Ce texte fait partie de la brochure n°29 :
Lire (et comprendre) Castoriadis
De quelques tentatives de penser notre époque (février 2025)
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Cette brochure à donné lieu à une émission de podcast : Castoriadis, penser l’époque
Sommaire :
- Introduction — Ci-dessous...
- Quatrième de couverture — Ci-dessous...
Quatrième de couverture
| Pour celui qui cherche à comprendre le chaos du monde et considère toujours que ce sont les humains qui font leur histoire, la rencontre avec Cornelius Castoriadis est inévitable. Tout aussi inévitables sont les obstacles, nombreux et proliférant au fil des années, qui en empêchent l’accès et, parmi eux, tous ces leurres idéologiques qui saturent l’air du temps. Que, par extraordinaire, ceux-ci n’aient pas complètement pénétré son esprit, et le lecteur ira au-devant d’une des plus grandes aventures intellectuelles qu’il lui sera jamais donné de vivre. Mais il n’est pas question ici de se réfugier dans un virtuel chatoyant, de s’enivrer de lendemains chantants ou de se flatter de quelques maîtres mots censés épuiser une réalité sommée de se conformer à une doctrine close. Il s’agit d’entrer dans le labyrinthe de la pensée, plutôt de s’y reconnaître, et tout aussitôt, de tenter d’en faire quelque chose dans le monde de la vie, c’est-à-dire politiquement. Et c’est là, peut-être, une première fissure fondatrice de la dissidence de Castoriadis d’avec notre triste époque s’avachissant dans l’impuissance des civilisations déclinantes : sa philosophie ne se consacre pas au salut des âmes, à la morale « individuelle », à l’éthique ou à la spéculation, pas plus que sa politique n’est rêverie d’un paradis à retrouver, programme de bonheur universel, murmures à l’oreille des princes ou conquête de l’appareil d’État. Les questions toujours ouvertes « que devons-nous penser ? » et « cette loi est-elle bonne ? » s’impliquent mutuellement chez des êtres humains concrets conçus par une cité qu’ils modèlent en retour – interrogation illimitée et auto-institution explicite de la société répondent à la course d’une humanité ne cessant de se confronter à des désirs et des délires qu’elle cache derrière des figures hétéronomes auxquelles elle s’aliène. « Rien de bien nouveau ! » s’écrie la petite bourgeoisie pseudo-intellectuelle qui repeint de bien-pensance les barbaries impensées qui s’abattent sur le monde, croyant s’en prémunir. En effet, cette praxis date de plusieurs siècles : c’est elle qui habite Castoriadis, rappelant à chacun et à tous les exigences de la pensée et les nécessités de l’action, et dont l’oubli nous plonge dans ces nouveaux obscurantismes qui font notre quotidien. |
Introduction
De toutes les méthodes permettant de neutraliser un auteur qui pousse à penser, il en est une d’une remarquable simplicité et promise à un avenir d’autant plus certain qu’elle a fait ses preuves pendant des siècles sinon des millénaires : c’est celle qui consiste à n’y lire que ce qui conforte le lecteur – du moins ce que la société qui l’a formé le prédispose à concevoir et ce que son conformisme et son opportunisme l’autorisent à y trouver. Méthode universelle puisque c’est elle qui permet également de congédier les éléments de la réalité qui pourraient nuire à tout confort psychique et social.
C’est ainsi qu’il est devenu aujourd’hui inutile d’opposer, comme on l’a longtemps fait, les intellectuels aveugles au réel et les praticiens imperméable aux idées : les uns comme les autres sont fondus dans un exemplaire unique fabriqué en série, nativement privé de toute question de vérité. Cela permet d’escamoter intuitivement n’importe quel élément, d’où qu’il vienne, qui risquerait d’ébrécher ce monde clôs sur lui-même et tournant autour des intérêts bien compris du sujet, ceux-ci variant au fil des circonstances.
Briser cette clôture, consubstantielle aux sociétés comme aux individus mais que l’épuisement contemporain de la modernité durcit considérablement, telle est la définition de l’autonomie pour Castoriadis, et surtout le sens ultime de son travail : essayer de penser notre condition, condition humaine et condition historique, et donner à penser, donner le goût de penser, c’est-à-dire faire question. C’est donc sans surprise qu’on voit une semblable clôture se former autour de son œuvre, visant à la transformer en produit plus ou moins adapté au marché des idées ; marchés universitaire, journalistique ou militant.
Les textes que cette brochure rassemble tentent de s’extraire de cette clôture à partir d’une double lecture renouvelée, celle de Castoriadis et celle de notre réalité politico-sociale. Puisse ce travail servir à tous ceux qui s’efforcent de lire l’un ou l’autre, sans forcément épouser nos positions, et particulièrement à ceux qui suivent notre cheminement, qui trouveront là un travail rétrospectif des presque vingt ans de Lieux Communs.





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