fond&#233; de la d&#233;marche qui lui fit adopter, apr&#232;s 1970, le cat&#233;chisme culpabilisant du tiers-mondisme et de la dialectique du ma&#238;tre et de l'esclave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette h&#233;g&#233;monie tiers-mondiste est aujourd'hui d&#233;mesur&#233;ment enfl&#233;e par l'aggravation des revers &#233;conomiques et politiques de l'Occident et la fin des Deux Cent Cinquante Glorieuses (1800-2050). La faiblesse de la progression de nos &#233;conomies vieillissantes, la multiplication des crises, laissent entendre que l'Occident est en train de perdre l'avenir. Bien plus que l'Europe, les &#201;tats-Unis en sont affect&#233;s. D'abord parce que leur h&#233;g&#233;monie &#233;conomique et politique est en jeu &#8211; elle est en fait virtuellement perdue, s'il est vrai que rien n'emp&#234;chera la Chine d'acc&#233;der au rang de premi&#232;re puissance mondiale dans une d&#233;cennie. Mais, plus grave encore, l'Am&#233;rique est menac&#233;e de perdre la foi dans cette religion du progr&#232;s o&#249; s'incarne toute son histoire. Avec quelques autres r&#233;publiques am&#233;ricaines &#8211; le Br&#233;sil, l'Argentine &#8211;, les &#201;tats-Unis sont n&#233;s des Deux Cent Cinquante Glorieuses. Ils n'ont pas d'autre pass&#233; qu'ils puissent invoquer. Leur guerre d'ind&#233;pendance est la premi&#232;re des &#171; r&#233;volutions atlantiques &#187; qui fondent la modernit&#233; politique, avant m&#234;me la R&#233;volution fran&#231;aise. Contrairement &#224; ce que croient les Fran&#231;ais, et &#224; ce qu'affirment volontiers les pol&#233;mistes am&#233;ricains, il n'existe pas de parti &#171; r&#233;actionnaire &#187; de l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique. Tous les partis, tous les courants de la soci&#233;t&#233; partagent la m&#234;me croyance dans les capacit&#233;s de l'homme &#224; b&#226;tir sur terre son jardin d'&#201;den &#8211; et en ce sens, toutes les sensibilit&#233;s am&#233;ricaines partagent le messianisme actif des grandes r&#233;volutions de la modernit&#233;. Depuis deux d&#233;cennies pourtant, depuis que se sont fait jour les premiers doutes sur la victoire am&#233;ricaine dans l'histoire du monde, puis l'&#233;vidence du recul de leur influence, la guerre des cultures fait rage aux &#201;tats-Unis. Le premier parti de l'alternative entend ressusciter l'Am&#233;rique du XIXe si&#232;cle, la nation am&#233;ricaine, ou ce qu'il en imagine : des communaut&#233;s solidaires et libres, largement isol&#233;es du monde dont elles ne se pr&#233;occupent pas, laborieuses, d&#233;votes et g&#233;n&#233;reuses, mais soucieuses de leur coh&#233;sion et d&#233;fiantes envers les nouveaux venus dont l'afflux incessant menacerait la solidarit&#233; nationale. C'est l'Am&#233;rique de Donald Trump, et, avant lui, celle de Samuel Huntington, qui niait que les &#201;tats-Unis puissent &#234;tre l'Arche de No&#233; de tous les peuples de la terre. Le chemin de l'&#201;den am&#233;ricain, pour Huntington, a &#233;t&#233; trac&#233; par une histoire tr&#232;s singuli&#232;re, n&#233;e en Angleterre avec la Grande Charte et la r&#233;sistance victorieuse du Parlement aux rois, poursuivie en Am&#233;rique par les plus pieux et les plus libres des puritains. La mar&#233;e hispanique, venue d'une autre histoire, met en danger la miraculeuse odyss&#233;e historique anglo-saxonne, &#224; laquelle la modernit&#233; doit presque tout. Cette th&#232;se en appelle &#224; des limites nationales, &#224; une forme de modestie. Les &#201;tats-Unis sont un pays parmi d'autres, le meilleur sans aucun doute aux yeux de ceux qui d&#233;fendent cette vision. Mais si &#233;clatante que soit la sup&#233;riorit&#233; am&#233;ricaine, les autres m&#233;ritent d'exister, de d&#233;fendre leurs coutumes. Parce qu'elle a trac&#233; une voie tr&#232;s singuli&#232;re, unique dans le patrimoine des exp&#233;riences humaines, l'Am&#233;rique est inimitable, et ne doit donc pas exiger des autres qu'ils limitent. Un salutaire &#233;loignement du monde prot&#233;gea les premiers &#226;ges de la nation. &#192; l'heure o&#249; l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine est contest&#233;e, il convient de le r&#233;tablir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite am&#233;ricaine a peu appr&#233;ci&#233; la guerre d'Irak et le projet que la pr&#233;sidence de George Bush, personnellement inattaquable &#224; ses yeux, con&#231;ut apr&#232;s le 11 Septembre d'apporter la d&#233;mocratie au monde. Samuel Huntington et Donald Trump compt&#232;rent tous deux parmi les sceptiques de la &#171; guerre de lib&#233;ration du Moyen-Orient &#187; engag&#233;e en 2003. Leur point de vue a aujourd'hui gagn&#233; l'&#233;crasante majorit&#233; des conservateurs am&#233;ricains. Il a en outre l'avantage du r&#233;alisme. La g&#233;ographie et l'histoire ont fait du continent am&#233;ricain une &#238;le au grand large de l'Ancien Monde. Cette insularit&#233; donne aux &#201;tats-Unis l'opportunit&#233; de laisser s'ordonner les camps et les conflits de l'autre c&#244;t&#233; des oc&#233;ans protecteurs, et de jouer de leur puissance, comme ils l'ont fait en 1917 et en 1941, comme le fit la Grande-Bretagne tout au long du XIXe si&#232;cle en Europe, en pesant au dernier moment sur une balance de forces constitu&#233;e avant eux et sans eux. Une intervention tardive en faveur d'un des camps qui s'affrontent, et qui s'&#233;quilibrent &#224; peu pr&#232;s, est infiniment moins co&#251;teuse et plus fructueuse que ne le serait un conflit dont l'une des coalitions se rassemblerait d'embl&#233;e autour des &#201;tats-Unis, comme l'OTAN aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la Chine, comme on l'a dit, sera-t-elle sous peu la premi&#232;re puissance du monde. Mais son expansion m&#234;me lui cr&#233;e une foule d'adversaires en Asie, parmi lesquels le Japon, le Vietnam et surtout l'Inde. Ces deux puissances montantes et bient&#244;t dominantes, Inde et Chine, vont construire dans les d&#233;cennies qui viennent de formidables syst&#232;mes d'alliances, en Asie, mais aussi en Afrique, au Moyen-Orient, en Am&#233;rique latine, voire en Europe. Les &#201;tats-Unis auront le probable privil&#232;ge de choisir leur camp le moment venu, et de regagner ainsi par la diplomatie une partie de l'h&#233;g&#233;monie &#233;conomique et politique qu'ils auront perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout semble donc favoriser cette nouvelle vision de l'Am&#233;rique. Tout, sauf pr&#233;cis&#233;ment qu'elle est neuve, et qu'elle r&#233;duit une histoire sacr&#233;e &#224; un r&#233;cit prosa&#239;que et calculateur, national, comme il y en eut, comme il y en a, tant dans le monde. C'est ce qui est insupportable pour l'autre camp, fid&#232;le &#224; l'h&#233;ritage des ann&#233;es 1960 et 1970 &#8211; opposition &#224; la guerre, universalisme et antiracisme. On reconna&#238;t sans peine dans ces th&#232;mes les valeurs cardinales des empires depuis Rome et la Chine des Han : la paix et l'universalit&#233;, qu'illustra longtemps l'histoire des &#201;tats-Unis telle qu'ils l'ont cont&#233;e, asile des r&#233;fugi&#233;s de tous les conflits, nation d'immigrants de toutes origines, indiff&#233;rente &#224; l'emphase guerri&#232;re qui ravageait la vieille Europe. Dans le discours de la gauche am&#233;ricaine des derni&#232;res ann&#233;es cependant, si l'immigration reste pr&#233;sente, elle l'est moins que l'antiracisme. Et l'antiracisme lui-m&#234;me, qui impliquait encore en 1970 ou en 1980 le combat contre l'antis&#233;mitisme, s'attache de plus en plus au seul probl&#232;me noir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est sous l'influence des &#201;tats-Unis en particulier, et avec la d&#233;faite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces inflexions sont cependant paradoxales. Car au fil des d&#233;cennies, comme depuis la fin du XIXe si&#232;cle, l'immigration creuse le lit de son &#171; int&#233;gration &#187; dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, tandis que la : question noire demeure aujourd'hui aussi cruciale et insoluble qu'il y a cinquante ans, malgr&#233; les efforts financiers et symboliques consid&#233;rables que le pays a consentis pour la r&#233;duire. Pourquoi insister sur l'&#233;chec et n&#233;gliger la r&#233;ussite de tant d'immigrants hispaniques, iraniens ou asiatiques dans les &#201;tats-Unis des cinquante derni&#232;res ann&#233;es ? C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que la plaie reste b&#233;ante qu'il faut en parler et la soigner, dira-t-on. Mais comment concevoir qu'un pays vieillissant r&#233;ussisse &#224; entra&#238;ner dans une dynamique ascendante une communaut&#233; noire elle aussi plus &#226;g&#233;e et plus sceptique, l&#224; o&#249; l'Am&#233;rique bouillonnante des ann&#233;es 1960-1980 a &#233;chou&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en fait proposer deux explications &#224; la pr&#233;pond&#233;rance de l'antiracisme dans le discours am&#233;ricain dominant, et plus encore dans celui de la gauche &#8211; et toutes les deux sont religieuses. La premi&#232;re, c'est que les ann&#233;es 1963-1974 ont trouv&#233; dans les troubles de l'affaiblissement apparent des &#201;tats-Unis &#8211; &#233;meutes raciales, assassinats, d&#233;faite au Vietnam et destitution d'un pr&#233;sident &#8211; l'&#233;nergie id&#233;ologique refondatrice qui a donn&#233; au pays, moins de deux d&#233;cennies plus tard, la victoire dans la guerre froide. Le d&#233;sordre est cr&#233;ateur et r&#233;parateur. Parce que l'id&#233;e s'en est impos&#233;e jusque dans la conscience des &#233;lites dirigeantes, nombre de conservateurs am&#233;ricains, juges, diplomates, espions ou g&#233;n&#233;raux, inquiets de la mont&#233;e des puissances rivales et d&#233;&#231;us par l'isolationnisme de Donald Trump, ont m&#234;l&#233; leurs voix &#224; celle d'une gauche qui ne les s&#233;duit pas d'ordinaire, ma&#239;s qui reste fid&#232;le aux valeurs victorieuses de la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente. Ces conservateurs s'allient &#224; la gauche parce que la gauche est conservatrice du r&#233;cit sacr&#233; &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans ce ralliement unanime quelque chose d'une op&#233;ration magique. Les images, les mots des ann&#233;es 1960 sont convoqu&#233;s pour produire le redressement et la victoire, un peu comme ces couples d&#233;chir&#233;s par l'usure du temps se donnent rendez-vous au jour anniversaire et &#224; l'heure de leur premi&#232;re rencontre pour ranimer leur amour d&#233;faillant. En vain le plus souvent. Et il y a peu d'apparence que la supplique de l'Am&#233;rique aux destins impassibles puisse avoir meilleur sort. Car, comme on l'a dit, ce ne sont pas les troubles int&#233;rieurs qui ont rendu son lustre &#224; l'Am&#233;rique, mais les maux incurables de son ennemi communiste. Or, rien ne laisse entendre aujourd'hui que la puissance chinoise ou le combat islamiste souffrent des m&#234;mes secr&#232;tes maladies internes qui ont terrass&#233; l'Union sovi&#233;tique et le communisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encore qu'il soit possible d'en appeler de ce jugement apparemment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me raison est plus paradoxale encore, mais elle rejoint pleinement notre d&#233;monstration. L'antiracisme est le meilleur des combats parce qu'on ne peut pas le gagner en ce monde, et qu'il en devient donc religieux. L'Am&#233;rique qui le met en avant sait que la question noire n'a pas de solution, et n'en cherche plus. De plus en plus souvent, l'antiracisme, qu'on liait il y a cinquante ans &#224; la lutte contre la guerre du Vietnam, c'est-&#224;-dire contre une d&#233;cision politique qu'une autre d&#233;cision politique pouvait renverser, est associ&#233; &#224; l'antisexisme, parti de l'affirmation des droits des homosexuels, mais qui s'en prend aujourd'hui au mur r&#233;put&#233; infranchissable de la division des sexes. D'&#233;vidence, cette derni&#232;re p&#233;tition de principe n'exige pas de traduction politique pratique. Nul ne peut imaginer transformer le pays entier en nation transsexuelle. Comme la promesse des r&#233;volutions de la modernit&#233;, l'abolition des sexes affronte certaines des constantes irr&#233;m&#233;diables de la condition humaine. Mais elle a d'autant moins de chances de les surmonter qu'elle est priv&#233;e de l'&#233;lan des mutations &#233;conomiques et sociales qui ont boulevers&#233; la vie mat&#233;rielle de l'humanit&#233; aux XIXe et XXe si&#232;cles et nourri l'illusion que tout &#233;tait possible. L'int&#233;r&#234;t de la proposition tient aujourd'hui &#224; son utopie au sens propre, &#224; ce que le lieu de son accomplissement n'appartient pas &#224; ce monde, &#224; ce qu'elle est religieuse, au sens o&#249; l'entendent nos religions monoth&#233;istes. Les transsexuels, comme les moines et les anachor&#232;tes du premier christianisme, sont les sentinelles avanc&#233;es du Paradis qu'on attend, les vigies d'une tour d'ivoire lib&#233;r&#233;e des bassesses du monde. Sans doute les militants de l'antisexisme l'ignorent-ils, mais l'abolition de la distinction des sexes est un des th&#232;mes les plus saillants des h&#233;r&#233;sies mill&#233;naristes du christianisme m&#233;di&#233;val. Avant la faute, Adam et &#200;ve n'avaient pas de sexe dont ils eussent honte. Comme la nudit&#233;, le p&#233;ch&#233; du sexe leur est apparu apr&#232;s qu'ils ont go&#251;t&#233; du fruit de la connaissance. Abolir le sexe, c'est abolir la faute et rentrer en innocence. Mais seul le Paradis peut abriter ce retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, la visibilit&#233; de la race &#8211; la couleur noire, ou blanche, de la peau &#8211; est suppos&#233;e interdire toute r&#233;conciliation en ce monde. Il y a longtemps d&#233;j&#224; que le &#171; discours noir &#187; &#8211; souvent tenu par des &#171; Blancs &#187; &#8211; frappe d'anath&#232;me les Noirs &#171; r&#233;concili&#233;s &#187;, qui acceptent la politique d'int&#233;gration. L'avantage dogmatique de l'antiracisme, c'est que la couleur noire de la peau est une diff&#233;rence superficielle, mais visible, qu'aucune r&#233;forme sociale ou politique en ce monde ne peut effacer. Le foss&#233; entre Blancs et Noirs ne peut pas se combler, par d&#233;finition, et c'est cette assurance qui assoit la permanence, l'&#233;ternit&#233; religieuse de l'antiracisme. L'Am&#233;rique enti&#232;re est suppos&#233;e soutenir l'affirmative action qui vise &#224; l'avanc&#233;e de la cause noire. Mais la r&#233;ussite de cette politique serait v&#233;cue comme un d&#233;sastre par ceux-l&#224; m&#234;mes qui la soutiennent et s'opposent avec le plus de virulence &#224; son abolition. Par chance ou par malchance, cette politique a &#233;chou&#233;, et nul n'en attend plus s&#233;rieusement le succ&#232;s. La &#171; question noire &#187; n'a d&#233;sormais pas plus de traduction politique et d&#233;mocratique que la question de la transsexualit&#233;. Elle est remise comme elle au monde des sermons et des fulminations, des &#233;glises et des universit&#233;s, des clercs et des anges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un dogme en gestation : l'&#233;cologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie manifeste par excellence ce complexe d'affirmation de valeurs imp&#233;riales et de d&#233;n&#233;gation de l'empire o&#249; prend sa source la nouvelle religion. Comme l'empire, l'&#233;cologie est universelle et pacifiste. Les probl&#232;mes &#8211; tr&#232;s r&#233;els &#8211; qu'elle soul&#232;ve sont par essence ceux de l'humanit&#233; enti&#232;re. Aucune fronti&#232;re nationale ne peut pr&#233;tendre restreindre ou contenir l'augmentation du gaz carbonique ou du m&#233;thane dans l'atmosph&#232;re, la mont&#233;e du niveau des mers ou l'&#233;puisement des ressources en &#233;nergie, en mati&#232;res premi&#232;res, en terres arables. Le combat de l'&#233;cologie est global et il n'a pas d'autre ennemi d&#233;clar&#233;, comme celui des platoniciens ou des sto&#239;ciens, que l'ignorance et l'obstination &#8211; ce rapprochement qui vient spontan&#233;ment &#224; l'esprit r&#233;v&#232;le l'homologie id&#233;ologique qu'engendre, &#224; deux mille ans de distance, une m&#234;me situation imp&#233;riale dans les d&#233;buts de son d&#233;clin. L'&#233;cologie n'oppose pas les peuples les uns aux autres, tant leurs int&#233;r&#234;ts communs lui semblent d&#233;passer de beaucoup les particularismes minuscules o&#249; les nations ont pr&#233;tendu trouver leur raison d'&#234;tre. L'&#233;cologie n'aime pas l'histoire, qui a tant servi &#224; l'&#233;dification des grands totalitarismes du si&#232;cle pass&#233;, fascisme ou communisme, et plus encore &#224; l'enracinement des mythologies nationales, qu'elle combat dans l'hydre populiste sans cesse renaissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si l'&#233;cologie rassemble les peuples, elle se m&#233;fie du populaire. Son influence est plus sensible dans les universit&#233;s que dans les stades de football, parmi les conseillers des minist&#232;res qu'au comptoir des pubs et des bistrots. Ses succ&#232;s &#233;lectoraux l'imposent dans les centres urbains bourgeois, tandis que les banlieues et les bourgs lui r&#233;sistent. Les immigr&#233;s sont les seuls pauvres qu'elle reconnaisse, tout comme les chr&#233;tiens, dans les villes du Bas-Empire, ralliaient &#224; leur cause les &#171; &#233;trangers &#187; exclus des solidarit&#233;s moribondes des cit&#233;s antiques. L'&#233;cologie s'appuie sur l'universalisme d'un monde imp&#233;rial, comme le christianisme a tir&#233; parti de la sape des citoyennet&#233;s locales par l'Empire romain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peter Brown, Pouvoir et persuasion, op. cit., p. 204-206, 210 ; Gen&#232;se de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bien que son capital de votes soit le plus souvent inf&#233;rieur &#224; celui des populistes, en Europe comme aux Am&#233;riques ou en Inde, elle p&#232;se bien plus que ses adversaires, pour deux raisons au moins, o&#249; l'on reconna&#238;tra les caract&#232;res de l'empire et de la religion qui en maintient apr&#232;s lui les valeurs : l'universalisme d&#233;clar&#233;, qui autorise l'&#233;mergence d'un parti &#233;cologique europ&#233;en aujourd'hui, mondial demain ; et la ma&#238;trise du discours autoris&#233;, cautionn&#233; par l'universit&#233; et les cercles de r&#233;flexion, repris par les m&#233;dias. &#192; l'inverse, les populismes peinent &#224; s'unir malgr&#233; l'&#233;vidence de leurs int&#233;r&#234;ts communs face au discours dominant, parce qu'ils portent en eux des querelles nationales dont ils reprennent l'h&#233;ritage. Les &#233;cologistes manient volontiers la diversit&#233; des langues, auxquelles ils pr&#234;tent sans doute moins de vertus sacr&#233;es que les courants attach&#233;s &#224; la nation. Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly, responsables polyglottes, ont figur&#233; en France parmi les preuves de leur ouverture au monde. Les &#233;lus &#233;cologistes europ&#233;ens s'expriment sans r&#233;ticence dans un anglais d&#233;lav&#233;, mais largement compris, tandis que les &#233;lus populistes &#8211; ceux du sud du continent en particulier &#8211; parlent dans leur langue et recourent &#224; la traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique de l'anglais n'est cependant pas l'essentiel. Donald Trump, Boris Johnson et Narendra Modi l'ont en partage &#8211; m&#234;me si le Premier ministre indien choisit de s'exprimer en hindi bien plus souvent que ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Tous trois ont bien conscience que le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; ne les aime pas, et ils bl&#226;ment tous trois les m&#234;mes &#233;lites d&#233;tach&#233;es des r&#233;alit&#233;s populaires. Ils peuvent en outre &#233;prouver les uns pour les autres une forme de sympathie. Mais le mandat et la sensibilit&#233; de leurs &#233;lecteurs leur interdisent d'aller au-del&#224;, et de sacrifier les diff&#233;rences nationales, qui leur ont ouvert la voie du succ&#232;s, sur l'autel d'une commune id&#233;ologie. Non seulement cette id&#233;ologie n'existe pas &#8211; pour l'heure, les populismes n'ont pas r&#233;ussi &#224; s'emparer des centres du discours &#8211;, mais elle ne peut exister. L'histoire de l'Inde telle que la conte le nationalisme hindou entre n&#233;cessairement en conflit avec l'h&#233;ritage britannique, m&#234;me si cette querelle est aujourd'hui moins urgente et moins violente qu'elle ne l'est avec l'Islam ; et l'histoire des &#201;tats-Unis, m&#234;me sous la plume de Samuel Huntington, ne se r&#233;sume pas &#224; leurs origines anglaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apocalypse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus clairement que tout autre dogme de la religion &#233;mergente, l'&#233;cologie proph&#233;tise l'apocalypse, au terme fix&#233; par les oracles scientifiques. Trente, quarante, cinquante ans, selon les estimations et les humeurs, marquent l'intervalle qui nous s&#233;pare de l'Heure. Le ciel ne s'ouvrira sans doute pas, comme le veut le texte de saint Jean ; mais les canicules et les ouragans frapperont, les eaux monteront et l'humanit&#233; menace de compter, selon les plus pessimistes, parmi les innombrables esp&#232;ces &#233;teintes. Si m&#234;me elle survit, elle v&#233;g&#233;tera dans un monde appauvri par sa faute. Il reste peu de temps pour agir, et peut-&#234;tre n'en reste-t-il plus. Car la religion n'&#233;merge qu'avec l'intense conviction de l'impuissance et de l'abolition de l'agir. Les Lumi&#232;res et plus encore la science triomphante du XIXe si&#232;cle et de la premi&#232;re moiti&#233; du XXe r&#233;pudiaient l'apocalypse parce qu'elles r&#233;cusaient la morale chr&#233;tienne de la culpabilit&#233;. Apr&#232;s le tremblement de terre de Lisbonne en 1755, les esprits &#233;clair&#233;s ne s'inclinent pas devant la toute-puissance du Cr&#233;ateur, comme l'auraient fait leurs a&#239;eux quelques g&#233;n&#233;rations plus t&#244;t. Malgr&#233; l'extravagante &#233;tendue du d&#233;sastre et la ruine du pays, le marquis de Pombal fait au plus t&#244;t reb&#226;tir la ville selon les principes de la raison, de l'hygi&#232;ne et de la beaut&#233;, qu'il convoque pour conjurer l'aveugle absurdit&#233; du destin. Si l'homme veut et peut agir, l'apocalypse n'a pas de place. Elle ne frappe qu'un monde qui s'abandonne &#224; sa perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pr&#233;cis&#233;ment, les possibilit&#233;s d'une action &#233;cologique sont limit&#233;es. Face aux r&#233;sistances qu'ils &#233;prouvent, les &#233;cologistes d&#233;noncent la puissance des lobbys industriels, les &#233;go&#239;smes particuliers et la volont&#233; de puissance des &#201;tats, les d&#233;faillances de l'&#233;ducation, les esprits ab&#234;tis par des g&#233;n&#233;rations de productivisme, Rien de tout cela ne suffirait &#224; briser l'&#233;lan purificateur des jeunes &#233;lites qui portent le propos de la d&#233;fense de la plan&#232;te s'il ne se heurtait &#224; un obstacle bien plus puissant : l'ach&#232;vement de la r&#233;volution industrielle dans cette partie du monde o&#249; elle n'a pas encore triomph&#233;, ni livr&#233; les bienfaits de la modernit&#233; &#8211; la vie urbaine, l'&#233;lectricit&#233;, l'eau courante, l'automobile&#8230; Contrairement &#224; ce que l'&#233;cologisme aimerait croire, et &#224; ce que les m&#233;dias rapportent, les gouvernements des &#201;tats-Unis et de la Chine ne sont pas les derniers irr&#233;ductibles dont la chute, ou la miraculeuse conversion, annonceront le triomphe de la nouvelle foi. Par d&#233;finition, les deux principales puissances &#233;conomiques du monde ont largement achev&#233; leur r&#233;volution industrielle. La part toujours croissante des activit&#233;s de service, le vieillissement, puis le d&#233;clin de leur population, la limitation spontan&#233;e de leur consommation d'&#233;nergie et de mati&#232;res premi&#232;res, en font des alli&#233;s naturels de la d&#233;marche &#233;cologiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, l'Inde et l'Afrique &#8211; aujourd'hui emport&#233;e dans un progr&#232;s &#233;conomique rapide, en &#201;thiopie, au Kenya, en Ouganda, au Ghana&#8230; &#8211; n'abandonneront pas les promesses de la prosp&#233;rit&#233; et de la puissance pour satisfaire aux caprices d'un monde vieillissant. C'est de ces nouveaux horizons m&#233;ridionaux, de ces peuples entre tous d&#233;sh&#233;rit&#233;s, qu'il faut attendre l'accroissement de l'activit&#233; humaine dans les d&#233;cennies prochaines. Si l'apocalypse doit venir, il aura le visage de l'esp&#233;rance pour une part de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;trange configuration de forces, qui laisse le mauvais r&#244;le au progr&#232;s, et le meilleur &#224; l'interdit, est une parfaite m&#233;taphore du retournement de notre &#171; r&#233;gime d'historicit&#233; &#187;. C'est de l'extraordinaire aventure humaine des Deux Cent Cinquante Glorieuses, de la machine &#224; vapeur et de l'&#233;lectricit&#233;, de la ma&#238;trise du ciel et de l'espace, des voies ferr&#233;es et des autoroutes, des vaccinations et des antibiotiques surtout, que nous viennent nos tourments d'aujourd'hui. Et c'est dans le renoncement que nous esp&#233;rons y trouver rem&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;cologie est ainsi prise au pi&#232;ge. Dans les cinquante ann&#233;es qui viennent, soit l'irr&#233;parable sera survenu, et nous n'aurons eu ni la puissance politique ni l'autorit&#233; morale pour en pr&#233;venir l'accomplissement ; soit l'humanit&#233; aura surmont&#233; l'&#233;preuve sans trop de dommages &#8211; en partie gr&#226;ce &#224; d'utiles mesures pratiques et limit&#233;es que les gouvernements des puissances m&#251;res, dont la Chine et les &#201;tats-Unis, auront prises sous la pression des &#233;cologistes les plus responsables et des opinions publiques. L'&#233;tude d&#233;mographique parue dans &lt;i&gt;The Lancet&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;t&#233; 2020 va dans ce sens. Si la population mondiale commence &#224; d&#233;cliner bien avant la fin du XXIe si&#232;cle, et si son vieillissement s'accentue dans les d&#233;cennies qui pr&#233;c&#232;dent cette inflexion, comme le pr&#233;voient les auteurs, le pic de l'activit&#233; anthropique se situera vers 2050, ou peu apr&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon les calculs &#8211; peut-&#234;tre excessivement radicaux &#8211; des auteurs de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le temps est proche, et la fen&#234;tre de l'apocalypse est &#233;troite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait tort de croire que le discours &#233;cologique en serait d&#233;pouill&#233; de sa force religieuse. Tous les monoth&#233;ismes ont proph&#233;tis&#233; la fin de ce monde, de cette cr&#233;ation, de ce cycle cosmique, avec la conscience angoiss&#233;e de son imminence. Muhammad n'avait en vue que le jour du Jugement, dont la premi&#232;re sourate du &lt;i&gt;Coran&lt;/i&gt; fait le supr&#234;me privil&#232;ge de Dieu. Comme saint Paul, il promettait aux plus jeunes de ses Compagnons qu'ils verraient de leur vivant ce monde s'achever. Toutes ces vaticinations ont &#233;t&#233; d&#233;&#231;ues. Le monde a surv&#233;cu, les religions aussi, en reportant &#224; plus tard, et &#224; l'insondable d&#233;cret de Dieu, l'incendie final.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dira-t-on, &#224; la diff&#233;rence des religions du pass&#233;, l'&#233;cologie a choisi la science pour arbitre. D&#232;s lors que l'activit&#233; humaine aura commenc&#233; de d&#233;cro&#238;tre avec la population, le risque apocalyptique est d&#233;finitivement exclu. Comme toute pens&#233;e fond&#233;e en science, l'&#233;cologie fait le pari honorable d'une hypoth&#232;se &#171; falsifiable &#187;, qui accorde &#224; la r&#233;alit&#233;, dont elle accepte par avance le verdict, le pouvoir de la d&#233;mentir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si juste qu'ait pu sembler le rapprochement entre les structures mentales du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(.../...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?1173-Essai-sur-quelques-dogmes-de-la-nouvelle-religion' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me partie disponible ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb39-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Julien Benda, &lt;i&gt;La Trahison des clerc&lt;/i&gt;s (1927), Paris, Grasset, 1958, avant-propos de Ren&#233; &#201;tiemble p. XIX : &#171; Or contrairement aux craintes jadis formul&#233;es [...] des hommes aujourd'hui surgissent de diverses tendances pour d&#233;fendre les principes qu'&#201;leuth&#232;re Benda voyait sans avenir [...]. Comment ne pas admirer que certains soldats, ces temps-ci, et plusieurs gens d'&#201;glise aient retrouv&#233; le ton du clerc : Jean-Jacques Servan-Schre&#239;ber et les pr&#234;tres de Souk-Ahras, l'archev&#234;que d'Alger, et le g&#233;n&#233;ral de la Bollardi&#232;re ? &#187; Nous reviendrons en conclusion sur &lt;i&gt;La Trahison des clercs&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Camus, dans une mesure limit&#233;e par sa relation charnelle avec l'Alg&#233;rie, mais surtout Sartre apr&#232;s la bataille d'Alger (1956-1957), figurent par excellence les nouveaux clercs. La mort de Sartre en 1980 co&#239;ncide avec la r&#233;surgence de la Chine et de l'Islam, qui inflige un rude revers au cl&#233;ricalisme tiers-mondiste de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est l'objet de son &#339;uvre principale sans doute, la &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit&lt;/i&gt;, dont la premi&#232;re version est publi&#233;e en 1807.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D'o&#249; son expression paradoxale, comme si souvent chez Hegel : &#171; Le n&#233;ant, en tant que ce n&#233;ant imm&#233;diat, est [&#8230;] la m&#234;me chose que l'&#234;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est sous l'influence des &#201;tats-Unis en particulier, et avec la d&#233;faite id&#233;ologique de plus en plus marqu&#233;e du communisme dans les ann&#233;es 1970 et 1980, que l'extermination des Juifs &#8211; ou la Shoah, pour le dire dans les termes nouveaux qui s'imposent alors &#8211; devient l'&#233;v&#233;nement le plus important de l'histoire du nazisme et de la Seconde Guerre mondiale. Dans l'histoire de la France de Vichy, le livre de l'Am&#233;ricain Robert Paxton, paru en 1972 aux &#201;tats-Unis (en 1973 en France), marque le tournant de cette nouvelle orientation, qui met l'accent sur la virulence de l'antis&#233;mitisme p&#233;tainiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Encore qu'il soit possible d'en appeler de ce jugement apparemment d&#233;favorable de l'histoire, comme vient de le faire l'&#233;tude d&#233;mographique de l'I&lt;i&gt;nstitute for Health Metrics and Evaluation&lt;/i&gt;, que nous avons d&#233;j&#224; mentionn&#233;e. Les auteurs reconnaissent que la Chine deviendra sous peu &#8211; vers 2035 &#8211; la premi&#232;re puissance &#233;conomique du monde. Mais son vieillissement, qu'ils supposent plus prononc&#233; que ne le pr&#233;voit la Division de la population des Nations unies, pourrait permettre &#224; l'Am&#233;rique du Nord de reprendre la premi&#232;re place &#224; la fin du XXIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Peter Brown, &lt;i&gt;Pouvoir et persuasion, op. cit&lt;/i&gt;., p. 204-206, 210 ; &lt;i&gt;Gen&#232;se de l'Antiquit&#233; tardive, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 151-153.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Selon les calculs &#8211; peut-&#234;tre excessivement radicaux &#8211; des auteurs de l'&#233;tude, la baisse de la population mondiale devrait commencer vers 2065, soit quarante ans avant ce que pr&#233;voyait la r&#233;vision 2019 des perspectives d&#233;mographiques des Nations unies, on s'en souvient.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Si juste qu'ait pu sembler le rapprochement entre les structures mentales du communisme et celles des religions monoth&#233;istes, ce privil&#232;ge accord&#233; au jugement de la r&#233;alit&#233; les distingue. Le communisme sovi&#233;tique se promettait le succ&#232;s dans le temps court de l'histoire. Soljenitsyne rappelle que Khrouchtchev, alors Premier secr&#233;taire du Parti, avait donn&#233; en 1957 trente ans &#224; son pays pour d&#233;passer les &#201;tats-Unis. L'&#233;chec &#233;vident de cette promesse, d&#232;s la fin des ann&#233;es 1970, fut d&#233;cisif dans la crise qui acheva l'Union sovi&#233;tique en 1989-1991, au moment m&#234;me o&#249; ce d&#233;lai de trente ans prenait fin. L'&#233;chec de l'&#201;tat islamique en Irak et en Syrie n'implique aucun effondrement comparable du corps de doctrine de l'islamisme. Les religions ne sont pas &#171; falsifiables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La &#171; France islamophobe &#187;, une mythologie d'avenir</title>
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		<dc:subject>Lib&#233;ralisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Chronique de Kamel Daoud parue dans Le Point du 3 mai 2024. Encourag&#233;s par la propagande islamiste, woke ou d&#233;coloniale, les musulmans de France pr&#233;tendent fuir le pays. En maquillant leur d&#233;samour par de fausses raisons. Les musulmans de France quittent-ils &#171; en masse &#187; une France &#171; islamophobe &#187; et sans espoir ? Il existe toute une mythologie volontairement &#233;labor&#233;e autour de cette r&#233;alit&#233;-fiction. On avance des chiffres inv&#233;rifiables, on interpr&#232;te selon ses envies. La France qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?-reactions-a-l-actualite-" rel="directory"&gt;R&#233;actions &#224; l'actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-112-article-+" rel="tag"&gt;Article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-107-politique-+" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-214-islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-215-immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.collectiflieuxcommuns.fr/?+-53-liberalisme-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ralisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chronique de Kamel Daoud parue dans Le Point du 3 mai 2024.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Encourag&#233;s par la propagande islamiste, woke ou d&#233;coloniale, les musulmans de France pr&#233;tendent fuir le pays. En maquillant leur d&#233;samour par de fausses raisons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les musulmans de France quittent-ils &#171; en masse &#187; une France &#171; islamophobe &#187; et sans espoir ? Il existe toute une mythologie volontairement &#233;labor&#233;e autour de cette r&#233;alit&#233;-fiction. On avance des chiffres inv&#233;rifiables, on interpr&#232;te selon ses envies. La France qui chasse ses musulmans est d'ailleurs un sujet qui, curieusement, fait la joie de plusieurs familles m&#233;diatiques et universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, les islamistes, qui consid&#232;rent ce pays comme le &#171; contre-califat &#187;, avec sa la&#239;cit&#233; et sa volont&#233; d'&#233;laborer un islam fran&#231;ais enfin lib&#233;r&#233; de la tutelle islamiste et du communautarisme. En- suite, l'Anglo-Saxonie woke, qui adore trouver en France l'occasion de se d&#233;culpabiliser de sa propre histoire vis-&#224;-vis de l'immigration, du racisme, de la colonisation et des g&#233;nocides. En dernier lieu, les d&#233;coloniaux de gauche &#8211; des fervents de la crucifixion &#8211; ou, au bout de la cha&#238;ne du ressassement, des Maghr&#233;bins install&#233;sen France qui pratiquent la culpabilisation comme on fait du surf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc la France accus&#233;e du m&#234;me crime par trois alli&#233;s de conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les musulmans quitteraient une France islamophobe et raciste ? C'est l'&#171; habillage &#187; culpabilisant qui semble erron&#233; : ceux qui partent le font pour aller en Am&#233;rique ou dans les principaut&#233;s dor&#233;es du Golfe &#8211; pour raison de carri&#232;re, d'argent, d'envie ou de libert&#233;. On pr&#233;f&#232;re cependant l'imputer &#224; l'islamophobie ambiante, car cela sied &#224; ce que l'on veut croire (et faire croire) de ce pays, la France. On habille le d&#233;part d'un faux chagrin et l'on convertit l'ambition professionnelle en sc&#232;nes de d&#233;samour. D'ailleurs, le retour &#8211; la hijra &#8211; vers les pays du Golfe ou l'Arabie saoudite, aujourd'hui encourag&#233; par l'internationale islamiste, n'est devenua ttrayant que parce que ces pays musulmans sont richissimes et donc fr&#233;quentables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, on crie &#224; l'envie de &#171; rentrer &#187; chez ses &#171; anc&#234;tres &#187;, mais on va &#224; Dubai. Benzema a montr&#233; la voie : la hijra vers la nation des p&#232;res, c'est en direction des banques, pas des anc&#234;tres. On n'est pas idiot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'entre-soi communautaire, la pratique est d'ailleurs connue : on vient en France pour &#233;duquer ses enfants et leur garantir la France des &#171; aides &#187;. Mais, d&#232;s que les dipl&#244;mes et la nationalit&#233; sont obtenus, on pr&#233;f&#232;re les voir vivre en Am&#233;rique et hurler &#224; l'islamophobie fran&#231;aise. Pourquoi ne pas aller directement en Anglo-Saxonie pour y habiter et y instruire ses enfants ? Cela co&#251;te trop cher. La France, c'est la gratuit&#233; assortie au coefficient de culpabilit&#233;. On d&#233;serte la France lorsque les aides ont &#233;t&#233; &#233;puis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mythologie du d&#233;samour appara&#238;t aujourd'hui en vogue. Elle prend pr&#233;texte d'une r&#233;alit&#233;, mais elle se construit avec un but : le French bashing, un m&#233;lange d'islamisme conqu&#233;rant, de d&#233;colonialisme de rente et de wokisme en banni&#232;re. La proie commune est belle : il s'agit d'accuser, de culpabiliser et de fa&#231;onner du victimaire d'&#233;lite. Ce mythe revient alors, chaque ann&#233;e, avec des portraits poignants de mal-aim&#233;s, de femmes voil&#233;es photographi&#233;es dans des a&#233;roports chagrins, de statistiques lunaires et de flagellation savante. Les entrepreneurs de l'islamisme local en r&#233;cup&#232;rent ensuite l'&#233;motion et crient &#224; la pers&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, l'immigration clandestine d&#233;ment ce mythe. La r&#233;alit&#233; des chiffres d'arrivants est l&#224;. Le choix de &#171; pomper &#187; les aides pour s'installer plus tard l&#224; o&#249; c'est plus rentable s'av&#232;re aussi une r&#232;gle tacite. Le masochisme fran&#231;ais se r&#233;v&#232;le parfois collectif. Voil&#224; les premi&#232;res impressions sur ce mythe artificiel. Il y a m&#234;me quelque chose d'aga&#231;ant dans cette antienne : c'est le mensonge organis&#233; et la bouderie calcul&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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